voir le document - Archives du MRAP

archives.mrap.fr

voir le document - Archives du MRAP

~ \0 LENC ::.-


La manière dont je visJe n'ai que seize ans et jesuis lycéenne . Depuis desannées, tous les sentiments,tous les faits racistes me choquentprofondément et merévoltent. J'aimerais pouvoirfaire quelque chose contre ceque je considère comme unfléau: le racisme .J'essaie bien de lutter, mais,seule , que puis-je faire? Je nepuis que montrer aux autres lamanière dont je vis. Les troisquarts de mes amis étant desjuifs, des Nord-Africains ou desEspagnols ; l'autre quart étantformé d'un peu de toutes lescouleurs, d'un peu de toutes lesnationalités.Si j'ajoute que je suis petitefilled'immigrés espagnols,illettrés, vous comprendrez,je pense , pourquoi je luttecontre toutes les formes d'oppression.Si je me propose d'adhérerau M.R .A.P., c'est que j'espèrepouvoir vous servir (je peuxtoujours coller des affiches!) .Marie-Cécile PLÀ,94-lvry.Tirer dans le tas •..Je passais ce matin rueCharles-III et me suis un instanttrouvé mêlé à la foule nombreuseet animée qui assistait,comme au spectacle, aux manifestationsdiverses et dangereusesdes détenus, juchés surle toit de la prison.A un moment, non loin demoi , un propos jaillit : « Apart quelques Français, il n'y aque des Bougnouls et des Polakslà-dedans ; on pourraitenvoyer les C.R.S.» Et les voisinsde surenchérir violemment: « Au temps des Allemands,cela ne se serait paspassé comme ça». Je suisparti sans essayer d'intervenir ...Mon propos n'est pasd'émettre une appréciation surles événements de la prisonCharles-III à Nancy . Nombreuxsont ceux qui affirment(et le ministre de la Justiceen premier) qu'il faut modifierle reglme pénitentiaire enFrance. Mais les deux phrasesrelevées, si elles ne sont pasencore symptomatiques denotre époque, sont cependantinquiétantes.Depuis quelque temps, larecrudescence du racisme estun phénomène perceptiblechez nous . D'abord , des cafés- nombreux - qui refusent deservir le noir, le Nord-Africain,le Turc ... Puis l'affirmation queles travailleurs étrangers envahissentla France, qu'ils prennentle pain de l'ouvrier français,que c'est - presque - àcause d'eux qu'il y a desdifficultés économiques dansnotre pays . Et aujourd'hui, cepropos effroyable, qu 'on pourrait« tirer dans le tas», car cene sont que « des Bougnouls etdes Polaks».C'est vrai que du temps del'Allemand - du nazi plusexactement - nombreux étaientles « Untermensch», les moinsque rien : juifs, noirs, Tziganes,communistes, gaullistes, résistants.. . d'autres encore . Ilsétaient liquidés systématiquement. C'était la belle époquedu fascisme à son apogée etcertains sembleraient regretterce passé.On ne peut tolérer qu'àl'occasion de difficultés diverses,un état d'esprit s'installequi permettrait peut-être uneautre installation, combien dangereuse... Et comme le poètetchèque, fusillé par ces mêmesnazis, il faut redire , et redire :« Homme, veille».Léon HERZBERG,président du Comitédu M,R,A,P, de Nancy.Un chic typeSait-on par quel bout commencerpour faire l'éducationà la fraternité dont parle MargueriteBonne, dans son articlede votre dernier numéro (siintéressant!). Combien elle araison de dénoncer la perfidiede ceux qui, pour donner unepreuve d'objectivité, commencentpar exprimer leur sympathieà tel ou tel noir, juif,Arabe ou autre, pour mieuxmettre en évidence leur antipathieà ces mêmes gens,grâce à ce petit mot i nsidieux: « mais» ...Il me revient en mémoireun souvenir à ce propos, quime permit de comprendre ceque devrait être vraiment unantiraciste . C'était il y a unedizaine d'années, on donnait àla télévision (mais oui!) unedramatique . Il s'agissait dedeux amis, l'un noir, l'autreblanc . Or, à un moment, à lasuite d'une violente altercation,le blanc se fâcha {j'allaisdire: « tout rouge»), et, dansCoœRIERson courroux contre son camarade,lui lança de furieusesinsultes : « Salaud! voyou!voleur! menteur!» etc ., etc.Quand il s'arrêta, écumantde fureur, l'accusé s'avança lesbras grands ouverts vers soncopain, lui faisant la plus tendredes accolades, en lui disant,les yeux pleins de larmes:« Tu es un chic type! Tu m'astraité de tous les noms, maispas un instant tu n'as eul'idée de me crier :' « Salenègre! ».. .Geneviève GOLDRING,92-Asnières.Chaque jour .••Voici quelques témoignages:Dans la nuit du vendredi 17au samedi 18 décembre, unami algérien s'est fait attaquerpar plusieurs hommes alors qu'ilattendait dehors le docteur poursa petite fille. Il était contusionnéau visage, et a obtenuun arrêt de travail. Il estprostré, le moral à zéro.J'ai des camarades immigrés,qui sont exploités par lespropriétaires . Les bons logementsleur sont souvent refusésquand « on les voit» ; mais onles recherche pour leur faireoccuper et payer cher un logementou une chambre se trouvantdans un état dégoûtant.A la terrasse d'un café , nousavons .a~t ndu, un samedi ma- Itin de JUI let, deux Algérien". u~EsVilgn 1 et moi , pendant quarant'flinutes (d'abord patiem- "ment puis impati.,m'ment) pourêtre servi s.~éflexions entendues par unejeune femme martiniquaise :« Vous achetez des vêtements ?On ne porte pas des pagnes defeuilles, chez vous? »... « Vousavez des maisons, chez vous ?»... « Elle parle bien le français! »...Tous ces faits (et d'autresencore) m'ont été rapportés pardes personnes qui luttent pourl'égalité, la fraternité et laliberté dans leur vie de chaquejour. Merci pour votre effort.Ch. RIEFFEL,88-Epinal.Silbermann et ShylokJe suis juif, et très chatouilleuxsur mes onglnes.Durant toute ma vie (j'ai 52ans), je n al jamais laissépasser une insulte, ni mêmeune allusion, sans la releververtement (sauf évidemmentpendant l'occupation). J'ai lu,il y a fort longtemps « Silbermann»,et je n'ai nullement eul'impression que ce livre étaitantisémite, même si, par moments,il dépeint notrE:! peuplesous des dehors peu sympathiques.Mais nulle race, nulpeuple ne sont parfaits.J'ai eu la même réactiondevant l'adaptation télévisée .Aussi, je ne puis comprendrevotre antagonisme à l'égardde « Silbermann» et de l'auteurqui ici n'est pas en cause .D'autre part, vous ne trouvezpas « Le marchand deVenise» antisémite. Moi nonplus, et je trouve que c'estune oeuvre admirable deShakespeare . Mais tout estdans le jeu des acteurs et lamise en scène. On peut le présentercomme un personnagebas et abject. J'ai vu l'adaptationjouée par Sorano, et jevous assure que Shylok étaittrès humain. Pourtant, il eûtfallu trés peu de nuances pourle « fai re passer de l'autrecôté ».Je dois dire que je n aimepas non plus qu'on nous flatte.Nous sommes comme tout lemonde : nous avons nos bonset nos mauvais côtés.1. GLASBERG.Paris-2" .dans ce,nuInèroMORT A TOULOUSELe mystère qui plane sur la mort du jeuneRoger Allouche sera-t-il jamais éclairci? (p. 4)DU DANGER D'ÊTREGUADELOUPÉENInsultés, frappés , gardés 42 heures sans nourritureni sommeil , deux lycéens aux prisesavec la police à Saint-Denis (p. 5).LE BIDONVILLE A TUÉCINQ FOISDeux ans après Aubervilliers, un nouveaudrame à Villeneuve-le- Roi (p . 6 et 7) .QUI PROTÈGEKLAUS BARBIE?Une bataille aux multiples implications ... dontle châtiment du « boucher de Lyon » estl'enjeu (p. 11 et 12).LES CRATÈRES,LES MARGUERITESET LES HOMMESLe génocide au Vietnam dénoncé par desmédecins du monde entier (p . 12 et 13) .1*LE RACISME DEVANTLA LOIPourquoi les propositions élaborées par leM.R .A.P. doivent être votées d'urgence (p. 17à 28).LA DÉCOUVERTE DELA POLYNÉSIEUne civilisation admirable dont les œuvressont rassemblées pour quelques mois au Muséede l'Homme (p. 29 et 30).DAVID ET BETHSABÉEL'art, la Bible ... et la vie (p. 31).EN COUVERTURE: la cour de récréation ducollège Saint-Nicolas , à Toulouse (Photo ElieKagan. Maquette : Lucky Thiphaine).MENSUEL120, rue Saint-Denis - Paris (2 e )Tél. 231-09-57 C.C.P. Paris 6070-98ABONNEMENTSeUnan:25Fe Abonnement de .soÛtien ; 50 FAm Réunion, Maghreh, Afrique/rem-C()p f",aos, Cambodge, Noure.fle·CaJé·ti(if/ic : 25 P; 4u(rès pays: $5 P.ChangemelU d'adresse : i F.Directeur de publication : Albert Lévytmprimerie la HayeéditorialTViolenceet - JeunesseROIS « affaires » en quelques semaines, où l'on voit (dans des conditions fort différentes,il est vrai) se conjuguer jeunesse et violence, en même temps quese manifeste le racisme, d 'une façon certaine dans deux cas, en contrepointdanS l'autre.A Toulouse, le spectre de l'antisémitisme est évoqué autour du jeune Roger Allouche,mort au collège Saint-Nicolas. Parce que juif dans une école chrétienne, parcequ' un professeur l'a insulté naguère, parce qu'on a peine à croire qu'un seul coup portéà un garçon de quinze ans suffise à le tuer, on a rappelé « Silbermann». Même si lesfaits se réduisent pour le moment, à des confidences faites en privé, à des silenceséquivoques, à des craintes, à des « rumeurs», celles-ci sont significatives d'une coupurenée de l'Histoire entre communautés, et des méfiances qui subsistent malgré lesefforts entrepris de part et d'autre. Quoi qu'il en soit, et sans préjuger des conclusionsde l'enquête, il restera longtemps encore une gêne, des rancoeurs , que notre vocationest d'apaiser. Reste aussi cette violence involontairement meurtrière , qui témoigned'une situation préoccupante.A Ajaccio , autre schéma : plusieurs jeunes gens tuent de sang-froid deux Tunisiensqui, contrairement à de précédentes victimes, refusaient de se laisser rançonner.C'est un racisme de brutes, et pourtant, l' un des assassins, qui n'avait que quinze ans,allait paisiblement à l'école, une fois ses forfaits accomplis. Des Arabes, pour eux, cen'étaient pas vraiment des hommes, sans doute, les abattre ne tirait guère à conséquence,ils sont si faibles, si méprisés, et l'on se sent si fort à les tenir dans sa ligne demire !...A Saint-Denis enfin , c'est le racisme s' acharnant sur des adolescents à la peaunoire, Parce que certains, blancs, voyageaient sans ticket, ce sont eux, quoique toutà fait en règle , qui « paieront pour les autres »... Ils paient, en effet: coups, injures,humiliations et, par-dessus·tout , inculpation pour .. , violences à agents.GARDONS- NOUS d'amalgamer, et de juger en hâte. Ces « affaires» si dissemblables,s'éclairent pourtant l'une l'autre.Il faut bien constater en France, une montée du racisme, dont nous n'avons làque les symptômes les plus récents. Comment ne pas situer dans ce contexte, sanspour autant les justifier, les crimes d'Ajaccio , les suspiscions de Toulouse, les sévicesde Saint- Denis? Les autorités, nous l' avons souvent répété , ne font pas ce' qu'il faudraitpour juguler ce fléau , c'est même, on le voit, le contraire quelquefois.Quant à la violence, dont le racisme est une composante, elle est partout dans lemonde où nous vivons. Quoi d'étonnant si les jeunes en sont les acteurs ou les victimes .Car que leur offre notre société en crise,'sinon l'injustice, le mensonge, le mépris del'homme, une oppression dont ils éprouvent eux-mêmes le poids dans le refus du dialogue,alors qu'ils souhaitent participer au progrès, à la vie et se sentent, eux aussi ,incompris, rejetés? Comment ne pas rechercher dans le climat qui les entoure la raisonvéritable d'un désarroi qui entraîne certains dans le cycle des passions et des brutalitésdéchaînées?AINSI , la violence n'est pas l'apanage des jeunes. La ligne de démarcation nepasse pas, selon nous, entre eux et les adultes, mais entre ceux qui s'accommodentdes scandales actuels et ceux qui ne les acceptent pas. Des jeunes,de plus en plus nombreux manifestent la volonté de mieux comprendre, d'agir lucidement,Pour les combattants d'une juste cause , quel que soit leur âge, il n'y a pas de« conflit de générations ».Au M.R .A.P. , jeunes et aînés luttent ensemble contre les préjugés , les hainesaveugles qui peuvent, dans certains cas, aboutir au meurtre. Ensemble nous luttonspour que cessent les discriminations et la ségrégation de fait dont souffrent les travailleursimmigrés, pour que les pouvoirs publics sortent de leur passivité , prennent desmesures efficaces contre le racisme dans les domaines de la loi , de l'information, del'éducation. Ensemble, nous apportons notre pierre à l'édification d' un monde meilleur,plus humain et plus juste.Albert LEVY.2DROIT ET LIBERTÉ - N° 310 - FÉVRIER 19723


..sociétéMort ,a ToulouseSUR la rive gauche de la Garonne, dans une rue tranquille du vieux quartier Saint-Cyprien,derrière l'èglise St-Nicolas, une lourde porte cochère ... ; à l'autre bout de la ville, une mai sontrès simple dans un Jardlll ètroit ces deux endroits ont vu vivre et mounr un garçon de14 ans et demi : Roger-Pierre Allouche, dont toute la ville parle aujourd'hui. Magnifique garçon,de haute stature (1,77 m pour 70 kg), Roger-Pierre Allouche ètait, depuis six ans, demi-pensionnaireau collège Saint-Nicolas, rue Amiral-Galache à Toulouse, établissement privé catholique que frèquentaégalement son frère, âgé aujourd'hui de dix-sept ans.Voici la version « officielle» des faits :il pleut le mercredi 26 janvier vers 12 h 20.Les élèves qui attendent l'heure d'entrerau réfectoire se sont réfugiés sous le préaudirectement ouvert sur la cour. Une altercationéclate entre Roger Allouche et unde ses camarades plus âgés qui lui envoieun coup de pied. Sous la douleur, le jeuneAllouche se plie en deux - il semblesouffrir du bas-ventre -, il se rend alorsaux toilettes d'où il sort peu après audire du surveillant. Il revient sous le préau,rejoint son camarade pour lui demandersemble-t-il les raisons de son acte.Une nouvelle bourrade l'envoie heurterun mur. Roger est blessé au visage. Ilrecule de quelques pas, vacille et s'écroulesans connaissance.Porté dans le bureau du directeur ducollège, M. Louis Roux, il est aussitôtexaminé par le médecin d'une clinique voisinequi tente le bouche à bouche, avantl'arrivée du service de réanimation del'hôpital Purpan. Un massage cardiaqueest pratiqué. En vain; l'enfant meurt sansavoir repris connaissance.Selon l'autopsie réalisée par le docteurMadrange, la mort du jeune Roger seraitdue à un arrêt du cœur et ne serait pasconsécutive aux coups reçus. Le permisd'inhumer est délivré, l'enterrement prévupour le vendredi 28 janvier.« C'est alors que j'ai voulu en avoir lecœur net nous dit le père, M. Elie Allouche,je ne pouvais pas laisser partir mon filscomme ça sans savoir •.. »Savoir : le mot est lâché.Savoir pourquoi, comment Roger estmort? Pourquoi cette bagarre, et s'est-ellebien passée comme l'affirment les autorités?Les questions se succèdent, despoints troubles existent et en particulierles traces suspectes relevées sur le corpsde l'enfant qui font réagir l'entourage.Donc, une heure avant les obsèques,sur demande de la famille qui s'est constituéepartie civile pour homicide involontaire,Me Merle, professeur de criminologieà la Faculté de Droit, obtient du juged'instruction, M. Cros, qu'une contreexpertisesoit pratiquée : elle est confièeau professeur Planque. L'enterrement estreporté au lundi 31 janvier.4Le jeune Roger AlIouche ; M . Elie Allouche (troisième enpartant de la gauche) et les journalistes ; la rue du drame.Ce rebondissement, dans une affaireapparemment simple. alerte aussitôt lapresse. Un reporter d'Europe nO ' 1, aprèsavoir rencontré le père, apporte un élémentnouveau: l'antisémitisme aurait été àl'origine de l'altercation.Car Roger Allouche est juif. Sa famillea quitté l'Algérie en 1962, dans le flot des« rapatriés». Avec environ 20000 autrespersonnes, ils sont venus grossir la communautéjuive de Toulouse.Le M.R.A.P., aussitôt prévenu, réagitavec toute la prudence que la situationimpose, mais aussi avec fermeté ildemande « instamment aux autoritéscompétentes de faire de toute urgence lalumière complète .et d'établir les responsabilités».La mort brutale d'un enfant révolte,bouleverse toujours. Mais elle prendraitune autre dimension s'il ètait prouvé quele racisme n'y est pas étranger. A Toulouse,comme ailleurs, le racisme existe. « Il ya un an à peu près, nous rapporte Mme c. ...certaines de mes collègues de travail,n'osaient plus aller seules dans certainsmagasins dont les propriétaires étaientjuifs. On parlait de disparitions jamaiséclaircies, d'enlèvem.ents, etc. )1 Encore cettefameuse « rumeur» qui avait sévi si gravementà Orléans !« J'ai d'énormes difficultés, ajoute sonmari qui s'occupe de l'accueil d'étudiantsétrangers, à trouver des chambres surtoutpour les Algériens et les Africains.»Alors que le drame du collège Saint­Nicolas suscite une émotion profonde, quela communauté israélite publie un communiquéexprimant ses doutes et son inquiétude,M. Allouche, ayant convoqué lapresse au lendemain des obsèques semblequelque peu désemparè et répond auxquestions avec gêne. « Je ne peux rien diretant que les résultats de la contre-expertisene sont pas connus», déclare-t-il. « Je nepeux rien dire», affirme-t-il encore quandon lui demande si son fils s'était plaint decertaines formes d'antisémitisme au collègeSaint-Nicolas.« En revanche, se souvient M. Allouche,il est vrai qu'un de ses professeurs, leprofesseur d'espagnol, a traité Roger de« sale race ». Mon fils est parti en claquantla porte. Il avait les élèves pour lui. Je suisvenu voir le directeur qui m'a proposé defaire changer mon fils d'école. Mon filsn'a pas voulu, il avait l'habitude de Saint­Nicolas. Et pourquoi changer l'enfant plutôtque le professeur? Je l'y avais mis,pensant que c'était « bien surveillé »•••« Roger se sentait bien chez nous; maisaujourd'hui, il faut épargner les autresenfants. Ça n'a été au départ qu'une taquinerie»,dit le directeur, M. Louis Roux.« Il ne me semble pas, assure Monseigneurde Courrége, proche collaborateurde l'archevêque de Toulouse, que dans lesrelations des enfants entre eux, la questiond'origine ait été soulevée.)1Les premières réactions de M. Alloucheont-elles été, sous le coup de la douleur,excessives? Seraient-elles dues aussi àcette psychose de persécution qui existeencore chez les minorités longtemps oppriméesou persécutées. Sa réserve actuellea-t-elle d'autres causes que les circonstancesde la mort de son fils? Dans un tel climat,l'affabulation peut aisément devenir· évidenceet c'est aussi la « rumeur» : « Onl'a tué, a-t-on entendu dans Toulouse, ilsse sont jetés à cinq ou six sur lui... C'estun lynchage ... », etc.D'autres questions se posent, qui alimententencore le trouble de cette affaire.y a-t-il eu un ou plusieurs agresseurs? Ets'il y a eu un seul agresseur, la violencedu coup porté peut-elle être le fait d'unesimple « taquinerie Il? Le coup porté a-t-ilentraînè la mort? De source officieuse, ils'avère qu'il n'y aurait pas eu traumatismecrânien. En revanche, plusieurs médecinsnous ont affirmé qu'un coup violentporté dans les parties génitales peutentraîner la mort. Seuls, les résultats del'autopsie pourront déterminer ce qu'il enest.Nous conclurons avec une remarque- mais en la prenant à rebours - deM. Barret, le jeune officier de police auxallures d 'étudiant à cheveux longs : « Sic'était pas un juif, mais un Dupont, onn'en ferait pas autant de cas. 1)L'hypothése est mal posée et l'argumentne tient pas. C'est l'existence du racismeet de l'antisémitisme, la carence flagrantedans l'éducation et l'information qui noustient en éveil; c'est le climat de violencequi fait des jeunes à la fois des victimeset des coupables, que nous dénonçons.Pour en revenir aux simples faits, lescirconstances de la mort de Roger Allouche,si elles ne nous permettent pasd'affirmer l'existence de motivationsraciales, ne nous autorisent pas non plus,à ce stade de l'enquête, à les nier complètement.Saura-t-on jamais ce qui s'estvraiment passè ce 26 janvier à midi trente,sous le préau du collège Saint-Nicolas?Marguerite KAGANDROIT ET LIBERTÉ - N' 310 - FÉVRIER 1972Du dangerd'être •••Gérard ct Christian Melyon.G uadeloupéenS'IL était nécessaire de démontrerencore qu'être Antillais - et afortiori un jeune Antillais - constitueparfois pour la police un élémentsuffisant de culpabilité, l'affaire Melyonen apporterait une preuve supplémentaire.Christian et Gérard Melyon sont deuxfrères âgés de dix-sept ans et dix-huitans, d'origine guadeloupéenne, habitantà Garges-les-Gonesse, et fréquentant lepremier le lycée de Goussainville, le secondcelui de Gonesse.Ayant participé à une manifestation desoutien aux fonctionnaires du « D.O.M .»grévistes de la faim, mercredi 26 janvier,ils reviennent vers 20 h 20, avecun groupe à la gare du Nord. Ils montentdans un train sur le départ, en directionde Garges, certains de leurs camaradesn'ayant pas eu le temps de se munir debillets.Entre Paris et Saint-Denis, un contrôlea lieu: tous les membres du groupe, jeuneset adultes, refusent de s'y prêter.Le contrôleur appelle du renfort etbloque les portes. Mais, à l'arrêt deSaint-Denis, les personnes dépourvuesde titres de transport s'esquivent sansqu'elles soient rattrapées par le contrôleurlancé à leur poursuite.A Pierrefite, le contrôleur fait descendrecinq jeunes Antillais tous munisde billets, parmi lesquels les frèresMelyon ainsi que la fille et le fils deMarius Miron, l'un des grévistes de lafaim, leur disant : Il Vous paierez pour lesautres Il et les remet aux mains de policiers.Ils sont emmenés au commissariatde Saint-Denis, où ils sont fouillés etsoumis à une vérification d'identité.Vers 23 h 30, Marc et DominiqueMiron et une autre jeune fille, VivianeJoseph-Julien, tous trois mineurs, sontlibérés.C'est alors que diffèrent totalementla version officielle de la police, et lerécit que Gérard Melyon donna desévénements au cours d'une réunionregroupant les représentants des associationsde parents d'élèves, de syndicats,du conseil d'administration du lycéede Gonesse que fréquente l'aîné desMelyon et en présence du proviseur decet établissement. Ce dernier a tenu àsouligner que Il le récit de Gérard avaitl'accent de la vérité Il.Peu après la libération des enfantsMiron , les effectifs de nuit prennent lagarde.La présence d'un agent antillais dansla précédente brigade aurait-elle empêchécertains débordements?Gérard a raconté en effet commentpeu après la relève, lui et son frère sontdevenus la cible de propos racistes.A Christian s'approchant d'une affiche:Il Alors, on apprend à lire en Afrique? IlOu encore :(( Si j'avais le temps, je teferais blanchir Il, etc.Et on commence à les bousculer. Leplus jeune, Christian, e3t jeté à terre,contraint à retourner à sa place à quatrepattes, alors que les coups de pied pleuventsur lui. Christian s'évanouit. Gérard ,affolé, s'empare d'un banc, il n' a pas letemps de s'en servir, il est maîtrisé ettabassé. La police dira - de même queFrance- Inter - que Gérard, tentant des'évader avec son frère , voulait se servirdu banc comme d'un bélier.Suite logique de cette dernière version:les deux frères , inculpés de coupset blessures à agents, sont gardés àvue, alors que le commissariat de Garges-les-Gonesseconfirme un quartd 'heure a'près l'exactitude de leur résidence.On peut se demander pourquoiils ont été gardés alors qu'on libérait lesenfants Miron. On a prétendu que lesfrères Melyon avaient donné une fausse~5


