CHAPITRE 10 LE DÉTROIT DE COOK EN ALASKA 10.1 Introduction

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CHAPITRE 10 LE DÉTROIT DE COOK EN ALASKA 10.1 Introduction

CHAPITRE 10LE DÉTROIT DE COOK EN ALASKA10.1 IntroductionDans l’environnement naturel, les interactions sont suffisamment complexes pour qu’il ne soit pas toujourspossible d’estimer avec exactitude les effets d’une activité nouvelle, comme la production de gaz et depétrole. On peut néanmoins obtenir de précieuses indications en étudiant des bassins similaires oùl’industrie du pétrole et du gaz est rendue au stade adulte. Le bassin du détroit de Cook, en Alaska, présentede nombreux traits communs avec le bassin de la Reine-Charlotte (BRC) (Strong et coll., 2002), et il y adonc lieu de l’analyser de plus près. Le résumé qui suit est basé sur les recherches de Pauline Honarvar.Le détroit de Cook se trouve sur la côte centre-sud de l’Alaska (Figure 10.1), et une industrie dynamique dupétrole et du gaz y est présente depuis près de 50 ans. On a découvert du pétrole sur terre en 1957, àhauteur de Swanson River (80 km au S-O d’Anchorage) et en mer en 1963, au centre du détroit (Wagner,1969).Figure 10.1 Carte du détroit de Cook, Alaska. Les points rouges sur le rivage ouest du détroit marquentl’emplacement des volcans actifs.Anchorage, située à la tête du détroit de Cook, est la plus grande ville de l’Alaska (population de260 000 habitants) et constitue un grand port de mer. Les autres villes du détroit de Cook sont Kenai (6 900habitants) et Nikiski (4 300 habitants). En comparaison, Prince Rupert (la ville la plus importante dans leBRC) est également un port de mer important, mais sa population n’est que de 17 000 personnes, et lapopulation totale des îles de la Reine-Charlotte est d’environ 6 000 personnes. La population dans la régiondu détroit de Cook est donc beaucoup plus importante que dans le bassin de la Reine-Charlotte (BRC).La Société royale du Canada Page 112Rapport du groupe d’experts sur des questions scientifiques reliéesaux activités pétrolières et gazières au large des côtes de la Colombie-Britannique


Les similarités entre le détroit de Cook et le BRC sont nombreuses. Les réserves de pétrole et de gaz dudétroit de Cook sont similaires aux réserves potentielles estimées par Hannigan et coll. (voir la section 10.2ci-dessous). Le détroit et le bassin sont tous deux des voies navigables fermées – le détroit de Cook est unestuaire tidal, et le détroit d’Hécate est un environnement de plateau partiellement abrité. Dans chacune deces régions, on trouve une industrie des pêches établie depuis longtemps, une industrie touristiquecroissante, les inquiétudes environnementales y sont similaires (protection des parcs, sanctuaires, habitatscritiques), les Premières nations y ont des intérêts, et l’on s’interroge sur la façon de trouver le justeéquilibre entre toutes ces activités concurrentielles et coexistantes.Bon nombre des questions qui préoccupent les résidents et les groupes environnementaux de la C.-B. ontdéjà été traitées dans la région du détroit de Cook, et on peut s’en servir comme base pour surveiller lesactivités pétrolières et gazières et leurs effets sur l’environnement dans le BRC. Une des principalesmesures prises dans la région du détroit de Cook, particulièrement après l’accident de l’Exxon Valdez, a étéd’établir des conseils et des « comités de surveillance », afin de faire participer le public aux activités desurveillance de la production et du transport du pétrole et du gaz. Il s’agit de projets réels de surveillance,avec un volet d’éducation et d’information.Figure 10.2 Carte du bassin géologique du détroit de Cook, d’après les limites des baux gaziers et pétroliers danscette région (tiré http://www.dog.dnr.state.ak.us/oil/products/publications/cookinlet/cookinlet.htm, J. Cowan, AlaskaDepartment of Natural Resources, 2003, comm. pers., présentation en atelier)Page 113La Société royale du CanadaRapport du groupe d’experts sur des questions scientifiques reliéesaux activités pétrolières et gazières au large des côtes de la Colombie-Britannique


