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Quartier l!bre [ ]Le journaL indépendant des étudiants de L’uniVersité de MontréaL • QuartierLibre.caMaison à Détroità venDre1 $ non négociableVol. 18 • numéro 912 janvier 2011www.quartierlibre.cacampusDu rugby chezles carabins?société-MondeMathieu bock-côté:penser la droiteculturecynismechez les cinéphiles


c a M P u s• L’ U d e M e t s e s p a v i l l o n s •Jean brillant,héros de guerreRoger Gaudry, Marie Victorin, Maximilien Caron, André Aisenstadt: ces noms vous sont familiers?Ils identifient des immeubles présents sur le campus de l’UdeM. Mais tous les pavillonsne sont pas faits égaux. Certains laissés pour compte n’ont pas de nom propre: ils sont toutsimplement connus par leur adresse civique. Cette semaine, nous nous intéressons à deuxpavillons se trouvant sur la rue Jean-Brillant: le 3200 et le 3744.Voici un récit inspiréde la vie de JeanBrillant.Des claquements répétitifs emplissentl’air. Deux soldats allemandsmitraillent les combattants ennemisqui viennent d’apparaître devant eux.En ce mois d’août 1918, ils ontcomme mot d’ordre de défendre laville d’Amiens coûte que coûte. Ilssavaient qu’une attaque se préparait,mais pas si vite… Ils mitraillentdonc. Que peuvent-ils faire d’autre?Une ombre surgit soudain. Quelquessecondes et s’en est fini des deuxAllemands. Ils ne sauront jamais quiest leur assassin. Ils ne sauront jamaisqu’il a 28 ans, qu’il est né dans la valléede la Matapédia au Québec, etqu’il se nomme Jean Brillant.Jean Brillant est lieutenant pour le22 e bataillon, la seule unité d’infanteriecanadienne-française à combattrelors de la Première Guerremondiale.Soufflant devant les deux cadavres,Jean se rappelle qu’il a déjà vécu si -tuation semblable. Trois mois aupa -ravant, il avait réussi à tuer, encoreseul, quatre ennemis en plus d’encapturer un autre vivant. Blessé, ilétait revenu au combat. Commerécompense, il doit recevoir uneCroix militaire en septembre. Maisfaut-il encore qu’il survive à labataille d’Amiens… une pensée qu’ilmet rapidement de côté.Le lendemain, un autre combat. Descoups de baïonnettes transpercentles corps. Les explosions de grenadesne cessent de retentir. Finalement, lapoussière retombe. Jean est content.Ses deux pelotons viennent de prendre150 prisonniers et 15 mitrail -leuses. Il porte la main sur sa tempe.Le sang ne ment pas: blessure à latête.Ce n’est pourtant pas le moment delâcher. Jean se rappelle les histoiresde sa jeunesse: son grand-oncle étaitdans la milice de Rimouski, sonarrière-grand-père avait servi sous legénéral Cornwallis, même l’ancêtredes Brillant au Canada, Olivier Morelde La Durantaye, était dans le régimentde Carignan-Salières. Le lieutenantBrillant poursuit donc samarche.Depuis deux ans qu’il est en France,il a passé des mois dans les tranchéessans voir un ennemi. «On a hâte devoir les “boches” », avait alors écritle militaire à sa famille. Il en étaitmême tombé malade de ne pasbouger. Pas question pour lui de seéquité salarialeFini l’iniquité salariale à l’UdeM! En effet, l’Université etle Syndicat des employé-es de l’Université de Montréal(SEUM) se sont entendus sur la façon de mettre fin à ladiscrimination par la rémunération le 1 er décembre dernier.On prévoit ainsi qu’une nouvelle entente sera conclueentre l’UdeM et le SEUM au cours de l’année 2011.retrouver une fois encore à l’hôpital,loin de l’action.Un sifflement suivi d’une détonationmet fin à ses réflexions. Un canond’artillerie de quatre pouces tire deplein fouet sur son unité. Sanshésiter, Jean décide de charger. À traversles sifflements des obus et lafumée des explosions, il court. Ilcourt pour ses camarades. Il courtpour sa famille. Il court pour leCanada. Il court pour l’Empire britannique.Sa course se fait soudainementplus difficile. Une douleur aigüetraverse son ventre. «Continuer, ilfaut continuer», doit se dire JeanBrillant, qui s’écroule finalementpour ne plus jamais se relever. Finabrupte.Il ne saura jamais qu’il recevra laCroix de Victoria «pour bravoure etzèle infatigable dans l’accomplissementde son devoir».Il ne saura jamais qu’une rue au flancdu Mont-Royal sera baptisée en sonhonneur.Il ne saura jamais que les nombres3200 et 3744 seront associés àjamais à son nom pour des milliersd’étudiants montréalais.VinCent AllAireSylvie Goyer, coordonnatrice du comité d’équité salarialedu SEUM, se dit satisfaite des résultats obtenus: «Il y aeu de nombreux déboires, mais il est bien qu’on soitarrivé à une entente qui a permis de conscientiser lemonde sur la discrimination. Régler de tel dossiercontribue à créer une société plus juste.»J E A N - S I M O Ne x P e rt- c o n s e i lL’INFLUENZA EST à NOS PORTESla grippe saisonnièrepourrait nuireà vos étudesSaviez-vous que le Centre de santé et de consultation psychologiquede l’Université de Montréal (CSCP), auquel vous contribuez par lesfrais SAE (service aux étudiants), offre chaque année le service devaccination contre la grippe saisonnière, virus maléfique qui pourraitréduire à néant vos ambitions de A + et de palmarès du doyen? Génial!Mais il est trop tard: la période de vaccination de 2010 avait lieu du 22 au24 novembre de 9 heures à 17 heures et coûtait 20 $.Rassurez-vous. Les étudiants âgés de 60 ans et plus ainsi que les asthmatiqueset les autres malades chroniques pourront se faire vacciner gratuitement auCLSC Côte-des-Neiges le 15 janvier et le 12 février. Les autres peuvent aussise faire vacciner à la clinique Diamant (5885, chemin de la Côte-des-Neiges)pour la modique somme de 25 $, sur rendez-vous seulement.Pour les braves qui affronteront la terrible maladie, l’expert-conseil aaussi décidé de vous aider à mieux soigner votre grippe pour éviter de compromettrel’atteinte des objectifs susmentionnés.Grippe ou rhume ?Bon avant toute chose, clarifions nos concepts: vous toussez, vous morvez?Vous n’avez pas la grippe. Je sais. C’est moche. Mais vous pouvez assisteraux cours. L’influenza n’a rien à voir avec ces symptômes de bonne femme(c’est pourquoi on parle de grippe d’homme d’ailleurs). Courbatures, frissons,sueurs froides, toux sèche, migraines, fatigue et fièvre dans le tapis,voilà ce que vous réserve ce virus maudit. Et oubliez ça. Vous serez clouéau lit pour un bon cinq jours (délai normal de «remise sur pied»).Soulagement des symptômesCroyez-le ou non, la fièvre est votre amie. Elle vous aide à vous débarrasserdu virus de l’influenza. Ne cherchez pas à l’enrayer par des méthodesdraconiennes comme des bains de glace ou des douches froides: cestechniques feront certes diminuer votre fièvre, mais ils la feront égalementremonter de manière importante (et vous ne voulez pas ça). Rester plutôten pyjama, bien à l’aise, avec des compresses tout en vous assurant deboire plus de 3 litres d’eau (pas de bière, surtout) par jour.Pour la toux, rien ne sert de se gaver de sirop: ça goûte le vieux plancherde pin et de toute façon c’est dispendieux (rappelez-vous que les sirops neguérissent pas). L’expert-conseil suggère plutôt, pour apaiser votre gorge,que vous vous concoctiez un bon bouillon Campbell (fait avec amourdepuis 1869). Ça descend bien dans le gorgoton et la chaleur du liquiden’est pas assez intense pour faire grimper votre fièvre, souvenez-vous-en!Grippe saisonnière et études à temps pleinManquer des cours pour cause de «clouage au lit grippal» n’est pas unpéché. Votre expert-conseil, diplômé de pastorale en 1991, vous l’assure.Si vous êtes malade en début de session, ce n’est pas grave. Les premièresséances ne servent généralement qu’à la présentation du plan de cours età une «mise à niveau» du groupe-classe. Si vous avez à être malade,disons que cette semaine et la suivante seraient bien vues de votre part.Plus de 1400 personnes, surtout des femmes occupantdes emplois à prédominance féminine, recevront un ajustementsalarial du taux horaire allant de 0,1 % à 16,8 %.Les paiements seront rétroactifs en date du 21 novembre2001. Sur 146 emplois à prédominance féminine,96 recevront un correctif.Le SEUM estime que l’écart salarial entre les emplois àprédominance féminine et masculine était d’environ0,90 $ l’heure.Les litiges entourant le dossier perdurent depuis 1996avec le dépôt d’une plainte en discrimination fondée surle salaire devant la Commission des droits de la personneet des droits de la jeunesse.De son côté, le recteur Guy Breton applaudit : « Unexemple probant de collaboration entre un syndicatet l’Université dans la promotion de l’égalité en milieude travail.»Selon Sylvie Goyer, l’affaire n’est toutefois pas close: «Lespréjugés reviennent assez vite. Il va falloir quel’Université et les représentants du syndicat soient trèsvigilants pour maintenir le règlement.»Des vérifications devront être effectuées tous les cinq anspour s’assurer que le système institutionnel n’a pasgénéré d’autres situations discriminatoires.GABriel lAUrierPar contre si vous avez d’autres plans de gestion grippale, voici deux derniersconseils:1) Pour être blindé, assurez-vous d’être en bon terme avec un preneur denotes assidu dans chacun de vos cours;2) Utilisez la clinique sans rendez-vous du CSCP pour vous faire prescrire sansfrais une mixture qui saura vous remettre sur pied rapidement. Et qui a ditque des jours de convalescence ne pouvaient pas devenir de longues séancesde lecture, question de prendre de l’avance sur les travaux de session?La semaine prochaine, nous verrons pourquoi «Carabins» est un nom quine répond pas aux exigences postmodernes du sport universitaire.Cette chronique n’est pas une présentation de Résolution 2011 en gros.JeAn-SiMon FABienQuartier l!bre • Vol. 18 • numéro 9 • 12 janvier 2011 • Page 5


