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PERSÉVÉRANCE et RÉUSSITE

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{ BULLETIN }BJECTIFPERSÉVÉRER AU COLLÉGIALPERSÉVÉRANCE <strong>et</strong> RÉUSSITEL’IMPORTANCE DE LA FAMILLE ET DES RÉSEAUX SOCIAUXSociologue de l’éducation <strong>et</strong> professeur en orientation professionnelle à l’Université de Sherbrooke, Sylvain Bourdona entrepris une recherche peu commune. En analysant la composition du soutien reçu par les collégiens à traversleurs réseaux <strong>et</strong> leur parcours biographique, ce chercheur <strong>et</strong> son équipe ont fait une percée dans la compréhensiondes facteurs de persévérance aux études collégiales. À n’en point douter, le soutien familial <strong>et</strong> l’intégration socialedes cégépiens jouent un rôle central dans la poursuite des études.Malgré une récente amélioration des tauxde réussite au collégial, seulement 41 %des nouveaux inscrits aux programmespréuniversitaires obtiennent leur diplômedans les deux années prévues <strong>et</strong> un totalde 68 % l’obtiennent deux ans après cedélai. D’après les chercheurs, les étudescollégiales correspondent à la période oùles réseaux des individus sont soumis à desrecompositions intensives susceptibles, à leurtour, d’influencer le cheminement scolaire.Plusieurs études ont montré l’importance desfacteurs extérieurs pour la persévérance auxétudes, mais les dynamiques en cause sontpeu connues.Selon les chercheurs, l’étude des cheminementsscolaires nécessite de prendre encompte les événements perturbateurs pouvantavoir un eff<strong>et</strong> sur l’environnement social.Par exemple, le divorce tardif des parents,une rupture amoureuse, une faible sociabilité,une absence de proj<strong>et</strong>s ou un manqueglobal de soutien peuvent avoir une influenceimportante sur la décision de persévérer ounon au cégep.Afin de mieux comprendre la persévérancedes étudiants à risque d’abandonner leursétudes au collégial, Sylvain Bourdon <strong>et</strong> sonéquipe ont sondé l’expérience scolaire de50 collégiennes <strong>et</strong> 46 collégiens, âgés enmoyenne de 17 ans, des cégeps Lionel Groulx,de Sherbrooke <strong>et</strong> du Vieux Montréal. Lamoitié des élèves composant l’échantillondans chaque collège étaient inscrits auL’étude des cheminements scolairesnécessite de prendre en compteles événements perturbateurspouvant avoir un eff<strong>et</strong> surl’environnement social.programme Sciences humaines. L’autremoitié provenait d’un programme ciblé parl’établissement en raison de problèmes depersévérance : Techniques de comptabilité<strong>et</strong> de gestion (Sherbrooke), Technologies dugénie électrique (Vieux Montréal) <strong>et</strong> Scienceshumaines (Lionel Groulx).LE SOUTIEN FAMILIAL :UN FACTEUR DÉTERMINANTD’après c<strong>et</strong>te recherche, les cégépiens ontdes réseaux composés en moyenne d’un<strong>et</strong>rentaine de membres, dont 20 % proviennentde la famille <strong>et</strong> 80 % hors famille. L’équipe deSylvain Bourdon s’attendait à ce que l’amorcedes études collégiales contribue à un certainrenouvellement des personnes composantles réseaux des étudiants, compte tenu entreautres du changement de milieu scolaireou encore de l’éloignement géographique.« En fait, le changement que nous avonsobservé s’est avéré beaucoup plus importantque ce à quoi nous nous attendions, affirmeSylvain Bourdon. Tous les sept mois, 25 %des membres des réseaux des étudiantschangent! » Le principal roulement s’effectueparmi les amis <strong>et</strong> les relations amoureuses.C<strong>et</strong>te période de la vie représente ainsiune étape de recomposition intensive desréseaux des collégiens dont les activités lesplus fréquentes pratiquées par la très grandemajorité consistent à « parler, discuter <strong>et</strong>s’inviter à des repas », tant avec les membresde leur famille que hors famille. Or, ilspartagent leurs études <strong>et</strong> leurs travaux scolairesdavantage avec des personnes à l’extérieurde leur famille <strong>et</strong> demandent conseil à deuxfois plus de femmes – dont leur mère – qued’hommes, quel que soit le sexe de l’étudiant.Qu’il s’agisse de soutien moral, matériel oufinancier, les parents occupent une placecentrale dans l’univers des jeunes <strong>et</strong> plusieursexercent des pressions pour que leurs enfantspoursuivent les plus longues études possible.Les travaux de l’équipe ont également relevéque, d’un côté, les parents souhaitent quele jeune se réalise en fonction de ce qui luicorrespond; de l’autre côté, on lui suggèrede viser un emploi stable <strong>et</strong> rémunérateur.« La quête identitaire des jeunes, loin d’êtreachevée au collégial, se joue dans c<strong>et</strong>te tensionentre l’héritage parental <strong>et</strong> les aspirationsindividuelles », explique Sylvain Bourdon.{ 2 }


