Saint-Germain - Magazine Sports et Loisirs

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LOISIRS ET DÉCOUVERTESUN VILLAGE À PARISClaire BuartPhotos : Claire Buartet Hôtel Montalembert48


«Escapade pour un week-end mais encore…»Saint-Germain-des-PrésLe Temps retrouvé…Nul ne doutait que Paris recèle destrésors.A cheval entre le VI e etle VII e arrondissement, le quartier de Saint-Germain-des-Prés est à lui seul un village, sorte de coffret où lamémoire des philosophes, écrivains, artistes et moralistesmarque encore de son sceau les plaques derues.Saint-Germain se dévore comme un millefeuille,livre à ciel ouvert chapitré par la «trompinette»de Boris Vian et illustré des peintures de Delacroix.49sportsetloisirs.ch


DestinscroisésLongtemps Saint-Germain nes’est pas couché de bonneheure. Point de rencontre des éruditsde toute l’Europe, c’est dansce village au milieu de la ville quel’histoire et la création se sontdonné rendez-vous.Nous sommes en 542. L’armée deChildebert, fils de Clovis, assiègeles Wisigoths à Saragosse. Il fautabriter le butin et notamment latunique de saint Vincent obtenuede la reddition des barbares. Surles conseils de l’évêque Saint-Germain,Childebert fait construirel’abbaye située, comme son noml’indique, «des prés», à l’extérieurde l’agglomération. Entouréed’un monastère, elle s’imposerapidement comme la plus richede France. C’est aujourd’hui leplus ancien sanctuaire roman dela capitale où repose René Descartes,père de la philosophiemoderne.Vers 1180, l’église Saint-Sulpicedeviendra l’église paroissiale dubourg. C’est l’une des plus grandesde Paris. Ses grandes orgues, inauguréesen 1862, sont réputées danstoute l’Europe et l’on peut admirerde très belles peintures de Delacroixornant la première chapellesur la droite. Sur la place, lafontaine des Quatre Points Cardinaux,consacrée aux quatre orateurssacrés, Massillon, Fénelon,Bossuet et Fléchier, est une dessept fontaines de Paris. Rue del’Abbaye, dans la «maison-déco»chez Flamant (tout s’achète dansce concept original où l’on circulede pièces en pièces jusqu’ausalon de chocolats!), reste le vestigede la chapelle de la Viergeédifiée par Saint Louis.50Fontaine des Quatre Points Cardinaux


Le faubourg se développe petità petit pour devenir dès leXVII e siècle, le foyer du mondelittéraire et dramatique. Saint-Germain exerce un véritablepouvoir d’attraction.Artistes, écrivainsontpour habitudede se réunirdans les nombreuxcafésqui fleurissentdans le quartier,comme le Procope quiouvre ses portes en 1689 à lafoire Saint-Germain. Cette foireest d’ailleurs restée une traditionet anime les rues chaqueannée au mois de juin.Nous sommes à la veille de larévolution. Clergé et artistescohabitent dans Saint-Germain,dérogeant par-là à toutesles convenances. En 1789, laTerreur Rouge sonne le glasde la puissante abbaye bénédictine.Transformée en dépôtde salpêtre, elle explose…Pourtant la vie culturelle etartistique du quartier n’est pasmorte et continue de s’épanouir.Au XIX e siècle, les intellectuelscomme Balzac, GeorgeSand, Ingres, Manet ou Delacroixnourrissent un attachementparticulier pour ce lieuà part. Le musée Delacroix estaménagé au dernier domiciledu peintre (rue Furstenberg)où il mourut en 1863. En plusde ses œuvres, on peut découvrirquelques-uns de ses souvenirspersonnels, des lettres,des photos de ses proches(Baudelaire, Sand) et des objetsrapportés de voyages.51sportsetloisirs.ch


