"new age" travellers en grande-bretagne - Prospective Jeunesse

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"new age" travellers en grande-bretagne - Prospective Jeunesse

Les cahiers dePROSPECTIVEJeunessEBureau de dépôt - 1050 BRUXELLES 5Cahiers - volume 6 - n°3 - 3ème trimestre 01Les “New Age” Travellers enGrande-Bretagne : exclusion,alternative et résistanceDossier : “Cannabis etautres drogues :la dépénalisation enquestions” - Tome 2Dépénalisation et prévention :entre interdit et inter-ditLe GSM en jette et le pétardpète... Et l’école dans tout ça ?Interview d’un dealerprofessionnelFumeux... !Des consommateurs bruxelloisprennent la parole


Rédacteur en ChefHenri Patrick CEUSTERSSecrétaire de RédactionClaire HAESAERTSComité de RédactionHenri Patrick CEUSTERSClaire HAESAERTSMartine DALAntonio JOAQUIMBernard DE VOSAlain MICHELETComité d'AccompagnementPhilippe BASTIN, Directeur d'InforDrogues, Bruxelles.Line BEAUCHESNE, Professeureagrégée, Département deCriminologie, Universitéd’Ottawa, Canada.Jean-Marc BOUTTEFEUX,Médecin généraliste, médecinscolaire et membre du R.A.T.Alain CHERBONNIER,Philologue, Licencié enEducation pour la Santé,Question Santé asbl. Manu GONCALVES, Assistantsocial, Coordinateur du Centrede Guidance d’Ixelles.Christian GREGOIR, Responsablede la collection Education pourla Santé de la Médiathèque dela Communauté Française deBelgique.Pascale JAMOULLE, Chargée deRecherche de la CelluleToxicomanies du CPAS deCharleroi.Roger LONFILS, DirecteurPromotion Santé, Ministère dela Communauté Française.Renaud QUOIDBACH,Responsable de Projets, ModusVivendi.Micheline ROELANDT, Psychiatre,Bruxelles.Gustave STOOP, AdministrateurSOS Jeunes - ProspectiveJeunesse.Jacques VAN RUSSELT,Coordinateur Alfa, Liège,Président de la Feditowallonne.Les articles publiés reflètent les opinions de leur(s) auteur(s) mais pasnécessairement celles des responsables des "Cahiers de ProspectiveJeunesse".Ces articles peuvent être reproduits moyennant la citation des sources etl'envoi d'un exemplaire à la rédaction.Ni Prospective Jeunesse asbl, ni aucune personne agissant au nom de celle-cin'est responsable de l'usage qui pourrait être fait des informations reprisesdans cette publication.Publication trimestrielleAbonnement annuelPrix au numéro: 250 FB = 6,20Numéro de compte bancaire : 210-0509908-31Frais d'envoi comprisBelgique CEE Autres paysInstitution 900 = 22,31 1000 = 24,79 1100 = 27,27Personnel 750 = 18,59 850 = 21,07 950 = 23,55Etudiant 600 = 14,87 700 = 17,35 800 = 19,83Illustration de couvertureEtienne SCHREDERIllustrationsJacques VAN RUSSELTMaquette et mise en pageHenri Patrick CEUSTERS etClaire HAESAERTSImpressionNuance 4, NaninneEditeur ResponsableRaymond VERITERN° ISSN : 1370-6306Prospective Jeunesse asbl27 rue Mercelis - 1050 BruxellesTél: 02/512.17.66 - Fax: 02/513.24.02E-mail : cahiers@prospective-jeunesse.beSite Internet : http://www.prospective-jeunesse.beAvec le soutien de la Communauté française de Belgique et de laCommission communautaire française de la région de Bruxelles-Capitale.


EDITORIL’QCPannonce de la nouvelle politique belge en matière de droguescontinue à susciter de multiples questions et interprétations diversesvoire contradictoires .Et si les articles publiés dans le numéro précédent ont apporté quelqueséléments de réponses, celui ci n'a pas, loin s’en faut, la prétention declore le débat.ue ce soit d'un point de vue juridique, social, économique ouindividuel, cette “nouvelle” orientation de notre gouvernement en laisseplus d'un perplexe.Les experts juridiques dénoncent le manque évident de clarté destextes légaux. Les travailleurs de terrain , déjà pris dans la doublecontrainte “prévention-répression”, ne savent vraiment plus sur quelpied danser.Les acteurs de l'enseignement et les parents se demandent commentintégrer cette nouvelle donne dans leur mission d' éducation.Les jeunes, quant à eux, sont persuadés de pouvoir consommer en touteliberté et impunité puisque "… on l'a lu dans les journaux".hacun tente donc de s'approprier, comme il le peut, cette nouvelle(si neuve que ça ?) réalité politique d'une note si peu cohérente et sipeu claire...our faire voir, ce numéro vous invite à la rencontre de quelques-unesde ces “réalités” à travers les expressions de personnes situées àdifférents carrefours de cette “canna-piste”... Au risque de se perdre?ALHenri Patrick Ceusters et Isabelle Van Pevenage1Les Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n°3 - 3eme trim.01


LES "NEW AGE" TRAVELLERS ENGRANDE-BRETAGNE :EXCLUSION, ALTERNATIVE ETRESISTANCEMarcelo FREDIANI 1Les médias britanniques les appellent "New Age Travellers". Ils sont des milliers àvivre de manière nomade et à squatter des propriétés abandonnées dans lescampagnes et les quartiers défavorisés des grandes villes. Le phénomène a reçu uneattention médiatique considérable pendant les deux dernières décennies. Les NewTravellers sont présentés comme une bande de malfrats sans abri à la recherched'un toit ou des victimes du système économique et social des sociétés capitalistesavancées, au sein desquelles ces nomades sont perçus comme des résistantsémergeant de la contre-culture britannique. Cependant, derrière ces imagesréductrices, il y a un phénomène social fort complexe à comprendre au-delà d'uneinterprétation en termes d'un simple phénomène d'exclusion sociale qui présenteles Travellers comme des victimes du système social ou délibérément commedéviants et criminels. En effet, le style de vie nomade est à l'origine de laconstitution d'une identité et d'un processus de ressocialisation important. Leurchoix de vie montre le désir de création d'un nouveau sens sociétal.Mots clés- contre-culture- exclusion socio-économique- nouveaux nomades- résistance socioculturelle- style de vie alternatifUne nouvelle forme de nomadisme ?La récente affluence d'individus sans origine tsiganevivant de manière nomade n'est pas nouvelle dansl'histoire européenne. Plusieurs historiens observentque le nomadisme trouve ses origines dans lesdifférents changements socio-économiques, les guerreset les périodes de crise. Ainsi, nous allons rencontrerdans la France de l'Ancien Régime un nomadisme decrise, où des "troupes affamées" sont jetées sur lesroutes "en quête de pain". La misère conduit souventces nomades à unir leur sort dans une "mendicité de plusen plus agressive" débouchant souvent sur le"brigandage organisé". Au XIXème siècle, le nomadismespatial et géographique tend à devenir essentiellementune catégorie sociale. C'est l'écart par rapport à la loiqui devient le critère du nomadisme. L'existence mêmedu nomade est considérée comme une menace face àtoutes les règles sociales. Son existence est unevéritable provocation pour l'ordre social. 21. Licencié en Philosophie et diplomé en Anthropologie Sociale et Culturelle. Prépare actuellemment un doctorat en Sociologieà l'UCL.Les Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01


3Selon le professeur Michael Stewart , le surgissementdes "New Age" Travellers sur la scène socialebritannique peut être comparé à l'apparition desancêtres de plusieurs groupes tsiganes. Nos sociétés"créent" des groupes nomades comme une "réaction" àelles-mêmes, ou plutôt comme une réaction à dessituations intolérables d'existence dans un contextesocial donné, car "if you want to oppose the respectableway of life in society, one of the ways of doing so hasalways been to become nomadic". Mais, comme nousallons le voir dans cet article, s'il reste vrai que le choixd'adoption d'un style de vie nomade est souventconditionné par des circonstances intolérables de vie,nous ne pouvons pas affirmer qu'il ne relève pas d'uneintention consciente de changement et d'une réactionface à une situation d'exclusion.En Grande-Bretagne, l'histoire du nomadisme n'est pasrécente. En Irlande, d’innombrables tribus ont étédépossédées de leur terrain par les colons anglais sousles ordres de Willam of Orange. De la même manière, la"Potato Famine" de 1845-48 a forcé des milliers depersonnes à voyager à la recherche de nourriture. Ainsi,selon Earle, "although denied recognition, Travellersare part of a long established history of native adopting4a travelling life as part of a changing society".Actuellement, A. Reyniers affirme que la populationnomade vivant sur les îles britanniques est composée degroupes qui s'y sont établis depuis le XVIème siècle.Quatre groupes d'origine ethnique tsigane viventactuellement en Grande-Bretagne : les Kalés du nord dupays de Galles, les Romanichels anglais et ceux du sud dupays de Galles, les Minceirs ou Irish Pavees et lesvoyageurs écossais ("Scottish Nawkens"). A cesgroupes, il faut ajouter les "nouveaux voyageurs"arrivés plus récemment dans la scène socialebritannique. D'origine ethnique diverse et venant d'unstyle de vie sédentaire, ces individus ont adoptéun style de vie nomade en s'installant sur les lieux de5halte réservés aux tsiganes.6Les estimations publiées par l'A.C.E.R.T. dénombrententre 100.000 et 150.000 tsiganes et autres Travellersvivant en Grande-Bretagne actuellement. Seulement45.000 d'entre-eux vivent de manière nomade ou seminomade.Le rapport présenté par Vicki Stangroome7affirme que le nombre de "New Age" Travellers était de10.000 à 15.000 en 1990. Des sources d'information dela police anglaise estiment qu'en 1995 existaient environ1.800 véhicules habités par des personnes d'autreorigine que tsigane. Des estimations fournies par A.8Reyniers dénombrent entre 1500 et 2000 "nouveauxvoyageurs" vivant en Grande-Bretagne.Connu par la presse britannique sous le nom de "NewAge" Travellers, le mouvement a été identifié pour lapremière fois vers la fin des années 60 et s'est élargirapidement pendant les années 70 et 80. Désignécouramment comme "hippie" par le public, aujourd'hui lephénomène est constitué principalement de jeunes9adultes fuyant des conditions sociales intolérables , despersonnes dépossédées de leur maison et des anciens10sans abri.L'ensemble des journaux britanniques s'entendent pourdire que le nombre de ces nomades a augmenté demanière "dramatique" pendant les dernières années dugouvernement Conservateur et a causé de nombreuxproblèmes, surtout dans les campagnes anglaises :l'occupation de fermes agricoles et l'abandon dedéchets sur les sites qu'ils occupent, le nombregrandissant de chiens laissés en liberté, les dommagescausés par ces chiens aux troupeaux de moutons et,finalement, la nuisance sonore causée lors des "ravesparties".Les "raves" sont souvent assimilées auxTravellers vu qu'ils sont les propriétaires de "soundsystems" itinérants et se chargent de la musique et de la11lumière dans ces soirées.De part ces éléments, la presse officielle n'a pas tardé àconstruire une image très négative du phénomène et legrand public a fini par assimiler le surgissement de cesgroupes à une crise non seulement socio-économique,mais morale et de valeurs qui a "ravagé la jeunesse" enGrande-Bretagne. Les Travellers sont ainsi devenus"responsables" de toutes sortes de dégâts arrivés dansles campagnes et les villes. Un grand nombred'établissements publics ont interdit l'entrée auxTravellers, des milices privées (les "Vigilantes") ont étécréées dans le seul but d'éviter l'arrivée des groupesnomades dans leur région. De plus, l'usage abusif dedrogues par certains groupes nomades venus desgrandes villes a été assimilé à la totalité de la population12New Traveller.Cependant, derrière cette image quelque peu réductriceconstruite par les médias, le phénomène Traveller estcomplexe et englobe une infinité de différentescaractéristiques, valeurs, croyances et attitudes. Unedémarcation précise d'un "groupe" en tant que teln'existe pas et l'identification des New Travellers surle terrain n'est pas facile. Il s'agit en effet d'unphénomène aussi hétérogène et multiforme quel'ensemble de la contre-culture en Grande-Bretagne.La contre-culture et les festivalsLes Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01


Pendant ces dernières décennies, nous avons vu surgirsur la scène sociale et culturelle des sociétéscapitalistes avancées, une infinité de groupes de jeunesaffirmant les plus différents styles de vie dits"alternatifs". Il apparaît que, dans un contexte culturelen constante mutation, des individus, désenchantés parla situation socio-économique rencontrée dans nossociétés contemporaines, cherchent à créer desalternatives de vie à un monde social et politique ferméaux initiatives non-institutionnelles.Les New Travellers sont apparus dans la foulée de cemouvement contestataire. Dans ce sens, le phénomèneNew Travellers est à considérer comme une des plusrécentes manifestations de la contre-culture13britannique. En effet, les mouvements dits de contreculturecomme les mouvances qui émanent de la "Beatgeneration", le mouvement hippy, les punks et le "squatmovement" ainsi que celles organisées autour des "freefestivals"ont conduit une masse de jeunes à se déplacercontinuellement et à revendiquer un style de vie endehors des cadres conventionnels de la société.Les Travellers situent les origines de leur mouvementlors des premières manifestations de la "Beatgeneration" dans les années 50. Le livre de JackKerouac, "On the Road", est spécialement cité commel'ouvrage à l'origine de beaucoup d'expériencesnomades parmi les jeunes dans les années 60. En 1964,Ken Kesey a créé le 'bus psychédélique' dont le but estla transversée "psychédélique" des Etats-Unis d'Ouesten Est, comme une exacte répétition, mais en sensinverse de la traversée de Kerouac et Neal Cassady14narrée dans "On the Road".Lorsque l'on cherche à tracer l'histoire du mouvementTraveller, le rapport entre les premières errances liéesà la contre-culture hippy et aux festivals de musique desannées 70 en Grande-Bretagne est évident. LesTravellers attachent une forte importance à cettequête de "liberté" prônée par ces premiers mouvements"pré-alternatifs". Au début des années 80, Stonehengedevient le centre d'un pèlerinage annuel à l'époque dusolstice d'été. L'endroit est le lieu d'un importantfestival mystique et musical. Rapidement, disposerd'une grande mobilité est devenu nécessaire pour letransport de lourd équipement de son et de large scène.D'un festival à l'autre le matériel suit et un logementconvenable est recherché. Finalement, les véhiculeslourds ont toute leur importance dans leur style de vie.Dans la même logique, comme l’observe G. Mckay, afin degarantir la réalisation des festivals et pour des raisonspratiques et de sécurité, étant donné que les vieuxvéhicules tombent souvent en panne, plusieurs petitsgroupes se sont formés pour commencer à voyagerensemble. A l'époque des grands festivals des années80, la réunion de plusieurs petits groupes voyageantensemble est à l'origine des grands convois connus sous15le nom de "The Peace Convoy" ou "The Convoy".Actuellement, les festivals de musique et les rencontrespolitiques restent centraux dans la constitution du stylede vie de ces individus. En effet, pendant l'été la plupartdes Travellers se déplacent énormément. Cette époqueregorge de festivals de musique payant et autresactivités artistiques. Ces festivités représentent aussila possibilité de passer du bon temps et d'avoir unendroit sûr où l'on peut rester parqué pour un certaintemps sans se faire expulser, et profiter gratuitement16de plusieurs facilités. Les festivals sont des points derencontre et de sociabilité importants qui permettentaux nomades de revoir des amis et faire la fête, faire denouvelles connaissances qui ont le même style de vie etéchanger ses expériences. Par ailleurs, les festivalsreprésentent une source de revenus pour la majoritédes Travellers et permettent une économie"alternative" qui rend viable leur "culture itinérante".Toute une gamme d'activités est possible : la vente dedivers produits (aliments, alcool, tabac, artisanat, vieuxobjets), la réalisation de services divers (l'arrangementde l'emplacement du festival, mécanique, nettoyage),les performances musicales ou de cirque.Cependant, si les festivals occupent une placeimportante dans la "scène" New Traveller, ils ne sont pasun passage obligatoire pour tous. Certains d'entre-euxconstruisent leur style de vie indépendamment de cesfestivités. Il faut observer que la fréquentation desfestivals est devenue rare pour plusieurs de cesnomades ayant famille et enfants en raison de la grandemasse de gens extérieurs au milieu qui les fréquententet l'usage abusif d'alcool et de drogues.Pauvreté et exclusion17Comme le révèle un document de "Children's Society" ,actuellement deux tiers de New Travellers sontconstitués par des personnes amenées à vivre demanière nomade à cause d'une situation d'exclusionsocio-économique. Le document présente la populationTravellers comme étant surtout constituée depersonnes sans abri, de jeunes en rupture de relationsfamiliales ou de couple, des personnes sorties de cliniquede désintoxication ou de prison, des jeunes hommesrécemment sortis de l'armée, d'individus qui avaient descontrats de logement ambigus, et le plus souvent ayantLes Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01


