Téléchargez ici l'édition n° 6 - Orchestre national d'Ile-de-France

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Journal de l’Orchestre national d’Ile de France7 IMPRESSIONYoel Levi15 LE COIN DES MUSICIENSL’orchestre s’agrandit !»6mars - avr. 04


édito4 DANS L’AIR DU TEMPSINTERVIEWL’engagement musicalYoel Levi est depuis ce début d’annéenotre chef principal, désigné.7 IMPRESSIONTHEMAYoel Levi11 ÉMOTIONSCHRONIQUE DEGOLLIWOGGTrois ou quatre concerts…15 LE COINDES MUSICIENSINTERVIEWL’orchestre s’agrandit !19 À PROPOS DEAGENDA20 NOS CHOUCHOUSPARTENARIATSET OFFRES22 RUBRIK LUDIKMOTS CROISÉSCette nomination intervient après unprocessus de près de deux années,qui a permis à notre orchestre de travailleravec de nombreux chefs dehaut niveau, et de se déterminer enconnaissance de cause. Le choix deYoel Levi est non seulement celuid’une équipe de direction, mais égalementcelui de nos musiciens. Il estintervenu à l’issue de nombreusesdiscussions au sein des instancesreprésentatives, et d’un vote.Nous nous réjouissons d’accueillir àl’orchestre un immense artiste de niveauinternational qui permettra ànotre formation de progresser et des’épanouir encore davantage, pourle bonheur de son public et de sesmembres. Avec cette nomination,l’Orchestre National d’Ile de Francetrouvera l’indispensable équilibreentre la continuité du travail avec sonchef principal et la diversité stylistiqueet artistique qu’apportent lesnombreux chefs invités.Nous souhaitons la bienvenue à Yoel,en attendant avec impatience lespremiers rendez-vous musicaux dela rentrée prochaine.Marc-Olivier Dupin, directeur généralDirecteur de la publicationMarc-Olivier DupinRédacteur en chefEmmanuelle Lucchini assistée deAnne-Laure Henry-TonnerreConception graphiqueNH&DCMaquetteSBISSN : 1638-976XCi-contre : affiche de la saison© David CoulonEn couverture :African American Conductor©LWA-Dann Tardif/CORBISPaul Pichard était un magnifique violoncelliste de notreformation, une personnalité rare et attachante. Sa disparitionbrutale nous choque, nous peine.Nos pensées vont tout particulièrement vers son épouseMarie-Anne Le Bars, violoniste dans notre orchestre, etses enfants Suzanne et Mathias.L’Orchestre National d’Ile de France est en deuil.


4DANSL’AIR DU TEMPSINTERVIEWL’engagementmusicalMadame Palmieri, Présidente de l’associationdes Concerts de Marivel.Depuis 1972, Janine Palmieri est la Présidentedynamique des « Concerts de Marivel ».Cette association extrêmement active, dont le butest de promouvoir la musique classique à Sèvres,a su proposer au fil des saisons une programmationriche et éclectique qui a conquis le public.»Les concerts de MarivelMadame Palmieri,pourquoi les Concertsde Marivel ?L’association des Concerts de Marivela été créée en 1972 par une équiped’amoureux de la musique.À ce moment-là, Sèvres ne comportaitpas de lieu de spectacle et neproposait pas de musique, il fallaitdonc se déplacer à Paris ou àVersailles pour assister à un concert.Afin que la musique vienne à nous,nous avons décidé, avec les conseilsprécieux de Bernard Wahl,chef fondateur de l’Orchestre deChambre de Versailles, de créerles Concerts de Marivel.Comment fonctionnent-ils ?Depuis le début, les Concerts deMarivel ne fonctionnent qu’avec l’aidedes bénévoles qui mettent leur tempsau service de l’association. Il n’y aaucun salarié, mais chacun essaie defaire un travail de professionnel.Quel est votre rôle au seinde l’association ?Je suis présidente et entourée d’uneéquipe efficace, dévouée et disponible,qui met ses compétences au servicede l’association.Cela représente beaucoupde travail…Bien sûr, et dans les domaines les plusvariés : choix de la programmationd’une saison, élaboration du contenudes plaquettes, mise sous plisdes 1600 envois annuels, compositiondes affiches, réalisation des programmes.Avec l’aide de professionnelsconfirmés, nous sommes notre propreagence de communication.Qui travaille avec vousdans cette « agence » ?L’association compte environ130 abonnés, pour la plupartdes fidèles, dont une dizaine debénévoles qui participent activementà l’organisation matérielle de chaqueconcert. C’est un travail d’équipe.Pourquoi un tel engagementen faveur de la musique ?Je vis avec la musique. J’aime l’écouteret la partager. En créant les Concertsde Marivel, nous avons souhaitéapporter la musique à Sèvres etpermettre aux Sévriens d’entendre,dans leur ville et en famille,des concerts de qualité.Le financementde l’associationComment est-elle financée ?Elle est subventionnée par la Villede Sèvres et par le Conseil Généraldes Hauts-de-Seine. Les subventions,le mécénat d’entreprise et les entréespermettent d’équilibrer notreprogrammation. Toutefois, nousne sommes pas à l’abri d’événementsextérieurs, sportifs ou culturels,qui peuvent fragiliser la fréquentationd’un concert. Bien que nos sponsorsinvitent régulièrement certains de leursclients à nos concerts et malgré laprésence de nos abonnés, l’angoissede la salle vide existe toujours…Mes deux plus mauvais souvenirsremontent, pour l’un en 1978, dernierconcert de Lilly Laskine à Sèvres, soirde la coupe du Monde de football, etpour le second, au début des années1980, où nous avions organisé,un soir d’hiver, un beau récital de pianoà l’église. Malheureusement, il gelait àl’extérieur, et le public n’est pas venu !


DANS L’AIR DU TEMPSINTERVIEW5Quelle est votre recettepour remplir la salle ?Il faut proposer au publicun programme attrayant, permettreaux mélomanes d’écouterdes interprétations de qualité,et aux autres spectateursde les découvrir.C’est donc ce public potentielque vous essayez de séduire…Oui. Pour le séduire, nous choisissonsdes concerts comportant dansleur programmation une œuvre assezconnue. Et pour nos fidèles auditeurs,nous invitons les ensembles qu’ilsapprécient, comme l’Orchestre,qui vient à Sèvres depuis longtemps,toujours avec des solistes de renom.Grâce à l’aide du Conseil Général,nous avons pu faire entendredes ensembles à leur début,tels la Grande Écurie et la Chambredu Roy avec Jean-Claude Malgoire,Il Seminario Musicale…Les lieuxÀ l’origine, où avaient lieules concerts programméspar l’association ?Les premiers concerts ont eu lieuà l’église Saint-Romain de Sèvres,situation qui a perduré pendantdix ans. C’est une très belle égliseà l’acoustique extraordinaire. Au coursdes années 1980, la municipalité deSèvres a décidé de transformer lafonction de la halle de Baltard pour enfaire un lieu de culture : Sèvres EspaceLoisirs (SEL). Dès lors, les Concertsde Marivel ont eu un pôle pouraccueillir leurs concerts.Avant le SEL, mis à partl’église, y avait-il un autre lieude représentation ?Oui, à la belle saison, dans les jardinsdu Centre International d’ÉtudesAvec l’aidede professionnelsconfirmés,nous sommes notrepropre agencede communication.Pédagogiques (CIEP), où se trouvela maison des champs de Monsieurde Lully. Notre premier concertdans ce lieu magique date de 1987,pour le tricentenaire de la mort ducompositeur. Nous avions, bien sûr,programmé la musique de Lully,accompagnée de danse baroque.Nous continuons à demanderl’hospitalité au directeur du CIEPpour la Fête de la musique.La représentationComment s’organisela logistique pour un concert ?À Sèvres, la municipalité nous accordedes moyens logistiques importants.Pour nos concerts au SEL,les services municipaux montentune conque acoustique au fondde la scène, en demi-cercle,pour améliorer l’acoustique.Pour chaque concert, la partiepurement technique (éclairage et son)est réalisée soit par les techniciensdu SEL, soit par ceux de l’Atrium.Les services municipaux installentles praticables, le podium etune décoration florale. L’accueildu public revient aux membres del’association ; la vente des programmesmobilise les jeunes de l’association,voire les grands élèves des classesdemusique du lycée.Et avant le SEL ?C’était l’équipe de bénévoles quis’occupait de toute l’organisationmatérielle, depuis le collage desaffiches en ville, assuré par une équipedévouée pendant au moins vingtcinqans, jusqu’à l’installation deschaises et des tribunes.L’association recèledonc un véritable éventailde compétences…Effectivement. Et cela requiertune mobilisation de tous les talents…allant de la régie technique àla communication, et de la productionà l’édition. Tant que ça marchera,nous pourrons continuer ainsi.La programmationParlez-nous du travailde programmation.Globalement, c’est un travail quicommence plus d’un an avantle début de la saison musicale.C’est un domaine délicat.Il faut proposer des programmesvariés, équilibrés et rentrantdans le cadre de nos possibilitésbudgétaires. Nous proposonshuit concerts par an, et l’accueilqui est réservé aux musiciensleur donne envie de revenir.Nous avons ainsi fêté en scèneles anniversaires de Jean Françaix,Marielle Nordmann et tout récemmentYuri Bashmet.Quelle est votre lignede programmation ?Nous travaillons à partir dethématiques. À l’occasion de l’annéePaganini, nous avons choisi le concert« La danse du diable » de l’Orchestre,où l’on retrouvait des morceaux dece compositeur. Le thème donnépar l’Orchestre était bien choisi,envolé, c’était très bien.Et cette année ?En 2004, c’est l’anniversaire de la mort