10.2 Production de pétrole et de gazLe bassin du détroit de Cook (Boyd et Shively, 1999) a une longueur d’environ 380 km et une largeurd’environ 70 km (Figure 10.2). Le BRC a une longueur de 470 km (depuis l’enclave de l’Alaska jusqu’auxîles Scott, au nord de l’île de Vancouver), et une largeur d’environ 100 km. Dans les deux bassins, leszones pétrolifères les plus importantes ont à peu près la même longueur – environ 200 km – mais la zonepétrolifère du détroit de Cook est un peu plus large.Dans le détroit de Cook, on a découvert en 1957 du pétrole et du gaz sur terre, dans la région de SwansonRiver, puis en 1963 on a trouvé du pétrole au centre du détroit (Figure 10.3; Wagner, 1969). On compteactuellement sept champs de pétrole en production dans la péninsule de Kenai (> 30 000 barils/jour) et17 champs de gaz (> 485 millions pi³/jour), selon l’Alaska's Oil and Gas Association (AOGA, 2000).Quinze plates-formes exploitent les champs au large. Celles-ci sont reliées par pipeline à des réservoirs surterre, à partir desquels le pétrole est transféré par pétrolier à la raffinerie de Nikiski, où l’on trouveégalement une usine d’engrais et une usine de liquéfaction du gaz. La production de pétrole a été maximaleen 1970, avec 230 000 barils/jour. Elle est actuellement d’environ 30 000 barils/jour (et l’on s’attend à cequ’elle fléchisse à 7 000 barils/jour d’ici 2003; AOGA, 2000). L’industrie du pétrole et du gaz emploie plusde 1 500 travailleurs, et plusieurs centaines d’autres en sous-traitance, et elle injecte plusieurs centaines demillions de dollars chaque année dans l’économie locale.Figure 10.3 Carte des installations pétrolières dans le bassin du détroit de Cook. Les champs pétroliers et gaziers sonten bleu; les pipelines sont également indiqués. Il y a une raffinerie de pétrole à Nikiski. (D’après Cook Inlet Keeper,2003).La Société royale du Canada Page 114Rapport du groupe d’experts sur des questions scientifiques reliéesaux activités pétrolières et gazières au large des côtes de la Colombie-Britannique


La production totale cumulative dans le détroit de Cook jusqu’en 2000 a été de 1,2 milliards de barils depétrole brut et de 5,6 billions de pi 3 de gaz naturel. On estime que 90 % des réserves récupérables ont étéextraites (AOGA, 2000). Selon Hannigan et coll. (2001), le BRC devrait offrir six champs de pétrole deplus de 100 millions de barils récupérables, pour une quantité totale récupérable de 1,3 milliard de barils.Pour ce qui est des ressources de gaz dans le BRC, il y aurait neuf champs de plus de 500 milliards de pi 3 ,pour une quantité totale récupérable de 9,8 billions de pi 3 (Hannigan et coll., 2001). Les deux bassins sontdonc très similaires pour ce qui est de l’importance des réserves d’hydrocarbures.Les systèmes pétroliers dans les deux bassins sont quelque peu similaires : dans les deux, on y retrouve desroches-mères datant du Mésozoïque et des réservoirs datant du Tertiaire (voir, par exemple, Magoon, 1994,pour le détroit de Cook). Dans les deux bassins, on trouve également des structures de compression (failleset chevauchements), bien que l’on ne trouve pas dans le bassin du détroit de Cook les épisodes d’extensionet de cisaillement horizontal qui caractérisent le Tertiaire tardif dans le BRC.10.3 Environnement physiqueBoyd et Shively (1999) résument l’environnement physique du détroit de Cook. Les vents moyens au largesont de 12 à 18 nœuds, mais les chenaux dans les vallées peuvent donner lieu à des vents dépassant les100 nœuds, à terre. Dans le détroit de Cook, la profondeur de l’eau est habituellement de 20 à 40 m dans lecours supérieur où l’on retrouve principalement la production du pétrole. Un chenal central atteint 75 m deprofondeur, et dans le cours inférieur, 150 m. L’amplitude des marées est relativement élevée dans ledétroit de Cook, l’amplitude diurne moyenne étant de 9 m à Anchorage. L’amplitude des marées et lagéométrie du détroit causent de forts courants : les courants de surface atteignent une vitesse maximaled’environ 3 nœuds, et les courants de fond de 1,5 nœud sont suffisamment forts pour former des vagues desable en migration; des courants atteignant 12 nœuds ont été enregistrés à certains endroits. Ces courantstransportent des quantités importantes de sédiments glaciaires provenant de l’érosion des montagnesenvironnantes, et qui sont déposés sur des méplats tidaux ou transportés au large vers la fosse desAléoutiennes. Enfin, le détroit de Cook est encombré de glaces d’octobre à avril.Tout comme le BRC, le détroit de Cook se trouve à proximité d’une marge de plaque. La subduction de laplaque de l’océan Pacifique sous la plaque nord-américaine provoque des tremblements de terre et desvolcans. Dans la région du détroit de Cook, on a dénombré 99 tremblements de terre d’une intensitésupérieure à 5,0 depuis 1899, dont quatre ont affiché une intensité supérieure à 7,0. Certaines failles depoussée dans les zones pétrolières peuvent générer des séismes d’une intensité de 6,3 à 6,9. Les risques deséisme sont un peu plus élevés que dans le BRC. Des volcans actifs occupent la rive ouest du détroit deCook. Les installations de production pétrolière sont hors de portée des coulées de cendre qui pourraientêtre provoquées par toutes les éruptions, sauf les plus importantes, mais les inondations causées par la fontede la glace et des neiges sur les pentes supérieures qui reçoivent des matières éjectées par les volcans sontun problème récurrent. L’impact des tsunamis produits à l’extérieur du détroit de Cook est faible, mais lestsunamis causés par les avalanches de débris volcaniques locaux atteignant le littoral présentent un certaindanger potentiel. Les risques volcaniques dans le BRC sont relativement très faibles.Les courants intenses perturbent les sédiments au fond du détroit de Cook. Au début de la productionpétrolière dans cette région, les pipelines ont connu des défaillances, problème attribué à l’érosion dessédiments sous les pipelines. On a maintenant mis en place des mesures préventives, notamment en fixantles tuyaux à des pilotis enfoncés dans le fond marin, en ancrant les tuyaux dans du béton, en utilisant destuyaux lourds et chemisés, et en effectuant régulièrement des levés par sonar latéral pour détecter lesdéplacements de sédiments. L’érosion côtière est chose courante autour du détroit de Cook, comme autourdu BRC, et sur terre les installations doivent être bâties avec un certain retrait des côtes et des berges derivière. La traversée des plages sujettes à une forte érosion est autorisée, seulement avec un renforcementadéquat des infrastructures.Page 115La Société royale du CanadaRapport du groupe d’experts sur des questions scientifiques reliéesaux activités pétrolières et gazières au large des côtes de la Colombie-Britannique


