lucrece - Notes du mont Royal

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LUCRECE,DELA NATURE DES CHOSES.TOMEPREMIER.


LUCRECE,DELA NATURE DES CHOSES,TRADUIT ENVERSPar M. LE BLANC DE GUILLET.TOMEPREMIER.*> .v* •' v, -2' VvAPARIS,MOUTARD, Imprimeur-Libraire de la REINI fde MADAME, et de Madame Comtesse D'àR,-Chez ^ TOI s, rue des Mathurins, Hôtel de Cluni.F LAS SAN, Libraire, Hôtel de Thou, rue desPoitevins.M. DCC. LXXXVIILAvec approbation, et Privilège du Roi.


AMONSIEURDIONIS DU SÉJOUR,DE L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, icc. fc*JHLII I sans préjugés, dont Famé noble et pureS'ouvrit le sanctuaire où règne la Nature,Et sait y préférer un repos vertueuxAu fracas enivrant des plaisirs fastueux ;t Toi qui » simple en tes moeurs, sublime en tes pensées,Suis, en son vaste sein, ces sphères élancées,Ces flambeaux qu'elle-même, aux regards des Humains,Déploya dans le vide étendu par ses mains,Et les vois, l'un par l'autre, avec tant d'harmonie,Balancés dans leur marche à des lôix asservie,A des loix dont Newton démontra les rapports,Objet toujours nouveau de tes savans efforts;De ces plaines du ciel que ton génie embrasse,Tantôt, du vieux Saturne, aux confins de l'espace,Epiant la couronne, en marquant les retours,Et les jours et les'nuits, si divers en leur cours,Tantôt suivant, au loin, dans leurs routes profondes,Ces astres étonnés de franchir tant de mondes,a ii|


vjE P I T 1 ECes comètes jadis source de tant d'erreurs ,Ettméls alimens dt si'vaipes terreurs;, De ce faîte sublime, où, si loin des orages,Tu n*es visible ici qu'à l'œil perçant des Sages ,Et braves à jamais celui de f imposteur,Trop bas pour s'élever jusqu'à tant de hauteur,Du traître, du jaloux, qui, de sa fange impure,Ne voit que ce qui s'offre en sa carrière obscure,De tout ce vil amas de fourbes,d'insensés,Qui, bourreaux l'un de l'autre, et pressans et pressés,Perdus.dans l'infini de la Nature entière,S'arrachent de vains droits sur un point de matière,Y passent, tour à tour, dans leurs vagues transports,De Tiviesse du crime au tourment des remords,Et, par le Temps vainqueur, surpris sans se connaître*-Vont s'engloutir enfin dans fabîme de l'être;Si tu peux contempler ce spectacle d'horreur,Cet effrayant tableau de haine et de fureur,N'as-tu pas dk cent fois : » Insectes éphémères,• Nés pour peu de plaisirs et beaucoup de misères,» Sur voçre aire, au hasard r promenés un instant,• N'en pouvez-vous jouir qu'en vous y tourmentant ?• Heureux qui, vous laissant à vo^ combats funestes,• Emporté, loin de vous, aux régions célestes,


É f I T Ë E.f ïj» Où y pif la vérité, ses pas tout assurés,» Peut fuir et vtïn théâtre où tous tans déchirez,» • Foule tm plèds tos tatais» et, régnant sut «on amè,• Au sein de b Sagesse eh épure 11 flamme * 1Ce que tu dis , ami » planant an haut des dent,Ton ami, chaque four» le répète «fi ces Heu< 5Sur ces bords si charmâns^ si dignei dé tt pfeite»Où fou toit quelquefois uni Mose solitaire,Sur les ga£ons nâi$sân5 5 suivre m iùisseau plaintif»Imblême dfe la tié en son tetais fugitif,Qui^ plus sage que nous, en nous âtôhant sts traces 9Les marque par des leurs dont se pirent les Grâces;Où, dans l'ombre d'un boîs 9 asile révéré»Quelquefois mon esprit, mollement égaré ,Sur le sombré avenir jette un regard timide»Remonte» de nos jours, le fleuvesi rapide»Me rappelle, en secret » à mes premiers plaiiklQue n'ont jamais troublés d'âmbkieuf désirs,Et de qui la Vertu » dé to'nregard sévèfé fNe peut me reprocher la mémoire ercôf chère %Où j tantôt avec Locke, et Sénèque 9 et Charreft,Montagne 5 Montesquieu , f afferma ma raison ;Tantôt j aux doux accens de Virgile et d'Horace,J'adoucis mes humeurf, m J égaye et me délasse» •a iv


viij •' ÉPITRE.Et , soît que le soleil naisse ou meure à mes yeux,'Dans un éciatterni, dans un jour radieux,En paix avec mon cœur, et libre de contrainte,Je vis, content de moi, çans regrets et sans crainte.Mais l'ennui nous surprend dans le plus doux repos,Et, pour le prévenir, il faut quelques travaux.Ce n'est qu'à toi d'instruire et d'éclairer les Sages.Dissipe, à leurs regards, les plus épais nuages.Four qu'ils connaissent mieux, des flambeauxéternels, •'Aux champs de l'infini, les mouvemens réels ,De ceux que l'on croit voir, fixela loi constante.Fixe, par leur distance à nos yeux apparente,La ligne qui les fieet les unit entre eux ;Suis, par cet heureux 'fil, Phébus si ténébreux,Quand sa jalouse sœur le dérobe à la terre ;Suis Mercure et Vénus perdus dans sa lumière.De l'orbe de ces feux, d'après leurs mouvemens,Dévoile, par ce fil,les-plus sûrs élémens.Quand la JReine des nuits s'obscurcit et s'efface,Un'faible jour encor nous découvre sa face;De son frère brillant, jpr ses tristes attraits,L'atmosphère terrestre infléchit quelques traits;De ces traits affaiblis, ose, d'une main sûre,Et constater la force, et marquer la mesure ;


EPITREOse, de notre globe, où rampent, sans clarté.Tant de faibles Mortels craignant la vérité,Ose déterminer la figure incertaine.Ose.... Et que ne peux-tu dans l'élan qui t'entraîne ?Quds étonnans secrets, sans jamais t'égarer,t Dans la terre et les deux , ne peux-tu pénétrer ?Mais moi, qui 5 loin de toi, quelque ardeur qui m'anime,Ne puis, en f admirant, prendre un vol si sublime,Borné dans mon génie autant qu'en mes désirs,De quoi dois-je occuper mes paisibles loisirs ?Irai-je, en téméraire, aidé de Melpomène fBriguer de vains lauriers disputés sur la Scène ? "Emirène peut-être et le sage MancoOnt reçu quelque éclat de mon faible pinceau;Dans l'ombre ensevelis, d'autres Héros peut-être,Si jamais dans la lice ils venaient à paraître,Sans qu'un lâche Bathyle enchaînât leur essor,A quelque honneur, comme eux, pourraient prétendre encor;Mais, crois-moi, je l'ai vu; les cabales, les brigues,Les plus basses noirceurs, les plus viles intrigues 9Les cris de l'ignorance et ses transports jaloux,Sur ce champ si couru sèment trop de dégoûts.Trop simple pour y voir les pièges homicidesQu f y tendent avec art mille ennemis perides,îx


x ' • Ê P I T R E.Parle plus sot orgueil, prompts à se soulever,De l'ennui, s'il se peut, j'aime mieux me sauverDans un champ moins célèbre et moins couvert d'épines $Et peut-être étalant moins d*injustes ruines.m Eh bien donc «, m'as-tu dit, approuvant mes dédains^'Lorsqu'ainsi, dans ton coeur, j'épanchais mes chagrins,• Pour distraire et charmer cet ennui léthargique,.» Kends-nous, rends aui Français quelque trésor antique,» Du Chantre d'Épicure, à leurs yeux enchantés,» Reproduis l'énergie et les mâles beautés *.Pourrai-je?... » A quels efforts ne peut-on pas suffire,m Quand l'Amitié conseille et que sa voix inspire « 8 ?L'Amitié !.... j'obéis. Quelle téméritéN'excuse point un nom si cher, si respecté ?Le voilà donc, ami, le voilà cet Ouvrage.Il t'est dû. Je m'acquitte en t'en offrant PfaommagtbO si, du Temps jaloux, il pouvait triompher !Mon nom suivant le tien qu'il ne peut étouffer,Nos neveux quelquefois diraient de moi peut-être:m 11 fut aimé d'un Sage, il mérita de Pêtré «.Ah ! si c'est m'enïvrer d'un espoir trop flatteur,Qu'on le dise un seul jour, c'esjt asseK pour mon'coeur !


DISCOURSPRÉLIMINAIRE.VJE n'est qu'en tremblant qu'on ose exposer.cette Traduction à des yeux aussi éclairés queceux de notre Siècle. Jamais le goût des Sciencesn'a été plus répandu; jamais le flambeau.lie la raison , celui de l'expérience, n'y ont.porté un jour plus pur. II semble que ce n estpas dans de pareilles circonstances qu'on doiticproduire d'anciennes erreurs.Voilà-ce qu'on s'est dit aYant d'entreprendrede mettre Lucrèce en vers, et voici sur4}uoi l'on s'est fondé pour ne point abandonnercette entreprise f et pour espérer qu'elle pour* .rait ne pas déplaire.Quoique l'Ouvrage de Lucrèce, considérécomme système , n'ait peut-être rien de moinsvraisemblable que tant d'autres hypothèses,que'chaque jour voit naître, et que la mode accréditepour quelque temps; quoiqu'il renierai©peut - être quelques vérités que la plus


xij DISCOURSfaine Philosophie ne sçaurait désavouer; cen f est point à ces titres sans doute qu'il mérited'être rajeuni : mais, confîderé commePoème , à quelques négligences près que l'Auteureût fait disparaître , s'il y avait mis ladernière main-, c'est un des plus précieux monumensde l'Antiquité , qui ne s'est sauvé dunaufrage des siècles, malgré ses défauts, quepar la foule de Beautés, d'un genre peu commun, que toutes les Générations y ont admirées.• Dès sa naissance , ayant mérité d'être publiépar Cicéron , Juge assurément capablede l'apprécier, il devint l'objet de l'émulation'de Virgile et d'Horace, que leur génie vraimentpoétique en rendait plus capables encore 9et qui n'ont pas dédaigné de s'en approprierdes'hémistiches, et même des vers entiers et' des pensées remarquables.Presque tous les Savans, les Gens de goût,Grammairiens, Rhéteurs, Orateurs , Poètesde son siècle, et des postérieurs, jusqu'à l'extinctiondes lumières par l'irruption des Bar-


PRÉLIMINAIRE,xiijtares, tous ceux qui font entendu, depuisla renaissance des Lettres , font mis et le mettentencore au dessus du Prince des PoètesLatins, non pour l'élégance continue, pourcette mollesse et cette harmonie inimitablesqui distinguent ce grand Homme de tous ceuxqui font précédé ou suivi, mais pour la grandeurdes images, la hardiesse des pensées,la force de f expression dans des matières difficilesà rendre en vers, en quelque Langueque ce soit-, et qui ne f avaient pas été dansla sienne.Il fut en effet ïe premier, comme il f attestelui-même, qui osa faire connaître aux Romainsla Philosophie-des Grecs; et, ce quidevait paraître plus effrayant, qui f osa en•vers.Ndhrrï de la doctrine d'Epicure, dès sa plustendre jeunesse, vivant dans un siècle et dansune République où les hommes les plus distinguéspar leur esprit , leurs connaissances,leurs talens, faisaient gloire de la professer,il conçut le dessein de f exposer-dans un Poème*


xïv DISCOURS. 'et de devenir ainsi le rival d'Empcdocle fqui, dans la Grèce, avait exécuté avec suc*ces un projet semblable, et dont les versétaient chantés sur les théâtres comme ceuxd'Homère.Plus cette idée était grande, plus elle dutêtre séduisante pour un génie aussi ardent qu«le sien. Développer tous les ressorts de Y\J+nivers, en expliquer la marche et les combiUliaisons ; descendre dans l'abîme de la Nature fdéployer tous ses phénomènes, lui artachfrtous ses secrets, îa suivre dans la formation.des êtres, dans leur développement, leur dépérissement, leur reproduction: jamais il ne fut' de sujet plus varié, plus étendu, plus sublimeau premier coup d'oeil ; mais aussi jamais Hn'en fut qui présentât des écueilspïus multipliés :définitions sèches, mais nécessaires; discussionsprofondes y mais rebutantes ; argumens su&tils-,mais fatigans : Lucrèce n'en vit que l'abondanceet la grandeur ; il se flatta de trouverdans son esprit assez de ressources pouï envaincre les difficultés ; et cette espérance, que


PRÉ-LIMINAIRE. xvtout autre eût regardée comme chimérique,lui en était un sûr garant; car, s'il n'appartientqu aux grands génies d'exécuter de grandsprojets, il n'appartient aussi qu'à eux de ïesconcevoir.II entra donc dans la carrière ; il y marchad un pas assuré » toujours attentif à 'semer lesleurs les plus vives ou les plus riantes dela Poésie parmi les épines d'une Philosophieabstraite f à tempérer l'austérité de celle-ci parles agrémens de celle-là, à relever F une parl'autre. f à délasser enfin de l'aridité de la Physiquepar la mollesse, si Ton peut parler ainsi 9de la Morale la plus appropriée à l'humanité.Exoxdes magnifiques f péroraisons souvent aussipompeuses f et,_ dans le cours de chaque Livre9 une foule de petits épisodes charmantnu curieux; il ne négligea rien pour fixersans cesse l'attention de son Lecteur, et l'en*chaîner sur ses traces. Quelle abondance detableaux ! quelle vivacité de coloris ! quellevérité dans les réflexions ! quelle chaleur courûmM et graduée sans nuire à la. clarté^ dam


xvj - DISCOURSun fujet où c'eût été beaucoup de n être .pointobscur!Oserons-nous le suivre ici rapidement danssa marche ? On voit d'abord un Poète pleind'enthousiasme, débutant par la plus sublimedes invocations à la Déesse qu'il regarde commel'emblème de la Nature; annonçant ensuiteson sujet, il en peint l'Inventeur commeun des plus puissans génies qui s'est élancébien loin au delà de la sphère du Monde connu,et le justifie des inductions odieuses qu'onpourrait tirer de son système , par le récit d'unedes plus, touchantes aventures cfont la mémoirese soit conservée parmi les hdmmes.Si la Poésie épique ne vit que de fictions fla Poésie didactique ne vit que d'images ; etqui Fa jamais mieux senti que Lucrèce? Ilentre en matière. II pose son premier principe, et- le soutient par des raisonnemens tousen imagés. II avance ainsi de principe en prin*cipe, d'images en images, et, s'écartant quelquefoisde sa route par des digressions courtesqui ne la laissent jamais perdre de vue, ily


PRÉLIMINAIRE. xvijy rentre par les sentiers les plus agréables.Bientôt, ayant établi les fondemens de sonsystème, il analyse tous les autres avec autantde précision que de .rapidité. H en caractériseles Auteurs ; il les réfute avec énergie. Sapprêtantenfin à prouver l'infinité de Fespace etde la matière , il passe, par un préambule éloquent, à ce nouveau sujet, qui lui fournitencore une suite de peintures toutes plus admirablesles unes que les autres.Par quel superbe morceau de Morale ouvre-t-ilson second Livre ? II est tel, que Virgile,qui se Fest proposé pour modèle % deFaveu de tous les Savans, avec plus d'art etd'élégance, n'est parvenu qu'à peine à le balancer.Viennent ensuite de nouveaux principesplus déliés peut-être, moins faciles à saisirque ceux du premier Livre : mais par quellescomparaisons piquantes ne sont-ils pas éclaircis! de quelles brillantes descriptions ne sontilspas entremêlés ! Quelle noblesse dans l'épisodesur le culte de Cybelle ! quel cbarmedans la dispute sur les couleurs ! quelle variétéTome l' b


xviij • D I S C O U R Sdans ceïïe sur la vie des êtres animés ! quellepompe dans celle sur la pluralité des Mondes,sur leur formation simultanée ou successive,sur leur destruction plus ou moins retardée; et par quelles plaintes, mal fondéessans doute, mais qu'on n'entend point sansémotion, sur le dépérissement progressif dela Nature, soit en nous f soit dans le Mondeque nous habitons, tout cela n'est-il pas couronné! Que de richesses déjà dans ces deuxpremiers Livres ! et c'étaient pourtant les moinssusceptibles d'ornemens par la nature des matières, et par les discussions profondes où lePoète était forcé de se plonger.Si nous entrons dans le troisième 9 celui detous que les Anciens ont le plus .admiré, nousen condamnerons le fujet, mais pourrons-nousnous défendre de partager leur admiration ?Est-il rien de plus imposant que le début?est-il rien de plus philosophique même 3 dansl'esprit de l'Auteur, dans les maximes et lespréjugés du Paganisme, et l'Antiquité peut-•lie produire quelque autre Poète qui se soit


PRÉLIMINAIRE.xixélevé plus haut ? Dans toute la première Partie,peut-on revenir de l'étonnement où jetteîa souplesse, la fécondité d un génie, qui,dans le champ le plus rebelle, le plus ingrat, le plus étranger aux Muses, a su faireéclore autant de fleurs que s'il eût défriché 1 leplus fertile; et, dans la seconde, mettant toujoursle fonds à part, quelle étonnante successionde tableaux tient sans cesse l'esprit en suspensî Par quelle force de raisonnemens n'estonpas entraîné malgré soi ! et quel feu, quellevéhémence dans cette superbe digression surîa crainte de la mort, dans cette brûlante prosopopéede la Nature personnifiée , dans cetteexplication ingénieuse des supplices des Enfersenvisagés comme emblématiques , dansces reproches éloquens adressés à l'homme sursa faiblesse, son anxiété, son inconstance, etla frivolité de ses occupations !Dans le quatrième, la théorie de la vision etdes autres sens amène des détails pittoresquesd'un autre genre, et toujours relevant les raisonnemensavec autant d'art, celle de l'imagina-


xxD ! S C O U R S ^tion, du sommeil, des songes^ en amènent d'au*-très plus intéressans peut-être , et sur-tout cettepéroraison sublime sur les effets et les dangers deFamour, ou se trouve ce morceau digne d'Anacréonsur la faiblesse des Amans qui déguisentles défauts de leurs Maîtresses * sous des nomspompeux ou mignards ; morceau que l'immortelMolière a placé dans le Misanthrope,dont il n'est pas un des moindres ornemens ;morceau qui prouve que le génie de Lucrècepouvait se plier à tous les genres , et que fs'il le portait au grand et au sublime, il n'enétait pas moins capable de s'abaisser au simpleet de le manier avec grâce.Quel contraste entre les deux Parties ducinquième Livre ! Si les tableaux "(les imperfectionsapparentes du Monde, de ses vicissitudes,de sa future dissolution, de sa naissance , de ,sa formation, de son développement, dont ondirait que le Poète a été témoin, et qu'on croitvoir soi-même; si les diverses explications dumouvement et de la révolution des astres, surtoutde ceux qui nous éclairent le jour et la


PRÉLIMINAIRE." xxjnuit 3 élèvent d'abord Famé et la transportent,pour ainsi dire, dans le laboratoire de la Na->turc : avec quelle douceur revient-elle présiderà la naissance des végétaux dont la terre vas f embellir, à celle des animaux dont elle vase peupler l Avec quel plaisir apprend-elle l'Histoireet les mœurs des premiers hommes, Foriginedu langage , celle de la Société, celledes Arts utiles, nécessaires à la vie , et des Artsagréables, qui ne le sont pas moins , si le plaisirest un besoin pour Fhomme!Le Poëte touche-t-il enfin à son terme, qu'ilçntrevoit dans un lointainfiloins reculé? ilramasse toutes ses forces pour prendre un der-.nier élan , et pour peindre les météores* Lafoudre , et ses. effets aussi variés qu'étonnans ,les tremblemens de terre, les volcans , les aver-.nés, les prodiges de Faimant, les maladies-contagieuses, enfin la fameuse peste de FAttiquç »imitée et non surpassée par Virgile lui-même :quel pinceau demandaient des objets si grands lçt celui de Lucrèce nest jamais au dessous fTelle est h suite, du Poëme de la Nature;


xxij DISCOURStel en est fenchaînement que FAuteur, commeon le voit, n'y laisse presque pas reposerun moment fesprit sans lui présenter de nouvellesmerveilles. Peut-être un goût plus délicatou plus timide les eût-il moins prodiguées, peut-être les eût-il dispensées avec plusd'art ; mais n'eût-il pas aussi répandu plus de^sécheresse sur un sujet souvent peu poétique ?L'aspect de ce chaos de beautés n échauffe-t-ilpasf»lus victorieusement l'esprit le plus froid, que celuid'un édifice plus symétrique ? L'Art peut biensauver" quelquefois l'Artiste de tout reproche;mais n'est-ce pas^e génie, même sans frein,qui lui fait des admirateurs ? Jugeons-en par* Homère, qui, malgré cette profusion d ornemensque la réflexion peut lui reprocher, nese soutient pas moins inébranlablement sur kfaîte du double mont, pour parler sa Langue,tandis que ses -successeurs, à qui la raison ad-• juge, avec quelque justice, la palme du goûtet de la sagesse, restent toujours au dessousde lui, et n'allument que rarement le feu deI enthousiasme qui ne laisse jamais éteindre*


PRÉLIMINAIRE,xxiijC'est par ce mérite si rare que Lucrèce s'est•outenu; c'est par là qu'il nous a paru mériterd'être traduit en vers. Les Traductions en prose,même celle de M. L. G. la plus exacte commela plus élégante, et dont nous reconnaissonstoute la supériorité sur celles qui Font précédée,n'en ont donné qu'une idée très-imparfaite. Ellesont plus fait connaître le Philosophe que lePoète, et peut-être la prose ne peut-elle aller plusloin. Elle peut hien en effet rendre, avec quelqueagrément, une Poésie douce et molle, etnous en avons des exemples ;- mais s'élèverat-eïïejamais à la hauteur d'une Poésie mâleet serrée? et Corneille, mis en prose italienneou anglaise par le plus habile Traducteur,conservera-t-iï ce feu, cette vigueur qui transporteà fexplosion d'un seul vers., si l'on peuts'exprimer ainsi ?Ajoutons qu'on n f a point assez familiarisénotre Poésie avec les Sciences, et qu'exceptéquelques morceaux épars de Voltaire, ou cethomme unique, né pour tout embellir, a revêtula Physique de tous, les charmes de lab iv


xxïvDISCOURSPoésie , nous n'avons pas un Ouvrage quipuisse attester à FEurope savante qu il n estrien que notre Langue ne puisse traiter en verscomme celle des Grecs et des Latins.C'était donc un service à ïui rendre, quede la justifier de cette impuissance ; c'en étaitun à rendre aux Lettres, que de mettre lesBeautés de Lucrèce, presque inconnues, àjaportée de tous les yeux.L'illustre Molière l'avait tenté ; et, si le géniele plus philosophique du siècle de LouisXIV était le plus capable de sentir, dans Lucrèce,Je mérite du Philosophe, le talent le,plus décidé le rendait digne d'y faire connaîtrele Poète, Hainaut nous en a laissé unfragment qui semble annoncer, qu'il aurait puse promettre quelque succès de cette entreprise; mais c'est tout ce qui nous reste du travaildç l'un et de Fautre, soit qu'ils Faientabandonné, soit,, comme on le croit, que^pour des raisons qu^on ignore, ils aient suppriméleur Ouvrage.Si c'est par les diiîçuîtés qu'ils ont été dé-*


PRÉLIMINAIRE.xxvcourages, Molière sur-tout ; combien devionsnousFêtre davantage nous-mêmes dès l'entréedans la carrière ! Son étendue immense, à Faspectde laquelle Fardeur la plus vive pour letravail semblait devoir se refroidir ; les épinessans nombre dont elle est hérissée, que nous nenous trouvions pas la force d'écarter toujoursavec succès ; les connaissances profondes, et deplus d'un genre, nécessaires pour la fournir dignement,que nous étions loin de nous attribuer: tout aurait dû nous Finterdire.Pouvions-nous nous dissimuler que Lucrèceest l'Auteur le plus difficile de l'Antiquité, del'aveu même de Quintilien qui parlait sa Langue; que la Langue poétique n'étant pas perfectionnéede .son temps, et ne l'ayant été qu'aprèslui par Virgile et Horace, il est remplide tours et d'expressions, pour l'intelligencedesquels il faudrait recourir aux fragmens quinous restent en petit nombre des Poètes quiFont devancé , . aux Grammairiens anciens etmodernes, aux Commentateurs qui n'en donnentpas toujours une interprétation bien claire,


xxvjDISCOURSou qui, s'en trouvant quelquefois embarrassée,n'en donnent aucune; que ïe Poète, ayant àdévelopper un système qui ne F avait encoreété qu'en grec, a souvent été forcé de don*ner aux termes latins des acceptions qu'ils n'ontpoint ailleurs, et qu'on ne peut deviner qu'au*tant qu'on est parfaitement instruit de ce systèmequ'on en connaît toutes les branches ftoutes les modifications ; que le français setrouvant à peu près dans le même cas, nous ytrouverions avec peine des expressions qui rendissentïe texte avec quelque justesse, si nousn'en étions pas quelquefois absolument dénués; que celles du Poète étant toujoursfortes, ce qui donne à son style une rudesseénergique, plus sûre d'éveiller l'esprit en l'étonnant, qu*une mollesse recherchée qui lelaisse tomber en langueur, il nous ferait impossiblede lui conserver ce charme dans uneLangue châtiée, et qu'on a peut-être affaiblieen voulant la polir ; qu'il n'en est pas de sonOuvrage comme de tout autre, où ïe choix desépithètes est souvent indifférent, et qu'un mot


PRÉLIMINAIRE,xxvijpouvant quelquefois y démentir tout le système, ce choix n ? y peut être arbitraire et n'enest que plus embarrassant; que, présentant partoutdes détails et souvent d ? un genre que leLecteur le moins délicat voudrait n'y pas rencontrer, sur-tout vers la fin du quatrième Livre, ce seraient autant d'écueils dont nous nepourrions toujours nous dégager heureusement ;' qu'enfin la Nation Française ne paraissant goûterdepuis long-temps que la Poésie dramatique, ne recevrait peut-être qu'avec dégoût unlong Poëme philosophique, souvent abstrait,toujours austère ?Malgré ces réflexions et d'autres pîus effrayantesencore qui se présentaient en foule,si nous avons cm devoir persévérer, si mêmenous nous en sommes sentis plus animés, c'estque nous leur opposions # ïe goût pour la Philosophiequi se répand de plus en plus parminous ; c'est que, si nous ne pouvions espérerd'obtenir les suffrages de l'ignorante frivolité tnous avons cru mériter du moins quelque reconnaissancede la part des bons esprits qui


xxviijD I S C O U R Sse multiplient de jour en jour par la propagationdes lumières, en leur offrant un Poèteprodigue de la Morale la pïus pure, qui demandegrâce pour ses erreurs en Physique»Mais, s'il a eu le malheur de combattre quelquesvérités, plutôt soupçonnées de son temps,qu universellement reconnues , comme aujourd'hui, sur des expériences et des découvertesincontestables qu'on n'avait point faites encore,le fond de son système paraît-il, au premier coupd'œil, plus erroné que ceux des autres Philosophesde l'Antiquité ? Le paraît-il même plusque ceux des Modernes , et F hypothèse deDescartes, et celles de tant d'autres sont-ellesplus séduisantes pour Fesprit,' que les nombresde Pythagore ou les atomes de Leucippe, deDémocrite et d'Epicure? C'est par sa vraisemblancequ'un système trouve des défenseurs; et si le nombre et le mérite des Difciplesde Descartes semblent justifier au moinscelle du sien, le nombre et le mérite de ceuxde Leucippe et d'Epicure ne justifient-ils pasaussi celé du leur , d'autant plus que Des-


PRÉLIMINAIRE.-xxkcartes n'a régné qu'un siècle K et que l'Ecoled'Epicure s'est perpétuée presque jusqu'à nosjours *, et compte, jusqu'au sage et savantGassendi qui lui a donné un nouveau lustre fune suite de grands Hommes non interrompue?Nous - mêmçs pourrions - nous n'être pointfrappés de cette vraisemblance ? Mettons pourun moment le siècle d'Epicure à la place dunôtre, ou transportons-y notre existence parla pensée. Briiïans d'acquérir des lumières,nous volons en Asie, où l'on nous dit quetous les Arts ont pris naissance. Nous arrivonsd'abord cbez les Chgldéens. De temps immémorial,ils cultivent l'Astronomie. La pureté deleur ciel, l'immensité de leurs plaines, le peu-de besoins auxquels la Nature humaine est sujettedans un climat tempéré, leur. en ont facilitél'étude. C'est par elle qu'ils se sont élevésà la connaissance d'un Etre suprême, modérateurde l'Univers ; mais ayant cru sans* Numenius, Pythagoricien, remarque que la Secte d'Epicurene s'est jamais divisée. Foy. Euseb. Prdp, Ev. L 14.c. 5.


xxxDISCOURSdoute indigne de sa majesté d'en diriger ïesressorts *, ils en attribuent le jeu à une foulede Puissances subalternes *% que l'œil ne peutsaisir, que l'esprit, ne peut embrasser, maisqu'il conçoit vaguement par comparaison avecles Puissances de la terre ; manière commodesans doute d'expliquer tous les phénomènes dela Nature, mais dont un esprit curieux nesçaurait se contenter aisément.Les Perses, chez qui nous passons ensuite,héritiers de cette doctrine, mais n'ayant puconcevoir un premier principe purement spirituel,n'ont vu ce principe que dans le feudont le soleil est le foyer. Ils l'adorent sous lenom de Mithras, et, restreignant à deux, Orosmadeet Arimane, l'un auteur du bien, l'autredu mal, dont Mithras est le médiateur,cette foule de Dieux secondaires imaginés parles Chaldeens; mais, n'envisageant aussi leseffets naturels que comme une suite de la volontéd'êtres tout-puissans, Es se sont peu mis* Euseb. Prsp. Ev. t. $•-* * SaUust. de Dus a Mundo*


P R É'L 1 M I N A I R E. xxijen peine d'en chercher les causes et d'en approfondirles ïok.Peu satisfaits jusqu'ici 9 nous nous enfonçonsdans flnde. Les Brachmanes nous femtientêtre les premiers qui aient formé une espèced'enfemble de cette Cosmogonie vague, decette Physique plus vague encore. Ayant reconnud'abord un Dieu * tout lumière, un Dieuparole **, qui dévoile aux Sages les mystèresles'plus sublimes, un Dieu corporel 3 revêtudu Monde comme nous le sommes de nosvêtemens , mais tout-puissant, immortel, auteurde tout, et vers qui nos âmes retournentaprès la mort comme à leur source ; ils ensëi-* Dans l'Antiquité la plus reculée, on n'admettait qu'uneseule substance éternelle, infiniej indivisible quoique diviséeen trois, ce qui f n'est pas fort clair. Voyez Findit,de Vitâ Funetorum statu. Leclerc^ Bibliot. choïf* 1.1. Chai*»cii* in Tim. Ink. Ckm» Alex. Strom. L i. Iren* L j. Ter~lu/. Scorp. ci.** Deun» esse lumen Deum esse • Aiy* » &c. ( Pseui.Orig. PJdlosophum. c. 24.) On verra plus bas que Platonavait eu connaissance de ce Dieu • parole, connu dès longtempsdans tout l'Orient; mais il le distingue de la premièreessence, ce que ne faisaient point les Orientaux*


xxxijDISCOURSgnent de plus que la terre , F eau, Fair, îefeu , et Féther, sont les principes constitutifs deFUnivers; que, de Féther, sont nés les Dieux,tout ce qui le respire étant immortel, commetout ce qui respire Fair est mortel ;. que leMonde est un 'animal androgyne, et que desgénies', dont la résidence est dans les élémens fen gouvernent les diverses parties. •On nous dit bientôt que tel est le fondssur lequel ont travaillé les Sages chez lesArabes, adorateurs des étoiles i cbez les Ethiopiens, les plus justes des hommes, selon Homère; mais que les Phéniciens ont une Cosmogonieinfiniment plus profonde. Nous volonsaussi-tôt en Phénicie , et nous y apprenonsque FUnivers a pour cause première un airobscur et spirituel, un chaos enveloppé deténèbres , dont cet air spirituel, devenu amoureuxde ses propres principes, les ayant mêlésensemble, tira tous les êtres par cette unionmême.Ne-comprenant rien à ces idées qu ? on nousdonnait pour profondes, et qui ne sont quebizarres,


PRÉLIMINAIRE, xxxïijBizarres, n'espérant pas pouvoir percer plusheureusement les hiéroglyphes des Egyptiens:persuadés que ce Peuple, occupé long-tempsà conquérir ses terres sur les eaux, n'a pu selivrer que très-tard à des spéculations oiseuses,quoiqu'il se vante dune antiquité qui se perddans la nuit des temps , et n a fait sans doutequ adopter les opinions des premières Nations,qu'il a revêtues d'énigmes ; nous résumons ceque nous venons d'en apprendre , et nousreconnaissons qu'ayant toutes admis un Architectede l'Univers, toutes lui ont donné desassociés, toutes ont regardé la matière commeéternelle.N'ignorant pas que les Grecs, après s'êtreoccupés long-temps à cultiver leur Langue etleur Poésie, qu'Homère a portée au plus hautdegré de perfection, s'étant tournés tout à .coup du côté de la Philosophie , ont Beaucoupfréquenté ces anciens Peuples, nous ne doutonspas qu'ils n'aient recueilli leurs connaissances,et qu'ils ne les aient modifiées chacunselon son génie.Tome I.c


xxxivDISCOURSNous nous embarquons donc pour la Grèce,empressés de savoir quelles formes elles ontpu prendre sous des mains si ingénieuses, etnous voilà bientôt dans Athènes, entourés dePhilosophes.L ? un f Disciple de Thaïes, nous dit que l'humideest la cauie de toute génération , quel'eau est le principe de tous les êtres, que toutesles parties de la matière sont animées.,et que tout est plein de génies ; l'autre, sortantde l'Ecole d'Anaximandrc , nous assurequ il n'y a que quatre éîémens, que laterre est ronde, qu'elle est au centre de l'Univers? et que le soleil est aussi grand qu'elle*.Quatre élémens ï s'écrie un troisième, plein* On croit qe'Anaxiraandce fat le premier qui trouva ladistance juste de la terre au soleil et à la lune, et qui découvritle gnomon. On prétend qu'en eftet il en éleva un àLacédcmone ; mais ce gnomon n'était qu'un style posé perpendiculairement, dont le sommet marquait la route dusoltiL Quant à l'invention des cadrans solaires > les uns luien font honneur -, d'autres, comme Pline, l'attribuent àAnaximène. Saumaise la croit beaucoup moins ancienne,contre le sentiment du P. Petau et de Léo Alladus.


PRÉLIMINAIRE,xxxvdes leçons d ? Anaximène, il n'y en a qu'un ;c'est F air, lequel est infini. N'en croyez rien ,reprend celui-ci, nourri de celles d'Anaxagore;c'est la matière qui est infinie et toute composéede parties similaires, qui d'abord, étantconfondues, ont été mises en ordre par f esprit.Apprenez d'ailleurs que cette lune quivous éclaire durant la nuit, est un Mondehabité comme le nôtre ; que le soleil n'estqu'une masse de fer ardente, et n'est guèreplus grand que le Péloponnèse ; que les comètesne sont que la rencontre ' nécessaire deplusieurs étoiles qui se perdent à la vue ensç séparant et poursuivant chacune son cours.Tout est né du chaud et du froid, répliqueavec emphase celui-là, sur la parole d'Archeïaus; l'homme et les animaux sont sortis dulimon fermentant de la terre.Arrive un Pythagoricien austère , suivi dequelques amis, qu'on prendrait, au premiercoup d'oeil, pour des Pénitens de l'Inde., tantleur marche est grave et mesurée, et tout leur,CIJ


xxxvjDISCOURSextérieur composé *. Ecoutez, nous dit - ild un air imposant, il Fa dit, et c'est la vérité,puisqu'il Fa dit. L'unité est le principede toute chose, ajoutez-y fharmonie ; car lavertu, la santé, notre ame, Dieu même , ïemouvement des astres, n'existent % que parl'harmonie. Le Monde, résultat merveilleuxdu feu, de Feau, de la terre et de Fair sesélémens, est animé, intelligent, et sphérique.Le soleil , la lune, tous les astres sont desDieux; les âmes sont des particules ignées etinvisibles de Féther, où se mêle un peu defroid ; Fair en est peuplé. Ce sont ces âmesque vous appelez Héros ou Démons, qui nousenvoient à tous , hommes ou animaux, lessonges, les signes de maladie et de santé, etqui sont sans cesse transmises d'un corps àl'autre, quel qu'il puisse être **. Vous avez, ou* On sait quelle était l'austérité des Pythagoriciens et leuraveugle attachement aux opinions de leur Maître. // ta di£ Métait un mot sacré pour eux.** Comment l'entendait Pythagore? Si les âmes sont toujourstransmises d'un corps à l'autre, se peut-il que l'air en


PRÉLIMINAIRE, xxxvijplutôt il a parfaitement raison dans tout ceque vous venez d'exposer ? poursuit un de sesamis ; mais vous auriez dû vous souvenir dece que nous a révélé Parménides, que l'hommeest né du soleil, que cet astre est à la foisfroid et chaud, puisque le froid et le chaud sontles principes de tout, et que nos sens nous trompenttoujours. N'oubliez pas non plus , reprendun autre, ce dont on ne sçaurait douter sur laparole de Melissus, que l'Univers est Infini,qu'il est immobile, immuable, seul semblable àlui-même, et sans vide ; qu'il n'y a point demouvement réel ; que ce que nous qn voyonsn'en est que l'apparence, et qu'enfin Ton nepeut rien prononcer sur les Dieux dont nousn'avons que des notions incertaines.Des notions incertaines ! répond un Platoniciensubtil. Comme si nous ignorions qu'iln'y a qu'un Dieu, père de sa raison ou pasoitrempli, et qu'elles agissent sur nous dans le- somme!hA moins qu'il ne crée qu'il est des inomens où il meurt plusd'êtres vivans qu'il n'en renaît, et qu'alors il est des amcsqui, ne trouvant pas où se loger t restent dans L'airciij


xxxviijDISCOURSrôle, laquelle a construit l'Univers de la matièreéternelle , et dont est né F esprit, amede cet Univers, répandue en tout et par-tout;que les idées des êtres, êtres réels elles-mêmes,existent de toute éternité , et qu'il ne fautpourtant rien assurer sur quoi que ce foit *.Comme nous ne voyons jusqu'ici rien desuivi, rien de lié, rien de positif, que nousne pouvons point former (Fenfemble de tantd'idées ou contradictoires ou rentrant les unesdans les autres, que ce ne sont par-tout quedes assertions vagues, dont on ne rend pointde raison, rêveries de l'ancienne Asie, que chacuns'est appropriées à sa manière , sans semettre en peine d'élever un édifice régulierdont les parties se correspondent, se soutiennentmutuellement et composent un tout, il noussurvient un échappé du Lycée, que nous prionsde nous faire part de la doctrine de son Maître.Volontiers, dit-il ; vous savez qu'il est le* On voit, par ce doute de Platon bien manifesté dansplusieurs de ses Ouvrages, que , se perdant loi-même dansses idées métaphysiques, il avait fini par s'en défier*


PRÉLIMINAIRE,xxxkpremier qui ait rassemblé les membres éparsde la Philosophie, et fait ce qu'on appelleun système. H .serait trop long de vous ledétailler ; mais le voici en peu de mots.Il y a trois principes des choses, la matière,la forme, et la privation *. Au dessous d'euxsont les éiémens, qui sont des corps d une extrêmesimplicité, dont tous les autres sont desjésultats tôt ou tard prêts à se résoudre en eux.Ces éiémens sont le feu , F eau, F air, et laterre. Il ne sçaurait y en avoir- d'autres, puisqu'ilssont les seuls corps simples, mus cFunmouvement simple , qui se trouvent dans laNature* H n? y a que deux mouvemens simples,dont Fun est de haut en bas , l'autre du centreà la circonférence : Fun est propre k la terre,comme pesante ; Fautre au feu, comme léger ; ettous deux à Fair et à Feau, comme participantchacun à la pesanteur et à la légèreté des deuxpremiers.* Rcram naturalium principia sunt matcria et forma, IKECprincipia sunc ut sint -, privatio est principkîm uc fianc , BOBcaim fack esse $ sed ut essç possû% JuL Cas. ScaLC iv


xlDISCOURSNous nous regardons sans l'interrompre,ne voyant encore aucun jour dans cette obscurité.Des corps légers ou pesans et se^ mouvantpar eux-mêmes ! II continue.Ces élémens sont doués de diverses qualités.Ils sont chauds, froids, humides, secs. Le feuest chaud et sec , Fair chaud et humide, Feauhumide et froide, la terre .froide et sèche. Lachaleur est ce qui rassemble les parties homogènes, et sépare les hétérogènes ; le froid , ce quirassemble les unes et les autres ; Fhumide, cequi, facilement contenu dans les bornes d'unautre, ne Test que difficilement dans les siennes; le sec enfin, ce qui, facilement contenudans les siennes., ne Fest qu'avec peine danscelles d un autre. Le Monde est éternel ainsique la matière des cieux, qui ne sont qu'unevoûte de cristal à laquelle les astres sont attachés,II va poursuivre ; mais, désespérant de pouvoirrien comprendre à tout cet étalage d unedoctrine alambiquée où rien n^est encore prouvé,nous faisons quelques pas. Tous les Philoso^


PRÉLIMINAIRE.xïjplies nous suivent, disputant entre eux surFamé, le temps, l'espace , et mille autresquesttons pareilles , et pas un mot de vraisemblance, et sans doute de vérité dans toutce que nous entendons.Cependant nous rencontrons l'Académie:nous y entrons. Un Eleva d'Ârcésilas prétenddémontrer qu on doit douter de tout *, • et qu'iln'est point de proposition qu'on ne puisse défendreou nier à son_gré. Qu'apprendre dans,une Ecole où tout est problématique? Noussortons bien vite pour voler au Portique, donton nous avait fait mn éloge pompeux. L'airassuré du Professeur nous en impose. Il ne* Citait le parti qu'avaient pris les hommes les plus éclairésau milieu de ce coniit d'opinions. C est à quoi s'enrient Cicéron, le plus grand ornement de cette Ecole, danstous ses Ouvrages philosophiques ; et presque tous les Sagesl ont imité depuis.C'est à la multiplicité de ces hypothèses hasardées et soutenuessans preuves, que l'esprit humain doit la plus, précieusede ses connaissances, celle de ses bornes. C'est à ellequ'il doit la bonne Philosophie. Ne trouvant 1 évidence nullepart, il a compris enfin qu'il n'y a de vraie Physique queççUe qui est fondée sur l'expérience.


xïijD I S C O U R Sparle que par sentences. La vertu seule peutrendre Thomme heureux. Charmé de ce début,•nous écoutons avec plus d'attention. Le Sage•est le plus fortuné des mortels, même dans lestourmens les plus effroyables 3 qui ne sont pastourmens pour lui. Ce ne sont pas ici des hommes, disons-nous tout bas, ce sont des Dieux oudes foux. Du reste, comme il ne donne d'autresexplications de la Nature, que celles dontnous avons les oreilles rebattues, nous le quittons, pour nous acheminer vers le jardin d'Epicure.Nous fy trouvons bientôt lui-mêmeenvironné dune foule d'Auditeurs , les plushonnêtes gens et les plus distingués de la ville,préjugé favorable pour sa doctrine, et quinous prévient en effet d'avance sur ce qu'ilva nous enseigner. Il commence ainsi *.Le Philosophe ne devant rien avoir de pluscher que la vérité, doit rejeter tout ce quine lui paraît pas évident; et, sans vouloir* Ce n'est pas sans dessein que nous donnons au systèmed'Epicure plus de développement qu'à aucun autre \ nousavons cru cet exposé nécessaire à l'intelligence de Lucrèce.


PRÉLIMINAIRE,xïlijtout expliquer, ne s'appuyer, *dans ce qu'ilexplique, que sur des principes inébranlables.Ces principes sont en petit nombre. i°. Lessens ne trompent jamais, parce qu il ne_ leurappartient pas de juger, de comparer des idées.Ils sont affectés par un objet, et, comme onne peut leur nier qu'ils le sont, toute sensation, toute perception, en tant que perception,est vraie.2°. Ce n'est qu'à l'esprit à prononcer surces perceptions des sens. S'il se trompe dansle jugement qu'il en porte, la faute n'en estqu'à lui. Ainsi tout jugement que les sens justifientou qu'ils ne contredisent pas, abstractionfaite de la distance, du mouvement, dumilieu interposé , de la-disposition de f organe,est vrai.3°. Toute idée, toute prénotion nous vientdes sens, n'étant en effet que la connaissancede ce qu'ils nous représentent, sans laquelle onne peut rien assurer sur son existence, ni endouter, ni même lui donner un nom.4°. On ne peut juger d'un objet existant 3


xlïvDISCOURSavancer • qu il est semblable à un autre , qu'ilen est différent, quil lui est joint, &c. quonn'en ait préalablemept l'idée.5 0 . Enfin Ton ne peut affirmer que telle propositionn'est pas évidente, qu'autant qu'on aune prénotion de l'évidence*Munis de ces principes , nous ne sçaurionsréfléchir sur la Nature sans reconnaître _ querien ne naît de rien , rien ne peut s'anéantir ;car, si le .néant pouvait produire l'être, toutnaîtrait de tout, et rien n'aurait besoin degerme. L'Univers a donc toujours été, il seratoujours un mélange de matière et de vide.L'esprit humain peut-il rien concevoir de plus?La matière est ce qui touche et est touché ;le vide , ce qui, ne pouvant ni l'un ni l'autre,lui ouvre par-tout un passage. L'existence de.l'une nous est démontrée par nos sens, celle del'autre par l'impossibilité du mouvement, si toutest plein, lis sont tous deux infinis. ' Si l'espacel'était seul en effet, la matière finie ne s'yperdrait-elle pas , et si la matière seule l'était,l'espace fini pourrait-il la contenir ? H n'y a donc


PRÉLIMINAIRE, xlvni haut ni bas, ni centre ni circonférence ; cependanttout se meut, tout change sans cessedans cet Univers ; tout est donc composé departies qui se réunissent et se désassemblentpour se réunir encore, erîcore se désassembler,et toujours de même. Puisque ces parties cons- *tituent tour à tour tant de corps divers, queleur combinaison • seule diversifie ainsi, ellessont donc dune extrême simplicité. EÏIes doiventde plus être inaltérables et indivisibles;car comment concevoir des parties infinies,soit en grandeur individuelle, soit en quantité,dans des corps finis ? II est donc un terme àla divisibilité des corps, laquelle ne peut allerau delà de F atome, terme que j'emploierai désormaispour signifier ces parties constitutivesde tous les assemblages que la Nature nousprésente.Les atomes étant corps, doivent avoir essentiellement,les qualités primitives des corps,ligure , • grandeur relative , pesanteur spécifique.Quant aux autres, telles que la chaleur,la froideur, &c. comme elles ne naissent que


xïvjDISCOURSde leurs combinaisons entre eux, on conçoitqu'elles ne doivent pas leur appartenir nécessairement.Je déduis la diversité de leurs figuresde ce qu'aucun de leurs assemblages ne ressembleparfaitement à F autre. Je déduis cellede leur pesanteur de leur mouvement.Ils en ont de deux espèces ; Tun perpendiculaire,dont tous les corps, abandonnés à euxmêmesdans un espace non résistant, nous démontrentf existence ; l'autre de déclinaison ,au moyen duquel ils peuvent se rencontrer :celui-ci n a rien d'absurde, rien de contradictoireà la Nature, comme on a voulu l'enaccuser, si vous faites attention que les atomesétant de diverses grandeurs , il doit arriverque, dans leur chute perpendiculaire,les plus étendus étant aussi les plus pesans,doivent souvent rencontrer les moins larges ,plus petits et par conséquent plus légers, etles prenant quelquefois en flanc , les forcer kprendre une direction diagonale , qu'ils vonttransmettre à d'autres, &c.Ce mouvement reflex est double , l'atome


PRÉLIMINAIRE, xïvijpouvant être envoyé plus près ou plus loin,selon la -force du coup qu'il reçoit. D où ilsuit qu'il doit d'abord s'enlacer avec quelquesautres; que ce premier assemblage étant traverséde mille petits vides, que ses parties différemmentconfigurées, et ne pouvant s'y adapterparfaitement l'une à F autre, doivent y former,l'atome n'y doit point perdre tout-à-faitson mouvement de , pesanteur ; qu'il doit yfaire encore effort pour tomber et s'y trouverencore répercuté par d'autres; que denouveaux survenant, doivent s'y accrocher avecles mêmes dispositions , et ainsi successivementjusqu'à ce que le tout s'élève à une masse assezconsidérable pour tomber sous les sens; qu'enfincette action de la pesanteur étant toujoursla même , par la même raison , dans cettemasse, celle-ci doit se dissoudre tôt ou tard,et ses atomes constitutifs doivent être rendus àleur liberté, pour composer , par des moyenssemblables, de nouveaux concrets périssablesà leur tour par les mêmes causes, et toujoursainsi.


xïviijDISCOURSVous me demanderez ce que c'est que cettepesanteur principe de tout mouvement? Je n'ensais rien ; mais je n'en sçaurais douter, puisqueje la vois par-tout agir. Ce que j'en puisdire, c'est qu'elle n'est sûrement pas cette amcdont on* a gratifié l'atome, ce qui me paraîtaBsurde.Selon que les atomes, à leur rencontre, s'enîacentplus ou moins étroitement, ils laissentplus ou moins de vides dans leurs assemblages, ce qui rend ceux-ci plus ou moins denses, et tantôt opaques, tantôt transparens. Latransparence n'est pourtant propre aux corpsrares qu'autant que leurs pores sont directs,et que la lumière peut y passer sans se réfléchir.La fluidité plus ou moins grande dépend dela rondeur plus ou moins parfaite des moléculesdu fluide. En général, tout corps nedoit sa figure déterminée qu'à la figure déterminéede ses atomes constitutifs ; il ne doit sonpoids qu'à leur poids, sa couleur qu'à leur* Démocritc.arrangement


PRÉLIMINAIRE, xïixarrangement dans les surfaces , oh tel réfléchitTune, et tel autre Fautre. Le son n'est que l'écoulementrapide de tels de ces corpusculespoussés par le corps sonore, qui viennent frapperl'oreille. La sensation du chaud n'est que l'irruptiond'autres très-actifs , très-incisifs dansles pores d'un corps qu'ils pénètrent ôt qu'ilsdéchirent ; celle du froid n'est excitée que pard'autres d'une nature toute opposée. Vousconcevez par-là que la chaleur, la froideur,&c. ne sont que des accidens, ainsi que nossensations de douleur ou de plaisir. Le Temps"lui-même n'est que l'accident des accidens,en tant qu'iMes suit dans leurs variations, etqu'il mesure le repos et le mouvement descorps accidens au,ssi *.II n'y a point de génération ni de mortproprement dite. Tout n'est que combinaisonset dissolutions successives et renouvelées à jamais.Je dis combinaisons successives, car si* Cette définition du Temps est-elle bien claire î Je n'ensais rien ; mais je crois celle, qu'en donne Lucrèce beaucoupplus intelligible. V*yc\ les Notes, 1.1. p. 304, et seq.Tome I.d


1 DISCOURSles atomes sont toujours en mouvement danschacune, comme je crois l'avoir démontré, sielles ne sont que ces atomes mêmes en tantqu'arrangés de telle ou telfe manière, que peuvent-ellesêtre.autre cliose que dts combinaisonsnouvelles, dès que cet arrangement, quiseul les distingue et leur rend propres les nomsque nous leur donnons, vient à changer ? D'oùil suit qu'aucune n'est éternelle, que ce Mondeque nous habitons, comme partie de l'Univers,en est une , qu'il a donc commencé, qu'il nepeut pas plus durer à jamais que toutes lesautres, et qu'il doit s'en former sans cesse depareilles ou de différentes dans l'espace, tôtou tard dissoutes à leur tour, et régénérées pourse dissoudre encore et se régénérer a jamais *.* Anaximène, Archélaus, Atistarque, Xénophane, ZenoncTElée, Anaximandre, Diogène d'Âpoiionie* Lcuclppe, Métrodote,et mille autres, ont cru la pluralité et Finfinité desMondes actuellement existante. Les preuves qu'Anaxarquedonnait de cette opinion devaient être bien ftappantes, puisqu'aprèsles avoir lues, Alexandre pleura de n'avoir pu cou*quérir encore teiit un Monde.St. Athanase {Orau contra liola) n'osant assurer que cettepluralité des Mondes exisce en effet * ajoute pourtant que cetteidée est très-conforme à la puissance de Bien.


PRÉLIMINAIRE. \)Ainsi toutes les ïoix imaginées par îes Philosophespour expliquer îe jeu des ressorts etîes phénomènes de notre Monde, sont admissibles, pouvant avoir lieu les unes dans l'un,les autres dans l'autre.Par une suite nécessaire de ce que je viensd'établir, ce que nous appelons la vie, Famé,'n'est qu'une substance composée d'atomes excessivementsubtils, jointe à une autre composéede plus subtils encore, répandue dans lescorps qu'elles animent. Par Fune que j'appelleproprement ame, ils sont sensibles; pat l'autreils pensent. Elles ne peuvent exister que réuniesdans le corps qui les renferme. Commentpourraient-elles ne pas se dissiper dès qu ellesFabandonnent, étant d'une ténuité si prodigieuse? Tant qu'elles y circulent, elles reçoiventleurs sensations par les sens, dont lespores étant diversement modifiés, laissent unîibre accès jusqu'à elles, les uns à des atomesde telle figure, les autres à d'autres différemmentconfigurés. Ainsi les sensations ne sont,à proprement parler, qu'un tact; c'est la ma-


lij DISCOUR Stière agissant sur la matière. La vision même •n'est pas autre chose.. Comment concevoir eneffetque je puisse voir, si F image des ohjetsne vient frapper mes yeux ; et cette image que.peut-elle être que matière, pour frapper ainsi?Mais'd'où part-elle, me direz-vous? Des oh-"jets même ; c'en est une écorce très-légère et.continue f qui, par l'effort que font sans cesseles atomes dans les corps pour suivre leur mouvementde gravité, se détache coup sur coup,des surfaces dont elle conserve les formes. Cene peut être que par ces images f • flottantespar-tout dans f espace , y restant les mêmes fou s'y combinant -avec d'autres , que faméest affectée dans le sommeil, et qu'elle croitvoir les ohjets réels ou des monstres réunissantles memhres de plusieurs ohjets. C'estencore ici la matière agissant sur la matière ret la Nature n'est en tout et par-tout qu ac-.tion et réaction. Si vous méditez ce grandprincipe, qui me semble évident, vous vousTendrez raison de mille • phénomènes • qui eudécoulent, et dont je pourrai vous entretenir .quelque jour.


PR''É'LI M1NA1RE. liijEn attendant % voilà , je crois f ' ce que laraison peut suggérer de.plus sensé* sur Porigine.etla nature des êtres; trouvez mieux si• vous pouvez, mais ne vous livrez jamais.auxsubtilités de la Dialectique * ; partez toujours fcomme je vous fai dit, et comme on-ne sçauraittrop- le -répéter, de quelque principe dontfévidence ne puisse être contestée, et vivezheureux. Le bonheur n est que dans la volupté** ; mais quest-ce que cette volupté dontje vous ai parlé si souvent, et qu'on a tant* Beaucoup d'Anciens ont reproché à Epicure d'avok mê*prisé les Sciences, parce qu'il ne faisait aucun cas de la Dialectique.Mais n'était-ce pas une preuve de la bonté de sonesprit l II dédaignait en effet fart frivole de jeter de l'obscuritésur les questions les plus évidentes par des argument.et des distinctions plus subtil* que solides. Quels sont le*hommes sensés qui n'en ont pas fak autant par-tout- où laraison a eu quelque accès ? Vcy* Cic. de Fin. L i et z»Tusc, Quâst.. /. i, i. et 5. QiintU. Instit. /»!**£•*• JthetuL }, 7 et 15. Sext. Empyn &c*** C'est sur ce mot mal- inrerprété queCicéron attaque,vivement Epicure (Tusc. Qutst. L j « j, de Fin.L 1.)> etque Sénèque le'défend en plusieurs endroits, et surtout dansle Traité de Fkâ katâ 3 c. il, îjj 18*d iï|


liv DISCOURScalomniée ? C est la tranquillité d'une ame affranchiede toute souffrance. Sachez donc qu'onne peut rendre cet état durable et permanentque par la modération dans ses goûts, et lasobriété dans l'usage des biens que la Natureprodigue à l'homme. Tout excès amène tôtou tard ou l'impuissance d'en jouir, ou desdouleurs cuisantes, et le chagrin, plus cuisantpeut-être, de n'avoir pas su les prévenir pardes privations peu pénibles.Je ne vous dirai rien des Dieux. Je croisqu'ils existent, parce que toutes les Nations,tous les hommes de tous les temps les ont reconnus,et qu'un accord si étonnant me paraît unepreuve démonstrative; mais je ne les conçoispas. Ce sont des êtres trop au dessus de l'intelligencehumaine, qui résident sans doute dansîes intermondes, et jouissent d'un bonheur infini.Sur cette idée, je ne les crois nullement occupésde ce qui se passe dans notre Mondeni dans aucun autre, ni du soin den dirigerles ressorts. Ce serait pour eux un travail qui


PRÉLIMINAIRE. hne leur laisserait aucun repos f et qui détruiraitcette félicité sans laquelle il me semble qu'onne peut concevoir leur existence *.II nous quitte à ces mots f très-satisfaits deson système, que nous trouvons plus cohérentqu'aucun de ceux dont on nous avait fatigués; car , s'il nous paraît manquer de base,.en ce qu'Epicure n y reconnaît point de pre-'mier moteur, nous remarquons que beaucoupd'autres ont le même défaut ** , et que, dansceux qui ne font pas, les idées qu'on donnede cet Architecte suprême sont si peu fixes *** ,* Le dogme des Dieux oisifs n'est pas tellement propre àEpicure, qu'on ne le trouve point ailleurs. La plupart desAnciens, voyant les affaires sublunaires si mal réglées, pensaientaussi qu'ils n'en prenaient aucun soin. ( Fby. Aristote^de Générât, et Corrupt. ) Plusieurs croyaient ï la fatalité, tudestin. (Voy. Piutarq. de Repugn. Stoïc. idem de Fato.}** Aristote (Pkysic. Lu) dit que tous ks premiers habitansdu Monde ont cru la matière existante par elle-même, etindépendante d'aucune cause extérieure.*** Thaïes, après avoir donné de la Divinité les idées Iciplus nobles, dans ses Entretiens particuliers, l'identifiait pourtantavec l'eau. Anaxïmandre ne regardait comme Dkux queles Mondes innombrables dont il peuplait l'espace infini.»et croyait qu'ils naissaient et moucaicat tour à tour commeà iw


ïvjDISCOURSsi confuses, et souvent si bizarres, qu'on doitplutôt plaindre que blâmer.les esprits sensés,qui, n'ayant pu s'élever plus haut, ont crudevoir les rejeter absolument. Si nous ne concevonspas non plus là théorie de l'ame, etces Mondes. D'autres ont cru qu'il n'admettait d'autre Dieu, que l'universalité de la Nature. Anaximène déifiait l'air, qu'ilcroyait enfanté, quoiqu'infini ; ce qui semble impliquer contradiction.Anaxagore distinguait, il est vrai, l'essence divinede la matière, mais il les croyait coéternelles, et n'attribuaità l'une que l'arrangement de l'autre. Pythagore imagina ceDieu, amc du Monde, que Virgile a si bien décrit, et qu'ona ressuscité de nos jours avec quelque modification ; ce quin'empêcha pas Xénophane de ne voir Dieu que dans la totalitédes êtres} Parmenide et Heraclite, dans le feu} Leucippe, dans le plein et le vide; Démocrite, dans la massedes corps premiers i Empedocle, dans les quatre élémentceux-ci, dans le feu éthéré} ceux-là, dans le soleil, la lune,les astres i tous sous une figure donnée, tantôt rond, tantôttriangulaire ou autrement modifié, et par conséquent toujourscorporel; tous, tantôt unique, tantôt multiple divisible ouindmsifele, ou l'un et l'autre tout ensemble, ce qu'on nesaitcommenc ils pouvaient concilier. Platon lui-même, aprèssetre élevé à l'idée sublime d'un esprit pur, le place dansle monde , le ciel, les astres, la terre, nos âmes, &c. ; etfinit par douter. Les Stoïciens le croyaient enchaîné par les•auses secondes, la nécessité, ledestin,*c. &c. &cPour cencevoir son être, U faut être lui-même.


. PRÉLIMINAIRE. Ivifcomment des pensées peuvent naître de la matière, nous nous rappelons aussi que tout cequ'on nous a dit sur ce sujet, n'est pas plusintelligible , et nous concluons, avec tous lesSages, que fesprit est inconcevable pour l'esprit.Revenons maintenant de-cette existence an*ticipée que nous nous sommes prêtée. Reprenonsles lumières que nous avions reçues denotre âge ; nous en verrons mieux sans douteles défauts du système d'Epicure; mais neconviendrons-nous pas encore qu'on ne pouvaitrien imaginer de plus vraisemblable dansle siècle oh il Ta été ., et qu'en lui donnant lefondement solide dont il. a besoin, en le corrigeant-surles découvertes modernes, commea fait le sage et savant Gassendi, il n'étaitpas même indigne du.nôtre, avant que Newtoneût paru?Mais enfin, dira-ton , rien ne peut excuserle défaut essentiel de ce système tel qu'il est^expofé dans Lucrèce. Sous cette forme, ilest sans doute d une absurdité trop révoltante


IviijDISCOURSpour que nous ne Payons pas sentie ; maïs foserons-nous le dire? c'est cette absurdité mêmequi nous a le plus enhardis. Ne pouYant douterqu'elle ne dût frapper les yeux les moinséclairés , nous n'avons pu craindre que f Ouvragefût dangereux * 9 et nous ne Pavons envisagé, nous ne l'envisageons encore que commeil doit 1 être aujourd'hui f comme une Productionlittéraire, plus estimée que connue,et qui mérite de l'être.Après cette déclaration, dont nous efpéronsque nulle ame honnête ne suspecteraïa sincérité, nous devons exposer ici la ma-* Comment pourrait Fêtre d'ailleurs un système métaphy-»sïque, dont peu d'esprits sont en état de suivre les développemcnset de saisir les conséquences ! Je ne connaisde Livres vraiment dangereux et nuisibles à k Société, queceux qui peuvent allumer des passions fougueuses avant lemoment prescrit par la Nature, .ou les rendre plus fougueusesencore après ce moment. S'il est arrivé quelque grand malheurà quelque Particulier à l'occasion d'un Livre, c'estmal raisonner, ou, ce qui malheureusement n'est que tropvraisemblable, c'est être d'une insigne mauvaise foi, quede dire que, par cela seul, ce Livre est condamnable-, car f«ux ce principe, il faudrait condamner l'Evangile, qui a conduittant de Martyrs à l'échafaud.


PRÉLIMINAIRE. Ikmère dont nous nous y sommes pris, ou dumoins dont nous avons tâché de nous y prendrepour rendre supportable , s'il est possible,une si longue suite de vers sur des matièrestrès-abstraites 9 et peu familières au commundes Lecteurs.On sait que la versification doit être soutenuef comme la prose, par une harmonie.différente de celle du mètre , et qui résultede la combinaison des périodes longues etcourtes, entremêlées avec art, de leur suite,de leur enchaînement C'est le défaut de cetteharmonie dans des Poèmes, remplis d'ailleursde vers brillans , qui fait croire à la plupartdes Français f surpris quelquefois par un douxsommeil à la lecture de ces Poèmes, malgréleurs beautés, que notre Poésie f par le retourpériodique et uniforme des rimes et deshémistiches, étant extrêmement monotone f estincapable, de. produire de longs Ouvrages.Mais qu'on nous dise pourquoi la Poésiedes Anciens f si variée dans sa marche, estpourtant sujette, à inspirer autant de langueur f


•kD I S C O U R Sautant "de -dégoût que cette monotonie tantreprochée ; pourquoi F on soutient la lecturede plusieurs Livres de Virgile de suite, etqu'on a peine a soutenir celle d'un Chant deLucain tout entier f quoique fourmillant degrandes idées : c'est que Virgile avait ' uneèreilïe infiniment plus sensible au nombre desphrases' combinées, et savait mieux le diversifierque Lucain. Si donc un Français avaitreçu de la Nature une'oreille aussi parfaite 9'une sensibilité aussi exquise que celle de l'Auteurdes Géorgiques , il pourrait sans douteraisonnablement espérer d'enchaîner l'espritaussi long-temps que lui dans • un Ouvrageen vers.Nous sommes loin de nous glorifier d'un•don si précieux ; mais si f attention la plussoutenue pour varier les 'périodes , leurs mouvemens.Jents ou prompts, leur cadence forte.ou moëfleuse selon' l'occasion, peut y suppléer, nous "osons assurer que nous n'avonsrien négligé pour y parvenir.Nous avons'"porté le. scrupule jusqu f à di-


PRÉLIMINAIRE.îx;versifier continuellement les figures, ce quel'Auteur n'a presque point fait, jusqu'à changersouvent de ton et de- style d'un paragrapheà l'autre ; tantôt nous élevant à celuide l'Ode ou de l'Epopée, tantôt nous abaissantà la familiarité de l'Epître, quelquefoistâchant de saisir la douceur et la mollesse deFEgïogue ou de FEIégie.Le travail le plus pénible était celui destransitions; les Anciens n'y regardaient pasde si près que nous. Lucrèce en fournit lapreuve.à toutes les pages. II commence vingtraisonnemens de suite par un prœtereà, et n'ad'autre liaison en général qu'un quod superest,un principio, Sic. II a donc fallu cherchersans cesse de nouveaux tours pour passerdune matière à l'autre , et c'est à quoinous nous sommes le plus appliqués.La clarté devant être cependant le premiermérite d'un Ouvrage, sur-tout de la naturede celui-ci, nous n'avons pas balancé,lorsque cela nous a paru nécessaire, à luisacrifier l'élégance, en répétant plusieurs fois


ïxïj DISCOURSle même * mot. Lorsque , dans une' période latine, iï s'est rencontré des vers dont le sensse trouve dans la précédente ou la suivante,nous ne les avons rendus qu'une fois, pouréviter des répétitions fastidieuses ; nous avonsmême souvent osé supprimer des redondancesinutiles, ayant toujours présent à F esprit le précepted'Horace , nec verbum verbo , &c. Mais # ~ne perdant jamais de vue le sens, nous avonstoujours tâché de îe rendre' avec autant deprécision qu il était possible.Il se trouve dans Lucrèce, comme dansHomère, de grands morceaux répétés tout entiersdans les mêmes vers *. On ne nous eûtpeut-être pas pardonné cette liberté, qu'on* Il s'en trouve même dans Virgile , témoin celui du quatrièmeLivre des Géorgiqucs, v. j}8, quatuor exïmios, &c. tque le Poëte répète deux vers plus bas , en y changeant seulementquelques temps des verbes nécessaires au sens, lecrois d'autant, moins qu'un Traducteur un peu délicat nedoit point se permettre une pareille répétition dans les mêmestermes, que, dans l'endroit ou ces vers paraissent pourla seconde fois, ils ralentissent un peu k rapidité de la narration,et y jettent un peu de froid*


PRÉLIMINAIRE.Ixiijexcuse avec peine dans les Anciens; c'est cequi nous a déterminés à tourner ces morceauxde diverses manières : ainsi, forcés de reproduireles mêmes idées ^>our ne pas-nous écarterde notre original, nous les présentons dumoins sous une nouvelle forme, pour prévenir,s'il se peut, ïe dégoût et l'ennui.Peu rassurés encore par tant de précautionset d'efforts, ayant senti que les Livres de Lucrèceétaient d'une longueur dont il n'est pointd'exemple chez Ie£ Anciens, et pouvaient devenirplus longs dans une Langue moins serréeque la sienne, pour ménager plus de reposau Lecteur, nous avons cru devoir couperchaque Livre en deux, observant de fairela division où i'Auteur semble l'indiquer.Quant au Texte, nous avons suivi celui deCréech, reconnu pour le plus exact. Nous enavons quelquefois rectifié la ponctuation, choseessentielle pour l'intelligence d'un Auteur ;quelquefois nous avons adopté les changemensqu'y a faits M. L. G., dont le travail estimablenous a souvent été utile.


