Trouver son équilibre - Portail VIH / sida du Québec

pvsq.org

Trouver son équilibre - Portail VIH / sida du Québec

Hiver 2006Bulletin du comité des personnesatteintes du VIH du QuébecTROUVERsonÉQUIL¡ BRELes microbicidesCalendrier des activités


en couvertureLa santé psychologique et le VIHpar David Williams, directeur général par intérimComment rester attacher àla vie alors qu’on sait que,tôt ou tard, on va mourir ?C’est une des grandes énigmeshumaines. Tout le monde estobligé d’y faire face.Le problème devient encore plusd i fficile lorsqu’on est atteintd’une maladie chronique et évolutive,telle que l’infection au VIH.Quand on est malade, on est confro n-té au risque réel de perd re à courtt e rme non seulement des capacitésphysiques, mais aussi des projets etrêves pour le futur. La maladie peutinfluer directement sur qui on est entant qu’individu.Dans cette situation comment réussira-t-onà vivre pleinement son existe n c e? Comment va-t-on maîtriser lamaladie pour rétablir son bien-êtrep s y c h o l o g i q u e ? Malheureusement,il n’y a aucun remède miracle. La solutionse trouve dans un processus d’apprentissage où on aura à découvrirses pro p res réponses, des réponsessignificatives pour soi qui vont enrichirsa vie.Alors, par où commencer ? Bien qu’iln’y ait pas de recette universelle, ilexiste tout de même des lignesdirectrices qui pourraient faciliter ladémarche.D ’ a b o rd, il serait bénéfique dedévelopper quelques compétencespersonnelles, notamment celles del ’ i n t rospection, de l’adaptation auchangement, et de la résolution dep roblèmes. Ces habiletés vousaideraient à nommer ce que vousvivez et à faire face aux difficultéssans tomber constamment dans unétat de crise.Créer un réseau social et desoutien pour briser l’isolementPour des renseignements supplémentaires sur la santé psychologique et le VIH, consultez :Bruchon-Schweitzer, Marilou. Psychologie de la santé : Modèles, concepts et méthodes, Paris,Dunod, 2002, 456 p.Crombez, Jean-Charles. La personne en ECHO, cheminer dans la guérison, Montréal, Éditionsde l’Homme, 2006, 224 p. www.approche-echo.netHefez, Serge. Sida et vie psychique : Approche clinique et prise en charge, Paris, La Découverte,1996, 335 p.Lacroix, Annie, et J.-P. Assal. L’éducation thérapeutique du patient : Nouvelles approches de lamaladie chronique, Paris, Vigot, 1998, 205 p.Tourette-Turgis, Catherine, et M. Rébillon. Infection par le VIH : Accompagnement et suivi despersonnes sous traitement antirétroviral, Paris, Comment Dire, 2001, 138 p.Veilleux, Paul. Bottin du réseau québécois de psychologues et de travailleurs sociaux spécialisésauprès des PVVIH. Disponible via : paul.veilleux@umontreal.ca6 Hiver 2006


en couvertureLe parcours psychologique d’unepersonne qui apprend qu’elleest séropositive en 2006 !par Dany LeBlond, Psychologue, Équipe d’Intervention VIH/SIDA,CSSS Jeanne-Mance (CLSC des Faubourgs)On aurait tendance à cro i requ’en 2006, appre n d re qu’ona le VIH est quelque chose deléger et sans trop d’impact dans unevie. Mais c’est tout le contraire, carcela représente encore aujourd’hui unévénement majeur dans la vie d’unepersonne. Malgré le fait qu’il existedivers traitements très efficaces etqu’un diagnostic de séropositivité nereprésente plus une condamnation àm o rt dans les mois ou les années àv e n i r, cela demeure un événement quivient complètement bouleverser lavie d’une personne.Le grand défi auquel la personne estc o n f rontée est de faire le deuil del’état de santé qu’elle avait avantl’annonce du diagnostic qui ne serajamais plus le même, d’adapter sa vieà cette nouvelle réalité et d’adapter leVIH à sa vie. Tout cela se fera en passantà travers diverses étapes quis ’ a p p a rentent aux étapes de toutdeuil et s’échelonnera sur plusieursa n n é e s .D ’ a b o rd, l’annonce du diagnostic.Chacun réagira de façon différenteselon son état psychologique dumoment et sa façon de faire face àdivers événements stressants dans savie. En général, la personne entreratout d’abord dans une étape caractériséepar les symptômes d’un étatde stress post-traumatique : troublesdu sommeil, présence d’un hautniveau d’anxiété, irritabilité, hypervigilance,difficultés de concentration,grande souffrance, perturbationde la vie quotidienne, altération dufonctionnement social, professionnelet personnel, perte