------------------------------------------------------------------.---------------------------------------------.----- --+adresse. Pourtant, ils avaient été fouilléset Gérard portait sur lui sa carte demembre d'un mouvement de jeunesse.Cette thèse a d'ailleurs été abandonnée.Après avoir été dévêtus, Gérard etChristian sont enfermés dans un cachot.Une heure après, Christian est emmenéà la Chapelle où se déroulent les nuitsde garde à vue des mineurs habitantcertains départements de la région parisienne.Averti dans la nuit, M. Melyon seprésente dès 8 h 30 au commissariat oùa été ramené Christian. Ses fils devaientsortir dans la matinée, ce que confirmeraplus tard le commissaire, au cours d'uneentrevue avec les ,parents et les professeursdes jeunes garçons. Mais leur libérationn'a pu être ordonnée. Ce jeudimatin, Christian et Gérard insistaientpour que les sévices dont ils avaient étévictimes figurent au procès-verbal.Donc ils ne sont pas relâchés. Entretemps, M. Melyon qui avait constatéque Christian respirait avec difficulté,obtient que ses fils subissent un examenmédical et radiographique. Une premièreradio est soumise à deux interprètationsdifférentes; une deuxième radioconstate l'existence d'une fêlure récented'une côte. De l'hôpital de Saint-Denis,les jeunes gens sont ramenés au commissariatd'où ils doivent être déférésdevant le Parquet de Bobigny.Mais il est 20 h lorsqu'ils arrivent àBobigny. Le juge d'instruction n'étantplus là, ils sont conduits au dépôt.Il y a vingt-quatre heures qu'ils n'ontni bu ni mangé. On refuse une paillasseà Christian qui souffre de la poitrine.Les deux frères passent la nuit dans lefroid et la saleté. Le vendredi à 8 h, onleur porte du café. On procède aux vérificationsd'usage: photos, empreintes ...A 10 heures, ils sont interrogés par lejuge d'instruction de Bobigny, M . Kuhn,en présence de l'avocat désigné par lafamillè, Me Kaldor. Leur libération - provisoire- intervient quarante-deux heuresaprès leur interpellation. Une enquête estouverte par l'inspection générale desservices de la préfecture de police.Janine LANGIERT.GANTS - TETINESChez votre pharmacienLes origines. - « N on seulement vousne surveillez pas vos enfants, mais vousles encouragez à mal faire (ils urinentpar les balcons, déposent leurs orduresdans les escaliers, saccagent les plantations,insultent les grandes personnes,battent les enfants des autres locataires ...)>>Ainsi s'exprime M. Grassot, présidentde l'Office d'H.L.M. du Lot-et-Garonne,s'adressant à cinq familles de Miramontde-Guyenne,pour leur signifier le 29 juinque « l'Office a décidé de résilier [leur]contrat de location à compter du 31 juillet1971 ».Affaire banale, sans rapport avec leracisme? Certes, M. Grassot nous affirme(et il est peut-être sincère) que les locatairesinquiétés le sont à cause de leurcomportement « volontairement odieux»et non à cause de leur origine algérienne.Mais un examen plus approfondi des faitsamène à une autre appréciation .Les faits réels. - Un rapport d'expertisedemandé en premiére citation, le 2 juillet,par le tribunal de grande instance deMarmande, ramène les faits à des dimensionsplus réduites, établissant que, seuls,quelques enfants « mal élevés» sont encause et que personne ne reproche rienaux parents. L'huissier, sans doute trompépar les déclarations d'un concierge, croittoutefois utile de faire une conclusiondéfavorable aux familles et ajoute cettephrase inquiétante :« A notre avis l'Office d'H.L.M. auraitpu loger toutes ces familles d'origine nordafricainedans un seul et même bâtiment,en plusieurs appartements, ce qui auraitévité un contact permanent avec les autreslocataires d'origine française (...»)La mobilisation. - Dès le début del'affaire, une pétition réunit en une semaine64 signatures dont celles de plusieursélus locaux, de quatre prêtres, delocataires du H.L.M... Rectifiant lesoutrances et les erreurs, elle précise notamment:Quelque part(en France ...« Les enfants sont accusés d'insulterles grandes personnes : il est évident que,les parents parlant très peu français, lesenfants sont amenés par la force deschoses à traiter d'affaires qui ne devraientpas les concerner, et c'est de cette façonqu'ils sont accusés d'insolence ... »« Cette mesure prise uniquement àl'encontre de « Français d'origine algérienne»nous' paraît être une mesurecurieusement discriminatoire et raciste,fo,!! regrettable à un moment où la presseet i'a radio font campagne auprès de l'opinionpublique pour l'accueil et l'intégrationdes immigrés.»Le M.R.A.P., également, prend fermementposition sur le plan départementalet national, par voie de presse et en intervenantauprès de la préfecture et de l'Officed'H,L.M ...Le jugement. - Le 8 décembre, le tribunalremarquant que l'expert n'a pu« constater lui-même les dégâts inyoqués »,que les reproches adressés aux famillessont extrêmement limités, que les déclarationsdu concierge sont largementfausses, tenant le plus grand compte de lapétition,. etc., condamne le président del'Office d'H.L.M. aux dépens.Notons toutefois que le tribunal nerejette pas la possibilité de regrouper lesAlgériens dans un seul et même bâtiment.Les signataires de la pétition et le M.R.A.P.restent vigilants.Moralité. - Quel est donc le fond del'affaire?


Du racketau meurtreNOUS avions besoin d'argent »,(( devait déclarer, lors de soninterrogatoire, Martin Bighelli,qui, avec trois complices, le samedi 22janvier, a tué à coups de carabine deux travailleurstunisiens. qui avaient refusé deleur en donner.Bighelli et ses complices, dont deuxjeunes gens mineurs, avaient orgamsedepuis le mois de septembre un racketparmi les travailleurs tunisiens, habitantde pauvres masures, des baraquementsdans la lointaine banlieue d'Ajaccio. Cinquantefrancs ici, cent francs là, tousétaient soumis à la taxe. S'ils n'obéissaientpas, c'était la râclée. La terreur régnaitparmi les Tunisiens, proies faciles pour lesfuturs assassins.Leur situation en Corse n'étant pas toujoursréguliére, on peut les détrousser surdes routes désertes, les cambrioler, lestaxer, les attaquer, les battre sans craindrequ'ils puissent se plaindre à quelque autoritéque ce soit. On sait qu'ils ont besoinde leur travail, qu'ils ne peuvent se permettrede le perdre, aussi dut soit-il, puisquerepose sur eux la vie de famillesentières restées au pays.«Nous voulions seulement leur fairepeur », ont déclaré les jeunes gens qui, sepassant la carabine, ont arrosé de vingthUitcoups de feu un baraquement, à Alata,occupé par plusieurs travailleurs. L'und'eux, affolé par la fusillade, Fezaï MessaoudBen Aicheb, âgé de 16 ans, fut tuépar une balle sectionnant l'artère aorte,alors qu'il faisait irruption hors de la baraque.D'Alata, les jeunes assassins retournèrentà Pietralba, où ils abordèrent un autreouvrier tunisien, M. Kalaoui Ben Saad.Un des deux mineurs, J. N., 15 ans, luiréclama de l'argent. Devant son refus, ilfit feu par deux fois sur sa victime, prétendantque le malheureux avait menacéson camarade, B. R., 17 ans 1/2, d'unepierre.Les témoignages d'autres ouvriers tunisienspermirent de retrouver la trace desmeurtriers et de les identifier.L'émotion a été vive en Corse, où d'autresscènes de violence se sont produites.Mgr André Collini, évêque d'Ajaccio, anotamment déclaré : «D ne s'agit pas desimples faits divers qui concerneraient uniquementles forces de police et la justice.La fréquence des scènes de violence prendvaleur de symptôme et révèle le malaisegénéral de la société dont nous sommesà la fois coupables et victimes.»Cf)CD=>c­o"7c., '" CDS&.InunI .. ésDURANT une froide nuit de cemois de janvier, une familleportugaise du bidonville deVilleneuve-le-Roi a péri carbonisée. Dansces baraques en planches, on se chauffeen faisant brûler dans un poêle rudimentairede vieux cageots, des débris de toutessortes. Les dangers d'asphyxie et d'incendiesont permanents.Jeudi 27 janvier, le M.R.A.P. était présentaux obséques de ces victimes d'unesociété inhumaine et d'un grand patronatcynique.Cinq cercueils, trois tout petits, ceux deMaria, 6 ans, Thérésa, 9 ans et Mario,18 mois; les deux autres sont ceux desmalheureux parents, Ollina et JoachimCastro de Ribeiro, 36 et 33 ans. Je medis qu'ils sont arrivés au bout de leurchemin de misère et de solitude.Des immigrés portugais nombreux,habitant ou non le bidonville, les frèresde M. et Mme Ribeiro, le maire, M. Maxi·me Kalinsky et les élus municipaux deVilleneuve-le-Roi, des représentants dediverses organisations démocratiques soit500 personnes environ, sont présents dansou hors de l'église, où la messe sera célébréeen portugais.Evidemment, cela montre que l'indifférencen'est pas totale, et pourtant quede résignation et de douleur muette dansles regards de tous nos frères immigrésrecueillis et dignes !...Sept baraques ont brûlé et c'est la municipalitéde Villeneuve-le-RoI qui a fait ensorte de reloger les familles sinistrées (unetrentaine de personnes environ) à Ivry,Vitry, Choisy, Orly et Valenton.C'est la municipalité également qui aouvert une souscription pour aider cesfamilles et qui a pris en charge les fraisdes obsèques, les frères de Ribeiro et leursfamilles faisant, hélas! partie des sinistrés.Les gerbes de fleurs sont celles dela municipalité, d'organisations démocratiques,de camarades portugais.Si j'insiste sur ces points matériels,c'est parce que, jusqu'à ce joûr, et bien!!!aïA»G)»zque la presse, la radio et la télévision aientabondamment commenté l'événement,aucun service officiel, soit social, soitadministratif, ne s'est manifesté. L'ambassadedu Portugal n'a pas bougé non plus.Ah, si ! l'Etat était présent : deux cars deC.R.S. derrière l'église ...Personne, en « haut-lieu », ne s'est doncsoucié ': de savoir comment les choses« s'arrangeaient» après ce drame. Commec'est souvent le cas en la matière, l'Etatse décharge de ses responsabilités etcompte sur la conscience humanitaire desgens. M. Chaban-Delmas et M. Vivien,ministre du Logement, ont pourtant « visitè»un bidonville, il y a quelques mois;tout comme M. Debré l'avait fait en1962, ils ont promis la disparition rapidede tous les bidonvilles ... M. Debré devaitle faire en deux ans, et pour M. Chaban­Del mas, décembre 1971 devait voir lafin de cette lèpre.Que ne viennent-ils voir le bidonvillede Villeneuve-le-Roi ... ou ce qu'il en reste!Cet ensemble de cahutes disjointes, envahiespar la boue et les détritus est unspectacle révoltant. Parmi les bidonvilles,recensés ou non, que je connais, celui-làest le plus inhumain, peut-être. Commentdes enfants, des familles peuvent-ils vivreainsi? Comment un pays qui se dit libéralet évolué peut-il permettre cette honteusesituation ·? Aucun accueil n'est prévu pources travailleurs nécessaires à notre économie.Une partie des dépenses militaires, parexemple, ne pourrait-elle pas servir à laconstruction des foyers ou logementsnécessaires? Le grand patronat françaiset les gouvernements des pays exportateursde main-d'œuvre tirent de substantielsprofits de ces immigrés: ne devraientilspas contribuer à leur relogement?Hélas! combien faudra-t-il encore demorts, de catastrophes de cette sorte,pour que des mesures efficaces soientprises par les autorités responsables?Marie-France SOTTET.Que faire?Al'initiative de la Confédérationnationale des locataires, diversesassociations, dont le M.R.A.P.,viennent de lancer un appel demandantdes mesures urgentes pour le logementdécent des travailleurs immigrés. Aprèsavoir souligné que « nombreux sont ceux(de ces travailleurs) qui participent à laconstruction de logements sans en profiter», les associations signataires soulignent« que 20 % de la population étrangère,soit plus de 650000 personnes, vivent dansdes taudis (meublés, garnis, bidonvilles detoutes sortes) ; qu'il faut trouver une solutionnouvelle pour 240 000 isolés et100 000 familles; que, selon le rythmed'introduction de main-d'œuvre immigréeprévue par le VIe Plan, il faut prévoirl'accueil, chaque année, de 90000 isoléset de 20 000 familles; que la situationprèsente compromet gravement la santéde ces hommes, de ces femmes et de cesenfants (plus de 700 000 d'âge scolaire);que les équipements sociaux collectifs sontactuellement sacrifiés à une politique deprofits; que la pénurie actuelle de l'habitatlaisse en fait le champ libre aux marchandsde sommeil en tout genre; que cettesituation accentue la discrimination quipése sur les travailleurs immigrés et favoriseainsi le développement du racisme ».Pour résoudre ces graves problèmes, lesassociations préconisent, dans le cadred'une politique sociale du logement, unesérie de décisions immédiates : « Que lescrédits destinès à la résorption de l'habitatinsalubre soient considérablement augmentés;que la contribution patronale, sousforme du 1 % supplémentaire ou de réservationde lits, soit au moins doublée;qu'aucune expulsion n'ait lieu sans qu'unrelogement convenable, tenant compte desconditions de travail et de transport desintéressés, soit préalablement proposé;que l'habitat des immigrés et de leursfamilles soit de plus en plus intégré àl'habitat des Français, par l'augmentationdes crédits destinés à la constructionH.L.M. pour le relogement de tous lestravailleurs sans discrimination; que lagestion des foyers de travailleurs immigréssoit d'abord une gestion sociale, et que lestravailleurs y soient associés».Appuyant pleinement sur ce chapitre laplate-forme revendicative de la C.G.T. etde la C.F.D.T. à l'occasion de leur semained'action du 7 au 12 février, les associationsinvitent enfin l'ensemble de la populationà intervenir auprès des élus.Cet appel est signé par : la Confèdérationnationale des locataires, l'Amicaledes Algériens en Europe, la F.A.S.T.I.,la CIMADE, le M.R.A.P., l'Union généraledes travailleurs ' sénégalais en France.8DROIT ET LIBERTÉ - N° 310 - FÉVRIER 19729


d.o .....Le tempsdu· méprisLA grève de la faim des sept fonctionnaires des D.O.M.s'est terminée le 24 janvier à 0 heure. La vertueuseindignation du ministre des D.O.M. qualifiant de« moyen de pression inadmissible» cette grève, nous conduità nous interroger sur les moyens dont dispose le citoyenantillais pour protester contre l'arbitraire.Ainsi depuis plus de dix ans, la répression gouvernementale,au mépris de la légalité républicaine, contraint des hommeset des femmes à l'exil. Las d'attendre, forts de leur bon droitreconnu par les plus hautes juridictions, quelques-uns d'entreeux engagent une bataille contre la discrimination. Batailled'espoir. Espoir dans les lois de ce pays. Espoir dans lavigilance des organisations syndicales et démocratiques.Espoir dans le sursaut d'une opinion publique anesthésiéepar les mass media à la dévotion du pouvoir. Aux yeux decelui-ci, c'est inadmissible.Pour important qu'il ait été, le mouvement de solidaritén'a pas suffi à sortir le gouvernement de son silence dédaigneux.Les pétitions, les meetings, les défilés, les interventionsdes plus hautes autorités morales se sont heurtés àsa morgue hautaine. Imperméable à la discussion, indifférentau sort de ces hommes et de cette femme qui risquaient leurvie pour le triomphe de la loi, il s'est tu.Un membre du cabinet de M. Chaban-Delmas aurait déclaré :« Laissons pourrir le mouvement; croyez-vous que les Françaisvont se mobiliser longtemps pour sept fonctionnaires antillaiset réunionnais?» Cela donne la mesure du mépris dans lequelest tenue l'opinion publique française.Inadmissible, ce jeûne. Admissible, en revanche, la répressioncolonialiste selon la loi du plus fort. Admissibles aussil'exil et le bannissement sans jugement de familles entières.Mais il ne s'agit que de ces citoyens marginaux que sont lesAntillais et les Réunionnais. Exil qui s'apparente singulièrementà l'assignation à résidence qu'ont connue les Algériens.En attendant les camps de concentration.Mais, en haut lieu, on a la mémoire courte. On oublieque le temps du mépris précède sou'vent de peu celui de larévolte. Le schéma de la décolonisation est monotone àforce de se répéter .L'âne bOÎteuxDans la « Mort de l'Etat républicain» M. Michel Debréécrit : « Quand on parle d'âne bOÎteux, personne en Francen'a de doute, c'est la justice qui est visée.»Ce n'est pas une simple boutade. C'est toute une politiquequi est ici définie par le père de l'ordonnance de 1960.Toute l'économie de celle-ci qui permet sans jugementl'expulsion ou la' révocation des fonctionnaires antillais etréunionnais, ne vise à rien moins qu'à mettre la justice horscircuit. Et même quand les juges, après sept ou huit ansd'interminables batailles de procédure, sont saisis, leurs sentencessont foulées aux pieds.Joby Fanon emmené en ambulance, du siège du M .R.A.P. à l'hôpital,où il a poursuivi la grève de la faim encore trois jours et demi.A deux reprises, les jugements rendus au nom du peuplefrançais n'ont pas été exécutés. Les arrêtés illégaux, annulés,sont maintenus. Les ministres admettent ces dénis de justice.Ils trouvent admissible de refuser de se soumettre à des jugementsqui ont force de loi et transforment ainsi, par leurcomportement antidémocratique, la justice en « âne boiteux».Depuis près d'un mois que la grève est arrêtée, aucuneinitiative n'est prise par le gouvernement. L'opinion, unmoment alertée se reporte sur d'autres problèmes. La techniquedu pourrissement semble réussir. Plus grave, le gouvernementdurcit sa position et prépare l'accentuation de la répression.Les grévistes Barret, de Gamaleya, Miron n'ont pas perçuleurs traitements. Il serait même envisagé, contre toute logiqueet au mépris du statut de la fonction publique, de déclenchercontre eux une procédure d'abandon de poste. Avec au boutleur révocation.Qui p(us est, loin d'abroger l'ordonnance, son extension àtous les fonctionnaires serait à l'étude. Il . s'agirait par cebiais, cie faire disparaître le caractère exceptionnel etdiscriminatoirede ce texte en le rendant applicable à tout leterritoire français!Ce projet, s'il voyait le jour, confirmerait ce que nous avonsconstaté de tout temps, à savoir que les mesures attentatoiresaux libertés publiques sont d'abord expérimentées et limitéesaux colonies et ensuite généralisées à toute la France.L'érosion des libertés publiques est à la mesure de l'indifférencede l'opinion publique, de son insuffisante vigilance,de la démission de la majorité parlementaire. Le mépris dupouvoir fait le reste. Benjamin Constant déjà notait : « Quele paysan laboure, que le fabricant fabrique, que le prêtrepsalmodie ... que chacun enfin fasse son métier, est la devisedu pouvoir, lorsque le 'pouvoir veut opprimer les hommes. »Nous avons tout essayé. Notre confiance dans les institutionsjudiciaires de ce pays a été taxée de naïveté, voired'inconscience.Il s'agit pour nous, désormais de tirer les conséquencesdu choix gouvernemental refusant tout dialogue. Il s'agitfondamentalement pour nous du refus de l'oppression .Joby FANONhier et aujourd'hui.Qui protègeKlaus · Barbie ?KLAUSBARBIE, le « boucher deLyon» paiera-t-il jamais pour sescrimes monstrueux ? Comparaîtrat-ildevant les juges français? S'il en étaitainsi, cela signifierait qu'il a été « lâché»par ceux qui le protégent depuis 28 àns.Rappelons briévement les faits (1). Chefde la gestapo de la région lyonnaise depuisl'invasion de la zone sud (novembre 1942)jusqu'à la Libération, Klaus Barbie organisaune répression féroce contre les résistants,et la déportation massive des juifs.Il tortura personnellement Jean Moulin,président du Conseil national de la Résistance,l'ingénieur Max Barel, RaymondAubrac. On a retrouvé un télégramme parlequel il annonce l'envoi d'enfants juifsà Drancy, d'où ils partiront pour les chambresà gaz. Lors du procés d'Oberg etKnochen, responsables des services policiersnazis pour l'ensemble de la France,le commandant Flicoteaux, commissairedu gouvernement devait souligner, en septembre1954, que « de nombreuses exécutionssommaires dans la région de Lyon aucours de la période qui suivit le débarquementallié, furent l'œuvre de Barbie ».Comment ce massacreur échappera-t-ilau châtiment? Le sang de ses victimesn'est pas encore séché que Klaus Barbiese rend au-devant de l'armée américaine,sur la route de Bourgoin. On perd ensuitesa trace pendant quelques années. Troismandats d'arrêt sont délivrés contre lui parle juge d'instruction militaire de Lyon, les31 août, 12 septembre et 6 décembre 1945.En vain. Et c'est par contumace que letribunal militaire le condamne à mort, le16 mai 1947, verdict confirmé le 28 novembre1954.Mais, entre temps, le « boucher deLyon» est retrouvé. « Lors du procésHardy, en mai 1950, précise « Franced'Abord », le commandant Gardon, commissairedu gouvernement, déclara officiellement,dans l'acte d'accusation, qu'il avaitsouhaité une confrontation Hardy-Barbie,mais que celui-ci « ne peut être extradé.pour des raisons intéressant la défensenationale des Etats-Unis». Au cours dumême procés, le commissaire Bibes vintdéposer sur ses rencontres, en cours d'enquête,avec Barbie. Il l'avait rencontré le14 mai 1948 à Francfort et les 18 mai et16 juillet 1948 à Münich, dans les locauxde l'armée américaine, en présence d'officiersaméricains, après s'être engagé à neposer aucune question sur son activité del'époque» (2).Cette activité, on la devine alsement :le bourreau nazi s'est vu confier un emploicorrespondant sans doute à ses talentsdans les services secrets américains. « Barbie,écrit « France-Soir)), était en 1947L "homme de la situationM. Hubert Schruebbers - c'est l'hebdomadaire Der Spiegel qui le fait savoir -exerçait sous Hitler, les fonctions de procureur dans les procès politiques, intentésaux communistes et à d'autres adversaires du régime. Il a requis contre eux delourdes peines devant les tribunaux d'exception à Hamm, Dortmund, Cologne,Düsseldorf et Karlsruhe.Interrogé. M. Schruebbers déclare avoir fait condamner ces antinazisIl pour haute trahison)) et affirme Il ne rien trouver d'immoral dans ses antécédentsjudiciaires Il.Or, aujourd'hui, en République fédérale allemande, ce zélé serviteur du nazismeest ... président de l'Office de protection de la Constitution.Ses dispositions d'esprit n'ont guère changé. C'est sur avis de l'Office qu'ildirige que le Parti communiste allemand (D.K.P.' a été déclaré Il ennemi sans équivoquepossible de la Constitution Il. Il est aussi chargé de veiller à la révocationde tout fonctionnaire qui serait qualifié d'II extrémiste Il, en vertu d'une décisionprise récemment par la réunion des Premiers ministres des laender. Cette mesurequi, cyniquement, met sur le même plan les néo-nazis et les opposants de gaucheà la politique du gouvernement, vise, de toute évidence, essentiellement ces derniers.Est-ce le mêmehomme? Enhaut. KlausBarbie à 30ans. alors qu'iIdirigeait 1 aGestapo deLyon; en bas,Klaus Altmann.photographiérécemmentau Pérou.- avant de disparaître - en étroite liaisonavec la C.I.A., contacts que semble avoirmaintenus, celui qui se fait appeler, enBolivie, M. AItmann» (3).La « découverte» de ce prospére hommed'affaires, qui ressemble tant à Barbie, seproduit 25 ans aprés la « disparition» decelui-ci, dont la présence fut cependantsignalée successivement à Stadtbergen(Baviére), à Vienne (Autriche), au Caire,aux Etats-Unis, en Amérique Latine enfin,où il se rendit lorsqu'en 1961, la Fédérationouest-allemande des Victimes dunazisme (V.V.N.) porta plainte contre iui.Que s'est-il passé pour que, soudain, soncas revienne à la premiére page des journaux?Le 2 février 1971, un accord est concluentre la France et la République Fédéraleallemande sur le châtiment des criminelsde guerre. Son application entraînerait-ellela reprise de la procédure contre lesanciens nazis condamnés par contumace enFrance et qui vivent en toute quiétudeoutre-Rhin? On l'ignore, puisque cet accordn'est toujours pas ratifié et que son contenun'a pas été rendu public par les autoritésfrançaises, malgré de nombreuses demandes.Une lettre à ce sujet, adressée enseptembre 1971 par le M.R.A.P. au ministredes Affaires Etrangéres, est restée sansréponse.En tout cas, le 22 juin dernier, le procureurRabi, de Münich, décidait de classer« faute de preuves» le dossier Barbie.On se souvient de l'émotion que provoquacette décision : le 13 septembre, une délégationde cinquante représentants de laRésistance et de la Déportation conduite10DROIT ET LIBERTÉ - N° 310 - FÉVRIER 197211