ïxivD I S C O U R SEnfin, pour ne rien laisser à désirer danscette édition , les plus habiles Commentateurset Traducteurs du Poème de la Nature y ayantremarqué une lacune dans le sixième Livre ,nous l'avons remplie, même dans le Texte, empruntantde Galien , cité par Gassendi, le raisonnementqui paraît manquer dans Lucrèce.C'est sans doute une témérité bien grande àun Moderne de prêter des vers à un Ancien, et nous en convenons de bonne foi ;mais elle nous a paru nécessaire, et nousavons d'ailleurs si bien indiqué ce morceaudans ïe Texte et dans la Traduction, qu'ilsera facile, à ceux qui pourront le condamner, de le passer.Malgré tant de soins et d'attentions, nousne doutons pas qu'il ne nous soit encore échappébien des fautes dans un Ouvrage d'une sigrande étendue et d'une plus grande difficulté.Les Critiques ne manqueront pas de les relever, et nous les y invitons. Quelque espritqui les anime, nous ne leur aurons pas moinsl'obligation de nous les avoir découvertes ;et


PRÉLIMINAIRE. I xvet si f par de nouveaux efforts, nous en faisonsdisparaître quelqu'une f dans une nouvelle édition,ils nen auront pas moins contribué àla perfection de f Ouvrage. Si c'est contre l'intentionde quelqu'un d'entre eux, ce qu'il nesera peut-être pas difficile de reconnaître auton qu'ils prendront, nous nous croirons moinstenus à la reconnaissance dont nous assuronsles autres dès à présent.Quant à ces décisions tranchantes, à cessentences péd|ptesques magistralement prononcées,et qu'on ne justifie pas, telles quecela ne vaut rien 3 ces vers sont martelés, &c.&c. ; comme elles n'annoncent que l'envie etnon le pouvoir de nuire , elles ne peuventinspirer que de la pitié pour ceux qui se ïcspermettent, et qui décèlent ainsi ou beaucoupde petitesse d'esprit, ou des passions plus méprisables*.II nous reste à parler des Notes,que nous* Peut-être nous permettrait-on de parler un moment denous, et peut-être en serait - ce ici le lieu. Grossièrementoutragés à l'apparition de Maneo, plus grossièrement encoreTome L.e


jxvjD I S C O U R Savons rejetées à la fin de chaque volume*Elles nous ont paru nécessaires , soit pouréclaircir le Texte, soit pour justifier la Tra*duction, soit pour exposer les opinions queLucrèce réfute, soit pour développer quelquesraisonnemens trop subtils , soit enfinpour rapprocher du Poète les principaux morceauxde 0 ceux qui Font imité. Ces rapprochemensont toujours quelque chose de piquantpour la-curiosité, qui voit avec plaisirles divers tours' que prennent les mêmes penséesou les • mêmes images selon ' la diversitédes génies, et ne sont peut-être pas mutilesà celle des Druides et de Virginie t, constamment insultésà chaque pas que nous avons fait dans la carrière des Let*très,' peut-être nous verrait-on, avec quelque indulgence, repousserdes ennemis, qui le sont devenus sans que nousles ayons Jamais provoqués ni connus, qui ont continué derêtre» quoique nous nous soyons obstinés à n'opposer que lesilence à leurs cris injurieux; mais ce serait vouloir ressusciterles morts, et ce n est point au Traducteur de Lucrèceà faire des miracles.' f Manc@ Capac, les Dfaîïdes, Virginie , Tragédies de l'Auteur, quise'trouvent chez h ftuve Ducfacsne » au Temple du Goût » rue $âk&*Jacques,


PRÉLIMINAIRE, fcvijtux progrès du goût. Tous ces morceaux sonttraduits en vers , parce que, l'Ouvrage Fêtant,il eût été ridicule d'opposer de la prose à desvers. •. Après cet exposé de nQtre travail, et desmotifs qui nous ont engagés à nous chargerde la tâche peut-être la plus au dessus denos forces , si, par cette raison même, nousavons lieu de craindre que la manière dontnous l'avons remplie ne mérite pas de trouvergrâce aux yeux d'une Nation éclairée , nousosons nous flatter du moins qu'elle nous sauragré d'avoir ouvert ceux de quelque Poëte pluscapable de s'en acquitter dignement, dontelle aura, droit d'espérer une meilleure Versiond'un Auteur qu'elle sera toujours charméede connaître et d'apprécier.tij


ÉLOGE HISTORIQUEDELUCRÈCE.• XJ N Poète qui n'est que Poète, un simple^Versificateuraime à se répandre dans le monde , pour y recevoirdes applauJissemens souvent dos plutôt à unenthousiasme éphémère, qu'au sentiment profond duvrai talent , pour y compter les suffrages plutôt que pourles pefer, pour y prendie un avant-goût de son immortalitésouvent idéalej un Poëte Philosophe attend en pabc 3dans l'étude, et la société de quelques amis choisis, quela Renommée daigne parler de lui, s'il le mérite; consoléde son silence, s'il n'a pas assez de titres'pourespérer qu'elle daigne le rompre en sa faveur.Telle fut la conduite que tint constamment Lucrècre.Sa famille, Tune des plus anciennes de Eome, paraîtavoir été d'abord Patricienne dès le temps des Rois.On sait que Tarquio le Superbe donna le gouvernementde la ville à Spurius Lucretîus Tricipitinus ,père de la célèbre et malheureuse Lucrèce, lequel futcréé Interrex après la funeste 'aventure de sa fille etl'abolition du Gouvernement monarchique, et mourutConsul, ayant été substitué à Brutus, mort lui-mêmedurant son Consulat,


DE LUCBÊCE. kmL'Histoire, fait mention d'autres membres de cettefamille, ou Consuls, oti honorés des principales chargesde h République, avant -que le peuple y fut admis;mais elle se di¥isa bientôt en plusieurs branches,Trimes 9 OfelU, Vespillones , Cinns, Galle, &c 3 qui nes'empressèrent point de sortir de l'Ordre équestre, etdont quelqu'une même devint Plébéienne, puisqu'ontrouve des Lucrèces Tribuns du Peuple.Il fut pourtant des hommes de mérite parmi lesVespillones et les OfelU. Cicéfôn {'m Brut.) parled'un Vtspillê , savant Jurisconsulte et grand Orateur;d'un Ofella , grand Orateur aussi 5 mais moins éloquentau Barreau que dans la Tribune. Le seul Sénateur dece nom que Ton connaisse, dans les derniers temps,est un Vespillo # qu'on croit être le même qui futConsul fan de Bomê 734,.Notre Poète était-il frère ou cousin d'un de cestrois? Cest sur quoi nul témoignage ne peut nousdécider, et ce qu'on ne peut croire que sur des précomptionséquivoques. On n'est pas assuré qu'il soitné à Borne ; car, quoiqu'il se donne lui-même pourBomain, il aurait pu naître dans quelque autre ville4e la Bépublique. On ne fest pas davantage de Tannée* C*t île Bell. Civ. L » et u#€ îij


hx ÉLOGE HISTORIQUEde sa naissance. Eusèbe la place' dans la seconde dela cent soixante-onzième Olympiade., qui répond à 'Fan de Rome 6j8 *, s sous le Consulat de LuciusLïcïnius Crassus et de Quintus Muêius Scsvala j maiscette date est contestée par les Savans. On ne connaîtpas plus ses - parens. On ne sait même commentil fut élevé ; mais on ne peut douter qu'il n'ait étudiéla Philosophie à Athènes, qui conservait encore sacélébrité pour les Sciences , quoique dévastée depuispeu par Sylla, et où les jeunes Romains étaient envoyéspour s'instruire. C'est là qu'il se nourrit si biende la doctrine d'Epicure qu'y enseignaient alors Zenonde Sidon, vieillard sévère, recommandable par sesvertus et ses connaissances, et Phèdre, recherché pources mêmes qualités jointes aux agrémens de l'esprit.Revenu dans sa patrie, il y vécut presque ignoré.S'abstenant, par principe, d'entrer dans les affaires civileset le gouvernement de la République, où son pom,comme oa l'a vu, pouvait le conduire aux premiershonneurs, il préféra les douceurs d'un repos philosophiqueà cet éclat plus éblouissant que solide, qu'onn'achète souvent que par des bassesses ou par le sacrificede sa vertu, et qui ne peut laisser que des sou-^ * Brockcr met é§$*


DE LUCRÈCE. ha]¥emrs humilians dans' l'esprit» ou des remords cruelsdans le coeur.Si cette obscurité dans laquelle il se renferma peutnous faire regretter, touchant sa personne, quelquesdétails qui donneraient des lumières sur ses moeurs,outre que l'austérité des 'maximes répandues dans sonPoëme y supplée avantageusement, peut-on le blâmerd'avoir pris un parti si sage ? Né dans des temps detroubles Se de conspirations , et dans une Mépublïqueagitée et tumultueuse qui s'acheminait à grandspas vers-sa ruikie, n'y jouit-il pas plus voluptueusementde sa retraite 5 que les intrigans et les ambitieuxn'y jouissaient d'une célébrité que la plupart ne devaientqu'à des attentats ? aQuoi qu'il en soit, dominé par son génie poétique,sî impérieux dans la jeunesse lors même qu'on n'en'a que-l'apparence, ce tyran dangereux ne lui laissavraisemblablement point, de trêve qu'il n'eût entreprisquelque - Ouvrage important ; et l'Amour tyran plusdangereux encore à cet âge,. qu'il- n'eût épousé oune se fût attaché, comme Maîtresse 7 Luciha, dont lapassion lui devint bientôt si funeste.Les.Poëtes Romains jusqu'alors s'étaient toujoursproposé quelque Gfec pour modèle» Lucrèce voulante ir


Ixxij ÉLOGE HISTORIQUEmarcher sur leurs traces, ne balança point entre Homèreet Empédocle ; et, soit que tant de combats deDieux contre Dieux, de Dieux contre des Mortels,ne lui parussent qu'un amusement puérile, répugnantà la solidité de son esprit, soit que son enthousiasmepour les dogmes d'Epicure eût déterminé sonchoix invinciblement, il se décida pour le dernier,et résolut d'exposer en vers, comme lui, un systèmede Physique qu'il croyait être le seul vrai.De quelles ressources ne se privait-il pas en renonçantainsi à toute fiction? La principale, dont rien nepeut dédommager peut-être, la plus capable du moinsde soutenir un long Poëme, est celle du dramatiquequ'Homère a tant prodigué, qu'il a été regardécomme le père de la Tragédie , de ces scènes vivesqui ne suspendent la narration que pour" faire désire*le dénouement avec plus d'ardeur, de ces discoursqui nouent, dénouent et renouent successivement,qui transportent au milieu de faction, qui sont enfinFamé de l'Epopée, et que le Poète Didaâique neeut se permettre que rarement.C'est par ce défaut du genre, qu'il n'en est que plusdifficile, et qu'il n'en demande que plus d'imagination fnon de. celle qui crée des fantômes, qui se perd dans


DE LUC1ÈCE IxxHjdes régions inconnues, et qui n'^st pas si rare qu'onpourrait le penser; mais de celle qui peint toujours,tantôt avec force, tantôt avec grâce, qui relève lésplus petits objets par l'éclat du coloris, et qui, quoiqu'auffînécessaire dans l'Epopée, a bien moins d'effortsà y faire que dans le Poëme didactique, en ce que,dans celui ci, les détails sont nécessités, et que dansl'autre le Poëte n'y entre qu'autant qu'il le veut etqu'il espère s'en tirer avec succès..D'ailleurs, si l'Epopée doit être un vaste édificedont toutes les parties se répondent pour former untout régulier, le Poëme didactique, sur-tout lorsqu'ilest l'exposition d'un système, ne doit pas moins avoiréminemment ce mérite, avec cette différence que lesornemens de fun sont au chok de l'Architecte, libertéqu'il n'a pas dans l'autre ; que, dans l'un, làsuccession rapide de peintures énergiques, de descriptionspompeuses, de dialogues animés, de comparaisonsbrillantes , peut tellement faire illusion il'esprit, qu'elle loi cache les vices de la contexture :et que l'autre ne peut plaire qu*autant que tout yconcourt à établir le système ; qu'avec la même pureté, la même magnificence dans la diction, il ne s'yglisse pas un terme quMe démente ; que les épkodec


tarfr ÉiLOGE HISTORIQUEen sont le développement ; qu'ils y sont multipliéspour relever les raisonnemens, et qu'ils font cependantpartie du fil qui doit lier ceux-ci ; qu'ils échauffentsans cesser d'instruire, éclairent en amusant, etforcent l'esprit, sans qu'il s'en apperçoive, à suivrela chaîne continue des preuves, jusqu'à ce qu'il en aitembrassé l'ensemble et le résultat.On ignore jusqu'où Lucrèce avait poussé ce travail,lorsqu'il tomba dans de fréquens accès de démence quine lui laissèrent plus que des momens de relâche. Cettealiénation d*esprit fut-elle causée par un philtre amoureuxque lui fit donner ou lui donna Lùcilia, dontapparemment il commençait à se dégoûter , et quicrut par-là ranimer une passion éteinte ? Toute l'Antiquitél'atteste , et presque aucun Critique, n'en adouté # . C'est dans les .intervalles où il étoit rendua lui-même, qu'il continua son Poëme., et qu'il le finit,* M. L. G. regarde cela comme un corne ridicule que se s&nt trans*mis successivement ious ceux qui ont écrit la Vie d§ ce Poète. Makest-il impossible qu'une femme passionnée et crédule ait fait prendre 9par surprise , à son amant ou à son mari, dont elle pressentait lerefroidissement, quelque drogue qui ait dérangé les organes de soncerveau ? Bayle, qui rapporte _ce fait, en doute si peu, qu'il le coniïrmeen note par l'exemple du Tasse â & Ton ne peut accuser Baylfcde croire légèrement.#


DE LUCRÈCE. hxwcapable encore de produire 5 mais non de limer, cequi ne lui permit pas de le conduire à sa perfection,et aussi malheureux que Ta depuis été le Tasse, «teint,jeune encore 9 du même mal, dont l'amour fut peutêtreaussi la cause.Enfin j -dégoûté -d'une vie où quelques lueurs passagèresde raison ne l'éclairaient que-pius cruellementsur sa situation habituelle, et ne lui en faisaient sentirl'humiliation qu'avec plus d'amertume 9 il résolutde la terminer lui - même , fortifié -par les prin*cipes qu'il avait établis dans son troisième Livre. S'ilest quelques cas rares où cette résolution semble pourvoirêtre justifiée, c'est assurément celui où il était.Il mourut donc de sa main l'an de Rome 703, âgéde quarante-quatre ans # , avec la fermeté d'un hommeà qui le jour doit .être odieux, et qui n'a nul espoirde voir changer son état.On a prétendu qu'il était mort le jour même de lanaissance de Virgile; sur quoi quelque enfant de l'écolede Pythagore s'est avisé de dire que son ame avaitpassé dans le corps de l'Auteur des Géorgiques. Je* C'est encore Eosèbe, ou plutôt S. Jérôme, cité par lusèbe, quil'assures mais Donat le fait mourir à trente-neuf ans, et d'autres àquarante-deux.


Ixxvj ÉLOGE HISTORIQUEne sais auquel des deux cette imagination fait plusd'honneur 5 mais malheureusement c'est une erreurreconribe par tous les bons Critiques, Virgile étant néfan de Rome 684, Lucrèce n'avait alors que vingtsixou vingt-sept ans. Ce qui paraît plus sûr^ c'estque celuifci termina sa vie- le Jour que l'autre prit larobe virile.Quel dommage "qu'il n f aït pu voir les premiers succèsde son rival ! Avec plus de force et de géniepeut - être , que de nouvelles beautés n'eût - il pasrépandues dans son Poëme , et à quel degré deperfection ne Peut - il pas porté, s'il avait eu le tempide le châtier, et qu'une noble émulation lui en eutinspiré le courage !S'il est vrai, comme on le croit, et comme on peutle présumer par sa conduite 9 qu'il ne dut qu'à sesamis le surnom de Carus f il devait être d'uû commercedoux et facile dans la société privée. C'est assezcommunément le! caractère de l'homme modeste etsimple y que l'étude et la réflexion ont élevé au dessusdes petites intrigues de la vanité ; qui 5 peu presse des'étaler , jetient dans l'obscurité les fruits de son loisirdont il pourrait légitimement espérer quelque gloire;qui n'aime les Lettres que pour elles-mêmes, pour


DE LUCRÈCE. h xv ijle plaisir de les cultiver y sans les avilir jusqu'à prétendreen faire l'instrument de sa fortune, et que sts• rivaux ne rencontrent jamais sur leurs pas dans cetteroute j ce qui devrait le mettre à l'abri de leurs atteintes, et ce qui ne l'y met pas toujours.Tel fut sans doute Lucrèce; aussi est-il du nombredes grands Hommes qui n'ont pas joui de leur réputation.11 avait dédié son Poëme à C. Memmius Gemellus*, l'ami, le bienfaiteur des Gens de Lettres,le sien plus particulièrement, et dont la disgrâce accélérapeut-être sa mort. L'Ouvrage passa dans lesmains de Cicéron, soit de celles de l'Auteur mêmedont il était aussi l'ami, soit de celles du fameux Atticusattaché à tous les deux 5 ou de celles de quelqueautre. Ce grand Homme, en ayant connu tout lemérite, le corrigea, s'il faut en croire Eusèbe, c'est-àdirequ'il en fit disparaître quelques vers redondans,quelques expressions hasardées, sans se permettre d'ylien ajouter ni changer, ce qu'il n'aurait pu sans donneratteinte à l'unité du système, et le jugea dign«d'être rendu public.De trois cents Ouvrages qu'avait laissés Epicure foù ce système était développé sans doute dans le* Voyez les Notes, tom. i, p. x;i et seq.


kxviij ÉLOGE HISTORIQUEplus grand détail, aucun n'est reste, hors trois Lettres9 que Diogène Laërce nous a conservées, et lePoëme de Lucrèce est venu jusqu'à -nous. Tel est lemérite de la belle Poésie, quelque austère qu'elle puisseêtre. On la préfère toujours à des raisonnemens subtilsfroidement énoncés en prose. L'enthousiasme duPoëte gagne son Lecteur; et celui-ci, s'amusant enmême temps qu'il s'inftruit, néglige insensiblement cequi ne peut que l'instruire sans l'amuser,11 est vrai que quand ces raisonnemens en vers sontprofonds, il a peine à les suivre, même sous cetteforme enchanteresse, à moins que'la Langue dans laquelleils sont écrits ne lui soit très-familière, et qu'ilne soit point partagé entre l'intelligence des mots etcelle des choses; car, dans ce cas j le charme poétiquen'agissant plus sur lui, il se trouve réduit àl'aridité des matières, d'où naissent bientôt le dégoûtet l'ennui. C'est ce qu'a éprouvé Lucrèce. Tant qu'on aparlé sa Langue, il a fait l'admiration de ses contemporainset des âges suivans ; quand cette Langue estdevenue moins commune, il a été plus négligé, parcequ'alors c'était moins un Poëme, qu'un système qu'ilfallait étudier. Il est arrivé de là que les Copistes fn'entendant pas ce système, - ont altéré l'Ouvrage f


DE LUCIE CE. lxxlx^uï j se corrompant toujours plus d'un exemplaire àl'autre, était devenu presque inintelligible lorsqu'il futimprimé pour la première fois à Vérone, en 1486.Enfin, les travaux immenses des Savans et des Philosophesles plus distingués l'ayant épuré successivementet Fayant rétabli dans sa beauté primitive, il enest devenu plus cher aux 'Nations instruites, qui enmultiplient tous les jours les éditions.


ARGUMENTUM.INYOCATIO. Dedicatio Operis. Propositîo. Nihil è niUlofieri. Nihil in nihilum revert^ Minuta esse corpora quidam,quae 5 licet sub sensum non cadant, mente tamen posstint.concipi y et è quibus res omees componuntur : vacuum esseinane. Nihil prxter illud et corpus, Reliqua proprietates seaaccidentk utrius vis.ARGUMENT.


ARGUMENT.IttVOtAîtOtt. Dédfcacedti PoSme. Imposition; Rïettlie naît de rien. Rien ne se réduit à rien* U est des atomes % depetits corps dont côte est composé, que l'esprit peut concevoir*quoiqu'ils ne tombent pas sous les sens. Il est


T I T ILUCRETII CARI,D ERERUM NATURA.LIBRIPR1MLFARSPRIOR.jOC* N î A D vm genetrix, homînum Divûmque voluptas,'Aima Venus 9 cœlt subter labentia signa,"Quae mare navigerum, quae terras frugiferentesConcélébras ; per te quoniam genus omne animantâmCondpitur, visitque exortum lumina solis :Te, Dea, te fugiunt vend, te nublla cœli,Adventumque tuum ; tibi suaves dxdala tellusSummittit flores ; tibi rident aequora ponti,Pkcatumque nitet diffuso lumine cœlum*NAM sïmul ac fpecies patefefta est verna dieï,Et reserata viget genitabilis aura Favonî ;Aëriae primùm volucres te, Diva 5 tuumqueSignificant initum 3 percussae corda tuâ vi :Inde .fers pecuda persultant pabula lsta,


L U C R È C E,DELA NATURE DES CHOSES.LIVREPREMIER,. PREMIÈRE PARTIE. ' ^JJOURCI du sang Romain, Déesse bienfaisanteiDes Dieux et des Mortels Volupté renaissante ^Qui peuples, sous les deux roulant tant de flambeau^Les champs féconds^ les mers qu'affrontent nos vaisseauXgPar qui tout est conçu, tout naît à la lumière fVénus, ouvre à mes chants une libre carrière»Les nuages, les vents, tout fuit à ton aspect ;lLe jour renaît plus pur; Téthys, avec respect >:Applanissant ses flots, se plaît à te sourire »Et la terre empressée, avouant ton empire,Etale j sous tes pas, ses plus riches couleurs.Oui, quand le doux printemps, sur un trône de fleurs fRéveille, des zéphyrs, les fertiles haleines,Les oiseaux enchantés t'annoncent dans nos plaines ;Dans leurs 'bois tajeunïs les monstres bondissansfxanchissent , pleins de toi, les fleuves,les torrens jAi)


4 LUCBÊCE,Et rapWos tranant amnes ; ita capta leporclllecebrisque tuis , omnis natura animantûmTe sequitur cupide 9 qub quamque inducere pergis:Denique per maria ac montes, fluviosque rapaces,Frondiferasque domos avium 9 .camposque Firentes,Omnibus incutiens blandum per pectora amorem,Efficis ut cupide generaîm sxcla propagent/QUJE quonïam rerum naturam sola gubernas,Nec sine te quidquam dias in luminis orasExoritur, neque fit lœtum, nec amabiie quidquam;Te sociam studeo scribundis versibus esse y'Quos ego de BERUM NATUBA pangere conorMemmiadac nostro, quem tu, Dea, tempore in omaï fOmnibus ornatum voluisti exceilere rébus ; . /Quo magis aeternum da djecis 9 Diva, lepoiem,ÊFFicl ut ïnterea fera mœnera mïlitiaï,Per maria aç terras omnes, sopita quiescant:Nam tu sola potes tranquillâ pace fuvareMortales ; quoniam belii fera mœnera Mivorf .Armipotens régit, in gremium qui sxpe tuum seRejicit 5 seterno • devineras volnere amoris; . •Atque ita suspiciens, tereti cervice repôstâ,Pascit amore avidos, inhians in te, Dca, visu*£Eque tuo pepdet resupini spiritus ore.Hune tu, Diva, tuo fecubantem corporc sancKt f


LIVRE I. yTous les peuples des airs, et des champs, et des ondes,Rallument à la fois, à tes flammesfécondes, -Cette ardeur de renaître en leurs ©nfans divers fQyâ, d'âge en âge, aux leurs 2 transmettront FtMvef%'AH ! sî tout vit par toi, si tout naît sur 'tes traces %Si tout puise , en ton sein , son bonheur et ses grâces 9Si la Nature active obéit à ta voix ,Je vais à Memmius en dévoiler les lois,A ce Héros sî cher que, des dons les plus raretDont le Sage s'honore et toi-même te pares 9Tu daignas enrichir dès ses plus jeunes ans,Déesse, viens, accours, soutiens mes pas tremblansjRéponds , toujours présente, à ma'voix qui t'appelle %Et prête à mes accens une grâce immortelle.ETOUFFE cependant sur la terre et- hs eauxLes fureurs de Bellone , homicides fléaux.Qui le peut mkux que toi? quand le Dieu de la guerreTient, soumis à tes pieds, déposer son tonnerre?Qu'il languit sur ton sein mollement r en verséy * •Qu'enchaîné dans tes bras, haletant, oppressé,Tête penchée, oeil fixe, et bouche deffciclo'se^ «Suspendu; tout entier à tes lèvres de rose,Il enivre d'amour ses regards enflammés;Dans ces jnomens slchers^où tes feux rallumés? -


éLUCRÈCE,Cîrcumfusa super, suaves ex orc loquelasFunde, petens placidam Romanis 5 incUta^ pacein^Nam neque nos tgere hoc, patriaï tempore iniquo fPossumus sequo animo ; neque Memmî clara propagQ^lalibus in rébus, commun! déesse saiutu''QUOB superest , t^acuas aures mtfaï, Memmiada, et mSemotum à curis adhïbe veram ad rationem ;Me mea dona, tibi studio dispôstafideli,ïnteilecta priùs quàm sïnt, contempta relïnqua^ïMam tibi de summa cœli ratione DeûmqueDisserere inpipiam, et rentm primordia pandam ,Undè omnes Natura creet res, auctet alatque :'Quove eâdem rursum Natura perempta rçsolvat iQuae nos materUm, et genitalia c&rpora rébusReddundâ m ratione vocare , tt femma rerum,Appcllare suemus, et haec eadem usurpareCwpwa prirm-y quod ex iltis sunt omnia primisiiOMNîS enïm per se Divûm natura necesie tstImmortalisevo summâ cum pace fruatur,Semota ab nostris rébus, sejunctaque longe;Mam privata dolore omni, privata periclis,Ipsa suis pollens opibus, nihil indiga nosirî,Mec btm promeritis çapitur, nec tangitur irâj


L I V R E !L'embrassent en torrens épanchés de ta vue,Déployé un nouveau*charme à son ame éperdue*Pour tes fils et les siens demande-lui la paix-.Et comment.chanterais-je en ces jours de forfaitsOù je vois.Rome en proie aux plus fougueux orages?L'illustre-Memraius,. en ces communs naufrages y.Voudrait-il à l'Etat refuser sa valeur?yET toi , de vains soucis, daigne affranchît ton coeur JQue de la Vérité le charme te captive rAmi , prête à sa voix une oreille attentive yDe peur de rejeter, en, ignorant le prix,Ce fruit d'un long travail pour toi seul entrepriseJe vais chanter le Ciel r et les Dieux , et les causes %D'où la Nature enfante et nourrit toutes choses,.En quoi^bientôt éteint, son pouvoir les résout jEt ces corps primitifs que, pères du grand Tout* ,Nous appelons matière ^ ou germe* , ou (tmence mHEUREOxdeîeurbonheurjlesDîeux^sans.dépendance^Loin de nous, dans le sein d'un'éternel repos, -Au dessus de nos biens, ne craignent point nos maux*On ne peut irriter ni fléchir leur colère;Mais, traînant dans l'effroi sa vie et sa misère ,.L'homme a gémi long-temps dans leurs fers odieuxjEt la Religion x qui, du trône des deux tÀ'iw


fLUCRE CE^• • HtfMAfA *ûte oculos fbedè % cùra Tita jactretIn terris, oppressa gtavi sub Melligïone,'Qux caput à çoeU regïonibus ostendebat fHorriHli super aspectu mortaMbus instans ;Primùm.Graïus homo mortales tollere contrS-£st oculos ausus^ primusque obslstere contra :'Quem nec fama Deûm^ nec fulmina ^ nec minitami'Murmure compressit cœlum ; sed eo magis acrtnottVirtutem imitât animï , confiingere ut arc»Matur« primus portarum claustra cupiret,ÏJgo vivida vis animï pervicit^ et extraProcessïtiongèlammantiamoeniamundl, .'Atque omne immcnsum peragravït mente ammoque JlUnde refert nobis victor quid possït oriri f'Quid nequeat 5 finitapotestas denique quoique"Quânam sït ratione, atque altè terminus faxrensv'Quare Reilïgio pedibus subjecta YicîssimObtentur, nos exxquat Victoria codo*ILLUD in bis rébus vereof, ne forte rearïsImpia te rationis inïre elementa f vïamqueEndogredi scelerïs; quod contra, saepiùs oluMHelllglo peperit scelerosa atque impia fecta ;Aulide quo paçto Triviaï virginis aramIphianassaï turparunt sanguine fœdèDuctores Danaûm ddecti, prima virorum*Cui sïmul infula virgineos circumdata comptutSx Dttâque.p^d maktum parte profusa est»


LIVRE 1, * |Présentait aux Mortels sa tête épouvantable,Les poursuivait tremblans d'un regard redoutable*Un enfant de la Grèce, ardent à nous venger ,Le premier f d'un œil ferme, osa l'envisager.Le nom sacré des Dieux, leui foudre menaçante»Bien ne put étonner son audace insultante*Son génie enflammé s'en irritait encor ;Et, forçant la Nature, en un rapide essor,Loin de ses murs étroits , remparts brûlans du Monde §Il franchit du grand Tout la carrière profonde ;D'où bientôt, triomphant, à l'humaine Baisoo»11 revint dévoiler ce qui peut naître ou non,Où commence, où s'élève, où meurt toute énergie*De la Beligion, démasquée, avilie,Le fantôme abattu reconnut un vainqueur;Et l'homme, rétabli dans toute sa grandeur,A l'égal des Dieux même, osa porter sa gloirejET ne croîs point, ami, que, chantant sa vïctoIre tJe prétende aujourd'hui, dans ma témérité,T'ouvrïr le champ du crime et de l'impiété.Frémis plutôt, frémis des forfaits détestables,De la Beligion monumens exécrables ;Vois les premiers des Grecs, Chefs de tant de Hérof 9Des vents, aux champs d'Aulide, accusant le repos,A la chaste Diane, en leur lâche furie,Immoler | sans remords 3 l'aimable Iphigénie«


*o LUCRÈCE,Et mœsium simul ante aras adstare parementSensit, et hune proptcr ferrum eelare ministros,'«âspectoque suo lacrymas efundere cives ;.Muta metu, terrain geoibus summissa petebat;Nec miser* prodesse In tali tempore quibatQuod patrio princeps donârat nomme Regem ;Naon sublata virûm manibus tremebundàque, ad arasDeducta €5t,*non ut solennï more sacromm •Perfecto, posset claro comïtari Hymenxo ;Sed casta^ inceste, nubendi tempore in ipso*Hostia concideret mactatu moesta parentis,Exitus ut classi felix faustusque daretur.pTamùm Meilîgio potuit suadere malorum ITUTIMT à nobfe, jam quovïs tempore VatumTerriloquis victus dictis^desciscere quxres:Quippe etenim quâm muita tibi jam fiogere possumSomnia, quae vit» rationes vertere possint,Fortumsque tuas omnes turbare timoré îET merko, nam si certam fînem tsst vidèrentf JErumnarum hommes 5 aliquâ ratione valerentKelligionibus 9 atque minis obsistere vatum.Nunc ratio nulla est restandï, nulla facultas;'iEternas quoniam pœnas in morte timendum ;Ignoraturenim.qusesienaturaanimai; •


IIVRE L *iHélas ! le front caché sous le bandeau mortel fComment dut-elle voir, auprès du sombre autel,Les Prêtres renfermant leurs parricides armes fSon père consterné, tout un grand peuple en larmes? 'Muette, inanimée, elle tombe à genoux.Et que peut lui servir 5 en ce jour de courrotflr fQu'autrefois, dans Argos, sa bouche la premièreEût honoré le'Roi de ce doux nom de père?Entraînée à l'autel par des bras forcenés,Non pour sceller d'hymen les liens fortunés ,Au matin de son âge où son cœur noble et tendre fA cet hymen si cher, avait droit de prétendre,Qui la livre à la mort ? Un père furieuxPour obtenir les vents et-désarmer les Dieux:Tant la Religion peut inspirer de rage !PEUT-êTRE , redoutant un si vil esclavage fFatigué des clameurs des Chantres d'Hélicon,Voudras-tu, de mes Chants, détourner ta raison fCraignant que j'ose ici rappeler de vains songesQu'ont trop accrédités des Hérauts de mensonges fNoirs tyrans de l'esprit, qui, de sombres terreurs,Empoisonnent la vie en flétrissant les coeurs.AH ! si je t'ouvre aussi ces champs de l'imposture,Ton juste effroi n'a rien dont mon orgueil murmure :Car si l'homme, en tout temps errant et malheureux yEntrevoyait un terme à ses destins affreux.Il pourrait dédaigner ces clameurs menaçantes fCesspperstitioûs itroces3 déchirantes?


« LUCRÈCE,Nata sït, an contra nascentibes insinuetuf ,Et simui intereat nobiscum morte dirempta sAn tenebras Orci ¥Ïsat vastasque kcunas,'An pecudes alias divinitùs Insinuet se;Ennius ut noster cecinit, qui prîmes amœnoDetulit ex.Helicone perennl fronde coronam %Per gentes Italas homlnum quae clara cluereuEtsi praeterea tamen esse Acherusia templa .Ennius aeternis exponit versibus edens;Quo neque permanent animx 5 neque corpora nostra*Std quxdam simulacra modïs pallentia mirîs;Undè slbï exortam semper-florentls HomerlCommémorât speciem, lacrymas et fundere salsasC«pîsse, et rerum naturam cipandere dictis*QUAPROFTER bene, cùm superîs de rébus babeo&tNobis est ratio, solis lunacque meatusQuâ fiant ratione, et quâ vi quaeque genantutIn terris; tum cumprimis^ ratione sagaci 5Uude anima atque anuni constet natuxa ¥idendnfi|


LIVRE t t'ytMaïs sans ce^se on lui crie : Apprends quel est ton $ort|D'éternels châtimens t'attepdent dans la mort*11 le croit, ignorant quelle est en lui son ame jSi ce souffle moteur, cette subtile flammeEst née avec son corps, ou fut versée en lui,Doit s'éteindre et mourir, n'ayant plus cet appui,Doit survivre au trépas dans le séjour des ombres >Eternelles prisons aussi vastes que sombres; ' .Ou si, bravant du temps le souffle injurieux fElle est, de corps en corps, transmise au gré des Dieux j[Système encor plus vain, dont ta.Mufe, à nos pères %Ennius, révéla les étonnans mystères.Mais toi qui, le front ceint d'un immortel laurier tDu riant Hélicon descendis le premier, •Frappant de ton éclat le peuple heureux d*Enée fEn peins-tu moins 7 du Styx, Ja rive infortunée ?Non, il est, nous dit-il, un noir séjour des mortiOù ne descendent point ni famé, ni le corps ;Mais je ne sais quel spectre, ombre pâle et légère fLieux d'où sortit pour lui le fantôme d'Homère,De ce Chantre immortel dont il crut voir les pleurs^-"Et qui, la dégageant de nuages trompeurs,A sts yeux éblouis, dévoila la Nature,POUR mieux guider tes pas dans cette nuît obfcurë'^C'est peu d'approfondir les mystères des Cieux,De Phébiis, de sa sœur, le cours laborieux,Quel pouvoir, sur la terre, est la source de l'être;Il faut sut-tout fous suivre, et pour mieux Yom connaître f


14 LUCRÈCE^Et quae res nobis vigiîaotibus obvia mentesTerrïficet, morbo affectis ? somnoque sepultis}Ccrnere uti videamur eos, audireque coram,.Morte obitâj quorum tellus amplectitur ossa.NEC me anlmi fallit, Graïorum obscura repertaDifficile illustrare Latinis versibus esse;Multa novis verbis praesertim cùm sit agendum ,Propter egestatem Hngux et reram novitatem*.Sed tua me virais tameo , et sperata voluptasSuavis amicitiae, quemvis perferre kboremSuadet 5 et inducit noctes vigilareserenas, ~Quxtentem dictis quibus, et quo carminé demùm 31Clara tux possim praepandere lumina menti, "Ees quibus occultas penitùs convisere possls.HUNC îgîtur terrorém anîmi tcnebrasque necesse cNon radiï solis, neque lucida tella dieiDiscutiant, sed naturx species ratïoque:Ppncipium Mnc cujus nôbis eiordiâ Sumet, 'NuUam rem è nihïlogigtti dmnkùs unquàm;Quippe ita formidomortales commet omnes,Quôd multa in terris fîeri, cœloque tuentur ,Quorum operum causas miUâ ratione videra


LIVRE I. *JJ'Ame, esprit, si subtils, sonder vos élémentIl faut voir, d'un œil fin , par^ quels ébranlemens,JDe quelque objet terrible efirayés dans la veille ,Vous Têtes plus encore alors que je sommeille,Ou que mon corps languit abattu par ses maux ;Pourquoi j'entends, je vois les hôtes des tombeaux$• Retranchés des vivans, et cachés sous la terre. 'SUE ces profonds secrets jeter quelque lumière,.Dévoiler ces ressorts par les Grecs découverts >Réunir la justesse à Part brillant des vers,Peindre, en termes nouveaux, des vérités nouvelles,Est l'écueil, je le sais , de nos Langues rebelles,De la nôtre sur-tout peu riche en tours heureux jMais, ô douce amitié ! tout brûlant de tes feux*Plein de Pespoir si beau d'instruire un ami tendre ,Un Héros vertueux, si digne de m'entendre,Pour chercher un-mot noble, un vers harmonieux %Pour porter dans son ame un jour victorieux,Pour sonder du grand Tout Pabime inaccessible,Quel travail, à mon cœur, quelle veille est pénible ?MAIS quel sera, pour nous, ce flambeau consolant|L'astre fécond des jours, de feux étincelant ?Non : le tableau pompeux, Péclat de la Nature, vEt que dit-elle enfin, démentant l'imposture ?Quun Dieu mime f de rien f ne peut rien enfanter.D'abord Phomme, il est vrai, prompt à s'épou?anter fN'admirait qu'en tremblant ces nombreux phénomènes,Dont la terre et le ciel lui déployaient les scènes ;


t* LUCRÈCE,Possunt, âc fierï divino numine rentur*Quas ob res, ubi viderimus nil posse crearlDe nihilo , tum quod fequimur jam rectiùs IndePerspiciemus, et undè queat res quaeque creari fEt quo-quâeque modo fiantoperâ sine Divûm*NAM si de nïhilo fièrent^ex omnibu 1 rébusOmne genus nasci posset ; nil semine egeret.Ejuare priraùm hommes, è terra posset orirlSquammigerum genus et volucres^ erumpere cœteArmenta atque aliae pecudes, genus omne feratum^Incerto partu, culta ac" déserta teneret:Nec fructus iidem arboribus constare soierent^Sed mutarentur : ferre omnes omnia possent.Quippe 5 ubi non essent genitalia corpora cuique^Qui posset mater rébus consistere certa ?At nunc^ seminibus quia certis quidque creatur|Inde enascitur atque oras in luminis exit,Materïes ubi inest cujusque et corpora prïmi.Atque hâcre nequeunt ex omnibus omnia gignïi


LI-VA-E- 1- t 7 .En ignorant la cause, il l'imputait aux Dieux*S'il peut donc s'assurer, s'il peut voir par sts yeuxQue rien ne naît de rien, bientôt, de toute chose,- U pénétrera mieux et la'source et la cause,Instruit comment tout naît sans un secours divin»Si ce n'est qu'au néant que tout doit son destin,Tout peut naître de tout; rien n'a besoin de germe.On va voir, en tous lieux, et sans ordre, et sans terme»L'homme enfanté soudain du moite sein des eaux;Des flancsdu sol poudreux, les poissons,, les oiseaux,Les troupeaux s'élancer de la plaine éthérée ;On va voir toute espèce, au hasard égarée,Peupler des chaftips féconds, ou d'agrestes déserts;Le même arbre, en tous lieux, paré de fruits divers ;Tout fruit embellir tout sans choix et sans constance.Ah ! si chaque être, en soi, n'apportait sa semence,Comment, de père en fils, renaîtraient-Us toujours?Produits de germes sûrs, ils suivent donc leur cours* * 'Chacun d'eux est conçu, chacun voit la lumièreOù sont ses élémens, où règne sa matière;Et si tout, à sa race, est fidèleen tout temps,C'est par ce jeu secret de principes constans.Quoi ! de roses toujours le printemps se couronne fL'été d'épis dorés, de fruitsl'humide automne ;Et cet ordre si sûr, ces retours si charmansNe seraient point l'effet du cours derélémem,Qui, toujours rassemblés en leur saison prôspère f .N'enrichissent qu'alors la terre nourricièreTome I.H


if'LUCRÈCE,Quôd sî denibilo fièrent, subito exorerentUfIncerto spatio, atque alienis partibus anni :Quïppè ubi oulla forent primordia, quae genîtaliConciHo possent arceii tempore loiquo*Nie poiro augendis rébus spatïo foret ususSeminis ad coïtum, è nihilosi crescerepossent:Nam,fîerent juvenes subito ex ïnfantibu* parvis ,E terrâque exorta repente arbusta salirent:Quorum nil fieri manifestum est ; omnia quandSPaulatim crescunt, ut par est, semine certo;Crescendoque genus servant; ut noscere possis ,Quxque sua de materiâ grandescere alique.Hoc adeedit uti, sine certis ïmbribus aonï,Lxtifîcos nequeat foetus summittere tellus ;Nec porro sécréta cibo naturaanimantûm,Propagare genus possit vitamque tueri:Ut potiùs multis communia corpora rébusMulta putes esse, ut verbis elementa videmus fQuàm sine principiis uUam rem existere posse.DBNIQUB, cur homïnes taotos Natura parareNon potuit, pedibus qui pontum per vada possentTransire, et magnos manibus divellere montes 9Multaque vivendo vitalia vincere saecla?Si non materles quia rébus reddita certa est


LIVRE t i*De Séi tendres enfans, prompts à se déployer fEt que, plus forte, à l'air eUe ose confier IAh ! s'ils sortent de rien, avortons éphémères,Ils iront naître au hasard en des saisons contraires ,N'ayant point d'élétnens dont les plus tristes joursPuissent ou retardée ou romprele concours»MAIS dès4ors un instant n'y doit-il pas suffire?Oui | l'enfant est adulte au moment qu'il respire.L'arbuste, à peine éclos, monte au faîte des airs*Mais^ non | tout naît, tout croît par des progrès diver%Formé d'un germe sûr^ et, selon son espèce^Tout a donc sa matière! et s'en nourrit sans cesse»SANS testûfrfe&s des Cïeux, si réglés dans léffcoon»Terne, tes fruitssi doux renaîtraient-ils toujours?Et sans st$ alimtns» quelque race morteUeS'élèvet-elle à l'être, et se propage*t-elle ?Loin donc qu'il soit des corps formés sans élémens,Plusieurs les ont communs » ainsi qu'en divers iensPlusieurs mots sont formés des mêmes caractères*ENïIN ^ dk*nons pourquoi, franchissant ses barrières^La Nature jamais n'a changé nos destins,N'a jamais enfanté de monstrueux HumainsQu'on ait pu voir, des mers, traverser les campagnes*D'un brat fort et nerveux soulever les montagnes $B ij


aoLUC 1 E CE,Gignundis > è quâ constat quid possit oiiri :Nil igïtur fieri de ntlo posse fatendum est,Semine quando opus est rébus, quo quacque creatatAëris MI teneras possint proferrier auras.POSTEEMO, quoniam ïncultis praestare videmusCulta loca, et manibus meliores reddie' foetus | "Esse ¥idelicet in terris primordia rerum,Quae nos j foecundas vertentes vomere glebas,Terraïque solum subigentes, cimus ad ortus.Quod si nulla forent, oostro sine quacque labore,Sponte sua multo fieri meMora-videres.Hue accedit uti quldque in sua corpora rursùtnDissolvatNatura, neque ad nifailum interimat res.Nam si quid mortale è cunctis partibus esset,Ex oculis res quacque repente erepta periret;Nuiiâ vi foret usus enim, quae partibus ejusDiscidium parère, et nexus exsoivere posset :At nunc, acterno quia constant semine quacque SDonec vis obiït, quae res diverberet ictu,Aut intus penetret per inania dissoivatque 3MuMius exitium patitur Natura videri.fPBATTRIA 9 quxcunque vetustateamovetactas,Si penitùs perimït consumens materiem omnem;Undè animale genus generatim in lumina vitae #. Reddurit Venus ; aut redductum daedaia ttHur


LIVRE L «Et survivre, en vainqueurs, aux siècles entassés-;Si nul être, en effet, n'a d'élémens fixés,S'ils se forment de rien, s'ils n'ont tous leur semence,D'où chacun, déployé, s'élève à l'existence?Qui ce champ défriché rit bien plus à mes- yeux ! •Que ce fruit, par mes soins y est plus délicieux t11 est donc, dans le sol, des- germes plus prospères,Qu'en fatiguant la glèbe % en fouillant mieux kurs aires-J'ai déployés moi-même et forcés d'en sortir.Quel fruit, s'il n'est ainsi, ne pourrait s'adoucir?Quel champ .sauvage et sec s'embellir sans culture?APPRENDS sur-tout, apprends qu'au gré de 1» NatureMien ne s'anéanti^, et que, dans le grancTTout,En ses corps primitifs, chaque êtxe se résout..Si tout meurt, tatouteorps, comme on doit le voir naîtreOn doit le voir soudain s'éteindre et disparaître.Il ne faut point d'efforts pour dissoudre les noeudsDe ses membres sans fb'rce et mal unis entre eux :Mais s'ils sont tous produits d'éternelle semence,La Nature jamais n'en rompt la consoonanec ,Qu'un pouvoir, lent omprompt, par de-secrets efforts.N'ait, en les pénétrant* dérangé leurs ressorts»Si le Temps-destructeur, lorsqu'il la décompose,Au gouffre du néant peut plonger toute chose,Vénus % tendre Vénu^ d'où peux-tu, tour à tour,Ramcntr chaque espèce aux champs.-heureux du jour?B iij


« LUCRÈCE,Undè alît atque auget, generatîm pabula pnebefisfUndè mare, ingenui fontes externaque longéFlumina suppcditant ? Undè aether sidéra pascitîOmnia enim débet, mortali corpore qu* sunt»Infinita «tas consumpse anteacta diesque»Quod si in eo spatio atque anteacta aetate fuêre,E quibus haec reram consistit summa refecta;Immortali sunt naturâ prxdita certè.Haud igitur possunt ad nllum qu«que revertlBENIQUè res omnes eadem vis causaque volgîiConficeret y nisi materies gcterna teneretIntcr se nexas, minas aut magis endopcdirè,Tactus enim lethi satis esset causa profecto;Quippè, ubinulla forent «temo corpore*» eorumContextura vis deberet dissolvere quaçque»At nunc 5 inter se quia QUUS principîorumDissimiles constant* çeternaque materies est;Incolumi rémanent res corpore, dum satis acrisVis obeat pro texturâ cujusque reperta,Haud igitur redit ad niMium rçs ulla, sed omnmDiscidio redeunt In corpora materia'lPosrmiMè pereunt îmbres f ubi eos pater JStfaetIn gremium matris Terrât prxcipitavit :Àt nitidae surgunt frugcs, ramique virescunc •Arboribus j crescunt ipsaç % fœtufue gravantur.Hinc alitur porrô nostrum genus , atque feiarum :


LIVRE L ^3D'où peut leur soi fécond les nourrir d'âge en âgef •De quoi tant de iots purs 9 coulant de plage en plage 9Vont-ils, des vastes mers, renouveler les eaux ?Quel aliment 9 6 Ciel 9 entretient tes flambeaux?Ah ! si les corps premiers périssaient sans ressource 9Tant de siècles passés auraient tari leur source jEt s'ils sont tels encor qu'ils ont été jadis 9En de nouveaux tissus à jamais reproduits,Ils bravent donc la mort en changeant d'assemblage:Dans le néant obscur rien ne fak donc naufrage*QUE dïs-je? en chaque tout, plus ou moins resseriSs,Fils du Temps, comme lui , s'ils en sont dévorés 5Même effort , même cause est prête à les détruire.Le choc le plus léger, le toucher doit suffirePour briser à l'instant les plus fermes ressorts.Mais si, de noeuds divers , liée en tous les corps,Leur semence première est pourtant éternelle ;Tout vit^ jusqu'au moment qu'une atteinte cruell©En trouble l'harmonie 9 en dissout l'union :Ainsi rien ne périt 9 et la destructionM'est qu'un retour de Feue à sts principes mêmes;.CEstorrens épanchés des régions suprêmes 9Terre 9 en ton sein fécond 9 semblent s'anéantir $Mais quels riches trésors j'en vois bientôt sortir !Dans les champs, les vergers, quelle tendre verdure?Que de grains > que de fruits rehaussent leur parure lB Wr


S4 LUCIE CE,Hinc fetas urbes pueris florerevidemus 9Frondiferasquc novis avibos cancre undique sylvai:Hinc fessx pecudes pingues per pabula IxtaCorpora deponunt , et candens lacteus humotUberibus manat distends ; hinc-nova proiesArtubus Infirmis teneras lasciva per berbasLudit 9 lacté mero mentes percussa noveUas*Haud ïgitur penîtùs percunt quxcunque videntuf fQpando' aUd m alio reficit Natura 9 nec ullamRem gigni patitur, nki morte adjutani'alifnâ,MUHC agt $ tes quonîam docui non posse créai!De nihUo 9 neque item genitas ad nii revocari 9Ne quà forte tamen cœptes diffidere dictis,.Quod nequcunt oculis rerum primordia cerni;Accipe praterea^ qu» corpora tute necessc estÇonfîteare esse in rébus, nec posse videri»PIIINCIPIO, Vend vis verberat incita pontum fIngentesque mit naves, et nubila differt :Interdum rapido percurrens turbine camposArboribus magnis sternit f montesque supremotSylvifragis vexât flabris : ita perfurit acrlCum fremitUçsacvitque minaci murmure pontu&Sunt igitur vend nimirum corpora cxca,Qum mare , qu« terras, quse denique nubila cœtt


LIVRE!'asHomme, animal, tout vît de ces dons renaissant.Quelle aimable jeunesse, en nos murs florissans !Quels concerts, dans ces bois, peuplés de nouveauxhôtesl^Les Bergers , étendus sous de riantes grottes,Contemplent, au hasard, sur les prés rajeunis fLa génisse, la chèvre, et la douce brebis,Le sein déjà gonflé d'un nectar salutaire,Reposant leur fardeau, parure d'une mère.Ivres de ce nectar, leurs joyeux nourrissons,D'un pied tremblant encor, foulent les verds gazons,Animant, de leurs jeux, cette scène touchante.Rien ne meurt ; toujouA vive et toujours agissante,La Nature renaît de ce qu'elle détruit.Et de la mort enfin la vie est l'heureux fruit.Oui, j'en conviens,dis-tu. Comme rien n'en peutmtttc fRien ne rentre sans doute aux gouffres du non-être«Mais qui me répondra qu'il est des corps premiers,S'ils ne peuvent jamais frapper mes yeux grossiers!Qui ? La Nature même, à tout être sensible,Offrant, à chaque instant, plus d'un corps invisible.Vois-tu les Aquilons, fougueux tyrans des eaux,•Attaquer, balancer, engloutir les vaisseaux,Promener, sous les cieux, la foudre et les orages,Du faîte des rochers, aux plus lointains rivages,Entraîner les ormeaux, en tourbillons vainqiieuis tTourmentant les forêts de souffles destructeurs ?Quel courroux ! tout frémit, la mer gronde et menacciiLes vois-tu cependant élancés dam f espace t


stfLUCRÈCE,Verront 9 ac subito vexantia turbine raptant»-Nec jçatione fluunt aliâ, stragemque pfùpagant^Ac cirai mollis aquae fcrtur oatwra repenteFlumine abuodantî , quod largls imbribus auget,»Montibus ex altis, magnus decursus aquaï,Fragroina coojicïens sylvarum, arbustaque tota :Nec validi possunt pontes venïentis aquaïVim subitam tolerare : ita magno turbides imbri,»MolIbusincurrens 9 validis cum viribus amnis,Dat sonitu magno stragem,-volvitque sub undisGrandia- saxa, mit quà quidquid Buctibus obstar»Sic igitur debent verni quoque flaminaferri;Quae 5 veluti validum flumen, cùm procubuêre,Quamlibet in partem trudunt res antè, ruuntqueImpetibu^crebris; interdum vertice tortoConipiunt, rapidoque rotantia turbine portant.Quare etiam atque etiam sunt venti corpora caeca :Quaiidoquidem factis ac moribus, xmula magnisAmnibusinvcniuntur, aperto corpore qui sunt*1TUM porro varios rerum sentimus odores 5Nectamen ad nares venientes cernimus unquam:Nec calidos xstus tuimur, nec frigora quîmusUsurpare oculis, nec voces cernere suemus:Quae tamtn omnia corporeâ constare necesse estNaturâ : quoniam sensus impellere possunt.ITAVGBRB IN Ul1T TAMGI,N1S1 CORPUS,NUIXA POTSST RK&DJCNIQUI iuctifrago suspens» in littore vestes


LIVRE L 17Et sïïls portent pawout, dans leur 'sombre fureur ,La désolation , l'épouvante et l'horreur,Sont-ils moins corps, dis-moi, que ce fleuvetranquille^Paisible nourricier d'une plaint fertile,Qui 5 gonflé tout-à-coup, et des torrens des monts,lit des flots de la nue, inonde tes moissons,Arrache les forêts, à grand bruit renversées,Presse , ébranle, engloutit sts ponts et sts chaussées,Entraîne, en mugissant, leurs débris dispersés,Foule et dévaste'au loin les sillons eflàcés ?Non5 le*vent n'est point autre, en ces piaines.célcstes;Le vent, qui, comme lui, parses assauts funestes,Ken verse, écrase tout, en son cours violent,L'emporte, le disperse en tourbillon roulant;Et si ce fleuveest corps, le vent, aussi terrible,Le vent ? je le répète}est corps, .mais kvisible.VOïS-TU ces traits légers frappant ton odorat ?Vois-tu le chaud, le froid, la voix et son éclat?S'ils t'affectent pourtant, ne sont-ils pas matière fCorps subtils, et par-tout, dans la Nature entière,EST-IL'BIXN QI/B U cours, QUI TOUCHI ET SOIT TOUCHé!lux ardeurs de Fhébus ton vêtement séché.


«S LUCRECE,Uvescunt, exdem dispaosse în sole serescunt.At neque quo pacto persederit humor aquaï^isu'est , nec rursùtn qeo pacto fugerït xsta;1E parvas igicur partes cfispergitur humor,Quas oculi nullft possunt ratione videre,Quln etiam, multis solis redeuntibus annis fAnnoluSç in digito, subterteouatur habendo ;Siillicïdt cases lapidem cavat :-uncus aratriFerreus occulté decrescit vcwier in arvis :Strataque ]am-volgï pedibps detrita viaramSaxea conspicimus rtura portas propter,ahenaSigna tnanus dcitras ostendunt attenuariSaepe salutantôm tactu , praterque meantôm*Haecigiturminuï, cùm sint detrita ? videmus:Sed quac corpora décédant 9 in tempore quoque ,Invida prxclusit speciem Natura videndiPostremo, quxomque dies 9 Naturaque rébusPaulatim tribuit» moderatira crescere cogens,Nulla potest oculorum acies contenta tuerï ;Nec porro quaecunque xvo 5 macieque senescunt:Nec mare quae impendent vesco sale saxa peresa 7Quid quoque amittânt in tempore, cerner e possis»Corporibus œci$ igitur Natura gerit res.NEC tamen undique corporeâ stipata tencnturOmnia natura ; namque est in rébus inane.Quod tibï cognosse in multis erit utile rébus :Nec sinet errantem dubïtare, et quaerere sempecDe summâ rerum» et nostrts diffidere dictîs*


LIVEE l a 9Suspendu sur les eaux, était d'abord humide.As-tu YU pénétrer ou sortir le luide?Epandu dans les airs , il a trompé tes sens.Ton anneau s'amincit, alaibii par le temps.L'eau, tombant goutte à goutte , a percé cette pierre. -Ton soc bientôt s'émousse en déchirant la terre.Le pâté, sous nos pieds, décroît de toutes parts.La main des Dieux d'airain , gardiens de nos remparts^S ? use aux saluts fréquens , aux baisers de la foule*Qui, passant nuit et jour, y rentre ou s'en écoule.Dans tous ces corps divers, dégradés lentement fVoit-on ce qui se perd de moment en moment,Ce dont s'agrandit l'être en sa verte jeunesse,Ce qu'insensiblement lui ravit la vieillesse?Voit-on ce sel rongeur minant, au bord des mers fLes rochers sourcilleux, et voûtés sur les airs? . y 'La Nature agit donc par des corps invisibles»MAIS s'il n'est que des corps, sts jeux sont-us possibles?Non, pour ne point douter de mes doctes leçons,Pour ne point t'égarer en vaines questions,Apprends, et ce principe, en toute ma carrière,Doit être un lambeau vif, dont l'faeweuse lumière


§0 LUCIE CË fQUA*loWlâ locus est intactus, inartê, vacanSque;Quod si non esset, nullâ ratione moveri ' %Res possent;-namque offidum^ quôd corporis estât,Offîcere, atque obstare, id in omni tempore adessetOmnibus : haud igitur quidquam ptocedere posset fPrincipium quoniam cedeodi nulla daret res.At nunc per maria, ac terras , subiimaque coeli»Multa modls maltis varia ratione moveriCernimus ante oculos ; quae 9 si ooti esset ïnane,Non tam sollicito motu privatâ carerent ,Quàm genita oraninè nullâ ratione fuissent :Undique materies quoniam stipata quiesset*PRATEBEA, quamvls solidse res mt putentur» .Hinc tamen epe Ucet raro cum corpore cernas*In saxis, ac speluocis pennanat aquaripiUquidus humor, et uberibus fient omtiia guttis;. Dissupat in corpus sese cibus omne animantum:Crescunt arbusta, et fœtus in tempore fundunt,Quod cibus in totas 5 usque ab radicibus imis,Per truncos f ac per ramos diiunditur omnes.Inter cepta meant voces, et clausa domorumTransvolitant : rigidum permanat frîgus ad ossa.Quod, nisi Inania sint, quà possent corpora qusequtTranske, baud ullâ fieri ratione videres,DINIQOT 9 cur alias aliis pixstare videmwPondèrera rébus, eihiio majore figura î


LIVRE 1 31Te guide, sur ma trace, et d'un pas famé et sur;Apprends qu'il est du vide , espace libre et pur ,Etendue impalpable; et, sans ces champs de l'être, • •Bien peut-il se mouvoir ? Et si rien ne peut êtreSans pousser f résister, est-il rien que des corps ,Tous à tous, en tout sens, opposant leurs efforts?Est-il rien qui, perçant cette effrayante masse,Et commence à céder, et s'ouvre une autre place ?Dans les cieux cependant, sur la terre et les mers,Que de corps répandus, suivent un cours divers!Mais, loin de se mouvoir, s'il n'eût été du vide ,Auraient-ils vu le jour? Non, pressée et solide tLa matière eût langui dans un repos honteux.Quoi, les corps les plus durs ne sont-ils pas poreuxîContemple ces rochers, ces grottes tortueuses;L'onde y suinte en filets, en larmes onctueuses.Vois, dans tout l'animal, couler ses alimens ;Vois, dans les végétaux, parure de nos champs,Mille sucs précieux, par leur racine tendre,De la tige aux rameaux, s'élever, se répandre,Les nourrir, les accroître, et, toujours en leur temps;Lts couronner de fleurs ou de fruits abondans.De nos toits, de nos murs, la voix perce l'enceinte.Le froid, jusqu'à nos os, porte sa vive atteinte.Comment, si tout est plein, dans l'immense Univers, 'Tout buyre-t-il à tout tant de chemins divers ?POURQUOI, de ces deux corps, ayant n?êmeapparence^v L'un entrake-t-E faune alors qu'on les balance f ' -


3iLUCRECE,Nam, si tantundem est in lanx glomere, quantum.Corporis In plumbo est, taotundem pendere par est : .Corporis officium est quoniam premere omnia deorsùmj.Contra autem natura manet, sine pondère, inanîs.Ergo quod magnum est aequè, leviu'sque Yidetur,Nimirâm plus esse sibi déclarât ïnanis :At contra gravius plus in se corporis esseDedicat 9 et multè vacui minus intus habere.Est igitur nimirùm id, quod ratibne sagaciQuaeriinus, admistum rébus quod kane vocamus.ILLUD ïn hîs rébus, ne te deduceîe veroPossit quod quidam fingunt, prxcurrere cogor.Cedere squammigeris latices nitentïbus aïunt 9Et liquidas aperire vias; quia post loca piscesLinquant, que possunt cedentes confluere undae:Sic alias quoque res inter se posse moveri,Et mutare locum, quam¥is sint omnia plena.SCILICBT ïd falsâ totum ratione receptûm est.Nam quo squammigeri poterunt procedere tandem ,NI spatium dederint latices? concedere porroQue poterunt undac, cum pisces ire nequibunt ?Aut igitur motu privandum est corpora quxque;Aut esse admistum dicendum est rébus inane :Undè inïtum primum capiat res quxque movendi. •PosTBHi& 9 duo de concursu corpora iata


LIVRE L 5îSU n'est plus de matière en ce globe de plomB",Qu'en ce duvet qu'Iiis façonne en peloton ,Leur poids doit être égal. Or tout, poids doit descendre;Cest le vide 5 sans poids , qui peut seul s'en défendre;Et, de ces corps pareils, si l'un tombe plus tard,Ne t'annonce-t-il pas, qu'ouvert de toute part,11 en embrasse plus sous-la même surface?Si l'autre, en moins de temps, franchit le même espace fNe dit-il pas à l'œil, que, moins vide et plus plein,11 est plus de matière enfermée en son sein ?Ce qu'avec tant d'effort je cherche à reconnaître.Ce vide existe donc, parsemé dans tout être.ON a dit, je lt sait, et., pour te prémunir,D'un sophisme si vain je dois te prévenir.L'onde cède, a-t-on dit, par ses hôtes foulée,Et leur ouvre ub chemin, derrière eux écouléeDu heu qui les embrasse, au heu qu'ils ont laissé*Ainsi peuvent les corps,l'un par l'autre pressé,Se mouvoir dans le plein, cédant tous Fun à l'autre*f HttOSoPHls trompés, quelle erreur est la vôtre !•Si Feau n'ouvre un espace à Fessox du poisson fOu peut-il s'avancer, et, toujours en prison,S'il n'eu ouvre un lui-même, où coule le fluide ?Ou donc rien ne se meut, ou bien il est du vide J11 est une étendue où naît tout mouvementIl vois deui corps polis jaillir en se heurtant*Tenu 1. • Q


34 XUCRÊCE,Si cita dïssiliant, nempe aër omne necesse escInter corpora quod fuvat, possidat inane,1s porro, quamvis circàm ceierantibus aurisConfluât, haud poterit tamen uno tempore totumComplen spatium : nam primum quemque necesSe estOccupet ille locum, deinde omnia possideantur.QUOD si forte aliquïs , cùm corpora dissiiuêre 3Tum putat id fieri, quia se condenseat aër 3Errât : nam vacuum tune fit, quod non fuît anrè,Et repleturitem, vacuum quod constitit antè :Nec taliratione potest densarier aër,Nec 5 si jam posset, sine inani posset, opinor,Se ipse in se trahere, et partes conducere in unum*Quapropter, quamvis causando multa moreris,Esse in rebus inane tamea fateare necesse est.MULTAQUI prxterea tibi possum çommemorandoArgumenta, fidem dictis conraderc nostris.Verùm animo satis haec vestigia parva sagacïSunt, per qux possis cognoscere extera tute.Namque canes ut montivagae persaepe feraiNaribus inveniunt intectas fronde -quiètes ,Cùm semel institerunt vestigia certa viaï :Sic alid ex alio per te tute ipse videreïaHbus k rébus poteris, excasque latebraf


L1¥EB % 39L'air se répand entre eux; mais, quelqte effort qtf il fasse»Peut-il, à l'instant même , inonder tout l'espace ?Jpsqtfau centre ou sont joints ses fiotsaccélérés tNe doit-il pas, des bords, s'élancer par degrés ?Quelques momens du moins cet espace est donc vide* 'ON inGfte. On nous dit : élastique Ëuîde »L'air 5 au choc des deux corps, se condensant entre 6UK|A leur jaillissement, rapide, impétueux ,Se dilate 5 s'épand, sans que l'exil le découvre»Non, non, te dis-je encore; alors un vide s'ouvre %Qui, d'abord existant, est bientôt envahi.L'air pourrait-il d'ailleurs se condenser ainsi?Et comment » s'il le peut, par quel pouvoir suprême tN'ayant nul vide en soi, rentre-t-il en lui-même »Besserrant en petit son grand corps contracté îQuoi qu'on m'oppose donc, vaine subtilité.Tout annonce le vide, il faut le reconnaître.MILLS raisons encor le prouveraient peut-être; *Mais c'est assez pour toi que ton esprit subtil ,Dans ce dédale obscur, ait pu saisir un filTu peux, tel que le chien qui, déjà sur la voie ,Evente, à l'odorat, les traces de sa proie,Et la suit, plein d'ardeur, dans les champs emporté;Tu peux, dans tes détours, suivre la Vérité,Et, montant, par degrés, à son temple suprême,D'un bras victorieux, l'en arracher toi-même.c ij


36 LUCRÈCE,Insiouare omnes 9 et vôrum protrahere Inde. 'QUOD si pigrâris, paulùrmve abcesseris ab re,Hoc tibi de piano possum promittere, Memmi :Usque adeo largos hâustus, de fontibu' magnis fLingua ' meo suavis dici de pêctore fimdet,Ut verear, oe tarda priùs per membra senectusSerpat, et in nobis vitaï claustra resolvat,Quàm tibi de quâvis unâ re Versibus omtiisArgumentorum sit copia missa per aures.SED nunc jam r*petam coeptum pertextte dictis«Ornais, ut est f igkur per se natura dutbufConsïstit rébus; mm corpora sunt, et Inanfe,Haec in quo sita sunt , et.quà diversa môvcnoic. ,Corpus enim per se commuais dedicat esse ~Seosus , quo tiisi prima fîdts fundata valebit,Haud erit occultis de lûbus quô refereotes fConflrmare anittii quidquam ratiooe queamus.Tum porro locus^ ac spatium quod titane vocamut #Si nullum foret, haud usquam sita corpora possentEssç, neque omtiino quàquam diversa meare :Id quod jam superà tibi paulo ostendimus antè.PE^TEEEA nihil est, quod possis d'icere ab omfiiCorpore sejunctum sfecretumque esse ab irAùiiQuod quasi tertia sit numéro natura reperça.Nam quodcunque erit, tsst aliquid debebit id ipsumAugmine ver grandi, vel parvo demque, dum'sit;Qui si tactus erit, quamvis levis exiguusque,Corpofum augebit numerum, sumwamque sequetuî ;


LIVRE I. 31MAIS si tu r rakntis ou détournes tes pas ^Ton ami, j?en réponds, ne t'imitera pas.Serpent contagieux, la Vieillesse ennemieViendra plutôt briser les liens de ma vie 9Qup je cosse, -pour toi* d'ouvrir tous les canauxD'où la vérité copk et s'épanche à grands Sots ,Et que ma M^m- enfin, chatouillant tes oreilles »Puisse, d# lu Mamre, épuiser-les ipçrvëlles,JB reviens. 11 est donc et du vide et des eorpiVide, où ceux-ci placés se meuvent sans efforts.Oui, crois-moi, hors ces deux, l'espace et la matière %Mien n'existe par soi, dans la Nature entière.Les sens démontrent Tune, et, si tu ne les crois,De la raison,, sûr nous, tu méconnais lesTlroits;Mais si l'autre n'çst point, où celle-ci gît-elle ?,Elle ne peut, sans ïiçp, vainement immortelle %Exister, se mouvoir, déploya ses ressorts*EsT-tt rïen de distinct et du vide et des corps?f Après, entre ces deux, est-il quelque troisième!Et l'être, quel qu'il soit, peut-il être lui-même,S'il n'est grand ni petit? et s'il peut, en tout temps,Far le moîndiç contact,, s'annoncer à nos sens tQu'est-tt donc qpe matière ajoutée à la masse ? .Perméable en tout scp$» qu'est-il donc que l'espace,C2j


3tLUCKECE,5in intactiie eric, nullâ de parte quod ullamBem prohibere queat per se transire meaotem ;Scilicet hoc id erit vacuum, quod inanc vocarous.PHJRTIRIA * per se quodcunque erit, aut faciet qisid t'Aut aUis fungï debebit agentibus ipsum,Aut erït,- ut possiot in eo res esse ^-gerique;At facere et ftingisine corpore nulla potest res ;Fec prxbere locum porro % nisl inaoe vacansque:Ergo- prêter jnane, et corpora, tertia per se.Nulla potest rerum In numéro natura relkqul;Nec»-qu3c sub sensus cadat ullo tempore nostro*»Nec, ratione anlmi, quam quisquam possit apkciKAM qu3tcu§que cluent, aut Ms conjuocta dwabosBebus ea inventes, aut borum éventa videbis. ,Conjunctum est ïd f qpod nunquam sine pernïcîaliDiscidio potîs est sejungi f seque gregari :Pondus uti saxïs, calor ignibu* » liquor aquaï»Tactus corporibus cunctis, intactus inani.Servitium contra» libertas f divitïaeque,Paupertas.bellum, concordia, caetera quorumAdventu manet incolumis natura, abituque f •Hxc soMti sumus, ut par est, tvtma vocare.TBMKJS item per se non est, sed rébus ab îpsisConsequitur sensus, transactum quid sït in xvp f•Tum qu« res instet» quid pono dekdt sequatur*


LIVRE I. . pL'étendue impalpable, et le vide inactif ?EST-IL rien quî-ne soit ou moteur ou passif, •Ou s'ouvrant au repos , i faction de l'être ?Et j passif ou moteur, que puis-je y reconnaîtreQue la matière même ? et, s'ouvrant à son cours fQue l'espace, le vide embrassant ses contours?11 n'est donc que ces deux, les corps et l'étendue^Et l'esprit le plus fin, la plus subtile vueMe peut rien au delà concevoir ni saisir.C* qui n*est aucun cTeux, capable ou non cfagïr,Est propre à l'un ou l'autre, ou n'en est qu'un vain mode#Propre, en lui, sur lui seul le sujet s'échafaude ;Séparés l'un de l'autre, ils périssent tous deux;Cest le poids dans la pierre,'et l'ardeur dans les feux 9C'est la fluiditédans cette eau si légère,La tangibilité dans toute la matière %Dans le vide absolu i'ïmpaïpabilité*Esclavage, pouvoir, richesse, pauvreté,Guerre, paix, tout enfin ce qui, sans changer fêtre,Peut au hasard, en lui, survenir , disparaître,leu de ce hasard même,, on l'appelle accîdmt*Li Temps n'est rien en soi, mais, par l'être existant'Qui fut, est, ou sera, je connais sa durée.Et quel esprit jamais la conçoit séparéeCiv


40 • LUCRÈCENec per se quemquam tempus sentire fatendum tnSemotum ab reram motu f placidâque quiète.DENIQUE Tyndaridem raptam, belloque subactasTrojugenas gentes cùm dicunt esse, videndum est tNe forte b»c per se, cogant nos esse fateri :Quando ea saecla homioum f quorum haec éventa fuêre fIrrevocabilis abstulerît jam poeterita aetas.Namqut aliud rébus , aliud regionibus ipsisEveetura dici poterit » quodeunque erit actunuDENIQUE materïes si feront nulla fuisse!»'Nec locus , ac spatium f res in quo quaeque geruntor 9Nunquam Tyndaridh format conflatus amoreïgnis Alexandri 9 Phrygio sub pectore gEscens,Clara accendisset saevï certamka belli:Nec clam durateus Trojanïs Pergama partuInflammasset equus nocturoo Grajugenarum; .Perspïcere ut possis res gestas funditùs ompes fNon ha, uti corpus, perse constare* nec essezNec ratlone cluere eâdem , quâ constat Inane :Sed m agis ut merito possis éventa ¥Ocare.Corporis, atque loci, res k quo quaequegerantnti


• L I V R E ! 41Des chocs,-dèsmouvemens, ou du repos des corps?LOIN d'enchaîner, dit-on, ses coupables transports,Paris, amant d'Hélène, autrefois Va ravie.Les Grées ont 9 en dix ans, subjugue la Phrygie.lïa % Vont l répondras-tu. Quoi? ce frère d'Hector,Quoi? ces murs Phrygiens existent-ils encor ?Non; ces évènemens sont accidens YolagesDe siècles engloutis dans l'abîme des âges.Et de tout ce qu'on fît aux jours de nos aïeux,L'un est mode des corps, l'autre mode des lieux.SANS corps et sans espace où tout est et peut être,Cet amour de Paris eût-il jamais pu naître ?Jamais d'Hélène enfin les appas dangereuxAuraient-ils allumé ces redoutables feux^Dont s'enflamma bientôt cette guerre effroyable?Et ce piège fatal, machine épouvantable,Abusant, dans la nuit, les .Troyens endormis,Aurait-il enfanté tant de flots ennemis,Portant soudain par-tout leur rage meurtrière ?Non, non, te t dis-je encore; ainsi que la matière ,Et ces champs infinis de l'espace éternel,De tout ce qu'on a fait, rien n'a d'être réel.Non, de ce qui, du monde, a pu changer la face,•Rien n'existe car soi aue les corps et l'escace.


ARGUMENTUM.IfciMA corpuscula esse perfcctè solida, ideàque Insecablka^ninima (neqoe enitn corpus in infînitum dividi potesr) ec«etna. Refatantur HeracHtiis» Empedocles, Anaxagoras*aEiqpe complures alia rerom prmcipia statuenteSé Corpus*cuk et inane vacuum, Itemijut univerfum esse inânita ^Qiiilumc|ue in hoc dari cencrum.


A R G U M EN. T.LES atomes font parfaitement solides f et par conféquetitinsécables. Ils sont l'extrême en petitesse; car la matièrea'est pas divisible à l'infini Ils sont éternels. Réfutation dessystèmes d'Heraclite, d'Empédocle, d*Anaxagore, et d'antresqui donnent d'autres principes à la Nature. Les atomes f le•ide, njnivers sont infinis j celui-ci n'a point- de centre.


