QUARTIER L!BRE - Quartier Libre

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C A M P U S• N o u v e a u c a m p u s à l a v a l •L’UdeM locataireles étudiants de l’UdeM auront accès à un campus tout neuf à laval dès l’automne 2011.l’UdeM n’a cependant pas les moyens d’être propriétaire des installations. elle sera donc locatairedes lieux pour les 30 prochaines années. Ce n’est qu’en 2041 que l’université pourra finalementacheter le campus lavallois.Le promoteur Pomerleau ainvesti 51 M$ dans laconstruction du campus. Àla fin de la construction en septembre,l’UdeM versera 17 M$ à l’entreprisede construction ainsi qu’unloyer annuel, qui n’a pas été révélédans le budget 2011-2012. Le promoteurs’engage en retour à entretenirle campus lavallois pour les 30prochaines années.L’UdeM a laissé les risques financiersau promoteur, car elle «ne voulaitpas un autre déficit budgétaire»,selon Mireille Mathieu, l’administratricedéléguée du campus à Laval.L’université n’aurait pas les moyensde se payer un pavillon neuf, car elleveut rembourser son déficit accumuléde 144 M$ depuis 2005-2006et sa dette totale de 312 M$. Lele nouveau campus de l’udeM à lavala coûté 51 M $ à construire.pHotos : vinCent allairele nouvel édifice est situé derrière le métroMontmorency.SURVOL DU NOUVEAU CAMPUSDE L’UdeM À LAVALFin des travaux: été 2011adresse actuelle du campus à laval: 2572, boulevard danieljohnson,2 e étage. le campus fait face au centre commercialle Carrefour laval.nouvelle adresse : 1700, rue jacques-tétreault.Contrairement à l’ancien campus de laval, le nouvel édificesera situé près de la station de métro Montmorency.Ce campus fera partie de la Cité du savoir de laval. Celleciregroupe déjà le Collège Montmorency, le Collègeletendre, la salle andré-Mathieu et la Maison des arts àlaval.superficie du nouveau campus: 20500 m 2 . C’est 2000 m 2 deplus que le Centre Bell, le domicile de l’équipe de hockey desCanadiens de Montréal.nombre d’étudiants : l’udeM prévoit accueillir 2 500 étudiantsà temps plein sur le nouveau campus à laval d’ici troisans. des cours de psychologie, de soins infirmiers, de servicesocial et d’éducation préscolaire seront offerts.budget 2011-2012 de l’UdeM atteintd’ailleurs le déficit zéro pour la premièrefois depuis 2005-2006.«Les revenus générés entre autrespar l’ajout de clientèles étudiantespermettront de payer le loyer etd’amortir l’emprunt de 17 M$contracté pour les améliorationslocatives. L’UdeM acquerra le campusau moment opportun. Nous(l’UdeM) ne voulons pas répéterl’épisode de l’îlot Voyageur àl’UQAM », dit M me Mathieu. Laconstruction de l’îlot Voyageur est ensuspens depuis 2007. Les coûtsétaient passés de 333 à 539 M$. Deplus, selon Le Devoir, la dette del’UQAM s’élèvera à un demi-milliarden 2012. Cela est dû entre autres àl’entretien et au déneigement dusquelette de l’îlot ainsi qu’aux paiementsd’honoraires à des avocats,qui devaient négocier le règlementdu dossier avec Busac, la firme deconstruction impliquée.Pas de cafés étudiantsMathieu Lepitre, le coordonnateuraux affaires universitaires de laFédération des associations étudiantesde l’Université de Montréal(FAECUM), affirme que l’option de lalocation du nouveau campus necomporte qu’un bémol. «L’ententene permet pas l’exploitation commercialede cafés étudiants sur lenouveau campus à Laval, dit M.Lepitre. Hormis ce détail, laFédération n’a pas de réserves surla location du nouveau campus àLaval. Nous ne nous opposons pasà la réduction de risques financierset de la dette pour l’UdeM.»M. Lepitre ajoute que la FAECUM nes’inquiète pas de l’arrivée du nouveaucampus de l’UdeM à Laval.«L’îlot Voyageur à l’UQAM était unprojet immobilier. Le nouveaucampus à Laval remplit une missionacadémique. Il n’y aura pas dedéplacement de la clientèle présentesur les campus actuels del’UdeM. Certains programmesofferts à Laval ne sont pas sur lecampus actuel.»Anh Khoi doPage 4 • QUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011


C A M P U S• H a u s s e d e s d r o i t s d e s c o l a r i t é •La mobilisationétudiante se prépareLa manifestation du 31 marsdernier est un avant-goûtde ce qui attend les étudiantsquébécois à l’automne prochain.Les associations étudiantesnationales profitent du printempspour organiser leurs plans d’actioncontre la hausse des droits de scolarité.La rumeur d’une grève généraleillimitée se fait entendre.En juin, la FEUQ adoptera une premièremouture de son plan d’action.«À l’heure actuelle, il n’y arien d’exclu, justement pour laisserle choix aux associations de lavoie qu’elles veulent emprunter,dit Martine Desjardins, présidentede la FEUQ, nouvellement élue le10 avril dernier. En ce quiconcerne les stratégies et lesmoyens d’action à entreprendre,nous restons dans une optiquetrès pragmatique en continuantde développer notre argumentairepour prouver qu’il y a un consensusentre les associations étudiantescontre la hausse desfrais.»M me Desjardins aborde toutefoisson premier mandat avec précaution:«C’est clair qu’il va y avoirune mobilisation beaucoup plusimportante que dans les dernièresannées. 2005 est un exemple inspirant,mais on doit aussi regarderles années où on n’a pasobtenu de gains importants etcomprendre pourquoi.»En 2005, les étudiants ont protestécontre la transformation de 103 M$de bourses en prêts. Après sixsemaines de grève générale illimitée,le gouvernement libéral avaitfinalement concédé un réinvestissementde 482 M$ en éducation surcinq ans.gABriel lAUrierLES FÉDÉRATIONSÉTUDIANTES NATIONALESle Québec compte quatre grandes fédérations étudiantesnationales:• la Fédération étudiante universitaire du Québec(FeuQ): 125000 étudiants• la table de concertation étudiante du Québec (taCeQ):60000 étudiants• la Fédération étudiante collégiale du Québec (FeCQ):55000 étudiants• l’association pour une solidarité syndicale étudiante(asse): 40000 étudiantsLES AFFILIATIONS À L’UDEMÀ l’udeM, les associations membres de la Fédération desassociations étudiantes de l’udeM sont automatiquementaffiliées à la FeuQ.Ce ne sont que l’association étudiante d’anthropologie(aeHuM), le regroupement des étudiants et étudiantes ensociologie (réésuM) et l’association étudiante de sciencepolitique et philosophie (aespep-udeM) qui sont affiliés àl’asse.• FA eC U M e t F e U Q •Deux femmesau sommetUne femme à la tête d’une organisation, c’est un changement culturel. dans son livre Les femmesen politique changent-elles le monde?, la journaliste pascale Navarro explique que la recherchede solutions et l’empathie sont propres au leadership féminin. pour l’année qui vient, Martinedesjardins et stéfanie Tougas sont les nouvelles représentantes de la majorité des étudiants del’UdeM devant le gouvernement du Québec. selon les deux jeunes femmes, rigueur et communicationformeront la clé de leur succès.Martine Desjardins a été élue présidente de laFédération des étudiants universitaires duQuébec (FEUQ) le 10 avril dernier lors ducongrès annuel à Rimouski. Elle est la deuxième présidenteen 22 ans d’existence de la FEUQ. Stéfanie Tougas est,quant à elle, devenue le 26 mars dernier la quatrièmesecrétaire générale de la Fédération des associations étudiantesdu campus de l’UdeM (FAECUM) en 35 ans. Ellescommenceront leur mandat le 1 er mai prochain.La lutte contre la hausse de 1625 $ des droits de scolaritéva demander une mobilisation étudiante de l’ampleur dela grève de 2005. D’où la nécessité pour les deux jeunesleaders d’être plus que convaincantes. «Il faudra se fairecomprendre et ne laisser aucune marge de manœuvre»,indique M me Tougas.Les deux jeunes femmes s’accordent pour dire que leur préparationen vue d’une rude période de négociation avec legouvernement sera sûrement plus optimale que celle deleurs prédécesseurs masculins. « La peur de se fairemépriser parce qu’on est une femme est tout de mêmeprésente et elle nous pousse à être deux à trois fois pluspréparées», précise M me Tougas. Elle affirme ne pas penserqu’être une femme lui portera préjudice: «Il suffit deprouver ses capacités.»Le constat est le même pour la future présidente de laFEUQ. «Il est certain que les femmes ont tendance à perfectionnerleur préparation, en général nous sommesmoins laxistes sur les prises de notes ou sur la préparationdes dossiers, ajoute M me Desjardins. Ce n’est pasle fait d’être une femme qui changera la donne, maissurtout notre façon d’aborder les problèmes.»Le fonctionnement des deux associations restera relativementle même. Stéfanie Tougas veut garder la rigueur de gérancedont Marc-André Ross a fait preuve durant ses deux mandats.De son côté, Martine Desjardins n’avait pas été membrede l’exécutif de la FEUQ avant son élection. Elle dit que saméthode de gestion sera plus personnelle. Toutes deux vontsurtout favoriser la communication «en vue de trouver unconsensus entre les parties, tout en n’hésitant pas à trancheret prendre des décisions», ajoute M me Desjardins.Le mandat de Martine Desjardins n’est même pas entaméqu’elle pense déjà à la relève. «Il faut pouvoir donner legoût aux jeunes filles de s’impliquer et surtout leurmontrer que tout est possible», insiste-t-elle.«L’importance de sensibiliser les jeunes filles à s’impliquerdans les mouvements sociaux ou dans la politiqueest prioritaire, commente M me Tougas. Si durant monmandat, je réussis à en inspirer quelques-unes, ce seraun accomplissement très satisfaisant. Il faut que lesfemmes apprennent à s’imposer sans avoir peur de laréaction de la société occidentale, toujours très patriarcale.»tiffAny hAMelinpHoto : tiFFany HaMelinstéfanie TougasFEMMES, POLITIQUEET DÉMOCRATIEMartine desjardinsle groupe Femmes, politique et démocratie ainfluencé stéfanie tougas et Martine desjardins à selancer en politique. M me tougas raconte avoir ététrès impressionnée par les allocutions de genevièveBaril qui siège au conseil d’administration du groupe.C’est un organisme à but non lucratif fondé en 1998.le groupe fait la promotion d’une plus grande participationdes femmes à la vie politique. son objectifest d’atteindre la parité entre les femmes et leshommes dans les instances démocratiques québécoises.le groupe a notamment mis en place un projetpilote de mentorat politique pour les femmes voulantdevenir conseillères municipales.LES FEMMES EN POLITIQUEen 2011, 15 femmes sont à la tête de leur pays surles 192 membres de l’onu. l’amérique du nord n’acependant jamais eu de dirigeante. stéfanie tougaset Martine desjardins espèrent qu’un jour, la femmeaura une place aussi importante que l’homme enpolitique.CHeFs d’états et de gouverneMentsQui sont des FeMMesAllemagneAngela Merkel, chancelière fédérale depuis 2005AustralieJulia Gillard, première ministre depuis 2010BrésilDilma Vana Rousseff, Présidente depuis 2011IndePratibha Patil, présidente depuis 2007IslandeJohanna Sigurdardottir, première ministre depuis 2009pHoto : Martine desjardinsQUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011 • Page 5


Le concours des diplômésJ’aime et j’aimerais gagner.Choisis le modèle Soul de Kia qui te plaît surfacebook.com/kiacanada et cours la chance de le gagner*.Nous aimons les diplômés Recevez un rabais instantané de 500 $ .*Pour participer au concours vous devez être membre de Facebook et respecter les règlements du concours. Pour accéder au concours, les membres Facebook doiventouvrir une session sur leur compte et cliquer sur l’onglet « J’aime et j’aimerais gagner » à la page identifiée Kia Canada. D’autres conditions s’appliquent. Visitez la pageFacebook de Kia Canada dédiée à ses supporteurs. Certaines conditions s’appliquent au rabais de 500 $ du programme aux diplômés. Voir un concessionnaire pourles détails. Les renseignements publiés dans cette annonce sont réputés être véridiques au moment de sa parution. KIA est une marque déposée de Kia Motors Corporation.Suis-nous surPage 6 • QUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011


C A M P U S• Hausse des droits de scolarité •Une manifestation…téléphoniqueEncore plus d’articles@en ligne !Découvrezquartierlibre.caLes 4 et 5 mai prochain, ministres libéraux, recteurs d’universités et JeanCharest pourraient être dérangés par des centaines d’appel téléphoniquesd’étudiants mécontents.Au moment de mettre sous presse, plus de 3000 étudiants avaientconfirmé sur le réseau social Facebook leur intention de participer àune manifestation téléphonique contre la hausse des droits de scolaritédécrétée par Québec.Organisée un mois après la manifestation du 31 mars dernier, qui atourné au vinaigre dans les rues du centre-ville de Montréal, l’actiontéléphonique vise à permettre au plus grand nombre de voix possiblede se faire entendre.«Cette idée est simple et se fera de chez soi en quelques minutes.Les outils nécessaires sont un téléphone et/ou un ordinateur,indique-t-on sur la page Facebook du projet. De 8h00 à 17h30, quandcela te conviendra, tu appelleras le bureau du premier ministre,ton/ta député et les ministères liés à la hausse. Ton message peutêtre court et précis ou long et détaillé.»Les appels des étudiants serviront aussi à perturber le cours normal dela journée des individus ciblés, de l’aveu même des organisateurs del’action. «Au lieu d’une foule groupée bloquant la circulation pourquelques heures, nous serons une foule placée à la file indienne bloquantles lignes pour deux journées», expliquent les organisateursdans leur description de l’événement.Le gouvernement Charest a annoncé à la mi-mars une hausse de droitsde scolarité de 325 $ par année pendant cinq ans. Depuis lors, les manifestationset les actions étudiantes se multiplient. Les leaders étudiantspromettent que la situation se corsera davantage à l’automne.PhiliPPe teisCeirA-lessArd• s p o r t •Triathlon à l’UdeMLes amateurs de triathlon pourront pratiquer leur sport favori àl’UdeM dès le 15 mai prochain. Pour lancer sa saison sportive2011, le club Triathlon Multisports Endurance UM organise un«aquathlon», un triathlon amputé de son épreuve cycliste. «C’est unformat que les triathloniens aiment beaucoup», explique le cofondateurdu club, Cédric Ferraris.Les athlètes devront nager 750 mètres avant de courir cinq kilomètressur le terrain extérieur de football de l’université. Deux départs de 16participants auront lieu. Il reste des places pour les intéressés: vingtcinqde ces places ont déjà été réservées par des étudiants, mais aussipar des amateurs hors de l’université. L’évènement est ouvert à tous.Le Club triathlon multisports UM a été créé cette année, mais n’est pasencore officiellement enregistré auprès de l’université. «Aux yeux del’université, on n’est pas encore sous leur tutelle, un peu comme leclub de rugby et le club de cyclisme», dit Cédric Ferraris. Il espèred’ailleurs voir son club être incorporé par l’UdeM dans la famille desCarabins.Le nom du club comporte d’ailleurs les lettres « UM » plutôt que«UdeM» pour signifier l’indépendance du club vis-à-vis les Carabins.L’université n’a plus d’équipe pratiquant le triathlon depuis 15 ans.«Si le club perdure, l’aquathlon sera l’événement officiel pour enlancer la saison», conclut M. Ferraris.PhiliPPe teisCeirA-lessArdQUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011 • Page 7