~par M. Marcel G. Riviére, arrivait àMünich, venant de Lyon, et etaIt reçueau siége du Parquet, par le procureurgénéral adjoint, M . Ludholf. Parmi lesdélégués, se trouvait le président du Comitélyonnais du M.R.A.P., Gilles Lewkowitz.Peu aprés, conformément aux promessesobtenues, on apprenait la réouverture dudossier C'est à ce moment que KlausAltmann quitte la Bolivie pour le Pérou.Dans des condItIons mystérieuses, le parquetde Münich entre en possession dephotos et d'informations indiquant queKlaus Altmann et Klaus Barbie ne sontqu'une seule et même personne. Le gouvernementfrançais, informé à son tour,reste passif pendant plusieurs semaines, etquand il demande au gouvernement péruvienl'extradition d'A1tmann, celui-ci aregagné depuis quelques heures la Bolivie,où il rencontre le ministre de l'Intérieur.Quand la Bolivie est saisie à son tour d'unedemande d'extradition, on annonce à LaPaz l'emprisonnement d'Altmann pour unevieille affaire de dette. Quelques joursaprés, étant libéré, il « disparaît ». Altmann,cependant, tout en admettant avoir été· SS,se défend d'être Barbie.Mais le parquet de MüniclJ. déclare quel'examen anthropométrique de sa photo,comparée à celle de Barbie, est concluant.De plus, les dates de naissance donnéespar Altmann pour lui-même et ses enfantssont exactement les mêmes que celles deBarbie et de ses propres enfants.Des questionsA ce point de l'évolution des événements,maintes questions se posent; et lesposer ne peut d'ailleurs que contribuer àéclairer cette sombre affaire :• Est-il vrai, comme l'écrit « France­Soir» (3) que la « découverte» et larecherche de Barbie résulte d'« un réglementde comptes» entre services secrets?Selon ce journal, « l'ami» chez qui Altmanns'était réfugié au Pérou, un nommé FritzSchwend, serait, lui aussi, « lié de très prèsaux services secrets américains)). La photoreçue par le procureur de Münich et lesinformations ayant permis d'identifier lepersonnage, proviendraient de deux Allemandsvivant l'un en Bolivie, l'autre auPérou. Si « réglement de comptes'» il y a,se produit-il entre agents ouest-allemandset américains? Ou bien agissent-ils d'uncommun accord? Veulent-ils ou non « perdre»Barbie ? Le peuvent-ils?• Comment expliquer lele soudaindu parquet de Münich (auquel l'appareiljudiciaire ouest-allemand ne nous a guérehabitué) qui, aprés avoir tenté de protégerBarbie, s'évertue apparemment à le confondre?Comment expliquer qu'il ait recours,pour cela, aux bons offices de Mme BeateKlarsfeld, qui s'est rendue au Pérou et enBolivie porteuse, dit-on, de documents permettantd'identifier Klaus Altmann, et quirevient à Münich, où le procureur Ludholfse fait un devoir de lui confier d'autreséléments d'information? Or on sait queMme Klarsfeld, en raison de ses activitéspassées a eu maille à partir plusieurs foisavec cette même Justice ouest-allemande,dont aujourd'hui elle « apparaît décidémentcomme l'interlocuteur privilégié», écrit« France-Soir » (3). Pourquoi le parquet deMünich, le gouvernement de Bonn n'agissent-ilspas eux-mêmes, directement? Neconnaissaient-ils pas avant ces derniéressemaines la véritable identité d'Altmann?• Pourquoi le gouvernement français,convaincu aujourd'hui qu'Altmann est enréalité Barbie, a-t-il tant tardé à demanderson extradition? Evoquant la demandefaite au Pérou, qui est parvenue aprés ledépart d'Altrhann, « Le Monde » (4) posela question de savoir si elle « n'a pas étéfaites sciemment avec retard afin d'éviterde faire échouer les efforts actuels deParis en faveur d'une amélioration desrelations avec le Pérou». Mais une autrequestion se pose. Altmann, qui dirigeaitau Pérou une compagnie de transportsmaritimes, a déclaré dans une interviewtélévisée, qu'il négociait actuellement avecla Compagnie Générale Transatlantiquefrançaise, et qu'il a fait tout récemmentun voyage en France. Quel en était l'objetexact? Les autorités françaises ignoraientellesal~rs les soupçons qui pesaient surcet homme ? N 'ont-elles pas eu la curiositéde s'interroger à son sujet?Un proche avenir, peut-être, apporteracertaines explications à ce faisceau de faitstroublants. Le M.R.A.P., pour sa part,appuie les efforts du Comité national deliaison pour la recherche et le châtimentdes criminels de guerre, formé de plus de40 organisations d'anciens résistants etdéportés. Il a participé à la manifestationqui s'est déroulée à l'initiative de ceComité, le 9 février devant l'ambassade deBolivie à Paris (5). Il demande au gouvernementfrançais d'intervenir avec toute lavigueur nécessaire pour qu'enfin le criminelBarbie soit arrêté, extradé et châtié.Louis MOUSCRON(I) Voir «Droit et Liberté" de septembre-octobreet de novembre 197 1.(2) «France d'Abord - Le Journal de la Résistance"septembre·octobre 197 1.(3) « France-Soir ", 1 cc février 1 972.(4) «Le Monde ", 1 cc février 1972.(5) Le M.R.A.P. était représenté notamment parCharles Palant, Albert Levy, Alexandre Chil-Koz·lowski, Francis Boniart, Marguerite Kagan et denombreux militants.......rs 4 et 5 décembre 1971 s'est tenueà Paris, à la salle des conférencesdu Sénat (Palais du Luxembourg)une conférence internationale sur lamédecine et la guerre d'Indochine.Convoquée par un Comité d'initiativecompos~ de médecins et de scientifiquesvenus de tous les horizons politiques etgéographiques (des pays capitalistescomme des pays socialistes), hautementqualifiés, comprenant plusieurs PrixNobel, elle a rassemblé pendant cesdeux jours plus de 200 médecins etsavants de 17 pays. Il y avait parmi euxdix personnalités scientifiques et médicalesaméricaines, pour la première foisréunies avec des représentants indochinois,médecins non seulement de laRépublique Démocratique du Viêt-nam(R.D.V.N .), mais aussi des zones libéréeset combattantes du Viêt-nam du Sud,du Laos , du Cambodge, venus spécialementà Paris pour cette occasion.Les qualités techniques et scientifiquesdes rapporteurs et leur expériencepuisqu'ils avaient presque tous été enIndochine et avaient étudié et vécu surplace les problèmes dont ils parlaient,que ce soit dans les zones libérées oudans les zones occupées par l'arméeaméricaine, ont donné aux travaux unintérêt exceptionnel.Un espoir était né lors de l'annoncede l'arrêt des bombardements au Nordet de la promesse de désengagement del'armée américaine . En fait, et de nombreuxexemples ont été donnés, les bombardementsn'ont jamais cessé sur lazone sud de la R.D.V.N. et bien aucontraire ont continué, de plus en plusperfectionnés et denses sur toutes leszones libérées du Sud-Viêt-nam. Récemmentmême ils ont repris sur le territoirede la R.D .V.N ., écrasant les objectifscivils, comme par exemple l'hôpitalde Than Hoa. Au lieu de l'arrêt de laguerre, c'est son extension à toutel'Indochine qui s'est produite, et, poursuppléer au départ d'un nombre restreint20 millions de trous de bombes. Le paysage« remodelé ». Une guerre typiquement raciste.de fantassins , on assiste à l'utilisation deplus en plus raffinée de toutes les techniquesles plus modernes de l'électronique,de l'informatique et d,e la chimieau service de la guerre « presse-bouton ».Il s'agit d'une véritable guerre expérimentalepratiquée avec des moyens quasiindustriels. C'est de plus une guerretypiquement raciste : il s'agit de populations« jaunes» et considérées par lePentagone comme sous-développéesmatériellement et intellectuell ement.Citons quelques interventions. LeDr Sidel, récemment de retour d'Indochine,professeur de sociologie médicaleau College Albert Einstein de New York,a mis en évid ence l'utilisation par lesforces américaines de la médecine à desfins militaires et politiques.Le Dr Steven Rose, de Grande­Bretagne, professeur de biologie amontré que l'usage des nouvellesbombes anti-personnelles dont les fragmentsen plastique sont spécialementconçus pour être invisibles aux RayonsX, donne une indication sur la nouvelle""-Les crateres,les n~aruueriteset les hOluUlesstratégie utilisée par les Etats-Unis envue d'immobiliser le maximum de ressourcessanitaires en rendant le traitementdes blessés extrêmement difficileet en prolongeant leur invalidité lorsqu'ilspeuvent être sauvés. Il a dénoncé l'hypocrisiequi consistait pour les dirigeantsaméricains à annoncer qu'ils renonçaientà l'utilisation du célèbre et terrible « produitorange» alors qu'il était encore utilisé,ainsi que d'autres défoliants et, surtout,que l'armée « fantoche» sudvietnamienneen avait de grands stocksà sa disposition.Le professeur A. Westing (U.S.A.) .professeur au Windham College, départementde biologie, qui a fait troisvoyages aux Viêt-nam du Sud pour enquêterpour la Commission des affairesétrangéres du Sénat américain sur leseffets des bombardements et l'épandagedes produits chimiques, et dont lerapport fait autorité, parla des différentsprocédés de dévastation totale employés,depuis les gaz jusqu'à la fameusebombe de 7 ,5 t « daisy-cutter» (( faucheusede marguerites») qui détruit toutdans un rayon d'un kilomètre (300 ha) ,mais agit également sur la flore et surl'homme dans un secteur plus étendu .Il conclut: « Il apparaît clairement que lepaysage de l'Indochine est, sans scrupuleet implacablement, remodelé à uneéchelle sans précédent dans l'histoire».Un médecin délégué par le service desanté du Front de Libération du Sud­Viêt-nam attira l'attention sur ce qu'il aappelé la « cratérisation» de l'Indochine.Il y a maintenant plus de 20 millionsde trous de bombes qui sont autantde réservoirs d'eau stagnante et desources de maladies, car ils servent derepaires à tous les insectes propagateursde maladies comme la filariose, ladengue et le paludisme.Le Dr. Feinbloom (U .S .A.) a fait ladémonstration de la mise en action d'un« champ de bataille automatique »,zone entièrement démunie de soldats,mais scientifiquement et industriellementparsemée d'engins destructeurs etinformateurs, pièges à hommes « écoutés»et commandés à distance».Faisant contraste avec cette viciationde l'esprit qui fait tourner la science versla destruction de la vie, l'effort des servicesde santé de la R.D.V.N. et des servicesde santé des forces libératricesdes pays d'Indochine apportpit de solidesraisons d'espérer en l'homme, de mêmeque les interventions des délégués desdifférentes associations médicales nationalesde solidarité.Le Dr. Dorothy Hodgkin, de Grande­Bretagne, Prix t'Jobel, récemment deretour de R.D .V.N. a montré le hautniveau scientifique de la médecine dansce pays, de même que d'autres témoins.Des rapports des Drs Pholsena, du Laos,ln Sokan , du Cambodge, Tran Huu Tuocet Hoang Thuy Nguyen de la R.D.v.N .,Nguyen Kim Hung du G. R. P. du Sud­Viêt-nam ont montré les difficultés etles réalisations tant dans les soins quedans l'édification du réseau médical,dans la formation des cadres médicaux,dans la création des bases matérielles(infirmeries, hôpitaux, fabrication demédicaments et de vaccins) et les travauxde recherche. L'aide des payssocialistes a été évoquée par le professeurSakaharow, vice-président de laCroix-Rouge soviétique, le Dr. Gavalda ,de Cuba, le Dr. Szanto, de Hongrie.Enfin , les délégués des AssociationsMédicales Européennes (France, Italie,Grande-Bretagne, Belgique, Hollande,Suède , Allemagne fédérale, Suisse) ontapporté leurs expériences et leursprojets.A l'issue de ces deux jours de travauxtrès denses, une résolution a été votéedont voici la conclusion:« La Conférence Internationale sur lamédecine et la guerre d'l ndochine quia pu réunir tant de médecins venus dedifférents pays d'Asie, d'Afrique,d' Europe et d'Amérique, décide dedévelopper au maximum à l'échelleinternationale le soutien moral etmatériel aux services sanitaires et auxpeuples d'Indochine».Dr. Arlette SOlOMON-CARPENTIER.Nous rendrons compte dans notreprochain numéro de l'ASSEMBLÉEMONDIALE CONTRE LA GUERRED'INDOCHINE qui se déroule âVersailles les 11, 12 et 13 février,et à laquelle participe une délégationdu M.RA.P.12DROIT ET LIBERTÉ - N° 310 - FÉVRIER 197213


~ leur « ami ))(( C'est une attitude incroyable », s'estexclamé un délégué africain, à propos del'abstention de la France dans les quatreprincipaux votes qui sont intervenus lors dela session africaine du Conseil de Sécurité,à Addis-Abeba.C'était la premiére fois, depuis sa créationen 1945, que le Conseil de Sécuritéde l'O.N.U. quittait New York.Ouverte le 28 janvier, cette session étaitconsacrée aux problémes de l'Afrique au s­trale, d'une importance majeure pour l'avenirdu continent tout entier : l'apartheiden Afrique du Sud, le sort de la Namibie,et la situation au Zimbabwe (Rhodésie).Au nom du gouvernement français,M. Jacques Kosciusko-Morizet a refusé devoter une resolution, approuvée par tousles autres membres du Conseil, qui manifestaitson (( opposition totale à la politiqued'apartheid de l'Afrique du Sud»,reconnaissait (( la légitimité de la lutte dupeuple sud-africain opprimé, conformémentà ses droits politiques et humains» et réclamaitla libération immédiate de tousles opposants à l'apartheid. M. Kosciusko­Morizet, invoquant les difficultés de liaisonavec Paris, a justifié son abstention enexpliquant qu'il ne pouvait voter un textedemandant aux pays d'observer l'embargosur les fournitures de matériel militaire aurégime de Pretoria.Abstention encore de la France - et dela Grande-Bretagne - en ce qui concernele retrait des forces d'occupation sudafricainesde Namibie, l'ancien Sud-Ouestafricain annexé par l'Afrique du Sud.Abstention également de la France- et veto britannique - sur le projet derésolution africain qui demandait à laGrande-Bretagne de renoncer à l'applicationde l'accord de principe conclu le14Manifestation en Rhodésie.« Une attitude incroyable))24 novembre 1971 entre M . lan Sqlith,Premier mlmstre de la Rhod é si ~ , etSir Alec Douglas-Home.Ce plan qui accorde actuellement ledroit de vote à 7 000 Africains sur 5 millions,permettrait à ces derniers d'accéderà la majorité dans... 65 ans.L 'arrivée de la commission d'enquêteprésidée par Lord Pearce et qui necomprenait que des blancs, le 11 janvierà Salisbury donna le signal à de nombreusesmanifestations dans la populationafricaine.La répression de la police rhodésienneaidée des unités sud-africaines qui stationnentsur le territoire fut sanglante :i M-NLa Namibie paralyséePour la premlere fois dans l'histoirede la Namibie (Sud-Ouest africain), unvaste mouvement de grève paralysanttoute .activité économique se poursuitdepuis la mi-décembre à travers tout leterritoire .Les grévistes, des Ovambos (originairesdu Nord du pays), entendent dénoncerl'occupation illégale de la Namibiepar l'Afrique du Sud qui a été déclaréedéchue de son mandat en 1967 parl'O.N.U. Ils protestent également contreles mesures discriminatoires qui leurinterdisent de changer de travail et dedemander des augmentations de salaires.L'ampleur de cette grève inquièteparticulièrement les autorités de Prétoria ,qui ont annoncé l'envoi de renforts depolice afin de « protéger le public contretoute intimidation» (!). Les résultats nese sont pas fait attendre: 90 personnes,dont 11 femmes et 4 enfants ont étéquatorze morts, cinquante-six blesses parmiles Africains.Enfin, la France s'est aussi abstenuelors du dernier vote demandant au Portugalde retirer ses troupes d'Angola, deMozambique et de Guinée-Bissao, auxEtats de reconnaître l'indépendance deces pays et de cesser toute aide quipermettrait au Portugal de continuer larépression. Il faut rappeler l'importancedes intérêts français dans la constructiondu barrage de Cabora-Bassa, sur le Zambéze,au Mozambique, dont les 3/4 dela production en électricité sont destinésà l'Afrique du Sud, la Rhodésie et leMalawi.z«l'J;21 lujoë5:M . Kadjavivi au siège du M.R.A.P.tuées dans le « Bantoustan» de 1'0vamboland.Pour exposer la gravité de la situation,M. Peter Katjavivi , représentant à Londresdu S.W.A.P.O. , mouvement delibération qui a engagé la lutte armée,a tenu le 27 janvier une conférence depresse au siège du M.R.A.P., la veille del'ouverture de la session africaine del'O.N.U .Un même titre : « Notre ami XavierVallat» dans Rivarol et dans Aspectsde la France! Que les deux journauxrevendiquent, après Minute, l'amitiéde ce personnage ne nous étonne pas!Pas plus que ne nous étonne le panégyriquefait dans Rivarol (13-1-72)par Pierre Dominique, qui s'extasiesur la haine des juifs dont était animél'ex-commissaire aux questions juives.Il Il ne les voulait, dit Pierre Dominique,rapportant un mot de Xavier Vallat,Il qu'à dose homéopathique Il. Je lui aisouvent entendu dire qu'il n'y avaitpas en lui la moindre idée de persécutionmais qu'il voulait empêcher uneinvasion Il.De son côté, Bernard Fay dans Aspectsde la France, ose écrire : Il Vallataccepta les tâches les plus dures etles plus dangereuses : nettoyer ethumanis'er le commissariat aux Affairesjuives, succéder à Henriot assassinépour avoir défendu la vérité. IlNettoyer et humaniser, deux motsodieux quand on connaît le destin detoutes les victimes du Commissariataux questions juives.la bataille d'IrlandeLa situation s' aggrave en Irlande du Nord. Le 30 janvierdernier, l'armée britannique a ouvert le feu par une manifestation- interdite - organisée à Derry par l'Associ.ation pourles Droits civiques qui rassembla 3000 personnes s'élevantco.ntre les arrestations arbitraires et les mesures d'internementsans jugement. Bilan de cette répression : 13 civils tués,16 blessés.30 000 personnes dans une ville paralysée par la grève , ontsuivi les obsèques. La République d'Irlande proclamait sasolidarité en décrétant une journée de deuil national ; à Dublin,40000 travailleurs ont manifesté devant l'ambassade britanniquequi a été incendiée.La situation échappant de plus en plus au gouvernement deBelfast qui se contente de. menacer les catholiques de représailleset de réaffirmer sa volonté de rester dans le Royaume­Uni, la main-mise de Londres sur l'Ulster se fait plus directeet l'armée britannique joue un rôle grandissant. Aussi . craignaitonà juste titre que la marche silencieuse, organisée le 6 févrierpar l'Association pour les Droits civiques, donne lieu aussi àun massacre . Malgré l'interdiction, le défilé fut maintenu.Le retrait des troupes britanniques, l'abolition de la législationrépressive, le respect des droits démocratiques de tous leshabitants de l'Irlande du Nord et l'obtention d'un systèmeélectoral égalitaire sont les principales revendications de l'Associationpour les Droits civiques, qui mène, depuis 1968, unecampagne de désobéissance civile. . 'La grève des impôts et des redevances directes est observéeà 100 % dans de nombreux quartiers catholiques. L'Associationvient de recevoir le soutien des Trade-Unions britanniques quidemandent un programme exceptionnel d' aide économiquepour résoudre le chômage grandissant en Ulster: il s'élève à8,4 % pour l'ensemble de la population, et touche 30 % descatholiques contre 3 à 4 % des protestants.DROIT ET LIBERTÉ - N° 310 - FÉVRIER 1972Ils rêvent de février 1934Ordre Nouveau continue ...Croix celtiques au vent, « Ordre Nouveau», le G.U.D. organisationd'étudiants d'extrême-droite, la Restauration nationale,et « des personnalités de l'Opposition nationale», comme dit« Rivarol», décidaient de manifester au Quartier Latin ce jeudi2 7 janvier (ci-dessus) sous prétexte de dénoncer les scandalesfinanciers. Ils renouent avec la tradition et célèbrent peut-êtredes anniversaires; c'est aussi au nom de la défense d'un certain« Ordre moral» qu'en février 1934, les Croix de feu, Camelotsdu Roi et autres descendaient dans la rue.Etait-ce la première sortie publique de ce « Front national»dont parle « Rivarol» (13-1-1972) qui poursuit cc sa campagnepermanente pour l'unité de (leur) famille politique Il? C'est, entout cas , toujours selon « Rivarol» (27-1-1972) , « la première(manifestation) admise par le pouvoir depuis deux ans» de lapart des groupements de cette sorte. cc Il importe, lit-on encoredans ce journal, de développer au maximum les possibilitésd'intervention positive dans la vie politique du pays Il.On est fixé , si on avait des doutes sur les perspectivesqu'envisage l'extrême-droite en France. D'autant que la veillede cette manifestation, « Ordre Nouveau» avait bénéficiéd'une étrange caution.Dans un jugement rendu le 26 janvier par la XVII e Chambrecorrectionnelle, quatre journalistes - A . Laloue et A. Wurmserpour l'Humanité, M . Rodinson pour Lutte ouvrière et J.-P.Beauvais pour Rouge - étaient condamnés chacun à 200 Fd'amende et 1 F de dommages et intérêts cc pour avoir employédes expressions de nature à nuire à l'honneur et à la considérationdes membres d'cc Ordre Nouveau'II, ainsi que le précisaitLe Monde du 28 janvier 1972. Il s'agissait d'une plainte endiffamation et injures engagée par « Ordre Nouveau» à proposdes comptes rendus de la réunion publique organisée par cemouvement le 13 mai 1970 à la Mutualité.15z«l'J;2.!!1iDoë.ca..•