des difficultés financières. En effet, des entretiensréalisés avec des habitants de plusieurs sites montrentque la majorité des habitants ont un "background" deSDF de plusieurs mois, voire des années, d'autressortent d'une vie en squat.La majorité de ces individus sont motivés pour adopterun style de vie alternatif à la suite d'une période degrande détresse et d'épuisement devant le travail et lavie sédentaire associée à des préoccupations quant àleur qualité de vie et d'harmonie avec leurenvironnement. Ainsi, si les festivals sont à l'origine duphénomène, sa continuité est conjuguée à la situation decrise et à la recrudescence de la législation relative au18"squat". Pour la plupart d'entre-eux, la décision dedevenir nomade était la seule alternative possible etl'option du voyage se présente comme une solutionviable face à ces problèmes. De plus, comme dit G.Mckay, "the bricolage constructed...(is) in accordancewith the transformation and transience appropriate toan often nomadic lifestyle that rejects permanence and19stability as ideals".L'invention quotidienne d'une "alternative"de vie : le processus de ressocialisationLe phénomène New Travellers est formé par une infinitéde groupes plus ou moins organisés mais surtout par desindividus seuls ou qui voyagent avec d'autres sans avoirun lien "communautaire" dans le sens classique. En effet,ce que l'on appelle les New Travellers sont diversgroupes constitués de manière pragmatique avec trèspeu d'organisation interne et aucune hiérarchiepréétablie. Néanmoins, une sorte de "communauté20pratique" se forme entre les Travellers. Croire àl'existence d'un lien de solidarité entre les gens vivantde la même façon, est une manière d'assurer cette"sécurité ontologique". En effet, selon A. Giddens, lanotion de "sécurité ontologique" explique le sentimentde sécurité qui se fonde sur la conscience pratique,caractéristique d'un important segment de l'activitéhumaine dans toutes les cultures. La consciencepratique est liée de manière tacite aux élémentscognitifs et émotifs qui conditionnent notre attitudenaturelle comme membres d'une société donnée dans la21vie quotidienne.L'inexistence parmi les New Travellers d'une idéologiede lien de groupe conduit ces acteurs à s'identifier parleur style particulier, les différentes manières devoyager, d'habiter et de s'habiller. Cependant, le choixde vie nomade demande plus que la simple adoption d'uncadre de vie et de pratiques préétablies mais l'inventionquotidienne d'un style de vie au travers du partage dedifférentes pratiques de "vie nomade" dans uneexpérience constante d'appropriation d'élémentsculturels empruntés de diverses traditions ou culturesjeunes déjà existantes. Ainsi, la création d'une"culture" New Traveller est fort éclectique et puise seséléments dans les plus diverses sources comme lescultures jeunes (hippy, punk, etc.), le mysticismeasiatique, les traditions des Indiens d'Amérique, lapensée écologique, le pacifisme, l'anarchisme, lepaganisme celte, les croyances dans les mystères de laTerre et le New Age.Dans la pratique quotidienne de la vie nomade, plusieurstechniques sont empruntées des culturestraditionnelles : les techniques d'occupation de l'espaceet de construction des habitations (des tipis desIndiens nord-américains et des dômes géodésiques ouigloos); les manières traditionnelles de préparer lanourriture, de conserver les aliments et l'eau sontrécupérées des traditions tsiganes; la manière des'habiller et de travailler (artisanat, performances,agriculture saisonnière, etc.) et tant d'autres élémentssont créés, adaptés ou empruntés de cultures jeunes.Par cette expérience pratique d'un style de vie enconstruction et le partage de divers aspects de la viequotidienne avec divers groupes, les Travellersdéveloppent un sentiment d'appartenance à un groupedifférencié. Les Travellers se considèrent comme desindividus vivant de manière alternative, parfoismarginale, et reconnaissent le lien qui les unit à ceux quipartagent les mêmes pratiques : les gitans, les gens duvoyage et toute "culture alternative" à la sociétécapitaliste avancée en générale.La compréhension de la logique du phénomène NewTravellers passe nécessairement par l'interprétationde la pratique de leur style de vie nomade comme unetentative de résoudre les problèmes objectifs qui leursont imposés par nos sociétés de production et deconsommation : les graves difficultés pour l'obtentiond'un emploi, le manque de logement et les problèmesfinanciers. L'émergence de "l'attitude alternative" faitpartie d'un important phénomène social et culturel dansles pays capitalistes avancés pendant les années 80-90 :le "Do it yourself culture", où l'adoption d'un "style devie alternatif" implique la prise en charge de l'individupar lui-même en dehors des cadres institutionnels etpolitiques conventionnels.Si la vie des New Travellers est interprétée parl'ensemble de la société comme des "moyens de survie",Les Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01


elle est conçue par la communauté New Travellerscomme une "manière de vivre", plus "libre" et "dégagéede contraintes sociales". Dans les récits des Travellers,leur choix de vie est toujours présenté comme un "choixde vie positif". Les Travellers rencontrés considèrentleur style de vie nomade non pas comme une rupture avecla société, mais plutôt comme une manière alternative devivre dans une société qui offre peu de conditionsd'épanouissement personnel et social. Les attitudesadoptées par ces acteurs doivent être interprétéescomme des "stratégies" pragmatiques qui cherchent àgérer les tensions causées par les attentes personnellesdes individus et la conscience des situations concrètesde leur existence. L'adoption et la persistance decomportements nomades est à interpréter commel'effet d'une "réflexivité pragmatique" des acteurs etnon comme un comportement de simple exclusion etd'anomie sociale.Criminalisation et résistance dans lacréation d'un nouveau mouvement socialLa transgression socioculturelle ou la déviance à lanorme sociale propre au style de vie se manifestent parles actes les plus courants de leur vie quotidienne :l'occupation de terrains, l'usage de drogues, le refus derentrer dans le marché du travail. Comprendre lesraisons de cette "réaction antisociale" représente lacompréhension du sens donné par ces individus à leurspratiques. Ces pratiques interrogent et, dans unecertaine mesure, font violence aux modèles de la viesociale courante, conduisant ces acteurs à lavalorisation du caractère de marginalité de leur cultureet leur style de vie. Leur perception de la scène dépassela simple dimension de la marginalité, pour arriver àassumer la dimension de la critique sociale ou encore laperspective d'un radicalisme politique qui pourrait êtreinterprété comme propre à une "culture de résistance".Une claire manifestation de cette culture est retrouvéedans le désir des Travellers de fonder leur mouvementsur des bases politiques engagées et de créer une"histoire du phénomène New Travellers" qui serve defondement à un "mouvement socioculturel NewTravellers". Or, cette construction est importante dansla mesure où elle permet la restauration d'un "senspositif" au phénomène.Aujourd'hui, ce qui leur donne une raison politique estaussi la raison qui les conduit à l'illégalité. Parl'instauration du "Criminal Justice and Public OrderAct" de 1994, le gouvernement a conduit les diversgroupes nomades ainsi que d'autres nouveauxmouvements sociaux à une situation d'illégalité. D'unecertaine manière, ce décret de loi a "criminalisé" cestyle de vie en mettant dans l'illégalité les élémentsessentiels des pratiques nomades. En effet, ce décretdonne à la police le pouvoir d'enlever les occupants detout terrain abandonné, public ou privé (lorsqu'ils n’ontpas d'autorisation), ou appartenant à l'autoroute,lorsqu'elle soupçonne que ces occupants ont le but d'yrésider pour une période de temps indéterminée. Enoutre, la loi donne à la police le pouvoir de saisir toutvéhicule non enlevé d'un terrain lorsque son22propriétaire a reçu l'ordre de le quitter. Ainsi, denombreux déplacements sont plutôt liés à la dimensionde l'illégalité et à la nécessité de fuir les agressions dela police. La loi a rendu difficile la vie des New Travellersdans le pays, ainsi que celle des différents groupesnomades traditionnels. Elle fut aussi la plus forte prisede position du gouvernement face aux nouveauxmouvements sociaux.Néanmoins, la réponse des New Travellers ne fut pasl'abandon de ce style de vie, comme l'attendaient lesautorités, mais l'organisation d'un débat autour de laquestion des libertés individuelles dans les démocratiesactuelles, la création d'organisations de défense etd'aide aux familles Travellers (et "Friends, Familie andTravellers Support Group" en est un exemple), ainsi quele développement de stratégies d'action politique. Lesdiscussions actuelles sur la question du développement àbas impact sur l'environnement ("low impactdevelopment"), débat rattaché à la création de l'Agenda21, programme d'action pour l'environnement et ledéveloppement de l'ONU, mobilisent grand nombre deTravellers et sont au centre de la plupart des réunionset festivals politiques organisés par les Travellers.L'émergence de diverses organisations qui se basent surla défense du droit des Travellers quant à la poursuitede leur style de vie nomade, dépasse la dimensionpurement d'exclusion sociale dont elle est issue. Lephénomène a fini par se trouver un sens et des valeurs àpartir de lui-même, à savoir : l'affirmation du droit à laliberté de vivre en dehors des cadres de vienormalement acceptés par notre société dans le butd'améliorer la qualité de vie, se retrouver dans ungroupe solidaire qui partage les mêmes problèmespratiques et une même situation de vie.Ainsi, comme le dit Melucci, "Today's social movementscontain marginal counter-cultures and small sectswhose goal is the development of the expressivesolidarity of the group, but there is also a deepercommitment to the recognition that personal needs arethe path to changing the world and to seekingLes Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01


meaningful alternatives". 23Notes2. Voir Watier, P. & Stebler, K. 1978. "De l'errance spatiale àl'errance sociale". In Espaces et Sociétés 24-27 : 101-112,W/025, pp. 101-102.3. In The Guardian Education, June 15 1993; p.10.4. Earle, et al. 1994. A Time to Travel ? An Introduction toBritain's Newer Travellers. Dorset : An Enabler publications,p. 111.5. Reyniers, A. 1993. "Présence dans les 12 pays membres". InEtudes Tsiganes, 1/1993, p. 44.6. Advisory Council for the Education for Romany and otherTravellers (éd.) 1993. The Education of Gypsy and TravellersChildren. s.l. (Hatfield) : University of Hertfordshire Press, p.123.7. Stangroome. V. M. 1993. Investigation into Policies,Priorities and Resources Available to New Age Travellers (TheHippy Convoy). Health Education and Primary Health CareProvision for New Age Travellers. Holdsworth : ms. non publié.8. Reyniers op. cit., p. 45.9. Voir Davis, J.; Grant, R. et Locke, A. 1994. Out of Site, outof Mind. New Age Travellers and the Criminal Justice andPublic Order Bill. London : The Children's Society.10. Voir Friends, Families and Travellers Support Group (éd.)1996. Confined, Constrained and Condemned. Civil Rights andTravellers. Glastonbury : F.F.T.S.G, p. 1. F.F.T. est uneorganisation sans but lucratif qui cherche à protéger lesdroits de tous les groupes tsiganes et "New Age Travellers" enGrande-Bretagne. Cette organisation lutte aussi pour lamaintenance d'emplacements traditionnels de stationnementet la conscientisation des pouvoirs publics quant à la nécessitéd'investir dans la construction de sites pour accueillir lesnomades. L'organisation s'occupe encore de donner del'assistance juridique à des Travellers.résistance issu des mouvements de contre-culture des années60 et 70.14. Duval, J.-F. 1998. Buk et les Beats. Suivi d'un soir chez Buk- Entretien inédit avec Charles Bukowski. Paris: EditionsMichalon.15. McKay op. cit., pp; 45-4616. En effet, pendant la durée du festival et quelques semainesaprès la fin des festivités, les parkings mis à disposition dupublic hébergent plus d'une centaine de ces nomades.17. Davis et al. op. Cit.18. Pendant les années 70, la procédure légale pour l'expulsiondes squatters a été facilitée par l'implantation de la "CriminalLaw Act, 1977". Cette situation a forcé un grand nombre dejeunes à trouver des solutions alternatives au problème delogement. Cfr aussi, Advisory Servive for Squatters (éd.) 1996Squatters Handbook. London : Advisory Servive forSquatters.19. McKay op. cit. pp. 46-47.20. Nous faisons la distinction entre une communauté"pratique", qui se fonde sur la pratique quotidienne de la vienomade et sur une forme de solidarité mécanique, etcommunauté "idéale" fondée sur des principes idéologiques.Voir aussi les notions de solidarité organique et mécanique(Durkheim).21. Cfr. Giddens, A. 1991. Modernity and Self-Identity. Selfand Society in the Late Modern Age. Oxford : Polity Press; p.36.22. Il n'est pas possible d'effectuer une analyse plusapprofondie de ce décret de loi dans ce texte, je renvoie, ainsi,le lecteur intéressé aux articles 61, 62, 67, 77, 78, 79 de laCJPOA 1994.23. Melucci A. 1989. Nomads of the Present. London :Hutchinson Radius; p. 49.11. Pour un aperçu de la situation des "sound systems"itinérants en France, voir Colombié, T. 2001. Technomades. Lapiste électronique. Paris : Edition Stock.12. Comme la plupart des sociologues et institutions travaillantavec les "New Age" Travellers, j'utilise, indistinctement, leterme "New Traveller" ou "Traveller" pour désigner lephénomène.13. Voir McKay, G. 1996. Senseless Acts of Beauty. Culture ofResistance since the Sixties. London/New York : Verso, pourl'interprétation des travellers comme phénomène deLes Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2L'INTERDIT : LE LEVIER DE LAPREVENTION ?!DU DESARROI DES ADULTES FACE A LA LEVEE DE L’INTERDITSUPREME…Catherine DUNGELHOEFF 1L'interdit reste-t-il, dans l'inconscient de la collectivité, LE levierfondamental de la prévention sans lequel nous serions complètementdémunis face à un cataclysme qui serait inévitable ? Et quand bien mêmel'interdit serait essentiel, la loi fédérale en reste-t-elle le seul support ?1. Psychologue au ServicePrévention du Centre Alfa,Centre de Santé Mentalespécialisé dans le traitementet la prévention des problèmesd'assuétudes, Liège.2. Le public face à la législationdu cannabis, AntoineBoucher, Les Cahiers deProspective Jeunesse, Vol 6ern° 1, 1 trim 01.3. Si la précipitation des unset des autres (politiques etjournalistes) dans la diffusionet le commentaire d'informations,insuffisamment élaborées,trop partielles, floues,voire contradictoires, a crééun vent d'interrogationsanxieuses, elle a au moins eul'avantage (après un sérieuxréajustement de l'informationréellement contenue dans lesdifférents communiqués depresse !) de démultiplier lesoccasions de développer letravail de réflexion critiquequi sous-tend en permanencenotre travail quotidien.4. Travail qui doit s'intégrerau projet pédagogique del'institution concernée.82Comme l'évoque Antoine Boucher ,l'annonce de la disparition de l'interditpénal concernant le cannabis a laissésans voix (sans autre voie ?!) un grandnombre d'adultes, animateurs,enseignants, parents, se sentantcomplètement démunis, à court d'argumentsd'une part, pour faire face auxcomportements de consommation dejeunes usagers de cannabis et d'autrepart, pour dissuader les nonconsommateursde le devenir : "Quefaire s'ils fument à l'école ?", "Monenfant va devenir toxicomane",… Quece soit dans le cadre de notre travailavec les institutions (écoles, maisons dejeunes, mais aussi foyers d'accueil pouradultes) ou dans le cadre desconsultations individuelles dans notrecentre, le battage médiatique de cesderniers mois autour de la question de la"légalisation", "dépénalisation",… du3cannabis nous a amenés , plus quejamais, à élargir, avec chacun, les pistesde réflexion et d'action, tant en ce quiconcerne la place du "cannabis" parmiles autres produits potentiellementtoxicomanogènes, qu'en ce qui concernela place et le rôle de l'interdit parmi lesautres leviers de la prévention et /ou del'organisation de la consommation.Pourquoi tel directeur d'école serait-ilLes Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01plus désarmé face à un cannabis légaliséque face à l'alcool ? Le règlement qu'ilmet en place dans son institution parrapport à l'alcool ou au tabac ne serait-ilpas transposable au cannabis ? Bien sûr,c'est à ce moment que se manifestesouvent un certain découragement :"Bien, justement, ça ne va pas du toutavec le tabac", "Nous sommes préoccupéspar la grande consommationd'alcool dans les soirées, par laprésence d'élèves en état d'ébriété auxcours", … Souvent, on se rend alorscompte que le règlement devrait êtreremis à jour, précisé,… et surtout qu'ilfaudrait accorder bien plus d'attentionà son explication à chacun (élèves etéquipe pédagogique) ainsi qu'à sesmodalités d'application.Difficile d'imaginer une préventionet/ou une gestion efficace del'éventuelle utilisa-tion de cannabis enfaisant l'économie de ce type de4travail , et ce pour quelque produit quece soit (non seulement alcool et tabac,mais aussi médicaments, GSM,walkman,…).Dès lors, on pressent déjà que l'interditn'est qu'un des leviers parmi tous lesautres qui relèvent de l'EDUCATIONdispensée tant par les parents que partout adulte qui a la charge d'enfants etd'adolescents.