Les gisements peu profonds de gaz présentent des risques pour les structures reposant sur le fond marinau-dessus de ces gisements. Certaines de ces structures ont causé des éruptions.10.4 Levés sismiquesDepuis 1970, on a obtenu environ 19 600 km de données sismiques 2D et 500 km² de données sismiques3D dans le détroit de Cook. Avant 1970, environ 4 000 à 5 000 km additionnels auraient été obtenus(J. Cowan, Alaska Department of Natural Resources, comm. pers., 2003). La longueur totale des levés estsimilaire aux profils sismiques totaux d’environ 21 000 km obtenus dans le BRC. Même si nous n’ayonspas d’information sur les sources acoustiques utilisées pour les levés sismiques dans le détroit de Cook, onpeut présumer que la plupart des données obtenues avant les années 1970 l’ont été avec des explosifs, etque la plupart des données après 1970 l’ont été avec des canons à air.10.5 Déversements et éruptions de pétroleBoyd et Shively (1999) présentent des statistiques sur les déversements de pétrole dans le détroit de Cook.Entre 1965 et 1980, il y a eu 187 déversements, pour un volume total d’environ 7 600 barils. Cesdéversements étaient associés à la production et au transport du pétrole brut. Pendant cette même période, ily a eu 206 autres déversements (navires de pêche, navires de transport de produits, autres), pour un volumetotal de 23 000 barils. Entre 1987 et 1997, un peu plus de 5 000 barils ont été déversés dans le détroit, dont96 % à l’occasion d’un même événement. Les déversements de pétrole dans le détroit de Cook, dus auxtravaux d’exploration et de production, entre 1984 et 1994, ont totalisé 250 barils, et dans le détroit deCook il n’y a jamais eu de déversement de pétrole majeur (> 1 000 barils) attribuable à cette phased’activité. Il n’y a jamais eu d’éruption de pétrole dans le détroit de Cook, mais il y a eu trois éruptions degaz.Les défaillances de pipelines marins survenues dans le détroit de Cook, dans les années 1960 et au débutdes années 1970, étaient dues à l’érosion des sédiments, à l’érosion par la glace, à la corrosion, auxvibrations induites par les courants, aux fuites au niveau des raccords et au frottement sur les pipelines. Parcontre, depuis 1976, on n’a signalé aucune défaillance de pipeline reposant sur le fond marin, bien qu’il yait encore de petites fuites associées aux pipelines sous-marins. Les installations terrestres ont déversé trèspeu de pétrole dans le détroit : dans les années 1990, on a signalé seulement deux ou trois incidents. Deuxdéversements de pétrole par des pétroliers ont touché le détroit de Cook. En 1987, le pétrolier Glacier Bay,en route vers la raffinerie de Nikiski, a déversé moins de 3 800 barils. Le déversement de l’Exxon Valdez(262 000 barils) dans le détroit du Prince William, principal détroit côtier juste à l’est du détroit de Cook, aperturbé les pêches dans le détroit de Cook.Le détroit de Cook est le seul estuaire aux États-Unis dans lequel on rejette les déchets de forage. Dans tousles autres estuaires américains, les activités de forage et d’extraction obéissent au principe de « rejet zéro ».En outre, les plates-formes dans le détroit de Cook sont exemptées de cette exigence, en vertu d’unedispense exceptionnelle du National Pollution Discharge Elimination System (NPDES). Selon lesestimations de 1996 réalisées par l’Environmental Protection Agency (EPA) des États-Unis, l’industrie dupétrole et du gaz a rejeté plus de 50 millions de barils par année d’eau huileuse dans le détroit de Cook, cequi correspond à plus de 1 700 barils de pétrole brut par an. La dilution de cette quantité annuelle dans leseaux du détroit de Cook représente une teneur en hydrocarbures de 1 partie sur 2 milliards. Or desconcentrations aussi faibles que 1 partie sur 1 milliard d’hydrocarbures polyaromatiques (HAP) peuventêtre toxiques pour les embryons de poissons si l’exposition est chronique (Carls et coll., 1999). Bien que lesniveaux moyens de concentration de HAP dans les eaux rejetées, après dilution dans le volume total deseaux du détroit de Cook, soient inférieurs au niveau présentant un effet toxique pour les embryons, il peut yavoir des concentrations transitoires locales toxiques.La Société royale du Canada Page 116Rapport du groupe d’experts sur des questions scientifiques reliéesaux activités pétrolières et gazières au large des côtes de la Colombie-Britannique