Selon que vous serez .•.Une grève s'est déroulée parmi le personnel d'Air France, enMartinique, qui demandait à bénéficier des mêmes avantagesque le personnel métropolitain, et surtout, aux mêmes taux,Car, lorsqu'avantages il y a, c'est à un taux absolument discriminatoire.Ainsi. la prime de voiture est de 350 F par mois pourle métropolitain, de 5,75 F pour l'Antillais; l'allocation-maternitéde 789 F pour le premier, de 351 F pour le second; lescongés payés de 36 jours ouvrables, plus 2 jours de délai deroute, plus 1 jour de visite médicale pour le premier, de28 jours ouvrables pour le second; l'avancement régulier tousles 2 ans pour le métropolitain, tous les 8 ans pour l'Antillais!Sans commentaire.cc Les pinardiers et les juifs ))Le 22 janvier, dans le village de Saint-Samson-de- Bonfossé(M anche) se tenait un rassemblement de bouilleurs de cru,réunis pour réclamer une liberté plus grande dans la fabricationde l'alcool. Un député, un sénateur, étaient présents. Il y eut denombreux discours, des envolées lyriques (( Votre cause estjuste, puisque c'est celle de la liberté »). On s'éleva « contre lesvisites domiciliaires et les perquisitions, méthodes d'un autreâge, méthodes révoltantes, qui sont indignes d'une nationdémocratique ».L'une de ces harangues retient notre attention. M . Fouilleul,vice-président des Distillateurs du Mortainais, affirmant qu'il« n'irait pas par quatre chemins», dénonça avec véhémence :« les banques, les gros pinardiers et les juifs» (La Manche Libre,30 janvier 1972).Ces propos aussi rappellent « un autre âge». L'antisémitisme,ici comme ailleurs, est un moyen de masquer les véritablesproblèmes, les vrais responsables. Les paysans ont besoind'une analyse lucide pour se défendre contre les graves difficultésqui les assaillent (et pas seulement en matière de fabricationd'alcool). De pareilles diversions ne peuvent que leurrendre le plus mauvais service.Quand les faits sont si clairsDans une déclaration à la presse, l'archevêque d'Adelaïde,Mgr James William Gleeson, de la commission Justice et Paixd'Australie, a demandé à tous les catholiques de son archidiocèsed'examiner la réalité de l'apartheid. La déclaration a étéprovoquée par la visite en Australie d'équipes de l'Afrique duSud , composées exclusivement de joueurs blancs.L'archevêque a déclaré : « Le Pape Paul VI nous a tousexhortés à l'action, et non aux platitudes, en faveur de lajustice sociale pour les opprimés du monde. Comment pouvonsnousdonner notre assentiment à ces appels, tout en continuantà participer à des jeux dont la première règle est lasuprématie blanche? Le monde interprètera certainement lecomportement de l'Australie comme un acquiescement àl'apartheid. Ce sera surtout vrai des pays qui ont connu l'exploitation.« Si nous sommes incapables de prendre position contreles avances les plus intimes que nous fait l'apartheid, quandles faits sont si clairs, alors pour quelle cause de justice socialeprendrons-nous jamais position? Quelle espérance y a-t-il dedécouvrir nos responsabilités envers notre peuple aborigène?»Pour conclure, Mgr Gleeson a dit : « Tout en rejetant laviolence et le mépris personnel , J'appuie les efforts faits pourempêcher les équipes australiennes de jouer avec les équipesde la suprématie blanche de l'Afrique du Sud.»16Tartuffe AfrikanderON en tue, on en tue. Au Vietnam, des jaunes, cksChinetoques, naquhés. C'est un jeu ck fléchettes :hommes, femmes, eryants dans le paquet. EnCorse, à Lyon, quelques bicots. Pour leur pauvre pognon,ou rien - pour le plaisir ck tuer. Tout comme auxU.S.A. ou en Afrique du Sud. C'est ainsi dans les payscivilisés ... Vous voyez bien, Monsieur, que ce ne sontpas cks hommes !... D'ailleurs notre police. Que j'cognedans le raton! Celui les couilles écrasées. Et l'ostotél1wigne, se trouve toujours quelque toubib pour toutnier ... Et voilà rurquoi, I1wi, je ne veux pas des 'WirSdans mon café ....Comme je lui faisais observer qu'il était raciste, il m'atoisé : «Il n)- a pas de racistes ici. Vous insultez laFrmzce ... Seriez-volls juif, ou quelque apatrick?» Ainsi,son mépris devenant menaçant m'a répondu TartuffeAfrikander. Et je pensais que, comme dit Molière, nousaurions grand besoin de prmces «ennemis ck la fraude»et que d'équitables lois contre le racisme soient enfinadoptées et promulguées. Jean CUSSAT-BLANCNouveaux délaisReporté à plusieurs reprises, le procès d'Angela Davis quidevait s'ouvrir le 31 janvier à San José, èst à nouveau retardéjusqu'à la fin du mois de février.La jeune militante - qui vient d'avoir vingt-huit ans - attendson jugement depuis quinze mois. C'est le deuxième anniversairequ'elle passe en prison, dans des conditions de détentioncruelles et dangereuses pour sa santé : elle est menacée decécité totale.Elle risque la condamnation à mort, mais elle peut craindreaussi l'exécution sommaire dans sa cellule, comme GeorgeJackson, abattu au pénitencier de San Quentin.C'est d'ailleurs à San Quentin que s'est déroulée une grèvede la faim entreprise par vingt-deux détenus politiques noirs :ils protestaient contre les sévices dont ils sont l'objet et réclamaientle respect de leurs « droits d'hommes». Parmi les grévistesfigurent Fleeta Drumgo et John Clutchette, les deuxsurvivants des « Frères de Soledad», ainsi que Ruchell Magee,accusé avec Angela Davis de participation à la fusillade dutribunal de San Rafael en 1970.Nazisme pas mortLa synagogue de Madrid, qui avait été ouverte en grandepompe il y a quatre ans, vient d'être l'objet d'une attaque duplus pur style nazi. Sur les murs ont été barbouillés des sloganstels que: « Mort aux juifs!», « Synagogue, judaïsme: danger»,« Dehors, les traîtres! » ...Il semble que ces souillures sont le fait d'une organisations'intitulant « les guerilleros du Christ-Roi», qui s'est récemmentillustrée en détruisant des dessins de Picasso dans une expositionprivée à Madrid.À New York, également, est annoncé un attentat de mêmenature : trois incendies ont endommagé la bibliothèque et lesobjets rituels de la synagogue « Khouvi Thora» à Brooklyn. Lerabbin Berniker a déclaré que ces incendies venaient aprèsd'autres forfaits semblables; il a précisé qu'une bombe incendiaireavait été lancée récemment contre une école religieuse.Les coupables n'ont pas été arrêtés./f.LeDROIT ET LIBERTÉ N° 310 - FÉVRIER 1972rae.s•••,edevant la loiu début de janvier 1972, le refus de servir les noirs dans une brasserie du Quartier Latin et la dénonciation par le M.R.A.P. decette pratique, ont suscité une émotion certaine dans l'opinion publique. Le montage de coupures de presse encarté au centrede cette revue ne représente qu'une partie des journaux qui, en France et à l'étranger, ont signalé et commenté ces faits.La révélation de ces discriminations a eu pour conséquence d'attirer l'attention sur d'autres cas semblables d'établissements oùest refusée la clientèle nord-africaine, plus fréquemment encore que la clientèle noire: on en signale à Nice, Lyon, Saint-Claude (Jura),dans la région grenobloise, et d'autres se découVriront sans doute, dans la mesure où les intéressés se sont vus ainsi encouragés à affirmerouvertement leur droit et leur dignité.L'affaire a mis en relief les lacunes de la législation française en matière de racisme. Comme il y a quelques années au « Paris­Londres », c'est par le biais du « refus de vente» que peut être sanctionnée cette forme particulière de discrimination. Mais les autres?Celles qui ont lieu par exemple dans le domaine de l'emploi, du logement?Et s'il existe bien un texte relatif à l'injure et à la diffamation raciales, sa mise en œuvre s'avère d'une difficulté telle qu'ellen'assure pas la protection des victimes. Le racisme n'est pas hors-la-loi en France.C'est ce problème qu'étudient ici Me Fred Hermantin, avocat à la Cour, vice-président du M.R.A.P. et Me ArmandDimet, professeur aux I.U.T. de Saint-Denis et de Villetaneuse, membre du Conseil national du M.R.A.P. Leurs articles font ressortircombien est nécessaire l'adoption des propositions de lois élaborées par le M.R.A.P. dès 1959, déposées et soutenues aujourd'hui àl'Assemblée nationale par des députés appartenant à tous les groupes. Ces textes seront-ils inscrits à l'ordre du jour de la prochainesession, qui débute le 4 avril? Il y a, semble-t-il, une petite lueur d'espoir. C'est une raison de plus pour continuer de mobiliser l'opinion,en vue de demander et d'obtenir enfin cette mesure gouvernementale.Un autre aspect du problème, cependant, doit nous préoccuper. S'il est indispensable de s'en prendre aux discriminations defait, aux atteintes à la dignité humaine qui sont quotidiennes dans notre société, il faut aussi souligner l'existence de discriminationslégales frappant les immigrés dans leurs droits sociaux, syndicaux et leurs libertés individuelles.C'est à l'analyse de cette situation et des solutions proposées pour y remédier qu'est consacré l'article de Me ManfredImerglik, avocat à la Cour, membre du Bureau national du M.R.A.P.UROII El LIBERTÉ - N' 310 - FÉVRIER 1972 17...,.


QPour une protection décente---des minorités ethniquesl'initiative de l'Institut international blable carence des pouvoirs publics, pardes Droits de l'Homme (Fondation ailleurs, se contentant trop facilementA René Cassin), un colloque s'est d'indignations vertueuses et platoniques.tenu à la Faculté de Droit de Besançondu 9 au Il décembre dernier. « Les droitsde l'homme en 1970-1971» et « La Francedevant la discrimination raciale» constituaientles deux thémes essentiels desconférences et tables rondes animées pardes universitaires, des conseillers d'Etat,des juristes, des représentants des Eglises,des syndicalistes. Un public nombreux etjeune témoignait par sa présence de l'importancedes problémes étudiés. Le présidentRené Cassin devait tirer les conclusionsde ces très riches journées d'étude.(l)En préambule au compte rendu de cecolloque, il est difficile de taire cetteparadoxale impression de malaise, ressentieen dépit de la qualité des travaux. Eneffet, en cette Année internationale delutte contre la discrimination raciale, aucunemanifestation, aucune initiative n'avait étéprise par les pouvoirs publics. Le gouver-Le colloque juridique de Besançon. A la triblme(ci-dessus), le président René Cassinet M. Claude Jessua, doyen de la facultéde Droit.nement s'était contenté de proclamer que« le racisme ne passera pas )J. Rien d'autre.Aucune directive donnée aux enseignants envue d'une journée antiraciste. Aucun débatà la télévision. Rien à propos des propositionsde lois en instance.Il est heureux que des organisationstelles que l'Institut international des Droitsde l'Homme ait pu réaliser · un colloquede cette qualité. Mai s n'était-ce pas enmême temps la preuve d'une invraisem-18Quoi qu'il en soit, à Besançon, deshommes venus d'horizons différents,confrontaient leurs réflexions sur les problèmesdu racisme actuel. Tel juristedisséquait minutieusement un texte difficile,tel autre décrivait la vie d'un groupeethnique, tel sociologue exposait le résultatd'enquêtes sociales, tel prêtre disaitl'humiliation ressentie dans sa chair d'Antillais...Bref ·une approche progressive,sinueuse, dénuée de tout pédantisme. Dubon travail.Sans diminuer l'importance de tous lessujets examinés, les problèmes qui nousont semblé s'imposer furent traités par leprofesseur Vouin, dans son rapport sur« la répression de la discrimination racialeen France)J, et lors de la table ronde organiséeà propos des « travailleurs migrantset la discrimination raciale». Ces deuxdébats rendaient compte des problèmesposés aux victimes de la discriminationraciale et des lacunes de la loi qui estcensée les protéger.Que des travailleurs immigrés et notammentles Nord-Africains, les Africains,les Antillais, se voient brutalement refuserl'accès de certains établissements, ousoient discrètement récusés comme candidatslocataires, qu'ils soient quotidiennementconfrontés du fait de leur appartenanceethnique, aux problèmes de chômageou d'emplois ·subalternes, tout cela estmalheureusement devenu monnaie couranteà notre époque. Comment àppréhenderles coupables de ces discriminations? Surquelles bases juridiques peut-on valablementpoursuivre les auteurs des discriminationset des agressions racistes?Le problème était ainsi posé lors dece colloque de cet incontestable réalitédu racisme face à un arsenal juridiquedésuet et de plus en plus dérisoire.Un élément supplémentaire, mis en exergue,souligne l'urgence des solutions àapporter à cette situation qui ne sauraitse perpétuer. Avec les travailleurs immigrésinstallés aujourd'hui dans les taudis,dans les caves, dans les bidonvilles quientourent les villes, le tiers-monde estmaintenant au cœur de l'Occident. Et iltraîne avec lui, comme u~e tare, l'inévitablecortège de mépris, d'humiliatiohs, de racisme.C'est une raison supplémentaire pouréduquer, pour endiguer, mais aussi pourprévoir et sanctionner les excès.Or, à ce colloque de Besançon, il a etedémontré uné fois de plus que le décret-loidu 21 avril 1939 ne rendait pas comptedes problèmes actuels et était incapabled'assurer une protection décente aux minoritésethniques, agressées en tant quetelles.Il n'est pas question ici de rentrer dansle détail de l'analyse juridique, mais il fauttout de même préciser que la multiplicitédes conditions requises pour qu'il y ait délitd'injures ou de diffamation raciste, queles restrictions qui limitent ceux qui peuventintroduire cette procédure ont vidécette loi de toute portée pratique. Quel'on soit obligé pour sanctionner un délitraciste d'avoir aujourd'hui recours à unartifice sur le refus de vente, en dit longsur la faiblesse de cette loi. Que desdécisions reconnaissant l'injure ou la diffamationraciste aient également été contraintesde déclarer que les poursuites nepouvaient intervenir pour des raisons deforme en dit également long sur l'ambiguïtéde ce texte.Sur ce point le colloque de Besançona été unanime.C'est l'honneur de notre Mouvementd'avoir compris depuis plusieurs annéesla nécessité de modifier ces textes etd'avoir présenté des propositions à cepoint sérieuses qu'elles ont été intégralementreprises par tous les groupes actuelsde l'Assemblée nationale.Ces propositions de loi rendent plusfaciles l'incrimination raciste, en ce sensque le délit est plus facilement déterminé.Sont également prévues des sanctionscontre ceux qui refusent le travail, le logementpour des raisons tenant à la race.Enfin, outre les particuliers, les associations,telles que le M.R.A.P. pourraientse constituer partie civile dans le cadrede procès antiracistes.Il faut préciser que l'unanimité réaliséesur cette question à l'Assemblée nationale,fait qu'il sumrait que le débat sur cespropositions de lois soit inscrit à l'ordredu jour de l'Assemblée pour qu'elles soientaussitôt adoptées. Mais le gouvernement,maître de l'ordre du jour en a décidéautrement. Il se contente de proclamer« que le racisme ne passera pas)J. Pendantce temps-là, dans les bidonvilles ..., danscertaines brasseries du Quartier Latin ...,dans certains quartiers d ' Orléans etd'Amiens ...Au cours du colloque de Besançon,nous avions émis le vœu, que cet aréopagenon politique vote une motion quiaurait été adressée au gouvernement, auprésident de l'Assemblée, au président duSénat pour demander l'inscription de l'unquelconque de ces projets de loi à l'ordredu jour. No~s ne fûmes pas suivis.Mais il faut continuer ce combat.Certes, il ne faut pas s'exagérer l'importancedes lois et imaginer qu'elles peuventtout résoudre dans ces vieux marécagesdes préjugés et du refoulement. Mais c'estune étape indispensable vers la dignité.Merci aux organisateurs du colloque deBesançon d'avoir permis de le rappeler.Me Fred HERMANTIN(1) Voir « Droit et Liberte» de janvier 1972, page 25.DROIT ET LIBERTÉ - N° 3 10 - FÉVRIER 19721 mpuissancede la législation présenteAN N EE 1971 , proclamée « Année[internationale de lutte contre le. racisme et la discrimination raciale»par l'assemblée générale des Nationsunies (résolution nO · 2544 (XXIV) du11-12-1969). s'est achevée après quenotre pays eut enfin adhéré à la Conventioninternationale sur l'élimination detoutes les formes de discriminationraciale.Il s'agit là d'une décision importantedont nous nous sommes réjouis .En effet l'article 4 de cette conventionstipule quelles sont les mesureslégislatives que doivent prendre lesEtats signataires.Or, intervenant dans le débat àl'Assemblée nationale, le 15 avril 1971 ,M. Jean de Lipkowski, secrétaire d'Etatauprès du ministre des Affaires étrangères,avait indiqué : « Il ne nous apas paru nécessaire de modifier notrelégislation pénale, car notre appareilrépressif actuel est compatible effectivement,avec les obligations prévuespar la Convention . »Tous les députés qui sont intervenusdans le débat ont contesté ce point devue avec lequel nous ne pouvons êtred'accord.Depuis 1959 le M.R.A.P. mènecampagne pour le vote et la promulgationd'une législation antiraciste. A ceteffet, il a été amené à élaborer troispropositions de lois qui ont été communiquéesaux parlementaires.Ces textes ont été pris en chargepar dès députés de toutes tendancesqui les ont officiellement déposés. Desrapporteurs ont été désignés en commission.L'actuel rapporteur de la commissiondes lois est M. Alain Terrenoire.Mais ces propositions ne sont jamaisvenues en discussion à l'Assembiéenationale ou au Sénat, car l'ordre dujour des séances est, rappelons-le, fixépar le gouvernement.Accepter enfin la discussion et le votede ces textes au cours de l'Année internationale,c'eût été non seulement pournotre pays une manière éclatante demonÙer aux autres nations tout l'intérêtque nous portons aux recommandationset décisions de l'O.N.U. , maisaussi, sur le plan intérieur, c'eût étécombler un vide effarant car, comme0:ClLéon Lyon-Caen, Premi er Président honorairede la Cour de cassation. C'est alors qu'il étaitprésident du M .R.A.P. que, sous sa hauteautorité, les propositions de lois contre leracisme Ont été élaborées par la com missionjuridique du M ouvement.nous ne cessons de le proclamer depuistreize ans maintenant, la législationantiraciste est quasi inexistante enFrance.Il n'y avait strictement rien avant1939. Ce dont profitèrent les propagandistesracistes. Spécialement à partirde 1933, certains journaux français ,reprenant les thèmes de la propagandeantisémitique des nazis, entamèrent deviolentes campagnes contre les juifs,provoquant parfois même des heurtsassez violents.C·est dans ces conditions que legouvernement Daladier fit promulguerle décret-loi du 21 avril 1939, communémentappelé décret-loi M archandeau ,du nom de son auteur, qui complétantles art. 32 , 33 et 60 de la loi sur lapresse du 29 juillet 1881 , créa lesdélits de diffamation (art. 32 ~ 2) et d'injures(art. 33-2) $( envers un groupede personnes ... qui appartiennent, parleur origine, à une race ou à· une religiondéterminée» lorsque la diffamationou l'injure auront pour « but d'exciterà la haine entre les citoyens ou leshabitants ».19