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2Le champ des limites, desrègles, des loisL'interdit s'inscrit dans le champ desrègles, des limites, des lois, dont il neconstitue qu'un des volets continuellementprésents dans notre vie, que cesoit au niveau de la famille, des groupes,des institutions, de la société.Un mythe véhiculé par notre société deconsommation est que tout peut êtreaccessible à tous. Or, cela est loind'être le cas et nous nous trouvonssouvent face à l'alternative de tout ourien.Accepter que l'on ne peut satisfairetous les désirs, qu'il faut effectuer deschoix c'est-à-dire apprendre àrenoncer, accepter qu'il est desattentes qui resteront sans réponses,c'est laisser une place nécessaire àl'impossible, c'est apprendre à vivreavec nos manques impossibles à combler.Bien sûr, il ne s'agit pas, par exemple,d'ignorer le désir de l'enfant, de l'élèvemais de lui faire comprendre que, si l'ona bien entendu sa demande, on se trouveparfois dans l'impossibilité d'y répondretout de suite.Par ailleurs, nos réactions d'adultesface à nos attentes, nos demandes nonsatisfaites sont aussi constructives decelles de l'enfant et de l'adolescent.Ce faisant, on introduit la notion delimite, indispensable pour gérer sesconsommations, pour structurer lapersonnalité, pour organiser lesrelations entre les humains. Très vite,dans la vie, chacun est confronté àdes limites (que ce soit dans laréalisation de ses désirs ou dans soncomportement, elles nous sont imposéespar l'environnement physique et humain,par notre corps, …).Les premières limites auxquelles lepetit enfant est confronté sontnotamment celles imposées par lesparents. S'il est bien évident qu'il nes'agit pas, pour les parents, de se posercomme l'unique modèle à suivre, ils n'enconstituent pas moins les référencespremières et durables qui vont servir depoints de repère à l'enfant, qui vontl'aider à grandir, à acquérir les valeursqui lui seront propres, et celles quisigneront son appartenance au mondedans lequel il vit.Que ce soit en s'opposant ou enessayant d'imiter ses parents, l'enfantintègre progressivement leurs limites.Très tôt, il va les tester pour, en quelquesorte, en éprouver la constance, lasolidité ou la souplesse éventuelle.Devenir adulte, si tant est qu'on yLes Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01 9


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2105 . L a T e n t a t i o n d el'innocence, Pascal Bruckner,Grasset, 1995.6. Termes souvent associésau domaine de la toxicomanie.7. L'Individu incertain, AlainEhrenberg, Calman Lévy,1995, Hachettes Littératures,coll. Pluriel, 1999.parvienne jamais, ce sera notammentpouvoir fixer ses propres limites etapprendre à les connaître. Il est bienévident qu'elles sont rarement acquisesune fois pour toutes. Les différentescirconstances de la vie nous amènent àles remanier plus d'une fois. Et c'estune véritable richesse pour lapersonnalité que de pouvoir le faire. Etc'est là que notre société devientdésarçonnante. En effet, la sociétéoccidentale de ces dernières annéesdonne l'impression d'avoir du mal àgérer cette notion de limites en versant5dans un individualisme exacerbé qui lavide de sa fonction anthropologiquefondamentale : permettre à l'individud'exister en se situant activement ausein d'un système symbolique structurantles échanges entre les êtres.Modifier, adapter, repousser seslimites ne constituent plus une sorte decomportement adaptatif nous aidant àvivre dans notre environnement ensouscrivant à un minimum de valeursconsensuelles, socialement structuranteset intégratrices des individus,mais deviennent une fin, voire LA fin, ensoi, seule porteuse de sens del'existence de l'individu, pilier essentielde son identité.Voir les records en tous genres, la"nouvelle aventure", les magazines de"l'extrême", où le défi de la mort et,d'une certaine façon, son apprivoisementdeviennent les seuls supports de lajustification de l'existence pour unindividu donné, tout en étant pourautrui d’ô combien dérisoires tentativesde masquer sa peur, son vide, sa douleur.A la différence du rite qui permet à lapersonne de se situer d'un certain pointde vue une fois pour toutes dans sasociété, ces conduites ordaliques sontséquentielles, toujours à renouveler.Même le vocabulaire reflète cettetendance omniprésente dans notresociété puisqu'on vous invite à vous"éclater" dans vos loisirs, à vous6"défoncer" dans votre travail, …A cette valorisation du dépassementincessant des limites et de lamultiplication des risques érigés envaleur, notre société oppose unepréoccupation et des réponses socialesultra-sécuritaires : voir les interdits deconsommer telle ou telle substance,parallèlement à des assurances en tousgenres, des campagnes de prévention detout et de rien comme s'il était possiblede se prémunir contre tous les avatarsliés à la vie et même, fantasme ultime,contre la mort (cf. l'expressionparadoxale "Assurance-Vie").La proposition simultanée de ces deuxextrêmes (!) prive l'individu de tout lechamp d'expériences qui se situententre les deux et qui lui permettraientde structurer et de développer sonidentité tout en gardant le filconducteur d'une certaine intégrationdans le temps au monde des humainsdans lequel il vit.Pouvoir jongler de cette façon avec leslimites nécessite évidemment non pas7une liberté virtuellement sans limites ,finalement angoissante et écrasante,mais bien une certaine marge deliberté…Au niveau de la société, ce sont les loisqui définissent cette marge de liberté,d'expression, de revendication, mais lesrègles familiales et institutionnellesdont nous sommes à la fois instigateurset/ou usagers contribuent de même àl'organisation de notre quotidien, et cedans quelque domaine que ce soit(régulation de la violence verbale ounon-verbale, garantie de l'intégritécorporelle et psychique de chacun,…).On en vient là au champ de l'éducation.Le champ plus large del'éducation …Les Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01Intégrer les lois définies par la sociétédans un ensemble de règles spécifiquesà tel ou tel contexte, familial ou


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2institutionnel, fait partie de l'activitéquotidienne de celui qui éduque. Aussi, ilen va du cannabis comme de, nonseulement, tous les produits deconsommation, mais plus encore de tousles comportements pour lesquels ondéfinit des limites; l'arsenal éducatif,dont les règles et l'interdit ne sontqu'un des outils, étant mobilisable parchaque adulte dans quelque contexteque ce soit.nellement ou non) sont infinies.Il en va ainsi de toutes les ressources dela personnalité en matière de recherchede plaisir, de traitement de lasouffrance physique ou morale, de larecherche d'identité, de la capacité àanticiper, à rêver ( et à SE rêver), à seprojeter dans le temps, à donner un sensà sa vie, à s'intégrer dans un groupe, àcommuniquer, à utiliser l'information, …8. Jusque là cantonné parde nombreux adultes auxcréneaux des règles et del'information.Une grande partie de notre travail en"prévention" consiste à remobiliser (oumobiliser davantage) les adultes nonseulement dans leur rôle en matière dedéfinition et d'application des règles(et d'interdits !), mais aussi à lesencourager à investir les autres levierséducatifs tout aussi primordiaux pour laconstruction de la personnalité desjeunes dont ils ont la charge.Nous avons pu constater dans notretravail quotidien de ces derniers moisque le spectre de la levée de l'interditsuprême accélérait sans conteste laprise de conscience tant en ce quiconcerne l'étendue du champ de la8prévention qu'en ce qui concernel'implication concrète fondamentale dechacun dans sa mise en œuvre, et cesans sortir de son rôle ou de sa fonctionde parent, d'enseignant, d'éducateuret, finalement, de citoyen.En conclusionSi l'effet d'annonce autour d'unemodification de la réglementationfédérale en matière de cannabis aengendré pas mal de perplexité, depréoccupation, voire de désarroi chezde nombreux adultes, celui-ci a au moinspermis de susciter une réflexion chezceux jusque-là peu intéressés par cettequestion et une mobilisation personnelleplus active de ceux déjà conscients de lanécessité que chacun s'implique, à sonniveau et avec ses moyens, dans cesnouvelles conception et gestion de laconsommation d'un psychotrope parmid'autres.…Et donc quelques pistesd'autres leviersL'objectif de cet article n'étant pas dedévelopper une liste aussi exhaustiveque possible des leviers de préventionautres que celui de la réglementation,mais bien de resituer les rôles et limites(!) de celle-ci parmi les autres "outils",nous nous bornerons ici à évoquerquelques pistes accessibles à tous etdont les possibilités de concrétisationdans le quotidien de chacun (institution-Les Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 0111