{ BULLETIN }BJECTIFPERSÉVÉRANCE <strong>et</strong> RÉUSSITEParticipante à c<strong>et</strong>te étude, Rébeccaest étudiante en sciences humaines auCégep de Sherbrooke. À l’approche dela vingtaine, elle vit chez ses parents,dont le soutien compte beaucoup pour elle,comme en fait foi son témoignage.« Avec mes parents, on parle tout le tempsau souper. Je leur parle de ce que j’aifait, de ce que j’apprends, ou des chosescomme ça. Et même parfois, parce que jelaisse traîner mes travaux à la maison, mamère les lit <strong>et</strong> me dit ce qu’elle en pense,on en parle, carrément. Je pense que c’estvraiment ça qui est important, mes parentsveulent vraiment savoir ce qui se passe pourmoi dans mes études. J’ai des amis dont lesparents s’en fichent complètement, puis c’estcomme si tu te sens toute seule là-dedans.Mais dans le fond, mes parents veulentvraiment savoir, <strong>et</strong> je sais qu’ils veulentque j’aille plus loin, comme à l’université.Ils m’encouragent beaucoup dans c<strong>et</strong>tevoie-là. »En revanche, Martin apprécie le soutien deses parents, tout en recherchant la possibilitéde s’affirmer. Le témoignage de c<strong>et</strong>étudiant inscrit en sciences humaines auCégep Lionel Groulx exprime clairement laprésence d’une tension entre une formed’autonomie <strong>et</strong> de dépendance.« Mes parents me soutiennent encore financièrementpour m’aider à payer certainslivres. J’ai le soutien moral aussi, si quelquechose ne va pas, ils peuvent me soutenirpour prendre des décisions. Mes parents sepréoccupent beaucoup de mon éducation.Ils veulent que j’aille bien. Tout ça a portédes fruits; au secondaire, j’étais un despremiers dans plusieurs de mes classes.C’est comme ça. Mais, parfois, je suis tannéparce qu’ils sont trop préoccupés par monéducation… c’est étouffant. Ils voudraientque je prenne leurs décisions à la place desmiennes. »PARCOURS IMPROBABLESUne des grandes particularités de c<strong>et</strong>terecherche est d’avoir utilisé la notion de« parcours improbables » pour mieuxcomprendre le cheminement scolaire descégépiens. C<strong>et</strong>te notion fait référence auxdestinées de personnes ayant commencéleur cheminement scolaire par des redoublementsmultiples ou des classes spéciales<strong>et</strong> qui, en toute improbabilité, ont fini parobtenir des diplômes universitaires des cyclessupérieurs. Elle s’applique aussi aux destinéesde personnes n’étant pas considérées commeà risque <strong>et</strong> qui décident ici aussi, en touteimprobabilité, d’interrompre leurs études.C<strong>et</strong>te approche a permis de comprendre àquel point l’intégration sociale <strong>et</strong> les réseauxdes jeunes ont un impact important sur leurpersévérance.La recherche a relevé trois groupes de jeunesselon la probabilité de leurs parcours. Leparcours probable (N=70) rassemble ceuxqui ont commencé le cégep avec un faiblerendement scolaire au secondaire <strong>et</strong> qui ontabandonné les études collégiales <strong>et</strong> ceuxqui ont commencé avec des rendementsmoyens ou élevés <strong>et</strong> qui persévèrent avec ousans changement de programme ou d’établissement.Ensuite, le parcours improbablepersévérant (N=17) regroupe les jeunesqui, tout en ayant obtenu un rendementscolaire faible au secondaire, persévèrentau collégial. Enfin, le parcours improbableinterruption (N=9) est composé des jeunesqui, au contraire, avec des moyennes élevéesau secondaire, interrompent leurs étudescollégiales.