Multiplication par drageonnage d'Isoberlinia doka et I. tomentosa au ...

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BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2006, N° 288 (2)DRAGEONNAGE/ LE POINT SUR…49Marra Dourma 1Kudzo Atsu Guelly 1Kouami Kokou 1Komlan Batawila 1Kperkouma Wala 1Ronald Bellefontaine 2Koffi Akpagana 11 Laboratoire de botaniqueet écologie végétaleFaculté des sciences, universitéde LoméBP 1515LoméTogoMultiplicationpar drageonnaged’Isoberlinia dokaet I. tomentosa au seindes formations arboréesdu Nord-Togo2 Cirad, département des forêtsTA 10/D34398 Montpellier Cedex 5FranceLes forêts claires, source importante de bois d’œuvre, de service et d’énergie, sont fragiles. La multiplication végétatived’Isoberlinia doka et I. tomentosa, plantes dominantes de ces formations, est analysée en regard de divers critèresenvironnementaux et anthropiques. Le drageonnage, induit artificiellement, permettrait de préserver ces deux espèces.Pour La survie de ces peuplements, au Togo, des programmes locaux de restauration, de reconstitution et de gestionapparaissent incontournables, avec l’appui et au bénéfice des populations riveraines.Photo 1.Sur un terrain rocailleux, 18 jeunes drageons sont issus des racines superficielles d’un jeune baliveau d’I. doka.Photo M. Dourma.


50BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2006, N° 289 (3)FOCUS / SUCKERINGMarra Dourma, Kudzo Atsu Guelly,Kouami Kokou, Komlan Batawila,Kperkouma Wala,Ronald Bellefontaine,Koffi AkpaganaRÉSUMÉMULTIPLICATION PARDRAGEONNAGE D’ISOBERLINIADOKA ET I. TOMENTOSA AU SEINDES FORMATIONS ARBORÉESDU NORD-TOGOL’étude cherche à montrer l’importanceque revêt la propagation végétativepar drageonnage d’Isoberliniadoka Craib. & Stapf. et d’I. tomentosa(Harms) Craib. & Stapf. Les travauxde recherche se sont appuyés sur 74relevés installés sur cinq sites richesen Isoberlinia sp. pl. ayant subi différentesintensités d’anthropisation.Une analyse statistique des descripteursdu milieu et des paramètresliés à la régénération a été réalisée.Le taux d’arbres issus du drageonnageest plus élevé chez I. tomentosaque chez I. doka. respectivement 83et 56 % dans les champs et lesjachères, 39 et 35 % en forêt, où l’impactde l’homme est plus faible. Leurréseau radiculaire, qui comporte de 8à 40 drageons (en moyenne 12 chezI. doka contre 16 chez I. tomentosa),est plus concentré sous les houppiersdes arbres. Cela contribue àexpliquer la quasi-monospécificitédes peuplements fermés. Parfois,des drageons surgissent à plus de10 mètres de l’arbre mère. Cette aptitudeau drageonnage peut êtreexploitée pour la régénération etl’aménagement à faible coût de cesforêts, notamment dans les zones àfort stress hydrique.Mots-clés : Isoberlinia, drageonnage,sylviculture, anthropisation, Togo.ABSTRACTPROPAGATION OF ISOBERLINIADOKA AND I. TOMENTOSA BYSUCKERING IN TREE FORMATIONSIN NORTHERN TOGOThis study highlights the role of vegetativepropagation by suckering ofIsoberlinia doka Craib. & Stapf. andI. tomentosa (Harms) Craib. & Stapf.Data were collected from 74 plotschosen in five sites in which humanactivities are gradually encroaching.Community Analysis Package (CAP)software was used for statisticalanalyses of environmental characteristicsand to determine regenerationrates. The rate for trees grown fromsuckers varied from 56 to 83% infields and fallows. For I. doka andI. tomentosa respectively; the rate fellto 35 and 39 % in forests wherehuman impact is low. The rate forI. tomentosa was always higher thanfor I. doka. The rooting systems of thetrees excavated had 8 to 40 suckers(12 for I. doka and 16 for I. tomentosa).These were more concentratedunder the tree crowns, whichaccounts for the fact that somesparsely stocked areas were almostmono-specific. In some cases, a fewroot suckers appeared at most10 metres away from the main tree.Root suckering ability could be usedin tree formations for low-cost regenerationand management, particularlyin areas with high water stress.Keywords: Isoberlinia, suckering, silviculture,human alteration, Togo.RESUMENPROPAGACIÓN POR RETOÑADO DEISOBERLINIA DOKA E I. TOMENTOSAEN FORMACIONES ARBÓREASDEL NORTE DE TOGOEste estudio pretende mostrar