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Libertés 421 - amnesty.be

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lib<strong>421</strong>février06 30/01/06 14:37 Page 1Li<strong>be</strong>rtes!FÉVRIER 2006 – N°<strong>421</strong> – LE MENSUEL D’AMNESTY INTERNATIONALBELGIQUE-BELGIEPP1/2345BXL XNe paraît pas auxmois de juillet-août.9, rue Berckmans1060 BruxellesDÉPOT À BRUXELLES XOUGANDA :SAIGNEURS DE GUERREBOLIVIE :LE MORALESDE L’HISTOIRECINÉMA :«CONGO RIVER»


lib<strong>421</strong>février06 30/01/06 14:37 Page 2ÉDITORIALSOUDAN,MON SOUDANLes choses sont souvent mal faites. Alors que les boîtespostales électroniques d’Amnesty International croulentsous les rapports déprimants et les communiqués révoltantsrelatifs au Soudan, l’écho recueilli par les événements – tragiques –qui secouent ce pays occupe une surface diamétralement opposée.Pourtant, ce ne sont pas les informations alarmistes qui manquentquant à la situation politique, économique et humanitaire de cepays situé à la charnière des aires culturelles arabo-musulmaneset subsahariennes. Déchiré pendant plusieurs décennies par uneguerre civile opposant, en gros, un mouvement armé issu du sudchrétien et animiste à la majorité nordiste arabo-musulmane, leSoudan s’était certes engagé dans un processus politique, processusparasité mais pas annulé par la mort accidentelle du principal chefre<strong>be</strong>lle sudiste, John Garrang.Mais cette normalisation entre le pouvoir central de Khartoum etles États du Sud (le Soudan est théoriquement fédéral) a été viteassombrie par un déchaînement de violence dans les trois Étatsfédérés du Darfour, une région tardivement islamisée et partiellementarabisée. Le Darfour est non seulement déstabilisé par uneré<strong>be</strong>llion armée mais aussi et surtout terrorisé par des forcesgouvernementales et des milices Janjawid qui ont assassiné plus de50 000 personnes et provoqué l’exode de près de 2 millions depersonnes. C’est dans ce contexte désastreux et alors que la CPIpeine à instruire les crimes commis ces dernières années que lesautorités égyptiennes ont décidé d’expulser collectivementplusieurs milliers de Soudanais reconnus comme réfugiés par leHCR. Les manifestations d’opposition à cette mesure arbitraire ontété réprimées par les forces de police égyptiennes, lesquelles ontlaissé sur le carreau 27 cadavres.Le peu d’écho rencontré par cet événement scandaleux s’expliquenon par le fait qu’il a eu lieu «loin de chez nous» (au Caire…)mais sans doute davantage parce que ses victimes sont issuesd’une région du monde qui ne suscite de «compassion» que lorsqueles «bourreaux» sont des Occidentaux ou leur ressemblent. Alors,si le lecteur moyen a du mal à s’identifier, on lui rappellera, à touthasard, que l’Egypte est un élément essentiel dans le complexeinternational (et illégal) de lutte «antiterroriste» développé par lesEtats-Unis et leurs proches alliés. De quoi faire frémir sur l’avenirqui est en train de se préparer au sud de la Méditerranée…e Pascal FenauxLi<strong>be</strong>rtés • Rue Berckmans, 9 – 1060 Bruxelles • Tél: 02 538 81 77 Fax: 02 537 37 29 • li<strong>be</strong>rtes@aibf.<strong>be</strong> • www.li<strong>be</strong>rtes.<strong>be</strong> • Éditeur responsable : Vincent Forest •Rédacteur en chef : Pascal Fenaux • Secrétaire de rédaction : Brian May • Comité de rédaction : Suzanne Welles, Claude Gouzée, Anne Lowyck, SamuelGrumiau, Véronique Druant, Julien Vlassenbroek, Bruno Brioni, Valérie Denis • Ont collaboré à ce numéro : Al<strong>be</strong>rto Zalles, Muriel Argaud, Gilles Bechet • Couverture: Geoffrey Ojok, 13 ans, ancien «combattant» de la LRA (Lord Resistance Army) installé dans un camp de réhabilitation dans le nord de l’Ouganda © AFP •CHANGEMENT D’ADRESSE – ATTESTATION FISCALE –MODIFICATION, ANNULATION OU NOUVELLE COTISATION DEMEMBRE/DONATEUR(TRICE)Madame Michele Ligot : mligot@aibf.<strong>be</strong>❍ je change d’adresse (inscrire uniquement la nouvelle adresse)Nom: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Prénom: . . . . . . . . . . N° de membre: . . . . . . .Adresse: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . N° . . . . . bte . . . . . . . . . .Code postal: . . . . . Localité: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Tél (obligatoire): . . . . . . . . . . . . . . . E-mail: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .❍ Oui, j'adhère aux objectifs d'Amnesty et souhaite devenir membre❍ Je répartis le montant de : ❍ ma cotisation ❍ de mon abonnement sur toutel’année en complétant ce coupon et en le renvoyant à Amnesty International, 9 rue Berckmansà 1060 Bruxelles. Tout montant qui dépassera 14,87€ (prix de la cotisation oude l'abonnement), sera considéré comme un «don», et par là-même jouira de la déductibilitéfiscale pour autant que ce supplément soit de 30 € ou plus.Je verse tous les mois, au départ de mon compte n° . . . . . . . . . . – . . . . . . . . . . . . . . lasomme de : ❍ 2,5 € ❍ 5 € ❍ . . . . . . . . € (toute autre somme de mon choix)au profit du compte 001-2000070-06 de Amnesty International à partir du . . . . . . .. . . et jusqu’à nouvel ordre. Je conserve le droit d’annuler ou de modifier cet ordreà tout moment.ou je verse en une fois le mandat de . . . . . . . . . . . . . . au compte 001-2000070-06Nom: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Prénom: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Date de naissance: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Adresse: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . N° . . . . . . . . bte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Code postal: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Localité: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Tél (obligatoire): . . . . . . . . . . . . . . . . E-mail: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Profession: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Date: . . . . . . . . Signature:SOMMAIREACTUEL■ Le Morales de l’histoire■ Paroles de Guantánamo■ Insolites-BrèvesDOSSIER■ Ouganda : Saigneurs de guerre■ À quand la paix en Ouganda ?■ Muga<strong>be</strong>, Museveni : même combat ?■ La loi du silence■ 25 000 enfances volées■ L’enfer en travers de la gorge■ Les migrants de la nuit■ Le nord déplacéMOUVEMENT■ Violences contre les femmes : les voiren peinture■ Formations 2006 !■ Les Voix de l’Engagement : concertACTION■ Lettres du mois■ Bonnes nouvellesCULTURE/AGENDA■ Derrière le miroir du fleuve■ Le diable n’habite pas le bout de chair■ Au bord du monde35111315Ne rien inscrire dans cette case s.v.p. (réservé à l'organisme bancaire)


lib<strong>421</strong>février06 30/01/06 14:37 Page 3ACTUELCAMBODGETRIBUNAUX MANIPULÉSLe vice-président de l’ONG du Centre cambodgien pourles Droits humains, Pa Nguong Teang, a été arrêté etinculpé pour diffamation. Six militants politiques etcivils de premier plan sont ainsi emprisonnés et fontl’objet de plaintes déposées par le gouvernement à lasuite d’une manifestation organisée le 10 décembre etdurant laquelle des banderoles mettaient en cause lesautorités. Celles-ci utilisent de plus en plus les tribunauxpour museler toute critique au risque de minerla crédibilité et l’indépendance de la justice. eTHAÏLANDELES CIVILS FACE AUX VIOLENCESDans le sud du pays où cohabitent musulmans et bouddhistes,la population subit à la fois les violences desgroupes armés musulmans et les ripostes brutales etinconsidérées des forces de sécurité. Les détentionsarbitraires, intimidations, actes de torture et «disparitions»du fait des autorités thaïlandaises ne font l’objetd’aucune enquête sérieuse. La région du Pattani a étéannexée au début du XX e siècle par le pouvoir royal eta toujours connu des violences du fait de groupesarmés musulmans appelant à l’indépendance. Toutefois,le regain de violence depuis janvier 2004 est dû àun groupe non identifié qui ne formule ni revendicationsni demandes de pourparlers avec legouvernement. eMALTEMIGRANTS MALTRAITÉSLe 13 janvier 2005, près de 90 demandeurs d’asiledétenus dans le centre d’Hal Safi étaient prenaientpart à un mouvement de protestation pacifique, refusantde regagner leurs bâtiments après le tempsd’exercice physique. Ils voulaient dénoncer la durée deleur détention ainsi que le manque d’informationconcernant l’évolution de leurs demandes. Après unecharge brutale des forces de sécurité, on relevait27 blessés. Le rapport de la Commission d’enquêtenommée par le gouvernement a conclu au manque deformation de certains soldats et à des problèmes decoordination. Il reconnaît qu’il y a eu usage abusif dela force mais recommande la poursuite de cette politiquede détention des migrants qui n’ont pas obtenule statut de réfugié. eMAROCCONDAMNATION DE DÉFENSEURSSAHRAOUISSept défenseurs des droits humains originaires duSahara occidental ont été condamnés à des peines deprison pour participation et incitation à des manifestationsviolentes. Ils n’ont pas bénéficié d’un procèséquitable (preuves sujettes à caution, aveux arrachéssous la torture, aucun témoin à décharge, etc.). Cesdéfenseurs avaient récolté des informations concernantles violences commises par les troupes marocainesdans le cadre des manifestations pour l’autonomie etl’indépendance du Sahara occidental. eÉGYPTERÉFUGIÉS EN DANGERLors d’une manifestation de demandeurs d’asile etd’immigrants soudanais, 27 personnes ont été tuées parla police égyptienne et des dizaines d’autres blessées.Ce massacre a eu lieu lorsque les forces de l’ordre ontvoulu déloger près de 2500 réfugiés hors d’un parc situéprès du Haut Commissariat des Nations unies pourles Réfugiés (UNHCR) au Caire. Les manifestants réclamaientde meilleures conditions de vie, une protectioncontre un retour forcé au Soudan et leur installationdans un pays d’Europe ou d’Amérique du Nord. eLe «ticket» Evo Morales (président) et Alvaro Garcia Linera (vice-président) fête sa victoire dans larégion de Cochabamba en compagnie de producteurs de feuille de coca © AFPBOLIVIELE MORALES DE L’HISTOIREEn décembre 2005, la Bolivie élisait à la présidence de la république Evo Morales, leadersyndical paysan. L’élection d’un indigène à la plus haute fonction était une premièredans l’histoire politique d’un pays pourtant majoritairement amérindien. Une fois n’estpas coutume, notre mensuel ouvre ses colonnes à un acteur politique, Al<strong>be</strong>rto Zalles,ancien prisonnier politique bolivien adopté par Amnesty et installé en Belgique. Il nouslivre son analyse optimiste de l’évolution récente de la Bolivie : rupture avec le«gauchisme» violent, extension des revendications démocratiques et utilisation desdroits humains comme levier politique.La victoire du Movimiento al Socialismo(Mouvement vers le Socialisme, MAS) etl’élection d’un indigène, Evo Morales, à laprésidence de la République viennent couronnerune longue période de mobilisations sociales.Depuis la transition démocratique entamée en1983, ces mobilisations se sont appuyées sur troispiliers: la défense des droits humains, la demandesociale de consolidation des institutions politiqueset la participation effective des indigènes auxinstitutions locales et nationales, c’est-à-dire lafin de l’exclusion ethnique. Ces trois piliers ontpermis à la société bolivienne d’instaurer progressivementune nouvelle culture politique fondée surla résolution pacifique des problèmes politiques,économiques et culturels les plus aigus : pauvreté,discrimination des indigènes, conséquencesde la culture de la feuille de coca et du trafic dedrogue sur les paysans, et, enfin, les effets d’uncycle de privatisations qui prive la société de sondroit à bénéficier des ressources naturelles quepossède la nation (gisements de gaz, terres agricoleset ressources hydriques).Evo Morales, dirigeant du syndicat des paysansproducteurs de coca et son parti, le MAS, ontintégré la dynamique de transition démocratique.En axant leurs revendications sur les droitshumains, ils ont pu s’agréger les institutionsdémocratiques et humanitaires. Depuis le débutdes années 90, les violences subies par les cocaleros,les petits cultivateurs de coca, sont au coeurdes rapports d’Amnesty International. De leurcôté, les syndicats paysans ont tenté de faireconnaître leur mot d’ordre «la coca n’est pas lacocaïne», afin de prendre leurs distances et se différencierdes trafiquants de drogue et, en deuxièmelieu, résister et se protéger des politiques d’arrachagesforcés, avec leurs cortèges de violencesinduites par la stratégie répressive de la DEA (DrugEnforcement Administration) américaine.Il est également important de préciser que, à l’intérieurdes États-Unis, les paysans cocaleros et lesindigènes boliviens ont bénéficié de la solidaritéconstante, tant des organisations de la sociétécivile que des institutions préoccupées du développementdémocratique des Amériques.Par ailleurs, Alvaro Garcia Linera, un dirigeantreprésentatif de cette nouvelle génération deresponsables politiques de gauche bolivienne etvice-président d’Evo Morales, s’est efforcé dedistancier le MAS de la vieille gauche radicalepour qui, en Amérique latine, les transformationspassent par la violence et la lutte armée. AlvaroGarcia Linera appartient à l’un des trois groupesde jeunes militants poursuivis, torturés et emprisonnésentre 1989 et 1993 par le gouvernement deLi<strong>be</strong>rtés ! Février 2006 3