« Les jeunes ayant persévéré malgré une faibleprobabilité initiale ont davantage de membresde leur réseau hors famille rencontrés autravail <strong>et</strong> dans des activités sportives, noteSylvain Bourdon. Ce pourrait être un indiced’une meilleure intégration sociale. » Cesétudiants se démarquent également par lacomposition de leurs réseaux. Ils comptentbeaucoup plus de membres ayant unescolarité postsecondaire que les autres jeunes,comme si le fait de fréquenter des personnesdiplômées avait une influence positive sur leurparcours.Du même souffle, les chercheurs ont relevéque les jeunes ayant interrompu leursétudes malgré une faible probabilité initialefréquentent des personnes beaucoup moinsscolarisées. « C<strong>et</strong> attachement à un environnementsocial moins scolarisé pourraitexpliquer en partie leur rupture de parcours. »Ceux ayant interrompu leurs études ontdavantage de relations à distance, rencontréespar l’intermédiaire d’une tierce personne oudans le voisinage. Et, fait intéressant, cesjeunes dont l’interruption semblait improbableentr<strong>et</strong>iennent aussi n<strong>et</strong>tement plus derelations sur Intern<strong>et</strong>, dont le type de sociabilitéest plus invasif au moment d’étudier.En termes d’intervention, comme 25 % duréseau des collégiens se renouvelle tous lessept mois, Sylvain Bourdon recommandede les encourager à socialiser avec desjeunes studieux, engagés dans des objectifsdéfinis de parcours scolaire. « Une chose estcertaine : il faut accroître la conscience durôle de la famille <strong>et</strong> des réseaux sociaux sur lapersistance aux études collégiales », conclut lechercheur.{ 3 }


{ BULLETIN }BJECTIFPERSÉVÉRANCE <strong>et</strong> RÉUSSITEPASSER DE LA FORMATION COLLÉGIALE TECHNIQUEÀ L’UNIVERSITÉUNE VÉRITABLE EXPÉRIENCE D’INTÉGRATIONIl n’y a pas de rec<strong>et</strong>te miracle en éducation, mais les chercheursconviennent que la mise en place d’un contexte d’apprentissage favorisant lapersévérance <strong>et</strong> la réussite est fondamentale. Ce constat est particulièrementvrai pour l’intégration universitaire des étudiants en formation techniqueau cégep ayant décidé de poursuivre au baccalauréat en continuum deformation. Qu’il s’agisse des sciences infirmières, de la comptabilité oude la gestion du tourisme, ces programmes doivent être conçus de façon àprocurer le sentiment d’apprendre <strong>et</strong> d’être bien intégré dans la vie sociale<strong>et</strong> scolaire du domaine d’études.Depuis une dizaine d’années, un nombreaccru d’universités <strong>et</strong> de cégeps à travers leQuébec ont établi des partenariats afin d’offriraux étudiants en formation technique aucégep la possibilité de poursuivre leurs étudesau baccalauréat. Ces initiatives répondentnon seulement au besoin d’adapter lesprogrammes universitaires à la diversité de lapopulation étudiante, mais aussi à la demanded’une main-d’œuvre de plus en plus qualifiée.Or, la structuration des programmes dits« intégrés » (en comparaison des programmesréguliers) varie d’un domaine à l’autre.Selon le domaine d’études, un étudiantsuit une partie de sa formation au collégialpendant deux ou trois ans, <strong>et</strong> l’autre partieà l’univer sité pendant un laps de temps quivarie de cinq sessions à moins de trois ans.De façon générale, les programmes collégial<strong>et</strong> universitaire sont intégrés afin d’assurer laprogression continue des apprentissages touten respectant les champs de formation dechaque ordre d'enseignement.Nous avons porté une attentionparticulière à l’expérience del’étudiant en salle de classe parcequ’il s’agit d’un déterminant peuétudié encore.Compte tenu de la relative nouveauté de cesprogrammes, plusieurs questions se posent.Comment ces étudiants s’adaptent-ils à l’université?Quelles sont leurs perceptions desprogrammes intégrés? Quel est leur niveaude persévérance? Afin de mieux comprendrel’expérience scolaire de ce profil d’étudiants,Louise Ménard, professeure au Départementd’éducation <strong>et</strong> de pédagogie de l’UQAM, <strong>et</strong>ses collaborateurs ont réalisé une recherchesur les déterminants qui entrent en jeu dansla réussite <strong>et</strong> la persévérance scolaires desétudiants inscrits aux programmes intégrésGestion du tourisme <strong>et</strong> de l’hôtellerie,Sciences infirmières <strong>et</strong> Sciences comptables<strong>et</strong> d’administration des affaires, offerts dansdifférentes universités.L’équipe de chercheurs a effectué desentrevues auprès des directions deprogramme <strong>et</strong> des étudiants à qui desquestionnaires ont aussi été administrés lorsde la première <strong>et</strong> de la deuxième session dubaccalauréat. Au total, 307 étudiants ont étésondés à la première session du baccalauréat<strong>et</strong> 223 à la deuxième. « Nous avons portéune attention particulière à l’expérience del’étudiant en salle de classe parce qu’il s’agitd’un