laimportancia que tiene la propagaciónvegetativa por retoñado de Isoberliniadoka Craib. & Stapf. y deI. tomentosa (Harms) Craib. & Stapf.Los trabajos de investigación sebasaron en 74 registros instaladosen cinco lugares abundantes enIsoberlinia sp.pl. que habían soportadodistintas intensidades de antropización.Se realizó un análisis estadísticode los descriptores del medioy de los parámetros vinculados a laregeneración. La tasa de árboles provenientesdel retoñado es más altaen I. tomentosa que en I. doka.Siendo, respectivamente, del 83 ydel 56% en campos y barbechos, ydel 39 y el 35% en el bosque, dondeel impacto del hombre es menor. Susistema radicular, que comprende de8 a 40 vástagos (promedio de 12 enI. doka frente a 16 en I. tomentosa),presenta una mayor concentraciónbajo las copas de los árboles. Estocontribuye a explicar la casi monoespecificidadde las masas cerradas.Algunas veces, surgen vástagos amás de 10 metros del árbol madre.Esta aptitud para el retoñado puedeexplotarse para la regeneración y laordenación a bajo costo de estosbosques, especialmente en las zonasde alto estrés hídrico.Palabras clave: Isoberlinia, retoñado,silvicultura, antropización, Togo.


BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2006, N° 289 (3)DRAGEONNAGE/ LE POINT SUR…51IntroductionLa zone soudanienne du Togose caractérise par une mosaïque desavanes, de forêts denses sèches etde forêts claires (Brunel et al.,1984). Les forêts claires sont despeuplements où Isoberlinia dokaet/ou I. tomentosa dominent.L’agriculture itinérante sur brûlis estune menace permanente pour cespeuplements. Ces deux espècesinterviennent directement dans lessystèmes de production de la zonesoudanienne du pays et sont utiliséescomme bois d’œuvre et de service,pour la confection de planches,de mortiers et pilons, comme perchesd’échafaudages de construction, etc.Elles sont également une sourceimportante d’énergie traditionnelle(bois de feu et charbon de bois).Face à la menace permanentede l’extension de parcelles cultivées,surtout à proximité des agglomérations,la régénération de ces peuplementsest compromise. Toutefois,lorsque les semenciers ont été abattus,d’autres formes de régénération,notamment la multiplication végétativepar drageonnage (photo 1), peuventpermettre la reconstitution decertaines formations dégradées.Plusieurs auteurs (Bellefontaine etal., 1999, 2000 ; Bationo, 2001) ontdéjà mentionné cette importantefaculté de drageonnage chez I. doka.Cette alternative à la régénérationsexuée se présente comme l’un desmoyens de pérenniser les formationsà Isoberlinia dans le cadre d’un aménagementdes forêts claires du Nord-Togo. Mais la maîtrise des modalitésde cette propagation végétative pardrageonnage nécessite de mieuxcomprendre ce processus ; les premiersrésultats présentés ci-dessousrésultent d’un travail de Dea(Dourma, 2003).Présentationde l’étudeL’étude est menée dans leszones écologiques 2 et 3 de Ern(1979), correspondant au domainephytogéographique soudanien(White, 1986). La zone d’études’étend de 0° 54’ à 1° 28’ de longitudeEst et de 8° 40’ à 9° 30’ delatitude Nord (figure 1). Elle estcaractérisée par un relief irrégulier.Le climat est de type tropicalhumide (figure 2) à une saison despluies (avril à octobre) et une saisonsèche (novembre à mars). Dansla zone ainsi définie, la régénérationnaturelle d’Isoberlinia par drageonnagea été observée dans 74placettes de 10 x 10 m installéesdans les cinq sites suivants :▪ champs (CH : 14 placettes) ;▪ jachères de moins de 5 ans (J1 :15 placettes) ;▪ jachères dont l’âge varie entre 5 et10 ans (J2 : 15 placettes) ;▪ jachères de plus de 10 ans (J3 :15 placettes) ;▪ forêts d’Alédjo et de Bafilo (FC :15 placettes).L’âge des jachères est déterminépar des enquêtes auprès despaysans qui cultivaient ces parcelles.Sur chaque site, une excavationdu réseau radiculaire des jeunesIsoberlinia de moins de 5 m de hauteura été réalisée à l’aide d’outils telsque pioche, houe, pelle et machette,en vue de différencier les poussesissues de semis ou de drageons. Undénombrement systématique dessemis et des drageons a ainsi étéeffectué. Les descripteurs du milieusont la pente, la topographie, les activitéshumaines (cultures, feux, exploitationde