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2LE "G" ET LE "H"ou "Pourquoi dans l'école le GSM en jette et le pétard pète ?”Pierre WAAUB 1Le contexte de dépénalisation du cannabis semble préoccuper les écoles. Ladépénalisation n'a pas encore fondamentalement changé les mentalités et lesréactions des écoles restent excessivement répressives.A partir des situations concrètes rencontrées dans les écoles, en partant d'unecomparaison des réactions à l'arrivée des GSM et du cannabis dans l'école et enconfrontant les différences de traitement de l'abus d'alcool et de l'usage decannabis dans le cadre scolaire, cet article se propose d'analyser et de comprendreles causes de cet excès ainsi que de proposer des pistes pour faire progresser lasituation dans les écoles.Mots clés- école- dépénalisation- cannabis- éducation- réaction- exclusion- consommation- dealer1. Enseignant, militant de laConfédération Générale desEnseignants. Publications :“La démocratie est-ellesoluble dans l'école ?",Editions Labor, col. Quartierlibre, Bruxelles, 1999."L'école : bonne à tout faire?" ,Editions Labor, col. Quartierlibre, Bruxelles, 2001(présentation de l’ouvrage enfin d’article)."G" positif et "H" négatifDeux produits, le "G" et le "H", sontentrés ouvertement dans les écoles enposant tous les deux le même type deproblème : qu'est-ce qu'un usagesocialement admis ?Cependant, l'attitude de l'école vis-àvisde l'un et de l'autre a étéradicalement différente parce que lasymbolique de chacun de ces produitsétait aussi radicalement différente.Le "G" est un produit a priori positif,chargé des mythes modernes de lacommunication, de la technologie et duprogrès. De plus, ce produit est nonseulement en vente libre mais, bien plus,fait l'objet d'une publicité abondantedont les jeunes sont une des ciblesprivilégiées et qui a pour thème principall'idée que celui qui n'en consomme pasrisque de se trouver peu à peu exclusocialement. Le "G" fait en outre partiede la panoplie multimédia qui symbolisetous les espoirs de la croissanceretrouvée.Le "H", lui, tout au contraire, est unproduit a priori négatif, chargé desmythes passés de la drogue, de lamarginalité et de la déchéance. De plus,ce produit n'est pas en vente libre. Ceuxqui en vendent sont donc des dealers,des ennemis intérieurs qui sapent lesgrands piliers de la morale, de la justiceet de l'économie. Le "H" fait donc courirà celui qui en consomme le risque del'exclusion sociale et fait partie de lapanoplie du perdant qui symbolisetoutes les craintes de la failliteprogressive d'un système social etéconomique décadent.Le "G" est une des armes d'un systèmeéconomique triomphant qui s'impose aumonde, le "H" est une de ses phobies.Pourtant, au-delà de ces deux symboliques,le "G" et le "H" posent en fait lemême type de problème aux écoles :quels que soient les choix personnelsdes uns et des autres d'en consommerun peu, beaucoup, à la folie ou pas dutout, leur usage dans l'école empêche lapoursuite de sa raison d'être :l'enseignement.La dépénalisation du "H" aurait pourtantdû changer la donne. Alors qu'avant, ilsuffisait de rappeler la loi etd'interdire, il faut aujourd'hui queLes Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2chacun apprenne à se positionner vis-àvisde ce produit. On peut aimer ou nepas aimer, ce n'est plus une affairejudiciaire, c'est devenu une affaire dechoix personnel. Un peu comme pour le"G".Mais, comme pour tout produit"nouveau", il va falloir, au-delà des choixpersonnels, ajuster les comportementsdes uns et des autres afin de construireune culture de la consommation de cesproduits qui soit socialement admise,apprendre à tenir compte des conséquencesnon seulement personnellesmais sociales des différents usages deces produits.Par exemple, comment se comporte-tonsocialement quand notre "G" sonne aubeau milieu d'une conversation, avec unami, avec un fonctionnaire, à partir dequel âge peut-on avoir un "G" ou du "H",bref, à partir de quand considère-t-onque le consommateur a un rapportproblématique au produit ?Dès lors, la réponse à cette question nedépend plus seulement du produit luimême,mais plutôt d'une relation, d'uneinteraction entre le produit, uncontexte et un individu.D'ailleurs, le "G" et le "H" ne posent-ilspas tous deux en tant que produit desquestions du même ordre ? Le "G" pourl'effet de ses micro-ondes sur lecerveau, le "H" pour l'effet de l'inhalationde la fumée sur les poumons, tousles deux pour l'apparition decomportements qui pourraient êtrequalifiés de dépendance psychologique,etc.Ecole sans "H”A l'école, le "H" pose au moins deuxquestions : la question de l'éducation àla consommation et la question del'attitude des écoles vis à vis desconsommateurs.Il y a quelques années, un élève s'estrévélé être un consommateur excessifd'alcool. Discrètement, sans en faireune affaire d'état, on s'en est occupé,on a mobilisé ses copains pour essayerde comprendre les raisons de cetteconsommation excessive, on a supposédes problèmes sentimentaux oufamiliaux, et on a essayé de lui renvoyerune image positive de lui-même tout enlui expliquant en quoi son comportementnuisait à sa scolarité, à l'image qu'il sefaisait de lui-même, que les autresavaient de lui, bref, à ses relationssociales.L'an dernier, quelques élèves se sontrévélés être des consommateurs(excessifs ?) de "H". Cette "révélation"a fait le tour de l'école, répandantcomme une traînée de poudre les bruitsles plus divers. Les consommateurs de"H" étaient perçus globalement commedes éléments dangereux, susceptiblesde propager leur vice dans l'école et unemauvaise image hors de l'école. Ilsdevaient donc être lourdementsanctionnésAprès les avoirs interrogés, eux ainsique leurs copains et copines, pour savoircomment et où ils se le procuraient,quand et où ils consommaient, l'école enconclut que certains d'entre-euxétaient des dealers, les autres desconsommateurs et qu'il convenait doncd'adopter une attitude différente pourles uns et les autres.2Les "dealers" furent exclus de l'écoledans l'opprobre générale, les "simplesconsommateurs" furent sanctionnésdans l'école, tout cela solennellement,avec mise en garde publique del'ensemble des élèves et circulationabondante de l'indignation desenseignants dont certains pensaientqu'on n'en avait pas fait assez. Enfin,quoi, des élèves avaient fumé de ladrogue dans l'école, ils auraient logiquementdû être exclus, etc.Dans le premier cas, il s'agissaitd'éduquer, dans l'autre de sanctionner.Dans le premier cas, il s'agissaitd'insérer, de relier, dans l'autre2. Or cette sanction estparticulièrement grave, nonseulement parce qu'ellecompromet gravement lascolarité de l'élève, mais aussiparce qu'elle constitue unemenace d'exclusion sociale etcontribue à la dualisation dusystème scolaire. La questionde la sanction d'exclusion del'école pose un problème ensoi. Il me semble que si lesécoles font usage de cettesanction, c'est le plus souventà défaut d'autre sanctionsuffisamment significative,plus par manque d'imaginationdonc que par nécessité.Les Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2d'exclure.Les enjeuxToute la différence réside dans le faitque si le "H" n'est plus une drogue ausens de la substance illégale, elle restecependant perçue comme une drogue ausens de la substance dangereuse, tantpour le corps social que pour l'individului-même.Construire une culture du produitimplique donc non seulement de sortirlégalement sa consommation de laclandestinité, mais aussi de sortirsymboliquement ce produit de lacatégorie des produits interdits. Le"H", en dépit de l'évolution actuelle dela loi, reste largement perçu comme s'ilétait encore illégal. Sa consommationest donc encore assimilable à un actegrave de transgression.L'enjeu est donc bien la banalisation duproduit, non pas au sens où on s'endésintéresserait socialement, mais aucontraire, au sens où on permettraitainsi l'émergence d'une culture socialementadmise de l'usage de ce produit, unpeu comme notre civilisation s'estdonné et se donne encore tous les joursune culture de l'usage socialementadmis d'alcool (connaissance du produit,de ses différentes variétés, de seseffets recherchés ou souhaitables, desrisques liés à sa consommation, à saproduction ou à sa commercialisation,des risques liés aux différentscontextes dans lesquels il estconsommé, construction de repèrescollectifs et individuels qui permettentde cadrer sa consommation, etc.)Or, la situation actuelle est extrêmement"malsaine".L'enseignant ou l'éducateur qui voit ungroupe d'élèves fumer du "H", parexemple dans un parc proche de l'école,voire dans un couloir de l'école, aura lechoix entre feindre l'ignorance ou lacomplicité "pour ne pas faire desproblèmes avec ça" (la crainte deprovoquer l'exclusion de l'élève, lacrainte d'abîmer l'image de l'école), ousanctionner les élèves lourdement, demanière disproportionnée, pourprotéger l'école, l'image de l'école,voire sa propre image auprès des élèveset de leurs parents.Autrement dit, ou bien on réagit et lessanctions sont disproportionnées, oubien on ne réagit pas et c'est toute lacrédibilité de l'éducateur ou del'enseignant qui s'envole, ainsi que lasymbolique de la règle dans l'école, detoutes les règles et donc aussi de lalégitimité de l'enseignant, de son cours,etc. La terreur ou la démagogie, onretrouve un vieux démon de l'école. Parconséquent, le climat de confiance quipermettrait la construction et latransmission d'une culture d'un rapportsocialement admis au produit n'existepas. Et puisque le produit ne sort pasvraiment de la clandestinité, les jeunesconsommateurs de "H" tâtent le terrainen l'absence de repères. Toute ladifférence entre transgresser unerègle en connaissance de cause ettransgresser des limites floues sanss'en rendre compte, un peu comme uncobaye de l'expérience future desautres.Ainsi, par exemple, si les adultes onttendance à surestimer les effetsphysiques de ce produit, les jeunesconsommateurs, eux ont tendance àsous-estimer les effets sociauxauxquels ils s'exposent (en termed'exclusion sociale notamment). Alorsque les adultes éducateurs surestimentles effets négatifs du produit,les jeunes consommateurs en sousestimentl'impact sur la perception desadultes éducateurs.Comprendre pourquoiPour l'alcool, les adultes disposentd'une culture, de repères clairs deLes Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2civilisation. Les adultes responsablessont tous des consommateurs plus oumoins réguliers de boissons alcoolisées,ils savent tous faire la différence entreconsommation et excès, en ont faitl'expérience eux-mêmes, ont connul'ivresse, et ont déjà ressenti pour eux,en eux, quand et pourquoi le cadre étaitdépassé. Ils cherchent donc àtransmettre cette culture.Il est communément admis que l'alcoolapporte joie, plaisir, permet dedésinhiber, de neutraliser des craintesou des angoisses, peut procurer desoublis salutaires, mais ne résout pas lesproblèmes. L'alcool est dans notreculture un élément de lien social quin'est perçu comme négatif que horscontexte, quand il transgresse descodes, des règles tacites ou des lois :boire le matin, boire au travail, à l'école,au volant ou boire trop, boire às'en rendre malade, boire à ne plussavoir se contrôler, boire à en devenirasocial, violent, pitoyable, etc.Du point de vue de l'éducation à laconsommation, le jeune fait peu à peul'apprentissage de son rapport à l'alcoolen confrontant son expériencepersonnelle aux réactions socialesdiverses, tantôt gratifiantes, tantôtdissuasives. Et l'école n'est qu'une desinstitutions de la société dans lesquellesil rencontre des modèles (ou des contremodèles),des repères, etc.Dans ce cadre, la question de l'attitudede l'école vis-à-vis des consommateursd'alcool est aisée. Puisqu'on vient àl'école pour suivre des cours, il fautêtre en mesure de le faire, on ne boitdonc pas d'alcool à l'école ou avant lescours, pas parce que l'alcool est mauvaisou dangereux mais parce que l'écolen'est pas le contexte approprié.Pour le "H", par contre, le produit estencore lié au tabou de la drogue.Beaucoup d'adultes lient de manièreconsciente ou inconsciente ce produit àla culture de l'interdit, de la transgressionmajeure qui perturbenécessairement l'ordre social.Même si certains ont déjà faitl'expérience de la consommation, voirede l'excès (trop ou hors contexte), demauvais mélanges, etc., il ne s'agit là qued'expériences individuelles nonsocialisées, qui peuvent d'ailleurs toutaussi bien renforcer des préjugés dansun sens ou dans l'autre, et qui nedonnent pas pour autant une culture,des repères clairs de civilisation. Il n'y ani règles tacites, ni codes communémentadmis, il n'y a que la loi (dans toute sonambiguïté) et un lourd passé d'interditmajeur.La plupart des adultes qui ont charged'éducation ont cependant bien perçuque la situation légale a changé. Lesannées nonante ont dédramatisécertains produits qualifiés de droguesdouces. On en parlait de plus en plusouvertement dans les salles de profs,certains faisaient part de leurexpérience personnelle, etc. Et la loi afini par changer : les consommateurs neseront plus poursuivis.Et pourtant, parce que ces produitsrestent largement influencés parl'imaginaire de la drogue, parce que lesadultes ne disposent pas d'autre repèreque la loi et parce que la loi est ambiguë,l'attitude dans les écoles reste excessivementrépressive.Pourtant, la situation pourrait êtrerelativement simple. Comme l'alcool, le"H" est un produit psychotrope. Saconsommation à l'école ou avant l'écoleest donc hors contexte socialementadmis. Et si des jeunes transgressentcette règle, c'est aussi, comme pourd'autres règles, à la recherche de laconfirmation de sa légitimité sociale.Autrement dit, si on veut être éducatif,il faut banaliser le produit pour rendrepossible la confrontation des jeunesconsommateurs à une règle socialementlégitime.Après tout, si la loi a changé, c'est aussipour faire sortir la consommation desrisques liés à la clandestinité et àl'ignorance.A titre d'exemple, ce qui me semble leLes Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2plus significatif de l'ambiguïté de laréaction des écoles est cette obsession,induite par la loi et la symbolique duproduit, de la distinction entre simplec o n s o m m a t e u r e t d e a l e r . L econsommateur bénéficie de la mansuétudeattribuée à la victime (le drogué),le dealer est l'ennemi public numéro un,l'être fourbe et pernicieux qui faitcirculer le poison au cœur même de lasociété, dans les écoles, parmi lesjeunes, les enfants, etc. Or cettedistinction témoigne d'une incompréhensionréciproque et donc del'impossibilité de l'émergence d'uneculture commune et a fortiori d'uneéducation à la consommation.En effet, ces fameux dealers ne sont,dans la très grande majorité des cas,que les plus audacieux des consommateursqui ont osé se procurer ce produitparadoxal que l'on peut consommer entoute légalité mais dont la vente estinterdite. Dans la pratique, tous lesconsommateurs sont des dealers ou deségoïstes. Car si le produit ne peut pascirculer de main en main, se revendre (sedonner) de consommateur à consommateur,en petites quantités (pour saconsommation personnelle), chacun seracontraint de fréquenter les lieux"clandestins" de vente de ces produitsce qui est physiquement impossible etsocialement non souhaitable.De même, et toujours à titre d'exemple,la réaction des écoles reste largementconditionnée par leur obsession(justifiée dans le contexte actuel) de nepas ternir leur image sur le marchéscolaire. Le contexte de concurrencesur le marché scolaire fait craindre (àraison) dans chaque école, cette menacesuprême : la réputation d'une école dedrogués. Ce stigmate est terrifiant, ilest capable de couler une école en trèspeu de temps alors que, finalement, uneécole qui a pris conscience que lesjeunes consomment du "H" devraitplutôt être rassurante pour les parents.Comment s'en sortir ?Il faudra bien un jour que l'on règle laquestion de la production et de la vente.Mais en attendant, ne pourrait-on pasdéjà faire progresser la situation dansles écoles ?Il s'agirait, par exemple :- De prendre conscience que le tabou dela drogue brouille encore notrejugement. Notre réaction ne doit doncêtre ni radicale ni rapide maisconcertée et réfléchie.- De cesser de croire que tous ceux quivendent du "H" ou le font circuler sontdes trafiquants de drogue malintentionnés. La vente est inséparablede la consommation et ne doit pasnécessairement faire l'objet d'untraitement différencié.- De commencer par traiter le "H"comme on traite l'alcool, avec nosréférences culturelles applicables à ceproduit.- D'apprendre à mieux connaître leproduit (formations) afin d'être enmesure de faire émerger desréférences culturelles propres àl'usage de ce produit.- De renoncer à faire usage de lasanction d'exclusion dans les cas liés àl'usage et à la revente de "H", ce quirevient à accepter de sanctionner dansl'école pour construire dans l'école desrègles et des codes socialement admis.Et, comme pour le reste, l'école nepourra pas tout faire. Le résultatdépendra aussi du degré d'engagementdes différentes institutions qui ontcharge d'éduquer et de socialiser lesjeunes.Les Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2L'école : bonne à tout faire ?Eléments pour une culture professionnelle des enseignantsPierre WAAUB, Collection "Quartier Libre", Editions Labor (29 quai du Commerce, 1000 Bruxelles), mai 2001ExtraitsPour en finir avec le "tout à l'école""Parce qu'elle n'est plus en mesure d'assurer le plein emploi et la croissance du niveaude vie, la société enferme dans les écoles l'ensemble des mineurs au moyen de laprolongation de l'obligation scolaire jusqu'à 18 ans. Elle constate ensuite que leursespoirs de socialisation sont bien faibles et que leur éducation reste à faire puisqueleur comportement n'est pas conforme aux attentes des enseignants. Mais puisqu'ilssont tous dans l'école, c'est là qu'on va faire leur éducation et leur redonner espoirdans leurs possibilités de socialisation, de préférence en leur vendant dans le mêmepaquet le mythe fondateur de l'école démocratique et de l'éducation à la citoyenneté.Du "tous à l'école" démocratique, on passe allègrement au "tout à l'école", comme sicela allait de soi.Mais cela change tout...”Culture professionnelle contre identité professionnelle"Il n'est pas indifférent de parler de culture ou d'identité professionnelle. La culture professionnelle fait référenceà du commun collectif, à une solidarité professionnelle capable de soutenir globalement l'ensemble des membres de laprofession. L'identité professionnelle par contre fait référence à des stratégies individuelles de positionnement surun marché du travail en concurrence” .Le piège des avancées qualitatives"Dès lors, la symbolique du métier d'enseignant est passée dans le discours officiel du modèle du professeur tricheuren congé ou en vacances au modèle du professeur victime, accablé de missions non reconnues socialement, dernierrempart de la société démocratique face à une horde de jeunes sans repères ni valeurs. Et les enseignants se sontretrouvés pris à leur propre piège. A force de clamer que leurs revendications n'étaient pas financières (plus desalaire) mais qualitatives (plus de moyens), ils ont obtenu une revalorisation de leur métier en terme qualitatif (plusde missions) en échange d'une diminution de leurs moyens (moins d'encadrement)".Contrat de travail et quantité de travail"La surcharge de travail se définit par rapport à ce que prévoit le contrat de travail, non pas par mesquinerie, maisparce que le travail n'est rien d'autre que la conséquence de ce contrat. Et toutes les tentatives de détourner lesujet (parler de vocation, de démotivation, de nécessité ou d'utilité) ne sont rien d'autre que des tentativesd'échapper à cette contrainte.La quantité de travail disponible dans l'enseignement ne dépend donc pas structurellement de la motivation, de lavocation ou du dévouement des enseignants, mais bien de la quantité de contrats de travail signés par les pouvoirsorganisateurs et de la quantité de travail que définit l'ensemble de ces contrats. La quantité de tâches qui pourrontêtre réalisées dans une école est aussi en relation directe avec le nombre et le contenu de ces contrats".Pour un modèle professionnel de la relation pédagogique"Ce qui caractérise le métier d'enseignant n'est donc pas seulement l'ensemble des tâches, des objectifs qu'ilcontient, mais aussi ce qui différencie cet ensemble de tâches des autres contextes dans lesquels elles peuventexister. Autrement dit, la relation pédagogique socialisée doit fonctionner à chaque fois, quel que soit le prof, quelque soit l'élève, quel que soit le moment. Elle doit donc être préparée, entourée, organisée de telle manière qu'ellepuisse fonctionner pour le plus grand nombre, exister comme institution collective légitime”.Les Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2LE TABAC QUI FAIT RIREINTERVIEW D’UN DEALER PROFESSIONNELInterview réalisée par Jean-Pierre JACQUES 1Par des arrêtés royaux, qui sont toujours en attente d'être signés, le cannabis vaprochainement sortir d'une certaine clandestinité. Toutefois, si certains modes deconsommation du cannabis ne devraient plus faire l'objet de poursuites judiciaires,la question de la pourvoyance de cette plante reste entière. Il m'a paru trèsopportun d'enrichir ce débat avec l'interview d'un homme qui fait métier depuisplus de 20 ans de vendre du cannabis, autrement dit d'être dealer professionnel.Cette interview particulièrement savoureuse, par son humour et par un parlersucculent, dont la retranscription ne conserve qu'une part, est publiée ici inextenso, après contrôle du texte par l'intéressé. On y appréciera toutparticulièrement la description inattendue d'un commerce éthique et responsablede sa clientèle, et fortement marqué par la prohibition, comme en témoignent lesrègles de sécurité et la sélection de la clientèle. Certains lecteurs goûterontégalement ce qui se dégage comme qualité de vie et comme convivialité, qui évoquentagréablement les utopies hippies. La productivité n'est certes pas le caractèredominant de cette activité professionnelle, et, si ce document peut aider à penserla mise en place d'un réseau de pourvoyance légale du cannabis, on doit se demandercomment ces aspects résisteront à la pression productiviste et anonymisante que leprogrès nous impose, et dont les night shops sont l'illustration la plus navrante. Ledeal de cannabis sera-t-il le dernier "petit commerce de proximité" ?1. Psychanalyste, médecindirecteur du Projet Lama.Interview réalisée en juillet2001. Retranscription réaliséeavec l'aide de Modus Vivendiasbl. Retranscription corrigéepar la personne interviewée.18Question - Qu'en est-il de ta pratiquede vente du cannabis ?Réponse - Dans la pratique, j'ai uncopain qui monte tous les quinze jourstroissemaines en Hollande, qui ramènede quoi fumer pour lui, de quoi fumerpour moi, et puis de quoi vendre à denombreux amis et copains que çaarrange bien de pouvoir acheter sanspasser par des circuits, enfin sans voirdes gens moins sympathiques que moi,disons.Q - As-tu une idée de ce que ça peut tefaire comme chiffre d'affaires ?R - En gros, je paie un gramme à peu près220 frs, que je revends 330. Donc çaLes Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01me fait un tiers en plus. Et pour ce quiest de l'herbe, j'achète à peu près à150, et je revends à 250. C'est les prixcoffee shop en fait. Et alors c'est pourune bonne qualité, parce que le gars quis'occupe de fournir a vécu là-bas et aparticipé à des récoltes, il connaît bienle sujet, c'est un amoureux duhaschich…Q - Et ce sont des produits hollandais oudes produits d'importation ?R - Ce sont des produits marocains. Pource qui est du haschich, c'est du marocain.L'herbe, mais ça c'est assezrécent, elle est hollandaise. Avant çac'était plutôt de l'herbe qui venait