c a M P u sTêTE chercheuseQui veut la peaude ma cigarette ?Fany Guis est étudiante au doctorat en sociologie à l’UdeM. Sa thèse porte sur «le tabagismecomme fléau sanitaire : la médicalisation de la consommation de tabac ». La chercheusedémystifie ainsi la croisade populaire antitabac.Photo :BrutaPesquisaLa cigarette est-elle encore sexy?Quartier Libre: Interdiction de fumerdans les lieux publics au Québec etmême en voiture en Nouvelle-Écosse siun mineur est à bord, on a l’impressionque le tabac est devenu l’ennemi numéroun de la société moderne. Pourquoi?Fany Guis: La santé publique est devenue unthème central de nos sociétés. La populationvieillit, mais ce n’est pas nécessairement devivre longtemps qui intéresse les gens, c’estplutôt de rester jeune longtemps. On a tendanceà faire la chasse à tout ce qui peut êtremauvais: le gras, les drogues et puis évidemmentle tabac. On pousse les gens à faire dusport. Aujourd’hui, la santé n’est plus un moyend’arriver à rendre sa vie plus agréable mais unbut en soi. L’individu est devenu l’entrepreneurde son propre corps: se maintenir en bonnesanté reflète du coup sa réussite sociale.Q. L. : Qu’est-ce que cette tendanceillustre?F.G. : C’est l’aboutissement de l’individualismeet l’avènement du narcissisme: il fautplaire. Être désirable implique une bonneforme physique, une dentition parfaite, etc.Évidemment, ça ne colle pas tout à fait à ladescription du fumeur type. Celui-ci serait plutôtassocié à une espèce de «gros dégueulasse»:pensez à Serge Gainsbourg.En se focalisant sur les méfaits du tabac, oncherche à responsabiliser le consommateurpour finir par le culpabiliser. Certains arrêtent,ravis de l’approbation générale, maisd’autres continuent, toujours un peu pluspointés du doigt. On remarque toutefois que,dans les catégories socioprofessionnelles lesplus basses, il n’y a pas ou peu d’amélioration: ce sont les plus nantis qui profitentdavantage des mesures mises en place.Les plus vulnérables, les jeunes, les femmes,les Autochtones et les pauvres, fument toujoursautant. Il n’y a pas de justice en matièrede santé publique.Q. L.: Comment expliquez-vous que letabac soit autant pointé du doigt parrapport à l’alcool?F. G.: Toutes les sociétés ont une drogue deprédilection qui varie selon le modèle culturel.C’est ce qu’on appelle une constanteanthropologique. L’apparition du tabac dansle monde occidental est relativement récente.Ça fait tout juste 500 ans, alors que l’alcoolexiste chez nous depuis plus de 5000 ans.Le tabac a été un formidable laboratoire marketingdans les années 1920. Aujourd’hui, lesmêmes techniques de «valorisation sociale»sont employées dans l’autre sens par les lobbiesantitabac. Une personne qui arrête defumer devient en quelque sorte maîtresse deson destin : sa force de caractère arrive àvaincre sa tabacomanie. La cigarette n’est plusaussi glamour et sensuelle qu’autrefois. Lesnormes sociales ont changé et nos inconscientss’impriment de nouveaux préceptes.Q. L.: Quelle porte de sortie reste-t-ilpour les fumeurs qui s’assument et neveulent pas arrêter?F. G.: Je ne pense pas qu’il en reste vraiment:à chaque fois on revient avec des lois plus ridiculesles unes que les autres; on ne pourrabientôt plus fumer que chez soi. Regardez NewYork: le tabac est interdit dans les parcs. C’estquand même le comble de l’hystérie. Qui peutcroire qu’une cigarette peut être plus nociveou irritante que les gaz qui s’échappent d’ungros 4x4 qui roule quelques mètres plus loin?La chasse au fumeur est tout simplement intéressantepour l’industrie pharmaceutique. Il ya 1,3 milliard de fumeurs à travers le monde,c’est un énorme marché de substituts divers.Q. L.: Est-ce que cette pression psychologiquefonctionne partout dans lemonde?F. G.: Non! Alors que le prix du tabac vienttout juste d’augmenter de 6 % en France, lesfumeurs sont toujours plus nombreux. Pireencore, c’est une nouvelle fois chez les plusfaibles qu’on le remarque. Alors que les chômeursétaient 43,5 % à fumer en 2005, ils sontaujourd’hui 49,6 %! Celui qui est dans unesituation précaire n’a pas peur des méfaits àlong terme quand il ne sait même pas quellesera sa situation à la fin de l’année. Cela dit,le cas de la France est assez isolé dans lespays occidentaux. Partout dans les pays richesla consommation baisse. Je ne sais pas si onpeut vraiment établir un lien entre francophones,mais il est vrai que, de manière générale,les Québécois fument plus que les autresCanadiens.Propos recueillis parJUStin d. FreeMAnla rectrice de concordia démissionneJudith Woodsworth, rectrice de l’UniversitéConcordia, a quitté son poste en plein milieu demandat pour des raisons personnelles le22 décembre dernier. Elle recevra tout de même lasomme de 703 500 $, ce qui équivaut à deux ans desalaire.Son prédécesseur, Claude Lajeunesse, avait lui aussi quittéson poste en milieu de mandat en octobre 2007 à lademande du conseil des gouverneurs de l’Université. «LeConseil des gouverneurs de l’Université Concordia arejeté l’ancien président parce ce qu'il considéraitqu’il avait un comportement erratique et arrogant»,affirme Justin Giovannetti, rédacteur en chef du journalétudiant The Link. L’ex-recteur a reçu un million de dollarspour la peine.Les quatre derniers mois du mandat de M me Woodsworthont été marqués par une série de démissions. KathyAssayag, vice-rectrice responsable de la relation avec lesdiplômés, avait démissionné le 8 septembre pour desraisons personnelles. Elle était reconnue comme étant lameilleure bailleresse de fonds de l’histoire de l’UniversitéConcordia. Le 29 septembre, Michael Di Grappa, vicerecteuraux services, démissionnait à son tour.L’ASFA (Arts and Science Federation of Associations) sedit perturbée par la taille de l’indemnité de départ de larectrice, alors que les étudiants doivent faire face à uneaugmentation des droits de scolarité et que les budgetsde l’Université sont constamment réduits.Aaron Green, président de l’ASFA, ne considère pas quel’ancienne rectrice a quitté son poste pour des raisonspersonnelles: «Je ne crois pas qu’elle a choisi de démissionner.Je pense qu’elle s’est fait demander de démissionner.»L’actuel vice-recteur aux relations extérieures, BramFreedman, occupera le poste de recteur jusqu’à ce qu’unrecteur par intérim soit nommé. La nomination d’un nouveaurecteur permanent devrait prendre de «six mois àun an» selon le porte-parole de l’Université Concordia,Chris Mota. (Charles Lecavalier)Source: The Link (thelinknewspaper.ca)l e s r e c t e u r s ,s o n t- i l s t r o P Pay é s ?Le recteur de l’udeM, gagne-t-il un salaire trop élevé ? ilgagne près de deux fois plus que le premier ministre duQuébec, mais moins que le recteur de l’université McGill. Lesalaire accordé au recteur de l’udeM a augmenté de 40 %depuis 2005. cette année, il gagnera ainsi 365000 $.salaire pour l’année 2009 ($ ca)premier ministre du canada, stephen Harper . . . . 315000premier ministre du Québec, jean charest . . . . . . . 175000Québecuniversité de Montréal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 339000université McGill . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 369000université concordia . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 350000université d’ottawa . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 395000université de toronto . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 340000Source: Journal de Montréal(tiffany Hamelin)Page 6 • Quartier l!bre • Vol. 18 • numéro 9 • 12 janvier 2011


c a M P u ssPort•Vent de fraîcheur au CEP SUM •Du rugby chez les carabins ?En moins de deux ans, l’équipe de rugby de l’UdeM s’est hissée parmi les meilleures équipesuniversitaires. Pourtant, elle n’est pas dûment reconnue par l’Université. Les choses pourraienttoutefois changer pour cette équipe, et pour bien d’autres, avec le projet de politique globaledu sport, déposée en décembre au conseil d’administration du CEPSUM.Freddy Noumeyi travailledepuis maintenant un an etdemi à mettre sur piedl’équipe de rugby. Et ça rapporte. Surles cinq matchs de la saison, sesjoueurs ont remporté quatre victoires.Leur plus grand succès ? « Lematch gagné contre les Redmen deMcGill, une équipe contre laquelleaucune université francophone nes’était imposée depuis 30 ans »,annonce fièrement M. Noumeyi.Actuellement, l’équipe de rugby faitpartie des Spartacus, une fédérationsportive qui regroupe des clubssportifs non reconnus par lesCarabins. Mais elle souhaite intégrerles Carabins. La directrice desprogrammes sportifs des Carabins,Manon Simard, nuance toutefois lesespoirs des joueurs de rugby: « Iln’y aura pas d’ajout aux équipesdes Carabins pour les prochainesannées. » Elle ajoute que la politiqueglobale du sport, déposée endécembre au conseil d’administrationdu CEPSUM, permettrait lacréation de clubs sportifs à l’intérieurdes Carabins : « Pour l’instant,au CEPSUM, il n’y a rienentre les services aux étudiants etle soutien aux équipes sportivesofficielles. » Ceux-ci pourraientainsi bénéficier de l’expertise duCEPSUM en matière de logistique.« Lorsqu’on envoie une équipe encompétition, il faut penser aulogo, à l’uniforme, au financement.Ça demande du temps et del’énergie », dit M me Simard.Pas pour tout de suiteDu même souffle, Manon Simard ditqu’elle ne sait pas quand les Carabinspourront accueillir des clubs sportifscomme l’équipe de rugby. « La politiquea été très bien accueillie parles membres du conseil d’administration,mais passer de la paroleaux actes, c’est une autre histoire.Ça va prendre des ressources. »Elle dit aussi que le projet lui tientbeaucoup à cœur. « Il faut le faire !On n’a pas travaillé si fort pourrien. Et puis pour le sentimentd’appartenance et le dynamismede la vie étudiante, c’est très enrichissantpour les étudiants etl’Université. »dynamisme étudiantIl y a tout un chemin parcourudepuis les débuts de l’équipe derugby, alors qu’elle ne comptait quesix joueurs. Aujourd’hui, 65 athlètes,étudiants à HEC Montréal, à laPolytechnique et à l’UdeM, s’entraînentdeux fois par semaine au parcKent.Freddy Noumeyi a aussi mis enplace un réseau de recrutement.Plusieurs centres d’entraînementont été implantés dans différentslieux stratégiques comme lesCégeps de Laval et de Trois-Rivières.« Ce sont des joueurs francophones.Quand ils vont aller àl’université, ils vont se tournervers l’UdeM, d’où l’utilité de lesformer maintenant », expliqueM. Noumeyi.Manon Simard soutient qu’elle«entend de bonnes choses » ducôté de l’équipe de rugby. C’estd’ailleurs pourquoi elle tientautant à la politique globale dusport. « Si une année, un grouped’une dizaine de personnes trèsmotivées met en place quelquechose, il y a toujours le risqueque ces étudiants terminentleurs études ou qu’ils s’y désintéressent.On veut assurer unecontinuité aux projets des étudiants.»Situation difficileEn attendant d’être accueillie parles Carabins, l’équipe de rugby doitse débrouiller comme elle peut.« On fonctionne avec un budgetde 4000 $. Chaque joueur paye100 $ par session, résume M.Noumeyi. Il s’agit essentiellementde frais de déplacement, d’achatsd’équipements et de locations desalles d’entrainement. »Les joueurs n’ont pas un accès libreaux salles d’entraînement du CEP-SUM. L’équipe doit donc payer pourque ses joueurs puissent s’entraînerdans des infrastructures adaptées.Les entraîneurs travaillent quant àeux de façon purement bénévole. Endevenant Carabins, l’équipe de rugbybénéficierait du soutien administratifde l’UdeM. Un enjeu important selonM. Noumeyi : « Si l’équipe est reconnuecomme Carabins, cela lui permettrade faire appel à du financementpour recueillir des fonds.»« Ce n’est pas fini, tant que cen’est pas fini », disait l’ineffableYogi Berra, gérant des Yankees deNew York. Il y a toujours de l’espoiret la balle est maintenant dans lecamp du conseil d’administrationdu CEPSUM.lAUre MArtin-le MéVelet ChArleS leCAVAlierUniversité d’OttawaFaculté des artsMaîtrise ensciences de l’information• D’immenses possibilités de carrière dans les servicesd’information, les communications, les nouvelles technologieset plus encore• Programme bilingue ouvert aux titulaires d’un baccalauréatde quatre ans ou l’équivalent dans n’importe quelle discipline• Deux spécialisations : politique de l’information ougestion des services d’information• Jumelageavec des députés• Formation surle parlementarisme• Mission d’étude à l’étranger• Collaboration aux activitésde l’Assemblée nationalePour information : Claire Dumais418 528-8194 • 1 866 DÉPUTÉS • cdumais@assnat.qc.cawww.fondationbonenfant.qc.ca• Trois cheminements : cours seulement, cours et stage coopou cours et thèseÉtudier en sciences de l’information,c’est réseaulument l’avenir!Renseignements : www.esi.uOttawa.ca» Quartier l!bre • Vol. 18 • numéro 9 • 12 janvier 2011 • Page 7