C A M P U S• e s c r i m e à l ’ U d e M •Touchés en plein cœurÉpées, fleurets et sabres n’auront plus leur place dans les locaux de l’UdeM l’année prochaine.la direction du Centre d’éducation physique et des sports de l’UdeM (CepsUM) n’a pas l’intentionde renouveler le bail du club d’escrime, les Mousquetaires. Membres, parents etentraîneurs sont en colère et regrettent le manque d’explications.«J’ai la rage», dit Margaux Raab,étudiante aux HEC, sans cacherla peine que lui cause la possiblefermeture du club d’escrime, qu’elle fréquentedepuis deux ans. Surtout, le CEPSUM n’afourni aucune explication quant à cette décision.« Ils se sont contentés de dire qu’ilsavaient besoin de la salle, explique l’entraîneuseTetyana Khalfaui. Ils veulent nousmettre dehors et je ne sais même pas pourquoi.C’est injuste.»pHoto : MaxiMe duBoisCe n’est pasexclusivement une salled’escrime. Nous pouvonsy organiser des coursd’aérobie ou desréunions académiquespa u l K r i v i C Kydirecteur général du CepsUMDes parents et des athlètes ont tenté de contestercette décision en envoyant une dizaine delettres à Paul Krivicky, directeur général duCEPSUM. «On doit en discuter dans les prochainessemaines», a répondu M. Krivicky.Selon lui, le CEPSUM a fait preuve de toléranceà l’égard du club. «Nous avons été collaborateurs,assure-t-il. Cela fait déjà quatre ansque nous leur faisons comprendre qu’ils doiventtrouver de nouveaux locaux.»Avec l’augmentation du nombre d’étudiants àl’UdeM, Paul Krivicky se dit « débordé » par lademande. « Ça devient difficile de répondreaux besoins de la communauté étudiante,poursuit le directeur. Il nous faut cettesalle. »le local 142, avec ses cordes d'acier suspendues au plafond, semble avoir été conçu pour l’escrime.La salle litigieuse — le local 142 — est situéeau stade d’hiver du CEPSUM en dessous desgradins de la patinoire. Les cordes d’acier suspenduesau plafond et le sol en bois franc, oùsont dessinées les pistes, laissent penser qu’ellea été conçue pour l’escrime. Ce que nuance M.Krivicky. «Ce n’est pas exclusivement unesalle d’escrime, explique-t-il. Nous pouvons yorganiser des cours d’aérobie ou desréunions académiques.»Jusqu’à présent, le club s’était toujours montréconciliant. «Nous avons toujours dû nousadapter à leurs demandes, raconteM me Khalfaui. Les vestiaires qu’occupait le clubLes Mousquetaires ont notamment été donnésà l’équipe de hockey des Carabins.«Aujourd’hui, les athlètes se changent dansle bureau avant les entraînements, ne décolèrepas M me Khalfaui. Je ne me suis jamaisplainte de cela.»Peu de reconnaissance«Nous avons une belle équipe, croit MargauxRaab. C’est dommage que cette discipline nesoit pas plus connue, ici.» Les résultats duclub sont pourtant intéressants. Certains athlètesont participé à des compétitions majeures.C’est le cas d’Anissa Khelfaoui, qui a étémembre de l’équipe algérienne aux Jeux olympiquesde Pékin en 2008. Elle n’avait alors que16 ans. Une valeur ajoutée certaine pourTetyana Khalfaui. «Le club des Mousquetairesest le meilleur endroit pour découvrir et pratiquerl’escrime à Montréal », assure Jean-Alexandre Perras, au club depuis six ans.MAxiMe dUBoisCET ÉTÉ, ÉLEVEZ VOS CONNAISSANCESDE QUELQUES DEGRÉS.ulaval.ca/eteVille de QuébecPage 8 • QUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011


C A M P U S• H a u s s e d e s d r o i t s d e s c o l a r i t é •Pourquoi l’ASSE est-elle toujoursfâchée contre la FEUQ ?en 2011, le gouvernement Charest planifie une hausse de 1625 $ sur cinq ans les droitsde scolarité. entre FeUQ, FeCQ, Asse, le mouvement étudiant tarde à s’unir. pourquoicette division? retour pour tenter de comprendre le futur.Nous sommes en 2004, unan après l’élection de JeanCharest comme premierministre du Québec. Le nouveauministre de l’Éducation, Pierre Reid,annonce que 103 millions de dollarspar année sont coupés du programmede prêts et bourses des étudiantsau Québec.Les étudiants réagissent et se mobilisent.La CASSEE (une coalition forméautour de l’ASSE créée spécialementen 2005), la FEUQ et la FECQ fourbissentleurs armes pour protestercontre la décision du gouvernement.Le 16 mars 2005, près de 230000étudiants sur les 450000 que comptentles établissements postsecondairesde la province sont en grève.Environ 80000 étudiants, membresde toutes associations étudiantesconfondues, marchent pacifiquementdans les rues de Montréal.Malgré cette mobilisation de près dela moitié des étudiants du Québec,les relations sont tendues entre laFEUQ et la CASSEE, un regroupementétudiant formé autour de l’ASSE pourla durée de la grève.la CAsseene peut pas négocierAu tout début de la grève, le ministrede l’Éducation demande aux fédérationsétudiantes de répudier l’usagede la violence. La FEUQ et la FECQacceptent immédiatement, mais pasla CASSEE. Le gouvernement refusepar la suite de négocier avec leregroupement étudiant de gauche. Àpartir de ce moment, la CASSEEsoupçonne la FEUQ de négocier dansson dos.«Il est clair que le ministre de l’Éducationuse d’un prétexte — laviolence — afin d’éloigner de latable de négociation la CASSEE,espérant ainsi négocier avec desintervenants et des intervenantesayant une plate-forme de revendicationsbeaucoup plus restreinte etétant éventuellement prêts etprêtes à accepter une entente aurabais », affirme le 18 mars 2005Xavier Lafrance, alors porte-parolede la CASSEE.Mais les objectifs des deux regroupementsne sont pas les mêmes.«L’immense rapport de force que lemouvement étudiant a réussi àconstruire par rapport au gouvernementdurant la session permetd’espérer des gains beaucoup plussignificatifs qu’un réinvestissementde 103 millions de dollars etrend tout à fait inacceptable l’acceptationd’une entente aurabais», dit alors Héloïse Moysan-Lapointe, une autre porte-parole dela CASSEE.Quant à la FEUQ, elle souhaite «undeal réaliste, un gain réel pour lesétudiants. Nous voulions allerchercher les 103 millions qui manquaient», explique aujourd’huiPierre-André Bouchard Saint-Amant,président de la FEUQ en 2005 et doctoranten sciences économiques àl’université du Queens.hostilitéLe 24 février 2004, l’ASSE écrit déjàque «la FEUQ ne fait que défendreun système d’éducation élitiste quiest de plus en plus réservé à ceux etcelles qui peuvent bien se le payer.[…] Elle ne fait que défendre lesintérêts de la minorité des étudianteset étudiants privilégiés etrestreindre l’accessibilité auxétudes postsecondaires.»L’hostilité entre les deux regroupementsremonte à bien avant 2005. Lagrève vient exacerber la situation.«LCN nous avait mis en ondes faceà face avec l’ASSE, se rappelle M.Bouchard Saint-Amant. Nous nouscriions après. Ce n’était pas trèsconstructif…»Les choses dégénèrent le 1 er avril2005. La FEUQ et la FECQ négocientalors une entente avec le gouvernementlibéral. Il y aura réinvestissementdans le programme des prêts etbourses. Les 103 millions ne serontpas récupérés en 2004-2005, maisseulement en 2006-2007, et ce,grâce à la fondation des bourses dumillénaire.La FEUQ demande à ses membresd’appuyer l’entente.La FECQ la « juge satisfaisante »,tout en refusant de dire à sesmembres de l’appuyer.Sans surprise, la CASSEE rejettel’offre.La proposition est vue par la FEUQcomme étant finale. « Le danger,c’était qu’on croyait que le mouvementde grève allait s’essouffler,explique en rétrospective M.Bouchard Saint-Amant. Si on ne saisissaitpas l’offre à ce moment, onrisquait de tout perdre.»ressac anticipéM. Bouchard Saint-Amant s’attendaità un ressac de la part de ses membresplus militants en leur demandant decesser la grève. Il avait évalué quecette décision donnerait à la FEUQl’image d’une briseuse de rêve technocrate.Et il avait raison. À la suite del’entente avec le gouvernement, laCADEUL (l’association étudiante del’Université Laval), la SSMU (l’associationétudiante de l’UniversitéMcGill) et une association d’étudiantsde l’UQAM quittent la FEUQ.Malgré tout, la recommandation dela FEUQ était un calcul politique afinde ménager la FECQ. «C’est aussi cequi explique pourquoi la FECQétait “neutre” alors que la FEUQ“recommandait” l’entente à sesmembres, remet en contexte M.Bouchard Saint-Amant. Le calculétant qu’une telle approche minimisaitles pertes institutionnellespour les deux organisations. Bref,la FEUQ a “pris la balle”, notammentpour garder la FECQ ensanté.»Selon l’ancien président, les frustrationsdes grévistes insatisfaits de la finhâtive du mouvement sont compréhensibles,mais l’ont laissé indifférent.«Je ne regrette rien et je ferais toutde la même façon», dit celui qui a étéentarté à la fin de son mandat, alorsqu’il participait à une manifestationcontre Jean Charest à la fin avril.Cette fin en queue de poisson en auratout de même déçu plus d’un. MichelVenne, directeur de l’Institut duNouveau Monde, offre un avis extérieurdans une lettre ouverte publiéele 18 avril 2005 dans les pages duDevoir: «Les accusations de traîtriseà l’endroit de la FEUQ et de laFECQ sont injustes. Au lieu demobiliser les jeunes, ceux-ci nourrissentle cynisme. Ils donnentl’impression que la grève a étéinutile et qu’il n’y a de juste combatque le combat sans merci.»Si les étudiants veulent offrir une véritablerésistance au gouvernementquébécois dans l’année qui vient, lecynisme n’aura pas sa place dans ledébat.ChArles leCAvAlieravec la collaboration devinCent AllAireFRUSTRATIONENCOREPRÉSENTEsix années plus tard,l’amertume persiste ducôté de l’asse. «Il y a desgens qui ont été amèrementdéçus… qui ont étédétruits en 2005. Ça vanous aligner pour lefutur», a déclaré gabrielnadeau-dubois, portepa r o l e d e l ’a s s e , l e30 mars… 2011, lors d’unediscussion à l’udeM sur lesstratégies pour luttercontre la hausse des fraisde scolarité, en présencede représentants de laFaeCuM, de la FeuQ etde l’asse.après six années, le mouvementétudiant devrait-ilpasser à autre chose ?C’est l’opinion de stéfanietougas, nouvelle secrétairegénérale de la FaeCuM.« Il faut mettre ça derrièrenous, explique-t-elle.O u i , ç a s’ e s t p a s s é .Arrangeons-nous pourque ça n’arrive plus.»Quant à louis-philippesavoie, actuel président dela FeuQ, en affirmant qu’ilsouhaite «le meilleur dealpour les étudiants », ilrépète les mêmes lignesq u e p i e r r e - a n d r éBouchard saint-amant sixans plus tôt. M. Bouchardsaint-aimant analyseaujourd’hui que de voir laFeuQ et l’asse à la mêmetable est déjà une belle promessepour l’avenir.pHoto : wiKipediaQUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011 • Page 9