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2d'Afrique, du Nigeria en particulier.Mais là apparemment ça ne… lesNigérians d'Amsterdam préfèrentacheter et vendre de la skunk sur placeplutôt que de faire venir de l'herbe duNigeria parce que ça leur rapportemoins d'argent. Ce qui est trèsembêtant parce que je vendais surtout àdes gens d'une génération… qui ont eu20 ans il y a 20 ans. Et ce sont des gensqui préfèrent de loin de l'herbe cool,douce, bio. C'était devenu par gag et parantithèse avec la skunk ; j'appelais ça del'herbe bio parce qu'elle est cultivée enAfrique dans la savane et tout ça. Et çales gens aimaient bien. Mais c'est lesvieux de la vieille si je puis dire. Lesjeunes : "C'est quoi ce truc ? Ca faitrien". J'ai des neveux qui fument de laskunk que j'en suis malade de respirerleur tabagisme passif, c'est trop, c'estla folie. En plus ça a vraiment un côtéchimique dopé et tout.Q - Ca se sent ?revendeurs qui eux font le détail,j'imagine. Mais moi je n'y vais jamais, jefranchis jamais une frontière.Q - C'est pour avoir une idée du nombred'intermédiaires entre le producteur etton acheteur...R - C'est difficile à dire. Je dirais qu'il ya le producteur, il doit y avoir ungrossiste, un semi-grossiste, et puis …Q - Ton copain et toi ?R - Oui. Mais mon copain, c'est dutransport plutôt. Mais il prend unemarge aussi.Q - Tu connais sa marge ?R - J'imagine que pour ce qui est du shit,il doit acheter à 180. Mais j'ai desbonnes conditions parce que c'est unvieil ami et tout ça et qu'on a bosséensemble.Mots clés- cannabis- cocaïne- THC- skunk- pourvoyance- deal- contrôle de qualité- sécurité- prix des drogues- prohibition- légalisationR - Oui, dès le début avec mes copains,on croyait qu'il y avait du speed ou duPCP pulvérisé là-dessus, je sais pas, çafaisait un effet tellement violent que…et alors quand on sait que c'est cultivéen hydroponique, avec juste de l'eau etdes engrais, ben pour moi c'estchimique. Ca m'étonnerait beaucoupqu'ils le fassent avec des engraisnaturels, c'est pas vraiment le genredes entreprises industrielles, et encoremoins des gens qui font du pognon avecla drogue.Q - Ce sont les Nigérians qui détiennentce business ?R - Non, je crois pas, je crois qu'ils sontdes commerçants de passage, c'est lesHollandais qui cultivent principalement.Q - Et c'est pas les Hollandais quirevendent ?R - Les Hollandais revendent à desQ - Et ton volume d'achat par semaine,par quinzaine, ça fait ?R - Alors période normale, pas pendantles vacances, c'est difficile à dire. C'estvraiment difficile à dire, parce que j'aides clients qui sont assez avisés pourvenir acheter pour une longue durée,c'est-à-dire ils viennent tous les troismois. J'en ai d'autres qui viennenttoutes les trois semaines. Et puis t'asles gars qui viennent une fois parsemaine comme ça. Parce qu'ils n'ontque 1.000 balles à mettre là-dedans, etils ont pas de... et puis il y a aussi les gensqui quand ils ont des trucs chez eux nepeuvent pas s'empêcher de toutconsommer, donc c'est quand mêmedifficile à chiffrer.Q - Et ça va entre combien et combienpar semaine ?R - Mais je dirais une moyenne de...entre allez, entre 8 et 15 par semaine, 8Les Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 0119


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2et 15.000 frs par semaine.Q - Ca c'est la quantité de ce que tuvends ou ce que tu achètes ?R - De ce que je vends. Oui. Ce quej'achète c'est à peu près 150 grammes,oui, 150 grammes par quinzaine, jedirais, ça c'est pour le shit. Pourl'herbe, c'est aléatoire, ça je prendsque pratique-ment à la demande parceque...Q - Ah oui. Donc les gens commandentd'abord avant livraison ?R - Je connais plus ou moins les besoinsdes gens, donc je sais plus ou moins ceque je dois prendre, mais j'essaye aussid'avoir toujours du stock pour répondreaux demandes un peu plus conséquentes.Q - Et une demande conséquente, c'estcombien de grammes ?R - Oh, je compte pas en grammes moi,je compte en billets de 1.000. Il y en a unqui vient de temps en temps pour15.000; il les réunit avec ses copains, legenre de gars super discret, supergentil, qui est content de pouvoir venirchez moi et qui veut donc que ça se passele mieux du monde; donc je lui ai dit degrouper, de prendre des réserves sic'était possible. Mais c'est une questionde moyens, hein. C'est des gens qui ontdu boulot, une situation, ils avancentparfois pour leurs copains aussi sans queça soit vraiment du deal.Q - C'est plutôt une coopératived'achats ?R - On peut dire ça. Pour eux quoi.Q - Pour eux ?R - Moi c'est du... moi c'est du deal, quoi.Q - Toi c'est du deal ?R - Oui. Je fais ça pour avoir la fuméegratos, et pour la thune quoi.Q - Et tu as une clientèle qui doit faire àpeu près combien de personnes ?Q - Au sens le plus large, disons unetrentaine de personnes… Tu sais il y ades gens qui viennent pour les vacancesou pour les fêtes. Il y a toujours unerecrudescence en juillet et une grosseen décembre, évidemment. Parce quec'est recta chaque année en décembrecomme tous les commerçants dans lefestif, décembre, c'est un mois où je nepars jamais en vacances. Par contre,janvier en général, j'ai besoin devacances, ça va toujours crescendo,donc tu vois les gens que t'as pas vudepuis longtemps et tout. Tu passesl'après-midi avec eux, ça boit, ça fumeetc.20Les Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01Q - Donc par rapport à un commerceordinaire c'est un commerce plutôt


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2convivial, tu passes un moment avec lesgens ?R - Oui, chez moi c'est comme ça. Parceque ça fait 25 ans que j'ai commencé cetruc. J'ai eu beaucoup de déboires audébut, dans le sens où j'avais beaucoupd'amis, vraiment beaucoup d'amis tout àcoup, hein. Et puis au bout d'un momentplus vraiment : quand j'ai commencé àme montrer… un peu moins prolixedisons, à réaliser quoi. Mais làmaintenant, c'est installé, train-trainquotidien depuis dix-quinze ans, c'estvraiment convivial. Des gens, ilsviennent chez moi, et en achetant, onpasse une soirée à jouer à des jeux desociété, des trucs comme ça. Il y en ad'autres qui viennent passer la soirée,on regarde un film ou deux, on bavarde,parfois par hasard on se rencontre àplusieurs. Chez moi, il y a que des copainset des amis qui viennent, c'est un peu madevise si tu veux, que des gens que jepeux présenter à mes amis, à ma femmeet à mes enfants. Bon, ça arrive detemps en temps qu'il y a un type un peuplus déjanté qui passe, mais des gars quej'aime bien toujours. Alors là j'essayequ'ils passent plutôt dans l'après-midiquand il y a personne à la maison. Detoute façon, j'évite les heures où lesenfants sont là et où on mange, et où ilsdoivent aller dormir. C'est avant ouaprès. Mais ça reste vraiment convivial,familial.Q - Et le type de métier de ta clientèlece serait quoi ?ça peut arriver que quelqu'un soitpressé et le fasse. Mais sinon j'aimepas du tout.Q - Et là-dedans il faut déduire taconsommation personnelle que tuestimes à combien ?R - Je saurais pas te dire. Vraiment, çadépend des périodes. Alors pour lemoment, c'est un peu plus réduit parceque je ne prends plus de coke depuis sixmois.Q - Parce que avec la coke il fallait plusde…R - La coke, tu prends une latte,t'ouvres une bière, tu fumes un joint, turefumes un joint, tu prends une latte, tuprends une bière, ça donne soif, çaénerve. Ou alors, tu te dépensesphysiquement... Bon je peux très biensortir, prendre de la coke et boire etpas fumer pendant deux heures parceque je danse. Je fais quelque chose, ouje bosse et des trucs comme ça. Si tu tedépenses physiquement... Et puis t'asles situations aussi : maintenant c'est unpeu mieux, mais avant, pour se fumer unpétard tranquille à une terrasse, c'étaitpas vraiment facile.Q - Donc il y avait la limitation externe ?R - Oui. Les interdits.Q - Et maintenant tu as senti unchangement ?R - Oui mon vieux là ça voit de tout. T'asdes gens de la pub bien entendu, descréatifs, des artistes, il y a un bonpaquet d'artistes mais c'est de par mesfréquentations aussi. Et puis despetites gens. Tenanciers, des types quitravaillent dans un bistrot ou unchômeur. Mais chez moi, c'est pas onrentre, on achète, on sort. C'est un trucje le supporte même pas en fait. Lesgens comme ça m'intéressent pas. OuiR - Là ça y va ! Oui t'entends au niveaulimitations externes ? Effectivement,je trouve qu'ils y vont un peu fortd'ailleurs, pour moi ça sent le piège àplein nez cette histoire. J'ai pasconfiance du tout. J'ai lu la petitebrochure. Je suis pas très doué pouranalyser les textes, mais il me semblequ'au début de cette brochure ilsdisent: "on va y aller cool". Et puis quandtu lis tout le reste, t'as l'impressionLes Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01 21


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2qu'ils resserrent tout partout. Et alorsleur tableau-là ! Ils ont un petit tableauavec des petits points. T'as vu cettebrochure ?Q - Oui.R - Oui.Q - T'as jamais dealé autre chose ?R - Si, j'ai dealé de la coke pendant desannées.22R - Les tableaux avec les petits pointsquoi, ça fait rire tout le monde. Et lespatrons de bistrots, quand ils sont là, ilstolèrent pas qu'on fume à l'intérieur,par contre, en terrasse ils ferment lesyeux. Mais c'est bien pour eux si uneclientèle peut venir. T'as le... - je vaispas citer de nom - mais c'est un bistrotoù je vais souvent dans cette bonnecommune et encore hier soir vraimentça y va quoi, ça roule, ils roulent mêmepas caché dans leur main, ils roulent surla table. Tout ce que les patronsdemandent, c'est de faire pas trop debruit pour pas ameuter les voisins. Etmême des terrasses de bistrots oùavant le patron jetait les mecs si ilss'avisaient de fumer un joint enterrasse et que ça se voyait, parce quet'as des gars qui fument comme ça et tusens rien quoi. Mais alors c'est les gars,ils ont leur shit avec le tabac et ils fontdes petits joints tout le temps commedes cigarettes. Je connais un type, il estmort d'ailleurs, on peut en parler Y… V…,il fumait tout le temps dans les bistrots,il y avait jamais personne qui remarquaitrien. Mais c'est tellement léger quec'est même pas la peine de tirer unetaffe sur son truc parce que ça faisaitschnoll... et là maintenant, les gens : "Ahouais, ça va, c'est autorisé". Il y en a quiroulent devant les flics, comme à la Fêtede la Musique, personne se cachevraiment. Moi, je dois être un peuparano, mais je continue à resterrelativement discret. Quand on me fileun joint comme ça à la terrasse d'unbistrot, parfois je dis non. Je sais pas,je le sens pas.Q - On va revenir à l'influence de lanouvelle loi, qui est d'ailleurs pas encoreune loi. Mais d’abord au niveau deal, tesproduits, c'est haschich et herbe?Les Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01Q - Et tu as arrêté ?R - J'ai arrêté par la force des choses.Q - C'est quoi la force des choses ?R - Mon dealer est tombé.Q - C'était un Belge ?R - C'était un Belge. J'achetais... Là jepeux être un peu plus précis dans leschiffres, là c'était pratiquement 10grammes par semaine. Allez disonsentre 7 et 10 grammes par semaine decoke.Q - Que tu achetais combien et que tuvendais combien ?R - Je l'achetais à un bon prix. Parce queje préfère, c'est relativement cher, parrapport au marché : 2.500 frs. Mais jel'achetais chez quelqu'un qui la vendnormalement au détail à 4.000 frs levrai gramme, j'achetais 2.500 par 10grammes, ça faisait à peu près cinq-sixans que j'étais avec la même personne,qualité constante, bonne qualité,quoi. Vraiment je connais les tests ettout. Et alors donc j'achetais 10grammes. Et quand je revends 1gramme, je mets 8 dixièmes, et je lerevends à 4.000 fr. Ce qui revient à5.000 fr. Tout le monde le sait. Enfintout le monde… C'est-à-dire tous lesgens qui achètent chez moi. Uneclientèle encore plus limitée bienentendu et compactée que celle du shit.Je l'ai dit à tout le monde au moins unefois, je m'en suis fait un pointd'honneur. Même si je l'ai dit un peuvaguement... Mais j'ai toujours fini parle dire aux gens. Là surtout c'est desgens qui n'iraient nulle part d'autre que