6DANSL’AIR DU TEMPSINTERVIEWde Dvorak, nous allons doncprogrammer de la musique tchèque.Mais cela s’adresse à un public demélomanes.Et pour les non initiés ?Nous nous efforçons de les inciteren équilibrant la saison parla programmation d’œuvres plusaccessibles que d’autres.Quels sont les ingrédientsindispensables àune programmation réussie ?Il faut qu’il y ait de la musiquesymphonique, de bons solistes,mais aussi de la musique de chambre,des chœurs, des petites formations,parfois un opéra et du jazz.Le publicQue pensez-vous de l’accueildu public ?Nous pensons que le public doit sesentir accueilli, c’est ainsi qu’il seraréceptif. C’est pourquoi nousdemandons aux bénévoles del’association d’être à l’entrée dela salle de concert, et aux servicesdes Espaces verts de la Ville deréaliser une décoration scéniqueflorale. Lorsque le concert commence,ma plus grande joie est d’entendrele silence. Les spectateurs sontattentifs, c’est palpable, les musiciensle ressentent, c’est un partage.Parmi votre public,y a-t-il des enfants ?À chaque concert, nous faisons ensorte d’inviter des enfants, commepar exemple pour « La danse dudiable », nous avons invité les enfantsdes classes de violon du conservatoireet pour Yuri Bashmet les classesd’alto. De plus, chaque annéedepuis vingt ans, pour la Fête dela musique, nous organisonsLe Carnaval des animaux, dans les jardins du CIEP à Sèvres, pour la Fête de la musique en 2003.un concert pour les enfantsde CM1 et CM2.Comment avez-vousorganisé cela ?En collaboration avec la caisse desécoles, ces concerts ont lieu soit auCIEP soit au Musée National deCéramique. Trois cents enfantsviennent, c’est devenu une institution.L’année dernière, dans les jardins duCIEP, les professeurs du conservatoireont donné Le Carnaval des animaux,avec une mise en espace faite parun professeur du collège et laparticipation des classes de 6 e et 5 e .Ce fut une grande réussite.Quels sont vos souhaits enmatière d’actions éducatives ?Nous aimerions pouvoir leur permettred’assister à certains concerts demusique symphonique expliqués etcommentés par les artistes.Mais cette initiation pour les enfantsreste, pour l’instant, trop lourdefinancièrement pour notre association.Quels sont les projetsdont vous êtes fière ?En 1990, nous avons réaliséle 4 e Congrès mondial de la harpe.Le précédent congrès avait eu lieu àVienne, et le suivant à Copenhague.Nous avons monté une associationannexe à celle des Concerts deMarivel, « Marivel 90 », uniquementdédiée à l’organisation et àla réalisation de ce congrès.Comment cela s’est-il passé ?Avec l’aide de la Ville de Sèvreset de nombreux mécènes, nous avonstravaillé avec des professionnels dela communication, de la logistiqueet de tous les métiers nécessaires àce projet. Il y avait neuf centscongressistes, venus du monde entier,pendant une semaine : des masterclasses, des concerts chaque jour àSèvres et le soir à l’Hôtel de Ville deParis, au Château de Versailles,à la Maison de la Radio, à l’OpéraComique, à la Salle Gaveau.Tout cela a nécessité une immenselogistique et une préparation surtrois ans. Mais quelle réussite !Je crois pouvoir dire que nous avonsfait un travail de professionnels !Propos recueillis parA.-L. Henry-Tonnerre et F. Voisin


IMPRESSIONTHEMA7Yoel LeviLe 12 janvier dernier, sur proposition de Marc-Olivier Dupin,Yoel Levi est nommé chef principal de l’Orchestre National d’Ilede France par le Conseil d’Administration.Dès la saison prochaine, il dirigera plusieurs programmes, dontla II e symphonie de Gustav Mahler, dans le cadre de la célébrationdes 30 ans de l’orchestre. L’Ile Joyeuse a souhaité faire plus ampleconnaissance avec ce grand chef, de renommée internationale,aux qualités artistiques et techniques exceptionnelles.Son parcoursYoel Levi s’adresse à vous d’unevoix douce, posée. Le ton estconfiant, calme et serein. Il sourit.Si vous lui demandez de parler de lui,il précisera d’entrée, qu’il est né enRoumanie, en Transylvanie exactement,mais qu’il n’y a pas grandi, car très tôt,ses parents ont choisi de s’installeren Israël. On comprend très vite quesa vie a toujours été liée à la musique ;celle qu’il écoute avec son père,enfant : « À la maison, au plus loinque je me souvienne, on écoutaitbeaucoup de musique classiqueet folklorique en famille », mais aussicelle qu’il apprend à jouer àl’Académie de musique de Tel Aviv :« J’ai commencé tout petit par jouerdu violoncelle, mais mes parentsn’avaient pas les moyensde m’offrir un tel instrument,alors je suis passé au violon… ».Chose peu commune, c’est à la mêmeépoque qu’il commence à jouer despercussions. « J’avais des voisins etdes amis qui jouaient des steeldrums,Yoel Levi, nouveau chef principalde l’Orchestre National d’Ile de France


8 IMPRESSIONTHEMAcela m’a donné envie d’apprendre.Je m’y suis mis. Mes amis ont arrêté.De mon côté, j’ai persévéré etje suis devenu professionnel… ».Très tôt, il intègre un orchestre dejeunes en tant que premier violonet parallèlement, s’essaye àla direction d’orchestre qu’il se met àétudier très sérieusement.Zubin Mehta lui donnera l’opportunité,à plusieurs reprises, de dirigerles répétitions de l’OrchestrePhilharmonique d’Israël. Puis, vientle temps des études en Europe :Rome, Sienne (sous l’égide deFranco Ferrara) ou encore Londres,à la prestigieuse Guildhall School,où il reste un an…Mais, c’est avec l’Orchestre deCleveland, aux États-Unis, qu’il faitréellement ses classes, aux côtés deLorin Maazel, dont il est l’assistant.C’est un de ses meilleurs souvenirs,à l’entendre sans doute un des plusforts : « J’y ai beaucoup appris,ça a été une période très importantede ma vie professionnelle ».Yoel Levi en onze dates…1950 Naissance en Roumanie.« Great food,great chocolate,great wine…so what else ? ! »,Quand on lui demande ce qui aconforté sa vocation, il répond sanshésiter : « La générale d’Othello que j’aidirigée avec le Philharmonique d’Israël,en 1976. C’est vraiment là, quej’ai eu le déclic ! ». Le succès etla reconnaissance ne tarderont pas àarriver, puisqu’il reçoit le très prisé1 er prix du Concours internationaldes jeunes chefs d’orchestre deBesançon ; en 1978, il n’a pas 30 ans.A propos de l’OrchestreNational d’Ile de FranceAujourd’hui, c’est un homme très pris,il voyage beaucoup, dirige dansle monde entier, jongle sans problèmeavec ses différentes fonctions - chefde l’Orchestre Symphonique d’Atlanta,195 Études de violoncelle, violon et direction d’orchestre à l’Académiede Musique de Tel Aviv. Reçoit son Master of Arts avec les Félicitations.1978 1 er prix du Concours International des Jeunes chefs d’orchestre de Besançon.1978 Assistant de Lorin Maazel à l’Orchestre de Cleveland.19801980 Chef permanent de l’Orchestre de Cleveland.19841988 Directeur musical de l’Orchestre Symphonique d’Atlanta (ASO).20001991 L’Orchestre Symphonique d’Atlanta reçoit le titre de Meilleur orchestre del’année, décerné par le « First Annual International Classical Music Awards ».1996 Participation avec l’ASO à la cérémonie d’ouverture de la 100 e éditiondes Jeux Olympiques.2001 Conseiller artistique de l’Orchestre de la Radio flamande à Bruxelles.2001 (depuis) Chef principal invité de l’Orchestre Philharmonique d’Israël.20022001 Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en France.2004 Nommé chef principal invité de l’Orchestre National d’Ile de France.conseiller artistique de l’Orchestre dela Radio Flamande, chef principal invitéde l’Orchestre Philharmoniqued’Israël. À cela s’ajoute, depuis peu,sa nomination comme chef principalde l’Orchestre National d’Ile de France :« Je suis venu diriger l’orchestre l’annéedernière et j’ai passé un momentmerveilleux, j’étais très content decette collaboration fructueuse.Marc-Olivier Dupin m’a convaincuque nous pouvions construireensemble un projet intéressant.« J’ai accepté, car je me suis viterendu compte que cette formationavait un gros potentiel ».Qu’on se le dise, Yoel Levi a desprojets plein la tête pour l’orchestre :des programmes ambitieux, destournées, des concerts événements…«Paris, la plus belle villedu monde… »Lorsqu’on lui demande ce qu’il pensede Paris, dans laquelle il va séjournerfréquemment désormais,Yoel Levi s’exclame du tac au tac :«Qui n’aimerait pas cette ville ?C’est la plus belle ville du monde,elle est magique, unique ».Il en aime les parcs, les musées,l’architecture… Puis, il poursuit :«J’aime être en France, je m’y sensbien, j’y ai des souvenirs trèsimportants pour moi : le concoursde Besançon, certains concertsdans des villes différentes, Lyon,Bordeaux, sont des moments restésgravés dans ma mémoire.De plus, ma femme est d’originefrançaise et maîtrise bienla langue ; son père était officierdans la Marine nationale… ».Yoel, enthousiaste, conclut par un :«Great food, great chocolate,great wine… so what else ? ! »,dont la spontanéité n’appelle aucuncommentaire !