C A M P U S• H a u s s e d e s d r o i t s d e s c o l a r i t é •Qu’en pense Line Beauchamp ?la ministre de l’Éducation, line Beauchamp, a la tâche ingrate de défendre la hausse de 1625 $des frais de scolarité décrétée par son gouvernement. discussion avec une ancienne étudiantede l’UdeM, qui a obtenu un baccalauréat en psychologie en 1985. Au moment de l’obtentionde son bac, les droits de scolarité étaient gelés depuis 1968…pHoto : vinCent allairela photo de graduation de la ministre de l’éducation, line Beauchamp (psychologie, 1985),se trouve au 4 e étage du pavillon Marie-victorin.Nous sommes unpeuple francophoneen Amérique du Nord.L’épanouissementde mon peuple passepar le fait que nousayons un réseauuniversitaire fort.Je vais donc doterles universités desbons budgets parceque c’est extrêmementimportant pourl’avenir du Québecl i n e B e a u C H a M pMinistre de l’ÉducationQuartier Libre : Comment auriez-vousréagi comme étudiante si le ministre del’Éducation de l’époque avait mis del’avant votre proposition actuelle?Line Beauchamp : J’aurais pris le temps dem’informer. Il faut prendre le temps d’aller liretoute la proposition et la décision.Médiatiquement, bien sûr, la question de lahausse des droits prend beaucoup de place.Mais la bonification du régime d’aide financièredevrait prendre tout autant de place. Jevous ferais remarquer qu’un étudiant boursierse voit donner en bourses toute l’augmentationdes droits de scolarité. Au cours des prochainesannées, la contribution des parents estcontinuellement réduite.Q. L.: Cela veut-il dire que les associationsne comprennent pas la propositiondu gouvernement?L. B.: Vous me faites dire ce que je n’ai pas dit.Une association étudiante qui s’oppose à uneaugmentation des droits de scolarité, ce n’estpas surprenant et je respecte ça. Mais il fautbien lire toute la proposition.Q. L.: Les associations étudiantes remettenten question le sous-financement desuniversités. Les universités ont-elles vraimentbesoin de plus d’argent?LB: Oui, mais l’argent doit aller au bon endroit.Dans le budget, nous obligeons les universitésà investir par exemple dans l’embauche de professeurspermanents et dans les services auxétudiants. En règle générale, la gestion des universitésest correcte. Il y a eu des problématiquesdans certaines universités. C’est la premièrefois que nous nous donnons des règlesaussi directives vis-à-vis du monde universitaire,et nous nous donnons même le droitd’imposer des pénalités. Ce n’est pas pour rien.line Beauchamp aujourd’hui.pHoto : graCieuseté line BeauCHaMpJe crois que tout ça a été bien reçu et bienaccepté.Les étudiants durcissent ces temps-cileurs moyens de pression. Le gouvernementpliera-t-il?LB: Nous allons tout mettre en branle, y comprisla bonification du régime d’aide financière, pourassurer l’accessibilité de tous. Mais quand onregarde l’évolution des budgets dans les universitésnord-américaines, que ce soit Toronto,Vancouver ou Boston, on s’aperçoit que le statuquo n’est pas possible au Québec. J’ai une responsabilité.Nous sommes un peuple francophoneen Amérique du Nord. L’épanouissementde mon peuple passe par le fait que nous ayonsun réseau universitaire fort. Je vais donc doter lesuniversités des bons budgets parce que c’estextrêmement important pour l’avenir du Québec.PhiliPPe teisCeirA-lessArdL’AIDE FINANCIÈRE DU GOUVERNEMENTLes mesures d’aides financières sont présentées par le gouvernement Charest comme les garantesdu maintien de l’accessibilité aux études. Trente-cinq pour cent des fonds supplémentaires perçusgrâce à la hausse des droits seront injectés dans l’aide financière aux études.Québec s’est engagé à compenser pleinement l’ensemble des étudiants qui touchent des boursesen vertu du système d’aide financière aux études. Ils «éviteront ainsi tout endettement additionnel»,selon le budget 2011-2012 du gouvernement du Québec.Le seuil de revenu à partir duquel un parent ou un conjoint sera considéré comme contribuantfinancièrement à l’éducation de l’étudiant sera augmenté de 29000 $ à 35000 $.Ces mesures ont été qualifiées de poudre aux yeux par les leaders étudiants. «C’est vraimentune piètre tentative de la part du gouvernement pour tenter de masquer une injustice profondeet pour tenter de calmer la colère des étudiants, a dénoncé Gabriel Nadeau-Dubois, porteparolede l’Association pour une solidarité syndicale étudiante. Le ministre Bachand peut êtreassuré que ça ne fonctionnera pas.»Page 10 • QUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011


C A M P U S• Te s t s u r l e c a m p u s •Huit objets perdus,combien de retrouvés ?perdre une tuque, un livre ou — horreur! — un ipod, c’est plate. se rendre ensuite aux objetsperdus et ne pas le retrouver, c’est frustrant. Mais quelles sont les chances de récupérer unobjet oublié à l’UdeM? Nous avons testé pour vous, sans prétention aucune, tout le processusqui entoure la perte d’objets. Faites vos prédictions. Mais attention, le résultat est décevant.Le 16 mars dernier, huit objets ontété laissés à différents endroits dupavillon du 3200 rue Jean-Brillantpour simuler leur oubli. Le pavillon a étéchoisi parce qu’il est le pôle le plus populeuxdu campus: 6000 étudiants peuventassister à des cours simultanément dans cebâtiment.pHotos : vinCent allaireOublier de manière intentionnelle un objetest une tâche plus ardue qu’il n’y paraît. Aupremier essai, une étudiante est venue rapporterimmédiatement une casquette quivenait d’être échappée de façon ostentatoire.En redoublant de furtivité, les autres élémentsont été oubliés de façon à ne pas attirerl’attention d’étudiants bienfaiteurs.résultatsLe 11 avril, jour de vérité. Le verdict est plusque décevant. Aucun des objets ne se trouvedans le bac des objets perdus de la régie desécurité du pavillon du 3200 rue Jean-Brillant. À la mention du bâton de golf, levisage de Domingo, agent de sécurité, affichependant quelques secondes un air surpris:c’est qu’il n’a jamais vu de bâton de golfcomme objet perdu. «J’ai déjà vu un bâtonde hockey», se rappelle-t-il.Pour l’iPod, il reste un espoir. Il faut appelerau bureau de la Sûreté (code 2050) situéau local L-324 du pavillon Roger-Gaudry.C’est là que sont gardés en sécurité les objetsde valeur: porte-monnaie, sacs à main etcartes de toutes sortes, comme celle d’assurance-maladie.Le livre à propos de FrankZappa ne rentre pas dans cette catégorie.Au bout du fil, l’agente de sécurité cherchele baladeur numérique et me laisse surattente. Une voix enregistrée indique que lamusique d’attente a été composée par lesétudiants de la Faculté musique de l’UdeM.C’est un long crescendo de guitare, suivis detam-tam, d’une guitare au son plus aiguproche du banjo, de flûte irlandaise et finalementd’une chorale. C’est à ce momentque l’agente de sécurité me répond ne pasavoir mon iPod.MoraleN’oubliez rien. Apportez le moins d’objets àl’université. Faites un recensement chaquefois que vous voulez changer de local. Sinon,sachez que la musique d’attente composéepar les étudiants de la Faculté de musiquede l’UdeM n’annonce rien de bon.l’ipod a été laissé au-dessus d’un distributeurde papier de toilette.la bande dessinée de Betty et veronicaa été déposée sur un comptoir du hall d’entrée.le bâton de golf, un fer numéro 9, a été accoté sur une tabledans un corridor. Quelques minutes plus tard, deux étudiantsjouent avec le bâton avant d’entrer en cours.le livre d’informatique a été posé sur une poubellejonchée de gobelets de café vides.l’autre livre, portant sur Frank Zappa, a été abandonnéà côté d’une photocopieuse.le chandail col roulé a été disposé sur une chaisetraînant dans un corridor.vinCent AllAirela tuque a été abandonnée à la sortie d’un ascenseur.la casquette a été échappée dans une cage d’escalier.QUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011 • Page 11


FÉDÉRATION DES ASSOCIATIONS ÉTUDIANTESPage 12 • QUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 20113200, rue Jean-Brillant, local B-1265, Montréal (Québec) H3T 1N8 • www.faecum.qc.caLe contenu des pages de la FAECUM est indépendant de la ligne éditoriale de Quartier Libre


DU CAMPUS DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉALTéléphone : 514-343-5947 • Télécopieur : 514-343-7690 • Courriel : info@faecum.qc.caLe contenu des pages de la FAECUM est indépendant de la ligne éditoriale de Quartier LibreQUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011 • Page 13


S O C I É T É - M O N D E• Vo i r C u b a a u t r e m e n t •De Varadero à La Havaneen couchsurfingla nouvelle génération de Cubains envisage le tourisme comme une opportunité d’entreren contact avec l’étranger, d’apprendre sur un monde qu’elle côtoie, mais qu’ellene peut pas visiter. Couchsurfing, Facebook, forums sociaux : les Cubains sont de plusen plus nombreux à chercher un moyen de faire des rencontres.«C’ e s t n o t r e s e u lmoyen de voyager,d’apprendre surl’étranger », dit Maddiel, étudiantcubain en physiothérapie à La Havane.«Vous savez sans doute que, pournous, il est strictement interdit dequitter l’île… Depuis que je suisinscrit sur Couchsurfing, je rencontredes gens de partout: France,Canada, Australie, Mexique etmême États-Unis.»Des réseaux comme Couchsurfing(site Internet dont le but est demettre en contact les voyageurs et lescommunautés locales) voient s’inscrirede plus en plus de membrescubains qui, en dépit d’offrir le gîte,puisqu’une telle activité est strictementinterdite par l’État, offrent leurtemps pour prendre un verre, uncafé ou tout simplement pour fairevisiter leur quartier.« Je ne peux pas te dire commentj’accède à Internet, mais bon, j’aides connexions… si tu vois ceque je veux dire [rires] », confieMaddiel. Plusieurs Cubains trou-les autorités fermentrégulièrement et sanspréavis de nombreusescasas particulares.pHoto : joHnny pin BallpHoto : éMilie Couture-Brière pHoto : joHnny pin Ballles casas particularesmenacées par l’étatAu moment d’écrire ces lignes, les autorités cubaines annonçaient que2010 avait été une année record pour l’industrie du tourisme. Près de2,5 millions de touristes (dont au moins 40 % de Canadiens) avaient franchila frontière du pays au cours de l’année. La grande majorité de ces touristesont choisi de séjourner dans l’un des grands complexes hôteliers établisdans la région de Varadero et de Cayo Coco. Le développement de cespôles touristiques est d’ailleurs en pleine expansion et promet, selon le viceministredu tourisme cubain, des recettes encore plus importantes dans lesannées à suivre.Le plan de développement hôtelier annoncé par le gouvernement pour lesprochaines années risque-t-il de compromettre le tourisme chez le citoyen?Il semblerait que oui. Les autorités ferment régulièrement et sans préavisde nombreuses casas particulares. Ces gîtes sont mal vus par l’État quicontrôle financièrement l’intégralité du secteur touristique. Le gouvernementsemble davantage axer ses investissements vers le développement depôles touristiques enclavés, des endroits où les interactions entre Cubainset touristes sont hautement surveillées.«Pour voir Cuba, il faut sortir des stations balnéaires, il faut aller àLa Havane, à Matanza, à Santiago de Cuba. Il faut vivre chez les Cubainspour leur parler et partager leur réalité», dit Yosiel, jeune étudiant en droitqui travaille dans un de ces grands complexes hôteliers. Si vous êtes du genreaventurier et que vous avez une semaine de libre cet été, Cuba pourrait êtreune option économique et enrichissante à considérer.Page 14 • QUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011


pHoto : joHnny pin BallpHoto : éMilie Couture-BrièrepHoto : joHnny pin BallpHoto : éMilie Couture-Brièrevent le moyen d’utiliser régulièrementInternet, bien que ce genred’activité soit hautement surveillée etréglementée par le gouvernementCastro.fenêtre sur le mondeLa plupart des couchsurfers sont dejeunes professionnels, des gens trèsscolarisés qui cherchent une fenêtresur le monde, de l’information venantde l’étranger. «Je ne veux pas que lesgens me confondent avec des “jinateros”,ces hommes accrédités par legouvernement qui proposent devous guider à travers la ville, maissurtout, de vous extirper le peu depesos que vous avez. Je passe dutemps avec les étrangers parce queje suis curieux, parce que ça medivertit et parce que ça me changede la réalité», dit Alberto, couchsurferrencontré près de Varadero.Pour le touriste, l’avantage de ce typede rencontre est de connaître rapidementles meilleures adresses: où allerdanser, où aller manger, quoi faire etquoi éviter. Outre ses plages, Cuba estune mine d’or en matière de culture…Si vous prévoyez un tour del’île, votre nouvelle connaissancen‘hésitera pas à vous recommanderun endroit simple et économique oùvous pourrez loger. Ce n’est pas toujoursfacile de trouver un toit endehors des grands centres hôteliers.Casas particularesLe gouvernement cubain est très clair:il est interdit pour la population localed’héberger qui que ce soit, sauf lafamille rapprochée. Seule exception àla règle: les casas particulares. Depuis1997, le gouvernement Castro a ouvertune brèche en permettant un accès,bien que contrôlé, à la propriété privée.Les casas particulares, versioncubaine du Bed & Breakfast, permettentun échange culturel enrichissant.C’est d’ailleurs là l’intérêt premier desCubains qui offrent l’hospitalité auxétrangers. «Depuis que nous avonsle droit d’exploiter une casa particular,mon mari et moi rencontronsdes gens de partout à travers lemonde», dit Lula. «Je prends en noteles coordonnées de chaque personneque je rencontre. D’abord parce quele gouvernement exige toutes sortesd’informations sur les étrangers quenous fréquentons, mais aussi parceque c’est mon seul lien avec l’extérieur.Un jour, je les reverrai…enfin, je l’espère…»Loin des grands complexes hôteliers,le touriste est reçu dans une maisonfamiliale typique. Pour environ 20-25CUC [Peso cubain convertible] parnuit (sensiblement la même valeur endollars canadiens), on vous offre unechambre ultra propre, une salle debain privée et, moyennant quelquespesos de plus, un souper de riz, depoulet et de plantains poêlés. Ce genred’ambiance permet de découvrir lemode de vie cubain et d’échanger avecles gens qui habitent la région.À Cuba, l’hébergement chez le résidentest beaucoup plus qu’une simpleindustrie. C’est une manière de briserl’isolement dont les Cubains se sententde plus en plus prisonniers. Cela leurpermet aussi d’obtenir une autreforme d’information que celle qui circuleà la radio, à la télévision ou dansle Granma, seul et unique journaldans lequel Castro et son parti signentla quasi-totalité des articles. «Pourexploiter une casa particular, il fautpayer un permis et des taxes exorbitantesau gouvernement. On aseulement le droit d’offrir deuxchambres à la fois. Ce n’est mêmepas si rentable que ça», affirme Lula.éMilie CoUtUre-BrièreQUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011 • Page 15