lib<strong>421</strong>février06 30/01/06 14:37 Page 4ACTUELDans une récente lettre ouverte, Amnestyattire l’attention des candidats à la présidentiellesur la nécessité de mettre enplace rapidement un plan d’action qui touchequatre domaines essentiels : la protection desdroits économiques, sociaux et culturels – notammentle droit au travail, le droit à la santé et ledroit à l’éducation –, le comportement des forcesde sécurité (usage excessif de la force contre desmanifestants et dans des centres de détention), lesconditions carcérales et la justice – en particulierdans les affaires de violation des droits humains.Par ailleurs, Amnesty rappelle que, malgré la ratificationpar la Bolivie du Statut de Romeinstituant la Cour pénale internationale (CPI), il estscandaleux qu’un accord bilatéral ait été signéentre les Etats-Unis et la Bolivie garantissant ainsil’immunité absolue aux ressortissants américainset à d’autres citoyens accusés de crimes contrel’humanité. eJaime Paz Zamora et dont le sort fut au centre del’action de l’Assemblée permanente des Droitshumains bolivienne – alors présidée par le députéJuan del Granado – et d’organisations commeAmnesty International. Cette organisation a ainsienquêté sur les cas de torture et, dans certains cas,obtenu la libération des détenus.Sur le plan intérieur, la victoire d’Evo Morales estl’aboutissement d’un long processus de mobilisationssociales qui a permis aux citoyens de s’impliquerdans la transformation des structurespolitiques et territoriales. Cela s’est fait par le biaisd’une nouvelle constitution tenant compte de laréalité multiethnique en reconnaissant des autonomiesrégionales destinées à améliorerl’administration au niveau des communautéslocales. Il faut également noter la présence croissantede députés indigènes au Parlement nationalainsi que l’élection de l’intellectuel Aymara VictorHugo Cardenas à la vice-présidence de la Républiquede 1993 à 1998.Sur le plan extérieur, la tournée internationaleeffectuée par Evo Morales avant d’être investi dansses nouvelles fonctions de Président a rappelé àses interlocuteurs que, dans des pays comme laBolivie, les inégalités entre nationalités et les violationsdes droits humains ne seraient résolues quesi les relations économiques et les investissementsétrangers se déroulaient dans un cadre d’égalité etde respect juridique. Ses visites en Espagne, enFrance et à Bruxelles avaient ainsi pour objectifde se faire entendre des chefs d’État mais aussi etsurtout de tenter d’obtenir l’engagement des entrepriseseuropéennes qui exploitent le gaz bolivien(Repsol, Total et Shell) d’accepter des relationséconomiques respectueuses et correctes.Bref, le respect des droits humains dans toutesleurs dimensions semble désormais faire partieintégrante de la nouvelle culture politique bolivienne.e Al<strong>be</strong>rto ZallesL’INSOLITEET IL TRANSFORMA LES FUSILS EN OUTILSOn connaît le «un euro pour un vaccin» (Unicef), maisconnaissiez-vous le «25 livres pour une kalachnikov» ?Non, il ne s’agit pas des soldes chez les armuriers, maisd’un programme de rachat d’armes mis au point par uncollectif d’associations britanniques. Pour 25 livres, l’associationrachète une arme et la donne à des villageoissierra léonais forgerons ou métallurgistes qui la transformeraen outils agricoles : pioches, faucilles,haches, etc. Bien sûr, pour éviter toute tentation, lesarmes sont neutralisées par les forces de maintien de lapaix de l’ONU avant d’être livrées. www.goodgifts.org e(Tiré de Courrier International)BAGDAD AU BOUT DU CHEMINSorti pour Noël aux États-Unis, un jeu de société pourle moins original : La bataille pour Bagdad, le combat de lali<strong>be</strong>rté. De quoi passer des soirées palpitantes. En effet,le jeu consiste à entrer dans la capitale irakienne avecle maximum de soldats vivants, après avoir réussi àfranchir une chevauchée militaire semée d’embûches !Chaque joueur dispose initialement de 3 000 hommesmassés aux frontières du pays. Ses effectifs augmententou diminuent selon la pioche. La carte «Honte»par exemple, qui représente un soldat américain tenantun irakien en laisse, vous fait perdre 100 hommes. Ce jeua provoqué un tollé aux Etats-Unis. e (Tiré de CourrierInternational)PAROLESPAROLES DE GUANTÁNAMOEn janvier 2002, dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001, l’administrationaméricaine ouvrait un camp de détention «hors la loi» sur la base de Guantánamo Bay (Cuba)et y incarcérait sans la moindre inculpation plusieurs centaines de personnes (capturées enAfghanistan ou ailleurs) soupçonnées d’appartenir à la mouvance terroriste d’Al-Qaida.Menottes pour pieds et mains, Camp Delta,Guantanamo Bay © AFP«Il lui a écrasé le visage sur le sol en béton… Ily avait du sang partout. Ils l’ont fait sortir dela cellule et l’ont nettoyée avec un jet d’eau.L’eau est devenue rouge de sang. On l’a tous vu. L’homme quitenait le bouclier l’a jeté par terre, a enlevé son casque et, unefois la porte refermée, a couru et s’est laissé tom<strong>be</strong>r à genouxsur le dos de Jumah, pile entre ses omoplates, de tout sonpoids. Il devait peser près de 120 kilos.»Voilà le témoignage d’anciens détenus de Guantánamoà propos des tortures infligées à Jumahal Dossari, ressortissant du Bahrein, arrêté auPakistan fin 2001, détenu pendant près de deuxsemaines à la base aérienne de Kandahar et transféréen janvier 2002 à Guantánamo. Depuis mai 2004, ilest incarcéré au camp V, conçu selon le modèle desprisons de très haute sécurité aux États-Unis.Né quant à lui en Éthiopie, Benyam Mohammedal Habashi, âgé de 27 ans, a obtenu l’asile auRoyaume-Uni en 1994. Il y a vécu pendant sept ansavant de fuir la tentation de la drogue. Le 10 avril2002, il a été arrêté au Pakistan avant d’être remis àdes officiels américains et transféré pendant 18 moisau… Maroc. Un de ses gardiens marocains seraitentré dans sa cellule accompagné de trois autresgardiens. «L’un d’eux a saisi mon pénis et commencé à yfaire des coupures. Il l’a fait une fois et pendant environ uneminute, ils ont observé ma réaction. C’était atroce, je pleurais…Ils ont recommencé, 20 ou 30 fois. Il y avait du sangpartout.». Alors qu’il demandait à un gardien la raisonde ces tortures, ce dernier aurait répondu : «C’estsimplement pour te rabaisser; quand tu quitteras cet endroit,tu garderas les cicatrices et tu ne pourras jamais oublier. Tun’oseras jamais agir contre la volonté des États-Unis.»«Ils me posaient des questions. Je répondais telle chose; ilsdisaient que je mentais. Je répondais autre chose; ils disaientque je mentais. Je n’ai jamais réussi à savoir ce qu’ils attendaientde moi.»Emmené à la base aérienne de Bagram, il a enfin ététransféré à Guantánamo le 19 septembre 2004. Enjuillet 2005, il a entamé une grève de la faim avecd’autres détenus. «[Nous demandons] seulement lajustice: traitez-nous, comme promis, conformément à laConvention de Genève… pendant notre détention. Inculpeznousd’infractions reconnues par la loi, jugez-nous lors d’unprocès équitable ou libérez-nous.» Il est toujours prisonnierà Guantánamo et, comme la plupart de sescodétenus, il ne dispose d’aucun recours devant unequelconque juridiction. e4 Li<strong>be</strong>rtés ! Février 2006


lib<strong>421</strong>février06 30/01/06 14:37 Page 5DOSSIEROUGANDA :SAIGNEURS DE GUERREDepuis la chute du régimesanguinaire d’Idi Amin Dada en1979, l’Ouganda ne fait plusparler de lui. Pourtant, ce paysreste un acteur majeur de larégion des Grands Lacs et il n’apas peu pesé dans lerenversement du régime deMobutu et la fin du Zaïre en 1994.Ce pays aux apparences destabilité n’en est pas moinsconfronté à de sérieux problèmesinternes. D’une part, la transitionde l’Ouganda de Yoweri Musevenivers le multipartisme n’en finitpas de piétiner et les partispolitiques d’opposition comme lesdéfenseurs des droits humains etles journalistes doivent encorejongler avec les interdits à ne pastransgresser. Mais c’est sansdoute sur le plan humanitaire quece pays continue à payer un trèslourd tribut. Depuis plusieursannées, le nord de l’Ouganda estle théâtre d’affrontementssanglants entre les forcesgouvernementales et uneré<strong>be</strong>llion armée, l’Armée deRésistance du Seigneur, qui ontprovoqué la mort de 100000Ougandais et jeté sur les routes1,7 millions de réfugiés.Retour sur un conflit oublié.À QUAND LA PAIXEN OUGANDA ?Une habitantedu nord del’Ougandaréfugiée à Liradans un anciencentre culturel© AFPDepuis 1986, 100 000 personnes ont péri dans le conflit qui oppose l’armée ougandaise àl’Armée de Résistance du Seigneur, un mouvement constitué principalement d’enfantsenlevés et contraints à se battre. Si la cruauté des re<strong>be</strong>lles terrorise la population civiledu nord de l’Ouganda, de sérieuses questions se posent sur la volonté réelle dugouvernement ougandais d’aboutir à la paix.Les rivalités politiques entre les différentesethnies de l’Ouganda ainsi qu’entre lenord et le sud du pays sont des constantesdepuis son indépendance, obtenue de la Grande-Bretagne en 1962. Des dirigeants issus du nord ounord-ouest (Milton Obote et Idi Amin Dada) sesont tout d’abord succédé à la tête du pouvoiren usant de méthodes dictatoriales, voire extrêmementsanguinaires. Lorsque le mouvement deguérilla dirigé par Yoweri Museveni renverseMilton Obote en 1986, il s’agit de la premièrepersonne non issue des provinces du nord quiaccède à la présidence, Museveni, qui est encoreà l’heure actuelle président de l’Ouganda, étantoriginaire du sud-ouest. Plusieurs mouvementsarmés animés par des leaders du nord se sontopposés à Museveni depuis 1986, mais sans réellementparvenir à le menacer. Le dernier d’entreeux est l’Armée de Résistance du Seigneur (enanglais Lord’s Resistance Army, LRA), menée par unchef mystique, Joseph Kony.Dès le début, les re<strong>be</strong>lles de la LRA se sont distinguéspar de graves exactions à l’encontre de lapopulation civile du nord de l’Ouganda. Vingtans plus tard, rien n’a changé : la LRA n’a pasdépassé le stade de mouvement de guérilla et elleimpose toujours la terreur aux habitants. Seseffectifs se composent à 80 % de personnes enlevéeset forcées de se battre aux côtés de leursbourreaux sous peine d’être massacrées. Unegrande partie des combattants sont des enfants,certains ont à peine 11 ou 12 ans (voir articleLi<strong>be</strong>rtés ! Février 2006 5


