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Souffrances et violences à l'adolescence - Délégation ...

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SYNTHÈSE DU RAPPORTREMIS À CLAUDE BARTOLONE,MINISTRE DÉLÉGUÉ À LA VILLENOVEMBRE 2000


SOUFFRANCESET VIOLENCESÀ L’ADOLESCENCEAvant propos de Claude BARTOLONE, ministre délégué à la Ville 3Présentation du rapport par les chercheurs et de leurs 100 propositions 7Les orientations pour l’action proposées par le ministère délégué à la Ville 241


AVANT-PROPOSClaudeBARTOLONEMinistre délégué à la villeSelon une périodicité assez régulière, la sociétéfrançaise, sous l’effet de crises urbaines, relayéespar la presse, décrit, met en chiffres, et dénoncela violence des jeunes, notamment dans les quartierspopulaires. En tant que Ministre délégué à laville, j’ai été souvent choqué qu’on impute aux seuls jeunesde ces quartiers, ou à ceux issus de l’immigration, toute laviolence. Ce sujet récurrent, jamais épuisé, et d’une efficacitémédiatique rare, suscite des réactions très vives, parfoisdisproportionnées, qui retombent jusqu’à la prochaine flambée,mais laissent à tous un goût amer, celui de l’impuissanceà endiguer à la fois ce déchaînement de passion etsa cause.La violence existe et il ne s’agit pas de nier l’importance desévénements, souvent graves, qui provoquent cette tempêtede l’opinion, même si " la voie est étroite entre une possibleexagération des faits et une sous-estimation de ceux-ci ".Mais le débat s’oriente aussitôt sur le traitement de ces phénomènesen termes de sécurité publique. Ce traitement estindispensable car il est de la responsabilité des gouvernantsd’assurer la tranquillité publique. Pour autant, il ne doit pasocculter les réflexions sur les origines de ces phénomènes etsur les stratégies collectives à concevoir et à mettre enœuvre pour les traiter.Or, tout se passe comme si le " mécanisme victimaire ",selon le mot de René Girard, qui désigne ces jeunes commeboucs émissaires des difficultés ressenties par les adultes,permettait ainsi de se dédouaner à bon compte, sur les plusfaibles, de notre difficulté à construire une société qui faitsens, qui donne du sens.De plus, selon une dérive qui a désormais imprégné lasociété et qui distord le sens du mot prévention, on agit leplus généralement lorsque la violence est déjà là, en retournantcontre les victimes l’arme qu’elles nous tendent dans unsignal désespéré.Enfin, le traquenard idéologique qui consiste à séparer defaçon artificielle la souffrance, qui relèverait du mondemédical, de la violence, qui relèverait de la justice, me semblaitdevoir être corrigé.C’est pourquoi, en dehors d’une quelconque pression del’actualité, j’ai souhaité commander ce rapport à MarieChoquet, chercheur à l’INSERM. Les professionnels de lasanté savent bien que le soin a une limite, et que prendresoin va au-delà de l’acte de soigner.A la manière du rapport Roques sur les toxicomanies, quirévélait de façon la plus objective possible les risquesencourus par l’usage des différentes drogues, je voulais quedes chercheurs de toutes disciplines puissent répondre auxinterrogations concernant la violence des jeunes et puissentorienter notre action. Il s’agissait de vérifier un certainnombre d’hypothèses, notamment des présupposés, despréjugés, voire des ignorances qui freinent l’action éducativeet préventive.Il s’agissait aussi, dans le cadre des contrats de ville, defaire levier pour valider des démarches déjà enclenchées etpréparer des actions nouvelles, sachant que tout programmeanti-violence requiert non pas de faire comme si la violencen’existait pas, mais d’en comprendre les mécanismespour ne pas reproduire indéfiniment les causes de son émergence.On ne saurait, sans inconséquence, affirmer à l’envi que lesjeunes représentent l’avenir de la France et, dans le mêmetemps, leur faire porter le poids de notre anxiété collective.On peut en effet légitimement se demander si la jeunesse nefait pas surtout peur…L’action politique bien comprise en ce domaine consistesans doute à rétablir d’abord la justesse des faits, pourmieux ensuite rétablir la justice.Je dois dire que la lecture de ce rapport m’a conforté dansmon jugement, s’il ne m’a pas pour autant réconforté, tantnotre responsabilité d’adultes s’en trouve alourdie.Je remercie vivement les chercheurs qui, chacun dans sondomaine, ont éclairé cette étude d’une lumière parfois inattendue.Du rapport je retiens surtout qu’il interpelle le politique, lespolitiques, et tous les acteurs éducatifs. Il oblige à ouvrir lesyeux, à s’interroger sur l’attitude des adultes à l’égard desjeunes et à envisager les réajustements nécessaires pourpenser la place des enfants dans la société, pour envisagerune éducation plus humaine qui leur évitera la spirale quimène, dans un enchaînement fatal aux plus faibles, de lasouffrance à la violence.Il m’apparaît ensuite que, si lever les tabous est une indispensablepremière étape, il reste à enclencher un véritablechangement de posture. Il s’agit, délibérément, de considérerles stratégies éducatives en amont, avant même que la3


question de la prévention ne se pose. Il s’agit d’éduquerpour ne pas avoir à réparer. Faute de quoi, nous continueronsà payer au prix fort des actes de violence répétésconsécutifs d’une carence éducative collective.Je retiendrai enfin que la violence, dont nous savons tousqu’elle fait partie de la vie, doit pouvoir être canalisée à desfins constructives. Nous devons faire en sorte que la culture," qui donne forme à l’esprit ", selon la formule de JérômeBruner, puisse permettre la symbolisation, c’est-à-dire l’expressionpossible des pulsions violentes en les transformanten pulsion vitale.Ce rapport, au demeurant assez facile à lire, malgré lacomplexité du propos, devrait trouver aisément son lectorat: parents, enseignants, éducateurs, magistrats, élus, chefsde projets, soignants ou policiers y verront rassemblées lesclarifications et propositions qui les aideront dans leur tâchequotidienne.Les préconisations, quant à elles, me donnent une autreoccasion de remercier les chercheurs qui ont su conjuguerexigence scientifique et rudesse de la proposition pratique,soucieux d’efficacité et conscients de leur responsabilité àfaire partager leur savoir.Certaines d’entre elles sont déjà mises en œuvre par le gouvernement.D’autres le sont par les acteurs de terrain.J’apprécie que ces propositions posent les transformationsde façon globale en mettant en évidence que c’est du croisementdes efforts, de l’ensemble des partenaires que l’onparviendra à un commencement de solution. J’apprécieégalement qu’elles aient mis en lumière la nécessaire valorisationdes familles, des enfants et l’importance de la relationintergénérationnelle.J’insisterai sur trois d’entre elles seulement.D’abord l’éducationHélas, c’est presque une platitude de répéter que l’inégalitéet ses conséquences - dépression silencieuse ou délinquanceprécoce – reculent trop lentement. La dernière enquêteprovenant de la direction de la programmation et du développementdu ministère de l'Education nationale montresans surprise, une nouvelle fois, que les élèves réussissentd'autant mieux qu'ils sont issus d'un milieu favorisé.Cet état de faits est renforcé par le modèle dominant,familles et enseignants réunis, qui organise le temps de l’apprentissagecomme une course poursuite. Elle se résumesouvent ainsi : être le premier, plus vite que les autres et sanss’occuper des autres. La mise en concurrence se fonde surl’éjection des plus faibles et des plus pauvres, comme si lavaleur de l’homme était mesurée à l’aune de sa puissanceet de sa combativité, comme si l’intelligence n’était àprendre en compte qu’après un combat symbolique ou réelpour s’imposer à tout prix. Les enfants qui naissent aujourd’huivivront 100 ans, laissons leur le temps d’apprendre.Un débat sur l’éducation, sur la place des jeunes et desenfants dans la société est vraiment indispensable. Il devraitimpliquer l’ensemble de ceux qui contribuent à l’éducationdes enfants: parents, enseignants, élus, associations, soignants,animateurs sportifs, etc. Il devrait porter les questionsfondamentales : qu’est-ce qu’éduquer aujourd’hui,quelles valeurs, quelle éthique ? Comment conjuguer vraimentéducation et démocratie, pour quelle égalité deschances ? C’est ce que demandent d’ailleurs nombre d’acteurset de chercheurs.Il me semble, d’autre part, qu’on doive désormais réfléchirà l’organisation, au-delà de l’obligation scolaire, d’unecontinuité éducative. La barrière des 16 ans, qui ne toucheque les plus pauvres et les adolescents en souffrance,devrait être effacée. Si l’école n’est plus obligatoire, l’éducationen revanche doit le rester. Des dispositifs très diversexistent, mais il manque souvent des lieux. Trop de jeunesrestent dehors. Dans certains sites, on réfléchit à la créationou à l’adaptation de structures existantes, pour que, quandle parcours scolaire s’est interrompu, le parcours éducatif sepoursuive et que tous les jeunes trouvent le chemin de laréussite. Je souhaite que cette tendance s’accentue, notammentdans les sites en contrats de ville.La continuité éducative est également nécessaire entre lesdifférents lieux d’éducation, de culture et de loisirs desjeunes. Dans l’école, les stades, les bibliothèques, lescentres de loisirs, on doit réfléchir aux enjeux communs, ondoit construire des projets éducatifs concertés.Ensuite la médiation.La médiation a connu en quelques années un développementconsidérable. Dans les termes d’abord : aujourd’hui, iln’est pas un service public qui ne veuille son " médiateur ".Un pareil phénomène doit être valorisé et mis au serviced’une politique de prévention. On constate en effet, dans4