S O C I É T É - M O N D EPsychopathes à cravateHannibal lecter, Jason Voorhees et lex luthor. Tous des assassins, des psychopathesqui font le mal pour le plaisir. Mais la réalité est bien plus effrayante.Votre patron, la personne qui détermine l’allocation des bourses derecherches ou votre directeur de maîtrise pourraient eux aussi être des psychopathesselon une étude de l’Université de Colombie-Britannique.Tous les psychopathes ne sont pas dangereuxpour votre vie. Il y aurait prèsde 70000 psychopathes au Québec,soit 1 % de la population. Si seulement 10 %d’entre eux sont assez violents pour se retrouveren prison, les autres vivent en société. Il estplutôt probable de rencontrer au moins un psychopathepar jour. S’il est possible de le croiserau supermarché, il est encore plus probablede le croiser à la direction des ressourceshumaines de votre entreprise.Environ 3,5 % de psychopathes travaillentcomme cadres supérieurs. Il y en aurait doncplus du triple qu’en société. Robert Hare, professeurde psychologie de l’Université deColombie-Britannique, a obtenu ces résultatsen questionnant 200 cadres supérieurs enColombie-Britannique. À l’aide d’une échellequ’il a conçue lui-même, la PsychopatheChecklist Screening Version, il a constatéqu’un nombre considérable de participantsdépassaient le seuil déterminant pour êtreconsidéré comme psychopathe.Attraction pourl’argent et le pouvoirPourquoi y a-t-il plus de psychopathes chez lescadres supérieurs que dans la population engénéral? «Les psychopathes ont une attractionpour l’argent et le pouvoir. C’est pourcela qu’ils tenteront d’obtenir des emploispayants qui leur permettent d’avoir lecontrôle sur des employés subordonnés »,soutient Luc Brunet, professeur de psychologieà l’UdeM.Les psychopathes veulent rapidement progresserdans une entreprise. Selon M. Brunet, «ilsPSYCHOPATHESelon la version la plus récente du Manueldiagnostique et statistique des troublesmentaux, les psychopathes souffrent detrouble de la personnalité antisociale. Leurcondition est caractérisée par le manqued’empathie, l’amoralité, leur conduite antisocialeet l’absence de culpabilité. Le psychopathea sa propre vision du bien et dumal.« Pour être considéré comme psychopathe,il faut être diagnostiqué par unprofessionnel clinique avec un questionnairevalidé», soutient Christopher Earls,professeur de psychologie à l’UdeM. Lequestionnaire le plus utilisé est le HarePsychopathy Checklist. Ce questionnairede 20 questions mesure entre autres la tendanceà mentir de manière pathologique, lemanque de culpabilité et le caractère manipulateurd’un individu.approchent souvent des entreprises en phasede changement ou de reconstruction. Decette manière, ils peuvent plus facilementobtenir des postes élevés sans toutefoisdevoir passer par divers échelons dans l’entreprise».Angelo Soares, professeur de psychologie àl’UQAM, est du même avis: «dans les entreprisesen période de changement, les règlementset les normes sont moins bien définis.C’est plus flou. Les caractéristiques propresaux psychopathes fleurissent dans un telenvironnement».l’entrepriserendrait psychopatheM. Soares soutient toutefois que les chiffres deM. Hare démontrent plutôt un problème liéaux valeurs promues dans le milieu de travail.«S’il semble y avoir plus de psychopathes dansle milieu de travail, c’est parce qu’il existeune culture de travail qui catalyse des comportementspropres aux psychopathes chezdes individus normaux. Par exemple, il n’estpas rare de voir quelqu’un mentir ou manipulerson entourage au travail alors qu’il sesentirait incapable de le faire à l’extérieur dubureau», dit Angelo Soares. M. Soares ajouteque «les valeurs promues par plusieurs entreprisessont le manque d’empathie et la compétition.Pour qu’un individu progresse dansl’entreprise, il doit adopter ces valeurs. Ildevient en quelque sorte un psychopathe aubureau, mais un individu normal à l’extérieur.Pour conclure qu’il y plus de psychopatheschez les cadres supérieurs que dans lasociété en général, il faut déterminer si cesemployés étaient psychopathes avant de travaillercomme cadres.»Christopher Earls, professeur de psychologie àl’UdeM, soutient lui aussi qu’un environnementcompétitif exacerbe les traits caractéristiquesdes psychopathes. « Prenez par exemplel’émission Survivor. Presque tous les participantsse manipulent et se mentent entre euxpour être le grand gagnant au détriment dessentiments des autres», dit M. Earls.Conséquence réelleLes conséquences relatives aux comportementsde psychopathes sont palpables. M. Brunet ditque les effets négatifs occasionnés par la présenced’un psychopathe en milieu de travailChristian Bale, dans American Psycho.s’apparentent à ceux du harcèlement psychologique,qu’ils peuvent, bien sûr, pratiquer.«Les collègues de travail d’un psychopatheseront démotivés, déprimés et demanderontplus de congés de maladie par exemple »,liste le spécialiste de la psychologie du travail.M. Brunet croit qu’une meilleure sélection doitêtre faite avant d’engager des cadres supérieurs:«Des tests validés doivent être conduits pardes professionnels avant l’embauche».De son côté, M. Soares croit plutôt que c’est laculture d’entreprise qu’il faut modifier. «Si lesentreprises continuent de favoriser une philosophiede “produire plus avec moins” avecle surplus de travail et la compétition qui endécoulent, on peut s’attendre à voir de plusen plus de comportements propres aux psychopathesdans le milieu de travail »,explique Angelo Soares.Qu’ils soient psychopathes avant d’entrer enentreprise ou après avoir gravi les échelons hiérarchiquesen écrasant leurs collègues de travail,ils sont là. Ils existent. Ils vous regardent.Sentez-vous leur regard peser sur votre nuque?MAthieU MireAUltPage 16 • QUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011


S O C I É T É - M O N D E• É l e c t i o n s f é d é r a l e s •Engagez-vous,qu’ils disaient…En 2008, à peine 37 % des électeursde 18 à 24 ans se sont présentésdans un bureau de vote,d’un océan à l’autre. Voilà pourquoiÉlections Canada fait présentementcampagne pour mobiliserles jeunes aux enjeux des présentesélections, leur proposant même devoter par anticipation avant le tourbillonde la fin de session. Cet effortsera-t-il suffisant pour contrer lecynisme d’une génération qui sefout du parlementarisme façoncanadienne?Doit-on alors conclure que lesjeunes, puisqu’ils sont désintéressésde la chose politique, sont parconséquent désengagés? Un récentarticle du Forum présente la thèsed’une étude sur l’engagement dela génération montante: les «C»en tant que citoyens. L’étudemenée par Sandra Rodriguez, doctoranteen sociologie, en collaborationavec le Centre francophoned’informatisation des organisations(CEFRIO), soumet l’idée queles 20-35 sont engagés sans lesavoir! Voilà une affirmation biensurprenante.M me Rodriguez soutient que s’ils nesont pas prêts à se qualifier euxmêmesde personnes engagées, lesjeunes d’aujourd’hui sont cependantplus investis qu’ils ne lecroient. Selon elle, les jeunes sont«préoccupés», «recherchent ducontenu» et «n’hésitent pas à seprononcer dans des consultationsen ligne ». Des traits decaractère qui se résumeraient parla créativité, la consommation et lacommunication. C’est pourquoi leschercheurs la qualifient de générationC.Je refuse de conclure que ces attitudescaractéristiques d’une certainetranche d’âge peuvent êtreconsidérées comme un réel engagementsocial et politique. J’y voisun nivellement par le bas: s’il suffitde donner quelques dollars àÉquiterre ou «d’aimer» une pageFacebook pour être considérécomme engagé, nous sommes endroit de nous questionner sur lasanté de notre démocratie. N’ayonspas peur des mots. Pourquoi utiliserun euphémisme comme«changement dans les modes departicipation» pour désigner unphénomène bien plus alarmant: ledésengagement massif des jeunesde la sphère publique et politique?Pire. L’équipe du CEFRIO adresseune série de conseils à des organisationsprivées désireuses d’attirerl’attention de cette nouvelle lignée.Parmi ces avis, le centre derecherche souligne que les C« apprécient la drôlerie, le sarcasmeet la dérision» et ne tolèrentpas les informations frauduleusesou démagogues parce que,dit-on « la vérité finit toujourspar sortir sur le Web». Belle façonde souligner l’appétit consuméristed’une génération.Élections Canada est en droit decraindre une désertion catastrophiquedes jeunes. La génération Cest-elle autre chose qu’un publiccible, qu’un bassin de consommateurs2.0? Peut-on définir l’engagementpar la passivité et l’indifférence? Je souhaite que nousrépondions par la négative à cettequestion lors du scrutin du 2 mai.JeAn-siMon fABien«Le Café l’Artère, c’estune coopérative desolidarité à but nonlucratif que nous souhaitons voirs’enraciner dans la communautéde Parc-Extension.», dit CamilleCaron-Belzile, étudiante en Étudeslittéraires à l’UQAM et l’une descinq initiateurs du projet. Le caféoffrira des produits santé et bios,mais toujours à bas prix pour nepas exclure la clientèle locale.«Le but du café, c’est d’être uneartère dans le quartier Parc-Extension. Oui, bon, c’est un peuquétaine, mais on voudrait oxygénerce coin de Montréal,comme le cœur apporte ce qu’ilfaut au corps pour survivre, ditEstelle Tison, étudiante en Lettres etSciences humaines à l’UdeM. C’estune idée qui dort depuis longtemps,mais c’est devenu plusconcret l’été dernier.»La coopérative souhaite aussi êtreun lieu de diffusion: «On veut permettreaux artistes peu connusqui ont souvent des moyens limitésd’accéder à une scène. L’idée• C a f é l ’A r t è r e •Artère vitaleCamille Caron-Belzile, élodie debanne, patricia villeneuve-picard, estelle tison,thomas Boisvert st-arnaud et sasha dyck, confondateurs du Café l'artère.est de démocratiser la culture, etd’offrir les tarifs les plus bas deMontréal », souligne CamilleCaron-Belzile.Comme le café sera situé au milieud’un quartier où la population estimmigrante à plus de 70 %, lesjeunes entrepreneurs souhaitent attirerune clientèle métissée: «On veutpermettre aux gens du quartier dese retrouver dans un endroitneutre qui évite toute associationavec la religion ou la politique.Bref, une zone de non-conflit.»grosse œuvre d’artcollectiveLes entrepreneurs en herbe necomptent plus les heures de bénévolatpour mettre le projet sur pied.Ils ont aussi bénéficié d’aide extérieure.Les propriétaires du CaféTouski, une coopérative de travailautogéré, ont permis aux fondateursdu Café l’Artère de consulter leurplan d’affaires pour savoir commentprocéder. Forts de ce coup de main,les créateurs du café ont réussi àobtenir une subvention de 100000 $du programme gouvernemental dedéveloppement économique, innovationet exportation (MDEIE).De plus, Vrac Environnement, unorganisme qui vise à améliorer laqualité de vie dans Montréal enfavorisant le développementdurable, tiendra une boutique écologiquedans un coin du café.« Le Café l’Artère, c’est un peucomme une grosse œuvre d’artcollective. Peu à peu, on a l’intentionde se désengager pourfaire don de cette coopérative à lacommunauté. On va garder unœil sur notre rêve, c’est sûr, maisd’autres personnes vont y travailleret le diriger d’ici quelquesannées», soutient Estelle Tison.Le Café l’Artère sera officiellementouvert le 1er mai prochain. Aumenu: poésie, slam, dégustationset bien sûr, café.MélissA PelletierCafé l’Artère, 7000, av. du parc,parc-extensionpHoto : éMilie Couture-BrièreLes jeunesne votent pasles jeunes votent peu. sous quel prétexte? rencontre avec André Blais,professeur de sciences politiques à l’UdeM, spécialiste de la participationélectorale ainsi que des systèmes et des comportements électoraux.Quartier Libre: C’est un fait, les jeunesvotent peu. Pourquoi?André Blais: Tout d’abord, il faut préciser queles étudiants universitaires votent plus que lesjeunes en général. L’éducation a une influencepositive sur le taux de participation. Toutefois,le facteur de la mobilité est important. Lesjeunes vivent moins longtemps au mêmeendroit et sont moins intégrés dans leurmilieu. Fondamentalement, c’est l’idée dudevoir de voter qui est beaucoup moins fortequ’avant. Les jeunes éprouvent moins de culpabilitéà la perspective de ne pas voter.Q.L.: Doit-on s’en inquiéter?A.B.: Oui. A priori, on espère que les gensvotent. Les jeunes qui ne sont pas intéresséspar la politique et qui ne vont pas voter sontplus cohérents que les vieux qui gueulent, quichialent, qui vont voter, mais qui ne s’informentpas. La politique n’a plus la place qu’elleavait et qu’elle devrait avoir.Q.L. : Est-ce la faute des politiciens ?Les élections sont tellement renduesplates.A.B.: Il ne faut pas idéaliser le passé. C’est vraique cette élection est très peu stimulante, maisdes campagnes électorales comme celle 1988[Débat sur le libre-échange et élection deBrian Mulroney], il n’y en a pas beaucoup. Enplus, l’offre politique est plus grande: les gensont plus de choix qu’avant.Q.L.: Y a-t-il de l’espoir?A.B.: Oui et non. Cette tendance est propre auvote. Il y a autant, sinon un peu plus, de mobilisationdans les rues aujourd’hui. Et même siles jeunes ont un désintérêt général pour lap o l i t i q u e , c e n ’ e s t p a s u n r e j e t .Ponctuellement, lors d’un gros débat, commeun référendum, il est possible qu’ils retournentaux urnes. Mais nous ne reverrons jamaisles taux de participations d’antan.Propos recueillis parChArles leCAvAlierQUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011 • Page 17