lib<strong>421</strong>février06 30/01/06 14:37 Page 6DOSSIERpage 8). Les re<strong>be</strong>lles ont édicté leurs règles: toute personne qui révèle leurprésence à l’armée ougandaise est torturée à mort ou a les lèvrescoupées, parfois percées d’un cadenas pour «punir» la bouche parlaquelle les informations ont été transmises. Le paysan qui refuse de leurdonner sa récolte ou le re<strong>be</strong>lle qui déserte est massacré ainsi que safamille. Durant plusieurs années, Joseph Kony avait également décidéque toute personne circulant à vélo ou à moto dans le nord de l’Ougandaaurait une main ou un pied amputé si elle est découverte par lesre<strong>be</strong>lles, car ces moyens de locomotion permettent de prévenir plus rapidementdes soldats de l’armée nationale en cas de mouvement de la LRA(ces punitions par amputation sont toutefois devenuesmoins fréquentes ces derniers mois).La LRA a longtemps pu bénéficier du soutien du gouvernementdu Soudan, ce dernier accusant de son côtél’Ouganda de soutenir l’APLS (Armée populaire de Libérationdu Soudan), une ré<strong>be</strong>llion sudiste opposée au pouvoircentral de Khartoum (1) . Les soldats de Joseph Kony pouvaient ainsicommettre leurs exactions dans le nord de l’Ouganda et se réfugierensuite dans leurs bases du Sud-Soudan. Un accord a toutefois étéconclu entre l’Ouganda et le Soudan en 1999 afin que les deux pays nesoutiennent plus leurs mouvements re<strong>be</strong>lles réciproques. L’arméeougandaise, l’UPDF (2) , a ainsi reçu l’autorisation de Khartoum de pénétrersur le territoire du sud Soudan (une zone que Khartoum ne contrôlepas) pour y combattre les re<strong>be</strong>lles de la LRA.COUP DE POING DANS L’EAUL’UPDF a déclenché l’opération Iron Fist («Poing de fer») en 2002 : 10 000soldats gouvernementaux ont été déployés dans le sud du Soudan pouréradiquer la LRA. Affaiblis, délogés de leurs bases, les re<strong>be</strong>lles de JosephKony se sont dispersés: une partie est allée se cacher ailleurs au Soudan,accentuant ses pillages contre la population soudanaise et provoquantle déplacement de milliers de familles soudanaises déjà très affectées parle conflit du Sud-Soudan. Une autre s’est repliée sur le nord de l’Ougandaet y a intensifié ses attaques contres les populations civiles et les unitésde l’armée ougandaise. L’opération Iron Fist se soldait par un échec.«Nous n’avons pas les moyens de lutter seuls contre une guérilla répartie sur unsi vaste territoire, reconnaît un porte-parole de l’UPDF basé à Gulu. Et puis,n’oubliez pas que nous avons en face de nous des re<strong>be</strong>lles qui ne sont généralementque des enfants ou des adolescents. Savez-vous ce que ressent un soldat quand ildécouvre qu’il a abattu des enfants de 12 ou 13 ans?».Créer un Étatbasé sur…les DixCommandementsDepuis la conclusion de l’accord entre Kampala et Khartoum, la LRA n’adonc plus de base sûre où elle peut se réfugier. Ses unités circulent dansles brousses de la région (Ouganda, Soudan et jusqu’en Républiquedémocratique du Congo), elles évitent d’emprunter les routes car cellescisont mieux gardées par les forces gouvernementales, mais ellescontinuent à commettre les pires atrocités partout où elles passent. Lesmobiles de Kony ne sont plus très clairs : son rêve demeure le renversementdu président Museveni, mais même ses plus fidèles lieutenants serendent compte qu’ils ne seront jamais de taille à atteindre cet objectif,surtout depuis la fin (sur papier en tout cas) du soutien soudanais.Afin de séduire la majorité chrétienne de la populationougandaise, Kony a souvent affirmé que la LRA avait pourbut la création d’un État basé sur les Dix Commandementsde la Bible, mais il n’a jamais été crédible à ce sujetvu que ses re<strong>be</strong>lles n’ont cessé de violer massivementlesdits Commandements. La motivation profonde de Konyest peut-être finalement la fuite en avant : il sait que lui-même nebénéficiera sans doute jamais de l’amnistie offerte par le gouvernementougandais aux re<strong>be</strong>lles qui déposent les armes. Il sait aussi que laCour pénale internationale (CPI) l’a inculpé, lui et quatre autres dirigeantsde la LRA, de crimes de guerre et contre l’humanité.Beaucoup d’observateurs se demandent s’il existe une véritable volontépolitique du gouvernement ougandais de mettre un terme au conflitdans le nord du pays. Le président Museveni n’a cessé de privilégier lapiste militaire pour résoudre la question, sans jamais parvenir à serendre maître de la situation. Les quelques tentatives de dialogue entrele gouvernement ougandais et la LRA ont toujours échoué, en partie àcause des combats qui se poursuivaient durant les discussions censéesmener à la paix. L’amnistie proposée aux re<strong>be</strong>lles qui se rendent àl’armée gouvernementale n’a séduit qu’une petite minorité de combattantsde la LRA, en raison notamment des répressions impitoyablesopérées par les responsables du mouvement re<strong>be</strong>lle à l’encontre desdéserteurs et de leurs proches.À QUI PROFITE CETTE GUERRE ?Le gouvernement ougandais ne ressent pas de grande pression enfaveur d’un règlement rapide du conflit de la part des habitants du suddu pays, et notamment de la capitale, Kampala, car le conflit est localisédans les régions du nord. «Il est facile d’ignorer cette guerre car elle a lieuloin, dans des endroits qui ne soutiennent pas <strong>be</strong>aucoup Museveni. Cela neMUGABE, MUSEVENI :MÊME COMBAT ?Le président ougandais Yoweri Museveni accueille Ro<strong>be</strong>rt Muga<strong>be</strong>, son homologue duZimbabwe, sur le tarmac de l’aéroport international d’Enteb<strong>be</strong> (Kampala), janvier 2006 © AFPDes élections présidentielles devraient se tenir lemois prochain en Ouganda. Vingt ans après sonarrivée au pouvoir, le président Museveni nerecule devant rien pour s’assurer la victoire. Il s’attelledepuis quelques mois à contrôler l’information, parexemple en engageant des poursuites judiciaires contre lesjournalistes qui critiquent ouvertement ses méthodes ouen menaçant de fermeture les médias qui contiennent despublicités pour l’opposition. Le chef de cette opposition,Kiiza Besigye, a, quant à lui, été emprisonné le14 novembre 2005 sous des accusations de trahison et deviol, puis relâché sous caution début 2006.Les violations des droits humains commises par le gouvernementde Museveni lui ont valu une suspension de l’aidede la part de plusieurs pays européens, dont le Royaume-Uni, l’ancienne puissance colonisatrice de l’Ouganda.Museveni, perçu en Occident au début des années 90comme l’incarnation du nouveau type de président africain,donne maintenant la piètre image du despote à larecherche du pouvoir à vie. e S. G.6 Li<strong>be</strong>rtés ! Février 2006


lib<strong>421</strong>février06 30/01/06 14:37 Page 7DOSSIERjMorris Ojok, 28 ans,a refusé decollaborer avec laLRA. Il a eu leslèvres découpées etquatre doigtssectionnés. Il estsoigné à l’hôpital deLacor, près de Gulu© AFPdérange pas vraiment le sud, où la vie continue comme s’il n’y avait pas de guerredans ce pays», observe Paul Omach, maître de conférences à la facultéde sciences sociales de l’Université Makerere (Kampala). La guerre estpar contre un prétexte tout trouvé pour justifier l’incapacité dugouvernement ougandais à sortir son peuple de la misère. D’autre part,selon de nombreux analystes, certains hauts gradés de l’armée ougandaisen’auraient pas intérêt à voir cette guerre s’arrêter car elle leurpermet de détourner à leur profit une partie des gros budgets allouéspar le gouvernement à la lutte contre la LRA. Des soldats ougandaisstationnés dans le Nord ne reçoivent pas toujours leurs paies enraison de ces détournements, ils s’en prennent dès lors aux populationsciviles pour compenser ces pertes.La grande victime de ce conflit vieux de vingt ans est la population desprovinces du nord, prise entre deux feux : d’un côté, les re<strong>be</strong>lles sontdes ennemis cruels qui les terrorisent sans merci, mais de l’autre, 80%des combattants de la LRA ont été enrôlés de force suite à des enlèvements,ce sont des gens de la région, parfois de la même famille. «Sije suis le parent d’un enfant qui a été enlevé et endoctriné pour être combattantde la LRA, je ne soutiens pas les activités des re<strong>be</strong>lles, mais il peut m’arriver d’enêtre un sympathisant ponctuel: si mon enfant me rend visite, je lui dirai de faireattention à telle ou telle route, de ne pas aller ici ou là car il y a des soldats del’armée ougandaise. La LRA peut recueillir de précieuses informations par cebiais, explique Philip Lutara, coordinateur de l’ONG Concerned ParentsAssociation (3) pour le district de Gulu, au Nord de l’Ouganda. Des espionsde la LRA sont également intégrés à la population, ils soutiennent les re<strong>be</strong>lles enéchange de sommes d’argent ou pour des raisons politiques».L’immense majorité des habitants du Nord de l’Ouganda n’ont cependantqu’un seul espoir : la paix, une paix qui leur permettrait dequitter les camps de personnes déplacées où ils sont entassés et dereconstruire une vie «normale». Rien n’indique que ce sera pourbientôt. e Samuel Grumiau(1) Le 31 décembre 2004, l’APLS (sudiste, chrétienne et animiste) et le gouvernementsoudanais (nordiste, islamique et ara<strong>be</strong>) signaient un accord de paix, fragilisé le1 er août 2005 par la mort du dirigeant sudiste, John Garrang, dans un accident d’avionaux circonstances non encore élucidées.(2) Uganda People’s Defense Force (Force de Défense du Peuple ougandais)(3) Une ONG formée par des parents d’enfants enlevés par la LRA. Son objectif est desoutenir la population du nord et de promouvoir la paix (site :http://cpauganda.8m.net/about.html)LA LOI DU SILENCEAvoir un proche employé par le gouvernement, ne pasrépondre correctement à une question, informer l’arméeougandaise d’une attaque imminente…, ce ne sont pas lesprétextes qui manquent à la LRA pour torturer les habitantsdu nord. L’ablation des lèvres est l’une des mutilations les plusfréquentes.Hellen Lanyom avait 51 ans lorsque cette nuit de 1995, septsoldats de la LRA se sont introduits dans sa hutte, située dansun village à 28 km de Gulu. Elle s’y trouvait avec sa sœur et deuxde ses frères. Les re<strong>be</strong>lles ont exigé qu’ils leur indiquent où se trouvaitun troisième frère, enrôlé dans l’armée ougandaise. «Nous avons réponduque nous ne savions pas s’il était soldat du gouvernement, ni où il se trouvait. Ilsnous ont dit: “Si vous ne parlez pas ce soir, vous allez voir ce qu’il va vous arriver”.Ils ont tué mes deux frères devant nous. C’était horrible, je les ai vus se faire massacrerà la hache. J’ai commencé à trembler de tout mon corps. Les aînés desre<strong>be</strong>lles ont alors demandé à deux jeunes miliciens de prendre un couteau et deme couper les lèvres ainsi que celles de ma soeur. L’un avait environ 18 ans etl’autre 12 ans. Je me suis débattue car je savais ce qu’ils allaient faire, mais ilsm’ont lié les mains avant de me couper les lèvres. Le plus jeune des cadets a euquelques instants d’hésitation avant de me les couper, mais les autres l’encourageaient:“vas-y, vas-y, coupe lui les lèvres!”. Après ce supplice, je me suis évanouie».Consciente que ces deux jeunes re<strong>be</strong>lles ne l’ont pas mutilée de leur pleingré, Hellen ne leur en veut pas personnellement. Elle vit désormais àquelques kilomètres de Gulu, sur un petit terrain où elle peut cultiverquelques légumes, mais n’est guère plus en sécurité qu’avant. «Desre<strong>be</strong>lles m’ont encore attaquée il y a deux ans, explique-t-elle. Ils m’ont obligéeà les suivre en portant ma petite fille dans les bras. Lorsqu’ils ont rejoint leurcommandant et que celui-ci a vu mon état, il leur a dit: “Pourquoi avez-vous amenécette femme ici ? N’a-t-elle pas déjà assez souffert”» Il leur a ordonné de meramener à la maison. J’étais tellement effrayée que j’ai préféré passer la nuit dansla brousse. Je reste très inquiète car ils peuvent nous attaquer à tout moment. Lanuit, mes petits-enfants vont dormir dans le centre de Gulu, ce qui n’empêche pasque les re<strong>be</strong>lles pourraient aussi venir de jour». e S. G.Li<strong>be</strong>rtés ! Février 2006 7


lib<strong>421</strong>février06 30/01/06 14:37 Page 8DOSSIER25 000 ENFANCES VOLÉESLa LRA se compose principalement d’enfants enlevés dans le nord de l’Ouganda. Contraints à se battre contre l’armée ougandaise et àcommettre les pires exactions contre leurs propres communautés, certains parviennent à s’échapper ou sont capturés par les forcesgouvernementales. Leur retour à une vie normale passe par des centres de réhabilitation.Depuis le début du conflit, 25 000 enfants ont été enlevés par laLRA, dont plus de la moitié depuis juin 2002. Parmi eux, 7 500sont des filles. Si les garçons sont cantonnés à être porteurs etcombattants, les filles sont contraintes d’être de petites servantes qui, àl’âge de la pu<strong>be</strong>rté, sont promises aux commandants re<strong>be</strong>lles (etcontraintes de leur servir d’esclaves sexuelles). Selon Amnesty, elles sontun millier à avoir conçu un enfant durant leur captivité. Comme lesgarçons, les filles subissent un entraînement militaire et participent àcertains raids, souvent comme porteuses de butin. Tous ces enfantssoldats apprennent à se servir d’une arme à feu, même si les attaques dela LRA sont souvent menées avec de simples machettes, des haches, descouteaux, etc.Les enfants sont prévenus dès leur enlèvement: ceux qui sont trop faibles,qui ne savent pas marcher rapidement ou qui tentent de s’échappersont tués cruellement. «Ils nous disaient que si nous essayions de nous enfuir, ilsnous massacreraient, explique William, un garçon de 13 ans enlevé en2002 par la LRA et libéré en 2004 suite à une attaque de l’armée ougandaise.Un de mes amis s’était échappé, mais il a été retrouvé et tué sur le champ àcoups de machette, j’en ai été témoin. Il avait environ 8 ans».La LRA contraint également ses jeunes combattants à commettre des atrocitésauprès de leurs camarades ou lors des attaques contre les civils. «Ilsappellent ça l’initiation. Les commandants de la LRA disent de ne pas gaspiller lesballes, ils doivent utiliser machettes, bâtons,… C’est déjà très traumatisant de voirun être humain mis à mort, mais c’est encore pire ici: ça dure très longtemps de tuerquelqu’un à coups de bâtons», souligne Rose Nyakato, coordinatrice de la TransculturalPsychocial Organization, une ONG du district de Lira soutenue parl’UNICEF. L’un des aspects les plus traumatisants de ces atrocités est queles enfants sont souvent contraints de les commettre à l’encontre deproches. Le but est de les déshumaniser, d’ancrer en eux la certitude qu’aprèsavoir commis de telles horreurs, ils ne pourront plus jamais rentrerchez eux, même s’ils désertent. «De nombreux enfants enlevés sont ensuite utiliséscomme guides pour aller dans leurs villages, et là ils sont contraints de tuer unparent, un ami, un voisin… Certains n’ont que 11 ou 12 ans lorsqu’ils sont contraintsà perpétrer ces atrocités».ENDOCTRINEMENTLes enfants enlevés par la LRA subissent un lavage de cerveau lorsqu’ilsarrivent dans les camps re<strong>be</strong>lles. Joseph Kony se présente comme unmédiateur spirituel et impose toute une série de rites de sorcellerie à sescombattants. «Ici, <strong>be</strong>aucoup de gens croient aux esprits, la LRA utilise ces croyancesen affirmant qu’un Esprit guide son chef, Joseph Kony, explique Daniel Okello,directeur du centre de réhabilitation pour ex-enfants soldats Rachele, àLira (voir plus bas). Les commandants re<strong>be</strong>lles expliquent aux enfants que l’Espritsait s’ils ont l’intention de s’échapper. Les re<strong>be</strong>lles peuvent attraper un des leurs sansraison apparente et le tuer face aux autres en affirmant que l’Esprit savait que celuilàprojetait de s’échapper! Le but de ces mensonges est bien sûr d’effrayer lesL’ENFER EN TRAVERS DE LA GORGEJacqueline Ajok a 17 ans. Enlevée à l’âge de 8 ans, son histoire est typique des atrocités vécues par les 25 000 enfants enrôlés de force dans laLRA depuis 1986. Battue, offerte comme épouse à un commandant, elle ne doit sa li<strong>be</strong>rté qu’à un combat perdu par les re<strong>be</strong>lles contre l’arméeougandaise, qui l’a ramenée parmi les siens. Un fragment d’obus est logé dans son larynx depuis ce combat, c’est donc en chuchotant qu’ellenous raconte son parcours.«J’étais âgée de 8 ans lorsque j’ai été enlevée le15 juin 1996. Ce jour-là, j’avais accompagné mesparents qui étaient partis travailler la terre,mais ils m’ont demandé de rentrer chez nous pour préparerle repas de midi. Lorsque je suis arrivée, <strong>be</strong>aucoup de re<strong>be</strong>llesoccupaient notre village. Ils m’ont immédiatement enlevée aveccinq autres personnes, dont deux de mes cousins (l’un d’eux esttombé plus tard, dans un combat). Ils m’ont directementdonné une lourde charge et j’ai dû les suivre sur la route duSoudan. En raison de cette longue marche sans chaussures, mespieds et mes jam<strong>be</strong>s étaient blessés, et les re<strong>be</strong>lles me frappaientparce que je n’avançais pas assez rapidement. Ça nous a priscinq jours pour atteindre un grand camp de la LRA, auSoudan. Là, il y avait <strong>be</strong>aucoup de personnes enlevées et trèspeu de nourriture. Dès que mes blessures se sont un peuguéries, j’ai été désignée pour accompagner des re<strong>be</strong>lles quipillaient la population soudanaise pour trouver de la nourriture.Mon rôle était de rester à l’arrière et de porter lanourriture volée. Nous menions des raids tous les jours, auSoudan ou dans le district de Kitgum, dans le nord de l’Ouganda.À 14 ans, j’ai été offerte à un commandant re<strong>be</strong>lle. Il avait déjà40 ans et cinq épouses, dont deux avaient eu des enfants. Jedevais accepter d’être son épouse car je craignais d’être tuéeen cas de refus. Il me battait presque tous les jours. Il m’acontrainte à des relations sexuelles et je suis tombée enceinteen 2003, à l’âge de 15 ans. Je devais malgré tout continuer àaccompagner les re<strong>be</strong>lles dans leurs attaques, sinon j’étaisbattue. C’est ainsi que j’ai accouché seule, dans la brousse, alorsque mon unité avançait depuis plusieurs jours à marcheforcée pour échapper aux forces gouvernementales ougandaisesqui nous traquaient. Les autres re<strong>be</strong>lles ne m’ontquasiment pas laissé de temps pour me remettre et nousavons repris notre marche. Il a fallu deux jours avant detrouver un endroit où nous reposer quelques heures et donnerle premier bain au bébé. C’était en mai 2004.Trois mois après mon accouchement, mon unité a été attaquéepar l’armée ougandaise alors que nous nous trouvions dansune clairière du nord de l’Ouganda. Les soldats gouvernementauxétaient appuyés par l’aviation qui ne cessait denous bombarder. Une autre fille enlevée par la LRA se cachaittout près de moi, mais, prise de panique, elle s’est dressée eta été fauchée par une bom<strong>be</strong>. Elle n’avait que 10 ans. L’explosionl’a tuée sur le coup. Je m’étais recroquevillée dans les her<strong>be</strong>sen protégeant mon bébé, mais l’un des fragments de cettebom<strong>be</strong> a pénétré dans ma gorge. J’ai commencé à saigner abondamment,à avaler mon sang et à le vomir. À la fin ducombat, quasiment tous les re<strong>be</strong>lles de mon unité étaienttués. Les militaires ougandais m’ont découverte dans l’her<strong>be</strong>et m’ont amenée à l’hôpital de Kitgum où l’on a soigné ma blessuremais sans pouvoir extraire le fragment de bom<strong>be</strong> logédans mon larynx. J’ai ensuite été confiée avec mon bébé aucentre de réhabilitation de l’ONG World Vision, à Gulu.Mon rêve serait de trouver un hôpital qui puisse m’ôter ce fragmentd’obus et de pouvoir commencer une petite activitépour gagner de l’argent. Comme la LRA m’a enlevée à l’âge de8 ans, je ne suis jamais allée à l’école, mais je voudrais vendrede petites choses pour survivre tout en restant avec monenfant chez mes parents». e Propos recueillis par SamuelGrumiauJacqueline Ajok et son bébé dans un centred’accueil © S.Grumiau8 Li<strong>be</strong>rtés ! Février 2006