certains quartiers, à quel point des parents d’élèves, maisplus généralement les habitants, redoutent la relation auxinstitutions, qu’il s’agisse de l’école ou des services sociaux.La langue peut constituer un obstacle, la complexité des procéduresaussi, la honte parfois.Deux axes de travail doivent être encouragés : la médiationcomme recours face aux possibles excès de pouvoir ounégligences des services de l’Etat. Il a fallu en effetrépondre à un profond sentiment d’injustice que les habitantsdes quartiers défavorisés, et particulièrement lesjeunes dotés d’une perception aiguë de l’injustice, éprouvaientdans leurs relations avec les institutions publiques, dela poste à l’institution scolaire, en passant par la police.Pour permettre à tout citoyen de dialoguer à égalité avec unservice public, il fallait l’intervention d’un tiers, situé à équidistanceentre ces deux pôles, proche des habitants desquartiers populaires et familier de l’administration et de sesmodes de fonctionnement. Avec le Médiateur de laRépublique, nous avons donc commencé depuis un an àrecruter et installer des délégués du Médiateur dans cesquartiers.D’autre part, la médiation comme amélioration de la viequotidienne et du dialogue entre les différents acteurs de terrain.Le foisonnement des médiateurs sociaux intervenantpar exemple en sortie d’école, dans le cadre des activitéssportives et culturelles des jeunes, auprès de leurs parents,dans les espaces publics fréquentés par les adolescents,doit être consolidé.Enfin, je conclurai par la ville. On ne peut pas repenserl’éducation des enfants, leur santé, leur protection, sansrepenser la ville quand elle rencontre des difficultés tropgrandes. Le programme très ambitieux de rénovation urbaineet de solidarité décidé par le gouvernement doit y contribuer.Les grands projets de ville que nous mettons en œuvrene sont nullement des projets de pierre, mais des projetshumains, au cœur desquels la sécurité et la qualité de viedes habitants auront toute leur part.La loi solidarité et renouvellement urbains qui consiste àorganiser la solidarité entre les communes et à construiredes logements sociaux dignes pour tous les habitants,devrait à l’avenir réduire l’effet ghetto, notamment ces ghettosscolaires si difficiles à résorber une fois qu’ils sont installés.Les décisions sont prises. Reste à les faire comprendre, à lesfaire vivre. Cet ouvrage devrait y contribuer.La jeunesse n’est pas un problème mais un passage, et cepassage se vit souvent douloureusement, dans les beauxquartiers comme dans les banlieues.Nous devons donc conjuguer éducation et prévention, c’està-direà organiser une veille éducative et préventive pournotre jeunesse. Le mot veille est un beau mot. Entre surveillanceet bienveillance, il contient l’essentiel de ce quedemandent les jeunes : attention constante, vérité, justice etune direction à suivre.Mon intention n’est pas de faire rentrer tout le monde dansle même moule. Je veux éviter toute normalisation excessive,car la diversité des expériences menées et leur naissancesur le terrain constituent l’une des conditions de leur réussite.Mais, c’est aussi ce qui fait leur fragilité, et provoque certainseffets pervers relevés par les chercheurs.C’est pourquoi j’ai engagé, avec les autres ministères etpartenaires concernés, un travail destiné à améliorer la formation,la professionnalisation et l’encadrement des médiateurs.Parallèlement, il faut poursuivre nos efforts pour quedemain la " culture de médiation " imprègne et anime aussiles services publics traditionnels.5


PRÉSENTATION DU RAPPORTpar les chercheursLa commandeCe livre est issu du travail collectif de cinq chercheurs, réaliséà la demande de Monsieur Claude Bartolone, Ministredélégué à la ville. En toute indépendance, chacun de nousprésente un texte dans son champ de compétences autourdu thème central " Violences et souffrances à l’adolescence". Ainsi, la psychologie, la sociologie, l’épidémiologie, l’anthropologie,les sciences de l’éducation et la criminologieont été évoquées tour à tour, et ce, avec un double désircommun : celui de considérer l’adolescent dans sa globalité,et non comme les morceaux d’un puzzle artificiellementcréé par le morcellement disciplinaire ; celui de considérerles phénomènes dans leur complexité car les manifestationsde la souffrance et de la violence sont multiples et leurscauses multifactorielles. De ce fait, les textes demandentparfois au lecteur une attention soutenue.Les textes sont suivis de cent propositions pour une prévention.Nous avons en effet voulu prendre le risque de dire cequi, à notre avis, pouvait être tenté au niveau des individusou des groupes, au niveau local ou national, car la préventiondoit se situer à tous ces niveaux. Ces propositions résultentde nos recherches et de nos pratiques. Elles ont toutesété discutées et argumentées collectivement. Elles s’inscriventdans l’approche globale des jeunes et dans l’approchecomplexe des phénomènes, avec, comme postulat que l’onpeut intervenir sur l’enchaînement qui conduit de la souffranceà la violence.D’autres disciplines pourraient apporter d’autres points devue, car nos approches ne sont ni " définitives ", ni exclusives.Beaucoup d’autres propositions pourraient compléterles nôtres, et nous en sommes conscients. Cette synthèse etces propositions ont pour seuls buts de créer une dynamiquede discussions, d’éviter de poser des questions trop simplesou de proposer des réponses simplistes à des phénomènescomplexes.Les principaux constatsCinq points forts se dégagent clairement de l’ensemble destravaux de recherche. Ce sera autour de ces points queseront articulées les propositions pratiques.IL N’EXISTE PAS DE SOCIÉTÉ SANS VIOLENCE (OU DESOCIÉTÉ AVEC UNE " VIOLENCE ZÉRO "). Nous avonsvoulu montrer, avec toutes les nuances nécessaires, que, dela naissance à la mort, la violence fait partie de la vie, quela vie est violence. Cette violence doit être assumé par lasociété des hommes. Il ne s’agit pas de chercher à l’éradiquer,mais de lui donner des espaces et des temps. La culture,au sens anthropologique du terme, c’est-à-dire ce quidonne du sens à la vie en commun, donne des formes àcette violence pour la rendre " vivable " et met en forme cequi menace mais aussi ce qui dynamise les échanges entreles hommes. Le déni de la violence la fait au contraire resurgiravec d’autant plus de force et de façon inattendue. Maisnotre société dénie non seulement la violence, mais aussi lamort. La mort n’est pas seulement la terminaison de l’existencebiologique, elle est surtout une limite dont toute sociétése saisit pour lutter contre la confusion et réactiver sanscesse une différenciation entre morts et vivant. De manièreconcrète, c’est le rapport au corps, à la fragilité et à la vulnérabilitéqui est alors envisagé, au lieu des fantasmes detoute-puissance ou d’omnipotence qui sont aujourd’hui prévalents.LES VIOLENCES SONT MULTIFORMES. Le " visage pluriel "des violences (violences subies, violences contre soi-mêmeou contre autrui) est un des concepts clés du rapport etqu’on retrouve dans chacune des contributions. A cetégard, les chiffres sont éloquents : la violence routière et violencesur soi sont les premières causes de décès et lesjeunes sont d’abord des victimes, surtout des adultes. Si lesformes les plus graves ou les plus avérées sont socialementinsoutenables, elles ne doivent pas occulter celles qui restentdiscrètes et méconnues. D’où la notion de " microviolences". Plus que les évènements dramatiques, tout compte faitrares et pourtant les plus médiatisés, ce sont ces " microviolences" (dont les incivilités, les brimades, les intrusions etles atteintes à l’intimité) qui dégradent la vie quotidienne ettouchent la vie familiale et sociale. Ces " microviolences ", discrètes et méconnues, souvent précèdent et annoncentdes violences plus avérées.LES VIOLENCES NE CONCERNENT PAS SEULEMENT LESJEUNES. On parle du " vieux passé de la violence desjeunes ", expression qui souligne l’ambiguïté du corpssocial à leur égard. Par-delà les réflexes défensifs et lesreprésentations dominantes, il convient de se souvenirqu’avant d’avoir peur pour les jeunes, on a d’abord peurdes jeunes. Tout enfant constitue aux yeux des adultes à lafois un bonheur et une menace puisque celui ou celle qui "arrive " signale qu’il doit un jour prendre la suite de ceuxqui l’ont conçu et les enterrer. Mais cette douloureuse ambivalenceprend réellement corps lorsque l’enfant entre en7


adolescence et que ses nouvelles dimensions le rendentpotentiellement capable de " rivaliser " avec les adultes.Ces derniers doivent en avoir conscience : on ne se souciepas des jeunes seulement " pour leur bien " ; les jeunes fontpeur et derrière bien des recommandations qui leur sontadressées (rester " sages ", grandir " gentiment ", se tenir "correctement ") se cache le désir de réprimer leurs assautspour s’en protéger.LA RÉPÉTITION ET LA NON-RECONNAISSANCE ESTSOURCE DE TRAUMATISMES. Si toute violence n’est pasnécessairement néfaste, leur répétition (ou leur multiplication)ainsi que leur non-reconnaissance par l’entourage,peuvent entraîner des traumatismes et déboucher sur un sentimentd’impuissance (ou d’impunité), sentiments qui altèrentdurablement les relations interpersonnelles et intergénérationnelles.Une même non-reconnaissance de ceux qui s’infligentde la violence (comme les suicidants, par exemple),favorise la répétition et l’aggravation des passages à l’acte.Reste que nombre de violences trouvent leur source dans lesconditions de vie des jeunes. Pour certains, la réalité estcelle d’un milieu défavorisé. Pour d’autres la difficulté est dese situer sur un plan personnel, interpersonnel et affectif.Pour d’autres encore les difficultés s’entremêlent, rendanttoute analyse catégorielle insuffisante, voire erronée.de la sanction ; (f) l’articulation, et non la superposition, deplusieurs niveaux d’intervention. Avec comme soucisconstants, de proposer des actions qui s’inscrivent dans unprojet à long terme, qui impliquent l’ensemble des partenaires(professionnels, responsables politiques et habitants)et qui n’augmentent pas sensiblement les coûts et les investissements.En bref, un ensemble de propositions réalistes.Cette diversité de propositions appuie la complexité desproblèmes qu’on ne pourra pas résoudre sans intervenir surplusieurs champs. Ces propositions forment un ensemblecohérent et ne sont donc pas " une auberge espagnole ".Sans vouloir prétendre à une exhaustivité, loin de là, cespropositions, nous l’espérons, pourront constituer la based’une nouvelle politique de prévention des souffrances etdes violences. Les auteurs, conscients des implications pratiquesde ce travail, espèrent avoir travaillé dans le bonsens.SOUFFRANCES ET VIOLENCES SONT INTIMEMENTASSOCIÉES. Aucune violence n’est " gratuite " et il convientd’en décoder la signification. " La violence est souvent laréponse de celui ou de ceux qui ne peuvent s’inscrire dansune perspective d’une conflictualisation ". Cette liaisonentre " souffrances " et " violences " est clairement mise enavant. " Faire mal " et " avoir mal " s’avèrent résolumentindissociables. Ainsi, les jeunes " violents " ont souvent étévictimes de violences (physiques ou sexuelles) et font destentatives de suicide. La violence est donc bien un clignotantde la souffrance et la violence contre les autres ou contre soiest une violence contre sa propre peau ou celle de l ’institution.Les propositionsPartant de ces constats, les six principes des actions proposéessont les suivants : (a) l’ approche globale du jeunedans son milieu familial, scolaire et social; (b) la priorité auxvictimes, sachant qu’elles peuvent aussi être des agresseurs; (c) la nécessaire articulation entre espaces et entre générations; (d) la conflictualité comme principe de construction; (e) l’importance de la prévention, avec la reconnaissance8