Au cours du XX e siècle, la vie littéraireet artistique bat son plein.Les cafés à la mode ont leurpropre cercle et créent même leurprix littéraire. Le Café des DeuxMagots fonde le prix Saint-Germain-des-Prés,dont le lauréatest Raymond Queneau pour leChiendent. De la trilogie limonadièrela plus littéraire de Paris (LeFlore, les Deux Magots et la brasserieLipp, les trois en face del’église de Saint-Germain), LéonPaul Fargue dira: «Ce sont de véritablesinstitutions aussi célèbresque des institutions d’Etat.» Pendantla Seconde Guerre mondiale,les cafés du quartier sont les derniersrepères pour «échanger savision du monde» et réfléchir àl’Occupation. Chaque jour, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoirarrivent dès l’aube au Café deFlore pour s’installer auxmeilleures places près du poêle.Picasso, Prévert, Breton en fontaussi leur repère. En plus le caféprésente l’avantage d’être toutproche d’une bouche de métro…En sillonnant le quartier, le regards’arrête sur des plaques, sortes devirgules d’une rue à l’autre, quirappellent qu’ici on a bravé l’envahisseur.Michel Leiris cachedes résistants au 53 bis, quai desGrands-Augustins. En 1943, Prévertséjourne au 4 bis, rue desBeaux-Arts. Sa route croise cellede Desnos qui vit rue Mazarine(avant d’être déporté) et celled’autres résistants. MargueriteDuras abrite des activités clandestinesau 5, rue Benoît. Camusy passe récupérer des dossiers.Une autre fois, c’est François Mitterrandqui, arrivant de Londreset d’Alger, rencontre des candidatsà l’entrée dans son réseau de résistance.Le 26 août 1944, lendemainde l’entrée de l’armée françaisedans Paris, un certainHemingway, reporter du magazineCollier’s, débarque 18, rue del’Odéon. A partir des années 1950,Saint-Germain est le quartier oùl’on se «retrouve». Bridés par quatreannées d’occupation, la jeunesseet l’esprit philosophique agitent le«bocal» de ce lieu transformé par lesartistes, les écrivains, les musiciensen une kermesse nyctalope. En 56,la Machine à Ecrire de Cocteau estjouée au théâtre de l’Odéon. Picassotermine Guernica dans son atelierrue des Grands-Augustins etson ami Man Ray lui rend régulièrementvisite. Brassens, Brel, Trénet,Béart, Aznavour, Gainsbourg viennent«traîner leurs notes» dans lequartier. On trinque le jour dansles cafés. On écoute le jazz de LaNouvelle-Orléans ou le be-bop auClub Saint-Germain ou au BlueNote. Sidney Bechet, Miles Davis,Duke Ellington sont les kings deces «caves» à musique. Boris Viancrée le Tabou… Une certaine jeunessequi se dit «existentialiste»s’exhibe dans ces lieux à la mode.52


ConjugaisonfantaisisteSi les bâtiments du XVII e siècleont survécu, les signes denotre modernité sont évidents.Au grand dam de certains Germanopratinsqui se sont regroupésen associations pour défendreleur quartier contre la pressiondes poids lourds du luxe. Pasfacile de préserver son authenticitéhistorique et culturelle quanden face, à coups de subventionset de sponsoring, les grandesenseignes viennent griffer leslibraires et les petites boutiques.Juliette Gréco a elle-même créél’association SOS Saint-Germain:c’était il y a quelques années, lalibraire le Divan, haut lieu desintellectuels rive-gauche lacaniens,cédait la place à unemarque de l’univers du luxe…Le quartier se savoure pourtantcomme une confiserie où se juxtaposenttranches de vie, lieuxbranchés et institutions. Le magasinchic côtoie des maisons derenom comme les macaronsLadurée (le must du macaron!)ou les chocolats Debauve & Gallais(chocolatiers des anciens roisde France depuis 1800). La traditiondes boîtes de jazz n’est pasmorte. Depuis l’année 2000, férusde jazz, de blues et de gospel seretrouvent pendant le Festival dejazz au mois de mai.53sportsetloisirs.ch


54Il faut se laisser guider par lefluide culturel qui circule dansles rues. On est surpris par lecharme désuet de certains établissementsaux devantures«Belle Epoque». Faïences métaphoriques,lourdes portes en boispeintes…. Il fait bon lézarder ledimanche matin rue de Buci etprendre son café en terrasse. Avecle Carré Rive Gauche, ce sont120 galeries et antiquaires qui sesont regroupés autour d’objetsnés en Extrême-Orient ou enRussie, de mobilier Renaissance,faïences anciennes, tapis,tableaux, sculptures, dessins…De quoi ravir les amateurs d’art.Les références dans le monde dudesign (Maxalto, Cassina, Kartell,Knoll…) attirent une clientèlemondiale. Parmi les bonnes tablesdu quartier, le Bistrot de Paris etla Maison Allard, immuable, restentdes monuments de l’universbistrotier avec zinc et carrelage. Letout Paris s’y retrouve tant pourl’atmosphère que pour la cuisinetraditionnelle. A moins quel’on ne préfère la cuisine nouvelledes Bookinistes, un des derniers-nésdu groupe Guy Savoy,avec vue sur Notre-Dame ou lacuisine inspirée des Landesd’Hélène Darroze qui talonne lesétoilés parisiens avec ses deuxmacarons Michelin.