de motivation,8affects dépressifs. Parfois, certainespersonnes ne vivront pas cet état etvont plutôt passer directement à uneétape de déni se caractérisant par laminimisation du diagnostic ou bien lanégation totale, c’est-à-dire de fairecomme s’ils n’avaient jamais reçu lediagnostic.Après le choc, vient souvent l’étapede la colère et de l’incompréhension.La personne n’accepte pas d’avoircontracté le virus et cherche égalementcomment elle aurait pu attraperle VIH. Dans cette étape, la personnese sent victime des événementsou/et peut aussi avoir beaucoup dec o l è re envers d’autres personnes, lasociété ou encore envers elle-même.La personne peut ensuite passer àune étape où elle s’accroche à l’espoirde ne pas être vraiment infectée oue n c o re de pouvoir miraculeusementse débarrasser du virus. Cette étapes’appelle le marchandage. C’estl’étape des prières, les pro d u i t sn a t u rels, des traitements miraclesqu’on peut re t rouver un peu part o u tdans le monde. Cette étape est saluta i re et tout à fait normale, car il esttrès louable et humain de vouloir s’accrocher à la possibilité de se sort i rd’une situation à laquelle il sembleimpossible de faire face.Souvent, suiteà l’étape dum a rc h a n d a g e ,la personne[ Un diagnostic de VIHchange la vie de lapersonne à tout jamais ]passera à uneétape où elleréalise l’aspecttangible et réel de sa séropositivitéet peut vivre une période de honteet de culpabilité qui peut parfois laf a i re basculer dans un épisodedépressif majeur, car elle retourneune grande colère envers elle-même.Elle a honte qu’en 2006 avec toutesles informations que nous avons surles façons de contracter le VIH, elleait tout de même été infectée. Aussi,le fait que le VIH soit souvent associésoit à la sexualité ou à la drogue,augmente le sentiment de honte enlien avec le fait de contracter le virus.Lorsque la personne arrive enfin à sortirde cette étape, elle passe à uneétape qui est caractérisée par l’angoisseet le stress. La personne réalisetout ce que le VIH vient modifier danssa vie, tant au niveau personnel,social, relationnel, familial, physique,psychologique, financier. Elle serac o n f rontée à certaines questionsc o m m e : le dévoilement de son statuts é rologique à ses proches, sa famille,un ou une part e n a i re sexuel(le), un ouune éventuel(le) conjoint(e), dans lemilieu de travail, au niveau social.Cela amène par le fait même lacrainte de rejet, d’abandon, de harcèlement,d’isolement (perte d’emploi,d’amis, de certains membres dela famille, de conjoint(e), de toutesexualité). Cela provoque égalementdes questionnements sur l’avenir, lam o rt, la maladie. Aussi, la personneremettra en questionla façon de vivre sa sexualité,aura des craintes deré-infection ou encore d’infecterson, sa ou ses part e-n a i res. Elle remettra égalementen question sa façond ’ a b o rder les relations amoure u s e sHiver 2006


( ê t re avec un ou une part e n a i re et sioui, être ou non avec un ou une conjointeséropositive ou non).La phrase qui revient souvent chezles personnes séropositives est : « il ya avant le VIH et il y a après le VIH »,comme un constat qu’un diagnosticde VIH change la vie de la personneà tout jamais.Face à l’angoisse et au stress massifqu’amène le diagnostic du VIH, certainespersonnes auront du mal àadapter leur vie à cette nouvelle réalité.Cela peut provoquer chez cespersonnes un état dépressif majeurou bien un trouble de l’adaptationavec humeur anxio-dépressive etmême des pensées suicidaire s .Toutefois, d’autres personnes réagirontà cette étape en appliquantdes moyens leur permettantd’ajuster et d’adapter leur vieà cette nouvelle réalité sansavoir à passer par une périodedépressive. Ces moyensseront décrits plus loin.Suite à cette adaptation, la personnedébutera une étape d’intégration etd’adaptation qui sera marquée parun peu plus d’acceptation et decalme intérieur. Ce sera le débutd’un certain point tournant où la personnecessera de lutter contre lediagnostic et adaptera sa vie au VIHet le VIH à sa vie. La personnearrivera ainsi à trouver un certainéquilibre émotif et psychologique.Elle pourra alors retrouver l’espoir debonheur, de paix et pourra recommencerà se projeter dans l’avenir.C’est le début de l’acceptation...Tout ce processus peut se déro u l e rsur quelques mois à quelquesannées. Cela variera