100 PROPOSITIONSPOURUNE PREVENTION GLOBALELes propositions qui vont être ici présentées ne visent pas à l’exhaustivité,et ne veulent surtout pas être des " recettes-miracles ". Certainessurprendront, d’autres choqueront ou agaceront. Parfois l’on pourraavoir le sentiment que cela " se fait déjà ", et ce ne sera pas faux,car pour beaucoup ce sont nos observations de terrain, en France, et àl’étranger qui nous ont inspiré ces propositions. Notre position théoriqueest claire, telle qu’elle a été annoncée dans le cours texte introductif : laviolence et la souffrance se construisent. Nous ne sommes pas des " angélistes" du tout préventif – connaissant trop bien l’importance du traitementde la violence quand elle se produit – c’est au cours de cette construction,de manière préventive qu’il faut aussi agir. C’est pourquoi, très volontairement,nous ne présenterons guère de propositions en ce qui concernecertaines formes de violences, qui dépendent, en aval des souffrancesendurées, de prises en charge hyperspécialisées (tentatives de suicide,violences sexuelles par exemple) ou de certaines conduites à risque aveclesquelles certains d’entre nous sont familiers (toxicomanie, par exemple).La plupart de ces propositions font résonance avec les textes théoriquesqui les ont précédées, cela ne veut pas dire qu’elles soient toutes " scientifiques", même si elles s’espèrent fondées en raison. C’est un difficilepassage que celui de la théorie à la pratique, même quand la théorie s’estnourrie de pratiques et d’enquêtes de terrain. Nous savons bien lesrisques que nous courrons en tentant d’être concrets, nous savons bien parexemple qu’une des figures rhétoriques qui nous sera appliquée sera l’isolementde telle ou telle mesure pour caricaturer l’ensemble, sans forcémentexaminer nos raisons. Ce risque, nous l’acceptons. Car cela est aussi uneforme d’engagement des intellectuels que nous sommes et qui pensentqu’il y a d’autres engagements que la signature – même louable et nécessaire– de pétitions.Ces cent propositions sont donc, évidemment, à amender, à compléter, àcritiquer. Au moins à discuter avant de les accepter ou de les rejeter.9


La familleLa famille1. Aide économique aux parentsL’attribution ou la suppression des allocations familiales surdes critères de " mérite " social n’aurait comme seule conséquenceque de renforcer la précarité et la culture anti-institutionnelle.Ce type de mesure démagogique serait totalementcontre-productif.Il nous semble plus intéressant de pouvoir allouer desbourses beaucoup plus significatives de poursuite d’étudesdès la 6e à des enfants issus de milieux défavorisés, afin deleur permettre d’étudier dans un plus grand confort social etpsychologique.L’absentéisme scolaire est parfois justifié par la nécessité des’occuper des plus jeunes de la fratrie, les parents étant autravail. Une aide plus spécifique et adaptée permettra considérablementde réduire ce type d’absentéisme et de perme t t re aux jeunes de se consacrer à leur " métier d’élève ".Une généralisation de la gratuité des repas à la cantinedans les zones d’éducation prioritaire, sans avance financièrepréalable des familles, nous semble indispensable afind’assurer aux enfants des repas équilibrés au moins une foispar jour.2. Priorité au milieu ouvertLa présence d’éducateurs au contact des familles, pourvusd’un mandat judiciaire (AEMO) ou non, nous semble devoirêtre développée considérablement. À l’heure de la policede proximité, il serait quand même paradoxal que la tendanceéducative soit à la lourdeur des institutions closes, quiont leur nécessité dans les cas les plus graves, mais dontune mise à plat du coût social doit être effectuée, avec uneremise en cause du système pervers du prix de journée.L’augmentation d’une aide directe, matérielle et humaineaux familles en difficulté serait sans doute bien moins coûteuse,plus efficace et adaptée, dans un grand nombre decas, et permettrait un dépistage plus précoce des difficultésvécues par les enfants, les jeunes et leurs familles.3. Participation des parents d’élèvesLa participation des parents à la vie de l’école doit êtrefavorisée. Ceci peut se faire sous forme de clubs organiséspar les parents, de forums, de manifestations variées (journéesportes ouvertes, fêtes, concerts) et régulières – c’est-àdirepas seulement en fin d’année ou les rencontres de finde trimestre parents/professeurs.4. Droit des parents d’élèves à l’informationIl est important de consulter les parents, lors des inspections,sur la vie d’ensemble et le climat de l’école et sur les effortsmis en place pour le rapprochement et pour la communicationavec les familles.5. Valorisation de la famille de l’adolescentLe discours sur les parents démissionnaires fait rage et produitune insécurité parmi les parents, en particulier ceux quisont en difficulté (parents isolés, parents étrangers, parentssocialement défavorisés). Revaloriser tout parent (quelle quesoit sa situation matrimoniale ou sociale) au niveau national(travail avec les médias, avec les leaders d’opinion) et local(presse locale, discours ambiants). Cette valorisation devraitse faire autant à travers des discours officiels qu’au traversdes relations entre professionnels et parents.6. Relations entre les générationsL’exclusion intergénérationnelle est un immense gâchissocial et ne fait qu’accélérer les difficultés de socialisationtout en excluant socialement les personnes âgées. La proximitédes clubs du troisième âge dans les locaux des écolesélémentaires et maternelles est un premier pas important.Ceci a évidemment des conséquences sur l’utilisation et laconstruction des locaux scolaires, biens de la communauté.Plus loin, une éducation à la citoyenneté pourrait passer parla sensibilisation aux besoins des autres (l’altérité est aussiune question d’âge). Plus tard, au collège et au lycée, desactions d’animation communes dans les maisons de retraiteou les clubs du troisième âge, les crèches ou les écoles(exemple : ateliers théâtre, expositions…), présenteraient ledouble avantage de responsabiliser les jeunes et d’amenerles générations à communiquer.L’école7. École de la République : École de la communautéL’école est un lieu de savoir. La communauté environnante,toute la communauté doit pouvoir y avoir accès. Lesparents, les grands-parents, les habitants doivent pouvoirproposer et recevoir des formations, à laquelle peuventd’ailleurs participer les élèves eux-mêmes en tant que formésou que formateurs (exemple : initiation à l’informatique et àl’Internet pour un club du troisième âge).La mutualisation des moyens d’enseignement à la dispositiondes établissements scolaires est une première étapepour éviter le gâchis, les structures redondantes ou l’inégalitéentre les établissements scolaires.Une deuxième étape est de considérer que l’école est uneécole du quartier, que tous les moyens du quartier sont à sadisposition, et réciproquement, dans une org a n i s a t i o nhoraire précise. C’est bien sûr une mesure d’économie mais10


c’est surtout une des solutions clefs pour casser la cultureantiscolaire qui se nourrit de l’enclavement de l’école.8. Délimitation de l’enceinte scolaireLa condition de l’ouverture de l’établissement scolaire estune claire délimitation de celui-ci. Toute personne extérieureà l’établissement, y compris les parents, ne peut y pénétrerque dûment enregistrée à la conciergerie, où le préposépeut pratiquer le contrôle des entrées et sorties, rédiger unbillet de retard transmis au bureau vie scolaire.9. Image de marque des établissements scolairesPour faciliter le sentiment d’appartenance à l’école maisaussi une perception positive de l’ensemble du quartier, lesécoles ont besoin d’améliorer la qualité de leur communication.Des plaquettes soignées (et non de simples photocopies)d’information sur les différentes opportunités et activitésque propose l’école, informant le quartier sur ses projetset sa culture, favoriseraient l’inclusion de l’établissementdans la communauté. Un budget spécial doit être alloué auxétablissements scolaires pour ce faire.Les élèves sont, dans l’ensemble, très attachés à leur établissementscolaire, et ce quel que soit le type d’établissement.Lorsqu’il est traité dévalorisé, ce sont les élèves qui sesentent insultés. Éviter des discours trop rapides sur un établissement,faire travailler les élèves sur l’image de l’établissement.10. Identifier les adultes dans les établissementsscolairesAfin de reconnaître la place et l’identité de chacun au seinde l’établissement, tant pour les élèves que pour les visiteurs– et entre autres les parents – un affichage des photographies,noms et fonctions des membres du personnel (organigramme)est affiché, bien en vue, dans l’établissement.11. Temps d’écoute et de conseil dans les écolesDes temps d’écoute sont nécessaires au sein de l’école, afinde permettre aux enfants de partager leurs soucis, leurs problèmes.Ces temps d’écoute permettent aux jeunes de sesentir importants et de développer une relation à l’adultebasée sur la confiance. Il ne s’agit pas là de remplacer lesprofessionnels existants mais bien de mettre en place un serviced’écoute au sein de l’établissement par une équiped’adultes volontaires (qui ne seront pas nécessairement desenseignants) dans des plages horaires fixes et déterminéeset dans un lieu prévu à cet effet. Les adultes, dans ce cadrecin’ont pas un rôle d’intervention (dans les limites de lasécurité de l’enfant et de la loi) mais de disponibilité et deconseil. Afin de favoriser l’émergence de ce type de mesurepréventive à la violence en milieu scolaire, une prise encompte officielle au niveau horaire doit être officialiséedans le temps de service des adultes impliqués – qui peuventêtre des IATOS.Il faut toutefois tirer les leçons de l’échec relatif de l’expériencedes " adultes-relais ", souvent isolés au sein des établissementset agissant parfois sans contrôle, c’est pourquoinous insistons sur la notion d’équipe-relais.12. AssembléeUne culture d’établissement passe obligatoirement par desmoments communs d’échanges et de discussion. Uneréunion hebdomadaire d’une heure de chaque groupe deniveau et des professeurs principaux, afin de discuter depoints précis identifiés au préalable par le truchement desdélégués de classe, nous semble nécessaire afin de développerun sentiment d’appartenance et par conséquent d’implicationdans la vie scolaire des élèves. Ces réunionsseraient propices à la concertation d’actions communautaires,telles que les campagnes d’action locales (voir ci-dessous)mais aussi à la discussion des problèmes spécifiquesrencontrés dans la vie de l’école. Une réunion trimestrielleréunissant les délégués élèves de chaque niveau et lesadultes de la communauté éducative pourrait faire le pointsur la vie dans l’établissement (visites, échanges, actions culturelleset projets d’école…).13. Parrainage entre pairsLes violences des élèves plus âgés à l’encontre des plusjeunes sont un des sujets d’inquiétude quant au climat scolaire.Un système de parrainage, basé sur le volontariat,des élèves plus âgés pour les nouveaux venus d’un établissement,nous semble être un moyen de réguler ce genre deproblème en développant un sentiment de responsabilitéchez les plus grands. Ces parrainages ne consistent pas àremplacer le rôle des adultes dans l’intégration des jeunesdans la vie de l’établissement mais à favoriser une connaissancerapide du système scolaire, la communication avecles adultes qui peut être ressentie comme difficile par lesplus petits. Des séances hebdomadaires de réunion avec unadulte accompagnateur permettront de faire le point, deguider les élèves parrains, d’intervenir si nécessaire. Làencore, l’action de parrainage pourra être reconnue etvalorisée par la communauté scolaire.14. Valorisation production élèvesLa présentation, dans l’établissement et hors de l’établissement,des productions des élèves (individuelles ou collectives)donne une image positive et active de l’établissement11