bois, emplacement de lafabrication de charbon de bois, etc.).D’autres paramètres liés aux jeunesindividus ont été analysés : hauteuret diamètre des drageons et desarbres-mères, distance d’insertiondes drageons par rapport au piedmère,profondeur d’enracinement desdrageons, face supérieure ou inférieured’insertion du drageon sur laracine, diamètre de la racine au pointd’insertion du drageon, éventuelaffranchissement du drageon. Undéblayage du sol superficiel autourde certains troncs a permis de mieuxcomprendre la morphologie, in situ,du système radiculaire des individusde moins de 5 m de hauteur. Sur leterrain, la morphologie du systèmeradiculaire de quelques échantillonsa été schématiquement dessinée.Photo 2.Enracinement d’I. tomentosa mis à nu suite à un éboulement sur le flancd’un versant abrupt, dans la forêt claire de Bafilo.Photo M. Dourma.


52BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2006, N° 289 (3)FOCUS / SUCKERINGFigure 2.Diagramme ombrothermique de Sokodé(moyennes mensuelles de 1961 à 1990).Figure 1.Zones écologiques du Togo (Ern, 1979)et localisation du site d’étude (en grisé) :1, plaines du nord caractérisées par des savanessoudaniennes ;2, montagnes du nord, domaine des mosaïques deforêts denses sèches et de savanes ;3, plaines du centre aux savanes boisées guinéennes ;4, zone méridionale des monts du Togo, à forêtsdenses semi-caducifoliées ;5, plaine côtière du sud du Togo ou zone sèchelittorale.Les données recueillies ont étésaisies dans un tableau à doubleentrée « relevé x mode de régénération» pour chaque site, avec les tauxmoyens de régénération calculés. Lesdifférents paramètres (descripteursdu milieu, variables liées aux individuset taux de régénération) ont étécodifiés et saisis dans un tableau àdouble entrée « relevés x descripteurs». Ce dernier a été soumis à untraitement statistique à l’aide dulogiciel Cap (Community AnalysisPackage) permettant la discriminationdes relevés sur la base du calculdes distances euclidiennes.RésultatsMorphologiedu réseau radiculairedes deux espècesLe système radiculaire dejeunes Isoberlinia de moins de 5 mde haut et 8 cm de diamètre estformé par une racine principale pivotanteet des racines secondaires(figures 3 a et 3 b). Les racines ontune forme relativement coniquedans les sols bien drainés. Entre 10et 150 cm de profondeur, le diamètremoyen du pivot diminue deabFigure 3.Système radiculaire de jeunes arbres.


BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2006, N° 289 (3)DRAGEONNAGE/ LE POINT SUR…53Figure 4.Morphologie d’un pivot horizontal ramifié chez Isoberlinia.12,7 à 4,5 cm. Le réseau secondairesuperficiel est traçant et varie notammentsuivant l’âge et la taille de l’individu.Il peut s’étendre sur plus de11 m et occupe en général les trentepremiers centimètres du sol (figure4). Entre les rochers et sur solsrocailleux, le pivot est confronté à denombreux obstacles et s’enfoncealors obliquement (photo 2).Origine etpartitiondes drageonsLe drageon est une tige naissantsur une racine déjà établie,connectée à la souche ou détachée(Bellefontaine et al., 2002). Chezcertaines espèces, cette tige s’affranchitprogressivement de laracine porteuse et mène alors unevie autonome. Le drageonnage, souventoccasionné par un stress, estun processus de propagation végétativepar lequel des plantes assurentleur pérennité, ou survie, enémettant des pousses à partir deleurs racines superficielles et d’unaffranchissement des drageons aucours des mois ou années qui suiventleur initiation.Chez Isoberlinia sp. pl., les drageonss’observent sur les racinesproches de la surface (photo 3) auniveau de boursouflures et de renflements.Ils sont très fréquents autourdu pied-mère (figure 5) : de 8 à40 drageons de tailles diverses s’insèrentà des distances variables del’arbre-mère. Les drageons se répartissentautour de ce dernier, principalementdans un rayon de un à troismètres et jusqu’à plus de dix mètressur sols bien drainés et profonds.Leur nombre peut considérablementaugmenter sous l’effet du brûlis,après l’abattage de l’arbre-mère(photos 4, 5 et 6).Photo 3.Racine traçante d’I. doka portant six drageons non autonomes,de hauteurs et de diamètres variables.Photo M. Dourma.


54BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2006, N° 289 (3)FOCUS / SUCKERINGabcPropagation végétativepar drageonnage suivantl’anthropisation des sitesL’analyse à variables multiplesa permis de distinguer deux groupes: les sites à forte anthropisation(A : champs, jachères J1 et J2) et lessites où l’action humaine est faible(B : jachère J3 et forêts). En passantde B à A, s’observe un gradient d’anthropisationcroissant qui évoluedans le même sens que le taux dedrageonnage (figure 6), ce que confirmentles tests statistiques.Le drageonnage, respectivementpour I. doka et I. tomentosa,assure 56,2 et 83,4 % de la régénérationdans les champs et les jachères,alors qu’en forêt il ne représente que35,3 et 39,1 %. Ce taux de régénérationdiminue en passant des champsaux vieilles jachères, notammentpour I. doka (figure 7). La régressiondu gradient de drageonnage est normalepour tous les sites, sauf pourles jachères J3 situées au voisinagedes zones classées (Alédjo-Kadarapeu anthropisées) à I. doka dont larégénération se fait essentiellementpar voie sexuée.DiscussionLa régénération naturelled’Isoberlinia sp. pl. au Togo varieselon les espèces et le niveau d’anthropisationdu site. En effet,I. tomentosa, qui possède un réseauradiculaire traçant et légèrementplus dense que celui d’I. doka, drageonneplus souvent. Différentsstress tels que les labours, les feuxde brousse et les coupes de bois stimulentla faculté à drageonner(Bellefontaine, Monteuuis, 2002).Les plus forts taux de drageonnagesont obtenus dans les champs etjachères, alors qu’ils diminuent enforêt où la pression anthropique estmoindre. La régénération par semisest de l’ordre de 60 à 65 % sur lessites protégés (forêts). Des rejets desouche apparaissent en fonctiond’une exploitation des arbresadultes (Dourma, 2003). Les stresstels que les blessures des racinessont principalement responsablesde l’importance du drageonnage.Pour certaines espèces, un stressn’est cependant pas indispensable(Bellefontaine et al., 2002).Figure 5.Vue de dessus de la répartition des drageonsd’I. doka autour de trois pieds mères :a, 30 drageons observés, deux mois après la mortde l’arbre par le feu ;b, 24 drageons observés, six mois après la coupede l’arbre ;c, 40 drageons observés dans une jachère,seize mois après la coupe de l’arbre.Photo 4.Drageons d’I. tomentosa après brûlage du collet et mort de la partie aérienne.Photo M. Dourma.


BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2006, N° 289 (3)DRAGEONNAGE/ LE POINT SUR…55Figure 6.Répartition des relevés suivant le degré d’anthropisation des sites, le taux de drageons et les variables liées aux individusrégénérés : a, facteurs liés aux individus ; b1 et b2, facteurs de faible anthropisation ; c1, c2 et c3, facteurs de forteanthropisation.L’extension des racines latéralesd’Isoberlinia proches de la surface dusol permet une colonisation assezrapide de l’espace par drageonnage.Lors des excavations réalisées dans unrayon de 2,5 m autour des arbresmères,la moyenne de drageons observéeest de 16 par arbre-mèred’I. tomentosa et 12 chez I. doka. Lapropagation de proche en proche estfavorisée par l’architecture du réseauradiculaire de la plante comme l’ontFigure 7.Taux moyens de drageons d’I. doka et I. tomentosa. Ch, champs ;J1, jachères de moins de cinq ans ; J2, jachères entre cinq et dix ans ;J3, jachères de plus de dix ans ; FC, forêts d’Alédjo et de Bafilo.montré des travaux analogues(Cassagnaud, Facon, 1999 ; Bationoet al., 2001). D’autres études commeau Niger sur Combretum micrantum etGuiera senegalensis (Karim, 2001), auBurkina sur Detarium microcarpum,Piliostigma thonningii et Isoberliniadoka (Bationo, 2001), au Zimbabwesur Baikiea plurijuga (Sarcdc, 1993),en Tanzanie sur Milicia excelsa(Kimariyo, 1990), en Israël surFaidherba albida (Karschon, 1976),précisent que le potentiel envahissantpar drageonnage est réduit, sauf chezde rares espèces ou clones. Le développementde drageons au voisinagedes houppiers des pieds-mèresd’Isoberlinia spp. traduit-il l’aptitudede ces deux espèces à développer unesurface photosynthétique plus grandedans ces microzones de faible luminosité? Cette aptitude entraîne uneconcurrence inter- et intraspécifique etexpliquerait la présence de certainspeuplements grégaires et quasi monospécifiquesd’Isoberlinia.


56BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2006, N° 289 (3)FOCUS / SUCKERINGConclusionPhoto 5.Sous l’action des termites, débutd’affranchissement de jeunes drageonsd’I. tomentosa dans une jachère de quatre ans.Photo M. Dourma.Lors de cette recherche, il a étéremarqué que, dans un environnementaux conditions peu favorables(sols rocailleux et secs, fortes pentes,sols forestiers), les espècesd’Isoberlinia se régénèrent « spontanément» par drageonnage. Cettefaculté revêt un intérêt pour la sylvicultureet spécialement la gestiondes forêts classées du Togo. Ellepourrait être exploitée dans deszones à stress hydrique élevé pourréduire les coûts de régénération parplantation, notamment dans desconditions écologiques peu favorables: sols inertes, climats semiarides,zones de montagne, collinesdéboisées à restaurer. L’inductionartificielle du drageonnage aumeilleur moment (de l’année en fonctiondes saisons ou du développementontogénique) permettrait decoloniser peu à peu l’espace enréduisant les dépenses de trouaison,transport, entretien, arrosage et pépinières(Bellefontaine et al., 2000).Les drageons assurent aussi le rajeunissementdu système radiculaire,freinent l’érosion des sols, maintiennentla pérennité des espèces enl’absence de fructifications annuellesrégulières (dans le cas de semencesrares ou très parasitées). Le drageonnagepermet également de produiredes individus génétiquement semblableset vigoureux (Desrochers,Lieffers, 2001).Le gradient de drageonnage estproportionnel au taux d’anthropisationpour les cinq formations àIsoberlinia sp. pl. prospectées (74 parcelles).Plus le site est perturbé, plus ledrageonnage est intense. Ainsi, lestaux de drageonnage observés chezles deux espèces d’Isoberlinia sontplus élevés dans les champs et lesjachères (56,2 à 83,4 %), alors qu’enforêt ces taux sont plus faibles (35,3 à39,1 %). Les racines latérales prochesde la surface du sol chez les deuxespèces d’Isoberlinia permettent unecolonisation assez rapide de l’espacepar drageonnage. Les activités anthropiques(labours, feux de brousse,coupes de bois, etc.) semblent doncstimuler la faculté à drageonner desdeux espèces, surtout dans leschamps cultivés. En forêt, où l’effetanthropique est moindre, le taux desemis naturels est plus important.Le mode de multiplication pardrageonnage, artificiellement induit,constitue une alternative pour la préservationde ces deux espèces quis’avère aisée et bien adaptée auxcontraintes de l’environnement. Plusparticulièrement, en ce qui concerneles peuplements d’Isoberlinia sp. pl.au Togo, des programmes locaux derestauration, de reconstitution et degestion seraient incontournables pourassurer leur survie, avec l’appui et aubénéfice des populations riveraines.RemerciementsMarra Dourma souhaite remercierl’Organisation internationale desbois tropicaux (Oibt), qui a acceptéde financer cette recherche au Togo.Photo 6.Pied adulte d’I. doka, cassé par le vent, avec de nombreux drageonssur les racines traçantes dénudées artificiellement.Photo M. Dourma.


BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2006, N° 289 (3)DRAGEONNAGE/ LE POINT SUR…57RéférencesbibliographiquesBATIONO B. A., 2001. Régénérationnaturelle de cinq espèces ligneusesde la forêt classée de Nazinon (BurkinaFaso) : Detarium microcarpumGuill. & Perr., Afzelia africana Sm.,Isoberlinia doka Craib. & Stapf., Piliostigmathonningii (Sch.) Miln.-Redh.et Terminalia avicennioides Guill &Perr. Thèse, université de Ouagadougou,Burkina Faso, 174 p.BATIONO B. A., OUEDRAOGO S. J.,GUINKO S., 2001. Stratégie de régénérationnaturelle de Detarium microcarpumGuill. & Perr. dans la forêtclassée de Nazinon (Burkina Faso).Fruits, 56 : 271-285.BELLEFONTAINE R., NICOLINI E. A.,PETIT S., 1999. Réduction de l’érosionpar l’exploitation de l’aptitude àdrageonner de certains ligneux deszones tropicales sèches. In : Roose E.(éd.). L’homme et l’érosion, Cameroun.Bulletin du réseau Érosion,Ird/Cta, n° 19, p. 342-352.BELLEFONTAINE R., EDELIN C.,ICHAOU A., DU LAURENS D., MON-SARRAT A., LOQUAI C., 2000. Le drageonnage,alternative aux semis etaux plantations de ligneux dans leszones semi-arides : protocole derecherches. Cahiers Sécheresse, 4(11) : 221-226.BELLEFONTAINE R., MONTEUUIS O.,2002. Le drageonnage des arbreshors forêt : un moyen pour revégétaliserpartiellement les zones arides etsemi-arides sahéliennes. In : VergerM., Le Bouler H. (éd.). Multiplicationvégétative des ligneux forestiers, fruitierset ornementaux (Orléans,France, 22-24 novembre 2000).Cédérom Cirad/Inra. Montpellier,France, Cirad.BELLEFONTAINE R., MONTEUUIS O.,EDELIN C., 2002. Propagation végétativenaturelle. Compte rendu de lapremière réunion du 10 mai 2001 auCirad-forêt (Montpellier). Gea(Groupe d’étude de l’arbre) et Ciradforêt,16 p.BRUNEL J.-F., HIEPKO P., SCOLZ H.,1984. Flore analytique du Togo : Phanérogame.Eschborn, Allemagne, Gtz,751 p.CASSAGNAUD M., FACON B., 1999. Lapropagation végétative chezquelques espèces de la garrigueméditerranéenne : architecture,développement et stratégies adaptatives.Maîtrise, université de Montpellier,France, 20 p.DESROCHERS A., LIEFFERS V. J., 2001.Root biomass of regeneration aspen(Populus tremuloides) stands of differentdensities in Alberta. CanadianJournal of Forest Research, 31 (6) :1012-1018.DOURMA M., 2003. Régénérationnaturelle d’Isoberlinia spp. (Caesalpiniaceae)en zone soudanienne duTogo. Dea, université de Lomé, Togo,47 p.ERN H., 1979. Die Vegetation Togos.Gliederung, Gefährdung Erhaltung.Willdenowia, 9 : 295-316.KARIM S., 2001. Contribution à l’étudede la régénération par la multiplicationvégétative naturelle de deux Combrétacéesdans l’Ouest du Niger (Combretummicranthum G. Don & Guierasenegalensis J.F. Gmel.) : conséquencespour une gestion sylvopastorale.Dea, université de Ougadougou,Burkina Faso, 58 p.KARSCHON R., 1976. Clonal growthpatterns of Acacia albida Del. Contributionfrom the Agricultural ResearchOrganisation, Bet Dagan, Israël,n° 118-E (1976 series). Groupe internationalpour l’étude des Mimosoideae,octobre 1976, n° 4, 28-30.KIMARIYO P. E., 1990. Silviculturaltreatments to promote regenerationof commercially valuable tree speciesin natural forests. In : Workshop onManagement of Natural Forests ofTanzania, December 1988, Sokoine,University of Morogoro, Tanzania,n° 4, p. 33-38.SARCDC (Swedish Agency for ResearchCooperation with Developing Countries),1993. The Ecology and Managementof Indigenous Forests in Zimbabwe(1990-1993). Final TechnicalReport. Zimbabwe Forestry Commission,June 1993, 24 p.WHITE F., 1986. La végétationd’Afrique. Mémoire, carte de la végétationd’Afrique. Unesco/Aetfa/Unso.

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