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droitliberté ',... 7.. _ .. ~r_'_tt_,"'" (• .",,, )SEPTEMBRE· OCTOBRE 1972N' 314 _ PRIX : 2.60 F


TourismeDans la petite ville de Nefta,dans le Sud tunisien , au borddu chott EI-Djerid, il n'existeque deux hôtels (pour touristesbien entendu) : l'hôtel Mirage,où notre groupe est descendu,et le Sahara Palace, grandhôtel hyper-Iuxueux, avec airconditionné, piscine , nightclub...Le vendredi 11 aoOt , vers23 heures, nous allons aunight-club du Sahara Palace.A travers la porte verrouillée,on nous demande si noussommes français. Sur notreréponse affirmative, l'entrée estdéverrouillée et nous entronsun à un ... Dans le hall de l'hôteldes Françaises de notre groupenous apprennent, indignées,que venues accompagnéesd'amis tunisiens, elles seulesont été admises à entrer, lesjeunes gens ayant été refoulés .Je demande des explicationsà la réception : il paraitque «les Tunisiens boiventparfois beaucoup et importunentalors les femmes ». Insatisfaiteet indignée, je demandeà voir le patron de l'hôtel. Aubar du night-club, on me désigneun jeune homme (environvingtcsept ans), «à la mode »,un verre de whisky à la main.Il me raconte une invraisemblablehistoire de touriste européenà qui on a volé, la veille,500 F.- Le voleur a-t-il été arrêté?- Non, mais c'est un Tunisien(sic) ... Une bande de Tunisiensopère actuellement dansle coin.- Ne peut-on empêchercette bande si bien connued'entrer, et laisser venir nosamis, qui n'ont rien à voir avecces · voyous?- La police de Nefta interditaux Tunisiens l'entrée dunight-club, c'est tout.- Montrez-moi le papier dela police.- Je n'ai pas de papier ...Inutile de vous préciser quenous avons aussitôt quitté leslieux.Touristes, si vous aimez vousretrouver entre vous et ne pasvous compromettre avec lesautochtones, allez au SaharaPalace de Nefta. Les seulsTunisiens que vous rencontrerezseront ceux qui vousserviront à table ou cirerontvos chaussures. Au night-club,vous ne risquerez aucune pollutionpar contact épidermiqueavec les Arabes 1Anni.VANDENABELLE-AUBRYParis (15·)Humour douteuxEtant allés, mon épouse etmoi, avec des amis, au «Caveaude la République », quellene fut pas notre · surprised'entendre le mot «youpin»dans le numéro d'un chansonnier.Pourriez-vous intervenirafin que ce petit scandalecesse?J'ai pu constater, ces dernierstemps dans d'autres établissementsdu même genre,qu'il s'y faisait de semblablesplaisanteries douteuses. Levéritable humour ne s'accommodepas du racisme.Sydney LAUNAYParis (5·)Illusions perduesJe suis un jeune immigréalgérien vivant à Bordeauxdepuis l'an dernier. Lorsquej'ai quitté l'Algérie, je mereprésentais la France accueillanteet ouverte aux immigréset aux étrangers (c'est encorece que l'on dit en Algérie).Depuis mon arrivée, je meheurte, de même qué mescamarades au racisme et àl'injustice, Parce que je suisAlgérien, il m'est très difficilede trouver un travail sérieux ;on nous dit : «Ici on n'embaucheque des Français 1 »Pourquoi? N'ai-je pas des bras,des jambes, une famille à fairevivre comme les autres?Il Y a quelques jours, jepensais trouver du travail. .. LesFrançais furent embauchés, lesArabes refoulés (voir l'annonceci-dessous).Je voudrais que tous lesFrançais sachent que leracisme se développe à notreégard. Il y a quelque temps,avec des camarades immigrés,nous avons rédigé un tract quevotre comité de Bordeaux asigné avec d'autres organisations.Nous y décrivions lesconditions de logement, lesfoy ..... taudls, les situationsinhumaines dans lesquellesnous nous trouvons; 18 000exemplaires de ce tract ont étédistribués à Bordeaux.Mes remerciements pourvotre action contre le racismeet pour la fraternité entre tousles hommes.Mohamed ELOUZERI33-BordeauxSport et politiqueCertains journalistes de lapresse télévisée ont cru bon dedevoir dénoncer énergiquementlors de l'affaire rhodésienne,ce qu'ils appellentl'intrusion de « la politique» auxJeux de Munich.Il faudrait définir avecdavantage de pfécision lasignification que l'on entenddonner à ce mot, auquel ontattache souvent un sens péjoratif.La manière de concevoirl'entrainement d'une équipenationale, les options arrêtéesen matière de loisirs et de sportsont des actes politiques.Le Larousse qualifie ainsila politique : « Qui a rapport augouvernement des Etats, auxaffaires de l'Etat It. On peut. ajouter, à plus forte raison, cequi concerne le prHtig. d'unEtat dans une compétitioninternationale, fat-elle pacifique,comme c'est le cas.Si la communauté des Etatsse réclamant de la démocratie- née en Grèce avant notreère - avait boycotté les Jeuxde Berlin en 1936, ce gesten'aurait-il pas contribué àdéclencher le processus d'uneprise de conscience universellesusceptible d'isoler l'Allemagnehitlérienne et d'empêcher ledrame planétaire qui allaitcoOter la vie à 50 millionsd'êtres humains?Les plus visésGuy OBADIA13-MarseilleHélas 1 Le racisme sévit toujours.Où je suis, ici, à Billancourt,il y a pas mal d'ouvriersportugais, espagnols, yougoslaves·,arabes... Ces dernierssont les plus visés. J'ai ététémoin de conversations deracistes, et j'ai vu des scènespénibles.TouteM .RAP.ma sympathie auet à ses adhérents.Andrée REM lOT92-Boulogne-BillancourtEluciderplus vigoureusementA travers nombre de vosarticles, perce un appel à lafratemité comme valeur catégorique.C'est ainsi que lesoppressions, injustices relatéesbien souvent font appel àl'indignation, aux «bons» sentimentsde lecteurs déjàconvaincus, dont la réflexions'organise autour de cettevaleur.N'est-ce pas, non pas enprônant une valeur autre quecelle encore largement répandue,car c'est là se situer surle plan de l'adversaire, maisplutôt en tentant d'élucider plusrigoureusement comment seconstruit le discours raciste, quil'é1abore, quand, et en montrantquel rapport de pouvoir etd'exploitation sont cachés pardes déclarations d'inégalitéessentielle fondée sur desdifférences visibles, que« Droit & Liberté It s'attirera denouveaux lecteurs et propagandistes?Le film de H. Biberman« Slaves », me parait être unguide en la matière.R6gine BOYERParis (20-)dans cenUInèroAPRÈS MUNICHAvec l'expulsion de la Rhodésie, le sportolympique avait triomphé du racisme.Puis ce fut le drame. La tuerie deMünich et ses suites modifient-elles lasituation au Proche-Orient ? (Pages 4,5 et 6.)DES CHIFFRESET DES HOMMESLes diplômés d'études supérieures quittantl'U.R.S.S. doivent rembourser lesfrais de leur formation universitaire. Cettemesure, actuellement, s'applique en premierlieu à des juifs; mais elle soulèveun problème général, met en cause desprincipes internationaux et pose des questionssur le plan humain. (Pages 7 et 8.)SAUVER NOS FRÈRESDes milliers de Noirs en prison aux États­Unis. Un compagnon de George Jacksonen danger de mort. (Page 9.)DISCRIMINATIONET RENTABILITÉDans leurs offres d'emploi, des entreprisesviolent délibérément la loi relative aux discriminationsraciales. Ce n'est qu'un aspectparmi d'autres des brimades visant lestravailleurs immigrés en France, en vued'assurer leur «rentabilité ». (Pages 1 0et 11.)«SANTÉ PUBLIQUE))Une salle d'hôpitaL Un petit monde enproie à la mort quotidienne, où se reflètela vie extérieure, avec ses tares, ses duperies,ses préjugés. Jean Mercure présentecette pièce de Peter Nichols, en répétitionau Théâtre de la Ville. (Pages 18 et 19.)En couverture : Le grand stade deMünich. L'hélicoptère où périrent plusieursotages israéliens. (Photos A.F.P.)"rOit&libertéMENSUEL120, rue Salnl-DelJls - Paris (2


AVSSITOT connue l'opération de« Septembre Noir » aux JeuxOlympiques de Munich, leM.R.A.P. a exprimé son indignation etélevé une vive protestation contre cet actecriminel. Il Le choix du lieu et des circonstancespar les agresseurs, soulignele communiqué de notre Mouvement,ajoute encore à l'horreur du drame, enrompant brutalement avec l'esprit mêmedes Jeux Olympiques, manifestaôon pacifiques'il en est lt. Et ce texte conclut :«De même que dans l'attentat de Lod,où ont péri 28 innocents, la violenceaveugle est inacceptable ;-elle ne peut quenuire à la cause du peuple palesônien,qu'on ne saurait confondre avec ceux quirecourent à de telles méthodes. Seule larecherche d'une soluôon poliôque peutouvrir la voie à une paix juste et durable,répondant aux aspirations des peuples enprésence au Proche-Orient. ltBien des questions troublantes subsistentsur les conditions dans lesquelless'est produit le massacre à l'aéroportmilitaire de Fuerstenfeldbruck. Il reste quel'opération se solde par 18 morts, dont les9 sportifs israéliens pris en otages, 5 membresdu commando palestinien, un policieret un pilote allemands.Les vrais problèmesAPRÈS MUNICHSi l'objectif de « Septembre Noir» étaitd'intéresser l'opinion publique mondialeau sort du peuple palestinien, on ne sauraitdire que le bilan soit positif. La réprobationsoulevée par l'attentat est générale. Etgrâce aux confusions entretenues par laplus grande partie de la presse, cette réprobation,visant les méthodes terroristesillustrées à Munich, s'étend à l'ensembledes organisations palestiniennes et, deproche en proche, au peuple palestinientout entier, aux gouvernements arabes,aux Arabes en tant que tels. A l'O.N.V.,c'est la lutte contre le terrorisme et nonpas la cause palestinienne qui est inscriteà l'ordre du jour. Il ne suffit pas de faireparler d'un problème; encore faut-ilprévoir comment il en sera parlé.Ce résultat - prévisible - traduit lecaractère aventuriste (on les a mêmequalifiées d'« infantiles») des méthodes de« Septembre Noir ». On les dit aussidésespérées. Or une cause juste peut-elleêtre désespérée? Les droits du peuplepalestinien disperse, opprimé, privé de sadignité nationale sont indéniables, au mêmetitre que les droits de la nation israélienneà l'existence et à la sécurité. Si désespoiril y a, ne tient-il pas précisément au faitque certains dirigeants palestiniens refusentde prendre en considération les donnéesréelles de la situation : la nécessité deconcilier les intérêts et les aspirations dedeux peuples; la lourde domination desmaîtres du petrole sur l'ensemble de larégion; la solidarité de fait entre les massespopulaires palestiniennes et israéliennessouhaitant une véritable indéPendance, ladémocratie et la paix; le rôle néfaste jouépar l'obscurantisme à base religieuse et lenationalisme étroit?Leur mépris des revendications économiqueset sociales d'un peuple misérable,qu'ils pensent « réveiller» par les initiativesspectaculaires d'une « avant-garde» agissantà l'extérieur, les coupe de ce peuple,qu'il faudrait au contraire entraîner à uneanalyse politique lucide, à un combatmassif et réaliste contre toutes les forces(y compris arabes) qui s'opposent à sonprogrès et bafouent sa dignité.Vne telle mise en cause des structureset de la domination économique prévalantdans une partie du monde arabe n'estcertes pas voulue par ceux qui entendentperpétuer la situation présente, dont ilsprofitent. C'est sans doute ce qui expliquela répugnance de certains gouvernementsarabes à condamner les actes de « SeptembreNoir» dans la mesure où ceux-cicontribuent à masquer les vrais problèmes,où ils entravent la prise de conscience etla mobilisation des masses populairespalestiniennes et arabes. Il convient denoter cependant qu'aucune autre organisationpalestinienne n'a approuvé l'agres-sion de Munich et que, dans la plupart descapitales arabes, les porte-parole officielsont fait preuve d'une extrême prudence.La politique du pireSi l'objectif de « Septembre Noir » etait,comme on l'a dit également, d'aggraver latension au Proche-Orient pour faireobstacle à la recherche d'une solutionpolitique, alors ils ont réussi. L'expéditionpunitive israélienne en Syrie et au Liban- que nous ne saurions approuver -même si elle relève d'une méthode maintesfois appliquée (une trentaine de fois aumoins, depuis la guerre des Six Jours)revêt un indéniable caractère de représailles.Alors que les autorités israéliennesannoncent « 60 terroristes abattus», lesinformations parues dans la presse montrentque la population civile a souffert desbombardements, et même des opérationsau sol, parfois dirigées délibérément contreelle.Après Munich, les dirigeants d'Israëln'ont pas manqué de profiter de l'émotiongénéralisée qui ne pouvait que restreindreou même supprimer les protestations contreune telle attaque. Appliquant le mot« terroriste » à tout ce qui est palestinien,la presse sioniste traite plus que jamaispar l'ignorance et le inépris les aspirationsdu peuple arabe de Palestine. Les menacesse multiplient contre les pays arabes. Parallèlement,les éléments les plus ultras, telsque les anciens de l'Irgoun et la « Ligue dedéfense juive » se préparent à une actiona:ClMunich : dans le stade, ceremonie commémorativeaprès la mort des otages israéliens.« contre-terroriste», visant non pas « SeptembreNoir» mais « les Arabes ».Il fallait bien s'attendre à ce que lenationalisme et le terrorisme aveuglessuscitent des réponses de même natureet favorisent, côté israélien, les forcesrétrogrades et bellicistes.En quoi cela sert-il la cause palestinienne? La guerre (ouverte ou clandestine)ne peut que produire la confusion, de duressouffrances, des flots de sang. Ne peut-onpenser que la paix, au contraire permettraitde faire mieux entendre les revendicationspalestiniennes et rendre plus efficaces lesle drame des réfugiés palestiniens ...luttes populaires menées en leur faveur?La paix ne donnerait-elle pas au peupleisraélien lui-même la possibilité de poserles problèmes économiques et sociauxétouffés aujourd'hui par d'union sacrée»qu'engendre la tension? Ne favoriseraitellepas l'établissement d'échanges et deliens, en vue d'une politique fondée sur lacompréhension mutuelle et la coopérationdes deux peuples?La politique du pire ne vaut ni pourl'un ni pour l'autre. Ceux qui voient dansun embrasement général, dans l'affrontementperpétuel, la seule condition dusuccès de leur cause, devraient se demanderqui a intérêt, présentement, à empêcherune issue pacifique du conflit. Ce sont detoute évidence les puissances économiquesqui contrôlent le pétrole et qui, pour assurerleur mainmise sur la région, entendentintimider les peuples, les faire s'entre déchireret se débattre dans une agitation stérile.~...----UNE MISE EN GARDEDU M.R.A.P.Le M.R.A.P. a rendu publique, le 20 septembre, la déclarationsuivante:APRES le drame qui a ensanglanté la rencontre o~mpiquede Munich, le Mouvement contre le Racls?,e,rAntisémitisme et pour la Paix (M.R.A.P.' a expriméaussit6t son indignation et sa condamnation des méthodesterroristes qui ont, une fois de plus, conduit à un dénouementsanglant.Tout en partageant la douleur et rinquiétude du peupleisraélien, il ne saurait davantage admettre les opérations militairesqui ont fait en Syrie et au Liban plusieurs centaines devictimes, parmi lesquelles des femmes et des enfants.Ces tragiques événements confirment que la persistance duconflit au Proche-Orient constitue une source permanented'injustices, de haines et de violences, favorisant les menéesbellicistes et aventuristes au détriment des intérêts fondamentauxdes peuples en cause.En présence de cette escalade sanglante, qui peut débouchersur une reprise générale des hostilités, le M.R.A.P. appelleà une analyse lucide et complète de la situation, afin d'éviterque des attitudes passionnelles n'aggravent encore les antagonismes; il met en garde contre le racisme, au .. i bien antijuifqu'anti-arabe, que certains milieux s'efforcent, comme parle pa .. é, d'attiser à cette occasion.1\ importe de ne pas confondre les auteurs de rattentat deMunich, qui appartiennent à un groupe restreint, avec l'ensembledes organisations palestiniennes, pas davantage avec lepeuple palestinien ou encore avac les peuples arabes. ~ mime,il convient de distinguer et de définir clairement Israel en tantqu'Etat, le gouvemement israéli~n ~n ta~t qu'expr~ .. ~n d'unepolitique déterminée, la population Israélienne, le Slonls",e, lesjuifs. Les généralisations et les confusions ne peuvent quedétourner d'une appréciation objective.Le M.R.A.P. déplore les incidents inadmi .. ibles qui ontmarqué la participation d'athlètes des pays ar~bes aux épreuv~olympiques le lendemain du drame de MUnich. En France, I~faut que soient mis hors d'état de nuire les provocateurs qUItentent de susciter la haine contre les travailleurs nord-africains,ou de créer un climat de tension autour de la population juive.Seule une solution politique peut mettre fin au conflit duProche-Orient et à ses conséquences tragiques.L'extrémisme trouve un aliment dans la misère et le désespoirdes populations palestiniennes, victimes de la dispersion etde la répression et qui, dans les camps de réfugiés ou en exil,aspirent à la dignité nationale. La violence permanente impOSéeà un peuple ne peut qu'engendrer la violence explosive de larévolte. Que celle-ci s'exprime dans des formes condamnablesne doit pas nous masquer ses causes profondes.Le M.R.A.P. a toujours affirmé que toute solution juste etdurable du conflit israélo-arabe, qui est à l'origine du dramede Munich, doit reconnaitre à la fois ces deux données fondamentalesque sont d'une part l'existence de la nation et derEtat israéliens, d'autre part, rexistence du peuple palestinienet sa volonté de s'ériger en nation.Les actes de terrorisme aveugle, les expéditions punitives nepeuvent qu'éloigner la prise de conscience des réalités, quipermettrait la recherche d'une solution politique. Ces méthodesservent objectivement les intérêts de ceux qui entendent conserverles immenses profits qu'ils tirent de l'exploitation desrichesses pétrolières de cette région, at dont la dominationconstitue la cause première du conflit.1\ est plus que jamais urgent que les représentants despeuples du Proche-Orient et les gouvernements des grandespuissances s'engagent résolument, sur la base des textes del'O.N.U., dans l'édification d'une paix juste et durable.Le M.R.A.P. en appelle à tous ceux qui, surmontant le schématismedes attitudes passionnelles, entendent agir pour lareconnaissance mutuelle des droits des peuples en cause etde leurs aspirations communes à la sécurité, au progrès.Par - delà les diverses conceptions politiques que chacunestime devoir défendre, il invite les antiracistes sincères àempêcher que le conflit du Proche-Orient, transposé en France,ne serve de prétexte à des effrontements et à des diversionsnéfastes, visant Il détourner ropinion publique des problèmesqui requièrent aujourd'hui sa vigilante attention.PARIS, LE 20 SEPTEMBRE 1972.4DROIT ET LlBERTE-N° 314 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 19725