déterminant peu étudié encore », préciseLouise Ménard.SATISFACTION RELATIVE« Un des défis de ce continuum de formationentre les deux ordres d’enseignement estd’éviter une duplication inutile des contenus »,note Louise Ménard. Les étudiants de l’échantillonsont plus nombreux à assumer desresponsabilités familiales : 14,6 % d’entre euxont des enfants comparativement à 4,3 %des étudiants inscrits dans les programmesréguliers. Ils sont aussi davantage engagés àl’extérieur de l’université : 35 % de l’ensembledes étudiants au baccalauréat travaillent21 heures ou plus par semaine parallèlementà leurs études, mais c<strong>et</strong>te moyenne monte àprès de 40 % chez les étudiants inscrits dansles programmes intégrés. D’ailleurs, pour68 % des étudiants des programmes intégrés,l’emploi empêche « parfois » ou « souvent » deconsacrer du temps à leurs études comparativementà 44 % des étudiants en cheminementrégulier.Les chercheurs ont aussi relevé que 65,4 %des étudiants des programmes intégrés ontconsidéré le passage du cégep à l’universitéassez ou très facile, alors que c<strong>et</strong>te proportiongrimpe à près de 80 % chez les étudiants ducheminement régulier, qui sont aussi globalementplus satisfaits de leurs études universitaires(92 % contre 75 %).La majorité des étudiants sondés sontsatisfaits de leur vécu en salle de classe,mais ceux du cheminement régulier le sont{ 4 }


{ BULLETIN }BJECTIFPERSÉVÉRANCE <strong>et</strong> RÉUSSITEMODÈLE DE VINCENT TINTOParmi les nombreux modèles d’analysede la persévérance scolaire, l’équipe aprivilégié celui de Vincent Tinto, professeuren éducation à l’Université de Syracuse.Ce modèle conceptuel, le plus souventcité pour expliquer le processus menant àl’abandon scolaire, est élaboré à partir del’idée d’interactions entre l’individu <strong>et</strong> l’organisationscolaire. Autrement dit, la décision del’étudiant de persévérer ou non est influencéeà la fois par ses caractéristiques individuelles<strong>et</strong> par les caractéristiques de l’environnementscolaire.Selon Tinto, les abandons ne résultent pasd’aptitudes insuffisantes aux études, maisd’un ensemble de facteurs tels que lesobjectifs <strong>et</strong> l’engagement de l’étudiant, ladisponibilité des ressources financières ou lesengagements extérieurs au contexte d’études.Or, ce chercheur soutient que l’intégrationsociale <strong>et</strong> scolaire de l’étudiant à son arrivéeen milieu universitaire est directement liée àla décision d’abandonner ou de persévérer,car elle a un impact direct sur l’engagementde l’étudiant.Vincent Tinto découpe le parcours scolaire entrois phases : la séparation avec un environnementscolaire précédent, la transitioncouvrant la période de passage entre l’anciencontexte <strong>et</strong> le nouveau, <strong>et</strong> la phase d’intégration.L’abandon scolaire peut se produireà différents moments <strong>et</strong>, pour le chercheur,il est lié aux difficultés qu’éprouvent lesétudiants à s’ajuster sur le plan scolaire <strong>et</strong>/ou social.« L’étudiant peut vivre beaucoup de stress<strong>et</strong> d’isolement au cours des phases deséparation <strong>et</strong> de transition, explique LouiseMénard. Or, les caractéristiques de l’étudiant,ses capacités d’adaptation, son proj<strong>et</strong> deformation <strong>et</strong> son engagement envers l’universitéinfluencent son niveau de tolérance <strong>et</strong>sa réponse au stress. »À la fin des années 1990, Vincent Tinto aobservé que l’intégration sociale <strong>et</strong> scolairese déroule essentiellement en salle de classe.Des recherches ont montré qu’il existe unerelation entre l’implication de l’étudiant ensalle de classe, son intégration scolaire <strong>et</strong>sociale, la qualité de l’effort fourni, l’apprentissage<strong>et</strong> la persévérance.davantage : 85,3 % contre 73,5 % estimentque les professeurs <strong>et</strong> chargés de cours neleur font pas perdre leur temps.En ce qui a trait à la persévérance, larecherche a relevé des données fort distinctessur les cheminements. « Nous constatonsque les étudiants du cheminement intégrépersévèrent dans une plus grande proportionque leurs collègues inscrits en cheminementrégulier, affirme Louise Ménard. Les étudiantsinscrits en tourisme persévèrent en plus grandnombre que les autres, soit à 90,1 % comparativementà 88,8 % pour ceux en sciencesinfirmières <strong>et</strong> à 75,8 % pour leurs