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2chez moi parce que c'est un milieu… Ilfaut connaître quoi. J'ai des gens, si jedevais arrêter de vendre du shit du jourau lendemain, ils seraient vachementemmerdés parce qu'ils aiment bien avoirleurs 3.000 balles de shit pour deuxsemaines à peu près, un couple. Ilsfument aussi des petits joints avec deuxfois rien dedans, puis quand ils te lepassent, tu dis: "Non merci, je m'enroule un". Donc des gens qui ne sauraientpas où aller, qui à la limite arrêteraientmais ne seraient pas spécialementcontents d'arrêter. Et aussi des gensgenre : "L'anniversaire de Madame,l'anniversaire de Monsieur, les vacanceset Noël quoi". Et c'est à peu près quatrefois par an, ça c'est une autre catégorie.Puis t'en as d'autres, les artistes, çadépend un peu si ils ont une flopée deconcerts ou plein de trucs à faire, etc.Je sais pas quand je dis artistes, il y a detout, du musicien au directeur de sallede spectacle. Ou créateur de théâtre,ou un type qui doit absolument rentrerun boulot musical dans les 48 heures,etc. Qui emploient ça comme instrument.Oui, t'as la clientèle festive ett'as la clientèle instrument de travail.Q - Instrument de travail ?R - Instrument de travail, oui.Q - Instrument de créativité ?R - Non, je dirais plutôt pour tenir lecoup, pas pour chercher l'inspiration,plutôt pour tenir le coup mais dans desbonnes conditions, pas avec du speed;d'autant plus que, encore une fois, laqualité chez moi est surveillée. Etconstante aussi, ce qui est pas mal. Parexemple, je vais avoir une sorte de shit,je vais fumer celui-là, je vais en recevoirun autre. Même si l'autre est un peumeilleur, à la limite, je préfère d'abordterminer le premier. C'est comme lemélange d'alcool et de vin et des trucscomme ça, j'aime pas trop changer. Et ily a toujours un moment d'adaptationentre un changement. Alors pour ce quiest de la coke, c'est beaucoup plus fort.Parce qu'il y a toujours une différence.Si jamais pendant quatre-cinq mois - çadépend des stocks et de l'organisation -t'as la qualité, et puis à un moment çachange forcément. Et parfois c'est unpeu plus haut, et parfois c'est un peuplus bas. C'est une qualité plus ou moinsconstante, mais il y a toujours une petitephase d'adaptation de l'organisme.Q - Autrefois, il était question denombreuses variétés de cannabis.Qu'en est-il aujourd'hui de ces "cruslocaux" ?R - Les petits crus locaux ? D'abord, tune les trouves plus ici, parce que ça nes'exporte plus, c'est trop dangereux, çarapporte pas assez. Même sur place,regarde l'Afghanistan. En Afghanistan,t'avais des tas de shit différents, dusuper bon, t'avais du Mazarisharif,enfin chaque ville avait son shit. Toutça, c'est fini. D'abord une bonne partiea été remplacée par l'opium pours'acheter des armes. Et puis ces petitstrucs locaux, t'as des villages qui ontété détruits, t'as des régions qui ontchangé de gouverneur, ou de religion, oude secte, tu sais comment ils sont. Etmême chose en Inde. C'est un effetpervers de la mondialisation, à mon avis.Parce que comme tout s'uniformise,même ça, la production locale. Ilsessayent de faire du gros. Et c'estvraiment comme un vignoble. Tu peuxpas vendre des millions d'hectolitres dechampagne, il y a qu’en Champagne quetu produis le Champagne, c'est limité àce qu'on produit en un an en Champagne.A part qu'en Champagne, il y a pas laguerre.Q - Combien de variétés sont annoncéessur une ardoise de "Coffee shop"actuellement ?R - J'ai vu que ça va de six à douze à peuprès. Mais il y a longtemps que j'ai plusLes Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 0123


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2été. J'ai plus été en Hollande depuis unedizaine d'années.Q - Un de nos patients qui achètevolontiers du shit disait : "Pour 5 guldenle gramme, c'est du cirage, pour 10gulden, c'est du henné, à plus de 15gulden, ça devient vraiment du haschich.R - Oui ça, ça je veux bien le croire, quoi.Q - Donc tu penses qu'il y a des produitsde coupe ?R - Oui, c’est clair. J'ai déjà jeté desjoints par terre, tellement... On te tendun joint comme ça, tu tires, dégueulasse!Il y a des trucs immondes. Et même encoffee shop, ils se foutent du monde.Mon copain qui va acheter, si on a lemalheur de lui proposer de la merde, ehbien le gars, il est vert, il est furieux, ilchange immédiatement si il peut. Maisc'est comme ça qu'il se fait respecterparce que c'est soit du turc, soit dumarocain, etc . Et donc ils ont le moyende moyenner entre eux. Non mais c'estclair que même le noir en coffee shop ...Ce serait bien d'avoir un petit labod'analyse comme ils font pour les ecstaet tout. Non de Dieu, là je seraiscurieux. J'ai vu des tests dans "Actuel",c'est effrayant, mais bon c'est Paris, çam'étonne pas.Q - Et qu'est-ce que tu crois qu'ilfaudrait tester sur ces produits etcomment ? Quels seraient les principesque tu donnerais à l'ingénieur qui doitconcevoir les tests ? Lui, il ne fume pas,il ne deale pas, il n'a aucune idée de cequ'il faudrait contrôler.R - Mais d'abord les produits de coupe.La toxicité, la nocivité des produits decoupe parce que ça sert à rien de fumerde l'huile de vidange ou je sais pas cequ'ils foutent là dedans, du henné ou duvieux pneu. Parfois j'ai l'impression defumer du vieux pneu. D'ailleurs le noir,c'est fini, je touche plus.Q - Pourquoi ?R - Parce que pour moi c'est pas du shit,tout simplement.Q - C'est quoi ?R - Je sais pas mais pour moi c'est pas dushit.Q - C'est du pneu ?R - Oui, pour moi c'est du pneu ! Et quandje vois des jeunes avec ça, surtout dansla région de Wavre, ils sont touscomplètement abrutis au gros shit noir,vraiment abrutis, ça n'a rien à voir avecun bon shit.Un jour, on a passé une soirée avec monneveu, on joue à un jeu de société, on ajoué toute la nuit, il a fumé comme unpompier. J'avais beaucoup bu et j'avaisoublié d'ouvrir la fenêtre le soir avantde descendre me coucher. Le matinquand je suis remonté, j'ai senti uneodeur de foin de skunk, j'ai gerbé.C'étaient les prémisses d'une crise defoie mais ça a été le déclencheur. Putainet alors pour le voisinage, c'est... Mêmema voisine m'a dit : "Écoute parfois jesuis gênée". Et pourtant, elle fumeaussi, c'est pas ça qui la dérange.Q - Et à part les produits de coupe,qu'est-ce qu'il faudrait pouvoir tester ?R - Il faudrait inventer une espèced'unité de défonce. J'ai déjà essayé deconcrétiser ça, il y a très longtemps, desunités de défonce, mais c'estimpossible. Et en plus avec lesdifférentes dopes, ça ne va pas. Oui,surtout ce qu'il y a dedans quoi, si c'estnature quoi. Et la concentration en THC.Le parfum peut-être.Q - Et pour le shit par exemple, quand tutestes la qualité, c'est uniquement parta consommation à toi ou bien tu utilisesd'autres techniques ?24Les Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2R - Le shit, j'ai mon goûteur, c'est legars qui va acheter.Q - Ah oui, celui qui est transporteur esten même temps le goûteur ?R - Oui, c'est lui qui choisit, il est trèsdifficile, parfois il va, il y a pas, il revientles mains vides. Ou alors juste avec undépannage pour une semaine, pour lui etpour moi. Mais si c'est pas bon, il est pascontent, et je peux te dire qu'il est pascontent. Il est à moitié arabe ! C'est untype, il est là dedans depuis 20-25 ansquoi. Un haschischin, quoi.Q - Mais c'est uniquement à son goût àlui qu'il se fie, il y a pas de techniques detest ou de trucs de ce genre-là ou...R - Oui, si, il y a des techniques : lasouplesse, la réactivité à une flamme, lacouleur de la fumée, etc. Mais ça je peuxlui demander, je peux lui demanderéventuellement un petit mémo làdessus,parce que il m'a déjà expliquéplein de fois, mais bon comme il fait leboulot pour moi, je m'en soucie pas trop.De temps en temps, je lui dis: "J'aimemieux celui-là, j'aime moins celui-là". Detemps en temps, je lui dis aussi ce queles clients me disent. Là par exemple,j'ai une herbe dont des clients medisent qu'elle est pas forte du tout. Etpuis il y en a d'autres, ils sont contents,ça leur rappelle la nigériane. Mais elleest presque au double du prix. Lanigériane, c'est cool. J'achetais 1 kilo45.000 frs, je faisais à peu près quatreou cinq mois avec et je revendais ça150.000 frs. Ca c'était du bon bénefpour moi.Q - Au niveau répression, t'as jamais eud'ennuis ?R - J'ai une fois eu une histoire ridicule,mais si je la raconte avec les détails onpeut m'identifier.Q - Non, ne la raconte pas avec desdétails. Est-ce que tu penses que lesflics sont au courant de ton activité etferment les yeux ou qu'ils ne sont pas aucourant, simplement ?R - Je pense qu'ils ne sont pas aucourant. Je pense plutôt que,administrativement, ils sont pas aucourant. Maintenant il y aurait un flic duquartier qui m'aurait plus ou moinsrepéré, oui - non, ça m'étonnerait, parcequ'il y a plus vraiment de flics dequartier en fait. Avant, tu avais un flicde quartier, il passait au moins deux foispar semaine dans la rue, il connaissaitles kets et tout ça. Je te parle d'autrescommunes. Maintenant, il y a plusvraiment ça. Mais, d'un autre côté, jeprends pas la PJ de ma commune pourune imbécile non plus. Je veux direl'histoire que j'ai eue là avec le shit, ilsm'ont fait venir chez eux, ils m'ontdemandé de venir pisser chez eux. Ilsm'ont d'abord demandé si je fumaisencore. J'ai dit: "Ah non, plus depuisQ - Et toi, tu as du stock ?R - Quand je faisais dans l'herbe, oui,j'avais du stock, j'avais 1 kilo, enfin jeprenais jusqu'à 1 kilo, là où le shit ça vade 100 à 200 grammes. Je prends par100 à 200.Les Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01 25


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 226l'histoire". Puis il m'a dit : "Ah vous allezaccepter un test d'urine alors" ? J'ai ditque non, parce que d'abord j'avais été àun concert trois jours avant, j'avais tirésur un pétard, et ensuite ça, dansl'histoire de la fois d'avant, j'avaisrefusé la prise de sang. J'étais un petitpeu saoul, j'avais soufflé dans le ballon.Ils m'ont emmené au poste. Ils ont voulume faire une prise de sang, j'ai dit:"Non, moi ça va". J'ai soufflé dans leballon. Et j'ai refusé la prise de sang, etla prise de tension parce que j'avais prisde la coke et je voulais absolument pasqu'on aille voir, j'ai invoqué des raisonsd'ordre personnel, qu'ils ont traduit parphilosophiques dans la déclaration. Etdonc j'ai eu aucun mal après à la PJ àdire que non. Enfin j'ai juste dit: "Non,je veux pas venir pisser dans votrebouteille toutes les semaines, non". Etpuis il m'a demandé si je vendais de ladrogue. Et j'ai dit non bien sûr. Et puis ilm'a demandé si je prenais des droguesdures. J'ai dit non, non, certainementpas ! Et il m'a fait la morale en me disant:"Ca c'est très... C'est très pas bien ettout ça quoi". Il m'a aussi demandé plusou moins pourquoi je fumais. J'ai dit quequand je rentrais du boulot - à l'époque,j'avais un boulot aussi. J'ai quand mêmebossé, j'ai quand même bossé quatre anspour une entreprise à l'époque, le tempsde faire mes enfants, mes trois enfants- j'avais besoin d'un bon pétard avant derentrer à la maison, ça c'était clair.C'est ce que j'ai dit au flic qui m'a dit :"Mais moi aussi j'ai des enfants et je nedois pas". "Mais moi oui". Je ne sais plusquelle était la question. J'ajoute que parsolidarité avec ma femme et pour bienfaire les choses, j'ai arrêté la cokependant quatre ans.Q - Et quand tu as arrêté de dealer de lacoke, comment s'est débrouillée taclientèle ?R - Ma clientèle s'est assez réduite aucours des trois dernières années parceque, là on va pas me croire, mais moiLes Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01j'aime bien faire décrocher les gens. Etj'avais des cas sérieux. Genre grosproducteurs soumis au stress tout letemps, à des avions, à des trains, à desrendez-vous, à des dîners superarrosés, et à des nuits à prendre de lacoke avec des clients. C'est vraiment legros show business quoi. Et c'était ungars que j'ai longtemps refusé dans maclientèle, malgré qu'il toquait à ma porteet tout... Et puis un jour j'ai dit oui. Etc'est un gars que je connaissais depuislongtemps, que je prenais pour unproducteur véreux et pour un gars aussipas très prudent, je suis très porté surla prudence évidemment et sur lesrègles de sécurité qui sont très stricteschez moi. Et pour finir on a sympathisé,il m'a fait bosser aussi long que ça m'a…Il m'a fait bosser, d'abord parce qu'ilavait besoin d'un gars comme moi, parceque je sais faire d'autres choses quedealer. Mais aussi parce qu'il avaitbesoin d'un complice je vais dire. Parcequ’il prenait de la coke, je prenais de lacoke et ça l'arrangeait bien d'avoir un….J'étais son assistant en fait. Mais ons'entendait super bien grâce ou à causede ça. Et bon ce gars en prenait énormément,il était super difficile à gérer.Encore une fois, je me rappelle, on a étéfaire un travail de trois jours àl'étranger et je lui ai dit: "Bon, je teprends trois demis pour là-bas". Il m'adit oui. Et le premier jour, je lui ai donnéles trois demis et il se les est enfiléstous les trois le premier jour.Heureusement j'avais une réserve unpeu conséquente, parce que sans douteque quelque part j'avais prévu le truc,enfin j'avais une réserve de sécurité.C'est des boulots où quand tucommences à prendre de la coke pour lefaire, il est pas question de s'arrêterd'en prendre avant d'avoir fini. Parceque sinon c'est fini, tu plonges. Etcomme c'est des boulots où tu as déjàpas mal de préparation avant le grosrush, c'est toujours une grosse... Cegars prenait, il m'a dit les sommes qu'ilavait dépensé avant de me rencontrer,


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2genre 2 millions par an quoi. Et puis lapremière année, il était pratiquement à1 ou 2 grammes par jour. Enfin, lui c'estma plus belle victoire. Je veux direaprès, l'année suivante, il était plus qu'à1 gramme, la dernière année il était à undemi. Et là maintenant, je sais pas, parceque il a toujours... On sait pas vraimentce que les gens deviennent. Surtout lescocaïnomanes et les héroïnomanes, ilssont plutôt ... Enfin les héroïnomanes, çase voit plus facilement. Mais auxdernières nouvelles, il m'a dit qu'il étaittrès content. Parce que ça lui faisait desproblèmes de santé, il devait prendredes Lexotan, enfin il était dans un truc,quand il me racontait ça, moi j'étaiseffrayé. Et je suis pas du tout genrepusher quoi, pas du tout. Les gens vontoffrir une latte toujours un quartd'heure avant que je commence à penserà en proposer une. Parce que j'y vaismollo. Des petites, plusieurs petites,etc. Mais il y a des gens qui s'envoientun quart comme ça boum, un faux quart.Boum en dessous de ton nez. Bon je l'aifait quelquefois avec eux aussi, lesaprès-midi où on avait rien à foutre, onavait une bouteille de pastis, et qu'onétait là pour déconner. Mais moi pastrop souvent.Q - Tu parlais des règles de sécurité quetu utilises, tu peux les formuler ?R - Ne rien dire au téléphone, à part :"Salut, ça va, je peux passer ?". Engénéral je sais plus ou moins, j'ai detout. J'ai de la coke, de l'herbe, et dushit. Donc qui que ce soit, j'ai qu'à luidire de passer, il passe et il fait sonchoix. Maintenant t'as des gens quiviennent que pour le shit, d'autres quepour la coke, ben c'est même chose. Ettéléphoner avant, ne pas m'amenerd'autres clients, ne pas parler de moi,allez, c'est plus vraiment des règles,c'est des acquis. Il y a personne quivient chez moi que je connais pas depuisau moins un an. Et quand je dis un an,c'est souvent deux, si pas plus. Et lamajeure partie de ma clientèle, je laconnais depuis vingt à dix ans. C'estvraiment des amis et des copains. Etalors ne pas me faire de publicité,surtout pas m'amener des nouveauxclients ...Q - C'est quand même un commerceparadoxal , un commerce sans publicité?R - Oui.Q - Un commerce où à l'occasion,notamment pour la coke, tu dissuadestes clients de continuer, c'est uncommerce particulier ?R - Oui.Q - C'est quand même un commerce trèsmarqué par la prohibition ?R - Ca ouais, tout à fait. Dans l'étatactuel des choses, ça me fait chier. Jeveux dire quelque part je suis contentde plus… Que mon dealer est tombé. Came fait chier de pas pouvoir disposer sije veux de coke. Parce que en mêmetemps ça m'a fait du bien de faire unecure, mais ça des cures j'en fais, j'en aiencore fait une en janvier. Là j'en faisune, ça me fais du bien aussi. Mais, çam'emmerde de pas avoir de coke pouraller à une soirée dansante, parexemple, ou pour de temps en tempsaller picoler, parce que moi j'aime bienla coke, parce que tu peux boire plus, çadésinhibe et ça te fait tchatcher enmême temps. Et moi j'aime bien, ça memet en forme, je discute avec les gens,je raconte des blagues, je fais des jeuxde mots, des jeux d'esprit, ça m'aide unpeu au niveau de la créativité. Ca medonne l'énergie physique de danser, etl'énergie mentale de déconner parceque j'adore ça. Et ça m'emmerde de paspouvoir acheter de la coke, j'en achèteraisbien au pharmacien un petit peucomme ça, de la bonne.Q - Et les nouvelles dispositions duLes Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01 27