lib<strong>421</strong>février06 30/01/06 14:37 Page 9DOSSIERenfants soldats, de les isoler de ce qui se passe à l’extérieur. Parfois, les commandantsde la LRA disent aussi que dès que vous avez mangé de leur nourriture, c’est trop tard,ils retrouveront et tueront les déserteurs car ceux-ci ont déjà avalé de la nourriturefournie par les esprits». Kony organise aussi des cérémonies traditionnelles«d’initiation» pendant lesquelles le corps des enfants récemment enlevésest enduit d’huile bizarre. Il promet à ses soldats une protection contreles balles des ennemis en les aspergeant d’une «eau magique».Malgré cet endoctrinement, des centaines de combattants de la LRA quittentchaque année les rangs re<strong>be</strong>lles pour retrouver la vie civile. Certainsdésertent car ils sont attirés par l’amnistie offerte par le gouvernementougandais aux re<strong>be</strong>lles qui se rendent. D’autres sont capturés lors descombats entre LRA et l’armée ougandaise. Quelques-uns sont relâchés pardes unités de la LRA lorsqu’ils n’avancent pas assez vite, avec <strong>be</strong>aucoupde chance, car le traitement généralement réservé par les re<strong>be</strong>lles aux plusfaibles est d’être massacrés face aux autres. Pour tous, le retour à la viecivile est difficile : en plus des traumatismes, ils vivent dans la craintequ’eux-mêmes ou leurs proches soient retrouvés par la LRA et systématiquementmassacrés. Ils craignent aussi d’être rejetés par leurscommunautés en raison des nombreuses atrocités commises par lesre<strong>be</strong>lles dont ils ont fait partie.DES FONDS BELGES POUR AIDER LES EX-ENFANTS SOLDATSLes ex-enfants soldats de la LRA passent généralement plusieurs semainesdans des centres de réhabilitation gérés par des organisations non gouvernementalesavant de rentrer dans leurs communautés. Ils y reçoivent dessoins médicaux complémentaires à ceux des hôpitaux et un suivi psychologiquequi les prépare à leur retour. Une journaliste <strong>be</strong>lge, Els DeTemmerman, est à la base de la création d’un tel centre dans la ville deLira, le centre Rachele, grâce au soutien financier du gouvernement<strong>be</strong>lge. Des centaines d’enfants enlevés par la LRA y retrouvent les sensationsde la vie normale. «Lorsque les nouveaux arrivent dans le centre, ilsreconnaissent parfois des enfants qui étaient leurs compagnons d’infortune dans laLRA, explique le directeur de Rachele, Daniel Okello. C’est comme une résurrectioncar souvent, les commandants d’un enfant soldat qui disparaît disent auxautres qu’il a été tué. J’ai ainsi connu une fille de 11 ans bouleversée de retrouver unancien ami car les re<strong>be</strong>lles lui avaient montré un cadavre très mutilé en lui disantque c’était celui de son ami».Les ex-enfants soldats reçoivent quelques petits cadeaux en arrivant àRachele (couvertures, vêtements, brosse à dents,…), ensuite ils participentà une petite cérémonie de bienvenue au cours de laquelle les habitsBrûler sesvêtementsen guisede bienvenuequ’ils portaient sous la LRA sont brûlés. «Nous créons ainsiune séparation entre la vie en captivité et la nouvelle vie dansle centre, qui est le début d’une réintégration dans la communauté,souligne Daniel Okello. Ces vêtements sontgénéralement sales, déchirés, malodorants, et dans quasi tousles cas, ils ont été volés dans les communautés. Il serait malheureuxqu’un habitant reconnaisse ses vêtements et soupçonne l’enfant de les lui avoirvolés. Avant de brûler ces habits, nous expliquons bien sûr à l’enfant pourquoi nousle faisons, sans quoi l’enfant pourrait nous en vouloir car dans la brousse, il lui étaitextrêmement difficile d’obtenir des habits: il fallait faire un raid dans un village pouren voler, risquer sa vie. Aucun enfant ne refuse de brûler les habits qu’il portait sousla LRA».Les enfants passent ensuite plusieurs semaines dans le centre. Ils participentà des activités de jeux, de dessins, de danse, à des petits débats surce qu’ils ont vécu, etc. Chaque enfant est confié à un conseiller chargé dele suivre plus particulièrement et de mesurer son évolution. Comme laplupart ne sont que très peu ou pas du tout allés à l’école, des cours d’alphabétisationsont donnés, tout comme quelques cours de base pourleur donner une chance de suivre une formation professionnelle ou unenouvelle scolarité. «Parfois, nous les invitons à rencontrer des enfants aveugles ousourds du district de Lira. Cela les aide à comprendre que différentes personnes passentpar différentes difficultés, qu’il y a moyen de s’en sortir malgré ce qu’ils ont vécu àcondition de vouloir aller de l’avant».Parallèlement au suivi des enfants, les centres préparent le terrain dansles communautés afin que les ex-enfants soldats soient bien accueillis àleur retour. Chaque clan a sa manière de composer avec ce retour, depardonner les atrocités que l’enfant a pu devoir commettre contre savolonté, parfois dans sa propre famille. Le plus difficile est de réintégrerdans leurs communautés les filles qui ont eu un enfant suite aux viols subisdurant leur captivité : le père de l’enfant est généralement un commandantde la LRA et il peut surgir à tout moment, profitant d’une amnistieou lors d’une attaque des re<strong>be</strong>lles. La sécurité de toute une communautépeut se trouver menacée par la réintégration de la fille accompagnée deson enfant, ce qui peut mener à son rejet. e Samuel GrumiaulUne «migrante de la nuit» attend d’être admise dans un centre d’hé<strong>be</strong>rgementdu nord de l’Ouganda. Gulu, octobre 2004 © AFPLES MIGRANTS DE LA NUITChaque nuit, environ 30 000 enfants du nord de l’Ougandafuient leur foyer à la recherche d’un endroit relativement sûrpour dormir, en ville ou dans des camps de personnesdéplacées.Appelés «les migrants de la nuit», ces enfants ne retournentchez eux qu’au petit matin, puis refont le même trajet le soirsuivant. Certains parcourent plusieurs kilomètres, le plussouvent sans la protection des adultes. Beaucoup finissent par échouerdans des églises, l’enceinte des hôpitaux ou les entrées de magasins. D’autresparviennent à atteindre des centres gérés par des ONG où ilsrecoivent un endroit pour dormir, de l’eau potable et des soins de base.En chemin, tous ces enfants sont exposés à la violence physique, à l’exploitationsexuelle et au viol. Ces risques, ils sont contraints de lesprendre s’ils veulent échapper aux attaques et aux enlèvementsnocturnes perpétrés par la LRA. «Je quitte ma maison chaque soir vers 18h pourvenir dormir dans une école de de Gulu qui sert de dortoir la nuit, expliquePatrick Arop, 13 ans. J’habite à deux kilomètres mais les re<strong>be</strong>lles de la LRA passentparfois dans cette région et mes parents craignent que je sois enlevé ou tué. Le matin,je repars chez moi vers 7h, je prends le petit déjeuner dans ma famille, puis je vaisà l’école jusque 17h. Il ne me reste alors plus qu’une heure pour prendre le repasdu soir, aider ma mère et ensuite retrouver mon refuge de nuit. C’est très dur, surtoutpendant la saison des pluies. Comme <strong>be</strong>aucoup d’enfants, je n’ai qu’un plastiquepour me couvrir.»Les centres d’accueil étant régulièrement débordés par l’afflux d’enfants,ils refusent que les adultes puissent eux aussi s’y réfugier la nuit.Pendant l’année scolaire, les contacts quotidiens entre parents et enfantsse limitent donc à une heure ou deux, et ce dès le plus jeune âge.«Lorsque nous avons ouvert ce refuge, certains parents essayaient même de sedécharger de leur responsabilité en disant à leurs enfants d’aller directement del’école à ici et vice-versa, explique un responsable du centre d’accueil gérépar MSF-Suisse dans la cour de l’hôpital Lacor de Gulu. Nous ne donnonspas de nourriture afin de ne pas créer un facteur d’attraction supplémentaire. Autravers de petits jeux ou de danses, nous essayons cependant de leur apprendre lesgestes élémentaires de l’hygiène et de la santé».Voir Uganda: Child «night commuters» (index AI: AFR 59/013/2005, disponibleen anglais seulement) e S. G.Li<strong>be</strong>rtés ! Février 2006 9


lib<strong>421</strong>février06 30/01/06 14:37 Page 10DOSSIERDistribution dedenrées alimentairesdans un camp dedéplacés à Lira.© S. GrumiauLE NORD DÉPLACÉLa quasi-totalité de la population rurale du nord de l’Ouganda doit se résoudre à habiter dans des camps de personnes déplacées pour seprotéger des attaques re<strong>be</strong>lles. Les conditions de vie dans ces camps surpeuplés font voler en éclats les valeurs traditionnelles.La terreur imposée par la LRA dans le nord de l’Ouganda acontraint environ 1,7 millions de personnes (90 % de la populationde ces provinces) à se réfugier dans des camps de personnesdéplacées. Plus de 200 camps existent à l’heure actuelle. Ces camps sontcensés être protégés par l’armée ougandaise mais leur taille empêchetoute surveillance efficace, même si les attaques sont moins fréquentesque dans les régions reculées et isolées.L’existence de ces camps révèle celle d’un gigantesque drame humanitairedans le nord de l’Ouganda. Les habitants y sont entassés dans deminuscules huttes manquant de tout ; les efforts du gouvernementet des ONG pour y ouvrir un minimum d’écoles et dedispensaires ne suffisent pas ; de longues queues se formentchaque jour devant les quelques pompes à eau pour remplir unou deux jerricanes par famille. Avant l’exode, la grande majorité desdéplacés assuraient leur subsistance grâce à la culture de leurs terres,mais celles-ci sont désormais laissées à l’abandon car elle sont situéestrop loin des camps, dans des zones non sécurisées. Ils doivent maintenantcompter sur les distributions de sacs de nourriturerégulièrement effectuées par le PAM (Programme alimentaire mondialdes Nations unies), avec le soutien financier de gouvernements étrangersparmi lesquels on compte celui de la Belgique. Les convois duPAM doivent être escortés par l’armée ougandaise pour ne pas être attaquéspar les re<strong>be</strong>lles de la LRA tout aussi affamés que la population qu’ilsterrorisent.PAS DE CULTURE DE MAÏS POUR ÉVITER LES CACHETTESEn moyenne, 60% des <strong>be</strong>soins nutritifs de la population des camps sontrencontrés par les distributions alimentaires du PAM. Les déplacéssont supposés se procurer le reste ailleurs. Or, l’armée ougandaise«Va vendreton corps»limite les possibilités de cultiver les terres situées autour des camps parcequ’elle ne peut y assurer la sécurité et que certaines cultures, commele maïs, peuvent fournir d’excellentes cachettes aux re<strong>be</strong>lles. La malnutritionsévit donc ci et là dans les camps, d’autant que la qualité de l’eauet des soins médicaux est loin d’être optimale. Agences humanitaireset gouvernement ougandais font de leur mieux pour parer au plusurgent, mais assurer pour de longues années une alimentation équilibréeà 1,7 millions de personnes déplacées dans une zone en guerre estun défi extrêmement difficile à relever.Loin de leurs villages, sans travail, mélangées entre clans ettribus de divers horizons, les déplacés voient leurs codes traditionnelsse déstructurer. Les liens familiaux sont mis à rudeépreuve. « Comme les gens s’ennuient dans ces camps où règne ledésoeuvrement, <strong>be</strong>aucoup se mettent à consommer de plus en plus d’alcool,explique Rose Nyakato, coordinatrice de la Transcultural Psychocial Organization,une ONG du district de Lira soutenue par l’UNICEF. De nombreuxmaris passent leurs journées à boire, se montrent violents quand ils rentrent chezeux et se voient reprocher par leurs épouses de dépenser en alcool le peu d’argentdont ils disposent. Cela peut aussi mener à des relations extraconjugales car leshommes, après avoir bu, ont parfois des relations avec d’autres femmes, prostituéesou non. Les structures familiales se détériorent: l’épouse n’est pas heureuse, elleest agressive car son mari la trompe et ne ramène pas de nourriture à la maison…Cela crée un malaise chez les hommes car, si la culture de la région veut qu’il soitle chef de famille, son autorité est altérée par son comportement, lui-même lié àsa condition de personne déplacée. La prostitution des adolescentes se répand égalementdans les camps, tout comme les maternités précoces, en raison del’irresponsabilité de certains parents qui demandent à leurs filles d’aller chercherde la nourriture pour la famille, ce qui, dans ce contexte, se traduit souvent par“va vendre ton corps”. Je suis très inquiète pour cette génération.» e S. G.10 Li<strong>be</strong>rtés ! Février 2006