et valorise ses élèves, renforçant le sentiment d’appartenanceet l’image de soi. Toute occasion doit être saisie et prévue: vitrines, journal d’école, affiches, utilisation des hallset lieux communs de manière non occasionnelle mais systématique,contribuant à une culture de l’établissement et àune appropriation des espaces collectifs.15. Aide à la méthodologie d’apprentissageLe développement d’une culture " antiscolaire " est un desp roblèmes essentiels en France. Les enseignants devraientê t re considérés comme des facilitateurs et non comme descenseurs, et, aussi compétents soient-ils dans le domainede la transmission des connaissances, les pratiques éducativesdoivent encore évoluer. Il n’y a aucune oppositione n t re transmettre des connaissances et mieux former lesélèves à la méthodologie d’apprentissage. En conséquence,il nous paraît nécessaire que cette aide méthodologiquesoit prévue sur le temps de travail des enseignants,qui sont les professionnels de cette transmission desc o n n a i s s a n c e s .16. Soutien dans les classesLa solitude de l’enseignant est un facteur de stress et rendplus difficile la gestion de l’hétérogénéité du public scolaire.La participation plus active et officielle des aides éducateursdans les classes doit être encouragée pour prévenir ledécrochage scolaire, aider méthodologiquement les élèveset les professeurs, sous la responsabilité de l’enseignant, àdes moments précis et négociés, par exemple pour la miseen place du travail de groupe. Une formation préalable doitêtre proposée aux aides éducateurs qui deviendraient alorsdes assistants de classe. Ces nouveaux emplois ne doiventsurtout pas servir à pallier des difficultés dans la surveillancedes élèves.17. Éducation plurielleLa valorisation de matières autres que purement académiques,telles que l’expression dramatique, la cuisine, lethéâtre, les arts plastiques, la musique, la danse et bien sûrle sport, contribue à favoriser l’épanouissement et laconfiance en soi des jeunes qui sont plus attirés par ces activités.Il s’agit là de reconnaître ces matières comme faisantpartie intégrante de la formation. Pourquoi ne pas les validerpar un certificat d’aptitude (et non une note) puis parune épreuve aux examens nationaux, avec un coefficientsignificatif et non simplement adjacent? L’école est un lieude valorisation et d’ouverture au monde, les différents artset techniques sont des accès directs à la culture, qu’ilconvient de ne pas cantonner dans le " socioculturel " d’occupation.La valorisation de ces matières doit aussi passerpar la valorisation des enseignants qui assurent la formationtant au niveau de l’établissement que des formes institutionnellesd’inspection de leur travail.18. AlternanceLa vulgarisation des opportunités de stages en entreprisedès la 5e nous semble un bon moyen d’ouverture et deconnaissance du milieu professionnel, ce qui ne peut quefaciliter les démarches d’orientation scolaire et la motivationdes jeunes qui s’orienteront avec une plus grande liberté dechoix. Ceci contribuera à une valorisation de l’enseignementprofessionnel. Ces stages ne devront pas être considéréscomme des temps extérieurs à l’enseignement maisfaire partie intégrante des apprentissages, en amont et enaval, par une préparation et une exploitation en classe duvécu en entreprise.19. Junior entreprise et pédagogie de la productionDans l’enseignement général, la socialisation scolaire a eutendance à désolidariser savoirs et pratiques. Or, la mise enapplication concrète des savoirs est essentielle dans l’acquisitiondes apprentissages. Les junior entreprises permettentle va-et-vient entre théorie et pratique. Elles ouvrent lesjeunes sur le monde extérieur et notamment le monde du travail.Cela leur permet d’apprécier la pertinence et la nécessitéde leurs apprentissages. Il ne s’agit plus alors deremettre en question l’utilité de l’école mais plutôt de voirquels sont les moyens d’adapter les savoirs à la vie réelle etde développer les qualités nécessaires à une bonne intégrationfuture dans le monde du travail : prises de responsabilité,qualités organisationnelles, communication, comptabilité,savoir- f a i re techniques… Les possibilités sontgrandes de valorisation individuelle mais aussi de collaborationet de travail en équipe interdisciplinaire. En école élémentaireon stimulera les capacités à produire et à investirdes savoir-faire multiples et socialement valorisés.20. Internet à l’écoleFavoriser la communication avec les moyens actuels, effectuerun travail de documentation, se préparer à la formationcontinue par le réseau mondial, utiliser des outils professionnelset donc faciliter l’insertion sociale et professionnellesont des passages obligés. En outre, l’utilisation de l’informatiqueet de l’Internet décloisonne l’école, l’ouvre aumonde extérieur et est un médiateur évitant le face-à-faceconstant de l’adulte et des élèves, permettant une variétédidactique, enrichissant la " palette pédagogique " del’adulte et non le remplaçant. Il y a là un défi considérablequi ne peut être relevé par la seule Éducation nationale.Quelques ordinateurs ne suffiront pas. Dans chaque établis-12


sement, il est nécessaire que chaque élève puisse avoir unaccès libre et régulier, voire quotidien, au réseau. Ce parcd’ordinateurs peut être constitué avec l’aide des entrepriseslocales, des commerces, des habitants et peut servir en soiréeà ces derniers.21. Organisation des échanges interétablissementsOrganiser des échanges avec les élèves d’autres établissementsscolaires, et ce quel que soit le type d’établissement(enseignement public et privé, LEGT, LEP, collège, école etc.)22. Améliorer la gestion des transitions scolaires(école maternelle/école primaire, école primaire/collège,collège/lycée)Les changements de structure sont sources d’inquiétude etde stress. Il convient d’atténuer ces difficultés par unemeilleure préparation des élèves et des adultes, dont lesparents, à ces changements. Outre la visite préalable de lastructure, qui se fait très souvent, un dispositif de parrainageet de rencontres entre jeunes, et entre jeunes et adultes,pourrait contribuer à améliorer cette intégration, qui resterade toute manière un rite important.L’accueil, lors de la visite préliminaire des élèves et de leursparents, pourrait être organisé par les " anciens " (élèves etparents) et leurs enseignants.Organiser systématiquement, deux semaines après la rentréedans la nouvelle structure, une rencontre avec lesélèves, parents et enseignants, pour détecter précocementles problèmes d’intégration.Considérer spécifiquement toute arrivée d’élève qui interviendraiten cours d’année scolaire (au moins deux rencontresavec l’élève et ses parents, une avant son arrivée,une quinze jours après).Utiliser un " livret d’établissement " (au moment de l’inscription)qui comporterait des informations sur l’établissement,son histoire, ses personnels et services (santé scolaire, loisirs,etc.) et ne portant pas sur le seul règlement intérieur.23. La sixième, année de transitionLa 6e devrait être une année de transition et de re n f o rc e-ment des apprentissages instrumentaux. Le morc e l l e m e n tdes apprentissages et la multiplicité des adultes devraientê t re limités. Les élèves soulignent très souvent leurs diff i c u l-tés à s’adapter à ce nouveau monde. Un aménagementdes horaires, avec par exemple un quota d’heures hebdoma d a i re réservé à des activités plus ludiques ou à destemps d’écoute, faciliterait cette transition.L’accompagnement d’un élève plus âgé et déjà rodé au systèmeaurait un effet facilitateur et formateur pour les deuxp a rties concern é e s .24. Gestion de la discipline à l’écoleIl n’y a pas de spécialistes de l’ordre capables de régulercivilité et incivilité. C’est une affaire au quotidien, quiconcerne tous les acteurs de l’école. Les règles doivent êtreprécises, visibles (affiches), concernant aussi bien lesadultes que les élèves. Elles doivent faire l’objet d’un travailen équipe et d’une évaluation continue quant à leur application.C’est la seule manière d’éviter fuite, découragement,conflits d’équipe interminables ou fait du prince. La gestionde la discipline ne passe pas par le seul règlement intérieur,qui a toutefois une grande importance, mais passe par uneculture d’établissement.25. Partage de l’autorité dans les établissementsscolairesLa trop grande concentration (même symbolique) de l’autoritéentre les mains du seul chef d’établissement contribue àcristalliser les conflits autour de sa personne. Sa fonctionprincipale est d’être le garant institutionnel, et non d’êtreaffublé d’une toute-puissance bien illusoire. Une répartitionplus harmonieuse est possible : garder le système des professeursprincipaux, instaurer un responsable par annéed’études, créer un niveau hiérarchique intermédiaire par lebiais de responsables de matières académiques ou deg roupes de disciplines (département art, départ e m e n tlettres, etc.). Ce nouveau niveau donnera lieu à indemnitécompensatrice, comme c’est déjà le cas pour les professeursprincipaux. Le chef d’établissement réunit une fois par moisles professeurs principaux pour permettre à ces derniersd’échanger et de s’accorder sur un certain nombre deconduites à tenir.Un renforcement des personnels administratifs et de secrétariatserait une aide importante pour décharger le chefd’établissement de tâches qui le gênent parfois pour son travailpédagogique et d’animation d’équipe. Dans le mêmeesprit, une meilleure protection juridique des chefs d’établissementest à mettre à l’étude.26. Règlement intérieurIl représente un important facteur de cohésion et de cohérenceinstitutionnelles. Il énonce les règles de fonctionnementet précise ce qui est interdit et ce qui ne l’est pas, sansexcessive bureaucratisation. Il s’applique à tous lesmembres (élèves et adultes) d’un même établissement scolaire.Il est discuté avec les représentants des élèves etremanié en fonction des compromis trouvés, sachant queces derniers devront impérativement demeurer conformes àla Loi. Le règlement doit être communiqué aux élèves, auxparents d’élèves et aux personnels, et être périodiquement13