L’évaluation finale des impacts environnementaux de novembre 2003, pour la zone de planification dudétroit de Cook (MMS 2003-056, Lois Epstein, Cook Inlet Keeper, comm. pers.) indique qu’en vertu desnouvelles exigences de l’EPA, les nouveaux projets de forage de mise en valeur ou de production sontencore autorisés à rejeter les eaux usées et les eaux de drainage des plates-formes, mais ne peuvent plusrejeter d’eau produite, ni de débris et de boues de forage.10.6 Zones protégéesLe détroit de Cook compte quatre parcs nationaux, une forêt nationale, une réserve estuarienne nationale,deux refuges fauniques nationaux, quatre parcs et sanctuaires d’État et sept zones d’habitat critiques(CIRCAC, http://www.circac.org). La superficie totale protégée représente une partie importante des terresadjacentes au détroit, et comprend plusieurs zones marines littorales (Figure 10.4). La protection du détroitde Cook est plus avancée que celle du BRC, bien que la protection actuelle et les plans de protectionproposés pour le BRC pourraient comporter une partie plus grande de zone marine.Figure 10.4 Carte des zones protégées dans le cours supérieur du détroit de Cook (d’après Boyd et Shively, 1999).Page 117La Société royale du CanadaRapport du groupe d’experts sur des questions scientifiques reliéesaux activités pétrolières et gazières au large des côtes de la Colombie-Britannique