lib<strong>421</strong>février06 30/01/06 14:37 Page 11MOUVEMENTLa comédienne Jacqueline Bir, Musée d’Art ancien, Salle Ru<strong>be</strong>ns, 10 décembre 2005 © Bruno BrioniDROITS ÉCONOMIQUES, SOCIAUXET CULTURELSRÉUNION D’INFORMATIONAu cours des prochaines années, et de manière àpréparer une campagne de grande envergure, AmnestyInternational va s’engager dans l’action mondiale enfaveur des droits économiques, sociaux et culturels(DESC).Nous vous invitons à une réunion d’information sur cethème. Le matin, Paul Löwenthal, ancien professeurd’économie à l’UCL, interviendra sur la dimensionéconomique des DESC, suivi par Olivier De Schutter,professeur à la Faculté de Droit de l’UCL, qui aborderaleur dimension juridique. L’après-midi sera consacré àdes ateliers de travail et à un module «Amnesty et lesDESC : pourquoi et comment ?» eLe 25 février de 10 h à 16 h 30 à Amnesty, 9 rue Berckmans, 1060Bruxelles. Contact : Karine Pflüger (desc@aibf.<strong>be</strong>)UNE NOUVELLE COORDINATIONJEUNESLa Coordination Jeunes 18/25 d’AIBF recherche de jeunesfrancophones pour concevoir et animer des actions dedéfense des droits humains. Sa mission est de créer unréseau de jeunes Belges francophones sur les campus desuniversités, des hautes écoles et ailleurs, pour agir avecAmnesty. Il s’agit de rechercher et de former desétudiants-relais, de leur proposer des idées et des projetset d’organiser des rencontres avec de jeunes militants<strong>be</strong>lges ou étrangers (notamment des pays du Sud). eContact : Luc Goffinet (081 21 36 94 ou 081 72 50 38 ;luc.goffinet@fundp.ac.<strong>be</strong>)MARCHE DES FEMMESÀ l’occasion de la Journée internationale de la Femme,le 8 mars, un collectif regroupant les associations fémininesde Tournai organise la «Marche des Femmes». Ils’agit d’attirer l’attention sur la question des violencesconjugales et de revendiquer un accueil efficace24 heures sur 24 pour les femmes battues. Le cortègepartira rue de Becquerelle, à Tournai devant le commissariatde police, dès 9 h 30, et passera en revue les lieuxd’accueil et d’aide à Tournai, la fin du parcours étantprévue à 11 h 30. eRenseignements : AI Tournai : Anne-Marie Pastoret (069 22 96 48)OFFRES D’EMPLOIVous êtes concernés par les droits humains et voussouhaitez acquérir une expérience professionnelle enrichissante,devenez ambassadeurs d’Amnesty Internationalen rejoignant nos équipes de recrutement :YÉKÉ :Un travail de terrain où vous irez à la rencontre de lapopulation : festivités, manifestations publiques,marchés, rues, gares, etc. Contrat à durée déterminéed’un mois, temps plein de 36h/semaine, travail éventuelle week-end (surtout le samedi), horaire en journéeKYSÈ :Un travail de Porte-à-Porte où vous irez à la rencontre decitoyens déjà sensibilisés par téléphone, à qui vous proposerezde soutenir concrètement notre organisation.Contrat à durée déterminée d’un mois, trois-quarts tempsde 27h/semaine. travail le samedi, horaire en soiréeProfil: Grande capacité de communication, volonté d’accroîtrele nombre d’adhérents, esprit d’équipe, soucide ponctualité eEnvoyez-nous votre CV ainsi qu’une lettre de motivation à l’attentionde : Dounia Meliani, responsable Programme Recrutement, rueBerckmans, 9, 1060 Bruxelles, 02/543 79 84, 0497/41 90 73.Par e-mail : dmeliani@aibf.<strong>be</strong>VIOLENCES CONTRE LES FEMMES :LES VOIR EN PEINTUREA l’occasion la Journée internationale des Droits de l’Homme, le 10 décembre 2005,Amnesty inaugurait aux Musées d’Art ancien et d’Art moderne un «ParcoursAmnesty» (1) . Une façon originale de déceler la violence contre les femmes au travers detableaux. À découvrir jusqu’à la fin du mois de juin.Haut-plafond, lumière tamisée, la salleRu<strong>be</strong>ns répond à l’appel d’Amnesty. Lapuissance et les amplitudes des œuvresde Ru<strong>be</strong>ns ne font qu’attiser une sensation d’oppression.Car le sujet est grave : la violence faiteaux femmes ! C’est dans cette salle que la comédienneJacqueline Bir, accompagnée à la Harpepar Cécile Marichal, s’apprête à lire le poèmeViolence de Vincent Pachès. Le poème est marquépar des intermèdes du contre-ténor DominiqueCorbiau qui interprète Le Viol de Lucrèce.Les trois artistes s’exposent face à une œuvre dePeter Paul Ru<strong>be</strong>ns, Le Martyre de Saint-Liévin, uneimmense toile de 4,5 m sur 3,5 où la violencesemble parvenir à son paroxysme : la toile représentele martyre d’un saint dont la languearrachée est sur le point d’être dévorée par unchien ! Tout un symbole.De nombreuses personnalités du monde artistiqueont répondu à l’appel d’Amnesty. Parmiceux-ci, l’écrivain Pierre Mertens, qui me glisse àl’oreille : «quelle <strong>be</strong>lle initiative que celle d’AmnestyInternational, n’est-ce pas?» Intimidé, j’acquiesce.Quelques jours plus tard, il écrira un très <strong>be</strong>autexte (2) intitulé «C’est (surtout) la femme qu’on assassine.»L’écrivain entre dès le départ dans le vif dusujet : «La femme est l’avenir de l’homme, a préditAragon, dans un bon jour. Il devait voir juste puisquela voilà, plus que jamais, d’actualité…» À la fin ilnous rappelle, à juste titre, de ne pas oublierIngrid Betancourt (3) …L’ART VECTEURDans son allocution, le directeur général desMusées Royaux des Beaux-Arts de Belgique,Michel Draguet, souligne que «l’œuvre d’art estdevenue, au-delà de sa qualité artistique, un témoignagede ce qu’ont vécu des femmes ou des enfants parle passé… Des primitifs flamands à l’art du XX e siècle, onretrouve à la fois de la violence mais aussi la prise deconscience de cette violence». L’art, metteur en scènedes droits humains et témoin attentif. Les interlocuteursse succèdent devant la majestueusetoile de Ru<strong>be</strong>ns. Chaque mot claque comme uncoup et à chaque fois nos yeux se noient dans leregard du martyr au bord de l’agonie. MichèleCédric, l’ancienne journaliste de la RTBF etmarraine de la campagne Halte à la violence contreles femmes, nous jette à la volée quelques chiffres:«En Espagne, il y a chaque semaine deux femmes quimeurent suite à des violences… Au Niger, une femme surtrois est violée… Selon le rapport du Fonds des Nationsunies pour la Population, 600 millions de femmes sontanalphabètes contre 320 millions d’hommes… Où que l’onsoit, l’origine de cette violence contre les femmes, c’esttoujours le refus d’égalité entre les femmes et leshommes». Et d’ajouter, dans un esprit d’égalité,de veiller à rester prudent pour «que cette dominationmasculine ne devienne pas une dominationféminine. La vigilance est de rigueur…»Il est temps pour Jacqueline Bir d’entrer en scène.Le visage grave et sévère, la comédienne s’installederrière son pupitre face à un public dresséLi<strong>be</strong>rtés ! Février 2006 11


lib<strong>421</strong>février06 30/01/06 14:37 Page 12MOUVEMENTau silence. D’une voix haute et grave, ellerécite le poème Violence, ponctué par lavoix aigue du contre-ténor. La douceur dela harpe éveille un souvenir de cinéma :Artémisia (4) , un film qui retrace la vie d’unedes premières femmes peintres reconnuespar l’Histoire. Histoire d’injustice et derévolte. Celle de peindre comme leshommes à une époque où il est interdit àune femme d’entrer à l’Académie. Queloutrage qu’une femme puisse imaginerpeindre un modèle masculin nu ! L’histoirede cette femme libre en fera l’égériede mouvements féministes américainsdans les années 70. Une reconnaissancetrop tardive.TOUTE ŒUVRE EST LE REFLETD’UNE ÉPOQUERépartis sur plusieurs salles, les tableaux,douze dans la partie ancienne et cinq dansla partie moderne, ont été choisis en fonctionde leur symbolique. Symbole de laviolence à travers quatre catégories :l’image de la femme, la violence dans lafamille, la violence en milieu social et laviolence dans la vie publique. Près du cocktailoffert à cette occasion, Christine,membre d’Amnesty depuis plusieursannées, s’apprête à entamer le parcours, labrochure explicative à la main. «C’est unebonne idée de devoir déambuler dans le muséepour trouver ces tableaux et recevoir une explicationde la violence qui se reflète dans cesœuvres», remarque-t-elle. Premier arrêtdevant Adam et Eve de Lucas Cranach, peintaprès 1537. Alors qu’Adam est représentécomme quelqu’un de pudique et d’indéciscachant sa nudité, Eve est quant à ellereprésentée dans une position provocatricene cachant pas sa nudité. PourChristine, les choses n’ont pas changé, «lafemme est toujours perçue comme provocatricedès qu’elle sort du sens commun, alors quel’homme jouit de plus de li<strong>be</strong>rté !» Dans lapartie moderne du musée, l’attention deChristine est attirée par Les enfants sansâme, une œuvre de 1964 réalisée par lepeintre Wilfredo Lam. «Ce tableau m’intriguepar la violence des formes décharnées de sespersonnages. Le peintre a vécu la guerre civileespagnole… Et comme l’indique la brochure,enfants victimes des guerres, des conflits fratricides…Qui est innocent ? L’enfant peut êtretorturé devant sa mère pour lui extorquer desaveux. J’en ai froid dans le dos», s’indigne-telle…Une autre manière d’apprécier la peinture,un regard plus approfondi sur sasignification implicitee. «Prendre consciencede cette violence est un pas considérable versune reconnaissance des droits des femmes», nousconfie-t-elle. Avant de nous quitter. eBruno Brioni(1) Le Parcours s’inscrit dans le cadre de lacampagne mondiale d’Amnesty «Halte à la violencecontre les femmes». Une brochure (voir ci-contre) estdistribuée aux personnes qui font le parcours.(2) Le Soir, 16 décembre 2005.(3) Cette parlementaire colombienne a été enlevéepar les Forces armées révolutionnaires de Colombieen 2002 (FARC).(4) Film réalisé en 1997 par Agnès Merlet sur la vied’Artemisia Gentileschi (1593-1652). Avec MichelSerrault, Valentina Cervi et Miki Manojlovic.LES FORMATIONS 2006TOUT UN PROGRAMME !Cette année encore, nous vous offrons lapossibilité de participer à des formationsqui vous permettront de découvrir letravail d’Amnesty ou d’approfondir votreconnaissance du mouvement.Si vous venez de nous rejoindre en tant quemembre, nous vous proposons notammentle module intitulé «Les basesd’Amnesty». Celui-ci vous donnera un bonaperçu général du travail de notre organisation.Il est offert plusieurs fois en soiréeet le samedi en matinée dans les régions età Bruxelles. Vous pourrez donc suivre cetteformation près de chez vous !Les autres modules proposés abordent des sujets comme la mission et lefonctionnement de l’organisation, les violences conjugales, le commercedes armes légères, la peine de mort, la sensibilisation des jeunes auxdroits humains, etc.Pour consulter le programme complet et vous inscrire, rendez-vous surnotre site web http://www.<strong>amnesty</strong>international.<strong>be</strong>/doc/rubrique7.htmlou envoyez-nous un e-mail à : formations@aibf.<strong>be</strong>VOICI LES FORMATIONS PRÉVUES AU COURSDU 1 ER TRIMESTRE 2006 :11/2 de 9 h 30 à 12 h 30 La mission d’Amnesty BXL11/2 de 13 h 30 à 16 h 30 Le fonctionnement d’Amnesty BXL16/2 de 19 h à 22 h Les bases d’Amnesty LLN18/2 de 10 h à 16 h 30 Le commerce des armes BXL9/3 de 19 h à 22 h Les bases d’Amnesty BXL11/3 de 10 h à 16 h 30 Le commerce des armes Liège16/3 de 18 h à 20 h 30 Les bases d’Amnesty Liège25/3 de 9 h 30 à 16 h 30 Sensibiliser les jeunes BXLBientôt… Vous saurez tout sur le mouvement !SECRÉTARIAT NATIONAL AIBFRue Berckmans, 9, 1060 Bruxelles –02 538 81 77 – Fax : 02 537 37 29 –www.<strong>amnesty</strong>.<strong>be</strong>SECRÉTARIAT INTERNATIONALEaston Street, 1, London WC1X ODW – UnitedKingdom – 00 44 207 413 5500AMNESTY INTERNATIONAL VLAANDERENKerkstraat, 156, 2060 Antwerpen 6 – 03 271 1616RESPONSABLES RÉGIONAUX D'AMNESTYBRUXELLES René Cambier – rue Darwin, 12,1190 Bruxelles – 02 343 27 27 –rcambier@aibf.<strong>be</strong>BRABANT WALLON Jean-Philippe Chenu –chemin de la Terre Franche, 13, 1470 Genappe– 010 61 37 73 – jpchenu@aibf.<strong>be</strong>NAMUR Romilly Van Gulck – Rue Vivier Anon,8, 5140 Sombreffe – 071 88 92 51 – rvangulck@aibf.<strong>be</strong>HAINAUT OCCIDENTAL Myriam Dellacherie –rue Basse Couture, 20, 7500 Tournai – 069 2276 18 – mdellacherie@aibf.<strong>be</strong>HAINAUT ORIENTAL Nicole Grolet – av. Elisa<strong>be</strong>th,6, 6001 Marcinelle – 071 43 78 40 –ngrolet@aibf.<strong>be</strong>LIÈGE Christiane Pivont – rue Sous l’Eau, 23,4020 Liège – 04 343 89 76 –christiane.pivont@tiscali.<strong>be</strong>Christine Bika – Responsable de la gestion dela permanence – C/O Bureau régional d’AI –rue Souverain Pont, 11, 4000 Liège – du lundiau samedi de 13h à 17h30 – 04.223.05.15LUXEMBOURG Guy Pierrard – rue Saint-Roch,28, 6840 Neufchateau – 061 27 70 75 – gpierrard@aibf.<strong>be</strong>12 Li<strong>be</strong>rtés ! Février 2006