--- ----_._---taines grandes écoles françaises) l'Etat ou des organismesprivés « investissent» dans la formation de cadres, ceux-cidoivent s'engager à rembourser cette « avance», soit en liquide,soit par un certain nombre d'années de travail. Ajoutons,pour être complets, qu'en U.R.S .S., les études supérieuressont totalement gratuites (y compris les livres).On note d'ailleurs qu'en d'autres circonstances, Israël n'apas trouvé indigne de verser une compensation au pays d'oùviennent ses immigrés. Il Depuis pluSieurs années, écrit « LeMonde» (5-9-1972), des juifs ont quitté la Roumanie aprèsavoir abandonné leurs biens et remboursé l'Etat. Les négociationsont été menées avec beaucoup de discrétion. IlPour situer la question, il faut connaître encore un autrefait. A la suite du décret du 3 août, applicable à partir du14 août, le nombre des juifs soviétiques en partance versIsraël n'a pas diminué. Parmi eux, ceux qui sont dotés dediplômes d'études supérieures ont donc pu rassembler lasomme qui leur était demandée; mais l'importance de ce.remboursement imprévu, fait que leur proportion a diminué.Selon le directeur général du ministère israélien de l'intégration,M. Hillel Ashkenazi (3). ils ne représentent plus désormaisque 20 à 30 % des contingents d'immigrés soviétiques arrivanten Israël, au lieu de 40 % auparavant.Même ainsi , cependant, l'apport à Israël demeure très avantageuxdu point de vue économique, si l'on en croit « La Terreretrouvée», qui écrivait le 1 8 • juin 1971 : Il 40 % des immigrantsqui se sont établis dans le pays en 1970 sont professionnellementqualifiés. Or, seuls 15 % du total de la population juiveen Israël ont une qualification professionnelle semblable. IlLibre circulation?La Convention internationale sur l'élimination de toutes 'lesformes de discrimination raciale, ratifiée par l'U.R.S.S., reconnaîtdans son article 5, à chaque individu, Il le droit de quittertout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays Il. Ceprincipe, dont nous demandons partout l'application, se heurte,nous venons de le voir, à des considérations économiques, quine sont pas propres à ru .R.S.S. seule. Dans le cas qui nousoccupe, les obstacles tiennent aussi, sans aucun doute, à desdonnées politiques non négligeables.Non seulement l'U.R.S.S. et Israël appartiennent aux deux« camps» opposés qui se partagent le monde, mais les relationsdiplomatiques sont rompues entre ces deux pays, dontles rapports ont dépassé le stade de la « guerre froide»,puisque l'U.R.S.S. est l'alliée de pays arabes en conflit arméavec Israël.L'immigration renforce indubitablement le potentiel aussibien militaire qu'économique d'Israël; on ne peut sousestimercette réalité, en constatant que depuis près de deuxans, le nombre des juifs autorisés à quitter l'U.R.S.S. n'a cesséde croître : 1 000 à 1 500 en 1970; 15000 en 1971 ;30 000 au rythme actuel, en 1972 - soit près de cent parjour.Cela ne va pas sans difficultés pour le gouvernement soviétiquedans ses relations avec ,les pays arabes : au cours d'unbanquet officiel offert en son honneur par l'ambassadeur del'U.R.S.S. à Beyrouth, le président du Conseil libanais, M. SaebSalam , n'hésita pas à déclarer que Il chaque juif qui pénètre enIsraël constitue une menace plus grave pour les Arabes qu'unchar ou un avion Il (4). Ce même problème a provoqué des frictionsentre l'U.R.S.S. et l'Algérie. Et quand le rédacteur en chefdu journal « AI Ahram», M. Mohamed Heykal, a voulu justifier,en août dernier, le départ des conseillers soviétiques d'Egypte,il a explicitement cité parmi les griefs accumulés, celui-ci :Il M. Heykal, rapporte « Le Monde» (19-8-1972), reproche8aux dirigeants de Moscou d'avoir minimisé rimportance del'émigration des juifs soviétiques. Il leur reproche aussi d'avoirtenu les dirigeants égyptiens dans l'ignorance ou de leur avoirrépondu : Il L'affaire n'est pas aussi grave que vous le pensez Il.Le climat qui règne au Proche-Orient ne favorise guère, il fautle reconnaître, la mise en œuvre du principe de la libre circulationdes hommes. En l'invoquant, les dirigeants israéliens neretiennent que sa première partie (( quitter tout pays ») et évitentde se référer à son autre aspect (( revenir dans son pays») :car sa stricte application exigerait une réponse positive auxrevendications des populations palestiniennes réclamant leretour sur les terres quittées depuis la création d'Israël.Le 23 août dernier, plusieurs milliers d'Isaréliens, juifs etArabes, chrétiens et musulmans, manifestaient dans l'union,à Jérusalem,. pour que les habitants arabes des villages deBiraam et Ikrit, détruits par l'armée israélienne en 1948, puissentrevenir s'y install.er. Ce fait n'illustre qu'un aspect limitédes drames que connaissent aussi les Arabes palestiniens, àl'intérieur et hors d'Israël.Il va de soi que l'instauration d'une juste paix au Proche­Orient, ouvrant la voie pour tous à la sécurité, à la dignité,au progrès, poserait en termes nouveaux le droit qu'a chaquehomme de se déplacer ou de se fixer à sa convenance. Présentement,tous ceux qui envisagent humainement la situation fortcomplexe résultant du conflit, ne peuvent que s'opposer àune conception partielle, unilatérale, de ce droit. .Humainement: c'est le mot-clé qui doit conclure notre analyse.Sans ignorer les données économiques et politiques entravantle départ des diplômés soviétiques, il faut d'abord les situerdans le contexte des relations internationales, et ne pas accuserun seul pays de mesures protectrices que tous pratiquent ousouhaiteraient pratiquer. On peut déplorer que le facteur économiquepèse ainsi sur la liberté des individus; mais ces contraintes,réalités du monde moderne, sont globales, et c'est globalementqu'il faut y remédier. L'élaboration d'accords spécifiques,la multiplication des échanges, la paix, la coopération entreles deux grands systèmes économiques sont, pour cela, lesobjectifs à atteindre.I! reste cependant que, même dans les conditions actuelles,des efforts doivent être accomplis pour desserrer les étreintesqui limitent la libre détermination des individus ou des collectivités.Des aménagements sont possibles, ils apparaissentindispensables lorsqu'on prend en considération la douleu_r etl'amertume de ceux qui, ayant décidé de rompre avec leurpassé, se trouvent arrêtés au seuil du nouveau' destih qu'ils sesont choisi. Quiconque a travaillé 5 ou 10 années dans sonpays d'origine n'a-t-il pas payé la dette qu'il avait contractée enbénéficiant d'une formation universitaire?Quand des hommes désirent quitter leur patrie (ou regagnerleur sol natal), ni la violence, ni les pressions, ni aucune barrièreadministrative ne pourront jamais les y faire renoncer. Leproblème touche à la consci~nce personnelle, aussi bien qu"auxdomaines les plus divers de la vie sociale, de l'idéologie,'dél'activité intellectuelle et politique: c'est à ces niveaux-là, aussi,qu'il faut le poser et tenter de le résoudre.Et c'est dans le respect de la dignité, des aspirations dechaque homme, de chaque .groupe, selon nous, que doitêtre recherchée, par delà les obstacles, une issue aux trèsréels conflits et contradictions qui prévaudront longtemps encoredans les relations entre Etats.(3) « The Jewish Chronicle », 1-9-1972.(4) « Le Monde ». 21/22-3-1972.Louis MOUSCROI\IU.S.A.(( Sauver nosfrères ... ))« Je vous colfiure, au nom de tous mes compagnons de «·sécuritémaximale », de ne pas nous oublier ni nous abandonner, car celaéquivaudrait à laisser le champ libre au (( monstre JJ pour nousbrutoliser, nous i1flliger des traitements inhumains et nous massacrer»(1) : cet appel provient de la prison de San Quentin,Californie, U.S.A,C'est Fleeta Grumbo, le dernier des trois « Frères de Soledad »(Soledad Brothers) qui le lance.En janvier 1971, à Soledad, trois prisonniers noirs sont sauvagementabattus par un gardien blanc. En août de la même annèe,ce gardien est lavé de toute accusation. Mais, lors de son jugement,un autre gardien de la prison est découvert mort. Et, malgré'l'absence totale de preuve, trois détenus noirs sont immédiatementaccusés : Fleeta Grumbo, 23 ans, John Clutchette, 24 ans, etGeorge Jackson, 28 ans.Aujourd'hui, l'un d'entre eux est mort, lâchement assassme :George Jackson. Quant à John Clutchette, grâcié, il est en liberté,mais a préféré passer dans la clandestinité pour échapper auxmenaces proférées contre lui. Enfin, il en est encore un entre lesmains de l'administration pénitentiaire : Fleeta Grumbo. Inculpé ànouveau à la suite des incidents qui ont coûté la vie à Jackson,il reste à la prison de San Quentin, relégué dans le quartier disciplinaire,le célèbre « centre de réadaptation », et risque aujourd'huila peine de mort.C'est pour tenter de le sauver, que sa mère, Mme Inez Williams,a entrepris durant ce mois de septembre un tour des capitaleseuropéennes. De passage à Paris, et reçue par la direction duM.R.A.P., elle a accepté de répondre à quelques questions pour« Droit & Liberté ».D. & L. : Quelles ont été les réactions des militants antiracisteset du peuple américain après la libération d'Angela Davis et sonacquittement?I. W. : Naturellement, la majorité des Américains ont été heureuxet soulagés. Mais trop de gens sont encore restés sans réaction,les uns parce qu'Angela est communiste, les autres parce qu'ilsn'ont pas conscience du problème. Ou tout simpiement parce qu'ilsn'y pensent pas, trop occupés par les difficultés de la vie, commeles noirs, les indigents.A l'heure actuelle, nous traversons un moment vraiment difficile.Les racistes n'ont qu'une idée : profiter de l'apaisement de lapression de l'opinion publique pour se venger de l'affront « Angela ».Et prendre une revanche en poursuivant jusqu'à l'assassinat lesautres prisonniers, noirs ou blancs, politiquement engagés.D. & L. : Quelle est fa 'situation actuelle des prisonniers, à SanQuentin notamment?I. W. : Très dure. Les autorités fédérales ont encore durci ladiscipline dans les prisons. Les prisonniers n'ont plus droit qu'àune demi-heure de visite par semaine, sans contact physique possibleavec leur visiteur. La promenade quotidienne a été réduite :une demi-heure par jour. Ils ne peuvent recevoir de livres de particuliersmais des seuls éditeurs. Ils sont quasiment isolés du restedu monde.DROIT ET LIBERTÉ - N° 314 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 1972IioViolences quotidiennes ...Inez Williams (à droite) reçue par la direction du M.R.A.P.D. & L. : Quels sont les autres détenus accusés du même délitque celui de votre fils et enfermés avec lui?I. W. : Il y a David Johnson, Willie Tate, John L. Spain, HugoPinell et Luiz Talamantez : tous les six sont visés, en fait, en raisonde leurs activités politiques. On ne connaît pas encore la date duprocès. Les autorités fédérales voudraient le reporter après lesélections présidentielles. Et pour cela, elles tentent d'entraver lebon fonctionnement de l'instruction, en interdisant par exemple,aux accusés de choisir leurs avocats, alors qu'ils en ont parfaitementle droit !D. & L. : De quelle façon comptez-vous agir pour obtenir leurlibération ? Et qu'attendez-vous des antiracistes français?I. W. : Si je suis venue en France, c'est surtout pour vousdemander de ne pas abandonner la lutte. Nous comptons sur votresolidarité active pour sortir nos enfants, nos frères et nos sœursdes prisons américaines. Nous allons par exemple, lancer une pétitionpour appuyer la contre-enquête effectuée par le comité américain,en vue de prouver l'innocence de Fleeta et des autres.Il est nécessaire d'informer les Français sur ce qui se passe auxU.S.A. Il faut qu'ils sachent que la libération d'Angela n'a pas pourautant réglé le sort de milliers et de milliers de noirs, chicanos etblancs enfermés à Soledad, à San Quentin ou ailleurs. Il faut doncagir, et tous unis.(Propos recueillis par Dominique DELHOUME.)(1) Angela Davis, « S'ils frappent à l'aube », G aUimard, p. 154.9