T I T ILUCRETII CARI,D ERERUM NATURA.PARSLIBRIPRIMIPOSIERIOi.%?ommmA sont porro partim primordia rcram $Partim concillo qux constant princtpioram* •Scd quae sont rcram prïmordïa, nulla potest visStiingere : Bam solido vincunt ea corporc démuni*ETSI difficile esse videtur credere, quïdquamIn iebus solido reperki corpoie posse.Transit enim fulmen ceeli per septa domorum,. Ckmor ut, ac voces : ferrum candescit in igné :Dissiliuntque fera ferventîa saxa vapore,Conlabefactatos rigor auri soivitur aestu :Tum glacies oerïs lammâ devicta iïquescit:Permanat calor argentum, penetraleque frigos,Quando utrumque, manu retinentes pocuk rite,Sensimus infuso lympharum rore supernè ;Usque adeo in rébus solidi nihil esst videtur.SEP quia vera tamco ratio, Naturaque rerum


LUCRÈCE,• ' ' DELA NATURE DES CHOSES.LIVREPREMIER,SECONDEPARTIE.'-Lis corps, dans le grand Tout, sont ou corps primitifs,Ou résultats divers de ces germes actifs;Ceux-ci, foibles, changeans, fragiles, périssables;Ceux-là toujours entiers, massifs, inaltérables,Vainqueurs de toute atteinte. Eh quoi ! me dira-t-on 9Est-il rien de pareil, et puis-je, sans raison,Admettre ainsi des corps parfaitement solides ?La foudre, en un instant, sur sts ailes rapides,.FrancMt f comme les sons, f épaisseur de nos mur*;£e feu brise, dissout les rochers les plus durs ;Le fer rougit bientôt dans la fournaise ardente;L'airain, for même y coule en onde bouillonnante;Et, brûlante ou glacée, à ma tremblante main,La liqueur, dans l'argent, se fait sentir soudain.11 n'est donc en effet nul corps impénétrable»Si fm crois la raison, garant kcécusable^


4$ LUCRÈCE,Cogît i ades^ paucis dum versibus expediamus,Esse ea, qux solido, atque aeterno corpore consttot^Semina qux rerum , primordlaque cssz docemus ;Undè omnis rerum nunc constet somma creata.PRINCIPIô^ quoniam duplex natura duarusnDissimilis rerum longé constare reperta est*Corporls atque loci, res in quo quxque geruntur:Esse utramque sibl per se, puramque necesse est.Nam quàcunque vacat spatium, quod inane vocamus yCorpus eà non est : quà porrô cumque tenet seCorpus, eà vacuum nequaquam constat inane.Sunt igitur solida, ac sine inani corpora prima.PRJETEREA quooiam genitis in rébus inane est,Materîem circùm solidain constare necesse est:Nec res ulla -potest verâ ratione probariCorpore inane suo celare, atque intùs faabere.Si non, quod cohibet, solidum constare relinquas.ld porro nihil esse potest, nisi materiaïConcilium, quod inane queat rerum cohibercMateries igitur, solido qux corpore constat ,Esse xteraa potest; cùm cxtera dissolvantur.TUM porro si nil esset, quod inane vacaret,Omne foret solidum; nisi contra corpora cxcaEssent, qux loca complerent, quarcunque teoerent %Omne quod est spatium, vacuum constaret inane.Altérais igitur nimirùm corpus inanîDistinctuin est ; quoûiana nec plénum navitër extat,


L I V R E ! 47Sï j'en croîs la Nature, il en est de réels,Principes, élémens, solides, éternels,Semence enfin de tout, qui, dans tout, s'incorpore;C'est ce qu'en peu de vers il faut prouver encore.LA matière et le vide étant divers entre eux,Purs, simples, par eux-même^ ils existent tous deux.Où le vide s'étend, il n'est point de matière ;Où celle-ci repose, il n'est point de carrièreOuverte dans le vide, et lui-même n'est rien.Ainsi donc, 6grand Tout ! ton immortel soutien,Les principes, en eux, n'embrassent point de vides,N'ont rien de pénétrable, et sont en tout solides :Car sï, dans tout concret, le vide est parsemé *En de solides murs il doit être enfermé.Mais peut-on concevoir lès tissus qui l'enlacent,Sans reconnaître aussi que ces murs qui l'embrassent,Compactes, tout-parfaits, n'en sont point pénétrés?Et ces murs que sont-ils, plus ou moins ressetjés,Que les germes actifs, les corps de la matièreDont chacun n'est, en soi, qu'une substance entière,Solide, et qui, du Temps, bravant toujours les traits,Aux dissolutions doit survivre à jamais ?S'IL n'ouvre, en aucun sens, nul vide, nul espace,L'Univers, ai-je dit, n'est qu'une horrible masse :Maïs s'il n'est point de corps remplissant tout leur lieu,Tout n'est qu'un vide immense, il n'est point de milieu.Du vide cependant la matière est diverse :.Tour à tour, en tous lieux » l'un cesse ou l'autre perce j


4SLUCRÈCE,Nec porro vacuum : simt ergo corpora cxca fQvœ spatium pleno possïnt distinguera inane.Mme neque dissolvi plagis extrinsecùsicta'Possunt •; nec porro penitùs peeetrata retexi :Nec ratione queunt aliâtencata labare;* Id quod jam superà tibi paulo ostendimos antè.Nam neque conlidi siée inani posse videturQuidquam , nec frangi, nec findi in bina secando ,Nec capere humorem, neque item manabilc frigos,Nec penetralem ignem, quibus omnia conficiuntur #Et quàm quseque magis cohibet tes întùs inane tTam magis his rébus penitùs tentata labascit.Ergo j si solida , ac sine inani corpora primaSuot , ita uti docui , sint hmc «terna necesse est.PBJETIEIA, nisî materies aeterna fuisset,Ante bac ad nihilum penitùs res quaeque redissent fDe nihiloque renata forent quxcunque videmus. •At quoniam superà docui, nil posse crearïDe nihilo, neque quod genitum est, ad nil revocarî^• Esse immortali primordia corpore debent,Dissolvi que quaeque supremo tempore possint,.Materies ut suppeditet rébus reparandis..Sunt igitur solidâ primordia simplicitate :Nec ratione queunt aliâ servata per aevumJEx infinlto jam tempore res reparare.Puisqu'il


1 I V E È t " wPuisque n\st plein ni ¥Ïde absolument parfaitePar quoi sont-ils distincts, s'ils Je sont en effet,Que par ces corps premiers, ces élémeas de l'être IMAIS ceux-ci t qUfe ïe Temps n*â jamais dû Voir naître >Pourraient-ils* tôt ou tard, succomber sous ses coupaiEt comment, à quel âge eu seraiént-ils dissous îA tour pouvoir funeste, au dehors invincibles! |A tout vïct au dedans ils sont inaccessibles*S'il n'est rïenique, sans Vide^ on puisse diviser*Eesserrer, élargir, percer, fendre, briser;Rien où pénètre l'eau, k chaleur, la froidure,Par qui tout se dissout, tout meurt dans la Naturt |Qui , plus il est de vide enfermé dans Un corps §Peuvent'd'autant plus tôt en rompre les ressorts;JLes germes primitifs dont aucun n'en recette,Peuvent-ils redouter quelque atteinte mortelle?AH ! sî> du Temps vainqueur, ils subissaient les lo&iCombien, dans le néant 7 tout fût rentré de fois %Tout en serait forti pour s'y confondre encore IMais ce gouffre impuissant que la Nature abhorre^S'il est vrai qu'il n'enfante et né dévore rien^Pour renouveler l'être et pour son entretien »Ne faut*il pas qu'au jour qui viendra te dissoudre^11 soit une matière où tout va se résoudre,Et dont tout à jamais peut naître et s'agrandir?Pourrions-nous voir, sans fin, l'Univers rajeunir 9Si les corps primitifs, triomphateurs des âges ,îNc survivaient sans cesse à tous leurs assemblages f


50 LUC.iÈ CE,DENIQUI» si nullam finemNatura parassetfPraogendïs rébus, jam' corpora materiaïUsqueredacta-forent, x?o frangente priore,Ut nihii ex illîs à certo tempore possetConceptum, summum aetatis perradere floreoi :Nam quidvis citiùs dissol?! posse videmus fQuàm rursùs refici; quapr opter ionga dleiInfinitx xtas anteacti temporïs omnisQuodfregissetadhuc, disturbans 9 dissolvensquc;Id nunquam reliquo reparari tempore posset fAt nunc eimiram frangendi reddita finisCerta manet :^quoniam refici rem quamque videmus fEt finita simul generatim tempora rébusStare, quibus. possint xvi contingere floremHùc accedït uti, solidissima materïaï ;Corpora cùm constant, possint tamen omnia rcddîMoUia, qux fiant aër, aqua, terra, vapores, ,Quo pacto fiant , et quâ vi cunque genantur tAdmistum quoniam simul est in rébus inane.Àt contra, si moilia sint primordia rerum,Undè queant validi silices f ferrumque creari.»Non potérit ratio reddi : nam funditùs omnisPrincipio fimdaraentiNatura carebit. *Sunt ïgitur solidâ poilentia simplicitate,Quorum condenso magis omnia conciliatu *Àrctari possuut 9 faUdasque oitendere vkci ».**


LIVRE £ N 'jiEt comment pourraient-ils leur survivre à Jamais ,N'étant simples^ ni pùîS, hi solides parfaits?Qui dk-je? si, sans terme, ils étaient divisibles,Brisés, dès si longtemps, partous les chocs possible! ,.Pourraient-ils, d'aucun tout, par euX-même enfanté ,Conduire l'assemblage à sa maturité ?Tout concret, filsdu Temps, si prompt à se détruire,N'est4l pas, plus encoî, Itent à se reproduireIEt les siècles naissaos, l'Un par f autre appelés,De ce qu'auraient dissout les siècles écoulés ,Bans les plaines du vide, étendue impuissante.,Pourraient-ils rassembler la poussière flottante ?Si donc tout se répare, et, par le cours des ans ,S'élève, d'âge en âge, à son heureux printemps,Sans doute il est un terme où, mille fois brisée,ta matière ne pçut être enfin divisée*tt MAIS conçolwn^ dis-tu» quele$COtp$priiiûti%ii Substances sans mélange, et solides massifs,» Puissent jamaisi produire aucun mol assemblage , v» Tels que l'eau, l'air, la terre, ou la vapeur volagt,• Par quelque heureux pouvoir que ces corps scient formés «fEt n'est-il pas en tout des vides parsemés ?Et d'oà naîtrait l'acier, si les élémens mêmeEtaient, ainsi que l'air, d'une mollesse extrême fD'où naîtraient et la roche et les cailloux si durs ?Le grand Tout perd soudain ses appuis les plus sûrs.Non^ non, c'est par leur chaîne, ou lâche ou resserréc fQm les corps primitifs, d'étemelle durée f' D ii "


|a , LUCRÈCE,DéNïQUB jam quoniam generatim reddita finisCrescendî rébus constat, YÎtamque tuendi ^Et quid quxque queant per fœdera Naturaï fQuid porro nequeant, sancitum quandoquidem exstat:Nec commutatur quidquam , quin omnia constantUsque adeo^ variae volucres ut in ordine cunctx ,Ostendant maculas générales corpori inesse ;Immutabile materise quoque corpus babexeDebent f ,eimiriim. Nam si primordia rerumCommutari aliquâ possent ratione revicta,Incertum quoque jam constet, quid possit orirï 9Quid eequeat % finita potestas denique cuiqueQuânam sit ratione, atque altè terminus haereiB,Nec toties possent generatim saecla referreNatûram ; motus , victum , moresque parentuovTUM porro, quoniam extremum cujusque cacumenCorporis est aliquod, nostri quod cernere sensusJam nequeunt; id nimirùm sine partibus exstat,Et minimâ constat naturâ ; nec fuit unquamPer se secretum, neque posthac tsst valebit;Alterius quoniam est ipsum pars^ primaque, et Ima zInde alix atque alise similes ex ordine partes,Agmine condenso naturam corporis expient.Qux quoniam per se nequeunt constare, necesse estHaerere, ut nequeant uUâ ratione revelli,


f-IVIE I. 53Solides , toujours uns dans leur simplicité PEnfantent la moUessé ou bien la dureté.Quoi ? le term.e est marqué jusqu'où tout peut s'étendre^Et vivre , et, de la mort, quelque temps se défendre ;La Nature immuable a borné tout pouvoir,Tout est toujours le même, et rien ne peut déchoir;Je vois, de leurs aïeux, les oiseaux, d'âge en âge ,Déployer les couleurs, étaler le plumage.Et les corps primitifs pourraient toujours changer !Et quelque choc vainqueur pourrait les assiéger ïDans quel trouble, dès-lors, verrions-nous tomber l'être!Saurions-nous ce qui peut, ce qui ne peut pas naître,Comment toute énergie a son terme prescrit,Quelle en est la mesure? et rieo de ce qui vitPourrait-il à jamais rapporter, .de ses pères tL'habitude, lesmeeurs, les goûts héréditaires?TOUT élément d'ailleurs se termine en un point .Que l'œil le plus subtil ne voit, ne-saisit point*Ce point, très-délié, sans doute est sans parties,Et, d\in tout, d'autres parts l'une à l'autre assorties*Part première et dernière, il ne peut le quitter ,Il n'a pu,, par lui-même, il ne peut exister.Celles-ci t ne pouvant se soutenir qu'ensemble fRien ne peut diviser le nœud qui* les rassemble .5 'Leur tout si cohérent est donc le corps premier,,Ce solide étaM'a simple en son entier ,•B %


.$4 LUCRE Ci;Sunt igituf aolMâ primordîa simpticitate; 'Qux mimmis stipata cohérent partibus arctè fNon ex ullorum conventu conciliât» 9Sed magis xternâ polletitia simplickate :Undè neque avelii quickpatn , neque demkuiî ja»Concedit Natura fes'ervans stmîna rébus* .PBJETIIEA 9 nîsï erit-minimum, ptnriteima quantiCorpora constabunt ex partibus infinitifQuippe ubi.dimidïae partis pars semper habebitDimidiam parte», ncç res ptrfiniet «lia,Ergo reram kiter $ummcra 9 mkïff»niqiie quM escittNon erlc ut dissent : Dam quamvts funditùs omnkSumma sit infinka » tamen parvissima qwe suntEx infînitis constabunt partibus «quàQuoi quoniam ratio réclamât vera , n^gatqseCredere pusse animum, victus fateare nteesse §A fEsse ea qu« nullis jam pnedita partibus exstent*£t minimâ constent naturâ : qux quoniam sunt»' Uk quo^ue esse âbi»'solida atqve «tera» hmmkm*DSHIQUB, nt minimal in partes dttetaiesoMCogère consuêsset reram Natura. preatrix;Jam nihii ex îllis oadem reparar«intérêt; •Pcoptecea quia, quae multk slint partibus aucta 9Non pdssunt ca , ty» débet genïtaMs liiber»


LIVRE I.Ce corps non composé, ce corps dont la NatureMaintient, sans nul déchet, l'intégrité si pure,Germe à tout réservé, dont tout est reproduit5JSi nous n'osons admettre un extrême en petit,Le moindre résultat Test de parts infinies ,Dont, sous l'acier tranchant à jamais désunies,Nouveaux corps isolés toujours multipliés,Chaque moitié sans cesse aura ses deux moitiés :Ces deux moitiés, les leurs, celles-ci , les leurs mêmes,Et sans terme, et, dès-lois, entre ces deux extrêmes,Très-grand et très»petir, nulle disparité jAu grand Tout, infini ; dans son immensité,De membres infinis elle-même assemblée,La moindre de ses parts peut être assimilée;Ridicule-hypothèse, absurde assertionQue le bon sens réprouve et dément la raison*Crois donc qu'il est des corps très-petits, sans parties ,Et, des assauts du Temps, substances garantie*Par leur unité même et leur solidité*AH ! s'il n*en était point, après avoir été>Si tout être, en-.eux seuls, ne venait se résoudre,O Nature ! et de quoi, quand tu- if mets en*poudro tDe quoi donc à jamais le reforgerais-tu?Si) de membees unis, l'atome est un tissu yDit


f &IUCRÊCÏ,Matériel, tarlos connexus» pondéra, plagu,Çonçprsus., motus, p« qp» r es quaeque genuttHfiiPOEE5 , sî nulta est frangendisreddita finisCorporibus^ tamen ex aeternatempore quxdamNunc etiam superare neçesse est corpora rébus %Quae nonclum clueant ullo tentata periçlo :At quoniam fiagîli naturâ praedita constant,Discrepat seternum tempus potuîsse manere %InnwnerahiUbus plagis vexata p« açvum %QuAf EOFTBI 9 qui materfe» rerum tss§ putâruatIgnem, atque ex igei summap consistere solo rMagnopera à verâ lapsl ratione vïdentur,HeracUtus Uiit quorum dux pwelfa prïmus fClarus ob obsceram linguam , magis inter inaoeaQuàmde graves inter Graïos-, qui vera requirunt*OMNIA enlm stolidi magis adinirantur amantqpe^Inversa quœ sub verbis latitantia cernunt *V«raque constïtuunt, quae belle tangere possunfÀPîCS, eilepido q^ae $mt fuçata sopo«%NAM cur tam variae rcs passent esse* raquira,Ex vero si sunt îgtii 5 puroque çreatse*NU prodesset enim -calidum densarieï ignem»]Nec racefiert; si partes Ignïs tandemHaturam, quamtotes habetsuper ignis, babereiit*âcrior ardor enim conductis paitibus esset*


LI VR E X-jfD*où naissent donc entre eux les mouvement la chaînes,Poids, chocs divers, concours, causes toujours certaines^Paf qui produisent tout ces corps générateurs ?DIVISIBLE à jamais, à des chocs destructeurs,Si tout être est soumis, sur l'océan des âges ,Se peut-il qu'il en soit à l'abri des naufrages ?11 en est ; mais, livrés à leur fragilité,Comment, à tant d'assauts, ont-ils donc résisté?QUELLS est donc votre erreur, vous qui, de toute chose,Voyez, dans le feu seul, le principe et la cause;Heraclite sur-tout, par ton obscurité ,Imposant, avec faste, à la frivolité,Mais dédaigné toujours de ces Sages sublimes,Qui, du vrai, dans la Grèce, ont percé les abîmes!Car l'ignorance admire et consacre TerreurQue voile, d'un vain sens, l'éclat sans profondeur*Elle adopte pour vrai ce qu'elle croit entendre »Et le charme des sons suffit pour la surprendreAH ! si c'est du feu seul que tout mt enfanté, 'D'où naît, dans l'Univers, tant de variété?Dense ou raréfié, sa nature est la même.Dense ; rien ne résiste à son ardeur eitrême,Tout s'embrase à sa flamme, et bientôt se détruitRaréfié * dissous, ïï s'éteint ou languit*.


|l ^ LUCliCE,languidiof pôttb dîsfectis, disque supatïf- .Àmplius hoc fier!BÏhil est quod posse reari%Talibus in. causis ; nedum ¥ariantia reram •Tanta queat àmûs rarisque ex Ignlbus esse» 'ATQUI M si faciant admistum rébus înane },Densaii potgnint ignés 7 ranque relinqui:.Sed , quia milita sibi cernunt contraria-, mussant^Et fisgkaatin rébus Inane rciinquere purum , et %Ardaa dim merauat, amittunt ¥era viaï :Nec fursàm cenraiK, esempto rébus inani,Omnia densari, fierique m omnibus unumCorpus, nil ab se quod possit mittere raptim,JEstlfer îgnis uti lumen jacit, atque vaporem iUt ¥ideas non è stipatis parôbus esst*.QU^D si forte ulla credunt ratîone potesseIgnés In coetu stlnguî, mutareque corpus yScilicet ex ullâ facere Id si parte repartent,Occldet ad nihilum nimlrùm funditùs ardorOmnls, et ex nihilb fientqusecunque creantur*Nam quodcunque.suis mutatùm finibus exit,Continué hoc mors est illius, quod fuit antè :ProInde aliquid superare neœsse est Incolume ollis sNe tibi res redeant ad nttum funditùs omnes %De nMoque renata vkescat copia rerum*NUNC Igîtur, quoniam certksima corpora quxdam


1IVBE 1 S9Et que peut-il de plus ? A quoi puis-je connaître,Qn'en l'un ou l'autre état, il puisse donner l'eue»Qu'a puisse en varier le tableau renaissant?Si, pour qu'il se dilate a expansîf, agissant»Pour qu^ rentre en soi-même, aussi dut que solide,Ses athlètes du moins admettaient quelque vide!Mais, se voyant pressé de contrariétés,On se tait, on le nie, on craint, de tous côtés ,De s'ouvrir, matgré soi, quelque route épineuse,Et du vrai, pour jamais, on perd la route heureuse*Eh quoi ! ne voit-on pas que, compacte, inactif,Sans vide, le grand Tout n'est plus qu'un lourd massîfiQue rien ne s'en répand, et que, dans sa carrière»Le feu ne peut lancer ni chaleur ni lumière,S'il est toi-même un tout de membres bien unis?AH ! dira-t-on peut-être : en ses divers produits,Il peut s'éteindre, il peut se transformer lui-même.S'éteindre ! H touche donc à son terme suprême,Et, détruit tout entier, n'a plus rien d'existant.Rien ne peut donc en naître, et tout sort du néant.Ce qui change ou franchit les bornes de son être ,Dans ta nuit de la mort doit-il pas disparaître? ^Au feu donc, même éteint, quelque chose survit,Ou tout, dans le néant, se perd et s'engloutit,Tout y renaît, y meurt, pour y renaître encore.NOM, non, Ucst des corps dont rienne s'évapore,


'6Q LUCRÈCE, /•Sunt, qu* conservant 'naturam semper eandeiiî,Quorum aditu , aut abitu, mutatoque erdine, mutantNaturam res, et convertunt corpora stst ;Scire Ucct non esst haec igoea corpora rémoisNU referret eoim quaedam decedere, abire,Atque aHa attribui, mutarique ordine quxdam^SI tamee ardoris naturam cuncta tenereet*Ignis entm foret omnimodîs, quodcunque crearent;VERÙM,utopinor,itt est :sunt quaedam corpora,quorumConcursus , motus, ordo 9 positura 5 figurât ,Efficiunt ignés, mutatoque ordtne^mutantNaturam : nequesunt igni sumulata, neque ulla&Praeterea rei 5 quae corpora roîttere posskSensibus , et nostios adjectu tangere tactus.DICERB porro ignem res omnes esse 5 neque ullantKcm veram in numéro rerum constare, nisïîgnem t(Quod facît hic idem ) perdelirum tsst videtur»Nam contra sensus ab sensibus ipse répugnât ,Et labefactat eos 5 undè omnia crédita pendent,Undè hic cognïtus est ipsi, quem nomînat ignem*Crédit enim sensus ignem cognoscere verè;Caetera non crédit, nihilo qux elara minus suntîQuodmihi cùm vanum, tum delirum esse videtur*Quo referemus enim ? quid nobis certius ipsîsSensibus tsst pottst, quo vera ac felsa notemus?PBJETERIA, quare quisquam magîs omnia toUat*Et YeEt • ardoris nàturara linquere solam ,


l'IVRÎ '!.'^Et par qui la Nature est la même en tout temps.Par leurs fuites -, retours, composés différées ,Tout périt, tout renaît, reforgé de soi-même.Mais* s'ils ne sont que feux, de leur ardeur extrême--Perdent-ils |amais ritn, et, quoi qui change en eux,Dilatés, contractés, sont-ils jamais que feux ?Et, hors des feux nouveaux, peuvent-ils rien produire!.MAïS comment 5 de ces corps, tout peut-il se construire!De leurs formes^ concours,, ou chocs, ou mouvemens,Ordre, combinaisons, en divers changemens,Résulte ou le feu même, ou tout autre assemblage;Mais ils ne sont ni feu, ni rien de qui L'image,£a vapeur ou le son puisse frapper nos sens,O délire ! on insiste, et, des corps existans,Nul n'est vrai que le feu, m'ose-t-on dire encore-Tout est feu. Vain sophisme, et qu'en vain Ton implore!Oui, des sens, par les sens, c'est renverser la loi,Des sens, guides si surs, d'où dépend toute foi,De ces sens, par qui seuls on connaît le feu même.Quoi ? n'en" avoûrons-nous l'autorité suprême «Que sur ce feu vainqueur dont nous sentons les coups^ .Et, frappés d'autres corps, la méconnaîtrons-nous ?Dès-lors, du vrai, du faux 5 où, comment % à quel titreReconnaîtrons-nous donc quelque plus sur arbitre ?Ou nierons-nous plutôt qu'il est des corps divers 9Laissant les feux tout seuls inonder l'Univers,


fi i LUCftj&C'E^Quam neget e$se ignis f summaita tamen tsie rdlnqnat?JEqua viderai tniAU dmeotia 'dicerc utrumque»Q^APEOf Tii| qui materiem rerum &st putâruntIgnem , atque ex igoi summam eonsistere posse sEt qtlï principium gigoundis aëia rébusConstituêre : aut humorem quicunque putâruncFïngere res ipsum per se : terramve creareOmnia , et in rerum naturas ¥ertïer orones ;Magnoperè à vero longèque errasse videntur.Adde etiam , qui condupUcint primordia rerum ^Aëra jungentes igni, terramque Uquori:Et qui quatuor ex rébus posse omnia rentur,Ex igni, terri, atque anima procrescerc, et îmbriQUORUM Acragantinus cumprimis Empcdocles est tInsula quem triquetris terraram gessitln oris fQuam iuitans circùm magnis amfiractibus'sequoclonium, glancis aspergit virus ab undis :Angustoque fretu rapidum mare dividit undis-Italiae terrai oras à finibusejus.Hîc est vasta Charybdis, et Me Mmxi minantucMurmura flammaramrursùm se coiligere iras,Faucibus eruptos iterùm ut vis evomat ignés fAd cœlumque ferat flammaïfulgura rursùm.Qux cùm magna, modis multis miranda videtutGentibus humanis regio^ visendaque fertur, . * -Kebus 'Opima bonis, multâ munita virûm vi ;NM tamen hoc faabuisstviro poeclarius in se ,


L I V R E ! ' . , f|Que de nier les feux y laissant toute chose ?L'un et l'autre est folie ; ainsi, quoi qu'on m f opposeLe feu n'est point la base et l'agent du grand Tout.MAIS est-ce Pair, ou Ponde, en quoi tout se résout îLst-ce eux par qui tout naît* ou n'est-ce point la tareOu f de Pair et du feu, l'union nécessaire,jDe la terre et de Peau le mélange constant ,Ou, de ces quatre pnis, le concours renaissant ?Non, Sur quoi que, d'eux tous, ¥ous fondiez laNatutevElle YOUS désavoue, et c'est lui faireinjure. *CEST toi qui, le premier, du luide des ans,De feu, de terre, et d'eau, composas PUniveis,Empédocle, toi, né dans ces belles campagnesQu'en trois angles altiers terminent trois montagnes,Et que pare Agrigente où tu reçus le jour;lie, dont , embrassant son Immense contour yIt, dans un long détroit, pressés avec furie t •Les lots Ioniens séparent PHespérie.LA , mugissent Carybde et PEtna menaçant,Portant au loin Peffroi jusqu'au ciel pâlissant,Toujours prêt à vomir, d'une bouche eniammée,Des flotsamoncelés de cendre et de fumée,Ffêt à tout engloutir sous ses torrens cruels.Bords fameux,champs féconds, admirés des Mwtelf,


0f l U C Ë È C E,Nec sanctum magis 5 • et mintih, carumquè videtUbCarmina quin etiarti divini pectoris ejusVociferantur ^ et eiponunt praedara repertaj•Ut vix humanâvideâtur stirpe créâtes*Hic tamen 9 et superà quos dhdmes 5 inferioresPartïbus egregïè multis, multôque minores,Quanqpam multa benè ac divïnitùs invenientes fExadito tanquam cordis, responsa dedêreSanctiùs^ etmitlto certâ ratione magis^ quàmPytMa^ quactripode ex Phœbi kuroque profatur;Principes tamen in rerum fecêre ruinas,£t graviter magni raagnocecidêreubi casu^PAIMùM, quod motusj êxempto rebut in&DÏ,Constituait 9 et res molles rarasque relinquunt,Aëra, solem, ignem 9 terras , animalia, fruges ;Nec tamen admiscent in eorum corpus inane.. *DHNDI , qubà omnïno finemnon es$e secandisGorporîbus fàciunt 9 ileque pausam stare fragori,Nec prorsùm in rébus minimum Consktere quidquanï:Çimx ?îdeamw M oweonim cujusque çacumen 'Source


L ï V È Ë t.« fSource de tant de biens dont se pare la terre.,Protégés de Héms, brillans foudres de guerre ,*¥ous n'avez rien produit de plus saint , de plus grand êDe plus cher aux Humains que ce Sage étonnant*Des plus profonds secrets richesdépositaire^,Ses vers, où son génie a-transmis ses lumières fVolent de bouche en bouche , et font douter encotSi, des champs de la terre, il a pris son essor.Mais, 6 faiblesse humaine I et ce Sage, et tant d'autres,Qui, de la Vérité, moins sublimes apôtres,N'en ont pas, moins souvent, d'un bras victorieux,Ouvert, aux Nations, le temple glorieux;Eux 5 dont l'esprit si vaste et fécond en miracles fComme d'un'sanctuaire, annonçait ses oraclesPlus sûrs, plus respectés par le monde éclairé fQue ceux que,. d'Apollon,. sur le trépied sacré ,Le front ceint de laurier, prononçait la Pythie fOnt, sur les premiers corps, vu tomber leur génie.Déchus d'autant plus haut qu'ils étaient tous plus grandeILS ont tous, dans le plein, reçu les mouvemens IComment ont-ils conçu tant de corps si peu denses f *Air, soleil, flamme, terre, et vous, et vos semences fAnimaux, végétaux, remplissant l'Univers,Sans laisser aucun vide en leurs pores ouverts?ILS ont cru la matière à jamais divisible!S^arrcter, en tranchant, leur parut impossible !L'extrême en petitesse, ils ne Font - point admis !•Mais n'est-il pas'un point, à l'oeil encor soumis ?Tmi hE


M ' LUCRÈCE;Esse f quod ad sensus nostros minimum esse vïdctur :Conjicere ut possis ex hoc , quod cernere non qukExtremum quod faabent, minimum conskcere rébus.HUNC accedit item, quod jam prïmordia reruniMoliia constituunt 9 qux nos natîtra videmusEsse , et mortalicumcorporefunditùs; atquïDebeat ad nihilum jam rerum summa reverti,De nïhiloque renata virescere copia rerum :«Quorum utrumque quïd à vero jam distet, habebas.DEINDE inimica modis multis sunt, atque venenaIpsa sibi inter se ; quare aut abngressa peribunt,Aut ita diffugient* ut * tempestate coortâ,Fulmina diffugere atque imbres ventosque videmus.DENïQUI , quituor ex rébus si cuncta creantur,'Atque in eas rursùm res omnia dissolyuntnr,Quî magis illa queunt rerum prïmôrdia dici %Quàm contra res illorum, retroque putari?Alternis gignuntur enim, mutantque colorem fEt totam inter se naturam, tempore ab ornai.SIN ita forte putas, îgnïs, terrscque coireCorpus % et aërias auras, roremque liquorum fNil in concilio naturam ut mutet eorum ;Nulla tibi ex illïs poterit res esse creata, ...Mon animans, non exanimo quid corpore^ ut àribos ;Quippe suam quidque m cotai varutnûs açènri


.LI'V'KE L-tfgQui, terminant les corps, annonce un autre extrêmeInaccessible aux yeux et son terme suprême ?ILS donnent au grand Tout, pour principes cotistans.Des cofps mou$* nés mortels, frêles, non xésistans !Mais, cent fois, dans le rien, ta Nature engloutie,De ce rien , tu le fais, serait cent fois sortie,Pour y rentrer encore, en sortir à jamais.Et ces vains élémens, ces germes imparfaite,L'un de l'autre ennemis, par leur guerre intestiqe»N'aurafcnt-ïls pas d^ailleurs entraîné leur ruine»Brisés dans leurs concours, comme, aux planes des cïeu%Et la foudre, et la nue,, et les vents furieux,Dispersés l'un par l'autre au sein.de la tempête?EST-CE aux quitre élémens qu'on veut que je m*arrête fD'eau, de feu, d'air, de terre, unis par divers noeuds tComposant tous les corps, bientôt dissous en eux!Mais pourquoi, renversant ce bizarre système,Ne sont-ils pas plutôt les produits des corps même?L'un de l'autre à jamais enfantés tour à tour,D'être tt de forme, entre eux, ils changent chaque JQUBNON, non, répéndent-ils; l'eau, le feu» Pair,lateo«fVariant plus ou moins le corps qui la enserre,M'y changent point d'essence, et n'y sont jamais qu'eux^N'y sont qu'eux, dites-vous? Par leurs différées jeux, 'Ils n'enfantent donc rien ni vivant ni sans vie ?Chaque corps n'est donc-plus qu'un tout que rien ne lie fEij


«ft. L tJ C R È C Ë,Naturam osteedet 5 mïstusque videbitur aërCum terra stmul, atque ardor cum rore manere:At primordïa gignundïs in rébus oportetHaturam clandestinam, caecamque adhibere jBmineat ne quid, quod contra pugnet 5 et obstetQ\xb minus tsst queat propriè, quodcunque creatur*Quiiff etîam répétant à ccrlo, atque ignibusejus,Et primùm faciunt ignem se vertere in aurasAëris ; faineimbrem gigni, terramque creariEx imbri ; retrèque à terra cuncta reverti,Humorenl primùtn, postaëra^ deinde calorem:JNec cessare hape inter se mutare, mearcDe coelo ad terras», de terra ad sidéra mendi ;Quod facere haud ullo debent primordïa pacto :Immutabile enim quïddam superare necesse est;Ne tes ad nihiluim redigantur funditùsomnes.Nam quodcunquç suis mutatum finibus eiît^Continue hoc mors est illlus ^ quod fuit antè»Quapropter^ quoniam^ quxr paulodiximus anteIn, commutatum veAiimt , constaré necesse estEx aliis ea y quae ncqueant convertir unquam jNe tibi res redeant ad nilum funditùs omnes.Qtiin potiùs tali naturâ prxdita quxdam-Corpora constituas; ignem si forte crearint T 'Fosse eadem, demptis paucis, paucisque tribuiîs^


LIVRE i: IpUn tout , de tas distincts, quoique toujours divers,Mélangés d'eaux, de feux, et de terres, et d'airs,Dont aucun, à mes yeux, ne change de nature?Mais, s'ils n'agissent tous par une voie obscure,S'ils ne sont tels que l'œil ne puisse les saisir,Les premiers élémens peuvent-ils donc agir?Si chacun se distingue en leurs divers ouvrages,Peut-il être* en aucun de tous ces assemblages,De caractère propre à jamais reproduit?Lt feu, des feux du ciel, d'abord le premier fruit, 'Devient air, nous dit-on, remplissant l'atmosphère ;L'air bientôt se transforme en onde moins légère ;Cette eau se change en terre, et, de là, remontant,La terre en onde encor, cette onde en air flottant, -Cet air lui-même en feux, et, du ciel à la terre,Et des champs de Cybelle, au palais du tonnerre,Tout descend, tout remonte en éternel essor,Et redescend bientôt pour remonter encor.LES élémens ainsi se transformer sans causes !Ah ! dans le cercle étroit de ces métamorphoses tSi rien ne leur survit d'immuable et de-pur,Tout ne rentre-1-il pas dans le néant obscur fSe transformer, sortir des bornes de son être,Dans le sein de la mort n'est-ce pas disparaître îEt vos quatre élémens, se transformant toujours- fNe sont-ils pas plutôt, dans leurs cours et décours % •( Si tout brave, du rien, les gouffres redoutables)*- *Dw résultats diiers d'élemens immuables*E ii§


70- LUCRÈCE,Ordk© mutât©, et motu, facere aëris'aurai:Sic alîas aliis iebus.putarier.omiies«. .'âT manifesta palam res îndïcat, inquïs, in aumtAëris è terra res omnes trescere, alique :Et oisi tempestas indulget tempore fausto ,-Imbribus, et tabe nimborum arbusta vacillant* •Solque suâ pro parte fovet 9 tribuitque calorem ;Crescerenon possnnt frages 5 arbusta, animantes,, SciHcet : et nïsï nos cîbus aridus, et tener humor fAdjuvet, amisso jara-corpore, vita quoqwe omnk.Omnibus è nervis atque ossibus exsolvatur ;Adjutamur tnim dubio procul 9 atque alimur nosCertis ab rébus, certis aliae atque aU» res ; 'Nimkùm quia multa modis communia mukkMultarum rerum in rébus primordia mîstaSont : ideô variis variae res rébus aluntur*'Atque eadem magni refert primordia saepeCum quibus, et quaii positurâ contineantur:Et quos inter se dent motus, accipïantque.Namque eadem cc»ium, maie , terras, flumina , solemConstituuet ; eadem frages, arbusta f animantes :!VerùfB aliis, .alioque modo commista moventur*.Quin etiam f passim vnostris in versibus ïpsis,Multa elementa vides multis communia verbis :Cùm tamen. inter se versus 9 ac verba necessc est.Cdnfîteare et re % tt .sooitu distare sonanti :. ~


U V I E I 71Et tels qu*à leur ftneontre ayant produit du feu ,Bientôt, accrus m nombre, ou décrus quelque peu 9Changeant leur ordre entre eux, leurs chocs % leur concurrenc11 en naît ou de Pair, ou telle autre substance ?MAIS, quoi ! dit-on encore; on le voit de ses yeux ;. Tout ce qui naît, s'accroît, s'embellit sous les ciepx,Sort du sein de la terre, en sa saison propice. *Il faut que l'eau du ciel Fhbreuve et le nourrisse*Que le soleil l'échauffé, ou rien ne peut durer %Végétaux, animaux y tout va dégénérer*•Tout meurt. Sans doute* Et nous, si quelque douxluid%Aidant à diviser quelque aliment solide,Avec lui, chaque jour, ne circule en nos corps % .fi'en sentirons-nous pas languir tous les ressorts,Et bientôt tous les nerfs, tous les membres, sans vie?Oui, de tel aliment, notre espèce est nourrie;Telle autre, de tel autre, et plusieurs éîémens,Divers en leurs concours, en leursarrangemens,Composant, en commun, mille et mille substances,liais les mêmes toujours, selon ces différences ,A mille et mille corps vont servir d'alimens :Tant il faut observer quels sont leurs mouvemens,Leur rang,leur ordre entre eux, leurs mélanges, kurs etutne' D'où résultent ici cienx, mers, terres,. fontaines,Là , riantes moissons, animaux ^arbrisseaux^Ainsi que, dans ces veis-, et des tours et desJHOCS -De sons si variés, et de sens si contraires,Résultent mifle fois des mêmes caractèresEif


i% LUCRÈCE,Tantùm tlcmcota qucuot permutato ordinc solo ,At reram quae sunt primordia, piura adhîberc.fossunt, undè queantvacwe rcsquaecpic crcarï*NUNC et Aiwpragofae feratemur Hom*omeriûm 9Quam Graeci memoraot, nec nostrâ dïcere EoguâConcedit nobis patrii seimonis egestas ; 'Sed tamen ipsam rem facile est eiponere verbïs,Principium reium quam dîcit Homaomeriam*Ossa videlicet è pauxillis atque mïnutisOssibu*, sic et de pauxillis atque minutisVisceribus vïseus gignî sanguenque creariSanguinis inter se multis çoeuntibu 1 guttis :Ex aurique putat mkis consistere posseAurum, et de terris terrkm-çoecresçere parvis;Ignibus ex ignem, humorem ex humoribus essç ;Cetera çottsiraillfîngitratiope, putatque*NEC tarpen tsst ullâ parte idem in rébus ioaneConcedit, neque corporibus fipem %$se secandis,Quare in utrâque mihi pariter ratione videturErrare, atque illi, superà quoi dijdwus antè.


tIVRE 1 71Sans cesse, sous ma plume, autrement disposés!Tant, à ces traits unis, rapprochés, divisés,Le seul changement d'ordre imprime d'énergie!Et que, des premiers corps, la puissante harmonie *-Par bien plus d'accidens, dcchocs, et de combats*Doit se varier plus en tous leurs résultats îDISCUTEBAI-JE enfin ton Homœomcrîe,Nom transmis par les Grecs, et que, de ma patrîe fLa Langue, pauvre encor, ne peut rendre en un mot,Mais qu'on peut aisément expliquer, s'il le faut ?Sans doute, et je le dois. Pardonne, Ânaxagore;Pardonne, Oui, sur ta foi, quelques Sages encorePensent qu'un os n'est rien qu'un tissu d'os plus fîns fUn intestin qu'un tas de petits intestins,Que le sang est formé de guttules sanguines,L'argent d'un long amas de feuilles argentines fLe feu, la terre, l'eau, de l'assemblage heureux,Du concours, en un tout, d'eaux, de terres, de feux»Et que tournait ainsi de ses propres paities,A jamais, dans le plein 9 l'une à l'autre assorties.DANS le plein ! quoi, sans vide? ils n'en admctttcntpoïnt*Ils font plus : sans connaître un terme,un dernier point,Ils ont, à l'infini, divisé la matière.Que, de ces deux erreurs, l'une et l'autre est grossière lMais j'ai su les confondre. Osons combattre enfinLeurs ficelésélémens qu'ils défendent m vain.


74 LUC1-ÊCÈ,ADDB qu&d.mtacilla nimis prîmordîa fingft». .Si primordia sunt, simili qux pnrdita constantNaturâ, atque ipsatres sunt 5 aequèqiie laborant »Etpereunt f neque ab exitio res utta refrénât:Nam quid in oppressa valîdo durabît eorum fUt mortem effugiat, lethi sub dentibus ipsis ?Ignis ? an humor ? an aura ? quid horum ? sanguîs ? an ossaîNil 5 ut opioor, ubi ex aequo res funditùs omnisTam raortaiiserit , quàm quae manifesta viderai»Ex oculis nostrîs aliquâ vi vie» perire.At neque recidere ad niHlum res posse 9 neque autenkCrescere de nihiio, testor res antè probatas*PkjKBUA, qitoniaei obus auget corpus, alitque £Scire licet, nobis venas, et sanguen, et ossa,Et nervos alienigenis ex partibus tsse:Sive cibos omnes commkto corpore dicentEsse, et habere in se nervorum corpora parva fOssaque, et omnino venas, partesque cruorïs^Fiet, uti cibus omnis, et aridus, et liquor ipse*Ex alienigenis rébus constare putetur,OssiÔus, et nervis, venisqu^, et sanguine misto.PRATEREA, quxcunque è terra corpora crescune^Si sunt in terris, terras constare necesse estEx alienigenis quae terris exoriuntur.Trans% item, totidem verbis utare lïcebit :In lignissi flammalatet 9 fumttsque, cinisque^Ex alienigenis consistant ligna necesse est


LIVRÉ I. 71PnjviMT-tts nommer tels ce qui, par sa nature,N'est autre que son tout, soumis à même injure,Vaincu par même assaut ou des corps ou des ans,Et que rien ne dérobe à leurs coups renaissans ?O Mort, et qui, d'entre eux, sous ta main meurtrière,A ton dernier effort, pourrait donc se soustraire?Serait-ce l'eau, le feu, Pair, le sang, ou les os,Tous aussi prêts sans cesse à tomber sous ta fauxQue tout ce qu'à nos yeux chaque joui elle immole?Ah ! pour mieux renverser ce système frivole,Opposons-lui ces vers où j'ai prouvé si bienQue rien ne naît de rien, rien ne retourne â rien.Si c'est par l'aliment que nos corps s'agrandissent^Si les nerfs, si le sang f si les os s'en nourrissent.Ils ne résultent donc que de corps étrangers?Non; Paliment, dit-on, de tissus plus légers,De sang, de nerfs et d'os, n'est qu'un tissu lui-même :Lui-même n'est donc plus, si je suis le système,Qu'un tout hétérogène : alimens et boissonsNe sont que veines, sang, os, nerfs m embryons.Mais, que dis-je? les fruits que nous livre la terre,Gissent d'abord en elle, et son sein les enserre.Elle n'est donc qu'un tout par d'autres touts produit.En cendres, en fumée, en flammeenfin réduit,Ce bois qui déployait un si riant ombrage,N'était donc, de tous trois, qu'un bkarre assemblage?


y6LUCRECE,LINQUITUE htc tenuis latitandi copia qoxdam ,Id quod Anaxagoras sibi sumit : ut omnibus omnesBes putct immistas rébus iatitare; scd iiludApparcrc unum, cu|us sint pluria mista*Et magis io promptu, primâque in fronce locata;Quod tamen à ¥crâ longé ratione repulsum est.Con¥eniebat enim frugesquoque sxpè minutas 9Robore cùm saxi franguntur^ mittere signumSanguinis, aut aliûm, nostro qux corpore aluntur:Cùm lapidi lapidem terimus, manare craorem*Consïmili ratione herbas quoque saepe decebat»Et laticis dulces guttas, similique saporeMittere 5 lanigerx quali suntubera lactis;Sciiïcet et glebis terrarum saepe friatîsff erbarum gênera, et fruges, frondesquc viderlDispertita f atque in terris Iatitare minute:Postfemè, in lignis cinerem fumumque viderï fCùfi) praefracta forent, ignesque latere minutos*' Quorum nil fieriquoniam manifesta docet res fScire licet non esse io rébus res ita mistas:Verùm semina multimodis îmmistâ latereMuitarum rerum in rébus communia debentAT saepe in magnis fit montibus, inqmis^t altkArboribus vicina cacumina summa teranturInter se, validis facere id cogentibus Austris,Doneç fulserunt flammx, fulgore coorto :Sciiïcet 5 et non est lignis tamen'insitus ignis;,Verùm semina sunt ardoris muka, terenda


LIVRE L 77IL restait on détour; on Ta pris avec art.Tout est mêlé de tout; mais, au premier regard,Bien ne s'offre d'un corps que ce qui, plus en masse,Y domine, dit-on, l'enveloppe et l'embrasse.Vain sophisme ! Du grain, sous la meule écrasé ,ïl jaillit donc du sang, en gouttes divisé,Ou telle autre substance à ma faim préparée,Et qui se change en moi, dans mon sein digérée ;Du cristal des ruisseaux , des prés, des champs fleurk,Distille quelquefois le nectar des brebis ;Dans ce terrein broyé, ces glèbes ressassées,Je dois voir 9 en petit, des feuilles dispersées,Des grains, des gazons verds; je dois voir, en ces bokArrachés de la terre, et brisés sous mes doigts,En embryons subtils, cendres; fumée, et flamme.Mais si, contre.ces faits, la Nature réclame,Si tout, par elle, en tout, n'est point ainsi mêlé,Par sa voix, malgré vous, me voilà rappeléAux atomes communs, à ces premières causes 'Créant, par leur mélange, et changeant toutes choses.MAIS , quoi ? dit-on encor ; sur le faîte des monts,Vivement tourmentés aux chocs des Aquilons,Les rameaux des forêts s'embrasent dans la nue,Et, de feux ondoyans, remplissent l'étendue.Taot de feux, dans chaque arbre, étaient-ils donc cachés lNon» Mais des élémens qui, soudain rapprochés,


78 LUCRÈCE,Qu« cùm confluxêre, créant incendia sylvfa» 'Quod si tâftta foret sylvis abscondita flamma ,'Non possent ullum tempus celarier ïgnes:Conficerent velgô sylvas, aibusta cremarent.-JAMMB vides igitur, paulo quod diximus tntè,Permagnî referre, eadem pômordia saepeCum quibus, et quali posïturâ contirieantur fEt-quos interse dent motus, accipïantque;Atque eadem* paulo inter se mutata, creare ' -Ignés è lignis, quo pacto vcrba quoque ïpsa,Inter se paulo mutatis sunt démentis,Cùm ligna 9 atque ignés distinaâ voce notimusf-DBNIQUE jam quacunquc in rébus cerflis apertîs,Si fierî non posse putas, quln materiaïCorpora consimili naturâ pratdtta fingas;Hâc ratione tibi pereunt primordïa rerum»Fiet utï rise tremulo concuksa cachinnent,£t kcrymis saisis humectent on, genasque.NUNC âge, quod superest cognosce, et clariùs audi,Nec me animi fallit quàm sint obscura ;sed acriPercussit thyrso laudis spes magna meum cor,Et simul incussit suavem mî in pectus amoremMosarum, quo nunc instinctus, mente vigenti,A via Pieridum petagro loca, nullius antèTrita solo : juvat integros accedere fontes,Atque haurire; juvatque no vos decerpere flores,losignemque meo capiti petere iode corooam,.


'LIVRE 1. ' 7j| !Et, dans tin ordre tel que le feu pût en naître*Ont formé l'incendie, et vont encor l'accroître.Ah ! si le feu lui-même était dans ces rameaux ,Eût-il pu s'y cacher, et, de pins et d'ormeaux,Se déployant sans cesse en ondes effrénées,N'eût-il pas dépeuplé les roches calcinées ?Tant, je le dis encore, il faut, des élémens fObserver le concours f l'ordre, les mouvemensOu reçus, ou transmis dans leur divers mélange !Qu'ils changent, à l'instant tout se refond, tout change :Comme en ces mots, fid> miel^ s'ils s'offrent dans mes vers,Un Mgei changement peint deux objets divers.EN un mot, si tout naît, formé de sts semblables,Il n'est plus d'élémens, germes inaltérables.Ici, je dois les voir et rire et folâtrer ;Là, changés tout-à-coup, je dois les voir pleurer: •Dernière absurdité plus ridicule encore. ^MAIS Où m'appelle, ami, l'ardeur qui me dévore?Dans quels champs ténébreux dois-je encor te guidf r ?Quelle profonde nuit il me reste à sonder UN'importe. Il faut franchir cette sombre carrière.La Gloire, à mon génie, en ouvre la barrière;A mon génie actif, que f espoir le plus doux ,Le plus noble délire entraîne encor vers vous ;Vers vous, en vos bosquets., lice riante et pure,Dont nulle trace encor a'a flétri la verdure,


S* LUCÈÈÇB,Undè priùs nulli velârint tempora Musae:Primùm, quod magnis doceo de rébus, et arctisBelligionum animos oodis exsolvere pergo :Deinde, quod obscurâ de re tam lucida pangoCarmina, Musaco contingens cuncta lepore.ld quoque enim non ab nullâ ratione videtur :Sed veluti pueris absinthia terra medentesCùm dare conantur, priùs oras pocula circùmContingunt meilis dulci flavoque liquore,Ut puerorum xtas improvida ludificeturLabrorum tenus, intereà perpotet amarumAbsinthî laticem, deceptaque non capiatur,Sed potiùs tali facto recreata valescat :Sic ego nunc, quoniam haec ratioplerumque vîdetutTiistior esse, quibus non est tractata, retrôqueVolgus abhorret ab hâc, volui tïbi sua?iloquentICarminé Pieiio rationem exp#nere nostram,Et quasi Musxo duici contingere melle; •Si tibi forte animum talï ratione tenere •Versibus in nostris, possem, dum perspicis omnemNaturam rerum, quâ constet compta figura»SED quoniam docui j solidissitna materiaïCorpora perpétué voliure iovicta per scvum ,Muses t


LïVftfi IMûféS, *qu*âVëc plaisir j'y puise en tes .ruisseau*©ont nui autre, avant moi » n'osa troubler les eaux îQu'il m'est doux d*y Cueillir des Beurs éncor nouvelles!D'y voir mon front parc^ par Vos mains immortelles »Die ces lauriets brilkns , dont, pour prix de ma foi ^Vous dépouillez des bords inconnus jusqu'à moi;Moi qui révèle ici des secrets si sublimes %Qui sauve » de vos fers, tant de faibles victimes »Sombres tyrans des coeurs, vaines Heligions; .Et, par ton garnie heureux , à mes nobles leçons,Appelle, Dieu des vers f - les esprits que j'éclaire !Eh ! pourrais-je autrement enchaîner le Vulgaire ?Non j fier de triompher des dégoûts d'un enfant fFour l'abreuver d'absinthe » un Médecin prudentOffre 9 à ses yeux séduits 5 du vase salutaire,Les bords parés d'un miel assuré de lui plaire^Surpris j mais non trompé par cet art enchanterir»L'enfant boit k santé sans dégoût ni terreur*' Ainsi | pour appeler la foulé encor rebelléA ma philosophie et profonde et nouvelle^Je cherche à la paref des leurs de l'Hâicon»Et fadoucis du miel que me verse Apollon,Heureux si cet attrait te captive et t'enchaîne ;Si, savourant les fruits> les douï fruits de ma vfeint;Tu lis, d'un œil plus sûr^ au Sein de l'Univers >En son plus riche éclat étalé dans ces vers lJ'AI peint 9 dts premiers corps 5 la matière solideBravant la faux du Temps, et nqgeant dans lç vide fTome. LFiî


§2 LUCRÈCE,Nunc âge, summaï ecqusnam sit finis eorum,Nec pe $it , eyolvamus : item* quo4 ipane repertum est,$eu locus , ac spatipm, rçs in qpo quxque geqantur,Pervidçamus iiuùm fîoitpm fun#ri)s oroneConstet , m immmmm p4teat vel adpsque projundum ?OMNE quod est igitur nulli rcgione viarumFinitum est ; oamque eitremum debebat àabere;Extremum porr^ nullius posse videturEsse, nisi ulcrà sit quod finiat , ut videatir,Quo, non longiùs, faxcsensûs rtatura sequatur,Nunc extra summam quooiam nihîl esse fateodum est,Non habet «ctremum : caret ergo fine, modoque :Nec refert quibus assistas regionibus ejus.-Usque adeo quem quisque locum possedit, in omnesTan tandem partes infinitum omne relinquit,PiiETEREA, si jam finitum coostituaturOmiie quod est spatium , si quis procurrat ad oras.Ultimus extremas, jaciatque volatile telum ,.ld validis uçrùni contortum viribus ire,Qpô fuerit missum, niavis, iongèque volare,An prohibere aliquid censés, obscareque posse?Akèrutrum fateaiis enim, sumasque necesse est :Quorum utrumque tibi-èfiugium prsecludic* etomncCogit ut exempta concédas fine patere.Nam siveest aliquid, quod prohibeat, officiatqueQuo. minù% quo missum est veniat, finique iocet se.,. Sive.fpràs fertur, non est ea fini' profecto.


. • L I V R Ë î. • rËêcherchoits û letrt tommeet et Vide prouvé fCet espace où-tout naît, où tout est conservé,Ëornés ou non bornés^ ont^ ou n'ont point de terme;S'il est quelque barrière où le grand Tout «enferme $•S'a ouvre à l'infini son champ illimité ?àH ! s'il ne Pou Vit ainsi, .ton «il , de tout côté tJusqu'à ses derniers bords , glissant sur sa surface »Arrêté tout a coup , peut voir ce qui l'embrasse ;Mats si, toujours plus loin, étendant tes regards ,Mien enfin ne les fixe, il n'a £oint de remparts.Où que tu Sois placée contemplant l'étendue*Infinie m tout sens , èUe s'offre k ta vue»Non, dis-tu; quelque part son rivage est marqué*Eh bien ! cours»y toi-même, et, d'un point indiqué fLance un trait. Le vois-tu s'ouvrir une carrière ?Le vois-tu s'émousser contre quelque barrière ?11 n'est point de milieu : choisis donc; mais-convientQu'il fouttoujours .briser ces murs que tu soutiens sCar enfin 9 s'il en est où ta flèche s'émousse, -Si tu rfen atteins point 9 si rien ne la repousse,Dans l'un et Pautre cas, ou • libre, ou captiré,Au bout de PUnivers tu n'es point arrivé.Je te suivrai toujours où, plein de ta chimère,Tu prétendras-placer ton mur imaginaire; -


8 4 LUCRECE,Hoc pacto sequar 9 atque oras ubicunque locârffExtremas^ quaeram quid telo denique fiât.Fiet , uti nusquam possït ConSistere finis f •Effugiumque fugae pxoktet copia Semper.PR^TEEEA spatium summaï totius omncUndiquè si inclusum certis consiteret oris,Finitumque foret , jam copia materiaïUndiquè ponderibus solidis- confluxêt ad imom ;Nec res ulla getii sub cceli tegmine posset :Nec foret omnino cœlum, neque lumina folïs ;Quippe ubi materies omnis cumulata jaceret^Ex infinito jam tempore subsidcndo.At nunc nimirûm requies data principioruftiCorporibus nulla est : quia nil est funditùs imum fQuo quasi confluere, et sedes ubi ponere possint %Semper et assiduo motu res quxque genunturPartibus in cunctis, xternaque suppeditantwEx infinito cita corpora materiaï.POSTEEMO ante oculos rem res finïre videtur :'Aër dissepit colles, atque aëra montes;,Terra mare vet contra mare terras terminât omnes*Omne quidem vero-nibil est quod finiat extra.Est igitur natura loci, spatïumque profundj,Quod neque c'ara suo percun ère flumina cursuPerpetuo possint xvi labentia tractu ;Nec prorsùm facere, utrestet minus ire 9 jmeando :Usque ad'eb passim patet ingens copia rébus,


LIVRE L ' ' $$Toujours te demandant ce que devient le trajc,Et ce terme, à tes vœux, sera toujours soustrait.Plus de fin , plus de but à ta course obstinéeOui, si, de l'Univers, la plaine était bornée,Tous les corps, parleurs poids, entraînés vers le fond,Y seraient descendus dans l'essor le plus prompt.Sous la voûte du ciel, rien n'eût vu la lumière;Lui-même eût, au soleil, dérobé sa carrière 5Ni Pun ni l'autre enfin n'aurait jamais été*Tout, vers un fond commun, en tas précipité,Eût languî ? sans ressort t dès Paurore dts âges.Mais, non, tout vit, se meut ; les élémens volages^S Y agitant sans. repos, dans les- champs infinis,Enfantent tous- les corps à jamais reproduits %Mobiles éternels dans Péternel espaçaIl n'est donc point de centre où, s'écôulant en masse %Ces germes productifs cemrent se déposer .ET qui m voit par-tout % sans^pouvoir:-s'abuser,Qu'un corps termine l'autre, et les airs les montagnes ALes montagnes les airs, tes ondes les campagnes,tes cajiipagrtes. les eaux pressant envain leurs bords tMaïs l'Univers* qu'a-t-il qui le borne au dèhor$?Un fleuve-ïtopétueuic,roulant dans l'étendue,lamais, en aucun temps, Paurait-ïl parcourue? 8Las d'un cours infitii, d f un élan sans repos,Lui xcswaie-il moins où promener ses flots !M ni


f « LWCBÊC %Fuûbus cxemptis , iu cunoas unttique pattesIPSâ moduta porrg sibi refum surnom parartNe possït, Natura tenec; quia corpus ioani,Ut quod inane autetn est j finiricorporc çogit;Ut sic akfiois inftoita.onitm reddas.Aut etiam., altenitrum nisi terminct alttrum eorumSiropliçç natura, et pateat taptàm immoderatum-;Nec mart^ nec tellus, pec cœli lucidatcinpia,Nec morale genws^ nec Divûni corpora sanc«tExigpum possônt horaï sistere terapus ;-Nam cjispulsa suo cje cœtu materiaïCopia ferretur magnum, pçr inane soluta-;Sive adeè pctiùs nunquam concreta creâsset*yilam rem, quoniain çogi dîsjecta aequis&et,NAM certè nequc consilio primordiarerpniOrdine se qi3eque t atque sagaci menfe locâtunt-:Nec quos quaçque darent motus pepigêre profecto ;Sed quia multimodis, multis, muta ta, per otnne,Ex infinito., vejantw- percita plagk,Orane genus,motûs, et-cœtgs «pperlupdo^Tandem deveniupt in taies dispositif a? 9Qualibus hacc rébus consistitsumcnaicrwuK-Et multos etiâm magnos- servataper aimosyUt semel in .motus conjecta-.çst-convenignfes^,Efficit 9 ut Jargis avidttm maie ftumipis unditIntègrent amnes., et SQU& terra vapore.-Fota novtt foetus. 5 suminiss^ue^gcns.^.fn^tûniv


L I ? È 1 t 87Lieu , mafière, en tout sens, tout est donc sans limites.ET comment, quel hasard, quel Diétilès eût construites?"La Nature y répugne, et le vide et le plein,L'un l'autre se bornant, ils le doivent sànS fin.Ah ! que l'un d'eu*, de l'autre étant le dernier terme,Dans le vide infini, le plein fîoî s'enferme;Penses-tu que la terre, et les mers, et les cîeuit,Et nous mêmes, et nous, et lesaïnt corps des Dieux,Une heure, un seul instant, poissions jouir de l'être?Non, non ; soudain dissoute et prompte à disparaître,Dans l'espace; en-tout sens, h matière se perd 9Ou plutôt ritn ne germe en ce champ trop ouvert^Tout y flotte à jamais, et rien ne s'y' rassemble.CAE tu necroîras point que, dc.ee vaste ensemble;Chaque élément, par ordre , empressé de -l'orner,Avec intelligence y ait pu se combiner.Tu sais trop qu'en leurs chocs, leurs moevemens volages,*Ayant tente cent fois mille et mille assemblages,Leur foule, de tout temps., agitée au hasard,S'est enfin disposée et.sans règle et sans artEn ces touts si divers dont résulte ce monde.Tu sais que, de ces chocs, l'impulsion féconde.S'étant d'abord"fixée en un court-régulier.Ces touts, nés dans le Temps, ont pu le défier5-Qu'ainsi, toujours vomis de leurs sources' profonde*,Lçs fleuves von% des mers y renouveler les ondes ;»•E-ir


•a L.y ç ft$ c JE,Floreat, et vivant labentes gtheris ignts, • •Quod nullo façerent pacto, nisi materiaï»Çf infipito, suboriri copia pesset,Undè amissa soient feparari in tempore quoqut %Nam veluti privata çibo natura apimantûmDifl3wt f amitteos. corpys ; sic ompia deben|Dissolu! j simul ac defecit suppeditarçJMateriçs çeçf â rç^ione av çrsa via'ûNEC plaga possent cxtrînsecùs undîquè surnmai^Conservare omnem., quxcunque est cdneiliata.Cudere enim crebrè possunt, partemque- morarf,Pum veniant alise, ac suppleri sumpia queatur fInterdum resiHre tamen çoguntur, et upàPrincipes rerum spatïum, tempusque fugaïLargiii^ ut possint à cœtu libéra ferrf.Quace etiam atque etiam suboriri rnulta nec^sse est*Et tamen ut plagae quoque possint seppetere ipsx %Ipftpiia opps est yi$ pndkpiç matériauIIXUD in bis rébus longé fuge credere, Memmf,lu mçdiwm summ» (quod dicunt) qmnia nitt,


L I V R E !Castre du jour échauffe et féconde nos champs;La |grre voit fleurir $$$ peuples renaissans ; •Dt$ feux errans du ciel la lumière est nourrie.Eh \ de tous ces grands corps, qui soutiendrait la vie,Si , des champs infinis , sans perte et sans déçovrs,Des germes ipfinis, volant à leur secours;,Ne vep#ent rétablir leurs forces épuisées?Oui, comme l'animal senties siennes usées,. Comme il meurt, par degrés, dénué d'aliroens,Tout va pçnr bientôt, si, de ses élémens,Le çourç répatateut se détourne et s'égare*DIEA-T-ON qu'à jamais le grand Tout se répare^. •Se maintient, contenu par les chocs du dehors ?Ils peuvent bien sans doute en affermir les bords,Et, de quelque partie à tant d'assauts offerte,Fixer l'essor volage, et retarder 1^ perte;Jusqu'à ce que , quelque autre y suppléant bientôt %La masse se çomplctte et reste sans défaut}Mais ces chocs, si souvent répercutés eux-mêmes tAux derniers élémens élancés des extrêmes,Ne laisseront-ils pas un cours trop libre eneçr?Il faut donc qu'à -finstant qu'ils ont pris leur essor,Des champs de l'infini d'autres viennent sans cesse}Qu'ainsi toujours leur foule et s'écarte et renaisse-Ces çipçs d'ailleurs, ces chocs se répétant toujours %D'atome s infinis attestent le concours^ET ne crois pas sur-tout ce que l'erreur avance %Que rout 4| vçrs m centre f nnç yivç tendance ig f


•LIVRE. I-fiQu^însî tout se soutient sans assauts dto.defcor»,Et qu'enfin, haut ou bas , rien n'échappe des bords.Qui peut penser que rien se soutienne en soi-même?Que tout corps. , sous oc* pas, par un pouvoir siipr eme fTende en contraire sens, gravitant à f çnvçcs %Cotnaienos speqtres vains dans le niiroi^des mersîC'est ainsi , disent-ils , que, marclpw sur la terre,Ses peuples, au dessous, qu'un même ciel enserre,Ne tombent jamais phis dans s^s gouffres profonds*Qu'ens^s voûtes d'azur not*s oe nous élançons;Que le four luit pour eux, quand, des feuxdjes étoiles^La nuit , à 90s regards , pare ses sombres voiles ;Qu'avec nous, t5ur à tour -, partageant les saisons,Joiys et nuits 9 longs ou courts, frimas, fleurs-etmoissons,.Pow WX 5 commç pour nous, circonscriventfàaoée^VAINS songes, garant une foule erronéeQui, dès le premier pas, prompte à se fourvoyer^A , die la venté , méconnu Je sentier |El peut-il être un centre où le-vide et l'espaceS'ouvrent à l'infini, $m* que rien Jes embrasse?' Et, dût-il m être un $ pourquoi, changeant leurscours*Les corps, plutôt qu'ailleurs, y tendraient-ils toujours $Le vide, au¥ mouvemens, au poids de la matière*Centre ou non, fermert-il, boraç-t-il la carrière?Est-il un point en lui,.que, prompts à s'y fixer,.Les corps, perdant-leurs-poids* Qepuissent traverser^Qui résiste à leur masse,,et, trompant-leur offlin>A lçur essor constant, oppose n»e clôture f


92 LUCRÈCE,Haud îgftur possunt, tali ratione , tenerîRcs in conciiio^ medii coppedine victx.PB^TEHEà quoque jam non omnia corpora fîpgunçIn médium niti ? scd terrarum, atque tiquorum,Humortm pontt, magnîsque è monobus nachis^Et quasi terreno quae-corpore contineantai-sAt contra, tenues arponunt aëris auras %Et ctlidos simul à medio differier ignés,Atque ideo totum drcttmtremere xthera signîs ,,Et solis flammam per cœli cxrala pasci-,Qoàd calor à medio fugiens ibicolligat igntswQuippè etiam vesci è terra mortalia sxclit:Nec prorsùm arboribus summos frundescere ramosFosse, nkf àterrispaulatim cuique cibatumTerça dtî ;• At suprà circùm tegere omnia cœluoijNe ^ volucrum rira fiammaium, motnîa-MundiDiffugiant subite f magnum pet inane soluta;-Et ne extera consioiili ratione sequantur :Neve ruant' cœli toniwaiia-templa supernè-,Terraque s© pedibtis raptim subducat, et omnetInter permistas teirae cœlique ruinas ,Corpora sol ventes, abeant per iaane profundura *Temporis ut puncto nihil exstet rellïquiarum,Deseitum prattr sparium et primoedia-exca.Nam quâcunque'priùs de parti corpora cesse-Constitues ^'tsxc rébus erit pars janua»lethr*.Hàc se tuiba foras dabit ornais, materiàï*


_ LIVRETout n*est donc pas lié, l'Univers n'est pas uorPar cet attrait vainqueur vers un centre commun.L93O contradiction ! à cette loi puissanteBien n'est soumis, dit-on, que Tonde jaillissanteQui 5 des monts, des coteaux* vient couler en des bords,Et la mer * et la terre, et tout terrestre corf)s :L'air si subtil , le feu , semés dans l'atmosphère,N'en sont point enchaînés, et peuvent s'y soustraire ; :Et si l'azur>des deux brille de feux tremblans,Si Phébus y nourrit les siens plus éclatans,C'est que, fuyant le centre, élancé vers ces voûtes,Le feu s'épand, y monte, et les inonde toutes.Ainsi tout vit des fruits élevés de ton sein,Terre, et tout arbre y puise un aliment certain,En feuillage, en rameaux déployé dans la nuel xLe Ciel, ajoutent-t-ils, circonscrit l'étendue :Car du monde écroulé, les immortels remparts.Libres de ceux du ciel, bientôt de toutes parts,Tels que des feux légers, se perdraient dans le vide ;Car tout les y suivrait, dans un essor rapide,Le temple des Cteux^même, en foudroyans éclats,Et la terre, en débris s'entr'ouvrant sous nos pas,Et nos corps déchirés de guerres intestines,Et soudain confondus dans ces vastes ruines.Oui, dit-on, du grand Tout, il ne resterait plusQue des déserts sans borne et des germes perdus ;Car, où que le ciel s'ouvre et cède à la matière,C'est par là qu'aus«-soc, s'écoulant toute entière,


.94 tl3t fcfcC É>ÎLEC si pertiosees, parvâ peffuttùtus opellâ*(Namque aiid ex allô cltrescet») noû tibi are**Kox iter eriptet f quin ultima natoraïPeffideas ; ita


LIVRE I. 9SElle va, dai$ la mort, entraîner F Univers.Si tu m'as entendu, si ma Muse* en ces vers,A pt| te dévoiler quelque clarté plus pure,Quelle nuit j à tes yeux, peut couvrir la Nature?.Stti$*Btoj donc dans ce gouffre* et crois* qu'à mon flambeau*De ce jour, faible encor f va naître un jour plus beau.


ARGUMENTUM,pROŒMtuM. De seminum. Seu atomorum affectlonibus* qui*rum prima est motus* Moveri atomos, ex rerum glherarioifedémonstratif moturrt verè hune esse deorsùm, omnia enim sejninasunt gtavia^ cùm autem concurrant semina solida, necesseesse quoqub vetsùm, à se invicem dissilirej atque ita qua>damalu$implicari.Quxarctiùsconjunguntur, res duras et densasconstituera » qux laxiùs » res molles et ratas. Quxdam au*tem nunquam coakscete , sed perpecuo moeû., per inane ,ferri, et alia corpora subindè percutere atque agitare. Ce*lçritas motus seminum deorsùm tendenrium. Cùm omnia corporadeorsùm tendant, semina, deorsùm quoque rendentia,i rectâtamen lineâ, paululùm declinare $ nisi enim déclina -f ent, nihil unquam> saltem nullum liberum agens oriretur.Eodem motu semina jam ferri quo abxterno fercbanmr, necquemquam huic opinioni diffidere debere» quia motus non vider,cùm ipsa semina percipi non possinr»Seconda seminum affectio est figura. Semina non esse ejusdemfigutx, quxdam veto rotunda, quxdam quadrata, Lrvia,aspera> hamata, Sec. Qux figurx amara, qux dulcb , quxdura j qux mollia corpora componunt. Hanc figurarum varietatemnon esse infiniram , infinita tamen ejusdem figura semina.ARGUMENT.