évisé pour rester adapté aux changements (ex. : usage deplus en plus répandu des téléphones portables). Un affichagesystématique et visible de simples règles de vie en communautéa parfois plus d’effet qu’un règlement intérieur detrois à quatre pages, signé par les parents en début d’annéeet auquel on ne fait référence qu’en cas de problème.27.Sanctions disciplinaires légèresLa constance dans l’application de la règle évite tout sentimentd’injustice ou d’impunité. Or, le droit à l’école sembleplus être de l’ordre du droit coutumier et du fait du princeque d’un code réel. Nous évaluons de manière très positiveles tentatives ministérielles actuelles de rendre plus " légale" la justice scolaire par le biais d’un règlement national –qui ne va pas jusqu’aux excès d’une bureaucratisation duquotidien. On rappellera en particulier qu’aucune peine collectivene peut être infligée (cf. Déclaration des droits del’homme : nul ne peut être puni pour un crime qu’il n’a pascommis) et que de même il convient d’éviter les pensums(lignes) qui dégoûtent de la chose scolaire, ainsi que lespeines humiliantes (piquet).28. Sanctions disciplinaires lourdesElles sont prononcées par le conseil de discipline pour desfaits avérés. Présidé par le chef d’établissement, le conseil estcomposé d’adultes et de représentants des élèves. Les sanctionsdoivent être justes, graduées, pro p o rtionnelles à la gravitédes faits re p rochés et, chaque fois que possible, corre s-p o n d re à des travaux d’intérêt général pro p res à l’établissement.Les punitions collectives sont proscrites. En cas de faitgrave ou de conflit très important, le conseil de disciplinepeut être délocalisé et se tenir sous l’autorité de l’inspecteurd’académie. La représentation des élèves et des parents ausein des conseils de discipline doit être re n f o rc é e .29. Distribution des prixRenforcer le sentiment d’appartenance à une école, êtrepubliquement valorisé par cette école aux yeux de la communauté,peut passer par un rétablissement de la cérémoniede remise des prix en présence des parents, en tenantcompte bien sûr de la multiplicité des disciplines et des certificationspossibles. Une commission mixte, composéed’élèves et de professeurs pourrait d’ailleurs participer auchoix des livres donnés en récompense. C’est évidemmentl’idée de sanctions positives, comme renforcement des facteursde protection qui est ici en jeu.30. Lutte contre l’absentéismeL’absentéisme et le décrochage scolaire sont fort e m e n tc o rrélés au risque de victimation et de délinquance. Lamobilisation de toutes les institutions pour faire diminuerce phénomène est une nécessité. Cela passe par unepolitique de signalement systématique, de contrôle desjeunes en âge scolaire par la police de proximité pendantles heures de scolarité, une meilleure liaison avecles familles (travail en famille par des éducateurs ou travailleurssociaux, informations plus claires, etc.), et parune lutte préventive contre le décrochage scolaire paradaptation pédagogique. Une aide psychologique doitpouvoir être proposée pour lutter contre la dépression etles situations de dévalorisation (en particulier harc è l e-ment entre pairs).31. Absentéisme et stationnement des gensdu voyageEn France, une population spécifique vit une ségrégation defait impliquant un absentéisme scolaire extrêmement fort(probablement plus de 100000 enfants et adolescents). Ils’agit des tsiganes et gens du voyage. La loi Besson, fixantaux communes l’obligation de créer un lieu d’accueil dignede ce nom pour les gens du voyage, doit être strictementappliquée. Il convient d’éviter les grands terrains de regroupementqui deviennent vite ingérables et bafouent parfoisles règles de l’hygiène, sinon les droits de l’homme. Ces terrainsdoivent être situés à proximité des écoles ordinaires (etnon d’écoles dites " pour gens du voyage ") et des services,ce qui est rarement le cas. L’application de cette loi ne doitcependant pas servir de prétexte au refus des petits terrainsfamiliaux, qui permettent la semi-sédentarisation et l’exercicedu droit élémentaire de propriété. Elle ne peut être laisséeà la seule initiative municipale et être ainsi particulièrementprisonnière des aléas électoraux parfois ouvertementxénophobes. La continuité de l’État est ici une nécessité.32. Travail en équipe à l’écoleLe travail en équipe est une nécessité soulignée par toutesles recherches et circulaires. La difficulté de la mise enœuvre et de la gestion du travail d’équipe et multidisciplinairepourrait être contournée par la création de départementsd’enseignement par matière ou groupe de matièresanimés par un responsable spécialement rétribué. Ceci permettraitd’avoir une politique commune quant à l’enseignementdes matières spécifiques mais aussi de faciliter la multidisciplinarité,en réduisant le nombre d’interlocuteurs lorsde réunions de travail entre responsables de départements,après consultation des enseignants concernés. Ce qui permettrait,par la même occasion, de valoriser toutes lesmatières mais aussi les enseignants porteurs d’initiativesnouvelles. Des réunions interétablissement d’un même secteurpourraient contribuer à cette démarche. Ce type de tra-14


vail en équipe donnerait un contenu concret aux réunions detravail proche de ce que souhaitent les enseignants : la transmissiondes connaissances. En ce sens ces réunions doiventê t re obligatoires et comprises dans le temps de serv i c e .33. Mouvement des enseignantsLa prévention nécessite un travail de long terme et une cultured’établissement solide. Celle-ci ne peut se construiredans les conditions actuelles de la mobilité des personnelsde l’Éducation nationale (jusqu’à 80 % de changement depersonnel chaque année dans certains établissements sensibles).Tout doit donc être mis en œuvre pour assurer la stabilitédes équipes dans les établissements sensibles. Celapasse par un recrutement plus localisé, plus proche des réalitésquotidiennes des enfants et des adultes.34. Réflexion sur les pratiques en établissementscolaireDans chaque établissement, des séminaires de deux joursalternant ateliers en petits groupes et synthèses en séancesplénières doivent être organisés en début ou en fin d’années c o l a i re sur le thème : Relations adultes-adolescents,réflexion sur les pratiques. Chaque année, ce séminaires’adresse à des groupes de 40 professionnels de l’établissement,toute catégorie confondue; il est dirigé par desintervenants extérieurs, recrutés sur budget politique de laville. Ces séminaires sont obligatoires, compris dans letemps de service.35. Temps de régulationEn dehors des situations de crise, il est important que lesadultes de la communauté scolaire puissent disposer detemps de régulation avec un intervenant extérieur (2 heurespar mois, sur le budget politique de la ville) pour échangerentre eux à propos des difficultés rencontrées, s’interrogerrégulièrement sur la cohérence institutionnelle par exemple.36. Infirm i è res, assistantes sociales et médecinsde santé scolaireChaque établissement (collège ou lycée) doit être pourvud’un poste d’infirmière et d’un poste d’assistante sociale àtemps plein. Le ratio moyen médecins de l’Éducation nationale/élèvesdoit être de l’ordre d’un médecin pour 3000élèves (et non 8000 ou 10000). Ces professionnels doiventdisposer chacun d’un local adapté.37. Améliorer les moyens d’expression libre à l’écoleLes expériences de presse écrite ou radiodiffusée gérée parles élèves, sans récupération triste par le pédagogique, doiventêtre encouragées, dans le respect de la loi (en particulierdiffamation).Il pourrait également s’agir d’une surface de projection libre(tags, graffiti, textes, dessins…) située dans l’enceinte scolaireet sur laquelle les élèves sont autorisés à s’exprimersans la censure des adultes, à deux conditions : le mur deprojection est disposé en un lieu inaccessible aux visiteurs etpassants; aucun nom propre ne doit être écrit sur cette surface.38. Cour de récréationLes lieux de récréation sont plus propices à des incidentsviolents et à la victimation à répétition (boucs émissaires).Une surveillance plus efficace est nécessaire et elle doitimpliquer tous les adultes d’un établissement, y comprisdans l’enseignement secondaire. La convivialité de cettecour est un élément essentiel à la diminution des violencesphysiques. L’implication des adultes et des enfants à l’aménagementdes cours d’école est aussi nécessaire dans l’écoleélémentaire que dans le secondaire. À cet effet, un budgetcogéré par une commission mixte est un moyen de responsabiliseret d’impliquer au plus près l’ensemble de lacommunauté éducative.39. Usage du tabacStrictement interdit dans les collèges, il est toléré dans leslycées, dans le respect de la loi Evin (espaces fumeurs délimitésaccessibles aux élèves et aux adultes).40. CantineLa cantine est aussi un lieu de socialisation, de rencontres etde détente. Une gestion plus libre des horaires est possible,dans le cadre d’un fuseau horaire pendant lequel les élèvessont libres de prendre un plateau repas et de déjeuner avecles camarades de leur choix. Le droit de parler, de prendredu temps doit être reconnu. Un comité d’élèves pourrait êtreconstitué dans chaque établissement pour cogérer le repaset mettre à jour d’éventuels problèmes.41. Respect de la pudeurL’institution scolaire doit éviter toute stigmatisation et violationdes intimités, par exemple en évitant de demander auxélèves désirant rencontrer l’assistante sociale de se faireconnaître en levant la main devant leurs camarades.Dans le même esprit, il est important que les distributeurs depréservatifs soient situés à l’abri des regards indiscrets etque les toilettes ne disposent pas de portes à claire-voie et,15