d’une personneà l’autre selon comment la personneest outillée pour faire face aux évènementsstresseurs de la vie quotidienne,de son niveau de flexibilité etd’adaptabilité et selon son équilibrepsychologique de base.Il est également important de préciserque le processus décrit ci-hautpeut varier pour chacun. Cert a i n speuvent passer d’une étape à l’autreet revenir à des étapes précédenteset ainsi ne pas nécessairement suivrel ’ o rd re mentionné ci-haut. D’autre spersonnes ne vivront jamais cert a i n e sétapes mentionnées ci-haut. De plus,c e rtains événements peuvent replongerpar moments la personnedans ces diverses étapes (exemple:p roblèmes de santé physique quis u rviennent, début de la prisede médication antirétrovirale, complicationet passage de l’étape VIH àSIDA, changement de la médicationa n t i r é t rovirale suite à un échecthérapeutique, etc.).Il est également important de savoirque la majorité des gens arrivent àpasser à un bon niveau d’adaptation[ Le grand défi auquel la personneest confrontée est d’adapter sa vieà cette nouvelle réalité etd’adapter le VIH à sa vie ]sans épisode dépressif et qu’il esttrès possible d’arriver à un bon étatd’adaptabilité.Voici les moyens pour favoriser ceniveau d’adaptation :Surtout ne pas rester isolé.S ’ i n f o rmer sur le sujet du VIH/SIDAauprès de sources fiables et ne passe limiter à l’expérience d’uneseule personne, car chaque personnevit son état sérologique defaçon diff é re n t eNe pas hésiter à aller cherchele soutien de proches, amis oue n c o re de certains membresde la famille auxquels vous avezconfianceNe pas hésiter à aller chercherun soutien professionnel (psychologue,médecin, psychiatre, travailleursocial, nutritioniste)Faire de l’activité physiquePrendre soin de son alimentationen couvertureAvoir de bonnes habitudes devie (ne pas vous épuiser, avoirde bonnes heures de sommeil,respecter les limites de votrecorps, etc.)Avoir une attitude d’ouverture etde flexibilité (cesser de combattrel’idée de ne pas avoir le VIH)Ne pas hésiter à parler, exprimerses émotions et partager sonvécu avec d’autres personnes(qu’elles soient séropositives ouséronégatives)Éviter les excès de drogues, d’alcool,de sexe, de travail, de surm e-nage, etc.Garder l’espoir de jours meilleursà venirMiser sur ses forces et ressourcespersonnellesNe rien précipiter et pre n d re letemps de vivre les étapes d’adaptationà votre rythme personnelChercher à trouver des choses,moyens ou activités saines quivous font du bien et vous rendentheureux(se), car en étant souffrantvous avez énormément besoin devivre une vie avec des petits bonheurs.Sinon votre vie deviendratrop hermétique et ennuyeuse !Si vous avez des questions ou désire zrecevoir du soutien pro f e s s i o n n e lsuite à un diagnostic VIH, n’hésitezpas à venir consulter l’équipe d’interventionVIH/SIDA du CSS Jeanne-Mance (CLSC des Faubourgs) envous présentant directement auCLSC. Il nous fera plaisir devous aider que ce soit au niveau del’adaptation au diagnostic par unsoutien psychologique, social ou auniveau de la nutrition. Nous off ro n sun service de dépistage des ITSS etdu VIH/SIDA ainsi que des serv i c e sde soutien psychosocial et nutritionnisteindividuel et de gro u p e.9


en couvertureSoutien psychologiquedans la pratique cliniquepar Albert MartinEntrevue avec Dr Pierre Côté de la Clinique du Quartier latin 1Dr Pierre Côté reçoit une clientèle de PVVIH dans sa pratiqueclinique. Nous lui avons demandé quels problèmes psychologiquesil rencontre chez ces personnes et comment il peut y répondreNous l’avons rencontré à son bureau de la Clinique du Quartier latin.Q: Avez-vous une clientèle spécifique par rapport auxautres médecins de la Clinique ?R: J’ai une clientèle qui se divise en deux, une clientèled’hommes homosexuels, Ret une clientèle de personnesqui font ou ont fait usage de drogues intraveineuses etqui ont un degré d’organisation assez bon pour pouvoirse présenter à un rendez-vous. Je suis aussi dire c t e u rd’une équipe VIH et toxicomanie à l’hôpital St-Luc. Uneéquipe de 6 médecins avec plusieurs intervenants quisont en clinique externe à l’hôpital mais aussi à la cliniquede l’équipe mobile où il y a des intervenants sociaux, desi n f i rmiers qui travaillent dans le milieu où la clientèle estf o rmée d’usagers de drogues injectables dont