IMPRESSIONTHEMA9Dix commandements inscrits dans le livre d’ord’un jeune chef d’orchestre1. Souviens-toi que tu ne fais pas de la musique pour ton plaisir,mais pour celui de test auditeurs.2. Ne transpire pas en dirigeant, seul le public a le droit des’échauffer.3. Dirige Salomé et Elektra comme s’ils étaient de Mendelssohn :de la musique de fées.4. N’encourage pas les cuivres du regard, mais donne-leur les entréesles plus importantes sans y toucher, d’un clignement d’œil.5. Par contre, ne quitte pas des yeux les cors et les bois :si tu les perçois, c’est qu’ils sont déjà trop forts.6. Lorsque tu crois que les cuivres ne jouent pas assez fort, il fautencore les réfréner.7. Il ne suffit pas que tu entendes toi-même chaque mot du livret,que tu sais par cœur, il faut qu’il soit compris sans peine du public.Si celui-ci n’entend rien, il ronfle.8. Accompagne le chanteur toujours de telle sorte qu’il puisse chantersans effort.9. Lorsque tu penses avoir atteint le prestissimo le plus inouï,reprends le mouvement encore une fois aussi vite *.10. Si tu te souviens de tous ces conseils amicaux, tu seras toujours,grâce à tes dons indéniables et à ton talent, l’idole de tes auditeurs.* Aujourd’hui j’aimerais ajouter ceci : Prends le mouvement deux fois plus lentement(dédié aux interprètes de Mozart !) [1948].[1925] Richard Strauss, Anecdotes et souvenirs, 1952.L’éducation musicaleYoel Levi est très sensible à l’éducation musicale. C’est un sujet qui lui tient à cœur, ilest conscient de la nécessité de confronter les enfants à la musique très jeunes, commecela a été le cas pour lui.Créer des opportunités dans le système scolaire pour que les enfants écoutent etpratiquent la musique très tôt lui semble essentiel : « Il faut bien sûr initier les enfants àla musique, en leur proposant des concerts et les préparer à cette écoute en amont,c’est merveilleux de les voir venir assister au concert, apprécier la musique et découvrirun nouvel univers. Mais, assister aux concerts ne suffit pas, il faut que les enfants soientconfrontés à des professionnels de la musique à l’école, comme des chefs d’orchestreou des instrumentistes. Faire rentrer les professionnels à l’école, voilà un objectif de taille!».Son métierLorsque Yoel Levi parle de son métier,on sent qu’il en maîtrise tousles aspects, qu’ils soient techniquesou artistiques, toutes les étapes.Préparer un concert fait désormaispartie pour lui des choses anodinesdu quotidien. Il lui arrive de travaillertard dans la nuit ou encore lorsde ses déplacements en avion,qu’il a tendance à trouver trèsennuyeux (« Lorsque je prends l’avion,je préfère travailler, le temps passeplus vite ; et puis, à mon arrivée àdestination, je sais la partition »).«Vous savez, quandvous devenezprofessionnel,la technique vientnaturellement, celafait partie de vous.Je n’y pense mêmeplus, c’est commeprendre son petitdéjeuner ! »Mais le rituel est toujours le même :il se consacre en premier à l’étudeapprofondie des partitions :« Je les annote, les analyse, lesdissèque et j’essaie de déterminer lesproblèmes que je vais rencontrer etpar la même occasion devoir résoudre,surtout lorsque c’est une pièce queje ne connais pas. Sinon, j’ai juste àme rafraîchir la mémoire, à trouverde nouvelles idées… ». Il est vraique Yoel Levi a une connaissancetrès étendue du répertoire.On l’appelle souvent pour remplacerun chef au pied levé.


10 IMPRESSIONTHEMAIl souligne la nécessité dans son métierde faire du sport régulièrement :« Je fais du jogging, des arts martiauxpour me maintenir en forme,c’est extrêmement physique de dirigerun orchestre, vous savez ! ».Sa technique ?«Vous allez sans doute être déçus,mais je n’ai pas besoin techniquementde m’entraîner en face d’un miroir,comme on l’attend souvent d’un chefd’orchestre. La gestique,on l’acquiert au conservatoire dansles classes de direction.«Vous savez, quand vous devenezprofessionnel, la technique vientSes goûts musicaux« Il y a beaucoup de compositeurs que j’aime : Mahler, Ravel, Debussy, Stravinsky, Bartoket bien sûr tous les maîtres tels Mozart, Beethoven, Schumann ou encore Strauss. J’aigrandi avec cette musique.Mais, je n’écoute pas seulement de la musique classique, j’écoute aussi de la pop :Céline Dion que je trouve fantastique, mais aussi des classiques de la variétéinternationale, comme Frank Sinatra, Barbara Streisand, ABBA, les Beatles… Côtéfrançais, j’adore Charles Aznavour, c’est un de mes chanteurs préférés. On est toujourstouché par sa musique, et je connais beaucoup de ses chansons… »naturellement, cela fait partie de vous.Je n’y pense même plus, c’est commeprendre son petit déjeuner ! ».Quand on lui demande ce qu’il faitjuste avant de monter sur scène,il enchaîne le plus naturellement dumonde « Eh bien, je m’habille ! ».Yoel Levi, tranquille et serein,ne semble pas connaître le trac.Pas d’appréhension avant les concertsdonc : « Quand je monte sur scène,je suis préparé, je sais ce que j’ai àfaire et comment je dois le faire ! ».Propos recueillis par E. Lucchiniet A.-L. Henry-TonnerreParmi ses enregistrementsYoel Levi a réalisé un très grand nombre d’enregistrements, avec Telarcnotamment. Bien entendu, la liste ci-dessous n’est pas exhaustive.Beethoven : Ouvertures Léonore N°1-3 ; Coriolan ; Les créatures de Prométhée ;Fidélio et EgmontBrahms : Sérénade N°1 ; Variations sur un thème de HaydnChostakovich : Symphonie N°8Classical Zoo : Le carnaval des animauxCopland : Symphonie N°3 ; Musique pour le théâtreDvorak : Danses slaves, Op. 46 & Op. 72Kodaly : Danses de Galanta ; Hary Janos ; Variations sur le thème du paonMahler : Symphonie N°1 en ré majeur « Titan »Mahler : Symphonie N°2 en do mineur « Résurrection »Mendelssohn : Songe d’une nuit d’étéMoussorgsky : Tableaux d’une Exposition ; La Nuit sur le Mont Chauve ;Prélude de la KhovanshchinaProkofiev : Roméo et Juliette (Suites)Ravel : Daphnis et ChloéRossini : OuverturesSchoenberg : La nuit transfigurée ; Pelléas et MélisandeShakespeare’s MusicSibelius : Karelia Suite ; La fille de Pohjola ; Le cygne de Tuonela, FinlandiaStravinsky : Le Sacre du printemps ; Pulcinella (Suite)Tchaïkovsky : Concerto pour piano N°1 ; Saint-Saëns - Concerto pour piano N°2The Telarc Collection, Volume 8 : The Artistry of Yoel LeviPour obtenir la liste complète de la discographie de Yoel Levi : www.telarc.comParoles de chefs...«Si je dirige sans baguette, c’est queje n’en ai jamais éprouvé le besoin.Ce qui compte, c’est la directivité du gesteet son exactitude. Quand le geste esttout à fait précis, il n’y a pas besoinde prolongement optique. »Pierre Boulez, 1989, in Georges Liebert,Ni empereur ni roi, chef d'orchestre,Gallimard, Paris, 1990.« Le chef d’orchestre traduit la musique parune pantomime stricte de grand comédien,reçoit les coups dans le creux de l’estomac,cueille une note, fait « chut ! » un doigtsur les lèvres, fonce, danse un pas, barrel’horizon avec son bâton piqué, laissetomber ses bras : c’est fini ! »Jules Renard, Journal,28 février 1907.« J’ouvre ici une parenthèse : le public sereprésente-t-il l’effort physique que doit faireun chef pour diriger, deux heures durant,un concert ? Il faut pourtant qu’il soit aussiprécis et expressif au début qu’à la fin.Il y a donc un côté sportif dans la directiond’un orchestre, et je considère la pratiquede la gymnastique comme une nécessité. »Charles Munch, Je suis chef d’orchestre,coll. « Mon métier », éditionsdu Conquistador, Paris, 1954.P.41, id.