ce qui est un minimum qui est loin d’être partout respecté,que les adolescents et adolescentes disposent de papierhygiénique sans avoir à le demander à un surveillant.42. Cahier de doléances dans les écolesIl s’agit d’un cahier dans lequel les élèves d’une même classefont part de leurs doléances. En début de semaine, ils endébattent pendant une demi-heure avec leur professeur principal.En cas de conflit persistant, une commission est chargéed’apporter des propositions de réponse dans le moissuivant.Une boîte à idées par niveau de classes est également disponiblepour recueillir des propositions en vue d’améliorerla vie de l’établissement.43. Mixité socialeMalgré la sectorisation de la scolarité, bien trop de famillesarrivent encore à détourner la carte scolaire, ce qui conduità ce que des établissements soient plus ou moins caractériséspar la prédominance de telle ou telle classe sociale. Deplus, les répartitions des enfants dans les classes ne sont pastoujours aussi claires, et nombreuses sont les stratégiesmises en place afin de regrouper les élèves par niveau, origineet/ou particularité sociale. Une mixité réelle est indispensablesi nous voulons que les jeunes apprennent à vivreensemble et à respecter l’altérité. Les classes de " niveau "– quel que soit le nom qu’on leur donne – doivent formellementet pratiquement être proscrites et cela doit faire l’objetd’une vérification lors de l’inspection des établissementsscolaires.44. Discrimination positiveMaintenir et re n f o rcer l’eff o rt financier et en moyenshumains vers les établissements scolaires situés en zone sensibleest un des moyens de lutter contre l’inégalité d’expositionà la violence.45. Taille des établissementsPoursuite de la partition des collèges de plus de 500 élèveset construction de collèges de petites tailles dans les zonesdéfavorisées.46. Évaluation des établissements scolairesIl nous semble primordial que le système d’inspection aitune approche plus globale et considère non seulement lesenseignements dans les matières mais aussi, systématiquement,la vie de l’établissement dans son ensemble, le chefd’établissement ne devant pas être le seul interlocuteur del’inspecteur à ce sujet. Une inspection exécutée par uneéquipe d’inspecteurs à caractère pluridisciplinaire donneraitune vue plus précise de la culture d’établissement qui aun impact connu sur les problèmes de climat scolaire etdonc de violence à l’école. Le corps d’inspection pourraitêtre indépendant bien que placé sous l’autorité ministérielle.Formés par l’Éducation nationale, ils pourraient êtrerecrutés auprès d’enseignants volontaires ou chefs d’établissementset seraient chargés de mission lors des inspections.L’évaluation de l’établissement devrait donner lieu àun rapport qui serait connu des parents d’élèves.Les partenariats interinstitutionnels47. Refus de la confusion des rôlesAucun professionnel de l’école n’est habilité à pratiquer lafouille (corporelle ou matérielle), les interrogatoires " serrés", l’obtention de témoignages des pairs à charge ou àdécharge, etc. De même sont à proscrire les dispositifs ditsde " tolérance zéro " (fouilles à l’entrée, caméras de surveillancedisséminées dans l’établissement, interdiction desrassemblements, absence d’intervalle libre entre les cours,salle de détention, cours spécifiques ayant pour objectif "d’éradiquer toute violence et pensées négatives "); del’aveu des élèves eux-mêmes, les transgressions peuventalors avoir lieu à distance de l’école, et un sentiment dedésaffiliation vis-à-vis de l’école se développe.48. Échanges entre professionnelsOrganiser de manière systématique et obligatoire deséchanges entre adultes professionnels dans la communauté(tous types de professionnels, du secteur public ou privé),pour échanger autour du monde du travail, des faits desociété, des nouvelles règles économiques, etc. Les comitésd’éducation à la santé et à la citoyenneté, les comités communauxde prévention de la délinquance et les conseils deZEP (ou de réseau d’éducation prioritaire) sont des dispositifsimportants mais auxquels trop peu de professionnelsparticipent (en particulier au niveau des enseignants).49. Partenariat école/policeLa prévention de la violence passe par un partenariat étroitdes structures scolaires avec la police ou avec la gendarmerie.Il ne s’agit pas de considérer ce partenariat dans unbut de répression ou d’intervention musclée à chaque incident,mais dans un but d’information réciproque (état deveille), de formation des jeunes (sécurité routière, stupéfiants,etc.) et de reconnaissance mutuelle. On évitera biensûr la fascination malsaine en n’autorisant pas le port d’armeau sein des établissements scolaires. La gestion de crisese prépare : seul un partenariat respectueux des fonctions16


de chacun peut permettre de savoir à qui et comments’adresser en cas d’épisode délictueux.50. Cellule de crise en milieu scolaireLorsque l’institution est confrontée à un événement dramatique(ex. : suicide d’un élève), une cellule de crise est miseen place au sein de l’établissement pour en évaluer le retentissementet fournir des réponses adaptées. Les adultes quicomposent cette cellule peuvent se faire aider par un intervenantextérieur (psychiatre, psychologue…) agissant enqualité de régulateur. Ce dernier ne doit pas s’adresserdirectement aux élèves afin que les professionnels de l’écolepuissent assurer eux-mêmes la contenance institutionnelleet rester leurs interlocuteurs. Plutôt que d’intervenir dans lesclasses, il est préférable que le chef d’établissement informel’ensemble des élèves de la mise en place de permanencesd’aide ou d’orientation (ex. : possibilités de rencontre avecl’infirmière, le médecin de santé scolaire, l’assistante sociale).51. Police de proximitéUne véritable police de proximité doit être présente auxmoments et dans les lieux réellement sensibles (sortiesd’écoles par exemple). La soirée est un moment propice auxactes de délinquance et la BAC ne peut suffire à elle seuleà résoudre ces problèmes, qui souvent partent d’un simpletrouble de voisinage (tapage nocturne, tags, etc.). Sans traitementde ces incivilités, la police est souvent considéréecomme absente ou incapable et le rapport aux forces del’ordre se dégrade. Les horaires de service à la communautédes fonctionnaires pourraient en tenir compte, ce qui nepeut passer que par une négociation sur les compensationssalariales, les récupérations des heures en soirée et desembauches supplémentaires.52. Interventions dans les écoles de professionnelsou bénévoles extérieursLes conditions dans lesquelles des professionnels et bénévoles,n’appartenant pas à la communauté scolaire, peuventêtre amenés à rencontrer in situ des élèves, doivent êtreclairement définies en regard de deux principes : en dehorsde son infirmerie, l’établissement scolaire n’est pas un lieuoù des soins sont dispensés (ex. : suivi médico-psychologiqueintra-muros); toute intervention extérieure auprès desélèves présente le risque de disqualifier les professionnelsde l’établissement. Il est important d’évaluer l’intérêt collectifde telle ou telle intervention dans une perspective informativeet préventive, de la choisir et d’en organiser lesmodalités avec les adolescents, ceux-ci ayant la possibilitéde refuser d’y participer. Quant aux enquêtes en milieu scolaire,elles sont effectuées par des personnes dûment accréditéespar un organisme de recherche officiel et forméesméthodologiquement.53. Pour une justice de proximitéLes services de proximité (école élémentaire du quartier,Poste, etc.) présentent un taux de satisfaction élevé chezleurs usagers. Les maisons de justice et de médiation dansles quartiers vont dans le sens souhaité d’une meilleure identificationd’une justice proche des habitants, permettant àdes situations tendues de ne pas dégénérer.54. Un corps de médiateurL’usage fréquent de médiateur dans les quartiers est unepratique intéressante mais qui génère parfois des effets perversimportants dont le principal est que le médiateurdevienne un écran entre la population et les élus ou les servicespublics. Très simplement, tout se passe comme si certainsmédiateurs, pour protéger leur statut professionnel, rassuraitles prestataires de service en tendant à montrer queleur présence calme le jeu ou à l’inverse d’autres s’érigenten interlocuteurs uniques de la communauté. La médiationjoue alors le rôle inverse de ce pourquoi elle est créée : elleempêche le retour dans le dialogue social de pans entiersde la population.Une médiation doit être passagère, limitée dans le temps. Laprécarité des fonctions de médiateur (en particulier pour lesmédiateurs " ethniques ") est une des causes de cet effet pervers.En conséquence, la fonction de médiateur professionnel doitêtre reconnue, non au niveau d’un quartier ou d’une municipalité,mais elle doit donner lieu à la création d’un corpsde métier, avec des perspectives d’avenir au niveau d’undépartement ou d’une région. Ceci ne doit pas, bien entendu,empêcher l’émergence d’autres types de médiationsrétribuées ou pas, au contraire.PartenariatsspécifiquesPartenariats spécifiques pourles adolescents en difficulté55. Prévention précoceLes réformes et plans de lutte contre la violence se concentrentessentiellement au niveau de l’enseignement secondaireet de l’enseignement secondaire supérieur, ce qui dénoteun état d’urgence et une démarche de gestion de crise. Il estindispensable de travailler en amont afin d’éviter ces situations.La prévention précoce, dès la maternelle, doit contribuerà l’apprentissage de la citoyenneté mais aussi à favoriserla communication. Apprendre aux plus jeunes enfantsque l’on a droit au respect par des actions quotidiennes et17