InunlgrésDlscrllDlnatlons,_~, "~~~~~~~~brllDades••• et rentabilité,OUVREZ un numéro d'août de « France-Soir», n'importelequel ou presque. Vous y découvrirez ce genre d'annonces: « Cherche manœuvre, nationalité françaiseexigée ... » Répétées des dizaines de fois.Des noms? La place nous manque pour tous les recenser. Etcela se passe quelques semaines seulement après le vote de la loiinterdisant de telles pratiques. TI est vrai que, dès le mois de juin,« INTERTRA» (P.D.G. : M. Tomasini, ex-secrétaire général del'U.D.R.) avait déjà publié dans « France-Soir» des annoncesprésentant de telles discriminations.Il est vrai aussi qu'un organisme officiel, l'Agence nationalepour l'emploi, se rendait coupable, dans cette periode, du mëmedélit : par une circulaire interne, l'A.N.E. faisait savoir, qu'ellerecrutait pour Citroën, 1 600 ouvriers spécialisés, « Européens(pas de Nord-Africains, ni Africains, sauf candidats exceptionnels))). Si ce papier n'était tombé entre les mains d'un militant,personne n'en aurait rien su ...Parfois, la réalité dépasse la fiction. Si, certains se refusent àemployer la main-d'œuvre immigrée, d'autres n'hésitent pas àbâtir une fortune sur ce qu'il est maintenant convenu d'appeler unnouveau « trafic d'esclaves »..., à grandes échelle et à grand renfortde capitaux.L'affaire fut découverte lorsque les gendarmes arrêtèrent,dans les Alpes-Maritimes, quelques semi-remorques chargées detravailleurs sénégalais, marocains ou maliens. Le prix du voyage?Plusieurs milliers de francs, ou bien encore les trois premiersmois de salaire.« Cette découverte a révélé l'existence d'un rackett internationaldont les membres trompent leurs victimes en leur faisant de faussespromesses, en les assurant d'un travail bien payé en Europe, ouen leur proposant une visite touristique de l'Europe (..J Cesvictimes se retrouvent en véritable esclavage, transportés commedes marchandises et livrés à la merci d'aigrefins ... )) (1).LogementL'exploitation, le racisme (son corollaire) sont aussi particulièrementsensibles dans le domaine du logement.Nous n'en voulons pour preuve que cette réponse faite à untravailleur algérien, M. Boulaem M., dans le Puy-de-Dôme, aprèsqu'il eut fait une demande de H.L.M. pour loger sa femme et sescinq enfants: « ... Nous sommes en droit de vous demander si votrefamille qui n'a jamais quitté l'Algérie ni certainement résidé dansun immeuble collectif de type H.L.M. serait capable de s'adapterparfaitement, et de remplir les obligations nombreuses, et impérativesqui s'y rattaçhent (entretien de l'appartement et des partiescommunes, respect du silence, surveillance des enfants, etc.).»Conclusion : « ••. aucun espoir, même à long terme. »10~.ftQJPIFeCcËen menuiserie métalliquealuminium. !!,at. franc.exi;. St.' Pour chantiers PARIS et. ~EGION PARISIENNE.Dans certains quartiers de Paris « en voie de rénovation », laspéculation effrénée à laquelle se livrent quelques magnats de l'immobiliersert aussi de prétexte pour évincer, expulser les travailleursimmigrés. Une société nouvellement créée rach~t~ à basprix des immeubles ou hôtels à la limite de la salubnte. PUIS,pour en expulser les occupants indésira~les - la plupart d~ tempsimmigrés - on fait appel à quelque pohce parallele : le tnstementcélèbre S.A.C., par exemple, qui organisa, en ~ctobre 1970, uneopération de « ratissage» dans un hôtel de la rue Pierre-Leroux.Air connu :un huissier vient constater l'état de l'immeuble, ledécrète non conforme, décide de sa démolition. Peu après, uneéquipe du S.A.C. intervient qui détruit tout et déménage sansménagement les occupants.Ces derniers ne seront relogés que s'ils sont inscrits sur leregistre de police de l'hôtel... Sinon, la rue, le~ ponts, l'~rre~tationpour vagabondage, l'expulsion. En bref, la ITI1sere, omm-presente.A quelques variantes près, ces scénarios infâmants ont lieu avecune fréquence croissante. En juillet, 44 travailleurs africains étaientexpulsés du 101 de la rue Quincampoix, à Paris. Motif : leplancher d'une des pièces « non habitée» s'était écroulé. Bien queréparable, ce dégât servit de prétexte. Jetés à la rue, désemparés,ces 44 travailleurs se réfugièrent dans un in'lmeuble sis 57, rueRambuteau, dans la nuit du 13 au 14 juillet. La police intervintimmédiatement, à coups de matraques. Ce fut la première et principaleréaction des_ pouvoirs publics ... Et aujourd'hui, près de septfoyers de la région parisienne sont en grève de loyers. Attaqu~s,les immigrés se défendent et prennent conscience de leur forcelorsqu'ils réagissent unis, à ces exactions.(1) • Flash », bulletin de la F.S.M.BidonvillesUne lettre du maire de Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne) nousrappelle à juste titre un autre aspect de la réalité: l'existence, sinonla prolifération de bidonvilles.Un bidonville disparaît, de par l'action assidue de la municipalité.Mais cela (( ne saurait nous faire oublier que d'autresbidonvilles existent et prolifèrent dans notre commune, ainsi qued'autres localités du Val-de-Marne. Certains sont organisés parle patronal à l'intérieur même de l'entreprise ... ))On sait que le gouvernement avait promis, dès 1966, leur suppressiontotale.ViolencesSur le plan de la violence directe, la police - officielle - se distingueparfois à l'encontre des travailleurs immigrés. Nous avonslonguement évoqué dans notre dernier numéro les expéditionspunitives de Bagneux et Noisy-le-Sec.A Saint-Gratien (Val-d'Oise), la police locale a cru devoir rosserdeux ouvriers algériens. Leur crime : ils avaient osé lever les yeuxsur une femme. Les mœurs du Ku Klux Klan s'introduiraientellesen France? Plainte a été déposée ... Souhaitons que les responsablessoient frappés à la mesure de leurs actes ...EN 1961, nous luttions contre les. taudis, caves, greniers, hangars,tels que: 36, rue Petit, Paris (19");15, passage d'Epargne, Paris (19");3 bis, rue Riquet, Paris (19") ; 45, rued'Orgemont, Paris (20") ; 8, rue desCendriers, paris (20 e ). 91, rue Yves­Kermen, Boulogne-Billancourt; 26,route d'Asnières, Clichy; 60, rue deNeuilly, Clichy; 1, ru du Bac-d'Asnières,Clichy, etc.Cette campagne aboutit en 1964 àétendre le Fonds d'action sociale à tousles travailleurs étrangers, pour leurrelogement, l'alphabétisation et laformation professionnelle. Quel va êtreson rôle, maintenant, avec les nouvellesdispositions gouvernementales? M. MichelDebré, à cette époque Premierministre, avait déclaré Que d'ici peu detemps tous les taudis disparaîtraient.Malheureusement, ils n'ont pas disparu,mais ils se sont étendus. De nouveautaudis sont apparus : 15, rueBuisson, Paris (20 e ); 27, rue de laPoste, Aubervilliers, etc.Dans ce dernier « foyer», sont mortscinq travailleurs africains, un Jour del'An, pendant que les Français festoyaient.Ce drame a permis de remettreen lumière les conditions de vie destravailleurs immigrés. M. JacquesChabàn-Delmas, alors Premier ministre,est allé visiter des caves et des bidon-DROIT ET L1BERTE..-- N° 314 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 1972En EuropeContinuité ...villes. Il a déclaré qu'en 1972 tous lestaudis auraient disparu.Durant toutes ces périodes, de nombreuxaccords inter-gouvernementauxsont intervenus pour soi-disant améliorerles conditions de vie des ressortissantsdes pays intéressés.En 1972, nouvelle déclaration d'unsecrétaire d'Etat français, en Seine­Saint-Denis, qui a promis que la situationserait réglée. Il faut dire que M. LéopoldSédor Senghor n'a jamais cessé defaire des déclarations parallèles poursortir ses compatriotes de ces conditionslamentables. Mais des discours auxactes, il y a un fossé.Au cours de toutes ces années, lasituation des travailleurs étrangersn'a fait qu'empirer. Voilà qu'aujourd'hui,les pouvoirs publics nous font croire queles dernières dispositions prises à l'égarddes travailleurs étrangers sont denature à améliorer leurs conditions devie (Le Monde, 16-9-1 972).Dans une circulaire officielle duministre du Travail et de l'Emploi , il estdit que désormais les travailleurs seronttributaires du commissariat de police,comme si cela n'avait jamais été faitprécédemment! Car tous ces foyerstaudisétaient et sont contrôlés par lapolice. Aucun propriétaire ne peutouvrir sans raccord de la préfecture depolice et de la Seine et du S.A.T.,Cette recrudescence du racisme n'est pas seulement sensibledans notre pays. L'ensemble de la Communauté européenne esttouchée. A Rotterdam (Pays-Bas), en août, des échauffourées parfoisviolentes ont opposé immigrés turcs ou italiens à la populationautochtone. Et ce, pour un incident bénin.Comment expliquer cela? Si ce n'est par les difficultés faites àcette main-d'œuvre éminemment rentable, peu chère, comme lerappelait fort à propos un journal patronal, « L'Usine Nouvelle»,le 26 mars 1970 :I( La présence de cette immigration donne à notre économieplus de souplesse, s'agissant de gens très mobiles, acceptant dechanger d'entreprise, de région et, le cas échéant, de devenir deschômeurs indemnisés. L'immigration 'est encore fructueuse dans lamesure où elle permet à notre pays d'économiser une partie de sesfrais d'éducation (assumés par le pays d'origine) et de mieux équilibrerles charges de la nation : jeunes, les immigrés apportentsouvent plus de cotisations qu'ils ne reçoivent de prestations. ))L'aveu - cynique - est de tai)le. Le travailleur immigré rapporte,coûte peu et est docile. Mais cela suppose des conditions de vie etde travail révoltantes. A quoi s'ajoute trop souvent le racisme ...Dominique DEFOIX.corps spécialisé, qui en dépend. Noussavons qu'aucun déménagement, aucuneexpulsion ne se fait sanS la présencede ce service et avec des cars de lapoliCe.Dans cette circulaire, il est exigé uncontrat de travail, une attestation delogement (décent), une carte de travailet de séjour, un certificat médical ...Ces mesures ne sont pas pour arrangerles petites entreprises et les artisans,mais plutôt les détruire pour renforcerles grosses sociétés, comme nousl'avons vu chez Simca et Peugeot, avecles Marocains et les Turcs, etc.Les mesures sont prises, dans cettecirculaire, pour « une meilleure insertiondans notre économie nationale». Ellene tient pas compte de la loi votée toutdernièrement par lé Parlement contretoute forme de discrimination raciste.Car il est dit, qu'en priorité, les emploisdoivent être attribués aux Français etaux ressortissants de la C.E.E. (CommunautéEconomique Européenne).Et les pays africains. amis de laFrance, ayant combattu à ses côtésayant même participé à la constructiondu mémorial de De Gaulle, leursressortissants vont-i ls avoir à fournireux aussi, une carte de séjour et detravail?Sally N'DONGO11