ÉMOTIONSCHRONIQUE DE GOLLIWOGG11Trois ou quatreconcerts…Commençons par « La Flûte enchantée », que son metteuren scène, Lukas Hemleb, nous présenta dans notre précédent journal.«La Flûte enchantée »«La grande bâtisse de bois,qui ressemble à un oeuf, n’aplus guère de places vides. Les voisinsdu théâtre […], les habitants dufaubourg de Wieden ont l’habitude defréquenter le théâtre de Schikaneder,exactement comme aujourd’hui leshabitants de certaines agglomérationsremplissent obligatoirement tous lessamedis le cinéma de leur quartier. »Il faudrait sans doute reprendrece compte-rendu, par Brigitteet Jean Massin [1] , de la premièrereprésentation de La Flûte enchantéede Mozart dans le faubourg deWieden, dans les environs de Vienne,le 30 septembre 1791, pour avoirune idée des heureuses rencontresque le public aura pu faire avec cetteœuvre, dirigée par Alain Altinoglu,et jouée par les musiciens de votreOrchestre d’Ile de France à Massy,à Cergy-Pontoise, à Corbeil-Essonnes,à Combs-la-Ville (ainsi qu’à Lorient).Nous étions à Combs-la-Ville, ScèneNationale de Sénart, dans la salleappelée « La Coupole » qui pouvaitrappeler cette bâtisse en œuf évoquéepar les Massin, comme une espècede Temple propice à quelque initiationfranc-maçonne. Les spectateursétaient placés en demi-amphithéâtre,l’orchestre occupait la place principalede l’espace scénique, l’excellentchœur « Les Cris de Paris » (que dirigeGeoffroy Jourdain) était tantôt surun balcon circulaire en haut à droite del’orchestre, tantôt dans le fond dela scène, et les protagonistes de cettehistoire merveilleuse sortaientdes portes latérales, pour venir chanterjuste devant le public, entre l’orchestreet lui. Je regrette de n’avoir pas vula mise en scène de Lukas Hemleb,mais cette représentation « enoratorio », comme on dit (c’est-à-direque les acteurs chantent sans décorsni costumes, et ne jouentpresque pas), adaptée au lieupar Emmanuelle Cordoliani, qui avaitassisté Lukas Hemleb, gardait toutde même une partie essentielledes déplacements, des actions et desgestes des chanteurs, ainsi quel’interprétation de leurs personnages,et réussissait à évoquer commeun croquis, une esquisse du tableau« “en oratorio”,comme on dit(c'est à dire quees acteurs chantentsans décorsni costumes,et ne jouentpresque pas ). »complet, souvenirs de la miseen scène absente.À certains égards, rien n’est plusfascinant que des chanteurs encomplets veston ou en robes dela ville, ou qui gardent des élémentsténus de leur costume de scène,et qui présentent les restes chiffrés deleurs faits et gestes propres à produireun minimum de gravité tragique,ou les signes du burlesque, dansune œuvre comme La Flûte qui,à la différence des Noces ou de Cosifan tutte, peut s’accommoder d’uncertain schématisme, d’une certaineabstraction, d’un certain hiératisme.Ainsi on voyait les employés duTemple, dignes fonctionnaires deSarastro devenu chef d’entreprise,en complets anthracite (l’un avec sonportable réglé sur une thème deLa Flûte !), guindés et sérieux, qui sedemandaient s’il est bien convenabled’admettre dans leur groupe industriel,théologique et financier le nomméTamino. Actions symboliques, donc,mais devenues parfaitement claires,au point que tout le monde suivaitaisément la belle histoire conçue parEmanuel Schikaneder –auteur dece livret unique en son genre qui mêleau génie du conte pour enfants sonidéologie de la franc-maçonnerie àpeine égyptienne, très abordable,inspirée par l’idée démocratique simpled’une fraternité patiemment conquise


12 ÉMOTIONSCHRONIQUE DE GOLLIWOGGTamino et la Reine de la nuit Les épreuves de Tamino Enfin réunis...contre les forces obscures.On la suivait – j’y insiste – parce queles chanteurs pour la plupart français,qui chantaient l’œuvre dans un parfaitallemand sur-titré (obtenu auConservatoire National de Musiquepar des leçons enfin efficaces),disaient en français les scènes parléesdans une diction naturelle, précise,théâtrale, assez lente, avec le souci dumetteur en scène que la parole occupeune place égale à la musique, fuyantdonc intelligemment le double écueilde dialogues expédiés, de peur quele public ne s’ennuie. « On entendsouvent dire, dit Hegel dans sonEsthétique, que le texte de La Flûteenchantée est insignifiant, voirepitoyable, et cependant ce mauvaisouvrage est un des meilleurs livretsd’opéra. Après tant de productionsabsurdes et plates, l’auteur de celivret, Schikaneder, a fini par réalisercette fois une réussite. Le royaume dela nuit, la reine, le royaume du soleil,les mystères, les initiations, la sagesse,l’amour, les épreuves et, avec cela,une sorte de morale moyenne,excellente dans sa généralité, toutcela, joint à la profondeur et la grâceenchanteresse d’une musique pleined’âme, charme l’imaginationet chauffe le cœur. »Mozart est peut-être celui de tousles compositeurs qui a eu le plus grandsens du théâtre – non pas seulementde l’opéra, mais du théâtre – etLa Flûte enchantée en témoigneplus que toute autre. Elle réaliseun équilibre unique entre l’opéraqu’elle est et le théâtre qu’elles’incorpore. Aussi la musiquesemble-t-elle calculée pour ne jamaisse développer si amplement qu’elleen vienne à absorber l’action scénique,qui doit garder son autonomie.Mais bien entendu, plus on progresse,plus on sait que la musique doit gagnerla sienne, et le finale (n°21) emportel’œuvre dans cette espèce de Règnedes Fins, comme eût dit Kant, quiassure à l’humanité l’enthousiasmede lumières éternelles. Auparavant,chaque numéro séparé doit parvenirtrès vite à de courtes beautés quilaissent l’auditeur bouleversé enun instant, et sur sa faim : l’auditeur,comme Tamino, traverse l’épreuve den’être jamais comblé, mais les armesdont on le munit à chaque étape sontcomme un arsenal des plus bellesphrases de la musique possible : telleréférence au choral allemand, celuides Hommes armés, par exemple,ou une phrase aussi belle que celle-ci,du Prêtre à Tamino dans le Finale dupremier acte (n°8) : „Sobald dich führtder Freundschaft Hand in’s Heiligtumzum ew’gen Band.“(« Sitôt que la mainde l’amitié te conduira dansle sanctuaire pour un lien éternel ».)Des enfants, au premier rang,s’avançaient par terre près de la scènepour suivre de plus près cette histoiresi bien faite pour eux, et regagnaientleurs places dès que les chanteursréoccupaient le devant de la scène,le tout étant de plain pied.On finit toujours de tels comptesrenduspar un vœu pieux : il suffit,se dit-on, qu’un seul enfant un jour aitvu ou entendu cela, pour que peut-êtreil se dise : « Anch’io son pittore !»,moi aussi un jour, je chanterai commela Reine de la Nuit, moi aussi, un jour,je dirigerai un « grand opéra » (c’estle nom que Schikaneder donna à sonœuvre) comme La Flûte enchantée,moi aussi, un jour, je composeraicomme Mozart ! C’est le seul devoirdes institutions culturelles, et le plussacré, que de permettre à desupposés consommateurs cetterencontre avec une clef de leurdestinée mortelle, avec cette monnaiede l’absolu, avec la Chose indicible.Concertos qui déconcertentIly a concerto et concerto.J’entends que, d’un point de vuedramatique, on peut assister,entre le soliste et l’orchestre,soit à un dialogue concertant (au sensoù on échange des points de vue),soit à un conflit dialectique d’initiativeou d’autorité, soit aux deux,soit à deux discours parallèlesqui ne se rencontrent que par hasard,ce hasard faisant aussitôt nécessité.On a, dans Vivaldi, dans Bach,


