Trois expériences diversifiées - Église Catholique d'Algérie

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Trois expériences diversifiées - Église Catholique d'Algérie

Passage de Fréderic et marie Laure en AlgérieTrois expériences diversifiéesA l’école de la différence25 novembre 2011 ⋅Nous avons donc rencontré José en Tunisie. Le provincial des Pères blancs pour l’Algérie et la Tunisie nemanque pas d’initiatives. En septembre dernier, il a créé, avec la confrérie soufie al-Alawyia, en Algérie;la première édition de “l’Ecole de la différence”, qui a accueilli à Mostaganem une vingtaine de jeunes,chrétiens et musulmans. Il nous livre son sentiment sur cette première session. Sentiments partagés parTewfik, de la tariqa al-alawyia qui nous a confié être déjà préoccupé par l’organisation de la deuxièmeédition.“L’idée m’est venue en participant à une marche de carême au désert : les thèmes etl’ambiance étaient formidables ! Le cadre aussi : que l’Algérie est belle ! Une seule chose mechagrinait : j’aurais voulu partager une semaine aussi intense avec mes amis musulmans…Mais comment ? Quelle formule trouver ? Comment ne pas aller contre la loi du culte nonmusulman? Quel serait le thème ? J’avais de quoi laisser tomber… Quand je parlais de mon“rêve”, les gens m’encourageaient: “Ce serait super !” disaient-ils. Alors je me suis mis à faireun cocktail: des jeux, quelques vidéo-débats, des invités, un peu de silence, des travauxpratiques, une fête finale…


Un jour que je croyais avoir la version définitive, j’ai pris contact avec la tariqa soufie alalawiya.Ils ont tout de suite accepté et mis leur vaste centre de rencontres de Mostaganem ànotre disposition. Je commence à en parler, d’abord, à mes amis. Petit à petit des personnesque je ne connaissais pas demandent à s’inscrire. Les jours avancent, les placent seremplissent. Ma tension artérielle monte…Finalement nous étions 21 personnes, garçons et filles, musulmans et chrétiens, d’Europe,d’Afrique et d’Amérique Latine, à vivre cette expérience unique au Maghreb. L’arabe et lefrançais étaient les deux langues “co-officielles” de cette Ecole.Ecole de la différence : premier cru !Un jour, j’ai proposé que l’on se range par ordre alphabétique. Les jeunes ont obtempérérapidement. Mais je les ai arrêtés ! En ordre alphabétique, oui. Mais dans quelle langue ?Pourquoi ont-ils conclu que c’était en français ? Pourquoi pas en arabe ? Par la pointure deschaussures, par la couleur de la peau, par la taille, quels critères utilise-t-on pour organiser lasociété ? Avec des critères différents, les mêmes personnes, n’occuperont pas la même placedans la société. Toute la session s’est donc faite en français et en arabe. Je ne voulais pas quetout soit francophone. Il ne fallait pas qu’être arabophone corresponde forcément à êtreobscurantiste.Mettre en valeur tout ce qui dans notre histoire personnelle et collective a été enrichi grâceaux apports des autres cultures, modes de penser, langues, croyances… et qui désormais fontpartie de moi. Se découvrir ainsi relié à l’autre et avec un patrimoine commun avec descousins ignorés.La différence selon PocahontasNotre manière de parler véhicule notre pensée sur les autres et brise les barrières ou vient lesperpétuer. Comment parlent les filles des garçons ? Et les noirs des blancs ? Et les arabes deseuropéens ? Et les littéraires des scientifiques ? Parler de l’autre, c’est donner desinformations (vraies ou fausses) à ceux qui n’ont pas encore rencontré quelqu’un de différent.Un débat autour du film Pocahontas nous a aidé a en prendre davantage conscience. A unmoment, les Indiens appellent les Anglais “sauvages” et les Anglais appellent les Indiens“sauvages”. Comment parlons-nous les uns des autres ?Nous avons également eu la chance de faire une visite guidée au grand jardin de la maison età la pépinière de la tariqa. La confrérie est très impliquée dans l’écologie et a une campagne