FÉDÉRATION DES ASSOCIATIONS ÉTUDIANTESPage 8 • Quartier l!bre • Vol. 18 • numéro 9 • 12 janvier 20113200, rue Jean-Brillant, local B-1265, Montréal (Québec) H3T 1N8 • www.faecum.qc.caLe contenu des pages de la FAÉCUM est indépendant de la ligne éditoriale de Quartier Libre


DU CAMPUS DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉALTéléphone : 514-343-5947 • Télécopieur : 514-343-7690 • Courriel : info@faecum.qc.caLe contenu des pages de la FAÉCUM est indépendant de la ligne éditoriale de Quartier LibreQuartier l!bre • Vol. 18 • numéro 9 • 12 janvier 2011 • Page 9


s o c i é t é - M o n D e• D é t r o i t •De l’herbe sur le bitumeOn présente souvent Détroit comme un mourant dont on a débranché le respirateur maisqui tarde à rendre l’âme. Et si la principale ville du Michigan se relevait peu à peu? Et sisa résurrection passait par une cure de jeunesse riche en fibres vertes? Portrait de Détroit,conjugué au passé, présent et futur.de l’âge d’or à l’âge de ruinesDétroit a déjà été hot. Dans les années 1950, la ville était la quatrième plus grossemétropole des États-Unis et les usines automobiles tournaient à plein régime, cequi vaut à la ville le surnom de Motown (contraction de Motor Town). Les élitespensaient même y organiser les prochains Jeux olympiques. Et puis, un sortilèges’est abattu sur la cité maudite. Les émeutes raciales de 1967 ont fait fuir les Blancsde la classe moyenne en banlieue et la descente aux enfers de l’industrie automobileaméricaine dans les années 1980 a fait mal aux Big Three. Ford, Chrysleret General Motors ont ensuite délocalisé leur production en Asie. Récemment, lacrise des subprimes est venue couronner le déclin déjà bien entamé de la ville.En une demi-décennie, Détroit est devenue un enchevêtrement de terrains vagues,de friches industrielles et d’autoroutes où les supermarchés sont inexistants et lesdépanneurs sont surnommés stab and grab («poignarde et prends»). La ville, classéecomme l’une des plus dangereuses des États-Unis, enregistre aujourd’hui untaux de chômage qui avoisine les 50 %.Photo :dyooy.coMrepeupler détroitFrançois Jacob a été l’assistant-réalisateurde Florent Tillon sur le documentaireDétroit ville sauvage.Pendant quatre mois passés sur placeen 2009, l’équipe a suivi en direct l’effondrementde General Motors et lamort de Michael Jackson, le petit garsde Motown. Sillonnant la ville à vélo etsquattant à droite à gauche, lescinéastes ont rencontré et filmé lesrésidants.Quartier Libre: La ville est-elle aussifantôme qu’on le prétend?François Jacob: Attention! Oui, la ville est ensituation de faillite et il reste seulement 20 %de l’activité qu’il y avait avant. Mais Détroitreste une grosse ville. Il y a autant d’activitéqu’à Ottawa, mais dispersée sur un terraindix fois plus grand. La ville est immense etc’est bien là le problème [NDLR: Détroit estplus vaste que les villes de San Francisco,Boston et Manhattan réunies]. Il y a unénorme réseau d’infrastructures à entretenir,de même que les routes et les transports encommun, tout ça avec une population et desrevenus de taxes en chute libre. C’est fascinant,les gens roulent à 100 à l’heure sur desautoroutes avec de l’herbe et des nids-depoule!Q. L.: En 50 ans, Détroit est passée de2 millions à 900000 habitants. Qui oses’y installer aujourd’hui?F. J.: C’est clair qu’avec la réputation de laville, il faut avoir une bonne raison pourvenir! Il y a des gens qui refont leur vie làbas.On a rencontré un photographe quigalérait à New York où la concurrence estrude. À Détroit, il gagne bien sa vie et il a unloft gigantesque dans un immeuble Art décodes années 1920.La ville attire surtout des indépendants, particulièrementles micro-entrepreneurs, lesblogueurs, les journalistes et les artistes. Il ya des maisons immenses transformées enateliers ou en studios d’enregistrement.Comme il n’y a pas de circulation aux alentours,les conditions de son sont bonnes eton peut faire des barbecues à l’extérieur.Pour faire la fête, c’est génial. Les maisonsont d’immenses jardins. Tu ne te retrouvespas à trente dans un 4 ½ avec les voisins quirâlent et les policiers qui arrivent passéminuit.Détroit est aussi une ville séduisante pour lesjeunes qui veulent faire un retour à la terresans perdre la ville. Ils considèrent Détroitcomme une ville à la campagne où il fait bonvivre, où les loyers sont bas et où il y a de l’espace.Q. L. : Il paraît qu’à Détroit, on peutacheter une belle maison pour 5000 $?F.J.: Oui, il y a même des agences immobilièresqui proposent des maisons à 1 $ si ons’engage à les retaper! Des gens quittent laville et donnent leur maison à une associationqui la revend, sous condition que vousagissiez en bon propriétaire et que vouscontribuiez à redorer la vie de quartier.Du coup, en vivant dans leurs nouvellesbâtisses, les gens deviennent des bricoleursou des fermiers. Il y a une concentrationincroyable de gens entreprenants, dynamiqueset innovateurs. Ils ne rêvent pasd’intégrer une grosse entreprise, mais ilscréent plutôt leur propre univers. Ils sontfascinants.C’est sûr qu’il faut avoir un esprit de survivantpour aller vivre à Détroit, mais en mêmetemps, c’est un milieu hyperstimulant!leSlie doUMerCde Motown à FarmVille«Ils ont arrêté de cultiver la terre pour faire des voitures. Maintenant, ils nepeuvent pas les manger, donc peut-être qu’ils créeront à nouveau des fermes»,dit, dans le documentaire Détroit ville sauvage, un vieux rasta qui cultive seslégumes aussi bien que son sens de l’humour. Il est membre de The Greening ofDetroit, une association qui soutient l’exploitation de plus de 1200 potagers individuelspour promouvoir la culture de produits locaux auprès des communautés.Depuis plusieurs années, ces micropotagers fleurissent sur les terrains vagues deDétroit. Certains investisseurs ont rapidement flairé le potentiel de la ville quicompte plus de 100 kilomètres carrés de terrains en friche, soit environ 30 % desa surface totale (l’équivalent de la surface d’une ville comme San Francisco). JohnHantz, un des derniers grands financiers de la ville, a la folie des grandeurs. Il ya trois ans, il a imaginé la création de Hantz Farm, la plus grande ferme urbainedu monde, au cœur de la cité. Exit tracteurs, on parle ici d’une ferme ultramoderne,alliant les technologies les plus avancées en matière d’agriculture avec notammentdes serres chauffées au compost et des cultures hors-sol.L’ambition est noble: permettre à Détroit de produire sa propre nourriture et éviterainsi la dépendance des grandes villes modernes aux transports de denrées.Le tout aurait également l’avantage de créer des emplois pour la populationlocale.Mais le projet compte aussi ses détracteurs. Certains y voient une démarche purementspéculative, tandis que d’autres s’interrogent sur sa rentabilité, son impactécologique et ses retombées pour les résidants. «Leur idée est d’aller chercherdes criminels dans les prisons et de leur donner des jobs à 6 $/h pour travaillerdans les champs 12 heures par jour. C’est ça, pour eux, l’intégration sociale»,dit l’assistant-réalisateur François Jacob.Pour l’heure, le projet est dans les cartons car la compagnie n’a pas encore obtenul’autorisation d’acheter de larges portions de terrains publics afin d’y développerune agriculture commerciale. Mais si John Hantz réussit son coup, Détroit redeviendrasûrement un grand centre d’attraction.Page 10 • Quartier l!bre • Vol. 18 • numéro 9 • 12 janvier 2011