collèguesen administration des affaires <strong>et</strong> sciencescomptables. »Pour les étudiants, apprendresignifie acquérir de nouvellesconnaissances qui vont servirdans leur travail.Parmi les déterminants liés à la persévérance,les antécédents scolaires semblentjouer un rôle important. Les persévérantsétaient nombreux à avoir entr<strong>et</strong>enu desrelations d’entraide au cégep; ils avaientaussi une cote R plus élevée que ceux quiont abandonné au cours de la premièreannée universitaire dont, d’ailleurs, près de15 % considèrent que le cégep les a très malpréparés au baccalauréat. Les persévérantsavaient aussi une intention plus affirmée decompléter leur baccalauréat sans interruptioncomparativement à ceux qui ont abandonné.CONCEPTION PRAGMATIQUE DEL’APPRENTISSAGEC<strong>et</strong>te recherche confirme qu’une combinaisonde déterminants entre en jeu dans lapersévérance des étudiants <strong>et</strong> varie selon lecontexte dans lequel les programmes sontélaborés, selon à qui ils s’adressent <strong>et</strong> dequelle manière ils sont enseignés. Chacun desprogrammes intégrés présentait des forces <strong>et</strong>des faiblesses, selon les chercheurs. « Celan’empêche pas de faire des recommandationsplus générales », estime Louise Ménard.Pour les étudiants, apprendre signifie acquérirde nouvelles connaissances qui vont servirdans leur travail. Dans c<strong>et</strong>te perspective, afind’éviter la redondance qui donne la perceptionde ne pas apprendre, les chercheurs recommandentde mieux arrimer les programmes ducégep <strong>et</strong> du baccalauréat. Du même souffle,le soutien au développement des habil<strong>et</strong>éspédagogiques <strong>et</strong> relationnelles des professeursest primordial, car ces habil<strong>et</strong>és influencentla perception d’apprendre des étudiants,tout comme l’arrimage de connaissancesthéoriques avec celles tirées de l’expériencepratique.Enfin, il serait pertinent de mieux informer lesétudiants sur le contenu des programmes, lesressources administratives <strong>et</strong> institutionnelles,<strong>et</strong> les services d’aide – fort peu utilisés par lesétudiants. « Pour favoriser le développementde la vie sociale, qui joue sur l’adaptationdes étudiants, les établissements auraientavantage à prévoir des activités d’accueil <strong>et</strong>d’intégration, note l’équipe de recherche. Tousles étudiants auraient apprécié des activitésd’intégration <strong>et</strong> d’information au moment deleur entrée. Cela aurait facilité leur intégrationà la vie universitaire. »{ 5 }


{ BULLETIN }BJECTIFPERSÉVÉRANCE <strong>et</strong> RÉUSSITE?SAVIEZ-VOUS QUE...Pour faciliter la réussite scolaire des étudiants ayant des handicaps, l’environnementdu cégep continue d’être perçu comme un facteur très important.La disponibilité des services <strong>et</strong> l’accessibilité des installationsphysiques contribuent à une expérience collégiale positive. À celas’ajoutent les attitudes du personnel, enseignant <strong>et</strong> non enseignant, <strong>et</strong>la disponibilité du matériel de cours. Ces éléments semblent aller desoi, mais ne sont pas encore suffisamment implantés pour répondreaux besoins des étudiants aux prises avec des handicaps.Par ailleurs, malgré la croissance du nombre d’étudiants aux prisesavec des handicaps, le Québec est en tête de liste des provincescanadiennes où la proportion d’étudiants qui ont recours à desservices spécialisés au collège est la plus faible : 90 % des étudiantsayant des incapacités ne s’inscrivent pas aux services spécialisésdisponibles dans les cégeps. Comment expliquer c<strong>et</strong>te situation?D’après la chercheure, la nature des incapacités des étudiants achangé au cours des dernières années. Aujourd’hui, les incapacitésles plus souvent rapportées sont les troubles d’apprentissage <strong>et</strong>les troubles déficitaires de l’attention, les déficiences motrices, lesdéficiences auditives, les problèmes médicaux <strong>et</strong> les troubles psychologiques.De plus, près de 25 % des étudiants inscrits aux servicesspécialisés présentent plus d’une incapacité.Bien que c<strong>et</strong>te clientèle représente 10 % de la population des étudiantsau cégep, fort peu de connaissances existent sur leur expériencescolaire globale. Afin de remédier à ce manque <strong>et</strong> susciter le développementde pratiques institutionnelles visant à répondre aux besoinsparticuliers de c<strong>et</strong>te clientèle, Catherine S. Fichten, professeure auCollège Dawson, <strong>et</strong> des collaborateurs ont sondé l’expérience scolairede 182 diplômés du collégial ayant des incapacités <strong>et</strong> 1 304 diplôméssans incapacité provenant de trois cégeps (deux francophones <strong>et</strong>un anglophone), de 57 fournisseurs de services spécialisés <strong>et</strong> de300 étudiants inscrits à ces services dans leur cégep.