de reboisement, notamment autour de l’arganier. Nous avons compris pourquoi la diversité ausein de la nature est de plus en plus considérée comme une richesse menacée. La disparitionde la biodiversité aura des conséquences désastreuses sur la vie humaine à moyen terme. Maisla diversité culturelle aussi est une richesse.La différence religieuse est de plus en plus présentée comme source des conflits au XXIesiècle. Or, l’attachement à la foi ne produit pas nécessairement le fanatisme : il conduit aussi àla compassion, à la réconciliation, à la collaboration entre croyants, au désir de pardon, à larecherche d’un avenir commun. Nous avons étudié le cas de l’émir Abd el-Kader qui, aprèsavoir combattu les français en Algérie, sauva 12000 chrétiens en Syrie. Nous avons été voirdu côté des prises de position du cardinal Duval, évêque d’Alger durant la guerred’Indépendance, mais intraitable avec les injustices et la torture.A la rencontre de l’autre mais enraciné dans sa foiNous avons pris le temps de nous dire ce que chacun aime le plus dans sa religion… et danscelle de l’autre. Ces jeunes sont témoins de leur foi partout ! Un garçon chrétien disait :“J’aime beaucoup l’appel à la prière. Cela embête les gens parce que ça les réveille. Maismoi, j’aime ça. ça me rappelle que je dois prier. C’est bon pour mon hygiène de vie !” On necherchait pas à savoir qui avait raison, qui avait tort. Un autre a répondu : “Les chrétiens sontcapables de rester en silence lorsqu’ils prient. Pas de geste, pas de mot, rien.”Lorsqu’un musulman demande “Comment tu pries ?”, il veut savoir quelle est ta liturgie. Y a-t-il des ablutions ? Quels gestes, quelle position ? Lorsqu’un chrétien demande “Comment tupries ?”, il demande le contenu de la prière.Les jeunes étaient très intéressés : “Explique-moi, mon père, pourquoi vous dites que Jésusest le fils de Dieu ?” Ils s’expliquaient les uns aux autres. Ce n’était peut-être pas trèsorthodoxe mais c’était du vécu. Les musulmans nous disaient : “C’est la première fois quenous prions garçons et filles ensemble.”Chacun a pu réfléchir sur sa propre identité, aux liens qui l’unissent à sa patrie, sacommunauté religieuse, à ses amis, à sa famille… Impossible d’apporter quelque chose auxautres si soi-même n’est pas au clair avec son identité. Si bien que chaque communauté abesoin de pionniers. Rien de solide ne peut se construire en dehors de nos communautésd’origine…A la fin de la semaine, nous avons pris le temps de faire une longue évaluation. Les jeunes onttémoigné des transformations vécues. Une amitié est née entre eux. Je ne m’y attendais pas,ou en tout cas, pas à ce point-là ! A la fin de la semaine, une fille musulmane disait :“Pourquoi on nous dit que les chrétiens sont des mécréants, des impies ? Ce n’est pas vrai !”Quelques semaines après la rencontre, les jeunes ont témoigné de leur expérience à l’occasionde la journée d’Assise à Oran. Je vais réorganiser une semaine de la différence mais c’estpurement égoïste : j’ai tellement reçu !” Une deuxième session est déjà en cours depréparation pour l’été prochain mais les places sont limitées !


Tibhirine : un autre Emmaüs25 novembre 2011Il est 5h30. Une petite voiture rouge nous attend devant Les Glycines, centre d’études diocésain oùnous logeons à Alger. Jean-Marie, est habitué à faire le trajet pour le monastère deux à trois fois parsemaine. Nos paupières sont encore lourdes mais notre compagnon du jour a l’énergie qu’il fautpour nous réveiller et les routes d’Algérie nous obligent à garder les yeux ouverts … Ce jour n’est pasbanal, nous partons pour Tibhirine et nous faisons le trajet sans escorte, ce qui arrive rarementdepuis 2005 pour notre hôte du jour !Le jour se lève mais pas le voile de brouillard qui reste tenace. Tibhirine nous accueille dansle brouillard qui a entouré il y a 15 ans l’enlèvement des frères. Il est 7h30 et Jean-Marie nousfait le tour du propriétaire. Il est le “jardinier de Tibhirine” mais c’est en réalité plus de huithectares qu’il gère, avec Samy et Youssef. Bien plus qu’un simple jardinier, le Vosgiend’origine est un véritable gestionnaire d’exploitation : troupeau d’une dizaine de brebis (leschiens sauvages en ont tué une quinzaine cette année), 2500 arbres fruitiers, fabrication de 21sortes de confitures, vente des produits de l’exploitation sur les marchés locaux, mais aussiaccueil des groupes de passage ! A part la rituelle pause-café de 9h30 avec ses deuxcompagnons, Jean-Marie n’a pas le temps de chômer lorsqu’il vient et le temps qu’il nousconsacre en est d’autant plus précieux.Mais le mauvais temps de ce jeudi ne permet pas le travail initialement prévu. Nos compèresse rabattent sur le creusement d’une tranchée pour apporter le gaz de ville au petitappartement attenant au monastère. En effet, doit s’y installer un couple de retraités françaispour l’accueil des visiteurs de passage. Après plusieurs mois d’attente, Anne et Hubert ontreçu leur visa et devrait arriver en décembre. Enfin !Sept pierres blanches...Laissant Jean-Marie, Youssef et Samy à leurs travaux, nous arpentons ce lieu chargé demémoire. Autant qu’un pélerinage, cette journée est aussi un moment au vert bienvenu. Nousnous promenons dans les jardins, descendons au cimetière où sept pierres tombales plusblanches que les autres viennent rappeler le drame qui s’est joué dans ces murs. Le réfectoire,