ARGUMENT,'IXORDE* Des qualités des àtcUbes, dont la première est !#Ihouvement. Ce mouvement est démontré par la générationdes êtres. 11 est de haut en bas, puisque les atomes sont descorps gïravês. En tanï qœ sdlides * lorsqu'ils vieiineht à seheurter, ils doivent rejaillir en tout sens, ce qui doit pro-*duire l'entrelacement de quelquts-unst Plus ou moins entrelacés, ils enfantent les corps durs et compactes, ou les corpstoous et rares* Il en est qui ne se rassemblent jamais, toujoursemportés daittle vide, y heurtant quelquefois et y agitant lescorps qu'ils rencontrent. Rapidité de leur chute. Quoique collede tous les corps soit perpendiculaire » les atomes s'écartentUn peu de cette ligne droite. Sans cet écart il n'en pourrait riennaître » nulle ame litre du moins n'en pouirrait être forméeiLeur mouvement est le même aujourd'hui qu'il a été de touteéternité, ce qu'on ne peut révoquer en doute, quoiqu'on mvoie pas ce mouvement, puisqu'on ne peut ku appereevoifeux-mêmes.La seconde qualité des atomes est leur aptitude à une cdnfi*guration quiconque. Ils n'ont pas tous la même j il en estdtronds, de carrés, de polis, de rudes, de crochus, &c. Quellefigure produit les corps amers » quelle les di>ux f quelle leJmous ou les durs , &c? Quoique, cette variété de,figures,dans les atomes » ne soit pas infinie, ceux de chaque figutfsont infinis.Tome L


T I T ILUCRETII CARI,DE'RE RU M NATURA.LÏBRI SECUNDIPARSPRIOILOUAVB , mari magno, turbantibos acquora ventï%E terra, magnum aiterius spectare laborem :Non quia vexari quemquam est jucunda voluptas fSed, quibusîpse malis careas 5 quiacerneresuave tst*Suave'etiam beïii certamina magna tueriFer campos ïnstracta 5 tua sine parte perïcll.Sed nil dulcius est, benè quàm munita tepereEdita doctrinâ sapientûm templa serenâ :Despicere undè queas alios, passimque videreErrare, atque viam palantes quxrere vit»,Certare iogenîo, contendere nobilitate 5Noctes atque dies nid prxstante labore,AcUummas emergere opes rerumque potki


LUCRÈCE,DELA NATURE DES CHOSES.LIVRESECOND,• PREMIÈREPARTIE.1L est doux , dans le port, quandles mers courroucées,Moulent, au choc des vents, leurs ondes entassées ,De voir les Matelots pressés par ces combats;Non que leur trouble affreux puisse avoir des appas,Mais qu'on sent la douceur d'être libre d'alarmes !11 est doux d'admirer deux grands Peuples en armes, -Déployant, à l'envi, les jeux cruels de Mars,Dont on ne peut, de. loin, partager les hasards :Mais, ô seul vrai bonheur, seul repos sans orages,De jouir d'un jour pur dans le temple des Sages,Ce temple inébranlable où luit la vérité;De contempler, en paix, du sein de sa clarté,Les Mortels, égarés dans les champs de la vie,Y cherchant leur carrière au flambeaude l'Envie,Du génie et du sang se disputant les droits,S'épuisant nuit et jour en pénibles exploits,Gij


IOO • LUCRÊC EyO miseras lipminum mentes ! ô pectora cseca !Qualibus in tenebris vitae f quantisqpe periclisDegitur hoc sévi, quodcunque est ! Nonne vldercNil aliud sibi Naturam latrare, nisi ut, cùmCorpore Sejùnctus dolor absit, mente fruaturJucundo sensu , cura semota metuque?EEGô corpoream ad naturam pauca vldemusEsse opus omnino, qux demant cunque dolorem 7Delicias quoque uti multas substernere possintj *Gratius interdùm neque Natura ipsa requirit.Si non aurea sunt juvenum sïmulacra per aedesLampadas igniferas manibus retinentia dextris,Lumina nocturnis epulis ut suppeditentur ;Neç domus argento fulget, auroque renidet; .Nec citharis reboant laqueata aurataque.templa :Attamen inter se prostrati, in gramine molli,Propter aquae rivum , sub ramis arboris altse ,Non magnis opibus f jucundè corpora curant:Prxsertïm cùm tempestas arridet 5 et annlTempQra conspergunt viridantes floribus herbas;Nec calidx citiùs decedunt corpore febres,Textilibu? si in picturis f ostroque rabentiJactaris, quàmsi plebeiâ in veste cubaadum est..


LIVRE II loi 'Pour combler leurs trésors, ou s'arracher l'Empire ! • *O triste aveuglement ! ô misère ! ô délire IEn quels travaux obscurs, en quels soios dangereux,Consumons-nous des jours, hélas ! si peu nombreux !Insensés, est-ce-là le vœu de la Nature?Dans un corps sans douleur, une ame libre et pure ,Nul souci-, nul remords, nulle vaine terreur.Sentiment du plaisir y voilà tout son bonheur...EH ! qu'avec peu d'apprêts, du couchant à l'aurore*On jouit de ces biens et de plus chers encore,Dignes seuls en effet de combler nos désirs !Vous qui coulez vos jours en de si doux loisirs,Hôtes heureux des champs, si nos arts magnifiques,L*or, l'argent n'ornent point YOè cabanes rustiques,Si des Bergers en or, dans leurs superbes mains %La nuit, pour éclairer vos jeux et vos festins %Ne soutiennent jamais des lampes éclatantes,Ci la lyre et le luth, sous leurs voûtes brillantes,N'y font point retentir des sons harmonieux;Rassemblés sous un chêne, en vos banquets joyeux ySur les tendres gazons, au bord d^une onde pure,Goûtez-vous ipoîns gaîment les-dons de la NatureyEt prodigués sans faste, et recueillis sans frais;Sur-tout quand, de vos prés, ranimant les attraits.Le doux Printemps, de Flore y verse la corbeille rEt qu'aux bords du matin l'Aurore plus vermeilk; ~ •Rit d'un éclat plus.pur à votre œil enchanté lAH ! quand mon.sangbouilionne en son cours indompté»G iii


io*LUCRÈCE,QuAPROFTEft) quoniam nil nostroîn corporc gazaeProficîunt, neque nobllitas 5 neque gloria regnï ;Quod supcrest, anîmo quoque nil prodesse putandum:SI non, forte tuas leglones per loca campïFervere cùm vldeas, belli simulacra dentés;Fervere cùm vldeas classem , latèque vagari;HIs tlbl tùm rébus tlmefactx KelllglonesEffuglunt anîmo pavldx^ moitisque timorésTùm vacuum pcctus linquunt curâque solutuou"QUOD Sî rldîcola bxc, ludibrîaque esse vldemus,Beveràque metus homlnum, curxque tëquaces,Nec metuuntsonitusarmorum, nec feratela;Audacterque inter RegeS, rerumque potentesVersantur; neque fulgorecn reverentur ab auro,Nec ctarum vestis splendorem purpureaï:Qutd dubltas, quln omne sît hoc ratlonls egestas,Oxnnis cùm In tenebris prsesertim vita laboret?NAM velutl puer trépidant, atque omnîa catcîsIn tenebris metuunt : sic nos In lede ttmemusIntçrdùm 5 nihilo quae sunt metuenda magls, quàmQux puerl in tenebris pavltant a finguntquc fatuca»


L I V 1 E I I.'Que m*Importe, en effet, qu'en ma sombre torture,Je roule mes ennuis sous la pourpre ou la bure ?L'une ou l'autre, à mon cœur palpitant, déchiré ?Bendra-t-elle plusjcât'bn repos désiré?Fortune, et si tes dons , si la grandeur suprême^.Le nom de mes aïeux, l'éclat du diadème,Ne peuvent, dans mon corps, ramener la santé,Rassureront-ils mieux mon esprit agité?TES braves légions couvrent au loin la terre tDéployant, à tes yeux, l'image de la guerre,Tes pavillons flottans cachent l'azur des mers;En es-tu moin^ en proie à des soucis amers,Aux terreurs de la mort en ton sein renaissantes,Aux superstitions encor plus déchirantes ?tojQUE peuvent donc sur nous, sur nos secretstourmens,Ces jouets enfantins, ces vains amusemens ?Nos chagrins., nos désirs, nos regrets, nos alarmes,Craignent-ils ou le bruit, ou la splendeur des armes,Eux qui, sur tous les cœurs, ont étendu leurs droits ,Et, sous la pourpre et l'or,-vont assiéger les Rois?Ah i dans les maux cruels dont l'essaim nous dévore ,Quelque secours, contre eux, que la- faiblesse implore,Qu'est-il donc que l'effort d'un esprit ulcéré ,.Dans la nuit de l'erreur toujours plus égaré ?COMTIMPLE cet enfant,de fantômes funèbres,De sombres visions frappé dans les ténèbres-:Tel est fhomme à tout âge, au sein du plus beau jourQuels monstres-efficayans l'assiègent tour autour,G iv


104 • iWGRÈCEHune Igituf terrorem aoimi, tenebrasque aecçssç §S|Non radii solis, oeque lucida tela dlel ... .PisciKiapt, $.e4 Naturaç spççies catioque*NUNC age f quo mom gertftatia materîaïCorpora jres varias gignant^ genitasque résolvant^Et quâ vl facere id cogantur, quaeve sic ollis-Reddita mobilitas magnum perlnanemeandijExpedlam ; tu te dictis- prxbere memenio^NAM certè oan kiter se stipata cohaeretMateries ; quoniam mfnui rem quamque videmup^Et quasi longinquo fiuere omnia cernimus aevo >(Ex oculisqee vetustatem subducere nostris;Com tamen incolumis vfdeatur somma manere;Propterea quia, qu» decedunt corpora çunque,Undeabeunt, minuunt:.quovenêre 5 augmine donaiif}111a senescere 5 at haec contra florescere cogunt;,Nec remorantur ibi : sic rerum summa novatuc5emper 5 et inter se mortales mutua vivunt :Augescunt alise gentes, alise mhiuuntur}laque brevi spatio. mutantur saecla animantum^Et y quasi çuçsorçs, vitaï, lampad^ tradunt.Si ççssarçowtsis «nroppmojdfopQSW*


LIVRE IL ïOJMoins à cratnd^fe sans doute à son ame aveuglée, '' " *Que ces spectres menteurs doot l'enfance-est troublée !Mais % quel sera son phare, en cette obsp urité ?Pe l'astre des saisons l'imposante clarté ?Non y la Nature mêpe et ses pompeux ouvrageiA l'œil de la raison dévoilés sanç nuages*SUIS«MOI donc sur sts pay. Yols par quels mouvementLes corps générateurs, principes, élémens,Ayant tout enfanté, vont enfin tout dissoudre ;Par quelle impulsion cette insensible popdrç 3En quel trouble constant, en quels rapides jets tDans le vide infini, produit ces grapds effets.NON 5 tout n'est point en mase 5 en solide assemblage;Fuisqu'enfin tout décroît, tout s'écoule avec l'âge fTout s'éteint , s'engloutit dans l'abîme des temps.Le gr?nd Tout est le mêmç en ces flots,inçonstaos*De ce qu'il perd ici, dissous par la vieillesse,11 s'agrandit ailleurs f éclatant de jeunesse.Riche et pauvre à h fois, Jeune et vieux tour à tour,Tout y naît l'un de l'autre, et s'y prête le jour.La foule renaissante et sans cesse engloutie fS'y transmet, en passant, le flambeaude la vie*Ainsi qu'aux jeux sacrés d'intrépides coyrçurs*GAKDJMOï de souscrire à de vaines etxeut%


xo€ LUCRÈC E f ,CcssandoqueJidYos rcram proglgâere motus;Êïïïim à verâ longé ratione vagaris.Mam f qttooiam pcr inane vaganturcuncta^ necesseestAot graYitate sua feori primordia rerum^Aot ictu forte altenus : nam , cita supernè^Obvia çùm fiixêre , fit 9 ut diversa repenteDîssiliant : neque enim mirum, durissima quac sînt,Ponderibiis soildis, ne%ue quidquam àtergis obstecEx qnh jactari magls omnïa materïaïCorpora pervïdeas, reminiscere Totius imumNil esse in somma; neque babere ubi corpora primaConsistant; quoniam spatïum sine fine modoque estjImmensumqoe patere in cunctas undique partes,Pluribus ostendi, et certâ ratïone probatum est.QUOD quoniam constat; nimiram nulla quies estReddita corporibos primis per inane profundum jSed magïs assidoo, varîoque exercita motu,Partim intervallis magnis conflïcta résultant ;Pars etiam brevibus spatiis nexantur ab ictu*Et qœmmque magis condenso conciliantExiguis intervallis connexa, résultant,Êndopédita suis perpfexis ipsa fîgurîs;Hxc validas saxi radiées, et fera ferrïCorpora constituunt 5 et cxtera de génère borumPaucula ; Quxporro magnum per inane vagantur 9Et cita dissiliunt longé, iongèque recursantIn magnis-intervallis ; haee aëra raramSuffîciunt nobis, et splendida iumina WUK


LIVRE II miLes premiers corps 5 dit-on, dansunrepostranqtrille,N'en sont pas moins, de tout, le plus constant 1 mobile 1Mais, quoi? si, dans le vide, ils s'épandent sans loix, •Doivent-ils pas toujours ou tomber par leur poids,"Ou, par leurs chocs entre eux, s'écarter de kur voie ?Oui, sans cesse entraînés sans qu'aucun se fourvoie,Durs, solides, pesans, n'ayant rien, dans leur court,Qui puisse derrière eux retarder leurs retours,A leur moindre rencontre, il faudra qu'ils jaillissentVEUX-TU mieux t'assurer combien ils rebondissent,Songe que le grand Tout, et sans rive et sans fond,N'a nul point où borner leur essor vagabond ;Qu'il leur ouvre, en tout sens, une étendue immense fCe que, par tant de vers, je t'ai prouvé d'avance.POUR eux, dans cet abîme, il n'est donc nul repos ,Et, toujours emportés, en essor, en sursauts,Les uns volent au loin, flottans dans l'étendue;Des autres, à leur choc, la foule est confondue,*Et moins vifs, moins saillans, l'un par l'autre pressés fBientôt, par leur figure, ils restent enlacés.Ceux-ci forment le fer, ministre de la guerre,Lts rochers sourcilleux, ossemens de la terre ,• Et tout ce qui surcharge ou son front ou ses flancs :Ceux-là, dans leurs transports, dans leurs fougueux élans,Vont enfanter, loin d'elle, au bout de leur carrière,Les flotslégers de l'air, ou ceux de la lumière*


i«8 LUCRÈCE,;MULTAQUE pœterea magnum per ïnane vagantof >Conclliis rcrum'quae sunt rejecta 5 nec usquamConsociare etiam motus potuêre recepta :Cujus^uti memoro, rei simulacrum et imagoAnte oculos semper nobis versatur et instat.Contemplatox enim, cùm solis lumina conqueInsertion fondant radios per opaca domorum;*Multa minuta 5 modis multis 5 per inane^ vidcbisCorpora misceri, radïorum lumkie in ipso;Et velut aeterno certamine prxlia, pugnasqueEdere turmatim certantla; nec dare pausam^Concïliis et discidiis exercita crebris :Conjicére ut possis ex hoc, primordia rerumQuaïe sit in magno jactarï semper in?wuDuntazat rerum magnarum parva potest resExemplare dare et vestigia notitiai.Hoc etiam magïs haec anîmum te advertere par estCorpora, qux in solis radiîs turbare videntur :.Quod taies turbae motus quoque materiàï'Significant clandestinos, caecosque subesse.Multa videbis enim pfagi's ibi percita caecisCommutare YÎam, retrôque repuisa 5 revertï'Nunc hùc 5 nunc iHùc, in cunctas dienique partes;Sciliçet hic à princîpiis est omnibus error.PJUMA moventur enim per se primordia rerum jInde ea qgae- parvo, sunt corpora conciliatu,.Et quasi proxima sunt ad Ykes principiorum *


t I VI E IL . .. • à «gMAIS qu*il en est encor dans le vide emportée r %Et de tout assemblage à jamais rejetés, .Et qui, dans aucun d'eux n'ayant pu se confondre fSeuls, à nui mouvement, n'ont jamais su répondre*Le tablea§ de leur trouble est toujours sous tes yeux*Vois-tu jgquand, du soleil , quelque trait radieuxPénètre en tes foyers, par quelque étroit passage ,Vois-tu, dans ce trait même, en ondoyant nuage,Ces flots poudreux, subtils, que nul frein ne retient? •Quels combats ! quels assauts! on se mêle, on revient?Tout s'arme contre touf, s'assemble, se sépare ;Haine, amitié, concert, ou discorde bizarre,Eternels mouvemens, l'un par l'autre détruits, •Chocs toujours repoussés, et toujours reproduits^Ainsi les premiers corps s'agitent dans l'espace;Ainsi, d'un effet simple et que notr&œil embrasse,L'esprit souvent s'éclaire, et remonte aux plus grands»CROîS sur-tout que ces chocs, ce concours, ces élansD'un fluide agité dans un trait de lumière,Doivent de leur effort l'impulsion premièreAux chocs secrets, mais sûrs, des atomes actifs.Eux seuls, cachés à l'œil, par des coups toujours vife ,Troublent ces flots émus, les poussent, les retiennent,En avant, en arrière, en tout sens, les promènent,Les balancent sans cesse, entraînés avec eux.Oui, se mouvant d'enx-même, en flots tumultueux*Leur choc atteint d'abord le plus faible assemblage,Fresque aussi subtil qu'eux, ççlui-ci le propage


tioLUCRECE,Icribus illorum cxcis impulsa cientur;Ipsaque, quae porro paulo majora, lacessunt.Sic à principes ascendit motus, et exitPaulatim nostros ad sensus, ut moveanturIUa quoque, in solis qux lumine cernçre quii^is ;Nec , quibes id faciant plagis, apparet apert^NUNC, qux mobïlltas sit reddita materiaïCorporibus, paucis licet hinc cognoscere» MemmLPrimùm, Aurora novo cùm spargit lumine terras,Et varix volucres nemora avia pervolitantes,Aëra per tenerum iiquidis loca vocibus opplent :Quàm subito soleat sol ortus tempore taliConvestire suâ perfundens omnia lufce,Omnibus in promptu, manifestumque esse viderons.At vapor i$ 5 quem soi ifeittit lumenque serenum 9Non per inane-meat vacuum; quo tardiùs ireCogitur j aërias quasi cùm diverberet undas :Mec singillatim corpuscuia quaeque vaporis fSed complexa meant inter se, conque giobata*Quapropter simui inter se retrahuntur; et extraOfficiuntur, uti cogantur tardiùs ire.At 7 quae sunt solidâ primordia simplicïtate^Cùm per inane meant vacuum 9 nec res remoraturUllaforis, atque ipsa suis è partibus unum,Unum in quem cœpêre iocum connixaferuntur;Dcbcôt ûimfeùm praecellere mobilitace,Etmulto cittùs terri, quàm tumina solis;Multiplicisque loci spatium transcurrere codent


il Vil ILtit.De moins faible en moins faible : ainsi le motivctoientDonné ^ reçu, transmis, s'élève lentementJusqu'au terme où , dans Fair, notre otil le suit sanspeke ,Notre œil, qui n'en peut voir h cause aussi certaine,'MAIS qui peindra leur fougue et leur mobilité?Quand l'aurore s'épanche en torrens de clarté,Quand l'oiseau, se jouant sous de rians feuillages,De ses chants les plus doux attendrit les bocages,Bientôt je vois Phébus, d'un jour plus radieux»Investir et les mers, et la terre, et les deux.Quelle rapidité dans ces flotsde lumière !S'ouvrent-ils, dans le vide, une libre carrière?Non, tout leur fait obstacle. Il fout, de toutes parts^Qu'ils franchissent, de Fair, les ondoyans remparts*Combien, par cet effort, leur course est retardée !Et, souvent repoussés dans leur aire inondée ,Jamais seuls, mais serrés, confondus t et noueux,Quel frein, à leur essor, en eux-même et hors d'eux!Combien donc, plus subtils, d'un élan plus rapide,' Nagent les premiers corps, jailiissans dans le vide !Qu'ils en doivent plus tôt franchir^immensité !Les premiers corps, si durs en leur simplicité,Tendant, de tous leurs points, sans que rien les enchaîne,Où leur penchant les guide, où leur poids tesentraîne!Car serait-ce à dessein qu'ils retiendraient leurs pas ?Fourraient-ils suivre un plan qu'ils ne connaissent pas ? *


li» • - LUCRÈCE,Tempore * quo soHs pervolgant fulgura cœlum iNam neque consîlio debent tardata morari ,Nec -pecscratari -primordia sïnguiâ quaèque *Ût¥idcant f quâ quidque gecatur cum rationé*AT quidam contra fasec,Ignari, materïaïNaturam non posse, Deûm sioe numine 9 rentufTantoperè humanls rationibus, ac moderatis,Tempéra mutare ânnorum, frugésque creare :Nec jam caetera, momies quae suadet adire,Ipsaque deducit dux viœ dla Voluptas fUt res pet Veneris blanditim saecia propagent*Ne genus occidat humânum, quorum omnîa causaConstituîsse Deos fingunt î sed In omnibu* rébusMagnoperè à verâ lapsi ratldne Yidentur*Nam, quâmvîs rerum ignorem primordia quae sint;Hoc iamen ex ipsis cœli rationibus ausîmGonfirtnare, aiiisque ex rébus reddere muttfe»Nequaquam nobis divinitùs esse creatamNaturam mundl, quae tanta est pnedita culpâ:QVM tibi posteriùs, Mèrami, faciemus aperta*NUNC îd f 'quod s'upérestdemotibm,etpëdIemu&-Nunc locus est, ut opinor, in bis illud quoque rébusConfirmare tibi , nullaih rem posse sua viCorpoream sursùm fera, su^sùmque meare.Ne tibi dent in eo-Iammarum corpora fraudem 5Sursùs cnim YOISùS gigauutur, et augmina sumuot ;Auraient-Ii


I IVRE IL 113Auraient-ils pénétré les ressorts et les causes •Par qui leurs jeux divers enfantent toutes choses?MAIS on s'écrie, on dit ; Dus aux plus tendres soins,Ces ressorts , toujours sûrs, jouant pour nos besoins »De fertiles moissons lfeteure couronnée,Les saisons, tour à tour, se partageant l'année»Cet attrait au ptaisir par qui seul l'UniversSe transmet, d'âge en âge, à cent peuples divers»La volupté, l'espoir, le soutien de la vie,De la destruction triomphante ennemie,Tout annonce des Dieux, auteurs de tant de biens ;Et que peut ta matière, et quels sont ses moyensPour s'élever jamais à des effets si sages ?Aveugle ! ouvre les yeux. Ah ! quand d'épais nuagesAuraient pu nous cacher les premiers élémens,Leur nature, leur cours, leurs féconds mouvemeûsjDe la terre et des cieux le bizarre édifice,Dont les frappais défauts démentent l'artifice,Attesterait-il moins qu'il n'est point né des Dieux?Mais c'est ce qu'autre part je te prouverai mieux.SUIVONS les mouvemens. Quelque champ qu'il embrasse.Nul corps, par son pouvoir, ne monte dans l'espace.Exceptez-en, dis-tu, la flamme, en son essorS'élevant toujours plus, s'agrandissant encor.La flamme ! Et ! l'arbre altier va braver le tonnerre.Quoique tout poids descende, entraîné vers la terre»Tome J.H


ii4LUCRÈCE,Et sursùm nïtidx Gruges 5 arbustaque crescunt.Pondéra, quantum in se est 5 cùm deorsùm cuncta ferantur*Nec cùm subsiliunt ignés ad tecta domorum,Et céleri flammâ dégustant tigna, trabesque fSponte sua facere id s sine vi subigente, putandum est :Quod genus, è nostro cùm missus corpore sanguisEmicat exsultans altè, spargitque cruorem.Nonne vides etiam, quanta vi tigna trabesqueR-espuat humor aqux ? Nam quàm magT mersimus altuinDirecta, et magnâ vi multi pressimus aegrè,Tam cupide sursùm revomit magis, atque remittit,Plus ut parte foras emergant, exsiliantque.Nec tamen haec, quantum est in se, dubitamus, opinor,Quin vacuum per inane deorsùm cuncta ferantur.Sic igitur debent flammae quoque posse per aurasAëris expressx sursùm succedere ; quanquamPondéra5 quantum in se est, deorsùm deducerepugEent«Nocturnasque faces caelï sublime volantes.Nonne vides iongos flammarum ducere tractus •In quascunque dédit partes Natura meatum?Non cadere in terram steilas, « sidéra cernis?Sol etiam summo de vertice dissupat omrifesArdorem in partes, et lumine conscrit arva :In terras igitur quoque solis vergitur ardor,Transversosque volare per imbres fulmina cernîs :Nunc hinc, nunc illinc abrupti nubibus ignésCoocursant ; cadit in terras vis" flammea volg5 f


LIVRE IL • ïiyLes épis ondoyans s'élèvent sur son front» "Quand tu vois donc le feu, de son foyer profond ,Déployer, jusqu'aux toits, sts langues menaçantes,Loin de ne voir qu'en lui dts forces si puissantes,Crois plutôt, crois qu'il cède à quelque effort vainqueur;Ainsi ton sang fougueuse, repoussé de ton cœur,En jet de pourpre, au loin, s'élance de ta veine*As-tu vu quelquefois quelle force soudaineVomit, du sein des eaux, ces pieux qui, sans efforts,Descendraient dans le vide, ainsi que tous les corps?Dans les flots bouillonnans, on les pousse, on les presse;Triomphant de tout art, ils remontent sans cesse,Jaillissans d'autant plus qu'on lésa plus chargés,Et surnageant enfin moins d'à moitié plongés» 'Ainsi, malgré son poids qui l'eût précipitée,Jusqu'au faîte des airs, la flamme est emportée»VOIS»TU les champs du ciel sillonnés par ces feux,Qui déchirent, des nuits , le voile ténébreux,Par-tdut où la Nature a marqué leur carrière;Ces astres qui, de Pair, franchissant la barrière,Vagabonds dans son sein, s'avancent près de nous?Et ces feux si brillans, et ces astres si doux,Et la lumière même, en tout sens épandue,Du soleil quil'épanche à grands flots descendue,Et la foudre roulante en des monts de vapeursOuverts, de tous côtés, par ses traits destructeurs,Tout tombe enfin» tout cède à la loi de tout grave;Et ces globes ardens qu'en vain la terre brave,Rendus à leur seul poids, la frappent tôt ou tard.Hij


sitfLUCRÈCE,ÏLLVD m his quoque te rébus cognoscer*Corpora cùm deorsùm rectum per inaoe fePonderibus proprïis, incerto tempore ferm


LIVRE IL ti TAPPREHD$ sur-tout, apprends que, par un faible écart,Quoique droit, parleur masse, ils descendent sans doute;Lts premiers élémens abandonnent leur route,Sans qu'on sache en quel temps, en quelle région :Détour si peu marqué, qu'à peine a-t-iiun nom,Mais .sans qui cependant, toujours précipitée,D'aucun coup, d'aucun choc, en son chemin, heurtée fComme les flots du ciel en gouttes distillés,Leur foule, sans concours, sans jeux renouvelés ,N'eût rien pu combiner, et la Nature à naîtreN'eût jamais, au grand Tout, ouvert les champs de l'être»MAïS, quoi? "sans cet écart, par leur poids différent,;Précipités d'un cours ou plus vif ou plus lent,Par leurs chocs, leurs sursauts, n'ont-ib pu, dans leur lice,Créer, des mouvemens, la force productrice ?Quelle erreur f Dans les eaux, dans l'océan de l'aîr,Selonqu f un corps pénètre, ou plus ou moins léger,En plus ou moins de temps, il parcourt même espace,Triomphe, plus ou moins, du milieu qui l'emëtasse»Lui-même résistant selon sa densité :Mais dans le vide enfin peut-il être arrêté?Et .qu'importe son poids où rien ne le balance?9 Dans ces champs infinis, reçus, sans résistance,Les premiers corps en masse, et quel que fût leur poufr,Seraient donc, en tout temps, tombés tous à la fois, 'Sans assauts, sans combats, sans détourner leur course.Lourds ou légers, n'importe, et, mourant dans sa source,La Nature jamais n'aurait rien enfanté»H iî|


xxS LUCRE C E,Qui varient motus, per quos Natura genat rcfcQUAEB etiam atque etiam paulùm clinare necesseCorpôra 5 nec plus quàm minimum, ne fîogeremotObliquos videamur , et id res vera refutet.Namque hoc in promptu, manifestumque esse vidaFondera 5 quantum in se est, non jposse obliqua meEx supero cùm précipitant ; quod cernere possis ;Sed nihil omnino rectâ regione viaïDeclînare^ quis est) qui possit cernere, ststtDENIQUE si semper motus conneetîtur omnîs %Et vetere exoritur semper novus ordîne certo;Nec declinando faciunt primordia motûsPrîncipîum quoddam, quod fati fcédera rampât fEx ïnfinito ne càusam causa sequatur :Libéra per terras undè hxc animantibus extat,Undè est haec , inquam, fatis avolsa voluntas ,Per qnam progrcdimur quo ducit quemque volupDedinamus item motus, oec temporc certo 9Nec regione loci certâ, sed ubi ipsa tulit mens.Nam dubîo procul, his rébus sua cuiqucvoluntaPrîncipîum dat; et hinc motus per membra rigantNonne vides etiam , patefaçtis tempore punctoCârceribus, non posse tamen prorempere equor¥im cupidam tam de subito» quam mens avet ifOmnis enîm totum per corpus materiaïCopia conquiri débet, concita per artusOnmcs, ut studium mentis connexa sequatjtf :


LIVRE IL ïifCEOYOIç donc cet écart sur sa nécessité,Mais léger, presque nul, de peur qu'on se figureQue , sans preuve, et sans droit, je démens la Nature,Lui prêtant, par besoin, d'obliques mouvementL'œil seul la justifie. 11 voit , à tous momens,Que tout grave tombant,' sans pouvoir s*en défendre,Par la plus droite wok, est forcé de descendre»Mais peut-il s'assurer que, détournant ses pas,D'un point indivisible il n'en décline pas iSi toujours, en effet, les mouven^ens s'enchaînent,Se propagent, par ordre, et, par degrés, s'entraînent,Et si les premiers corps, de leur ligne écartés,N'en commencent quelqu'un par qui soient arrêtésEt ce cours des destins, et ces causes suivies-,D'où naît la volonté, l'arbitre de nos vies fQui, sans loi qu'elle-même et soustraite au destin.Nous conduit au plaisir, son principe et sa fin ?En tout temps, en tous lieux, et quoi qu'on se propose,Nos libres mouvemens n'ont jamais d'autre cause,. A l'instant reproduite en nos membres divers..Vois-tu, quand la cacrière, en des champs découverts,S'ouvre à de fiers coursiers brûlans dé s'y répandre jLes vois-tu, frémissans de n'y pouvoir descendreSi-tôt que, parleur fougue, ils y sont entraînésl11 faut qu'en eux encore errans, disséminés,En un centre commun les.élémens s'entassent,Four répondre à l'auteur de i'ame qu'ils embrassentH m


noLUCRÈCE,Ut videas îoitum motus à corde creari,Ex animique voluntate id procedere primùm :Inde dad porrè pcr totum corpus et artus.NEC simile estant cùm'impulsi procedimus ictu,Virîbus alterius magnis f magnoque coactu :Nam tùm materiam totîus corporis omnemPerspicuum est, nobis invitis 5 ire rapique,Donicùm eam refraenavit per membra voluntas.Jamne vides igitur, quanquam vis citera multosPellit , et invitos cogït procedere sxpe,Prxcipitesque rapit, tamen esse in pectore nostmQuiddam, quod contra pugnare^ obstarequc possit :Cujus ad arbitrium quoque copia materiaïCogitur interdùm flecti per membra, perartus,Et projecta refrsenatur, retroque residit ?QUARE in seminibus quoque idem fâteare ntcesse tEsse aliam prêter plagas, et pondéra, causamMotibus, undè hacc est nobis innata potestas ;De nihilo-quoniam fieri nil possc videmus.Pondus enim prohibet ne plagis omnia fiant fExternâ quasi vî; sed ne mens ipsa necessumIntestinum habeat cunctis in rébus agendisEt devicta quasi cogatur ferre, patique :ld facitexiguum CLINAMEN principiorum,Nec regione loci certâ j nec tempore certo*NEC stipata magis fuit unquam materiaï


LIVRE IL- % 121C'est donc du cœur, ami, que toute impulsion,Tout mouvement reçoit sa première action : 'C'est , de la volonté, que tous deux doivent naître,Et qu'enfin leur essor se transmet à tout l'être.Oui, tu peux t'en convaincre. Et qui n'en peut juger,Pressé par quelque effort, quelque choc étranger ?Qui ne sent point qu'en lui, malgré soi dominée,Des élémens, alors, la masse est entraînée.Jusqu'au moment précis où, pat la volonté,De cette impulsion, le cours est arrêté ?Tu vois donc, quelque choc qui te pousse et t f élance,Qu'en toi-même, en ton cœur, il est une puissance,Un ressort agissant qui peut te retenir,Et, prompt à se répandre et prompt à revenir,Hâter ou retarder le cours de la matière;Qu'il est des mouveroens une cause première ,Outre le choc, le poids, d'où naît la volonté,S'il est vrai que, de.rien, rien ne soit enfanté.Oui, de la pesanteur aisément on infèreQue rien ne naît du choc comme cause étrangère;Mais si notre ame en soi, dans son activité, •N'a rien qui soit passif,- qui soit nécessité,A qui le devons-nous et la brute et les hommes,Qu'à ce léger écart, ce détour des atomes fEo des temps, en des lieux jamais déterminés ? •AINSI qu'en étendue , en densité bornés,


'ta*LUCRÈCE;Copia,- nec porro majoribus intervallïs, *Nam neque adaugescit quidquam , neque cQuapropter, quo nunc in motu principioCorpora suht, in eodem anteactâ xtate fuEt posthac semper simili ratione ferentur:-Et qux consu&runt gïgni , gïgnentur eâdeConditione; et erunt, et crescent, inque iQuantum cuique datum est per foedera NaNec rerum summam commutare ulla poteNam neque que possit çenus ullum mateiEffugereex Omni, quidquam est, neque nUndecoorta queat nova vis irrumpere, eNaturam rerum routare, et vertere motus,ILLUD în his rébus non est mirabile : qu.Omnia cùm rerum prïmordia sïnt in moriiSumma tamen summâ videatur stare quietPrxterquam si quid proprio dat corpore nOmnïs enim longé nostris ab sensibus infriPrimorum natura jacet : quapropter , ubiCernere jam nequeas f motus quoque surptPrxsertim cùm, qux possimus cernere> aSxpe tamen motus-, spatio diducta loconNam sxpe in colli tondentes pabula laetaLanigerx reptant pecudes, quo quamqueInvitant berbx gemmantes rore recenti':Et satiati agni ludunt, blandèque conïsca^Omnia qux nobis iongè confusa videntuEt veluti m vîndî candor consîstere colli,Prxterca magnae legiones^ùm ioca cursn


LIVRÏ II. MjLes premiers éiémens se ressemblent sans cesse ,Sans qu'aucun en périsse , aucun jamais s'accroisse.Lts mêmes en tout temps, leurs mouvemens, leurs cours,Sont ce qu'ils ont été, ce qu'ils seront toujours*' D'eux à jamais naîtra ce qu'on en vit éclore ,Et , selon mêmes lois, s'agrandissaot encore,Fidèle à sa nature, en remplira les vocus.Nulle force, au grand Tout, nul choc n'est dangereuxEt d'où peut, hors de lui, s'échapper la matière?D'où pourrait s'y glisser une masse étrangère,Dont l'assaut tout-à-coup, troublant les mouvemens,Pût livrer la Nature à de grands changemens?MAIS si, des éiémens, la foule -est si mobile,D'où vient que le grand Tout semble calme et tranquille^Hormis en quelque corps, par soi-même , en élan?Ah ! si cette poussière, en ce vaste océan, •À notre œil si subtil est toujours invisible,Combien son mouvement est-il donc moins sensibleA notre œil qui, malgré ses efforts curieux,Ne peut le suivre même en ce qu'il voit le mieux?Sur un riant coteau, tes brebis égarées,Tantôt se rapprochant, et tantôt séparées,Moissonnent, à leur gré, les prés, les bords fleurisOù la naissante Aurore a versé ses rubis.Tes agneaux bondissans près de leurs tendres mèresS'excitent, l'un par l'autre, à d'innocentes guerres.Mais peux-tu, d'un lointain, suivre, leurs pas erransïDistingues-tu ces jeux, ces combats si charmans? -


1*4 tUCRÊCF,CampofEm eomplent, belii sîmulacra ciettte?»Et drcumvolitant équités, mediosque repenteTramittont vaiido quatientes ïmpete campos;Fulgur ibi.ad cœlum se tollit, totaque dicùntJïre rcntdescit tellus, subterque virûm vi "Exciter pedibus sonitus^ clamoreque montesIcti rcjectant voces ad sidéra tnuodi :Et tamen est quidam locus altis montibus* undiStare videtor, et in campis consistere fulgur»*N0NC 5 âge; jam deînceps cunctaram exordsQualia sint 5 et quàm longe distantia formis 9Percipe, multigenis quàm sint varîata figuris ;Non quod multa, parùm simili sint prxdita fcSed quia non volgô paria omnibus omnia couNec mirum : nam cùm sit eorum copia tanta 9Ut neque finis, uti docui, neque summa sit tDebent nimiram non omnibus omnia prorsùirEsse pari filo, similique affecta figura.PEJETEEEA genus humanum, mutatque naSquammigerûm pecudes^ et Ixta arbusta 9 feEt variât volucres, Ixtantïa qux loca aquaruConcélébrant circùm ripas, fontesque , lacusEt qux pervolgant nemoraavia pervolitant*Horum unum quod vis generatim sumere pej


LIVRE IL ii£Tu ne vois qu'un point blanc sur l'herbe fraîche et yen*D'immenses légions la campagne est couverte.On s'agite5 on s'anime, on prélude aux combats.Les coursiers enflammés précipitent leurs pas;Ils embrassent l'armée, ils ébranlent la terre ; "Ils franchissent les champs , plus prompts que le tonnentQuel éclat foudroyant de traits, de javelots !Quel bruit ! quels cris confus, effrayant les échos ,Et portant la terreur jusqu'aux champs des orages IMais , d'un roc éloigné perdu dans les nuages,De ces vastes apprêts, de ces jeux menaçans,Que peux-tu distinguer que des prés éclatans?DES atomes enfin décrivons la structure,Les angles, les contours, variant leur figure,D'où résultent par-tout tant de combinaisons;Non qu'ils soient si divers, mais, dans leurs unions, .Quelle diversité constante, inépuisable!Et qui peut en douter, si leur foule innombrable,Si leurs flots, tu Tas"vu, dans l'espace emportés ,Embrassent, du grand Tout , les champs illimités?Qui croira qu'aucun d'eux, d'un autre, en son corsage»En traits, formes, profil, soit la parfaite image ?Vois les monstres des bois, les peuplades des me»;Vois les hôtes ailés de l'empire des airs , fLes uns Rois des étangs, des ruisseaux, des rivages,Les autres des vergers, des tranquilles bocages;Contemple les Mortels, les rians arbrisseaux :-Nul ne ressemble à l'autre ; animai», végétaux f


•-I26 • LUCRÈCE/Invenïes tameo ïeter se distare fîguris.Hcc ratione aliâ proies cognoscere matrem,Nec mater posset prolem : quod posse videmus^Nec minus atque homines inter se nota eluere.NàHI sxpe ante Deûm vituîus delubra décoraThuricremas propter mactates concidit aras,Saoguinis exspirans calidum de pectôre flumen:At mater virides saltus orbata peragraos,Linquit bumi pedibus vestigia pressa blsulcïs fOmnia conviens oculis loca, si queat usquamConspicere amissum fœtum; completque quereUsFrondiferum nemus adsistees, et crebra revisitAd stabulum , desiderio perfixa juvenci.Nec tenerx salices, atque herbx rore vigentes,Fluminaque ulla queunt, summis labentia ripis,Oblectare animum, subitamque avertere curam :Nec vitulorum alise species per pabula tetaDerivare queunt alio , curâque levare :.Usque adeo v qûiddam proprium 9 ootumque requirit.Pretereà teneri tremulis cum ¥Ocibus haedïCorrigeras oôruet matres, agnique petulcî * : 'Balantum pecudes: ita, quod Natura reposcït,Ad sua quisque ferè decurruot ubera iactis.POS^ILEMO, quodvis frumentum,non jtamen omne 3#


* LIVRE IL 127Chacun, de son pareil , diffère en chaque espèce*Et, sans ces traits divers, comment, par quelle adresse,Mères, enfans, époux se reconnaîtraient-ils?Quel homme cependant distingue mieux son fils 9Sts amis 7 ses parens, que la brute sa race?NON, jamais, dans leur coeur, nul trait nes*en efface.Lorsqu'un jeune taureau, frappé d'un coup mortel,Sous le couteau sacré, tombe au pied de l'autel,Sa mère, non plus mère, errante, désolée,S'égare dans les bois, éperdue, isolée.La trace de ses.pas est marquée en tous lieux*Par-tout elle promène un regard soucieux.Où peut être caché l'objet de sa tendresse?Toute à ce souvenir, elle revient sans cesseDes pâtis à son toit, de son tok'aux pâtis, " *Par ses cris douloureux, tour à tour attendris., Plus de goût pour les fleurs, pour la tendre feuilléeDes perles du matin vainement émaillée.Ni les gazons naissans, ni le cristal des eaux, , .Ni les jeux, les combats d'autres jeunes taureaux,Rien n'offre qu'un vain charme à sa douleur secrettc,Kien ne rend à son cœur le fils qu'elle regrette,Ce fils si bien gravé dans ce cœur gémissant.Et le chevreau folâtre, et l'agneau bondissant,Méconnaît-il jamais sa nourrice, sa mère?Chacun ne court-il pas au nectar salutaireDont, pour lui, la Nature enfle leur sein chéri ?CUBILLB un épi naissant parmi ce blé fleuri; *


ta8LUCRÈCE,Quoique suo in génère inter se sïmile esse vîdebis,Quin intercurrat quxdam distantia formis :Concharu.mque genus parili ratione videmusPingere celluris gremium, quà mollibus undisLittoris incurvi bibulam pavit xquor arenam.Quare etiam atque etiam simili ratione necesse est,Naturâ quoniam exinstant, nequç facta manu suntUnius ad certam formam primordia rerum,Dissimili inter se quxdam volitare figura, •PERFACILE est jam animi ratione exsolvere nobis,Quare fulmineus multo penetralior ignis,Quàm noster.fluat ètxdis terrestribus omis.Dicere enim possis cœlestem fulminis ignemSubtilem magis è parvis constare figuris :Atque ideo transire foramina, quse nequit ignisNoster hic è lignis ortus, taedâque creatus.PRJETIBEA lumen per cornu transit; at imberKespuitur : quare? nisi lumiois illa minoraCorpora sunt, quàm de quibus est liquor almus aquarum.ET quamvis subito per colum vina videmusPerfluere : at coptrà tardum cunctatur olivum,Aut quia nimiram majoribus est elementis,Aut màgls hamatis inter se, perque plicatis.Atque ideo fit utï non tam deducta repenteInter se possint primordia singula quaequ'e,Singula per cujusque foramina permanare.Hùc accedit 7 utï meilis lactisque lïquoresJucundo sensu lingusc tractentur in ore jEst41


LIVRE II i^Est-il conforme, en tout, à ceux qui l'environnent?N f y distingues-tu pas quelques traits qui t'étonnent?Fouille ces moites bords qu'ont délaissés les mers;D'un regard attentif, suis, dans leurs flancs ouverts,Ces amas prolongés, ces lits de coquillages :Que de variétés ! éclatans témoignages,Qu f enfans de la Nature, et non d'un Art borné,Ces germes éternels dé qui seuls tout est né,Les premiers corps, entre eux, sont aussi peu semblables.DE là tu vois pourquoi, de traits plus redoutables,JPlus vifs, plus pénétrans que les terrestres feux,Résultat d'élémens plus légers, moins visqueux, •La foudre embrase tout en sa course effrénée,Déployé, en un instant, sa rage forcenée,Franchit pores, enclos qu'ils ne sçauraient percer ;Pourquoi le jour pénètre où l'eau ne peut passer ;Le jour, d'atomes fins, si subtil assemblage,• Et l'eau, de plus grossiers, composé moins volage;Pourquoi le vin, du filtre, est si-tôt échappé,Tandis que, d'un pas lent, d'un cours entrecoupé,Fluide paresseux, l'huile en découle à peine,L'huile où tout est gluant, tout se lie et s'enchaîne,Et dont les corps premiers, crochus, embarrassés,En des pores étroits, n'avancent que' pressés.Si mon palais saisi, ma langue déchiréeRepousse, avec horreur, la triste centaurée,Têmi I. 1


tjoLUCRÈCE,At contra tetra absintbi natura, feriqueCentâuri', Ttedo pertorqnent orasapore :Ut facile "agnoscas è lxvibus^ atque rotundisEsse ca, -quarsensus jucundè tàngere possunt.At contra qute amaTa, atque aspera cunque videntur ,Haec magis hamatis inter se nexa teneri ;Proptereàque tolère vias rescindere nostrisSensibus, introîtuque suo perrumpere corpus.OMNIA postremo bona sensibus 9 et mafa tactu ,Dissimili inter se pugnant perfecta figura : • -Ne tu forte putes sensé stridentis aceibumHorrorem constare démentis laevibus aequèAc Musxa mêle, per chordas organici quseMobiîibus digitis expergefacta figurant,NEU simili penètrare putes primordia formaIn nares hominum, cùm tetra cadavera torrent,Et cùm scena croco Cilici perfusa recens est,m Araque Panchseos exhalât propter odores.NEVE bonos rerum simili constare coloresSemine constituas, ocuios qui pascere possunt;Et qui compungunt aciem , lacrymareque cogunt;Aut fœdâ specie tetri, turpesque videntur.Omnis enim 5 sensus qux mulcet causa juvatqtie ,Haud sine principiali aliquo tœvore creata est:At contra, quaecunque molesta, atque aspera constat,Non aliquo sine materix squalore reperta est.SUNT etiam, qux jam nec lâevià iure putantufEsse, neque omnino flexis imicronibtts unca ;


LIVRE II • i)tOu le'déboire âHreux de l'absinthe et du fiel ;Si j'aime à savourer et le lait et le miel,C'est que d'élémens fiers, âpres, noueux, acides,Les uns, tissus cruels, de leurs angles perfides,Brisent tout sur leur route, et dévastent leurs champs;Lts autres, combinés d'atomes plus iians,Plus doux, plus arrondis, les flattent, les engraissent,Et plus, selon mon goût, mollement les caressent.AINSI tout ce qui charme ou déchire nps sens,Sans doute, est composé d'atomes differens;Et ceux des cris aigus de la mordante scie,Ou des sons de ta lyre, ô Dieu de l'harmonie,Sous tes doigts si légers égayant les déserts ;Ceux d'un bûcher funèbre, empoisonnant les airs,Ou des parfums montant, en nuages folâtres,Dans nos temples sacres, et nos riches théâtres;Ceux des tendres couleurs dont l'œil aime à jouir,Ou de celles qu'il craint, toujours prompt à les fuir,Et dont l'aspect l'irrite et fait couler ses larmes,Ne sont l'horreur de l'homme, ou h'ont, pour lui, descharmet,Anguleux ou polis, que parleur qualité,.Par leur figure même, et leur diversité*11 en est, en leur tout, m raboteux, ni lisses,Far-là même, à mes s$n$ 7 ni cruels, ni propices;


'i 3 3tUCRÈCE,Sed magis angululis paulùm prostantibus 5 et qux 'Tkillaremagïs sensus ^ quàm Isedere possunt,Fsecula jam quo de génère est, Inulxque sapores^"DENIQUE jam calidos ignés, gelidamque pruinam 9Dissimili dentata modo compungere sensusCorporis, indicio nobis est tactus uterque.Tactus enïm, tactus, proh Divûm oumina sancta !Corporis est sensus, vel cùm res eitera sestInsinuât 5 ¥ei cùm laedit, quae io corporé nata est,Aut juvat egrediens génitales per Veneris res;Aut ex ofFensu cùm turbant corpore in ipso-Semina 5 confunduntque inter se concita sensum :Ut , si forte manu quamvis jam corporis ipseTute tibi partem ferias 5 aequè çxperiare.Quapropter longe formas distare necesse estPxincipiis, varios quae possint edere sensus.DENIQUE , quae nobis durata ac spissa vidëntur,Haec magis hamatis inter sese esse necesse est,Et quasi ramosis akè compacta teneri.In quo jam génère in primis adamantina saxaPrima acie constant, ictus contemnere sueta,Et validi.silices, ac duri robora fera ;iEraque, quae claustris restaotïa vociferantur, - .


LIVRE II • IJJEt qui, d'angles légers, hérissés mollement , .Y portent, sans douleur, un doux ébranlement.Tels sont ceux de l'aunée et d'un vin peu liquide,* APPROCHE avec prudence, et, d'une main timide,Prends ou ce charbon vif, ou ce glaçon brillantLe tact le plus léger t'avertit à l'instant,Qu'armés de traits divers, quoique chacun te perce ,Chacun porte, à tes sens, une douleur diverse.Le tact % ô Dieui ! le tact ! ce sens de tout le corps,Que tout ébranle, émeut, du dedans, du dehors,Quoi qui pénètre en nous, quoi qu'il y puisse naître !Ministre du plaisir, quand, des sources'de l'être,Vénus même s'épanche en ses champs fécondés ;Ministre, des douleurs, lorsqu'en flots débordés,Lts élémens émus, assiégeant notre vie yD'un choc impétueux en troublent l'harmonie !Et qui n'épiouve point % où qu'il s'ose frapper,Que jamais nul contact ne lut peut échapptr?De ses impressions, ott douces ou-pénibles,Qui ne peut inférer, qu'en leurs formes sensibles.,Les premiers élémens sont plus ou moins divers?.DANS les tissus serrés, les corps tes moins, ouverts-,,.Résistant à l'effort du coup le plus terrible,• Tels que le diamant, à tout choc inflexible,Le roc non moins rebelle-et qu'on attaque en vain,.Les marbres, les cailloux, et le fer , et l'airain-Mugissant sous le poids de nos portes tremblantes >Les atomes -serres, enchaînes plus liantes,lui


, 3 4 LUCRÈCE,ïLLA autem debent ex laevibus atque rotundîsEsse magis, fluido qux corpore liquida constant:Nec retinentur enim inter se glomeramîna quaequ.e;Et procursus item in proclive volubilis extat.OMNîA postremo qux puncto tempore cernisDiffugere, utfumum 5 nebulas flammasquene'cesse est aSi minus omnia sunt è Ixvibifs atque rotundis,At non esse tamen perplexis ieditpedita,Pungere uti possint corpus, penetrareque saxa:Nec tamen hxrere iriter se, quod quisque videmusSentibus esse datum ; facile ut cognoscere possis' Non è perplexis, sed acutis esse démentis*' SED quod amara vides eadem, quat -fluvîda constant,Sudor uti maris est, min'mè id mirabile hâbendum.Nam quod fluvidum est, è laevibus atque rotundisEst : at Ixvibus, atque rotundis mista dolorisCorpora; nec tamen baec retirleri hamata necessum esr;Seilicçt esse globosa, tamen cùnï squalida constent.Frovolvi simul ut possint, et Ixdesesensus.ET quo mista putes magis aspera laevibus esst-Principes, undè est Neptuni corpus aceibum :Est ratio secernundi, seorsùmque videndi.Humor dulcit, uH per terras crebriùs idem


LIVRE II. i 3 jEnlacés en rameaux, plus pressés, plus noueux,Sans doute sont crochus, hérissés, anguleux;C'est leur rapprochement qui forme les solides.Détachés, arrondis, lisses dans les fluides,Sans liens, sans ciment, l'un par l'autre poussés,Us roulent, dans leur pente, en globes entassés.Quoi? dis-tu, ce fluide, élancé de la terre,Qu'on voit, en un instant, se perdre en l'atmosphère,La flamme, la fumée, et les brouillards épais,Qui, de nos sens surpris, troublent la douce paix,Et, même dans le roc, s'ouvrent d'obscurs passages,Sont-ils donc combinés d'élémens si volages,Si ronds, si peu liés, quoique bientôt dissous ?Non; il en est entre eux, tu le sens par leurs coups,Non crochets enlacés, mais flèches acérées.ET ce fluide amer, ces ondes abhorrées,Tels que les flots d'azur que balance Thétys,Sont-ils des résultats d'atomes si polis?Sans doute, et; c'est par eux qu'ils sont toujours liquides;Mais ils y sont mêlés avec de plus rigides ,Qui, non pas recourbés, mais rudes, raboteux ,Quoique roulans toujours, sont pourtant douloureux.ET quand tu vois, des mers 5 les eaux long-temps fiitrées 5Circulant dans la terre, en sorrïr épurées ,Peux-tu douter encor de ce mélange impur,Et ne conçois-tu pas,, qu'en leux canal obscur,liv


13* -LUCRÈCE,Percolator 9 ut in foveam fluat 5 ac mansuescat#Linquit enim superà tctri primordia viriAspera, que magis In terris hxrescere possunt.QUOD quoniam docul, pcrgam connectcrc rem, quaeEx hoc apta fidem ducit; primordia rerumFinitâ variare figurarurn ratione.Quod si non'ita sit, rursùm jam semma quxdamEsse Infînito debebunt corporis aucte.Namque In câdem unâ cujuscujus brevitateCorporis inter se multùm variare figurx %Non possuni Fac enim minimis è partibus esseCoipora prima : tribus, vel paulo pluribus auge :Nempe ubl cas partes unius corporis omnes 9 •Summa atque ima locans, transmutans dextera Iaevis,Omnimodis expertus eris, quam quisque det ordo-Formai speciem totius corporis ejus :Quod superest* si forte voles variare figuras,Adckndum partes alias erit ; indè seqdetur •Adsimili ratione, alias ut postulet ordo f *SI tu forte voles eciam variare figuras. •Ergo formai.novicatem corporis augmenSubsequitur ; quare non est ut credere possis >Esse infinitis distantia semina formis yNe quxdam cogas immani maximitateEsse ; suprà quQd jam docul non posse probari.JAM tîbi barbaries vestes, Melibœaque futgens


LIVRE IL 137Elles ont déposé ces semences grossières, "Qui 5 par leur masse rude, y restent prisonnières?AJOUTONS , il est temps, à ces faits constatés,Ce qui confirme encor ces grandes vérités ,Que, de ces corps premiers 9 la figure est bornée;Et, s'il n'était ainsi, jamais déterminée,Leur masse , à l'infini, pourrait donc s'agrandir.Quoi ? si fins, si petits, qu'à peine, à les saisir ,A les suivre, en leurs cours, notre esprit peut suffire,Sous mille et mille aspects, ils pourraient se produire!Ah ! par un art vainqueur, dussions-nous les briser, .En trois parts, ou peu plus, dût-on les diviser,Dans quelque rang enfin que ma main les rapproche,Plaçant le haut en bas, et la droite à la gauche,Changeant cet ordre encor, le renversant toujours,Pourrais-je, à l'infini, varier leurs contours,Sans emprunter d'ailleurs de nouvelles parties,En emprunter encore, autrement assorties,Mais grossissant l'atome et sans borne et sans fin?Et si, sur mes leçons, tu ne crois point en vainQu'il n'est point d'élémens d'une grandeur immense',Croiràs-tu, qu'en leur forme, il soit tant de distance,Et qu'à l'infini même elle ait pu varier ?NON, non; bientôt, crois-moi, trompantleur ouvrier


!}i • LUCRÈCE,Purpura ThessaHco concharum tincta colore 9 etAnrea.pavoi>uin ridenti imbuta lep.ôreSarcla f novo reram superata colore jacerent :Et contemptos odor myrrhx, meliisque sapores,-.Et cycnea mêle 5 Phœbeaque daedala chç&rdisCarmïoa consïmili ratione oppressa silerent.Namque alîis aliod prestantius exoreretur.Cedere item rétro possent in détérioresOmnia sic partes, ut dixîmus in mclîores.Namqwe aliis aliud rétro quoque tetrius essetNaribus 9 auribus 5 atque oculis orisqoe sapori.Qux quoniam non sont in rébus reddsta 5 certa etFinis utrinque tenet summam : fateare necesse estMateriam quoque finstïs differre fîguris.DEHIQUI, ab jgnibus,adgelidas'hiemisquepruînasFimitum est, retroque pari ratione remensum est.Finit enim calor 5 aç frigus^ mediique teporesJeter utrumquc Jacent, explentes ordine susuBam*Ergo finitâ- distant ratione creati,Ancïpiti quoniam mucrone utrinque notantur,Hinc flammïs, iilinc rïglcMs insessa pruinis.QUOD quoniam docuî, pergam connectere rem 5 q«2CEx hoc apta fîdem ducit : 'primordia rerum, •Inter se slrpïli quae sont perfecta figura,Infinita cluere : etenim, distantia cùm sitFoimarum finita, necesse est, quae simiks sjjot»


LIVRE IL «&Les plusbrillans tissus dont l'Asie est parce ,Cette pourpre qu'aux Grecs Mélibée a livrée tDe Foiseau de Junon l'azur et les rubis,Par d'autres effacés, auraient perdu leur prix. ' •Dès fong-temps les concerts des cygnes de Cythèp,La lyre d'Apollon, contrainte.de se taire*Et la myrrhe et le miel charmeraient peu nos $em$Toujours plus enchantés d'objets plus ravissans.Et-que d'autres objets, attaquant leur faiblesse.Par de plus'déchirans seraient vaincus sans cesse!Que le goût, l'odorat, l'œil, Toreille éperdus,En tous lieux tourmentés, le seraient toujours plus!Mais, non; tout a son terme, et les élémens mémoSont soumis, po.ur leur forme, à cette loi suprêmeAINSI , des noirs hivers , aux étés dévorans,Il est un milieu fixe, et d'où , par progrès lents,On descend, on remonte, à l'un et l'autre terme;•Mais, des deux parts enfin, toujours constant et ferme,11 est sans doute un point que l'on ne franchit pas.Ici, chaleur active, et là, tristes frimas.CKOïS pourtant que ces corps, entre eux peu dissemblables,Sont tous, sous chaque forme, infinis, innombrables,Ou tu verras, par eux, l'Univers limité, -Ce que, par tant de vers, j'ai déjà réfuté, . *


•140 LUCBÈC E fEsse ïnfînitas: aut summam materiaïFinitam constate ; id quod noa esse probavï.Quoi> quooiam docui, nunc suaviloquis, age 5 paucïsVersibus ostendam, corpuscula materiaïEx infinito summam rerum usque tersere,Undkjue pcotelo plagarum continuât©.NAM quôd rara'vides magîs esse animalia quxdam 3#Fœcundamque minus oaturam cernis in illis ;At regsone, locoque alio, terrisque remotïsMutta licet génère esse in eo', numerumque repleru .Sicuti quadrupedum cum primis esse vïdemusJn génère anguimanos elephantos, India quorumMiUibus 1 è mukis vallo munitur eburno ;Ut penitùs nequeat penetrari : tanta ferarumVis est, quarum nos perpauca exempla videmus.SED tamen ïd quoque utï concedam, quam lîbet, estoUnica res quxdam, nativo corpore sola,Cuï similis toto terrarum non sit in orbe :Infinita tamen nisï erit vis materiaï 5t Undè ea progighi possit concepta ; creariNon poterit 5 neque^ quod superest, procrescere, allque*QUIPPE eteoim sumartt oculi 5 finita per omnèCorpora jactarï unius genitalia rei yUndè, ubi.5 quâ vi, et quopacto côngressa coibent


LI V RE IL- .141MAIS tfest-ce pas aussi par leur YIC immortelleQu'ils assurent 9 du Tout, la durée étemelle,Perpétuant toujours leur guerre et leur-essor,Ce.qu'en vers aussi"doux il faut prouver encor ?Quoi ? Je croirais, dis-tu, qu'ils existent sans cesse fQuand je vois, par degrés, s'éteindre quelque espèce?Et combien d'animaux, chaque jour moins nombreux,Prouvent que la Nature est épuisée en eux !Moinsnombreux!surnosbords,maisbienplussurquelqueaimc.Oui, plus ou moins féconds, sous leur ciel ou le nôtre,Ils remplissent leur nombre égal en tous les temps.Tels sont ces monstres fiers, ces vastes éléphans,Hâtes en nos climats, mais f dans toute leur gloire,Au peuple de Flndus formant un mur d'ivoire,Bempart inaccessible à ses voisins jaloux. «MAIS enfin, j'y consens. Fût-il, et pussions-nousMontrer un être unique aux champs de la Nature,Des premiers élémens composant sa structure,Si le nombre est borné, comment fut-il produit?Comment s'est-il accru ? qu'est-ce qui le nourrit ?Où , d'où, par quel effort, dans la foule étrangère,Dans l'océan, sans bords, des corps de la matière,Eux-mêmes en un tout se sont-ils rassemblés?Non, non ; toujours épars, ou.pressés, ou troublés, •


14» LUCRÈCE,Matcriac tanto in pelago, turbâque aliéna?Non * ot opinor, habent rationem conciliandi:Sed quasi, naufragiis magnis multisque coortis,Disjecare solet magnum marc transtra, guberna fAntennas | praram , malos, to'nsasque rtatantcs,Per terrarum omnes oras Buitantia aplustra;Ut videantur et indicium mottalibus edant,Infidi maris insidias, viresque dolùmqueUt vitare veKnt s neve tillo tempore credant » ,Subdola cùm ridet placidi pellacia ponti :Sic tibi, si imita semel primordie quardamConstitues, «vum debebunt sparsa pec ûmmm•Disjectare xstus diversi materiaï :Nunquam ie 'concilïum ut possint compulsa coke;Nec rcmotari in concilio, nec crescere adaucta.Quorum utrumque palam fierimanifesta docet res:Et res progigni, et genitas procrescere posse.Esse igitur, génère in quovis, primordia rerumInfinita palam -est, undè omnia suppedkantur. 'NEC superare quewnt motus utique ezirialesPerpétua, neque in seternùm sepelke salutem :Nec porrô rerum géniales f auctificiqueMotus perpétué possunt servare creata.Sic «quo geritur certamine princspiorumEx infînito contractum tempore bellum.Nunc hic, nunc iilic superant vitalia rerum ,Et superantur item : miscetur funere vagor ^Quem pueii tolluntvisentes luminis oras;


L 1 V 1 E 1 1 141S'Hs forment, un moment, quelque vain asiembbge,Détruit à l'heure même, et toujours plus volage»Loin de pouvoir s'accroître, il retombe en débris;Tels, quand les fiers Autans, sur les champs de Théty%Promènent, en fureur, la foudre et les orages,On voit flotter au loin les débris des naufrages fDes antennes, des bancs, des timons fracassés,Rames, cordages, mâts, au hasard balancés;Spectacle épouvantable, et qui devrait t'apprend»,Homme, à craindre Neptune, à savoir te défendreD'un Dieu traître et jaloux, dont le souris cruel fDont le calme apparent n'est qu'un piège mortelOui,, si tout naît, s'accroît, se nourrit, se propage,En chaque espèce, ami, c'est l'éternel ouvrage,C'est le fruit renaissant d'élémens infinis.AINSI les mouvemens, destructeurs impunis,-Nesçauraient, pour jamais, anéantir nul être;Créateurs bienfaisans, de ce qu'ils ont fait naître »De.ce qui croît par eux, à des siècles sans fin fIls ne peuvent jamais étendre le destin.Ainsi, des premiers corps, d'éternelle existence,En d'éternels combats, la foule se balance.La vie et le trépas, comme l'ombre et le jour,L'un de l'autre, à jamais, triomphent tour à tour,


144 " LUCRÈCE^Nec nox utta'diem, oeque noctem Aurora secutaest fQex non audierit mïstos vagitibus gegris' Floratus , mords comités, et funeris atii#JLes


LIVRE IL f 4 £Les tris du tendre enfant qui naît à la lumière ;Se mêlent aux clameurs d'un convoi funéraire. 'Près d'un filséperdu , pleurant sur un tombeau tEst uo père charmé, riant près d'un berceau:Scène toujours changeante, ouverte dès l'aurore,i^ut le jour perpétue et la nuit voit encore ;Tableau constant de l'homme heureux ou désolé,Dans le cercle du temps, par-tout renouvelé*T§m$ L


AROUMENTUM.Ris non componi è seminibus ejusdem figurx, concret*vero omnia » semina variarum figurarum, concinere. Seminanullas habete qualitates quas sensiles vocamus, colorem videlicet,saporem, frigus > calorem, &c., iremque sensunon donari, qiiamvis res coloratx, sapidx, calidx, ftigidae,et sensibiles iis componantur. Infinira semina f per infiniraminane folitantia, infinités mundos constiraete, eosque mondesatfgeti aliquando à seminibus ex infinité delapsis, aliquandoetiam 9 avoiantibus in infiniram seminibus , diminuiet dissolvi, arque, ut plants et animalia, n^sci , adolescere »seiiescere , ac demùm intetire.


ARGUMENT.CHAQUE corps n'est pas composé d f ato.mes configurés dela même manière , mais en contient de diverses figures. Lesatomes n'ont aucune des qualités qu'on appelle sensibles,comme la couleur, la saveur, le froid, le chaud, &c. Ilsne sont pas non plus doués de sentiment, quoiqu'il en résultedes corps colorés, savoureux, chauds, froids, et sensibles.Les atomes infinis, nageant dans le vide infini, forment desmondes infinis, qui, tantôt s'accroissent d'atomes survenusde l'espace infini, tantôt dépérissant et dissous par la pertesuccessive de leurs atomes élancés et dissipés dans le mêmeespace , semblables aux plantes et aux animaux , naissent f>grandissent f vieillissent, et meurent enfin.Kij


T I T ILUCRETII CARI,B E .RE RU M NATURA.LIBRI SECUNDI'PAISPOSTERIOR.JXLUD ïn his obsïgnatum quoque reBus haberèCônvenit, et memori mandatum mente tenere ;NU ésse krpromptu, quorum natura tenetur,Quod geiiere ex uno consistât princïpiorum ;Nec quidquam^ quod non permisto semine consteLEt quàm quidque magis imiltas vis possidet 'in se f'Atque potestates ; ita pluria principiorumIn stse gênera, ac varias docet esst figuras.PIUNCIPIO telles habet in se corpora prima,Undè mare immensum Volventes flumina fontes'Assidue lenovent : habet , ignés undè oriantur.Nam multis succensa locis ardent sola tttix:Eximiis vero furit ignibus ïmpetus JEtnx.Tum porro nitidas fruges, arbustaque lacta»Gentibus humanis, habet undè extollere possit*Undè etiam fluidas frondes, et pabula lseta


LUCRÈCE,DE•LA NATURE DES CHOSES.LIVEESECOND,SECONDEPARTIE,l^iNTEONs dans la carrière, et, d'un coupd'œilsublimc!De la Nature, ami, sondons encor l'abîme*D'abord, crois que, des corps, qu'elle crée^ en tout temps,Nul n'est que le produit d'atomes différens ?Que rien n'est que l'effet de leur mêlée heureuse,Et qu'un tout où leur foule, et pressée et nombreuse^Offre et déployé , entre eus,. plus de variété,En a plus d'énergie et glus d'activité*AH ! sans monter aux cieux, Jugeons-en par la terre»Quels flots, par-tout divers, ce grand globe en enserrelCeux des fleuvespompeux renouvelant les mers,De mille, feux cachés qu'elle épand dans les dks %Des brasiers Je l'Etna vomis avec furie ;Et que de grains, de fruits r doux soutiens de la vie 9Dans les plaines, les bois,,jusqu'au sommet-des monts %Elle offre en abondance à tous ses nourrissons !K i*i


ijoLUCRÈCE,Montivago generi possitgprabere ferarom*QUAKE magna Deûm mater, materqm jkt'arum fEt ncstri gmitrix haec dicta est corporis una.Hanc veteres Graiûm docti cecioêre PoëtacSublimem in curru bijugos agitare lèones;Aëris in spatio magnam pendere docentesTetlurem : neque posseïn terri sistere terrain.Adjunscreferas; quia, quamvis eflera, proiesOfficiis débet moliiri victa parentum*Muralique caput summum cinxêre coronâ ;Eximiis munita iocis quôd sustinet urbes ;Quo nunc insigni per magnas pncdita terrasHorrificè fertur di¥inae matris imago.Hanc variae gentes, antiquo more sacrorum,Idmm vocitant matrem , Phr ygiasque catervasDant comités, quia primùm ex illis finibus edunt tPer terrarum orbem, fruges cœpisse creariGallos attribuunt; quia^ numen qui violarintMatris j et ingrati genitoribus inventi sint,Significare volunt indignos esse-putandos ,iYIfam progeniem qui in oras luminis edant.TYMPANA tenta tonant palmïs^ et cymbala circùmConcava, raucisonoque minantur cornua cantu;Et Phrygio stimulât numéro cava tibia mentes ,Telaque prxportant violenti signa furoris :w Ingratos animos^ atque impia pectora volgtConterrer« metu qux possint numine Diyse,


LIVRE IL tjtC'EST sur tant de bienfaits que^ des Dieux qu f on révère,De rhomme , de la brute , on la nomma la mère.Mère tendre ! les Grecs, • dans leurs doctes Chansons,La plaçaient sur un char traîné par deux lions,Sans base, au sein des airs , mollement balancée ;De ces monstres altiers l'audace, au frein dressée,Attestait que les soins, les bienfaits nfaternelsTriomphent, tôt ou tard, des cœurs les plus cruels*On voyait, sur son front, la couronne murale,Emblème des Cités que par-tout elle étale*C'EST dans cet appareil, qu'au sein de leurs remparts,.On la promène encore, étonnant les regards.A ce nom respecté de la mère IdéenneQu'accompagne toujours sa troupe Phrygienne,Qui ne voit que le monde, à ces peuples heureux,Doit Fart d'orner les champs de grains plus savoureux?. Si ses Prêtres, brûlans d'une sainte furie,Tranchent encore en eux les sources de la vie,.Cet exemple terrible apprend au fils ingrat,Que, se livrant sans tonte au plus noir attentat »Outrageant les Dieux même en ceux dont il tient l'être,D'âge en âge f en sa race, H ne doit point renaître.CEPENDANT, sous leurs maias, les tambours effrayans-,La flûte, la cymbale, et les cors plus bruyans ,.Réveillent et le zèle et la crainte assoupie*Enfin 5 du fer vengeur, ils menacent l'impie,.Qui, sans baisser les yeux 9 sans fléchir les genoux 9Pourrait, de la Déesse, affronter le courroux*Kir.