hier et aujourd'huiLes Savoyards et TouvierTueur, pillard, tortionnaire, antisémite militant, condamné à mort par deux fois, lemilicien Paul Touvier a malgré tout été grâcié. Les multiples protestations qui se sont élevéeslorsque fut connue la décision du Président de la République restent à ce jour sans réponse :silence sur l'affaire Touvier, comme sur le jugement d'un tribunal bolivien s'opposant àl'extradition de Klaus Barbie, cet autre bourreau de la région lyonnaise.Mais les victimes de ces deux criminels de guerre, les résistants qui les ont combattusn'accepteront pas de se taire tant que justice ne sera pas rendue. Nous donnons ici la paroleà M. Jean Floersheim, délégué du Comité d'action de la résistance de Savoie, qui unit, dansce département toutes les associations de résistants, déportés, anciens combattants, prisonniersde guerre, victimes de la guerre, et auquel le M.R.A.P. apporte son total soutien.« Je te salue, ô terre hospitalière,« Où le malheur trouva protection ... ))Le chant des Allobroges reflète bien letempérament des Savoyards.Combien de Français, de réfugiés,d'apatrides évoquent-ils avec reconnaissanceleur passage sur cette « Terre hospitalière»durant les années tragiques dunazisme ? Les Savoyards avaient dit« non » au nazisme. Au prix parfois de leurlibertè, souvent à celui de leur vie, ils ontaidé ceux qui cherchaient asile sur leur solaccueillant.Quelle ne fut pas leur surprise, à tous cesanciens résistants, patriotes et rescapés descamps de la mort en apprenant, il y aquelques mois, que ce même sol savoyardabritait depuis quatorze années le milicienTouvier, pourvoyeur du sinistre Barbie.Touvier est Savoyard : et nous sommesindignés de voir un ancien tortionnaire,aujourd'hui bénéficiant de l'amnistie etgrâcié, nous narguer sur les lieux mêmesde ses premiers forfaits; indignés que lagrâce présidentielle permette à ce bourreaude profiter légalement du produit de sescrimes.Au lendemain de la Libération, tous lesmouvements de résistance s'étaient retrouvésau sein d'un Comitè d'Action de laRésistance.Les années ont passé et, alors que cetteréunion d'hommes venus de tous horizonspolitiques, philosophiques ou religieux semblaitn'être plus qu'un souvenir, à nouveaule Comité d'action de la résistance a réuniimmédiatement tous les Savoyards,œuvrant dans un même but, comme auxjours les plus sombres de l'occupation.Pour exprimer l'indignation de la populationet faire cesser les protections dontbénéficie Touvier, les démarches se sontmultipliées à la mairie de Chambéry età la préfecture de la Savoie. Une manifestationsilencieuse a été organisée le30 juin à la plaque des fusillés des Char-, mettes, à deux pas de la maison de Touvier.Cette manifestation dépassa les prévisionsdes plus optimistes. D'après les services depolice, il y eut plus de 3 000 participants.Comme prévu, elle se déroula dans lecalme et la dignité : chant des participants,lecture d'une motion, dépôt d'une gerbe pardes enfants de déportés, minute de silence.Pas un cri hostile, pas un slogan, pas ungeste inutile.PIEDS SENSIBLESLes chausseurs du super-confort et de l'éléganceCt>.:.>ix UNIQUE en CHEVREAU, en SPORTS et en TRESSE MAINFemmes du 35 au 43 - Hommes du 38 au 486 largeurs différentes(9') GARE SAINT-LAZARE, 81 , rue St-Lazare (Mo Saint-Lazare - Trinité)(6') RIVE GAUCHE, 85, rue de Sèvres (Mo Sèvres - Babylone)(l0") GARE DE L'EST, 53, boulevard de Strasbourg (MO Château-d'Eau).--------- Magasins ouverts tous les lundis ---------Tous ces participants, tant ancienscombattants que jeunes ont ainsi faitconnaître leur refus d'une telle provocation.Mais tous se posaient les mêmes questions.Pourquoi ce criminel a-t-il été grâcié?Touvier a abusé ses protecteurs et défenseurs,en appelant à leur bon cœur, évoquantses enfants. Nous n'avons rien contreeux. Mais faut-il oublier les enfants innombrablesque Touvier et ses semblablesont envoyés à la mort ou rendus orphelins ?Touvier ne s'est jamais présenté devantla justice des hommes. S'il est innocent,comme il le prétend aujourd'hui, pourquoin'accepte-t-il pas d'être jugé?Comment a-t-il pu se marier religieusementalors que civilement il n'existaitpas ? Seul un mariage au Vatican peutêtre civilement et religieusement valable.Comment un modeste employé de la gare,milicien par cupidité plus que par idéologie,aurait-il pu par ses propres moyens obtenirla complicité pontificale?la manifestation à l'Hôtel Moderne, le 5 juillet.Les Savoyards qui ont vécu dans laclandestinité savent ce que c'est que vivresans identité, sans moyens d'existence, sansprotection. Comment Touvier qui prétendne posséder que sa part d'héritage de labicoque familiale, a-t-il pu vivre vingt-huitans dans la clandestinité, élever deuxenfants et leur payer plusieurs annéesd'études supérieures?Comment, enfin, Touvier a-t-il pu abuserce clergé à qui les Savoyards sont reconnaissantsde tout ce qu'il a fait, pendantl'occupation, pour tous ceux qui fuyaientla barbarie nazie?On en vient à penser au « trésor » de laMilice. Ou plus précisément au trésoramassé par Touvier lors de ses pillages;ou à sa cagnotte personnelle faite sur ledos de la Milice.C'est face aux jeunes que ces questionsembarrassent le plus les Savoyards, qui sesont battus pour que ces jeunes viventdans une France libre, la France des Droitsde l'Homme. Comment leur expliquer ladémarche du Président de la Républiquequi demande (timidement c'est vrai)l'extradition du crimind de guerre allemandBarbie et qui grâcie le criminel deguerre français Touvier ?C'est parce qu'ils se posent toutes cesquestions que les Savoyards ne peuventse taire. Ils ne sont animés ni par la haine,ni par l'esprit de vengeance. Au nom desvictimes de la Milice et de Touvier, ilsdemandent la justice.Jean FLOERSHEIM.La fille de GeorgesMandel écritau président de laRépubliqueIl Droit et Liberté Il a reçude la fille de rancien ministreGeorges Mandel,Mme Claude Georges­Mandel, la lettre suivante,adressée au président de laRépublique:Monsieur le président dela République,La révolte succédant à lastupéfaction me détermineà vous faire parvenir cettelettre où vous trouverez expriméela plus véhémenteindignation devant le gestede grâce dont vous avez crudevoir user à l'égard dutortionnaire Paul Touvier.Si ma crainte est grande,cette incompréhensible clémencepouvant venir s'appliquerà d'autres individus,de me trouver un jour enprésence des assassins demon père, elle s'augmenteencore du fait que cette décisionpourrait passer pourune volonté délibérée d'endormirle sentiment d'horreurque notre civilisationressent en face d'une desparties les plus sombres deson histoire.Croyez, je vous prie, Monsieurle président de la République,à l'expression dema plus haute considération.Claude GEORGES-MANDEl.--AfrlqueQue veut doncle général Amin?PAR les mesures prises à l'encontrede ses ressortissan ts d'origineasiatique, le général Idi-Amin, chefd'Etat de l'Ouganda, continue de défrayerla chronique.Mais, pour mieux saisir la portée deces événements, il convient d'effectuer unretour sur l'histoire de ce pays non encoredétaché de certaines chaînes du régimecolonial.Vers le début du siècle, les colons britanniques,ne pouvant être partout à lafois, font venir en Afrique orientale (Kénya,Ouganda, Tanganyika) de nombreux Indienset Pakistanais, pour servir de « courroiede transmission» entre les leviersde commande de l'économie (qui sontanglais) et la masse des travailleurs et despaysans (qui sont africains). Opérationhabile : ces « Asiatiques» contrôlent lecommerce; vu leur place dans la société, ilsont en général une mentalité de « petitsblancs», méprisant souvent les Africains:ils sont vite coupés de leur patrie d'ori:gine; ils n'ont pas vraiment de poids économique(car les Anglais, depuis Londres,gardent la haute main sur l'essentiel), maisils sont visibles, et par suite apparaissentcomme les exploiteurs directs des Africains.Les responsabilités des gouvernementsbritanniques ne s'arrêtent pas là : lors del'indépendance plus ou moins octroyéeaux trois pays cités plus haut, en 1962,les Asiatiques ont trois ' ans pour choisirleur , passeport (britannique, indien, pakistanaisou local). Sous la pression des racistesde Grande-Bretagne animés parEnoch Powell, on ajoute cette clause inouïeque les Asiatiques résidant en Afriqueorientale et qui choisiront de devenir citoyensbritanniques ne pourront « rentrer»au Royaume-Uni qu'au rythme de quelquesmilliers par an.25 janvier 1971 : Milton Oboté, présidentougandais qui soutenait les Africainsopprimés par le colonialisme et l'apartheid,et tentait d'acheminer son pays vers lesocialisme, est renversè par Idi-Amin, auxapplaudissements du gouvernement conservateurbritannique et de nombreux Asiatiques(fortement attachés au régime dupassè). Ses premières mesures sont d'annulerles nationaiisations de 80 grandesentreprises étrangères.Mais il n'est pas très assuré de son pouvoir: les tribus du nord sont restéesen grande partie favorables à Oboté;'le prestige d'Amin est bas. C'est un chefde gang : quand ce n'est pas lui qui organiseune rèpression sanglante, ce sont sessoldats qui se livrent à grande échelle auracket, au viol, etc. ; Pour s'en convaincre.il n'y a qu'à se référer à ce télégramm~envoyé dernièrement par le général àl'O.N.U. et à Tel-Aviv à l'occasion dudrame de Munich : « HitÎer et tout lepeuple allemand savaient que les israélitesne sont pas intéressés par ce qui peut arriverà l'humanité et c'est pour cela qu'ilsles ont envoyés dans les chambres à gaz. »Qu'un chef d'Etat, ose ainsi justifier denazisme donne à penser sur ses propresactivités. Il est a souhaiter que l'ensemblede la communauté internationale exprimesa condamnation. Car il est des prècédents,que nul n'oublie.« Le socialisme est la seule réponse saine.Exproprions ceux qui exploitent encore lepeuple tanzanien, ce qui inclura des Africainsaussi bien que des Asiatiques (...).Ne donnez pas le commerce à des personnesprivées noires. Donnez-le à la société.»Telle est la position du T.A.N.U.(le parti du président tanzanien Nyerere)(1) ; telle n'est pas, en revanche celledu général Amin qui, « visité par Die~» etprétextant des « sabotages» de la part' decertains Asiatiques, décide d'exclure dupays toute une catégorie d'hommes, ycompris des citoyens ougandais, sur critèrede race, et de remettre leurs biens àdes noirs (ceci évidemment sans toucheraux bénéfices des grandes compagniesétrangères qui contrôlent l'économie dupays).Dans un numéro d'hypocrisie qui leurest coutumier, les pires racistes enFrance ou ailleurs ont sauté sur l'occasionofferte par Amin pour prétendreque tous (tous évidemment) les noirs sontracistes... M. Vorster, président d'unrégime sud-africain qui maintient dans unétat de quasi-esclavage une quinzaine demillions d'Africains et ne donne même pasle droit de vote à « ses » Asiatiques, y estallé de son indignation devant « cet actele plus immoral» qui soit et cette expressiondu « racisme le plus flagrant». On sedemande décidément où s'arrêtera l'imposture.Lionel LEBASCLE.( 1) Cf, Daily News (Dar-Es-Salaam), 25 -8- 1972.12DROIT ET LIBERTÉ - N° 314 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 197213


Nul regretIl collabora à « Je suis partout » dès 1935. Après une longueamitié pour « l'Action française » ... il écrivit après avoir vu lefilm « le Juif SÜSS», que « c'est réjouissant de voir pendre unjuif, même au cinéma». Puis il devint l'un des plus virulentpropagandiste du nazisme sous l'occupation, ce qui lui valutd'être condamné à mort après la Libération . .Grâcié, Lucien Rebatet vient de mourir dans son lit, le 24août. Son action, son œuvre, ses injures et ses dénonciationssont encore présentes à l'esprit de nombre d'entre nous :« pourfendeur de juif», admirateur de Pétain, il qualifia ainsile fascisme (qu'il honora de tout temps) : « Une manière d'éducationsentimentale, un romantisme de la jeunesse .. . »Ayant repris du service à « Rivarol», il ne cessa de clamersa nostalgie, ses haines, son esprit revanchard. Il publiaitaussi des articles (sous un pseudonyme) dans plusieurs autresfeuilles d'extrême-droite.La mort venue, un étrange concert de louanges salue cenazi non repenti : « Ordre Nouveau», « l'Union Royaliste»,« l'Action Française» : autant d'officines, autant de condoléancesaffligées, que rapporte « Rivarol », dernier refuge deRebatet.C'est un signe des temps, peut- être, que, pour l'amourd'on ne sait quel art, certains journaux, oubliant la grandeleçon de la Résistance, se laissent aller à exalter le « talent»DIGUESbombardées, ' tortures,camps de concentration, déportationsmassives, villages détruits,populations massacrées, guerrebiologique, chimique, bio-chimique,bactériologique: génocide. Au Vietnam,en Indochine, c'est la réalité quotidienne...Hier, il y eut la Corée , aujourd'huidivisée . Puis le Vietnam, la violationdes accords de Genève. Puis le Laos,puis le Cambodge ... Pour chaque révoltecontre la présence, l'agression américaine:l'occupation, la guerre, le sang.Où cela s'arrêtera-t-il? Questionimportante, quand on apprend d'unjournal scientifique américain les prévisionsdes stratèges du Pentagone :« Spectrum» - tel est le nom de l'étudesecrète - recommande en effet l'usaged'herbicides et de défoliants sur tous lescontinents - et l'Europe - pour « enrayerune attaque communiste ». Ce qui auraitl'inestimable avantage « de réduire lenombre d'Américains nécessaires pourréprimer un soulèvement éventuel» ...14Vietnantdoute.ux de ce fanatique assoiffé de sang, à qui selon eux,on ne devrait imputer d'autre faute que le manque de discernement.Menaces 1 ••.C~est loin ...~ ,c est pres ...De sourdes menaces pèsent sur notre ami Sally N'Dongo,président de l'Union générale des travailleurs sénégalais enFrance, membre du Secrétariat national du M .R.A.P. Fin aoûtune étrange conférence aurait réuni , pour discuter de son sort,des représentants de l'ambassade du Sénégal et certainséléments de la police française.On ne pardonne pas à Sally N' Dongo, semble-t-il, sonaction inlassable pour la défense de ses compatriotes, sadénonciation de tous ceux qui les exploitent à outrance, ouqui, ayant le devoir d'assurer leur protection; se désintéressentde leur sort. Récemment, il a publié un nouveau livre, « LaCoopération franco-africaine» (dont nous reparlerons) où ilanalyse l'ensemble du processus qui amène les travailleursafricains en France. C'est cela , sans doute, qui a renforcél'hostilité contre lui .Face à toute tentative de porter atteinte à ses droits ouà sa sécurité, il faut qu'on sache que les antiracistes, les démocrates,sont solidaires de Sally N'DonÇlo..La faute aux immigrés?Avenue Kléber, à Paris, léI négociationpiétine, en raison du refus américainde « lâcher» Thieu et de procéderà l'évacuation totale du Vietnam . Pen.:dant ce temps, le blocus et le minage desports, la destruction du réseau hydrauliquedu Nord-Vietnam, le pilonnage àgrande échelle par l'aviation sont autantde crimes qui repoussent toujours plusloin les limites de la barbarie.Comment rester indifférent? LeVietnam est loin? Peut-être. Mais ilest aussi si près .. . Chaque coup portéau droit des peuples indochinois à disposerd'eux-mêmes est un coup porté àtous les peuples. Chaque enfant, chaquemère assassinés, chaque hôpital ouAlphonse Daudet nous avait donné un sous-préfet poète ...Les scandales de la V8 République nous donnent à voir un préfet(de région !) particulièrement perspicace. D'après M . MaxMoulins, le proxénétisme et la prostitution dont souffrent laville de Lyon et sa banlieue seraient le fait ft d'un grand nombrede travailleurs immigrés célibataires, dont .60000 Nord­Africains Il... Pardi! Il fallait y penser.Au fait, Monsieur le préfet de région, et la loi sur les excitationsà la haine raciale, vous connaissez?école ou village' vietnamien détruits,est un coup porté à l'humanité toutentière. Chaque degré de l'escalademeurtrière est un nouveau danger pourla paix mondiale.Se taire? Non . Ce serait se fairecomplice d'une entreprise d'exterminationdont les victimes se ' chiffrentdéjà par millions. Ce serait accepterd'autres interventions, d'autres génocidespour chaque velléité d'indépendancede nations décidées à prendreen main leur destin.Il faut, aujourd'hui plus que jamais,réagir. Intervenir. Faire entendre notrevoix. La joindre au chœur généralpour imposer aux dirigeants américainsla négociation, seule issue possible àla guerre d'Indochine. Participer à chaqueinitiative en faveur de la paix, individuellement,collectivement, est undevoir impératif. Il doit finir, ce longcalvaire d'un peuple en lutte depuisun quart de siècle, victime d'une guerreinjuste et injustifiable.0.0.8arbie : il reste l'O.N.U ...Barbie, le « boucher de Lyon», Barbie, l'assassin de Jean~oulin restera en Bolivie. Ainsi en ont décidé les militairesdictateursde ce pays, au mépris du droit international concernantles criminels de guerre. La demande d'extradition présentéepar la France est rejetée. Et le gouvernement françaisà notre connaissance, n'a élevé aucune protestation. 'Le président de la République avait pourtant écrit personnellement.au chef de l'Etat bolivien, le colonel Hugo Banzer.Il est vrai que cette lettre ne demandait pas explicitementl'extradition :« ~e ne doute pas de votre noble pays (...) et je vous dis maconfiance dans une proche décision du gouvernement bolivienqui, ~al~ré le~ truquages utilisés par un homme vil, permettraà la Justice d exercer tous ses droits .. . »Que va-t-il se passer maintenant? Faut-il rappeler l'article IIIde la Convention sur rimprescriptibilité des crimes de guerreet des crimes contre l'humanité, adoptée le 26 novembre1968 par assemblée générale de l'O.N.U., et qui prévoitexpressément l'extradition des criminels de guerre?Et est-il nécessaire d'indiquer également que se tient en cemoment la 29 8 assemblée générale de l'O.N.U. ?Pourquoi la question n'y serait-elle pas débattue? Et desdécisions prises, conformes aux engagements pris par laFrance?. Car enfin, il conviendrait de mettre fin à certaines protections« occultes» dont bénéficie depuis 1945 l'un des pirestortionnaires de la France occupée ...Apologie dans « Lui ))~~ dénommé « R . . Heydrich», demeurant à Strasbourg (?),écnvlt. à la re~ue (~ LUI » (N° 102, juillet 1972) pour lui signifiersa haine antisémite et conclure sa prose d'un « Sieg Heil»évoquant ce,:a.ine sinistre période de notre histoire. Il ajoutait,entre deux Injures : « Heureusement que les camps de lamort ont existé ... !»« Incroyable mais vrai», aura été le seul commentaire de(~ Lui». Etrange! Nous pensions en effet cette feuille spécialiséedans un autre genre de littérature .... Que ces insultes, cette apologie du nazisme et du génocideait paru dans le « courrier des lecteurs» n'excuse en rien larevu.e. Le seul fait de la publier l'engage en part entière, neserait-ce que pour le nombre de lecteurs touchés.Et une telle publication ne pouvait qU'encourager les émUlesdes. nazis à exprimer publiquement et longuement ce qui n'a,habituellement, qu'une diffusion limitée, sinon clandestine ...Le M .R.A.P. alerté par de nombreux lecteurs et amis indignés,a aussitôt protesté avec vigueur et a « demandé à ladirection de « Lui» de rendre publique immédiatement unemise en garde à ses lecteurs, faisant savoir clairement qu'ellese désolidarise de cette intolérable provocation».Un texte pernicieux.Le M.R.A.P. a rendu public, le 29 septembre, le communiquésUivant:Le. Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et pour~a ?alx (M;R.A.P.), a pris connaissance avec émotion du texteintitulé « L Ecole de. l'obscurantisme» publié le 22 septembre19~2 par le bulletin du Bureau d'Information Soviétique àPans.Il en r.épro~ve totalement la teneur. La critique du gouvernementIsraélien et du sionisme, qui relève de l'appréciationde chacun (aussi bien que l'attitude inverse)'- aboutit à deDROIT ET LIBERTÉ - N° 314 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 1972r----M. Poniatowskiet les Corses,L,e 4 septem,bre dernier, M. Michel Poniatowski, secrétairegeneral d~s Republicains Indépendants, accusait publiquementu?e « Um,on corse» de se livrer au trafic de drogue .. plus,d e~ posseder le quasi-monopole. Il se référait pour cela à unarticle paru dans la revue américaine « Time JI. Nombre deper~on~alité~ se sont déjà élevées contre cetÎe curieuse générallsatzonvls~nt la . population d'un département français.Nous reprodUisons Cl-dessous une mise au point que notre amiSerlfe Kriwkoski, président de la Fédération des Bouches-du­Rhone du M .R .A.P., a fait paraître dans la pressemarseillaise.T A drogue et le racisme sont deux terribles fléaux dontLsouffre l'humanité, et que les honnêtes gens combattentavec vigueur.M. Michel Poniatowski, bien maladroitement - c'est lemoins qu~ l'on puisse dire - pour tenter de dénoncer la drogue,est tombé dans le panneau raciste.E~ ~ffet, le secrétaire général des Républicains Indépendants,en ~velant, avec fracas, l'existence d'un certain réseau clan-'des~ de trafiquants de la drogue, dénommé soi-diSant :CI DOlon corse lt, n'a pas hésité à reprendre à son compte lesvieux clichés jaunis du «Corse-truand lt comme d'autresconsidèrent que tous les juifs sont des usuriers et les Arabesdes voleurs ...On peut difficilement admettre que le responsable nationald'une formation politique, qui vient de voter une loi condamnantsévèr~me~t la diffamation et l'injure envers un groupe depe?onne~ a r~lson ~e leur origine, ait cédé au préjugé racisteqw .conslste a attribuer un crime atavique à une minoritéethnique.Tou~ en dénonçant. les méfaits de la drogue, il aurait étéplus digne, pour ce paladin des grandes causes descendantd'un maréchal d'Empire, au lieu de jeter un disc;édit sur unepartie de nos compatriotes, de prendre du service dans lesra~gs . des ~ombattants antiracistes, a6n de détruire les mythesqw ont fait tant de mal à la France.Serge Kriwkoski.dangere~ses défor",1~tions si elle ne se maintient pas sur leplan de 1 a~al~se politique et du débat idéologique loyal.En particulier la méthode qui consiste à juger de ces probl~mesen se fondant sur des commentaires religieux millénaires~st à la fois antiscientifique et pernicieuse. On peutdécouvnr dans toutes les religions, à un moment ou un autre?e leur évol~tion, des formules exprimant l'intolérance. MaisIl est contr~l~e aux çlonnées objectives actuelles d'y recourirpour caracteriser le contenu de ces religions, moins encorele comportement des hommes et des Etats.~n s'élevant contr? ce document consternant, le M.R.A.P.,qUI ?ombat to~t racisme avec une égale rigueur où qu'il semanifeste, estime devoir protester non moins fermementcontre les campagnes antiarabes qui se déchaînent enFrance sur. des bases tout aussi condamnables; il déplore enoutre cert~lnes prises de positions unilatérales qui, établissantune sélection parmi les victimes de conflits, de discriminationsou de brimades, , . ign~rent délibérément certaines d'entreell~s. et semblent s inspirer en grande partie de considérationspolitiques.Soucieux d'une meilleure compréhension entre tous leshom~es, .ga~e de paix et de progrès, le M.R.A.P. exprime lesouhait slncere que les autorités soviétiques compétentesprennent les mesures nécessaires pour remédier aux effetset aux conséquences néfastes d'une telle publication.15