la grandemajorité sont sans domicile fixe en désorganisation psychologiqueet sociale assez forte pour avoir besoin d’uneadaptation de services pour les soins de santé et serv i c e ss o c i a u x .Q: Parlant de St-Luc, qu’est-ce que vous pensez de lafermeture de l’urgence psychiatrique ?R: Je suis Rdéçu qu’on diminue une accessibilité de proximitéaux clientèles qui sont plus marginalisées. C’estdéjà une clientèle qu’on avait de la difficulté à amener àl’hôpital St-Luc ; c’est certain qu’il y aura une adaptation.J’ose espérer que la nouvelle organisation sera meilleuremais il est trop tôt pour le dire. Il est certain que la venuedu grand CHUM amène une perturbation des serv i c e s .On axe le CHUM sur des services tert i a i res ultra-spécialisés.La clientèle sera difficile à intégre r. C’est un défi pournous mais aussi pour plusieurs personnes.Q:Les problèmes de santé psychologiques sont-ils unenjeu majeur pour les gens qui viennent vous consulter ?R : Oui, c’est un enjeu majeur sur lequel on peut passerrelativement rapidement. Si on re g a rde la clientèle gaiepar exemple, les personnes homosexuelles sont plus susceptiblesde développer des détresses psychologiques, àf a i re des abus d’alcool et de drogues. Comme cela estbien décrit dans les études, il s’agit d’une population plus10à risque de connaître ces problèmes. Il y a donc plus derisques d’abus de Rdrogues et d’alcool chez ces personneset le risque suicidaire est plus important que dans la populationen général. La détresse y est plus forte. La marginalisationfait qu’il y a plus de travail social à faire .L’infection par le VIH, à mon avis, est quelque chose des u p p l é m e n t a i re. On doit faire le deuil lorsqu’on appre n dle diagnostic de séroposivité avec toutes les phases dudeuil mais c’est une maladie pire qu’une autre comme lecancer parce que les gens vivent une stigmatisation. Lesgens vivent une peur d’annoncer leur diagnostic à leurfamille, leur entourage, leur conjoint, leur milieu de travail.Donc un stress qui est plus élevé que pour les autre smaladies chroniques et un taux important de dépre s s i o n .Q: Où pouvez-vous référer les PVVIH qui ont des problèmesde santé mentale et comment les traite-t-on ?R: Nous avons ici un infirmier qui off re des services desoutien aux personnes Rqui viennent de recevoir un diagnosticmais nous avons une entente de services avecl’équipe VIH-sida du CLSC des Faubourgs où il y a desi n t e rvenants sociaux, psychologues et travailleurs sociaux,où on peut référer et offrir des services gratuitement.Nous avons aussi des psychologues ici, mais ce sont dess e rvices payants mais qui peuvent être remboursés parune assurance privée.Q: À part le Sustiva qui est un cas particulier, est-ceque les médicaments antirétroviraux en général ont unimpact sur l’humeur ou sur l’état psychologique ?R:Particulièrement lorsque les gens débutent un traitementet que les gens ont conscience d’un risque deHiver 2006


en couvertureprogression de leur maladie, c’est toujours un stressRimportant qui amène une dépression chez un petit pourcentagede gens. Cela peut l’exacerber si on vit un étatdépression au départ. Mais il est certain que le faitde débuter un traitement entraîne une période dedétresse plus grande. Cela dit comme effet propre aumédicament, sauf le Sustiva qui entraîne des effets neurologiques,des problèmes de l’humeur et de dépre s s i o n ,on note peu d’effets secondaires psychologiques desa n t i r é t ro v i r a u x .Q: Y a-t-il des interactions médicamenteuses part i c u l i è re se n t re les ARV et les antidépre s s e u r s ?R:Non, ce sont des médicaments qu’on peut en généralprendre ensemble. RLà où il faut faire le plus attention,mais on y reviendra plus tard ce sont avec les droguesrécréatives. Il y a des précautions à prendre et du counsellingà faire avec le patient. Une des raisons qui fontque des personnes oublient des doses en plus des effetssecondaires, c’est la dépression qui amène une baissede motivation à prendre ses médicaments de façonrégulière comme on doit le faire.Q:Avant d’arriver aux drogues récréatives, il y a letraitement de l’hépatite C avec l’interféron qui affectebeaucoup la santé psychologique. Comment peut-ony faire face ?R: Déjà, au départ, si on a une situation psychiatrique oupsychologique non contrôlée, c’est une