Imazighen Berbères - Institut du Monde Arabe

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Imazighen Berbères - Institut du Monde Arabe

TAMAZIGHTH, LA LANGUE BERBÈREÉcritures tifinagh et arabe. Tadrart © C. BrahimiTAMAZIGHTH, LA LANGUE BERBÈRELa langue berbère, appelée tamazighth, est le caractère le plus pertinent pour distinguerles Berbères. Ils utilisent dans la vie quotidienne des dialectes voisins : kabyle, mozabite,chaoui, zénète, nefoussi, rifain, tachalhit (chleuh), tamacheq… Le guanche qui était parléaux Canaries a totalement disparu après la colonisation espagnole.La plupart des dialectes berbères sont marqués par l’arabe classique et dialectal. Les parlersdu Nord comptent une masse considérable d’emprunts, entre 35 et 40 % qui s’expliquentpar l’influence culturelle, économique ou technologique de la langue arabe dans la sociétéberbère depuis treize siècles ou pour répondre à des nécessités nouvelles. Les empruntsaux langues européennes existent aussi mais dans des proportions nettement plus faibles.Le mouvement de re-fondation de la langue berbère kabyle, à partir des années 1970, a choiside dépoussiérer la langue en supprimant les emprunts étrangers. Les linguistes ont remisau jour des mots tombés en désuétude ou ont formé des néologismes sur des racines berbèreset puisé dans les autres langues berbères touareg, tachalhit ou mozabite. Leur ambitionest de forger une nouvelle langue accessible à tous les Berbères. Le berbère est enseignéau Maroc et en Algérie à compter des années 1990. En Algérie, il est considérécomme « langue nationale » depuis 2002.La volonté de sortir la langue de sa stricte oralité en publiant les corpus littéraires et les textesde la vie quotidienne a favorisé le passage à l’écrit. Le recours à l’écrit vise aussi à rendreaccessible en langue berbère des textes de la littérature universelle ou des écrits scientifiques.Il existe trois alphabets concurrents pour transcrire les langues berbères. Un alphabet issude l’alphabet latin, un alphabet adapté de l’écriture tifinagh encore en usage chez les Touaregs ;plus anciennement, les Chleuhs et les Mozabites écrivaient en caractères arabes. Le néo-tifinagh,prôné à l’origine dans les milieux militants pour transcrire le kabyle dans les années 1970,est désormais aussi utilisé par l’Institut Royal pour la Culture Amazigh au Maroc.« O MA TETE FAIS JAILLIR UN POEME ! »La littérature berbère est essentiellement orale. Elle s’exprime principalementpar la poésie et le conte. Les femmes ont un rôle prépondérant dans sa transmission.Ce patrimoine est rarement transcrit à l’exception de poèmes ou de récits hagiographiquesen tachalhit consignés en caractères arabes, qui datent pour certains du XVI e siècleou d’écrits ibadites mentionnés dans des textes du Moyen Age. C’est à compter du XIX esiècle, qu’une attention toute particulière est portée à la littérature orale berbèreet à sa transcription. Les travaux concernent d’abord la Kabylie et le Souss puisle monde touareg et le M’zab.La poésie du Moyen-Atlas et du Haut-Atlas oriental, izlan ou timawayin consisteen poèmes courts. Les premiers accompagnent les ahidus et les seconds sont des messagesamoureux. Les ballades, d’une centaine de vers, tamdyazt, sont l’œuvre de bardesitinérants. Dans le Souss, il est un maître mot pour dire poésie : amrag qui signifieaussi amour et mélancolie.En Kabylie, avec la disparition des bardes, ce sont les instituteurs qui les premiersconservent et recueillent l’œuvre des poètes anciens. Par la suite, des écrivains publienten français ou en bilingue. Les poèmes taqsit, sous forme d’épopée, ou l’asfrou, poèmelyrique, racontent les exploits des tribus ou des villages. Une autre forme très courte,izli, genre léger et parfois grivois, est toujours chantée.Les contes merveilleux avec leurs animaux, leurs ogresses et leur quête de talismanexpriment la lutte permanente des hommes contre l’isolement, la dureté de la viequotidienne. Ils exaltent aussi la liberté, la lutte pour l’indépendance, la douleurde l’émigration ouvrière. Comme pour la poésie, le travail de recension de ces contesa commencé au XIX e siècle.