« Nous avons constaté que les étudiants ayant des incapacitésprennent environ une session de plus que leurs pairs sans incapacitépour terminer leurs études collégiales », indique Catherine S. Fichten.La moitié de c<strong>et</strong> échantillon était inscrite dans un programme d’étudespréuniversitaires <strong>et</strong> l’autre moitié dans un programme technique ouprofessionnel.Selon la chercheure, les déficiences d’une grande partie de cesétudiants ne correspondent pas à la division des déficiences traditionnellesen cours.Parmi les changements à apporter au cégep pour favoriser unemeilleure intégration, les étudiants ayant des incapacités souhaiteraientune amélioration des horaires de cours, la présence de bonsprofesseurs, une plus grande disponibilité des technologies de l’information– « qui aident beaucoup les étudiants ayant des incapacités » –du soutien <strong>et</strong> de l’aide, ainsi que des améliorations à l’environnementphysique du cégep. La possibilité d’avoir un preneur de notes ou uninterprète en classe serait d’un grand soutien, ainsi que du tempssupplémentaire accordé pour les examens <strong>et</strong> les travaux.« C<strong>et</strong>te recherche confirme une fois de plus l’importance de l’accessibilitéuniverselle en pédagogie », affirme Catherine S. Fichten. Afind’inciter les étudiants ayant des incapacités à poursuivre leurs étudescollégiales, l’équipe considère qu’une plus grande visibilité desservices <strong>et</strong> des adaptations devra être déployée.?Il existe un modèle d’intervention fort efficace pour favoriser le taux de réussite<strong>et</strong> de persévérance chez les garçons en formation technique au collégial.La mise sur pied de groupes de soutien dans la classe dès la rentréescolaire <strong>et</strong> un système de tutorat maître-élève, à raison de trois à cinqrencontres de trente minutes chacune, ont eu des impacts impressionnantschez les garçons ayant bénéficié de c<strong>et</strong>te expérimentation.Alors que seulement 46 % des garçons se rendent jusqu’à la diplomationen formation technique au Québec, ce modèle mérite d’êtreconnu.« Tant sur le plan qualitatif que quantitatif, les résultats sont significatifs», affirme Gilles Tremblay, directeur de c<strong>et</strong>te recherche-action<strong>et</strong> professeur à l’École de service social de l’Université Laval. Lesétudiants exposés aux interventions ont non seulement présenté demeilleurs taux de persévérance <strong>et</strong> de réussite comparativement àceux qui n’ont pas expérimenté le programme de soutien, mais leclimat général s’est aussi n<strong>et</strong>tement amélioré en classe.{ 6 }


{ BULLETIN }BJECTIFPERSÉVÉRANCE <strong>et</strong> RÉUSSITELe modèle proactif mis sur pied par l’équipe, qui comprenait aussiun groupe d’enseignants <strong>et</strong> d’intervenants, incluait d’autres interventionsvisant directement le milieu scolaire par l’intermédiaire degroupes de soutien <strong>et</strong> d’une formation adaptée pour les enseignantsimpliqués. Des activités de « mark<strong>et</strong>ing social » consistant à diffuserdes messages positifs dans le cégep en appui à la réussite scolaireont également fait partie de la stratégie des chercheurs.Les interventions proactives ciblaient les garçons qui fréquententles programmes en technologies du génie électrique <strong>et</strong> en techniquede l’informatique au Cégep de Limoilou. Ce collège a la particularitéd’offrir davantage de programmes techniques que d’autrescollèges au Québec <strong>et</strong> d’attirer plus de garçons que de filles.Ces deux programmes sont aussi composés d’étudiants éprouvantdes difficultés de persévérance scolaire. Les recherches ont aussiabondamment montré que les garçons réussissent moins bien que lesfilles au collégial. « Les garçons semblent éprouver plus de difficultésque les filles dans leurs habil<strong>et</strong>és à gérer le stress <strong>et</strong> les émotions,des éléments