non pas ponctuelles, leur apprendre à définir ce qu’ils peuventaccepter dans leurs relations aux autres mais aussi à seprotéger et se sentir responsables du bien-être de leurscamarades est une étape indispensable dans une démarchede prévention précoce.Il s’agira aussi d’offrir une attention plus grande et unaccompagnement de soutien (aide-éducateurs en classe)pour les élèves plus faibles ou fragilisés, de sorte à ne pasles marginaliser du système scolaire et favoriser une intégrationà la culture scolaire dans la prévention du décrochageet/ou de la construction d’une carrière antiscolaire.56. Impliquer la communautéLa prévention précoce implique nécessairement les parentset la communauté. Elle ne se termine pas aux portes del’école ou du centre social! Des actions spécifiques régulièresd’information, très localement ciblées en partenariatavec les services compétents (police, travailleurs sociaux,justice, santé, etc.) contribueront à améliorer l’efficacité desplans nationaux. Ces actions doivent correspondre à desbesoins locaux, établis sur des diagnostics précis. La régularitéet la durée de ces actions impliquent d’éviter les effetsd’annonce et finalement le rejet par la communauté ou parles adolescents eux-mêmes.La participation des habitants aux différentes réunionsconcernant leur quartier doit être renforcée. C’est particulièrementvrai des quartiers qui ne sont pas le lieu de résidencede la plupart des professionnels qui y travaillent. Pouréviter les effets pervers de telle ou telle mesure bien intentionnée,cette association des usagers est d’ailleurs une obligationpour les politiques publiques.57. Priorité aux victimesGénéralisation des tentatives effectuées dans les sites pilotesavec les associations d’aide aux victimes, en partenariatavec la communauté éducative (un tel partenariat ne doitpas être une occasion de se défausser des victimes, maisd’être aidé à les mieux prendre en charge). Cette mesureimplique la création de lieux d’écoute spécifiques et diversifiés,mais coordonnés.58. Ligne d’écouteLes lignes d’urgence et de conseil aux victimes, ou auxtémoins de violences, jouent un rôle important dans de nombreuxpays, et tendent à se développer en France. Ceslignes sont surtout efficaces lorsqu’elles sont conduites à unniveau local – car il est important que les " écoutants "connaissent l’environnement des jeunes qui s’adressent àeux. L’implication commune de policiers et de psychologuesest particulièrement pertinente. Il est bien évident que ceslignes d’écoute ne sont qu’un élément parmi les dispositifsd’écoute et de prise en charge.59. Reconnaître les jeunes en difficultéAider les professionnels à reconnaître les jeunes en grandedifficulté. Lutter contre les idées reçues (à propos de la souffrancedes jeunes et les facteurs qui la déterminent, de l’entouragefamilial (les antécédents graves) et les antécédentspersonnels, comme la fugue, les troubles psychologiques,l’absentéisme…). Aider à reconnaître les jeunes à hautrisque. Aider à suivre positivement ces jeunes. Diffuser desinformations étayées sur les comportements à risque et lesfacteurs associés60. Pour un site spécialiséCréer, en association avec les centres de recherche spécialisés,un site Internet pour informer les professionnels sur lesacquis scientifiques (toutes spécialités) dans le domaine desadolescents en difficultés. Une journée nationale de ce sitepourrait être organisée sur un thème, dont les actes seraientdiffusés sur le site.61. Créer des pôles interprofessionnels locauxCréer des pôles interprofessionnels locaux et multidisciplinairespour réfléchir sur les retombées pratiques des résultatsde recherche.62. Pour un meilleur suivi des jeunes en grandedifficultéOrganiser des suivis (sociaux, médicaux, psychologiques)des jeunes en grande difficulté. Favoriser la création deréseaux, qui sont pour ce faire de première importance. Leréseau, constitué de professionnels de diverses disciplines,devrait inclure dans sa réflexion, non seulement le jeune engrande difficulté, mais aussi son entourage (en particulier lafratrie et les parents). Dans cet objectif, des centres deconsultations pour la famille doivent être multipliés. L’objectifdes réseaux devrait être non seulement le soin (du sujet etde sa famille), mais aussi l’accompagnement (ce qui nécessiteun travail interinstitutionnel), durant au moins une périoded’un an. Tout devrait être mis en œuvre pour mettre l’accentsur la valorisation des jeunes en grande difficulté. Cetravail de valorisation serait à faire en liaison avec lesjeunes eux-mêmes et leurs familles.63. Informations sur les structures existantesInformations sur les structures existantes dans la ville, ledépartement. Des documents spécifiques pour les adultes18


professionnels, pour les adultes non professionnels et pourles jeunes restent à construire.64. Suivi des informations et code de déontologieUne des causes d’échec du travail en partenariat est l’ignorancedans laquelle est tenu le terrain sur le suivi des signalementsà la police ou/et à la justice et aux services médico-sociaux.De la même manière que ces signalements sontobligatoires pour les fonctionnaires (article 40 du Code deprocédure pénale), de la même manière une information,dans le respect du secret professionnel, sur les mesuresprises à l’égard du jeune devrait être prévue vers ceux quiont effectué le signalement, et éventuellement vers l’ensemblede la communauté éducative. Personne n’est propriétairede l’enfant signalé…, seul un travail d’équipe pluridisciplinaireet institutionnalisé peut prévenir la récidive etprotéger les jeunes concernés. Cette mesure est un moyende prévention de la construction des carrières délinquanteset des victimations à répétition. Pour l’application de cettemesure, un groupe spécifique de travail doit être constitué,comprenant entre autres des juristes, et des professionnels.65. Justice réparatriceLa répression est une partie de la prévention. Elle doitcependant être la plus éducative possible, impliquant aumieux le sujet, lui faisant prendre conscience des limites desoi et de celles d’autrui. En ce sens les expériences de justiceréparatrice, de médiation pénale et de TIG peuvent encorese développer, ce qui nécessite l’obtention de moyenscomplémentaires pour l’administration de la justice.La formationLa formation66. Formation des adultesLes acquis de connaissance (pédagogie, psychologie, psychiatrie,sociologie, épidémiologie) à propos des adolescentssont très importants depuis une quinzaine d’années.Ces acquis ne sont pas suffisamment diffusés auprès desadultes qui, à un titre ou un autre, interviennent auprès desadolescents.67. Formation initiale communeIl n’existe pas de réelle formation initiale commune entre lesprofesseurs du secondaire et les professeurs des écoles enIUFM (seules quelques heures y sont consacrées), il n’y apas de contacts à ce niveau entre les futurs travailleurssociaux et les futurs enseignants, ni avec les policiers ou lesjuges. Le morcellement des tâches éducatives en est une desconséquences avec une méconnaissance des rôles de chacun,voire un mépris affiché et des accusations réciproquesd’incapacité. Le système universitaire pourrait ici être responsabilisépour offrir une culture commune à ceux qui sedestinent à exercer un métier au contact des enfants et adolescents(connaissance des lois, de la philosophie du droit,y compris du droit pénal, formation spécifique à la justicedes mineurs, prévention, répression, notion de psychologieet de sociologie, etc.). Cette formation initiale pourrait êtrevalidée par un système de coefficient (type ECTS, le systèmeeuropéen de " crédits " de formation qui permettent leséchanges entre universités et les passerelles entre formations).La formation des policiers et gendarmes à la justicedes mineurs et aux finalités de l’ordonnance de 45 éviteraitbien des conflits et incompréhensions avec l’autorité judiciaireet des crispations fortes au niveau de la police deproximité.68. Formation continue et communeCe qui vient d’être dit pour la formation initiale nous paraîtêtre valable pour la formation continue. Cette formationcontinue s’appuiera en grande partie sur des stages localisés,au plus près du terrain et devra être obligatoire, inscritedans le temps de travail des différents corps de métierou/et donnant lieu à indemnité compensatrice.69. Formation initiale des enseignantsDès l’université, les étudiants qui souhaitent se consacrer àl’enseignement doivent recevoir une formation préprofessionnellesur les aspects psychologiques et sociaux de l’adolescence.Un module optionnel de 24 heures donnera lieu àune validation obligatoire pour ceux qui souhaitent se présenterau CAPES.Une commission nationale doit élaborer des référentielsclairs pour tous les enseignants en formation mais égalementpour les aides-éducateurs.Dans beaucoup d’IUFM, la formation initiale consacremoins de six heures aux aspects psychologiques et sociauxde l’adolescence. Il est aujourd’hui nécessaire de traiter cevolet dans le cadre d’un véritable module de 15 heures,incluant notamment : 1. enjeux de l’adolescence; 2. crisesd’adolescence et adolescences en crise; 3. comportements,signes et symptômes; 4. repères, limites et aires de conflictualisation;5. travail et réseaux institutionnels. Cet enseignementdoit également être accessible aux aides-éducateurs.70. Formation à la conduite de groupesLes enseignants passent la plus grande partie de leur vieprofessionnelle à gérer des groupes restreints. Ils ne reçoiventpas ou peu de formation à cette tâche. Sans en faire19