pHoto : jaMes jyuS O C I É T É - M O N D EDÉMASQUÉPAR UNE LASAGNEFuyant les autorités italiennes depuis plus dedix ans, un trafiquant de drogue a été appréhendépar la police à cause d’une lasagne.Giancarlo Sabatini a été trouvé par la policeitalienne dans sa ville natale de Rocca Priora,près de Rome, parce qu’il n’a pu résister àla lasagne de sa femme.Sabatini est arrêté en 1997 pour l’importationde 34 kilogrammes de cocaïne. Deux ansplus tard, il reçoit sa sentence par la courd’appel de Rome: 3 ans et 8 mois de prison.Sabatini fuit vers la Belgique.Au mois de février dernier, l’Unité d’enquêtedes carabiniers de Frascati reçoit une informationjuteuse: le criminel en cavale auraitquitté sa belge cachette et serait de retour ensuolo italiano. Les carabinieri espionnentles résidences de la femme et de la fille deSabatini à Rocca Priora pendant plusieursjours, mais en vain.Ils surprennent alors la fille de Sabatini entrain de quitter furtivement la demeure familiale,plateau de lasagne à la main. Ils saventimmédiatement que se cache dans la maisonun invité spécial. La police fait irruption dansle domicile et arrête Sabatini.«M. Sabatini? —?», «Oui, je suis là. Vousm’avez trouvé.» Voilà ce qu’a dit l’homme,qui a réussi à se cacher durant près de 11ans. Il se rend à la police, sans aucune résistance,embarrassé. Sabatini est retourné enItalie pour célébrer avec sa famille le Mardigras, dernière fête avant le carême avec unetraditionnelle lasagne à la viande. Coïnci -dence ou courroux divin?BRÈVES INTERNATIONALESMAFIEUX ET GENTLEMEN ?Le chef du Yamaguchi-gumi, Kenichi Shinoda, a été libéré de la prison du Fuchu près deTokyo. Emprisonné depuis décembre 2005, Shinoda a pu regagner le quartier général dugroupe à Kobe le 9 avril dernier. Avec 35000 individus (soit un peu plus que le nombre d’étudiantsmembres de la FAECUM), le Yamaguchi-gumi représente 45 % des membres de toutela «mafia japonaise». Ceux-ci sont mieux connus sous le nom de Yakuza. Le Japon doit-ils’alarmer? Pas si l’on se fie au Japan Times, qui rapporte que plusieurs Kobéens affirmentn’avoir jamais eu de problèmes avec le Yamaguchi-gumi dans leur entourage. Ces derniersferaient même des travaux d’embellissement de quartier.Cette bonne volonté civique du groupe étonne certes, mais ne serait pas si inusitée. LeYamaguchi-gumi, tout comme d’autres groupes Yakuza, considèrent qu’ils «aident lesfaibles et combattent les puissants». Sans faire trop de bruit, ils ont aidé leurs compatriotes,victimes du tremblement de terre et du tsunami récents, en ouvrant leurs bureaux et en donnantdes vivres et d’autres biens. Ils avaient fait de même en 1995 après le tremblement deterre de Kobe. Leurs pratiques illicites variées — allant des meurtres à l’extorsion en passantpar la prostitution et la manipulation de produits financiers — restent toutefois bienancrées.LA MORT DENOTORIOUS B.I.G.Un gramme de marijuana, unstylo, un inhalateur pourl ’ a s t h m e e t t r o i scondoms Magnum :voici ce que NotoriousB.I.G. avait dans lespoches lors de sonassassinat, au petitm a t i n d u 9 m a r s1997. Banale, cetteinformation se retrouvedans le sommet des dixrévélations-chocs tiréesdes dossiers récemment révélé s du FBI sur la mort de«Biggie». Toujours non résolue, l’enquêtesur le meurtre de Christopher Wallace– mieux connu sous son nom de rappeur,Notorious B.I.G. – a récemment été rouverte.C’est toutefois au début d’avril que l’histoirea pris une tournure particulière, avec lapublication des documents d’enquête du FBI.AndréAnne ChevAliersources: The daily Beast, The Japan Times et The GuardianCes documents dévoilent que B.I.G. aurait eudes liens avec la mafia de la familleGenovese de New York.Plusieurs soupçons pointaientvers un officier duLos Angeles PoliceDepartment, DavidA. Mack. Les enquêteursont trouvéchez celui-ci desb a l l e s G e c k o9 mm, rarementutilisées aux États-Unis — les mêmesqui ont été fatales àBiggie —, et Mack possédaitla même voiture quele tueur. Toutefois, B.I.G. auraitpeut-être été la malheureuse victimed’une erreur sur la personne.les curieux pourront assouvir leur soif en visitantla «Voûte» du FBI: http://vault.fbi.gov/.AndréAnne ChevAlierpHoto : ClintDIVORCERPAR TEXTOAU TADJIKISTANIl sera bientôt interdit de divorcer parSMS au Tadjikistan. «Une procéduretrès particulière que le conseil tadjikdes ulémas cherche à abolir », ontannoncé les autorités religieuses le11 avril dernier. De plus en plus defemmes tadjiks se plaignent du manquede tact de leur époux quant à la façonde demander le divorce.Alors que des lois musulmanes interdisentdéjà le divorce par appel téléphonique,beaucoup d’hommes tadjiks,immigrés en Russie pour des raisonsprofessionnelles, abuseraient de cetteméthode plus que discutable qu’est l’envoiedu mot talâq par SMS. En effet, unetradition sunnite permet aux hommestadjiks de déclencher le divorce par laseule prononciation de l’expression« talâq, talâq, talâq » qui signifie«divorce» en arabe.Abdurahim Kholiqov, le président ducomité d’État pour les affaires religieuses,assure qu’il faut condamner cette pratiquequi «contrevient à la loi islamique», etqui plonge dans la pauvreté extrême lesfemmes et enfants abandonnés. Il fautsavoir que beaucoup de divorces ne sontpas enregistrés au Tadjikistan et que laseule évocation du talâq suffit pour obtenirl’annulation du mariage.Umarali Nazarzora, le doyen del’Université musulmane du Tadjikistan,dénonce cette procédure trop lâche qui« va à l’encontre des droits de lafemme et des enfants» et il invite lapopulation à respecter les valeurs familialesque défend l’Islam. La plupart deshommes tadjiks utilisant cette pratiquetrouvent une échappatoire leur permettantde ne plus subvenir aux besoins deleur famille et de disparaître en Russieafin de ne pas être poursuivis.tiffAny hAMelinsource: Cellular-NewsgABrielle fAhMysource: Il MessageroUN DÉPUTÉ INDONÉSIENPORNOGRAPHELe député indonésien Arifinto, membre d’un particonservateur très religieux et réputé pour la luttequ’il mène contre la pornographie, a démissionnéle 12 avril dernier après avoir été photographiépendant qu’il regardait sur sa tablette numériqueun film pornographique durant une séance duParlement.Le député musulman lubrique a été pris en flagrantdélit le vendredi 8 avril dernier. Pour se défendre,Arifinto a d’abord assuré devant les médias que lefilm provenait d’un lien envoyé par courriel qu’ilaurait ouvert sans en connaître l’origine. Seulement,les photographies prises par Mohammad Irfan, photographepour le Media Indonesia Daily, montrentclairement que les images ne sont pas visionnéesdepuis une source provenant d’Internet. En réalité,Arifinto aurait stocké plus de 60 dossiers avec ducontenu pornographique sur sadite tablette. Oh.«J’ai été très surpris de constater que le député,qui cachait sa tablette en dessous de son bureau,regardait ce film pendant la séance de la chambredes représentants», assure le photographe, alorsque d’autres députés débattaient hardiment sur unprojet de construction d’un nouvel immeuble pourle Parlement. Le député était membre du Parti pourla justice et la prospérité, un parti très religieux quiavait notamment entamé la démarche de bloquertous les contenus pornographiques qui circulaientsur Internet. L’hypocrisie est universelle.tiffAny hAMelinsource: The Jakarta postpHoto : ap pHoto/Media14 HOMARDSVOLÉSLa police du New Hampshire est à larecherche d’une femme ayant volé 14homards vivants dans un supermarchéla semaine dernière. La suspecte, unehabitante de Rochester au NewHampshire, a été prise en flagrant délitpar la vidéosurveillance du magasin.Une fois à l’intérieur du supermarché,la voleuse de grand chemin se diriged’un pas déterminé vers la section depoissons et fruits de mer. Sûre d’elle,elle demande au commis une sélectionde homards. Celui-ci, ignorant qu’il sefait escroquer, lui remet candidementles créatures marines.La malfaitrice quitte ensuite le magasinsans payer, en possession de 16 livresen homards, selon les employés duMarket Basket. On la voit ensuite fuirle stationnement en quatrième vitessedans une minifourgonnette bleue.[NDLR.: En criant hypothétiquement:« Live Free or Die », devise du NewHampshire.]La police demande à quiconque reconnaîtraitcette dame de les contacterimmédiatement.gABrielle fAhMysource: Foster’s daily democratpHoto : staCy lynn BauMPage 18 • QUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011


S O C I É T É - M O N D ElA VÉRITÉsI Je MeNsUn party pascatholiqueDans mon cercle d’amis, toute raisonsemble valable pour faire le party:bonne ou mauvaise nouvelle ;départs et retours de voyages; débuts, moitiéset fins de session; joies et peines d’amour;nominations, premiers prix ou dernièresplaces ; changements de sexe et nouveauxseins; promotions ou pertes d’emploi; SuperBowl et séries. Célébrer l’apostasie de moncopain reste notre trouvaille la plus originaleà ce jour.vendredi, 15 heuresMon copain m’appelle pour m’annoncer qu’ila reçu une lettre qui confirme son apostasie.«Je suis enfin débaptisé!», déclare-t-il, toutheureux. Je m’enflamme avec lui pour deuxraisons.Un: Je sais à quel point ce geste symboliquelui tient à cœur. Quand il m’en a parlé, j’aiémis des doutes sur la pertinence de cettedémarche. Erreur. Il s’est emporté: «Il mesemble ridicule d’être athée tout en faisantpartie de l’Église. Je ne crois pas en Dieucontrairement à mes parents, qui m’ont faitbaptiser lorsque j’étais bébé. Il s’agit de leurscroyances et non des miennes. Par l’apostasie,je me sépare officiellement du catholicisme.»D’accord, chéri.Deux : J’y vois une bonne occasion pouremmerder à notre tour nos voisins, qui écoutentdu boom-boom en permanence.vendredi, 20 heuresLes premiers invités arrivent. Les félicitationset les tapes dans le dos fusent. Je prépare descocktails et des petits gâteaux magiques pendantque mon copain explique à qui veut l’entendreles étapes de l’apostasie: «D’abord, ilfaut envoyer un acte d’apostasie à laparoisse où l’on a été baptisé. Il faut fairesigner ce formulaire par deux témoins.Ensuite, j’ai reçu une lettre me demandantles raisons derrière ma décision. J’ai écritquelques lignes pour dire que mon athéismeétait mûrement réfléchi et ma décision sansappel.»Dominique lui demande si les démarchesétaient longues: «Non, au bout d’un mois,j’ai reçu une confirmation écrite qui spécifieque mon acte de baptême mentionnemaintenant mon apostasie.»vendredi, 22 heuresAprès quelques margaritas et compagnie, laretenue s’estompe.Marc-André, dans le rôle de l’avocat du diable,démarre le bal: «Il me semble que l’apostasierate sa cible. Signaler à l’Église qu’on estnon-croyant revient à lui donner une crédibilitéet une importance. Pourquoi ne passimplement arrêter de pratiquer?» Sophieprend la défense de mon copain : « Aucontraire, c’est une façon de faire passerson message: non merci pour les idéologiesimposées, je préfère réfléchir par moimême.»«Tuprêches pour ta paroisse?», luilance Marc-André parce qu’elle est membrede l’Association humaniste du Québec, quimilite pour la laïcité des institutions publiques.S’en suit un débat animé, qui dérange mes voisins,je l’espère.samedi, 1 h30Tout le monde est bien éméché. La preuve:plusieurs se sont mis en tête d’apostasier. Moncopain propose à la blague de donner uneformation d’Apostasie 101 aux personnes intéressées.Au programme: remplissage du formulaireet rédaction d’une lettre de motivation.L’idée trouve preneurs. Une dizained’invités se rassemblent à la table.N’étant pas baptisée, ma participation est limitée; je peux seulement lire au-dessus desépaules.Sophie écrit : « Je désire apostasier parcej’estime que la science explique beaucoupmieux l’univers que les mythes religieux.L’Association humaniste a diffusé sur desautobus de Montréal: “Dieu n’existe probablementpas, alors cessez de vous inquiéter etprofitez de la vie.” C’est ce que je veuxfaire.»Maryse, sa copine, écrit: «Je suis ouvertementlesbienne et n’ai aucune intention de“guérir” de mon orientation, que je vousjugez condamnable. Puisque l’amour ensens unique ne fonctionne pas, je vous faismes adieux.»Guillaume écrit: «J’ignore si Dieu existe ounon. Cependant, je sais qu’il est difficiled’être à la fois catholique et progressiste. Lejour où le Vatican cessera de condamnerl’avortement, et quand la contraceptioncessera d’être diabolisée, je réintégreraipeut-être l’Église, mais pas avant.»samedi, 3h30Les policiers, appelés en renfort par les voisins,mettent fin au party. J’escorte les invités:«On se revoit à Pâques?» Il ne faut jamaisrater une occasion de célébrer, surtout pas lafête du chocolat.Cette histoire fictive s’inspire d’interviewsréalisées avec Maxime Nadeau et AmélieBédard, qui ont tous deux apostasié. Elles’appuie également sur un entretien avecM i c h e l Virard , le porte-parole del’Association humaniste du Québec.edith PAré-royAFFAIres de CHIFFRESUne courte chronique sur lesstatistiques qui en disent longHommedynamique,Homme-dynamol’être humain et l’animal sont restés très longtemps la seule source de forcemotrice disponible à la demande. Maintenant que les machines font l’essentieldu travail et que nous engraissons dans nos vies trop sédentaires,pourquoi ne pas récupérer l’énergie des individus ? Future journée typed’un adepte du mouvement citoyen.8heures, sous la couette par une matinéeensoleillée. Je prends le temps desentir la chaleur de mon corps, les battementsde mon cœur, le soulèvement de mapoitrine, la rumeur sourde du sang qui circule.J’imagine mon corps qui s’éveillecomme une centrale énergétique.8h15, sous la douche, je poursuis mon raisonnement.Au repos complet, mon organismebrûle un minimum de 1600 kilocaloriesalimentaires (kcal) par jour pour sa basevitale: respirer, alimenter les cellules, maintenirle corps à 37 degrés… Dans la vraie vie,ce besoin s’élève à 2300 kcal pour une personnesédentaire et 3000 pour un sportif.C’est assez d’énergie pour se faire couler unbon bain brûlant de 100 litres. Nous sommestous des chauffe-eau sur pattes.8h30, le nez dans mon bol de céréales. Dece que j’avale, environ 20 % fourniront dumouvement et 80 % de la chaleur. Notrecorps émet en permanence autour de 80watts thermiques — autant qu’une grosseampoule à filament —, et cette chaleur augmenteavec l’activité physique: mettre 15 personnesdans une pièce, c’est comme y installerune plinthe électrique de 4 pieds ! Lejournal que je feuillette explique justementque la Gare Centrale de Stockholm va récupérerl’énergie dégagée par les 250000 voyageursqui y transitent chaque jour : unesimple pompe à chaleur dans le système deventilation, et hop! On économise 20 % duchauffage des bureaux de la bâtisse.9 heures, je marche rue Saint-André vers laborne de BIXI la plus proche. Mes pas euxmêmessont une forme d’énergie. EnHollande, des ingénieurs ont récemmentdéveloppé des dalles faites d’un matériaupiézoélectrique – qui génère du courantquand il se déforme – qui produisent del’électricité quand les pieds pèsent dessus.On peut ainsi récupérer environ 8 watts parmarcheur. C’est peu, mais nos pas sontnombreux, et les marcheurs encore plusnombreux. Les 9 000 enjambées quotidiennesd’un adulte en bonne santé donneraientassez d’électricité pour faire tournerun aspirateur pendant 6 minutes. Un projetpilote à la gare Victoria de Londres compteexploiter les pas des 34 000 usagers pressésqui traversent la gare durant chaqueheure de pointe : dans ce cas, on penserécupérer chaque jour pas moins de laconsommation électrique annuelle de 60foyers québécois.À cinq minutes de là, j’ouvre la grille du parcoù se trouvent les BIXI. Encore un mouvement,donc de l’énergie… À la gare de voyageurs deDriebergen-Zeist (en Hollande, encore), uneporte tournante expérimentale génère4600 kWh chaque année, assez pour alimentertous les distributeurs automatiques. Et avecun vélo? Pas facile d’alimenter le réseau à partird’un objet mobile, d’autant que capter unepart de l’énergie ralentit le déplacement. Il fautdonc se limiter aux cas où l’on maximise volontairementl’effort, comme un vélo d’appartement.En France, des subventions aident les2,7 millions de chômeurs à acheter un vélod’intérieur qui produit de l’électricité revendueau réseau pour environ 80 cents le kilowattheure.Leur puissance cumulée pourraitatteindre 270 MW, soit environ l’équivalent de90 des plus grosses éoliennes. La réinsertionpar le jarret, tout un programme!17h30, j’entre dans ma salle d’entraînement,LE lieu par excellence de la dépense d’énergiemassive et volontaire. Une véritable centralemusculaire. À chaque push-up avec170 livres de fonte, c’est 100 calories que jebrûle. Remplacez les poids par une dynamo,et je fournirai 400 W d’électricité, de quoi alimentertrois télés plasma grand écran. Dansdes clubs à Washington et New York, unevingtaine d’appareils produisent déjà de quoialimenter une maison moyenne, ce qui réduitradicalement leur facture. S’entraîner intelligemment,qui l’eût cru?22 heures, dans une boîte de nuit de Sainte-Catherine, je regarde la foule s’agiter: un danseur,c’est un peu comme un marcheur trèsexcité. En Hollande, toujours, une boîte denuit a installé sur sa piste de danse les mêmesdalles piézoélectriques que pour les piétons dela gare Victoria. Résultat, on récupère deux àtrois fois plus d’énergie grâce au SaturdayNight Fever que grâce au 9 à 5. Sans surprise.2 heures du matin, en rentrant chez moi, jemarche main dans la main avec Marieke, unecharmante Hollandaise (décidément…) rencontréedeux heures plus tôt. Dommage quemon lit ne soit pas équipé d’un système derécupération d’énergie, je me sens d’humeurà faire sauter les compteurs.Antoine PAlAngiéQUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011 • Page 19