ÉMOTIONSCHRONIQUE DE GOLLIWOGG13des exemples de ces configurationsmultiples. Et la formule du concertogrosso, avec l’intégration de deuxgroupes, ne se retrouve pas forcémentdans le concerto proprement dit avecun soliste détaché. Mais lorsque lepianiste du 5 e concerto pour piano deBeethoven « dialogue » avec l’orchestre,on a bien le sentiment d’une « lutte depur prestige », au sens de Hegel (danssa dialectique du maître et de l’esclave),voire d’une lutte à mort. Du moinsle piano tient-il tête, à lui seul, à toutl’orchestre: il en déclenche dès le débutla conflagration – puisque à peinel’orchestre commence-t-il que le solistese jette à l’eau – et poursuit de soncôté ses déflagrations de notes, sesconfidences, ses arpèges, ses trillesen une solitude tantôt tendre et tantôthautaine, avec une liberté et uneautonomie vertigineuses. Il harcèlepresque constamment l’ennemi,et s’il laisse, à l’extrême fin, l’orchestreconclure, c’est que, dans l’arènesanglante, gratifié de la vie sauve et detous les honneurs, le taureau a montrédu génie. Au moins a-t-il risqué sa vie,et s’il est passé maître à la fin, et peutêtreréduit l’orchestre en esclavage,c’est que le combat n’aura pas étédu semblant. Il m’a semblé que telleétait la conception violente, parfoisbrutale, libertaire, aux accordsen coups de boutoir, de BorisBerezowski, dialoguant avecune insolence souveraine avec lemaître généreux qui consentit à lui tenirtête, décidé cependant à le laissertriompher, le chef Moshe Atzmon,le 7 février dernier, dans une exécutiontrès virtuose de ce concerto N°5 dédiéà l’archiduc Ferdinand, et auquelle grand public gardera dans son cœurspontanément beethovénien le titreéternel de « l’Empereur », venu on nesait d’où, alors qu’en cette année1809, Napoléon, honni et admiré parBeethoven, envahissait Vienne. [2]« Mozart estpeut-être celuide tousles compositeursqui a eu le plusgrand sensdu théâtre. »Mais comparons avec le concertdu 18 décembre dernier au Cirqued’Hiver-Bouglione « Bons baisersde Saint-Pétersbourg ». Il me sembleque c’est encore une autre conceptionde la « concertation » qu’avait donnéBrigitte Engerer dans le premierconcerto de Tchaïkovski. La partiede piano y était à ce point constante,brillante, ample et foisonnante,que tout l’orchestre semblait sortirde la partie soliste, ou du moins quela pianiste semblait susciter toutl’orchestre comme s’il n’était qu’uneémanation d’elle. C’est l’interprétationqu’elle en donna, commandant deson clavier tous les pupitresqui se répartissaient sur l’immenseamphithéâtre du Cirque comme surdes cercles de l’Enfer ou du Purgatoirede Dante. On les voyait tous, et onavait l’impression qu’ils répondaient,comme les damnés ou les élus, à laprésence à leurs pieds de la grande etbelle soliste nous racontant sa visionsingulière, cependant que le chef DmitryYablonsky lui tenait lieu de Virgile.Il y eut aussi ce jour-là le Capriccioespagnol de Rimsky-Korsakoff : rienn’est plus éclairant que d’entendrele style espagnol repris par un russe ;souvent le compositeur d’un paysétranger vous fait apercevoir quelquechose d’un autre pays étranger,à vous, par exemple, qui n’êtesni Espagnol, ni Russe, et vous enapprenez doublement sur les Russeset sur les Espagnols ! De même queDimitri Chostakovitch, qui s’est pluà pasticher le jazz dans sa brillanteSuite de jazz, répandait sur les orset les rouges du même Cirque sesflonflons américains revus à Moscou.Revenons au concert « Vie et destin »du 7 février. Il y eut aussila Symphonie n°6 « Pathétique » deTchaïkovski, si sombre et si simple,et surprenante par l’originalitédes répartitions entre les pupitres,à la fois si évidentes et si inventives.À ce sujet, il me souvient de GeorgesSebastian racontant un jour qu’il avaitdirigé tout jeune, dans une grandeusine de Moscou, cette symphonie enprésence de Staline, qui l’adorait.Personne, évidemment, n’osa dire sonavis avant le Petit Père des Peuples.Ce dernier approuva enfin, dès lorsSebastian était sauvé ! On ne l’eûtsans doute pas condamné si Stalinen’avait pas aimé, mais enfin, on ne saitjamais ! C’est d’ailleurs faute d’avoirjamais su à quoi s’en tenir surun pouvoir à la fois par lui respecté,redouté et réprouvé, que DimitriChostakovitch passa toute une vied’angoisse et de mélancoliedans l’impossibilité de conclure.Même quand, s’inspirant sans doutede Tchaïkovski, il en imitait les accordsrépétés en staccato jusqu’à plus soifdans ses innombrables symphonies,chacun d’entre eux se révélaitla négation maudite du précédent,et au lieu du triomphe martial attendu,il n’y écoutait plus que le désespoiret le triomphe de la servitude,ce dont sa suite de jazz, mêmeironique, ne pouvait le sauver.Tchaïkovski non plus, rien ne pouvait lesauver des drames auxquels lui-mêmeet la société l’exposèrent, au moinsaffronta-t-il seul ses Démons, commeDostoïevski, heureux qu’aucun Parti


14 ÉMOTIONSCHRONIQUE DE GOLLIWOGGsonore, chevaux de bois qui dansent,soldats de bois qui défilent dansla chambre, poupées qui chantent,polichinelles bossus qui cabriolent,sortilèges qui animent l’inanimé,tout comme la musique sort elle-mêmesublimée de tant de crins, d’anches,de trous, de tuyaux, de marteaux,de peaux et de cordes !Partition de La Flûte enchantée, finale du premier acte: „Sobald dich führt der Freundschaft Hand in’s Heiligtumzum ew’gen Band.“ («Sitôt que la main de l’amitié te conduira dans le sanctuaire pour un lien éternel.»)ne vînt en plus le faire céder sur sondésir musical de mort, sombre etsecret, mais dans chacune dessombres mesures de la « Pathétique »si joyeusement audible.Retour à la case joujouxLe 31 janvier, à la Cité de lamusique, qu’on eût aimée pleined’enfants, mais qui ne le fut pas,«Chou, bijou, joujoux » présentait desœuvres dont le moteur est le jouet,ou le jeu. Pourquoi des artistes telsque Bizet – dont le chef Tito Ceccherinidirigea Jeux d’enfants – Debussy– dont il dirigea Children’s corner dansl’orchestration d’André Caplet,le disciple de Debussy, et La Boîte àjoujoux – ont-ils réussi dans cet artd’évoquer les jouets (sans parlerdu Casse-Noisette de Tchaïkovski) ?Eh bien ! c’est, je crois, quel’instrument de musique et le jouetont, comme le chimpanzé et l’orangoutang,des ancêtres communs.Notre premier hochet, ce sont desmaracas, et tout petits, nous taponssur n’importe quoi comme surun tambour, nous chantons, noussifflons, nous pinçons, nous grattons,nous frottons, et si certains de nosjouets ressemblent à s’y méprendre àdes instruments de musique, c’estpeut-être parce que les instrumentsles plus primitifs commencèrent à êtreessayés par des hommes quis’amusaient. Qu’un musicien destinealors une œuvre à évoquer l’enfance,ou la dédie, comme Debussy, à sa fillechérie, ce n’est que justice qui rendau jeu primitif la monnaie de sa pièce.Il renvoie à l’enfant l’imagesophistiquée de ses plaisirs, toupieCertes, si dans Children’s cornerDebussy évoque des amusementset des exercices, et jusqu’àce Golliwogg’s Cakewalk qui nous estcher, plutôt que de jouets, sa Boîteà joujoux, ainsi que Jeux d’enfants deBizet contribuent bien à faire coïnciderinstruments et joujoux, à imiter parla musique le bruit de ces jouets quifont comme des instruments demusique. Hélas ! si La Boîte à joujouxde Debussy, de 1913, est malgré toutsi triste, c’est qu’elle pressentce qu’on entendra un an plus tarddans son Noël des enfants, queces charmants bambins seront bientôtenvoyés jouer au petit soldat dansles tranchées : du « Magasin de jouets »au « Champ de bataille » !Le jeu de Salvatore Sciarrino, Efebocon radio (Jeune garçon à la radio,traduirais-je) évoque les souvenirs d’unpetit garçon écoutant jadis la radioitalienne vers 1950, avec brouillage,bruitage, parasites, intermittencesde la parole et voix interrompuede chanteuse. Elle a un charme àla Fellini, Amarcord, en somme,mais d’après guerre.Sauf qu’ici, l’enfant ne joue plus.Il se souvient seulement.Ou plutôt si : il joue de la musique.Golliwogg[1] Jean et Brigitte Massin, Wolfgang AmadeusMozart (Le Club français du Livre, 1959, p.560).[2] Voir sur ce point Jean et Brigitte Massin,Beethoven, Fayard 1967, p. 181 et 663.


LE COIN DES MUSICIENSINTERVIEW15L’orchestres’agrandit !Parmi les huit candidats reçus à nos concours en 2003,cinq lauréats ont trouvé le temps, dans un agenda déjà chargé,de répondre à quelques-unes de nos questions.»Le choix de l’instrumentNadine, pourquoila trompette ?Nadine Schneider :Je ne sais pas vraiment pourquoi.Bien avant que je sache parler,ma mère m’emmenait à des concertsde musique classique, et j’assistaisle dimanche à la fanfare du village, oùil y avait une petite harmonie. Ça meplaisait bien, d’autant que la trompettes’entendait toujours très bien !Vous avez donc choisila trompette.N. S. : Oui, on peut dire que j’ai faitde la musique pour la trompette.Je me suis essayée au piano et àla percussion, mais quel désastre !Je pense qu’à chaque instrumentcorrespond un état d’esprit.Et le trombone ?Matthieu Dubray : Pour moi c’estun mystère. Lorsque j’étais à l’écoleprimaire, j’étais turbulent. Devant montrop-plein d’énergie, la maîtresse asuggéré que j’entre à l’école de musique.J’ai donc décidé de faire du trombone,à la grande surprise de mes parents.Pourquoi ?M. D. : Contrairement à moi, mesparents ne connaissaient pas vraimentDe gauche à droite : Julie Oddou, Nadine Schneider, Matthieu Dubray, Nathalie Rozat, Hélène Giraud.Matthieu Dubray, trombone• École nationale de musique de Colmar• CNSM de Paris, classe de Gilles Millière,passera son DFS en mai 2004Hélène Giraud, flûtiste• études conjointes de piano et de flûte• 1998 : CNSM de Paris, classe de SophieCherrier• département soliste du CNR de Paris• lauréate du concours de l’OrchestreSymphonique de ToursJulie Oddou, violoniste• CNR de Boulogne-Billancourt, classe deChristophe Poiget• CNR de Paris• CNSM de Paris, classe de Sylvie Gazeau• lauréate du concours de l’OrchestreSymphonique de ToursNathalie Rozat, piccolo• CNR de Paris• CNSM de Paris• classe de piccolo du CNR de Paris avecPierre Dumail• concours de l’Orchestre de Paris pour leposte de piccoloNadine Schneider, trompette• scolarité au Luxembourg• étude de la musique au conservatoire• stage avec le trompettiste Guy Touvron• CNR de Paris, classe de Gérard Boulanger,obtention du prix• actuellement en troisième année du CNSM,classe de Clément Garrec, passera son DFSfin 2004CNR : Conservatoire National de RégionCNSM : Conservatoire National Supérieur de MusiqueDFS : Diplôme de Formation Supérieure