.ipLUCRÈCE,EmGo 5 cùm primùm 5 magnas ïnvecta per urbeî fMunificat tacltâ mortales muta sainte ;JEre atque argento steraunt iter omne viarum fLargificâ stipe ditantes; ninguntque rosarumFloribus, umbrantes matrem, comitumque catervafeHtc armata maeus ( Curetas nomme GraîlQuos mtmotmt J?hrygios) inter se forte catenasLudunt^ in numeramque exsuîtant 5 sanguine lseti; etTerrîficas capitum quatientçs numine cristas,Dictxos referont. Curetas 9 qui Jo¥is illttmVagitujn in Cretl quondam occultasse feruntuf »Cùm pueri^ circum puerum, pernice cboreâ fArmati, in numerum pulsarent xribusxra fNe Saturnus eum- malîs mandaret adeptus 9JEternumque daret matri sub pectore volnus*Proptereà magna-ei armati matrem comitantur,Aut quia significant Divam prsedïcere^ ut armîs' Ac ¥irtute velint patriam defendereterram 9Prsesidloque parent > decoriqueparentibus %s$e*QUJE bene, et exîmîè, quamvis dlspôsta feraûtur fLonge sunt tamcn à verâ ratione repuisa*


LIVRE IL i{|VOIS-TU , dès quelle arrive en sa magnificence',Et, d'un regard muet, appelle l'abondance,Vois-tu l'argent et l'or joncher tous les chemins,Et des torrens de fleurs, partis de toutes mains fL'inonder toute entière avec sa Cour brillante îDE ses Prêtres soudain la foule se présente,(Les Grecs les ont nommés Cureta Phrygiens),Armés, chargés de fers, dansant dans leurs liens,Ils se frappent en nombre, et, joyeux dans leur guerre,De leur sang, Pun par Pautre, ils arrosent la terre.Heurtant, avec horreur, leurs casques radieux,Ils offrent, du Dicté, les Curetés pieux,Qu'ainsi jadis la Crète entendit, en cadence,Couvrir, ô Jupiter ! les cris de ton enfance fLorsqu'une jeune troupe, au son vif et tonnantDe Pairain, sur l'airain, dans ses mains, résonnant,Pour te sauver des dents de ton barbare père,Pour épargner des pleurs à ta tremblante mère 9D'un horrible combat présentant le tableau,Folâtrait en mesure autour de ton berceau*Oui, c'est pour rappeler ces jeux mêlés d'alarmes,Qu'autour de la Déesse on est encore en armes ;Ou, par ce grand spectacle, elle apprend aux HumainsQu'il faut que leur famille, au secours de leurs mains t .Qu'il faut que leur Patrie, à leur noble victoire 9Doivent leur liberté, leur bonheur, et leur gloire*EMBLèME ingénieux, brillante fiction,Que l'erreur éternise 9 et dément la raison*


1^4 LUC R.Ê € E,Omnïs enim per se Divûm natuca necesse estlmmoitali xvo 9 somma cum pace, fruatur,Scmota à nostris rébus, sejunctaque longé.Nam prïvata dolore omni* prïvata perïclis ,Ipsa suis pollens opibus, nibil indiga nostri,Nec bene promerltis capitur, nec tangitur ira.TEEBA quidem vero caret omnî tempore sensu :Sed quia multarum potitur primordia rerum,Multa modis multis effert in lumina solis.Hic si quis mare Neptunum 3 Cereremque vocareConstituet fruges, et Bacchi nomine abêtiMavolt, quàm laticis proprium proferre vocamen :Concedamus ut hic terrarum dictitet orbemEsse Deûm matrem, dum re non sit tamen apse*SJEPE ïtaque ex uno tondentes graroina campoLanigerx pecudeset equorum dueilica proies ,Bucerixque grèges, sub eodem tegmine cœli,Es unoque sitim sedantes iuroine aquaï,Dissimili vivunt specie, retinentque parentumNatutam» et mores generatim quxque imitantur:Tanta est in quo?is génère herbsc materiaïDissimilis ratio, tanta est in flumine quoque.JAM vero, quamvis anïmantem ex omnibus unat»Ossa, cruor, venx, calor, humor ^ viscera, nerviConftituunt, qux sunt porro distantia longé >


LIVRE IL IJJAh! lesDietfx,loin denous, hors des rempartsdumonde, 'Heureux de leur bonheur, dans une paix profonde 9Libres, indépendans ^ sans crainte, sans besoin,De nous, des vains Mortels, prennent-ils quelque soin,Irrités ou fléchis, font-ils justice ou grâce ?NON , cette terre, ami, n'est qu'une obscure masseQue n'anima jamais le feu du sentiment,Et qui, d'un sein fécond , déployé, à tout moment,Les principes divers qu'elle embrasse et recèle.Qu'on la nomme, des Dieux, la mère universelle,Que, par un vain abus de la langue et des noms,Neptune soit les mers, Cérès soit les moissons,Le nectar du raisin le doux fils tk Sémèle,Ces Dieux, en vain chantés, ne le sont pas plus qu'elle*.#REVENONS cependant Les coursiers belliqueux,Les brebis, les taureaux, leur cortège amoureux ,Nourris sous même ciel, en des plaines fécondes,Paissant mêmes gazons, courant à mêmes ondes,Divers, en leur espèce, apportent à jamais,De leurs premiers aïeux, et les moeurs et les traits*Tant chaque plante, ami, dont leur foule est nourrie ,De principes divers, est formée et pétrie !Tant ils sont variés dans le cristal des eaux !ET qu'en chaque animal, les nerfs, le sang, les os,Chaleur, humidité, veines, fibres, viscères,Si différera entre éw, de tissus si contraires,


IJ«.LUCRÈCE,Dissimili perfecta figura principiorum.TUM porrè qusecunque ïgni flammata cremanter;Si nil prxtereà , tamen ex se ea corpora tradunt,Undè ignem jacere, et lumen summittere posskt fScintiilasque agere, ac iatè differre favillam.Caetera consimili mentis ratione peragrans %Invenies intùs multarum semina rerumCorpore celare, et varias çohibere figuras*DENIQUE multa vides, qeîbus et sapere unà et olereReddita sunt, cum adoles ;-imprimis pleraque dona tBelligione animum turpi cum tangere parto.Mxc igitur variis debent constare figuris :.Nidor enîm pénétrât, quà succus non it in artus :.Succus item seorsùm et rerum sapor insinuaturSensibus, ut noscas primis differre figuris.Dissimiies igitur formae glomeramen in unum*Convenîunt, et res permisto semine constant,QuiN etiam passim nostris in versibus ipsisMulta elementa vides multis communia verbls:Cum tamen inter se versus, ac verba necesse est.Confiteare alia ex aliis constare démentis.Non quôd multa parùm communïs littera currat #Aut nulla inter se duo sînt ex omnibus îsdem :Sed quia non volgô paria omnibus omnia constanttSic aliis in rébus item communia multaMultarum rerum cum sint primordia, longéDissimili tamen inter se consistere summâFossunt ; ut merito ex aUts constare ferantut


LI V RE II 157De plus divers encor doivent tous résulter !TOUT corps sur qui du feu l'ardeur peut attenter,Parmi ses élémens n'en eût-il eu point d'autres,Annonce que du moins il était né des vôtres,Flamme, cendre, fumée, et traits étincelans f'A nos yeux, tout à coup, déployés de ses flancs.C'est ainsi qu'en tout mixte, enfant de la Nature,Elle sait, plus'ou moins, varier leur figure.ET que d'êtres d'ailleurs, quand le feu les dissout,Affectent à la fois l'odorat et le goût !Le superstitieux l'éprouve en ces victimes,Dont il croit expier ses gains illégitimes.Mais si la saveur entre où n'atteint point l'odeur,SfPodeur s'insinue où ne peut la saveur,Avant l'instant fatal, le tout qui les rassembleN'est donc qu'un assemblage où rien ne se ressemble,Et dont, épars soudain, les divers élémensViennent, de coups divers, frapper nos divers sens.Bien n'est donc un? Sans doute; et que de caractères,Communs, en ce Poëme, à mille mots contraires,Tandis, qu'à chaque instant, les mots même, et les vers,A tes yeux étonnés, les offrent tous divers!Non que jamais deux mots ne résultent des mêmes,Que les mêmes souvent n'y peignent les extrêmes, vMais qu'ils y gardent peu même ordre et même rang!Ainsi souvent, d'un tout, un tout est différent,Quoique les mêmes corps en forment chaque masse:D'où f ai droit d'inférer que ce que FoeH embrasse,


t;S LUCRE CE,.Humanum genus, ac fruges^ aibustaque laeta.NEC tamen omoimodis connectï posse putandum estOmnia : nam vôlgo fieri portenta videres :Semiferas hominum species existere : et altosïnterdum ramos egigni corpore vivo :Multaque connecti terrestria membra marinïs :Tum flammam tetro spirantes ore ChïmaerasPascere naturam per terras omniparentes.Quorum nil fieri manifestum est : omnia quandèSeminibus certis 5 certâ génitrice, creataConservare genus cresceotia posse videmus.SCILICET id certâ fieri ratione necesse est. " •.Nam sua cuique, cibis ex omnibus^ intusin artus %Corpora discedunt, connexaque convenientesEfficiunt motus : at contra aliéna videmusBejicere in terras Naturam : multaque excisCorporibus fugiunt è corpore percita plagis^Qux neque connecti cuiquam potuêre 5 neque inttà.Vitales motus consentire 5 atque animaii.SED ne forte putes animalia sola teneriLegibus his : eadem ratio res terminât omnes.Nam veluti totâ naturâ dissimiles suntInter se genitx res quxque : ita quamque necesse tstDissimili constare figura principiorum :Non quod mula parùm simili sint praedita forma;


11 V ME I L tj,Homme, animal, forêts, doux fruits, riches moissons,Sont, d'élétnens divers, diverses unions.MAIS en conclurons-nous que tous, en toute espèceSous mille et mille aspects se combinent sans cesse îQue de monstres dès-lors ! Centaures, Egipans,Animaux hérissés de rameaux ondoyans,Tigres-poissons ensemble » et Chimères ardentesVomissant, à grands flots, des flammes dévorantes-Et par-tout, de la terre, engloutissant les dons !Non^ non ; plus uniforme en ses combinaisons,La Nature, en tout temps f s'y reproduit la même.Tout naît, vit et s'accroît f fidèle à son système.Oui, dans chaque animal, les premiers élémens,Coulant, toujours filtrés, de tous ses alimens,Entretiennent les jeux des ressorts de la vie*Tout ce qui leur oppose une force ennemie,Ce qui peut les détruire, ou n'y concourt jamais,Est bientôt repoussé par cent canaux secrets.MAIS peut-être ces loix dont nous sentons Pempire fCes loix n'ont d'action que sur ce qui respire.Ah ! tout les suit, cross-moi ; tout en est enchaîné;Tout, d'atomes constans, est toujours combiné.Et, dans ces tous divers rassemblant tant d'extrêmes,Combien, en leur figure, ils doivent Pêtre eux-mêmes !


ifo ;L U C R Ê C E,Scd quia non volgo paria omnibus oraïaïâ coûtentSèMINA cùm porro distent, difftrre ncccssc estIntervalla, vias, connexes, pondéra , plagas,Concursus, motus : qux non animalia solùmCorpora sejungunt, sed terras, ac mare totumSecernunt, cœluraque à terris omne retentant*NUNC âge, dicta, meo dulet quâesitalabore,Percipe : ne forte hxc albis ex alba rearisPrincipiis esse, ante oculos qux candida ccraissAut ea 9 qux nigrant, nigro de semine nata:Neve, aiium quemvïs qux sunt induta colorem 9Proptereà gerere hune credas > quod materiaïCorpora consimiU sint ejus tincta colore.Nullus enim coior est omoioo materiaïCorporibus, neque par rébus, neque denïquè dïspar*IN qux corpora si nullus tibi forte vïdeturPosse animi injectus fieri, procul àvius erras*Nam cùm excigeni, solis qui lumina nunquamAspexêre, tamen cognoscant corpora tactu,Ex ineunte xvo y nullo contincta colore :Scire licet, menti quoque nostrx corpora posse,¥erti in notitiam. nuUo circumika fuco.Non


L ï V M E II ' itf i*Non q\i*ii en 'soit beaucoup, entre eux, si diïfêrem,Mais qti ? en tout » tt toujours, ils te sont dans leufs rangs IQuelque peu qu'en effet leur figure Varie^Combien plus leurs concours, leurs chocs, leur énergfe fDistances', mouvemens, poids, route, liaison,Distinguant là brebis dcl'lromme et du lion,Toute espèce d'une autre, et l'air même des ondes,Et les eaux de la terre, et ses plaines fécondesDu pavillon des cieux couvrant son globe entier,Combien plus, en tout temps f doivent-ils varier !Si de mes vers, ami, la douceur te captive,Daigne encor leur prêter une oreille attentive.Viens, apprends que, éts corps, de couleurs décorés.Nul n'est le résultat d'atomes colorés;Que du blanc, que du noir, ou de quelque autre teinte »lis ne peuvent jamais leur transmettre l'empreinte ;Que, pareille ou diverse, ils ne font point en eux.QUKL esprit peut saisir ces ètreS ténébreux,Di>tu ?Lfe tien, sans doute. Eh quoi ! plongé dans l'ombre»Jeté, dè$ son berceau, dans la nuit la plus sombre,L'aveugle, au seul toucher de sts doigts délicats,Méconnaît-il jamais, ne distingue-t-il pas - 'Ce dont la teinte échappe à sa vue obscurcie?H^us-mêmes, quand , du jour, la flamme évanouie fTome J.L


i6a « LUCRÈCE,Denlque nos ïpsi, cxcis qUaecunque tenebrisTangimus f haud ullo sentimus tincta colore.Quoi* quoniam vïnco fieri, nunc esse docebo.Omnis enim color omnino mutatur in omnes;Quod facere haud uilo debent primoïdia pacto :Immutabile enim quiddam superare necesse est,Ne res ad eifaiium redigantur funditùs omnes.Nam qeodcunque sois mutatum finibus exit fContinua hoc mors est illius, quod fuit antè.Proindè colore cave contingas semina rerum*Ne tibi res re-deant ad nilum ftinditùs omnes.PR^TEREA, si nulla coloris principes estReddita natura : at variis sunt praedita formis,E quibus omnigenosgignunt, variantque colores.Proptereà magoi quèd refert semina quxqueCum quibus, et quali positurâ contineantur;Et quos inter se dent motus accipiantque:Perfacilè extemplo rationem reddere possis,Cur ea 9 quse nigro Fuerint pauîô antè colore,Marmoreo fieri possint candore repente :Ut mare, cùm magni commôrunt aequora venti»Vertitur in canos candenti marmore fluctus.Dicer.e enîm possis nigrum, quod saepe videmus,Materies ubi permista est illius, et ordoPrincipes rautatus, et addita, demptaqqe quxdam,


LÎVÈ* Il 1%Àtt ïëtôttr de Vesper, disparaît à taosyeux»Le distinguons-nous moins par ce sens précieux?Et l'esprit si subtil ne pourrait steul connaître,Sans k fard des couleurs, les élém'ehs de Ferre I ,Il le peut ; tu h 'sens* Prouvons ces grandes loix»TOUTE teinte, à nos yeux, peut changer mille fols»L'atome le peut-il ? Àh ! s'il n'est immuable ^Que le grand Tout, ami 5 par lui seul réparable,Aux gouffres du néant va bientôt s'ettgloutir !Et quel éorps, Sans s'y perdre, a pu jamais sorti*JDes bornes, qu'à son être a prescrit la Nature ?Crain's donc, aux élément donnant quelque teinture*D'entraîner au tombeau cet immense Univers.Crois qu'ils n'en ont aucune, etque^ toujours divers^Selon leur ordre, entre eux, et dans chaque assemblage fLeur mélange, leurs chocs qu'observe un esprit sage^Chocs donnés ou reçus, mortels ou créateurs $C'est d'eux seuls, à jamais » que naissent les couleurs;EuHc seuls, à nos regards, les changent, les varient;D'où vient, qu'en même tout, plusieurs teintes s'allient*Que souvent l'œil surpris lés voit s'y succéder ,Qu'à l'albâtre, bientôt i'ébède va céder ;Que, sombre afcur d'abord, cette mer mugissanteBoule, à l'effort des vents, en nappe blanchissante*Ainsi les premiers corps, quand leur ordre est troub!é fQu'il en part, en survient , dans un cours peu réglé,Changeant tout, dans la masse, autrement combinée fSeuls , l'offrent blanche ou noire à la vue étonnée.Lij


iff* 'LUC|ÈC E> fContinua id fieri ut candens videatur, et album :.Quod si cseruleis constarent xquora pontiSeminibus f nullo possent albescere pacto.Nam quocunque modo perturbes cse'rula qux-sint,Nunquam in marmoreum possunt migrare colorem»SIN alio, atque alio sunt semina tincta colore,'Qux maris efficiunt unum purumque nitorem :Ut s^epe ex aliis formis 5 variisque figurîs^JEfficitur quiddam quadratum 5 unique iîgurx:Conveniebat, uti in quadrato cernimus esseDissimiles formas , ita cernere in xquore ponti :Aut alio in quovis uno puroque nîtoreDissimiles longé inter.se, variosque colores.PR;ETEBEA 9 nihilofficiunt, obstantque figurasDissimiles, quo quadratum minus omnesit extra,At varii rerumimpediunt, prohibentque colores,;Quo minus esse uno possit res tota nitore.TUM porro, quse ducït et inlîcit, ut tribuamusPrincipiis rerum nonnunquam, causa, colores,Occidit; ex albis quonîam-non albacreantur;>ïec quse nigra cluent 5 de nigris; sed variis de#Quippe etenim multo procliviùs exorientûrCandida de nullo, quàm de nigrante colore,Aut alio quovis, qui contra pugnet 5 et obstet.ÏRiETEREA, quonîam nequeunt sine luce coloresEsse , neque in lucem existunt primordia terum jScire licec quàm sint nullo velata colore.


LIVRE IL . iêiCOMMENT ces Bots, en blanc, se sont-ils colorés.S'ils n'étaient qu'un tissu d'atomes azurés ?Leur ordre, quel qu'il soit, peut-il changer leur teinte?De quelqu'une, dis-tu, chacun portant fempreinte,L'un azur 5 l'autre blanc, ils forment ce cristalToujours ira , toujours pur, en son tout inégalQu'on trace , en un carré, mille et mille figures.En est-il moins" le même, et ces lignes obscuresLe changent-elles ? Non ; mais on en voit les traits.Mais voit-on, dans les eaux, distingee-t-on jamais,Dans tel corps que ce soit d'une couleur constante 9Des atomes divers la teinte différente?Qu'importent, au carré, tous ces traits circonscrits?L'enclos est toujours un ; mais un pur colonsPourrait-il résulter de cent couleurs diverses lCE système inouï, c'est toi qui le renverses.Quand tu dis que, du blanc, ne naît point la blancheur,Que des atomes noirs ne font point la noirceur,Et que toute teinture est due à leur mélange.Comment peux-tu souscrire à Ce prodige étrangeDu noir tissu de blanc, du blanc pétri de noir*.Et plutôt, avec moi,.ne peux-tu concevoirL'atome sans couleurs, mais les recevant toutes ?DIS-MOI , lorsqu'à tes yeux-la nuit les a dissoutes**L'atome en est-il moins? Est-ce -l'éclat dii jourQui, les produisant seul* nous lerend : à son tour?L ii|


166 LUCRÈCE,Qualis enira caccîs poterit color esse lencbrîs^JLumioe qui mutatur in ipso, ptopçereà qu$4Bectâ aut obliqua percpssus luce refulget ?Pluma columbarutn quo pacço insolç videtur*Quse sita cervices eircum, éolhimque côronatjNanique alias fit uti rubro sit clara pyropo ;Interdùm quodam sensu fit, uti videaturInter caeruieum vkides miscere smaragdos.Caudaquç pawnis^ largâ çùm luce repleta tst %Consimili mutât rationç obversa colores.Qui 5 quoniaro quodam gi'gnumuFlumiiiisictti^Scilicçt Id sine ço fiçri pop posse put?ndupi est %ET quoniam plagae quoddam genus ex-cipt in s*Pupùta 9 cùm sentire colorera dicitur album,Jktque aliud poiré, nigrum cùm^ et coetera^ sçntft^Nec refert ea, quae tangis, quo foitç coforePxxdjta sint ; verùm quali magis apta figera iScire licet, nil principes opus tsse colores - %Sed vari-is formis variantes edere tactus,PK.KTEREA, quopiam non cettis certa figurfcEst natura coloris 5 et omnia principioruriiFormamenta queunt in quovis tsst nitore jCur ea f quae constant ex illis 9 non pariter sunfOmnigenisperfusa ccjoribus in génère omni ?- Conveniebat cnim corv-os quoque saepç YofônftgEx albis album pcnnis jaçtare colorera fEt nigros fieri nigro de semine cycnos*A«t alio quovf? uno * varioq^e çolQrcr


LIVRE II if*Non , sans doute. Il est donc, il peut être sans elles ;Car la nuit les efface en étendant sts ailes.Que dis-je? Par ses traits obliques ou directe,Le jour même les change, en ses divers aspects.Les vois-tu, réfléchis du cou de Péristère,De i'ccharpe d'Argus ouverte à la lumière fY semer, tour à tour, le rubis le pRis pur fEtFémeraude, et for, et la pourpre, et l'azur,L'un dans l'autre, à leurs jets, fondus avec mollesse,L'un par l'autre effacés, et reproduits sans cesse?Soleil, si ces effets ne sont dus qu'à tes jeux,Us n'existent donc plus quand tu fois à nos yeux.Si le rouge ou le blanc nous porte une autre atteinteQue le noir, qoe le jaune, ou que telle autre teinte jS'il importe assez peu comment est coloré-Ce qui frappe mon oeil, mais comment figuré ;Quelle raison, dis-moi, de teindre les atomes,Eux qui, pour affecter ou la brute ou les hommes rN'ont besoin que de forme et de traits différens?TEL coloris, en eux, dépend-il, en tout temps,De telle ou telle forme, et, quels qu'ils puissent être*Quelque figure enfin qui distingue leur être,Ne revêtent-ils pas toute teinte au hasard lPar quel jeu donc bizarre, ou plutôt,, par quel art,N'en est-il pas de même en tous leurs assemblages?Pourquoi ces corbeaux noirs, hôtes de nos bocages,.Composés quelquefois d'atomes verts oft blancs,Ne s'offrent-ils jamais qu'en leurs-noks vêteméns f


t*LUCRÈCE,Qurtî etîam quantô în partcf rcs quacque minutasDistrahitur magis , hoc magis est ut cernere possïsEvanescerc paulatiip, stinguique colorem.Ut fît, ubi ïo parvas partes discerpitur auront,Purpura, pœniceus.quecotor clarissimu mu!tô %Fifatim cùm distractus disperditur omnïs :.Noscere ut liinc possis, priùs omncm çfflare coîoteaiParticulas, quàm diseedant ad semînaierum^FOSTREMO , quonîam non omnia corpora voceimMittere concedis, nequeodorcm : proptereà fît,.Ut non omnibus attribuas sonitus, et odores.Sic, oculis quonîam non omnia cernere qtiraïus^Scire lfcet,. quxdam tam constare orba colore,Quàm sine odore ullo qtixdam, sonîtuque remota jNcc minus hxcanimum cognoscere posse sagacem %Quàm qux sunt alîis rébus privata, uotisque*SîD ne forte putes solo spolîata coîoreCorpora prima manere : etiam sécréta tepof îstSunt, ac frigoris omninp, calidique vaporis:Etsonitu sterila, et succo fejuna feruntur;Nec jaciunt ullum, proprio de corpore, odôrerotSicfit amaracixû blandum, stact«que iiquoi«m^


LIVBE IL i^Ou pourquoi , résultat d'une semence noire»Le cygne-, balancé sur des aile? d'ivoire yNe peut-il déployer i'ébèrfe le plus pur ?QUEL éclat, par degrés, de plus en plus obscur,. *Quelle couleur bientôt ne s'éteint toute entièreDans un corps qu'on divise et qu'on met en poussière?L'or même, en sable fin, et la pourpre, en filets»Ne lancent plus, dans Pair, d'aussi" brillans reflets,Et toute teinte 9 en eux, peut ainsi se détruire,Avant qu'en élçmens on ait pu les réduire^Si rien ne se ressemble, et si tout résultatNe peut frapper l'oreille, ou saisir l'odorat»Tu conclus, avec nous, qu'ainsi que d'inodores»11 en est, et plusieurs, qui ne sont point sonoresjSi donc il est des corps si fins et si menusQu'ils écîiappent sans cesse aux yeux les plus aigus, 'Ne conclûras-tu pas qu'ils n'ont aucune teinte?Ton esprit si subtil ne peut-il , sans contrainte »ïmbrasser, concevoir des êtres sans couleurs,Comme il en a conçu sans sons et sans odeurs.?•MAIS c'est pâique, des corps, la semence premièreN'étale aucune teinte aux- traits de la lumière ;Elle est irwpnétrable au froid, à la chaleur ;Elle n'a nure parfum, nul son, nulle saveur : .Telle que, de Pallas, la liqueur douce et lente,Qu'on choisit la plus jure et h fpoins pdor?ota


-rjoLUCRÈCE,Et nardï lorem, nectar qui naribus halaât,Cùm facere instituas : cum prïmis quaerere par est %Quoad licet , ac potis es reperire^ inolentis oliviNaturam , nullam qux mittat naribus auram :Qoàm minime ut possit mistos in corpore odores fCoococtosque, suo contactes perdere vko*PBOPTEREA demùm debent prïmordia reraraNon adhïbere suum gignundls rébus odorem,Nec sonitum, quonîam nihil ab se mittere possunt:Nec simili ratione saporem denîque quemquam ;Nccfrigus; nequeitem calidum^ tepidumque vaporem; etCaetera : quae cùm ita sunt tandem, ut mortalia œnstent^Molli lenta 9 fragosa putri, cava corpore raro^Omnia sint à principes sejuncta necesse est»Immortalia si volumes subjungere rébusFundamenta 9 quibus nitatur summa salutïs:Ne tibi res redeant ad nilum fuuditùs omnes*NUNC ea, quae sentîre videmus cunque necesse tst^Ex inseosilibus tamçn omnia confitearePrincipiis, constare : neque ïd manifesta réfutant,•Nec contra pugnant, in promjptn cognita qux sunt tSed magis ipsa manu ducunt^ et credere cogunt^Ex insensilibus^ quod dico, anîmalia gi(m>QUIFFE videre licet, vîvos exïstere vermetStercore de tctro, puttorem cùm sibî'nacta est


L I V R E I I,Pour y verser du thym, nectar de l'odorat,Dç la myrrhe ou du nard le parfum délicat}De peur, qu'en s'échauffant, sa vapeur vicieuseN'enveloppe ou n'altère une odeur précieuse*i7iET comment, en effet, par quel jeu, quel moyen,{/atome, en aucun corps, ne perdant jamais rien,Transmettrait-il odeur, goût, chaleur, ou froidure,Et tous les accidens qu'étale la Nature,Et tous çeuic qu'elle change, et, d'instant en instant %Reproduit ou replonge aux gouffres du néant?La mollesse, à céder si prompte et si facile,La putréfaction si vaine et si fragile,La rareté poreuse, où tout s'ouvre un chemin %Puis-je les voir, en lui, sans renverser soudainL'immortel fopdement où l'Univers repose,Et, dans les champs du rien, ramener toute chose?MAIS , quoi ? l'être sensible (et tu n'en peux douter*Et rien, à tes regards, ne peut le réfuter,L'expérience parle, et la Nature entière,Te guidant par la main, t'en offre la lumière ) tL'être sensible même, et ses heureux ressortsNe sont les résultats que d'insensibles corps.VOIS-TU , dans ce bourbier, quand sa masse écumant*S'échauffe par degrés, et howHQBfie et fermente,


17* LUCRECE,ïnteropestïvîs ex imbribus humida telles*Pixtereà cunctas îtidem res vertere sese*Vertant se Huvii, frondes, et pabula lsetaIn pecudes : vertuot pecudes in corpora nostraNatoram; et oostro de corpdre sxpe ferarumAugescunt vires et corpora pennipotentum.ERGO omnes Natun cibos in corpora vîvaVcrtit , et hinc sensus animantum procréât omnes :Non aliâ longé ratione, atque arida lignaEzplicat in flammas 5et in ignés omnïa versât*,Jamne vides igitur 5 magni primordia reram -Keferre in qualï sint ordine quseque lo'cata:Et commista quibus dent motus, accipiantque?TUM porro quid îd est anïmum quod percutît îpsum?Quod movet? et varïos sensus expromere cogit?Ex însensilibus ni credas sensile gigniNIMIRùM^ lapides 9 et ligna, et terra quoqueunàMista^ tamen nequeunt vitalem reddere sensum*.lllud in faisigitur fœdus memînisse decebït;Non es omnibus omninô, quxcunque créant res^Sensilia extemplô, et sensus me dicere gigni :Sed magni referre, ea primùm quantnla constent,Sensiïe qux faciunt^ et quâ sint prxdita formâtMotibus 5 ordinibus 9 posituris denique qux sînttQuantm nil rerum in liguis, glebisque videraus*


1 1 V R E II 175Vois-cu Ces vers naissans si fiers de voir le jour ?Crois qu'ainsi tout, en tqut, se change tour à tour,En troupeaux, les gazons, les ruisseaux, les feuillages;En hommes, les troupeaux; en vos monstres sauvages,Monts , forêts, champs des airs, de malheureux mortels,Trop souvent déchirés sous leurs ongles cruels.NATURE , oui, c'est ainsi que, sous ta main puissante^Tous mets sont transformés en espèce vivante ;Que nulle ne respire et ne sent que par eux.C'est ainsi qu'elle enfante et la flamme et les feuxDu bois le plus aride, et des corps les plus brutes.Tant il importe, en tout, pour trancher les disputes 9De savoir en quel ordre, et dans quels mouvemens,Donnés , reçus, transmis, y sont les clémens !Si tu crois que, du mort, le vivant ne peut naître,D'où vient le sentiment? où vont puiser leur être'Nos sens, nos passions, si puissantes sur nous ?» Quoi ? naîtraient-ils du bois, des terres, des cailloux,*» Des premiers corps, en eux, quel que soit le mélange «?Je suis loin de souscrire à ce système étrangeQu'il n'est rien dont leur feu ne puisse résulter.Jt sais, et je l'ai dit, que, pour 1er enfanter,Il faut des élémens d'une finesse extrême,En tel rang, telle forme, en tels mouvemens même,,Tels qu'ils ne sont jamais dans la pierre ou le bois,Qm pourtant » dans tes eaux, rendus aux mêmes lois,


t74- LUCÈÈCË*Et râmetihacc cùm sont quasi putrefacta pèr ïmbntî^Vermiculos parient; quia corpora materia%Antiquis ex ordinibus, permota, nova re |Conciliantur ita, ut debent animalia gigni»D&iKt>£ eic sensilibus cùm sensile posse creart-Constituunt, porro, ex aliis sentire suetis %Mollia tum faciunt : nam sensus jungituromnisVisceribus, nervis, venis, qusecunque videmuiMollia inortali consistere corporc creta»• SED tamen esto jam posse bscc seterna tnanerè iNeropè tamen debent aut sensum partis habere fÀut similia totîs animalibus tsst putarhAt nequeunt per se partes sentire * nec essè ,Namque aliûm sensus membrorum respuit omnef*Nec manus à nobis potts est sécréta , neque ullaCorporis omnino sensum pars sola tenere.Linquitur, ut totis ahimalibus adsimHentur;Vitali ut possint consentire undique sensu.Qui poterunt igkur rerum primordia dici,Et lethi vitarevias, animalia cùm sint ?Atque.animalibu' sint mortalibus una ? eademque ?QUOD tamen utpossint, ab coetu^ concilïoque,1 Nil facient, pixter volgum 9 turbamque animantunnScilicet ut nequeunt homines, armenta, ferseque,.Inter sese ullam rem gîgnere conveniendoPer Veneris res, extra hommes, armenta> ferasquciQUOD si forte suum dimittunt corpore sensum,


LIVRE 11 - èJSDissous, décomposes, matièrerepéorïeDans un ordre nouveau propre à donner la VJC, •La donnent, en effet, à des vers renaissantCEST un présent, dis-tu , de principes vivant,Eux-mêmes, résultats d'autres aussi sensibles.VIvans ! Ils sont donc mous , fragiles, destructibles 9Car les veines, les nerfs où tient le sentiment,Lts viscères enfin se brisent aisément.MAIS, soit; fragil^ mous, rien n'éteindra leur vie»Chacun d'eux ne Pa-wl que comme une pairie,Ou bien est-il plutôt un animal entier?Ainsi donc, hors du tout, avant de s'y lier,La partie, en tout temps, sentira par sqi même 5Arrachée à ce tout , par un effort suprême fElle vivra, soustraite à l'empire des morts.Mais un membre vit-il séparé de son corps ?Si , dans chaque élément, la vie est toute entîène fComment sont-ils, des corps, la semence première!Pareils aux animaux et changeans et mortels,Comment braveront-ils les siècles éternels ?ET , dussent-ils franchir l'immensité des âges fQue seraient-ils jamais, dans tous leurs assemblages,Qu'une foule innombrable, un peuple d'animaux,Comme fhôte des bois, et Fhomme et les troupeaux fSe propageant toujours, chacun dans son espèce?DAMS leur concours, dit-on, tout sentiment s'affaisse ;


7* LVC'ïtÈCE*Atque aïium capiunt; quid opus fuit attribut 5 qûùâDetrahifûr? Tùm-prxtereà* (quod fegimosantè)Quatinùs in pttll'os animales verrier ovaCernimus alituum ; vermesque efFervere , terrainIntempestives cùm putror cepït obimbres:Scire licet gigni posse ex nôo sensibu' sensus»QUOD si forte aliquis'dicet 5 duntaxat orirlPosse ex non-sensu sensus, mutabilitateAntèaliquâ 5 tanquam partum 9 quàm prodityr extra :Huic satis iliud erit planum facqflfc atque probaie fNon fieri partum, nisi concilio ante coacto;Nec commutari quidquam sine conciliatuPrimorum 5 ut nequeunt ullius corporis esseSensus ante ïpsam genitam naturam animantis*Nimirùm quia materies disjecta teneturAcre, fluminibus, terris, flammâque creatis;Nec congressa modo vitales convenientiContùlit inter se motus 5 quibus omnituentesAccensi sensus animantem quamque tuentur*PRJCTEREA t quamvis animantem grandïor îctus fQuàm patitur natura, repente adfligit 5 et omnesCorporis 5 atque animipergit confundere sensus;Dissolvuntur enim positurx principiorumjEt penitùs motus vitales impediuntur;Donec materies, omnes concussa per artus,Vitales animse nodos è corpore soivit,"ils


L 1 VEE IL i 71Us en prennent un aut>e en changeant de dçstïaMais pourquoi leur donner ce qu'on leur ôte enfin!Et si l'oeuf insensible -, et cette fange impure,Deviennent, par degrés, cédant à la Nature,L'un oiseau, l'autre ver, qui peut me démentirQuand Je dk que , do mort, le vivant peut sortir ?ON insiste. On nous dît i au-moment qu'ils s'arrangent^Soudain régénérés, les élémens se changent,Insensibles d'abord, sensibles désormais,Pour former te sensible, en leurs nouveaux concrets.Mais quoi donc? sans concours, dans la Nature entière,Est-il rien qui se change et qui se régénère tAvant l'animal même existe-t-il des sens?£t, de ces sens enfin, tes atomes fiottans 'Dans te feu, dans les aks, et les eaux, et la terre,Se sont-ils rencontrés, heurtés dans leur carrière?Ont-ils produit, entre eux, ces mouvemens vitauxPar qui sont allumés ces utiles lambeauxProtecteurs vigilans de tout ce qui respire?D'AiLLE0Bs,ces mouvemens, un choc peut les détruïreiUn choc, troublant soudain Tordre des premiers corps,Dans Tanimai entier, suspend tous les ressorts:11 y confond la vie , il l'abat dans la poudre ;Jusqu'à ce qu'ébranlés, et prêts à se dissoudreCes mêmes premiers c®rps, forçant tous leurs remparts^L'ame, le sentiment se perd de toutes pans.Tome lM


•i 7 » . LUCRÈCE,Dispersamque foras per cauias ejicit omnes.Nam quid prxtereà facere ictum posse reamurOblatum, nisi discutere, ac dissoivere quxque?FIT quoque, uu soleant minus oblata acriter ictuKelliquix motûs vitalis vincere sxpe,Vincerej etingentes plagxsedare tumultus.,Inque suos quidquid rursùs revocare meatus,Et quasi jam lethi dominantetn in corpore motumDiscutere 5 ac pœnè amissos accendere sensus.Nam, quare potiùs lethi jam limine ab ipsoAd vitam possint conlectâ mente reverti,Quàm quo decursum prope jam siet, ire, et abire? ,PRJETEBEA, quoniam dolor est, ubi materiaïCorpora, vi quâdam 5 per viscera viva, per artusSollicitata suis trépidant in sedibus intùs;Inque locum quando remigrant, fitblanda voluptas :Scirelicet 5 nullo primordia posse doioreTentari ; nullamque voluptatem capere ex se :Quandoquidem non sunt ex ullis principiorumCorporibus, quorum motus novitate laborent;Aui aliquem fructum capiant dulcedlnis almae,Haud igitur debent esse uilo prxdita sensu.DENIQHE, uti possint sentïre anïmalia quxque,Principiis si etiam est sensus tribuendus eorum :Quid ? genus humanum propritim de quibu' facwm est?Scilicet et risu tremuto concussa cachînoant,


LIVRE IL i 7î^Que paît de plus ce choc, que de briset leur chaîne?Si l'atteinte est légère, 'elle peut être vaine;L'âme en peut triompher, et, dans F être animé»Tout peut rentrer encor dans Tordre accoutumé»Bientôt, du sentiment, la flammes'y rallume ;La mort cède à la vie , et, soit qu'il se consume,Soit qu'il revienne à lui, ces grands ébranlemensNe sont jamais produits que par les élémens,Par leurs cours, par leur marche inégale ou suivie ,«L'entraînant, avec eux, dans la mort ou la vie.Si leur guerre intestine, à quelque effort vainqueur,Dans tes membres, tes nerfs, va porter la douleur;Si, rendus au repos # le plaisir s'y déploie;Si leur concours fait seul la tristesse ou la joie;Nul d'eux ne les sent donc en soi-même, et par soi,Non pétris d'élémens qui, par là même loi,Ou troublés ou stagnans, leur en portent l'atteinte;Du sentiment, en eux, la flamme est donc éteinte.Si, pour animer fêtre, elle doit vivre en eux,Ceux dont l'homme est formé , sages, tristes, joyeux,Tels que lui, peuvent donc analyser les choses,Leurs propres élémens , les principes, les causes ,* M ij


i8oLUCRÈCE,Et lacrymîs spargunt rorantibusora ? genasque,,Multaque de rerum misturâ dicere callent 5Et sibi proporro qux sint primordia quasrunt :Quandoquidem totis mortalibus adsimulata,Ipsa quoque ex aiiis debent constare démentis;Inde alla ex aiiis, nusquam consistere ut ausis.Quippe sequar 5 quodcunque loqui 5 ridereque dices,Et sapere, ex aiiis eadem hxc facientibus 5 ut sit.Quod si délira hxc^ furiosaque cernimus tsst, •Et ridere potest ex non ridentibu' factus 9Et sapere, et doctis ratsonem reddere dictis,Non ex seminibus sapientibus, atque disertis:Quî minus tsst queant ea, qua: sentire videmus^Seminibus permista carentibus undiquè sensu?DENIQUE cœlestï sumus omnes semine oriundi :Omnibus ille idem pater est, undè, aima liquentesHumorum guttas mater cùm terra recepit,Fœta parit nitidas fruges, arbustaque lacta.Et genus humanum; parit omnia sxcla ferarum*Fabula cùm prxbet 5 quibus omnes corpora pâscunt,Et dulcem ducunt vitam, prolemque propagant.Quapropter merito matemum nomen adepta est tCedit item retrô, de terra quod fuit antè, "lu terras ; et quod missum est ex setheris oris,Id rursùm cœli rellatum templa receptant :Neve putes xterna minus residere potesseCorpora prima, quod in summis fluitare videmus (


LIVRE IL itiOuvrir les yeux aux pleurs comme la bouche aux ris;Eux-mêmes, de pareils, sont donc aussi pétris;Ceux-ci d'autres encor, ces autres, encor d'autres,Ces derniers, de nouveaux^ toujours pareils aux nôtres,Sans terme où mon esprit puisse enfin s'arrêter.J'insisterai toujours, quoi qu'on puisse objecter >Et tout ce qu'on dira pouvoir pleurer, ou rire,Raisonner, discuter, sans jamais m'en dédire.Je n'y verrai, crois-moi $ qu'atomes raîsonnans,Discutans, comme nous, ou pleurans, ou rians.Maïs au comble , dis-tu, c'est pousser la folie.Si donc, quoiqu'il raisonne, ou qu'il pleure, ou qu'il rie,L'homme n'est qu'un tissu d'atomes non rieurs.Non pleureurs f non savans, non subtils raisonneurs^L'animal ne peut-il en être un d'insensibles lNE sortons-nous pas-tous des sources fnvisiblèrDu champ fécond de l'air, le père universel,.Dont, quand sa tendre épouse, en son seinmaternel,.,Vient à pomper, des eaux, les douces influences,Elle échauffe, déployé, et nourrit les semences f• Oui, sans doute, elle enfante arbres, prés et moissons,.Et l'homme, et ce qui peuple et la plaine et les monts»Elle prodigue à tous les doux soutiens de l'être,Par qui mon oeil charmé les. voix vivre et renaître*,D'âge en âge, à leurs fils, tansmettant l'Univers.De là, cher Memmius, de ces bienfaits divers,.Ces no.ms.sacrés de Rhée et de mère immortelle..Elle engloutit enfin tout ce qui'nous vient d'elle ;Miij"


-j Sa LUCRECE,Bebus, et ïntcrduni nafêcï 5 subîtoqee perire.Ncc sic interimk mors res,. ut materiaïCorpora confîctat, scd cœtum dissupat oliis :Inde aliis aliud conjungit, et cfEcit 9 omnesRes ut convenant formas r mutentque colores %Et capïaot sensus^, et puoeto tempore reddant ;Ut noscas referre, eadera primordia reramCum quibus, et quali positurâ contineaeter^Et quos inter se dent motus, accipiantque.Namque eadem coelum, mare^ terras % flu-mîn» 5 solemSignifïcant ; eadem fruges, arbusta 5 animantes;Qoin etiam refert nostris in versibus ipsfs^Cum quibus^ et quali sînt ordine qeaeque locata :Si non omnîa sînt 5 at nuilt6maxima pars estConsîmilîs : verùm positurâ discrepttant faseç.Sic ipsis in rébus item jain materiaïIntervalla, vïx i connexes, pondéra, plagac»Concersesç motus, ordo, positurâ, figuiac'Cum permutantur, mutari rçs quoque dçbentNUNC anîmum nobis adhibe veram nâ ratîonem:Nam tibi vefaementer nova res molitur ad auresAccidere, et nova se species ostendçre rerum.Sed peque tam facilis res ulla est, quîn ea prîmùraDifficilîs inagis ad credendum oonstet ; itemquo


LIVRE II i%Tout cç qui vient des deux remonte dans leurs champs*Ne crois point toutefois qu'en ces corps périssans fDes atomes distraits la foule évanouie,Soit sans cesse arrachée et rendue à la vie.La mort n'en détruit point. Ses coups, toujours vainqueurs,Ne font que reforger les formes, les couleurs,Et dans quelque autre masse, autrement compassée,Donner, .aux élémens, ou ravir la pensée,Le sentiment, la vie, accidens passagers.Observe donc leurs chocs intestins, étrangers,Et leurs rapports entre eux, et, dans chaque texture,En quel ordre, en quel rang les plaça la Nature.Tu le vois en ces vers. Quels objets difFérens,Selon les liaisons, et la place, et les rangs,Y sont peints mille/ois des mêmes caractères ïCieux, soleil, fleuves, mers, et les eaux et les terres fPrés, riantes moissons, arbrisseaux, animaux,S'ils ne sont tous pareils, en chacun de ces mots 3Que souvent à nos yeux les mêmes s'y produisent !Mais, par leur ordre entre eux % combien ils les divisent !Tels, dans les élémens, poids, chocs f directions,Formes, distances, cours, routes, combinaisons,Changeans,cn chaque tout, les ebaogenttous.eux-mêmes*O vérité sublime ! à tes clarté? suprêmes rDans quel éclat nouveau > quel jour plus radieux ^L'Univers, tout-à-coup, se dévoile à mes yeux ! -Ouvrons-lui, Memmius, notre ame toute entière; 'Accoutume ta vue à sa vive lumière..M Iv


'i*4LUCRÈCE,Kil adeo magnum, nec tam mirabile quidquam-Princlpio, quod non minuant mirarier omnesPaulatim ; ut cccli clarum purumque colorem fQuemque in se cobibent palantîa sidcra passim ,Eunseque, et solis praeclarâ luce nitorem :Omnîa qux si nonc primùm mortalités adsint*Ex împroviso ceu sint objecta repente; .Quid magis his ftbus poterat mirabile dicr^lAut minus antè quod auderent fore credere gentesfNil j utopînor; ita hacc species miranda fuisset;Cùm tibi jam ncmo, fessas satiate Yidcndi fSuspicere in coeli dignatur lucida templa.Desïne quapropter, noYitate exterritus ipsâ $Exspuere ex animo rationem : $ed magis acrtJudicio perpende^ et, si tîbî vera videtur,Dede manus ; aut, si falsa est, accingere contra*QUJEEIT enîm tatîooe anîmus, cùm summa locî sîtInfinita foris * hxc extra mœnia mundî ;Qutd sît ibi porro, quô prospîccre usquè veiit mens >Àtque animî jaetus liber quo pervolet ipse.PRINCîPIO 5 nobîs ïn cunctas undiquè partct ,Et fatere ex utroque^ infrà, superàque^ per omneNulla est finis, uti docui, res ipsaque per se.Vociferatur, et elucet natura profundï.


LIVRE IL ift*S'il n*ect rien de si prompt à forcer notre foiQue d'abord notre esprit n'abjure avec effroi,11 n'est rien de si grand, dès qu'il vient à paraître fQui, long-temps sous nos yeux, ne cesse enfin de l'être:Ainsi l'azur du ciel, sts flambeaux éciatans,La lune, le soleil, promenés dans ses champs fD'aujourd'hui présentés à ta vue éblouie, . .Confondraient, devant eux, ton amç anéantieQuel tableau, dirais-tu ! qui l'eût pu concevoir 1Qui de nous eût jamais espéré de le voir !Par la satiété, sa grandeur effacéeNe fixe plus pourtant tes yeux ni ta pensée.Et quel homme, sensible au spectacle des deux,Daigne y porter encore Un regard curieux?Ne prends donc nul effroi de vérités nouvelles;Pèse, examine, juge , et, si tu les crois telles,Ose les embrasser et leur ouvrir ton cœur :Si, sous ce nom sacré, tu ne vois que Terreur fA la combattre, ami, prépare ton courage.JE vais sonder l'abîme où la matière nage.S'il est vrai qu'à notre œil, par là raison muni fHors des remparts du monde, il s'ouvre à l'infini 9Je vais voir jusqu'où peut, librement élancée,S'y plonger, sans effroi, s'y perdre la pensée.SANS doute à droite^ à gauche, au dessus, audes'sots,Un océan sans bords s'étend autour de nous.Ouï; sa nature même, à ta raison vaincue,Atteste, tu Tas vu, son immense étendue%


i8tf * LUCBÊCÉ,Nulle jam paeto verisimile esse putandum est fUndiquè cèm vorsùs spatium ¥acct infînitum fSemmaque innumero numéro , summaque profundâMultimodis volitent xterno percita motu,Honcunum teiràrum orbem, coelumquecreatumsNi agere illa foris tôt corpora materiaï 5Cèm praesertim hic sic oaturâ factus; et ipsaSpoetc suâ forte offensando semina rerumMultimodis 3 temerè, iocassùm 9 frastràque coact*»Tandem coolucrint ea, quae conjecta repenteMagnarum rerum fièrent exordia semper,Terrai, maris, et coeii, gencrisqueanimantum*Quare etïam atque etiam taies fateare necesse estEsse alios alibi congressus materiaï,Qualis hic est 5 avido complexe quem tenet xther»PB^TEmiâ, cùm materies est multa parafa;Cùmlocus est praesto; nec res 5 nec causa moratutUlla; geni debent nimirùm 5 et coofieri res.Nuoc et seminibus si tanta est copia 5 quantamEnumerare aetas animantum-non queat omnis;¥isque eadem, et natura manet, qux semina rerw»Conjicerein loca quacque queat, simili ratione^Atque faùc sint connecta : necesse est confitcarcEsse alios, aliis terrarum in partibus^ orbes,Et ¥arias hominum gentes, et saeda ferarum*


LIVRE II 187Maïs si, des premiers corps, les Innombrables flotsS'y livrent, à jamais, d'innombrables assauts,Est-il possible, ami, qu'un tel gouffîre n'enserreQue ce monde où tu vis, nos deux et notre terre ;Qu'au delà de leurs bords, tant d'atomes flottans,Parmi tant de combats, demeurent Impuissans ;Tandis que notre monde, au gré de la Nature fNe doit qu'à ces combats sa vie et sa structure 5Qu'au hasard, de tout temps, agités, balancés,Ses germes créateurs, repoussans, repoussés,S'épuisant mille fois en efforts Inutiles fAprès avoir tenté mille concours stériles ,Tout-à-coup enlacés, ont produit ces grands corpsA qui durent enfin leur être et leurs' ressorts ,L'air, la terre, les mers, et tout ce qui respire?Non , par-tout la Nature étend son libre empire*D'autres mondes sans doute éclatent en tous lieux fPareils au tout superbe embrassé par nos deux.Quoi donc ? il est un lieu; la matière l'inonde,Mien n'arrête son cours, et, toujours inféconde,Elle ne produit rien, ne peut rien enfanter!Quoi, les corps primitifs qu'on ne sçaurait compter,•Dut tout homme, à jamais, y consumer son âge,Eux qui, de notre monde, ont formé l'assemblage 9Sont les mêmes par-tout, soumis aux mêmes loix,Et tu pourrais douter si, mille et mille fois fLeur foule qui, sans cesse, ou s'épand, ou s^enkee^D'autres mondes pareils 9 repeuplé l'espace?


.2«8 tue Ièç'E;Hue accedit, ut in summâ res nulla sït nm %tJnica quae gignatur, et unica, solaque crescat;Quin eu jusque sient sxclij permultaque eodemSint génère : in primis animalibus injic!e meetem;levenies sic moncivagum geous esse ferarum,Sichominum genitam prolem, sic denique mutasSquammigerûm pecudes^ et corpdra cuncta ¥olantum.Quaprôpter cœlum simili ratïone fatendum est 9Terramque 5 etsolem, lunam, mare* caetera 5 quac,sunt tNon esse unica^ sed numéro magis innumerali^Quandoquidem vitae depactus terminus altèTam manet fais*et tam nativo faxe corpore constant,Qiiàin genus omne, quod his generatim rébus abundat*MULTAQUE post nïundi tempus génitale, dîemquePrimigenum maris, et terroe, solisque coortum ,Addita corpora sunt extrinsecùs : addita cïreumSenfina, quaé magnum jaculando contulit omne:.'Undè mare, et terre possent augescere; et undèAdpareret spatium cœli domus, altaque tectaTolleret à terris procul, et consurgeret aer.Nam sua cuique locis ex omnibus* omnia plagîsCorpora distribuuntur, et ad sua sxcla recedunt:Humor ad bumorem, terreno corpore terraCrescit ; et ignem ignés producunt , xtheraque aether rDonicùm ad extremum crescendi perfica finemOmnia perduxit rerum Natura creatrix :Ut fit, ubi nihilo jam plus est5 quod datur intrà.Vitales venas, quàm quod luit, atque recediwOmnibus his setas débet consistere rébus ;


11 v â ê 11 is fQuoi ? rien, dans le grand Tout, ne peut naître isolé,Eïen n'y vit à qui rien ne puisse être égalé;Rien qui, dans ses enfans, ne meure et ne renaisse,Qui ne soit membre enfin d f une nombreuse espèce ^Tel que le peuple errant des monts et des forêts,De P/erapiife des eaux, les citoyens muets »Et ceux des airs, et l'homme, et ces tous magnifiques^Mer 5 ciel, lune, soleil, terre, seraient uniques,Eux qui,.pareils, en tout, à ces êtres diversQu'on voit, de père en fils, repeupler l'Univers tNaissent, meurent comme eux, par des lois immuables!Non, non ; par-tout sans doute il en est d'innombrables*Dis le jour créateur de ce monde borné,©à le ciel, où la terre, où le soleil est né,Pour nourrir, augmenter, fortifier leur masse,Que d ? atomes nombreux accourus de l'espace !En quels fougueux torrens, du grand Tout élancés,Joints aux palais des cieux, les ont-ils exhaussés!Combien encor, de l'air, ont-ils grossi les ondes!Par mille et mille chocs, en ces plaines profondes,Chacun, à ses pareils, va bientôt s'allier ;_ Au feu , tous ceux du feu courent s'associer;L'eau s^accroît des aqueux, des terrestres la terre,L'air de Tair, jusqu'au terme où leur puissante mère,La Nature, à ces tous, grands ouvrages du temps,Défend de s'élever à plus d'accroissemens ;Terme où nous touchons tous avant notre vieillesse,A^lors qu'on n'acquiert plus qu'autant qu-'on perd sans c«sse;


ipôLUCRÈCE,His Natura guis refrxnat viribus auctum*NAM quaecunque vides hilaro grandescere adauctu»Paulatimque gradus xtatis scandere adultx,Flora sibï adsumunt, quàm de se corpora mitrant*Dum facile In venas.cibus omois diditur ; et dumNon ita soot latè dispersa, ut multa remittaot ;Et plus dispendî Viciant, quàm vescitùr aetas.Nam certè fluere, ac decedere corpora rébusMulta, manus dandum est : sed plura accedere debent,• Donicùm «olescendi summum tetigêre cacumen.Inde minutatim vires, et robur adultumFrangit, et in partem pejorem liqukur aetas.Quippe eteoim quanto est res amplior, augmîne dempto fEt quo latior est, In cunctas undiquè. partes;Pluria eo dispergit, et à se corpora mittit :Nec facile in venas cibus omnis diditur eii ;Nec satis est, pro quàm largos e.xxstuat 3estus fUndè queattantùm suboriri, ac suppeditare,Quantum opus est, et quod satis est, Natura novare.Jure igitur pereunt, cùm rarefacta fiuendoSont; et cùm esterais succumbunt omnia plagîs :Quandoquidem grandi cibus xvo denique défit;Nec tuditamia rem cessant extrïnsecùs ullamCorpora conficcre, et plagîs infesta domare»


LIVRE.ILTerme où l'être s'arrête , où la Nature enfin ,'A son pouvoir actif 9 met elle même un frein.if iOui , tout ce qui s'accroît, se déploie avec grâce ,Suit mollement le Temps dans le cours qu'il lui trace,Et monte , par degrés, à la maturité ,Reçoit plus qu'il ne perd jusqu'à son doux été :L'aliment , mieux filtré , coule mieux dans ses •doesfIl en dissipe moins en exhalaisons vaines ;Ses pores 5 plus serrés, en rendent moins à Pair:Ainsi , moins il dépense, et plus son être acquiert.Il n'est rien , tu le saris, qui ne perde sans cesse;Mais, jusqu'au faîte heureux de sa verte jeunesse, 'Que tout doit s'enrichir plus qu'il n'est appauvri !C'est à ce terme, hélas ! que, par degrés flétri,Tout penche vers la mort; que, toujours inflexible,Le Temps nous y conduit d'une marche insensible.Beauté, vigueur, talens, tout se fond sous ses coups,Et le corps le plus vaste est le plus tôt dissous.Il perd plus, en effet, et par bien plus d'issues.Des plus douces saveurs les semences reçues,Quand il ne doit plus croître, alimens superflus,Y pénètrent bien moins ou n ? y suffisent plus.Par un flux trop constant, la Nature abuséeNe peut fournir à Pêtre, et, bientôt épuisée,H'en sçaurait remonter les ressorts débandés*Moins dense, il va s'éteindre, et ces flots débordés,Et cent coups étrangers entraînent sa ruine ;Ainsi tout appui manque à Page qui nous mine:


^LUCRÈCE,Sic igitut 'magni quoque circùra mocnîâ 'mundï•Expugnata dabunt labem, putresque minas.Omnia débet enim ctbus integrare novando >Ec ftdcire cibis, ac omnia susteotarc.Ncquicquam 9 quoniam eec venae perpetiunturQuod;satiscst 5 neque, quantum opus est^Naturaminiçtrat;* Jamque adeo affecta est «tas % effçetaque tellusVîx animalia parva créât, qux cuncta creavitSxcla, deditque ferarum ingentia corpora partu*Haud^ ut opinor f enim mortalia sxch supernèâurea de coelo demisit funis in arva ;Nec mare , nec fluctus plangentes saxa creârunt :Sed genuk telius eadem, qux eunc alit ex se.Prxtereà nitidas fruges^ vioetaque lactaSponte sua primùm mortalibus ipsa creavit:Ipta dédit dulces foetus 5 et pabula laeta :Qux nunc vis nostco grandescunt aucta labore;Cooterîmmsque boves, et vires agricolarum 'Conficimus, ferrum vis arvis suppeditatur :Usque adco pereunt fœtus 9 augentque laboies tAinsi


LIVRE IL i f i;Ainsi rien oc résiste aux coups vifs et pressaisPortés, de tous côtés^ à tout être , en tout temps;Et ces vastes remparts dont l'enceinte profondeEmbrasse, dans l'espace, et circonscrit ce monde tPar des coups aussi sârs , ébranlés chaque jour,Putréfiés , dissous , tomberont à leur tour.Nourri des alimens dont on l'a vu s'accroître ,Renouvelé par eux^ il ne pourra plus l'être.Ses canaux obstrués en recevront bien moins;Ses besoins renaissans surpasseront tes soins,Nature ; et n'est-il pas dans ce déclin terriblef *La terre 5 qui, jadis , mère tendre et sensible ,Enfantait f nourrissait de si grands animaux,(Car seraient-ils sortis du moite sein des eaux ?Par une chaîne immense et dans le ciel scellée ,-Seraient-ils descendus de la voûte étoilée ? )La terre 9 qui d*abord, pour ms hôtes nouveaux,De pampres -si rians couronna ses coteaux,Ses plaines de moissons, de si gras pâturages,Tous sts champs de fruits doux, des plus riches ombfige%Faible, sans énergie, et resserrant ses dons,Que produit-elle enfin que maigres avortons ,Fruits plus maigres encor , qu'elle cède, avec peine fAux' efforts renaissans de f industrie humaine ? 'Est-il assez de fer pour déchirer son sein lTaureaux, Agriculteurs la fatiguent en vain,Et plus, en ces travaux, ils semblent se confondre,Moins, toujours plus rebelle, elle daigne y répondre*Tome /•N


ip4LUCRÈCE,JAMQUE caput quassans grandis sospirat aratotCrebriùs incassùm magnum cecidisse laborem :Et cùm tempora temporibus prxsentia confertPraeteritis, laudat fortunas saepè parentis;Et crepat 5 antiquum genus ut pietate repietum •Perfacilè angustis tolérant finibus xvum,Cùm minor esset agri multo modus antè viritim :Nec tenet 9 ortnia paulatim tabescere, et ireAd scopulum spatio aetatis defessa verasto.QUJE benè cognîta si teneas^ Natura videtutLibéra continue, dominis privata superbis,Ipsa sua per se sponte omnia Diis agere expers.Nam 5 proh sancta Deûm tranquillâ pectora pace,Qux placidum degunt xvum 5 vitamque serenam !Quis regere immensi summam, quis habere profundîEndo manu validas potis estmoderanter habenas?Quis pariter cœlos omnes convertere; et omnesIgnibus aetheriis terras suffire feraces ?Omnibus inque locis tsst omni tempore praesto ?Nubibus ut tenebras faciat, cœlique serenaConcutiat sonitu ? tum fulmina mittat, et aedes .Saepe suas disturbet 9 et in déserta recedensSaeviat exercens teium, quod saepe nocentesPrétérit t exanimatque iodignos ? Inque merentes?


LIVRE ILLsYAMt à ptïne au ciel un front mal affermi ^Que le vieux Laboureur en a souvent gémi!Et,comparant son âge ài'âge de ses pères,Qu'ils sont nés, a-t-il dit, en des temps plus prospères!11 rappelle sans ctsse^ en son edeur consterné,Le souvenir touchant d'un siècle fortunéOù l'homme, tout aux Dieux, pour prix de son hommage^Recueillait plus de fruits d'un modique héritage ,Qu'il n'en peut, de nos jours, recueillir des plus grands*Hélas ! il ne sait pas que le souffle du TempsEteint tout par degres, et que, miné par l'âge,Tout se brise et se perd dans un dernier naufrage. *Si m le sais, ami, tu vois trop que, sans Dieux,D'elle-même, à son gré, dans la terre et les cieux fDe ces maîtres ailiers à jamais affranchie,La Nature balance et la mort et la vie;Car, ô Dieux ! êtres saints, dont la tranquillitéFait à jamais la gloire et la félicité !Qui de vous, quel qu'il soit, peut lui donner des chaînes!Du grand Tout, en ses mains, qui peut tenir les rênes fBouler ces vastes cieui, de leurs feux éclatansKépandre F influence en nos fertiles champs;Qui peut, toujours, partout, suffire à tant d'ouvrages,Suspendre, sur les airs f les voûtes des nuages,Les ébranler au loin par ses foudres cruels.En frapper trop souvent ses temples, se$ autels,Les cités, les déserts, et, sans choix de victimes*Ecraser les vertus et respecter les crimes?Nijw


ARGUMENT U M.EPICUM encomium. Animum et animam partem esse ko-"minis, non verà habitum vïtalem totius corporis, seu podusomnium ejus pattium , quem quidam harmonium dixerunt »concentum. Animum et animam unam quidem rem esse,animum verèprxcipuam ejus esse partem, et in corde résiderezanimamque, per totum corpus dissitam, ad animi nutum moveri.Animi et aniinx naturam esse corpoream j animum enimanimam, ipsam autem corpus tangere» Animum componi ècalore, vento, acre, aliâque Insuper re, sine nomine, qux 3ex tenuissimis, maximèque mobilibus démentis, constat,estque .sensûs principium et origo. Quatuor hxc quo modomisceantur explicari non posse. Animum et corpus Ira conjunctaesse y m, sine utriusque pernicie, separari nequaquamjpossint. Non animum solum , sed etiam corpus, seu potiustotum anima!, concretum scilicet ex anima et corpore, sentire.Refutatur Democritus, singulas animas partes, singuliscorporis paitibus appositas et eonjunctas esse, asserens. Abanimo potius quàm ab anima, vitam salutemque animalispendere ac conservari.


ARGUMENT.EIOGE d'Epicure. L'esprit et famé font partie de l'homme»Ils ne sont point cette aflFection vitale, ce concert des membresdu corps qu'on a appelé harmonie. L'esprit et lame sont unemême chose ; mais l'esprit, qui réside cîans le cœur , est laprincipale partie : Famé, répandue dans tout le corps, n'estle prince des mouvemens qu'à l'impulsion de l'esprit. L'es*prit et lame sont corporels, car l'un n'agit sur l'autre, etl'autre n'agit sur le corps que par confacL L'esprit est un composéde feu % de vent, d'air, et d'un quatrième élément, lequelest le principe du sentiment, n'a point de nom , et résulted'atomes de la dernière petitesse et d'une extrême mobilité.Comment ces principes constitutifs de l'esprit sont-ilsmêlés ensemble ? c'est ce qu'on ne peut expliquer. L'espritet le corps sont tellement unis, que leur séparation entraînek perte de l'un et de l'autre. Ce n'est pas 1 esprit seul, c'estle corps » ou plutôt l'animal entier, assemblage d'esprit etde corps , qui jouit du sentiment. Réfutation de Démocrite,qui prétendait qu'à chaque partie du corps est jointe unepartie de Famé. La vie de l'animal, fa conservation % dépensdent plus de l'esprit que de Famé»


• T I T ILUCRETII CARI,DERERUM NATURA. 'LIBRIFAISTERTIIP ft I O ILJC» tenebrîs tamis tam elarum extollere lumenQui primas potuisti, illustrans çommoda vice, .Te.sequor, ô Gralae gentis decus; i'nque luis nuoeFixa pedum pono pressis vestigia signis,Non ita çertandi eupidus^ quàrn propter amorem^Quod te imitari aveo. Quîd enim çontendat fairundaCycnis ? aut quidnam tremulis facere artuhus hxdiConsimîle in cursu possiot* ac fortis equi vis?Tu pater, et reram înventor, tu patria nobisSuppeditas praecepta , tuisque ex, inclute, cfaartis %Floriferis ut apes in saltibus omnia libant*Omnia nos itidem depascimur aurea dicta %Aurea, perpétua semper dignîssima vitâ.Nâm simul ac ratio tua cœpit Yociferari»


LUCRÈCE,D ELA NATURE DES CHOSES.LIVRETROISIÈME,PREMIÈREPARTIE.\J toi, qui 5 le premier, de la nuit la plus sombre,Far l'éclat le plus vif, as su dissiper l'ombre ,Découvrant aux Mortels les sentiers du bonheur,Toi 5 de la docte Grèce , et l'orgueil et l'honneur,.le te suis dans la lice où ta trace me guide;Non pour te défier : l'hirondelle timidePeut-elle s'égaler au cygne harmdnieifx > \Ou le chevreau tremblant au coursier belliqueux ?Mais brûlant, comme tor, de formée- de vrais sages. •Père , auteur d'un jour pur t brillant dans tes OuvragesSi dignes d'affronter les siècles destructeurs yOui , c'est là que je puise,. ainsi que, sur les fleurs,lecueille son trésot la diligente abeille*.Oui j dès que ta raison., tonnant à mon oreille,iN iv


aooL UC RÈCE»Naturam terum haud divînâ mente coortam^Difiugiunt animi terrores ; mœnia mundl'Discedunt ; totum video petinane geri res;'Apparet Divûm numen sedesque quietae,Quas neque concutiunt venti, neque nubîla mmhit. Ad'$pergunt 9 neque nix, aeri eoecreta prumâ,Cana cadens violât^ semperque innùbiîus setheiIntegit, et large dîffuso lumine ridet. *Omnia suppeditat porrà Natura, neque ullaRes animî pacem delîbrat tempore in ullo ;iAt contra nusquam apparent Achërusiatempta;Kec ttllus obstat^ qttin omnia dispiciantur ySub pedibus qugecunque infrà per înane geruntuf»His tibi me rébus qux.dam divina voïuptasFer.cipît atque horror, quad sic Naturaj tua \i %Tam manifesta patet ex ornai parte retecta*ET quonïam docuî 5 eunctaraiïf exordîa rérum'Quafia sint ; et quàm variis distantia formk,Sponte sua volitent alterno percita motu;Quoqtie modo possint ex his res qugeque crëarï \Hasce secundàm res animi natura videtur,Atque anîmse claranda meïs jam versibus esse ;Et metus ille foras praeceps Aefaerantis agendusFunditùs , humanam qui vitam turbat ab imo %.Omnia suffiindçns mortîs nigrorc, nequûuïlam


L'IVRE* fil.^orM'apprit que le grand Tout n'est point enfant des Dieu^iSoudain , fuyez terreurs, tombez remparts des-deux*Dans le vide infini, mon œil , à ta lumière,Vit rouler , s'élancer , s'arranger la matière*Je vis les Immortels, dans un repos sacré,Des Aquilons fougueux à jamais révéré ,Asile Inaccessible aux frimas , aux orages ,Où le flambeau des deux, dans un air sans nuages,En son plus pur éclat, rit à l'œil enchanté.Bien ne fit plus obstacle à ma félicité,Dont la Narure même a comblé la mesure.Elancé de la terre et de sa fange impure ,L'Empire des enfers disparut à mes yeux ;Le vide, soufs mes pieds, s'étendit en tous lieux : •J'y vis flotter le monde. .,«•• O surprise ! ô miracle!Quel saint effroi m ? enchaîne à ce brillant spectacle ïEt par quel noble effort ta sublime raison fDu mensonge imposteur rejetant le poison,A-t-elle , en tout son jour, dévoilé la Nature ?J'AI peint les premiers corps , divers en leur figure,D'un libre mouvement, l'un par l'autre agités;Tu sais comment tout naît de leurs chocs indomptés :Pour braver, des enfers, l'imposante Chimère,Connais enfin ton ame et l'esprit qui t'éclaire ;Apprends, dans cette étude , à repousser l'erreur,Qui, n'offrant dans la mort qu'un spectacle d'horreur |En tous lieux, à topt âge, empoisonne la vie.