C U LT U R E• J o u r n a l i s m e g o n zo •Bâtard !?Braver tout ce que le code déontologique de la profession de journaliste désapprouve: c’est possible,avec le journalisme gonzo! particulièrement en vogue dans les années 1960 et 1970, ce mode d’écriturea des émules aujourd’hui. Il reste cependant associé à la marginalité et à la contre-culture. Analysed’un genre au «je».«Je ne crois pas à l’objectivitéjournalistique. C’estun mythe : à partir dumoment où le journaliste fait deschoix, a un bagage et des valeurs, il estsubjectif et cela transparaît dans sontravail». Catherine Perreault-Lessard estrédactrice en chef du magazine Urbania.Quand elle écrit un reportage, c’est souventà la première personne avec unepincée de provocation. La journaliste estadepte du style gonzo.Le journalisme gonzo est né dans lesannées 1960, sousla plume de HunterS. Thompson. Cetype de pratique estaffilié au Nouveaujournalisme, quel ’ o n doit à To mWolfe, auteur américainqui invente let e r m e d a n s l e sannées 1970. Pourlui, le Nouveau journalisme comportequatre caractéristiques principales : lamise en scène doit primer sur la narrationhistorique; les dialogues doivent êtretranscrits en entier, sous la forme deconversation plutôt que de citations; lejournaliste doit écrire à la première personne;les anecdotes et les récits du quotidiendoivent être utilisés afin de mieuxdécrire la vie du personnage.«La subjectivité du journaliste permetau lecteur de prendre position, ditCatherine Perrault-Lessard. Cettedémarche est aussi plus transparente,plus honnête ». Rendre l’ordinaireextraordinaire, tel est la mission premièreaffichée par le magazine Urbania.Catherine Perreault-Lessard croit auxhistoires. Selon elle, afin de les raconterde la meilleure façon possible, il faut lesavoir vécues. «Le journalisme gonzo,c’est s’infiltrer dans un milieu. Il fautoublier la casquette du journaliste et ladistance avec le sujet». Pour le numérospécial hockey du magazine, CatherinePerreault-Lessard s’est infiltrée dans lemilieu des «puck bunnies», ou «plottesà puck», ces femmes adeptes de hockeyusant de tous les moyens possibles pourobtenir les faveurs sexuelles de leurshéros. La journaliste a ainsi fréquenté lesmêmes bars que ces femmes, a assimiléles codes et les règles propres à leurmilieu et a même essayé d’approcher unjoueur de hockey. Au final ? Un textevivant et accrocheur.Mais à vouloir trop se mettre en scènedans un récit, le risque est de tomberdans l’égocentrisme, comme l’expliquela journaliste: «Le sujet, ce n’est pastoi. L’utilisation du “je” doit simplementmettre en valeur le sujet. Il nefaut pas chercher à se faire connaître.Il ne s’agit pas de s’ériger en vedette».Blanche Wissen est professeur de presseécrite à l’Université de Montréal, et ellea un avis très tranché sur le journalismegonzo: «En quoi le journaliste doit-ilse mettre en scène? Pour moi, exit l’ultrasubjectivité, elle n’a pas sa placedans le travail journalistique. Il vaudraitmieux, pour les adeptes de S.Thompson, se convertir en écrivain, àla fiction.»En effet, un dessujets de polémiqueautour dujournalisme gonzoest l’utilisation dela fiction dans lesarticles. Certainesmises en scène fictives,s’inspirant defaits réels, permettraientde mieuxsaisir la réalité.Pour le chef de file du style, HunterS. Thompson, «la fiction est une passerellevers la vérité, que le journalismene peut atteindre». Un non-sens pourla journaliste Blanche Wissen, quireprend les propos de Pierre Sormanydans son livre Le métier de journaliste:«Le journalisme traite de faits réels,pas de fiction. C’est la caractéristiquefondamentale du genre, sinon, onparle de littérature, pas de journalisme!»Ce style hybride flirte en effet avec la littérature,la chronique ou bien le journalismed’investigation. C’est ce qui fait laforce, mais aussi la faiblesse de ce genre.En effet, si le gonzo attire beaucoup dejeunes journalistes, c’est parce que cestyle d’écriture paraît assez facile. Il suffiraitainsi d’écrire une histoire vécue,avec ce qu’il faut de verbiage et d’impertinence.D’ailleurs, les pseudo-journalistesgonzo pullulent sur le web, et leursarticles se rapprochent plus d’un blogued’humeur que d’une recherche journalistiquevéritable. Le journaliste gonzogagnerait à se renouveler, car à vouloirtrop ressembler à Hunter S. Thompson,l’originalité, clef de la démarche, se perd.AUde gArAChon«Le journaliste gonzo allie la plume d’un maître reporter, le talent d’un photographe de renom et les couilles en bronzed’un acteur». Provocateur, Hunter S. Thompson l’était, sans aucun doute. Dans les années 1960, il crée le journalisme gonzo,qui consiste en une enquête ultra-subjective formée de récits à la première personne. Ce personnage haut en couleur se fait connaîtreen 1965 avec son livre sur le gang de motards Hells Angels de Californie avec lequel il vit durant une année. C’est aussi l’auteurde Las Vegas Parano, récit déjanté où se mêlent substances hallucinogènes et quête du rêve américain.CINÉMANH'KHoIPauvreJames Bondle studio hollywoodien MGM annonce que lesscénaristes Neal purvis et robert Wade serontde retour derrière leurs crayons pour une cinquièmefois en prévision du tournage du 23 e filmde James Bond, en novembre. Ils feront équipeavec John logan (The Last Samurai ). or, aprèsle tournage de ce James Bond, MGM devraitremercier purvis et Wade.Considérant que le brillant Sam Mendes (Revolu-tionary Road) réalisera le 23 e Bond, MGM veut visiblementséduire les critiques. Après la levée de boucliersqu’a entraînée Quantum of Solace, le 22 e Bond, MGMaurait dû trouver d’autres scénaristes, car Purvis et Wade sontsérieusement épuisés.Purvis et Wade montrent des signes de fatigue depuis la sortiede Die Another Day, le 20 e James Bond. Avec celui-ci, ilsnous ont livré une trame narrative trop prévisible et sans intérêtmalgré la présence de scènes d’action. Même si JamesBond échoue sa mission avant le générique d’ouverture, ilrecouvre sa légendaire invincibilité, qui le fait triomphercontre ceux qui menacent la paix mondiale.Et dire que les films de James Bond sont censés nous clouerà notre siège!L’autre raison pour laquelle Purvis et Wade devraient êtreremerciés par MGM est leur propension énervante à favoriserles scènes d’action. Cet irritant a graduellement dénuéJames Bond de toute la profondeur à laquelle nous avait habituéPierce Brosnan, l’avant-dernier interprète du héros. Oùsont donc rendus les atouts psychologiques du plus célèbreagent secret britannique, c’est-à-dire son humour à doublesens et son charisme? Même si les scènes d’action sont auxfilms de James Bond ce que l’été permanent est à la Floride,l’agent secret est devenu une machine à tuer pour laquellenous ne pouvons plus nous attacher depuis Quantum ofSolace.La franchise a fini par devenir un divertissement sans âmenoyé dans un verre de Martini. Pour couronner le tout, Purviset Wade ont entraîné avec eux le scénariste oscarisé, PaulHaggis (Flags of Our Fathers) au fond du baril!Un miragePurvis et Wade pourraient toujours se défendre en soutenantqu’ils ont scénarisé Casino Royale, le 21 e James Bond.Effectivement, le mérite de ce film était d’avoir réussi àsemer l’inquiétude chez les spectateurs quant à l’issued’une aventure de James Bond. Hélas, considérant queCasino Royale est la première contribution de Paul Haggis,Purvis et Wade traînent désormais une réputation de rescapésayant besoin qu’un autre confrère leur lance unebouée de sauvetage.Au rythme auquel vont les films de James Bond, si MGM décidaitde boucler la franchise après le tournage du 23 e film, jene verserais pas une larme. Or, ce scénario ne se profile pasà l’horizon. Puisque MGM vient de renaître d’une faillite, il neva certainement pas sacrifier cette vache à lait que sont lesfilms de James Bond.Anh Khoi doPage 20 • QUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011