qui sont rudement mis à l’épreuve en période d<strong>et</strong>ransition », explique le chercheur Tremblay.Or, l’équipe de recherche est unanime : toute mesure visant àfavoriser la réussite ne peut se faire sans l’appui du personnelenseignant. Ce dernier est au cœur de la relation des élèves avec leurcollège. « L’acte pédagogique <strong>et</strong> le regard porté sur les garçons sontles deux thèmes à privilégier », soutient Gilles Tremblay. Les mesuresexpérimentées dans le cadre de c<strong>et</strong>te recherche-action demandentde la part du personnel du collège des changements dans sespratiques professionnelles, ainsi que sur le plan de sa perception desgarçons <strong>et</strong> de ses façons d’interagir avec eux.Même si ce modèle était expérimental, les mesures ont porté desfruits. Les groupes de soutien ont permis, entre autres, de créerdes liens sociaux rapidement, de favoriser un climat d’entraide <strong>et</strong>d’inscrire des valeurs fondamentales de réussite chez les élèves. Lesgarçons ont ainsi pu apprendre à déployer les efforts nécessaires pourréussir <strong>et</strong> développer de bonnes méthodes de travail, <strong>et</strong> à demanderde l’aide au besoin.?Pour favoriser la persévérance <strong>et</strong> la réussite scolaires dans les programmes desciences au cégep, les enseignants ont tout intérêt à promouvoir la participationdes étudiants à des activités d’expérimentation, plutôt que de m<strong>et</strong>tre l’accentsur des activités plus passives de mémorisation.C<strong>et</strong>te constatation issue d’une recherche dirigée par StevenRosenfield, professeur en mathématique au Collège Vanier, confirmeque les caractéristiques du contexte d’apprentissage figurent commeun des facteurs les plus déterminants quant à la persévérance desétudiants en sciences. Sachant que les cégeps connaissent unsérieux problème de rétention des étudiants dans les programmesscientifiques (50 % des étudiants décident de changer de programmeen cours de route), il serait opportun de revoir les méthodes d’enseignementdes sciences.L’équipe de chercheurs a sondé une cohorte d’étudiants inscrits ensciences de la nature dans quatre cégeps anglophones de Montréal.De c<strong>et</strong>te cohorte, près de 20 % ont abandonné lors de la premièreannée d’études collégiales <strong>et</strong> 15 % au cours de la deuxième année.Parmi les finissants, seulement 53 % ont l’intention de poursuivre ensciences à l’université, alors que le Québec, à moins d’un revirementde situation, risque de connaître une pénurie de scientifiques. À c<strong>et</strong>égard, les chercheurs en éducation sont unanimes : l’attrait pour lesétudes scientifiques n’a jamais été aussi faible.Plusieurs mesures pourraient être instaurées afin de renverser c<strong>et</strong>t<strong>et</strong>endance. « Les professeurs doivent être conscients des liens entre lesperceptions du contexte d’apprentissage des étudiants <strong>et</strong> leur persévérance», recommande l’équipe de recherche. Grâce à leurs travaux,il est clairement ressorti qu’un environnement interactif faisant appelà la participation des étudiants augmente la motivation <strong>et</strong> l’apprentissagechez les garçons <strong>et</strong> les filles en sciences.Or, ce type d’approche, davantage centré sur la construction activede connaissances <strong>et</strong> l’autonomie des étudiants, est peu répandu dansles programmes scientifiques. Parmi les enseignants sondés dans lecadre de c<strong>et</strong>te recherche, seulement 35 % sont enclins à créer c<strong>et</strong>ype d’environnement <strong>et</strong> 46 % disent utiliser des pratiques pédagogiquesplutôt associées au transfert traditionnel de connaissances.Alors que les recherches ont bien montré que plus un contexted’apprentissage favorise la collaboration entre les étudiants ainsi queleur implication active, plus ces derniers restent attirés par les disciplinesscientifiques.{ 7 }