16LE COIN DES MUSICIENSINTERVIEWConcours de trompette1 er tourDesenclos : Incantation, thrène et danse(jusqu’à la fin de la cadence)trait d’orchestre :Ravel : Concerto pour piano en sol,1 er mouvement, de 2 à 32 e tourEnesco : Légendetrait d’orchestre :Wagner : Parsifal, Prélude de l’acte 1, mes.9 à 15, puis 28 à 343 e tourtraits d’orchestre :(parties de trompette 1) :Bartok : Concerto pour orchestre,Final, de 211 à 249Mahler : Symphonie n° 5, 1er mouvement :- du début à 8 mes. avant 2- levée de 3 à 4 mes. avant 4- de 7 à 8- de 9 à 6 mes. avant 12- de 1 mes. avant 13 à 14- de la 8 e mes. de 18 à la finMahler : Symphonie n° 5, Scherzo- de 7 à 12 mes. avant 8- de 13 à 22 mes. avant 14Mahler : Le chant de la terre, 1ermouvement, de la 7 e mes. de 28 à 3 mes.avant 30Schmidt : Symphonie n° 4, du début à 1Chostakovitch : Symphonie n° 8- 2 e mouvement, de 69 à 70- 3 e mouvement, de la 5 e mes. de 97à 2 mes. avant 99, puis de 100 à la 2 e mes.de 102Stravinsky : Pétrouchka (version 1947)- de 1 mes. avant 134 à 139- de la 5e mes. de 140 à 151- de 265 à 267Stravinsky : Pulcinella (ballet), de 150 à158, puis de 187 à la fin(parties de cornet) :Prokofiev : Roméo et Juliette (ballet)- n° 12, les 2 mes. de 73- n° 13, de 1 mes. avant 81 à 82- n° 22, de 161 à 4 mes. avant 164,puis de 168 à la finStravinsky : L’histoire du soldat, Marcheroyale, de 1 à 15épreuve en pupitreBartok : Concerto pour orchestre- 1 er mouvement, mes. 39 à 51(parties de trompettes 1 et 3)- 2 e mouvement, mes. 90 à 121(partie de trompette 1)Debussy : Nocturnes, Fêtes, de la 9 e mes.de 10 à 14 (parties de trompettes 1 et 3)cet instrument, qui m’a toujours plu.Je n’ai jamais voulu faire que dutrombone, mais je ne sais pas d’oùm’en vient le goût puisque je n’ai pas« baigné » dans la musique.Donc c’est au départ pour canalisermon énergie que j’ai commencéle trombone... je ne sais pas si çaa marché… l’histoire ne le dit pas…Et le violon ? On dit quele choix du violon estbeaucoup plus facile maisce n’est pas forcément vrai…Julie Oddou : Au départ, je souhaitaisvraiment faire de la musique.J’ai chanté très tôt, pratiquement avantde savoir parler, mes parents m’ontdonc inscrite à la chorale. Et ensuite,pourquoi le violon ? À l’école primaire,une école à horaires aménagés pourla musique, le professeur chargéde l’éveil musical a suggéré le violon,notamment en raison du « grand »nombre de places en orchestre.Vous avez donc commencétrès jeune ?J. O. : J’ai commencé à six ans « seulement», sur un violon de taille huitième.J’avais envie de faire du violon.La flûte ? Piano et flûted’ailleurs pour vous Hélène...Hélène Giraud : Ma formationmusicale a commencé par le pianovers six ans. Mes parents n’étaient pasdu tout musiciens mais voulaient mevoir jouer de la musique. Ils ont choisile piano. À dix ans, ma professeur depiano, voyant mes progrès, m’aconseillé de prendre un secondinstrument. Au début je voulais fairede l’alto, mais ça n’a pas marché pourdes raisons d’horaires. Je me suisdonc mise à la flûte et voilà commentj’ai commencé… Je n’ai donc pasparticulièrement choisi la flûte, maisl’instrument m’a plu tout de suite.Pour quelles raisons ?H. G. : Il me parait beaucoup plus facileque le piano. Et surtout, l’ambianceau conservatoire est très différenteentre les classes de piano, trèsportées sur la compétition, et celles deflûte, très détendues. J’étais d’ailleursbeaucoup plus à l’aise à la flûte,après avoir été terrorisée par le piano.Et vous Nathalie, le piccolo ?Nathalie Rozat : Tout a commencépar les cours d’éveil à l’école demusique. Mon professeur, qui étaitflûtiste, a eu la bonne idée d’apporterson instrument en cours. Je devaischoisir un instrument avant la fin del’année, et j’ai eu un véritable coupde cœur pour la flûte.Comment vient-on au piccolo ?N. R. : On n’aborde le piccolo qu’àpartir du moment où l’on a un niveauassez confortable en flûte.Les concoursComment s’est dérouléle concours d’entréeà l’Orchestre ?N. R. : Pour le piccolo, il était prévude jouer également de la flûte.Le programme est divisé en trois tourséliminatoires, le dernier étant la partietraits d’orchestre, spécialementconsacrée au piccolo.C’est-à-dire ?N. R. : Les morceaux étaient choisisparmi les plus difficiles, et tentaientde couvrir tout le champ des difficultés :des extraits de Shéhérazade pourla virtuosité, de Ma Mère l’Oyepour les difficultés de sonorité etde justesse, des difficultés différentesmais toujours très ciblées.Vous jouez avec l’Orchestre ?N. R. : Non, on joue en réduction piano.


LE COIN DES MUSICIENSINTERVIEW17Quelle est la compositiondu jury ?N. R. : Il n’est pas exclusivementcomposé des musiciens de l’Orchestre.Il y avait des représentants del’administration de la Culture, le directeurde l’Orchestre, deux flûtistes invités(la flûte solo et le piccolo solo del’Orchestre de Paris), les représentantsdes syndicats de l’Orchestre desmusiciens de l’Orchestre : une clarinettebasse et un cor anglais (instrumentun peu spécifique par rapportau hautbois, comme l’est le piccolopar rapport à la flûte).H. G. : Pour le jury de flûte, étaientprésents les solistes (hautbois solo,clarinette solo) et le directeurde l’Orchestre, deux flûtistes invités,entre autres.Concours de violon 11 er tourBach : Louré de la Partita n° 3 BWV 1006(sans reprise)trait d’orchestre :Bizet : Symphonie, Final,du début à mes. 37, puis mes. 373 à 4282 e tourMozart : un mouvement extrait des cinqconcertos, au choix du candidatBeethoven : Concerto op. 61, 1 ermouvement avec cadence3 e tourtraits d’orchestre :Schubert : Symphonie n° 9, Final,du début à mes. 162Mozart : Ouverture des Noces de Figaro,du début à mes. 24Ravel : Daphnis et Chloé Suite n° 2,de 199 à la fin (ligne du dessus)Brahms : Symphonie n° 1, Final,mes. 61 à 78Schoenberg : La nuit transfigurée,mes. 301 à 320Lecture préparée en formation de quintettesur un extrait de répertoire symphoniqueclassiqueEt pour le violon ?J. O. : Parmi les membres du juryfiguraient le violoniste PatriceFontanarosa, José Alvarez, de l’Opérade Paris, Bernard Le Monnier, solistede l’Orchestre, ainsi que d’autresinstrumentistes de l’Orchestre.Nos épreuves se passent donc devantune dizaine de personnes...Comment sont-ellesorganisées ?J. O. : Les épreuves ont eu lieusur deux ou trois jours d’affilée, dansles salles de répétition de l’Orchestre.Les candidats se sont succédésle matin et l’après-midi, chaque tourétant éliminatoire.Et dans la salle elle-même ?J. O. : Au cours de la première partie,un paravent nous sépare des membresdu jury, pour que nous ne nous voyionspas. On ne sait donc pas, à cemoment-là, combien de personnescomposent le jury, ni qui elles sont.D’ailleurs, je préfère être derrièrele paravent, ignorante des mouvementset réactions du jury : on peut s’imaginerque l’on est chez soi, danssa chambre, en train de s’entraîner.Quelle épreuve vous aparticulièrement marquée ?J. O. : Les traits d’orchestre du 3 e tour.Ils étaient assez variés, devaientpermettre de déceler les qualitésd’archet, de sautillés, d’intonationdans les extrêmes aigus. En outre,dans cette finale, on devait faireune lecture préparée, une sérénadede Mozart, avec des instrumentistesde l’Orchestre (la plupart des chefsd’attaque des violons, des altos etdes contrebasses) en quintette. Onavait eu le titre de l’oeuvre quelquesjours avant. Cette épreuve permettaitau jury de voir si notre son s’accordaitavec celui des autres musiciens.Le trombone ?M. D. : Le 3 e tour fut le lieu de toute ladifficulté. En effet, la Troisièmesymphonie de Saint-Saëns comportaitun thème à l’unisson à jouer avec laclarinette. De plus, il y avait sept autrestraits d’orchestre pris dans différentsrépertoires et caractères qui devaientévaluer l’équilibre et la richesse ducandidat.Et la trompette ?N. S. : Au premier tour, il y avait unconcerto de Desenclos (XX e siècle) etun trait d’orchestre du Concerto en solde Ravel, assez difficile car il fallaitjouer légèrement, au contraire duprécédent qui devait être fort et aigu.Au 2 e tour il y avait un autre concerto,de Enesco, avec un trait de Parsifal.Au 3 e tour, seulement des traitsd’orchestre, dont des traits au cornetà piston, ainsi qu’une épreuve oùje devais faire travailler le pupitre detrompette entier !C’est-à-dire ?N. S. : Il ne s’agissait pas de dirigerla musique. Je devais donner l’entrée,puis des indications de justesse.Je n’avais jamais rien fait de telauparavant…Quelles ont été vos premièresimpressions lorsquevous êtes arrivés au milieude ces messieurs et damesde l’Orchestre ?N. S. : Dès les premières répétitions,les gens sont venus vers moi.Je n’ai pas eu l’impression que l’onm’attendait au tournant pour me juger.H. G. et N.R. : Les cordes nous ontaccueillies à bras ouverts,et on a eu un contact direct avecla petite harmonie. Mais il y a toujoursun petit stress parce que,les musiciens ayant des oreilles,ils vont nous entendre,