*tmLUCRÈCE,Esse voluptatem hquidam puramque relinquït»NAM, quod srpe homines morbos magis essetîmeûdofInfememque feront vîtam y quàm Tartara lethi jEt se scïre anîmï Naturam 5 sanguinis esst;Nec prorsàm quidquam nostrae rationis egere :Hioc licet advertas animum, magis omnia laudis*Àut etiam venti, si fert ita forte voluntas,Jactari causa, quàm quodres ipsa probetor»Extorres iidem patriâ longèqué fugatïConspeetu ex hominum, feedati crimine turpï,.Omnibus amimnis affectï denïque, vivent :Et, quocunque tamen miseri venêre 9 parentant jEt nigras mactant pecudes; et manibu' divisInferias mittunt , melçoque in rébus acerbisAcriùs adveitunt animos ad Relligîonem.'Quo magis in dubiis hominem spectare periclisConvenit, adversisque in rébus noscere qui sitjNam verae voces tum demùm pectore ab imoEjiciuntur; et eripitur persona, manetres,DENïQUE avarities, et bonoram cxca cupïdo ^Quaemiseros homines eogunt transcendere finesJuris 9 et ïrtterdùm socios sceieram atque aiinistros»Noctes atque dies nid praestante laboreAd summas emergere opes ; hxc volnera vitaeNon minimara partem mortis fornaidinc aluntur^


LIVRE IIL soiVois ce Mortel si fier de sa philosophie:Je le sais, nous dit*il , que famé est dans le sang )Je sais que la douleur, la perte de son rang,L'opprobre, l'infamie est cent fois plus à craindreQue cette nuit profonde où f homme va s'éteindre ;Vous ne m'apprendrez point à braver le cercueil*MAIS, si ta fermeté n'est pas un vain orgueil,Flétri , calomnié, banni de ta patrie.Pourquoi donc traînçs-tu le fardeau de la vie?Il fait plus 5 quelque part que Tait jeté le sort,Il brûle un vain encens aux autels de la Mort;Aux mancs, à leurs Dieux f offre une brebis noîre,Et, plus le sort l'accable, et plus, prompt à la croire,Il se livre à la voix de la Religion,Ainsi les grands revers, la persécutionSont le creuset du faible; et c'est dans cette épreuveQue le cœur s'ouvre enfin, quelque orgueil.qui l'abreuve,Que le masque s'arrache et l'homme est dévoilé.Si tu braves la mort où tout est appelé,D'où peut naître, en ton cœur, le feu qui le tourmente»,Et de l'or, des grandeurs, cette soif si brûlante?Qui te force à franchir la barrière, des loix ?Pourquoi tant de travaux, de coupables exploits?Pourquoi, souvent, du aime, et ministre et complice,Protéger le parjure, appuyer l'injustice,Pour monter à la gloire, ou combler tes trésors?WMH doutons point, ami, tant de soins, tant d'efforts^


no4 LUC R'ÉCE,TURPIS enim fama et contemptiis et acrîs egesta$»Semota ab dulci vitâ stabilique Yidentur ;Et quasi jam lethî portas cunctarier ante ;Undè homînes, dum se 5 falso terrore coactï,Refogisse voient longé 9 longèque recêsse,Sanguine civilî rem confiant ; divitiasqueCondupltcant avidi 5 csedem caedi accumulantes;Craddes gaudent in tristi fonere fratris;Et consanguineûm mensas odêre tinaentqut.CôNSIMILI ratïone ab eodem satpe tîmoreMacérât invidia : ante oculos illura tsst potent^em 3lllum aspectari 9 claroque incedere honore;Ipsi se in tenebris volvi cxnoque queruntur.Intereunt partim statuarura et nominis ergô :Et sxpe usquè adeo 9 mortis formidine, vitaePercipit humanos odium lucisque videndae,Ut sibi consciscant mœrenti pectore -letbum :Obliti fontem curarum hune esse timorem ;Hune vexare pudôrem, hune vincula amicitiaïEumpere 7 et in surnom pietatem evertere fundo :Nam jam ssepe homines patriam, carosque parentes• Prodiderunt, vitare Acherasia tcempla petentes*


L'IVRE I IJ. ' 20sOù , contre son repos, l'ambitieux conspire,C'est l'effroi de la mort, c'est lui qui les inspire.On voit 3 dans l'infamie et dans l'obscurité,, On voit, dans le mépris, la triste pauvreté ;On y voit, du trépas, le cortège effroyable ,Dont la foule déjà rend la vie exécrable.Oui, c'est pour se soustraire à ces calamités,Qu'on lave, dans le sang, ses bras ensanglantés;Que, des malheurs publics, on grossit sa fortune;Que, des plus chers parens, la présence importune; .Qu'on jouit de leur mort, qu'on hâte leurs destins,Ou qu'on craint, à son tour, leurs dangereux festins.Et ce cœur ténébreux, déchiré par l'envie, .Quelle autre crainte ajoute à l'horreur de sa vie ?Quecet homme est heureux, puissance, honneurs et bien,Tout est pour lui, dit-il, il a tout, et moi rien !Moi, je suis dans la fange et dans l'ombre éternelle !L'un s'immole au vain bruit d'une gloire immortelle,Survivant à son être et qu'il n'entendra pas ; •L'autre, en un marbre vain, croit vivre à son trépas ;Et tel est leur délire ou leur faiblesse extrême,Que, pour vaincre la mort, ils bravent la mort même.Vous ne savez donc pas, aveugles malheureux,Que, de tant de forfaits, de tant de soins honteux ,La crainte de la mort est la source funeste;Voilà ce qui produit l'adultère et l'inceste,Ce qui, de .la pudeur, trahit les droits sacrés,Ce qui, de l'amitié, rompt les nœuds révérés, '


uoê *• L U C tt È C S,KAM 5 veluti pùeri trépidant, atqtie omnia cxçîiIn tenebris raetuunt : sic nos, in luce, timemusInterdùm, nihilo quse santtaetuendamagis, quàmQuse puerï in tenebris pavitant» fingtintque futura.Hune igitur terrorem animi tenebrasque 9 necesse est,Non radii solis neque lucida tela dieiDiscutiant* sed nature species ratioque»EKIMù» antmum dïco, mentem quem saepe vocamus»In quo consilium vitae regimenque locatum est,Esse hominis partem, nihilo 'minus ac manus et pesAtque oculi, partes animantis torius extant.Quamvis multa quidem Sapientûm turba putârunt»Sensum animi certâ non esse în parte locatum :Veràm habitum quendam vitalem corporis esse fHarmoniam Gtm quam dicunt; quod faciatnos¥ivere cum sensu, nullâ cùm in parte siet mens.Ut bona saepe valetudo cùm dicitur esstCorporis, et non est tamtn haec pars ulla valentis;Sic animi sensum non oertâ parte reponunt :Magnoperè in quo mi diversi errare videntur.Smm utique in promptu corpus 5 quod cernittur, «gr%Cùm tamen ex aliâ lsetamur parte latenti;Et rétro fit, uti contra sit sflepe vicissim,Cùm miser ex animo 9 lxtatur corpore toto :


LIVRE III. 207Et ceux de la Patrie, et ceux de la Nature,Et consacre, â vos yeux, le crime et le parjure.Oui, tel qu'un faible enfant craignant tout dans la nuit,-L'homme craint, dans le jour, les erreurs qu'il produit,Moins à craindre sans doute, ayant moins d f apparenee,Que ces fantômes vains qui poursuivent l'enfance.Ce n'est donc pas l'éclat du pur flambeau des deux,C'est la Nature même exposée à nos yeux, •Qui doit, dans nos esprits, porter un jour sublime.VIENS donc, apprends d'abord que l'esprit qui fanïme,Pouvoir, Intelligence, et roi moteur du corps,N'en est qu'une paicie, un des premiers ressorts,Comme les pieds, les mains, les cristaux de la vue.MILLE autres ont pensé que, dans son étendue,L'ame, simple concert, et sans être distinct,Le feu du sentiment, soit raison, soit instinct,N'est que le jeu constant des ressorts de la vie ,Si connu chez les Grecs sous le nom d'harmonie.C'EST un mode, a-t-on dit, dépendant du sujet,Ainsi que la santé, • non vague et sans objet,Qui n'est que l'être sain, qu'aucun tourment n'assiège,Qui n'en fait point partie, et qui n'a point de siège.MAIS, diront-ils, pourquoi, dans les douleurs du corps^Je ne sais quoi, dans nous, s'ouvre aux plus doux transports ?Pourquoi, quand, d'aucun mal, l'un ne ressent l'outrage,L'autre demeure en proie au plus fougueux orage,


ao8. . LUCRÈCE,Non alio pacto ^ quàm si pes cùm do'et xgn,In nullo caput intèréà slt forte dolore.PR^TEREA^ molli somno cùm dedita membrt,Effusumquejacet sine sensu corpus onustum;Est aliud tamen in nobis, quod tempore in illoMultimodis agitatur; et omnes accïpit in seLxtkiae motus et curas cor dis mânes.NUNC anîmam quoque ut in membris cognoscerc possisEsse» necjue karmûmam corpus retinere solere;Principib fit uti, detracto corpore multo jSaepè tamen nobk in membris vita moretur;At||uè eadem rursùs, cùm corpora pauca calorisDiffugêre , foràsque per os est édites aër 5 "Deserit-extemplo venas 5 atque ossa relinquit:Noscere ut hinc possis, non xquas omnia partesCorpora habere, neque ex aequo fulcire salutem :Sed magis haec, venti quse sunt calidique vaporisSemina, curare in membris ut vita moretur.Est igitur calor ac ¥entus vitalis in ipsoCorpore 5 qui nobis moribundos deserit artus.QUAPROPTIE j quoniam est animi natura repertaAtque animge 5 quasi pars hominiis 5 redde harmoniaïNomen'ab o'rganico saltu delatum Heliconis,Sive aliundè ipsi porro traxêre et in iliamTransnilerunt, prpprio quae tum res nomine egebat : ,Comme


LIVRE lit aoj>Comme > le pied souffrant> la tête est sans douleur?DANS la paix du sommeil, dans ce calme enchanteutOù , les sens détendus, 1*être semble s'éteindre,• Troublé d-âos son repos > qui n'a point à se plaindreQue ce je ne sais quoi vive et s'agite en lui ,Ou transporté de joie, ou dévoré d'ennui,De mille passions, victime involontaire ?MON amê , une harmonie ! un concert éphémère ILe seul et simple acqprd des membres rapprochés !Mais pourquoi, s'il est vrai, mes membres arrachés, •Déchiré , mutilé, tiens-je encore à la vie fPourquoi donc, à mon corps, n'est-elle enfin ravieQu'avec un reste d'air, de ma bouche f exhalé-,Un reste de cfialeur vainement rappelé fElle est donc plus qu'un mode, une vaine harmonie |En notre corps , en nous * tout n'en est pas partie ,Et chaque membre à part n'en est pas le-soutien*Non, c'est l'air et le feu, c'est d'eux seuls qu'on la tient,D'eux seuls, qui, les derniers, l'entraînent dans leur fuite»MAIS.enfin, que la Grèce en murmure et s'irrite;Instruits qu'en nous, ami, l'ame fait part de iious»Détrompés d T un vain nom, n'en spyons point jaloux*Laissons-leur l'harmonie, enfant doux, mais-frivoleOu du mont des neuf Soeurs, ou de quelque autre école,Tomt /.O


9io.LUCRÈCE,Quidquid là est, habeant : tu extera percipe dicta»NUNC animum atque animam dico conjuncta teneriInter se 9 atque uoam naturara conficere ex se ;Sed caput esse quasi, et dominai:! in corpore totoCon-silium 9 quod nos animam mentemque vocamus; •Idque situm mediâ regione in pectoris hxret.Hic exsultat enim pavor ac metus : hxc loca cïreumLaetîtix mutcetit: hîc ergô mens animusqùe est.. Cetera pars animae, per totum dissita corpus,Paret, et ad numen mentis momenque movetur;Idque sïbi solum per se sapit et sibi gaudet, .Cùm neque res animam 5 neque corpus commovetulk»Et quasi, cùm caput aut oculus, tentante doiore,Laeditur in nobis.-; non omni concruciamurCorpoie : sic animus eonnuoquam laeditur ipstf,Lxtitiâque viget; cùm extera pars animaiPer membra atque artus nullâ novitate cietur.. Verùm ubi vçhementi magis est commora metu mens,Consentire animam totam per membra videmus :Sudores itaque et pallorem existere toto- Corpore, et iefringi linguam, Yocemque aborIr%Caligare oculos, sonere aures, succidere artus,Denique concidere ex animi terrore videmusSsepe homines; facile ut quivis hinc noscere possït,Esse animam cum animo con junctam, qux cùm animi vlPcrcussa est, exin corpus propeMt et icit.


L 1 V Ë E I 1 I. * anQue le besoin fit naître et la raison proscritOui ^ constamment liés, notre ame et notre espritNe forment qu'un même être, une même substance;Mais 9 sur ton corps entier ^ l'esprit, l'intelligenceKègne en premier mobile, et son trône est ton coeur»Où tressaillent l'effroi, la joie et la douleur,Là , des sensations , est le siège suprême.C'est de là que, par-tout circulant en toi-même,L'ame, du mouvement, reçoit l'impulsion»Mais quand l'ame et le corps restent sans action,L'esprit, tel est son droit, peut seul se reconnaître,Seul vivre avec lui-même, et jouir de son être.QUE la tête ou l'œil souffre, ouverts à la douleur,Le corps entier, en nous, n'en ressent point l'horreur.Ainsi, que, dans l'esprit, la terreur ou la joie,Le chagrin, le plaisir s'élève et se déploie, ,Dans un repos constant, sans soins, sans passions,L'ame peut se soustraire à leurs émotions.Mais l'un, d'un coup plus vif, ébranlé par la crainte,Pour le transmettre au corps, l'autre en reçoit l'atteinte.Soudain pâleur mortelle, effrayante sueur ;L'œil, la voix, tout s'éteint, tout l'être est en langueur:Un bourdonnement sourd retentit dans l'oreille : 'L'esprit, tout à son trouble, et que rien ne réveille,Des membres palpitans n'entretient plus l'accord;Et l'homme entier est prêt à tomber dans la mort.Ainsi l'esprit et famé, unis si bien ensemble,Attentent, l'un par l'autre, au corps qui les rassemble*O ij


aitLUCRÈCE,MMC eadem ratio naturam animi, atque animaiCorpoream docet esse : ubi enim f ropcllere membre,Corripere ex somno corpus « mutareque voltum ,Atque hominem totura regere ac versarc videtur:'(Quorum oilfieri sine tactu posse videmus 9Nec tactum porrô sine corpore) : nonne fatendum estCorporeâ tNaturâ animum constare animamque ?PBJïITEEEA pariter fungi cum corpore, et unàConsentire animum nobis in corpore cernis.Si minus offendit ¥itam vis horrida teli fOssibus ac nervis disclusis intùs adacta ;Attamen insequitur languor, terrxque petitesSua vis 5 et in terra mentis qui gignitur aestus^Interdùmque quasi exsurgendi incerta voluntas.Ergo corpoream naturam anïmi esse necesse est ;Corporels quoniam celis 9 ictuquc laborat»f s tibï nunc anïmus qnati sic corpore , et uncfèConstiterit, pergam rationem reddere dïctïs.Brincipiô esse aio persubtilem, atque minutïsPerquàm corporibus factum constare; id ita tsse 7Hinc licet advertas animum ut pernoscere possis-Nil adeo fiericéleri ratione videtur,Quàm si mens fieri proponit et inchoat ipsa*


LIVRE III. 215-MAIS , pouvant lui porter des coups souvent mortels,Ne sont-ils pas .aussi matière et corporels?Et , sans le choc soudain , sans le contact rapideD'un solide vainqueur, attaquant un solide fPourraient-ils l'ébranler, pâlissant, égaré,L'arracher au sommeil, régir f homme à leur gré?QUE dis-je? Avec mon corps, des passions humaines* 'Ne partagent-ils pas les plaisirs et les peines?Si, sans atteindre aux nerfs, sans pénétrer les os t'Un trait vif, maïs léger, le frappe en son repos ;Ne sens-je pas soudain ses moteurs, sans puissance * -Eperdus, égarés, tomber en défaillance?Douce langueur, où l'être inactif, confondu,Entre vivre et mourir demeure suspendu >Incertain dans son choix, sans regrets, sans envie t •Près d'embrasser la mort, de se rendre à la vie.De Tune et l'autre enfin jouissant à la fois*Ah ! st, de notre corps, notre esprit suit les loir, 'Si l'un peut frapper l'autre,, il est donc corps lui-mêmèuMAIS, dans ses élémens, quelle finesse extrême'Rien peut-il s'égaler à leur ténuité?Tu la vois, tu la sens à sa mobilité.Entraîné sans obstacle, il résout, il déciderVouloir, agir, pour lui n'est qu'unhistant rapide?Et la Nature entière, à notre œil attentif, _N'ofîre rien, dans son sein, de plus prompt, de plus vif.O iij


«4 L U C R È C Ë,Ociôs ergî) anîmus^ quàm res se perciet utlà,Ante ocolos quarum in promptu Natura videtur.At quod mobile tantoperè est 5 coostare romndîsFerquàra seminibus débet perquàmque tninutis ;Momine uti parvo possint impulsa moveri.Namque movetur aqua et tantillo momine lutatj..Quippe volubilibes parvisque creata fîguris :At contra mellis constantior est natura,Et psgri làtices'magis, et cunctaotior actus; 'Haeret enim inter se magis omnis materiaïCopia; nimirùm quia non tam laevibus extatCorporibus, neque tam subtilibus atque rotundis.Namque papaYeram , aura potest su^pensa levisqueCogère , ut ab summo tibi diffluat altus acervus;At cqotrà lapidum conjectum spiclorumque,Nenu potest. lgitur parvïssima corpora quantaEt l»vissima sunt, ita mobilitata ferantur :At contra que quaeque magis cum corpore mageoAsperaque inveniuntur, eo stabilita magis sunt.• NUNC îgitur j quoniam est animi natura repertaMobilis.egregiè; perquàm constare necesse estCorporibus parvis et laevibus atque rotundis :Quae tibi cognita res in multis s ô bone, febmUtiHs invenietur 7 et ©pportuna cluebit*HJEC quoque res etïam naturam deliquat cjusjQuàm tenui constet tcxturâ, quàmque laco se


LI V R E I 1 i.*«r'A tant d'activité» qui ne peut reconnaître ••Des atomes polis, principes de son être.Déliés, arrondis, agitans, agités fCédant au moindre choc, l'un par l'autre emportés?AINSI l'onde, qu'un souffle et soulève et balance ,N'est qu'un cristal mobile, amas, sans consistance,De principes légers, lisses, incohérens;L'un par l'autre poussés, l'un sur l'autre roulans; 'Tandis que, résultât d'élémens moins fluides,Moins ronds, moins déliés, plus tardifs, plus timides»Plus lents à se répandre, et constans à filer,Le miel, plus paresseux, semble à peine couler*Ainsi le doux zépbir , se jouant dans son aire,Dissipe, des pavots, la semence légère, •En vain, pour l'en défendre, élevée en monceau;.Et ne peut ébranler des. lances en faisceau ,Des cailloux entassés, montant jusqu'à la nueCrois donc, crois que,des corps, plus dense,ou plus tenue,Et»plus ou moins aussi facile à retarder,..La masse est moins agile ou plus prompte à céder*..Crois queTame et l'esprit, si légers., si mobiles^ •Si prompts à s'émouvoir, à tout choc si dociles,Ne.peuvent résulter que de corps non visqueux,Les plus ronds, les plus fins, les. moins liés entre euxiVérité précieuse ,.et dont, quoi que f avance,,Ta raison désormais va septir l'importance^VEUX-TU mieux t'assurer de leur subtilité +Et quel point ils tiendraient, si-, dans l'immensité »O iv


Mi€LUCRÈCE,Contincat parvo, si possit conglomérat! ;Quod sîmul atque hominem lethi secura quits estlndepta 5 atque animi oatura animgeque récessif}Nil ibi limatum de loto coipore cernas sAd speciem* nthilad pondus; mois omnia praestat*Vitalem prgçter seosum calidumque vaporem.Ergo animam totam perpams esse necesse estSemînibos 5 neiam per vtnas f viscera, nervos ;Quatinùs omnis obi è toto jam corpore cessit,Estima membrorura circem-caesura tamen seIncolumem praestat 5 nec défit ponderis bilum ;Quod genus est BaccM cum flos evanuît; autcùmSpiritus unguentf suavis diffugit in aéras;Aut aliquo cùm jam succus de corpore cessic;Nil oculis tamen esse minor res ipsa videturProptereà, neqtie detractum de pondère qoîdquam ; .Nimirùm^ quia multa mînutaqoe seminasuccosEfficient, et odorèm in toto corpore rerum.Quare etiam atque etiam mentis naturam anîmaçqwaScire licet perquàm paoxillîs esse creatamSeminib^s; quoniaro fugiens ail ponderis aufart.NEC tamen hxc sîmplex nobis natura putanda est;.Tenuîs enîm qoaedam moribondos deserît aura,Mista vapore; ¥apor porrà trahit aëra secum}Nec calor est quisquain 9 cm non sit mistus et aër 5Bara quèd ejus enim constat natura 5 nccçssç çstAëris inter eum prîmordia muita cicri.Jam triplex aaiiw çst igitw natura reperça*


LIVRE IIL ai?Ils étaient rassemblés par une main suprême ?Vois cet homme expirant, dans sa langueur extrême;Son ame l'abandonne , il s'endort pour Jamais;Perd-il rien de son poids, de sa forme, et sts traits ?La mort lui laisse tout, hors quelque éclat peut-être;Tout , hors le feu des sens, le sentiment de l'être*Et si ce feu secret, si prompt à s'exhaler fDans les veines, les nerfs, cessant de circuler,Le corps garde, en entier, sa masse et sa figure»De quels germes subtils l'a formé la Nature ! /LE nectar de Bacchus, dépouillé de saveur,Le parfum le plus doux, sans suc et sans odeur,Lts mets les plus exquis, devenus insipides,Ont-ils moins d'étendue, et sont-ils moins solides?Combien les élémens qui nous flattaient en eux ,Etaient-ils donc subtils et libres de tous noeuds,Si, divisés, dissous, perdus dans l'atmosphère,Leur fuite, à leur sujet, laisse sa masse entière?Eh bien ! ceux de l'esprit sont plus légers encor*N'ALLONS pas cependant, lui donnant trop d'essor %N'y voir qu'un être simple, un tout indivisible.Un léger souffle, empreint d'une chaleur sensible,A mon dernier soupir, s'échappera de moi


ai* • LUCIE CE;NEC tamcn hxc sat suût ad sensum cuncta-crean'ditti;'Nil faomiiî quoniam recipit mens posse creareSensiferos motus, quxdam qui mente volutencQuarta quoque his igitur quxdam natura necesse estAttribuatur : ea est omnino nominis expers;Quâ neque mobilius quidquam, neque tenuius extat fNec magïs è parvis aut laevibus ex elementis;Sensiferos motus qux didit, prima per artus:Prima cietur enim , parvis perfecta fîguris ;Inde calor motus, et venti cxca potestasÀccipit, iode aër; iode omnia mobilïtantur;Tum quatitur sanguis; tum viscera persentiscuotOmnia; postremo datur ossibusatquesnedullisSive voiuptas est, sive est contrarius ardor* •NEC temerè hue dolor usque potest penetrare, neque acrePermanaremalum, quin omnia perturbentur;Usque adeo ut vitx desit locus atque animaiDiffugiant partes per caulas corporis omnes:Sed plerumquè fît in summo quasi corpore finisMotibus : hanc ob rem vitam retinere valemus*-NUNC ea quo .pacto inter sese mista 9 quihusque •Compta modis vigeant, rationem reddere aventemAbstrahit invitum patrii sermonis egestas :Sed tamen, ut potero summatim attingere, tangam*Inter enim corsant piimordia priocipiorumMotibus inter se; nihil ut secernier uûumPossit; nec spatio fieri divisa potestas ;


LIVRE III. ai»MAIS est-ce enfin d'eux seuls que naît le sentiment?Et qui pourrait, d'entre eux, mouvoir l'entendement,De nos sens ébranlés, impulsiorfrapide?Non, dans l'ame, sans doute, un autre agent réside,Un agent inconnu, plus fin f plus exalté,Plus actif mille fois par sa ténuité. _D'atomes plus polis assemblage invisible,Son cours cjtplus fougueux, et pourtant moins sensible.Seul il meut et le souffle, et l'air, et la chaleur,Fak circuler le sang, fait palpiter le cœur,Et, dans les os, leur moelle, et la machine entière %Réveille,-du plaisir, la flamme prisonnière,-Où porte, des douleurs, lVuguilloiidéchirant.MAIS si le mal pénètre à ce premier agent,S'il est atteint lui-même, ô désordre ! ô délire !L'ame entière, du corps, abandonne l'empire,Fuyant de toutes parts, brisant tous les ressorts;Heureux que, plus souvent, ne frappant qu'au dehors,Ces grands chocs,ces grands coups respectent notre vie !MAIS quel lien secret, quel noeud, quelle harmonieConfond ces élémens en tin tout continu ?Prêt à té l'expliquer, je me sens retenu.Eh ! dans sa pauvreté, la Langue de nos pèresPeut-elle, en tout leur jour, dévoiler ces mystères fN'importe, tu le veux, l'arrêt est prononcé ;Il suffit; suis-moi donc. L'un par l'autre pressé,


*io LUC K È C E,Sed quasi multx vis unius corporis extant.Quod genus 5 in quovis animantum viscère volgoEst odor çt quidam calor et sapor; et tamen es hisOmnibus estunum perfectom corporis augmeiuSic calor atque aër, et venu oeca potestasMista j créant unam naturam 9 et mobilis illaVis, initum motus ab se quse divîdit ollis >Seesifer undè oiitur primùm per viscera motus.Nam penitùs prorsum latet hxc natura subestque;Nec magis hâc infrà qjuidquam est in corpore nostro;Atque anima est animx proporro totius ipsa :Quod genus in nostris membris et corpore toto,Mista lateos animi vis est anïmaeque potestas ;'>Corporibus quia de parvis paucisque creata est:Sic tibi nomink hxc expers vis, facta minutisCorporibus, latet; atque animai totius ipsaProporro est anima , et dominatur corpore tôto :Coesimili ratione necesse est ventus et aër,Et calor inter se vigeant, commista per artus;Atquç aliis aliud stibsit magis emîneatque, • *Ut quiddam ficri videatur de omnibus unum ;Ne calor ac ventus seorsùm seorsùmque potestasAëris ïnterimant seiisum diductaque solvant.EST etiam calor ille animo 9 quem sumit îh ira;Cùm ferviscit, et ex oculis micat acrîbus ardor ;Est et frïgida multa cornes formidinîs aura,Quacciet horrorem in membris, et concitet artœ 5Est eûam quoque pacati status aëiis ille>


L 1 V R E 1 11Résultat cohérent que rien ne désassemble,Ces quatre agens divers ne se meuvent qu'ensemble,Forces, leviers unis remuant un seul tout;Et, comme le parfum, la chaleur, et le goât ,Peuvent, de l'animal , distinguer les viscères,Substance une , et liée à ces trois caractères jAinsi le souffle, et Pair, et le feu plus actif,Et cet agent sans nom, leur moteur primitif,Du sentiment, en nous, créateur plus sublime,Forment un tout parfait dont l'ardeur nous animeS2iMAIS ce dernier sur-tout, plus caché, plusprofoniI 9Force plus concentrée, et pouvoir plus fécond ,Est Pâme de notre ame, et, comme, aussi cachée»L'une circule en nous, en tous lieux épanchée,Il circule dans elle, et, premier foi du corps,Avec elle, et par elle, il en meut les ressorts.DE ces quatre élémens la force, l'énergie,Par leur heureux mélange, entretient notre vie;Que Pun domine Paucre accablé, détrôné fOu que, vaincu lui-même, il en soit dominé;•Tant qu'ils ne font qu'un tout, l'être vit et respire :Mais si Pun d'eus, à'part, envahit tout l'empire,De la vie à l'insttnt tous les nœuds sont brisés.MAIS d'où naît cette ardeur en tes yeux embrasés?La colère t'emporte ! ah ! le feu, dans ton ame,Le feu vainqueur triomphe, et c'est lui qui t'enflamme :Ainsi, froid et glaçant, le souffle, dans ton cœur,Triomphant à son tour, porte seul la terreur,


«12 . ' LUCRÈCE,Peaore tranquillo qui fît voltuque sereno ; •Sed calsdi plus est îllis, quibus acria corda,,lracundaque mens facile efferviscit in ira:Quo geoere in prïmis vis est violenta leonum,Pcctora qui fremitu rumpunt plerumquè gementesNec câpere irarum fluctus in pectore possuot.At ventosa magis cervorum frigida mens est*£t geîidas citiùs per viscera concitat auras,Qnx tremulum faciunt membris existere motusn»At natura boum placido magis aëre vivit,Nec nimis irai fax unquam subdita percitFumida suffundens caeœ' caliginis umbras,Nec gelidi torpet telis perfixa pavotis:Inter utrosque sita est , cervos sxvosque leonef#Sic hominum genus est : quamvis dôctrîna politosConstituât pariter quosdam ; tamen illa relinquitNaturse cujusque animx vestigia prima ;Nec radicitùs evelli mala posse putandum est;Quïn proclîviùs hic iras decurrat ad acres,111e metu citiùs paulo tentetur 5 atilleTertius accipiat qusedam clementiùs xquo:Inque aliis rébus multis differre necesse estNaturas hominuiç varias mojesque sequaces :Quorum ego nunc nequeo cxcas exponere causas :Nec reperire figurarum totnomina, quotsuntPrincipes 5 undè hacc oritur variantia rerum.


L 1 V R E 1 1 tEt, d'un trouble profond, y soulève forage;L'air vainqueur, plus paisible, éclaircit ton visage fEt calme,• de tes sens, les flots tumultueux.VOIS-TU cet homme ardent, féroce, impétueux ? •La chaleur le domine : ainsi , tout hors d'haleine ,Le lion, dans ses flancs, de ce feu qui l'entraîne fNe peut ni contenir, ni réprimer les flots,Et ses rugissemens sont l'effroi des échos.Le cerf, en qui le souffle emporte la balance f' Des glaçons de la crainte éprouve la puissance :Il tremble au moindre biuit, éperdu, palpitant.Soumis à l'air plus doux, le bœuf tranquille et lent,Sans trop livrer son ame ouverte et débonnaireAux traits de la terreur, aux feux de la colère,Entre le cerf timide et le lion fougueux fTient un milieu paisible, éloigné de tous deux.2ijTEL est l'homme lui-même. En vain, par la science,Croit-on, du naturel, détourner l'influence; •La trace au moins en reste, et, trompant nos efforts,Les germes vicieux, plus puissans et plus forts fRenfermés dans nos coeurs, s'y raniment sans cesse.L'un s'abandonne en proie au courroux qui le presse;L'autre, au plus vain effroi toujours prêt à céder,A ses sens ébranlés ne sçaurait commander :Un troisième, plus faible, en sa mqjle indolence,Ferme, sur tout danger, les yeux de la prudence.'L'homme est par-tout divers en ses affections.EU ses goûts j sts penchans, sts moeurs, ses passions.*


124 " L t) C Ë È C Ë fllliid in Ws rébus videor fîrmare potesse JUsque adeo naturarum vestigia linqui . •Parvola f qux nequeat ratio depellere dictis;Ut nihil impediat dignam Diis degere vitam»HiCC igîtur natora tenetur eorpôre ab omni;ïpsaqiie corpôris est custos 5 et causa salutis*Nam communibus inter se radicibus hxrent;Nec sine pernîcie divelli posse videntunQuod genus è thuris glebis evellere odoremHaud facile est , quin intereat natura quoque ejm :Sic animi atqu'e animx naturam corpore totoEitrahère haud facile est, quin omnia dissolvantur •Implexis ita principes, ab origine prima,Inter se fîunt 5 consorti prxdita vitâ:Née sine'vi quidquam alterius sibï posse videturCorpôris, atque animi seorsùm sentire potestasj• Sed communibus inter eos conflatur utrinqueMotibus accensus nobis per viscera sensus»PRJETEEEA corpus per se nec gignitur unquarn^Neccrescit, nec postmortem durare videtur:Non enim f ut humor aquse dimittit sxpe vaporem %Qui datus est -, neque ab hâc causa convellkur ipse^Sed manet incolumis : non, inquam, sic animaiDiscidium possunt artus perferre reliai :De


L I V R E U RDE ces variétés, scrupuleux interprète,Dois-je ici dévoiler et la cause «ecrète,Et les noms inconnus des modes résultansDes quatre agens actifs combinés en tout sens?Non; c'est assez pour nous de voir que la Nature 9Réprimée, adoucie, et plus ou moins obscure, .-Garde une teinte encore, une légère aigreur,Mais qui ne peut, de l'homme» altérer le bonheur.aa SPAR h corps tout entier, toute entière embrassée,L'ame veille à sa garde, attentive, empressée.L'un par l'autre étayés f serrés des mêmes noeuds,Si l'un s'arrache à l'autre, ils se perdent tous deux*Lorsque, d'un pur encens, la vapeur odorante,Se répand dans les airs, en fumée ondoyante 9Lui-même il se détruit, épars, atténué ;Ainsi, le corps, de l'ame, un moment dénué,Tout se dissout sur l'heure avec leur alliance;Tant un même ciment les joint dès leur naissance!Tant la mort les confond en un même sommeil !Oui, ne formant qu'un être, ils ont un sort pareil ;Ils ne peuvent agir, ni sentir l'un sans l'autre ,Et leur seule union fait leur vie et la nôtre.LE corps naît-il jamais, croît-il sans son appui ?Une heure, un seul instant, peut-il vivre sans lui?Non ; qu'à l'ardeur du feu, l'onde écume et bouillonne,,Elle est la même encor quand le feu l'abandonne;Mais que l'ame s'éteigne, il n'est plus, pour le corps,Qu'affreuse inaction, repos de tous ressorts, _ .Tome LP


S%2& • LUCRE C E,Sed penitùs pcrcuot convolsi conque putrescnntt"Ex ineunte xvo sic corporîs atque animai' Mutua vitales-, dîscunt contagia motus ;Maternis etiam ïn membris, alvoque reposta ;Diseidiiïm ut aequeat fieri sine peste maloque :Ut videas, quonïam conjuncta est causa salutis,Conjunctam quoque naturam consistere eorum.QUOD superest, si quis corpus sentire renutat^'Atque animam crédit permistam corpore totoSuscipere hune motum, quem Sêmfum nominitamus;Vel manifestas res contra verasque répugnât.Quid sit enim corpus sentire 5 quis afferet unquam ySi non ipsa palam quod res dédit âc docuit nos?At dimissâ anima 9 corpus caret undiquè sensu :Perdit enim quod non proprium fuit ejus in sevo ;Multaqueprxtereà.perdit 5 cùm expellitur aevo,DICERE porro oculos nullam rem cernere posse ;Sed per eos animum ut foribus spectare reclusis;Desipere est; contra cùm sensus dïcat eorum:Sensus enim trahît atque acies detrudit ad ipsas %Fulgida prxsertim cùm cernere sxpe nequimus ?_ Lumina luminibus quia nobis prxpediuntur :Quod foribus non fit; neque enim, quà cemimus ipsï*Ostia suscïpiunt ullum reciusa laborem.Praetereà, si pro foribus sunt luminanostra;Jam roâgis, exemptis oculis, debere videtuiCernere res anknus, sublatis posâbus ipsis*


L1VKÊ I1L aiEt bientôt fange impure et poussière avilie lEt tel est leur besoin * en entrant dans la vie ^D'en mouvoir, en commun, les leviers combinés,Que leur divorce t même au moment qu'ils sont nés fDans le sein maternel, entraîne leur ruine ;Tant l'un dépend de l'autre ; et, dès leur origine,Tant leur force est unie et leurs noeuds sont étroits lMAIS ne va pas non plus, m mépris de leurs droits »Du sentiment, en nous, croire ennoblir la flamme,Et, l'enlevant au corps, en faire honneur à famé ;Mi détourner tes yeu)c, craignant la vérité,Du flambeau » qu'en mes vers elle t'a présenté.Le corps sent, on le voit* —Mais, quand i'ame est absente ;Il ne sent plus I.... Eh quoi ! matière indifférente,Des biens qu'il eut en lui, qui n'étaient point à lui $Dans le cours de ses ans, combien l'ont déjà fui îMourant avec son ame, il en perd plus encore»* LES objets qu'on distingue et que le jour colore f* Notre œil ne les voit point. 11 n'est, sans le savoir $•» Que la porte de l'ame, ouverte pour les voir «•Ainsi parle l'erreur que dément le sens même*Le sens qui seul attire, et, sur son aire extrême,Peint l'image des corps, leur forme et leur couleur.Quoi ! lorsqu'un jour trop vif l'éteint par sa splendeur %La porte est donc fermée ou souffre quelque perte \Et si l'œil en effet n'est qu'une porte ouverte,L'ame verra donc mieux lorsqu'il ne sera plus,Détaché pour jamais de ses gonds superflus?


22B L U C R È C E / - .ILLUD in hïs febus nequaquam sumere possis^Democriti quod sancta viri sententia ponit ;Corporis atque animi primordia singula prlmlsApposita alternis varïare 5 ac nectere membra :Nam cùm multo sint anïmaï elementa minora.,*Quàm quibus è corpus nobis et viscera constant;Tum numéro quoque concedunt, et rara per artusDissita sunt; duntaxat ut hoc promittere possis,Quantula prima queant nobis injecta ciere# Corpora senfiferos motus in corpore 5 tantaIntervalla tenere exordia prima animai:Nam neque pulveris ïntérdùm sentimus adhxsumCorpore; nec membris incussam insidere cretam;Nec nebulam noctu ; nec araneï tenuia filaObvia sentimus ^ quando obretimur euntes;Nec supra caput ejusdem cecidisse vietamVe$tem, nec plumas avium 5 papposque volantes,Qui nimiâ levitate cadunt plerumquè gravatim ;Nec repentis itum cujusviscunque animantisSentimus ; nec priva pedum vestigia quaeqùe^Corpore qux in nostro culices, et cxtera ponunt :Usque adeo priùs est in nobis multa ciendumSemina 7 corporibus nostrisimmista per artus ?Quàm primordia senttscant concussa animai* ;Et quàm intervallis tantis tucjitantia possintConcursare 5 coire ? et dissultare vicissim.ET magisest aolmus vitaï claustra coërcenS|Et domïoantior ad vitam 9 quàm vis animai ; .


LIVRE HT. 2i 9Du sage Abdéritara , l'hypothèse hardie,Moins facile'à prouver, est bien plus inouie»De notre ame, dit-il, agent par-tout caché,À chaque point du corps un point est attaché.MAIS quoi ? les élémens et du corps et de l'âmeSont-ils égaux, en tout, même poids, mèmefiammefNon 5 ceux-ci ^ tu Tas vu, fins, ardens, généreux,Mais plus épars en nous, sont aussi moins nombreux.PAR-TOUT Où le corps sent, par le choc avertie.Là, sans cloute, de l'ame, il est quelque partie.Mais sent-il donc toujours ? sent-il, à chaque instant, 7La marche d'un dron, d'un insecte rampant,Delà faible Arachné la dépouille légère.Son fil qui l'environne, une vaine poussière,Mille germes subtils, balancés dans les airs, *Une plume volante, et tant de corps divers ,Dont le choc, en tous lieux, l'assiège sans outrage?Non , non. Pour que, dw corps, à l'ame, il se propage»Pour que l'ame ébranlée, et toute en action,.Vole, accoure en désordre, à son émotion,.Il faut que de ce corps, dans toute son enceinte^Les élémens en nombre en reçoivent l'atteinte»iDu sentiment, en nous, l'esprit, fentendement,Moteurs toujours plus sûrs, sont le premier ciment.P iij


530 tUCRÈCE,Nam sine mente aoimoque nequit residere pcr actuf %Temporis exiguam partem pars ulia animai ;Sed cornes iosequitur facile 9 et disçeditin auras,Et gelidos artus in lethi frigore iinquit^At manet in vitâ, cui mens animusque remapsit ;Quamvis est circumcaesis lacer undique membrisTrunçus^ ademptâ anima circùûi^ membiisque remotit*Vivit , et aetherias vitales suscipit auras;Si non opuiimodis f at magna parte animaiPrivatus ? tamen in. vitâ cunctatur, et haeret*Ut ^ lacerato oculo çircùm, si pupula mansitIncolumis^ stat cetnendi viwta potestasjï)ummodo ne totum corrumpas luminis orbem^Sed circumeidas aciem 5 solamque relinquas;Id quoque enim sine pernicie confiet eorjim ;At si tantula pars oculi média illa peresa est 9Incolumis quamvis alioqui splendldus orbis fOccidit extemplo lumen, tenebrxqpe sequuntûr*Hoç mhm n%m mïmm vUiçtî swot fœdçrç seinpçf %


LIVRE III. *]tL'ame ne peut, sans eux, animer la matière.Viennent-ils à s'éteindre ? Eteinte toute entière ,Dansje^vidi éternel se.perdant sur leurs pas , tElle nous laisse en proie aux glaçons du trépas ;Mais fesprit, dans un corps sans forme et sans figure,Mutilé 5 démembré, tronc hideux , masse obscureQue tant de parts de l'ame ont quitté sans retour,Seul résidant encor, lui conserve le jour;Ainsi l'œil déchiré, mais la prunelle entière,Il voit encor par elle, il reçoit la lumière;Mais l'œil fût-il intact, brillant d'un feu nouveau,Si quelque choc la brise, il n'est plus de flambeau;Tout s'éteint. Ame, esprit, telle est votre alliance.Si la vie est dans Tune, %tx l'autre en est l'essence.Pïw


ARGUMENTUM.ANIMOS animasque nascîec interne. Pytbagor^ anîmarumtnmsmigratïo însulsa. Cùm animai» corpore sejuacta y si quîdemsic pcout anima , non recordfetur se unquam anteà ex^ticisse > mors nihil est. Vàna-m de seputtura sollicitudîheiuderidendam. Cùm mortui, nec bonis quibus vivi gaudemus*nec quibus cracîamut mafis» afficiantut,, morsmalum non est*Vitam longiorem nît novi affenre. Qux»de ihfèris, Pôëtaçwarrant inanes esse fabulas. Plerosque mortaKûm. în.çptè t%absurde de morte qaeri, cùm sapîentissîmi hominum, potentissimique¥im dire necessïtatis sensetint. Ideo. mortales vi^'ttm agere inquiétant % quod morris contemplationem refu«gïunt, qnx % càm omnes xterna maneat, de vita, seriùs ocyù&amittendâ, dolortbusque ac pêciculuobooada^ «oUicici ïoinikesse dcbonsuk


ARGUMENT.L'ESPRIT et Famé naissent et meurent. Ridicule de l'opinionde Pythagore touchant la transmigration des âmes. Lameséparée du corps, si elle existe comme ame, n'ayant aucunsouvenir de son existence passée, la mort n'est rien. Vanitédes soins qu'on prend de sa sépulture. Les morts ne sentantpas plus le besoin des biens dont nous jouissons dans la vie,qu'ils ne sont affectés des maux qui nous assiègent % la mortn'est point un mal. Une vie long-temps prolongée ne donnepas de nouvelles jouissances. Ce que les Poètes racontent desenfers n'est qu'un tissu de vaines fables. Tant de grands hommes,sages ou puissans, ayant éprouvé îâ dure nécessité de mourir,se plaindre de la mort est une petitesse et une lâcheté. LesMortels ne sont- si occupés de la vie, queprçe qu'ils réfléchissentpeu sur la mort ; en effet, une mort éternelle nous étantréservée à tous, une vie qu'il faut perdre tôt ou tard, et sujetteà tant de maux, exposée à tant de dangers, m&ite peu^u on s'en occupe.


T I T ILUCRETII CARI,DERERUM NATURA.LIBR!TERTIIPARSPOSTERIOR.XN UNC âge, nativos anitnantibus 9 et mortalesEsse anîmos animasque levés ut noscere possis %Conquisita diù, dulcique reperta labore,Digna tuâ pergam disponere carmina vitâ.Tu fac utrumque uoo subjtingas nomen eorum;Atque anlmam, verbi causa 9 cùm dicere pergam 9MortaleiB esse docens 5 aoïnium quoque dicere credasQuatinùs est unum inter se, conjunctaque res escPRîNCIPIO, quonïam tenuem constare minutisCorporibus docui ; multoque minoribus essePrincipiis factam 5 quàm liquidus humor aquaï est,Aut nebula 5 aut furous : nam longé mobilitatePixstat, et à tenui causa magis icta roovetur ;


LUCRÈCE,D ELA NATURE DES CHOSES.LIVRETROISIÈME,. SECONDE PARTIE,V/ui, nés avec mon corps qu'ilsmeuvent aujourd'huiMon ame et mon esprit s'éteindront avec lui.Grande loi qu'à mon cœur la sagesse a dictée,Que, d^ns mes doux travaux, f ai long-temps méditée,JEt qu'il faut te prouver en vers dignes de toi.Mais souviens-toi d'abord, qu'unis pour même emploi,Ne formant qu'un seul tout, quand je nommerai Tune,Je parle aussi de l'autre, ayant même fortune,Et tous deux, à la mort, soumis par leurs destins.RéSULTAT d'élémens plus déliés, plus finsQue ceux même de Peau, de la fumée errante,De la nue, au hasard épandue et flottante,Notre ame, tu Tas vu, plus agissante en nous,Plus mobile cent fois, cède à de moindres coups s


v*)ffLUCRÈCE,Quippc ubî ïmaginibus fumi, nebolaeque movetur:Quodgenus,in somois sopïtiubi ceroimus altaExhalare vapore altaria, ferreque fumum :(Nam procul àaec dublo nobis sîmulacra genuntur.)Noue igitur » quoniam, quassatis undïquè vasis 5Diffluerc àemorcm^ et laticem discedere cernis ;Et nebuk ac ftsmusquoniam discedît in auras:Crede animam quoque diffondi, multoque perïreOciùs, et citiùs dissoivi corpora prima 5Cèm semel omnibus è membris ablata recessit:Quîppe etenim corpus, quod vas quasi constitit ejus,Cùm cohibere nequit conquassatum ex aiiquâ re,Àc rarefactum f detracto sanguine venîs :Acre qui credas posse hanc cohiberier ullo ,Corpoie qui nostro rarus magis am cohibessit?FK^TEREA , gîgnî parîter cum corpore, et uniCrescere sentimus^ pariterqee senescere mentem.Nam velut infirmo pueri teneroque vagantutCorpore : sic animi sequitiir sententia tenuis :Indèç-ubi robustis adolevit viribes setas,Consilium quoque roajus 9 et auctior est animî vis rPost ubî jam validis quassatum est vïribus aeviCorpus j et obtusis ceciderunt viribusartus:Claudicat ïngeniom, délirât linguaque mensque :Omnia defîciunt 5 atque uno tempore desunt.Ergà dissoivi quoque convenit omnesa-animai


L I V R Ë I I LniCède à ceux de ces corps si subtils, si volages;Cède à leur apparence, à leurs vaines images,Qui, s'élevant en nous, agitent son repos,Lorfque, le doux sommeil nous versant ses pavots,Elle voit, des autels, la fumée épaissieEmbrasser, en torreos, l'atmosphère obscurcieEt si Fonde s'échappe et fuit de toutes partsLorsqu'un coup destructeur a frappé ses remparts, fSi bientôt, dans les airs, la fumée ou la nueS'égare, se dissout, se perd à notre vue ;Combien, fluide encor plus fin, plus divisé,L'esprit doit fuir plus tôt quand son vase est brisé!Combien ses élémens vont plus tôt se dissoudre,Lorsqu'élaocés d'un corps ou frappé de la foudre,Ou devenu moins dense, épuisé de son sang,Mien ne les retient plus, ne les fixe en leur rang!Combien sont-ils moins un dansFair plus rare encoielD'AILLEURS, comme le corps, n'a-t-il pas son aurore,Son midi, son déclin ? Doit-il pas, comme lui,Naître croître, vieillir f et tomber sans appui ;Faible en un faible enfant, robuste dans l'adulte,Dans le vieillard cassé, sombre et tout en tumulte,Embarrassé, tremblant, dans un triste abandon,Enchaînant tous les sens, la langue, la raison,Et, comme eux, sans ressort, comme eux, prêt à s'éteindre?Et tu pourrais douter si la mort peut l'atteindre ,Si, comme la fumée, il s'évapore enfin,Lui dont seul , malgré toi, ton corps fait le destin %


-4*8 I/UC ËÊ CE,Naturam, ceti fumus in altas aëris auras :Quandoquidem-gigtii pariter, paricerque vtdetût.Crescere, et, ut docui, simui aevo fessa fatiscit*Hyc accedit uti videamus, corpus utipsumSuscipere immanes morbos durumque dolorem :Sic animum curas acres iuctumque metumque ;Quarè participera lethî quoque convenu tsst.QUïN ettam morbis in corporis avius errâtSaepe animus ; démentit enim, deliraque fatur;Interdùmque gravi- lethargo fertur in altumiËteroumque soporem, oculis nutuque cadenti :Undè neque exaudit voces, neque noscere vultusIllorum potis est 9 ad vitam qui revocantesCircumstant, lacrymis rorantes ora genasque :Quare animum quoque dissolvi fateare necesse est :Quandoquidem pénétrant ift eum contagia morbi*Nam dolor ac morbuslethi fabricator uterque est :Multorum exitio perdocti quod sumus antè.DENIQUE, cur hominem, cùm vini vis pénétra vîtAcris, et in venas discessit diditus ardor,Consçquitur gravitas membromm? prxpediunturCrura vacillanti ? tardescit lingua ? madet mens ?Nantoculi? clamor, singukus, jurgia gliscunt ?Et jam extera de génère hoc quxcunque sequuntur?Cur ea sunt, nisi quod vehemens violentia.viniConturbare animam consuevit corpore in ipso ?Ât quxcunque queunt comuïbari înque pjedixi, -


LIVRE III. *,*Faible ou fort comme lui , vivant, mourant de même?VICTIME abandonnée à sa faiblesse extrême,Si l'un se voit soumis aux douleurs, aux tourmens tL'entraînant au tombeau de momens en momens;L'autre , sans cesse ouvert à mille inquiétudes fChagrins, soucis rongeurs, craintes, sollicitudes,D'un pas toujours égal, ne Py suivra-t-il pas?Ex 5 dans les maux du corps, combien de fois, hétas !Le voit-on dans Phorreur d'un trouble fantastique,Ou dans les noeuds pressans d'un sommeil léthargique!Œil mort, tête penchée et tombant sous son poids.Ami, reviens,,,,,, écoute il est sourd à ma voix !Immobile, insensible à nos tendres alarmes,Il ne ftous connaît plus ! il ne voit plus nos larmes!En butte aux maux du corps, que devient son esprit?Ah f comme lui, sans doute, il succombe, il périt.Oui, crois-moi, pour tous deux, l'affreuse maladieEst la faux de la Mort qui va trancher leur vie*Mille exemples cruels nous Pont assez appris.#DES vapeurs de Bacchus, quand mes sens sont épris,Lorsqu'il répand ses feux dans mes veines brûlantes fPourquoi, lourd, affaissé, les jambes défaillantes,Sens-je flotter mes yeux, ma langue s'épaissir,Et, par degrés enfin, ma raison s'obscurcir?'Pourquoi ces longs sanglots exhalés de ma bouche 9Ces cris, ces mots confus, ce courage faroucheQui, malgré moi, m'entraîne à chercher les combats?Bacchus, je le vois trop, esclave dans tes bras, •


**4 LUCRÈCE,Significant, pâulo si duriotiosïeuâritCausa, fore ut perçant, «vo privât» future.f -QUIN etïam , subitâ vi morbi sxpe coactus,Aote oculos aliquis nostros, ut fulminis iétu^Concidit, et spumas agit, ingemit, et tremit attus fDesipit, extentat nervos, torquetur, anhelatInconstanter et In jactando membra fatigat:Nimirùm,' quia vis morbi distracta per artusTurbat agens animain, spumaos ut in xquore salso.¥entorum validis fervescit viribus unda:Exprimitur porro gemitus, quia membra doloreAffictuntur, et omnino quod semîna vocis •Ejiciuntur_, et ore foras glomerata feruntur,Quà quasi consuêrunt, et sunt munita viaï :Desïpientia fit , quia vis animi atque animai 'Cehturbatur, et, ut docui, divisa seorsùmDisjectatur, eodem illo distracta veneno.lndè, ubi jam morbi se flexit causa, reditqueIn latebras ater corrupti corporis' humor ;Tum quasi talipedans primùm consurgit, etomnesFaulatim redit in sensus, animamque receptat.Haec igitur tantis ubi morbis corpore in ipsoJactetur, miserisque modis distracta laboret;Cur eandem credis sine corpore, in aëre aperto,Aussi


L 1 ? R E I 1 L 241Aussi bien que mon corps, mon ame est enchaînée,Et c'est toi 5 c'est toi seul dont l'ardeur effrénéeLa iivrte, sans défense, à ces ardens transports;Mais s'il faut qu'elle cède à tes puissans efforts,Des efforts plus puissans l'atténuant en poudre , ' .Peùvent-ils prfs enfin l'éteindre et la dissoudre ?QUEL coup rapide et sûr frappe ce malheureux?Les éclairs sont moins prompts, les vents moinsorageux;11 tombe, il se confond, gémit, respire à peine;11 se tord, se roidit, palpitant, hors d'haleine;Il écume à mes pieds , s'y roule en furieux;Pareil, en ses transports, aux flots séditieuxQu'on voit fouler, au loin, la plage blanchissante:Son ame est-elle en proie au mal qui le tourmente fOui , sa douleur s'exhale en soupirs redoublés :Oui , j'entends, de sa voix s les principes troublésPrendre, en torrens vainqueurs, leur route accoutumée,Par leur foule orageuse, ouverte et comprimée;Et ceux même de l'ame, en ces sombres combats,Du venin triomphant ne se défendent pas.MAIS ce brûlant poison touche presque à son terme;Dans ses canaux secrets, il rentre, il se renferme.Etonné, chancelant, les yeuxencor flétris,Le malheureux se lève, il reprend ses esprits.Et Famé, dans ce corps, livrée à ces tempêtes.Pourrait un jour, des vents qui grondent sur nos têtes,Libre, au milieu des airs, défier les assauts ! ;Tome /.Q


a 4 2 • LUCRÈCE,-Cum validïs ventis, xtatem degere posse?ET quoniam mentem sanari, corpus ut xgrum 9Cernîmus, et flecti medicinâ posse vîdemus :ld quoque prxsagit mortalem vivere mentem :Addere enim partes, aut ordine trajicere ^quum est,Aut aliud prorsùm de summâ detrahere illûm 9Commutare animum quicunque adoritur, et infît,Aut aliam quamvis naturam flectere quxrit:At neque transferri sibi partes, née tribui vult,Immortale quod est quidquam, neque defluere hiUim:Nam quodeunque suis mutatum fînibus exit 9Continué hoc mors estillius, quod fuit antè.Ergo animus 5 sive xgrescit, mortalia signaMittit 5 uti docui, seu flectitur à medicinâ :Usque adeo falsx rationi vera videtifrEes occurere 5 et effugium prxcludere eunti,Ancipitique refutatu convincere falsum !DENIQUE sxpe hominem paulatim cernimus ire,' Et membratim vitalem deperdere sensum :In pedibus primùm digitos livescere et ungues;Inde pedes et crtira mori ; post indè per artusIre alios traetîm gelidi vestigia lethi.Scinditur atqui animx quoniam natura 5 nec unoTempore sincera existit; mortalis habenda est,QUOD si forte putas ipsam se posse per artusIncrors'ùm trahere et partes conducere in unum 9Atque ideo cunctis sensum deducere inembrisj


L 1 V 1 E 1 î t «43QUE dss-je? En ceux du corps^ on peut guérir ses maux»On peut donc séparer, transposer ses parties,Dans un ordre nouveau, par notre art, assorties,Ajouter, retrancher, changer tout à son gré ?Ainsi ,. prêt à périr, tout être est réparé.Mais un être immortel , diviser sa substance, ?En perdre, en acquérir, soumis à l'inconstanceILe peut-il? Et tout mixte, épuré, façonné,Est il le même encore, autrement combiné ?Et, de cette âme enfin, de douleur assouvie,Au gré d'un art puissant, le retour à la vie ,.Ce reflux'de santé ne t'annonce-wl pasQue rien ne peut, un jour, la soustraire au trépas fAinsi, de toutes parts, la lumière nous presse;Ainsi, la'poursuivant et trompant son adresse,Jusqu'aux derniers détours où se cache Terreur,La vérité pénètre et porte un jour vainqueur.QUEL autre infortuné, d^ns sa marche incertaine,S'avance, pas à pas, vers la mort qui l'entraîne, •Et, dans lui, par degrés, éteint tout sentiment?Je vois d'abord ses pieds presque sans mouvement,Et leurs doigts desséchés, et leurs ongks livides,Et, du tronc chancelant, les colonnes arides.Tout succombe. La Mort, serpent contagieux,Hampe, monte, s'étend, se promène en tous lieux/ *Quoi, par lambeaux aussi, sous sa dent acérée,L'ame, sans résistance, est-elle démembrée?


24* LUCRÈCE,Atlocus illc tamen, quo copia tanta animai'Cogitur, in sensu débet majore videri.Qui quohiam nusquam-est; nimimm, ut diximus antè,Dilanlata foras dispergitut ; interit ergo.Quin etiam , si jam iibeat concedere falsum,Et dare, posse animam glomerari in corpore eorumLumina qui linquunt moribundi particulatim;Mortalem tamen esse animam fateare necesse est;Nec refcrt, utrùm pereat dispersa per auras.An, contractis in se partibus , obbrutescat;Quaridb hominem totum 9 magis ac magis undiquè, seosusDéficit , et vitse minus, et minus uodiquè restât.ET quoniam tnens est hominis pars una 7 locoqueFixa manet certo , velut aures atque oculi sunt,Atque alii sensus, qui vstam cunque gubernant:Et veîuti manus atque oculus naresve^ seorsùmSécréta à nobis nequeant sentire, neque esse:Sed tamen in parvo liquuntur tempore tabi :Sic animus per se non quit, sine corpore,-et ipsoEsse bomine , iliîus quasi quod vas esse videtur;Sive aliud qusdvis potis es conjunctius eiiFingere; quandoquidem connexus corpori adhxret*DENIQUE corporis atque animi vivata potestasInter se conjuncta valent, vitâque fruuntur :Nec sine corpore enim Titales edere motusSola potest anïmi per se natura, nec autem


LIVRE III. 2 4 j» NON 5 ramenée en soi, dans un point circonscrit,>* Elle y réside entière, et son feu s'y nourrit *.Ah ! là, plus resserrés 5 le sentiment, la vieSe rallument, sans doute , avec plus d'énergie?Où donc* en ce mourant, est cet heureux foyer?Et si la Mort, sur lui, lente à se déployer,Par pièce, avec le corps, a pu dévorer Famé,Peut-elle, de tous deux, n'éteindre pas la flamme?Mais de cette air.e enfin, moins prompte.à se biiser >Dussent les élémens ne se point diviser,En mourrait-elte moins ? Et qu'importe à-sa vie.Qu'elle s'éteigne en masse, ou s'exhale en partie»Si, comme notre corps, plus elle s'affaiblit.Moins il lui reste d'être, et plus il se détiuit?Quoi ? n'en est-el!e pas, fixée en sa- retraite,Comme l'oreille ou l'oeil, une part plus secrète?Et si F œil, ou l'oreille, ou le nez, ou la main,Ou tel autre des sens qui règlent son destin,Vient à s'en détacher par quelque choc terrib!e fCrois-tu y qu'après sa chute ,• il soit encor sensible îNe va-t-il pas se fondre,épuisé, déjà mort?Et se peut-il qu'un jour l'ame ait un autre sort,L'ame profondément, dans son vase, imbibée.Et quelle sente et vive, à son corps dérobée?LEUR vie, et leur salut, et leurs maux, et leurs biens ,Tout ne dépend-il pas de leurs communs liens ? 'Ah ! Tune, loin de l'autre , immortelle substance,Pourra s'élever seule aux champs de l'existence;Q iij


'^6 . LUCRÈCE,CaSsom anîmâ corpus durare et sensibds utLScilicet EYOISUS radicitùs ut nequtt ullamDispicere ipse oculus rem 9 seorsùm corpore toto :Sic anima atque animus per se nil posse videntur ;,Nimiiùm quia per ¥enas et viscera mtsttm,Per nervos atque ossa tenentur corpore ab omnr;Nec magnis intervalle primordia possuntLibéra dissultare; ideo conclusa moventurSeosiferos motus, quos extra corpus, in aurasAëris , haud possunt post mortem éjecta moveri ;Proptereà quia non simili ratione tenentur :Corpus enim atque animans crit aër 9 si cohibereStse anima 9 atque in eo poterit concludere motus %Quos antè in nervis et in ipso corpore agebat.Quare etiam atque etiam 7 resoluta corporis omnîTegmine, et ejectis extra vîtatibus auris yDissolvi sensés anîmi fateare necesse estAtque animant 9 quoram çonjunçta est causa duobuf* 'DENIQUE^ ciim corpus nequeat per ferre animaiDiscidium 9 quin id tetro tabescat odore ;Quid dubitas, quin, ex imo penitùsquc coorta»Emanant 9 utifumus 5 diffusa animae vis?Atque ideo tantâ mutatum putre ruinaConciderit corpus penitùs, quia mota loco sontFundamenta foras animx manantque per a«ns 5Perque viarum omnes flexus* in corpore qui sunt£Âtqueforamina? Multimodisut noscere possk-Dispertîtam animx naturam exisse per artus;Et priùs essç.sibï distractam, corpore in ipso*


LIVRE IM. 24.7Loutre , sans celle-ci, vainqueur heureux du Temps,Pourra jouir de l'être, et déployer sts sens,Lorsque l'oeil, détaché de sa faible paupière,Et par lui-même, et seul, reverra la lumière.Et comment, contenus en de subtils canaux ySemés dans tous les nerfs, les viscères, les os,Comment, libres enfin, les éîémens de faméIroient-ils vivre au loin réunissant leur flamme,Et, resserrés dans l'air, riches de nouveaux sens fY reproduiraient-ils de nouveaux mouvemens ?L'air, leur nouveau rempart, dès ce moment suprême,L'ai* serait donc, par eux, organisé lui-même,Animé , respirant ! Ah ! tu vois aujourd'hui,Tu vois trop que, f our l'âme, et le corps son étui,Au sentiment, à l'être, à la vie éclipsée,11 n'est plus de retour, quand l'enceinte est forcée,• Et que le-même coup les écrase tous deux*.Qui produit dans le corps ce changement affreux?'L'ame à peine échappée, horreur de la Nature,..Il se fond , se distille en une odeur impure jEt du sein d^ ce tronc, en vapeur exhalé^L'esprit vivifiant ne s*est point écoulé !'Et ces débris honteux , à l'œil qui les déteste,N'attestent pas assez que, par un coup funeste>Par les pores ouverts, en fumée élancés >Les étais de la vie ont été déplacés,Et qu'enfin, dans le corps, plus prompte à se détendre,L'ame nageait dissoute, avant de se répandre !Q iv


248 LUCRÈCE,Quàm prolapsa foras enaret in aëris auras.QUIN etiam, fines dum vitae vertiturintra,Saepe aliquâ tamen è causa labefacta videturIre anima, et toto spivi de corpore membra,Et quasi suprema languescere tempore voitus, • ..Moiliaque exangui cadere omnïa corpore membra.Quod genus est, anïmo malèfaaum cùm perhibetur,-Aut apimam liquisse; ubi jam trepïdatur, et omnesExtremum cuplunt vires reprendere vinclum :Conquassatur enim tum mens animxque«potestasOmnis $ et hxc, ipso cum corpore , conlabefiuntjUt gravîor paulo possit dissolvere causa.Quid dubitas tandem, quin extra prodita corpus ,Imbecilla foras, in aperto 9 tegmîne dempto,Non modo non omnem possit durare per xvum,Sed minimum quodvis nequeat consistere tempus ?NEC sibi enim quisquim moriens sentire videturIre foras ansm^m incolurtiem de corpore toto ;Nec priùs ad jugulum et superas succedere fauces :Verùm deficere in certâ regione locatam ;Ut sensus alios in parti quemque sua scitDissoivi. Quod si immortalis «ostra.foret mens,Non jam se moriens dissoivi conquereretur;Sed magis ire foras, vestemque relinquere 5 ut anguîs 3Gauderet, prxlooga senex aut cornua cervus*


LIVRE 1 1L H9MAIS, avant ce temps même, en son fragile enclos,,A quelque choc soudain, sortant de son repos,'Combien de fois, hélas ! la voit-on désolée,Se rappelant en vain, de son poids accablée,Et prête à délaisser les membres confondus?Le front pâlit, l'œil meurt, les sens sont suspendus:Quels efforts, quels combats dans cette ame cplorée,Pour renouer le fil de la vie égarée ;Pour ranimer ce corps, qu'aussi faible que lui,Elle peut, dans la mort, suivre même aujourd'hui,Si quelque choc plus sûr vient les surprendre encore JEt tu croirais qu'enfin, lorsqu'elle s'évapore, •Sans appui, sans rempart, à son débordement,Elle puisse, dans l'air, lui survivre un moment?•QUEL mourant dit jamais : Je sens, cîe la matière,Mon ame , en ce moment, se dégager entière;Elle monte au gosier, du gosier au palais.Non ; avec chaque sens, s'émoussant, par progrès,Il la sent se dissoudre et s'éteindre en partieDans la place où long-temps elle fut investie.Ah ! si, dans son essor, toute à sa liberté,Elle s'ouvrait le champ de l'immortalité,L'entendrait-on gémir de se-voir déchirée?Ne la verrait-on pas, de plaisir enivrée,Quitter son vêtement, comme, fiers de leurs droits^Le serpent sa dépouille, et le vieux cerf son bois?


^jo-LUCRÈCE,DENIQUE 9 cur animi nunquam mens consiliumqueGignitor in capite, aut pedibys, manibusve ; sed unisSedibus, et certis regîonibus.omnis inhxret;Si non certa loca ad nascendum reddita cuïqueSunt 5 et ubi quidquïd possit duraie creatum;Atque ita multimodis pro totis artubus esse 9Membrorum ut nunquani existât prxpostetus ordo ?Usqoe adeo sequitur res rem , neque flammacreari inFîuminibus solita est 5 neque in igrû gignier atgor.FK/ETEREA , si immortalis natura animai est.Et sentire potest sécréta à corpore nostro ,(Joioque, m opinor, eam facîundum est sensibus auctamjNec ratione aliâ nosmet proponere nobisPossumus infernas animas Acherunte vagare :¥ictores itaque, et scriptoram sxcla prieraSic animas introduxerunt sensibus auctas :At neqise seorsùm oculi^ neque nares 7 nec manus ipsaEsse potest anima; neque seorsùm ïingua nec auresAbsque anima per se possunt sentire 5 nec esse.ET quonîam toto sentîmus corpore messeVitalem sensum, et totum esse animale videmus :Si subito médium céleri preciderit ictu¥is aiiqua, ut seorsùm partem secernat utramqueîDispertita procul dubio quoque vis animai,Etdiscissa, simul cum corpore disjicktur:


LIVRE III. *{i. POURQUOI le sentiment, l'esprit, l'intelligence,Dans leur poste assigné, fixés avec constance, *A leur gré quelquefois, ne s'arrêtent-ils pasDans le sein, dans la tête, ou les pieds, ou les bras?N'est-ce pas qu'à chacun, chaque place est marquéePour y naître, y remplir la durée indiquée,Disposé 5 combiné, dans les membres qu'il sert,Dont rien ne peut changer ou Tordre ou le concert;Que tout est enchaîné, que Fonde, en vain gonflée,N'enfante point le feu, ni le feu la gelée?Si famé, loin du corps, s'ouvre éternellement"Aux plaisirs de la vie, au feu dii sentiment 5Les sens, éteints en lui , revivent donc en elle.Comment, s'il n'est ainsi , dans la nuit éternelle ,Se peindre , aux bords du Styx, les mânes vagabonds ?N'est-ce pas sous ces traits, qu'en ces sombres prisons,Les ont peints, en effet, les Peintres, les Poètes,Des antiques erreurs, aveugles interprètes?Mais Famé, hors du corps, peut-elle sentir mieuxPar le toucher des mains, l'odorat ou les yeux,Que ce corps, masse infecte et que !a tombe appelle,Par l'ouïe ou le goût, ne le pourra sans elle ?LE sentiment, par-tout, dansle'corps allumé,Ne soutient, avec lui, qu'un seul être animé:Mais siquelque grand coup, quelque horrible puissanceVient, de ce composé, diviser la substance,L'ame est donc divisée, et la divisionN'est-elle pas le sceau de h destraction ?


*fx . LUCRÈCE,Àt quod scinditur 7 et partes dïscedit in ullas,Scilicet aeternam sibi naturam abnuit esse.FALCIFEEOS memorant currus abscindere membraSocpe itadesubitb permistâ cxde calentes.Ut tremere in terra videatur y ab artubus id quodDecidit abscissom y cùm mens tamen , atque hominis vis,Mobilitate mali, non quit sentire dolorem;Et simul 5 in pugnx studio quod dedita mens est,Corpore cum reliquo pugnam cxdesque petissit;Nec tenet, amissam Isevam cum tegmîne sxpeInter equos abstraxe rotas falcesquerapaces,Nec cecidisse alius destram , pùm scandit et instat»Inde alius conatur adempto surgere crure 5Cùm dîgïtos agitât propter moribundus humt pes :Etcaput abscïssum ^ calido viventeque trunco^ xSerrât humi voltum vîta!em oculosque patentes yDonec reiliquias animai reddidit omncs.Qmn etiam tïbi sHinguâ vibrante mwiantïsSerpentïs caudam^ procero corpore, utrinqueSit libitum in mutas partes discïndere ferro ;Ou$nia jam seorsùm cernes amcisa receeti •Volnere tortari, et terram conspergere tabo ;.Ipsam seque rétro partem petere ore primera 9


LIVRE III. ayjON les a vus jadis, dans les champs du carnage ,Ces chars armés de faux par la main de la Kage.Ilsrf'élancent : tout tombe, et les membres saoglans,Entraînés, déchirés, bondissent palpitans :Maïs Famé du Guerrier, à ses fureurs ouverte,Tant le choc est soudain , n'a point senti leur perte.Lui-même , plus ardent , plus prompt à s'oublier,A de nouveaux combats, croit voler tout entier.L'un 5 brûlant de courroux, sans voir, dans la carrière,Sa main^ son bouclier foulé sur la poussière,Croit l'opposer encore aux vainqueurs forcenés;L'autre, élancé d'un saut sur les murs étonnés,De son bras qu'il n'a plus, croit s'y défendre encore;Un troisième , touchant à sa dernière aurore,Sur ses jarrets coupés, palpitans près de lui,Toujours plus furieux, cherche encore un appui-Que de troncs mutilés où règne encor la vie, 'De têtes où les yeux roulent avec furie,Jusqu'au moment fatal, où 5 partageant leur sort,Les restes de l'esprit sont rendus à la mort!QUEL serpent monstrueux s'élève et m'épouvante,Dardant, avec fureur, sa langue menaçante?11 vient à moi ; je vole, et, le fer à la main,En tronçons plus hideux, je le tranche soudain.Que vois-je ? Il n'en est point dont faspect ne m'effiraie,Qui ne s'agite encor, se roule sur sa plaie,


*;4 LUCRÈCE!¥oineris ardentl ut morsu premat icta dolore*Omriibusesse igitur totas dicerpus, in illisParticulis, animas? At eâ ratione sequeturUnam animantem animas habuisse in corpore multa&Ergo divisa est ea quie fuit una, simul cumCorpore; quapropter mortale utrumque putandum At ;•In multas quoniam partes discinditur aequè.PRJETêREA^ si îmmortalîs natura animaiConstat 9 et in corpus nascentibus insinuatur;Cor super anteactam xtatem meminisse nequimus fNec vestïgia gestarum rerum ulla tenemus?Nam si tantoperè est animi mutata potestas,Omnis ut actarum exciderit retinentia rerum:Non , ut opinor, id ab letbo jam longiter errât.Quapropter fateare necesse est, quoe fuit antè,InteriiAe, et, quse nunc est, nunc esse creatam.• PROTEREA , si , jam perfecto corpore, nobisInferri soîita est animi vivata potestas,Tum cùm gignimur, et vitse cùm limen inimus;Haud ita conveniebat uti, cum corpore et unàCum membris, videatut in ipso sanguine crêsse 5Sed , velut in caveâ, per se sibi vivere solamConvenir, ut sensu corpus tamen affluât omne ;Quare etiam atque etiam nec originis esse putafadum eîtExpertes animas, nec lethi lege' solutas.