s o c i é t é - M o n D e• A n a l y s e •Massacre aux Philippines :la justice se fait attendreLe procès sur le massacre de 57 personnes aux Philippines en novembre 2009, dont 32 journalistes,s’est ouvert l’automne dernier. Mais les procédures risquent d’être longues: les témoinsà entendre sont nombreux et plusieurs ont été assassinés avant même le début des audiences.Le 23 novembre 2009, survenait auxPhilippines un des pires massacresde journalistes de l’histoire. Ce jourlà,57 civils (dont 32 journalistes) ont été sauvagementassassinés alors qu’ils allaient présenterla candidature d’Esmael Mangudadatuau poste de gouverneur dans la province deMaguindanao. Les victimes ont été décapitées,les femmes, violées, et les corps retrouvésdans une fosse commune à quelques kilomètresde la ville de Shariff Aguak. Plusieurstémoins affirment que le clan au pouvoir, celuides Ampatuan, est à l’origine de la tuerie. Cesderniers auraient craint d’être délogés et deperdre le contrôle de leur territoire.Les Ampatuan sont réputés pour être des seigneursde la guerre: ils entretiennent des liensétroits avec certains politiciens et ils font régnerla terreur au sein des populations locales. Quiplus est, ils sont armés et s’imposent sur leur«coin de pays». À l’heure actuelle, plusieursdes meurtriers demeurent en liberté et onannonce déjà que le procès qui s’est ouvert enseptembre dernier pourrait s’éterniser.le procèsDepuis le début des audiences, deux témoinsont fait des révélations-chocs sur les événements.Le premier, Lakmudin Saliao, anciendomestique du clan Ampatuan, a révélé quele patriarche du clan Ampatuan (AndalAmpatuan Sénior) et son fils (Andal AmpatuanJunior) ont planifié ce geste six jours auparavantlors d’un repas avec des invités. Pour sapart, Rainier Ebus, policier témoin desmeurtres, affirme que 40 des assassinats sontimputables à Andal Ampatuan Junior. Parcontre, les membres du clan Ampatuan nientleur implication dans ces meurtres.«Nous n’avons mêmepas eu le temps de finirle récit du premiertémoin, et nous estimonsavoir 500 témoinsà entendre.»H a r rY r o Q u eAvocat représentant treizedes familles de journalistes.À l’heure actuelle, 196 personnes sont sur lebanc des accusés. Parmi elles se trouvent aumoins cinq des membres de la familleAmpatuan ainsi que les membres de l’arméeprivée à la solde de la famille. Un aussi grandnombre d’accusés constitue une première pourle système judiciaire philippin, déjà très surchargé.«Nous n’avons même pas eu le tempsde finir le récit du premier témoin, et nousestimons avoir 500 témoins à entendre. Ilreste encore un très long chemin avant quejustice soit faite», confiait Harry Roque, avocatreprésentant treize des familles de journalistesau journal La Croix en septembre.Plusieurs sources affirment également que lesavocats du clan Ampatuan, au nombre de 80,font systématiquement obstruction pour retarderles procédures. «Les avocats tentent deralentir le rythme de la justice en déposantdes recours devant d’autres cours», révélaitPrima Jesusa Quinsayas, une autre avocate quireprésente des familles de journalistes, àReporters Sans Frontières en août.Pendant ce temps, les témoins tombentcomme des mouches. Selon Human RightsWatch, cinq des témoins-clés ont déjà étéassassinés et la protection accordée auxautres témoins est insuffisante.Benigno Aquino iii:un espoir, un nouveau règneDepuis le massacre, l’échiquier politique achangé, notamment à la présidence du pays.L’ancienne présidente, Gloria Arroyo, quiaurait «fricoté» avec le clan Ampatuan pourobtenir des votes «illégaux» lors des électionsde 2004, a été défaite le 10 mai dernieren faveur de son rival, Benigno Aquino III, filsde Corazon Aquino. Cette dernière a rétabli ladémocratie en 1986 après l’exil du dictateurcommuniste, Ferdinand Marcos.Pour les familles des victimes, le nouveau présidentreprésente un espoir. Avant son élection,Aquino III a assuré son soutien auxfamilles des victimes. « Quand “Noynoy”[surnom d’Aquino III] est venu ici, il m’apromis qu’il irait jusqu’au bout. Je lui faisconfiance», a racontée Myrna, veuve du journalisteAlejandro Roblando, au journal LeMonde en septembre dernier.Mais Aquino III aura beaucoup à faire,puisque les clans comme celui des Ampatuansont très nombreux aux Philippines. Les gouvernementsprécédents ont dû composer aveccette réalité et certains se sont acoquinés avecles clans plutôt que de les combattre. Enoutre, les allégations de corruption sont fréquenteslors d’élections aux Philippines.Au milieu de tout cela, la population seretrouve coincée et intimidée, comme l’expliquePhilip Alston, rapporteur spécial auxPhilippines pour l’ONU, au quotidien LaCroix : « Dans une société pauvre où ladépendance envers la communauté estforte et la mobilité géographique très limitée,les témoins sont spécialement vulnérablesquand ceux qui sont chargés d’assurerleur sécurité et ceux qui sont accusés demeurtres sont les mêmes. Celui qui veutpréserver son espérance de vie ne témoignepas dans une enquête pour meurtre.»JUlie Godin• B o u m i m m o b i l i e r •la Mecque des richesMême si de nombreuses personnescrient à l’embourgeoisement deLa Mecque, l’Arabie Saouditeretape sa Ville sainte pour accueillir unnombre croissant de pèlerins musulmans, quisont une manne pour son économie au mêmetitre que le pétrole.En 2010, La Mecque a accueilli cinq millionsde pèlerins, dont 1,8 million d’étrangers provenantde 181 pays. C’est une hausse de 20,5 %par rapport à l’année précédente selon lesautorités saoudiennes. À ce rythme, La Mecquepourrait accueillir 20 millions de pèlerins en2020, d’après une étude de la Saudi BritishBank. Des chaînes hôtelières, des constructeurset le gouvernement investiront au total26,78 millions de dollars dans la constructiond’au moins 130 tours d’hôtel ou de résidencesde luxe autour de la Grande Mosquée où seréunissent les pèlerins musulmans. Depuis2003, le prix du mètre carré est passé de42,59 $ à 133900 $. Une nuitée dans une suitepeut coûter jusqu’à 16650 $. La capacité d’accueilde l’aéroport de Jeddah, quant à elle,passera de quinze à trente millions de voyageursen 2012.Étant donné le taux de croissance annuel de1,7 % de la population musulmane mondiale,le gouvernement saoudien y voit une occasionpour réduire la dépendance de son économienationale envers le pétrole. Or, plusieurs craignentque le patrimoine culturel de la ville soitdétruit et que toute cette richesse aille à l’encontrede l’égalité des pèlerins à La Mecque.Par exemple, le journaliste Mahmoud Sabbaghconstate avec tristesse la «manhattanisation»de la Ville sainte, tandis que des dignitairesreligieux font le pari que ce renouveau architecturalpermettra d’attirer davantage de pèlerins.Encore faudrait-il que ces derniers soientpleins aux as.Anh Khoi doSources: Le Figaro (France), CBS (États-Unis),Bloomberg et Al-JazeeraPhoto :MeshaloBeidallahQuartier l!bre • Vol. 18 • numéro 9 • 12 janvier 2011 • Page 11


s o c i é t é - M o n D eLA vérité SI JE MENSParapluiesrouges au poingJe me traîne les pieds sur la rueSainte-Catherine, exaspérée lemagasinage qu’il me reste àaccomplir. C’est le soir du 17décembre, pourquoi ne m’y suis-jepas prise à l’avance ? J’envisage un instantla simplicité volontaire, mais jelaisse tomber aussitôt. Il serait mal vud’accepter l’iPhone tant espéré si jeme prétends une ennemie de laconsommation.Sur les marches de la Place des Arts,plus de 80 personnes sont regroupées.Je m’approche, curieuse. Unevoix s’élève : « Toutes les femmesméritent le respect, y compris cellesdans l’industrie du sexe ! » Il s’agitd’une manifestation de travailleusesdu sexe (ce terme englobe différentsaspects du travail du sexe : striptease,pornographie, prostitution,domination, etc.). Je choisis de rester,moitié par intérêt, moitié par procrastination.lumière surun métier de l’ombreUne jeune femme m’accueille: «Tuveux une bougie?» J’accepte, puisje lui demande qui organise l’événement.« C’est Stella. » Monincompréhension révèle mon statutde touriste. «C’est un organismequi aide les travailleuses du sexeà exercer leur métier en sécuritéet avec dignité. » Voyant ma surprise,elle continue. «Moi, je suisescorte indépendante depuis cinqans. Je vais au local de Stella pourobtenir gratuitement du matérielde protection. Aussi, chaquelundi, il y a une infirmerie où lestravailleuses du sexe peuvent serendre pour un test de dépistage.»Son amie se joint à la conversation:« Stella aide également dans lescas d’agression. Un jour, un clientm’a battue et il a volé mon portefeuille.Une travailleuse de chezStella m’a accompagnée au postede police pour que je porte plainte.Il y a aussi chaque mois le BulletinStellaire dans lequel on trouve uneliste d’agresseurs et de mauvaisclients.» Elle ajoute: «Stella organiseaussi des activités pour lestravailleuses du sexe, comme despique-niques, des massages gratuits,des soirées d’échange et desoutien. Comme notre métier estmal vu socialement, plusieurs travailleusesdu sexe se sententexclues et marginalisées. Ça faitdonc du bien de se regrouper.»Notre conversation est couverte parles revendications d’un militant :«Les lois actuelles criminalisentla prostitution. En résultent denombreux cas de violence etd’agression, sans compter lemanque de protection sociale.» Ilcrie, passionné: «Le travail du sexedoit être décriminalisé! Finie l’hypocrisie,finie la violence!» Je mesurprends à applaudir avec la foule.Boucliers antimissilesUne fille à mes côtés se présente:«Stéphanie, je travaille dans undonjon comme dominatrice professionnelle.»Gênée, j’avoue êtreune intruse. Elle me rassure: «Tantmieux ! C’est bien que des personneshors de l’industrie du sexes’intéressent à la question. Aprèstout, c’est une cause sociale.» Ellem’offre en souriant un parapluierouge. « Tiens, c’est pour t’accueillirparmi nous!» J’en profitepour poser la question qui me brûleles lèvres: «Qu’est-ce que le parapluierouge signifie?» «C’est à lafois un symbole de beauté et derésistance. Ça veut dire qu’onlutte contre la discrimination etqu’on se protège contre les injustices,tant du ciel, de la vie quedes gens, m’explique Stéphanie. Destravailleuses du sexe italiennesont utilisé pour la première fois leparapluie rouge en 2002 durantla Biennale de Venise. Et depuis,c’est resté.» Je me risque: «C’étaitun 17 décembre aussi?» Elle s’exclame:«Oui, c’est pourquoi on segèle les orteils chaque année à cemoment-là ! » Quelques minutesplus tard, Émilie Laliberté, la directricegénérale de Stella, invite lafoule à marcher jusqu’au CaféCléopâtre. Je passe devant leComplexe Desjardins sans m’yarrêter.De retour sur la rue Sainte-Catherine, encore plus achalandéequ’hier. Ma haine du magasinage estdécuplée. Soudain apparaît devantmoi un regroupement. Certainespersonnes portent des pancartes,d’autres jouent du tambour. Uneénième manifestation contre lahausse des droits de scolarité? Uneaction propalestinienne ? Je m’approche,curieuse.édith PAré-royPirates ducyberespaceTe n u c h a q u e a n n é e àQuébec, le Hackfest estune compétition de piratageinformatique où s’affrontent lesmeilleurs hackers du Québec entoute légalité pour leur plus grandplaisir et celui d’éventuelsemployeurs.De la musique techno poussée aumaximum. Un éclairage tamisé parseméde voyants bleus, verts etrouges des ordinateurs. Du RedBull qui coule à flot. Nous nesommes pas dans un bar clandestin,mais bien dans un événementunique au XXI e siècle: une compétitionde pirates informatiques.Dans cet univers particulier, différentsclans se livrent bataille aumilieu du cyberespace pour déterminerlequel défendra le mieux sonsystème informatique.Le Hackfest de Québec, organisé ennovembre par une communauté dumême nom, est l’un des points derencontre obligés des pirates informatiquesquébécois. Il s’agit duplus gros événement de sécurité auQuébec et de la deuxième plusgrande compétition de piratage(hacking games) après le Hackusde Sherbrooke.« Pirate » n’est pas vraiment unterme apprécié par cette communautécomposée en grande majoritéd’hommes entre 20 et 45 ans.Ces derniers se considèrent plutôtcomme des testeurs d’intrusion,titre plus professionnel et moinsstigmatisé dans l’industrie.D’ailleurs, la plupart des compétitionsqui se déroulent au Québecsont axées sur les demandes de l’industrie.Les joueurs présents sontdavantage de futurs employés desécurité informatique qu’unemenace sur le Web.Attrape-moisi tu peuxLes épreuves sont nombreuses etétalées sur les trois journées del’événement. Il y a d’abord uneséance d’espionnage industriel fictifoù il faut rassembler une équipede joueurs qui doit défendre sesordinateurs tout en attaquant ceuxdes autres. On retrouve aussi uneépreuve de piratage de site Web etune épreuve de «capture du drapeau»où les équipes doivent s’approprierune ligne de code spécialedans un ordinateur central pourensuite la protéger des autreséquipes. Une dernière épreuve peutsembler plus saugrenue : uneséance de crochetage de serrure.« C’est plus facile de pirater unordinateur quand on y a directementaccès, sans avoir à passerpar Internet, explique l’un descompétiteurs. Savoir faire sauterdes serrures est un atout dans cescas-là et c’est parfaitement légal,dans la mesure où on agit au nomd’une entreprise et uniquementpour qu’elle puisse tester sapropre sécurité.»Sur les lieux, en dehors des participants,on retrouve surtout desentreprises qui sont présentespour vendre de l’équipement informatiqueet des jeunes avides d’apprendreles techniques desmeilleurs compétiteurs. Toutefois,on ne trouve aucune entreprise faisantofficiellement du recrutementauprès de ces spécialistes de lad é f e n s e e t d e l ’ i n t r u s i o n .Pourquoi ? « Question d’imagedes entreprises », relate un autreparticipant. S’il y a des embauchesou des contrats qui sont signés,cela se fait dans les couloirs del’hôtel, en coulisse du Hackfest. Onse croirait presque dans LaMatrice. En effet, cet univers,empreint de technologie futuristeet de secret professionnel, est unmonde rapide qui carbure à lamusique techno et à la connexionhaute vitesse.renAUdMAnUGUerrA-GAGnéPage 12 • Quartier l!bre • Vol. 18 • numéro 9 • 12 janvier 2011