C U LT U R ELa science infuse duchroniqueur musicalpHoto : MontrealMeMe.tuMBlr.CoMUne critique de disque dans Voir,Nightlife ou Mirror n’est jamais pluslongue que quatre phrases. Sur laToile, les Pitchfork, Allmusic et Spinner nefont guère mieux avec des articles certes pluslongs, mais pas plus consistants. Cependant,une constante est observable chez ces médiasmusicaux : quelque chose dans le ton deschroniqueurs de disque nous fait comprendreque ne devient pas journaliste culturel quiveut! Cette condescendance se reflète clairementdans la plume des critiques musicaux.Décorticage de quelques-uns des préceptes del’écriture journalistico musicale.l’objectifLe profane pourrait croire que le journalistemusical a pour fonction sociale de présenterun artiste de la relève, de critiquer la nouveautéd’un groupe phare ou encore dedépoussiérer le répertoire encore actueld’une légende. Non, l’objectif implicite duchroniqueur est beaucoup plus insidieux. Ilveut tout simplement vous faire croire qu’il estplus hot que vous. Pour vous le faire comprendre,le chroniqueur culturel devra acquérircertains traits de caractère propres àl’exercice de sa fonction. En voici trois.ConfianceLa faune journalistico musicale montréalaise,mais aussi d’ailleurs, se caractérise par l’orgueilde ses représentants. Ce trait est particulièrementsaillant chez les critiques dedisque. Ici, l’important n’est pas la primeur,ce qui est tout de même étonnant. Pourquoien est-il ainsi? En raison de la confiance! Lechroniqueur musical est si sûr de lui qu’il nese soucie guère de la date de parution de l’albumqu’il critique. C’est paru il y a plus d’unan? «Pas grave,» se dit-il, «il n’y a aucunechance que quelqu’un ait entendu parler decette parution, puisque que je n’en ai jamaisfait mention!» et il a probablement raison.Malheureusement.Mais ce n’est pas tout. Le chroniqueur a tellementde certitudes sur ses connaissancesque plutôt que de disserter sur le dernierdisque d’un artiste, il préfère parfois utiliserles deux tiers de son papier pour dire à quelpoint la parution précédente était supérieureà la plus récente… un chroniqueurmusical dit assuré doit user d’une telle techniqueafin de réaffirmer son autorité sur lelecteur.indifférenceSi la confiance est la disposition a priori duchroniqueur de disque, l’indifférence est sarègle d’or lorsque vient le temps d’évaluer undisque. Avez-vous déjà remarqué que dansVoir par exemple, il est inhabituel qu’unalbum se voie attribuer une note supérieure àtrois étoiles? L’explication est simple: le journalistene doit pas se montrer trop enthousiastepar le produit critiqué. Il ne saurait trops’emballer, puisque tel n’est pas son mandat.Le chroniqueur n’a que faire de s’enticher dela prochaine coqueluche du rock indé: il saittrès bien que les connaissances musicalessont distribuées inégalement dans la nature etqu’il jouit par conséquent du monopole desmoyens de diffusion de la musique. Bref, l’indifférencede ce type de journalistes provientévidemment de leur rationalité implacable etsert donc à nous faire comprendre et accepternotre condition de mélomane vulgaire etpassionnel.Mais le chroniqueur de disque fait égalementpreuve d’indifférence dans son travail parcequ’il est au fond blasé. Combien d’échantillonsreçoit-il en une semaine? Son pupitredéborde de nouvelles découvertes et il ne saitpas où donner de la tête. Dérouté qu’il est, lejournaliste musical. Il n’est pas rare en effetqu’il ne soit plus très sûr, au moment d’écriresa colonne si la chanson qu’il fredonne depuisune semaine se trouve réellement sur ledisque qu’il doit critiquer. Par prudence, ilpréfèrera s’en tenir à un grand niveau degénéralités et optera pour un style désincarné.Brillant!suffisanceLa dernière des attitudes est la suffisance. Pourêtre suffisant à souhait, le chroniqueur chercheraà utiliser des expressions de son crupour désigner le disque, les chansons et lesgroupes. Cette démarche va plus loin que lasimple recherche de synonymes. Les expressionsdites suffisantes sont utilisées pouraccentuer la distance entre le chroniqueur etson lecteur. Par exemple, il ne dira pas«disque» ou encore «album» pour se référerà l’objet de sa critique. Il choisira plutôt deparler de «gravé», d’«effort», d’«opus» oude «maxi» pour désigner les EP. Alors quepour «groupe» le journaliste dira simplement«combo» ou «troupe», le portrait est toutefoisplus complexe quand vient le temps dequalifier les chansons. Il devra dans ce castrouver une expression évoquant l’ambiancedes pièces. Celles dont le tempo est élevéseront qualifiées de «petits brûlots», alorsqu’une autre dans laquelle le refrain est particulièremententraînant sera étiquetée«hymne». Pour les disques plus introspectifsà facture dépouillée, c’est plutôt d’«offrandes»dont il est question.À ces mots, constituant la base même du vocabulairedu connaisseur publié, doivent s’ajouterdes qualificatifs composés se référant austyle musical. On dira par exemple de FranzFerdinand qu’ils font dans le «rock indé dansantincisif», ou encore de Fleet Foxes queleur son est «folkish chorale grandiose». Onpeut également parler de «rock zeppelinien»,de «métal rural païen», de «néo punk écossais»ou de «revival dixie land». L’importantest, bien sûr, de composer un référent métaphoriqueextra-sensoriel qui permettra au lecteurde comprendre immédiatement à quelgenre de groupe il a affaire. Ces assemblagesnécessitent évidemment une délicatessesémantique et une justesse dans le propos,compétences que seul le chroniqueur chevronnémaîtrise.JeAn-siMon fABien• M u s i q u e •Une leçon de groovele printemps est enfin arrivé. si cela ne vous suffit pas pour retrouver la bonne humeur, voici quatreartistes groovy qui vous remettront un sourire sur le visage et du mordant dans la démarche. «Si ça nese danse pas, ça ne s’écoute pas.» l’adage représente à perfection la philosophie simple et efficace deces groupes variant entre la soul, le funk et l’afrobeat. laissez-vous bercer par les rythmes chaleureuxde ces artistes méconnus.the CharmelsThe Charmels est un groupe qui sort tout droit du Washington desannées 1960. Il est constitué de trois femmes au charme fou et auxsouliers tellement blancs qu’ils feraient mal à l’ego de n’importequel rappeur actuel. Si sa carrière n’a duré que 2 ans, c’est queson style soul a été occulté par la scène de Motown. Les Charmelsont quand même eu le temps de produire quelques perles qui,même si elles n’ont eu qu’un impact faible dans leur domaine, ontété échantillonnées par des figures iconiques du rap telles que leWu Tang Clan et RJD2. Clairement de la musique qui donne le goûtde rouler en Ford décapotable dans les rues de Détroit.CortexPAr MAthieU MireAUltSi Pat Metheny et Diana Ross avaient fait de la musiqueensemble, le résultat aurait probablement ressemblé auxproductions de ce groupe français. Né en 1974, Cortexpropose du funk aux arrangements jazz complexes dontle rythme est toujours viscéral à souhait. Séparé depuis1982, le groupe laisse des membres aux carrières solosprolifiques, Alain Mion, le fondateur, en tête. Après vousêtre déhanché au son de Cortex, vous aurez assurémentle goût de vous réhydrater au cabernet sauvignon.fela KutiFela Kuti est un astre à part dans le monde du funk. En mélangeantdes rythmes africains au funk, il crée l’afrobeat dans lesannées 1970, un style musical qui s’est depuis emparé del’Afrique entière. Non seulement est-il le fondateur d’un styleunique, il est aussi une des figures les plus connues de la protestationsociale du Nigeria. Imaginez un instant que toutes lesmanifestations en Égypte se soient déroulées en souliers plateformeet vous aurez une image plus claire de l’influence deFela Kuti au Nigeria.the heliocentricsÀ écouter: ZombieAlors que la formation The Charmels donne le goût de voyagerdans le temps et que Feli Kunti comme Cortex invitent àfaire le tour du globe, le groupe The Heliocentrics emportetout simplement l’auditeur dans l’espace. Ses rythmes cosmiquesréinventent le terme moondance. Difficilement descriptible,cet ensemble est à mi-chemin entre Sun Râ et lesJackson 5 sous acide. À entendre ces Heliocentrics, on en vientà se demander les effets de l’apesanteur sur les afros.À écouter: As long as I’ve got you.À écouter: La rueÀ écouter: JoyrideQUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011 • Page 21


C U LT U R EUN peU de BoN SONOdd Future Wolf GangKill Them All : le rapdes enfants perdusIls sont une dizaine de gamins entre 16 et 21 ans. Ils rappent, ils skatent et «n’ont rien àfoutre» de quoi que ce soit. Ils forment le odd Future Wolf Gang Kill Them All (oFWGKTA).Élevés au rang de superstars depuis leur passage au Late Night with Jimmy Fallon en févrierdernier, ces ados de la banlieue de los Angeles pratiquent un rap halluciné entre sexe,drogues et animaux imaginaires.Bastard est disponible gratuitement sur oddfuture.tumblr.com«A v e c u n p e u d echance, [dans lefutur] on contrôlerala musique dans son ensemble, leskate dans son ensemble. Ah, et jeveux une putain de grosse télépour pouvoir bouffer des toasts àla cannelle en regardant Flapjack*.Et une licorne. Je l’appellerai Steve.Steve la tortue.» En interview pourVice Magazine, Tyler, The Creator,fondateur du collectif OFWGKTA, necache pas ses ambitions: emmenerle gang au sommet… et passer lerestant de ses jours à vivre commeun ado.Le parcours du OFWGKTA est stupéfiant.Leur première télé? NBC. Leurpremière scène? Le Webster Hall àNew York: un spectacle à guichetsfermés en seulement 48 heures etdont la foule comptait des personnalitéstelles que Mos Def ou legroupe Das Racist. Depuis, ils ontaussi joué au SXSW et au Coachella,partageant l’affiche avec Kings ofLeon, The Strokes ou Kanye West.Pourtant, depuis 2007, l’histoire duWolf Gang se construit dans de simpleschambres de jeunes américainsmoyens de banlieue, avec un bloguecomme seul moyen de diffusion. Suroddfuture.tumblr.com on retrouved’ailleurs une douzaine de mixtapes,mises à disposition gratuitement.La marque de fabrique du OFWGKTAest plutôt reconnaissable: les basesinstrumentales minimalistes maisonsont associées à des paroles inspiréespar une réalité inquiétante et un ima -ginaire foisonnant. Les gaminscrachent dans la soupe, ou les soupesdevrait-on dire : tout le monde enprend pour son grade. Tout le monde,sauf leurs mamans. Ils haïssent viscéralementleurs paternels pour laplupart, insultent ceux qui n’aimentpas le bacon, s’autoproclament même« Bacon Boys » et détruisent ces«rappeurs quarantenaires qui rappentà propos de Gucci ». Ils sedroguent, boivent, font l’apologie de laviolence et évoquent même des orgiessexuelles avec des tricératops!Encore étudiants pour la plupart —certains sont même mineurs —, lesmembres du Wolf Gang fascinent lesblogueurs de 12 ans comme les critiquesde 40. D’ailleurs, en débutd’année, Tyler, The Creator a réussià arracher un contrat à l’étiquette XLRecordings (M.I.A. et Radiohead) etsortira, en mai prochain, son premiervéritable disque: Goblin.La fin de la liberté d’expression totalepour ce grand bonhomme noir auxoreilles imposantes et au short permanent?Rien n’est moins sûr. Le clipde son premier single, Yonkers, lemet en scène dans une fabuleuseallégorie de l’industrie musicale. Ony voit Tyler apprivoiser un cafard, lemanger, le vomir et finir par se pendre.Tout un plan de carrière.JUstin d. freeMAn* Flapjack: dessin animé américainPage 22 • QUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011


C U LT U R ESi elle se numérise, la radioperdra-t-elle sa fonction locale ?Un nombre croissant de stations radiophoniques diffuse son contenu sur Internet, et la radiopar satellite est en voie de se démocratiser. Faut-il craindre le recul de la fonction locale dela radio? dans une cinquantaine d’années, est-ce que toute l’Amérique du Nord écoutera lemême animateur posté à New York ou à los Angeles?«Même si la voie hertziennecontinued’exister, elle va deplus en plus cohabiter avecInternet et la téléphonie mobile»,affirme Guillaume Vincenot. « Unjour, la diffusion numérique remplacerala diffusion hertzienne. Il yaura des alliances à faire pour protégerles petits postes», poursuit-il.«Mais la numérisation ce n’est paspour demain ; la télévision est àpeine en train de passer au numérique»,conclut-il.Selon Guillaume Vincenot, desmesures devront être prises afin dedéfendre les radios locales et émergentes«Il faut préserver ces radios.Le CRTC (Conseil de la radiodiffusionet des télécommunicationscanadiennes) devra prolonger sesactions pour aider les radioslocales dans le numérique. Le CRTCdoit continuer de le faire», affirmet-il.«Les gens veulent la météo et lacirculation locale», ajoute ClaudeMartin, montrant les limites de ladélocalisation de la radio. Enfin, unenouvelle culture radiophonique globaliséepeut très bien cohabiter avecla présente culture locale.La radio est unmédia à part entièreet elle aura toujourssa place, même sielle fait sa révolutionnumériqueg u i l l a u M e v i n C e n ot« La radio est le véhicule d’informationet de culture le plus démographiquementciblé en ce quiconcerne l’âge, le sexe et la scolarité.La radio est certainementcollée sur son public local », commenteClaude Martin, professeur audépartement de communication del’Université de Montréal. En effet, laradio est essentiellement diffusée etécoutée à une échelle locale, et passeulement à cause des limites géographiquesdes ondes hertziennes.En écoutant leurs stations locales,les auditeurs sont exposés aux publicitéslocales, ce qui permet aux stationset aux commanditaires deprospérer. En fait, le modèle d’affairesde la radio et son modèle technologiqueont fait d’elle un médiaculturel ancré à l’échelle locale. Lafacilité de diffusion permet à plusieurscommunautés culturellesd’avoir un porte-voix peu coûteux età la culture émergente d’avoir uneplateforme de diffusion. « CISMexiste parce que c’est une radiod’avant-garde, et Radio Ville-Mariefonctionne avec un budgetminime», affirme Claude Martin.« Les radios locales et communautairesont une fonctionsociale au Canada qu’il faut chercherà préserver », dit GuillaumeVincenot. La fonction locale de laradio s’étend même à la radio commerciale.«Le public qui veutécouter le Top 40 veut aussi vivrelocalement et nous soutenons plusieurssorties locales », affirmeMark Bergman, directeur de la programmationà Virgin Radio 96.Ainsi, même en diffusant undécompte des mêmes chansonspopulaires à longueur de journée, laradio commerciale est localementdiffusée et elle réussit à faire la promotionde bars, de restaurants et declubs locaux.« La radio est un élément trèsimportant dans le système culturel», affirme Claude Martin. Ainsi,même si la radio est certainement enmutations, elle demeurera une forceculturelle locale et aura la chance dejouer un plus grand rôle international.Pour Guillaume Vincenot: «Laradio est un média à part entière etelle aura toujours sa place, mêmesi elle fait sa révolution numérique.»ériC degUireQUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011 • Page 23


C U LT U R E• e x p o s i t i o n •Des carréset des hommesNew York, quartier Upper east side, rue Madison, Galerie Gagosian. la très chic institutionartistique présente un des moments les plus importants de l’art du XX e , point culminant del’art abstrait: Malevich and the American Legacy. des carrés, des lignes, des cubes disposéspieusement dans une disposition épurée. dans la salle d’exposition, les visiteurs sont enextase, contemplent interminablement les tableaux. Critiques d’art, historiens d’art et visiteursde toutes sortes s’emballent. personnellement, je ne sais trop qu’en penser.Dans l’histoire de l’art abstrait,Malévitch est un despremiers à prôner uneéconomie de forme qui sera ensuitel’apanage des Américains. Sur cettebase, l’exposition propose une rencontreentre cette figure de proue dusuprématisme, mouvement d’avantgarderusse, Kasimir Malévitch, etplusieurs minimalistes américains.Le point de départ : en 1915, àMoscou, dans une exposition quirassemble plusieurs artistes,Malévitch présente un carré noir surfond blanc.pHoto : proFZuCKerLe laconisme des toiles et des installationsprésentées me laisse perplexe.Pourquoi aller jusqu’à NewYork regarder des petits carrés? Deretour de la Grosse Pomme, je filedirectement au Département d’histoirede l’art et d’études cinématographiquesde l’UdeM trouver quelqu’unqui pourra m’expliquer dequoi parlent ces formes. Je metourne vers Nicole Dubreuil, professeureen histoire de l’art à l’UdeM,pour comprendre le lien entre l’artrusse du début du siècle et l’art américaindes années 1960. Et surtout,pour expliquer ce que racontent descarrés, des lignes, des cubes posésdans le Upper East Side. EntreMalévitch et les minimalistes, «il y aeu une connexion », confirme-telle.«Ce serait trop long de s’embarquerdans les détails de quiconnaissait vraiment Malévitch,mais ce n’est pas une fausseté deles rassembler.» À la Gagosian, lesorganisateurs de l’exposition insistentsur la quête commune deMalévitch et des artistes américains.Andrea Crane et Ealan Wingate,auteurs du projet, citent ce dernier:«J’ai détruit l’anneau de l’horizonet suis sorti du cercle des choses[...]. » Ce qui compte, c’est l’abandonde la perspective classique, l’horizonde l’académie.la fin de l’artdans un carréParler d’intuition, de pureté de laforme ou de la couleur n’intéressevisiblement pas Nicole Dubreuil.« C’est sûr que les Américains sesont reconnus dans Malévitch. Ilsfaisaient des œuvres que l’on seraittenté d’appeler géométriques. Si onveut toucher le grand public, lagalerie doit choisir de parler degéométrie, de pureté d’émotion»,explique-t-elle.En suggérant que la Gagosian misesur le minimalisme et la géométriepour inviter les gens à contemplerdu bel art, Nicole Dubreuil se faitl’avocate du diable. «Bizarrement,infirme-t-elle, il n’y a pratiquementaucun de ces artistes qui ne soit unadepte du géométrique. Non. Cen’est pas de la géométrie. Ne fusseque pour Malévitch, le carré n’estpas pur.» Nicole Dubreuil reprend etraconte l’histoire des carrés: «LesAméricains arrivent à des formesminimales, non pas pour exalterune forme géométrique pure, maisparce qu’ils suivent les bords ducadre.»Je note. L’exposition de New Yorkmontre des formes qui veulent imitersurface et cadre. Quelque part,cela explique l’impression que l’ona devant une toile monochrome oudevant des toiles minimales: ça nedit rien. Ou plutôt, ça parle d’uneréflexion historique sur l’impossibilitéde faire de la peinture. NicoleDubreuil survole la liste d’artistesqui sont présentés : Barnett NewMann, Mark Rothko, Ad Reinhardt,Cy Twombly, Ellsworth Kelly… Laliste est longue. «Prends les toilesde Frank Stella, ce sont des shapedcanvas *, lance-t-elle en exemple. Leproblème de Stella, c’est qu’il s’estmis à faire des tableaux avec justedes bandes. Ce n’est pas un rêvegéométrique. C’est le dessin qui nefait plus rien d’autre que suivreson cadre. Kelly aussi fait ça. Il faitun plan couleur qu’il réduit à saplus simple expression. Le lien à«Ça donne envie d’aller à New York, hein!»– nicole dubreuil, professeure en histoire de l’art à l’udeM.faire avec Malévitch, c’est soncarré noir aligné sur la forme dusupport. Ça veut dire que le carrén’appelle pas à du symbole ou àdu spirituel.» Bref, les carrés, leslignes, les cubes racontent le désirde s’extraire de la perspective, maissurtout de sortir de l’illusion quel’on pourrait représenter quelquechose. À un point tel que Malévitcha aussi fait des théières ; il voulaitvraiment sortir de la peinture académique.À la Gagosian, on retrouve aussi desinstallations en trois dimensions.Donald Judd, un des minimalistesaméricains, fait des séries de blocs.« Pour Judd, dès qu’on fait unepetite trace de peinture, on estdans l’illusion, insiste NicoleDubreuil. C’est pour ça que tu asun cube dans la Galerie Gagosian.Le tridimensionnel, ce n’est pas dela sculpture. C’est la peinture littérale:on sort du mur.»Malevich and the American Legacy,c’est une mise en scène profondémentparadoxale: on va contemplerde l’art, qui critique la contemplationde l’art. Paradoxe profondémentintéressant. «Ça donne envie d’allerà New York, hein ! », conclutNicole Dubreuil. En effet.* Shaped canvas: Toiles non rectangulaires.Le terme est introduit avecFrank Stella pour décrire ses œuvresdécoupées selon des formes géométriquesinterrogeant la forme classiqued’un tableau.ChArlotte BironMalevich and the American Legacydu 3 mars au 30 avril, Gagosian Gallery,980 Madison, New YorkPage 24 • QUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011