contre - i n d i c a t i o nau traitement. La personne doit d’abord être stabiliséepsychologiquement. RSi une personne a des idées suici d a i re, on ne la placera jamais sous interf é ron. Le problèmemajeur survient avec l’interf é ron qui amène unefatigue importante mais qui peut induire des facteursd é p ressifs sévères. On essaie d’abord de stabiliser lesgens mais c’est le support pendant le traitement qui est leplus important. Ce n’est pas seulement le travail dumédecin. Nous avons une infirm i è re de suivi et nous travaillonsaussi avec l’entourage. Les personnes subissentdes réactions et des sautes d’humeur qui sont souvent difficilespour un couple ou pour l’entourage aussi. On essaiede préparer les gens le plus possible et de leur offrir uns u p p o rt par la suite pour qu’ils le prennent adéquatementet qu’ils continuent.Q:L’automédication avec des drogues récréatives pourretrouver de l’énergie, de l’euphorie, un peu de pepou même retrouver le plaisir sexuel est-ce que c’estmarginal ou c’est très répandu ?R: C’est assez répandu chez les personnes séro p o s i t i v e ss u rtout chez les homosexuels. Là où c’est plus délicatc’est chez les personnes qui prennent du Ritonavir et tousles inhibiteurs de la protéase « b o o s t é » par le Ritonavir.Le Ritonavir va augmenter la concentration des dro g u e snotamment de l’extasy, le cristal meth mais aussi l’eff e tavec le cannabis. De plus, l’intoxication amène lespersonnes à adopter des comportements à risque soit det r a n s m e t t rele VIH, soit d’attraper une souche plus virulenteet de développer Rune super-infection et aussi d’attraperd’autres ITS comme la syphilis qui est une port ed’entrée importante. Il y a donc une interaction cert a i n ee n t rela consommation de drogue et la prise de médicaments.Comme médecin, nous avons un rôle en mettantles gens en garde et en les informant. Plus nous enparlons, moins les gens sont mal à l’aise d’aborder laquestion. Mais nous ne sommes pas là pour les jugermais pour ouvrir le dialogue. Il est important d’explore rles raisons pour lesquelles les personnes consomment.Toutefois, ce ne sont pas toutes les personnes qui consommentdes drogues récréatives qui en font un abus.Q: Dans les campagnes de prévention, ne devrions-nouspas parler un peu plus ouvertement de ces questionscomme le « barebacking » ou ce qu’on appelle maintenantle «séro s o rting» ou sérotriage, c’est-à-dire desPVVIH qui re c h e rchent d’autres PVVIH pour desrelations sans protection, ou des séronegs qui vont setenir ensemble ?R: On en parle peu mais il faut faire attention. C’est unpetit pourcentage de la population gaie qui pratique le« barebacking », il ne faut pas généraliser à l’ensemblede la population séropositive. En faisant des campagnesde prévention trop large, nous risquons de stigmatiserdavantage la population homosexuelle dans la populationgénérale. La stigmatisation va conduire à une mar-Rginalisation qui conduit à l’exclusion. Et lorsqu’on sesent exclu, on s’isole davantage. Ce n’est pas parce quenous entendons peu parler des projets de préventionqu’il ne s’en fait pas. Séro-Zéro fait un bon travail notammentdans les saunas. Ils tentent de circonscrire les personnesqui font du « barebacking » et de travailler plusdirectement avec cette clientèle. Cela dit, il y a unelimite à ce qu’on peut faire comme intervention. Je suistriste devant le fatalisme des personnes qui pratiquent le« barebacking » et je ne sais pas trop quoi faire mais il n’ya pas de solution miracle. Chez un certain pourcentagedes gens il y a un fatalisme par rapport au VIH, on se ditque de toute façon on est infecté, qu’il existe un traitementy compris la prophylaxie postexposition. Ce dont ilfaut prendre conscience c’est du coût élevé lié auxrisques de devoir prendre la PPE ou de rendre son virusrésistant parce qu’on est infecté par une autre soucheparce qu’il y a des limites à ce qu’on peut donnercomme traitement. C’est ce dont Il faut discuter à traversune relation de confiance et en ne jugeant pas afin depouvoir intervenir chez ceux qui le désirent.1L’entrevue complète est disponible en format audio sur notresite Internet à www.cpavih.org11