Exceptionnellement, à la place de l'habituel dossier, «Droit & Liberté,.vous offre ce mois-ci un «poster,. antiraciste.Il répondait à un besoin : les comités locaux du M.R.A.P., les maisons de jeunes, lesétablissements scolaires souhaitaient disposer d'un tel moyen pour affirmer la permanencede leur opposition aux discriminations et aux préjugés racistes, et susciter la réflexion de ceuxqui, serait-ce fugitivement, apercevraient ce message simple.Cette affichette peut être apposée dans n'importe quel lieu public : bureau, boutique,salle de réunion, foyer, etc. Nous sommes persuadés que nombre de nos lecteurs auront àcœur de la mettre en bonne place.Si vous en voulez plusieurs, demandez-les à « Droit & Liberté », qui les diffuse au prixde 1 F l'exemplaire (elles existent en brun et en vert).Dites-le avec•.• et avec des vignettesSur le même thème viennent d'être également éditées des vignettes autocollantes(10 cm x 7 cm), pouvant aussi bien attirer l'attention sur un murque décorer un cahier, un livre, une serviette de cuir ... (les 5 : 1 F) . .JLA SANTÉ DESMIGRANTS« L'opinion publique, facilement xénophobe, au mieux seulement tolérante, imagine rimmlgrationdes travailleurs étrangers comme la contribution généreuse de nos sociétés industrielles auxpays sous-développés. Cette notion est fausse, dangereuse, malhonnête. Au corps médical,qui constate sur rhomme les conséquences souvent désastreuses d'une politique d'immigrationlaissée au hasard, de rendre compte objectivement de la situation ... IlAinsi commence « La Santé des Migrants» livre publié dernièrement par le Comité médicalet médico-social d'aide aux migrants, aux éditions « Droit et Liberté». Ce petit livre, vous nepouvez l'ignorer: il vous concerne, il nous concerne tous. Il doit être lu, pour saisir l'importancede cette question. D'ores et déjà la presse en a rendu compte en termes élogieux. Mais sa diffusionest la tache de tous. Aux militants, il apportera la documentation de base indispensable ... A ceuxqui, _conditionnés par la propagande xénophobe, colportent des notions fausses, il apporteral'information objective indispensable.Des faits qui ...• Treize tombes saccagées,pierres brisées et renversées :c'est le bilan de l'odieuse profanationcommise au cimetièrejuif de Belfort, en juin dernier.Cet . acte antisémite venantaprès la découverte de sigles« S.S. Il sur le monument auxdéportés juifs de Belfort, lacommunauté juive en vient à sedemander quelle organisationouvertement fasciste a pu agirainsi. Plainte a été déposée etle ministère de l'Intérieur saisi.• Emission« humoristique»à Europe nO 1, le dimanchj: matin27 août: dans une parodiede jeu radiophonique, la personnequi tient le rôle de l'auditricefait étalage de son âpretéau gain; on lui demande sonnom; il a une consonnancejuive; tout le studio éclate derire ...• Arrivé en France le20 mars dernier, M. Angel LuisRodriguez, ouvrier typographeespagnol, réfugié politique, s'estvu proposer à la préfecturede police le « marché» suivant:un salaire, un appartement etune carte de travail en échangede sa « collaboration Il. Celase passait le 7 septembre.M. Rodriguez a refusé et a étéobligé de quitter la France.• Lu dans Le Hérisson du3 au 9 août 1972, sous laplume de Serge Paul : « Notrepays devient, à la vitessegrand V, le dépotoir des raceset des sous-races ... Ne conviendrait-ilpas de garder certainescontrées comme réservesde civilisation 1 ...Comme je suis actuellement enBretagne, je pense que cettebelle région (sic) pourrait devenirune des réserves idéales. »Et vive Hitler!• Regain d'antisémitisme enpays flamand la revueKnack, d'Anvers publie encouverture une photo représentanttrois juifs barbussous ce titre : « Gagner de l'argentsans travailler. » Quelquessemaines plus tôt, dans undomaine privé, avait été inaugurèun «champ d'honneur Ildédié aux Waffen S.S. flamandsde sinistre mémoire. Denombreuses personnalités etorganisations ont vivement protesté.• Chef de file des parti~sans de la réduction du nombredes étrangers résidant enSuisse, M. James Schwarzenbachse propose de relancerson offensive. Or, il a déjàété désapprouvé en 1970 parla majorité des citoyenssuisses... Pourtant, on nesaurait minimiser son action,qui suscite en Suisse un certaincourant xénophobe.• Deux poids, deux me­Sures : successivement devantle même tribunal correctionnelà Paris, « Hervé II, ancienpompier devenu clochard,écope huit jours de prison;et « Juan II, ancien marinpêcheurespagnol, devenu vagabond,se voit infliger un moisde prison. Pour le même délit.• Bel exemple de fraternité: l'évêque de Lille a offertl'église des Dominicaines auxMusulmans pour la convertiren mosquée.• Plus de 10000 juifs, sur535 000 établis à Los Angeles,aux U.S.A., vivent dans unetrès grande pauvreté, révèlel'American Jewish Chronicle.• Curieuse façon d'évoquerla Seconde Guerre mondialedans une nouvelle publicationd'Alpha pour tous : La dermueguerre. L'auteur dutexte est le lieutenant-colonelde l'armée helvétique, EddyBauer, réputé pour son peud'hostilité à l'hitlérisme durantles hostilités.• Lue dans la revue BigFarm Management, cette publicitéde la banque Barclay :« Travaillant outre-mer, j'aipu faire des économies. Main ~tenant, je rentre riche chezmoi ... » L'illustration représenteun « indigène» tirantl'heureux bénéficiaire dans unpousse-pousse.donnent à penser1UN LIVRE A LIREetA DIFFUSERBON DE COMMANDEM •.•.••••.•••.••••.•••••.••.•••.•••..•••..••...••...••....•••••.••.•••......••......•....•••...•...••...•••.••.••..•••Adresse ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••..•••••••••.•••• _••••••••••••••••••••••.••••••••••••••••.•••••••••.passe commande de ................. exemplaires du livre LA SANTÉ DES MIGRANTS• au prix de 7 francs l'un (jusqu'à 9 exemplaires)• au pri~ de 5,60 F l'un (commandes atteignant ou dépassant 10 exemplaires)soit un montant total de F .........................Paiement par : • chèque bancaire • chèque postal • mandat (rayez les mentions inutiles).[Adresser le ben de commande et le paiement à «Droit et Liberté II, 120, rue Saint-Denis, Paris (2 e ).C.C.P. 6070-98 Paris]16DROIT ET LIBERTÉ - N° 314 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 1972 25


Théâtre((SANTÉPllBLIQllE ~~L'arll~e- du rIreAuThéâtre de la Ville, on est enpleines répétitions. On s'agite.C'est qu'un programme trèschargé est prévu pour la rentrée 1972-1973 : «Le Cid Il, « L'Ile Pourpre », etdans l'immédiat « Santé publique », dePeter Nichols, dans une adaptation deClaude Roy et une mise en scène dudirecteur de ce théâtre Jean Mercure.Je cherche à voir Jean Mercure pourqu'il nous entretienne de la pièce deNichols, que j'al lue et qui m'a frappéepar son caractère humain, antiraciste.C'est parce que Jean Mercure est unami du M.R.A.P. qu'il a pris sur sonprécieux temps pour me recevoir.Jean Mercure nous dit •••Un authentique homme de théâtre. Unauthentique homme tout court. Il me racontel'idée centrale de « Santé publique » :- ' Ce sont les reactions des mataClesdans un hôpital, face à la maladie et à lamort. Ce que j'ai trouvé intéressant, sainet utile, c'est la façon dont Nichols aenvi~agé la maladie et la mort sous unangle comique.« On pense trop à la mort et pas assezà la vie. C'est un sujet qui nous concernetous. Tout ce qui se passe dans cettepièce peut nous concerner. C'est une sortede farce en même temps qu'une tragédie.« Il y a trois niveaux : l'action réelled'une part, et, d'autre part, son sousproduitoffert sous une forme édulcoréeet lénifiante par la television ; le troisièmeniveau est constitué par une espèce dechoryphée, qui fait le lien entre l'actionréelle et celle plus frelatée : c'est uninfirmier qui juge et commente sans arrêt. »Voilà situés la pièce, son action; sonthème . . Mais il n'y a pas que le problèmede la vie et de la mort, il me semble quecette pièce est dirigée nettement contreJe- racisme : le ' personnel hospitalier étantde couleur, les préjugés de certainsmalad~s vont bon train. Je demande àJean Mercure de s'exprimer sur cet aspect:- Dans îa mesure· où un hôpital estyn microcosme de la société, il y a une26certaine promiscuité entre les races ...On y voit les réactions primaires des petitesgens, leurs préjugés.« Ce sont les gens les plus simples quisont souvent les plus racistes. Il peut yavoir des raisons d'être raciste tenantaux classes sociales. Le racisme est souventviscéral dans les couches modestes.« Il n'y a aucun racisme anti-blancchez les infirmières noires ».I! est compréhensible que ces condamnésà une mort prochaine réagissent ainsi.Face à la mort, comme en présence dupersonnel, c'est de la peur qu'ils manifestent.Devant l'insécurité de la vie, ilsprennent des boucs émissaires pour serassurer et projeter sur eux leurs sentimentsde malaise. C'est l'acquis social imprégnéde préjugés, c'est un réflexe inné de peurdevant l'inconnu (de la mort) et l'étranger(l'autre, différent) qu'ils expriment.D'autre part, les problèmes du racismesont abordés sur un mode « édulcoré »pour reprendre la pertinente expressionde Jean Mercure, dans le feuilleton detélévision (amours contrariées d'un médecinblanc et d'une infirmière noire qui finirontbien). Cette dernière forme représente,comme le souligne Jean Mercure, « unemanière fausse d'arranger le problème.C'est à l'eau de rose ».Le m~tteur en scène me parle de l'auteur,Peter NIChols, en des termes qui pourraients'appliquer à lui-même :- 11 a un sens de l'authenticité, il vatrès loin, il ne force pas le trait. Rienn'est jamais là pour l'effet, mais on estsouvent stupéfié par la force du traIt.Dans cette pièce, il a voulu témoignerde ce qu'il a vu. Père d'un enfant débileil a fréquenté les hôpitaux. Il a dû recevoi;un choc.Un choc. Jean Mercure m'avoueraqu'il en a subi un qui a sans doute oriendtoute sa vie. Ce choc, c'est le nazisme.« C'était sans doute une obsession inconscientechez moi. JII! prend une liste des spectacles qu'ila interprétés ou réalisés depuis ses débuts,vers 1941 j~squ 'à cè jour, et il s'aperçoit,qu'en trente ans, ses recherches théâtralesRoger Pierre et Jean Mercure (de dos) dans« Santé Publique».ont très souvent tourné autour de l'injustice,de l'inégalité. Il me cite certainsnoms de pièces et ma première impressionsur le sens humain de ce grand hommedu théâtre ne fait que de se confirmerde plus en plus : « Le Silence de la mer ))(1949), « Maître après Dieu )) (1948),« Sur la Terre comme au ciel )) (I952),« Pizarro et ie soleil» (I969) ...On n'en finirait pas si on devait rappelertoutes ces œuvres dont l'intolérance estle thème central :- Finalement, l'intolérance c'est lesujet capital du théâtre, c'est son moteulmême... La mise à nu de l'intolérance, duracisme correspond chez moi à quelquechose que je veux entretenir, communiquer.J'éprouve une espèce d'attirance, de jouissancepour ces sujets.Dominique KRIWKOSKI.LA DISTRI BUTIONMalades:Jean Mercure,Jean-Marie Bon.Bernard Véran.Benjamin Bruce.André Weber.Maurice Chevit.Mise en 'scene : Jean Mercure.Scénographie: Nicolas Politis.Musique : Marc Wilkinson.Médecins:Olivier Hussenot.Dominique Jayr.Yvan Labejof.Max-Olivier Cayre.Jean Deline.Personnel hospitalier :Rhdi Tbéau.lsa Mercure.Maîté Vaudrin.Nadia Barentin.Madeleine C'ervanne.Roger Pierre.GANTS - TETINESmL1.~Chez votre pharrntJcienDROIT ET LIBERTÉ - N° 31 4 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 1972J'ai aimé traduire, puis adapter, la pièce de Peter Nichols,parce qu'à chaque ligne elle touche et fait mouche. Jt;!an Mercureavait senti comme moi, en la voyant d'abord au NationalTheatre de Londres, puis en l'étudiant, à quel point cettepièce « typique~ent anglaise» (l'humour devant la souffrance,la maladie, la mort, « l'humour, politesse du désespoir ») esten même tElmps une pièce universelle.Je suis en général assez opposé à la « francisation» d'uneœuvre étrangère, à /'idée de déraciner et dépayser une œuvrenourrie d'une atmosphère nationale, des mœurs, de la culture,du climat d'un autre pays.Mais plus je relisais l'œuvre de Peter Nichols, plus je m'apercevaisque les problèmes humains et les problèmes sociauxqu'elle évoque, derrière les apparences si brillantes d'une piècecomique et d'un réalisme stylisé, sont nOI problèmes aussi.Je ne parle pas seulement des attitudes des êtres devant lamaladie, la mort. Mais le système de Sécurité sociale anglaisest très proche du nôtre. Notre ministère de la Santé publiqueet notre Assistance publique ont les mêmes problèmes à résoudreque la National' Health anglaise. Et dans la vie actuelle,les Anglais ont, comme les Français, un problème du racisme.Beaucoup d'infirmières des hôpitaux britanniques sont Jamaïcainesou de la Trinidad ? Mais en visitant nos hôpitaux pourpréparer ma version de la pièce, je constatais que beaucoupd'infirmières ou de filles de salle sont Martiniquaises ou Africaines.Dans la pièce originale de Nichols, le malade atteintd'un cancer qui s'appelle Mackie . ou l'ancien « colonial» Quis'appelle Ash, dérivent, détournent en mépris pour les « indigènes», en hostilité à l'égard des jaunes, des noirs ou des Indous,la souffrance de leur vie ou l'échec de leur destin. Leursattitudes, leurs propos, nous les avons retrouvés et entendus,hélas, bien souvent en France. La santé publique des grandesnations d' Europe est toujours menacée par ce virus qui se répandpartout: le racisme.Peter Nichols ne cherche pas à nous immuniser ou nousguérir de ce virus-là avec des prêches moralisateurs, avec depieuses ·exhortations. " montre ce qui est, il fait entendrece qui se dit. Et son œuvre est en même temps une leçon decourage, de compélssion sans sensiblerie, mais aussi une leçonde fraternité. Ce que j'ai essayé en la transposant en France,avec l'amicale collaboration de Peter Nichols lui-même (quidepuis quelques années vit une partie de l'année en Dordogne,et l'autre à Londres) c'est d'exprimer « en français dans letexte» toutes les tonalités de cette pièce si riche. La moinsforte n'étant pas - aussi valable à Paris qu'à Londres - la dénonciationpar l'absurde de la folie raciste. Et qu'un homme quiva mourir puisse encore, devant la mort, considérer certains deses semblables comme des « inférieurs ». Que les vivants soienttous mortels, mais qu'il y en ait encore qui font du temps de lavie le temps du mépris.Claude ROY.27