C U LT U R E• e x p o s i t i o n •Da Vinci fait chaufferses machinesléonard de Vinci est à l’honneur pour le 150 e anniversaire de la réunification italienne. du 12 mai au 5 juin, leCentre leonardo da Vinci à st-léonard accueillera des machines conçues par le génie italien, encore jamaisvues en Amérique du Nord.pHotos : graCieuseté Centre leonardo da vinCiRemontez letemps pourles 90 ansdu muséeMcCordÀ l’occasion de ses 90 ans, le MuséeMcCord présente l’exposition spéciale90 trésors, 90 histoires, 90 ans. Voilà l’occasionde découvrir de nombreux objetsemblématiques du patrimoine montréalais.exhumation de ces trésors oubliés del’histoire du Québec.Pour cette exposition, les conservateurs ontsélectionné 15 pièces de chacune des sixcollections du musée. Des objets «coupsde cœur», qui ont «un sens pour la grande histoiredu Québec, mais aussi pour les petites histoiresquotidiennes des Montréalais», expliqueSuzanne Sauvage, directrice du musée.Présentés dans un univers intimiste, les objets sesuccèdent dans une ambiance tamisée. Le visiteurtraverse le passé politique, social, industriel et cultureldu Québec. Ainsi, les artefacts sont variés:photographies, costumes, peintures, dessins ouobjets ethnologiques.Construites par l’ingénieur italienGiuseppe Manisco d’après les dessinsde Léonard de Vinci, les 50machines présentées comptent, entreautres, une chambre des miroirs, unemachine à mouvement perpétuel et denombreux dispositifs de guerre. Ces reproductionssont toutes fonctionnelles et ellesoccuperont un espace d’exposition de500 m 2 . La collection, évaluée à environ500000 euros (693 300 $), a été présentéeà travers l’Europe, et elle voyagera possiblementailleurs en Amérique du Nord,après son arrêt à Montréal.exposition exhaustiveEn plus des machines, Expo Leonardo daVinci présente la collection privée du neurochirurgienmontréalais Rolando Del Maestro.Celle-ci est composée de tableaux, de sculptureset de manuscrits liés à De Vinci. Elle estdivisée en trois thèmes: l’enfance, les amitiéset les passions du génie de la Renaissance.Une reproduction du Codex de Léonard deVinci permettra aux visiteurs de comprendrele symbolisme et les codes cachésderrière ses travaux. Les 12 volumes reliésprésentent la plupart des dessins et desmanuscrits que de Vinci rédigeait en écrituremiroir. Cette reproduction foulerapour la première fois le sol nord-américain.L’original appartient à Bill Gates.En marge de l’exposition, les visiteurs pourrontassister gratuitement à des conférenceset à des présentations de documentairessur les travaux de Léonard de Vinci.L’ingénierie, la peinture et la pensée dugénie sont quelques-uns des sujets quiseront abordés. Présentées par le Dr DelMaestro, Sara Taglialagamba, docteure enhistoire de l’art de l’Université de Sienne, etSabine Frommel, directrice d’études en histoirede l’art de la Renaissance de laSorbonne, les conférences seront donnéesen anglais, en français et en italien.tout un personnage« Léonard de Vinci est un personnageuniversel et sans controverse qui acontribué autant à la science qu’à la culture,déclare Silvio de Rose, président etcofondateur du centre Leonardo da Vinci.En organisant cet événement, nous voulonsfaire le pont entre la culture italienneet la culture québécoise».Léonard de Vinci est une figure emblématiquede la Renaissance. Personnage marquantde l’histoire italienne, il est reconnudans les domaines de la peinture, de lasculpture, de l’architecture, de l’anatomieet des mathématiques. Son oeuvre visionnaireest marquée par des inventions aussiutiles que fantastiques.gABriel lAUrierCentre leonardo de Vinci:8370, boul.lacordaire, st-léonard514-955-8370le prix d’entrée à l’expo leonardo da Vinciest de 12,50 $ par adulte et de 5,00 $pour les enfants et les aînés.Parmi les pièces aussi touchantes qu’insolites figurentdes coiffes d’autochtones, le carnet de voyaged’un explorateur du Grand Nord, une vieille cartedes Amériques de 1579, un sublime album photodes voyages de William Ogilvie, les dessins de TerryMosher, caricaturiste politique à The Gazette, maisaussi un panorama d’époque de la ville deMontréal, le Picture book de William Notman ouencore un maillot des Canadiens porté par MauriceRichard.Le musée McCord recèle la plus importante collectionhistorique d’Amérique du Nord. Fondé parDavid Ross McCord, un avocat d’origine irlandaise,le musée regroupe à l’origine des objets de safamille depuis son arrivée au Canada. Mais la collections’est enrichie au fil des ans grâce aux nombreuxdonateurs. À ses débuts, le musée possédait15000 objets et en réunit à présent 1400000. Ilsreprésentent tous une part de l’histoire du Québecet de Montréal.loU MAMAlet90 trésors, 90 histoires, 90 ansMusée McCord690, rue sherbrooke ouestdès maintenant jusqu’au 11 septembre 2011DU RENOUVEAUPOUR LE MUSÉEHISTORIQUEÀ l’occasion de cet anniversaire, le muséefait peau neuve avec un logo rajeuni parl’agence Cossette et une nouvelle signature«Musée McCord, notre monde, noshistoires». une occasion de rappeler l’héritageexceptionnel exposé au musée.QUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011 • Page 25


C U LT U R E• B a n d e d e s s i n é e •Les Teutons ne tâtonnent plusFace à la surabondance des marchés français, belge et américain, la Bd allemande peine à s’imposertant à l’international que sur son propre territoire. longtemps jugée insignifiante par l’opinionpublique, elle évoque surtout pour les Allemands un genre quelconque réservé à la jeunesse.or, une poignée d’illustrateurs avant-gardistes rejoignent aujourd’hui un public plus large. Ils formentla «nouvelle vague» de la Bd allemande, renversant peu à peu les barrières culturelles.Le monde de la bande dessinées’enthousiasmed’un grand renouveau duneuvième art dans la culture populaireallemande. Mine de rien, ils’opère patiemment depuis maintenantune vingtaine d’années. Laréunification des deux Allemagnesau tournant des années 1990arrache la BD au domaine de la littératurejeunesse et du divertissementpopulaire pour lui donnerune nouvelle forme de profondeurartistique.Étonnamment, les grands artisansde ce changement émanent nonpas de l’Allemagne de l’Ouest,mais bien de l’ex-RDA. En effet,au milieu des années 1990 s’imposeune avant-garde formée àl’École des Beaux-Arts de Berlin-Est. La BD allemande changealors de vocation. Des pionnierstels que Anke Feuchtenberger etGeorg Barber, dit Atak, mènentun mouvement largement inspiréde l’expressionnisme allemanddu XIXe siècle, prônant à la foisl’utilisation de nouveaux procédés(calligraphie, gravure surbois, maquettisme) ainsi que lechoix, peu répandu à l’époque,de sujets sociopolitiques etadultes.La reconnaissance internationalevient principalement, au cours de ladernière décennie, d’adaptationslittéraires étrangères telles que lareprise d’Alice au pays des merveillesde Lewis Caroll par Barberou celle, par Reinhard Kleist, d’unebiographie du chanteur américainJohnny Cash.Stimulés par ce nouvel intérêt, leshéritiers de la première avant-gardeparviennent maintenant à mettre del’avant un style plus autobiographiqueou, à l’inverse, un hybridedes comics à l’américaine et desmangas japonais. S’il s’agit encored’un succès plus artistique quecommercial, Flix, Mawil, IsabelKreitz ou Sascha Hömmer sont tousdes auteurs contemporains enphase avec ce qui se fait de plusnovateur à l’international.Pour un survol de l’œuvre de treizeartistes de la nouvelle BD allemande,le Goethe-Institut deMontréal présente jusqu’au 29 avrill’exposition Comics, Manga andCo. – The new culture of germancomics, rare occasion de se plongerdans un univers encore assezpeu accessible au Québec.MAxiMe hUArdCHroNIQUe de STAGELes trainsC’était la mi-mars, j’avais pris un billet pour Vienne à partird’Udine, en Italie, où je fais mon stage. J’avais mal expliquémon plan au gars de la billetterie, et je me suis retrouvé à fairemes bagages en une heure. en Italie, il faisait chaud et ce n’estpas quelques centaines de kilomètres qui y changeraientgrand-chose.le train s’est arrêté pendant une éternité à salzburg.j’avais l’impression qu’on y serait pour toujours.pHoto : sir CHalKyRendu à Vienne: un mur depluie, le froid. Et je n’avaispas pris de manteau. Lelendemain, j’essaye quand même devisiter, mais c’est un peu difficile.C’est là que je découvre la librairieBritish Bookstore et que je tombe,par hasard, sur une copie de RidingTowards Everywhere de William T.Vollmann.À la fois reportage, essai, roman etpoésie, Riding Towards Every -where relate les aventures deVollmann alors qu’il explorel’Amérique en sautant sur leswagons des trains de marchandisesà la manière des hobos du temps dela Crise.Pour n’importe quel Nord-Américain à la découverte del’Europe, la simple idée du voyageen train a quelque chose d’exotique.On oublie souvent que c’est àcoups de ballast et de voies ferréesque s’est faite la conquête del’Amérique. C’est sur ce qui restede ce rêve qu’écrit Vollmann, et surla recherche de liberté un peu ridiculede vouloir jouer les hobosalors qu’on a déjà le confort d’êtredes citoyens.le compartimentJe ne sais pas pourquoi, mais je netombe jamais sur une jolie fille quilit Heidegger dans mon compartiment.Cette fois-là, c’était un grosItalien qui a ronflé toute la nuit. J’airéussi à me coucher sur les troisbancs, mais vers 2 heures du matin,un gars louche avec des tatous deprison sur les mains et qui avait l’airvaguement serbe s’est mis à fairedes allers-retours dans l’allée avantde venir me donner trois coups surl’épaule avec son gros droit pourm’indiquer qu’il voulait prendre unsiège.Étant donné que je venais de lireVollmann avec ses histoires devoleurs de sacs, je ne voulais pasdormir parce que je voulais éviterde me retrouver sans ordinateurportable pour finir mon mémoire.Pendant qu’il était là, j’ai regardé lesmontagnes, bleues à cause de lapleine lune.C’est peut-être parce que je viensd’à côté du fleuve, mais il y aquelque chose d’inquiétant dans lesmontagnes, je trouve. Quelquechose d’oppressant. Pour quelqu’unqui vient de là, j’imagine queça doit être rassurant de se sentirentouré comme ça.Je me suis réveillé en sursaut, j’aijeté un coup d’oeil au Serbe et j’aimis la main sous le siège pour voirsi mon sac était encore là. Il l’était.Le train s’est arrêté pendant uneéternité à Salzburg. J’avais l’impressionqu’on y serait pour toujours.Le nom va me rester commeun panneau indicateur figé dansune nuit sans fin. Salzburg : un torticoliset l’éternité à essayer de dormird’un oeil.Le Serbe a fini par partir, laissant laplace à un gars au crâne rasé et àun grand maigre qui ont pris lesdeux sièges à côté. Le gros Italien,lui, ronflait, bien étendu sur les troissièges en face, et j’essayais de metordre le cou pour dormir.J’ai repensé à l’aventure, mais il n’yavait pas de Big Rock CandyMountain * à l’autre bout des rails.Juste une chambre de résidence unpeu moche et, pour l’instant, lesvieilles banquettes d’un train de laÖsterreichische Bundesbahnen.sAMUel MerCier* Big Rock Candy Mountain est lenom d’une chanson country classiquedécrivant un paradis perdu pour leshobos de l’Amérique où il y aurait unlac de viande et un lac de whiskey ettout ce dont on aurait besoinpour passer l’hiver.Page 26 • QUARTIER L!BRE • Vol. 18 • numéro 16 • 20 avril 2011


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