18DANS L’AIR DU TEMPSINTERVIEWet donc nous juger. C’est normal,inévitable.J. O. : Au violon, nous sommesnombreux donc je n’ai pas encore eul’occasion de faire la connaissancede tout le monde. Mais, juste aprèsles résultats du concours, j’ai ressentibeaucoup de chaleur de la part desautres instrumentistes de l’Orchestre.N. R. : J’ai remarqué qu’ils étaient trèsimpliqués dans les concours car,même s’ils n’étaient pas invités à fairepartie du jury, certains sont venusassister aux épreuves.M. D. : … Saviez-vous que lorsqu’unlauréat entre dans un orchestre,on lui dit « À table ! »… ? !Les chefs d’orchestreQu’attendez-vous d’un chefd’orchestre, humainementet techniquement ?H.G. : Il me semble que le côté humainest aussi important, sinon plus, quele côté technique. J’aime que le chefrespecte le musicien, et vice-versa.Un chef obtiendra toujours plusd’un musicien qu’il respecte.N. R. : La clarté du geste avant tout.Le chef doit nous amener au-dede nos possibilités, il doit êtreune vraie personnalité, et faire sentirqu’il maîtrise l’œuvre.Et vous Matthieu,qu’en pensez-vous ?M. D. : J’apprécie la personnalité duchef, la précision de son geste.On dit qu’un chef est bon quandil sait gérer le temps des trombones,c’est-à-dire faire nos passageset nous libérer ensuite !La trompette ?N. S. : Pour moi, un bon chef estun chef qui dirige sans trop parler.Haitink, par exemple, prononce un mottous les trois-quarts d’heure, mais onExtrait de la Symphonie n°4 de Tchaïkovsky, Pizzicato Ostinato, partie vertigineuse de piccolo.comprend tout de suite ce qu’il veut,c’est un grand chef.M. D. : Je ne suis pas forcémentd’accord. J’ai eu l’occasion de joueravec Riccardo Muti, et j’estime qu’il aun discours très intéressant, quiapporte beaucoup au travail. Je penseque l’on ne peut pas généraliser.Ce qui compte, c’est le résultat.N. S. : Je constate pourtant quecertains chefs ne savent s’exprimer niavec leur corps ni avec leurs gestes…M. D. : À l’inverse, il existe de mauvaischefs qui ne savent pas quoi dire,qui se perdent dans les répétitions,faisant reprendre ici ou là, au hasard.Comme vous le voyez, on est assezcritique sur la personne du chef !Avez-vous des exemplesprécis en fonctionde vos instruments ?N. S. : Pour certains chefs, la trompetteest toujours trop forte… Chaqueinstrument a sa palette, son timbre.On ne va tout de même pas jouer fortequand il y a dix violons devant !Mais il faut jouer quand même…M. D. : Parfois on n’ose plus souffler,cela nous fait perdre confiance.Et puis il est très désagréable de jouerdu bout des lèvres.H. G. : Je trouve que certains chefsconnaissent mal les pupitres etles spécificités de chaque instrument.Or un chef se doit de connaîtreun minimum chaque instrument.Que pensez-vous de l’arrivéede Yoel Levi ?N. S. : Le recrutement de Yoel Levi auposte de chef principal de l’Orchestreest très important. Il va permettred’effectuer un travail de base, régulier,que l’on ne peut pas faire avecles chefs invités.M. D. : C’est donc avec lui que nousallons trouver le son de l’orchestre, quisera ensuite adapté aux chefs invités.Le « son de l’orchestre »,c’est une expression connue…N.R.: Il s’agit de faire cohésion, de tenterde trouver un équilibre, un bien-être…N. S. : …et chaque orchestre possèdeson propre son, qui l’individualise.Et en dehors del’orchestre…Comment se passent lesrépétitions chez vous ?N. S. : Pour l’instant je travaille auconservatoire, où je suis toujours


À PROPOS DEAGENDA19étudiante. Mais lorsque j’aurai fini, ilfaudra trouver une solution, en raisonde l’incidence du bruit sur le voisinage.M. D. : Comme Nadine, j’ai préparé lesconcours au conservatoire, où l’on aaccès aux salles de répétitions.Mais, personnellement, j’ai dela chance car je peux jouer dutrombone dans mon appartement, etça ne dérange personne : mes voisinsapprécient la musique !N. S. : Il existe une autre solution pourles répétitions à la maison : l’utilisationde la sourdine d’appartement.N. R. : Quant au piccolo, il est gênantcar très aigu. Le son du piccoloagresse les oreilles, on va jusqu’aucontre do. Donc pendant la périodeintensive de préparation aux concours,je me suis « mise au vert », dans unemaison sans voisinage. Au quotidien,je me protège en jouant avec desbouchons d’oreilles.Avez-vous l’occasionde jouer dans d’autres typesde formation ?M. D. : Je fais de la musique dechambre, ça change de l’orchestre etc’est assez complémentaire.D’ailleurs, dans un concert du quatuor,on a presque plus de notes que dansun concert symphonique !On fait aussi beaucoup d’adaptation,d’arrangements, d’ouvertures d’opéra,etc, et même de la musique de film.N. S. : Je joue aussi à l’OrchestreLamoureux et, de temps en temps, jejoue en soliste, mais cela devient plusrare. Je trouve que j’ai assez à faire !Propos recueillis parA.-L. Henry-Tonnerre et F. RegnaultMARS - AVRILL’autre 9 eMozart, Schubertdirection Moshe Atzmonpiano Mikhaïl RudyNanterre (92)samedi 6 mars / 21hMaison de la musiqueRés. 01 41 37 94 21Villeparisis (77)dimanche 7 mars / 15h30Centre culturel Jacques PrévertRés.01 64 67 59 60Sèvres (92)mercredi 10 mars / 20h45Espace Loisirs dans le cadredes concerts de MarivelRés. 01 45 34 47 84Paris (75)samedi 13 mars / 20hThéâtre MogadorRés. 01 43 68 76 00Maisons-Alfort (94)dimanche 14 mars / 16hThéâtre Claude DebussyRés. 01 43 68 76 00Le père…Concert de musique de chambreavec les musiciens de l’OrchestreNational d’Ile de FranceJean-Sébastien Bach• Trio-Sonate BWV 1038en sol majeur• Adagio et fuguespour trio à cordes• Cantate « Weichet nur, betrübteSchatten » BWV 202• Trio et Canon de l’Offrande musicaleBWV 1079 en do mineurParis (75)lundi 15 mars / 19hÉglise des BillettesRés. 01 43 68 76 00Mille soleilsGabrieli, Grieg, Moussorgskidirection Michel BecquetRoissy-en-France (95)samedi 20 mars / 20h45L’OrangerieRés. 01 34 29 48 59Garches (92)dimanche 21 mars / 17hCentre culturel Sidney BechetRés. 01 47 41 39 32Les quatre filsŒuvres de Johann Christian Bach,Johann Christoph Friedrich Bach[en création mondiale], Jean-SébastienBach, Wilhelm Friedmann Bach,Carl Philipp Emanuel Bachdirection Reinhard Goebelpiano Anne QueffélecMassy (91)dimanche 21 / 16hOpéra de MassyRés. 01 60 13 13 13Issy-les-Moulineaux (92)mardi 23 mars / 20h30suite p. 20