s o c i é t é - M o n D e• Po r t r a i t •Gentleman polémisteMathieu Bock-Côté est un des rares intellectuels polémistes québécois. Souvent invitéà commenter l’actualité, le chercheur de 31 ans est bien connu pour ses arguments tranchés.Entretien avec un geek de la politique, défenseur du nationalisme québécois, fanfini du général de Gaulle et admirateur de la plume de Rousseau.illustration :alexandrePaulsaMakL’antre de Mathieu Bock-Côté, candidat au doctoraten sociologie àl’UQAM et chargé de cours, est unsuperbe appartement aux mursrecouverts d’étagères garnies delivres. Un pan de mur retient l’attention: un seul sujet, le généralde Gaulle. « Vous avez comprisque je suis un fan », dit en souriantMathieu Bock-Côté. Il a uneprofonde admiration pour «le plusg r a n d h o m m e d ’ É t a t d uXX e siècle », connu pour son rôlemajeur dans la résistance française,mais aussi pour son autoritarisme.Avec Mathieu Bock-Côté,l’entrevue se fait tout en vouvoiement.Je ne peux pas dire que jesuis contre : j’ai moi-mêmequelques réticences à user du« tu », trop familier.Si plusieurs commentateurs leconsidèrent à droite, MathieuBock-Côté est plus nuancé. « Jesuis conservateur au sens intellectueldu terme. Je me méfie duprogressisme et d’un certainégalitarisme qui peut connaîtreune dégénérescence totalitaire.Mes inspirations politiques, cesont aussi Churchill et HelmutKohl [NDLR : homme politiqueallemand qui a orchestré la réunificationdu pays à la fin de laguerre froide] », poursuit le doctorant.L’auteur de l’essai La dénationalisationtranquille, publié en 2007,n’est toutefois pas sympathique à ladroite politique québécoise «tellequ’elle se reconstruit dans larégion de Québec». Il s’oppose àl’anti-intellectualisme et à l’ultraindividualismede celle-ci.«L’individu doit être responsable,ça oui. Mais il doit aussi faire partied’un collectif. Il faut conserverle sens de l’État.»la droitecontre la droite« Pour un conservateur commemoi, cette droite n’est pas très stimulante», dit M. Bock-Côté. Ildécèle chez certains porte-étendards,comme le Réseau LibertéQuébec, un « antiétatisme primaireet une “américanolâtrie”gênante». Il poursuit: «La nouvelleADQ de Gérard Deltell promeutl’enseignement intensif del’anglais au primaire et au secondaire,comme si la culture québécoiseétait un fardeau.» Il critiqueaussi les think tanks commel’Institut économique de Montréal.Selon lui, cette droite n’estqu’«essentiellement économiqueet elle a la mauvaise tendance den’avoir une vision qu’exclusivementcomptable de la société».C’est pourquoi il préfère s’inspirerd’un leader comme de Gaulle, quisavait, selon lui, discerner les exigencesdu bien commun derrièrela dispersion des intérêts privés.Il regrette toutefois le traitementcondescendant parfois réservé à lanouvelle droite québécoise. « Jen’ai pas besoin d’injurier cettedroite pour la critiquer. Il ne fautpas exclure du débat démocratiquele Réseau Liberté Québecd’Éric Duhaime et de JohanneMarcotte. C’est ridicule de direqu’ils sont d’extrême droite, parexemple. Mussolini était un leaderd’extrême droite, pas lesmembres du Réseau.»déficit démocratiqueLe polémiste prend plaisir à commenterl’actualité politique, mêmesi celle-ci n’est pas toujours trèsenrichissante. «Le débat politiquecontemporain, c’est sur les garderiesà 5, 6, 7 ou 8 $ ou lenombre de brancards dans leshôpitaux, dit Mathieu Bock-Côté.Les Québécois ont le choix entreune gauche qui défend desacquis corporatistes et unedroite qui rêve à l’anglicisationdu Québec. Tout ça dans uncontexte où la question nationalepériclite. » Il affirme toutefoisqu’il est important de s’intéresserà la chose publique.« Lorsque ça bouge et qu’il y ades débats, la démocratie est ensanté. C’est lorsque ça stagnequ’il faut faire attention. On doits’intéresser à la politique surtoutquand ce n’est pas intéressant. »Si les débats sont si ennuyeux, c’estparce qu’on assiste à une «reprovincialisation» du Québec,estime-t-il. « En 1995, le débatpolitique était extrêmementriche, captivant, alors que 10 ansplus tard, le débat de l’heure,c’était les algues bleues. Un peuplen’échoue pas dans la poursuite deson indépendance sans en payerle prix. Le Québec redevient uneprovince, et pas la plus belle.»Mathieu Bock-Côté invoque aussi leblocage de la question nationalepour expliquer le cynisme desQuébécois «qui ont un sentimentde dépossession démocratique».Ainsi, les Québécois seraient enattente d’une nouvelle offre politique.«Ils attendent une réponsequi tient compte du collectif, dumalaise face au modèle québécoiset face à l’identité québécoise», ditM. Bock-Côté. Celui qui a fait desétudes en philosophie à l’UdeM avantde faire sa maîtrise en sociologie àl’UQAM trouve que le langage politiqueest trop technocratique. Lasolution aux problèmes sociaux neserait plus politique, mais technique.Ainsi, le citoyen serait dépossédépuisqu’il n’a plus voix au chapitre etqu’il n’a plus de choix à faire. Onlaisserait aux experts le soin deprendre les décisions.«En attendant, le cynisme effraieles plus doués, les plus cultivés desQuébécois, qui sont repoussés parla politique. Aujourd’hui, les politicienssont d’anciens attachéspolitiques, soutient l’ancien militantsouverainiste, qui n’a pas l’intentionde se lancer dans l’aventurepolitique. J’ai encore beaucoup delivres à lire et quelques-uns àécrire.»PédantismeAlors que certaines personnestrouvent le Mathieu Bock-Côtémédiatique fendant, pour ne pasdire pédant, votre humble scribea rencontré un homme affable,qui porte beaucoup d’attention àson interlocuteur. « Il ne faut pasavoir peur d’utiliser le mot justequi décrit parfaitement la situation.Ce n’est pas de l’élitismelorsqu’on sort du spectre des200 mots du vocabulaire commun.»SOIFDE DÉPASSEMENT«Mais il faut éviter le pédantismeacadémique. Il suffit de penser àRousseau: sa maîtrise parfaite dela langue française lui permetd’éclaircir sa pensée. L’effort devulgarisation est important.»Il aime toutefois bien s’exprimer,et n’a pas peur d’utiliser ses con -naissances. «Ici, si un politiciencite Fernand Dumont ou parle lelatin, c’est sûr qu’il va se faireridiculiser.»ChArleS leCAVAlierVoici une de nos salles de classe.se.La biologie à l’UQAR, des formations orientéesvers la gestion et la protection des milieuxnaturels.|Maîtrise et DESS en gestion de la fauneet de ses habitats|Doctorats en biologie et en sciences del’environnementuqar.ca/bioQuartier l!bre • Vol. 18 • numéro 9 • 12 janvier 2011 • Page 13