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 228gouvernement en matière de cannabis,quelles conséquences vont-elles avoirsur ton commerce ?R - A court terme aucune, parce que lesgens qui m'achètent 3.000 balles deshit tous les quinze jours, ils vont pasprendre leur bagnole pour aller à Bredaacheter leur shit, d'abord parce qu’àla limite ils savent pas se... D'abord ilsont pas envie de se déplacer, et puis ilsont certainement pas envie de franchirune frontière avec des trucs. Et puis ilsont pas envie de se faire chier à allerchoisir des trucs là-bas. Dans maclientèle, il y a plein de gens qui préfèrentpayer un peu plus cher, parce que jesuis relativement cher, mais pour desproduits de qualité, qui préfèrent payerun peu plus cher mais avoir affaire àmoi quoi parce que je suis un tamponentre les trafiquants et eux, les clients.Et en plus c'est des copains, sympa,convivial, etc.Q - Et à long terme tu penses que çapourrait menacer ton commerce ou aucontraire le booster ?R - Booster non, je vois pas pourquoi. Ouià part, la pseudo-libéralisation, que lesgens se sentent un peu plus tranquilleset du coup fument plus, non je vois pasvraiment ce que… Non. Pas les gens queje fréquente en tout cas. J'ajoute qu'ily a pas de jeunes de moins de 30 ansdans ma clientèle, bien entendu.Q - Pourquoi bien entendu ?R - Parce que je me suis toujours méfiédes jeunes ! Quand j'étais plus jeune,quand j'avais disons 25 ans, je veux diremême là, à l'époque, j'allais pas avec desplus jeunes que moi. Ou ma tranched'âge. Parce que une question de...Enfin d'habitude de la police ou destrucs comme ça.Q - Question pratique. Oui c'est ça,c'est une question pratique, c'est pasune question morale ?R - C'est une question de clandestinité.Si, si c'est une question morale aussi :pas de prosélytisme.Q - Aussi ?Les Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01R - Oui. Tu sais moi ... Sauf par accidentet il y a longtemps, j'ai jamais filé de...pour la première fois à quelqu'unquelque chose. Une fois ça m'est arrivéà mon corps défendant, c'est des gensqui m'ont fait venir chez eux pour meprésenter un copain qui voulait acheterde la coke, et bon, c'était il y a vingt ans.Et le type, il en a acheté et en faitc'était la première fois. Et il a tout desuite plongé dedans et il a fini parrevendre voiture, magasin, femme,appartement et sombrer et alleracheter de la merde au quartier. Auxdernières nouvelles, il est mort. Enfin,on m'a dit qu'il est mort il y a longtemps.Mais de voir la déchéance de ce mec m'atrès fort... M'a mis en garde encoreplus fort. Mais sinon j'ai vraimentjamais intentionnellement filé quelquechose à quelqu'un, au contraire, j'aiévité ça comme la peste.Q - Parce que quand tu vendais les trois,l'herbe, le shit et la coke, est-ce que tuavais des clients qui demandaient àpasser du cannabis à la coke ?R - Habituellement non. C'est tous desgens déjà avertis quoi. Ou alors je lesdissuadais avec véhémence.Q - Stabilisés dans une consommation ?R - Ou alors des un peu plus jeunes maisqui font partie de ma famille à cemoment-là, qui connaissaient la facetteshit pas la facette coke quoi. Qui euxauraient pu demander, qui eux n'étaientpas avertis du truc mais qui ont fait leurpelote de leur côté de toute façon. Nonmoi je suis plutôt du genre à... Il y a unclient que j'ai éjecté l'année passée.Mais lui, c'est parce qu'il était devenu


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2incontrôlable. Un soir il est devenuincontrôlable. Du genre à me téléphoner.Il y avait un coup sur le feu, ilvoulait absolument de la coke. Parce quesa nana en prenait aussi. Et il atéléphoné, retéléphoné, sur un numéro,sur l'autre numéro. Sonner à ma porte.A un moment il a fini par sonner à maporte en même temps qu'il metéléphonait, j'ai dû le menacersérieusement de lui éclater la gueuleparce que… J'ai eu la chance ce soir-làque ma femme était de bonne humeur,parce que c'était insupportable. Ca l'afait rire quoi. Lui je l'ai... Et je crois pasnon plus que c'est le mec assez... Oui il asans doute essayé une ou deux foisd'acheter autre part, il est sans doutetombé plusieurs fois sur de la merde etpuis il a aussi probablement su arrêter.Et puis il y en a un autre, lui il est tout àfait incontrôlable. Lui je sais pas maisc'est un type, il en prend depuistoujours je dirais. Depuis vingt ans, maisc'est un cas plus sérieux, lui fixait. Et jel'ai su un jour en allant voir un copain àl'hôpital, il était dans le lit d'à côté avecune septicémie à son bras. C'est là quej'ai réalisé qu'il fixait, etc. Du coup jel'ai contrôlé, lui. Par après évidemment,il est revenu chez moi. C'est un gars maldans sa peau etc., qui trouvait un plaisirà venir chez moi et à passer une soirée.Et même parfois à sortir ensemble, etc.Mais à ce moment-là, je lui demandais àvoir ses bras : "moi je veux bien, mais tusniffes".Q - Donc c'est un commerce, mais uncommerce responsable ?R - Oui, vraiment. C'est un truc que jepeux revendiquer franchement, ça oui.Q - Presque thérapeutique surcertaines facettes ?R - Possible, oui.Q - Ce qu'on ne voit pas dans les bistrotspar exemple. Dans les bistrots il estrare que le patron rationne un buveurexcessif.R - A part uniquement où il fait duchambard, quoi.Q - Du chambard ou s'il ne paie plus .R - Oui c'est ça. Ou bien qu'il faitvraiment tache.Q - Et tu disais tout à l'heure à laboutade : "Je sais faire autre chose quedealer". Bon, j'en ai jamais douté.Qu'est-ce qui fait que tu deales plutôtque de faire autre chose ?R - Ca me permet d'être chez moi, debouquiner, je lis beaucoup. On peut direque je passe une bonne partie de montemps à me cultiver. De rencontrer desgens aussi, absolument, d'avoir ma dopepas chère. Et de bien gagner ma vie enfoutant pas grand-chose, somme toute.D'un autre côté quand... Comme jedisais, il y a un client qui est venu un jourme tirer de mon fauteuil, et m'aembarqué dans son aventure detournée, et ça m'a fait un bien fou. J'aiadoré. Mais ça a été volle coke quoipendant tout cette tournée; pendant unmois ça a été volle coke. Ca medérangeait pas parce que ça fait partie,c'est le show biz il y a rien à faire. Tubosses. Écoute, t'as des horaires dedéjanté, tu bosses la nuit, tu arrives àdes endroits, tu dois faire tout de suiteune balance puis t'attends quatreheures avant de pouvoir faire tonconcert, quatre heures que tu passes àquoi faire ? C'est le début de la soirée,tu regardes les autres groupes, tu bois,etc. A un moment tu dois monter surscène. Donc si t'as pas une ligne de coke,tu pédales dans la semoule. Et après tudois reprendre la route, il faut pasoublier ça, après tu dois reprendre laroute avec le camion, le matos,retourner. C'est inhérent à ce genre deboulot avec des horaires de déjanté ettout ça. Il y a rien à faire. Et alors je teLes Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01 29


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2dis genre les travaux à fournir, à fournirdans les 48 heures, une musique pour unépisode ou pour une pub, etc.Q - On parlait de la loi. Tu as dit ce quetu pensais des nouvelles dispositions.Quelle serait pour toi la loi quiconviendrait pour ces produits ?R - Moi ? Libre accès, à tout le monde,tout. Ca me dérangerait pas d'alleracheter mon gramme de coke enpharmacie à 350 frs au lieu de 2.500 etd'avoir de la bonne. Du vrai chlorhydratede cocaïne à 97 % et mêmechose pour l'héro. Je suis un peuinformé aussi. Il y avait encore unarticle dans "Le Monde", dans "LeCourrier International" il y a paslongtemps sur Liverpool, disant qu'ilsont arrêté le traitement deshéroïnomanes. Il y a 41 types qui sontmorts dans les deux ans après. Ca m'afoutu les boules ça. Abominable. Et ilsn'avaient pas eu donc de recrudescence,d'explosion des cas d'héroïnomanie ettout ça; comme dans les autres pays oùça s'est fait, quoi. Hollande, Suisse,c'est à peu près la même tendance qui sedessine partout. Je trouve que "un peude tout" est un bon style de vie.Q - Mais dans ce cas-là, ce type d'accèslibre et simplifié est assez peu probableà court terme, dans ces perspectives-là,tu perdrais ton job ?R - Oui, je m'en fous, je ferais autrechose.de sécurité dans les concerts, etc.R - Ah oui comme ça, responsabiliser lesgorilles, quoi.Q - Oui. Et donc formation d'un certainnombre d'heures, avec des matièresimposées, secourisme, psychologie,droit, des trucs de ce genre-là. C'estune profession qui était presque illégaleet qui s'est légalisée, qui a étéencadrée maintenant. Imagines-tu queça soit possible pour les gens comme toiqui font le métier du cannabis, que çapuisse devenir un métier ordinaire,encadré, fiscalisé ?R - Oui, ça me paraît être une bonnemarche à suivre. Parce que tu vas pasparachuter des franchises à des typesqui avant avaient un vidéoclub ou unewasserette pour vendre du shit, il fautdes gens un peu au fait du truc, c'estclair.Q - Pourquoi est-ce qu'il faut des gensun peu au fait du truc ?R - Parce que, il faut être un peuœnologue pour ouvrir un magasin depinard. Tout simplement. Ou alors, t'esjuste un vendeur polyvalent et qui vend.Mais ça bon, ça c'est les meubles et lescarpettes et...Q - Tu aimes bien ton activité?R - Oui.30Q - Dans les discussions qui tournentautour du cannabis, il est aussi questionparfois de professionnaliser lesdealers. Un peu comme les agents desécurité. Au départ, c'étaient simplementdes gros bras, maintenant ils vontdevoir suivre une formation Loi Tobbak.R - Ah oui ? Ah je savais pas ça, les typesen vert… ?Q - Non, tous les types qui sont agentsLes Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01Q - Est-ce que tu as parfois desinquiétudes par rapport à ton boulot ?R - Du temps où je vendais encore de lacoke, je me faisais de temps en tempsune bonne petite parano, mais ça tient àun peu d'alchimie, ça tient à un peu tropde coke, un peu de déprime en plus, unclient qui vient trois, deux fois sur lajournée, je sais pas, des trucs ... Maissinon non. Bien sûr, j'ai toujours l'épéede Damoclès des flics mais déjà là avec


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2les nouvelles dispositions, malgré que jeme méfie partout, etc., je me sens déjàun peu plus à l'aise. Je me vois plusfacilement en train de plaider le faitd'avoir 100 grammes de shit à la maisonmaintenant qu’ il y a un an.Q - Qu'est-ce que tu plaiderais ?R - Consommation personnelle, 100grammes pour six mois, je ferais vite uncalcul dans ma tête pour que ça ait pasl'air trop excessif. En plaidant que j'aibeaucoup parce que quand j'achète engros, je l'ai moins chère. Ce qui est toutà fait logique.Q - Et ton entourage, comment est-cequ'il vit ton activité ? Parents, famille,enfants ?R - Parents out. Ma sœur vaguement aucourant. Mon frère, ma belle-sœur sontau courant, mais ça leur a rendu servicequand même parce que leurs fils ont unpeu déconné il y a cinq- six ans, et j'étaislà pour leur expliquer.Q - Donc tu as rempli une fonctiond'expert ?R - Oui. Surtout ma belle-sœur étaittout à fait désemparée parce que sonfils piquait du pognon pour aller acheterde l'héro, apparemment. On l'a repêché,enfin il a braqué un truc, enfin il acommencé à braquer un truc, enfin on l'arepêché juste à temps. Enfinmaintenant il fume comme un pompier.Et je suis occupé à essayer de lerestreindre.Q - Donc là tu es son pourvoyeur ?R - Non lui... Oui ça m'arrivait de ledépanner, etc. Mais en général ils'occupe de son côté. Parce quejustement lui fume de la skunk, de laskunk ultra forte, chose que je ne veuxpas vendre parce que c'est pas bon.Q - Tu as une idée de la teneur en THCde tes produits ?R - Non, normale je dirais, normale. Pource qui est du shit, normale. Pour ce quiest des herbes, je sais pas. Ils disentque ça va jusqu'à 75% de THC sur lesgrosses skunk, mais ça, ça me paraîtdélirant… 75% en plus peut-être que cequi avait.Q - En fait l'herbe traditionnelleafricaine faisait, paraît-il, auxalentours de 5 à 10% de THC et lesherbes hydroponiques font jusqu'à25%. Ce qui est énorme.R - Ce qui fait cinq fois plus, ce qui faiten fait...Q - Entre deux et cinq fois plusqu'avant.R - Oui.Q - Mais donc là tu avais eu une réactionplutôt positive d'une partie de tafamille. Et pour les autres ?R - Ma femme, je sais pas très bien dire,parce que au départ, quand on s'estconnu, elle fumait et elle prenait destrucs comme moi. Et puis petit à petit,ça s'est estompé vu qu'elle a été troisfois enceinte et puis après, plus que detemps en temps, du bout des lèvres etune petite ligne éventuellement auréveillon, parce qu’il faut bien tenir lecoup toute la soirée... Parce que destrucs comme ça... Réveillon et puispratiquement plus rien. Maismaintenant, elle m'a quitté depuis sixmois. Elle m'a parlé de mes copains. Ellem'a pas parlé de mon boulot, de monmétier. Quand même, ça aurait été unpeu mal venu parce que ça nous a quandmême permis de vivre relativementconfortablement. Enfin moi je veux direje me paie pas des hôtels de luxe envacances, d'ailleurs je prends passouvent de vacances, j'ai pas de grossebagnole, mais quand j'ai envie dem'acheter un bouquin, je me l'achète.Et quand... Mais pas niveau de vie...Les Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01 31


