Actes colloque - FFCK

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LES STANDARDS DU HAUT NIVEAUINTERVENTION DE MIKLOS SIMMONS(l’exemple hongrois, Course en Ligne)TRADUCTION DE ZSOLT GILANYIMiklos SIMMONS est un entraîneur renommé en Hongriepour avoir préparé des kayaks dames à haut niveau, soncollectif a notamment rapporté à la Hongrie 56 médaillesau niveau international, dont 36 d’or (junior et senior). Ila la particularité de travailler depuis l’accueil des enfantsdans les clubs jusqu’au Haut Niveau.On pose souvent aux hongrois la question : quel est le secret des résultatssportifs des hongrois ? Miklos nous exposera quelques secrets dusuccès hongrois mais il ne faut pas oublier que la recette magiquen’existe pas, une simple transposition de cette méthode en France nesaurait répondre aux particularités et aux faiblesses de notre systèmede formation des jeunes sportifs. Cependant, cela permet de nous interroger,de nous comparer et peut être d’innover dans notre conceptionde l’entraînement.Le succès hongrois repose sur 5 « secrets » :■ le nombre de sportifs qui participent à la filière■ la tradition qui comprend les méthodes d’entraînement■ le système, l’organisation dans laquelle on travaille■ les conditions climatiques■ et surtout la motivation des entraîneurs : il s’agit de l’un desaspects les plus importants, la motivation c’est la déterminationavec laquelle on travaille.En Hongrie, le Canoë Kayak est très populaire et structuré. Le systèmeest basé sur le système scolaire normal. La formation des jeunesathlètes est divisée en plusieurs tranches d’âges (tranche d’âge de 2ans). Chaque tranche d’âge a son objectif et sa façon de travailler.6


Si on observe une fatigue mentale, on utilise la natation ou les jeux deballon. On charge les sportifs sans qu’ils s’en rendent compte entravaillant sous forme d’ateliers.Les distances en bateau ont leur parallèle dans les différentes activitésannexes (course, natation).Comment faire progresser les aptitudes des jeunes?A chaque tranche d’âge, on augmente de façon régulière le travail dela force, de la vitesse, de l’endurance, de l’habileté et de la souplesse.Le principe est le même pour l’entraînement spécifique.8


Comment préparer un athlète ?On doit se demander : sur quelle distance on le prépare ? Quelle est sacondition physique ? Combien de temps j’ai pour le préparer ?A chaque étape de la course, les capacités sportives demandées sontdifférentes .Au départ (les 150 premiers mètres) : cela dépend des donnéesgénétiques du sportif, il faut faire partir le bateau jusqu’à atteindre lavitesse maximale.La course et le final dépendent de l’entraînement.Durant la course au train, le sportif doit maintenir la vitesse optimale,cela demande de l’endurance et de la résistance/force.La partie finale est la plus importante selon la distance, c’est là quel’entrainement compte, aussi bien au niveau de la capacité physiqueque de la résistance mentale.En sachant quelle capacité on cherche à développer (en fonction desaptitudes nécessaires aux différents stades de la course) on peutélaborer un plan d’entraînement :■ endurance■ endurance force■ endurance vitesseIl faut connaître les réserves énergétiques du corps, la quantité delactate accumulée et la capacité du corps à travailler sans oxygène.Il y a 5 types d’endurance :1/endurance longue distance2/endurance moyenne distance3/endurance courte distance4/endurance force5/endurance vitesseLes endurances longue et moyenne distances donnent la base dutravail en aérobie : c’est la phase de préparation en début de saison.Pour développer les capacités cardiaques, le travail des muscles enaérobie est nécessaire, il permet aussi de stabiliser les mouvements etla technique.10


C’est une phase très importante pour les plus jeunes mais elle usebeaucoup les articulations.Le travail de l’endurance moyenne distance est aussi prévu en débutde saison (travail aérobie et anaérobie).Plus le travail est intense, plus la partie anaérobie est importante.Il faut aussi alterner : rapide/lent/rapide/lent.L’endurance courte distance est la clé de la performance de qualité,c’est la méthode utilisée dans la période de compétition.L’endurance force est prévue pendant les périodes de compétitionavec un entraînement répétitif.Attention !!!! Plus le travail augmente, plus les périodes de repos sontimportantes !!!!! Elles doivent même être supérieures aux périodesde travail.EXEMPLE CONCRET :Kozák Danusa, Kayak Dame avec laquelle Miklos travailledepuis 2002, avec un palmarès remarquable en junior.Il faut faire des plannings d’entraînement différents chaque année (en fonctionnotamment de l’état psychologique du sportif).Le plan d’entraînement est divisé en 8 Macrocycles et 51 Microcycles.En Hongrie, on ne peut pas naviguer de novembre à avril, le plan d’entraînementintègre cette contrainte.1er macrocycle (octobre) : entraînement mixte (le bateau est encore possible).Développement des aptitudes générales 2 macrocycles pour l’hiver (novembre/décembre) : augmenter la masse musculaire et la puissance maximale + endurance(natation, course à pied), 4ème macrocycle (janvier/février) : endurancevitesse /endurance force.Début mars, retour sur l’eau et donc jusqu’à fin avril, entraînement de base surl’eau et maintenir la force. Fin avril on se prépare pour les sélectifs, on met l’accent surl’anaérobie.En période de compétition, on baisse la quantité pour augmenter la qualité.Il n’y a pas forcément de semaine de repos mais on adapte le rythme de l’entraînement.11