OnélDaPIERRE BRASSEURPlusieurs westerns nous sont offertsen cette période de rentrée.« Les CoUines de la terreur,..U:n Indien humilié et provoqué par unshenf tue ce dernier; aussitôt treize justiciersblancs se lancent sur les traces dumétis. Commence alors une sorte de poursuiteen désert clos ; en effet, connaissanttoutes les ressources de ce désertpeu à peu, Chato, de chassé deviendr;chasseur. La fatigue, la soif et quelquesruses vont épuiser l'un aprés l'autre cestreize demi-dieux qui ne manqueront pascependant, au passage, de violer la femmede I1ndien ... Et c'est en répandant parmises 'poursuivants la mort, la panique etla discorde que Charles Bronson, Apached'une criante vérité, demeurera le survivant- vengé - de cette histoire cruelleet magistralement réalisée par MichaelWinner. J'ai noté, à propos de ce film laconclusion fielleuse du critique cinéma' deMinute : « Certes, le nouveau dada desproducteurs de western est de blanchirles Peaux-Rouges. Ce n'est qu 'une mode:lorsque le public en sera saturé, elle passeracomme les autres, même si cela dépitedame Fonda.» Voilà le sort des Indiensspoliés, plus ou moins ouvertemen~exterminés, vite résolu... D'ailleurs, ceuxqui pourraient trouver ce film réconfortant,parce que d'une certaine maniéreil . l~tte contre le racisme, ne sont « que d~dehrants obsédés qui décéleraient les stigmatesdu racisme jusque dans les Malheursde Sophie». Ainsi, même par lebiais du compte rendu d'un film, Minutene perd pas de vue ses objectifs monstrueuxet distille son endoctrinement...« La poursuite sauvage,.Des Indiens et des blancs encore auxpris~s dans : La poursuite sauvage deDanl~1 ~ann. Un vétéran de la guerrede SecessIOn recherche les Indiens et lesblancs (comancheros) qui ont massacrésa femme et ses quatre enfants. L'étudepsychologique


U~esLe (( bois d'ébène )),l'or et le sangCET ou~rage étudie l'esclavage etla traite et en montre les principalesétapes : histoire, hélas!presque aussi ancienne que celle del'humanité (1).Les Egyptiens vont déjà dans larégion du Haut-Nil, le pays de Kouchchercher des esclaves qui deviendron~esclaves publics, propriété du pharaonou esclaves distribués en récompenseaux .meilleurs guerriers du souverain. LaNubie est un réservoir de main-d'œuvrepour le monde antique. Toutefois si lapossession d'esclaves noirs est ~onsidéréecomme un signe de distinctionles esclaves blancs, peuples emmené~captifs, sont les plus nombreux chez lesGrecs et les Latins. Beaucoup d'esclavesgaulois à Rome.Le ch~istianisme proclamera qu'il n'ya plus ni Grec, ni Juif, ni homme libreni esclave, mais ne mettra pas en caus~le principe même de J'institution esclavagisteet recommandera aux esclavesla soumission- à leurs maîtres.Le Moyen Age connaît la traite transahariennequi amène du centre de l'Afriqu~des esclaves noirs et païens en.b:frlq~~ du Nord. Sous l'impulsiond Henri le Navigateur, les Portugaisfranchissent le cap Bogador et ramènentd'Afrique des esclaves pour défricherleur p~ys, en grande partie inculte etcouvert de forêts au XIIIe siècle.Le XVI- siècle - « le siècle d'or»ibérique - va donner à la traite d'esclavesdes formes et un essor nouveaux.L~s Espagnols ont conquis la partie tropicaledu Nouveau Monde. Les Indienssupportent mal le dur travail des mineset des moulins à sucre; ils périssent engrand nombre. En partie par intérêt,en partie par pitié, on a J'idée de lesremplacer par les noirs d'Afrique, habituésaussi au climat tropical, plus actifset plus robustes. Le dominicain LasCases le suggère (et regrettera ensuite sasuggestion).; en fait avant qu'ir ait expriméson aVIS, on avait déjà fait passerdes esclaves noirs en Amérique : utilitéprati~ue d'abord, justification morale ...ensUite.• Les noirs travaillent aux mines d'orou le rendement d'.un an de travail rembourseleur prix d'achat. Les usines à30sucre du Brésil et de l'Amérique espagn?leont de plus en plus besoin denOirs. Vu la vie qu'il mène, un esclavene dure guère plus de sept ans!Le XVIII- siècle et le début du XIXserontl'âge d'or de la traite; elle prendun grand essor et s'organise méthodiquement.On échange des cotonnades spécialementfabriquées pour cet usage, desperles d~ verre, de la poudre, des fusilsdes alcools contre des noirs en s'adres~sant aux chefs locaux de la côte d'Afrique.Pour se procurer des esclaves afinde les échanger contre ces marchandisesconvoitées, ces chefs africains furentpoussés à intensifier la traite intérieureet à multiplier les guerres pour faire desprisonniers.TOBESOLD&LETBr "BLlC: At1C1'10~,On MONDAYtIu118thof MAY, 1829.V1I' ••• y.a ... a •• ,-Ha ...... ..THE THREE FOLLOWINGSLAVES~~l~.':e;:'\':::.·::·=--.,-_ ft. ,!if~CY. _ ' a


Distribution : Sangêne - MerciTéL : 744~7-59.à p rtir ftNS. Bouly, 71, rue de Provence, Paris-9' -lLE PAVILLONRoger M aria Editeur6, rue RoUin - 76006 PARIS - Tél. : 326-84-29C.C.P. Paris 10.866-02• Albert Norden : LE SECRET DES GUERRES.Genèse et techniques de l'agression. Préfacede l'abbé Jean Boulier. . .. . . . . . . . . . . . . . . . . .• Dr Bernard Muldworf: LIBERTÉ SEXUELLE -ET NÉCESSITÉS PSyCHOLOGIQUES.. . ...• Dr Janine Neboit-Mombet : QUI ÉTAIT LEMARQUIS DESADE7 Préface d'Hubert Juin.• André Sève, avec la collaboration de MauriceAgulhon et Lucien Sève : PERSPECTIVEDE L'HISTOIRE. Chronologie graphique -Précis d'Histoire de la Civilisation. Préfacede Jean Bruhat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .• Gilette Ziegler: AMOURS, COMPLOTS ETRÉVOLUTIONS. 21 chroniques de l'Histoirede France. Préface d'Alain Decaux ........ ... .• Jérôme Favard et Jean Rocchi : SCAN­DALES A L'O.R.T.F. Préface de MarcelBluwal. . . . .. . . . . .. . . . . .. . . . . . .. . . .. . . . .. . . . .. . .• Lydia laine: POUR UN JOUR INSOLENTsuivi de POÈME POUR UNE CITÉ D'UR-GENCE. Collection« Poètes et Poésie». .... . ..Pour MM. les libraires: ODÉON-DIFFUSION33,00 F10,00 F21,00 F20,00 F20,00 F7,50 F16,00 F,..----ESPRIT --SEPTEMBRE 72Le mariage en crise(table ronde)Chronique de la Résistance.CHARLES D'ARAGONVille calcaire ........ MOHAMMED KHAIR-EDDINELa censure ......................... J. CARDOSO PIRESConsommation et politique ........ LUCIEN KARPIKJOURNAL A PLUSIEURS VOIXLe programme commun de la Gauche. - La rentréede Giscard. - Grève au lycée. - L'enseignementlibre. - Vive Paris. - Max Frisch.CHRONIQUESTropismes céliniens ............ PHILIPPE ALMERASL'ne Maurice en crise ............................ X.x.x.DOCUMENTSouvenirs de la maison rougeCe numéro . ..... . . France : 9 F Autres pays: 9.40 FLa vie du _.r.a ....DEUX MOIS •••PAS de vacances pour le combatantiraciste. Le ralentissement desactivités entre la mi-juillet et lafin août n'a pas empêché le M.R.A.P.d'exercer en permanence sa vigilanceet d'agir selon les nécessités.Avec les travailleurs africainsLa plus importante manifestation decette période a été la conférence depresse organisée le 24 juillet au siège denotre mouvement pour la défense des44 travailleurs africains expulsés d'un .foyer â Paris, rue Quincampoix, puisd'un immeuble de la rue Rambuteau oùils s'étaient réfugiés. Cette conférencede presse, due â l'initiative de neufassociations a permis d'alerter l'opinionsur ces faits scandaleux qui éclairentune fois de plus le caractère dramatiquede la vie des immigrés en France.Une délégation, forte de 60 personnes,parmi lesquelles Charles Palant, viceprésidentdu M .R.A.P., SallyN'Dongo et Lucky Thiphaine, secrétairesnationaux, a été reçue à la Préfecture.La lutte continue pour leur assurer demeilleures conditions de logement.La loiCes semaines suivaient l'adoption parle Parlement français de la loi relativeau racisme. Le M.R.A.P. a été 'saisi âmaintes reprises de cas individuels dediscriminations, injures, insultes, qu'il atransmis à ses avocats. Le plus graveest sans conteste celui de Romans(Drôme). où un jeune Algérien a étévictime de sévices de la part de gendarmesqui l'accusaient abusivement de vol:c'est notre Comité lyonnais qui a désignéun avocat pour assurer sa défense.'Des violations flagrantes de la nouvelleloi ont eu lieu en août dans ledomaine des offres d'emplois (voir nosinformations page 10). La Commissionjuridique du M.R.A.P. doit se réunirincessamment pour examiner les mesuresà prendre.L'affaire rhodéaienneC'est à la mi-août que s'est posé IElproblème de l'exclusion de la Rhodésiedes Jeux Olympiques. Le M.R.A.P. apris part à cette bataille pour la défensedu sport sans discriminations raciales.Le M.R.A.P. est d'autre part intervenuauprès du C.I.O. et des membres françaisde cet organisme, ainsi que deM. Comiti, secrétaire d'Etat à la Jeunesseet aux Sports.Nous aurions souhaité que la France,par ses représentants qualifiés, prennenettement position contre le racismedans le sport ; notre demande fut vaine.Le drame de MunichPuis est survenu le drame de Munich.Le M.R.A.P. dans un communiqué parudans la presse dès le lendemain, acondamné fermement les méthodesterroristes de « Septembre Noir». Quelquesjours plus tard, le Bureau national.aprèS un examen approfondi de lasituation qui s'était créée au Proche­Orient et en France faisait à nouveauconnaître son point de vue sur l'ensembledu problème, et mettait en gardecontre l'exploitation de la situation auprofit du racisme. (Voir sa déclarationpage 6).,Contre la grAce de TouvierLes « affaires» en cours à la veilledes vacances n'ont rien perdu, hélas 1de leur acuité. Après le meeting du5 juillet à l'Hôtel Moderne contre lagrâce accordée â Touvier une nouvellemanifestation a eu lieu le 13 juillet à laCrypte des Déportés, que des vandalesavaient profanée. Le M .R.A.P. y étaitreprésenté notamment par CharlesPalant, vice-président et par AlexandreChil-Kozlowski. secrétaire national, demême que la veille, â la cérémoniecommémorative du 16 juillet 1942,devant l'emplacement de l'ancien Vel'd'Hiv.Fin août, après la parution de l'articledu colonel Remy en faveur de Touvier,Lucky Thiphaine, secrétaire nationale duM.R.A.P. a été interviewée par EuropenO 1.ViltnamPlusieurs manifestations et démarchespour la paix au Viêtnam ont eu lieu enjuillet et août, auxquelles le M.R.A.P.a participé, parmi les 49 organisationsqui mènent en commun cette campagne.Les comitéa locauxSoulignons enfin que, très rapidement,les comités locaux reprennent leursactivités au rythme normal. pes conférences,débats, expositions, projectionsde films sur le racisme, ont eu lieu avecle concours du M.R.A.P. pendant l'été,dans des stages, des colonies et centresde vacances.Il y a tant â fairel Plus que jamais,nous appelons à nous les bonnes volontés: il nous faut beaucoup dé militantspour assumer les tâches qui nous incombent; il faut créer toujours plus decomités locaux, multiplier les contacts,les initiatives. Le racisme se place, avecune importance croissante, au premierplan de l'actualité. Le M.R.A.P., expressionde la lutte contre ce fléau, doitrassembler tous ceux qui en Franceentendent œuvrer pour l'égalité, ladignité et la fraternité des hommes.AVEZ-VOUS FAIT VOTRE DEVOIR?Le M.R.A.P. a adressé, en Jum, des bons de soutien à tous ses amis (le carnet de10 bons : 30 F). Beaucoup ont déjà effectué le règlement, soit qu'ils conservent pour eux cesbons, soit qu'ils les diffusent dans leur entourage. Nous les en remercions:L'action de notre Mouvement entraîne en permanence de lourdes dépenses. Le M.R.A.P.et sa revue ne vivent qu'avec les fonds provenant des antiracistes conscients de la nécessitéd'une telle action - toujours plus importante. Leur donner les moyens indispensables, c'est,pour chacun, un devoir, un act~ de solidarité et d'espoir.Aussi espérons-nous que les retardataires auront à cœur d'apporter rapidement leurcontribution à l'œuvre collective qui est la nôtre. Pour ceux qui souhaitent en recevoir,d'autres carnets sont encore disponibles.N.B. - Comme chaque année, un tirage aura lieu parmi les souscripteurs, le 9 décembre procharn, en vue a'unerépartition de cadeaux : un téléviseur portatif, 2 semaines en Yougoslavie pour 2 personnes, une machine à laver lavaisselle, une semaine aux sports d'hiver pour 2 personnes, une chaine Hi-Fi, 5 magnétophones, 5 cameras super-8,20 transistors, 10 bicyclettes pliantes, etc.(Règlements : M.R.A.P., 120, rue Saint-Denis, Paris (2'), C.C.P. 14 825-8'5 Paris.)32DROIT ET LIBERTÉ - N° .314 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 197233