c u lt u r econcours sur la route :où sont les artistes?LE CRI DU geekLes concours interuniversitaires de photographie et de bande dessinéerecrutent dans au moins une dizaine d’universités francophonesdu Canada, mais peu d’étudiants y participent. Les organisateurs deces concours ne s’inquiètent pas de la faible participation.Photo :vincentroBitailleet mon cul-turel,c’est du poulet ?Entre gueules de bois et vœux divers, le début d’année est aussi l’occasion idéalepour les nouveaux départs et les remises en question. Ne nous soustrayons pas àcette tradition masochiste. Bien à propos (après 4 mois) de se demander ce quefait une chronique sur les jeux vidéo dans la section culture du magazine : Les jeux,c’est de la culture?Promis, pas de badinage à grands coupsde définitions. Si je vous dis le mot«culture», vous aurez probablement àl’esprit quelque chose de l’ordre de la philosophie,de la musique, de la littérature. Ok, jeconcède qu’un gars capable de palabrer surKant pendant trois heures peut paraître cultivé.Mais s’il n’a jamais entendu parler de SuperMario, ne trouvez-vous pas qu’il y a un hic?Délaissons toutefois l’injuste argument de laculture populaire. Kant n’a pas l’avantage duchampignon magique.Jetons plutôt un œil du côté des institutions culturelles.Ainsi, le ministère de la Culture enFrance (2007) et les gouvernements belge(2008) et québécois (1996 déjà) ont mis enplace d’importants crédits d’impôt pour favoriserle développement des jeux. Si l’envie d’invoquerl’argument économique vous prenait,que dire de Michel Ancel et de FrédérickRaynal, ces créateurs de jeux qui ont été nommésChevaliers des Arts et des Lettres en France(2006) ? J’imagine que ce titre de chevalierrevêt l’importance bien plus de leur œuvre quede leurs dragons ou de leurs revenus annuels.Et les exemples à l’étranger ne manquent pas.En effet, un musée dédié officiellement auxjeux se trouve au sommet de l’arche de laDéfense à Paris. Plus proche de chez nous, dessoirées jeux vidéo sont proposées dans leslocaux de la maison de la Culture de Montréal-Nord deux fois par semaine. La culture quifavorise le jeu?Dans la pratique, on ne compte plus les jeuxqui se basent sur des références culturellespour faire voyager les joueurs : Dante’sInferno (2010) nous fait voyager (et souffrir)à travers le poème de l’auteur éponyme. Lasérie des jeux God of War (2005 – 2010) maltraitela quasi-totalité de l’Olympe et de sesmythes. Sur un autre aspect, un seul jeu nécessitela collaboration de dizaines d’artistes différentspour être créé : scénaristes, réalisateurs,graphistes, compositeurs, acteurs. Toutce qui se développe autour d’un jeu constitueégalement de la matière culturelle : romans,films, séries, bandes dessinées. Les jeuxAssassin’s Creed (2007 – 2010) ont ainsigénéré des bandes dessinées, des romans etmême une mini-série. Dead Space (2008),s’inscrit carrément dans une trame narrativemultiformat : le jeu, la bande dessinée et lefilm d’animation du même titre forment untriptyque scénaristique complet. On le voit, lesjeux vidéo sont par définition tant culturophages*que culturogènes*.J’arrive maintenant au plus délicat. De la culture? Oui, mais laquelle ? Culture populaire,culture de masse, sous-culture? La Culture avecun grand C, à mes yeux, n’est pas unique. Il y abien d’autres cultures, de toutes sortes et detous niveaux; bien élitiste celui qui dénigre l’accèsà ce titre et les cultures qu’il ne côtoie pas.Si, malgré tout, vous pensez que les jeux n’ensont pas, libre à vous, ce qui ne m’empêcherapas d’utopiser* sur Kant et Mario prenant le théensemble dans vos références (sans champignoncette fois).(* 2011 sera l’année du néologisme. Ou pas.Bonne année!)GréGory hAelterMAnBarman - BarmaidServeur - ServeuSeCours et référence d’emploiraBaiS étudiant - sans emploi514- 849- 2828inscrivez-vous en ligne:www. bar t end. caL’an dernier, seulement 118 étudiants ontprésenté une œuvre à la 24 e édition duConcours interuniversitaire de photographie.C’est 76 étudiants de moins qu’en2008. Le premier concours interuniversitairede bande dessinée, lui, a reçu 61 inscriptions.Pour le Regroupement des servicesuniversitaires d’animation culturelle etcommunautaire (RESUAC) et le Service desactivités culturelles (SAC) de l’UdeM, quisont respectivement le présentateur et lecoordonnateur, il y a toutefois assez de candidaturespour «une compétition féroce».Une participation limitée ?Marc Longchamps, le président de laRESUAC, admet qu’un talent en photographieou en bande dessinée « n’est pasdonné à tout le monde». Mais il expliqueque les concours permettent «la reconnaissancedu savoir-faire artistiquechez les étudiants». Selon lui, s’il y a peude participants, c’est parce que certainesuniversités promeuvent les deux concoursmoins que d’autres. «Des petites universitéscomme l’Université du Québecà Rimouski sont peu représentées, carelles n’achètent pas au SAC autant d’afficheset de brochures publicitaires quel’Université Laval ou l’UQAM, poursuit-il.On ne force pas les petites universités àprendre plus d’argent des poches deleurs étudiants pour avoir plus de participants.»Pleine lune de Vincent robitaille (université Laval)premier prix au concours interuniversitaire 2009-2010présenté sous le thème insoliteMarc Cramer, un chargé de cours en photographieà l’UdeM, n’est pas surpris dupeu de participants dans les concours interuniversitairesde photographie. L’UdeM étaitreprésentée l’an dernier par 26 étudiants.«L’université n’offre pas une formationprofessionnelle équivalante à celle dedeux ans au Collège Dawson, explique-til.En plus, la majorité des 87 étudiants demes deux groupes essaient la photographiepour la première fois.»Même si l’UdeM est deuxième au chapitredes participants dans chaque événement,derrière l’Université Laval, lesconcours devraient intéresser les étudiants,croit Chloée Ferland-Dufresne, laconseillère aux activités culturelles del’UdeM. « Les concours sont des activitésmais une œuvre gagnante peutcompter dans un portfolio et un CV. »Ladite œuvre, ajoute la conseillère, aurareçu la bénédiction d’un jury formé deprofessionnels. Pour la photographie,insiste-t-elle, un des membres du jury estPierre-Paul Poulin, un photographe dumagazine Time.Cette année, le thème des concours interuniversitairesde photographie et de bandedessinée s’intitule «Sur la route». Les étudiantsont jusqu’au 11 février pour soumettreleurs œuvres.Anh Khoi doPage 14 • Quartier l!bre • Vol. 18 • numéro 9 • 12 janvier 2011


c u lt u r e• M o d e •chic Moustache : le Québec 100 % cotonLes États-Uniens ont leurs t-shirts Threadless. Les Français ont laFraise. Les Québécois ontdésormais Chic Moustache! Le projet de Christophe Magnette et d’Aurélie Olivier est enœuvre depuis juillet dernier. L’idée ? Proposer du textile régional original sans l’écueil du«t-shirt de touriste ».Chic Moustache est un site Internet. Son principe, comme celui de Threadless et delaFraise, est très simple: des graphistes y proposent un visuel, les internautes votent,puis, selon les résultats du concours, l’organisateur fait sérigraphier dest-shirts en série limitée. Alors, pourquoi le nom Chic Moustache? Christophe Magnette répondtout sourire: «C’est le fruit de longs brainstormings… On voulait un nom qui sonne enanglais comme en français et qui soit fun. Il fallait aussi que le domaine soit disponibleen .com et en .ca. Chic Moustache s’est imposé de lui-même!»Bien évidemment, Chic Moustache ne réinvente pas le concept de la production textile enconcours permanent… Seulement, voilà! Ces «t-shirts qui pognent» s’adressent aux purs,aux durs, à ceux qui déblaient leur char l’hiver: les Québécois et les assimilés - si vous êtesOntarien et que vous aimez la belle province, vous avez quand même le droit de vous habillerà la boutique CM. «On voulait sortir de la bête fleur de lys… Le Québec, c’est un peu plusque ça quand même», confie Christophe Magnette.Francis Desharnais signe un orignal très graphique.I dig Montreal, imaginé par Eric Bouchard, est un hommage à Montréal,à ses nids-de-poule, et à ses romantiques chantiers.inspiré par la poutine Vladimir servie chez Frites alors !,Lionel illustre avec humour Le plat de La belle province.Pourtant, il y a bien une, de fleur de lys dans la collection. Intitulé «Je me souviens», cedesign signé Hubert Meffe-Hétu (étudiant graphiste montréalais) relie 150 mots et expressionspour former l’emblème du Québec: c’est le seul. Pour le reste, le spectre est plutôtlarge. Francis Desharnais signe un orignal très graphique (et très éloigné de son travail dansla BD Burquette); Iris (qui a récemment sorti la BD Justine) réinterprète l’image du bûcheroncanadien ; et Vincent Giard livre sa vision de Montréal et de ses lieux symboliques(immeubles du Centre-Ville, Mont-Royal, autoroute Ville-Marie, Club Super Sexe, etc.). JulieDelporte propose pour sa part une mouffette plutôt polissonne… Et pourquoi mettre cettemouffette en scène dansune situation si gênante?Pour la bédéiste (et oui,encore une), c’est surtoutun clin d’œil à la viequotidienne. Une petiteinside joke servie sousdes apparats régionaux.Une mouffette qui pète, une petite inside jokede Julie Delporte.Le cofondateur Magnettes’explique: «on veut unecollection homogène,mais ce n’est pas pourautant que les productionsdoivent toutesêtres similaires. On veutaussi exposer la diversitédes graphistes québécois.» Pour le coup,c’est plutôt réussi et ças’exporte même bien audelàdes limites de l’île deMontréal: «On a pas mal de commandes en région, mais aussi à l’étranger. Tiens, parexemple, j’en ai eu de Suisse et de France récemment! J’étais vraiment étonné et ravi!».Dans l’échange de procédés, tout le monde a quelque chose à gagner: les artistes touchentdeux dollars par t-shirt vendu et s’offrent de lavisibilité, alors que Chic Moustache s’occupe dela production. Pour Julie Delporte, c’est un vraicoup de pouce: «J’adore dessiner et je suissuper contente de voir mon travail imprimé,mais je ne me serais jamais lancée dans lasérigraphie toute seule. Ça coûte cher et c’estbeaucoup de problèmes.»Si Christophe Magnette demeure évasif quantaux volumes de ventes, il sait que son projet ade l’avenir et il veut continuer à favoriser lescréations. Hoodies et collections enfantdevraient bientôt apparaître en catalogue.JUStin d. FreeMAnchicmoustache.comla concurrencesur le marché du t-shirt montré a l o - q u é b é c o i s , c h i cMoustache a de la concurrenceavec Montréalité, par exemple,qui a d’ores et déjà pignon surr u e a u c œ u r d u M i l e e n d .implantée depuis 7 ans sur la ruebernard, la boutique propose denombreux produits à la gloire del’île de Montréal ou des spécialitésquébécoises. simple différence,elle sélectionne sesdesigns en interne et ne les proposepas d’abord au public.Quartier l!bre • Vol. 18 • numéro 9 • 12 janvier 2011 • Page 15