Conclusion : Après avoir discuté avec d’autres entraîneurs dedifférentes nations, la différence n’est pas dans les méthodesemployées mais dans la qualité d’utilisation de ces méthodes. En Hongrie,l’Elite travaille en concentré, seulement 2 groupes de 8 à 10 personnesaussi bien pour les hommes que pour les femmes et chaque entraînementest une petite compétition. Les entraîneurs et les athlètes en font unequestion de prestige ; ils doivent être les meilleurs et se motivent àl’entraînement. Cette mentalité ne se développe pas d’un seul coupchez un sportif, on travaille ce caractère dès l’enfance. Ca donneconfiance aux compétiteurs et donne l’exemple aux plus jeunes.Le rôle de l’entraîneur est de créer cette atmosphère.« MOURIR A CHAQUE ENTRAINEMENT »Questions/Réponses1/ Denis CLET, entraîneur de Marathon et du Pôle Espoir de DijonQuestion sur le nombre de compétiteurs, les chiffres représentent « unegrande Bretagne » mais pas forcément le nombre de pratiquants qu’onimagine pour une nation telle que la Hongrie…Pour mémoire : nombre de clubs et de pagayeurs (avec une licencede compétition) par discipline et par tranche d’âgeLa population totale de sportifs faisant du canoë-kayak (compétiteursou non) représente 30% en plus. Pour un pays de 10 millions d’habitants,c’est une bonne proportion.12


2/ Grégory DEMORY, entraîneur du club de St Laurent BlangyL’atmosphère de compétition pendant l’entraînement, la confrontation estelletoujours de la même intensité tout le temps ou seulement à certainespériodes ?C’est différent selon les tranches d’âge. Pour les jeunes, c’est toutel’année (avec des tests) même au sein des clubs, il y a un classement.Les meilleurs sont récompensés pédagogiquement. Plus ils sont âgés,plus cette méthode est raccourcie aux périodes de compétition.Cette méthode est aussi une sorte de sélection, les meilleurs, les plusrésistants restent et cela les habitue à la compétition. Cela devientaussi un mode de comportement du sportif.3/ Michel SAIDI, entraineur Slalom du Pôle France/Pôle Espoir de NancyComment s’organise l’articulation du double projet : sportif et scolaire,professionnel ?Miklos travaille dans une école centrale du sport.A partir de 13/14 ans, c’est une école où les mardi, mercredi, jeudimatins, l’école commence plus tard pour permettre de s’entraîner lematin et chaque après midi est dédié à l’entraînement.Individuellement, certains sportifs demandent un cursus spécial avecaménagement d’horaires.4/ Jean Pascal CROCHET, entraîneur Elite Course en LigneComment individualiser le programme du sportif dans un contexte de« groupe » fort ?Il s’agit d’un programme de groupe que l’entraîneur peutindividualiser en fonction de chacun si besoin (si un sportif estfatigué par exemple), mais tout le monde doit avoir les mêmesaptitudes.13


Il ne faut pas trop individualiser les entraînements pour maintenirl’ambiance de compétition. L’ambiance de groupe est très importante,on individualise que pour les cas particuliers.5/ Pierre SALAME, formateur au CREPS de MontpellierY a-t-il des entraîneurs adjoints, qui gravitent autour du sportif ? Unpsychologue par exemple ?L’entraîneur travaille seul, pas d’assistant, aussi bien pour lesentraînements généraux que spécifiques, aussi bien au sec que surl’eau. Il connaît ses sportifs (8-10 personnes), il sait comment « charger »le travail de chaque sportif.C’est l’entraînement général qui détermine l’entraînement spécifique,l’entraîneur connaît les 2, il peut donc adapter l’ensemble de façonoptimum.L’entraîneur doit voir tous les jours l’athlète pour savoir si il y a unproblème ou s’il faut changer quelque chose. On fait un pland’entraînement mais il faut le traiter d’une manière très souple car onne travaille pas avec des machines. On doit faire un réglage fin.En ce qui concerne le psychologue, c’est bien mais il n’a eu l’occasionde travailler avec un psychologue qu’une seule fois pour une sportivequi avait des problèmes personnels pour gérer la compétition.6/Précision sur l’organisation des groupes d’entraînement Elite,seulement 2 groupes de 8 à 10 personnes par catégorie (KD, KH, C) ensenior (à partir de 19 ans). Dans d’autres groupes (en club), il y a desélites mais c’est marginal 1-2 personnes, ce n’est pas la fédération quiles gère. Ils se forment tous seuls.Les groupes d’entraînement Elite se regroupent autour d’unentraîneur, c’est lui qui fait le lien, ce n’est pas une structure. Lessportifs appartiennent alors à 3 ou 4 clubs différents. C’est l’entraîneurqui attire son collectif.14