LIVRE lit. 2ssInfectant les gazons d'un venin destructeur !Sa tête atteint sa queue, et, toute à sa douleur,S'acharne à l'attaquer , d'une dent meurtrière !Quoi ? dans chaque tronçon, est-il une ame entière,Ou le même reptile en avait-il plusieurs ?Noû. Mais si, sous mon glaive, à mes efforts vainqueurs,Celle dont il vivait, déchirée et brisée,Aussi bien que son corps, est enfin divisée,Divisibles tous deux, tous deux sont donc mortels.VIVANTE , avant le temps, dans les champs étemels,L'ame, au moment précis, prompte à doubler son être,Vient se joindre, a-t-on dit, à son corps prêt à naître.Mais pourquoi, s'il est vrai * de son être passe,Tout souvenir, en elle, est-il donc effacé?Ah ! cet oubli profond où tu vois qu'elle tombe,Te paraît-il si -loin de Poubli de la tombe ?Non. Conviens donc enfin que Famé d'aujourd'hui,Formée avec son corps, vient de naître avec lui;Crois que Pâme d'hier n'est déjà plus vivante.PKir à s'ouvrir, du jour, la carrière brillante,Lorsque le corps parfait touche aux portes du Temps,Si notre ame accourait, prompte à mouvoir les sens tDans le sang, avec eux, la verrions-nous s'accraître,Et, cUns ce corps enfin, recevrait-elle un maître,Sans oser vivre à soi, comme Poiseau captif,Etranger à sa cage, et toujours seul actif?Non, non : comme ton corps, ton amea pris naissance:Bien n'en peut, après lui, prolonger l'existence*


aj6.LUCRÈCE,NAM neque tantoperè adnecti potuisse putandum tmCorporibus nostris extrinsecùs insinuatas :Quod fieri totum contra manifesta docet res:Kamqoe ita connexa est per venas 5 viscera, nervos,Ossaque^ uti dentés quoque sensu participentur;Morbus ut indicat 5 et gelidaï stringor aquaï,Et lapis oppressus subitis è frugibus asper.Nec ? tam contextse cùm sint, exire vldenturIncolumes posse f et salvas exsolvere stscOmnibus è nervis atque ossibus articulisque»QUOD si forte putas extrinsecùs insinuatamPermanare animam nobis per membra solere ;Tarito quxque magis cum corpore fusa peribit.Quod permanat enim^ dissolvitur: interit ergo.Disptrtkur enim per caulas corporis omnes.Ut cibus in membra atque artus cùm diditur omnes,Disperit, atque aliam naturam sufficit ex se :Sic anima atque animus, quamvis intégra recens inCorpus eunt, tamen in manando dissolvuntur :Dum quasi per caulas omnes diduntur in artus -Particulx, quibus hxc animi naturacreatur^Qux nunc in nostro dominatur corpore, nataEx iilâ, quae tune peritat partita per artus.Quapropter neque natali privata videturEsse die natura animas, neque funeris expers.• SFMïNA prxterea linquuntur, neene, animaiCorpore in exanimo? quod si linquuntur et insunt;COMMENT,


LIVRE III. 257COMMENT, je ne sais d'où, survenue à l'instant,L'eût-elle étreint par-tout et d'un nœud si constant,Liée aux os, aux nerfs, aux fibres invisibles,Aux dents même, axes dents, par elle, si sensibles,Qu'assiègent tant de maux, que fait grincer soudainUne boisson trop froide, un gravier dans le pain ?Comment, en tant de lieux, scellée et prisonnière,En soi tirait-elle une, et toujours toute entière?INSINUéE en nous, elle pB^t circuler,Et, dans nos os, dit-on, nous la sentons coûter*Mais la répandre ainsi, c'est hâter sa raine.Plus un fluide rouie, et plus il s'achemineVers le terme commun de tout être mortel,La dissolution dans le vide éternelAh ! si mes alimens, périssable substance,Filtrés, par cent canaux, changent enfin d'essence fEt, transformés en moi, sont des nerfs ou des os,Mon ame, circulant par les mêmes canaux,.Quoiqu'ipfusée entière, est donc aussi filtrée ,Ici, vil sédiment, ailleurs, élaborée,Détruite, reforgée, et, d'instans en instans,Benaisgant en une autre, arbitre de mes sens.Mais d*un rapport si vrai, l'accablante évidenceNe prouve-t-elle pas sa mort et sa naissance ?DIS-MOI , dans ce Mortel, à mes yeux expirant fEst-il^ de l'ame > encor quelque reste vivant ?Ton* L ' R


a S gLUCRÈCE,Haod erit, ut merito immortalis possit haberi;Fartibus amissis quoniam iibata recessit.Sin 9 ita siAceris membris, ablata profugit,Ut nuilas partes in corpore liquerit ex se;Undè cadavera, rancenti jam viscère , vermesExpirant? atque undè animantum copia tantaExos et exsanguis tumidos perfiuctuat anus ïQUôD si forte animas extrinsecùs insinuariVermibus, et privas ïn corpora posse venireCredis ; nec reputas cur millia multa animarumConvenianu undè una rMkserit; hoc tamen est utQuxrendura videatur et m discrimen agendum;-Utrùm tandem animoe venentur semina quaequeVermiculorum, ipsxque sibi fabricentur ubi sint ?An jam corporibus perfectis ïnsinuentur?At neque 5 cur faciant, ipsae quarève laborent,Dicere suppeditat ; neque enim 5 sine corpore cùm sunt,Sollicitât volitant morbîs, algoque, fameque.Corpus enim magis his vitiis adlîne laborat; .Et mala multa animus contagi fungïtur ejus.SED tamen his esto quamvis facere utile corpus,Quod subeant : at quâ possint, via nulla videftur.Haud igitur faciunt animoe sibi corpora et artus.Nec tamen est 5 ut jam perfectis ïnsinuenturCorporibus ; neque enim poterunt subtiliter esseConnexx 5 neque consensu contagia fient.DENIQUE , cur acris violentia triste leônumSeminium sequitur f dolu* volpibus, et fugacervï%


LIVRE lit ..a*S*il en est, dans les airs, à quoi tiendra sa vie*D'une part d'elle-même, en sortant, appauvrie fSi tout est exhalé, de quoi vont s'animerCes insectes, ces vers que je vois se former,Déployés, à grands flots, dans ces chairs corrompuestD'AUTRES âmes, dis*tu, sont en foule accourues,Bemplaçant la première échappée à ses fiers*Elles épiaient donc tous ces germes divers fPour les développer, s'y bâtir un asile |Ou, l'asile bâti, cette foule imbécille,Des maux de la matière affranchie à jamais,Est follement venue en partager le faix.Bizarre empressement de s'imposer les chaînes;De supporter, d'un corps, les besoins et les peines fLa faim, le froid, tourmens à lui seul réservés $Et, qu'éloigné de lui, l'on eut toujours bravés!MAIS enfin, de ce corps, l'union éphémère, -A leur félicité, fût-elle nécessaire,Quel instrument si sûr, quel ressort, .quels moyens,Quel art ont-elles donc pour .former ces liens?Non, ce corps ne peut être, il n'est-point leur ouvrage ;Il n'est point leur refuge, et, dans leur assemblage, .L'un à l'autre étranger, l'un sur l'autre » un seul jour,Ils ne pourraient agir, réagir tour à tour*Si toujours, de la mort, défiant la surprise,L'amc, de corps en corps, est reçue et transmise;Rij


$t6oLUCRÈCE,A patribus datur, et patrius pavor incitât artus?Et jam caetera de génère hoc^ cur omnia membris 9Ex ineunteaevo 5 ingenerascunt inque gehumur;Si non certa suo quia semine seminipqueVlsanimi pariter crescït cum corpore toto ?Quod si immortalis foret et mutare soleretCorporaj permistis animantes moribus essent;Effugeret canis Hyrcano de semine saepèCornigerlincursum cervi , tiemeretque per aurasAcrîs accipiter fugiens, veniente coiumbâ :"Desiperent hotxûnes 7 sapèrent fera sxcla feraram.ILLUO enîm falsâ fertur ratïone ? quod aiunt,Immortalem anilham, mutato corpore, flectî.Quod mutatur enim 5 dissolvitur ; incerit ergô.Trajiciuntur enim partes, atque ordïne migrant rQuarè dissolvi quoquè debent posse per artus,Deniquè ut intereantunà cum corpore cunctae.Sin animas homïnum dicent in corpora sempetIre humana; tamen quacram cur 5 èsapienti,Stulta queat fieri ; nec prudenssit puer ullus;Nec tam doctus «qux pullus 5 quàm fortis equi vis :Si non certa suo quia semine seminioque


LIVRE III. . afctSi , de germes constans, dans le corps.son- appui,Elle ne naissait pas en lui-même, avec lui,Prêts à se soutenir, vivre et s'accroître ensemble-,.Le lion si terrible , et devant qui tout tremble,En entrant dans la vie, aurait-il rapportéLa force de son père et sa férocité;Le cerf, toujours tremblant , sa crainte et sa faiblesse;La brçbis sa douceur,. îe renard son adresse,Et chaque espèce enfin les mœurs de ses aïeux?Ne les verraît-on pas, en tous temps, en tous lieux,Varier, au hasard, leur goût et teur génie,Changer de race en race, et le chien d'HyrcanieFuir à Fespect du cerf, sur lui-même élancé jPar le timide oiseau, l'épervier repoussé;Le loup parla brebis, et la brute éclairéeDu .jour de la raison, dans l'homme évaporée.?» TOUJOURS indifférente.à toutes passions,.» L'ame^en changeant de corps, change d'affections «%Quelle erreur ! ce qui change et peut voir ses partiesPasser dans un autre ordre.,,errantes j.perveoies.».Est-il le même encore^et, restât-il entier,N'a-t-il donc pas péri dans son» être premier ?Et famé, à cette loi, peut-elle se soustraire?MAIS, dit-on,. famé humain©, et-qu'i» jeurpuréclaire»Ne passe que dans l'homme ; et pourquoi,. tour à tour *ta yois-je,de la terre, ou la honte, ou l'amour?Pourquoi, forte dans lun, et dans l'autre affaiblie.?.Dans l'étant, sms prudent enA'adult&j mûrie,,R in


sfe LUCIE CE,Vis anïmï parîtcr crescît cum corpore toto.Scilicet în tenero, tenerascerc corpore mente»éonfugient; quod si jam fit, fateare necesse. est,Mortalem esse animam, quoniam mutata per arrasTantoperè amktit vitam sensumque priorcm.Quovi modo poterit pariter cum corpore quoqueConfîrmata, cupîtum aetatïs tangere lorem¥is animi ; nïsi erit consors in origine prima?Quidve foras sibi vult membris exire senectis ?An menât conelusamanere in corpore putri,Et domus xtatïs spatio ne fessa vetustoObraat ? at non sunt immortall nlla periola.DENIQûE connubla ad Venerïs partusque feraramEsse animas presto, deridiculum esse videtur jEt spectare immortales mortalia membraInnumero numéro, certareque preproperantérInter se, qu


LIVRE III. - «*£Ainsi qu'en nos coursiers l'adresse et la vigueur ?** Un corps jeune et naissant rajeunit son ardeur «wRajeunir, c'est changer, c'est perdre de sa vie,En substituer une à l'autre évanouie*ET, de ce nouveau corps, qu'elle adopte aujoord 1 !^Comment s'envelopper, comment croître avec lui?Si tous deux, en naissant, n'ont la même origine >Lorsque l'un, défaillant, penche vers sâTuine,D'où vient, au sein de l'autre, un désir si pressantDe quitter, sans retour, ,son palais vieillissant?Craint-elle qu'à jamais sa chute ne l'écrase;Que le faîte, en débris, ne brise aussi la base;Est-il quelque danger pour qui ne peut mourir?O délire ! au moment où l'attrait du plaisirSoumet, au tendre époux, une épouse aussi tendre ^Est-il toujours une ame attentive à se rendreOù l'attend l'embryon prêt à se déployer;Et leur foule innombrable, osant se l'envier,Va-t-elle disputer cette heureuse conquête,Ou y sans combats enfin, céder à la plus prête ïMAIS , quoi ? l'arbre naît-il d'ans le vague des aïf%Le poisson dans les bois, la nue au fond des mers?Le sang ctrcule-t-il dans les fibres des chênes?La sève, des rochers , gonfle-t-elle les veines?' Non, tout est, à son poste, enchaîné par des lois tAinsi l'ame et le corps sont unis à la fois.1 iv


4&I • LUCRÈCE,Hoc si posset cnim 5 multo prlùs ipsa animî visIn capite, aut humeris, aut imls calcibus e§sePosset, et Inoasci quâvis.in parte soleret;Tandem fneodem homine, atque In eodem vase'maneret.Quod quoniam In nostro quoquè constat corpore cêrtpro,Disposkumque videtur, ubi tsse et crescere possicSeorsùm anima atque animus : tanto magis InficiandumTotum posse extra corpus durare genique,Quaiè , corpus ubi interiit, periisse necesse estConfiteare anîmam distractam in corpore toto.QUIPFE etenïm mortale acterno jungere , et uniConsentlre putare, et fungl mutua posse,Desipere est, Quid enim diversîus esse putandum est *Aujt magis inter se disjunctum discrepîtansque,Quàm mortale quod est, immortaliatque perennïJunctum, in concilio saevas tolerare procellas ?PRJETBREA, quaecunque manent aeterna, necesse estjAut, quia sunt solîdo cum corpore, respuere Ictus,Nec penetrare pati sibi quidquam, quod queat arctasDissociare intùs partes; ut lïiateriaïCorpora sunt, quorum naturam ostendlmus antè ;Aut Ideo durare aetatera posse per omnem,Plagaram quia sunt expertia ; siçut Inane est,Quod manét intactum, neque ab Ictu fungitur hiltun :Aut Ideo, quia nullaloci sit copiacîrcùm,Qu6 quasi res possint discedere dissolvlque j'


Irî VKE 11 I. MjSi l'une, loin de l'autre , avait pu naître errante 9£c de sang, et de nerfs, y vivre indépendante,.Elle pourrait sans doute au hasard se fixer;Dans la têtô ou les pieds, à son gré, se placer,Toujours en même vase, animant le même être :Mais s'il est vrai, qu'en nous, nous pouvons reconnaîtreJLa retraite, le siège où croît, avec le corps,Ce souffle, cet esprit, moteur de ses ressorts,11 ne peut donc, qu'en lui, déployer sa puissance;11 ne peut, hors de lui, jouir de l'existence,Et, dans le même instant, des mêmes coups atteint,Quand le corps se dissout, il s'exhale et s'éteint.ET quel nœud , quel accord, à l'être destructible,Aurait pu joindre-un être au temps même invincible?Si distincts, si divers, sirepoussans entre eux,Concourraient ils ensemble au bonheur de tous deux;A partager , du Sort, les faveurs, les traverses,A porter, en commun, leurs fortunes diverses?NON, rien ne peut braver le glaive dé la Mort,Qu'un corps, solide en tout, vainqueur de tout effort,Substance impénétrable, en tout sens resserrée,A tout trait déchirant refusant toute entrée,Tel que, de la matière , on peint les élémens ;Un corps inaccessible aux coups, aux froissemens, •Tel qu'est encor le vide impassible, impalpable;Un corps dont les débris, matière inébranlable.N'ont point où se dissoudre, où tomber dispersés,Ainsi que le grand Tout dont les membres-pressés


n66 LUC R.È C E,Sicut summaram somma est aeterna; neque extrïQuis iocus est, quo difïugiat; neque corpora sunt, qu«Possint incidere et valida dissolvere plagâ.At neque, uti docui, soiido cum corpore mentisNatura est ;.. quoniam admistum est in rébus inane :Nec tamcn est ut inane ; neque autem corpora desunt,Ex infinito quae possint forte coorta^•Proruere banc mentis violento turbine molem,Aut aliam quamvis cladem importare perïcli;Nec porro natura loci, spatiumque profundiDéficit^ expergi quo possit vis animai^* Aut aiiâ quâvis possit vi puisa perire;Haud igitur lethi prxclusa est janua mentiQUOD sî forte ideo magis immortalk habenda est %Quod lethalibus ab rébus munita tenetur ;Aut qoia non veniunt omnino aliéna salutis ;A*st quia , quae veniunt, aliquâ ratione receduntPuisa priùs, quàm, quid noceant, sentire queamus zScilicet à verâ longé ratione remotum est.Praeter enîm quàm quod morbis tum corporis xgrit tAdvenit id, quod eam de rébus sxpè futurïsMacérât, inque metu malè habet, curisque fatïgat;Prxteritisque admissa annis peccata remordent.Adde furorem animï proprium, atqueobliviarerum»Adde quod In nigras %thargi mergitur undas»NIL igitur mors est, ad nos neque pertînet biîum »Quandoquidem natura animï mortalis habetur ;


LIVRE III. *6iWont point, par delà lui, d'espaces où s*étendre fNi de corps dont lui-même il ait à se défendre.Et si par-tout, en tout, le vide est répandu,i'ame n'est point un corps solide, inétendu ;Au sein de l'infini, dans ce champ redoutable,En butte à tant de corps dont le choc effroyablePeut la briser sans cesse, ou du moins l'ébranler,A l'insensible vide, on ne peut l'égaler;Et , d'espaces profonds circonscrite, entourée,Quelque choc qu'elle éprouve, à l'instant déchirée,Ses membres, en tout sens, peuvent s'y disperser.Sur des faits si certains, pourrais-je encor penserQue la mort est, pour elle', une lice fermée ?» MAIS, contre tout assaut, les Destins font armée;» Ou nul ne peut l'atteindre, ou, repoussés soudain,» Même avant qu'on les sente, ils l'attaquent en vain «.Ah ! sans les maux du corps qui l'accablent sans cesse,Combien l'espoir, la crainte et l'agite et la presse!L'avenir la tourmente, et, malgré ses efforts,Le passé la nourrit du poison des remords.Que d'autres passions dont l'ardeur la déchire !Et que dirai-je encor de son propre délire,Du sommeil léthargique, image de la mort,Où, souvent engourdie, elle tombe et s'endort?MAIS si tout meurt en nous, aï ?ame doit s'éteindre,Qu'est-ce donc que la mort, et qu'avons-nous à craindr©


siÇ8LUCRÈCE;Et vdm ânteacto nil tempore sensimus aegrï, 'Ad conBigendurn venientibus undiquè Pœnls,Omnla cùm belli trepido concussa tumultuHorrida contremuêre, sub altis aetherïs auris;In dubioque fuît sub utrorum régna cadenduraOmnibus humants essct 7 terrâque mariquc.Sic, ubi non erimus, cùm corporis atqiie animaiDiscîdium fuerk, quibus è sumus unitcr aptl,Scilicet haud nobis quïdquam 5 qui non erimus tum^Acddere omninapoterit, sensumquemovere;Non si terra mari mlscebitur 9 et mare coelo.Et j si jam nostro sentit de corpore* postquamDistracta est animl natura animxque potestas ;Nil tamen hoc ad nos^ qui coetu conjugioque.Gorporis atque anknse consistimus uniter aptl :Nic 5 sî materiam nostram conlegerif xtasPost obitum , rursùmque redegerit, ut ska nunc estjAtque iterùm nobis fuerint data lumina vïtae;Pertineat quidquam tamen ad nos id quoque factum >Interrupta semel cùm sit repetentia nostra.Et nunc -nil ad nos de nobis attinet, antèt Qui fulmus ; nec jam de UUs.nos affick angor y


' L 1 V R E 1 1 1 atf*D*un vain nom, sans objet, qui ne peut nous toucher?Quel malheur, quel effroi pouvait nous approcher,Lors des troubles de Rome, avant notre naissance;Quand la fière Carthage 5 attaquant sa puissance,Vomissait, à grands Mots, de ses bords dépeuplés ,Des torrens de Guerriers, dans nos champs désolés?Quand les voûtes des airs, les antres de la terreRetentissaient par-tout des foudres de la guerre;Et lorsqu'en ces combats, le tremblant UniversIgnorait de quel maître il recevait des fers ?Ce qu'alors nous étions, nous le serons encore,Quand le Temps, dont le souffle en secret nous dévore,De famé, unie au corps, aura brisé les noeuds.Dut le monde être en butte aux coups les plus affreux, -Dussent tomber les deux, dussent Tonde et la terreSe confondre, en leur choc, dans les champs du tonnerre,Bien ne frappera plus nos sens dénaturés.Et quand le corps et Famé, à jamais séparés,Du bien^ du mai encor, pourraient sentir l'atteinte»Qu'importerait à l'homme ou leur joie ou leur plainte,A l'homme qui n'est lui que par leur union ?Armés le jour fatal de leur dissention,Si le Temps, de mon corps, rassemblant la matière, .Dans le même ordre enfin, lui rendait la lumière,Kedeviendrais-je moi? Non. Long-temps divisés,En moi, les noeuds du moi sont pour jamais brisés.Qu'importe quel je fus avant d'être moi-même,Quel je vais être encore après ma fin suprême,


a7© LUCRÈCE,Qiios, de materiâ nostrâ 5 nova proferet seta&Nam cùm respicïas immensi temporis omnePraeteritum spatium , mm motus materiaïMultimodi quàm sint; facile hoc adcredere pûssk fSeminasaepè in codera, ut nunc sunt, ordine posta;Neç mcmoïi tamen id quimus deprendere mente.Inter enim jacta est vitaï pâusa, vagèquëDeerrâruot passim motus ab sensibus omnes.DéBET enim, miserè quoi forte segrëque futurum est,Ipse quoquè esse in eo mm tempore, cùm malè possitAccidere. At quoniain mors eximit im, prohibetquelllum eus possint incommoda conciiiariHxc eadem, in quibus et nunc nos sumus^ antè fuisse :Scire licet nobis nihil esse in morte timendum;Nec miserum fieri, qui non est 9 pos^e; neque hiiumDifferre5 an nullo fuerit jam tempore natus tMortalem vitam mors cui immortalis ademit.PEOINDE 5 ubi se vïdeas ho'minem indignarier ipsumPost mortem fore 5 ut aut putrescat corpore pôsto,Aut flammis interfiat, malisve ferarum ;Scire liect, non sïncerum sonere 5 atque subesseCaecum aliquem cordi stïmuluro; quamvis neget ipseCrederese quemquam sibisensum in morte futurura. '


LIVRE I IL 27sCe que fera le Temps des vains débris de moi ?Lorsqu'en ce tertips profond, je plonge sans effroi fOu s'étend, avant nous, cette immense carrière?Quels mouvemens, -quels chocs éprouva la matière ?Et je pourrais douter si tant de mouvemensOnt rassemblé cent fois les mêmes élémens,Et dans l'ordre distinct, d'où résulte mon êtfe?Mais, en ces divers tous, puis-je me reconnaître ?C'est par le souvenir qu'on se. rappelle à soi :Une trop longue mort s'élève entre eux et moi.Errans dans l'Univers, mon esprit et mon ame,Etrangers à mes sens , n'y portaient point leur flamme.POUR éprouver, du sort, les retours orageux,Il faut être au temps même où tout change à ses jeux ;Et si la Mort plus prompte, en sa rigueur utile,Bend l'homme qu'elle frappe, et qui, du sort mobile,Aurait pu, comme nous, sentir la cruauté,Pareil à l'homme à naître , et qui n'a point été ,Quel revers peut-il craindre, et de quelle misèrePeut gémir l'être nul en qui rien ne diffère,( Dans la nuit du tombeau pour jamais enchaîné)De l'être encor possible et qui n'est jamais né ?MAIS j'entends qu'on se plaint, on gémît, on murmure*m Quoi, mourir, et, 'des vers, devenir la pâture,m Ou des feux dévorans, ou des monstres des bois « JSi tu meurs tout entier, quelle secrète voixTe dit qu'en toi, de toi, survivra la mémoire?Tu mens à ta raison, quand tu feins de le croire^-


A7aLUCËÈCE,Non» ut opinor, enim dat 5 quod promittit; et IndèNec radicitùs è vitâ se tollit et eicit;Sed facit-esse su.i quiddam super 9 inscius ipse*Vivus enim sibi cùm proponit quisque, futurumCorpus uti ¥olucres lacèrent in morte ferapque;Ipse sui miseret ; neque enim se viodicat hihim %Nec removet satis à projecto corpore ; et illudSe fingit , sensuque suo contaminât adstans.Hinc indignatur se mortaiem tsst creatum;Nec videt, in verâ nullum fore morte alium se $Qui possit vivus sibi s'e lugere peremptum ,Stansque jacentem ; nec lacerari, urive dolore. -Nam si in morte malum est, malis morsuque feraramTractari ; non invenïo quî non sit acerbumIgnibus impositum calidis, torrescere flammis ;Aut in melle situm suffbcari; atque rigereFrigore , cùm in summo gelidi cubât aequore saxi; •Urgerive supernè obtritum pondère terrac.AT jam non domus accipîet te laeta f neque uiorOptima 5 nec dulces occurrent oscula natiPrxripere, et tacicâ p'ectus du!cedine tangent:Non poteris factis tibi fortibus esse 9 tuisquePraesidio : miser ! ô Miser ! aiunt, omnia ademit.Um dies infesta tibi. tôt prxmia vit*.Ec


JAtriy- .:.i


27iLUCRÈCE,ILLUD in his rébus non addunt; nec tibï earumJam desiderium rerum insidet insuper unà.Quod benè si videant animo 5 dictisque sequantur;Dissolvant animi magno se angore metuque.Tu quidem 9 ut es letho sopitus, sic eris xviQuod superest, cunctïs privatu'doloribus xgris :At nos 9 horrifico cioefactum te propè busto,Insatïabiliter deflebimus 5 xternumqueNulla dies nobis mœrorem è pectore démet.Illud ab hoc igitur quxrendum est 5 quid sit amarïTantoperè ; ad somnum si res redit atque quietem,Cur quisquam seterno possit tabescere luctu ?Hoc etîam faciunt, ubi discubuêre, tenentquePocuia sxpè homines, et inumbrant ora coronis 9Ex animo ut dkrant : » brevis hic est fructus homullis;» Jam fuerit, neque post unquam revocare licebit « ;Tanquam in morte mali cumprimis hoc sit eorum,Quod sitis exurat miseros atque arida torreat;Aut aliae cujus desiderium insideat rei.NEC sibi enim'quisquam tum se, vitamque requîrit,Cùm paritër mens et corpus sopita quiescunt:Nam licet scternum per nos sic esst soporem,Nec desiderium nostri nos adtigit uilum;Et tamen haudquaquam nostros tune illa per artusLonge ab sensiferis primordia motibus errant,


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» 7 S LUCRÈCE,Quio conreptus homo ex somno se conligit îpse.Multo igitur mortem minus ad nos tsst putandum ;Si minus esse potest, quàm quod nihil esse videmus*Major enim turbx dïsjectus materiaïConsequitur letho, oec quisquam expergitus exstat fFwgida-quem semel est vitaï pausa secuta.DENIQUI^Sï vocem rerum Natura repenteMittat,-et


LIVRE IIL m:Les principes émus, ranimant la matière,Pourraient,. à chaque instant9 nous-rendre à la lumière:Ainsi donc cette mort, ce repos sans réveil,Confondant tout dans fêtre, est moins que le sommeil^S'il est, dans le néant , quelques degrés encore*..'AH ! si ce Dieu qu'en vain notre faiblesse implore^La Nature, en ces mots, cPune tonnante voix,Gourmandait l'insensé qui se plaint de ses loix : *» POURQUOI ces pleurs amers, quand tu.sors de la vie^» Mortel, comblé de biens, pourquoi, cfun œil d'envié^• Les regarder encor a quand il faut les quitter?» Si toujours, en ses vœux, trop prompt à s'irriter ,•»• Ton cœur, vase sans fond, n'en laissa pas sans cesser» Echapper les douceurs, ta gloire et ta richesse jm Pourquoi ne point partir,.bénissant ton destin^» Rassasié, content, comme on sort d'un festin T» Sûr d'entrer dans un porr"à l'abri -de* Forage ?• Si tout s'est écoulé-, si-,, pour ton cœur volage^P 11 n'est plus de-plaisirs, si-la vie aujourd'hui» N'est plus qu'un champ hideux de dégoûts et d'ennui»« Quel vain empressement> quel désir te dévoreii D'entasser tant de biens pour les reperdre encore l» Pourquoi ne pas borner d'inutiles travaux?» Que puis-je plus pour toi ?-Par quels plaisirs nouveau»m Puis-je encor, de tes sens, réveiller la paresse?m Crois-moi,.tout, sous les cieux,se reproduit sans cesserS iiî


a 7 «LUCRÈCE,» Si tlbi non annîs corpus jam mar cet, et artus» Confectl langucnt : eadem tamen omnia restant »m Omnia si pergas vivendo'vincere sxcla;» Atque etiam potiùs 3 si nunquam sis monteras *«QUID respondeamus, nisi justam intenderelïtem-Katuram 9 et veram verbis exponere causai»?At qui obitum lamenterai^ miser ampliùs açquo,Non merito inclamet magis , et voce increpet acri?. » AuFFRab bine lacrimas, barathro 5 et compesce querelas «


LIVRE IIL 374m En tous lieux, en tout temps, c'est le même tableau*» TON corps, des ans vainqueurs, ne sent point le fardeau;m Tes membres sont encor dans leur vigueur première,m 11 est vrai ; mais enfin, prolongeant ta carrière*m Quand je devrais l'étendre aux siècles éternels,» Sur ce théâtre vain des frivoles mortels*» Puis-je t'offrir jamais que le même spectacle « ?QU'OBJECTER , que répondre à ce sublime oracle,Dicté par la justice et par la vérité ?Mais 5 courbé sous le poids de sa calamité, •Si c'est un malheureux qui, des bords de sa tombe 9L'ose accuser encore, au moment qu'il succombe*De quel juste courroux va-t-elle s'enflammer !» LâCHE ., indijpe du jour ! qui peut donc t'alarmec ?•» Va pleurer loin de moi ; cours, ou, dans ta misère *» Rends plutôt grâce au coup qui seul peut t'y soustraire *QUE dirait-elle encore à ce vieillard tremblant *Qui s'élève contre elle en murmure insolent?» APRES avoir, de l'être, épuisé tous les charmes, #» Tu désires encor ! tu sèches dans les larmes !» Ah ! toujours dévoré d'un désir renaissant,» Tu vivais insensible à ton bonheur présent.• Voilà ce qui sans cesse , à ton ame altérée,» Lui ravit sa douceur qu'un-autre eût savourée,n Et la mort te surprend toujours plus affamé;• Mais pars ^ et, de ton sort, dès long-temps informé 9«• Laisse à d'autres des biens étrangers à.ton âge:.p Fais-leur place ^ il le faut «. A ce juste langageSi*


âfo . LUCRÈCE,J^RE 5 ut opinor y agat 9 jure increpet indletque«Cedit enim reram novitate extrusa vetustas •Semperj et ex aliis aliud reparare neeesse est ;Nec quidquam in barathram y nec tartara decidit atra*Materies opus est ut crescant postera saccla :Quae tamen omnia te 9 .vitâ perfuncta, sequeotur,Nec minus ergo-antè haec, quam nuncj cecidêre cadentqutiSic alid ex alio nunquam desistet oriri,yitaque mancupio pulU datw % omnibus mu*RESPïCE ïtem quam nîl ad nos anteacta vetustasTemporis xterai fuerit 9 quàm nasciraut antè.Hoc igïtur spéculum nohis Natura kturiTemporis exponît post mortem dénique nostram :Num quid îbi horribile apparet? num triste videtucQuidquam ? nonne omni sonino secuxius exstat?ÀTQUB-ca nimiram, quaecunque Achemnte profundoProdita sunt esse, in vitâ sunt omnia nobis,Nec misçr impendens magnum timct aëre saxumTantalus, ut fama est, cassa formidine torpens :Sed magiç in vitâ Divûm metus urget inanisMorw-lçs^ casumque timem, quetnçtinqueferat FOH«NEC Tityum volucres ïneunt Achemnte jacentem sNec, quod sub œagpo sçruteutut pectoxej qiidquam


LIVRE ML 28-1Qui 5 comme à vous, un jour, peut s'adresser à moi,Pouvons-nous méconnaître et condamner sa,loi?Ne faut-il pas toujours, qu'à la triste vieillesse fSuccède, avec éclat, la brillante jeunesse,De race en race ainsi transmettant l'Univers?Rien ne s'anéantit, ne descend aux enfers.Sur l'océan du Temps la matière surnage.Tout se dissout; tout meurt; tout renaît d'âge en âge,Pour se dissoudre encor, pour renaître à jamais jEt le jour de la vie, aux êtres imparfaits,Et formant, l'un par l'autre, une éternelle chaîne *N'est donné qu'en usage, et non pas en domaine.ARRêTONS un moment nos regards élancésDans les siècles sans fin qui nous ont devancés.De ceux qui nous suivront c'est le miroir fidèle.Que nous ofire-t-il donc qu'une paix éternelle,Repos plus sûr, plus doux que le plus doux sommeil?Et qu'a donc d'effrayant une nuit sans réveil?MAIS quoi ? dans les enfers, on dit, qu'encor sensibles,Les mânes quelle erreur ! ces enfers si terribles ,Ce séjour des tourmens, c'est sur la terre, hélas !Que l'homme, toujours vain, Ta creusé sous ses pas.CE rocher suspendu, dont la chute fataleMenace, à chaque instant, et fait pâlir Tantale;C'est l'effroi renaissant du bras vengeur des DieuxQue tu vois en tout temps, que tu crains en tous lieux.CE Titye, enchaîné dans ces sombres murailles, »Qui nourrit des vautours fouillans dans ses entrailles,


a8atUCRÊCE,Perpetuam aetatem poterunt reperire profecto»Quamiibet immani projecto corporls exstet^Qui non sola nowm dispensis jugera membrisObtineat, sed qui.terraï totius orbem :Non tamen aeternum poterit perferre dolorem;Nec proebere cibum proprio de corpore semper.Sed Tityus nobis hic est 5 ïn amore jacentemQuem volucres lacérant, atqoe esest anxius angot-Aut aliâ quâvis scïndunt cuppedioe curx.SISYPHUS ïn vitâ qûoque nobis antè oculos est yQui'petere à populo fa^ces 5 saeYasque securesImbibit^ et semper victus, tristisque recedit.Nampetereimperium, quod inane estç nec daturunquain,Atque in eo semper durum sufferre laborem;Hoc est adverso nïxantem trudere monteSâxum 5 quod tamen à summo jam vertice rarsùmYolvitur, et planï raptim petit acquerra campï.DEINDE animï ingratam naturam pascere sempe%'Atque explere bonis rébus, satïareque nunquam ;Quod faciunt nobis annorum tempora^ circùmCùm redeunt, fœtusque ferunt, variosqueiepores tNec tamen explemur vitaï fructibus unquam :Hoc y ut opïnor 5 id est, xvo florente puellas,Quod memorant, laticem pertusum congerere In va%Quod tamen explerl nullâ ratione potestur.CERBERUS et Furïae.jam Yero % et luck egenns


LIVRE III. 23jEt dont le corps immense, au lieu de neuf ârpens,Couvrit-il et la terre et les humides champs,A leur faim renaissante, à son propre martyre,A jamais déchiré, ne pourrait point suffi: e ;C'est nous, toujours en proie à tant d'anxiétés,Et de haine ou d'amour , sans cesse transportés.ET toi qui 5 des faisceaux que ton orgueil dévore,Frustré, déchu cent fois, les demandes-encore;Qui vois couler tes jours en d'éternels regrets,Jaloux d'un vain honneur que tu n'obtiens jamais,N'es-tu pas, réponds-moi, ce Sisyphe stupideBoulant , avec effort , au haut d'un mont rapide,Un énorme cocher qui retombe soudain ?POSSéDER tout sans goût, jouir avec dédainDes plaisirs renaissans de ses belles années,Des douceurs des saisons, l'une à l'autre enchaînées,N'est-ce pas le destin de ces jeunes beautésQu'on dit, dans-un tonneau percé de tous côtés,S'obstiner à répandre une onde fugitive?CE Cerbère fceadantsur finfernale rive s


a«4 LUCRÈCE,Tartaras, horriferos eructans faucibus xstus,Haec neque sont usquam, neque possunt esse profectS*Sed metus In vïtâ pœnarum pro malefactisEst tnsignibus insignis, scelerîsque luclaCarcer 5 et horrlbilis de saxo jactu' deorsùm 5Verbera, carnifices, robur 5 pix 5 lamina, txdae.Qux tamen et si absunt, at mens sibi conscia factïPraemetuens 5 adhibet stimules 9 torretque flagellis;Nec videt Intereà, qui terminus esse malorumPossit 5 nec quae slt pœnarum denique finis;Atque eadem metuit 5 magis hxc ne in mortegravescant sHinc Acherusia fit stultorum denique vitsuHoc etîacn tibî tute interdùm dicere possisrLumina sis octilis etiam bonus'Ance 1 reliquit,Qui melior multis, quàm tu y fuit, improbe, rébus*Inde alii multi Reges rerumque potentesOcciderunt, magnis qui gentibus imperitârunt.Ille quoque ïpse, viam qui quondam per mare magnumStravit, iterque dédit legionibus ire per altum,Ac pedibus salsas docuit super ire lacunas 9Et contempsit 5 aquis insultans, murmura pontï,JLumine adempto 9 animam moribundo corpore fudit*Scipiades 9 belli fulmen 5 Carthagini&honor,.Ossa dédit terrse, proindè ac famul infimus esset :Adde repertores doctrinarum, atque leporum :Adde Heliconiadum comités; quorum unus HomeruaSceptra potitus; eâdem aEis sopitu' qulete-esu


LIVRE III. 285Cette fière Alecton, ces gouffres ténébreuxVomissant, dans les airs, de longs torrens de feux,Ce Styx, cet Achéron, ce Tartare effroyable,Ces tourmens, où sont-ils que dans un cœur coupable fDe ses forfaits cachés, recelant les bourreaux jVoyant par-tout la poix, les lames, les flambeaux,Les fers, les fouets vengeurs, Feffrayant précipice,Préparés pour le crime, et déjà son supplice?Supplice renaissant, et qu'il porte en tous lieux,Sans en prévoir le terme, et tremblant que les DieuxN'en redoublent l'horreur dans la nuit éternelle.'Ainsi, pour l'insensé, toujours triste et cruelle,La vie est un enfer dont il ne sort jamais.•VAIN Mortel, au milieu de tes lâches regrets,"Ne t'es-tu jamais dit : Couché dans la poussière,'Ancus, le bon Ancus a perdu la lumière.Lui qu'élevaient sur moi les plus rares vertus !Et combien, dans la mort, de Héros abattus,Monarques 1 , Potentats démens ou sanguinaires,De tant de nations, les tyrans ou les pères !Quoi? ce Guerrier hardi qui, défiant les mers,'Affermit un chemin sur leurs gouffres ouverts,Y guidant, sans pâlir, ses troupes étonnéesDe fouler, sous leurs pieds, les ondes enchaînées;Quoi ? ce grand Scipion, ce vrai foudre de Mars,Cet effroi de Carthage, et ces pères des Arts,Ces enfans d'Apollon qu'accompagnaient les Grâces,Homcie, Homère enfin dont Ils suivaient les traces,


2ULUCRÈCE,DENIQUE Democritum postquam matera vetustasAdmoouit memorem motus languescere mentis,Spontse suâ letho caput obvius obtulit ipse.Ipse Epicurus obît decurso lumine vitx 9Qui genus humanum ingenio superavit 5 et omnesPœstinxit, stellas exortus uti xtfaerius sol.Tu ver 6 dubitabis, et ïndignabere obïre,Mortua quoi vita est propè jam vivo atque videnti?Qui somno partem majorem conteris aevi?Et vigilaos stertis, nec somnia cernere cessas,Sollicîtamque geris cassa formidine meotem ?Nec reperire potes 9 quid sit tïbi sxpèmali, cùmEbrius urgeris mjultis miser undîquë curis 9Atque animi incerto flukans errore vagaris?Si possent hommes, proîndè ac sentire vldentucPondus inesse animo, quod se gravita te fatiget,Et quibusid fiât causis cognoscere, et undèTanta mali tanquam moles in pectore constet :Haud ita vitam agerent 5 ut nunc plerumquè videmus,Quid sibi quisque velit nescire, et quxrae semper,


LIVRE IIL aS 7i£uî qui tient à jamais le sceptre d'Hélicon ;Que dis-je ? et ces lambeaux de l'humaine raison, %Démocrite , averti par sa triste faiblesse,Que famé, de son corps, partageait la vieillesse,Qui lui-même, au tombeau, courut les déposer;Epicure sur-tout, qui, prompt à tout oser,Effaça tout éclat dans sa noble carrière.Comme, aux plaines du Ciel, le Dieu de la lumièreEclipse, en se montrant, les astres confondus;Ils sont morts ; à la terre, ils se sont tous rendus,Comme s'y rend le peuple et le plus vil esclave.ET tu t'indignerais que le temps qui te brave »Te force, tôt ou tard, à partager leur sort,Toi, lâche, dont la vie est une longue mort ;Toi, qu'on voit consumer ses ïnstans si rapidesDans un sommeil nourri de songes insipidesLivrant ton ame faible à de vaines terreurs;Toi qui, toujours flottant dans la nuit des erreurs,Pressé par tant de maux, sans en trouver la cause,N'as pas même d'asile où ton esprit repose,Ton esprit, en tout temps, et sans guide et sans loi,Par sa funeste ivresse emporté loin de toi !AH ! si, de longs chagrins, accablé sans ressource, 'L'homme, au sein de ses maux, en distinguait la source,Comme il en sent la charge, épuisé sous leur poids ,Que, dans sa vie errante, il suivrait d'autres loix!Qu'on le verrait bien moins, fatigué de son êtce,S'élancer loin de lui, craignant de se connaître»


a88 .LUCRÈCE;Commutare locum, quasi onusdeponerepossït*ExiT sxpè foras magnîs ex xdibus ille ,Esse domi quem pertxsum est, subitôque revertit:Quippè foris nihilo mcliùs qui sentiat essç.Currlt ageos mannos ad villafti hic pracipitanter ,Auxilium tectis quasi ferre ardentibus instans;Osckat extemplo, tetigit cùm limina viibe ;Aut abit In somoum gravis, atque oblivia quaerit;Aut etiam properans urbem petit, atque révisât.Hoc se quisque modo fugit : at, quem scilicet, ut fît,Êffugere haud potis est, ingratis hxret et anjgit ;Proptereà -morbi quia causam non tenet aeger ;Quam beoe si videat, jam rébus quisque rellccisNaturam primùm studeat cogooscere rerum ;Temporis xterni quonlam, non unlus horge ,Ambigitur statv , in quo slt mortallbus omnisiEtas post mortem, quse restât cunque, manendâ.DENIQUE, tantoperè In dublîs trepidare pendis,Qux mala nos subigït vitaï tanta cupido ?Certa quldem finis vitae mortalibus adstat;Nec devltari lethum pote, quin obeamus.PRJETEEE A, versamur ibidem, atque Insumus usquè ;Mec nova vivendo procudltur ulla voluptas.Sed dum abest, quod avemus^ id exsuperare videturCaeterç: post aliud, cùm contigït îilud, avemus,Et sitis aequa tenet vitaï semper Liantes;Comm«


LIVRE II L a8*Comme espérant enfin d ? en secouer le faix tL'UN , chassé par l'ennui de son vaste palais 9Y rentre à l'instant même , et trompé dans l'attenteQui semblait , au dehors , à son ame inconstante ,Promettre des plaisirs échappés ksts vœux;L'autre, de son coursier, presse les flancs poudreux sA-t-il appris qu'un traître a, d'une main hardie,Dans sa maison des champs répandu l'incendie ?11 touche au seuil : Que vois-je ? il bâille, il s'assoupit;Il voudrait oublier où son cœur Ta conduit,Et, plus pressé5 bientôt il revole à la ville.AINSI , dans tous sts vœux, toujours vague et mobile,Chacun se fuit, s'agite, et toujours vainement ;Chacun, sans le savoir, porte en soi son tourment.Ah ! si, pour s'éclairer sur cette inquiétude,Des loix de la Nature on faisait son étude,Qui ne verrait enfin qu'il s'agit pour nous tous,O Mort ! non d'un moment qu'on dérobe à tes coups,Mais d'une éternité succédant à la vie ?POURQUOI , dans les dangers, cet effroi qui nous lie îLe terme de nos jours n'est-il donc pas marqué îPouvons-nous reculer le moment indiqué?Et, dût-on le franchir, aux champs de la lumière,S'ouvrirait-on jamais que la même carrière?Y moissonnerait-on que les mêmes plaisirs?MAIS, des désirs comblés, renaissent les désirs.Tout ce que Ton souhaite a toujours plus de charmes*L'obtient-on ? il les perd, et, nouvelles alarmesTome I.T


a 9 o '" "LUCRÈCE,• PosCeraque in dubia est fortunam quam vehat xtas :Quidveferac nobïs casus, quive exitus instec.NEC prorsum 5 vîtam ducendo* danimus fiiluriiTempore de mortis; nec delibrare valemus,Quo minus tsst diù possimus morte perempti,Pioindè licet quotvis vivendo condere sxcla;Mors geterna tamen nihilominùs illa manebit :Nec minus ilie diù jam non erit, ex hodiernoJLumine qui fînem vitaï fecit, et ille,Mensibus atque annis qui mulcis occidii antc.


L I V R E I I I. %9iDans l'espoir d'acquérir ce qu'on va fuir encor.Ainsi le cœur deThomme est toujours en essor/ -Altéré de la vie, et la perdant sans cesse ;Et 5 pour comble d'horreur, en sa fatale ivresse,Incertain, mais troublé du destin qui l'attend._ MAIS 5 qui peut 9 à la Mort 5 ravir un seul instant ?•Malheureux, dût ta vie embrasser plus d'un âge^Pour toi, comme pour nous 9 est-il d'autre partage •Qu'un repos éternel, dans une nuit sans fin ;Et celui que la Mort moissonnera demain fSera-t-il moins long-temps dans les champs du non-être,Que ceux qu'ils ont reçus avant qu'on le vit naître ?M


NOTESDU LIVRE PREMIER.PAGE 3, VEKS 6.VéNUS, ouvre -à mes chants une libre carrière.Lucrèce, comme Philosophe Epicurien, n'admettant quedes Dieux inactifs, tels qu'il le décrira bientôt, il peur paraîtreétonnant qu'il invoque Vénus au commencement de son Poème;mais rétonnemem cessera, si Ton fait attention que Vénus n'estici que f emblème de la génération, et Mars, celui de h àzsrtraction : emblème justement placé à la tete d'un Ouvrage oùl'Auteur va expliquer la formation, le dépérissement et la reproductiondes êtres.PAGE ç 5 VEKS 8.Je vais, à Mcmmius, en dévoiler les loix.Mcmmius sortait d'une des premières familles qui vinrentavec Enée s'établir dans le Latiuin, après la ruine de Troie, s'ilest vrai qu'il descendit de Mnestée, comme le dit Virgile, 2E11.1. 5,v. 117. Mais comment, avec une origine si illustre, cettefamille était-elle restée long-temps Plébéienne, comme on nepeut en douter, puisqu'on trouve des Mcmmius Tribuns duPeuple? C'est ce que l'Histoire ne nous apprend pas. Quoiqu'il en soit, le premier Mcmmius dont elle fait mention, estCaïus, d'abord Préteur de Sardaigne sous le Consulat de CLPukiier et de T. Sempronius Gracchus ( an de R. 374. av. J. C.


NOTES DU LIVRÉ L i 9 $178), et, cinq ans après, de Sicile, sous celui de CJPop* Lamaset de P. itlius Ligur.Ce Caïus eut deux fils, Caïus et Lucins, tons deux Orateursillustres du temps de Jugurtha et de Sylla. Caïiîs ayant accuséde concussion L. Calpurnius Bestia, lequel, étant Consul etcommandant une armée en Numidie, avait pillé les Alliés, devenuConsul lui-même, ordonna, par une Loi, que Jugurthavînt à Rome. On lui attribue la Loi Memmia, qui défendait deciter en Justice les Citoyens retenus loin du Tibre pour lesintérêts de la République, et ordonnait de flétrir lescalomnia*teurs et les accusateurs subornés, en leur imprimant la lettreK sur le front. Il périt assommé à coups de bâton, dans le champde Mars, par le fougueuxSararninus, Tribun du- Peuple, sousle sixième Consulat de Markis.Quant à son frère Lucius, l'Histoire n'en dit rkn ; mais elleparle d'un M. Memmius, qui, ayant épousé la soeur de Pompée,devint son Questeur dans k guerre de Sertorius. Etik-il frèreou cousin de ceux-ci? c'est sur quoi Ton n'a point de lumières.C'est de Lucius qu'était fils C. Memmius Gemellus, à quiLucrèce dédie son Poëme. Il étudia x dit-on % à Athènes avecce Poîîte qui devint son ami. De retour à Rome, il fut nomméTribun du Pecple.» accusa M. Lucullus, et s'epposa longtempsau triomphe de L. Lucullus, son frète. Il exerça la Pré*turc sous le Consulat de L. Pison et d'A. Gabinius. Bientôtaprès * il fut nomrof Gouverneur de Bythinie, où il se renditaccompagné de Catulle, de Curtius Nicétas, célèbre Grammairien, et peut-être de Lucrèce.- Rendu à sa patrie, iï fut accusepar César, et vraisemblablement %im effet, puisquonignore les,suites de cette af&urc.Sous le Consulat de L. Domi*tius et d'App. Claudius , il se porta lui-même pour accusateurmutïc Gabinius et C. Rabkius. Cicéron défendit cehû-ci - r sonTiii


194 NOTESPlaidoyer nous est parvenu. Enfin Memmius, en concurrenceavec M. JimiliusScaurus, M. Valerius Messalla, et Cn. DomitiusAhenobarbûs, ayant en vain brigué le Consulat, quoiquesoutenu par les richesses et le crédit de César, fut condamnéselon la Loi Pompeïa de ambitu \ et Cicéron, qui plaida pourlui, ne put le sauver* Il s'exila à Patres, ville d'Achaïe, où ilmourut avant que Curion, qui songeait à le faire rappeler %pût y travailler.Cicéron *, après avoir loué la finessede son esprit, la douceurde son éloquence, et ses connaissances étendues dans lesLettres Grecques, l'accuse d'avoir négligé les Latines, et d*avoiccraint le. travail d'écrire et même celui de penser : mais est-ilvraisemblable, que l'ami d'un Poëte Philosophe, Pofc'te et Phi^losophe lui-même, le protecteur des Gens de Lettres, qui nes'entourait, dans ses voyages, que d'hommes d'esprit et demérite, n'en fût pas un des plus distingués y et le portraitqu'en fak Cicéron n'est-il pas outré?PAGE 7, VERS 4.Et comment chanterais-je en ces jours de forfaits ?Lucrèce travaillait à son Poifme durant les combles des coir»furations de Catilina et de Clodius.JMJB. VERS 17*Nous appelons matière, ou germes, on semence.Si Ton en croit Strabon et le Stoïcien Possidonius, cité parSextus Empyricus, le Phénicien Moschus* qui vivait avant kt* De Claris Oxafc


DU LIVRE î. 2 9 |siège de Troie, fdt l'inventeur du système des atomes ou matièreéternelle indestructible, dont tous les corps qui composentl'universalité de la Nature, ne sont que les résultats diversementcombinés *• Leucippe produisit depuis ce système dans kGrèce ; Démocrate le perfectionna ; Epicure le modifia selonses idées, d'après lesquelles Lucrèce le développa; et, dans ledernier siècle, le sage et savant Gassendi k présenta dans m*nouveau jour.Observons que Lucrèce ne s'est pas'servi une ieule fois, dans,son Pocme, du mot Atome, et qu'il le rend toujours par corpspremiers, corps générateurs, germes, semence, matière immuable, &c. J'ai taché de l'imiter autant que je l'ai pu. L'onne rencontrera que rarement ce mot dans ma Traduction, etseulement lorsque tout autre eut alongé ou fait languir lestyle*. '" Au reste, on sak qu'atome est un mot grec qui signifie #«•divisible.iBID. VERS t$»Loin de nous, dans le sein d'un éternel repos-Epicure, refusant aux Dieux toute action sur la Nature, tesplaçait dans ce qu'il appelait les intermondes- Etait-ce pourqu'ils y fussent en sûreté, comme Font cru Cicéron et Sénèque^N'y étaient-ils pas exposés à être assaillis par les débris de lamatière % s'il est vrai que, lorsque les corps viennent à se dissoudre,ces débris vont se perdre dans cet espace > commeLucrèce k dit plus bas ? .* Bayle semble approuver Burnet, qui n'en croit rka. Dk, HHr* •£ài«.azîè Lmcipfi , 2V. a*T Ï¥


%}€ ' NOTES•PAGI J, VBKS J.Un enfant de la Grèce f ardent à nous venger.C'est Epkute, dont Lucrèce va exposer le système, et dontil fait 'presque un Dieu dans cet Ouvrage» H [faut avouer quel'enthousiasme du Pofe'te pour le Philosophe, est justifié par kmorale de celui-ci, que Sénèque, S..Augustin et S, Jérômeont admirée, et par l'austérité de sa vie et de ses mepurs vainementcalomniées par les Stoïciens*. Il était de la famille des Philaïdes , fils de Néociès et deChérestrate. Il naquit-dans le bourg de Gargette, près d'Athéenés, lç-7 Janvier, la troisième année de la cent neuvièmeOlympiade, trois cent six ans avant J. C Sa Patrie lui érigea.• des statuesi et sa philosophie, jusqu'à nos jours, a été ççIIQdtt hommes, les plus distinguée et Içs plus édairé&iBJD. VERS 10, ,H franchît, du grand Tout* la carrière profonde»Il y a dans le texte : omne immmsum, Panîve&alité deschçses qu'il faut bien distinguer du monde, lequel, dan§. 1Qsystème d'Epfcurej n'en étaipqu x unç partie*JjTJJD. V1RS JJ K'A Tégai des Dieux même osa porter fa gîoîre.Ce passage rappelle ces beaux vers de Virgifç, où Gifanîutcroit que ce grand Poïte a eu Lucrèce- ou Epicure en.vue **quoiqu'il paraisse, difficile de douter que ce ne soit Lucrçcç ;car les grands Portes de l'Antiquité n'ont jamais eu la petitessqiç feindre cp'ib ne s'estimaient pas mutuellement i iU s* tCtt^


DU LIVRE I. 197daîent publiquement justice l'un à l'autre, ce qui caractériseles génies vraiment supérieurs.lelix qm potuit, &c. Georg. L 1. v. 450.Heureux qui, «la grand Tout, sondant les profondeurs,A su fermer son ame à de lâches terreurs jQui brave , sons ses pieds 9 et le son implacable »Il l'avare Achéroa grondant, inexorable !Heureuxqui , son moins libre , aime les Dieux des champs,Pan, les Nymphes, Sylvain f leurs travaux kpoceas !la pourpre , les faisceaux, la faveur populaire tla Discorde iàronche oppofanc frère à frère *De l'Ister conjuré les Daccs descendans,Les troncs, tôt ou tard, renversés par le Temps,Et Rome, et les ressorts de sa vaste puissance»la Pauvreté plaintive, et l'avide Opulence,Rien ne troubie son coeur, il jouit, sans ennuis,De ses champs empressés de lui livrer leurs fruits, &cPAGE II, vias. 8.lût honoré le Koi de ce doux nom de père.L'immortel Racine ayant traduit presque mot à mot ce wcmdcLuctècc, dans son Iphigénie, je n'ai pas fak difficulté de l'en**ployer,IMID. VIES 33.Ah ! si je f ouvre aussi ces champs de l'imposture;Tm cru devoir adopter ici l'explication de M. Lagrange. liafort bien vu que toutes celles qu'on avait données de ce passagene rendaient pas Y et meritb du texte, que je n'ai pu malheurm*..Minent rendre moi-même qu'en deux vas*


298 NOTESEst née avec son corps.PAGE 13, VERS J. -C'était le sentiment des Stoïciens et d'Aristote.Qu fut versée en lui.C'était celui de Platon et de l'^pienne Académie, qui.croyaitque Famé, créée de toute éternité, passait dans le corps dès qu'ilétait formé.IBID. VERS


DU LIVRt L % 99Poème épique. Il composa d'ailleurs-des Annales, des Satires,des Comédies, des Tragédies, &c. Son style avait toute larudesse de son siècle, où la Langue Latine n'était pas encore perfectionnéei mais ce Pofc'te avait de la force et du génie, commeon peut en juger mênfe par le peu de fragmens qui nous enrestent. Emûus 3 ingenio maximus,ane radis. Ovid. Trist. L !•v. 414. On sent, en lisant Lucrèce, qu'il n'est pas dépouillélui-même de cette rudesse -, mais elle a, dans l'homme de génie, un charme qui ne sçaurait être suppléé par la faiblesseélégante : c'est ce qu'on éprouve au théâtre, lorsqu'on y voitla Tragédie de Venceflas, ou les bonnes Pièces de Corneille,jouées comme elles doivent l'être* ce qui malheureusement esttrès-rare.Ennius mourut l'an de Rome 167*IWID* VIES 19.Mais je ne fais quel spectre, &c.Selon l'opinion vulgaire, chez les Anciens, ce notait ni lecorps, ni Famé, qui descendaient dans les enfers après lamort,mais un simulacre, une ombre qui tenait des deux, et n'étaitni l'un ni 1 autre. J'ignore s'ils s'entendaient; mais que de chosesles hommes ont crues sans s'entendre !PAGI IJ, vins 8.Sur ces profonds secrets jeter quelque lumièreVirgile s'est plaint aussi de la difficulté de rendre en ve»des matières sèches par elles-mêmes.Nec sum anîmi iuhtm» &c. Gmrg, L j. v. it9 et seq*Qncllç gloire pour votas, ûutsaits de aesfrçott»


jooNOTES.Bergers, si désormais vos efforts y répondent !Heureux moi-même, heureux, si les Dieux me secondent»Si je pois, par mes chants, à ces petits objets,Quel qu'en soit îe travail, prêter quelques attraits !C'est pour l'art, je l'avoue,, uae dure victoires.Mais, &c*IMID.VERS 2>f*Qu'un Dieu même , de riee, np peut rien enfanter*L'idée de 1a création, telle que nous Font donnée des lumiertssupérieures, était-elle absolument inconnue aux Anciens.»comme l'ont- cru tant de Modernes ? La croyance de l'existenceéternelle- de la matière, était-elle universellement reçue chc^eux? Mais pourquoi Lucrèce entasse-t-il donc tant d'arguftienspour k prouver? Pourquoi Sénèque a-t-il dit depuis : Quamutile existimas cognpscere quantum Peus possit i materiemipse sibi formet, an data utatur ? utrum idea materi»priùs supervenerit, an materiae id'e* ? Qmst. Natur. L i. PréflPAGE 17,. VERSIç«Tout finît embellir tout, &c.Lucrèce ne veut pas dire seulement que tous les. arbres aurraient produit toute sorte de fruits, mais que toutes choses*ûmnia 3 en auraient produit ainsi*PAGE 25-, VERS 4.Quel aliment, 6 Ciel, entretient tes flambeaux fLes Anciens, regardant les astres comme des êtres animés.*leur attribuaient une nourriture qui leur était propre ; c'étaientles particules ignées répandues dans k ciel"Mais, sans le?


DO LIVRE-I. 301moire animés, s'il s'en détache sans Cesse des molécules,ainsi que de tous les corps, comme on ne peut en douter,n est- ce pas pour eux une perte continuelle qu'il faut qu'ilsréparent, de quelque manière que ce puisse être, pour êtretoujours les mêmes 1PAGE 2$, VIES 21.Y ois-tu les Aquilons, fougueux tyrans des eauiîComparons, à ces deux peintures des vents et d'un fleuvedébordé, celle de Virgile, où il semble avok voulu lutter contreLucrèce.Saepc ego, eilm flavis, &c. Geerg. Li.v.)if.I Hélas ! combien île fois, quand, sous la faux tranchante 9Etait prête à tomber la moisson jaunissante,Aije vu les combats des fougueux AquilonsL'arracher, l'entraîner en de noirs tourbillons,L'engloutir toute entière éparse et confondue 5D'immenses flots soudain s'épancher de la nue,JLe ciel au loin se fondre en torrens destructeurs,Les fleuves débordés, l'efpoîr des Laboureurs,Tant de soins, de travaux disparus sous les ondes,Et la mer bouillonnante en«es grottes profondes!Dans la^nuit la plus sombre, un Dieu même emporté ,Ouvrait, en traits de fou, sa vaste obscurité.Tout tremblait à ses coups » la terre frémissante ,Homme , animal, transis et glacés d'épouvante,Tout tombait dans la poudre, et le Dieu foudroyantBrisait encor d'Athos le sommet effrayant,Les monts Cérauniens et l'orgueilleux Rhodope,Et les torrens des cicux que la flamme enveloppe,Et les vents redoublés, mugissant dans les airs ,Grondaient, du fond des bois, aux rivages des mers.


}oi - NOTESPà selon Gassendi.* Omain© necesse est ut spatk cœkstia ornai mater» slac vactia, ditNewton. Optk*f • j ; 5 *


DU L I V,R E I. s»j. Quelques Anciens ont reproché à Epicure d'avoir fait duvide un être existant, un des principes constitutifs de la Nature;mais s'est-il Jamais expliqué assez clairement pour justifierce reproche, lui qui ne reconnaissait d'existence absolue, etselon toute la signification du terme, que la matière} et l'eucilmérité, serait-ce une abfurdiié, comme le prétend Leibnits?Peut-on concevoir que ce qui a longueur, largeur, profondeur,ne soit pas un ctrc réel *, comme la cru Newton, qui regardel'espace tantôt comme l'immensité, tantôt comme lejcn/briumde Dieu, et une suite nécessaire de l'existence de ce premierctre ? Doai viderint* Voy. Encyclop. Art. Efpacc.IBID. TIRS 27.Pourquoi, de ces deux corps ay^nt même apparence.Ce n'est pas ici la véritable cause de la chute plus ou moinsrapide des corps -, c'est la résistance du milieu par lequel ilstombent, comme l'a deviné Galilée, et comme toutes les expériencesl'ont confirmé. Cela est si vrai, que la balle et le pelotonde laine tomberaient également vite dans la machine pneumartique. Lucrèce lui-meme semble avoir entrevu cette vérité, lorsqu'ildit, /. i.vers 138.Omnia quaproptser debent per Inane quïctumMquc, pondenbus non xquis, concita fcrri.Dans ces champs infinis ( du vide ), reçus^sans résistance,Les premiers corps en masse, CE quel que fût leur poids,Seraient donc, tout d'un temps , tombas tous à la fois.Si Lucrèce eut distingué la pesanteur du poids des corps, etqu'il n'eût parlé que de ce dernier plus ou moins grand, sous*On ne dit pas corps\ car, comme dit Némésius et S. Grégoire deïiiee, tout ce qui a des dimensions et de l'étendue n'est pas corps.


JO4N O T. E Sk même volume, selon le plus ou moins de matière et de porctqu'ils contiennent, il eût raisonné très-juste.On a dît, je le sais, &c.PAGE 33, VERS 13.L'objection que fait ici Ltfcrèce à ceux qui, niant le vide fprétendaient que les corps se meuvent dans le plein, commekpojsson dans l'eau, me paraît insoluble. Si en effet il n'y a des•ides disséminés entre les molécules d'eau, comment ces moléculespeuvent-elles reculer ? et si ces molécules nfc reculent pa$et ne font pas refluer l'air infiniment plus compressible quel'eau, mais qui ne le serait nullement, s'il ne contenait luimêmedes vides, l'air et l'eau ne forment-ils pas un tout continuplus invincible que la roche la plus dure ? Si l'air et l'eauforment un tout continu, comment le poisson pourra-t il commencerà se mouvoir dans cette masse infinie également résis-.tante de toutes parts, et qui n'a ni pores ni vide qui cèdent?L'eau s'écoulera derrière toi, dit-on. Mais remarquez qu'il n'ya, qu'il ne peut-y avoir encore de derrière, puisque le poissonn'a pu pousser l'eau devant lui seulement l'espace d'uncent millième de ligne ; cet espace, selon vous, étant occupé.-J'ai développé ce raisonnement en faveur des Lecteurs ordinaires,pour qui j'ai vu souvent que l'objection" était éblouissantePAGE 39, VERS 22.le Temps n'est rien en soi, &c.Les Anciens ont beaucoup disputé sur le Temps. Est-il, n'estilpas un être réel? On s'est partagé sur cette question. Platoncroit que c'est le mouvement du cielj et qu'il a été engendré ;ce


DU LIVRE t 105te qui n est pas trop intelligible. Parmi les Stoïciens, tes unsle confondaient avec le mouvement, les autres croyaient qu'iln'avait point eu commencement de génération. Pythagore leprenait pour h sphère du dernier ciel. Eratostène, pour le coursdu soleil II me semble que Lucrèce en dit ici ce qu'on peut enpenser de plus raisonnable. Observons toutefois que Gassendi,et sur-tout Newton , lont regardé comme-quelque chose depositif, puisqu'il est mesurable, et que telle de ses parties quece soif n est et ne peut ctre l'autre, Gassendi le définissait uneétendue incorporelle et coulante, dans laquelle on peut désignerle passé, le préfent et l'avenir, de manière qu'elle soit letemps He toutes choses.C'était la pensée des Stoïciens , plus raisonnable, ce mesemble, que celle d'Epicure, qui ne regardait le Temps que• comme la durée de l'existence et du mouvement des corps jcar, supposa que Dieu suspendît le mouvement de la Nature,ou qu'il l'anéantît elle-même, il n'en serait pas moins vraiqu'il coulerait un temps qu'on pourrait mesurer par le mouvementet la succession des corps , s'ils existaient.Au reste, Lucrèce 3 dans ces deux vers,Transacram quid sit in XYQ ,Tdm qtix rçs instet, qux porro deiodè sequatur ,semble, s'être proposé de traduire ce beau vers d'Homère sucCalchas:; Of Iin TB riirrm y rm rirrifitfm , *rp# riêftm. Iliâé. L #, V. JÛ mqu'il n'a pu tendre en un vers, non plus que Virgile, qui, l'appliquantà Prochée, dans ses Géorgiques, /• 4. y, 392, l'a renduainsi :Novir ' oamqiîc omnia VatesQu« tint, qiix fiierint,quae mmx ventura trahantur.Tome L • V.


3ù( NO T'ES.Ce qui fat, est, doit être, esc présent à ses yeux.Voltaire a dit aussi, parlant de Dieu ; Tmcr» Jet. $ 3fc. 6.Toi qui v©is k passé, k présent, l'avenir.JJa % tmtyPâGl 41, VIRS J.répondras-tu, &cC'est ici une véritable chicane d'école, qui prouve que ks'Anciens n'y étaient pas moins absurdes que nous, et qui neméritait pas que Lucrèce k réfutât sérieusement. Ce sojÉustnecoiybtait dans la combinaison du verbe auxiliaire, sum , mprésent, avec le participe prétérit passif, pour former le prétéritindicatif des verbes passifs. Ainsi, sur cet antécédent ;Melena mpm tst 9 on concluait : Ergo est Hekna.ïû cherch黫lans notre Langue, une combinaison qui pût donner lieu à uneéquivoque pareille, celle-ci n'y pouvant passer, parce quenous traduirions : a été aimée, et que a été est un passé.PAGE 49, VIES 9.SU n'est rien que, sans vide, &c.On ne conçoit pas comment Epicure, faisant, des atomes,des corpi parfaitement simples et parfaitement durs, pouvaitexpliquer le mouvement qu'ils s'impriment l'un à l'autre ente rencontrant. Comment, n'ayant point, en eux, de vides disséminés, pouvaient -ils se comprimer l'un l'autre pour rejaillir?Où était le principe de leur élasticité ? C'est peut-être là cequ'on peut objectée de plus insoluble aux Aconûstes.. PAGI 51, VIES 3.Que dis-je ? si sans terme, &c.Thaïes, Pythagore, Aristote* Chrysippe, Descartes, ont son-'


ftU tïVRl L •" !*?tenu là divisibilité de la matière à l'infini; Leucîpe, Démocrite,Epicure, Gassendi, Font niée. Quels noms de part etd autre î Non nostrum inter vos tantas componerc fîtes. On peutdire cependant qu'il esc difficile de répondre aux objectionsque fait ici Lucrèce contre cette divisibilité. Ajoutons que 1«système des germes, que les nouvelles découvertes ont faitadopter, rend l'irrésolubilité des premiers corps indispensa-' blement nécessaire'. Si la Nature n'agit que par développement,commis les microscopes semblent le démontrer, ilfaut absolument que l'es divisions actuelles de h matière aientdes bornes* Emyclop. art. Divisibilité.PAGE $3^ VERS 17*Tout'élément bâilleurs fe termine en un point»Ce raisonnement, qui semble se contredite dans les ter»mes f est si subtil, qut peu de Lecteurs f dkGreecti, pourrontle saisir» Je vais tâcher de le développer.Tout atome, dit Lucrèce, ayant une figure donnée, doitnécessairement se terminer, de tous côtés, en un point. Soitce point l'extrémité d'un des angles d'un atome polygone, parexemple î il est certain que cette extrémité est la première etla dernière partie d'un tout, qui est l'atome même, lequel fayant d'autres angles, constitue, en effet, un tout par leurréunion» Or, l'atome étant indivisible, par cela seul qu'il nerenferme point de vide, ne peut exister sans ces parties, cesangles, ces pointes d'angles\ ceux-ci n'existent, ne peuventexister qut réunis, et, si on les conçoit séparés, sous le nomde parties, ce ne peut être que par abstraction : le tout qui enrésulte est donc véritablement l'atome, le corps simple, le corpspremier, le corps sans parti€s 9 c'est-à-dire, qui n'est pas forméVij .


-j*g * • NOTESpar assemblage., -comme les autres corps qui ne sont que desgggrégats d'atomes. ' .Heraclite -sur-tout, &c.PAGE 57^ VERS 11.Heraclite, ûs de Blyson, Bloson, Baœon, Beuron, ou -Héracion, ou Horacinus, caries Auteurs ne sont pas d'accordsur le. nom de son père, naquit à Ephèse. On conjecture qu'ilflorksait vers -h soixante - neuvième Olympiade. Il eut pourMaîtres Xénophanes et Hippase, qui enseignaient alors laPhilosophie de Pythagore, y fêtant plus de clarté que leurMaître.Les Ephésiens ayant exile Hermodore, son ami, PhilosopheLégislateur et Magistrat distingué, HéracHte se retira-daâs une solitude. Il y composa plusieurs Ouvrages, où il enveloppales idées les,, plus profondes d'un style presque énigmatique,de peur d'être entendu trop facilement du vulgaire „ce qui n'est que trop souvent nécessaire pour se soustraire àla rage -envieuse de l'hypocrite ignorant. Quoi qu'il en soit*cette obscurité affectée lui fit donner le 'nom de Xmrîivl? 9le Ténébreux, Ses Ecrits, qu'il avait déposés dans le Templede Piane, furent long-temps négligés, Diogène de Lacïce ditque ce fut un certain Cratès qui les rendit enfin publics. Tatien,prétend que ce fut plutôt le Poëte Euripide qui, les ayantappris par cœur, ks récita à qui voulut l'entendre. Si ce faitest vrai, c'est un grand préjugé pour leur mérite. Quelle idéen s am:i6ns-nous pas, en effet, djui Ouvrage que nous saurionsque Racine s'est donné la peine d'apprendre par cœur?