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2Enfin en tout cas pas être angoissé parle fait de ne pas avoir de pognon. Ouiquand on a dû acheter la baraque là, on adû un peu... Mais ça a été très vite, çac'est les années où j'ai pas mal turbiné.Mais c'est l'année où j'avais trois bonsclients pour la coke. Les trois que je...Un que j'ai fait diminuer, un que j'aiéjecté et l'autre qui fait des cures detemps en temps, qui revient, qui dit quiprend plus rien. Puis je le vois pluspendant deux ou trois mois, puis ilm'appelle pour me demander si je vaisbien. Enfin un type qui n’est, à mon avis,pas sorti de l'auberge. C'est un type quia des problèmes affectifs.Q - Et par exemple tes clients, çat'arrive de les adresser à un centre, à unthérapeute ?R - Non, ça m'arrive de leur donnerquelques conseils... Quelques légersconseils médicaux, enfin c'est le genreplutôt : "Arrête de prendre du Lexotanet bois moins". Je parle un peud'homéopathie, parce que je pratiquel'homéopathie.Q - Et ils te demandent pas desadresses, éventuellement de cure, decentres de cure ?R - Non, juste l'adresse de monhoméopathe. Mais elle ne prend plus declients depuis six-sept ans. Donc j'aidifficile à prêcher pour cette chapellelà.Parce qu'elle est vraiment bien. Maiselle prend plus des clients, et je ne peuxpas conseiller quelqu'un que je connaispas.j'avais, je l'ai planqué autre part. Puisj'ai repris un peu avec le shit, parce queil faut que la thune rentre. Là le manque,ne pas dealer la coke m'a fait un sérieuxtrou dans la caisse du genre quandmême, allez disons ces derniers temps,entre 6 et 8.000 frs par semaine. Etavant ça, c'était à peu près 10.000 frspar semaine que je me mettais en poche.Donc j'ai repris. Et puis j'ai pas eu envie.D'abord profil bas pour éviter l'histoireet puis j'ai su qu’en fait, il semblerait,mais j'y crois pas trop non plus, que lapersonne soit pas vraiment tombée pourça, c'est ce qu'on me dit, tout le monde al'air confiant, moi pas trop. Et puis jen'en vois pas vraiment la nécessité nonplus avant la rentrée, je prends ça unpeu comme un signe du destin aussi…Q - Les brochures de Modus Vivendi, tules as eues dans les mains, les brochurescannabis, ecstasy ?R - Oui j'ai eu ça oui, mais j'ai pasvraiment lu. C'est vrai que je les airamenées à la maison, je les ai planquéespour les enfants et puis ça m'a échappé,je sais plus où elles sont. Mais ça m'al'air d'être une bonne idée en tout cas.Les petites brochures explicatives. OuiQ - Donc si on légalise, ça veut direqu'on officialise l'initiation au cannabis.Alors qu'est-ce qu'on pourrait dire ence qui concerne l'initiation au cannabis ?Je veux dire quand tu commences...R - La choucroute est légale, il y a jamaispersonne qui a dit qu'il fallait être initiéà la choucroute.32Q - Et quand ton dealer de coke esttombé, qu'est-ce qui fait que tu n'en aspas cherché un autre ?R - D'abord, je savais pas très bien si çaallait remonter jusqu'à moi ou pas. Doncil était clair que je devais adopter unprofil bas. J'ai tout arrêté pendantquinze jours de toute façon. Tout ce queLes Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01Q - Mais quand même par exemplel'alcool, on ne dit pas ce qu'il faut dire,mais naturellement, il y a quelque chosecomme ça qui se transmet. Il y a un âge àpartir duquel on est initié. Tu envoiesdes messages à tes enfants. Tu dis:"Oui-non, ne pas boire de l'alcoolmaintenant, pas comme ci, pas commeça". Tu n'as pas offert un verre de


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2whisky à tes gosses jusqu'à présent ?R - Non.Q - Tu as calculé l'âge à partir duquel tupensais qu'ils seraient en âge de boire ?R - Non. Par contre je suis en train decalculer l'âge auquel, et ça serapproche, l'âge auquel je vais commencerà devoir lui parler du tabac qui faitrire. Parce que je veux dire moi ça va, jesuis discret. A la maison je suis trèsdiscret mais il y a rien à faire, il y a rienqui échappe au regard des enfants. Oualors c'est qu'ils ont des grosses tarescongénitales. Le mien en tout cas, je voisbien quand il capte des trucs clic,récurrents, ou pas catholiques etc. :"Pourquoi il est rentré et sorti ?", parceque ça arrive.Q - Et pourquoi tu lui caches ?R - Ben parce qu'il a dix ans. Je veuxdire...Q - Mais c'est pas pire que l'alcool ?Parce que c'est pas légal ?rire, des espèces de pin up comme ça. Enbikini pratiquement. Et alors il parle unpeu des voluptés du Jardin d'Allah, jesais plus. Et puis mon fils dit : "Qu'estcequi va lui faire ?” Et moi je dis : "Ah, àmon avis il va lui faire fumer duhaschisch, etc. Il va lui faire fumer duhaschisch, l'herbe qui fait rire ". Doncpremière fois que je dis un truc commeça, il capte pas vraiment, ce n’est pas dutout ça qui se passe. Le type se faitenfermer dans une espèce de cloche enverre, il tape sur la cloche et le typedevient fou. Merde. Et en plus quand lacloche en verre descendait. Je lui aidit: "Tu vas voir, il va envoyer de lafumée de cigarette, quoi". Et donc il apas vraiment... Mais bon je sais bien queça fera son bonhomme de chemin danssa tête, etc.Il y a six mois, il m'a demandé dans lavoiture, il dit tout à coup : " C'est quoi dushit papa ?" Je dis : " le shit, ça veutdire caca en anglais". Et ils se marrenttous les deux. Je dis: "Pourquoi vousrigolez ?". "Parce que il y a un grand quim'a dit "t'as fumé du shit ou quoi ?".R - Non mais ça commence à l'être.Parce que maintenant, plus je suisconfronté au fait que mes copainsroulent aux terrasses de bistrots, auxFêtes de la Musique. Je suis là, ilsroulent un pétard, ils le fument, d'abordils le roulent. Le ket il passe, il va sechercher une grenadine, il voit le bazar,puis... En général, il arrive au moment oùon me tend le joint, je dis non merci.Mais il est loin d'être con, c'est monfils! Il est loin d'être con quoi et je saisqu'il a capté. Et j'en ai profité, il y aquelques jours, il y avait un film ridiculeà la télé, c'était les aventures de MarcoPolo. Avec Robert Hossein, ridicule quoi.Tartempion à mort, avec des costumes àmourir de rire, quoi. Et à un moment legars tombe chez les Haschischins. Etchez le Vieux de la Montagne. Et alorsavec des costumes aussi, à mourir deLes Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 0133


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2FUMEUX... !DES CONSOMMATEURS BRUXELLOISPRENNENT LA PAROLERenaud QUOIDBACH 1À l'initiative des asbl Modus Vivendi et Prospective Jeunesse, un groupe deconsommateurs de cannabis s'est réuni un soir d'été dans les locaux de Modus2Vivendi. Nous les avons invités à prendre librement la parole et à exprimer tout cequ'ils pensaient des récentes évolutions de la politique des autorités fédérales3relative à l'usage de cannabis.1. Responsable de projet àl’asbl Modus Vivendi.2. Le groupe se composait de 13usagers réguliers de cannabis,pour la plupart bruxellois,entre 20 et 46 ans (moyenned'âge : 27,5 ans). Ils ont étérecrutés par divers biais :affichettes placardées dansun local bruxellois accueillantde nombreux concerts etsoirées, "bouche-à-oreille", etégalement via les associationsLiaison Anti-prohibitionnisteet Aimer à l'ULB, que nousr e m e r c i o n s p o u r l e u rcollaboration.3. Je remercie AntonioJoaquim, de ProspectiveJeunesse, qui m'a aidé à animerle groupe de discussion dontcet article se fait l'écho, et quim'a fourni de précieux conseilspour sa rédaction, ainsi qu'unerelecture attentive et bienveillante.4. Une anecdote qui ne provientpas du groupe de consommateursdont ces quelqueslignes dressent le compterendu, mais corrobore tout àfait leurs propos, me sembledevoir être mentionnée. Il y aquelques semaines d'ici, je metrouvais sur le pas de ma porte,une cigarette au bec. Passant àDes "changements" mal perçusPar rapport aux changements intervenus,le groupe s'est montré assezambigu. D'une part, on estime que "rienn'a véritablement changé" (refrain dela soirée, repris sur des modes diverspar l'ensemble des participants). Demanière générale, la déception etl'incrédulité donnent ainsi le ton dudiscours. Mais d'autre part, on rapportenéanmoins que les forces de police "sontmoins sévères qu'avant" , et que lesusagers de cannabis seraient de moinsen moins l'objet de la répressionpolicière. Un des participants évoqueavec humour l'air gêné de l'agent depolice qui s'excusait de lui faire signerun procès-verbal après la découverte dequelques grammes …Toute aussi ambiguë, la question desavoir s'il est dorénavant permis deposséder une dose maximale decannabis, et/ou d'en cultiver chez soi.Les avis diffèrent : "Maintenant, on a ledroit d'avoir sur soi une quantité de 5grammes", "Moi, je pense que c'est 7grammes", "On peut cultiver 5 plantsdans son jardin ou sur son balcon" …, sansqu'un avis consensuel émerge au fil de ladiscussion.SPurinformés, mal informésLes participants sont unanimes àconsidérer que leurs hésitationsproviennent pour une grande partied'une mauvaise communication : "l'infoest mal passée dans les médias". Plusgrave, ils pensent que le flou qui aentaché l'annonce d'une nouvellepolitique risque d'abuser les plus jeunesconsommateurs. Ceux-ci seraient eneffet davantage susceptibles d'êtretrompés, leurrés par un sentiment defausse impunité. Or les participantss'estiment convaincus que les consommateursseront toujours poursuivisd'une manière ou d'une autre. Et ilsévoquent le danger de l'arbitraireauxquels pourraient être exposés des(jeunes) consommateurs imprudents,qui afficheraient leur "pétard" en rue4avec ostentation.réoccupations citoyennesLa question des jeunes est l'occasionpour nos participants de faire étatd'authentiques préoccupations citoyennes.Voilà peut-être l'enseignement leplus riche de la soirée : dans le débat34Les Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 01


CANNABIS ET AUTRES DROGUES : LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2autour du phénomène social de laconsommation de cannabis, ce qui animeles consommateurs aguerris que sontpour la plupart nos participants, ce nesont pas des revendications hédonistesmais le souci du bien commun.Ils évoquent en effet les possibleseffets pervers des nouvelles orientationsfédérales : outre le problèmeévoqué ci-dessus du sentimenttrompeur qui prévaut chez nombre dejeunes persuadés qu'on peut désormais5"taffer" en toute légalité, on peutcraindre également le risque d'induirechez les (plus jeunes) consommateurs,ou les "consommateurs potentiels", lareprésentation fallacieuse d'un produitinoffensif, dont l'usage serait anodinpuisque "légal", et dépourvu de risques.Or nos consommateurs insistent sur lanécessité de promouvoir une véritableculture d'usage, qui fournisse auconsommateur (potentiel) et à ses6proches les matériaux symboliques etculturels permettant d'assumer uneconsommation responsable. On ne fumepas n'importe quoi, n'importe où,n'importe quand et avec n'importe qui,disent les fumeurs, et il est importantqu'une information de ce type soitefficacement relayée, notammentauprès des jeunes.Incohérences officiellesÉgalement citoyenne, la réflexion desparticipants sur les incohérences desmesures annoncées. On ne peut éluder,disent-ils, les questions de l'importation,de la production, de la distribution,du contrôle de la qualité, et de la venteaux consommateurs. En refusant de s'yatteler, on se contente de "mesurettes"frileuses qui ne font qu'accroîtrel'équivoque.Nos interlocuteurs plaident d'une seulevoix pour une légalisation complète ducannabis. Le modèle néerlandais du"coffeeshop" leur paraît intéressant,pourvu qu'on l'adapte dans le sens d'uneréelle légalisation (préférée à l'ambiguë"tolérance" batave), assortie d'uncontrôle de l'État sur les circuits deproduction et de distribution.Ils ne peuvent donc qu'être déçus parles récentes positions des autoritésfédérales, jugées frileuses, peu claireset finalement… fumeuses. Ajoutonsencore que, pour nos consommateurs, cen'est pas la loi qui a produit deschangements dans les habitudes deconsommation (ou qui serait susceptibled'en produire), mais l'inverse. Autrementdit, ils ne croient pas à l'action(possible) d'une authentique volontépolitique, mais estiment que nosdirigeants déphasés ne peuvent ques'efforcer de rattraper tant bien quemal (plutôt mal) un phénomène social quiles précède depuis belle lurette. Ils nel'exprimeront pas comme tel, mais onsent les participants très marqués parla conscience d'un gouffre séparant lesaspirations de la "société civile" desprojets de la classe politique… Mais,selon la formule consacrée, ceci est unautre débat …ma hauteur, un jeune hommed'une petite vingtaine d'annéesme demande du feu. Alors queje lui tends mon briquet, ilexhibe un magnifique "cône" ets'empresse de préciser "C'estpour allumer un pétard". Puiss'en va, débonnaire, me lançant"Merci, hein M'sieur…".5. "Taffer” : vocable argotiqueutilisé en Belgique francophone(et peut-être ailleurs …)pour désigner l'acte de fumerdu cannabis.6. On pense ici aux parents,éducateurs et autres "adultesressources"si souventdésemparés à la découverte dela consommation d'un jeune. Onne dira jamais assez à quel pointla charlatanesque "théorie del'escalade" nuit à la paix desménages, et dans quelles affreselle plonge les malheureuxparents qui phantasment leurmarmaille en "junkie" à ladécouverte de quelquesgrammes de cannabis. Commele dit un des participants :"Quand la mère tombe sur unmorceau de shit, elle se dit :'Ah, c'est de la drogue', etassimile ça à une seringue.C ' e s t u n e q u e s t i o n d egénération, les parents ne sontpas du tout armés". Et nosconsommateurs estiment quecette méconnaissance desa d u l t e s c o u p l é e à u n eobnubilation par "la toxicomanie",est un des principauxobstacles à une appréhensionsereine du phénomène : "Leproblème fondamental desdrogues, c'est la toxicomanie,le fait qu'on n'en parle que dupoint de vue des drames. Monpère, il fait la chasse auxfumeurs de shit dans son lycée.Et il me dit ' C'est parce quec'est la première étape versautre chose'. Mais si les gens,enfants, jeunes et adultes,franchissent les étapes, c'estaussi parce qu'il y a une raisonprofonde, au-delà du fait qu'onpeut trouver des produits".Les Cahiers de Prospective Jeunesse - Vol. 6 - n° 3 - 3ème trim. 0135


PROSPECTIVEJeunessErue Mercelis 27 - 1050 BruxellesTél : 02/512.17.66 - Fax : 02/513.24.02E-mail : cahiers@prospective-jeunesse.beSite Internet : http://www.prospective-jeunesse.beHeures d'ouverture : de 8h30 à 17hCompte bancaire : 210-0509908-31INFORMERun centre de documentationdes conférences-débatsdes outils didactiquesune revue de presseFORMERdes journées pédagogiquesdes ateliersdes modules approfondisdes journées d'étudePrévention des assuétudes et des toxicomaniesProspectiveJeunessepour les jeunesavec les adultesEtudes des politiques et pratiques socialesACCOMPAGNERdes conseils méthodologiquesdes aides à la mise en place et suivide structures permanentes de préventiondes guidances, supervisions individuellesou collectivesEVALUERvos pratiquesvotre contexteles effets de vos actionsPROSPECTIVE JEUNESSE asbl.


SOMEditorialHenri Patrick CEUSTERS et Isabelle VAN PEVENAGE 1Les “New Age” travellers en Grande-Bretagne :Exclusion, alternative et résistanceMarcelo FREDIANI 2DOSSIER“CANNABIS ET AUTRES DROGUES :LA DEPENALISATION EN QUESTIONS-TOME 2”MAL’interdit, LE levier de la prévention ?!Du désarroi des adultes face à la levée de l’interditsuprême...Catherine DUNGELHOEFF 8Le “G” et le “H” ou“Pourquoi dans l’école le GSM en jette et le pétard pète ?”Pierre WAAUB 12ILe tabac qui fait rireInterview d’un dealer professionnelJean-Pierre JACQUES 18Fumeux... !Des consommateurs bruxellois prennent la paroleRenaud QUOIDBACH 34REAvec le soutien de la Communauté françaisede Belgique et de la Commission communautairefrançaise de la région de Bruxelles-Capitale

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