PassérecomposéOn ne peut séjourner à Saint-Germain-des-Préssans choisir un lieuqui s’inscrive dans l’histoire du quartier.En trait d’union de la Seine et duboulevard Saint-Germain, l’hôtelMontalembert a non seulementrenoué avec son passé artistique et littérairemais a consolidé ses racinesdans le terreau de Saint-Germain.Construit en1926, il tient son nom ducélèbre Charles Forbes Montalembert,politicien et écrivain, membre de laprestigieuse Académie française.Myriam Kournaf, directrice de cetteinstitution, accueille ses hôtes commeune maîtresse de maison. Monde artistiqueet politique mais aussi clientèleétrangère se réfugient dans cet endroitconfidentiel et minimaliste. On protègel’intimité de chaque hôte dont on précèdeles moindres désirs. Faire plaisir,ne rien imposer. Qu’on soit connu ounon, on est «reconnu». Le vrai luxe.55sportsetloisirs.ch


56On se love avec délice dans l’unedes 56 chambres et suites contemporainesou classiques (styleLouis-Philippe). Du 8 e étage, sousles toits, c’est tout Paris et sa tourEiffel qui sont à nos pieds.Lampes en bronze dessinées parEric Schmitt, photos de Jean-Pierre Godeaut, estampes de GiuseppeCastigioni: l’hôtel, pionnierdes «hôtels boutiques» cultivel’art et l’art de vivre. Dans lessalles de bain, le marbre de Cascaiscousine avec les chromes etde larges miroirs pivotants.Loin du tumulte du centre-ville,sur la terrasse, on devient complicede la rue. A l’intérieur, lerestaurant trouve son nouveaudécor dans les lignes audacieuseset le bois de sycomore. L’ambiancecontemporaine signéeChristian Liaigre marie savammentcuir, marbre et quelquesobjets africains. Pas d’artificesinutiles. Passé et futur se conjuguentsans fautes. Le mêmeniveau dévoile la cuisine du chefEric Brujan. Sa carte inventivejoue la diversité. Autour desthèmes «Terre, Mer, Soleil ouVégétal», les mets flattent le palaispar des saveurs fines, douces ouépicées et rappellent que «le goûtfait deviner le beau où il est»(Delacroix).


Au salon Gallimard (en référenceà la célèbre maison voisine),on réserve un espaceprivé loin des regards. Danscette parenthèse fertile, unécrivain installé près de la cheminée,poursuit son roman.L’hôtel a d’ailleurs renoué avecla tradition des prix littérairesen lançant en 2005 le prixMontalembert du PremierRoman de Femme, présidé parMarc Lévi. A noter en septembre,une exposition sur leTibet «Beauté Nomade» avecdes photos signées YannRomain et des textes d’HippolyteRomain. Et plus régulièrement,c’est aux sons duquartet de jazz de Sarah Lenkaque le Montalembert recomposele passé musical de Saint-Germain.Confident, ami, cet endroitnous prend par la manchepour nous raconter des histoires:la sienne, celle de Saint-Germain-des-Prés. Plus qu’unhôtel, cette villégiature citadinenous susurre son secret:celui du temps retrouvé.Hôtel Montalembert3, rue de Montalembert75007 Paris. France33 (0)1 45 49 68 68www.montalembert.comMuséesMusée Delacroix:33 (0) 1 44 41 86 50www.delacroix.frMusée d’Orsay:33 (0) 1 40 49 48 14www.musee-orsay.frMusée Rodin:33 (0) 1 44 18 61 10www.musee.rodin.frMusée Maillol:33 (0) 1 42 22 59 58www.museemaillol.com57sportsetloisirs.ch

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