DU LIVRE L 3o»PAGE 63, VERS 4.Maïs est-ce l'air ou Tonde en quoi tour se résout?Anaxitnène donnait pour.principe à la Nature , l'air} Tha*lès, l'eau; Fhérécidc, la-terre; CEnopides de Scio, l'air et;le feu; Xénophanes,, la terre et l'eau ^Parménide, le feu etla terre ;.Hippon de Rhèges, le feu et l!eau;. Onomacrirc».le feu,, l'eau et la terre ; Empédocle, le feu, l'eau, la terre cel'air, composés.eux-mêmes datomes primitifs; enfin Anaximandrene. reconnaissait d'autre principe que l'infini; ZaretaChaldéen, que la lumière et les ténèbres. Quant à Platon Bil n'admettait que Dieu et la madère, mais il distinguait les.principes, des éiémens, aussi bien qu'Aristote.Xc principe,selon* ces deux Philosophas, est éternel; les éiémens. sont cedont l'être est composé. Ainsi, selon Aristote, la terre % i'eau>l'air et le feu sont les éiémens de. tout aggtégat; la matière-,la forme et la privation en sont les principes. Le bon Aristotes'entendait-il .bien, ou Pavons*nous bien entendu? Tousles autres Philosophes confondaient l'élément avec le.prin--cipe. Parménide et Meligsus n'en admettaient qu'un, qu'ils..croyaient immobile. Les uns le croyaient limité, les autresillimité, ce qui faisait naître des disputes sans fin, dpnt lç&Grecs, s'amusaient,.Empédocle, toi, nè\ &c.-Empédocle, d'une famille illustre d'Agrigente en Sicife, Pofe'tePhilosophe et Historien dû premier ordre 3 florissant-vers lisquatre-vingt-quatrième Olympiade, fut un-Savant universel.Ayant profondémept étudié la Philosophie de Pythagoresous.


fia- N O T E Spu Disciple de ce grand Homme f soit Télauge, soit quelqueautre , il fit, de la Poésie f le plus digne usage qu'on puisse enfaire , en l'appliquant à l'explication des vérités les plus sublimes.Il s'attira d autant plus de vénération dans sa patrie %qu'ayant refusé la souveraine puissance f il n'employa ses ri-. chesses, dans une YîC privée * qu'à faire du bien. Ses vers fa*rcnt chantés publiquement comme ceux d'Homère, dont ony retrouvait le génie, s'il faut en croire les Anciens. Il ne nousen reste que quelques légers fragmens dans Aristotc, Diogènede Laërce, et ailleurs. Je n'en citerai que celui-ci sur la naturedes Dieux, quç Lambin a trouvé''dans Aramouius, et 4wivoici le sens.Les voit-on » comme nous, (hue superbe tête,Couronner, de kur corps, l'édifice pnipen*?Ont-ils des pieds, des mains on des jarrets nervens!Non. Us sont tout esprit, esprig que rien s'arrête*Esprit pur, ineffable, embrassant l'Univers.On atribue encore à Impédocle quelques Tragédies qued'autres croient être de son neveu. Si elles étaient véritable*-ment de lui, elles prouveraient? qu'alors le théâtre étak accessibleaux Philosophes i car, comme ils ont toujours emFamé élevée, et qu'ils sont d'ailleurs fort économes de leurtemps, s'il leur en eût fallu perdre beaucoup auprès àts Acteursen petites intrigues avilissantes, il est ï présumer qu'ih.lie se seraient point engagés dans un* carrière hérissée cTépioçstussi méprisables s ou qu'ils s*ce seraient bientôt retirés.^ PAGE 73, VERS 11.Fardonnc, &c €. « « « Pardonne, Ana^agore fâwoagotc dk Oaawmène, co lonic, fibd'Hégtâbpfe G*


DU LIVRE L ' |nEubule , cf une famille aussi noUe que riche , naquit sous,la soixante-dixième Olympiade,' Ayant Tendu son patrimoine*ayant même renoncé à F espérance de la première Magistrature %à laquelle il pouvait prétendre dans sa patrie, lise livra de bonneheure tout entier à l'étude et à des voyages de long cours pourétendre ses lumières, A son retour, âgé de vingt ans, il vintI Athènes, où ks Arts de l'imagination florissakntplns quefamais. Il y fît une lecture réfléchie d'Homère, dans kquelilpuisa une éloquence aussi douce que pompeuse ; mais, songénie l'appelant à des connaissances pks$ sublimes, il se retintauprès d'Anaximèncs de Mikt » dont il devint le Disciple leplus distingué, et qui fut si charmé de ses progrès dans ksSciences physiques, qu'il crut devoir lui laisser sa chaire et kconduite de son école. Anaxagore rectifia le système de so»Maître sur ks idées d'Hermotime, et vint bientôt après l'enseignerà Athènes, où n'avaient point encore paru de Philosophes.Périclcs , Euripide, Socrate peut-être et Thémktdtkfurent ses Discipks. Tant de gloire lui conta cher, et, quoiqu'ileut commencé' on de ses Ouvrages par c;es mot^ : Toutes chosesétaient confondues 3 t esprit les sépara et les mit en ordre, iln'en fut paê moins poursuivi par l'envie, la harpie des grandsHommes, qui l'accusa d'athéisme. Il fut ignominieusementtraîné en prison, injustice qui ne s'est que trop répétée depuis.L'éloquence, d'autres disent l'adresse de Périclcs, so» ami, ksauva. Echappé de ses fers, honteux pour ses accusateurs, ilae retirai Lampsaquc cù il vécut encore quelque temps honoré, mais en vrai Philosophe , loin des intrigues et des inirigansqu'il regardait en pitié. Il est à croire qu'if"était du» 'caractère très-sérieux, s'il est vrai qu'il n'ait jamais fi, comme•faaur€i£lkn» soupçonnai» même qu'il n'en avait pas kt¥ iv


}ii* NOTESfaculté *. Il mourut âgé de soixante-douze ans, On loi ctîgetdes autels après sa mort. Quel dédommagement des persécutionsles plus atroces ! Il avait beaucoup écrit sur la Physique.et l'Astronomie * on lui attribue même, ainsi qtt'à Démocrite ,un 'Ouvrage sur les Comètes, objet de tant d'erreurs chezles. Anciens. Quel dommage qu'il soit; perdu comme celuidu dernier 1 Qu'on serait curieux de savoir' ce qu'ils en dirsaient, mais que vraisemblablement ils nous paraîtraient ignoraisauprès d&Ckiraut et des Duséjour tPAGE 765 VIRSJO«_ Cùm lapidï lapidem terimus, manare cruarem.Ce vers, qui dit précisément la même chose que les deux quij le précèdent, paraît redondant. Crcech, dans sa Note w veutqu'on le rejette, et cependant le codscrve dans-le Texte. M.Lagrange l'a conservés et le traduit ainsi : JI faudrait que deuscailloux heurtés fiffent jaillir du sang.. Ce qui supposerait queLucrèce a voulu insinuer que nous nous, nourrissons de caillouxj absurdité dont Crcech s'était déjà moqué 3 et que l'Abbéde Marolks % dans sa grossière Traduction, avait évitée en retenantle vers et en l'expliquant ainsi ;• Le smg coulerait. entre les piètres %quand elles se pressent rudement WouK FILER,LE GRAIN. J'ai cru devoir le retenir aussi daus le Texte * mais, je l'ai passé dans # la Traduction.PAG E 77, VERS 21*Mais quoi, dit-on, encor, sur le faîte des monts.C'est ici une des nombreuses erreurs de l'Antiquité. On* Jïilee et Solin disent la même chose de Pytbagorc, d'Heraclite etd'Aoaiagore. Varîar. Hist. 1.8. e. 13. Solin.c. 1.. Pline parle de mimede Crassus* aïeulde celui cjuifut tué pat les Partîtes*. #w « tfau/« y * c* i$ %


DU LIVRE I. 313croyait que les forêts, vivement agitées par les vents, s'enflammaientquelquefois d'elles-mêmes, sans songer que l'incendiene pouvait naître que de quelque accident, ou du feu élémentaire,


|i 4 NOTESMaawuè y mm, sur ces bords » où, parai ks roseaux»Ton fleuve, es cent détours, semble égarer ses eaux,Mes mains, de marbre pur, élèverons un temple ;César , c'est là qu'en Dieu je veux qu'on te contemple ;IÀ, pur toi, dans la pourpre, heureux triomphateur %J'entraînerai cent chars aux champs de la valeur » &c.Au reste, Lucrèce 2 repris sans façon presque tout ce morceau, pour 1e placer à la tête de son quatrième Livre. Les Anciensne faisaient aucun scrupule de se répéter ainsi* Nou$sommes plus difficiles > c'est ce qui ma mis dans la nécessité. d£traduire les memes vers de deux manières différentes*PAGE 83, VERS I.Recherchons si leur somme (des atomis) et ce vide^&c.L'espace est-il infini? la matière l'est-elle- aussi? U y a doncJeux infinis coexistans, ce qui implique contradiction» Dire queceà quoi l'on conçoit qu'on peut sans cesse ajouter, est infini, c'est mal raisonner ; or ce n'est dire autre chose, si ce n'estqu'une grandeur peut devenir toujours plus grande, ce qui htreprésente comme toujours finie ; car le terme auquel on ajoute»est toujours un terme, ce terme est une division; or divisible etinfini s'excluent, parce que divisible signifie qu'on peut, aitmoins mentalement, soustraire une partie du tout, qui.dèslorscesserait d être infini.'Ce qui a trompé les Philosophes et même quelques Père*de l'Eglise qui ont admis ¥ espace infini, c'est qu'ayant conçml'espace comme une quantité incorporelle, ils font cru indivisible, confondant l'indivisible avec Finsécabic. Il est bien vraique la portion A de l'espace, ne peut pas être transportée à htplace de la portion B, ni réciproquement-, mais il n'en estpas moins vrai que k corps qui occupe la portion B* tconîiifc:


I)U LIVRE t ji#la portion A occupée par un autre corps i que et premier corpsdivise A de B, et qu'ainsi l'espace est non seulement divisible,mais réellement divisé par les corps. Il n y a donc et ne peury avoir d'infini qu'un Etre souverainement un et indivisible,quoique l'esprit ne puisse l'embrasser » n'étant pas infini lue*tmème*FAGI 89, VERS 37.Et ne croîs pas sur-tout, &c.Le raisonnement de Lucrèce sur le centre de l'Univers meparaît juste. Il ne Fa rendu faux et ridicule, qu'en l'appliquantà notre Monde, En effet, si l'Univers est infini, il n'a pointde centre i mais les divers Mondes qui le composent étant finis,ils peuvent et doivent en avoir un, où sont attirées toutes leursparties, s'attirant d'ailleurs les unes les autres, et soutenues rpar cette action réciproque, dans les orbes qu'elles parcourent,tandis que ces divers systèmes ou collections de mondes se balancentréciproquement dans l'infini, et se maintiennent, chacunà leur place, par la même loi. Il est étonnant que les Epicuriensn'ayent pas senti cette différence , qui ne changeaittien i leur système.PAGE 91, VBES 4.*Que tout corps sous nos pas, &aLe dogmr de la terre spbérique fut d'abord enseigné parPythagorc, qui peut-être l'avoit reçu des Egyptiens. Philolaus,d'autres disent Hicetas de Syracuse, mais plus vraisemblablementle premier, le rendit public. Ce dogme conduisait naturellementi celui des Antipodes; aussi tous ces Philosophay croyaient."Mais comment ceux qui les niaient, Epi-


ji*NOTEScurej.Lucfkc, &c. -, comment Lactance» qui s'en» moquait enbel-Esprit (de Fais., Sap. L. }• a 4*) > comment le Pape Zacharieet son Légat Boniface, qui condamnaient si légère-'ment- f Evcque Virgile pour les avoir soutenues, se figuraientilsla terre ? comme une surface plane. Et sur quoi portait ceplateau ? sur rien. Par combien de doutes et d'absurdités tpsé f esprit humain > pour arrivée à très-peu de vérités t


NOTESDU LIVRESECOND.PAGI IOO, VIES 3..7 J3I0NN1 ¥idereMil aliud , &c.Voici la construction que Lambin donne de ces trois vers»'Nonne videre, id est, ita ne oecos oportet esse horaines, utnon videant nararam nihil aUud sibi latrare (poscere ), nisi ut ycèmdolor absit, sejunctus corpore, (ipsanatura) scmmzaiomni cura et raetu, (edam) mente ftuatur (cum) jucundosensu lJe ne sais pourquoi M. L. G. dit que personne ne les aentendus, lui qui en donne à peu près la même construction.PAGE IOI, VERS 13,Hôtes heureux des champs, si nos Arts magnifiques.Tous les Commentateurs ont regardé ce morceau commele modèle que Virgile s'est proposé dans les Géorgiques, /. 1, "O fortunatos nimiam, 6cc. ,Ah 1 s'il sait estimer, s'il connaît ses trésors fHeureux l'homme des champs , loin du broie dt la guerre,¥êtu , nourri sans peine , enrichi par la terre !Bcs la naissante aurore, assiégé de flatteurs,(ans doiye I ne voit point des flots d'adorateurs


$ï&NOTESVomis, avec éclat, de ses vastes portiques,< L'écaillé n'orne point ses vôâses magnifiques *L'or n*est point prodigué sur ses richeshabits »Ni l'airain de Corynthe en ses pompenk lambris 9Ni pourpfe ne corrompt ses laines blanchissantes »Ni parfum recherché ses hniîes bienfaisantes :Mais dans quel doux repos Sqnt filéstous tes jours lQuelle aimable innocence en embellit le cours IQoe de biens rcaaïssans ! plaines délicieuses, #Yastesprés, loisirs surs, grottes sUencfcufes^ *Ruisseaux, lacs argentins, vallons rians et frais»Sommeil voluptueux sous un ombrage épais ,Aux doux mugissemens de la génisse errante ,It font *e qui pttttfc rire à l'âtaç indépendante l.Bfes autres, dès bosquets* des pères respectés»Des enfans, sans mollesse » au travail excités »Les Dfcm* de ectum si purs, recevant ks hommages»â Foril de la verra, quelles tendres images !Sages Mortels, Astrée, en fuyant nos palais,Vous quitta ks derniers, mais non pas sans icgreô.PAGE103, VERS ay.Contemple cet enfant, &c.••' Lucrèce emploie trois fois cette comparaison sans j rienchanger , id , dans le troisième Livre % et au commencement,iln cinquièmeéReddita mobilitas, &c»PAGE 104, VERS %M. L. G» soupçonne que ce vers pourrait bien signifier que >ks atomes continueraient de descendre dans le vicie pendant


DU.LIVRE IL 319l'éternité, sans jamais s'arrêter, s'il ne survenait d'autres atomesqui, en les choquant latéralement, les détournassent deleur direction perpendiculaire. Cétait-là, en effet, la doctrine4'Epicure; voilà pourquoi il combattait, avec tant d'opiniâtreté,pour l'infinité de l'espace. Il sentait de queËe conséquence ilétait pour son système, que les atomes ne pussent jamais niperdre tout-à-fait, ni meme ralentir tant soit peu Ipur mouvement*Aussi prétendait-il, non seulement que les atomes,abandonnés à eux-mêmes, continueraient de tomber dans levide pendant l'éternité, mais encore que, poussés par un chocétranger, ils ne cesseraient point de suivre cette direction accidentellej à moins qu'une nouvelle impulsion ne les fît chan~• jer de route. Il faut remarquer que mobilitas ne signifie proprementque la (acuité de se mouvoir, quoique souvent il s'emploiepour exprimer la rapidité du mouvement » a c'est danf>dernier sens que Lucrèce s'en servira plus bas :Nuae qux mohUitm sic reddita mactriaïCorporibes.PAGI 10J, VUS 3«Maïs quel sera son phare, &c.Le Poëtc a déjà employé ces vers dans le premier Livre , pi•ijjV.ii, ctseq./M JD. VERS 7.'Vois par quels mouvemeos, &c.Les Sceptiques ont douté s'il y avait du mouvement dans kNature. Parmenide, Melissms , Zenon d'Elée, Sextus Empirîeus,et d'autres, font nié; Heraclite, Diogène, Epicure,suivis en cela de presque tous les Modernes, ont cru que


jioNOTEStoute la matière était en mouvement, même dans les œrps Iciplus compactes, ce qui produit la dissolution plus ou moinslente des corps, et leur changement en d'autres corps, commel'explique ici Lucrèce.Campanélla, cherchant la cause de ce mouvement, attribuele sentiment et la vie à toutes les parties de la matière ,idée que Lucrèce avait combattue d avance, voyez plus bas, p#171, et qui revient à celle de Famé du monde.Isa}. VEES 23..Ainsi qu'aux jeux sacrés, d'intrépides coureurs.Dans certaines fêtes d'Athènes f on donnait au 'Peuple lespectacle do couleurs tenant des torches allumées, que celuiqui avait fourni la carrière transmettait rapidement à celuiqui y entrait.PAGE 107, VB&S 1.Les premiers corps, dît-on, &cAristote croyait que la matière était dans un état d'inertieet sans forme, et que c'était \ cette inertie même quelle de- •fait ses transmutations; au lieu qu'Epicure lui attribuait unmouvement perpétuel, qu'il divisait en deux: l'un de pesanteurde haut en bas 3 nécessaire et inhérent à l'atome *, Fautrede réflexion- et accidentelIMiv. v EES 17.Les uns volent au loin, &c.Le mouvement de réflexion se divise en deux, selon Epicure:l'un qui envoie l'atome fort loin j Fautre qui l'envoie plusprès.PAGf


D # LIVRE IL >nPAGE 1x3, VERS 20


* 3 H NOTES 'A$-tu vu quelquefois^ *8ec.PAGE IIJ, vus 8.C'est la pesanteur spécifique de l'eau, plus grande quecelle du bois, qui fait remonter celui-ci lorsqu'on l'y plonge.Nous avons vu plus haut, que c'est cette pesanteur de l'airraréfié qui laisse un essor libre à la flamme. C'est cette mêmepesanteur qui a donné lieu à la belle expérience des ballons,qui, remplis d'air inflammable beaucoup plus léger que celuidans lequel ils nagent, ont élevé des poids considérables àdes hauteurs inaccessibles à nos yeux,IBID. VERS 20.Ces astres qui, de l'air, &c.Epicure croyoit, comme on le verra ailleurs, que lesastres n'étaient pas plus grands qu'ils ne paraissent à nos yeux.C'est sur cette fausse notion qu'il confondait, avec les étoiles,ces feux élémentaires, qu'on voit quelquefois en été s'allumertout à coup, parcourir un certain espace dans ce qu'on•appelle le ciel, et s'éteindre, et qui ne sont dus qu'à l'électricité, phénomène qui se passe dans notre atmosphère. Ainsile mot sîdim.j dans le texte', n'est point métaphorique.PAGE 117, VERS I.Apprends sur-tout 5 apprends, &c. • IEjpicure ayant établi que l'espace est infini, qu'il n'a nicentre rd circonférence, ni haut ni bas, avait-il besoin dedonner un mouvement perpendiculaire aux atomes? N'auraitilpas du concevoir que, dans un espace infini 9 nulle direGx


\• "DU LIV1E ti. • fijlion ne peut s'appeler perpendiculaire, puisque ce mot est relatif,et qu'on dit b|en perpendiculaire à l'horizon, à la terre Bmais qu'on ne peut dire perpendiculaire à rien, ce qui, eneffet, ne peut rien signifier •> et que, quelle que soit la causede la pesanteur des corps, cette cai^e, dans l'infini, nesçaurak agir dans un sens plutôt que dans un autre } S'il eutattribué aux atomes un mouvement en tous sens inhérent eneux, ce qui n'avait tien dabsurde dans son système, aurait-ileu besoin de ce léger écart qu'il ne sçaurak prouver,qui est contre toutes les loix de la Nature, comme Lucrècel'avoue lui-même, que cous les Anciens ont si justementattaquéj et qu'il a si mal défendu?PAGE IIJ, VEIS 10.#Si toujours 5 en effet, les mouvemens s'enchaînent.Faire résulter la liberté de la déclinaison des atomes ! QEpicure ! dans tpn système , où tout est enchaîné y tout estnécessaire, n'était-il pas plus conséquent de n'y voir qu'unesuite de cette nécessité? Mais il fallait arracher la volonté auDestin, comme dit ici Lucrèce 3 fads apaisa voluhtasy il fallaitrendre l'homme indépendapt de cette Divinité inflexibleaux Dieux même, comme de toutes les-autres, et c'estce qui détermina Epicure à reconnaître la liberté. Il ne pouvaitou n'osait nier le Destin que toute l'Antiquité avait reconnu.Au reste, on ne" conçoit pas comment, rfveccette croyance;les Anciens pouvaient faire tant .d'offrandes et de sacrificesm% Dieux, et comment les Prêtres n'avaient pas tâché debonne heure de l'effacer de tous les esprits m 9 ne voyaient-ils$m qu'elle était directement opposée à leur intérêt rlk kX ïj


|14 NOTESvoyaient sans doute; mais ils savaient que les idées les plusincohérentes se concilient dans l'esprit du peuple.ISID. VERS ai.Vois-tu, quand la carrière, &c.Egayons le sérieux des Notes précédentes, en rapprochant,'de ce petit morceau, un morceau fort supérieur de Virgile,qui peut y avoir quelque rapport* Gcorg. L j. y. IOJ.Nonne vides cum precipiti, &c.Vois-m , dans nos combats, de braves conctfrrens,Quand les rapides chars ont franchi la barrière,Déjà, d'un* œil ardent, décorer la carrière !Palpitant d^spérance, et de crainte oppressé,Leur jeune cœur, loin d'eux, déjà semble élancé ;Tous les mors font lâchés, le fouet siffle., on se presse»"On s'irrite , on s'alonge, on se courbe, on se dresse.Le char vole enflammé, le cou, les bras tendus,Sur les vents, dans les airs, on les voit suspendus.La poussière., en torrent, roule et blanchit l'arène »£t,-des .flots éeumeux de leur brûlaote haleine,Tour à tour, l'un par l'autre, échauffés, humectés,Les coursiers , pleins de feu, frémissent emportés ;Tant est puissant sur eux Fattrait de la victoire ! &cPAGE 120, VERS 2.Ex animique voluntate, Sec.mOn verra j dmf le troisième Livre, qu'Epicure divise l'amcen deux parties , animas , l'esprit, et anima , l'ame proprementdite^ fu-n raisonnable et résidant dans le cœur, l'autreirresonnable répandue dans tout le corps, et qui reçoit son•mouvement du premier. Voilà pourquoi Lucrèce dit que


DU LIVRE IL ,x 5toute impulsion, tout mouvement naît ex ANIMJ v§hmate Mde la volonté de l'efprii*P'AGB 12J, TIRS 7..Lorsqu'un jeune taureau, &cJe ne connais rien de si touchant que cette peinture dansles Foctes Latins, si ce n'est le morceau connu de Virgile:Qualis populeâ / 6c. Gcorg. L 4. y. 511, où îe Focte compareOrphée, désolé d'avoir perdura chère Eurydice, à unrossignol à qui Ton a ravi ses petits.Telle, et moins désolée, 'au scia d'un verd feuillage*Pniîomèle plaintive, à l'écho du bocage,Redemande les fraks de l'hymen le plus beau,Ses enfans, nus encor ,* surpris en leur berceau rEt ravis, sans pitié a par une main cruelle,forêts, vallons, coteaux, tout gémit avec elle tEt ses chants douloureux attendrissent les nuits».PAGI tjr, VERS 27-Tels font ceux de l'aunée ou d'un vin peu liquide*On demandera pourquoi fat traduit féCula par un vin peuliquide? parce qu'il me semble que ce mot ne peut signiicrici autre chose. En effet, il est des vins , tels que ceuxde Bordeaux , qui, quoiqu épais, n'en chatouillent pas moinragréablement le palais, M. L. G. veut que fex, lie, signifieune substance réduite en poudre^ lavée-plusieursibîs-et sécBéé,telle que l'amidon; et sur cela il demande comment une pareillesubstance, privée d'une grande partie de ses principes, actifs .crsavoureux, peut produire-ce chatouillement agréable que décritici le Po'tftc» Mais f*x a-t-il véritablement l'acception qu'ilX. iii


3z6NOTESloi donne, chez les bons Auteurs de f Antiquité ! Voici ceque je trouve dans le Trésor de R» Etienne : Fsx f excremcàmmcujusctinque liquoris 3mfundû rcsidcns 3 frequentUts tamemnui* — FûCUIû j dit-il plus bai en citant le demi-vers de Lucrècequi lait l'objet de cette Note , quo in loeo sumiiurpm€onJimento MM liquamine suèacida suhamaroqui. Je ne voisrien 'dans tout cela, ni dans aucun des exemples cités parle'Lexicographe 1 qui ressemble à une substance pareille à- l'amidon.Quant à l'année , imsla 3 Columelle donne la manière deÎassaisonner. Horace en parle plus d une fois comme d'unmers mangeable ; mais est-ce bien l'Enula campana qui n'aqu'un goût lerc et amer et une odeur peu flatteuse! Je nele crois pas plus que M. L. G*PAGE 13J^ TEES 25.Et quand tu vois^ des mers 5 les taux long-temps filtrées.les Anciens croyaient que les sources venaient des eauxde la mer, filtrées à travers la terre. On sait aujourd'huiqu'elles doivent leur origine à Tévaporation de ces mêmeseaux, élevées en vapeurs par le soleil, dispersées par lesvents dans l'atmosphère, rassemblées en nuages, et ictonirbant en pluie ou en neige sur les montagnes et aiMeurs»PAGE 159, ¥i m s 2.Cette pourpre qu'aux Grecs Melihce a livrée.Mdiim j ancienne ville de Thtace, ab pied dû ftofieOssa, et au dessus de Démétriade. T. Liv. /» 44. c» 13. On croît*que les ThessaMens l'avaient fondée, ou lui avaient donnémm nom. C'est là qu'on dabnit aux étolfe de Mnç tetoe


DU LIVRE IL ;27belle couleur de pourpre si vantée dans l'Antiquité. Les Tyriens,qui en faisaient un si riche commerce^ les tiraient decette ville»PAGE 149^ VERS I*Rentrons dans la carrière, Sec.J'ai cra pouvoir me permettre ce petit exorde de deux vers>dont on ne retrouve rien dans le texte, pour marquer la di*vision des deux parties de ce Livre.PAGE ICI, VEHS I-C'est sur tant de bienfaits, &c.La terre, dans tous les temps et presque chez- t(W litPeuples, fut adorée comme une Divinité. Hésiode la faitnaître après le chaos, et lui donne le Ciel pour époux ; allégoriesublime 3 qui apprenait qpe la terre ne pouvait riei*produire sans les influences du ciel. On la regardait commela mère, k nourrice de tous les êtres. La plupart des Philosophescroyaient que l'homme et les animaux étaient nésd'elle.. Par-tout on lui rendait un culte à peu près tel que ledécrit ici- Lucrèce. Sur ses divers noms, ses attributs 3 secPrêtres, son culte, nojcz les- Mythologues -et les Diction^maires.IMID. VERS 17-.Si SUS Prêtres, brûlant d*une sainte furîe^Il y a dans 1e texte Gattos mtfêumîi oirluî'donne pourPrêtres les Gallcs.Les Gilles, dit Festus, qu'on appelle les Compagnonsde Cy belle 9 rirent leur non*,du fleuve Gallus, dosrm^ ne pouvait boire les eaux sans entrer dans' une telle 'fureurX' iv


,i8 NOTESqu'on se mutilait impitoyablement. Peut-être cette castrationn'était qu'une circoncision à l'honneur d'Atys. Quoi qu'il nmsoit, ces fanatiques, sortis de la Phrygic, se répandaient partout, mendiant et abusant les peuples par des tours d'adresse,et le tout par dévotion. Es se rassemblaient à Hiérapolis, etpourraient bien avoir été, dans l'origine, quelque confrérie religieuse,comme tant d'autres dont l'Asie était pleine, et dontnous voyons quelques restes dans ces gueux qui parcourentles provinces sous le nom de Bohémiens, disant la bonneaventures et sur-tout dans nos Francs-Maçons, qui ont conservétant de rites bizarres qu'on ne sçaurait expliquer autrement.PAGE 1J3, YIRS 8.f Armés 5 chargés de fers t &c.*> A quel usage, dit Montagne, les déchiremens et démera-•» bremens des Corybantes, des Ménades, et, en notre temps,» des Mahométans qui se balafrent le visage, l'estomac,*» les membres, pour gratifier leur Prophète. Ess. L 1. c. 12.De toute antiquité, l'on a vu des fanatiques se déchirerainsi pour plaire à Dieu ou aux Dieux. Les mortifications, lespénitences les plus bizarres et les plus outrées, qui flattentd'autant plus l'amour propre, sans qu'il s'en doute, qu'elles distinguentceux qui s'y livrent aux yeux du peuple, se retrouventdans toutes les Religions, dans toutes les Sectes 1 et cellesdes Curetés, autrement nommés Corybantes, des Prêtres d'Isis»de ceux de Jupiter Atnmon, &c. &c., ne sont pas* plus extraordinairesque celles des Péaitens du Mogol,qui s'obligent àrester toute leur vie dans la même posture y des Pèlerins deNaugracut % qui se coupent un petit morceau de la langue ; desDcrvis de la Secte dcMéféiévi, qui tournent iongrtemps src


DU LIVRE II. 129eux-mêmes pour tomber en extase 5 des Faqulrs dont llndeest inondée, a de tant d'autres.Emblème ingénieux, ôec.• IBID. VERS JJ.Comparons à cette procession magnifique en l'honneur deCérès, celle des Ambarvales décrite par Virgile. G cor g. L 1.v. 343.Cuncta tibi Cererem pubes agrcstls adorer.Rassemble, en ces beaux jours, la champêtre jeunesse;Qu'elle entoure, en chantant, l'autel de la Déesse,Offrez du vin, du lait et du miel en gâteaux ;Que, trois fois "promenée autour des blés nouveaux,Et, du village en fete arec pompe suivie,Une heureuse victime y rende enfin la vie ;Que, jusqu'en vos foyers, tout ijivocpje Cérès, &cNeptune soit les mers, &c.PAGE xjy, VEES 12.Les Stoïciens croyaient que k Nature était animée par unfeu éternel répandu par-tout. En tant que ce feu brillait dansle soleil, les étoiles, ils l'appelaient Jupiter , Apollon : en tantqu'il pénétrait la terre, ils lui donnaient le nom de Ccrès,Proserpine, &c. V. Cic. de NUL Dcor. L 2.P A€l I(5ly VERS IJ,Viens^ apprends qee 5 des corps 5 de couleur décorés, &c.Remarquons que le raisonnement de Lucrèce est de laplus grande justesse. En effet, si les couleurs sont dans les


HoNOTESrayons de la lumière, comme on ne sçaurait en douta: aprèsles belles expériences de Newton i si, pour que les rayonfde telle couleur soient réfléchis d'un corps quelconque , ilfaut que les parties-de ce corps soient arrangées deteEeoutelle manière, lorsque cet arrangement change, la couleur ducofps doit changer \ d'où il résulte que ses parties n'ont, parelles-mêmes, aucune couleur.PAGE 167, VERS y.Les vois-tu réfléchis du cou de Péristère.Péristère, selon la Fable, était une Nymphe de Vénus»L'Amour ayant un jour parié contre sa mère qu'il cueilleraitplus de fleurs qu'elle dans un temps donné, la Déesse se fieaider en secret par Péristère, et gagna la gageure. L'Amourayant découvert la fraude, en fut si piqué, qu'il changea laNymphe en colombe. Cette métamorphose charmante estfondée, comme tant d'autres, sur le mot *tpr*t*, qui signifiecolombe. Théodondus assure pourtant qu'il y avait à Corynthe.une Courtisane fameuse qui portait ce nom.La fable d'Argus est connue.IBID. VERS I$. .Si le rouge ou le blanc nous porte une autre atteinte, &c.Epicure regardait la vision et tous les autres sens commeun tact. En effet, quand on y réfléchit, que sont-ils autre«hose \ VoiE pourquoi sans doute Lucrèce s'écrie, p. 13.$ ite «ctlô Dkitt l le tactlcc sens de wkt le ctwçs l


DU LIVRE XL 331PAGE 171, VERS 17.Maïs quoi5 l'ctre sensible, &c.Le principe de la sensibilité y dans l'homme, n'est plu


3» NOTESvaicnt être engendrés par corruption, Diodore de Sicile, /. i.assure qu'on en voit la preuve tous les ans en Egypte, lorsqu'onouvre la terre'après que les eaux du Nil sont écouléesion y trouve des animaux, dit-il, dont les uns .n'ont qu'uncommencement d'organisation, les autres sont plus avancés,1§s autres sont parfaits.Saut qui, eum elauso purrefacta est splna sepulehr© tMutari credunt humanas angue medullas. Ovïd. Metam. L 15. y. j % .Corrompue au tombeau, notre moelle ajongée,Dans J'épine, dit-on, en serpent est changée.Virgile a dit de même, qu'il naissait des abeilles dans lecorps corrompu d'un taureau. Georg* L 4. y. 308.Interea teneris tepefactus.Sous la peau cependant du cadavre enfermé,Fermente , en bouillons noirs, le liquide enflammé.Bientôt, d'abord sans pieds, puis avec des pieds frêles,,Puis frétillant en troupe et déployant des aHes,Et s'essayant toujours, toujours s'enhardissant,Dans les airs., 6 merveille I un peuple renaissantS'élance, aussi nombreux qu'en perles arrondie ,Des deux, un jour d'été, descend Fonde attiédie,Ou que ks traits du Parthe ouvrant les champs de Mars.On a cru que le vent fécondait quelquefois la femelle decertaines espèces. Le mcme Virgile le dit des jumens» .Gcorg»L 3.V.27}.Ore omnes versa in Zephyrum, &c.Au faite des rochers, d'une bouche altérée ^Respirant, du couchant, l'haleine tempérée,Je les vois s'arrêter et souvent, sans époux »O merveille inouie ! en des transports si doux 9Nç devoir qu'au Zéphyr le tendre nom de merci»


DU -LIVRE IL }}jPline et S. Augustin ont confirmé ce fait. Le premier-ditla même chose du lièvre, Athénée de k perdrix, PomponiusMêla des femmes. Simon Majolus, Olaus Magnus,-Aneas Sylvius, Jean de Munster, Porta, Kirker, Delrio,Gesner j Aldovrande, Jonston , et d'aurres, n'en doutent pas.Ce système des générations spontanées, jadis universellementreçu, est tombé avec l'ancienne Philosophie. Celui des germesa prévalu. S'il est Yrai pourtant qu'on trouve quelquefois unver dans la cervelle d'un cheval, est il bien aisé d'expliquercomment ce germe s était introduit là ?PAGE I 8 I , VERS î6.Ne sortons-nous pas tous^ &cVârron et Pline pensaient de même, que les semences detout venaient des astres, cassaient dans l'air, et de là dansk terre. Le fameux Boyle regardait aussi l'air comme le réservoirde toutes les semences. *Chez les Banians, lorsque le convoi funèbre est arrivéauprès du tombeau commun , on s'arrête, et le Prêtre, setenant à une certaine distance du corps, dit : Notre frère,durant sa vie , était composé des quatre élémens j aujourd'huiqu'il est mort, que chaque élément en prenne sa part i quela partie terrestre de son corps retourne à la terre, la partieaérienne à l'air 3 Taqueuse à Feau , et l'ignée au feu \ ce quirevient assez à la formule des anciens 1 erses dans la mêmecirconstance, ffyde de ReL Fa. Pers. p. 579. On prétendque, de nos jours, un grand Prince mourant a dit à peuprès la m'mc chose de lui-même. Les Chinois regardentencore la mort comme la séparation de k partie aériennede l'homme d'avec la partie terrestre, dont Tune s'élève et•a se confondre dans l'air , et l'autre retourne à k terre.


S5+ NOTESEst-il possible, amï f &c.PAGE 187, VBHS'J*Thaïes, Pythagote, ? Empédocle, Parmenlde, Heraclite;*«ânaxagore, Platon, Aristote , Zenon le Stoïcien, &c. n'admettaientqu'un Monde. Anaximandre , Anaximène , Archelaus,Xénophane, Diogène , Lcucippe, Dcmociite, Epicure,Métrodore, &c. en soutenaient la pluralité, croyantla plupart qu'ils se détruisaient et se reproduisaient tour àtour. Les tourbillons de Descartes, nourris et réparés les unspar les autres, et s'engloutissant même quelquefois mutuel*lement, rentraient assez dans ce système.PAG? 188, VERS 13.Quam-genus omne, quod his^ &c.Après ce vers, dans toutes les éditions de Lucrèce, on entrouve quinze que M. L. G. a cru déplacés, et qu'il a rejetésà la fin dii\Livre. La transposition m'a paru heureuse,et je l'ai adoptée.Dès le jour créateur, &c.PAGE 189, VEES 13.Voici un passage que Gassendi et les autres Commentateursde Lucrèce n ont pas assez remarqué, et qui le méritaitpourtant, parce qu'il est fondamental, et qu'il sert à expliquerplusieurs points de la Philosophie corpusculaire. Epicurecroyait que non seulement notre Monde, mais encoretous les autres Mondes, dont il supposait le nombre infini ,étaient environnés d'une espèce d'atmosphère, d'atomes ex-


DU LIVRE II. 3j|teneurs, comme notre globe est environné par fair. Cesatomes extérieurs , placés dans les intermondes, c'est-à-dire,dans les intervalles d'un Monde à l'autre, avaient différentusages. Le premier était d'alimenter les Mondes mêmes, ens'incorpdrant à leur substance, pour en réparer les pertes,comme nous voyons Fair se disséminer dans tous les corpsde notre globe.Nam sua qQÏque loeïs ex omnibus omnla plagisCorpora distribuuntur, et ad sua sxcla recedunt. .Le second usage était d'empêcher, par leurs chocs continuels,la dissolution des atomes constitutifs de chaque Monde,qui, sans cette pression extérieure., se seraient déliés, séparés,et dispersés dans le vide. Voilà le sens de ces vers du premierLivre que personne n'a entendus.Ncc plagz possuat cxtrinsceûs undiquc summamConservare omoem y qexcunque est concUiata.Lucrèce ne nie pas que le choc des atomes ne puisse retenirle monde, mais il prétend qu'il faut que la matièresoit infinie pour qu'il puisse y suffire. Le troisième usage"de ces atomes extérieurs était d'être, pour ainsi dire, un•milieu pour la communication d'un Monde à un autre, enservant de véhicule à leurs émanations réciproques. C'est dansce sens qu'il faut entendre le passage du sixième Chant, oùLucrèce dit que nous avons peut-être quelquefois dans notreMonde des nuages qui nous viennent d'un Monde étranger.Fit quoque Et hune veolaat in coetum extriasecus 111aCorpora qux faciunt aubes nimbosque volantes.I Remarquons, en passant, que la doctrine de l'infinité desMondes plaisait tant à Lucrèce, qu'il parle, pour ainsi dire,


5i6NOTESd'un Monde étranger, comme il aurait pitié d'une provincede l'Empire Romain.Scd quld possit fiatqueper omneIn variis mundis varia rarione creatis. X. f 9Et magis id possis factum contendere in omnlIn ¥ariis mundis varia ratione creatis. X. j. " *C'était probablement cette persuasion où il était de l'infinitédes Mondes , qui le rendait si peu difficile sur lessystèmes de Physique, croyant que la combinaison qui n'apas lieu dans notre Monde, peut avoir lieu dans un de cesMondes infinis. Note de M. Lagrange.PAGE 15*3, VERS 3.Et ces vastes remparts, &c.Presque tous les Peuples et les Philosophes même les plussages, Platon, les Stoïciens , Sénèque, &c. ont cru quele Monde devait périr un jour. Le souvenir terrible des grandsincendies, des grands déluges qui avaient changé la face dequelques parties 3e la terre, et dont on trouvait par-toutdes traces effrayantes, avait appuyé cette croyance chez toutesles Nations.Plusieurs de ces révolutions formaient la grande annéeaprès laquelle tout devait rentrer dans le chaos pour se régénérerensuite. A Rome, les Hétrasques étaient en possessionde prédire cette grande année, et, jetant ainsi l'épouvantedans tous tés cœurs, mettaient' à profit la faiblesse del'esprit humain. Dès la naissance du Christianisme , cettecrainte de la fin prochaine du Monde*?e reproduisit avec plusde force, et Ton ne peut nier que quelques passages de l'Ecriture,mal entendus sans doute, ne l'eussent justifiée. S. Paullui-même


DU LIVRE It '137lui-même \ Theisalonique, ne put désabuser le peuple ni lesPrinces des Prêtres de cette opinion désespérante. S. Cyprien,s exprimant à peu près comme Lucrèce, la confirmai Tertullienet les Montanistcs la renouvelèrent-, Jules Anricain'luidonna quelque temps un nouveau cours ; elle se perpétua desiècle en siècle, a peut-être oserait-elle reparaître encore, sila saine Philosophie a avait pris enfin le dessusTome Jt,


NOTESDU LIVRE TROISIÈME.PAGE 203 , VERS 19.OI tu braves la mort 5 où tout est appelé, &c.En lisant cet éloquent exorde, on se demande pourquoiLucrèce trouve la source de tous les crimes dans la craintede la mort. M. L. G, a fort bien remarqué que cela tient auxanciennes idée cTu Paganisme, où Ton regardait en effet l'Infamie,la Piuvretéj le Mépris personnifiés, &c. comme, lescompagnons assidus de la Mort, toujours prêrs à en presserle dernier coup sur nous. Voilà pourquoi Virgile les place ,avec tant d'autres fléaux,, à la porte des Enfers. jEncid* l. 6** *73*Vestibulum ante ipsum, &c.Au parvis de l'Enfer, en fes gorges béantes,Siègent les noirs Chagrins, les Fièvres pâlissantes,La Pauvreté honteufe, ef les Soucis vengeurs,Et la triste Vieillesse, et les sombres Terreurs,Monstres hideux, k Faim cruelle conseillère,Le Travail, et là Mort, et le Sommeil son frère >Et la trompeuse Joie, et, non loin , vis-à-vis,La Guerre meurtrière et les infâmes litsOu, sur 1e dur acier , gissent les Euménides; .La Discorde insensée, en noeuds de sang livides %Y tresse les serpens qui sifflent sur son ftoat, &c


DU LIVRE II L fj f -PAGE 2075 VERS IO


34» NOTESdit XénopEane ; c'en est un d'air et de feu, dit Boece ; c'enest un d'air , de feu, de souffle, et d une quatrième substanceinconnue, dit Epicure *.L'Empereur Marc-Antonin la regarde tantôt comme uneexhalaison du sang, tantôt comme une portion de la Divinitérésidant en nousj ce que Sénèque exprime ainsi : Dieuest près de toi, il est avec toi, il est en toi (£p. 41. ; etce qui revient au système de Famé du Monde, que Virgilea si magnifiquement exposé deux fois, d'abord dans les Gcorgiques,/. 4. v. 221.Deum namque ire per omnes, &c-Dicu, dit-on, tout en tout, remplit la terre et Fonde 5JI embrasse, des deux, la campagne profonde,Vit dans l'hôte des airs, dans les peuples des eaux,Dans ceux des champs, dans l'homme, animaux-, végétaux;Tout naît, s'accroît en lui, n'est qu'en lui, que lui-même 5Tout se perd, se confond dans sa grandeur suprême,Y flottant comme l'astre élancé dans le ciel.La Mort n'a point d'Empire, et l'être est éternel.Et ensuite dans -l'Enéid. 1. 6. v. 724. Principio cœlum aterras 3 &c. où AiicEise* parlant à son fils, dans les Enfers,débute ainsi:D'abord, crois qu'un esprit, circulant dans leur sein »Nourrit le ciel, la terre, et la plaine liquide,Et ces astres pompeux emportés dans le vide,La lune, le soleil, et que, ck ce grand corps,Intelligence unique, il meut tous les ressorts jIntelligence unique, et, dans tout, confondue ,Ou vont puiser la vie, en tous lieux répandue,L'homme et tout ce qui peuple et les champs, et les airs;Et les gouffres cachés sous le miroir des mers.* Macrob^Soou. Scip. L 1. c'14. Cicer. Tusc* Qûacst. L 1*' * *'


DU LIVRÉ III. 341On ne finirait pas, si on voulait rapporter tout ce que lesAnciens ont rêvé sur la nature de lame, et peut-être netrouverait-on pas moins de rêves à ce sujet chez les Modernes.Quant à son siège, que Descartes lui assigne dans, la glandepinéaJe, quoiqu'il soit difficile à ceux qui, comme lui etnous, la regardent comme une substance spirituelle, de concevoircomment elle peut avoir un siège 3 les opinions n'ontpas été moins diverses. Hérophile la loge dans le cerveau,Hippocrate dans le ventricule gauche du coeur, les Stoïciensdans le cœur même 3 Epicure dans ses environs, Erasistratedans la membrane dont la cervelle est enveloppée 9 Straionentre les deux sourcils - y Dcmocrite et Aristote la répandentpar tout le corps ; Galkn en met une dans chaquepartie ; Platon, la-divisant en trois, fixe la partie raisonnabledans le cerveau, l'irascible dans la poitrine, 1^ sensitive dansles entrailles.Simonide, Hippocrate, Galîen *, Pline, les deux Sénèques**, les Epicuriens, les Saducéens, chez les Juifs j lacroyaient mortelle -, les Stoïciens lui donnaient une trèslonguevie , mais qui devait finir ***. Cette opinion dela mortalité de Famé paraissait si indifférente, qu'on ne s'encachait pas. César l'avouait en plein Sénat, Cicéroa l'étalaicdans ses Ouvrages philosophiques, Séncque la mettait sur lethéâtre.* GaBen va plus loin. Il attribue,, sans difficulté,.Ta pensée à la.matière. De Usa part. 1. 8. de Use fespir. c. 5. et l'on ne peut douterque ce lie fut le sentiment de presque tous ks Savans chez les Anciens.** V. Senec. Ep. 102, et le choeur, du- second Acte de h Troade»que nous rapportons plus bas.*** Cic* Tusc. Quant». 1. 1-¥ ni


}#" ' 'NOTESS'il en faut eroîre l'Orateur Romain *, Phérécide le Syrienfut le premier, comme nous lavons dit ailleurs, quiapprit aux Grecs que l'ame existait de toute éternité, etqu'elle devait exister toujours ; mais ce dogme, qu'il avaitpuisé chez les Orientaux, n'était pas nouveau dans la Grèce,puisqu'Olisse, dans Homère , voit aux Enfers les âmesdes anciens Héros. Selon Maxime de Tyr **, ce fut Pythagorequi l'accrédita le plus. Il fut adopté par Thaïes, Anaxagore,Diogène, Platon, et presque tous les Philosophes* Il étaittrop consolant, pour n'avoir pas f été dès long-temps répandudans l'Asie § mais, comme on abuse de tout, à peine fut-ilconnu, que Cléombrote d'Ambracie, en étant instruit, seprécipita du haut d'une tour, et qu Hégésias l'enseignant iCyrène, un tel enthousiasme s'empara de ses Disciples, qu'ilsse tuèrent, raisonnant à peu près comme certains Croisés quifcaptisaient les enfans des Sarasins qu'ils pouvaient rencontrerseuls, et les massacraient aussi-tôt pour les envoyer amciel. Cet enthousiasme gagna les esprits faibles, au point quePtolomée Philadelphe fut obligé de défendre d'annoncer cettedoctrine, et qu'on crut par-tout devoir ressusciter les anciennesfables Egyptiennes sur les Enfers, et les peines infligées auxmorts dans un autre monde, peines auxquelles on ne manquapas de soumettre les suicides, comme on le voit dans Virgile,JEncii. L 6. v.


DU LIVRE I I L j4jAh! qu'ils voudraient se rendre m jour qu'ils ont haï,A îa foule des maux cktot l'homme est cnVaRï !Mais le sort les enchaîne , et de son onde affreuse*,Le Styx enceint neuf fois leur prison ténébreuft*L'embarras de savoir ce que devenait famé à sa séparationdu corps, avait fait imaginer aux plus sages, depuis biendes siècles, la Métempsycose, ou transmigration des âmes*;dogme qui dut paraître le plus vraisemblable- \ des espritsdénués de toute lumière surnaturelle : aussi fit-il des progrèsrapides, lorsque Pythagorc l'apporta d'Egypte cri Italie *. Cé^ .sar l'attribue aux Druides**, Appien aux Germains ***\Josephe aux Pharisiens****. L'Empereur Julien ***** ditque les Gctes le reçurent de Zamokis; il fait encore lefond de la croyance de toute llndc.Cette, prodigieuse variété de sentimens sur Famé, qu'onn'a pu même'exposer tous dans- une Note, déjà peut-êtretrop longue, justifie ce que tant de grands Hommes ont pensé,qu'il est impossible à L'esprit humain de se connaître kirmême»* On fc trouve dans Virgile au même endroit de l'Enéide que nousavons cité plus haut. v. 745•ïlas ©aines ubrraMîe rocam , $C£*ApïètmîWt ans de pleurs, sensible â tant de raatis *VU Dieu , ¥cn le Léché , les ramène en troupeau!» (les arnci)Afin que, do passé, perdant toute mémoire,Elles brûlent cecor de frase hir Ponde noire,.De revoir laJwiîicre ,.et d'animer des o»rpt. .** De Bel Gai. L *.-*** In Ccldc.**** Antiq. L 18. de Bell, centra Rom. L zx-?^***laCxsaiib._rr: l


144 NOTES'IBIÙ. VERS 14.Mille autres ont pensé, Sec.Cicéron rapporte qu'Atistoxène, Musicien et Philosophe;qualités qui sans doute se trouvaient quelquefois réunies chezles Anciens, crut être le premier qui eut imaginé le systèmede l'harmonie, quoique Platon l'eût développé bien longtempsauparavant *. Quoi qu'il en soit, ce système, où Tonne faisait résulter l'ame que du jeu, de la consonnance desparties du corps, ne rentrait-il pas mieux dans les idées d'Epicnre,que celui qu'il avait adopté* et où je doute qu'il s'entendîtlui-même? Qu'est-ce, en effet, qu'un composé d'air,de feu, de souffle, et d'une quatrième substance inconnue?Est-il permis à un Philosophe, comme dit Creech, d'admettreune substance qu'il ne connaît ^pas} D'ailleors le souffle est-ilautre chose que l'air agité, comme Lucrèce le reconnaît dansle sixième Livre > Convenons donc que cette théorie de l'âmen'est qu'un tissu d'absurdités. Mais ceux qui en ont-vouluéotmti d'autres ont-ils mieux rencontré!PAGE aop, TïBS 23.« T . . . . . . . . . Enfant doux maïs frivole,.Ou du Mont des neuf Sœurs 5 &c.Lucrèce fait allusion ici à cet Aristoxène, Musicien, dontnous venons de parler, lequel, comme dit Cicéron » enInventant le système de l'harmonie, n'était point sorti de so»art»* Tuse. Quesc. 1.1;


DU LIVRE IIL 3-LPAGE 2ii 5 VERS 2.Ouï , constamment liés, &c.Nous avons déjà remarqué qu'Epieure et quelques autresPhilosophes composaient Famé de deux parties, dont lune,et la plus subtile, la plus nécessaire à Fexistence de l'individu,était Fesprit ( l'intelligence ) *, et l'autre, Famé proprementdite (la sensibilité) : c'est ce que Lucrèce établit et développeaussi bien qu'il le peut dans toute cette première partie de sontroisième Livre.Attamen insequitur 5 &c.PAGE 212, VERS 12.Extrait d'une JLcttre écrite de Londres à Bayle.» Je vais vous envoyer l'explication de deux passages qai n'ont33 point encore été entendus. L'un est de Lucrèce au Livre III, v. 17 j 933 ou' environ. Attamen ïnsequïtur languor, terraque petitus tî in terra33 mentis qui gignltur œstus. M. le Fevre renverse tout le texte pour93 l'expliquer 5 et cependant il n'y a rien de plus naturel, ce qui pa~» raîtra par cette traduction verbale : Cependant une langueur et une» envie de se coucher avec une inquiétude d'esprit, h suivent toujours.» Petitus terré n'est autre chose que l'envie de se mettre à terre, et33 c'est ce que nous voyons tous les jours, pamculïèrement dans les33 paysans 5 même la plupart des Dames ne se trouvent bien que'3 lorsqu'elles sont sur le foyer, et qu'elles ont la tète sur un coussin33 un peu élevé ; ce qui est précisément petitus terra. Mstus mentis33 ne peut signifier que les bouillonnemens de l'esprit, que je traduis33 par l'inquiétude de t es prit, comme le vers suivant le demande»33 Interdumque quasi exurgmdi incerta voluntas.... • u Nouvellesde la Rèp. des Lettres, Fév* 1 68J, pag. i iç.


14* NOTESPAG E 213* VERS 1.Mais pouvant lui porter 9 Sec.Les efforts que fait ici Lucrèce pour prouver la matérialitéde l'âme , porteraient à croire que beaucoup d'Anciens s'étaientélevés jusqu'à son immatérialité : mais qu'était-ce quecette immatérialité , même chez les premiers Chrétiens ? unfeu très-léger, une flamme très-subtile, et toujours quelquechose qui, pouvant affecter le cotps par contact, ne pouvaitkit que corps, quoiqu'on np voulût pas en convenir.PAGE 22I3 VERS 24.Mais cToù naît cette ardeur 9 &c.Voici une manière d'expliquer les passions, qui paraîtra biensingulière. C'est la surabondance du feu qui produit la colère, celle du souffle, l'effroi, &c. Mais comment le feu,,qui est corps, produit-il un mouvement purement spirituelsComment le souffle 3 qui n'est que l'air agité, fait-il le mêmeeffet ? Lucrèce eut été bien embarrassé de répondre à cesquestions. Cependant on ne sçaurait nier que lorsqu'on esten colère, on sent monter un feu à son visage , ardent oculi,dit Sénèque ; on est forcé d'avouer que , dans l'effroi, onéprouve un frisson secret qui contracte tout le corps , ce quele peuple appelle/aîr* la chair de poule. Comment rendre rair• son de tout cela sans matière ? O abîme llllud in his rébus 9 &c.PAGE 224, VERS LVoici k construction de ces trois vers qui présentent un?double sens ; Pestlgia naturamm que mqutat mûo dkûs


.DU LIVRE II L 347depellere, linqui us que adeo parvula 3 ut nihil ïmpediût degèrevitam dignam Dis. Ces traces naturelles, que la raisonne peut effacer par ses instructions, subsistent à la véritéton je uts, mais si faibles, que rien ne nous empêche de-menerune vie digne des Dieux. Note de M. L. G.Sensus enim trahît, &c.PAGE 226, VERS 20.Rejetons ce vers , dit Lambin , le sens en sera plus clair,et d'ailleurs il n'exprime qu'une idée fausse. — Il exprimeparfaitement l'idée d'Epicure sur la vision, comme on leverra dans le quatrième Livre de Lucrèce.PAGE 2275 VERS 18.Les objets qu'on distingue 5 &cL'esprit voit , l'esprit entend, &c, disait Heraclite. Tertullienattribue cette façon de penser à Epicharme le Comique.Cicéron paraît avoir été dans le même sentiment,soit dans les Tusculanes , soit dans le Traité de la Naturedes Dieux. C'est ce que Lucrèce réfute ici.PAGE 228, VIES 15.Incussam ïnsidere cretam, &c.Remarquez que cet incussam vient de in cutem missam,et que Lucrèce veut dire que les femmes et les jeunes libertinsqui se fardaient de blanc, ne sentaient pas ce fardsur leur peau.


34? NOTESDu fage Abdéritain , &c-PAGE 225^ VERS I.Démocrite, un des plus grands Philosophes de PAntiquité.Quelques Auteurs le font natif de - Milet ; mais il était Yeritablemcntd'Abdère. Nous en parlerons plus bâSéPAGE £49» VERS 26.Le serpent fe dépouille, &c.Ce passage rappelle cette belle comparaison de Virgile,JEmid* l 2. v. 469.Vesribulum ante ipsom, primoque in limine Pyrrhus, &c.Chargé de traits, brûlant d'une féroce joie,Sons en casque terrible où l'horreur se déploie,Pyrrhus tonne à la porte : ainsi renaît au jour,Délaissant sa dépouille et le sombre séjourOii l'hiver, sous la terre, enchaînait sa paresse,Un serpent fier de vivre, et brillant de jeunesse.Gonflé des noirs poisons dont s'enivra son cœur,11 se roule, il s'élève , il s'élance en fureur,Dardant sa triple langue au soleil qu'il affronte.PAGE 251, VERS il.Si Faine 5 loin du corps 5 &c.Ceux des Anciens qui cropiem Famé immortelle, croyaientaussi sa préexistence. C'eut été mal raisonner, selon eux %que de penser que. ce qui doit durer éternellement a pu commencer.C'est ainsi que Platon lui-même s'en explique. Le*Concile de Trente a décidé cette grande question,, en assu-


DU LIVRE lit | 4>Tant que Dieu crée famé lorsque le corps qui doit la recevoirest organisé. Animam crtanio infunii 3 et infundtni®crcari.On les a vus jadis, &c.PAGE 253, VERS I.Voici comme Xénophon décrit ces chars. Il (Cyrus) fit.faire des chars garnis de roues très-fortes et capables derésister à tous les chocs. L'essieu en était fort long, ce quirendait le char plus difficile à renverser, à cause de sa largeur.Le siège du Cocher, fabriqué de grosses pièces de bois,était en forme de tour, et ne s'élevait que jusqu'aux coudes,pour laisser à celui-ci la liberté de diriger les chevaux. Il étaitlui-même couvert tout entier de fer 9 excepté les yeux. L'onadapta au bout des essieux, de part et d'autre 9 des fauxd'acier, d'environ deux coudées de saillie. On en plaça depareilles au dessous, recourbées vers la terre. Cytoped. L 6.Végèce dit qu'Antiochus et Mithridate firent usage \ laguerre de ces chars armés de faux, lesquels, ayant d'abordrépandu beaucoup de terreur 3 furent bientôt tournés en dé*,rision. De Rc MUit. L 3. /. 24.PAGE 2jy, VERS 10.Vivante, avant le temps 5 &c.Les Pythagoriciens prétendaient que, quelque ame quece fût, était envoyée dans un corps, quel qu'il pût être ,dès que ce corps était formé i ce que n'approuvait pointAristote. De Anim. Lu


5Ï» * NOTESPAGE 269, VEJIS IL*Ce qu'alors nous étions, &c.Sénèque fait raisonner à peu près de même le chœur dansle second Acte de la Troade.Verum est, an timidos fabula decipk ? &c.Est-il vrai ï n'est-ce point une effrayante erreurPour enchaîner îe faible au sein de la terreur ?A mon corps au tombeau survivra-t-il une ombre ?Lorsque la mort, sur moi, jetant son voile sombre , , „Mon épouse éplorée aura fermé mes yeux,Qu'ils ne s'ouvriront plus à la clarté des cieux,Est-ce peu qu'un sang pur ait arrofé ma cendre,Qu'une urne l'ait reçue, et dois-jc encore attendreUne autre vie, hélas 1 prolongeant mes malheurs?Mourons-nous tout entiers} En légères vapeurs,Quand mon ame exhalée, et, dans l'air, confondue,"A mon dernier soupir, s'étant jointe à la nue,La flamme envahira mon bûcher dévorant,Ne sera-t-il, de moi, nul reste encor vivant ?. Non. Tout ce que, fortant du moite sein de Fonde,Ce qu'y rentrant bientôt éclaire l'cril du Monde,Tout ce que l'Océan couvre et fuit tour à tour,Le Temps, d'un vol hardi, l'atteindra quelque jour.D'un plus rapide élan qu'en leur course éphémère»Ces astres oii Phébus s'élève en sa carrière,Et que ce Dieu, leur Roi dont ils.sont éclipsés,fRoulant, avec ardeur , les siècles entassés, /Et que la triple Hécate, en ses retours obliques,Nous courons au tombeau déposer nos reliques.A-t-on touché le bord terrible même aux Dieux, . ;On n'est plus nulle part. Telle que fuit aux yeux,;. ^Eparse au gré des vents, la nue ou la fujnée,Tel ce souffle moteur d'une fange animée


DU LIVRE IIL - aS iSTéconle, se dissout, dans l'espace entraîné.Rien n'est après la mort. Terme d'en coîirs borné,La mort même n'est rien. Lâche, bannis ta crainte;Etouffe , ambitieux, tout espoir, toute plainte.Où glssons-nous, dis-tu , quand îa mort nous surprend ?Où gît celui dont l'être est encore au néant.Le Temps nous engloutit, le chaos nous réclame.La Mort, d'un même coup, frappe le corps et l'ame;Et ce gardien jaloux des portes des Enfers,Cerbère, et le Tartare , et ses tourmens divers,Et son Roi ténébreux, ne sont que de vains songes,Ou du fourbe ou du sot méprisables mensonges.Il serait aisé d'entasser ici des milliers de passages semblablesdes Anciens. Nous avons choisi celui-ci de préférence,parce qu'il nous a para le plus singulier, en ce qu'il étaitrécité publiquement sur le théâtre, si toutefois les Tragédiesde Sénèque ont jamais été jouées.Remarquons, en passant, que ce morceau est écrit en latinen vers asclépkdes , qui ont été le modèle de nos grandsvers, n'ayant jamais que douze syllables, et une espèce derepos au milieu. Il est fâcheux que, dans 1 origine, nousn'ayons pu trouver un mètre plus long, et qui rendît toutela majesté de l'hexamètre grec et latin, lequel peut avoirjusqu'à dix-sept syllabes. Nous faurions réservé pour l'Epo*pée, laissant celui que nous avons à la Tragédie, et n'employant,dans la Comédie, comme le voulait Voltaire, quele vers de dix syllabes, qui n'est que le pbaleuque latin.Ainsi les genres auraient été mieux distingués. Toute tentative, à cet égard, est impossible aujourd'hui que la Langueest fixée ; mais un Traducteur, vivement frappé quelquefoisde la noblesse et de l'harmonie d'un vers latin f


J5iNOTESn'en est pas moins fèché de n'avoir pour le rendre qu'unpetit vers écourté.IBID. VERS 22.Après le jour fatal de leur dissention.M. L. G. soupçonne que, dans ce passage , Lucrèce pourraitbien faire allusion à la glande année. C'est ce qui nous adéterminés à entrer ici dans quelque détail à ce sujet, dontnous avons déjà parlé.Il paraît certain que l'idée de cette effrayante révolutionest née chez les Chaldéens, soit quelle dût son origine àl'Astrologie judiciaire, dont ils firent une science dès qu'ilscommencèrent à étudier le ciel, soit qu'ils aient eu quelqueconnaissance de la précession des équinoxes, à quelquecause qu'ils l'aient attribuée.Les Egyptiens ayant reçu cette doctrine de ces premiersAstronomes, la communiquèrent à Hypparque, lequel enfit part à sa patrie. On observa dès-lors dans la Grèce, quela terre 3 revenant au bout d'un an à l'équinoxe du printemps, ne coupait pas justement la ligne équinoxiale au pointoù elle lavait coupée l'année précédente, mais un peu plusprès, anticipant chaque fois d'un très-petit espace, qu'on nepouvait évaluer en une année, mais qui, au bout d'uncer*tain nombre, devenait considérable *.* Les points de rédiptk|iie reculent contre Tordre des signes d'environcinquante secondes par an ; mais, comme ce n*est-là qu'on àpeu pres, et qu'on n'a rien d'absolument déterminé à cet égard, ona diversement évalué îa révolution entière. Ceux des Anciens qui Tairaientcalculée, la faisaient de x§ooo mille ans. Tych© Ta faite de z$ 816,Rtccioli, de 2.5^20, et M. Casslni, de 14800*Comme


DU LIVRE III. 5j|Comme on était encore loin d'attribuer alors ce mouvementà la terre, on ne manqua pas de l'attribuer à la huitièmesphère, la sphère des étoiles, le firmament. Les sentiraensse partagèrent sur sa révolution, Œnopide et Pythagore tsans doute sans l'avoir calculée, lavaient faite de soixanteans i Diogène le Stoïcien la fit de trois cent soixante-cinq jHeraclite, de dix-huit mille ; quelques-uns de quinze mille *j •la plupart de trente six mille **i d'autres de plus ou demoins, et aucun ne rencontra juste.On imagina que cette révolution se faisant au figne duCapricorne ***, devait amener un déluge, et qu'arrivantau figne du Cancer, elle causerait un incendie universeLOn l'appela la grande année, l'année oè toutes les étoiles 9toutes les planètes devaient se retrouver au même point. Oncrut qu'alors le Monde rentrerait dans le chaos pour en sortirde nouveau, et que les hommes qui auraient vécu dansle précédent période, renaîtraient dans celui-ci, et y fourniraientprécisément la même carrière qu'ils avaient déjàfournie.Est-ce bien là ce que Lucrèce avait en vue dans ce passage, et son idée nest-elle pas plus générale!PAGE 275, VEESIJ.D'étouffer dans le miel.C'était une manière d'ensevelir, ou du moins de cornet*ver les morts. Xénophon, dans le cinquième Livre des Coutumesgrecques, dit quAgésipoMs de Lacédémone étant* Macrob. Somn. Sdp. 1. i»** Mardi. Rein, de Immoral. Animer. L 4.î** Scnec Qnxst, Nat, 1. j. »Tmne LZ


. '?J4 NOTESmort, fut mis dans du miel, et rapporté dans sa patrie ;où on l'ensevelit dans le tombeau des Roi?. Démocrite voulaitque Ton conservât ainsi tous les morts, sur quoi Héraclkiede Pont dit assez plaisamment, que si cette coutumeprévalait, le miel deviendrait trop cher.Ce séjour des tourmens.PAGE 28I 5 VERS 21..Voici comme Virgile décrit les divers supplices des Enfers,Z.6. V.J73*Tune demiim horrisono, &c.A ces mois, sur leurs gonds froissés avec horreur,S'ouvrent, en mugissant, îcs portes redoutables.Vois-tu, dans le parvis, ces monstres exécrables?Quel aspect ! quelle garde ! et l'hydre est au dedansPlus effrayante encor par-cent gosiers béans.Là, deux fois plus profond que le champ des tempêtesNe s'enfonce à la vue au dessus de nos têtes,Le Tartare abhorré se découvre à nos pieds.Bans ce gouffre de feu, dès long-temps foudroyés.Se roulent les Titans, vieux enfans de la Terre.Là, j'ai vu ces Géans, fiers rivaux du Tonnerre,Les deux fils d'Aloiîs, qui, triomphant de Mars,Osèrent du Ciel même ébranler les remparts,Brûlant, dans leur orgueil, d'en détrôner le Maître.Là g j'ai vu Sahnonée , aussi puni peut-être,Lui qui crut reproduire en nos terrestres champsLe fracas de l'Olympe et ses feux éclatans : •Monarque fastueux, dans Elis alarmée,Secouant, de son char, une torche enflammée ,Au bruit de ses coursiers sur l'airain bondissant,DegDieux, avec audace f il usurpait l'encens.


DU LIVRE IIL . fjjJOsait-il imiter la foudre inimitable ?Aveugle ! ah ! que , du sein d'un orage effroyable,Déployant, non les feux des terrestres flambeaux 9Mais , en noirs tourbillons, les célestes carreaux 9Bientôt le Tout-Puissant l'entraîna dans l'abîme !J'ai vu Titye enfin, déplorable victimeQue là terre nourrit, qui couvre neuf arpensj-Un vautour acharné ne vit que dans ses flancs.Là, fouillant sans pitié jusqu'aux fibres profondes,.Il dévore à jamais ses entrailles fécondes,Fécondes pur sa peine , et, d'un bec déchirant,Son cœur mourant sans cesse et toujours renaissant..Peindrai-je vos tourmens, Pirtthoiïs , Lapithes,,Ixion, vous , hélas ! qui dès long-temps pâlîtesA Fafpect d'un rocher qu'un éternel courrouxTient toujours suspendu, prêt à tomber sur vous ?"D'autres sur des lits d'or reposent leur mollesse;Les mets les plus exquis leur sont offerts sans cesse*Mais vers eux , en tremblant, étendent-ils la main ? •Assise à leurs cotés, et se levant soudain,la plus fiere Euménide éclate avec menace ,Leur offre son flambeau, les repousse, et les glaccv-C'est dans ce noir cachot qu'attend son châtiment,..Et celui qui, par fraude, abusa son client 9Et le frère barbare, ennemi de son frère ,Et le fils plus cruel qui repoussa son père,Et l'avare dont l'or fit le plus tendre soin 9Qui nen aida jamais les- siens dans le besoin yEt qu'il en est de tels 1 Là sont le téméraireQui rencontra là mort dans un lit adultère,.Et ceux qui, trahissant leur Patrie ou leur Roi t-Dans une guerre impie ont violé leur fouàh lue demande point quel effrayant supplice*Z ïf


ï$éNOTESPoursuit ici k crime et frappe Fin justice.L'un r©ule, avec effort, un éaoïme rocher;l'autre, sur une roue ©s l'on va l'attacher,En seiwa pouf jamais le mouvement rapide*Assis, toujours assis sur une roche aride ,Thésée, à chaque instant, expire de langueur;Et le plus malheureux, Phlégye, avec hon:ur,Crie aux mânes plaintifs dont l'essaim le contemple :Mortels, raibles Mortels, instruits par mon exemple»âpprenex la justice et respectez les Dieux.•Ce rocher suspendu, &oIM JD. VERS 23.Tantale , Boi de Phrygie , fort riche et fort avare, étaitcondamné dans les Enfers au genre de supplice que décrit iciLucrèce. Selon Homère , suivi par le plus grand nombre, ilétait plongé jusqu'aux lèvres dans un fleuve dont les eauxfuyaient de sa bouche, lorsque, brûlant de soif, il voulaiten boire. On sait qu'Horace en a fait l'emblème de l'Avare.Ce Titye enchaîné 5 &c./ 5 J A YEKS 27.Tirye était un Géant qu'on crut fils de Ja Terre, parce queson nom signifie terre ou boue* Ayant voulu faire violenceà Latone, qu'il avait rencontrée seule dans les plaines dePanope, il fut tué, à coups de flèches, par les cnfans decette Déesse, Apollon et Diane, et précipité dans les Enfers> où son corps, disent les Poètes, couvre neuf arpens*Les Dieux 1e condamnèrent au supplice que décric ici Lucrèce.


DU LIVRE III. ii7PAGE 283^ VERSII.* '. . v 7 . . Ce Sisyphe stupide 5 5:c.Sisyphe, descendant d'Eokj frère de Salmcnée , et Roide Corinthe après le départ de Médce. Les Myrhologuesne s'accordent pas sur la raison qui le fit condamner dansles Enfers au supplice dont parle ici Lucrèce.IBID. VERS 17.N'est-ce pas le destin de ces jeunes beautés.Les • Danaïdes, dont on peut vois; l'Histoire ou la Fabledans les Dictionnaires de Mythologie.PAGE 28j f VERS 6.Voyant par-tout la poix, &c.Les supplices des Anciens étaient très-variés. Tantôt onversait de la poix enflammée sur le coupable tout nu; tantôt onlui appliquait un fer rouge sur diverses parties du corps;tantôt on loi brûlait les yeux, les mamelles, &c. avec destorches ardentes, &c. Que les hommes " ont toujours étéingénieux à se tourmenter mutuellement, et souvent pour descrimes imaginaires !A nais 5 le bon Ancus 5 Sec.ijBlB. VERS l6.Ancus MartiuSj quatrième Roi de Rome, fils d'une fillede Numa Pompilius. Son caractère, dit Titc-Live, était unmélange de celui de Numa et de celui de Romulus. Il s'élevaà Fégal de ces deux grands Rois dans la paix et dansla guerre. H mourut Tan de Rome 158 9 616 avant J. C,après un règne de vingt-quatre ans.


I58 NOTES DU LIVRE 111IBJD. VEES 21.Quoi 5 ce Guerrier hardi, &c.Xentès 1, cinquième Roi de Perse, et second fils deDarius, qui , comme on sait, venant faire la guerre auxGrecs, jeta un pont sur le détroit de l'Hellesponc, pour yfaire passer son armée. Hcrodot. Diod.PAGE 287, VERS 3.Démocrïte averti par sa triste faiblesse, &c.Démocrite , le plus noble des Philosophes, dit Aulu-Gelle,était fils d'Hégésistrate , que d autres appellent Athénocrite,et d autres Damasippe, et d'une famille très-riche et trèsillustre.On est incertain sur Tannée de sa naissance; maison est assuré qu'il florissait vers la quatre-vingtième Olympiade,et qu'il vit Anaxagore et Socrate. Il fut instruit, dan»"son enfance, des mystères de l'Astronomie et de la Théologiepar des Mages et des Chaldéens que kerxès avaitlaissés à son pcre, en reconnaissance de ce qu'il l'avaitlogé , Ton dit mcme défrayé avec son armée à son passageen Grèce. Le jeune Démocrite prit dès-lors tant degoût aux Sciences, qu'après la mort de son père , ayantabandonné la plus grande partie de son patrimoine à $CS'frères, il ne s'en réserva que ce qu'il crut lui erre nécessairepour voyager. Il alla donc dans tout l'Orient chercherde nouvelles connaissances. De retour dans sa patrie, il yparvint à une extrême vieillesse , toujours livré à Tétudeet riant de la futilité de presque toutes les occupations deshommes. Sentant enfin que son esprit s'affaiblissait, il selaissa mourir de faim.Fin du Tome premier*-


ERRATA.± âGE |4, ycrs 9, miè, /w { aatè.Page }8 f yers x, intactiïe, lise^ intacrile:Page 18, vers IO , mutamm, lise^ mutatom.Page jf, Ters 13 , Siei la virgule après donc.Page £©, Ycrs 1 %, sumulata, lise^ simulaca.Page 66, vers 3 1 hdnc, lise^ hiic.Page iox, Ters 18, puer, lise^ pneri.Page 103, Ycrs 17, ajoute^ une virgule après jour.Page xoy, vers 2.0, non, iise[ nom.Page xi5 , vers 7, ne mette{ qu'une virgule après inephéxens.Page JQO, ligne 17, materiac, liseï materia.Fin de F Errata*1 y î938 Ç v

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