c u lt u r eUN PEU DE BON sonDu namedroppingpour vosesgourdes• M u s i q u e •l’ours et sacroustille chaude«Oui, si nos intros sont un peu difficiles, mais il y a toujours un bonbon après, unepépite! Bear with us!». Autour d’une poignée de biscuits à la citrouille avec enbandes-son quelques réalisations du jazzman sud-africain Abdullah Ibrahim, je rencontreL’Ours avec nous. Le duo est composé de Mathieu Charlebois et FrédéricMalouin, deux explorateurs des contrées sonores. Ils m’accueillent en pleine séanced’enregistrement dans leur studio, qui se définit aussi comme un salon.Ça y est! 2010 est derrière nous: «une année de plus en moins» commedirait l’autre. Il va falloir s’y faire, 2011 est déjà là. En garant du bon goûtmusical udemien je me dois de vous teaser un minimum sur les douzeprochains mois. Loin de moi l’idée de jouer au prédicateur mais jepense que les moutons ont besoin d’un berger. Pour faire simple, disonsque je vous partage gracieusement ma «feuille de route» pour 2011.2010 était sans aucun doute l’année Kanye West. Plébiscité par la presse (spécialiséeou non), il a éclaboussé le rap game de sa patte résolument pop, grandpublic. Cette nouvelle année se présente pour lui sous les meilleurs auspices puisqu’ilprépare un album complet en collaboration avec celui qui l’a lancé, Jay-Z. J’oseespérer une bombe mais je m’attends à tout, surtout à un pétard mouillé.Mêmes craintes à l’ouest des États-Unis puisque Dr Dre revient enfin sur le devant dela scène. Detox, son troisième album solo, doit sortir le 21 février. Il était temps: çafait une bonne dizaine d’années que ce disque est reporté! Un médiocre premier single(Kush) est d’ores et déjà sorti, clip à l’appui et geignements d’Akon en bonus.Mes grosses attentes de l’année se placent chez des rappeurs qui ne m’ont que très rarementdéçu: Talib Kweli qui revient avec Gutter Rainbows, les Beastie Boys avecHot Sauce Committee ou encore Lupe Fiasco avec Lasers (encore que le singleThe show goes on sente pas mal l’étron faisandé). Computers And Blues, l’ultimealbum de The Streets est aussi en route; le cockney Mike Skinner a ensuite décidé detout arrêter pour faire des films…Dans un genre bien différent, j’attends de pied ferme The Rome, album concept hommageà Ennio Morricone. Ce projet assez dingue regroupe Daniele Luppi (compositeur,arrangeur et réalisateur, entre autres) et Danger Mouse, architecte sonoretouche-à-tout (il se cache derrière Gnarls Barkley, Broken Bells ou encore l’albumDemon Days de Gorillaz). Dans la liste des invités, on retrouve d’ailleurs NorahJones et Jack White, excusez du peu.Pour ce qui est du pop rock, 2011 s’annonce aussi une année chargée. On compte, pêlemêle,sur les retours de The Strokes, des Foo Fighters, de R.E.M., de Radiohead,de Coldplay et de U2. Ces derniers reviennent avec Songs of Ascent, un disque entièrementproduit par un certain Danger Mouse, tiens donc!Rayon électro (et genres alternatifs assimilables), je suis impatient de goûter de nouveauà The Avalanches ou encore à James Blake. Mais par-dessus tout il y en a unque j’attends au tournant, il s’agit de Grems. Rappeur français exilé à Londres, lechauve barbu collabore avec un nombre incroyable d’artistes. En 2011, c’est pas moinsde quatre disques qu’il s’apprête à sortir: l’un en solo, l’autre avec Entek, un de plusavec Disiz La Peste et un dernier avec Le Jouage (ils forment ensemble le groupeHustla). Pourquoi ne pas le classer dans la simple case rap français? Tout simplementparce que les instrumentales sur lesquelles Grems sévit n’ont rien à voir avec ce quevous avez l’habitude d’entendre. Élevé aux productions boom bap (un style de hip-hop),l’artiste tout terrain (il est aussi graffeur et graphiste) s’aventure partout, en particulierdans la deep house et le dubstep. C’est fou, c’est inventif, ça rappe vite, ça rappe vrai.Vous vouliez du son pointu, vous voilà servis.Ça y est? J’ai fait le tour? Ha, non, j’allais presque oublier… pitié, ne me parlez pasd’Aphex Twin. Ce son froid et décharné m’excite autant qu’une prostituée vérolée sortied’un lupanar lusitanien. Rien à foutre si vous attendez son nouveau disque de piedferme.Voilà, c’est tout. Promettez-moi de ne pas écouter trop de saloperies en 2011, parcequ’à chaque fois mon petit cœur saigne.JUStin d. FreeMAnMathieu manie toutes sortes d’instruments,de la guitare au trombone.Frédéric compose sur son ordinateur.De cette fusion se cristallise une oeuvre qu’ilsdisent ne pas appréhender totalement. Leur créationcommune, «l’ours», est une entité propre.Les sources d’inspirations et les filons d’orsonore de «l’ours» sont nombreux. Une réinterprétationde la Maudite machine d’Octobreest en ligne sur leur page Facebook avec commetitre : Le satané engin. De même, le nom dugroupe anglais Hot Chip a inspiré le titre d’unechanson: La croustille chaude.Que fait l’ours?Après deux ans de répétitions et d’essais, un premiermaxi, Verdun66, est maintenant en ligne surle site du groupe. Il comprend deux chansons duduo: Spout et Ours, tigre, enfant, fruits d’expérimentationsforcenées. Le maxi comporte aussideux séries de compositions personnelles.Verdun, de Mathieu (une ode à son quartier!) et66, de Frédéric, qui a composé ses six morceauxsur une Nintendo DS, à l’aide d’un synthétiseursous forme de cartouche de jeu édité par Korg. Unexploit! Frédéric explique que le principal obstaclelié à la machine a été la limitation de presquetoutes les fonctions à six: le nombre de pistes, depièces et de synthétiseurs.Les deux musiciens définissent leur musiquecomme de «l’électro pop trashy d’ici». Ils chantenten français et Mathieu mentionne que leurson a une couleur du Québec. Il ne pense pas queleurs créations auraient eu la même teinte s’ilsavaient enregistré dans un garage de Milwaukeeou une cave de Chicago.Quartier l!breen chantierPour la nouvelle année, ils relâchent un autre spécimendepuis la faune musicale : Les échinodermes*.Un maxi de trois titres, «beaucoup plusdigeste que ne l’était le premier». Étrange, carles oursins ne semblent pas commodes. Avec leurpiquant, ils dérangent et offrent une expériencepeu commune.Mathieu et Frédéric se sont rencontrés au baccalauréaten journalisme à l’UQAM. Ils ont tenudurant deux saisons l’émission L’oreille du tigreà CIBL 101,5 Radio-Montréal. Leur programmepassait de minuit à deux heures du matin, échappantaux quotas. À ces moments de liberté, toutesleurs découvertes musicales et leurs joyauxlyriques ont ainsi pu être diffusés sur les ondesmontréalaises.ViCtor Klein* Les échinodermes, dont le nom signifie à peau épineuse engrec ancien, forment un groupe très ancien d’animaux marins.Il compte 7 000 espèces vivant actuellement, dont les plusconnues sont les oursins et les étoiles de mer. Treize mille ontpar contre disparu.2011 sera une année de grands projets et nous sommesà la recherche d'étudiants voulant participer à notre comitéde développement. À l’agenda:• consultation étudiante• refonte du site internet• nouveaux contenus!pour plus d’informations: president@quartierlibre.caPage 16 • Quartier l!bre • Vol. 18 • numéro 9 • 12 janvier 2011