7/ Richard HERNANZ, entraîneur au centre Hautes Pyrénées Sport NatureOn parle d’un arrêt total du bateau pendant la période hivernale (4 ou 5mois/an), cela concerne-t-il le haut niveau, voire le très haut niveau ? Letrès haut niveau ne va-t-il pas pagayer au chaud à un moment donné ? Etquel est le contenu de l’entraînement pendant cette période hivernale ?Personne ne pagaie en déc/janv et selon la météo et le budget, onpeut naviguer en novembre et à partir de mi février, les meilleurspeuvent aller pagayer « au chaud ». Pour les juniors, ils ne pagaientpas de novembre jusqu’à fin février.Quand ils ne font pas de bateau, ils ont des entraînements de natation(4/5 fois par semaine), musculation ou course à pied. Cette coupurecrée une sorte de frustration qui motive énormément les pagayeursau moment de reprendre le bateau.8/ Frédéric CASTRYCK, CTRC BretagneDans la mesure où les jeunes de la tranche 10-12 ans ont un entraînement4 à 5 fois par semaine, comment est organisé le système hongrois pouraccueillir ces jeunes 4 ou 5 fois par semaine dans une activité de club doncassociative ?Miklos ne peut parler que de son club. Il y 3 entraîneurs payés pourcette tranche d’âge pour les différentes catégories. Entre 9 et 10 ans,ce sont les parents qui les emmènent. L’école se termine à 14h,l’entraînement commence à 16h et dure 2h environ, les parentsramènent les enfants chez eux.Plus tard, les enfants viennent seuls. Les 3 entraîneurs s’occupentd’un collectif de 80/100 enfants.15


Intervention de Norbert KRANTZL’utilisation d’autres procédures venant d’autresdisciplines, d’autres méthodologies, s’inscritactuellement dans le développement du sportfrançais, on parle beaucoup de transversalité : allervoir ailleurs dans d’autres sports s’il n’y a pas desstratégies d’entraînement qu’on pourrait transposerdans sa propre discipline et qui seraient porteuses.En parlant des sportifs du canoë-kayak qui préparent un 500 m, doncenviron 1 minute 50 secondes, on peut comparer à l’athlétisme sur le800 m, où on peut trouver 2 points de vue :■ la méthode foncière : c’est de l’endurance c’est-à-dire qu’ilfaut tenir des grandes distances puis aller de plus en plusvite. On prépare ainsi le sportif à des distances souventnettement supérieures à la distance qui va être courue.■ la méthode vitesse : on doit aller le plus vite possible et tenirle plus longtemps possible, c’est plus de la résistance.Les hongrois utilisent principalement la méthode « endurance » maisils développent aussi des méthodes mixtes.Question à Gérard QUINTYN pour avoir la vision du cyclisme surpiste : la méthode était de développer la vitesse la plus élevée et après,peu importe comment, les cyclistes tenaient la distance…« En effet, contrairement aux pays de l’est qui faisaient énormément defoncier, dans les années 1996, on avait pris une autre méthode car dansle bois de Vincennes, on ne pouvaient pas faire beaucoup de foncier,donc on préparait les sportifs aux 200 m, 400 m de façon à tenir 1 km,en essayant d’aller très vite et en augmentant progressivement vers ladistance du kilomètre. C’était à l’inverse des pays de l’Est, c’est unebonne méthode qui a fait ses preuves et qui est toujours utilisée.CQFD =les pisteurs sont encore recordmen du monde.16


A l’époque, ils ont modifié les heures d’endurance par des heures demusculation.Pour exemple, les soviétiques de l’époque faisaient 20 000 km deroute alors que les français n’en faisaient que 5 000 km. Les entraîneursfrançais se sont posés beaucoup de questions mais la meilleureréponse a été le titre olympique en 1996. »17

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