droit et services sociauxL’accès aux services desoins psychologiquespar Clarisse N’Kaa, agente d’information senior en Droit et services sociauxUne enquête menée en 2002 surla santé mentale et le bien-êtred é m o n t re que les personnesatteintes de troubles de santéphysique chroniques ont une perc e p-tion moins positive de leur santé mentaleque l’ensemble de la population.Ce constat s’applique tout à fait auxpersonnes vivant avec le VIH. Il n’estplus nécessaire de rappeler les eff e t ss e c o n d a i res sociaux engendrés parl’annonce du diagnostic autant pour lapersonne que pour son entourage etmême pour la société en général. Lastigmatisation, l’isolement, la diminutiondes revenus, la perte d’emploi, ledévoilement, l’infection elle-mêmeet les effets secondaires des médicamentsantirétroviraux sont autantde facteurs qui affectent l’état psychologique.Une étude menée auUSA démontre qu’une PVVIH sur tro i ss o u ff re de dépre s s i o n .Si la prise en charge de la santéphysique est assez bien assurée dansl’ensemble du Québec malgré certainesdifficultés rencontrées enrégions plus éloignées des grandsc e n t res, il n’en va pas de même en cequi concerne les services de soutienet de counselling psychologique.Comme nous le verrons, l’org a n i s a-tion des services de santé et de servicessociaux au Québec met l’accentsur l’accessibilité aux soins de santéphysique et l’accès aux médicamentsau détriment de programmes psychosociauxd’accompagnement desp e r s o n n e s .L’organisation des soinspour les PVVIHLes hôpitaux sont souvent le premierpoint de contact d’un individu avec12le système de santé. Dans les hôpitauxuniversitaires, on trouve desUHRESS, des unités hospitalièresde recherche, d’enseignement et desoins sur le sidaqui re g ro u p e n tdes équipes multidisciplinairesquioffrent un ensemblede serv i c e saux PVVIH qui vont du suivi médical,au soutien psychologique, aux conseilsnutritionnels et aussi auxréférences vers des organismes communautaires.On re t rouve une situationsemblable dans les hôpitauxrégionaux situés dans les villes centres des régions périphériques.Ces équipes multidisciplinaires ontl’avantage d’offrir une appro c h eglobale de la personne et peuventa p p o rter un soutien couvrant diffé rentes dimensions de la vie surt o u tau moment du diagnostic. To u t e f o i s ,le peu de re s s o u rces fait en sort equ’il est plus difficile d’assurer unsuivi psychologique à long terme. Lespersonnes se butent alors à des listesd’attente pour obtenir des serv i c e st h é r a p e u t i q u e s .Les CLSC ont été implantés dansl’ensemble du Québec pour offrir unensemble de services de pre m i è religne qu couvre l’ensemble desbesoins de la population en matièrede santé et de services sociaux. Lesre s s o u rces y sont pourtant limitées etles personnels peinent à tenter der é p o n d re aux demandes de la communautésurtout dans les serv i c e ssociaux. En qui concerne l’expert i s edans les soins aux PVVIH, la situationd i ff è re beaucoup d’un CLSC à l’autre .« Une étude menée au USAdémontre qu’une PVVIH surtrois souffre de dépression»Des établissements comme le CLSCdes Faubourgs à Montréal disposentd’une équipe VIH-sida qui off re unegamme complète de services alorsque la plupartont peu de clientsatteints du VIH et,par conséquent,moins d’expérienceavec cespersonnes. Cela est d’autant vrai qu’ila rrive que des PVVIH qui consultentpour des problèmes de dépression oud’abus d’alcool ne révèlent pas leurs é ropositivité lorsqu’ils consultent unpoint de service d’un CLSC même sicette condition influe sur leur étatp s y c h o l o g i q u e .À Montréal, on trouve aussi des cliniquesspécialisées dans les soins desPVVIH qui visent une approche globalede la situation. Elles disposent dere s s o u rces pour accompagner les personnessuites à un diagnostic ou lorsdu début de la prise de médicaments.Ces cliniques peuvent aussi référerles personnes vers une re s s o u rce ensoutien psychologique ou offrir dess e rvices de psychologues.De plus, un certain nombre demédecins en pratique privée suiventdes personnes vivant avec le VIHet peuvent pre n d re en charge lesp roblèmes psychosociaux de leurspatients. On peut présumer qu’ils ontdavantage le réflexe de pre s c r i re desa n t i d é p resseurs qui sont re m b o u r s é spat l’État plutôt que de diriger lespersonnes vers la psychothérapie.Enfin, les PVVIH peuvent avoirrecours aux services de psychologuesen pratique privée. Toutefois, lescoûts d’une psychothérapie peuventHiver 2006