les chambres de Christian et de Luc, la chapelle, chaque pièce est empreinte de la mémoiredes moines.Mais plus que leur mort, ce passage à Tibhirine met en relief leur vie. Evidemment, c’estl’enlèvement et la disparition tragique des moines qui a fait connaître leur existence. Ilsétaient peu nombreux ceux qui avaient entendu parler des trappistes de Tibhirine avant mars1996. Mais cette mort ne saurait être un symbole sans les années qui l’ont précédée.Le travail quotidien de Tibhirine : aujourd'hui creuser une tranchée...Ce choix de vivre avec leurs voisins musulmans, d’autres, religieux ou non, l’ont égalementfait. Ce témoignage, Jean-Marie le vit aussi en prenant, dans la rigole nouvellement creusée,le relais de Youssef qui pioche le sol rendu meuble par la pluie. Ce témoignage, Jan, Donang,Hamid, Rym et Sihem le vivent en se mettant aux côtés des migrants à Alger. Ce témoignage,les coopérants envoyés ici par la Délégation catholique à la coopération cherchent aussi à levivre à leur humble mesure. Il faut lire le livre de Jean-Marie, Le jardinier de Tibhirine (avecChristophe Henning), pour rester conscients que Tibhirine n’est pas mort un 21 mai 1996.“Le chemin de l’Eglise d’Algérie est un chemin d’Emmaüs. (…) Nous sommes un peu seuls,sur le chemin, comme les deux disciples sur la route d’Emmaüs, un peu désorientés… Notresituation d’ultra-minoritaires en pays musulman est un peu du même ordre : il y a deux milleans, je ne suis pas sûr que tout Israël se soit rendu compte qu’il y avait un Jésus qui était mortcrucifié. Mais il a suffi que deux hommes à l’espérance perdue avancent sur le chemin pourque tout change… La communauté chrétienne n’a de sens dans un monde musulman que sielle est au service d’une communauté qui est autre, différente, musulmane. Tibhirine n’est-ilpas l’autre nom d’Emmaüs, ici en Algérie ? Priants parmi les priants, les moines neconcevaient plus leur présence autrement que par ce cheminement commun, au milieu despeurs et des pleurs. Grâce à frère Luc, ils n’ont pas tenu une auberge mais un dispensaire.Leur domaine, même “réduit” à une quinzaine d’hectares, était aussi le terrain privilégié d’unerencontre autour de l’agriculture et du travail de cette terre commune.” (in Le Jardinier deTibhirine, Bayard Editions).


Entre prothèses dentaires et livres d’hémato…23 novembre 2011Nous devenons spécialistes des bibliothèques ! Sur conseil de nos amies tunisiennes, Anne-Elisabeth et Anne-Thérèse, nous contactons Cécile et Thibault, volontaires DCC eux aussi,installés à Alger depuis quelques mois. Nous faisons connaissance autour d’un repas chezeux. Une pluie battante tombe sur la capitale et notre rendez-vous de l’après-midi à l’autrebout de la ville tombe littéralement à l’eau. Cécile nous propose alors de l’accompagner à sontravail, au “CCU de médecine”. Trois centres culturels universitaires (CCU) mettent àdisposition des étudiants des universités d’Alger plusieurs milliers d’ouvrages et de revues.Chacun a sa spécialité : médecine, biologie, pharmacie ; philosophie et psychologie ;ingénieurs et techniques. Cécile, sage-femme en France devient ici bibliothécaire spécialiséeen médecine. C’est une petite famille que nous trouvons là ! Yasmine, Tareq, Asma, Geane,Myriam, Nadia entourent Cécile qui est venue avec Basile, son petit garçon de cinq mois.L’enfant passe des bras de l’un à l’autre aisément… La pluie battante a découragé la plupartdes habitués et Nadia en profite pour aller chercher quelques gâteaux et du thé que nouspartageons. Difficile de distinguer qui est étudiant de qui travaille ici. Au total, ce sont 3 000étudiants qui sont inscrits au Centre culturel universitaire de médecine !Pour plus de détails, adresse du site de Fréderic et Marie Laure : www.faithbook.orgAdresse personnelle : alf@fathbook.orgEtudiants, employés et visiteurs du CCU mêlés...Sans le savoir, Cécile nous a emmenés dans l’un de ses lieux que nous cherchons : un projetqui réunit des croyants de confessions différentes engagés pour une même cause. Nadia etAsma sont avec Cécile et Geane au service des étudiants en médecine d’Alger. Pas questionici de voile ou de croix mais de prothèse dentaire et d’hématologie ! Le CCU fonctionnecomme un laboratoire de motivation permanente pour des jeunes rapidement découragés faceà une sélection que nous qualifierons pudiquement d’étrangement aléatoire. Nous y puissionsquelques bonnes ondes et continuons nos rencontres algéroises !

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