lib<strong>421</strong>février06 30/01/06 14:37 Page 13ACTIONBONNESNOUVELLESDans tous les pays du monde, des genssont libérés grâce au travail des membresd’Amnesty. Des témoignages émouvantsnous parviennent des prisonniers libérés oude leur famille. Ils montrent qu’une actionde masse peut avoir des résultats pour unmeilleur respect des droits humains.YÉMEN:EXÉCUTIONS IMMINENTESKIRGHIZISTANVERS L’ABOLITION DE LA PEINECAPITALE ?Le 30 décembre 2005, le président du Kirghizistan,Askar Akaïev, a signé un décret prolongeant lemoratoire sur la peine de mort en vigueur depuis1998. Il s’est également prononcé en faveur d’unelégislation visant à abolir définitivement la peinede mort dans son pays. Selon le rapport 2005 d’Amnesty,au moins 130 prisonniers se trouvaient dansles quartiers des condamnés à mort à la fin 2004,et ce, dans des conditions particulièrementextrêmes: surpopulation, maladies, suicides, interdictiondes visites et des séances quotidiennesd’exercices. eÉMIRATS ARABES UNISLIBÉRATION D’UN OFFICIERHumeid Salem al Ghawas al Zaabi a été libéré le3 janvier 2006. Officier supérieur de l’armée de l’airdes Émirats Ara<strong>be</strong>s Unis, il avait été interpellé pardes agents des Renseignements militaires le17 mars 2004. Détenu au secret, sans inculpationni jugement ni possibilité de consulter un avocat,il ne semble pas avoir subi de tortures physiques.Il avait été admis dans une unité psychiatriquepour suivre un traitement probablement lié à sonmaintien prolongé en isolement. Il semble toutefoisen bonne santé. eISRAËL — TERRITOIRES OCCUPÉSUNE EXPULSION DÉJOUÉEWalid Hanatche, un Palestinien en détention administrativeen Israël depuis plus de 3 mois et demi,a été libéré le 21 décembre. Étudiant en 3 e cycle àl’université de Bir Zeit en Cisjordanie, marié etpère d’un enfant en bas âge, il avait été arrêté enmai 2002 à Jérusalem, parce que, semble-t-il, il setrouvait dans la ville sans autorisation.Walid Hanatche a subi des pressions de la partdes autorités israéliennes visant à le faire accepterd’être expulsé vers un pays inconnu, sous peine derester en détention administrative pour une duréeindéterminée. Mais il a toujours refusé. Au quatorzièmeordre d’expulsion, que Walid Hanatché a,encore une fois, refusé, son avocat a alors introduitun recours devant la Cour suprême. Avant quecelle-ci ne rende son avis, l’armée a fait savoir quela libération aurait lieu après l’expiration dudernier ordre de détention administrative. Le casde Walid Hanatché était exemplaire et Amnestycraignait que les autorités israéliennes tentent decréer un précédent qui leur permettrait d’expulserd’autres Palestiniens. eRECEVOIR LES LETTRES DU MOISVous pouvez recevoir les lettres du mois par e-mail en envoyant directement un e-mail vide àlettresdumois-on@aibf.<strong>be</strong>Hafez Ibrahim © AIIsmail Lutef Huraish, Ali MussaraaMuhammad Huraish et Hafez Ibrahimrisquent l’exécution imminente. IsmailLutef Huraish et son cousin Ali MussaraaMuhammad Huraish ont été condamnés àmort en 2000 pour un meurtre commis en1998. Ismail Lutef Haraish est sourd, maisles autorités n’ont pas prévu d’interprétationdu langage des signes pour lui. C’estpourquoi à aucun moment du processusjudiciaire, il n’a été en mesure de donner sapropre version de son implication supposéedans le meurtre. Sa culpabilité a apparemmentété décidée sur la seule base dedéclarations faites par Ali Mussara’aMuhammad Huraish au cours d’un interrogatoirepolicier et durant le procès qui auraitimpliqué les deux hommes dans le meurtre.Le fait que les autorités aient négligé defournir à Ismail Lutef Huraish les moyens decommuniquer est une violation du codepénal yéménite et de la Convention internationalesur les droits civils et politiques àlaquelle le Yémen est partie.Âgé de 17 ans, Hafez Ibrahim a été condamnéà mort pour un meurtre qu’il aurait commisquand il avait 16 ans. Le code pénal yéméniteexclut expressément l’exécution dequiconque âgé de moins de 18 ans. Leministre des Droits humains du Yémen a dità Amnesty que l’âge d’Ibrahim était contesté.Cependant les avocats qui le représententmaintiennent qu’il n’a pas 18 ans. Le PrésidentAli Abdullah Saleh peut accorder sagrâce, mais s’il choisit de ratifier lessentences, les hommes risquent l’exécutionà tout moment. eMODÈLE DE LETTREIsmail Lutef Huraish © AIMonsieur le Président,Ismail Lutef Huraish, Ali Mussaraa MuhammadHuraish et Hafez Ibrahim risquent l’exécutionimminente. Les deux premiers pour un meurtre commisen 1998, le troisième, âgé de 17 ans, pour un meurtrequand il n’avait que 16 ans. Ismail Lutef Huraish estsourd et n’a pu se faire entendre au tribunal lors duprocès et sa culpabilité n’a été établie que sur base desdéclarations de son cousin Ali Mussara’a MuhammadHuraish. Quant à Hafez Ibrahim, le code pénal yéméniteexclut formellement l’exécution de quiconque est âgé demoins de 18 ans. En tant que membre/sympathisant(e)d’Amnesty International, je vous demande expressémentde commuer les condamnations à mort des trois hommes.Dans l’espoir que vous entendrez mon appel, je vous priede croire, Monsieur le Président, à l’assurance de mahaute considérationSignature: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Nom: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Adresse: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .LETTRE À ADRESSER À :Général ‘li Abdullah Saleh, Président de laRépublique du Yémen, Sana’a, YémenFax : +967 127 4147COPIE À ENVOYER À :Ambassade de la République du Yémen, Avenue F.D.Roosevelt, 114, 1050 BruxellesFax : 02 646 29 11Li<strong>be</strong>rtés ! Février 2006 13


lib<strong>421</strong>février06 30/01/06 14:37 Page 14ACTIONSALVADORMEURTRE IMPUNISDE FEMMESLe corps sans vie d’une jeunefille de 17 ans, Marian Isa<strong>be</strong>laRivas Martinez, a été retrouvéle 4 décembre 2002 à San Bartolo,San Salvador. Elle avait été violée,tuée et démembrée. Cinq jours plustard, la tête décapitée d’une autrejeune femme a été retrouvée dansun sac à dos dans le Li<strong>be</strong>rtad Park deSan Salvador. Plus tard, le mêmejour, sa jam<strong>be</strong> a été retrouvée dansun sac en plastique dans une stationde bus. Son identité complète n’apas encore pu être établie, et son casest mentionné comme étant celuide Rosa N.En janvier 2003, un groupe faisantpartie d’un gang a été arrêté, soupçonnéd’implication dans le meurtrede Rosa N. Les charges portées contreles membres du gang n’étaient quetrès peu ou pas du tout prouvées.L’affaire s’est éteinte en août 2004lorsque les accusés ont été acquittéssur base du fait qu’ils étaient enprison au moment du meurtre.Aucune autre enquête ne sembleavoir été faite sur le meurtre de RosaN et de Marian Isa<strong>be</strong>la RivasMartinez ; On pense que toutes lespièces originales pouvant servir depreuves ont été perdues ou détruiteset que l’affaire a été classée.Entre 2002 et la mi-2004, au moins20 femmes ont été assassinées etleurs corps mutilés au Salvador.Certaines parmi les victimesportaient des signes de viol avant lamort. Selon des rapports, seul unpetit nombre de cas a été investiguéconvenablement et les responsablesdéférés en justice. Les enquêtes surles cas restants semblent être closes.eMODÈLE DE LETTREMonsieur le Président,Le corps sans vie de Marian Isa<strong>be</strong>la Rivas Martinez, âgée de 17 ans, a été retrouvé le4 décembre 2002 à San Bartolo, San Salvador. Elle avait été violée, tuée et démembrée. Cinqjours plus tard, la tête décapitée et une des jam<strong>be</strong>s d’une autre jeune femme ont été retrouvées.Son identité complète n’a pu être établie, et son cas est connu comme étant celui de RosaN. Entre 2002 et 2004, au moins 20 cas similaires ont été constatés. À ce jour personne n’a étépuni pour ces meurtres sauvages. En tant que membre/sympathisant(e) d’AmnestyInternational, je me permets d’insister pour que des enquêtes appropriées soient menées sur lesassassinats de Marian Isa<strong>be</strong>la Rivas Martinez et de Rosa N. ainsi que sur tous les autres cassimilaires, et pour que les responsables de ces crimes soient traduits en justice. Espérant que mademande sera exaucée, je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de ma hauteconsidération.Signature: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Nom: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Adresse: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .LETTRE À ADRESSER À :Monsieur le Président Elias Antonio Saca, Président de la République du Salvador,Maison présidentielle, Alameda D r Manuel Enrique 5500, San Salvador, El SalvadorFax : +503 2243-9947 – (E-mail :) Belisario_artiga@hotmail.comCOPIE À ENVOYER À :Ambassade El Salvador, Avenue de Tervuren 171, 1150 BruxellesFax : 02 735 02 11COMMENT AGIR EFFICACEMENT ?Les cas exposés concernent des victimes de violations des droits humains dont s’occupe Amnesty International.Chaque appel compte. Un texte (à écrire ou à photocopier) vous est proposé pour chaque cas. Dansl’intérêt des victimes, écrivez en termes mesurés et courtois aux adresses indiquées. Ces lignes sont lues partoutdans le monde par les quelque 1800000 membres d'Amnesty International. Elles sont reproduites dans denombreux pays par des dizaines de journaux et constituent la clé de voûte de l'action du mouvement.TARIFS POSTAUXLettres (jusqu’à 50 grammes) Europe : 0,70 € (Prior) ou 0,60€(Non Prior). Reste du monde : 0,80 € (Prior) ou 0,65 € (NonPrior) La surtaxe aérienne est incluse (étiquette requise).Cartes postales Aérogrammes : affranchissement unique de89 cents pour tous pays, surtaxe aérienne comprise.FÉDÉRATION DE RUSSIE«DISPARU»D’UNE PRISONZalina Medova était enceintede son deuxième enfantlorsque son mari AdamMedov, 24 ans, a «disparu» enjuin 2004. Il a quitté son domicile dela République russe d’Ingouchie, le15 juin 2004. Il a téléphoné dans lasoirée pour dire que sa voiture étaiten panne, mais sans laisser le tempsà sa famille de lui poser des questions.Deux jours plus tard, safamille a reçu un coup de téléphoned’un policier qu’elle connaissaitdisant qu’il se trouvait au poste depolice du district de Sunzhenskoid’Ingouchie. Lorsque la famille estarrivée au poste de police, on lui adit qu’Adam avait été trouvé ce jourlàpar la police routière dans lecoffre arrière d’une voiture conduitepar des membres du Service fédéralde la Sécurité (FSB). Les agents duFSB qui étaient apparemment sur lepoint de le conduire en Tchétchénie,ont été arrêtés par la police. AdamMedov a dit à la police qu’il avaitété arrêté le 15 juin et qu’il avait étéforcé de téléphoner à sa famille pourqu’elle ne se fasse pas de soucis pourlui. Il a dit également qu’il avait étébattu par les agents du FSB. Un officierde police a autorisé sa famille àapporter de la nourriture et aconsenti à organiser une rencontreentre lui et ses frères. La famille aattendu dehors. Mais avant que larencontre ne puisse avoir lieu, lesagents du FSB, relâchés depuis peu,ont sorti Adam Medov du poste depolice. C’est la dernière fois que lafamille a reçu des informations àpropos de son lieu de détention. eMODÈLE DE LETTREMonsieur le Procureur Général,Adam Medov, âgé de 24 ans et mari de Zalina Medova, a «disparu» en juin 2004,enlevé dans le coffre arrière d’un véhicule conduit par des agents du Service fédéral de laSécurité (FSB) qui voulaient l’emmener en Tchétchénie. Ceux-ci ont ensuite été arrêtés par lapolice, puis relâchés sur ordre du FSB. La rencontre promise à la famille au poste de police dudistrict de Sunzhenskoi en Ingouchie n’a pu avoir lieu car Adam Medov a été emmené par laFSB pour être conduit en Tchétchénie. Depuis lors, la famille n’a reçu aucune information surson lieu de détention. Lorsque Zalina Medova a porté le cas devant la Cour européenne desdroits de l’homme, elle a reçu de nombreuses menaces de la part du FSB et elle a dû fuir le paysparce qu’elle ne voulait pas renoncer à rechercher son mari. En tant quemembre/sympathisant(e) d’Amnesty International, je vous prie d’ouvrir une enquête surl’arrestation et la «disparition» d’Adam Medov, y compris sur les actes des agents du FSB quiavaient tenté de l’emmener en Tchétchénie dans le coffre arrière de leur voiture.Espérant que vous ferez droit à ma requête, je vous prie d’agréer, Monsieur le ProcureurGénéral, l’expression de ma considération distinguée.Signature: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Nom: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Adresse: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .LETTRE À ADRESSER À :Monsieur le Procureur Général de la Fédération de Russie, Vladimir Ustinov, Ul.B. Dimitrovka, 15a, 103793 Moscou K-31, Fédération de RussieFax : +7 495 292 8848COPIE À ENVOYER À :Ambassade de la Fédération de Russie, Avenue de Fré, 66, 1180 BruxellesFax : 02 374 26 13 – E-mail : amrus<strong>be</strong>l@skynet.<strong>be</strong>14 Li<strong>be</strong>rtés ! Février 2006