ê t re assez élevés et ne sont re m-boursés que par les assurancesprivées dont disposent surtout lespersonnes qui ont accès à une assurancecollective dans leur milieude travail. Soulignons les eff o rts duDr Paul Veilleux qui a réalisé un bottindes psychologues et travailleurssociaux spécialisés en VIH etdont on trouve la référence enpage 7 de ce bulletin. Précisonsque ce bulletin n’est plus tout àfait à jour mais il reste un outilde référe n c e .Les ressourcescommunautairesLes groupes communautaires duréseau des organismes VIH-sida sontau cœur de l’accompagnement despersonnes dans toutes les dimensionsde la maladie. Notre enquête nous ap e rmisde constater qu’en région l’organismeVIH-sida est au centre del’action au service des PVVIH. Malgréles difficultés financières et le peu dere s s o u rces disponibles pour couvrirun vaste terr i t o i re, les org a n i s m e so ff rent un ensemble de services allantde la prévention, à l’information, ausoutien individuel et de groupe, à l’organisationd’activités de loisirs pourbriser l’isolement, à la référe n c e .Ils ont appris à développer des liensavec les hôpitaux et les CLSC deVérifiez vos connaissancesMYTHES OU RÉALITÉSmême qu’avec les autres org a n i s m e sc o m m u n a u t a i res de la région quirépondent à des besoins spécifiques.Leur réseau de relation fait en sort equ’on fait appel à leur expert i s er é g u l i è re m e n t .À Montréal, on trouve une grandediversité d’organismes communauta i res dans le réseau des org a n i s m e sVIH-sida. Chacun cible des besoinsp a rticuliers auquel il tente de répondre. Ainsi, on re t rouve des gro u p e squi s’adressent spécifiquement auxfemmes, aux toxicomanes, aux membres des communautés culture l l e s ,aux anglophones, etc. Signalons laMaison Plein Cœur qui off re uns e rvice d’accueil et d’écoute.Quelques observationsAvant l’avènement de la trithérapie,les services psychologiques off e rt saux PVVIH et à leurs prochesp renaient la forme d’un accompagnementde fin de vie. On tentait d’accompagnerles personnes et leurentourage dans ce passage diff i c i l eIndiquer si les énoncés suivants sont des mythes ou des réalités en cochantla case appropriée. Vous trouverez les réponses à la page suivante.1234« Le peu de ressources fait ensorte qu’il est plus difficiled’assurer un suivi psychologiqueà long terme»Le mandat en prévision d’inaptitude nous évite l’ouvert u re d’un régimede protection légale tel que la tutelle, la curatelle ou le conseiller au majeur.Le testament biologique, aussi appelé « testament de vie » oblige légalement lemédecin à obéir à mes dire c t i v e s .Un patient sous protection légale ou sous mandat est considéré inapte àconsentir aux soins.Un mandat d’inaptitude non homologué n’a aucune force légale.droit et services sociauxqui survenait en pleine force de l’âge.Avec la trithérapie, on est passé d’unemaladie mortelle à une maladiec h ronique qui pose de nouveaux défisà la personne et au réseau de soinsde santé. Il faut donc réorienter l’approche et les re s s o u rces afin der é p o n d re à ces nouveaux besoins.Toutefois, il semble qu’on observ eune diminution des re s s o u rces notammentpour les pro c h e s .Les services de counseling post traumatiquesont plus qu’import a n t sdans la gestion d’une crise, maisa p p re n d re à vivre avec une nouvellemaladie implique une adaptationcontinuelle qui peut entraîner uns t ress constant. La gestion des crisesd’adaptation nécessite la disponibilitédes re s s o u rces susceptibles denous aider. Les crises ravivent le chocinitial (l’annonce) et les pertes outraumatismes du passé ( 1 ) . Le problèmede délai d’attente dans der a res centres spécialisés en VIH poseun problème d’accès aux serv i c e s .Les organismes communautaires VIHont développé une grande expertiseen VIH et assurent en quelque sortela continuité des services sociauxdébutés en milieu hospitalier ou enclinique mais ils disposent de peu deressources. Si l’on veut trouver unesolution de rechange rentable auxsoins offerts en milieu hospitalier, il(suite page 14)MytheRéalité13