20NOS CHOUCHOUSPARTENARIATS ET OFFRESMARS - AVRIL suiteAuditorium du ConservatoireRés. 01 41 23 88 40Meaux (77)vendredi 26 mars / 21hThéâtre du LuxembourgRés. 01 64 36 40 00Paris (75)samedi 27 mars / 20hThéâtre MogadorRés. 01 43 68 76 00ArménieKomitas, Arthur Aharonyan,Katchaturiandirection George Pehlivanianviolon Silvia MarcoviciAlfortville (94)vendredi 2 avril / 20h30Église Notre-DameRés. 01 58 73 29 18Paris (75)samedi 3 avril / 20hThéâtre MogadorRés. 01 43 68 76 00Voyage à PragueDvorak, Suk, Janacekdirection Juraj Valcuhaviolon Patrice FontanarosaSaint-Michel-sur-Orge(91)mardi 27 avril / 21hEspace Marcel CarnéRés. 01 69 04 98 33Conflans-Sainte-Honorine(78)mercredi 28 avril / 21hThéâtre Simone SignoretRés. 01 34 90 90 90Franconville (95)vendredi 30 avril / 21hEspace Saint-ExupéryRés. 01 39 32 66 06Saint-Maurice (94)dimanche 2 mai / 15hEspace DelacroixRés. 01 45 18 81 81AVANTAGES ATHENEETHEATRE LOUIS JOUVETSquare de l’Opéra Louis-Jouvet7 rue Boudreau - 75009 Pariswww.athenee-theatre.comLa danse de mortd’August Strindbergdu 3 mars au 10 avriltraduction : Terje Sindingmise en scène : Jacques Lassalleavec : Hugues Quester, MarianneBasler, Jean-Philippe PuymartinRetirés sur une île, Edgar et Aliceachèvent une existence emplied’ambitions déçues, brûlantl’un pour l’autre d’une hainemortifère. L’arrivée de Kurt,le cousin, va dynamitercette odyssée matrimoniale,pour une renaissanceaux confins de l’horreur.Prix réservés aux abonnés surprésentation de la Carte Pass,valables sur toutes lesreprésentations (sur réservation etdans la limite des places disponibles) :# 23 € au lieu de 28 €en orchestre / corbeille ;# 13 € au lieu de 20 € au balcon.Le mardi à 19 h ; mercredi, jeudi,vendredi, samedi à 20 h ; dimancheà 16 h (relâche exceptionnelledimanche 7 mars) et relâche lundi.Réservations : 01 53 05 19 19du lundi au samedi de 13 h à 19 h.Orchestre OstinatOdirection Claire Levachersamedi 3 avril à 16hConcert gratuitSymphonie n°4 de BeethovenPastorale d’été de HoneggerCréation de PécouRéservations : 01 53 05 19 19du lundi au samedi de 13 h à 19 h.AVANTAGES THÉATRENATIONAL DE LA COLLINE15, rue Malte-Brun - 75020 Pariswww.colline.frKyrielle du sentimentdes Chosesdu 15 mars au 3 avril 2004Petit ThéâtreCet opéra a pour point de départun poème, Grande Kyrielledu Sentiment des Choses,de Jacques Roubaud.Il s’agit, pour ne parler quedu thème du poème, d’une listede choses du monde, du mondequasiment sans présencehumaine, le monde dansses espèces naturelles : pierre,plantes, couleurs, nuages.Ces choses peuvent êtreconcrètes (un objet), un élémentde la nature (nuage, neige),ou encore une couleur,une sensation. Elles sontexprimées principalement pardes noms et des épithètes,sans verbes conjugués,ce qui a pour conséquenced’exclure en général les actions,et la narration, dans le senscommun donné à ce terme.François SarhanOffre spéciale pour les détenteursde la Carte Pass :# 18 € au lieu de 26 €.Réservation : 01 44 62 52 84AVANTAGES ODÉONTHÉÂTRE DE L’EUROPEPetite salle des Ateliers Berthier38 Bd Berthier - 75017 Pariswww.theatre-odeon.frDerniers remordsavant l’oublide Jean-Luc Lagarcedu 6 février au 17 mars 2004mise en scène Jean-Pierre Vincentavec Hélène Alexandridis,Anne Benoît, Patrick Ctalifo,Gilles David, Caroline Piette,Gérard WatkinsL’action se passe en France,de nos jours, à la campagne,dans la maison qu’habiteaujourd’hui Pierre et qu’habitèrentpar le passé avec lui Hélène etPaul. Ces deux hommes et cettefemme se sont aimés autrefois,puis séparés et vont tenter,près de vingt ans plus tard,de faire la part des choses.Chacun a maintenant construitsa vie « avec femme et enfant ».Il s’agit de se partager les biens,ce qui reste de l’utopie d’unejeunesse.Offre spéciale pour les détenteursde la Carte Pass :# 20 € au lieu de 26 € et 13 € pourles moins de trente ans, sur justificatifdans la limite des places disponibles,jusqu’au 17 mars.Représentations du mardi au samedià 20 h et le dimanche à 15 h.Durée : 1 h40 environRéservation : 01 44 85 40 37FONDATION CARTIERPOUR L’ARTCONTEMPORAIN2 bis, avenue Franklin Roosevelt75008 Pariswww.fondation.cartier.frJ’aime Cheri SambaTrente-cinq tableaux réalisésdepuis 1990, dans lesquelsl’artiste, témoin et commentateurde l’histoire et du monde,se met lui-même en scène.Kelvin 40,un projet de Marc NewsonExposition singulière ence qu’elle accueille dansun contexte culturel un objetmodélisé selon de hautestechnologies industrielles.du 24 janvier au 2 mai 2004Prix réservé aux abonnés surprésentation de la Carte Pass :# 3,50 € (tarif réduit)pour ces deux expositions.


21PrésidentGuy DumélieDirecteur généralMarc-Olivier DupinChef principalYoel LeviPremiers violonssupersolistes……Violons solosStefan RodescuBernard Le MonnierChefs d’attaquedes seconds violonsJean-Michel JalinièreFlore NicquevertViolonsMaryse Thiery…Marie-Claude CachotMarie-France FlamantLéon KuzkaOdile SagonSylviane TouratierMarie-Anne Le BarsMarie-Laure CalmelsDelphine DouilletJulie OddouBrigitte RichardVirginie DupontJérôme Arger-LefèvreAnne-Marie GamardJean-François Marcel…Bernadette Jarry-GuillamotPierre-Emmanuel SombretGeneviève MeletIsabelle DurainYoko Lévy-KobayashiAltosMuriel Jollis-DimitriuRenaud StahlSonia BadetsInès KarsentyChantal ArdouinAnne-Marie ArduiniFrédéric GondotSolange MarbotinCatherine MéronJean-Michel VernierVioloncellesFrédéric DupuisAnne-Marie RochardJean-Michel ChrétienJean-Marie GabardBertrand BraillardBéatrice Chirinian…L’événementauquelvous participezest parrainéparTélérama.Télérama,c’est un lieuoù chaque semainese rencontrenttoutes les culturesqui font la culture.Bernard VandenbroucqueContrebassesRobert PelatanDidier GouryPierre MaindiveJean-Philippe Vo DinhPhilippe BonnefondPierre HerbauxTom GelineaudFlûtesHélène GiraudJean-Michel VarachePierre BlazyPiccoloNathalie RozatHautboisJean-Michel PenotJean-Philippe ThiébautCor anglaisMarianne LegendreClarinettesJean-Claude FaliettiMyriam CarrierClarinette basseAlexandre RingevalBassonsHenri LescourretFrédéric BouteilleCyril ExpositoCorsJean-Claude BaillieuxJean-Pierre Saint-DizierJean PinceminAnnouk Eudeline…TrompettesPierre GreffinNadine SchneiderPatrick LagorceAndré PresleTrombonesPatrick HanssLaurent MadeufMatthieu DubrayMichel CalmelsContretuba / tuba-basseAndré GilbertTimbalesJacques DeshaullePercussionsGérard DelégerPascal ChapelonDidier KeckHarpeFlorence DumontL’équipe administrativeet techniqueDirecteur déléguéRoland DavidAdministrateurCatherine DelcroixAssistante de directionAnnie LanuzaComptablesAnnie PéanPatrice FrantzChargée de missionsEmmanuelle LucchiniChargée de diffusionFabienne VoisinAdministrateur de productionCatherine VauchellesSecrétaire de productionLyne ChambronChargée de communicationKaren LerouxChargée de l’éditionAnne-Laure Henry-TonnerreChargée des relationsavec les publicsMargarida BatistaAttachée de presseMarie-Hélène ArbourSecrétaire de communicationConsuelo SenisChargé des actionséducatives et culturellesJérôme AntoineRégisseurs dupersonnel artistiqueBernard ChapelleViolaine de SouqualRégisseur généralFrançois VegaRégisseurs techniquesDidier TheetenAdrien HussonMickaël TheetenChargée du service intérieurMarie-Béatrice BertrandBibliothécaireDavid StieltjesStandardisteAna LopezL’île joyeuse, abonnez-vous !


22RUBRIK LUDIKMOTS CROISÉS12345678Horizontal1. Merveilles d’Anton. 2. Albeniz ou Stern. Tristan l’était. 3. Cinéastefrançais né en 1923. Dans un célèbre vers de Mallarmé. 4. Tonalitéde la 7 e symphonie de Beethoven. Dans un autre vers deMallarmé. Debussy le traduit en musique dans La Mer. 5. Métierde Papageno. Le meilleur ensemble de musique contemporaine.6. Morceau de Vivaldi météorologue. Petite figure rythmique despercussionnistes. 7. On dit que les chefs-d’œuvre le sont. 8.Premier temps pour JSB. Un peu de sel. Parfois voceSolution des mots croisés de L’île joyeuse n° 5.123I M P R O M P T U ST A L O N É T ÉA M I D A R PVerticalI. De l’ombre ou des Carmélites II. L’allegro peut l’être. Lettresde piano. III. Pianiste français. Il en est beaucoup question dansl’une des œuvres de Francis Poulenc. IV.. Producteur ou compositeurde musique de film. V. Récipients plutôt canins. VI. Ton dela 9 e symphonie de Beethoven. VII. Début de sardane. La passacailleen vient. VIII. Nous les chérissons. IX. Mortes chez Gogol.Classement pour ceux qui poussent sérieusement du bois. X.Une ou plusieurs chez Ravel. Lettres du compositeur de la Mortde Socrate. XI. Bout d’ensemble. Il vibre dans et/ou autour desinstruments. XII. Encore plus impressionnant quand il est volant.456789L A T I T A N TI N F U G A T OE B A G I R LN A R C O R I EN O C T U R N E TE C H E L L E S bulletin d’abonnement »6Pour recevoir L’île joyeuse gratuitement, retournez-nous ce coupon affranchi outéléphonez au 01 43 68 76 00 ou par e-mail : courrier@orchestre-ile.comnom et prénomn° et ruecode postal et villetéléphone journéee-mailOrchestre national d’Ile de France : 19, rue des Écoles – 94140 Alfortville

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