lib<strong>421</strong>février06 30/01/06 14:37 Page 15CULTUREAGENDAAMNESTY À LA FOIRE DU LIVREDE BRUXELLESUn stand d’Amnesty (magazin 4) présentera toutes sespublications ainsi qu’un large choix de livres (romans,essais, témoignages, B.D., livres pour la jeunesse) surle thème des droits humains.Nous renouvelons l’opération Courage qui a eu grandsuccès l’an dernier. le public sera invité à acheter deslivres qui seront envoyés ensuite à des prisonniersd’opinion. Une action en faveur de la li<strong>be</strong>rté d’expressionen Turquie sera également proposée.Une innovation : l’organisation d’ateliers d’écritureouverts à tous (jeudi 16/1 à 16 h et 20 h – samedi 18/2à 14 h.) les inscriptions seront prises au stand le jourmême. eDu mercredi 15 au dimanche 19 février, à Tour et Taxis, rue Picard3,1000 Bruxelles. De 10 à 19 h sauf les jeudi et vendredi jusqu’à 22 h.Renseignements : 02/344.99.16THÉÂTREJOURNAL INTIME D’UN «SEX SANS BOL»Pour la seconde fois, Zidanirevient avec un spectacle absolumentdélirant ! Elle incarnele rôle de la terrible BéatriceMüller, technicienne desurface travaillant dans unsupermarché. C’est une fille«sans histoires»… alors, elles’en invente! Mais très vite, leslimites entre la réalité et lefantasme s’estompent. Et c’estle piège. Béatrice arrêtera dementir mais seulement quand la vie lui aura donné cequ’elle veut. L’amour ne donne-t-il pas tous les droits?Exceptionnellement, les Riches Claires et Zidanioffrent une représentation au profit d’Amnesty le13 février 2006. Le tarif unique sera de 15 €. Lesréservations se feront aux Riches Claires. eDu 1er au 17 février 2006 à 20 h 30, sauf le dimanche 12 février à15 h 00. Centre culturel des Riches Claires 24, rue des Riches Clairesà 1000 Bruxelles. Relâche le dimanche 5 février et les lundis. Réservations02 548 25 80 ou par e-mail richesclaires@swing.<strong>be</strong>LA RÉSISTANTELa littérature peut-elle changer le monde? Une auteures’approprie l’histoire de la dernière survivante d’unvillage africain attaqué par des enfants soldats. Maisles personnages se re<strong>be</strong>llent et prennent à partie cetteoccidentale qui tente de raconter leur guerre. Unedistribution <strong>be</strong>lgo-africaine, un musicien et troispersonnages-acteurs qui se racontent, chantent etdansent au coeur de la guerre. Une pièce de PietroPizzuti, mise en scène Guy Theunissen, avec ZigotoTchaya, Yaya Mbilé, Catherine Salée. eDu 7 au 25 février à 20 h 30. Au théâtre Le Public, rue Braemt 64-70à 1210 Saint-Josse-ten-Noode. Infos : 0800-944.44.Réservations : 0800-944.44ELLE LUI DIRAIT DANS L’ÎLELui, un prisonnier politique sous une dictature commeil en existe encore dans ce monde. Elle, c’est sa femme.Entre eux, un amour passionné depuis l’enfance.Contre eux, un régime dur et totalitaire. Mais aujourd’hui,après 2 ans de démarches incessantes ethumiliantes, elle peut enfin lui rendre visite… Maisqu’est devenu l’homme qu’elle admirait tant ? Quelui ont-ils fait ? eDu 13 février au 18 février à 20 h 30 au Théâtre du Grand Midi, 7aRue Goffart, 1050 Bruxelles. Tél : 02 513 21 78.DERRIÈRE LEMIROIR DU FLEUVEFleuve serpent, fleuve matrice, le Congo traverseet façonne le pays qui porte son nom. Intimementlié au mystère des origines et au quotidiende ses populations, le fleuve nourrit, transporte, protègeet détruit. Après trois films consacrés à l’anciennecolonie <strong>be</strong>lge, Thierry Michel y retourne pour, cettefois, remonter le fleuve mythique, de son embouchure jusqu’à sa source. Au cours d’un périple de 4371kilomètres, Congo River offre une radioscopie saisissante d’un pays ruiné par la ga<strong>be</strong>gie d’un dictateuret par la folie des guerres. La première partie du voyage s’écoule au rythme nonchalant des quatre bargeset de leur bateau pousseur. Sur ces plates-formes flottantes s’entassent quelques centaines de passagers,humains et animaux, microcosme de la population congolaise. Traversant les zones disputées par lesre<strong>be</strong>lles et les guerriers Mai-Mai, les eaux bouillonnent entre chutes et rapides avant de s’apaiser dansla quiétude de sa source. Sur ce majestueux écrin aquatique et végétal, c’est la vie, la mort, les joies etles drames du pays qui s’écoulent. Au fil de l’eau, on assiste à une naissance, au pillage de la forêt, àun naufrage, à un enlisement, à des cérémonies religieuses, à l’abjection des viols de guerre et à l’extraordinaireconviction de quelques hommes qui croient à l’avenir de leur pays. Le film est rythmé denombreuses séquences d’archives qui donnent à voir le passé avec les yeux du présent et inversement.Contemplatif et amoureux de son sujet, sans jamais être didactique, Thierry Michel signe un film puissantqui est aussi un voyage personnel à travers un pays au tournant de son histoire. Indomptable etpaisible, le cours de fleuve Congo se poursuivra au-delà des ténèbres. e Gilles BechetCongo River Sortie nationale le 22 février 2006LE DIABLE N’HABITE PAS LEBOUT DE CHAIRChaque année deux millions de petites filles africaines sont «purifiées» c’est-àdireexcisées… Khady a été l’une d’entre elles. Mutilée raconte les souffrancesde cette Sénégalaise mais aussi sa rage de vivre, sa prise de conscience et soncombat pour que les traditions cessent de priver la femme de ses droits fondamentaux.On ne fait pas que «lire» l’histoire de Khady, on vit chaque instant de sa vie avecelle, la nausée nous prend quand elle décrit le jour où elle a été «salindée» à 7 ans (ce qui signifie «purifiée»en Solinké, langue de son ethnie) : «Deux femmes m’immobilisent pendant que l’exciseuse coupe avec unelame de rasoir, elle tire avec ses doigts, le plus possible, ce minuscule morceau de chair et coupe comme si elle tranchaitun morceau de zébu. Mariée ensuite à 13 ans à un cousin germain, elle est arrachée à sa famille, sesamis pour partir vivre en France où elle subira plus qu’elle ne vivra avec son mari. Elle aura trois filleset un fils de cette union et perdra l’un de ses enfants dans un accident. Mais c’est dans ses souffrancesqu’elle trouve le courage de se révolter: elle quitte son mari et mène une véritable campagne pour leverle voile sur ces pratiques traditionnelles qui privent à jamais tant d’Africaines de leur vie de femme.Mutilée raconte le parcours de cette femme courageuse qui dénonce la bêtise plus que la méchanceté- qui alimente ces traditions. Ce roman est une manière aussi de comprendre car Khady replace cescoutumes dans leur contexte africain, on discerne mieux pourquoi ces traditions perdurent. Il y a pourtantun réel combat à mener et ce genre de roman peut toucher tout le monde, même les moins sensibles,au sort des femmes en Afrique. e Valérie DenisMutilée (Khady - Oh ! Éditions – 231p)AU BORD DU MONDEIl avait 34 ans, le jeune magistrat Juan Guzman, lors du coup d’État de septembre 1973 qui renversale gouvernement socialiste de Salvador Allende. Il en a 66 aujourd’hui et se souvient avecquelque amertume que, dans sa famille, on a fêté alors cet événement au champagne… Cen’est que plus tard, bien plus tard, qu’il va découvrir le visage atroce du nouveau régime militaire. Dansson livre Au bord du monde, le juge Guzman, celui qui «osa» inculper Pinochet, raconte cette lente prisede conscience et aussi son combat pour obtenir l’inculpation du vieux dictateur que l’on disait intouchable.Sillonnant le Chili où l’on mettait à jour des charniers pour retrouver les corps des «disparus»,il a interrogé plus de 2 000 personnes et recueilli des confidences à glacer le sang. Pendant des mois,il ne dort plus tant cette plongée dans ce qu’il appelle «les abîmes de la conscience humaine» le bouleverse.Dès qu’il reçut la première plainte contre Pinochet en 1998, tout changea dans sa vie. Injures,menaces contre lui-même et sa famille et même manifestations devant sa maison, car malgré leretour du pays à la démocratie, le vieux caudillo bénéficie encore de complicités dans la société et mêmeau sein de la justice. Pendant sept ans, le juge Guzman va pousser Pinochet dans ses derniers retranchements.Juan Guzman s’est acquis la reconnaissance des familles des victimes, c’est ce qui le touchele plus. Récemment nommé par le journal El Pais, parmi les onze magistrats incorruptibles du monde,il est aujourd’hui professeur à l’université de Santiago. e Suzanne WellesAu bord du monde (Juan Guzman – Ed. les Arènes - 324 pages - 19,80 €)Li<strong>be</strong>rtés ! Février 2006 15


outique 417 30/01/06 14:30 Page 1unmonde demusique...CD Acoustic BrazilRappelle l'atmosphère décontractée d'un café de Rio ou encore celled'une scéance de samba nocturne... Artistes : Caetano Veloso,Chico Buarque, Gal Costa, ... 17€CD Celtic crossroadsRecueil de musique celtique compilé par Putumayo world music, unepartie des bénéfices de ce cd dans tous les canaux de venteest reversé à Amnesty International. 17€L 02 06Réf. V571CD CeasefireNouveauté musicale2005. Unenfant soldatdevenu auteurcompositeurentre rap etmusique dumonde.15€Bon de commandeÀ renvoyer à Amnesty International : rue Berckmans, 9 – 1060 Bruxelles oupar fax au 02 537 37 29 ou par téléphone 02 538 81 77Mme/Mlle/M. Nom : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Prénom : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Adresse : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .N° : . . . . Bte : . . CP : Ville : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Tél. : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . E-mail : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .désire recevoir :Référence Prix Quantité MontantV571 Le CD ceasefire 15,00 € ……… ………V556 Le CD unwired latin America 15,00 € ……… ………Le CD Celtic crossroads 17,00 € ……… ………Le CD Acoustic Brazil 17,00 € ……… ………F 346 Le CD Pas la peine 10,00 € ……… ………Montant total des articles………Participation aux frais de port 2,5 €Total de la commande………Date : Signature :Vous recevrez une facture et un bulletin de virement pré-imprimé avec votrecolis. Attendez de recevoir ces formulaires pour payer. Merci !Réf.V556UnwiredLatin AmericaCD de musiques latino-américaines.Le<strong>be</strong>st-seller de nos CDmusiques du monde,laissez-vousemportez par lestangos, salsas etautres calypsoenvoûtants….15€Réf. F346 CD «Pas la peine»Contre la peine de mort, desgrands noms de la scène musicale<strong>be</strong>lge interprètent les textesgagnants du concours d’expressionproposé aux jeunes parAmnesty en 2004. Jeronimo,Starflam, Venus, Bai Kamara jr,Da Familia, Perry Rose, Jean-LouisDaulne, Sandrine Collard, JeffBodart, Girls in Hawaii, Yel, Marka.10€LA BOUTIQUE ÉTHIQUE...9 rue Berckmans 1060 Bruxelles11 rue Souverain Pont, 4000 LiègeSur internet : www.<strong>amnesty</strong>.<strong>be</strong>/shopping

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