10.7 Impacts sur le bioteLe cours inférieur du détroit de Cook est particulièrement riche en biote (Wagner, 1969). Le courssupérieur du détroit de Cook est également une voie de migration importante pour les poissons, en routevers les zones de frai. Le poisson d’élevage comprend le saumon, le flétan, la plie, la sole et le chabot.Parmi les crustacés d’élevage, mentionnons le crabe, les crevettes, les palourdes, les pétoncles, les huîtreset l’abalone.Les pêches sont un segment important de l’économie de l’Alaska(http://www.cf.adfg.state.ak.us/geninfo/about/budget/03overvw.pdf) et de la Colombie-Britannique(http://www.agf.gov.bc.ca/fish_stats/pdf/BC_Fisheries_&_Aquaculture_Sector_2002.pdf). Les pêchescommerciales en Alaska représentent une valeur « hors navire » annuelle d’environ 1,5 milliard $CAN. Lapêche des poissons de fond représente plus de la moitié de cette valeur, et le saumon environ 20 %.Dans le détroit de Cook, la pêche du saumon est la plus importante et sa valeur hors navire représenteenviron 40 millions $CAN par année, ce qui dépasse légèrement la valeur totale des débarquements depêche commerciale du saumon en C.-B. (exception faite de l’aquiculture, qui représente environ260 millions $). Il y a lieu de noter que les revenus de la pêche récréative du saumon, tant en Alaska qu’enC.-B., en eau douce comme en eau salée, dépassent ceux de la pêche commerciale du saumon, et ce, d’unordre de grandeur. Si on utilise l’élevage du saumon comme indicateur des pêches commerciales dans ledétroit de Cook (p. ex., voir les statistiques annuelles par espèce :http://www.cf.adfg.state.ak.us/region2/finfish/salmon/uci/ucihhar1960-2003.pdf), on constate que lestotaux annuels ont atteint un maximum à la fin des années 1980, et sont depuis revenus aux niveauxsimilaires du début des années 1960. Cette variation des prises annuelles dans le secteur des pêchess’explique par plusieurs raisons, dont les décisions administratives touchant les quotas de prise, lafluctuation des prix et les niveaux des stocks. Une industrie fructueuse de la pêche au saumon continue decoexister avec les activités pétrolières et gazières dans le détroit de Cook.Chez les mammifères marins, les bélugas dans le détroit de Cook (Huntington, 2000) figurent maintenantsur la liste des espèces dont la protection est envisagée en vertu de l’Endangered Species Act des États-Unis(http://www.fakr.noaa.gov/protectedresources/esaakspecies.pdf). L’effet des déversements de pétrole sur laréduction des proies, et donc la réduction subséquente de la population de bélugas, est jugé incertain(http://www.fakr.noaa.gov/protectedresources/whales/beluga/eis2003/final.pdf).10.8 Participation de la communautéUn aspect notable de l’activité pétrolière et gazière dans le détroit de Cook est la participation des diversgroupes intéressés, qui surveillent et avisent l’industrie et les organismes de réglementation. Cetteparticipation découle en grande partie du déversement de pétrole par l’Exxon Valdez en 1989 dans ledétroit de Prince William avoisinant. L’Oil Pollution Act, adoptée en 1990, stipule que « c’est seulementlorsque les citoyens locaux participent au processus qu’on obtiendra la confiance requise pour modifier lesystème actuel, et passer de la confrontation au consensus ». La participation de la communauté a été jugéeessentielle, en réaction aux déversements de pétrole et aux autres problèmes environnementaux causés parles compagnies de pétrole et de gaz, et ce, il y a encore récemment, en 1995 (voir le Cook Inlet Keeperci-dessous). Les notes suivantes sur les divers groupes démontrent comment l’industrie, le gouvernement etla communauté pourraient coopérer dans le BRC, si jamais le moratoire était levé.La Société royale du Canada Page 118Rapport du groupe d’experts sur des questions scientifiques reliéesaux activités pétrolières et gazières au large des côtes de la Colombie-Britannique