la ne du DI ... .a.p.« LE RACISME ET VOUS))Comme les années précédentes, lescomités du M.R.A.P. de la régionparisienne ont organisé un stand à lafête de « L'Humanité », les 9 et 1 0 septembreau parc départemental de LaCourneuve. Cette initiative offre ' lapossibilité de faire connaître notreMouvement et « Droit et Liberté» à untrès large public, puisque plus de600 000 personnes ont pris part à lafête.Le stand comportait une table delittJrature, présentant en particulier« La Santé des Migrants», une expositionsur la nouvelle loi relative au racismeet ses modalités d'application, et aussi,pour couvrir les frais engagés, un bar,et une « boutique» où étaient vendusdes vêtements offerts par de nombreuxamis du « prêt-à-porter».De plus, les visiteurs étaient invitésà un questionnaire intitulé « Le racismeet vous». Voici les résultats de cetteenquête :530 personnes de 11 à 78 ans (2 sur 3ayant moins de 30 ans) ont rempli plusou moins complètement le questionnaire.333 nous ont indiqué leur profession(62 %1. selon la répartition suivante :10 retraités, 42 techniciens et cadresNordUn tract trilingueNotre comité du Nord, dont le siegeest au 7/6, rue des Flandres à Wattrelos,a rapidement repris ses activités aprèsles vacances. L'une de ses premièresinitiatives est de diffuser ' en français,espagnol et arabe, un tract destmé auxtravailleurs immigrés, ainsi conçu :« Le Mouvement contre le racisme,l'antisémitisme et pour la paix (M.R.A.P.),est à. votre entière disposition pour vousaider et vous défendre, si vous avez étévictimes de faits racistes ou si vous avezété maltraité parce que vous êtes étrangers». Suivent les adresses, à Tourcoinget Roubàix, où les intéressés p.euventrencontrer les militants du M.R.A.P.,ainsi que le numéro 'de téléphone de lasecrétaire du comité.D'autre part, le comité poursuit uneenquête sur le logement des travailleursimmigrés, en vue d'établir un dossier.Pour cela, les nlllItants se rendent dans34moyens, 51 employés, 55 ouvriers,41 professions libérales, 38 enseignants,96 étudiants ou scolaires.445 affirment qu'il y a BEAUCOUP deracisme en France (84%); 73 un peu,et 6 presque p •••Comme principales VICTIMES duracisme (réponses non suggérées)388 nomment les Nord-Africains; 231 ,les noirs (Africains, Antillais ...); 113,les travailleurs immigrés en général;101, les Portugais; 94, les juifs. Certainsnomment aussi les Espagnols, lesGitans et ... les jeunes.. Le plus grand nombre déclarent avoirété ' TEMOINS d'actes ou d'attitudesracistes: 326 de préjugés, 314 d'injures,204 d'actes discriminatoires et 121 deviolences.La LOI CONTRE LE RACISME393 (74%) la jugent nécessaire, 19 efficaceet 6 suffisante. 177 savent que leM.R.A.P. en est l'auteur.292 (55%) connaissaient déjà leM.RAP.Notons en terminant que parmi lesmoyens suggérés pour lutter contre leracisme, c'est l'éducation des enfants,et cela dès le plus jeune age, qui . estle plus souvent indiquée.les foyers et autres lieux d'habitation;ils ont pris contact avec les syndicats etles autres associations s'intéressant à ceproblème.Créé. au mois de mars, le comité a élule 20 juillet son bureau définitif, qui estconstitue comme suit : président : RenéPawlicki ; vice-président : Jean-ClaudeLecompte; secrétaIre : Marie-FrançoiseGlorieux; secrétaire-adjointe Marie-Christine Thieffry; trésorier PierreFarvacque.Alpes-MaritimesA ceux qui ont signéles pétitionsLe nouveau comité des Alpes-Maritimesdont le président est l'écrivainMaxel Pollitzer, a adressé une lettre àtoutes les personnes qui avaient signé lespétitIons du M.R.A.P. pour l'adoptiond'une législation contre le racisme. En leurindiquant que les signatures ont contribuéSachez•aussIque ...• L'abbé .Iean Pihan, vice-président duM.R.A.P. Il du C.LE.P.R. st Albert Lévy, secrétairegénénI du M.R.A.P. ont participé à ...débat sur las immigrés st le racisme, dans lecadra d'un stage inIemationaI d'animataurs sociaux.le 17 août à M.ty.e-Rai.• Au cours de deux stage. des monttaursdes colonies de VICIIIC8S de la RégieRenault, le problème du .racisme a été débatlu,MC la pIricipation, paul' 1· ..., d·AI!ert Lévy,st paul' l'autre d'Armand Di ..... memln du Bureaunational du M.R.A.P. Le film c Derrière la fenêtre »,de J ... Schmidt. a été prajaté.• Une manifestation commémorativea eu lieu à Privas, le 27 aoGt. III souvenirdu ragraupement des juifs 6Irangers résidant dansle d~ de l'Ardèche, III 1942, étape versleur exIItminalion. Le M.R.A.P. st ........ autresorgaIlÎIItiOI. 18 sont ..... à catte maNfastalion,dont le comité ~ de rA.N.A.C.R.avait pris 1~1IIitiativa.• A Villeurbanne, .... lII8Iifastaliun a eulieu le 1 er sepIIImln, paul' commémorer la 1ibérationde la .. III 1944. Le M.R.A.P. figuraitparmi las arganisa1iaI. (dont le parti socialiste,le P.C.F., la F.N.D.I.R.P., la F.E.N., la ligue desDroils de l'homme, las Amis de l.C., las jeunessescommunislas st soci*ta) qui lpJI8Iaient la p0pulationà catte 1118l1if8l1lliuiLau succès remporté, il les invite à participeractivement à la lutte que poursuit notreMouvement.Bouches-du-RhônePour les travailleurs de FosPour les ouvriers travaillant sur la zoneindustrielle de Fos, habitant la cité dela Courbedonne et celle du Mas, un seulcommerçant, bénéficiant d'un monopoleaccordé par le port autonome de Marseille,assurait la vente des produits alimentaires.Les travailleurs musulmans ont faitsavoir qu'ils ne pouvaient, dans ces conditions,se procurer de la viande répondantaux conditions imposées par les règles deleur religion.A la suite d'une démarche de la fédérationdes Bouches-du-Rhône du M.R.A.P.,la direction du port autonome a autoriséun commerçant musulman à vendre égalementde la viande.r ,SAINT-DENIS NOTRE CARNET 1Une quinzaine del'immigrationA l'initiative de votre Mouvement etde la municipalité d'union démocratiquede Saint-Denis, une « quinzaine de l'immigration»va se tenir en cette ville, du 14au 28 octobre.En premier lieu, un conute provisoir.ede préparation de la quinzaine s'est constitué.Il comprend les représentants d'organisationssyndicales (C.G.T., C.F.D.T. etF.O.), d'organisations politiques (sectionscommunistes et socialistes), d'organisationsde jeunes (jeunes communistes,J.O.C.), enfin, d'associations directementintéressées par le sort des travailleursimmigrés : Association de solidarité au~travailleurs immigrés, Association des OrIginairesdu Portugal, représentants del'immigration algérienne. etc.Ouvert à tous ceux qui voudraient s'yjoindre, ce comité a pour but premier deréaliser et préparer la quinzaine dont leprogramme éloquent et chargé devraitattirer nombre d'amis et de militants :- Exposition du M.R.A.P. sur l'imnugration.- Exposition itinérante à la demandedes comités d'entreprise.- Visites de foyers sous la directiondes délégués de locataires.- Rencontres avec des médecins ayantparticipé à la rédaction de la « Santé desmigrants JJ.- Animation par le théâtre GérardPhilipe, « Les travailleurs immigrés », parune troupe tunisienne; soirée avec Paco1 banez, etc.- Ciné-club : le cinéma maghrebinafricain,etc.Afin de lancer cette quinzaine, le comitéprovisoire a, d'ores et déjà, édité une . plaquette,un premier do~ume.nt .sur la slt~a ­tion des travailleurs Imnugres de Samt­Denis.Ce document rapporte une enquête duministère de l'Equipement: 60,9% des immi·grés gagnent moins de 1 000 F par mois :parmi ceux-ci, 82,5 % sont d'Afriquenoire, 74,4 % d'Afrique du Nord, 50,1 %du Portugal, etc.« Leur sort et leur lutte rejoignent surce point ceux des travailleurs français, desjeunes et des femmes notammènt, quigagneni encore, à Saint-Denis, moins de800 F par mois. JJPar ailleurs, « Saint-Denis Républicain »,rappelle les conditions de logement déplorables- parfois infâmes - des travailleursimmigrés. Pour 70 F par lit, ils sont 5 à20 personnes par pièce, ne disposent qued'un sanitaire pour 50, d'une douche pour60, et n'ont aucune salle de réunion, dedétente, aucune possibilité de loisir.Qui dit logement indécent, di~ aussi ~~ ­giène insuffisante... Des en quetes medlcales(voir « La Santé des Migrants J»ont révélé un pourcentage important detuberculeux (jusqu'à 20 %) dans certainsfoyers de travailleurs africains.Sans oublier les accidents du travailet les traumatismes dus à leur condition,au dépaysement... ..« Ils · sont privés des droits les plus elementaires: droit à la culture, à la librecirculation, droit à la vie de famille, droità la vie politique ... JJNul doute que cette quinzaine de l'immigrationvienne rappeler cette durecondition et inciter la population de Saint­Denis à une prise de conscience sur ceproblème important.Une initiative à renouveler dans d'autreslocalités ...",,,.,,,,",., "''''Nos deuilsNotre président et Mme Paraf ont étédouloureusement éprouvés, cet été, par lamort soudaine de leur fille, Mme GeorgesBrissac, née LILIANE PARAF, survenuele 24 août à Neuilly.Nous nous faisons les interprètes deslecteurs de « Droit et Liberté», de tous lesamis du M.R.A.P., pour exprimer leurscondoléances sincères à Pierre et MathildeParaf, à M. Georges Brissac, à Mme etM. Bernard Meyer et leurs enfants.Qu'ils trouvent ici dans leur grand chagrinle témoignage de notre profondeaffection.Albert Lévy, secretaire général duM.R.A.P., a eu la douleur de perdre samère Mme Mathilde LEVY; décédée le, . . "18 août. Nous lui exprimons, aillSI qu a safamille, notre chaleureuse sympathie.Naissances~~!.,~, PD""'" ~ doCharles PALANT. abbé Jean PIHAN . Fred HERMANTIN ;SECRETAIRE GENERAL: Albert LEVY .COMITE D'HONNEURBâtonnier Paul ARRIGHI . Georges AURI C. a audeAVELINE. Robert BALLANGER. Roger BASTIDE. JeanCASSOU. Aimé CESAIRE. Charles de CHAM BRUN. AndréCHAMSON. Pierre COT. Louis DAQUIN. Hubert DES­CHAMPS. Henri DESOILLE. Michel DROIT. MauriceDRUON Pasteur André DUMAS. Adolphe ESPIARD.Henri FAURÉ . Max- Pol FOUCHET. Marcel GROMAIRE.André HAURIOU. Pierre JOXE. Charl es-André JULIEN.Alfred KASTLER . Henri LAUGIER . Alain LE LEAP. MichelLEIRIS. Jeanne LEVY. Darius MILHAUD. ThéodoreMONOD. Etienne NOUVEAU. Jean PAINLEVE. MarcelPRENANT. Ajain RESNAIS. Emmanuel ROBLES. FrançoiseROSAY. Armand SALACROU. Jean-Paul SARTRE .laurent SCHWARTZ. Jean SUR~ r-CANALE . JacquelineTHOME- PATENOTRE . VERCORS. Dr Pierre WERTHEI­MER .Robert ATIULY. Vincent AURIOL. Jean DALSACE.Georges DUHAMEL. Yves FARGE. Francisque GAY.Jacques HADAMARD. Georges HUISMAN. Jules ISAAC.Frédéric JOLIOT-CURIE. Jean LURÇAT. Léon LYON­CAEN . André MAUROIS. Amiral MUSELIER. MarcSANGNIER. André SPIRE . Général Paul TUBERT. ChanoineJean VIOLLET.***Nous avons le plaisir d'annoncer lanaissance de :Peggy, Joan, fille de nos amis Jacqueset Claudine HINTHAL, de La Garenne­Colombes.Et de Karim-Emmanuel, fils de nos amisJean et Geneviève BELLANGER, de LaPlaine-Saint -Denis.r_ ..... •racisme l'antisémitisme et pour la paix.'J'adhèreau M.R.A.P.Nom ._._... _... _.-_..._..._..._..._. __ .._...__._.._.__.___Prénom...._..._..._..._._..._.__..._.-...___..._.._._._.Profession ...._...-..._..._..._..._..._-._..._..._..._..._..._....Adresse ...._..._..._..._..._...-...-..._..._..._..._... _.._:.._....L~-';;;;;~; -d; "~ ";;-;;;'-d;;ïh;;~~"ïà'-;~~ "d'~1 0 francs) est laissé à rappréciation du souscripteur.selon ses possibilités, co~e tenu dela nécessité d'apporter le soutien le plus efficaceà raction du M.R.A.P.MOUVEMENT CONTRE LE RACISME. L'ANTISÉMITISME ET POUR lA PAIX (M.R.A.P:)120, rue Saint-Denis - Paris (2°) - Téléphone : 231-09-57 - C.C.P. : 14~25~5 PansDROIT ET LIBERTÉ - N° 314 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 1972 35