Le gouvernement de Vichy, à peineinstallé, abrogea le décret-loi Marchandeau,le 27 août 1940, et amnistiatous les faits' commis antérieurementau décret d'abrogation.Le général de Gaulle, dans sa fameuseordonnance du 4 août 1943,relative au rétablissement de la légalitérépublicaine, annula le décret de Vichy,ainsi le décret-loi Marchandeau futdonc remis en vigueur.C'est à ce jour, le seul texte législatifantiraciste existant en France.La discriminationet la ségrégation raciales1. - M ais permet-il réellement delutter contre toutes les formes du racismesi vigoureusement dénoncéespar toutes les instances internationales?Le président Léon Lyon-Caen , Premierprésident honoraire de la Courde cassation, avait dans une étude remarquable,en 1959 (( Droit & Liberté»nO 180), souligné que les actes de discriminationou de ségrégation racialeséchappaient totalement à la rénressionpénale.De fait, ces « pratiques anti-humaines,antisociales, des plus préjudiciables ànotre régime démocratique» qui constituentdes violations flagrantes des droitsde l'homme, ne sont sanctionnées paraucun texte, soulignait alors le présidentdu M .R.A.P.'Il a fallu toute la sagacité du collectifjuridique du M .R.A.P. pour que soientnéanmoins condamnés des cafetiersqui refusaient l'accès de leur établissementà des personnes dont l'origineethnique, la couleur de la peau ou laconfession leur déplaisaient (Affaire duParis-Londres , septembre 1963. Jugementde février 1966!), le refus devente étant un délit assimilé à la pratiquedes prix illicites par l'art. 37 del'ordonnance du 30 jljin 1945.Les injureset diffamations racistes2. - Le décret-loi Marchandeau, quine s'applique pas aux cas de discriminationet de ségrégatIon raciales réprime-t-ilau moins toutes les diffamationset injures racistes?La réponse fournie par les tribunauxest négative.Pour que le délit puisse être retenu ,il faut que - outre l'injure et la diffamation- soil rapportée la preuve quel'auteur poursuivi ait eu le but d'exciterà la haine entre habitants.C'est ainsi que dans un jugement du20 janvier '1971 , la 17" chambre cor-rectionnelle de Paris (affaire Perroux,Gazette du Palais, 8-12-71), résumanttoute la jurisprudence, motivait ainsisa décision :« Attendu que cette expressionet ces deux phrases qui critiquent,sans les nommer ouvertement certainsisraélites français et semblentleur reprocher d'avoir eu en quelquesorte une « double -allégeance»,contiennent effectivement une expressionoutrageante et méprisanted'une part, et deux imputations defaits de nature à porter atteinte àl'honneur et à la considération despersonnes visées d'autre part;« Attendu toutefois que cetteexpression injurieuse et ces deuxphrases diffamatoires, si elles serévèlent aussi choquantes dansl'expression que maladroites dansla forme, n'ont pas eu pour butd'appeler à la haine entre les citoyens; qu'ainsi fait défaut un élémeÇltessentiel des délits reprochésà Christian Perroux, lequel doitêtre relaxé des fins de la poursuitesans peine ni dépens ... »3. - Lorsque, manifestement il y a diffamationou injure racistes dans lebut d'exciter à la haine entre habitants,une personne appartenant au groupediffamé peut-elle demander réparationdevant les tribunaux?'Là encore la réponse donnée par lestribunaux est négative.Un certain Goata ayant écrit : « Ilest malheureux qu'Hitler n'ait pas grillétous les juifs», il fut poursuivi par ledestinataire de la lettre.La XIe chambre de la cour d'appelde Paris, par un arrêt du 3 mai 1967,rejeta la demande comme irrecevable :« La cour d'appel de Paris déclare quece texte (le décret-loi M archandeau)qui ne considère que les injures dontseraient victimes « des groupes de personnes»n'a pas pour objet d'apporterà certaines personnes prises individuellementune protection particulière enraison de leur race ou de leur religion,mais de sauvegarder l'unité nationale.La personne à qui des injures de caractèreracial sont adressées ne pouvaitpas, dans ces conditions, être assimilé,eà une partie lésée». (Revue desdroits de l'homme , IV, 1.71, étude deMe Fred Hermantin).Pour qu'un particulier puisse êtrerecevable dans son action , il faut qu'ilsoit personnellement visé par la diffamationou l'injure! Ce dont se garderontbien les racistes.4. - Si les particuliers ne peuvent pasintervenir, les associations antiracistesle peuvent-elles?Là, toujours, la réponse des tribunauxest négative!Les 16 et 22 juin 1961, Pierre Poujadedans son journal « Fraternité française»avait très violemment attaquéles juifs. Le M.R.A .P. et l'Union desengagés volontaires et anciens combattantsjuifs avaient porté plainte, et letribunal correctionnel de Limogescondamna Poujade, le M .R.A.P. futdéclaré recevable et obtint des dommageset intérêts (7 novembre 1962).Mais la cour d'appel de Limoges, parun arrêt du 25 avril 1963, relaxa Poujade,estimant qu'il n'y avait pas le butd'exciter à la haine entre habitants etdéclara le M . R .A. P. irrecevable.Sur pourvoi, la Cour de cassation déclaraitdans ses attendus du 6 avril1965 : « Attendu que l'associationn'était pas personnellement visée et nepouvait se prétendre atteinte par desimputations InJuneuses, fussent-ellescaractérisées ... »5. - Si, ni les particuliers, ni les associationsne peuvent engager des poursuites,l'action du ministère Public palliet-elleau moins ces impossibilités?Hélas!Le président Léon Lyon-Caen écrivaiten 1959 : « Malgré le grand nombrede faits qui auraient pu, dans cesquinze dernières années, justifier l'applicationdes dispositions légales, elle futextrêmement rare, pour ne pas direinexistante. »Nous n'avons rien à changer à cetteappréciation, qui conserve son actualitéet toute sa vigueur.La plupart des plaintes adressées parle M.R.A.P. au Procureur de la Républiquen'ont eu aucune suite.En effet, le ministère Public disposedu pouvoir d'appréciation ' 'de l'opportunitédes poursuites.Hormis les cas extrêmes, il s'abstiendrade toute poursuite, écartant les doléancesdes victimes « agissant sousl'impulsion d'une réaction sentimentalejustifiée mais intempestive» ! (Gazettedu Palais, 8 décembre 1971, notesous jugement de la 17" cour du 20janvier 1971).Notre affirmation que la législationantiraciste est quasi inexistante enFrance, se trouve vérifiée par les faits.C'est pourquoi notre Mouvement ettous les antiracistes se doivent de multiplierleurs efforts pour que le Pouvoirlégislatif et le Pouvoir exécutif dotentenfin notre pays d'une législation etd'une réglementation conformes auxaspirations et aux idéaux démocratiques,ainsi qu'aux vœux et résolutionsantiracistes de la communauté internationale.Me Armand OlMET,1'Les discriininationslégales contreles.travailleurs. ,____ IOlllllgresIL suffit de se promener dans les villes et villages françaiset d'être de bonne foi pour constater le phénomène le plusimportant de la discrimination raciale dont le travailleurimmigré est la victime. A lui les travaux les plus pénibles enmême temps_que les plus mal payés et dont le travailleurfrançais ne veut· pas.On explique généralement cette situation par une différencede formation, tant scolaire que professionnelle, dont la responsabilitéincomberait au pays d'origine de l'ouvrier. Il y auraitbeaucoup à dire à ce sujet notamment en ce qui concerne lesouvriers originaires des pays autrefois sous administrationfrançaise. Mais notre propos n'est pas là .En effet, en dehors de cette discrimination économique ouprofessionnelle, le travailleur immigré est victime d'une véritablediscrimination d'ordre juridique.Cette discrimination est fort mal connue. Les pages qui vontsuivre ont pour but d'analyser dans un premier temps le statutjuridique de l'ouvrier étranger en France sous l'angle de ladiscrimination dont il est victime, pour ensuite, dans undeuxième temps, indiquer les moyens législatifs proposés parle M .R.A.P. et d'autres mouvements démocratiques pour fairecesser cette injustice à l'égard d'hommes et de femmes quicontribuent incontestablement et d'une manière très importanteau développement économique de notre pays.1 - LA DISCRIMINATION DANS LE STATUTACTUEL DE L'OUVRIER IMMIGRE EN FRANCEA vrai dire nous devrions parler non pas du statut juridique,mais des statuts juridiques de l'ouvrier immigré. Car, selonque cet ouvrier est originaire de l'Afrique du Nord, de l'Afriquenoire ou de tel pays d'Europe, il aura un statut juridique plusou moins rigoureux. Et, en ce qui concerne les ouvriers originairesde l'Europe, il y a lieu de distinguer entre le statut decelui qui est originaire d'un pays du Marché commun ou dureste de l'Europe.Il est évident que la discrimination s'exerce moins durementà l'égard des ouvriers originaires des pays du Marché communqu'à l'égard, par exemple, de l'ouvrier originaire de l'Algérieou du Portugal. Comme l'ouvrier originaire d'un pays duMarché commun est généralement plus instruit que son camaradede l'Afrique ou du Portugal, il s'ensuit que le front desvictimes est amputé en grande partie de ses éléments les plusinstruits et qui pourraient donc être un élément important dela lutte pour l'égalité des droits.Cette observation préliminaire faite, nous n'allons pas étudierséparément la discrimination subie par chaque groupe d'immigrés,mais analyser cette discrimination selon le droit dontl'ouvrier immigré est totalement ou partiellement privé.Et pour faire ressortir l'existence de cette discriminationgraduée en fonction de l'origine de l'immigré, nous indiqueronsà l'intérieur de ces chapitres, les différences existant en faveurou en défaveur de ces groupes.1 0 L'ouvrier immigré et le droitde séjourner en FranceThéoriquement l'ouvrier étranger désireux de venir séjourneren France devrait être titulaire :a) D'un passeport en cours de validité visé par le Consulde France de son pays d'origine;b) D'un contrat de travail visé par le ministère du Travail ;c) D'une autorisation du même ministère;d) D'un certificat médical délivré par un médecin agréé.En pratique, la plupart des ouvriers entrent en France sansremplir toutes ces conditions. Cela est tellement vrai que legouvernement a lui-même prévu une procédure officielle derégularisatiqn de la situation des ouvriers immigrés soit entrésclandestinement, soit titulaires seulement de l'un ou de l'autredes documents ci-dessus énoncés.Une fois en France, l'étranger doit se présenter dans leshuit jours, soit à la préfecture, soit au commissariat de policesoit encore à la gendarmerie, pour sollièiter la délivrance d'unecarte de séjour. Cette carte ne' lui sera délivrée que s'il peutproduire un engagement de travail. Il reçoit alors une cartede résident temporaire valable au maximum pendant un an.Ce n'est qu'à l'expiration de la durée de validité de cette cartequ'il peut être mis en possession d'une carte de résidentordinaire (valable pendant trois ans) et enfin d'une carte derésident dit privilégié (valable pendant dix ans) .Mais qu'il soit titulaire de l'une ou de l'autre de ces troiscartes, l'ouvrier étranger reste exposé à l'arbitraire de l'administrationquant à son autorisation de séjourner en France.En effet, le ministre de l'Intérieur, ou, dans certains départements,le préfet, peut à tout moment retirer à l'ouvrier immigréson autorisation de séjour, et dans ce cas il devra quitter lepays dans le ,délai imparti sous peine d'être traduit devant letribunal correctionnel.Théoriquement, l'ouvrier expulsé a la possibilité de se faire20DROIT ET LIBERTÉ - N° 310 - FÉVRIER 197225..


entendre par une commission spéciale constituée auprès dupréfet de son département. Mais cette possibilité est chimériquepour deux raisons :1° Il suffit que le ministre ou le préfet invoque l'urgence,pour que l"immigré soit automatiquement privé de cettefaculté.2° L'avis exprimé par la commission ne lie pas l'administration, qui a parfaitement le droit de passer outre.Il existe enfin le recours contentieux devant les tribunauxde l'ordre administratif. Mais ce recours n'est pas suspensif ;donc l'ouvrier expulsé doit. pendant la procédure (qui estsouvent très longue). avoir quitté le pays.Il résulte de ce qui précède, que ie droit de séjourner enFrance , une fois accordé, reste précaire et met l'ouvrier immigrédans une situation de faiblesse extrême ~ l'égard de l'administration.Cette dernière, dans de très nombreux cas , a partieliée avec l'employeur. C'est ainsi que très souvent la carte deséjour n'est pas délivrée directement à l'ouvrier, mais à sonemployeur qui la garde par-devers lui. L'on imagine facilementla pression que cette situation permet au patron d'exercer surson ouvrier.En ce qui concerne les ouvriers originaires des pays duMarché commun, la directive du conseil de Communautéeuropéenne du 25 février 1964 (Journal officiel 1964,page 668) indique que « chaque Etat membre reconnaît undroit de séjour permanent aux ressortissants des autres Etatsmembres qui s'établissent sur son territoire en vue d'y exercerune activité non salariée , lorsque les restrictions afférentes àcette activité ont été supprimées en vertu du traité» et que« ceux qui sont admis à exercer une activité sur le territoired'un autre Etat membre en vertu de la législation nationalede cet Etat obtiennent un titre de séjour d'une durée au moinségale à celle de l'autorisation accordée pour l'exercice del'activité ».C'est en exécution de cette directive, du règlement du15 octobre 1968 et de la directive du même jour que cesressortissants reçoivent une carte de séjour valable au moinscinq ans et automatiquement renouvelable.Leur carte de travail est également valable pendant au moinscinq ans.2° La discrimination de l'ouvrier immigrédans le droit au travailOutre la discrimination signalée en tête de cette étude quiconcerne la nature du travail généralement confié à l'ouvrierimmigré, ce dernier subit une deuxième discrimination du faitqu"il doit être titulaire, outre la carte de séjour, d'une cartel'autorisant à travailler.Cette carte peut être de l'une des catégories suivantes :- Carte temporaire (durée , activité professionnelle etvalidité territoriale nettement délimitées).Carte ordinaire à validité limitée (durée de validité : troisans , délivrée pour une certaine profession).- Carte ordinaire à validité permanente (sans limitation dedurée, valable pour toute la France, activité professionnellelimitée) ,•- Carte permanente (autorise son titulaire à exercer touteprofession de son choix sur tout le territoire de la France) .Sous réserve de ce qui est dit ci-dessus en ce qui concernel'ouvrier originaire d'un pays du Marché commun, l'administrationa le pouvoir absolu de délivrer ou de refuser et mêmede retirer la carte de travail celle-ci une fois délivrée (sousrésèrve également de la situation du titulaire de la carte derésident privilégié- qui se trouve en France depuis au moinsdix ans , à qui la carte permanente de travail doit être obligatoirementdélivrée).Le retrait de la carte de travail équivaut à une expulsion defait.3° La discrimination de l'ouvrier immigrédans l'exercice des droits civiquesCe terme comporte généralement l'étude sur l'électorat,l'éligibilité et d'une manière générale le droit d' un individu departiciper à la vie publique du pays dans lequel il se trouve.L'ouvrier immigré ne jouit pas de la plupart de ces droitsen raison du fait que leur ' exercice est généralement subordonnéà la possession de la nationalité française .Le nombre croissant d'ouvriers immigrés en France et l"importancede leur participation à la vie économique française,ont obligé le gouvernement à consentir aux ouvriers immigrésun certain nombre de ces droits. Leur exercice sera traité soustrois aspects .1 ° Le droit d'association et d'être syndiqué.L'ouvrier immigré a le droit de faire partie d'une association.Mais si le nombre d'adhérents d'origine étrangère dépassele quart, l'association cesse d'être considérée comme étantde nationalité française et est alors soumise à un contrôle trèsstrict de la part du ministère de l'Intérieur.De même l'ouvrier immigré a le droit de se syndiquer.Mais, il n'a pas le droit d'exercer les fonctions de déléguésyndical. Il est évident que cette interdiction réduit énormémentla portée du droit de se syndiquer, car qui, mieux quel'ouvrier immigré, connaît les problèmes particuliers qui seposent à ses camarades de travail.Ici également, les ouvriers originaires des pays du Marchécommun sont assimilés aux ouvriers français en raison du règlementdu conseil de la Communauté économique européenne du15 octobre 1968.20 Le droit d'être délégué du personnel ou membre d'uncomité d'entreprise.Quels sont les droits des ouvriers immigrés en la matière?Sachant que certaines entreprises importantes ont un personnelcomposé à concurrence de 80 % d'ouvriers immigrés, l'oncomprend l'importance du problème ainsi posé.Tous les ouvriers immigrés ont le droit de voter aux électionsdes délégués du personnel.Pour être éligible, l'article 7 de la ·Ioi du 16 avril 1946 exigeles conditions suivantes :Etre de nationalité française.Etre âgé de 21 ans accomplis.Savoir lire et écrire.Avoir travaillé dans l'entreprise sans interruption depuis12 mois au moins.Sont exempts de la condition de la nationalité française :- Les étrangers titulaires de la carte de résident privilégié.- Les travailleurs frontaliers titulaires de la carte permanentepour toute profession salariée.La situation des travailleurs algériens em ployés en Francea donné lieu à un contentieux important en ce qui concerneleurs droits d'eligibilité aux organismes représentatifs dupersonnel. La déclaration de principe relative à la coopérationéconomique et financière annexée aux accords d'Evian stipuleen effet dans l'article 7 : « Les ressortissants algériens résidanten France, et notamment les travailleurs, auront les mêmesdroits que les travailleurs français à l'exception des droitspolitiques». La discussion portait donc sur la question de savoirsi le terme « droits politiques» englobait le droit d'éligibilitéaux organismes représentatifs du personnel.Cette discussion paraît maintenant close par deux arrêtsrendus le 18 mai 1971 par la Cour de cassation , admettantIls apportent W1 concours indispensable à l'économie fra nçaise ..... . leurs fam illes sont privées de certains droits sociaux dont bénéfi ­cient les autres travailleurs.que la déclaration d'Evian avait force légale et devait êtreinterprétée comme conférant aux ouvriers algériens le droitd'éligibilité. Cette interprétation indique clairement que cetteéligibilité faisait partie des droits privés et non pas des droitspublics.Le même jour la Cour de cassation a refusé le droit d'êtredélégué du personnel à un ouvrier camerounais présenté par' Ia C.F.D.T. aux élections des délégués du personnel de laRégie Renault.Mais cette question de principe résolue une autre difficultésurgit. En effet, comme il a été indiqué ci-dessus, il faut queles délégués sachent lire et écrire.Les employeurs ont donc fait admettre par les tribunauxque cette condition devait être interprétée comme signifiantque le candidat devait savoir lire et écrire le français. Un jugementdu tribunal d"instance de Nancy (24 novembre 1969)a ainsi annulé la désignation de deux délégués d'origine algériennesachant seulement lire et écrire l'arabe.Ses motifs ne paraissent pas résister à un examen plusapprofondi des faits et des textes. Observons d'abord que lesdécisions de la Cour de cassation du 18 mai 1971 ont admisque les accords .d' Evian priment les lois internes. Or, lesaccords d'Evian confèrent aux ouvriers algériens tous lesdroits des ouvriers français sans subordonner leur exerciceà la connaissance de la langue française . De même en ce quiconcerne le traité de Rome, toute la Doctrine estime que lesressortissants de ces pays sont éligibles (Batiffol Droit Inter-national Privé nO 189) et en ce qui concerne l'impossibilitédans laquelle se trouverait l'ouvrier immigré ignorant notrelangue d'exercer ces fonctions, nous nous permettrons defaire deux remarques :1 ° Comment l'ouvrier immigré du Marché commun, qui,lui, a incontestablement le droit d'éligibilité sans qu'on exigede lui la connaissance de la langue française, exercera-t- il lesmêmes fonctions? L'ignorance de la langue française ne paraîtdonc pas être eo ipso, un obstacle à l'exercice de ces fonctions.2° Si l"ignorance d'une langue devait constituer une caused'inégalité, que dire d'un délégué représentant le personneld'une entreprise constitué à concurrence de 80 % d'ouvriersd'origine algérienne, et qui ignorerait l'arabe? Cette ignorancene le rendrait-elle pas plus incapable d'exercer ces fonctions,que l'ouvrier algérien sachant seulement l'arabe?Er) fait il s'agit d'un faux problème. Les entreprises employantun nombre d'ouvriers immigrés suffisamment important pourque ces derniers puissent élire un des leurs comme délégué,ont généralement des interprètes à leur disposition. L'on nevoit en effet pas comment une telle entreprise pourrait fonctionnerautrement. Il est évident q'ue cet interprète pourrait,si cela était nécessaire, faciliter l'exercice des fonctions parl'ouvrier immigré ne sachant que l'arabe.3° Les droits civiques du Français naturalisé.En principe l'étranger naturalisé Français ne peut pas exercerde fonctions électives pendant un délai de dix ans à compterde la promulgation de son décret de naturalisation, sauf exceptionsprévues aux articles 81 , 82 et 83 du Code de nationalitéfrançaise.Cette disposition a pour effet de mettre le Francais naturalisé(en ce qui concerne l'éligibilité comme délégué dupersonnel) dans une situation inférieure à celle accordée parla doctrine et la jurisprudence aux ouvriers immigrés d'Algérie, et de toute manière aux ouvriers immigrés originaires d'unpays du Marché commun.Toute l'incohérence des incapacités édictées à l'encontredes naturalisés apparaît quand on constate que, par la loidu 19 juillet 1934, la durée de l"incapacité pour le naturaliséd'accéder aux fonctions publiques rétribuées par l'Etat, auxoffices ministériels et au barreau a été réduit à cinq ans, alorsque pour , être simplement délégué du personnel ou membred'un Comité d'entreprise, la ioi a laissé subsister une incapacitéqui dure dix ans après la naturalisation.4° La discrimination des ouvriers immigrésen matière de droits sociaux.Selon que le pays dont l'ouvrier immigré est Originaire apassé avec la France des conventions de sécurité sociale ounon, cet ouvrier bénéficiera en France de prestations plus oumoins importantes.Mais il faut rappeler que les ouvriers immigrés quel quesoit leur pays d'origine sont soumis aux mêmes obligationsquant au paiement des cotisations sociales. Une différencesupplémentaire résulte de la domiciliation en France de lafamille des immigrés.1 ° La famille de l'ouvrier étranger réside en France.Quand on connaît les conditions dans lesquelles les ouvriersimmigrés sont logés en France, l'on comprendra que cettecatégorie d'ouvriers immigrés est extrêmement réduite. Danscette hypothèse néanmoins, l'ouvrier immigré, quelle quesoit sa nationalité, reçoit les allocations familiales, les assurancesmaladie, maternité, décès dans les mêmes conditionsque les ouvriers français. Toutefois, l'allocation de maternité26DROIT ET LIBERTÉ - N° 310 - FÉVRIER 197227


n'est attribuée que si l'enfant est né fra.nçais ou acquiert cettenationalité dans les trois mois de sa naissance.De même, les familles des travailleurs immigrés installéesen France ne peuvent pas bénéficier :- Des cartes de priorité pour les femmes enceintes, et descartes de familles nombreuses (réduction sur les prix des transports).- Des bourses d'études pour leurs enfants.2° Si la famille est restée au pays d'origine.Sous réserve des accords bilatéraux existant éventuellemententre ce pays d'origine et la France, c'est la législation socialedu pays d'origine qui s'applique.a) En ce qui concerne les prestations familiales :La famille française comprenant trois enfants touchera337,00 F.En Algérie ............................... 90,00 FAu Mali . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37,00 FEn Mauritanie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75,00 FAu Maroc . .............................. 100,00 FAu Sénégal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75,00 FEn Italie ................................ 117,07 FEn Espagne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 110,00 FAu Portugal ............................... 55,00 FPour certains pays d'Afrique, le régime local dispose que lesallocations familiales ne sont pas payées pour tous les enfants.b) Salaire unique:Les familles résidant hors de France n'y ont pas droit.~) Remboursement des soins aux familles:La famille de l'ouvrier originaire d'un pays du Marché communen bénéficie comme les familles françaises.Les Espagnols, Portugais, Algériens et Grecs en bénéficientpendant trois ans.Les familles marocaines, tunisiennes, maliennes, sénégalaiseset turques n'y ont pas droit.IlRéformes législativesLa Convention adoptée par la conférence internationale dutravail le 25 juin 1958 condamne expressément toute distinction,exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, lesexe, la religion, l'opinion publique, l'ascendance nationaleou l'origine sociale qui a pour effet de détruire ou d'altérerl'égalité des chances ou de traitement en matière d'emploiou de profession. Elle demande que soit abrogée toute dispositionlégislative et modifiée toute disposition ou pratique administrativequi sont incompatibles avec une politique de nondiscrimination.De même la Convention internationale sur l'élimination detoutes les formes de discrimination raciale, dispose dans sonarticle 3 : « Des efforts particuliers seront faits pour empêchertoute discrimination fondée sur la race, la couleur ou l'origineethnique notamment en matière de droit civil, d'accès à lacitoyenneté, d'éducation, de religion, d'emploi, d'occupationet de logement. »Rappelons que la France a signé ces Conventions.Une proposition de loi déposée à l'Assemblée nationale le3 octobre 1 968 par les membres du groupe communiste etapparentés exige donc logiquement:1 ° Que toutes les dispositions limitant le droit à la librecirculation des étrangers en France soit abrogées.2° Que les cartes de séjour soient délivrées gratuitement etsoient renouvelables de plein droit.283° Que les immigrés, les réfugiés et les apatrides soientassimilés aux Français indépendamment de toutes conventionsde réciprocité pour le bénéfice des dispositions de la législationcivile et la législation du travail.4° Que l'ouvrier immigré bénéficie des mêmes droits quel'ouvrier français en ce qui concerne les accidents du travail,la sécurité sociale, les prestations familiales, le salaire unique(que la famille réside en France ou dans le pays natal), l'allocationde maternité, la médaille de la famille, les cartes de prioritéaux femmes enceintes et aux familles nombreuses, lessecours de chômage, etc.5° Que l'ouvrier immigré bénéficie des mêmes droits quel'ouvrier français en ce qui concerne les élections prud'hommales,les élections de sécurité sociale, l'éligibilité Gommedélégué au comité d'entreprise et délégué du personnel, dudroit d'administrer ou de diriger des syndicats professionnels.Une proposition de loi déposée par M. Halbout le 3 octobre1968 sur le bureau de l'Assemblée nationale (Journal officieldu 23 mai 1969) demande que des cours d'alphabétisation etd'enseignement du français soient organisés en faveur destravailleurs immigrés analphabètes avec le concours et sous lecontrôle du ministère de l'Education nationale et du ministèredes Affaires sociales.Toutes ces propositions ont été renvoyées en commissionet ne sont jamais venues en dicussion en assemblée.Le même sort a été réservé à une de loi concernant renseignementdu français, l'alphabétisation et la promotion socialepour les travailleurs immigrés et leurs familles déposée sur lebureau de l'Assemblée nationale par les membres du groupecommuniste et apparentés, le 3 octobre 1968; ainsi qu'à laproposition de loi « tendant à renforcer la garantie des droitsindividuels et des libertés publiques des travailleurs immigrés»,déposé par le même groupe le 3 juin 1970 ; et aussiaux deux propositions de loi déposées le 1 er juin 1971 parM. Marette, rune « tendant à garantir la dignité et améliorerla qualité d~ vie des travailleurs immigrés en France», l'autre« tendant à assurer la représentation des travailleurs étrangersen France au Conseil économique et social ».Nos lecteurs savent que les textes élaborés par le M.R.A.P.tendant à soumettre à une juridiction les mesures d'expulsionsdes étrangers et déposés par MM. Durafour, Sanford et Barrotdu groupe P.D.M., ainsi que les textes de loi concernant unevéritable législation antiraciste élaborés également par notreMouvement ont subi le même sort, bien que ces textes deloi aient été régulièrement déposés à toutes les législaturesdepuis 1959 et que des rapporteurs membres de la majoritéaient été désignés.Nous avons délibérément voulu donner à cette étude un tonmesuré comme il sied à tout travail juridique.L'on permettra à l'auteur d'indiquer que la simple énumérationdes textes et solutions jurisprudentiels ne doit pascacher aux lecteurs que ces décisions ont pour résultat de tenirdes centaines de milliers d'hommes et de femmes vivant enFrance dans la situation de véritables parias dans une sociétédite de consommation.Ces hommes et ces femmes contribuent d'une manièredéterminante à l'essor de l'économie française et non seulementle droit résultant des Conventions internationales signées parla France, mais l'intérêt bien compris de l'économie françaiseexige leur parfaite égalité avec les ouvriers français en ce quiconcerne les logements, renseignement, le droit au séjour,le droit au travail, les droits sociaux et les droits civiques.Tous les vrais démocrates, tous les vrais progressistesœuvreront avec le M.R.A.P. pour obtenir l'adoption des mesureslégislatives qui aboutiront à cette égalité.Me Manfred IMERGLIKclnllsatlonsLa découvertede la PolynésieIL y a deux cents ans, un cinquième du globe demeuraitinconnu. Le savant président de Brosses, s'appuyant à lafois sur des récits vagues de navigateurs anciens et sur unehypothèse scientifique contestable, croyait à l'existence d'uneterra australis incognita, continent qui, en faisant contrepoidsdans le Pacifique Sud à la masse de l'Asie, de l'Europe et de lamoitié de l'Amérique, aurait permis à la terre de tourner rond.Avocat fervent de l'exploration de cette terre australe fabuleuse,l'érudit président avait publié en 1756 un gros ouvragequi se terminait par une exhortation au roi et au peuple françaisà prendre rapidement possession de cet immense continent.Son ouvrage immédiatement traduit en anglais éveilla plusd'intérêt de l'autre côté de la Manche qu'en France.Bougainville partit le premier en 1766, avec instructiond'explorer cette terre australe et sans doute d'en prendre possession, mais aussi d'en rapporter « des échantillons et desdessins», et aussi d'observer l'éclipse du Soleil par Vénus quipréoccupait fort les astronomes à cette époque car on espéraità raide de son observation en différents points du globe, pouvoirmesurer pour la première fois la distance de la terre ausoleil. L'expédition de Bougainville marque donc un tournantqui sera suivi par celles de Cook dans les voyages de découverte: pour la première fois, un souci d'informations scientifiquesfait adjoindre aux marins des hommes de science, etc'est ainsi que Bougainville partira accompagné entre autres,de Commerson, naturaliste-botaniste et astronome, qui rapporteraun journal manuscrit de 350 pages illustrées de croquis,les échantillons de 3 000 plantes nouvelles, et qui finalementmourra en 1773 à lïle-de-France (Ile Maurice) où il s'étaitrendu pour observer la fameuse éclipse du Soleil par Vénus.Un grand mirageOn doit à Bougainville la véritable découverte de Tahiti , enavril 1768, où l'Anglais Wallis n'avait fait qu'une brève escalel'année précédente. Bougainville, ami des philosophes, familierdu mythe du bon sauvage, aura l'heureuse inspiration de baptisercette découverte la Nouvelle -Cythère, mais loin de secomporter en véritable précurseur des ethnographes, il ne verrales Tahitiens qu'à travers le mythe qu'il croit voir réaliser sousses yeux. Illusion fascinante qu' il transmettra à ses contemporainsen publiant à son retour, en 1771 , son fameux « Voyageautour du monde ».Outre les croquis de Commerson, Bougainville avait rapportédes îles polynésiennes rencontrées (Tahiti et une partie de Tuamotu)des objets qui ont été malheureusement perdus oudétruits, les derniers disparaissant au cours de la dernièreguerre. Il nous reste de cet homme intellectuellement bien douéet ouvert aux idées de son temps, un grand mirage qui mèneraGauguin, et tant d'autres, à la recherche du paradis des IlesDROIT ET LIBERTE - N° 310 - FÉVRIER 1972Statues du dieu A'A et du dieu Rao.des m ers du Sud et dont quelque chose demeure au fond del'imagination de chacun de nous. On lui doit aussi une réactionbasée sans doute sur une illusion idyllique, sur une rêveriephilosophique, à partir d'une réalité superficiellement observée, mais qui aura des prolongements immenses: pour la premièrefois, un Européen découvrant « le bon sauvage» en chairet en os, se demande si la civilisation de ce dernier n'est passupérieure à la sienne, par certains aspects?Le capitaine Cook quitte l'Angleterre pour le premier de sestrois voyages en 1768-. Lui aussi est accompagné d'une équipede savants, naturalistes, botanistes, astronomes et ses instructionsressemblent à celles de Bougainville. Cook est un marinde grande valeur, d'origine modeste et monté par le rang , c'estun remarquable meneur d'hommes, un organisateur et un espritouvert. Ses trois campagnes qui s'échelonnent de 1768 à 1779constitueront des succès sans précédent grâce à la fois auxremarquables qualités de leur chef, aux progrès extraordinairesréalisés par les instruments de navigation et par l'améliorationde l'état de santé des équipages résultant de la luttesystématiquement menée par Cook contre ce fléau des grandesexpéditions maritimes: le scorbut.Ce peuple si attachantAu cours de son premier voyage (1768- 1771), Cook passe àson tour à Tahiti, y fait une longue escale et y érige un observatoireportatif d'où Joseph Banks observera la fameuse éclipsedu Soleil par Vénus. Puis il accomplit un périple à travers laPolynésie qui lui fait pressentir l'inexistence du continent australet lu i permet d'établir pour la première fois la carte de laNouvelle-Zélande dont il fait deux fois le tour. Il repart en 1772,~29..


~avec mission expresse d'élucider le problème du continentaustral. Il exécute alors U[l véritable ratissage du Pacifique Sud,de la banquise aux tropiques et ira de nouveau en Nouvelle­Zélande et à Tahiti. Un~ troisième expédition ayant pour butcette fois de rechercher un passage au-delà du détroit deBéring le fait passer pour la troisième fois à travers la Polv.nésie,faire une dernière escale à Tahiti et au retour de son explorationinfructueuse du Pacifique Nord, s'arrêter à Hawaï où il trouverala mort au cours d'une échaùffourée.Cook s'était attaché visiblement aux Polynésiens et particulièrementaux Tahitiens qu'il observe cependant avec' beaucoupplus de sang-froid et de réalisme que son prédécesseur,Bougainville. Homme remarquable qui a acquis lui"même desconnaissances en matière d'hydrographie, €le mathématiques etd'astronomie, formé sans doute au contact des spécialistesqu'il emmène à son bord, il rapporte de ses voyages des observationsd'une exactitude et d'une pénétration qui peuvent lefaire considérer comme l'un des premiers ethnographes.Que renéontrèrent Bougainville et Cook? La Polynésied' aujourd'hui n'en a conservé que les paysages: atolls ou îlesmontagneuses et les descendants de ce peuple polynésien siattachant.Primauté à l'esthétiquePendentif (TIe de Pâques).Ce que l'exposition « La découverte de la Polynésie» présenteau public, à côté d'une brève évocation des grands navigateursappuyée sur un petit nombre de pièces et de manuscrits majeurs,c'est l'ensemble des objets par lesquels s'est manifestée,à l'époque de la découverte, la. civilisation polynésienne. On ytrouve groupés sous les noms de Tahiti , Nouvelle-Zélande,Tonga, île de Pâques, Marquises, îles Cook et Australes etHawaï, 180 des plus remarquables objets qui furent rapportéspar Cook et ses compagnons et par les expéditions qui lessuivirent immédiatement et qui présentent un art si raffiné dansla confection d'un objet usuel, d'une arme, d'un ornement oud'une statue religieuse que l'on en demeure saisi.Maurice Leenhardt n'écrivait- il pas dans « Arts d'Océanie» :« Les Océaniens sont le seul peuple au monde qui ait donnéà l'esthétique la primauté»?De fait, les Polynésiens n'ont pas connu l'expression écrite(on ne connaît d'écriture que les tablettes à usage religieux del'île de Pâques dont les trois plus belles se trouvent dans l'expositionet dont la signification demeure totalement mystérieuse) .C'est donc des objets que les Polynésiens se sont instinctivementservis pour donner le jour à une expression intellectuellementinformulée mais plastiquement d'une extraordinaire éloquence.C'est ce dont témoignent ces pièces uniques du BritishMuseum (( Femme qui danse» d'Hawaï, statue du dieu A'Ades îles Cook) , du musée de Saint-Germain-en-Laye (statue dudieu Rao), ces tiki en forme de bâton sculpté au visage hallucinantvenant de collections particulières (îles Cook et Austraies), ces tiki des îles Marquises venant du Musée de l'Hommeou de collections particulières, ces pagaies cérémonielles del'île de Pâques (collections particulières) , cette proue de piroquede l'île Chatam merveilleusement ouvragée (Musée d' Histoirenaturelle de Rouen), ces manches de chasse-mouches de Tahitiaux sculptures minuscules par la taille mais magnifiquementmonumentales par leur conception et leur traitement (M uséed'Archéologie de Cambridge, Musée de l'Homme et collectionsparticulières).Tels sont quelques-uns des témoins de ce que Bougainvilleet Cook découvrirent entre 1768 et 1779 et qui ont été rassemblésdans cette exposition pour rendre hommage, en ce 200·anniversaire de .Ia découverte, au peuple polynésien et à saculture.Marie-Jean BERAUD-VILLARS,Administrateur de la Société des Amisdu Musée de l'Homme.Cette exposition a lieu au Musée de l'Homme, Palais de Chaillotjusqu'au 15 juin, tous les jours (sauf mardi) de 10 à 18 h, le mercredijusqu'à 21 h.,.LES EDITIONS DU PAVILLONDirecteur-gérantRoger MARIA5, rue Rollin, Paris-5" - Tél : 326-84-29 - C.C.P. Paris 10.865.02Vient de paraÎtre :C.C.P. Paris 10.865.02• Jean-Baptiste Marcellesi , Chargé de maîtrise deconférence à l'Université de Rouen : Le Congrès deTours (décembre 19201.Etudes sociolinguistiques. Préface d'Ernest Labrousse,professeur à la Sorbonne, avant-propos de JeanDubois, professeur à Paris-Nanterre .. . ... ...... .. ..... 45 F• Jacques Reclus, ancien prof3sseur à l'Université dePékin: La Révolte des Taï-Ping (1851-18641.Prologue de la Révolution chinoise. Préface de JeanChesneaux, professeur à la Sorbonne . ... . . .. . .. .. ... . 28 F• E.-N. Dzelepy : Le Secret de Churchill.Vers la Troisième Guerre mondiale? 1945 .... ... . .... 33 F• Jean Humbert, professeur à l'Institut de francais del'Université de Fribourg : .Le vrai visage de la langue française . . . . . . . . . . . . . . .. 22 F• Action poétique n° 49 (1919 - La Commune deBudapest - MA) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 F• Etienne WEI LL-RAYNAL, agrégé d'histoire,docteurs ès-lettres Le double secret deJeanne la Pucelle révélé par des documentsde l'époque. Préface d'André BILLY, del'Académie Goncourt...... . ........ . ..... . .. . .. . .• Odet DENYS Oui était le chevalier deSaint-Georges? Préface de Pierre COT ...... ..24 F18 FVente aux libraires ODÉON-DIFFUSION, 24. rueRacine. Paris-VI" - Tél. : 033-77-95.artsDavid etBethsabéeTE Grand Palais prête quelques-unes de ses nouvelles cimaises.L à l'un des chefs-d'œuvre de la tapisserie bruxelloise, « La Ten ­ture de David et Bethsabée)).Cet ensemble confié par le musée de Cluny, qui faute de place,ne peut l'exposer, se compose de dix immenses tapisseries. Chacunerelate, nOtls dit-on, un ou plusieurs événements de l'histoire deDavid, roi de Juda et d'Israël.Mais avant de passer à la « lecture)) de ces œuvres, regardonslessans nous préoccuper du sujet.A droite, en pénétrant dans la galerie, une première tapisserieattire notre regard : vaste composition aux couleurs contrastées,elle semble tout entière centrèe autour du vêtement bleu et blancde l'un des personnages. La qualité du blanc est tout à fait extraordinaire,il retient et renvoie tout à la fois la lumiére. La laine,matériau vivant, a gardé à travers les siècles, sa luminosité, et peutfaire apprécier la virtuosité du lissier.Cet éblouissant détail n'est qu'un exemple parmi d'autres, detous ceux qui attendent l'amateur tout au long de sa visite. Parfoisil se croira au meilleur jour de la tapisserie gothique, où des cen ­taines de personnages emplissent la surface, parfois au contraire,il verra l'espace s'ouvrir sous ses yeux, dans de vastes palaisde la Renaissance.Il pourra se laisser séduire par les audaces de compositions etde couleurs, mais quand il voudra retrouver les personnagestels que nous les décrit l'Ancien Testament il pourra être déçu.En effet l'une des notions essentielles de la Bible, n'est-elle pasla royauté contrôlée par le prophétisme ? Ce principe n'est guèreillustré ici. Une seule tapisserie évoque la rencontre de David et duprophète Nathan, et elle est surtout prétexte à une composition« ou la colère de Dieu et la justice passent avec d'admirablesailes)) (2).Plus loin nous voyons David recevant la reddition de Rabba, etJoab, général du roi, rassemblant le butin devant la ville incendiée.C'est sur cette dernière scène que se termine l'exposition, nouslaissant l'image d'un tyran absolu et cruel. Les passions et lesdéchirements du roi de Juda et d'Israël, la transformation "et lapurification de David, vénérè tel un prophète par l'Islam même,n'apparaissent pas non plus.Mais ne peut-on dire aussi, que l 'artiste, plus fidéle qu'il nesemble à son héros musicien et poète, s'est soucié avant tout deformes, de couleurs et d'espace?Solange DREYFUS.David recevant les Insignes royaux du vaincu (détail).En arrière'plan : « la ville de Rabba en Ramilles)).(1) Grand Palais jusqu'au 27 mars 1972.(2) P.-M. Grand, Le Monde, 22 décembre 1971.30DROIT ET LIBERTÉ - ND 310 - FÉVRIER 197231..


•cinélDapoéSieJeunesTrois films chinoisDucinéma chinois, on ne connaissaità ce jour, que la déclarationde Mao Tsé Toung : « Le cinémaa aussi sa place dans la lutte menéecontre la culture féodale.» Or, pour lapremière fois, trois films chinois sortentà Paris.D'auteurs inconnus, car désormais,le tournage d'un film est devenu uneœuvre collective, avec critique collectivedu travail achevé, ces trois œuvres nesuscitent guère à vrai dire, qu'une curiositéassez limitée. Elles permettentsurtout un constat sur ce qu'est devenuela culture chinoise sous l'effet de la« révolution culturelle», de ses erreurs etde ses outrances.Il La construction du pont de Nankinsur le Yang-Tsé Il est une ode au bétonet à l'acier mise au service d'une idéologie. Dans ce documentaire, au côtépropagandiste assez pesant, on voitcomment «armés de la penséé de Mao,les ouvriers chinois réussissent à érigerun pont là où les impérialistes et lesrévisionnistes le jugaient impossible».Un peu moins académiques et rudimentairessont Il La Guerre des souterrainsIl et Il Le Détachement fémininrouge Il. Le premier relate un épisodede la guerre sino-japonaise. Toujoursgrâce au Parti communiste et à lapensée de Mao, des villageois résistentaux impérialistes japonais en creusantde nombreux souterrains.Quant au second, c'est un ballet àthème révolutionnaire qui conte lesaventures de Wou-tsing-houa face autyran Nan. Tournée sous la supervisionde la femme de Mao Tsé-Toung, KiangTsing, cette façon de mettre en imagesla lutte contre l'oppression apparaît tropfigée et solennelle.Actuellement, aucun film de purefiction n'est encore tourné en Chine etil faut avouer que ces trois « spécimens»du cinéma maoïste sont assez décevantset peu convaincants.« Espagnoles à Paris ))Trois festivalsSignalons trois festivals cinématographiquesdu tiers monde .Il est de nombreux domaines où l'indépendancede l'Afrique reste purementformelle : le cinéma, où l'emprise colonialeest flagrante est de ceux-là. Ainsi,jusqu'à présent, les films arabes et• La 25 e Vente de solidaritékermessede la Commission centralede l'''~nfance aura lieu dans lessalons de l'Hôtel Moderne du 15au 20 mars 1972, de 10 heures à20 heures sans interruption.Un film, dont on dit déjà beaucoupde bien, sort ces jours-ci à Paris. Il s'agitde « Espagnoles à Paris», de RobertoBodegas. Cette sorte de « 0 Salto»traitée sur le mode allègre relate lesmésaventures tragi-comiques de jeunesEspagnoles venues travailler à Pariscomme bonnes dans les beaux quartiers.Il sera intéressant pour les amis duM.R.A.P. d'étudier les problèmes poséspar cette forme d'immigration et abordésdans cette œuvre.africains avaient été découverts dans desfestivals occidentaux. Pour remédier à cedésolant état de fait, des festivalsauront lieu en 1972, à Damas, du 12au 19 févri er, à Ouagadougou, du 4 au11 mars, et à Carthage, du 30 septembreau 7 octobre.Nul doute que ces trois manifestationsseront le tremplin d'œuvres intéressanteset originales comme ce fut lecas, par exemple, à Carthage, en 1966pour Il La Noire de ... 11 de OusmaneSembène, et Il Le Veilleur de nuit Il deChawki en 1968.Marie-France SOTTETUn disquetémoignage,LIBEREZANGELADAVIS 1 •Le spectacledonné par laCompagnieJOSÉ VALVERDEdu ThéâtreGérard Philipe*Un disque G.U. LDX 74460Chaque année, l'Association des écrivainsde langue française qui regroupe tousles pays francophones - Afrique, Antilleset Guyane, Madagascar, Suisse, Belgique,Canada, etc. distingue un auteur originaired'une de ces régions. En 1971 , pour lesCaraïbes, elle a couronné en lui attribuantson prix, le dernier recueil de poémes denotre amie Marie-Magdeleine Carbet« Rose de ta grâce» (1).« Poéte ... 'un mot qui me dépasse, quires~ à définir, auquel je n'aspire pas, nousa-t-elle déclaré. Je glane la poésie partoutoù je la trouve, dans la vie de tous les jours,dans les yeux d'un enfant, comme unechose simple et naturelle.« Etre poéte pour nous autres adultes,c'est retrouver la pureté, l'état de grâced'un enfant.« Je ne recherche pas l'effet poetique.Je gratte des carottes, je fais des travauxde couture... je m'interromps pour fixerune image qui va disparaître. Selon mesloisirs, je la travaille. Mais je conservele premier jet, le rythme s'impose à moi :il se manifeste dans le souffle, la respiration,dans les sensations.« C'est aussi ce rytllme qui existe dansle créole, ce « patois», dont Gilbert Gratiantqui en conserve le culte, en dénombreles valeurs, voudrait qu'on dise qu'i l estune langue. Le créole a jailli lorsqu'ontété mis en présence les esclaves africainsimportés aux Antilles et les colons. Ce stRose deAta gracedu vieux français prononcé à la maniéreafricaine, non pas du « p'tit négre», maisun langage condensé, trés harmonieux,trés rythmé, trés difficile à comprendre,à répéter, à cause de l'accent tonique quipeut modifier le sens du mot. Il n'a pasd'orthographe, car il n'existe pas en tantque langue écrite, mais il se conserve dansles traditions orales : proverbes, comptines,récits, poémes, etc., richesses qu'il ne fautpas laisser perdre, patrimoine de notrepeuple.« En ce qui me concerne, j 'écris en fran ­çais. Il y a trop longtemps que nous parlonsle français pour que j'éprouve le besoind'utiliser des expressions africaines ouantillaises. Le probléme n'est pas d'ailleursdu moyen d'expression mais plutôt del'audience que nous recherchons commeecnvam.« J'ai la pénible impression d'être enferméedans un ghetto. Il est fait un sortspécial au roman antillais sur lequel onporte un jugement a priori. Ainsi, onattend de moi que je me présente dans lestyle « jamais malade, jamais mou'i' », avectout l'arriére-plan du folklore. En fait, jem'en voudrais qu'on dise de mes romansqu'ils ne sont qu'antillais. Je pense qu'ilspeuvent être écrits par n'importe qui,puisqu'ils posent des problémes humains,tout en se reférant aux Antilles. Au fond,nous avons le tort d'être des exilés, niFrançais, ni étrangers, puisque nous neprofitons pas des égards dus à ces derniers. »M.K.(1) Paru aux éditions du Cerf-Volant. Cf. « Droit etLiberté» nO 298.PIEDS SENSIBLESLes chausseurs du super-confort et de l'éléganceCI">vix UNIQUE en CHEVREAU. en SPORTS et en TRESSE MAINFemmes du 35 au 43 - Hommes du 38 au 486 largeurs différentes(9") GARE SAINT-LAZARE, 81 , rue St-Lazare (MO Saint-Lazare . Trinité)(6' ) RIVE GAUCHE, 85, rue de Sèvres (M" Sèvres - Babvlone)(lÜ'") GARE DE L'EST, 53, boulevard de StrasbouI;g (Mu Château.d' F:au) .-------- Magasins ouverts tous les lundis --------A. ~poetespart les revues de poésie - lesquelques vigoureuses dont je vousai parlé et les autres de c1ientélesou cénacles - qui parle des jeunes poétes ?Il est vrai, tous paraissent à compte d'auteuret cette aubaine aux éditeurs nesaurait correspondre au choix. Et commetout recevoir comme tout lire n'est paspossible, il faut découvrir dans un lot.Qu'on m'excuse donc d'ignorances injustes.Le dernier reçu, le plus opulent : Fri·den -Kraft. Son Mélusine (1), justifiant sonsous-titre a la saveur de l'amour et luttepour une floraison de l'homme. Une séveviolente y craque en bourgeons. La trouvaillebaroque en jaillit fleur d'insurrection.J'aime que ce frémissant écrive :Je ne suis que la plainte de l'eau quis'assèche, la larme du feu qui s'éteint.Notre ami Jean-Claude Antok assumedans son Ex-Ode (2) la tendre contradictiondu poéte, puisqu'il désire que son poémesoit « pelletée de silence» mais écrit :Ilfaut chanterIl faut beautéMusique d'or dans les doigts agilesC'estQu'âge mort si tu l'éveillesViendra le soir d'un renouveauDans Noyer la mer (3), Christian Augére,en sonores « touffes de couleurs » lielui aussi « des mots qui se rebellent... jusqu'ausilence ». Il nous invite à boire satisane d'épines. Et, il le faut avouer, on en aenvie.Dans cette remontée classique, d'oùémergent Gateau, Foreau, Loi, Sodenkampf,avec ses Floraisons (4), MichelFauré prend place :Et le cœur bien au chaud, le regard bienlen terre.Dans Cimaise (1), pour Bernard Picavet,le mot est un agent de change et :Les canons crachent des banquiersMais notre ami Claude Paris, cœurtoujours juvénile, en Seize poèmes del'amour et la mort, simples et émouvants,rend présente celle qu'il a perdue quand :Les jours naissent et meurent à la limite[de l'éternité.Jean CUSSAT-BLANC.( 1) Traces.(2) J.· P. Oswald.(3) Rougerie.(4) Subervie.32DROiT ET LIBERTÉ - N° 310 - FÉVRIER 197233


•Ii~es" Le fascisme dans son époque IlCHACUN des trois tomes duFascisme dans son époque (1),par l'historien Ernst Noltecomporte un historique des mouvementsfascistes, un exposé de leur organisationet enfin une recherche sur leurs racinespsycho-sociologiques.Déjà, avant l'Action française, Josephde Maistre et Drumont avaient essayé desubstituer dans l'imagination ouvriérel'ennemi racial à l'ennemi de classe. Lalecture de Maurras révéle plus profondémentune conception de la « Beauté éternelle»,inséparable selon lui des positionssociales existantes et qu'il faut défendrecontre ses ennemis. Au premier rang deceux-ci, la Démocratie qui, en amalgamantdes groupes humains « naturellement différenciés»,défigure la « déesse France».Ennemis encore les « Etrangers », qui troublentla pureté de la patrie, la finance internationaleet la Révolution qui détruisentla fortune des particuliers et de la nation.Ennemis enfin, le romantisme allemandopposé au classicisme antique et le christianismeprimitif, qui enseigne le détachementdes autorités terrestres en faveur del'Absolu divin.L'effort de l'Action française vers l'élaborationd'une idéologie cohérente ne seretrouve pas chez Mussolini qui se recommanded'une primauté de l'action. L'histoiredu fascisme italien se confond avecl'évolution qui conduisit Mussolini dumarxisme à l'extrême-droite nationaliste.Nolte recherche les causes de cette évolutiondans 'la réalité italienne de l'entredeux guerres et dans le caractère impressionnablede Mussolini. Ne pouvant fairela révolution marxiste avec des socialistesdont il rejetait « l'humanitarisme bourgeois», et des « masses populaires» insuffisammentéduquées, il fit avec les conservateursune révolution politique qui débouchasur la guerre et sur le succès de laréaction. Aprés les occupations d'usinesde 1920, il eut recours au mythe : « Lefascisme est un besoin de notre racearyenne et méditerranéenne qui, à un momentdonné, s'est sentie menacée dans sesraisons de vivre essentielles.»Cette crainte maurrassienne d'une mala-• Notre ami Yeru expose despeintures et dessins à la galeriefi Art du monde», 23, rue Jacob,Paris-6 e , du 2 au 29 février.die universelle menaçant la « race pure»se réduit cependant, chez Mussolini, àquelques germes de racisme politique. Elleconstitue en revanche l'essence de la doctrinehitlérienne, dont Nolte retrace l'historiquedepuis Mein Kampf non sans enavoir cherché les sources chez Rosenberget le comte de Gobineau, dont le racismeapparaît surtout comme le réflexe défensifd'une classy dirigeante. Qùe le nationalsocialismecomporte ce réflexe, Nolte nele nie naturellement pas. Mais l'intérêt deson analyse réside moins dans le récithistorique que dans le développement desracines psychologiques du nazisme.Pour Hitler, trois nécessités font loi :l'autarcie économique contre l'internationalisationde l'économie, l'auto-protectionde la nation dans un territoire assez vaste,et le maintien par la guerre éternelle desparticularités sociale et raciale contre lebolchevique et le juif. Au fond, Hitler veut,comme Maurras, fixer la vision marxistedes classes dans un univers non dialectiqueet stable. Dans cette intention, il fautempêcher l'homme d'enfreindre « les loisnaturelles» et vaincre sa tendance à dépasserle réel : en somme, il faut lutter contrela transcendance.Or, la société libérale laisse se développerà la fois la transcendance pratique, laquelletend à l'émancipation socio-économiquede tous les hommes, et la transcendancethéorique par laquelle les hommesdépassent par la pensée tout ce qui estdonné en direction d'un absolu. A la transcendancepratique s'oppose le conservatismetraditionnel. Il n'y a fascisme quelorsqu'à la négation de la transcendancepratique s'ajoute le refus de la transcendancethéorique et de l'angoisse qu'elleentraîne avec elle. Mais dans cette luttepour étouffer l'angoisse, le fascisme utiliseprécisément celle-ci : son combat est doncgrevé d'une contradiction interne.Ainsi, Le Fascisme dans son époque, àtravers des développements touffus et unpeu jargonnants, tente-t-il, non seulementune définition de l'essence des doctrinesfascistes, mais aussi une approche desproblèmes philosophiques posés par lamétamorphose des sociétés au XX e siécle.Jean-Claude LABRACHERIE(1) Ed. Julliard, 3 tomes (t. 1 : L'Action française;t. II : Le Fascisme italien; t. III : LeNational Socialisme).La « rumeur »d'OrléansIl La rumeur d'Orléans Il à l'actualité... On se souvient de cette vagued'antisémitisme qui visait tout particulièrementdes commerçantsjuifs accusés de se livrer à Il la traitedes blanches Il, et boycottés par lapopulation, en proie à une véritablepsychose collective.C'était en 1969.Ces faits ont été évoqués dansl'un des épisodes du feuilletonIl Francois Gaillard, ou la vie desautres·lI. L'avocat redresseur detorts fera la lumière dans unesombre histoire de disparition d'unejeune femme employée commevendeuse chez un commerçantjuif. Celui-ci, ancien déporté estaussitôt soupçonné d'avoir organiséson enlèvement. La Il rumeur Il sedéveloppe: aucune cliente ne pénètreplus dans son magasin. FrançoisGaillard prend l'affaire en mainet découvre la vérité.Dans le tableau que nous reproduisons,l'artiste Clément Despréea voulu, lui aussi, évoquer la Il rumeurd'Orléans Il, dont il montre lecaractère délirant : il s'est servides éléments que colportait la populationpour mieux en stigmatiserl'absurde.MMahaliaAHALIA JACKSON est mortele jeudi 27 janvier 1972 d'uneattaque cardiaque, à Chicago,à l'âge de soixante ans. Elle avait souffertd'urie premiére crise cardiaque, il y a sixans. Après sa convalescence, elle avaitfait sa rentrée dans le Michigan en 1966.Depuis, elle avait repris courageusementses tournées tout en essayant de se ménager.Fille d'un docker qui officiait à la messele dimanche, elle avait été contrainte pourvivre, dans sa jeunesse, de se livrer à tousles métiers auxquels étaient vouées lesfilles noires : gardienne d'enfants, bonne àtout faire, ouvriére d'usine, blanchisseuseou marchande de fleurs. Mahalia, née àla Nouvelle-Orléans en Louisiane le 26octobre 1911, n'eut jamais de maître dechant et apprit d'elle-même à chanter sansmême savoir lire la musique, comme tantde musiciens de iàzz.Son immense talent la fit placer au mêmerang que Bessie Smith ou Billie Holiday.ackson, ouA ses débuts elle s'inspira de Ma Raineyet d'Ida Cox. Mais elle refusa toujours dechanter le blues, lui préférant le « gospelsong» ou les « negro spirituals lI. « Quandj'étais jeune disait-elle, je connaissais leblues. Mais tous ceux qui chantent des« blues» burlent au secours au fond d'unefosse. Je ne suis pas de ceux-là. Le « blues»est désespoir, le « gospel» espérance. Je meconsacre au « gospel» à la gloire de Dieuet à l'amour confiant qu'il m'inspire. »Elle refusa donc toute sa vie de chanterde la musique Il profane» avec les grandsmusiciens de son époque - et certains leregretteront - pour se consacrer exclusivementà la musique chantée dans lestemples baptistes, même en concert publicau Carnegie Hall, accompagnée par sapianiste Mildrer Falls et le joueur d'orgueRalph Jones.Avec elle, le chant évangélique prend uneréelle grandeur, que ce soit « Silent night »,« Didn't it rain lI, « Tired Elijah Rock» ou(( In the Upper Room lI, l'un de ses plusgrands succès.l'uHie du ((gospel song))Historiquement, l'origine de la musiquede jazz provient du chant de travail. Qu'ilfût esclave ou homme libre, le nègre duXIXe siécle était tenu pour un enfant heureuxde vivre et accueillant la misère avecune chanson ioveuse. Mais dans les collineset dans les plantations, le nègre donnaitune âme à la musique en y introduisantses propres misères et ses rares moments dejoie, le" tout cimenté par une extase sensuelleet une occasionnelle exaltation religieuse.Le nègre ne réagissait pas par des crisde joie au travail harassant de l'esclave.La musique qu'il créait, il la créait surl'ordre de ses maîtres, « pour éliminertoute occasion de récriminations ou depréparatifs de révolte lI, comme l'a ditDuke Ellington. Parallèlement aux chansonslaïques florissait le (( negro spiritual lI.Les plus compréhensifs des contremaîtres etdes propriétaires d'esclaves, qui se sentaientpe\lt-être un peu responsablesdes misères des noirs dont ils avaient lacharge et qui étaient eux-mêmes croyants,enseignèrent la Bible aux plus vieux et auxplus sages de leurs esclaves. Alors, toutcomme ils l'avaient fait pour la vie quotidiennede la plantation, du camp de travailou du bagne, ces esclaves, comme le ditDuke Ellington, l'un des plus prestigieuxd'entre les musiciens de jazz « étudièrentle Livre de Sagesse et mirent en musiquedes mots de réconfort et d'espoir qui,d'année en année, étaient répétés à leursfrères de race».Avec Mahalia Jackson, ce messageprend une ampleur, une grandeur, unegloire tout à fait remarquables grâce àson exceptionnel talent dans un beau timbrede contralto.Mais les temps ont changé, et une bonnepart de jeunes noirs américains veulentaujourd'hui participer dès ce monde auxrichesses de la terre et non les reporter àl'hypothétique autre vie chantée parMahalia.Jean-Claude ANTOK.34DROIT ET LIBERTÉ - N° 310 - FÉVRIER 197235•


LA VIE DU M.RAl?,FABRIQUE DE DOUBLURES40 RUE DES JEUNEURS/PARIS 2 8________ ~~ _____________________________________1FÉVRIER 1972QJSaÏnt-Claude : un cOII1.lténé dansla lutte• E refus de servir les Algériens dansL deux cafés de Saint-Claude (Jura)a suscité une vive émotion (1).Avec l'appui d'organisations et de. personnalitéstrès diverses, et notammentdu Comité d'Accueil aux travailleurs immigrés,un comité provisoire contre leracisme s'est constitué, bientôt transforméén comité du M.RAP.L'une de ses premières initiatives,une conférence-débat tenue le 26 janvierà la salle des fêtes a rencontré un grandsuccès. Plus de 300 personnes étaientprésentes, parmi lesquelles beaucoupde jeunes et de travailleurs immigrés.Après l'exposé de M" Armand Dimet,membre du Conseil national du M.RAP.,les nombreuses questions et interventionsont témoigné du vif intérêt soulevépar les problèmes de l'accueil etdes conditions de vie des immigrés, etdes moyens de lutte contre le racisme.Dans le compte rendu détaillé qu'apublié l'édition locale du « Progrès»,sont citées en particuliers les interventionsdes abbés Lajeune et Gabriel Maireainsi que de M. Seppecher, inspecteurdépartemental de l'Education nationale.A la tribune, Armand Dimet étaitentouré de Mme Marichy, présidente duComité d'Accueil aux travailleurs immigrés,et de Maurice Rollar1dez. membredu nouveau comité du M.R.A.P., dontle secrétaire èst Michel Jacquemin, etqui compte six autres membres : ClaudePrat, Marie Penfeilhoux, MohammedBoudouda, Robert Treillard, MireilleMillet et Jean Chambard.A l'issue de la soirée, une vingtainede' participants se sont rendus au cafédu « Progrès» et s'y sont vus, une foisde plus, refuser les consommations demandées.Un constat des faits a étédressé par les agents de police aussitôtalertés, et plainte a été déposée.Dans un communiqué, le comité sanclaudiendu M.R.A.P. annonce qu'il(1) Voir « Droit et Uberté» de janvier 1972, p. 7.Le meeting du z 6 janvier.« entend mener à son terme l'action sur l'appui du maire et, il l'espère, deentreprise pour que justice soit rendue la grande majorité de la population».et que les actes de racisme, quels qu'ils Déjà, de nombreuses adhésions sontsoient, disparaissent dans notre ville.» enregistrées. Félicitations aux antiracistes« Le Comité sait, conclut ce communi- sanclaudiens, à qui nous souhaitonsqué, qu'il peut comp~er dans ce domaine la bienvenue parmi nous.La quinzained'ArgenteuilDu 1" au 13 février, une Quinzainede lutte contre le racisme ·etd'informations sur la situationdes travailleurs immigrés se déroule àArgenteuil, dans le Val-d'Oise. Elle estorganisée conjointement par la Maisondes Jeunes et de la Culture, le Centreculturel municipal et le comité local duM.RAP.De nombreuses initiatives ont été préparéesen commun : une exposition depeilltures, sculptures, objets qui se tientau Centre culturel; une exposition dephotos itinérante; trois soirées-débatsen différents lieux de la ville avec projectiondu film « Etranges étrangers»;un montage audio-visuel, réalisé par laM.J.C., et qui, lui aussi, sera présentéen trois endroits; une soirée-cinéma,avec « Nuit et Brouillard», d'Alain Resnais,et « 0 Salto», de Christian deChalonge ; une soirée théâtrale bilingue(français et arabe) ; enfin, le 19 février,un colloque sur le thème « Immigrés etenseignement», dont l'organisation a étéconfiée plus particulièrement au M.R.A.P.et au C.L.E.P.R. (Centre de uaison desEducateurs contre les Préjugés Raciaux).Cette réalisation exemplaire est lefruit d'un travail collectif approfondi, quia duré plusieurs mois, et qui s'est accompagnéd'une mobilisation contre les discriminationspratiquées dans quelquescafés à l'égard des consommateurs nordafricains.Nous en rendrons compte endétail dans notre prochain numéro.36DROIT ET LIBERTÉ - ND 310 - FÉVRIER 1972..37


,......Solidarité dansla banlieue sudde ParisLes conditions de logement des travailleurs immigrés, mêmedans le cas de foyers gérés par les préfectures sont le plussouvent déplorables.Dans le cas où les habitants de tels foyers réussissent malgréles menaces d'expulsion, les brimades diverses, à s'organiser. un tant soit peu pour formuler collectivement leurs revendications,il est essentiel que l'opinion publique antiraciste s'exprimepour que des améliorations substantielles soientobtenues.Dans le département des Hauts-de-Seine, les habitants d'unfoyer à Bagneux, géré par la préfecture, déposent le 5 mars1970 une pétition où ils demandent:« Qu'il soit donné satisfaction sur les points suivants :- La réparation dans toutes les chambres, réfection de lapeinture et la protection de l'humidité (toiture).Le changement de draps tous les quinze jours.- L'installation de douches.- Pour l'entretien, du savon et des balais, ainsi que tout lenécessaire à cet effet.Le nettoyage et le changement de couvertures.- L'autorisation des visites des familles, des amis.- L'autorisation d'apporter un poste de radio.Pour les loisirs :- Une salle d 'activités pour les jeux de cartes, dominos,etc., ainsi qu'un poste de télévision de façon à nous distrairependant nos heures de loisirs.- Le charbon doit être distribué régulièrement, de mêmela non-responsabilité des accidents provoqués par les appareilsde chauffage.- Qu'il ne soit pas exigé pendant la maladie ou un changementde travail, des bulletins de paye pour le paiement duloyer.- L'élargissement du congé à 90 jours et non 60 jours.- Qu'il soit mis fin aux renvois abusifs. ))Début avril 1970, après des démarches de la municipalité,ces questions sont discutées avec le responsable de la préfecturede Paris qui promet de les régler.Début 1971, projection du film « Etranges Etrangers» àla Maison des Jeunes de Fontenay-a.ux-Roses où un coursd'alphabétisation fonctionne. Lors du débat qui suit, l'existencede ces revendications toujours insatisfaites est signaléepar quelques habitants du Foyer qui expriment leur désir de nepas être isolés de la population. Sur proposition du M.R.A.P.un collectif se crée sur place pour alerter l'opinion publique.De nombreuses et patientes démarches auprès des organisations,partis, syndicats, personnalités civiles et religieusesdes communes limitrophes' aboutissent à la diffusion d'unepétition commune avant l'été et à diverses interventions auprèsdes autorités, qui font qu'une solution intervient au moisde juillet concernant les problèmes matériels : réfection dufoyer, déblocage de crédits par le Conseil général pour unesalle de télévision et des douches.Mais les autres revendications n'ont pas été prises enconsidération. Un tract a été distribué, le député a reçu unedélégation du M .R.A.P.; une délégation des signataires dutract s'est rendue à la préfecture.Le Comité localde la banlieue-sud de Paris.COMBINÉDistribution : Sangêne - MerciTél. : 744-67-59.NS. Bouly, 71, rue de Provence, Paris-9' -LE MANSLe club culturel et social universitairedu Mans a org'anisé le mardi 11janvier dans un amphithéâtre du centreuniversitaire du Mans une soirée sur lethème « Qu'est-ce que le racisme?»Cette réunion mérite notre attention àplus d'un titre : l'animateur du clubM. Tshilenga a réussi à rassembler surce petit campus et malgré la concurrencede trois autres conférences, plusd'une soixantaine de personnes d'opinionstrès diverses. Il a en outre obtenuqu'un cômpte rendu détaillé de la soiréepasse dans le journal local « Le MaineUbre».Après la projection du film « Etrangesétrangers», Pierre Crépel, qui représentaitnotre Mouvement, a mené un débatsur les causes et les conséquences duracisme. La discussion a été fort animée,et enrichissante pour tous. Seul legardien qui devait fermer les portes apu mettre fin à la séance.CHERBOURG« Seule l'intolérance est intolérable»,a déclaré notamment le Dr Hébert,député-maire de Cherbourg, en inaugurant,le 15 janvier la Semaine d'Actioncontre le Racisme organisée dans cettev'lIe, à l'initiative du Foyer laïque Albert­Mathieu, avec le concours de nombreusesassociations: J.O.C., lycées techniques,patronages laïques, Francs-Camarades,M.R.A.P., M.D.L.P., Fédérationdes Œuvres Laïques, clubs U.N.E.S.C.O.,centres sociaux, Ugue des Droits del'Homme, Mouvement de la Paix, C.G .T.,C.F .D.T., F.O ., F.E.N., et divers partispolitiques.M. Deschamps, animateur du Foyerlaïque Albert-Mathieu a présenté l'expositionréalisée au foyer du théâtremunicipal sur le thème « Racisme etdignité». Au p~ogramme de la semainefiguraient en 0Utre, trois conférences- 'débats (dont ùrie réservée aux jeunes)et trois soirées tipématographiques.SARTROUVI LLELe journal « Le Courrier Républicain»de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines)publiait en novembre dernier une lettre(anonyme) protestant contre l'implantationà Houilles de 175 logements destinésà des Algériens vivant actuellementdans des habitations insalubres. Parmiles arguments employés, certains relevaientde toute évidence du racisme :explication des difficultés scolaires parle « cotat intellectuel» (sic) « particulièrementbas» des enfants d'immigrés;présentation des travailleurs immigréscomme des « associaux» menacant « latranquillité du vOIsinage» et dont laprésence risque de prendre « une ampleurcancérigène (sic) dans un laps de tempstrès court».Les comités du M.R.A.P. et duC.L.E.P.R. de Sartrouville et ses environsont répondu par une lettre indignéeà ces préjugés et à ces insinuations.« L'unanimité des professeurs ovillois,soulignent-ils, n'existe que sur le constatd'une situation scolaire rendue difficilepar la carence du pouvoir, non sur lacondamnation du niveau scolaire desenfants (. .. ) Quant au « cotat intellectuelparticulièrement bas», attribué aux élèvesdes écoles de Houilles, ne le trouvet-onpas chez certains adultés, si l'onen juge par le style de la « lettreouverte» ?MONTPELLIERLe comité du M.R.A.P. de Montpelliernous adresse un riche bilan de ses activités.Après une conférence sur leracisme de M. Ernest Kahane, professeurà la Faculté des sciences, il prépare,pour la mi-février, un débat public surl'action antiraciste, puis, pour le 10 mars,la projection du film « Mektoub» en présencedu réalisateur, Ali Ghalem, àl'université Paul-Valéry.« Uaisons laïques», organe local dela Fédération des parents d'élèves (Cornec)a publié un article présentant lesactivités du M.R.A.P.BORDEAUXA l'occasion de la programmationdans un cinéma de Bordeaux du film« La bataille d'Alger», de Gilio Pontecorvo,diverses organisations, comme laRestauration nationale, et l'Associationdes combattants de l'Union française ,se sont livrées à des manifestationsvisant à empêcher les projections. Le28 janvier, ces manifestations ont prisun caractère ouvertement raciste. Uncertain nombre de « spectateurs» proférèrentdes cris orduriers et insultantsà l'égard des Algériens, applaudissantchaque fois qu'apparaissaient sur l'écrandes images de violences dirigées contrele peuple algérien. Un Nord-Africainisolé dans la salle a été pris à partie etagressé; ses vêtements étaient à moitiéarrachés quand la police est enfin intervenuepour expulser les perturbateurs.Le Comité local du M.R.A.P. etl'Association de solidarité avec les travailleursimmigrés ont protesté vigoureusementpar des communiqués depresse contre ces agissements. Le 2 février,plus de cent Algériens ont assistéà la représentation qui s'est dérouléedans le calme.NANCYUne exposition sur le racisme a étéprésentée par le comité du M.R.A.P.de Meurthe-et-Moselle, au lycée J.-Callot,à Vandœuvre. Lors de son ouvertureune soirée-débat a eu lieu avec lesélèves, leurs parents et leurs amisinvités par le club « Notre temps» quifonctionne au lycée. Plusieurs membresdu comité du M.R.A.P. y participaient:MM. Herzberg et Gandwerg, Mmes Garandeauet Tenenbaum, Mlle Rémy.D'autre part, le Club Cinéma a présentéle film « L'Afrique des banlieues», réalisépar l'O.R.T.F.; le débat qui a suivi étaitanimé par M. Gérard Mangolt.[ NOTRE CARNETNos deuilsLe pasteur Charles WESTPHAL, ancienprésident de la Fédération protestante, est mortle Il janvier à Montpellier. Pasteur à Grenoblesous l'occupation, il prit une part active à ladéfense des juifs persécutés; et par la suite, ilpoursuivit des efforts tenaces pour faire échecà l'antisémitisme, et rapprocher les églises chrétiennesdu judaïsme, collaborant à ce sujet avecJules Isaac. A maintes reprises, le pasteurWestphal s'était associé à l'action du M.R.A.P.,il avait, l'an dernier, accordé une interview à« Droit et Liberté».Nôus exprimons nos sincères condoléancesà Mme Westphal et à sa famille, ainsi qu'àla Fédération protestante de France.Albert Lévy, secrétaire général du M.R.A.P.,a eu la douleur de perdre son père M. JosephLÉVY, décédé dans sa 88 e année. Qu'il trouveici l'expression de l'amicale sympathie de« Droit et Liberté» et de ses lecteurs.NaissanceNous avons le plaisir d'annoncer la naissancede Ismaël, fils de nos amis Ibrahima etMarie-Madeleine DIAKITÉ. Nos cordialesfélicitations et nos vœux les meilleurs....----ON DEMANDE----.PHILATÉLISTESLe M.R.A.P. prépare une importanteexposition philatélique internationale.Nous en parlerons d'unefaçon plus complète dans notreprochain numéro.Pour aider à sa réalisation, leconcours de nombreux philatélistesest nécessaire. Tous ceux que cetteinitiative intéresse sont invités àprendre contact d'urgence avec lesecrétariat du M.R.A.P., 120, rueSaint-Denis, Paris (2 e ) (Tél.231-09-57).38DROIT ET LIBERTÉ - N° 310 - FÉVRIER 197239CI


1 SACHÉZ AUSSI .QUE ... J• A la suite d'un attentat raCIste perpétré àReims contre un travailleur tunisien, une assembléea eu lieu à l'I.U.T. de technologie, avec la participationde M. Esparre, membre du Conseil national du M.R.A.P.• le comité du M.R.A.P. de Grenoble organise, lele, mars, à la cinémathèque, une soirée avec le film deJean Schmidt « Derrière la fenêtre». Le débat seraanimé par Albert Lévy, secrétaire général du Mouvement.• Au lycée commercial de Cachan (94) , le film« Etranges étrangers» a été projeté aux élèves de terminale.Un débat a eu lieu ensuite, animé par Albert Lévy.• le comité de Dijon du M.RAP. a rendu public uncommuniqué exprimant son soutien aux sept grévistesde la faim des D.D.M. dans lequel il reprend unepartie de l'article de Joby Fanon paru dans le derniernuméro de « Droit et Liberté».• le 60" anniversaire de l'A. N. C. (African NationalCongressl. l'organisation de lutte contre l'oppressionraciste en Afrique du Sud, a été célébré au cours d'unesoirée organisée à Paris par l'A.E.M.NA (Associationdes Etudiants Musulmans Nord-Africains!. Lucky Thiphaine,membre du secrétariat national, représentait le M.R.A.P.• l 'abbé Pihan. vice-président du M.RAP , et Marc­André Bloch. membre du Conseil national, président duC.L.E.P.R., ont présenté les activités du Mouvement à ungroupe d'étudiants appartenant aux clubs U.N.E.S.C.D.M. Soustelle et le racismeUN meeting annoncé à Lyon par laLI.C.A. (Ligue internationalecontre l'antisémitisme) pour le 7février, a été annulé au dernier moment :les représentants des cultes, de la Liguedes Droits de l'Homme et d'autres groupementsdémocratiques, inVItes, avaientrefusé de s'asseoir à côté de M_ JacquesSoustelle, élu récemment président de lafédération du Rhône de la LI.C.A.Il ne nous appartient pas d'intervenirdans les affaires intérieures de cette organisation.Cependant, nous nous sentonsconcernés, lorsque la LI.C.A., stigmatisantl'intolérance prétendue des démocrateslyonnais, affirme que la désignation deM. Soustelle au poste qu'il occupe est« une victoire sur le racisme». Présenterainsi ce qui' apparaît à beaucoup commeune opération politique, tendant à remettreen selle le personnage constitue à nosyeux un détournement de . cette cause antiracistequi nous est chére.On ne saurait oublier, en effet, queM. Soustelle fut le fondateur (en 1956) del' « Union pour le salut et le renouveau de• Premier comité départemental du M.R.A.P. constitué l'Algérie française» (U.S.R.A.F.), puis dudans la région parisienne, le comité du Val-de-Marne« Rassemblement pour l'Algérie française»a pour présidente Marie-France Sottet et pour secrétaire(1959), avant d'être un membre dirigeantRobert Lehmann .de l'O.A-S- C'est dire que toute la derniére• A la réception organisée le 28 janvier par la partie de sa carriére politique a été consacréeà exciter à la guerre, à lutter contrerevue « Contacts », publiée par le comité d'établissementde la Régie Renault, le M.RAP. était représenté parla reconnaissance au peuple algérien de saMichel Garcia, secrétaire du comité de Boulogne.personnalité et de son droit à l'autodétermination_Etrange conception de l'antira­• A la manifestation organisée au Père Lachaise enhommage aux morts de Charonne, tués il y a 10 ans lorsci sme!d'une manilestation contre l'O.A.S., le M.R.A.P. étaitreprésenté par plusieurs membres du Bureau national. Il Y a tout juste dix ans, c'était leIOrapPRESIDENT : Pierre PARAF ; VICE-PRESIDENTS :Charles PALANT. abbé Jean PIHAN , Fred HER MANTIN ;SECRETAIRE GENERAL: Albert LE VY.COMITE D'HONNEURBâtonnier Paul ARRIGHI , Georges AURI C. ClaudeAVELINE , Robert BA LLAN GER , Roger BASTIDE , JeanCASSOU , Aimé CESAIRE, Charles de CH AMBRUN, AndréCHAMSON . Pi erre COT, louis DAQUIN , Hubert DES­CHAMPS, Henri DESOILLE , Michel DROIT, MauriceDRUON Pasteur André DUMAS, Adolphe ESPIARD.Henri FAURÉ , Max- Pol FOU CHET, M arcel GROMAIRE,André HAURIOU, Pierre JOXE, Charl es-An dré JULIEN ,Alfred KASTLER , Henri LAUGIER , Alain LE LEAP, MichelLEIRIS, Jeanne LEVY, Darius MILHAUD, ThéodoreMONOD, Etienne NOUVEAU , Jean PAINLEVE, MarcelPRENANT, Al ain RE SNAIS, Emmanuel ROBLES, Francaise.ROSAY. Armand SALACROU . Jean-Paul SARTRE .Laurent SCHWARTZ, Jean SURET-CANALE , JacquelineTHOME- PATEN OTRE , VER COR S, Dr Pi erre W ERTHEI­MER .massacre de Charonne. Huit manifestantsétaient tués pour avoir voulu protestercontre les crimes odieux de l'O.A.S. Quelquesjours plus tard, un million de Parisiensleur faisaient cortége.Mais deux mois plus tard, alors mêmeque les accords d'Evian sont signés, quela paix, douloureusement, devient un espoir,une chance à saisir, l'O.A.S. intensifieencore ses activités criminelles, rendantimpossible l'entente entre Européens etArabes en Algérie. Le dernier carré desjusqu'au-boutistes se donne un « comitéexécutif » (exécuter prend alors son sensle plus sanglant) : il est composé dugénéral Argoud, de Georges Bidault, etaussi de Jacques Soustelle.Nostalgique du temps où il « gouvernait»l'Algérie, M. Soustelle n'a jamais acceptél'indépendance de ce pays. Récemmentencore, à l'occasion du litige opposant lesdirigeants algériens aux compagnies pétroliéres,il s'élevait, comme « Minute» contreles « concessions» que « nous avons multipliées»,et réclamait la dénonciation desaccords d'Evian. Il présente ceux-ci commela cause de « la dégradation politique etmorale du régime ».Parce qu'il ne voit aucune contradictionentre ses complicités colonialistes et ses professions de foi antiracistes, parce qu'aprésavoir cautionné les « ratonnades » del'O.A.S., il déclare condamner celles quise produisent aujourd'hui à Lyon, celajustifie-t-il qu'une place de choix lui soitofferte dans une organisation qui entends'opposer au racisme ? Nous ne le croyonspas.BULLETIN D'ADHÉSIONDésireux de soutenir l'action contre le racisme, l'antisémitisme et pourla paix,NomProfessionAdresseJe vous envoie, à cet effet, la somme deJ'ADHÈRE AU M.R.A.P.Prénom . . .Je souhaite :• recevoir une documentation complète sur le M.R.A_P.• être invité à ses réunions et manifestations,Robert ATIULY, Vincent AURIOL, Jea n DALSACE,Georges DUHAMEL, Yves FAR GE, Francisque GAY,Jacques HADAMARD, Georges HUISMAN, Jules ISAAC,Frédéri c JOLIOT-CURIE , Jean LURÇAT. Léon LYON-CAEN , André MAUROIS, Amiral MUSELlER, Marc• participer' à l'un de ses Comités locaux ou professionnels.Le montant de la carte d'adhésion là partir de 10 francs) est laissé à l'appréciation du souscripteur,SANGNIER, André SPIRE , Général Paul TUBERT. Cha- selon ses possibilités, compte tenu de la necessité d'apporter le soutien le plus efficace à l'action dunaine Jea n VIOLLET.M.R.A.P.MOUVEMENT CONTRE LE RACISME, L'ANTISÉMITISME ET POUR LA PAIX (M.RA.PJ______ 120, rue Saint-Denis - Paris (2") - Téléphone: 231-09-57 - C.C.P. : 14-825-85 Paris ------.IDUCAIlomA LA FRATERNITE« HalteDOUZE avenue de la Sœur-Kosalie,prés de la place d'Italie.C'est le siége de la J.O.C. (JeunesseOuvriére Chrétienne) masculine.Au 2 e étage, Daniel Trarbach, rédacteuren chef du mensuel « La jeunesseouvrière », me reçoit dans son bureau.Daniel Trarbach a èté ouvrier mètallo,puis permanent de la J.O.C. avant d'êtrechargé, cette année, de la rèdaction dujournal.- J'ai entendu parler de l'action contrele racisme menée pendant le mois de janvierpar les jeunes de la J.O.C. Pourriezvousm'indiquer en quoi elle consiste?- Mais certainement. Outre l'en quêtecampagned'année que mène la J.O.c.(l'an dernier c'était sur l'argent, cetteannée sur la santé), nous avons tous lesans, au mois de janvier un « mois international)J, pendant lequel nous cherchonsà sensibiliser les jeunes de tous les paysdu monde sur une question pour éveillerleur solidarité de jeunes travailleurs.Cette année nous avons choisi le racisme.Comment se dèroule cette action?- Les jeunes sont invités :1. A regarder autour d'eux pour voirs'ils constatent des faits de racisme, ouentendent des réflexions racistes, à examinerleur propre comportement et mêmeà rechercher les causes du racisme.2. A coller des affiches dans leur quartier,à tous les coins de rue ((( Halte auracisme : même droits pour tous »).3. A diffuser le journal. Le numéro dumois de janvier, axé sur la question duracisme, a été tiré à cinq fois plus d'exemplairesque les numéros des autres moisde l'année.4. A lire et étudier énsemble le journal.Les pages centrales qui sont à découperet sont rédigées en français, espagnol etportugais (nous aurions voulu aussi uneversion en arabe, mais il y avait des problèmesd'impression), peuvent être distribuéesà d'autres copainsJ'ouvre le journal à la page centrale etje lis:au racisme! •••))« Le racisme existe dans ton usine, tonécole, ton quartier, ta ville ... Le racismeest aussi en nous, dans notre cœur, vis-àvisdes plus faibles ... Et toi, là où tu vis ?..« La J .O.c. t'appelle à agir : au travail... , dans ton quartier. .. , à l'école ... pourque partout le racisme soit vaincu, pourque tous aient les mêmes droits.« Car la J.O.C. croit :- « que chaque homme, qu'il soitjaune, noir ou blanc a la même destinée;- « que tous sont aimés d'un amoursans fin par le Christ, le fils de Dieu;- « que tous les hommes ont les mëmesdroits et devoirs;- « que les immigrés, les Français, lesjeunes travailleurs de toute race ne selibèreront pas chacun de leur côté, del'esclavage ;- « que les organisations ouvrières sontles outils que s'est donnée la classe ouvrièrepour se libérer de l'exploitation, duracisme, pour bâtir un monde de fréres. »Daniel Trarbach reprend :- Vers la fin du mois, lorsque laréflexion a été menée dans les petitsgroupes, il y a une assemblée de masse,au moins une par fédération . Cette année.l'assemblée de masse était fixée au 22 janvier.Nous avons 210 fédérations en Franceet il y a bien eu au moins 300 assembléesde masse.- Comment se passent ces assemblées?- Cela dépend des militants qui lesmènent. Ça peut être du genre meeting;ou bien il peut y avoir des projections dediapos, par exemple sur les immigrés, oudes compte-rendus des travaux de groupe.On fait le bilan et on relance l'action.Enfin, le 23 janvier, nous avons eu danstoute la Françe la journée de solidaritéinternationale, avec vente de cartes. Lebut de cette collecte est surtout d'aiderle développement de la J.O.c. des autrespays. La J.O.C. existe dans 90 pays.L'argent collecté est envoyé à la J.O.c.internationale. Nous cherchons à unirles jeunes de tous pays, de toutes racesdans un mouvement de solidarité, pourque tous les jeunes travailleurs de Francese sentent frères des jeunes travailleursimmigrés ou de ceux des autres pays dumonde.Interview recueillie parAnne-Marguerite NOUAILHAC.40DROIT ET LIBERTÉ - N° 310 - FÉVRIER 197241


« L'avenir de nos enfants se joue avant 7 ans ))« Or, l'équipement collectif destiné aux jeunes enfantsprésente de graves carences ... »Cette mise en garde figure dans un appel lancé par leIl Groupe d'études pour la défense et la rénovation permanentede l'école maternellell (1), dont la dernière réunionde travail a eu lieu sur le thème: Il L'enfance en difficulté Il.Dans cette perspective, le G.R.E .P. a été tout naturellementappelé à se préoccuper de la scolarisation des enfants destravailleurs immigrés. Il a d'ailleurs élaboré sur ce sujet unquestionnaire qui sera diffusé dans les écoles maternelles,les écoles primaires et les crèches. Il espère que ce questionnairecontribuera à sensibiliser à ce grave problème tout lepersonnel des établissements ainsi contactés, et, plus particulièrement,en suscitant une réflexion et des discussionscommunes.1 ES élèves de 4"-9 du lycée Emmanuel-Mounier à GrenobleL ont visité une exposition réalisée dans la bibliothèquemunicipale, à l'initiative des anciens déportés, A lasuite de cette visite, on leur a proposé le sujet de compositionfrançaise suivant : cc Vous écrivez aux organisateurs de l'expositionvisitée. Quels points positifs soulignez-vous, en ce quivous concerne, relativement à leur initiative? Eventuellement,quelle objection au sujet du contenu du cahier mis à la dispositiondu public."Voici , intégralement, la copie d'un élève :« Le professeur de français nous avait demandé d'aller voirl'exposition organisée par les anciens déportés. C'était lapremière fois que j'allais voir une exposition de ce genre. Ellem'a beaucoup intéressé car elle était bien illustrée par denombreux documents qui étaient tous fort intéressants. Celaretraçait la vie d' Hitler avec beaucoup de précisions. Je n'aipas été tellement surpris de voir certaines photos car je suisbien averti par mes parents; enfin j'ai quand même eu un chocen voyant certains documents par exemple : « l' amusementdes SS » ; à la vue des fours crématoires que je n'avais jamaisvus auparavant, la chaise de la « bastonnade», les travauxobligatoires du S.T.O. Enfin toutes les cruautés inimaginablesdes dirigeants des camps. Ceci est indéfinissable. C'est unepreuve de lâcheté , ce ne sont pas des hommes. Je trouvelamentable qu'on laisse des gens pareils en vie et après on• Les éditions François Masperoont publié un important ouvragesur l'immigration en France : « BidonviUes)).Les auteurs, MoniqueHervo et Mat'ie-Ange Charras, ontaxé leur étude sur l'wl des bidonvillesde Nanterre. EUes ont donnéla pal'ole à quelques-uns des habitantsqui « ont voulu et su se fairel'échos de milliers de fruniUes quis'enlisent comme eux dans lesbidonviUes ... ))• En hommage aux trente journalistesdisparus au Vietnam, uneexposition de photos sur la guerredu Vietnam se déroule pendant toutle mois de février dans les locauxde la F.N.A.C., 26, avenue de Wagratll,Pat'is-S e •42Au ' cours de cette réunion, une information d'un grandintérêt nous a été communiquée par M. Alain Bourgarel, instituteurà l'école du Port de Gennevilliers (2) et responsabledu S.G.E.N. : c'est le vote, par le S.G.E.N., d'une motionrelative à la scolarisation des enfants des travailleursimmigrés, motion dont l'orientation est définie par cetteaffirmation essentielle : « Les objectifs de la scolarisationdes enfants des travailleurs immigrés sont les mêmes queceux de la scolarisation des enfants d'ouvriers français. IlNous vous donnerons des informations plus détaillées surcette importante motion en huit points dans une prochainerubrique d' « Education à la fraternité».(1) G.R.E.P. 94, rue Notre-Dame-des-Champs, Paris-6·.(2) Ecole de la Cité de Transit .« Je ne l'imaginais pas ))réclame leur liberté. J'espère qu'il y aura de nombreusesexpositions aussi instructives que celle-ci dans toute la Francepour dégoûter tout le monde de la guerre.»Une autre copie complète et corrige ce point de vue : « J'aientendu parler des personnes d'âge respectable qui disaientque les jeunes garçons et filles n'auraient pas ' dû venir. Jetrouve cela absolument faux et je vous remercie de nous avoirfait entrer (.. .). Je n'ai retenu de cette exposition que desscènes accablantes, mais je pense qu'il ne faut pas être racisteenvers les Allemands de notre génération et les traiter commedes gens d'autres peuples. »Un troisième devoir précise : « Vous avez eu une idée génialeen demandant la collaboration de certains résistants quiservaient de guide. Dans cette exposition, eux seuls étaientcapables de nous faire sentir et surtout savoir, le mot « résistance».Plusieurs devoirs disent combien ces jeunes ont été « horrifiés»de ce qu'ils ont découvert à l'exposition: « J'avais souvententendu parler des déportés et des camps de concentration,mais vraiment je ne l'imaginais pas comme cela.»C'est la paix qu'ils souhaitent dans le monde après leurvisite : « Les très belles photographies et les textes ... m'ontmontré à quoi pouvait mener une guerre : c'est atroce ... Jepense aussi que les guerres seront bientôt définitivementfinies. »«EDUCATION A LA FRATERNITE. est la rubrique mensuelle du'Ceutre de Liaison des. Educateurs contre les Préjugés Raciaux (C.L.E.P.R.).Le C.L.E.P.R. développe ses activités :- En organisant des rencontres et des débats entre éducateurs tel le colloque de Nanterresur la scolarisation des enfants des travailleurs immigrés.- En favorisant les échanges d'expériences entre les enseignants' et en leur envoyant ladocumentation qu'ils demandent.Il a besoin, pour cela, du soutien de tous ceux qui s'intéressent à son action et la jugentnécessaire.MONTANT DE LA COTISATION:Membre actif: JO F (donnant droit aux deux numéros annuels de Droit A Liberté où paraîtun dossier de 8 pages réalisé par le C.L.E.P.R.), cette cotisation minimale étant portée à 5 Fpour les abonnés à Droit & Liberté.'Membre donateur: 20 F.Membre bieufaiteur : A partir de 30 F.Adresser les adhésions à Mlle Renée Babouléne, 50, rue des Poissonniers, Paris (Ise) avecun chèque postal (3 volets) à l'ordre de Mlle R. Baboulène, institutrice - C.L.E.P,R. (C.C.P.18 177-35, Paris).DROIT ET LIBERTÉ - N° 310 - FÉVRIER 1972. février 1912paJ,"l.S,. à nOS lecteur!.Lettre-a~ès le crisont parven~ ·anvier.. tions noUS tre nUIlléro de J'estDe lll'emi ères ~~:c~:Ons l~cé ~:;~ 1 505 ?,an~s, ~~ts ,d'al~e que a ante l'laiS j,Ilsuf f rt aUX besOj,Il~ l.~~ c'est aC'est enc~urpe~t début, par. r~~: l'avons SOUll.: q:~e noUSq:u' un tou de notre revue. . enS francS paret p:t"es~ts 10 lJl1LLlONS d' anCl.un défiCl.~ de face. dont nousdevons fal.r e . . ul tés de la: lll'es se , spectaculaire,l leS dl.ffl. C s d'une façon, uotidienDepuiS notre appe vité, sont ap~ C'est le 23~me q:pour lie~indiq:uions la ~~ ' n de \l'Paris- Jour ~ s la. libératl. on • l'ore deSavec la dis~ l.°e de parattre ~~~Ul.ut du siècle, le nom. Ul. ceSs . le ~evpariSl.en q anc e , depUl.S . urd'hui.semble de la. !é de 349 à 80 aUJola pluparttitres est to . disposent pour t lll'éoccu-. deS q:uotidiens, q:~ante publicité, es DROIT &situatl.on ~ 'une abon ui commeSi la. s..aY'lts moyens e~ ~o~ .. nues mili ta.n~s q:ces' batailles dede pUl. ~~ . . deS perl. \,Uo~ • lieu ~ete q:ue dl.re urvi vre au mJ.panvuTE tentent de sLlB=\. , . 'l'opiniongéants ?ua jamaiS nécessal.r~ ~ecteurs leS' RTE est plUS q: . dépend de se. leursDROIT ~ L1~1 doit vi'Yl'e. Sa :~sements de sou~:n~es 'bonnesfrançal. se •. t C'est leurs . ère protectrl. CplUS conscl.en.sdresseront la ~~cher 'de succomber.l ctes, q:Ul. 'l'Vlur 1 eml'" ,rOScol e , . dispensable r- EST ElfrBE vvolonteS j.l)!DROIT &. LlBERî!lA VIE DEÂ~~NOOS.Â~SS~. -~~NS.DROIT & LlBE~TELa souscription. Liste .n° 1 (1972)'. VoiCi .~s. versemen~s reçus ~n ' janvier pour" 'aSOUScription de· DrOit & Uberté :Couffe: 5 - Rouda : 20 - Laurendeau : 100 - Lévy : 30 - Brustlein :1 00 ~ Leblond : 20 - Lavisse : 150 - , Rostin : 100 - Israël : 40 _. Lewkowitz : 10- Bernas : 20 - Chiche : 100 - Renard: 10 - Rouzé :25 - Citrinot : 500 - Hattab : 65 - Angelloz : 50 - Grillet : 20 _Engles : 20 - Bloch: 50 - Alcalay : 50 - Toubeau : 20.Total: 1 505 F. .43


SUt>CUESTft. n;6 de CheVOf"*33 eOROC"UX" PAS RACISTE, Jf.4.IS . ~ ( ... dte)~ droit de choisir la clientèl~lA R€PUHUQlIf ou CfNl REiP.~"')r h lIoliu kuOftlilt .. ai. d'j. i4' Ahl' Il •• , IIne ~t . ..... it ., Chwt .... l'M, J}

More magazines by this user
Similar magazines