c u lt u r eN’en déplaise aux bonimenteurs,ce que vitnotre cinéma est loind’être rose!Avant même que l’Observatoire dela culture et des communicationsdu Québec (OCCQ) publie sonétude sur 2010, qui arrivera l’automneprochain, des observateurscroient que les parts de marché denos films risquent d’être à 9 %, soit9,3 % de moins qu’en 2005. Pire,cinéMan’écoutez pas nospontifes sur le 7 e art«Le cinéma québécois est en bonne santé». «Nos films s’illustrent autant en salles que dansles festivals internationaux». Visiblement, nos experts en cinéma ressassent toujours lesmêmes blablas dithyrambiques au sujet de notre septième art. Suis-je le seul qui roule desyeux devant leur excès d’optimisme?aucun expert n’a souligné ce problèmeévident: la dépendance ducinéma québécois envers ses filmscommerciaux.Outre les supposément exigeants(mais excellents!) Incendies et Les7 jours du Talion, les autres filmsmillionnaires de 2010 sont destinésau grand public : Lance etcompte, Le journal d’AurélieLaflamme, Filière 13 et Piché :Entre ciel et terre.Vous me direz que les blockbusterssont potentiellement plus rentablesque le dernier film des réalisateursDenis Côté, Xavier Dolan, SophieDeraspe, Julie Hivon ou CatherineMartin. Comment le savez-vous ?Ces films ont des sorties limitéesd’abord à Montréal, la région qui aconsommé le moins les films québécoisau cinéma l’an dernier,comme en témoignent leurs partsde marché local de 7 %, selonl’OCCQ. Si ces films marginauxsortent dans d’autres villes duQuébec, le concept de miracle vienten tête.Tant qu’à y penser, puisque la dernièreétude de l’OCCQ montre quele reste du Québec est plus friandde cinéma québécois que lesMontréalais, pourquoi tous nosfilms – quel que soit leur genre –ne bénéficient-ils pas d’une sortiegénérale ? Après tout, les responsablesde programmation des cinémasen dehors de Montréal ne perdentrien à garder un film sur leursécrans ne serait-ce qu’unesemaine, même s’il n’atteint qu’unpublic restreint.De plus, des films censés plaire àtous comme Pour toujours lesCanadiens, Le poil de la bête oumême Grande ourse : La clé despossibles ont été des échecs que jen’ai pas besoin d’illustrer enchiffres par crainte de vous scandaliser.Même si ces films ont étéprojetés dans presque toutes lessalles du Québec, ils ont mal paruau box-office.Savez-vous que?Dans son billet du 30 décembre2010, le critique de films de LaPresse, Marc-André Lussier, posaitcette question sans réponse sur sonblogue: «Combien de films produisenten moyenne des pays necomptant que sept millions d’habitantsde par le vaste monde ?Certainement pas autant [que leQuébec]. » Et Hong Kong ? Alorsque notre province a produit 33films sortis en salle en 2009 selonl’OCCQ, l’ancienne colonie britannique,avec une population égale àcelle du Québec, en a produit 16 deplus.Nos experts prouvent que répéterdes billevesées permet de les transformeren un axiome qui ne reflètepas précisément la réalité.Anh Khoi doÀ prévoir en 2011 : une avalanche de films en 3d ayant comme personnages principaux des animaux qui parlent.dans Rio, dont la sortie en salle est prévue le 13 avril 2011, les aras jasent.Prédictionsde 2011 à 2031Bien que j’aie tenté d’échapper au jeu de l’anticipation cinéphilique durant quelques années, laresponsabilité d’annoncer ce que 2011 nous réserve s’avère lourde et problématique. Questionde ne pas faire d’erreurs et de rendre les prédictions les plus justes possible, un tour des médiasles plus branchés de l’heure s’est imposé: Imdb, Twitter et Filmaffinity, entre autres, y sont passés.Étant donné qu’on ne retrouve que très peu de réponses dans ces colosses de l’Internet,il aura fallu creuser dans les sources inhabituelles.La recherche, quoique douloureuse,s’est avérée fructueuseet a permis derecenser, de façon générale, ce àquoi nous aurons droit – ou pas –en cette nouvelle année. Avant decommencer le dévoilement, unemise au point s’impose. S’il y aurabel et bien une suite au très attenduHarry Potter et à l’incompréhensibleTwilight et, bien sûr, une avalanchede films en 3D ayant commepersonnages principaux des animauxqui parlent, il est plus intéressantd’annoncer les longsmétragesqui capteront l’attentionpar leur marginalité. Sans allerdans les recoins qui n’intéresserontque les plus pointus des cinéphiles,voyons quelques titres qui risquerontd’enflammer le regard duspectateur.Parmi les objets les plus étrangessortant de la machine hollywoodienne,il y aura The Green Hornetmis en scène par Michel Gondry– Eternal Sunshine of the SpotlessMind. En tête d’affiche, SethRogen–c’est là que l’objet devientétrange– jouera le rôle du rédacteuren chef du Daily Sentine. Sousle nom du Frelon Vert, il devient unjusticier qui fait connaître la loi auxtruands à l’aide de son acolyteexpert en arts martiaux. Un synopsisqui miroite avec ceux de songenre, mais qui intrigue par celuiqui lui donnera vie.Un autre titre qui étonne en cedébut d’année est The Tree of lifede Terrence Mallick. Connu pourses films hautement philosophiquesà la narration inhabituelle, cecinéaste aura su plaire au grandpublic tout en bâtissant une œuvreriche au plan cinématographique.Analysant le thème de la perte d’innocence,le film met en vedette BradPitt et Sean Penn, signe précurseurd’une popularité garantie.Ce que l’onne verra pasNous n’aurons certainement pas denouveaux films de la part deChabrol ni de Rohmer, encoremoins de Satoshi Kon ou d’ArthurPenn. Ils sont tous pardonnés, carils nous ont quittés pour un mondemeilleur. Pourtant, il y a descinéastes bien vivants qui ne pourrontpas exercer leur métier en raisonde la censure. C’est le cas deJafar Panahi et MohammadRasoulof. D’origine iranienne, cesdeux cinéastes ont été condamnés àpasser six ans en prison pour desraisons qui sont des plus nébuleuses.À cette peine s’ajoute l’interdictionde réaliser des filmsdurant les vingt prochaines années.Il faut se rappeler que c’est ladeuxième fois que Jafar Panahi sefait emprisonner en moins d’un an.Il aura pu échapper à sa premièrepeine grâce à l’appui de sesconfrères cinéastes et de la communautécinéphilique. Le cinémairanien nous reviendra peut-être en2031, si la justice n’est pas au rendez-vouscette fois-ci.AlVAro SAlVAGnoQuartier l!bre • Vol. 18 • numéro 9 • 12 janvier 2011 • Page 17


c u lt u r esudokuR é - e n c h a n t e m e n t u r b a i nvan horne est une courfaite de miraclesPhoto :victorkleinsolutions sur quartierlibre.cabanquiers pris au piège dans le bitume.Demander conseil,c’est bien.Pouvoir en donner,c’est mieux.Depuis quelque temps, j’emprunteles traces de pas dansla neige. Constellations detaches d’encre grises. Une meute deloups a visité ce quartier avant mon passage.J’engage ma route dans la leur.Pour voir jusqu’où le chemin me mène.Devant le Théâtre Outremont, je lève lesyeux pour la première fois. Imposantebâtisse de pierres blanches. L’écrivaindont la plume fuit semble s’être arrêtélongtemps à cet endroit. Les gouttes,une à une, créent une flaque. Le tracéreprend. Il emprunte le pont du ParcSaint-Viateur. L’eau ne coule plus sousson arc blanc. Le temps s’est figé. Desoies glacées tentent de s’envoler.Devant la synagogue, je prends unmoment, profitant des rayons du soleil.En tournant la tête, je découvre duregard un instant merveilleux. Du toitd’un immeuble la neige s’envole, souffléepar le vent. Des spirales se formentdans le ciel. Elles frappent leséclats dorés projetés par le soleil.MAÎTRISE ÈS SCIENCES EN GESTION (M. SC.)Séance d’information : le jeudi 20 janvier, à 18 h 30Vous avez complété un baccalauréat en administration des affaires ou dans une discipline connexe (mathématiques,actuariat, droit, sciences humaines, etc.) ? La maîtrise ès sciences en gestion est à votre portée :19 options : • Affaires internationales • Comptabilité financière et stratégique • Comptabilité publique • Contrôle degestion • Développement organisationnel • Économie appliquée • Économie financière appliquée • Études organisationnelles• Finance (finance de l’entreprise, finance de marchés, institutions financières) • Gestion des opérationset de la production • Gestion des ressources humaines • Ingénierie financière • Intelligence d’affaires • Logistique• Management • Marketing • Méthodes analytiques de gestion • Stratégie • Technologies de l’informationhec.ca/mscLa nuit tombe. L’avenue du Parc estéventrée. Un véritable rift. S’affairent lesabeilles orange. D’énormes engins, dontles yeux projettent une intense gélatinelumineuse, mangent la route. Souvent, leregard des bêtes croise la fumée quis’élève du bitume. Les ouvriers circulent,ralentis: des ombres chinoises.Plus au nord, sous l’avenue Van Hornequi, dans un sursaut, se relève et offreun passage sous son ventre, je découvreune cour faite de miracles. Chaquepilier abrite des voyageurs éphémères.Un taureau, effrayant le badaud, unesérie de banquiers destitués et arrimésau sol, des filles venues du futur.Je réalise être au croisement où a commencéma fuite. Un seul chemin de pass’allonge devant moi. Depuis quelquetemps, j’incarne les pas dans la neige.ViCtor KleinPage 18 • Quartier l!bre • Vol. 18 • numéro 9 • 12 janvier 2011


c u lt u r ele courrier De ginaProblème pileuxCher Rick,Un regard entre des rideaux, ça ne ment pas.Mais plusieurs regards entre les rideaux, c’estdu béton. Il faut solidifier vos débuts, c’esttout. Plusieurs options s’offrent à toi.blant d’être un nouveau voisin, proposerun lavage de vitre) te permettra de fairehabilement ton entrée chez l’homme pourmieux t’y incruster, puis faire dévier laconversation vers un sympathique souperaux chandelles. Et le tour sera joué.Salut Gina,Je commence normalement mes messagesen me présentant, mais pas ici. Je t’avoueque je ne me sens pas très à l’aise à l’idéede me dévoiler en entier, alors appelle-moidonc Rick. Je t’écris pour te faire part d’unproblème qui me pèse sur le cœur. Je n’aipas osé en parler à qui que ce soit jusqu’àprésent, mais la personnalité de Rick medrapant aujourd’hui comme la plus épatantedes couvertures, je sens un souffle nouveaume pousser vers le bon sens. Voici mon problème.Lorsque je prends un certain cheminX pour aller à l’université, je passe devantune certaine maison Y où, je sais, réside unecertaine personne Z. Quand je passe devantla maison en question, je vois entre lesrideaux de la fenêtre un beau visaged’homme d’âge moyen qui m’observe. Lapremière fois, j’ai cru à un heureux hasard,mais cela s’est produit à plusieurs reprises.Hier, quand j’ai croisé son fabuleux regardnoir, j’ai tout de suite senti qu’il avait uneflamme de feu pour moi. Je m’adresse à toi,car tu sais bien – toi, Gina qui connaît si bienles coeurs et leurs valvules – que bien deshommes ne se décident jamais à faire le premierpas. J’hésite donc. Dois-je lui parler?Devrais-je plutôt attendre qu’il m’aborde?Sera-t-il effrayé par mon cruel monosourcil?Pourrait-il être l’élu de mon cœur?Merci au cas où tu répondrais!riCKNe compte pas sur lui pour faire les premierspas, fonce plutôt. Adopte la méthodedirecte. La prochaine fois que ses prunellesembrasées croiseront les tiennes, précipite-toi– nu ou pas – à la fenêtre, puistape dessus vigoureusement. Je te conseilled’accompagner ton geste d’un sourire lan -gou reux et séduisant. Ne le brusque pas enessayant de faire un rythme dans les carreaux.Cogne simplement avec assurance.Le stratagème permettra à Z de noter quetu es spontané, audacieux et, surtout, souriant.Par la suite, dirige-toi soit vers laporte (s’il semble vouloir t’ouvrir), soitvers la fenêtre (s’il est enclin à te laisserrentrer chez lui de façon peu traditionnelle).J’ai bon espoir qu’une petite excuse(demander une tasse de farine, faire sem-Ne t’inquiète pas. Je n’oublie pas tonpetit problème pileux. Encore une fois,lorsqu’il y a un problème, Gina le résout.As-tu pensé à mettre une cagoule ? C’estl’hiver. Il n’y verra donc que du feu avecson regard de flamme. Sinon, tu peuxaussi disposer une série de bindis(bijoux indiens) sur la partie centralede ton sourcil et expliquer que tu reviensd’une cérémonie hindouiste.Donne-moi des nouvelles de ton prochainmatin. Je te souhaite une rencontre à lahauteur de ce regard enflammé.GinA CArettA/ChArlotte Bironcourrierducoeur@quartierlibre.cale Père volant, ou le PourQuoi De l’absence De caDeau sous votre saPinl’aMour D’une MèreQuartier l!bre • Vol. 18 • numéro 9 • 12 janvier 2011 • Page 19


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