© S. OryLA MUSIQUEChez les Berbères, l’activité musicale est essentiellement collective et basée sur le chant : ahwash du Haut-Atlas, ahidus de l’anti-Atlas, ahellil du Gourara (Algérie), tindé ou ahalchez les Touaregs du Sahara, taruct ou izlan, chant strophique kabyle.L’ahwash est l’expression la plus spectaculaire de cette musique. Tout le village se retrouve en plein air, dans la journée, pour improviser de la poésie, chanter, danser, frappersur des tambours sur cadre, faire des joutes. Les villageois se disposent en cercle comme le font les participants de l’ahal et l’ahellil qui se tiennent la nuit. L’ahwash frappe par sa puissanceet son déferlement sonore, alors qu’à l’inverse l’ahellil est marqué par un aspect intime voire mystique : les voix n’éclatent jamais et s’élèvent en douceur.Chez les Berbères, en fonction des lieux et des pièces chantées, il y a ou pas séparation des sexes. Ainsi l’ahwash, rassemble toute la communauté, hommes et femmes alors que l’ahellilest dominé par les hommes et le tindé et de l’ahal comme l’izlan, chanson traditionnelle kabyle, est dévolue aux femmes. Traditionnellement chez les Touaregs et les Kabylesc’est aux femmes que revient l’activité musicale. Cette pratique ancienne a été décrite dans l’Arabie préislamique.Traditionnellement, il n’existait pas de musicien individuel parmi les Berbères sauf chez les Touaregs ou seule la femme joue de la vièle imzad. Les bergers touaregs ou kabyles jouentde la flûte, tazammart et ajouaq. Cette dernière donne lieu à une improvisation nostalgique, l’achouiq.Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, des musiciens individuels font leur percée. Ce mouvement donnera naissance en France à la chanson kabyle, qui dans un premier tempstraite d’exil et de morale avant d’étendre sa thématique. En Algérie, les Kabyles prennent une part importante au développement d’un genre urbain, le chaabi.C’est également à cette période que la musique berbère, sous ses différents aspects, commence à être connue en dehors de son cadre géographique originel. Élément fédérateurde la communauté kabyle, celle-ci a abordé l'exil, le retour à la terre natale, la satire et la critique sociale, la revendication de sa propre langue, la condition féminine,© H. Zenati


LES ARTS TRADITIONNELSLes arts traditionnels ont perdu de leur vigueur face à la concurrence des produits manufacturés.La vaisselle en plastique ou en métal émaillé plus solide et aux couleurs plus chatoyante que la poterietraditionnelle, tout comme les tapis en polyester, rencontrent de nombreux acquéreurs sur les marchés.En fait, les objets traditionnels trouvent refuge chez les collectionneurs privés et dans les musées.Depuis peu se dessine la volonté de renouer avec les techniques anciennes.LA POTERIEL’archéologie a montré que, déjà au premier siècle, il y avait deux modes de production parallèles.Une poterie standardisée, faite au tour et cuite au four, produite dans des ateliers et commercialiséedans tout l’Empire romain, et une poterie artisanale modelée. Cette poterie familiale réalisée parles femmes est cuite dans des brasiers à même le sol ; le décor est incisé avant la cuisson ou peint après.Le décor de la poterie berbère est d’une remarquable constance, il est demeuré le même de la plushaute antiquité jusqu’à nos jours. Ce sont des motifs géométriques où dominent les triangles,les losanges et les chevrons. On les retrouve sur les poteries, les grandes jarres à provision, ikoufen,les murs des