DOSSIER Les rayonnementsDans le hall des guides d’Orphée, préparationd’une expérience de diffusion de neutronsen présence de champ magnétique : remplissaged’hélium liquide de la bobine supraconductricecontenant l’échantillon à étudier.Traditionnellement, les rayons X sontl’outil de choix pour analyser l’organisationdes atomes dans un cristal. En effet,ils sont sensibles à la structure régulière (oupériodique) d’un cristal qui disperse le faisceauincident en plusieurs composantes. La diffractionpar rayons X est aujourd’hui courammentutilisée par les chimistes dans leurs laboratoirespour analyser un produit de réaction. À unetout autre échelle, le synchrotron Soleil délivreplusieurs dizaines de faisceaux de lumière extrêmementintenses qui vont de l’infrarouge auxrayons X. La puissance de cet outil attire chaqueannée des milliers de chercheurs, de toutesdisciplines, de la santé à l’archéologie, en passantpar l’aéronautique ou l’industrie automobile.Rayonnementsà la carteLes scientifiques disposent de touteune gamme d’outils pour observer,explorer ou façonner la matière àl’échelle nanométrique. Rayons X,neutrons, électrons, ions ou faisceauxlaser, ils font feu de tout bois !© P. STROPPA / <strong>CEA</strong>Cartographier les élémentsPour obtenir une cartographie d’éléments« légers », deux outils sont disponibles : les faisceauxde neutrons, issus du réacteur Orphée,ou les faisceaux d’ions légers de la microsondenucléaire. Ces études sont au cœur desrecherches sur les matériaux pour les nouvellesénergies. L’hydrogène, par exemple, est trèsdifficile à observer avec les rayons X. C’est doncavec les neutrons que sont étudiées les piles àcombustible, pour lesquelles la répartition del’eau dans les différents organes de la pile enfonctionnement joue un rôle clé. Pour l’étudedes nano-composites à base d’inclusions denanoparticules dans des polymères, la diffusionde neutrons donne accès à la distributiondes nanoparticules ainsi qu’à la forme adoptéepar les chaînes de polymères en présence decelles-ci. Les ions de la microsonde nucléairepermettent d’obtenir par exemple la concentrationabsolue et la répartition en hydrogènedans les gaines de combustible irradiées, donnéesessentielles pour apprécier leur tenuemécanique.Autre axe de recherche, les propriétés magnétiquesd’un matériau ne sont accessibles facilementque grâce aux faisceaux de neutrons. C’estl’une des propriétés intrinsèques du neutron,8 CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL
Les rayonnements DOSSIERappelée « spin », qui le rend sensible au champmagnétique présent dans les matériaux, mêmeà l’échelle de l’atome.Complémentaires plutôt queconcurrentsTrès souvent, rayons X et neutrons sont complémentairesdans la compréhension de matériauxaux comportements « étranges », commeles « multiferroïques » par exemple. Ces derniersprésentent des propriétés électriques etmagnétiques a priori incompatibles, issues destructures compliquées, en forme d’hélices.Leur structure cristallographique est révéléepar les rayons X, leur structure magnétiquepar les neutrons.Tandis que ces deux techniques « reines » sontutilisées pour caractériser des structures quasiparfaites, où le même motif se reproduit àl’identique dans tout le volume, les électrons serévèlent très performants pour caractériser avecprécision les inclusions métalliques dans desmatériaux isolants ou pour étudier les défautsde structure. Ainsi, la microscopie électroniqueen transmission fournit des images de défautsavec une résolution pouvant atteindre une tailleéquivalente à celle d’un atome et l’accélérateurSirius permet de mesurer les énergies de seuilde créations de défauts, données fondamentalespour la modélisation du comportement à longterme des matériaux sous irradiation.De la modification contrôléeà la nano-structurationCes défauts de structure sont générés, parfois,par des irradiations. Les observer en temps réelest maintenant possible sur le site d’Orsay dela plateforme Jannus, puisqu’un microscopeélectronique y est couplé aux systèmes d’irradiation.Les faisceaux de Jannus permettent ainside modifier la matière de façon contrôlée. Enplus d’un dispositif d’études systématiques ducomportement sous irradiation des matériauxdu nucléaire, cette plateforme se révèle doncégalement un instrument de structuration dematériaux d’intérêt technologique comme desnouveaux composants en microélectronique ouen optoélectronique 1 .Les ions lourds de Ganil sont aussi exploitéspour leur capacité à structurer la matière àl’échelle du nanomètre 2 . Taille, position etdensité des nano-structures sont contrôléespar la nature, l’énergie et l’intensité du faisceaud’ions. Récemment, des chercheurs del’Iramis 3 sont ainsi parvenus à « façonner » desnano-inclusions métalliques au sein de matricesde silice, en transformant des nano-sphères ennano-bâtonnets, en nano-fils et même en nanoétoiles.À terme, de tels systèmes pourraientpermettre un meilleur contrôle de la lumière àl’échelle nanométrique.Une collaboration de chercheurs du même institutest parvenue à fabriquer des membranesnano-poreuses en irradiant des polymères. Ilsont développé des capteurs, à base de tellesmembranes, capables de détecter des métauxlourds dans l’eau, à des concentrations bieninférieures aux normes sanitaires. Le système serévèle par ailleurs très sensible, rapide et facileà mettre en œuvre.Des lasers pourune « femtochimie »Loin des caisses de supermarché et des lecteursde CD, les lasers sont également d’extraordinairesoutils de laboratoire pour observerla matière en évolution rapide. Avec leursimpulsions ultra-brèves, les lasers de la plateformeSLIC autorisent l’étude de phénomènesultra-rapides. Il est possible de réaliser desMise en place d’échantillonsdans la chambre d’analysede la microsonde nucléaire.« Rayons Xet neutrons sontcomplémentairesdans la compréhensionde matériaux auxcomportementsétranges. »« stroboscopies » de processus physiques ouchimiques, en particulier, d’étudier les vitessesde réactions chimiques à l’échelle de la femtoseconde4 (femtochimie). Les lasers fournissentà la fois l’énergie nécessaire au déclenchementde la réaction chimique et le signal de sonde,synchronisé, pour mesurer la consommationdes réactifs ou la formation des produits. Unecompréhension poussée des processus mis enjeu permettra de mieux les contrôler.Vers la protonthérapie par laser ?Une autre voie a été ouverte grâce à ces lasersextrêmement puissants. Focalisés sur un matériau,ils produisent en son sein des champsélectriques gigantesques et induisent des phénomènesspectaculaires, comme l’émission departicules presque aussi rapides que la lumière.Ces travaux à caractère très fondamentalouvrent la voie à de nombreuses applications,dont la protonthérapie. Le développement decette technique médicale, très efficace pourdétruire les cellules cancéreuses en restant trèsrespectueux des tissus sains, n’est freiné quepar le coût des infrastructures qu’elle nécessite.À ce jour, il n’existe donc qu’une trentainede centres de protonthérapie dans le monde.La possibilité d’accélérer les protons par laserpourrait ouvrir la voie à un abaissement importantdu coût de tels centres spécialisés et doncà leur multiplication.© F. Vrignaud / <strong>CEA</strong>1/ Discipline scientifique et technologique dont l’objectifest l’étude et la réalisation de composants mettant enjeu l’interaction entre la lumière et les électrons dans lamatière.2/ 1 milliardième de mètre.3/ Institut rayonnement matière de <strong>Saclay</strong> de la Directiondes sciences de la matière du <strong>CEA</strong>.4/ 1 millionième de milliardième de seconde.CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL9