renaud Perrin - Decitre

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renaud Perrin - Decitre

lexbolexdominique gobletHélène Riffjean alessandrinijean-François MartinPaul coxRenaud perrin


A —— topo —— ZA —— première apparition alphabétique, première lettrede « Aléatoire », « À-côté » ou « Atchoum ! »Topo —— vient de « Topographie », description détaillée d’un lieuet de ses éléments caractéristiques, ou de « Topo »,bref exposé oral ou écritZ —— dernière lettre de l’alphabet, première lettrede « Zébulon »——————————————————————————————————————Extraits du journal de bordde l’expédition AtopoZ——————————————————————————————————————Celle-ci a déjà fait l’objet d’une présentation au monde, lors de l’exposition proposéeà La Chaufferie, galerie de la Haute école des arts du Rhin, en octobre 2011,dans le cadre du programme européen Et Lettera.« Nous avons acheté dans une grande surface sportive un canot pneumatiqueorange. Nous avons gonflé à pleins poumons le véhicule tout un après-midi.Un carnet de croquis, une trousse remplie, des sandwichs, un appareilphotographique dans un sac en bandoulière et nous voilà embarqués,à l’heure de l’apéro, pour l’expédition AtopoZ. Nous sommes prêts pourla grande aventure.Après quelques coups de pagaie, nous atteignons l’écluse, portes grandesouvertes, celle qui n’est pas loin du feu rouge, près de l’hôpital de la ville.Des ampoules déjà commencent à nous brûler les mains. Afin d’accélérerle processus, nous dégoupillons le bouchon d’air à l’arrière, et dans un fulgurantdémarrage le canot éclabousse jusqu’au cygne roupillant sur la berge. Nousfermons les yeux, l’air est tour à tour frais puis chaud, ça chatouille un peu. Puissoudain comme un décollage. De l’air brûlant, un ralentissement, des clapotis.Nous ouvrons les yeux. Nous dérivons 0 au milieu d’un océan. Nous refermonsles yeux, longtemps, jusqu’à sentir monter autour de nous l’eau aussi chaudequ’à la piscine municipale.


Blexbolex est né en 1966 à Douai.Son activité de sérigraphe le conduit progressivementau livre illustré de qualité +++(bande dessinée, imagier, album).L’Imagier des gens, Albin Michel jeunesse, 2008P, « L’Abécédaire », L’Édune, 2008Destination : Abécédéria, Les Requins Marteaux, 2009Crimechien, Cornélius, 2012Hors-Zone, Cornélius, 2012blexbolexENTRETIENSAVECGAËTANDORÉMUS————————Comment est venue l’idée de faire Die Fluchtnach Abecederia (Destination : Abécédéria) ?BXC’était une proposition de l’éditeurallemand Armin Abmeier (décédé en 2012),qui dirigeait la collection « Die Tollen Hefte »,et qui, à quelques exceptions près,proposait d’illustrer des textes littéraires.Nous n’avions pas réussi à nous mettred’accord sur un texte et un auteur,et Armin m’a alors proposé ce classiquede la bibliophilie ou de la littérature pourenfant (l’abécédaire, NdÉ). Le livre devantêtre publié en allemand, j’ai pensé que nousallions au devant de difficultés si je prenaissa proposition « au pied de la lettre ».J’ai donc pris le parti d’illustrer (d’ornementer)la lettre plutôt que de la rapporterà des éléments de langage.————————Peux tu évoquer la structure singulièred’Abécédéria ?BXL’idée de structurer les images à partirde lettres de l’alphabet s’est imposée assezvite — en fait j’en avait eu l’idée quelquesannées auparavant. Cette collectionest un petit format de 32 pages (idéal pourpublier une nouvelle) superbement impriméen tons directs. 26 lettres, 32 pages,il y avait donc de la place pour des amorceset des issues de récit, et il m’a paru évidentde consacrer une page à chaque lettrequi devait devenir un élément du récit,ou mieux, une sorte de station dans le récit.Le jeu a été alors de trouver des objets oudes groupes d’objets dont le dessin pouvaitse rapporter à celui des lettres. Le sujeta déjà été largement balayé par des artistes,graphistes ou photographes. Mais, ayantun vocabulaire plus proche de celuide la bande dessinée, il m’a semblé queces éléments devaient être reliés de façoncontextuelle, et que je ne pouvais pas mecontenter de la réalité. J’ai donc imaginéque tous les dessins des lettres devaientêtre des éléments de paysage, et l’alphabetétant un ensemble restreint, que cespaysages faisaient partie d’un petit pays,Abécénie, ou Abécédéria.La plastique des lettres, associée à celledu dessin, permettait aussi d’imaginer queces éléments étaient modulables, et doncqu’on pouvait réutiliser certaines idées,sous un autre angle, amener une autre lettreet créer des suites narratives à partirde l’association ordre alphabétique/dessind’objet. Ainsi, pour entrer dans ce pays,j’avais besoin d’une route. Il y a plusieurspossibilités, mais le A du début n’offrepas la plus évidente. Heureusement,il y a la perspective, le A est donc devenuune route vue en perspective, la barredu A une barrière, et donc l’indice d’un paysfermé, sous contrôle. La forme du B cassela séquence, c’est donc un insert,


Renaud Perrin est né en 1977 dans les Vosgeset vit à Marseille depuis 2002.Son travail se déploie dans des scénographiesde théâtre, des livres illustrés ou des éditions d’artiste.Mécamots, Thierry Magnier, 2009Moyens de pression, catalogue d’exposition, 2011Renaud perrin————————Pourquoi cette série de dessins Typings,qui de premier abord semble en margede ta production d’images, tant dansla chose représentée que dans sa facture ?RNDepuis quelques années je réalise des sériesd’images ayant pour thème la constructionet l’architecture. Je m’intéresse à l’idéede répétition et au détournement d’outils,j’ai donc eu envie de dessiner avec un outildestiné à l’écriture. La machine à écrirea une dimension manuelle (et sonore) dansson utilisation qui se rapproche de l’idéede construction : des tirets pour fairedes lignes droites de planche de boisà la façon d’un scieur de long, un signepour représenter chaque brique ou chaquetuile, comme le geste répété du maçon.J’utilise aussi bien les signes typographiquesque les lettres. À l’usage, je me rendscompte que certains caractèresm’intéressent plus que d’autres pourleur forme, comme les X, les N, M, O et I.La machine introduit une distance dansle geste, et aussi dans la représentation,puisque selon l’écart entre l’œil et la feuillede papier, on reconnaîtra tantôt des lettres,tantôt une maison.————————Quel lien vois-tu entre ta pratique de dessinà la main, ta pratique semi-mécanique(la linogravure), cette pratique mécanisée,et les dessins que tu as réalisés parfoisà l’ordi ?RNComme j’ai un côté impulsif dans ma façonde dessiner, j’utilise plutôt des outils qui meforcent à ralentir. La plaque de linogravure,la machine à écrire, ne tolèrent pas l’erreur,il faut peser chaque geste sous peinede devoir recommencer toute l’image.J’apprécie l’aspect physique et le rapportà la matière commun à ces deuxtechniques : l’odeur de l’encre, le papierqui se gaufre légèrement, la superpositiondes couches, les irrégularités dûesà la différence de pression. Les contraintes,comme le nombre limité de couleurs,me stimulent. À l’inverse, mes expériencesde dessin avec l’ordinateur ont souventété laborieuses et peu agréables.————————On trouve dans ton livre des maisonsvosgiennes, celles de ton enfance,et tu as imprimé récemment un cahierde dessins de voitures de « quand-tu-étaispas-bien-grand». Un retour en enfance ?Est-ce lié à l’amusement et au jeu ?L’enfant expérimente, toi aussi ?RNOui, c’est lié au plaisir et à l’amusementdu jeu, au fait de ne pas trop figer les chosessur un socle, même si tout cela n’estpas tellement prémédité. Les dessinsde maisons que je fais maintenantressemblent de plus en plus aux dessinsde voitures que je faisais enfant.Les maisons vosgiennes, c’est parce queje pars de photos prises pendant mespromenades et voyages. Comme je suisloin des Vosges maintenant, celles-ci ontun côté exotique. Ce que j’aime dansles bâtiments, c’est leur aspect brut,utilitaire et vernaculaire. J’apprécieles constructions industrielles pour cettemême raison.————————Ton intérêt pour la construction et la lettrese retrouve aussi dans Mécamots,un abécédaire où lettres et images sontdessinées à partir de « typons » de meccano(un jeu de construction où l’on boulonnedes plaques de métal, l’ancêtre des legos).RNJ’avais acheté dans une brocante un vieuxjeu de meccano, et je m’étais amuséà composer un alphabet avec les piècesdu jeu. Un peu plus tard, à l’occasiond’une exposition, j’ai réalisé de la mêmefaçon une série d’images correspondantaux lettres, en représentant des objetsassociés à l’idée de transportet de déplacement. Comme j’avais obtenuune sorte d’abécédaire, j’ai essayéd’en faire un livre en écrivant des définitionsen acrostiches (ça a d’ailleurs été la partiela plus difficile), que Valérie Cussaguetdes éditions Thierry Magnier a acceptéde publier.Dans les images de Mécamots j’ai faiten sorte de représenter des objetssimplement, avec le moins de signespossibles. À l’occasion d’ateliers avecdes enfants, je me suis rendu compte qu’ilsinterprètent facilement des signes abstraits.Par exemple, dans un tableau de Mondrian,ils reconnaissent très vite une fenêtre,alors que moi, je m’attarde plutôt surles caractéristiques formelles de l’image.Henri Michaux avait constaté cette capacitéà l’idéographie des enfants. Il associeleurs jeux à la calligraphie chinoise.Ainsi, une planche posée au sol deviendrabateau, une plus petite un pont. J’aimebeaucoup les textes d’Henri Michaux.Je trouve ses poèmes très imagés tandisque ses peintures sont beaucoup plusproches de l’écriture.« Le premier plaisir qu’en généralles enfants ont de l’exercice de l’intelligenceest loin d’être le jugement ou la mémoire.Non, c’est l’idéographie.Ils mettent une planche sur la terre, et cetteplanche devient un bateau, ils conviennentque c’est un bateau, ils en mettent une autreplus petite, qui devient passerelle, ou pont. »Henri Michaux, Un barbare en AsieGallimard, Paris, 1933 ——


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Jean AlessandriniBlexbolexRecherchepersonnelle, 1995pochoir, acryliqueDestination : Abécédéria, 2006carnet de recherches, feutreQuand les mots deviennentimages, 1986crayon de papier et gouache,éditions RetzTypomondo, 1984crayon, photocopie et gouache,Bussière Arts graphiquesABC de la lettre, 1987collage de lettres imprimées,éditions RetzDominique GobletJean-François MartinDestination : Abécédéria, 2007chemin de fer,crayons de couleur et styloDestination :Abécédéria, 2007dessin préparatoire,gouacheDestination :Abécédéria, 2008dessin decouverture pourl’édition anglaise(Nobrow), gouacheBXL SPORT, 2009techniques mixtesLes Métamorphoses d’Aladin ou commentil fut passé au caviar, 2006image imprimée caviardée à la peintureacrylique, éditions MichalonHélène RiffPaul CoxRenaud PerrinDYLAN THOMAS, 2002techniques mixtesFaire semblant c’est mentir, 2007techniques mixtes, l’AssociationPapa se met en quatre, 2003recherche textuelle préparatoire,stylo plumeA Cyphered Message, 1997linogravures, publié chez l’auteurSculptures Alphabétiques, 1997bois peint, édition de 26 exemplairesMoyens de pression, 2011machine à écrire,publié chez l’auteurJean AlessandriniLa Chaussette jaune, 1994prémaquette, crayon de papieret crayon jauneLe Tout Petit Invité, 2005gouache, encres et crayons,Albin Michel jeunesseTour alphabétique, 2000crayon de papier,travail personnel inédit

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