maisons, les tapis, les bijoux et les tatouages.LE TISSAGELe travail de la laine et le tissage sont réservés aux femmes qui s’en acquittent en sus de toutes les tâchesdomestiques généralement en hiver. Elles utilisent, comme dans toute la Méditerranée, un métierà tisser vertical, appelé azetta. Le montage du métier à tisser et l’achèvement de l’ouvragesont l’occasion de fêtes au même titre qu’il existe des fêtes pour les labours ou la moisson.Dans les tapis et tissages ruraux, ce sont les rouges des plus profonds aux plus lumineux qui dominentsuivis des ocres, des blancs ou des noirs. Tous privilégient les motifs géométriques. Dans les tapisruraux, les motifs géométriques, losanges, chevrons, damiers ou étoiles, les animaux stylisés,les couleurs jaune, orangé, bleu, vert, blanc ou noir disent l’appartenance tribale ou régionale.© H. ThevenartLES BIJOUXDans les villages ou dans le désert, les bijoux en argent dominent. Avec des lignes simples,ils sont ciselés de dessins géométriques ou parfois floraux, rehaussés d’ambre, de pierres précieuses,plus généralement de turquoise et de corail, quelque fois de verroterie. Les bijoux en argentoù domine l’émail bleu, vert, jaune, résultat de la symbiose entre l’art de l’émail arabo-andalouet les traditions berbères sont devenus symboliques de l’orfèvrerie kabyle.© C. et B. DesjeuxAVOIR DU NEZOn dit souvent que les Méditerranéens ont la tête près du bonnet, c’est qu’ils ont un sensaigu de la dignité. Au Maghreb, cela s’appelle avoir du nif, du nez. Il n’est pas questionque l’un ou l’autre des protagonistes perde la face. L’assemblée du village parvientgénéralement à régler les différends.LE COUSCOUSTraditionnellement, les Berbères se nourrissent des produits de la terreet de l’élevage. Le régime alimentaire est basé sur le lait, les céréales (blé et orge),les fruits et le miel.Le couscous, seksou, kousksi, est la grande invention culinaire des Berbères.Il repose sur un principe simple et ingénieux, la cuisson à la vapeur de la semoulequi augmente le volume des grains. Il est accompagné d’un bouillon de légumesfrais ou secs et de viande. Il existe aussi une variante appelée masfouf sans sauce quiest souvent sucrée.Petite bibliographieEncylopédie de l’Islam, Brill, LeydeEncyclopédie berbère, Édisud, Aix-en-ProvenceAnnuaire de l’Afrique du Nord, CNRS, ParisEncyclopediæ universalis, ParisBounfour, Abdellah, Le nœud de la langue, Aix-en-Provence, Édisud, 1994Brett, Michael. &. Fentress, Elizabeth, Berbers, Oxford Blakwell Publishing, 1997Camps, Gabriel, Les Berbères. Mémoires et identité, Paris, Errance, 1995Chaker,Salem, Berbères aujourd’hui, Paris, L’Harmattan, 1999Haddadou, Mohand Akli, Le Guide de la culture berbère, Paris-Méditerranée/Ina-Yas,Paris/Alger, 2000Julien, Charles-André, Histoire de l’Afrique du Nord : Tunisie, Algérie, Maroc : des originesà la conquête arabe, 647 ap. J.-C., Paris, Payot, 1951Lacoste-Dujardin, Camille & Yves (sous la dir.), Maghreb, peuples et civilisations, Paris,Éditions La Découverte, 2004Lacoste-Dujardin, Camille, Dictionnaire de la culture berbère de Kabylie, Paris,Éditions La Découverte, 2005© F. Virolle© D. RiffetLES MARABOUTSLes marabouts tiennent une place importante dans la piété populaire en Afriquedu Nord. Le maraboutisme est l’expression d’une réalité complexe qui procèded’une part, d’idées mystiques nées du soufisme, de mouvements politiqueset religieux, d’idéaux messianiques de l’islam chiite et d’autre part de vieillescroyances et de cultes anté-islamiques anciens.Le marabout, wali, agguram (en berbère au Maroc) est un saint localqui possède la baraka, la sainteté, et dont la bénédiction répand ses bienfaitsmême après sa mort. La sainteté dont il est porteur peut se transmettreà sa famille ou à l’un ou l’autre de ses descendants.Marabout Mami Saïd © P. Maréchaux