Exxon Valdez Oil Spill Trustee Council (EVOSTC : http://www.oilspill.state.ak.us)L’accident de l’Exxon Valdez s’est produit en mars 1989, dans le détroit du Prince William, juste à l’est dudétroit de Cook. Un total de 262 000 barils de pétrole brut se sont répandus le long de 1 300 milles de lacôte sud de l’Alaska. L’Exxon Valdez Oil Spill Trustee Council a été formé afin de superviser lerétablissement de l’écosystème affecté, notamment grâce à la somme de 900 millions $ obtenue endédommagement au civil. Ce conseil a financé quelques groupes dans le détroit de Cook (CIRCAC,CIIMMS; voir ci-dessous).Même si 14 années se sont passées depuis le déversement, il reste encore du pétrole dans les zonestouchées. Les habitats intertidaux et les habitats subtidaux peu profonds sont encore contaminés, certainesespèces ne se sont pas rétablies et la productivité de l’écosystème, mesurée par la pêche au saumon et auhareng, n’est pas revenue au niveau d’avant le déversement(http://www.afsc.noaa.gov/abl/oilspill/oilspill.htm : le laboratoire d’Auke Bay réalise des projets derecherche financés par le conseil EVOSTC). Au cours des premières années de remise en état, l’industrie etdes observateurs indépendants ont estimé de façon fort différente l’effet du déversement et lerétablissement du biote (R. Greer, 2003, comm. pers., présentation en atelier).Cook Inlet Regional Citizens Advisory Council (CIRCAC: http://www.circac.org)Financé en partie par le conseil EVOSTC, le CIRCAC a été établi en 1991, dans la foulée de l’Oil Spill Act,de 1990. La mission du conseil est de « représenter les citoyens du détroit de Cook afin de promouvoir letransport marin et les opérations pétrolières qui soient respectueux de l’environnement dans le détroit deCook ». Il s’agit donc de : 1) surveiller les effets des opérations et faire des recherches sur le sujet;2) présenter des conseils pour ce qui est de la réglementation; 3) examiner les permis de l’industrie, laréglementation et les plans d’intervention d’urgence pour les installations et les pétroliers; 4) recommanderdes modifications aux pratiques existantes. La loi oblige les grandes compagnies pétrolières présentes dansle détroit de Cook à financer chaque année le CIRCAC.Alaska's Cooperatively Implemented Information Management and Monitoring System (CIIMMS:info.dec.state.ak.us/ciimms)Il s’agit d’un autre projet financé par le conseil EVOSTC, par l’intermédiaire du ministère de laConservation de l’environnement de l’Alaska et du ministère des Ressources naturelles de l’Alaska. Leprojet CIIMMS offre au public des sources d’information sur Internet au sujet des ressources naturelles del’Alaska. Cette information comprend un large éventail de cartes et de bases de données accessibles aupublic, portant sur le sud de l’Alaska, et qui ont été offertes par de nombreux groupes. Ce systèmedeviendra d’ici quelques années un système d’information couvrant l’ensemble de l’État.Cook Inlet Keeper (CIK: http://www.inletkeeper.org/abtkeeper.htm)Le Cook Inlet Keeper a été établi par des organisations environnementales en 1995, grâce à des fonds dedémarrage d’une durée de 3 ans octroyés par les compagnies de pétrole (Unocal, Shell-Western etMarathon). Le but de ce projet était, en partie, de régler 4 000 violations de permis au cours des cinq annéesprécédentes, touchant le rejet dans le détroit de Cook des eaux grises et des eaux produites. L’EPA a jugéque les accusations étaient suffisamment graves pour se joindre aux plaignants. Le CIK assure l’éducationdu public, surveille l’état environnemental des bassins hydrographiques autour du détroit, et porte uneattention particulière à la qualité de l’eau dans les ruisseaux, les lacs et les estuaires.10.9 ConclusionsDans le détroit de Cook, l’industrie de la pêche commerciale est fructueuse, la pêche sportive est trèslucrative et le tourisme est à la hausse (un million de personnes visitent Anchorage chaque année), et toutesces activités coexistent depuis plus de 40 ans avec les activités pétrolières et gazières, lesquelles emploientenviron 1 500 personnes dans la région et injectent chaque année plusieurs centaines de millions de dollarsdans l’économie de l’Alaska (AOGA, 2000). La coordination des groupes de citoyens avec les partiesPage 119La Société royale du CanadaRapport du groupe d’experts sur des questions scientifiques reliéesaux activités pétrolières et gazières au large des côtes de la Colombie-Britannique


intéressées de l’industrie et du gouvernement est précieuse pour surveiller la performance de l’industrie etses plans futurs. L’éducation publique et la surveillance de l’environnement, jumelées aux sourcesd’information déjà disponibles, sont les éléments clés de ce processus. Les effets des activités pétrolièressur l’environnement sont atténués, grâce à des technologies et à des méthodes améliorées.On peut tirer une leçon importante de l’histoire du détroit de Cook : la valeur de citoyens éduqués etinformés. Grâce à la coordination assurée par des groupes représentant des intérêts divers et multiples, lacommunauté a entrepris de surveiller la qualité de l’eau et le biote, d’effectuer un contrôle indépendant dela performance de l’industrie et de la qualité de l’environnement en général, qui est touché par denombreux autres processus, tant naturels qu’anthropiques. L’acquisition de données de base pour évaluerles changements est également de première importance. L’efficacité d’une réglementation toujours plusstricte est manifeste, car elle permet de réduire les déversements, ainsi que les rejets autorisés de déchetspar les opérations extracôtières.La Société royale du Canada Page 120Rapport du groupe d’experts sur des questions scientifiques reliéesaux activités pétrolières et gazières au large des côtes de la Colombie-Britannique

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