droit et services sociauxsuite de la page 13 (L’accès aux...)est essentiel d’investir dans les programmesd’intervention dans la collectivitéqui aident les individus àmener une vie productive et satisfaisanteen relation avec les autres. (2)En région, l’étendue du terr i t o i re,la dispersion desPVVIH et la craintede la discriminationsuite au développementfont en sort eque l’expertise dansl ’ a p p roche du VIH sec o n c e n t re dans les centres hospitalierset dans les org a n i s m e s .Enfin parmi les causes qui poussentles gens à consulter, on a cité, l’isolement,le travail, le dévoilement, lesrelations intimes, problèmes d’alcool,p roblème de discrimination etc.Ces facteurs influent sur tous lesaspects de la vie de façon significative.Les politiques et les pro g r a m m e sg o u v e rnementaux devraient tenircompte de tous ces facteurs.On constate que la prise en chargedes effets psychologiques lors duchoc du diagnostic est assez bienassurée. Ce qui fait défaut, par contre,c’est l’accès à un suivi dans unedémarche à long terme compte tenu« Les groupes communautairesdu réseau VIH-sida sont au cœurde l’accompagnement des personnesdans toutes les dimensionsde la maladie»des listes d’attentes dans les établissementspublics et des coûtsdans la pratique privée.La santé psychologiqueaffecte tous les aspectsde la vie et peut avoir des répercussionsautant sur la vie des PVVIH quesur l’économie entière si elle n’estpas prise au sérieux.1Robert Landry, Sida de base,aspects psychosociaux2Agence de santé publique Canada,Aspects humains de la santé mentale etde la maladie mentale au Canada, 2006suite de la page 5 (Projet carcéral)la détention, afin de leur présenterle projet, présenter le CPAVIH etles partenaires. Les détenus et exdétenusseront aussi approchés, demême que les organismes VIH-sida,VHC et autres ressources pouvantaider un ex-détenu dans sa réinsertion.Le CPAVIH jouera ainsi le rôlede sentinelle, c’est-à-dire qu’il seraau fait des informations les plusexactes et à jour, et qu’il les re t r a n s-mettra à tout le réseau, perm e t t a n tainsi une action uniforme et coord o n-née de la part de tous les part e n a i re sdu projet. Ainsi, au fil du temps, uncontinuum de services s’établira, etsera en effet depuis l’entrée au pénitencierjusqu’à la réinsertion socialedes détenus et ex-détenus (du milieufédéral) au Québec.Résultats 11234RRéalité. Lorsqu’une personne vivant avec le VIH/sida devient mentalement inapte et qu’elle n’a nommé personnecomme mandataire en prévision d’inaptitude, la loi peut nommer quelqu’un pour remplir cet office. C’est ce quel’on appelle un régime de protection légale selon la gravité de l’inaptitude : la tutelle, la curatelle et le conseillerau majeur. En gros, le mandat nous donne l’opportunité de choisir notre mandataire.RMythe. Le testament biologique est un document stipulant les dispositions physiques, morales et spirituelles quantà la manière qu’on souhaite terminer nos jours .Ce document a une valeur morale de recommandation. Il peutservir en cas d’incertitude et en l’absence d’un représentant légal. Bien que de plus en plus respecté par la professionmédicale, le testament biologique n’est pas une garantie que vos souhaits seront exécutés à la lettre.RMythe. L’inaptitude juridique est différente de l’inaptitude à consentir aux soins. En vertu du Code civil, le patientprotégé par un régime ou un mandat est considéré comme apte à consentir à des soins s’il en comprend la natureet la portée. Et cette aptitude à consentir doit être vérifiée chaque fois qu’un soin lui est proposé. Il peut doncrefuser ce dernier en toute légalité. Pour être considéré inapte à consentir, le patient doit être incapable de comprendre: la nature de la maladie dont il est atteint ; la nature et le but des soins ; les risques associés à ces soins ;les risques encourus si ces soins ne sont pas prodigués ; que son état de santé nuit à sa capacité de consentir.RIl est vrai que l’exécution d’un mandat est subordonné à la survenance de l’inaptitude et à l’homologation par latribunal à la demande du mandataire d’après le Code civil, cependant la loi nous accorde un pouvoir de gestiond’affaire en attendant le jugement. Ainsi, on peut s’occuper de l’entretien des biens et avoirs du mandant eteffectuer des réparations d’urgence.1Les réponses aux questions ne constituent en aucun cas une opinion juridique, si vous avez un problème en particulier,il est recommandé de consulter un avocat ou un notaire.14Hiver 2006

More magazines by this user
Similar magazines