Le Vietnam, toujours plus vert ? - FGF

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Le Vietnam, toujours plus vert ? - FGF

Un succès sur toute la ligne ? Géographeau FRS-FNRS et à l’Earth and LifeInstitute de l’UCL, Patrick Meyfroidt aconsacré sa thèse de doctorat à cette« success story ». Non seulement enconsultant les registres vietnamiens et lesbanques de données internationales, maisaussi en s’intéressant au vécu et auxreprésentations des populationsconcernées par cette transition forestière.« Après une période de flou etd’incertitude, les communautésvillageoises ont commencé à réaliser lesopportunités ouvertes par cette mutation.Les parcelles replantées ou envahies parla régénération naturelle ont commencéà acquérir une réelle valeur économiqueà leurs yeux. D’autant que les marchandsde bois, petit à petit, sont revenus dansleurs régions, attirés également par lescultures de bambou. Mais,manifestement, le bénéfice n’a pasprofité à tout le monde de la même façon.Des familles et des individus, dans denombreuses zones, ont été bernées lorsde la redistribution des terres. Déjàmarginalisées dans le passé, beaucoupde communautés, particulièrement dansles montagnes, restent confrontées àl’insécurité alimentaire ».Dans le domaine environnemental, lebilan est également en demi-teinte. Outrela faible biodiversité vivant dans lesplantations d’espèces exotiques, c’estaussi la poursuite de la… déforestationqui a de quoi intriguer! En effet, lechercheur a constaté que l’exploitationforestière du Vietnam s’est en faitpartiellement déplacée vers deux paysvoisins : le Laos et le Cambodge. End’autres termes, contraint d’alimenter lademande en bois de son industrie (enpleine essor), le Vietnam a « délocalisé »une partie de ses prélèvements versd’autres pays qui, de surcroît, sontréputés peu regardant en matière degestion des forêts naturelles et decontrôles des abattages. « Au total,environ 40 % de la reforestation duVietnam a été « reportée » sur sesvoisins, la moitié provenant del’exploitation illégale ». Concrètement,c’est par milliers de camions, venus duLaos et du Cambodge, que le Vietnamimporte chaque année une partie de saressource en bois. Les autorités de cespays, où la corruption sévit d’une façonnotoire, ne peuvent ou ne veulentendiguer ce flux à peine clandestin.En une vingtaine d’années àpeine, le Vietnam asensiblement augmenté sasuperficie forestière. Maisune partie non négligeable desa ressource en bois provient,dorénavant, des pays voisins,pas très regardants sur lalégalité des abattages.Autres effets secondaires de cetteréforme agro-forestière de grandeampleur : l’usage d’engrais et dedésherbants de synthèse, dans lesrégions de plaines, a un impact négatifsur la santé des travailleurs agricoles etsur les nappes phréatiques tandis que,dans les régions montagneuses, lescultures permanentes de maïss’accompagnent souvent de phénomènesd’érosion. Enfin, dans les forêtsprimaires peu dégradées par l’hommejusqu’à présent, les prélèvements illicitesde bois sont loin d’être endigués, malgréla création de réserves naturellesétatiques.- 3 / 5 -


conservation de la forêt tropicale ». Faceà la diversité des contextes locaux, mieuxvaut donc s’inspirer des expériences desuns et des autres et, à travers cetenrichissement réciproque, tenter derésoudre les problèmes globaux. En savoir plus La thèse doctorale est disponible sur le dépôt de l'académie Louvain :http://hdl.handle.net/2078.1/28718- 5 / 5 -

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