?{ BULLETIN }Suite de la page précédenteLes travaux de l’équipe de Steven Rosenfieldont aussi relevé que le sentiment d’autoefficacitéou de compétence personnelle estparticulièrement fort chez les étudiants quipersévèrent dans les programmes scientifiquesau cégep. « Les étudiants ayantabandonné leurs études n’étaient pas moinsforts sur le plan scolaire, ils avaient le potentiel<strong>et</strong> les notes pour réussir, affirme le mathématicien,mais ils deviennent moins confiantsdans leur capacité à faire face aux tâchesen sciences après un premier semestred’études. » Les garçons ont aussi tendance àconserver un sentiment de compétence unpeu plus élevé que les filles.Selon les chercheurs, il devrait y avoir uneffort concerté pour augmenter la qualité<strong>et</strong> la quantité d’enseignement en sciences,notamment en chimie <strong>et</strong> en physique, avantles cours formels de 4 e <strong>et</strong> de 5 e secondaire.D’autant plus que les attitudes des étudiantsà l’égard des mathématiques <strong>et</strong> des sciencesse forment bien avant l’école secondaire.« Les jeunes élèves qui montrent un attraitpour les sciences devraient être repérés,stimulés <strong>et</strong> soutenus davantage par leurenseignant », concluent-ils.BJECTIFPERSÉVÉRANCE <strong>et</strong> RÉUSSITEPOUR EN CONNAÎTRE DAVANTAGE:BOURDON, Sylvain, <strong>et</strong> collaborateurs (2007). Famille, réseaux <strong>et</strong> persévérance au collégial.MÉNARD, Louise, <strong>et</strong> collaborateurs (2007). La persévérance <strong>et</strong> la réussite scolaires dans uncontexte de continuum de formation : des programmes techniques au baccalauréat.FICHTEN, Catherine, <strong>et</strong> collaborateurs (2006). Étudiants ayant des incapacités au cégep :Réussite <strong>et</strong> avenir.TREMBLAY, Gilles, <strong>et</strong> collaborateurs (2006). Recherche-action pour développer un modèled’intervention favorisant l’intégration, la persévérance <strong>et</strong> la réussite des garçons aux étudescollégiales.ROSENFIELD, Steven, <strong>et</strong> collaborateurs (2005). Étude des facteurs aptes à influencer laréussite <strong>et</strong> la rétention dans les programmes de sciences aux cégeps anglophones.Tous les rapports de recherche ont été réalisés dans le cadre du Programme de recherchesur la persévérance <strong>et</strong> la réussite scolaires (PRPRS) <strong>et</strong> peuvent être téléchargés à l’adressesuivante : http://www.fqrsc.gouv.qc.ca/fr/recherche-expertise/proj<strong>et</strong>s/rapports-recherche.php.INFORMATION1. Découvrez une synthèse de recherche sur les difficultés de comportement.Visitez la section Intern<strong>et</strong> du programme PRPRS pour prendre connaissance de la nouvellesynthèse qui vient d’y être déposée. Il s’agit du document « Difficultés de comportement,nouvelles connaissances, nouvelles interventions », qui présente les faits saillants de troisrecherches : les facteurs personnels, sociaux <strong>et</strong> scolaires dans une perspective développementale pourmieux comprendre <strong>et</strong> intervenir. éprouvant des troubles du comportement : comprendre pour mieux agir.Suivez le lien : http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/PRPRS2. Accédez à la recherche sur la persévérance <strong>et</strong> la réussite scolaires!Nous avons créé, spécialement pour les réseaux scolaires, un moteur de recherche qui donneaccès au répertoire de la recherche subventionnée dans le cadre du Programme de recherchesur la persévérance <strong>et</strong> la réussite scolaires (PRPRS). On peut y trouver les résumés desrecherches <strong>et</strong> les rapports finaux.Suivez le lien : http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/PRPRS3. Abonnez-vous en ligne!N’oubliez pas que l’abonnement au bull<strong>et</strong>in Objectif persévérance <strong>et</strong> réussite est disponibledans le site Intern<strong>et</strong> du MELS. Ainsi, vous serez toujours avertis dès qu’une nouvelle parutiondu bull<strong>et</strong>in s’annonce.Suivez le lien : http://www.mels.gouv.qc.ca/ministere/abonnementRecherche <strong>et</strong> rédactionNathalie Dyke, rédactrice professionnelleCoordinationMonica RosalesService de la recherche <strong>et</strong> de l’évaluationDirection de la recherche, des statistiques<strong>et</strong> de l’informationGraphismeOse DesignResponsable du Programme de recherchesur la persévérance <strong>et</strong> la réussite scolairesGilbert MoisanService de la recherche <strong>et</strong> de l’évaluationDirection de la recherche, des statistiques<strong>et</strong> de l’informationCollaborationMartin Garneau <strong>et</strong> Jacques LeclercDirection des communicationsRévision linguistiqueDirection des communications© Gouvernement du QuébecMinistère de l’Éducation, du Loisir <strong>et</strong> du Sport, 2009ISSN 1918-0918{ 8 }

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