36Diffusion de coutureeaLCréations Arlette NastatvaGe~nastat43, rue d'Aboukir, Paris-2 e . Tél. : 508-88-60EduC!atlon à la fraternité-•Enseigner, c'est aussI militerPOURQUOI ou de la faculté?faut-il que les enseignants, par ailleurs antiracistes,soient si peu nombreux à se rendre compte queleur premier terrain d'action, est celui de l'école, du lycéeNous avons parmi les adhérents du M .R.A.P., des listesimpressionnantes d'enseignants et d'éducateurs. Mais, malgrénos appels, il en est bien peu qui se soient penchés sur lesaspects pédagogiques de l'action antiraciste, bien peu qui sesoient signalés au C.L.E.P.R .Or, en même temps, nous constatons que les jeunes, etmême les enfants sont aujourd'hui massivement concernés etintéressés par les questions qui tournent autour du racisme .C'est par centaines que chaque année des lycéens nous écriventpour nous demander de la documentation ou pour nous direqu'ils voudraient « faire quelque chose contre le racisme », etc'est par milliers que les jeunes d'aujourd'hui ont des contactsavec des camarades d'autres nationalités, et se déclarent« frères du monde ». Leur révolte contre une société hérisséede barrières, de frontières, de préjugés, exige de la part desadultes, autre chose qu'un méprisant : « Ca leur passera!»Mais que faire pour orienter leur bonne volonté?Nous avons publié, il y a quelques mois ici même, un« dossier lycéens », et des fiches annexes de documentation.Tout un travail serait maintenant à faire pour démultipliercette information de base. Mais il nous faudrait un réseau decollaborateurs qui, soit en participant aux réunionsdu C.L.E.P.R.(ce qui vaut surtout pour les Parisiens). soit en travaillant parcorrespondance avec le C.L.E.P.R., nous permette d'avancerplus rapidement et de répondre aux appels de toute une jeunessequi se veut fraternelle.En cette période de rentrée, nous attendons, de la part desenseignants et des éducateurs déjà adhérents du M.R.A.P.,qu'ils veuillent bien nous donner leur nom et leur adresse , qu'ilsse signalent comme désireux de participer à un modeste travailpédagogique , qu'ils nous envoient leurs suggestions.Autour de (( Négritudes ))Un professeur de Caen, qui a projetédevant ses élèves le film « Négritudes», de Jean Schmidt, a enregistréle débat qui a suivi. Il nous encommunique ici ressenti el :T E silence qui succédait à la projectionL a été rompu lorsque les garçonsont retrouvé leurs camaradesd'autres classes. Les images qui ont faitéclater les conversations sont presquetoutes des images ' violentes, en particuliercelles des manifestations. Le commentairedu film s'est déroulé « à froid » en classe,autour d'un magnétophone. Je vous livreles remarques qui sont 'revenues le plussouvent ou qui m'ont semblé les plusimportantes.A PROPOS DU LOGEMENTDES TRAVAILLEURS AFRICAINS- Ils habitent dans un genre de bidonville,de taudis comme à Tonneauville (1),à La Guérinière ou comme à Harlem, oùils vivent en communauté, c'est sale etsombre.- Ce sont sûrement des maisons abandonnéesprès des décharges et ils ne paientpas de loyer à moins que quelqu'un profited'eux.SUR LES LOISIRS- Ils se promènent seuls ou avec ceuxde leur race.- Les noirs et les Arabes s'entendentbien entre eux.DROIT ET LIBERTÉ - N° 314 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 1972- Ils restent chez eux à écouter unmagnétophone. Ils se réunissent entrenoirs parce qu'ils sont éloignés de larace blanche.- En France, quand on voit un noir,instinctivement, on s'écarte (rares protestations).- S'ils vont au cinéma'c'est parce que lapolice ne peut pas les voir, ils sont tranquilles. .- Dans le café, si la patronne les ser.t,ça va la déshonorer, les blancs ne voudrontplus entrer. (Désaccord avec la majorité.)- Les blancs ont tort de ne pas laisserentrer les noirs chez eux parce que s'ilny avait pas de noirs ici il ny aurait pasbeaucoup de travail de fait, d'ailleurs, elleest obligée de les servir.- Ils peuvent porter plainte.- Ils s'en vont parce qu'ils n'ont pas devolonté, c'est le tempérament de chez eux.- Non, c'est parce qu'ils ne sont paschez eux et qu'on peut les renvoyer dansleur pays.- Pourtant, si nous allons à l'étrangeret si nous avons une contravention ou sinous avons un ennui, nous n'hésitons pasà nous défendre, ils devraient le faire.- Ils ne protestent pas parce qu'ils sesavent mal vus par la race blanche, ils sesentent inférieurs.SUR LE TRAVAIL- Ils acceptent les travaux les plus durset les plus mal payés, ils balaient le jouret écrivent la nuit.- Il y en a beaucoup au chômage. OnLe Bureau du C.L.E.P.R.les fait venir en masse et ils ne trouventpas de travail.- Il y aurait moins de chômage si onles renvoyait dans leur pays.- Mais il 11 Y aurait pas beaucoup detravail de fait, les blancs ne veulent pasdu travail que font les noirs.- Ils n'ont pas de qualification.- S'ils étaient plus qualifiés, ils ne trouveraientque des places de balayeurs.- Un patron serait mal vu s'il embauchaitdes noirs. On se méfie d'eux, On croitqu'ils sont malhonnêtes et on a peur d'êtrevolé. Ils ont mauvaise réputation.- Ils viennent en France pour accumulerde l'argent et comme ils sont «fichus» àla porte de partout, ils acceptent n'importequoi.- Pourtant, ils travaillent aussi bien.- Ils sont' déçus en arrivant en France,et c'est pourquoi ils n'écrivent pas lavérité à leurs parents.DANS LE METRO ...- Les jeunes ont tort de se moquer deses vêtements. Chacun s'habille comme ilveut. Ça peut nous faire sourire, mais pasrire.- Ils ne sont pas chez eux, ils devraients'habiller comme nous.D'UN CHANGEMENT POSSIBLEDE LEURS CONDITIONS DE VIE- Ils pourraient suivre des cours, mêmes'ils n'ont pas d'argent. C'est aux blancsde leur apprendre un mieux parce qu'ils onttout. On devrait leur montrer ce · qu'ilfaut faire.37


Si un noir travaillait à l'Institut etvoulait passer un CA.P., je trouveraisnormal qu'il suive des cours.- Oui, mais quand ils ont appris unmétier, ils doivent retourner dans leur pays,sinon, ils essaieront de nous surpasser etde se venger, et ils feront comme enAlgérie (!J.- Ils devraient retourner dans leur payspour 'apprendre aux autres noirs. Lesblancs pourraient fonder une universitépour eux.- S'ils avaient une qualification, ilsseraient moins malheureux.PEUVENT-ILS SE DE~NDRE?- Ils ne sont pas · nombreux et ne sontpas chez eux.- Ils ne sont pas armés, et si les policiersont tendance à taper plus sur lesl10irs que sur les blancs, c'est parce queles noirs sont moins nombreux.- Ils ont le droit de se révolter.- S'ils se défendaient, ils seraientécrasés.- Ils pourraient faire du bruit, donnerdes informations, des conférences commeMartin Luther King.- Les blancs qui ne sont pas racistesdevraient s'associer avec les noirs, leurapprendre à lire et à écrire, montrer leurmisère aux autres blancs, manifester.Dans les blancs, il y en a qui sont bien,qui ne sont pas racistes ( ..).QUELQUES OBSERVATIONS• Les images les moins commentéesont été celles de la révolte alors que cesont elles qui ont alimenté les premièrscommentaires.• Je trouve que les remarques en ellesmêmessont décevantes par leur lot delieux-communs et leur aspect superficiel,d'autant plus décevantes que pendant untrimestre, nous avions longuement abordéle chapitre des conditions des gens de couleuren Union Sud-Africaine ou aux Etats­Unis, et que les garçons étaient « préparés».• . Les garçons ne se sentent pas concernés,les modes de changements qu'ilsproposent sont vagues et idéalistes . etreposent sur le principe de laisser à d'autresle soin d'améliorer la situation des noirs.Enfin, l'impression que le monde destravailleurs noirs -est tellemetlt loin duleur ...• Cependant, cette expérience m'a paruenrichissante, parce que l'intérêt desélèves a été vivement éveillé. Ils découvraientune réalité appartenant jusque-làà un domaine imprécis, lointain, étranger.L'avantage des images a été de matérialisercette réalité en la rendant concrète,38familière. Par la même occasion, lesexemples que je leur avais fo urnis a uparavaptdevenaient précis, entraient dansle quotidien et devenaient aussi pluscrédibles. Tous les garçons ont sentil'injustice et la nécessité d'un changementque suggérait le film (le verbe « devoir»revient souvent dans leurs réponses). Cetteintuition est à l'origine d'un éveil, d'uneprise de conscience chez eux, mais je medemande si elle suffira à chasser les préjugés qui se déguisent si bien en vérité.• En tous cas, c'est une expérience queje retenterai si j'en ai l'occasion et mercide m'avoir permis de la tenter.J'ai beaucoup apprécié le texte du film .D 'une intelligence persuasive et d'unesensibilité délicate (ou parfois féroce). Jetrouve qu'il ne bouscule pas une seulefois les images et qu'il supporterait d'êtreécouté sans elles.(1) Tonneauville : « quartier» de Caenconstitué de baraques sommaires et habitésurtout par des travai lleurs étrangers. LaGuérinière : (l'urbanisme moderne dans to utesa laideur), premier quartier caennais à avoirété « modernisé '.A votre dispositionPour faciliter J'action contre les préjugés raciaux dans les classes, foyers socioéducatifs,M.J .C., etc., le C.l.E.P.R. et le M.R.A.P. mettent à la disposition desenseignants, éducateurs et animateurs :Un dossier• Il Lettre à un lycéen qui veut étudier le racisme Il, 8 pages imprimées etillustrées (1 franc!.Une bibliographie• Une série de livres de base pour J'étude du racisme sous ses différents aspects.• Les numéros spéciaux de revues consacrés au racisme parus dans la dernièrepériode. (Les deux listes éditées par le C.l.E.P.R . : 1 franc .)Des films (en 16 mm)• "Derrière la fenêtre Il, de Jean Schmidt. Prix Louis Lumière (couleur, 15 mn) .• "Négritudes Il, de Jean Schmidt (30 mn) .• "Témoignages Il, de Derrick Knight (couleur, 30 mn) : ce qu'est l'apartheidpour les noirs en Afrique du Sud .. . comme si vous y ét iez.• L'Affaire Dreyfus, de Jean Vigne (17 mn)• "Etranges Etrangers Il, de Roger Louis et l'équipe du C.R.E .P.A.C.Des photos• Classées par thèmes (nazisme et occupation, travailleurs immigrés, Etats- Unis,Afrique du Sud, etc.). des centaines de photos pouvant permettre de réaliser l'expositionde son choix. (Le catalogue : 2 francs.)• ~UCAnON A LA FRÀ'tEKNITE» est 1~ rubrique' mensueUe du'Centre de Liaison da. Educatéun cOatre ln Préjp Raciaux (C.L.E.P.R.).Le C ,L .E ~r.R. développe ses activités :- En organÎsant d'es rencontres et des débats entre éducateurs tels les colloques de Nanterreet d'Ârgenteuil sur la scoLarisation des enfa nts des travailleurs immigrés.~ . Ên favorisant les échanges d'expériences entre les enseignants et en .leur envoyant ladocumentation qu'ils demandent.Il a· besoin. pour cela, du soutien de tous ceux qui s'intéressent à son action et la jugentnécessaire. .MONTANT DE LA COnSATION :Membre ad: 10 F (donnant droit aux deux numéros annuels de Droit. Liberté où paraîtun dossier de 8 pages réalisé par le C.L,E.P,R.), ~tte cotisation minimale étant portée à 5 Fpour les abonnés à DrOit • ·LIberté.Membn douteur : 20 F. .Membre lIieaIdteuf : A partir de 30 F,Adresser les adbésîons â Mlle Renée Baboulène, 50, rue des Poissonniers, Paris (18') avecun c~ue postal (3 vôlets) à l'ôrd~e de Mlle R. Baboulène, institutrice - C.L.E.P.R. (C.C.P.18 177-35, Paris), .RELIEZVOTRECOLLECTION« Droit et liberté» vous propose sa reliure - système à broche" miseen place instantanée - couleur bordeaux. pour les numéros de 1 année.Prix: 16 F 1+ 2 F pour frais d·envoi) .Les numéros qui vous manquent pour que votre collection soit complètepeuvent vous être envoyés au prix de2.50 F (numéros de. 1972).le numéro spéCial décembre 197D-janvler 1971 au priX de 4 F.VOUS AUREZ A VOTRE DISPOSITION,SOUS UNE FORME ÉLÉGANTE ET MANIABLEUNE DOCUMENTATION INDISPENSABLE_----- BULLETINM . . ... . .. .. . . . .. . ......... Adresse ..... .. .•. . • . .... .. ......commande la reliure « Droit et Uberté 1 . . ...... . ..•..•..•.... . .s'abonne pour un an (abonnement ordinaire) ......... . ..•. . . ..(abonnement de sautien) ... . .. .. ........ .18 F ( 1)25 F (1)50 F (1)Vous joint par chèq ue ba ncaire. mandat. Ch èque post al ( 1).la somme de . ,"......... .« Droit et Uberté» : 120, rue Saint- Denis, Paris 2' . C.C.P. 6070.98".(1) Rayer la mention inutile.DROIT ET LIBERTÉ _ N° 314 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 1972NOTRESERVICELIBRAIRIEPour vous permettre d'approfondir les divers problè~es t~a!tésdans Droit & Ub.rté, des livres nombreux sont à votre diSpOSition .Nous vous proposons, ce mois- ci la sélection suivante :• LE RACISME DANS LE MONDE, par Pi.rre Parat (Petite bibliothèquePayot).Cet ouvrage offre sur les aspects tant historiques qu'actu~ls ~uracisme, et sur les moyens de le combattre, une .synth~se indiSpensable.Dans sa réédition qui vient de paraltre, 1 auteur aprocédé à une remise à jour.220 pages .. . . . . . ... . .. ..... ...... . . . .. . . . . ... . 6,50 F• RACISME ET SOCIETE. Ouvrage collectif, publié sous la directionde C. Duch.t et P. de Comarmond (F. Maspéro éditeur).Au sommaire : racisme et capitalisme (U .S .A., Afri~ue austral~) ;préhistoire et histoire du racisme ; le préjugé racial; hérédité,instinct, milieu; psychologie du racisme . Ce Ii~re , paru récemment,a été présenté dans le numéro d'avril de Droit & Uberté.350 pages .... . . .. . . . .. . . . .. .. .. . . ... .. . .. ... 18,80 F• LES FRANÇAIS ET LE RACISME, par P.H. Maucorpa, AlbertM.mmi et J.F. H.ld (Editions Payot).Une enquête réalisée par le M.R.A.P. sert de poin~ de départ .àcette étude. Elle contient une grande abondance de faits, de témOIgnagesque les auteurs analysent avec le souci ~onstant de !aireressortir les données fondamentales (psychologiques et SOCiologiques)du phénomène examiné.290 pages .. . . ..... .. ... .... ...... . ........ . ..... 15 F• CINQ ETUDES D'ETHNOLOGIE, par Mich.1 Leiris (EditionsDenoël-Gonthier : Bibliothèque Médiations).« Liquider l'ethnocentrisme, faire admettre que chaque culture asa valeur et qu'il n'en est aucune dont, sur certains points, uneleçon ne puisse être tirée ... », tel est l'essentiel de la ~e~hercheethnologique de l'auteur amené à s'interroger sur le colOnialisme etle racisme.151 pages . . ... . .. ... .. . . ..... . ... . .. . . .. . . . . . 6,50 F• ELISE OU LA VRAIE VIE, par Clair. Etch.ralli (Editions Denoël ,collection « Les Lettres Nouvelles ») .Ecrit avec infiniment de pudeur et de tendresse, ce très beauroman est celui de l'amour entre Elise , provinciale «montée litravailler à Paris, et Arezki , militant algérien, en butte l'u~ et l'autreau racisme ambiant encore aiguisé. par la guerre d'Algéne.277 pages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 15 F• UN NOIR A QUITTE LE FLEUVE, par Annie Lauran. Préfaced'Albert Memmi (Editeurs Français Réunis).Un travailleur sénégalais vivant à Paris raconte « en dir~ct» sonexpérience: comment, pourquoi il a quitté son pays, I~s dlff!:ultésqu'il rencontre. Un document authentique, une réalité qu Il fautconnaître.172 pages .. .... . . . .. .... .... . . . ... ..... . .. . . . 10,80 FAd,....r les commandes à Droit & Liberté, 120, ru. S.int-~,Paris (2-), .n ajoutant 2 F par livr. pour I.s frais d'up6dition(C.C,P. 6070-98 Paris).39


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