une panacée, il est évident qu’une formation à la conduitede groupe peut être une aide considérable. Il en va demême pour toutes les tâches d’animation d’équipe et deconduite de réunions.71. Formation à la gestion de conflitsVouloir éviter les conflits est une erreur. Apprendre à lesgérer est une nécessité. L’inscription de cette gestion dans lasocialisation professionnelle de tous ceux qui travaillent aucontact d’adolescents et d’enfants paraît donc urgente.72. Formation des formateursUne formation initiale et continue des formateurs – quelsqu’ils soient (formateurs en IUFM, en école d’éducateurs, enuniversité, en école administrative, etc.) – à leurs nouvellestâches est un corollaire des propositions précédentes. Cetteformation des formateurs devra conjuguer formation sur leterrain et formation par la recherche.Mieux vivre dans la ville73. Grands ensemblesvivreNombre de HLM construites dans les années soixante conjuguentaujourd’hui les facteurs défavorables nourrissant l’exclusionet l’intolérance (uniformisation, promiscuité, empilement,non-respect du découpage parcellaire différencié,absence de rue et d’adresse personnalisées, regroupementsubi de populations démunies, etc.). Malgré cela, le sentimentd’appartenance à ces grands ensembles peut être fort.Aussi, s’il convient de poursuivre la politique entreprise dedémolition des " barres d’immeubles " que l’on ne peutréhabiliter, cela n’est légitime que si et seulement si, onassocie étroitement leurs habitants aux projets de reconstruction.Les principes généraux de ces projets, que nousempruntons à l’architecte Pierre Riboulet, devraient être lessuivants :1) re c o n s t ru i re sur le site où l’on a démoli (contrairement auxa p p a rences, les grands ensembles ne sont pas très denses;une place énorme est laissée aux parkings ou terrains plusou moins vagues); 2) tracer à nouveau de vraies rues;3) limiter la taille des immeubles à vingt ou trente logements;4) ne pas dépasser six étages; 5) concevoir des appartementsdifférenciés; 6) contrairement à ce que l’on observedans les espaces extérieurs des grands ensembles, où l’onne sait jamais de quelle autorité on relève, fixer avec précisionune hiérarchie entre l’espace public, géré par la Villeet qui relève de la loi, et les espaces privés qui relèvent del’intimité. Une démolition non concertée, sans projet de remplacementviable, ne fait que créer déchirement et perte dusentiment d’appartenance.74. Adaptation des espaces aux adolescentsAccroître la convivialité des lieux existants (cantine scolaire,internats, cinéma, etc.). À chaque création d’espace urbain,la question de son adaptation aux populations jeunes doitêtre systématiquement posée, sous peine de rejet ensuitepar les populations concernées.75. Espaces de rencontrePermettre aux jeunes de disposer d’espaces libres de rencontresà proximité des établissements scolaires est unenécessité quand ces écoles sont excentrées. L’école doit êtredans la ville. Ces lieux doivent n’avoir aucune dépendanceadministrative vis-à-vis de l’école.76. Lieux de convivialitéLes maisons des lycéens prévues par la loi, les foyers socioéducatifsdans les collèges, et toute occasion de créer deslieux de convivialité dans les établissements scolaires etdans la ville doivent faire l’objet de la plus grande attentionet impliquer les jeunes eux-mêmes. Les budgets pourraientêtre en grande partie alloués par la politique de la ville.77. Bancs publicsLieux d’élection des jeunes et des vieux, ils leur permettentde se poser, de se regrouper, d’échanger et de se placer enobservateurs des allées et venues citadines, plutôt que dedevoir être toujours " en action ". Il convient de les multiplieret d’en réhabiliter l’usage, en veillant à les rendre confortablescar, trop souvent, le design prime sur le confort(angles aigus, matériaux froids au contact comme à la vue,tel l’acier, ou bancs anti-SDF).78. Améliorer la sécurité routière des adolescents parla prévention activeLes jeunes meurent encore beaucoup trop sur les routes enFrance; il convient, pour améliorer cette situation, de formerles adultes et les jeunes à une meilleure prise en compte desrisques routiers. La prévention active, par l’information etl’appel en une conduite, est une première nécessité. Dansl’examen du permis de conduire un module spécifique surles risques encourus pourrait être inclus. L’information sur lesrisques spécifiques liés aux deux roues doit être renforcée(dépliants diffusés à l’entrée des autoroutes, par exemple,dans les parkings publics ou les lieux de vente des voitures).Des réunions locales pourraient étudier avec les jeunes euxmêmesles risques spécifiques à un quartier ou une ville etorganiser des opérations concernant les sorties nocturnes etles reconduites au domicile.20


99. Revenir sur les " cofinancements "De même les montages dits en " cofinancement " redoublentles difficultés de montage de dossier et permet parfois auxinstitutions publiques de se désengager, tout en créant destensions délicates entre chefs de projets (souvent contractuels),fonctionnaires divers et usagers volontaires. Unerégie unique d’attribution des subventions et dotée demoyens humains significatifs (par redéploiement et regroupementdes services trop éclatés) pourrait être créée auniveau municipal (avec une antenne dans les mairies deproximité ou les centres sociaux). Cette régie unique seraitcontrôlée par un conseil d’administration comprenant lesdivers coordinateurs de projet, des représentants des élus etun nombre significatif d’habitants, y compris des jeunes. Ceconseil d’administration serait élu pour trois ans, renouvelablepar moitié tous les deux ans.100. Finances des associationsUn service municipal d’aides-comptables spécialisés dansles associations doit pouvoir aider celles-ci à se recentrer surleurs missions principales et non à s’angoisser dans uneincessante chasse aux subventions. Ces aides-comptablesne seront pas des " commissaires aux comptes ".Dans le même esprit un " lobbyiste " municipal pour lesassociations doit pouvoir les aider dans les méandres complexesdes subventions publiques. Il sera également à mêmed’impliquer les entreprises locales dans les projets associatifs.23


LES ORIENTATIONSpour l’actionproposées par le ministère délégué à la VilleLes objectifs généraux du rapportA l’instar du rapport Roques pour la lutte contre les toxicomanies,il s’agit de :- organiser une réponse claire et objective à l’interpellationfréquente de l’opinion publique concernant la violence desjeunes,- vérifier un certain nombre d’hypothèses, de présupposés,de préjugés concernant les jeunes - agir en dehors de lapression de l’actualité,- répondre par la mise en lumière des souffrances subies parles jeunes,- rétablir un rapport juste entre souffrances et violences,- lever la pression stigmatisante sur les jeunes des quartiers,- ancrer l’idée de la nécessité d’un débat sur l’éducation ausens large, pour une responsabilisation et une mobilisationdes acteurs.Les objectifs opérationnelsdu rapportIl s’agit, dans le cadre des contrats de ville, de :- réfléchir à une organisation urbaine qui prévoit une place,c’est-à-dire des lieux, pour les jeunes dans l’espace public,- développer les occasions et les structures permettant auxjeunes de s’exprimer et de participer à la vie de la cité,- réduire les souffrances des adolescents et des jeunes, cequi revient à renforcer leur sécurité matérielle, psychique etsociale,- faire levier pour valider des démarches déjà enclenchéeset préparer des actions nouvelles, notamment pour mettre enœuvre des projets éducatifs locaux qui impliquent la famille,l'école, la ville et toutes les institutions qui façonnent lavie quotidienne des jeunes,- mettre en place un droit à l’éducation après 16 ans pourune égalité des chances entre les adolescents,- organiser, sur les sites en contrats de ville, des programmesde veille éducative, en lien avec tous les dispositifs existants- Nouvelles chances, TRACE - pour éviter les rupturesde parcours éducatif.Les constats- On impute le plus souvent aux seuls jeunes des quartierspopulaires, ou à ceux issus de l’immigration,toute la violence. 0Leur originalité juvénile qui se marque, par exemple, par lecomportement vestimentaire, en fait des suspects tout désignés.C’est comme si les autres violences, violence desbeaux quartiers et également des campagnes, plus invisibles,celles qui se cachent, celles que l’on cache, pouvaientêtre impunies et oubliées : ivresse, fugues, anorexie,mutisme…C’est comme si la violence des jeunes des familles sans histoiresn’existait pas.On parle le plus souvent de la violence des jeunes,sans relier l’effet à la cause, c’est-à-dire sans évoquerleurs souffrances.Les cinq chercheurs l’affirment également : il n’y a jamais deviolence gratuite. Toute souffrance est une violence subie. "Avoir mal, faire mal, mettre à mal " sont trois actes indissociables,ce qui oblige à penser autrement que dans desrapports binaires : la santé ou l’éducation d’un côté, la préventionde l’autre.Les chercheurs ont voulu démontrer, avec toutes les nuancesnécessaires, que la violence fait partie de la vie et qu’elledoit être assumée. La culture est justement ce qui met à distance,met en forme et permet d’endiguer cette violence. Ledéni de la violence la fait au contraire resurgir avec d’autantplus de force et de façon inattendue.Quant à la violence des jeunes, c’est une vieille histoire,pour re p re n d re l’amusante redondance d’EricDebarbieux, " le vieux passé de la violence des jeunes ".Par delà les réflexes défensifs et les représentations dominantes,il convient de relativiser cette soi-disant nouvelle sauvageriedes jeunes d’aujourd’hui, qui revient comme uneinsupportable ritournelle au cours de notre histoire.Elle manifeste que " si l’on a peur pour ses enfants, on aaussi à nouveau peur des enfants ".24


- La violence n’est donc pas le propre des adolescents,et on ne saurait faire " porter toute la responsabilitéde l’irruption du mal " aux seuls jeunes auteurs de violences.Parce que " la violence s’inscrit dans la relation ", elleimplique l’ensemble des protagonistes et c’est "à l’hôpital,à l’école, et dans la famille, que le scénario de la violencese trouve programmé. "- On peut retenir en priorité qu’on ne saurait donc comprendreles mécanismes de la violence et de la souffrancedes jeunes sans prendre en compte d’une part les causes "macrosiociales " - inégalités, chômage, pauvreté - et d’autre part, le fait que ces causes sont plus ou moins activéeset aggravées par le contexte relationnel que rencontrentles jeunes.Il convient de reconnaître, dans l’inextricable réseau deconjonctions conduisant aux violences, agies ou subies,qu’on ne saurait nier l’influence des conditions de vie desjeunes.- L’école prend une place très importante dans la viedes enfants et l’échec scolaire est une cause de souffrances.Cela peut paraître une banalité, mais des enfants quiréussissent, s’intègrent souvent sans difficulté, et plutôtque la tolérance zéro, présentée à tord comme un modepossible de régulation, on devrait tout faire pourre m e t t re en cause la notion d’échec scolaire, qui est àrebours même de l’idée d’éducation, dont le rôle pre m i e rest d’ouvrir au monde. Cela éviterait des souff r a n c e squ’on peine à imaginer. Ce sont celles que vivent desmilliers d’enfants, en échec sans en compre n d re lesvraies raisons, et poussés malgré eux vers la sortie d’unsystème qui les rejettent. On comprend mieux ensuite lesviolences consécutives aux humiliations répétées : violencescontre soi (dépression ou suicide) et/ou violencesc o n t re les autres (vandalismes, agressions).Mettre en lumière la violence cachée, la violence tue, qu’ellesoit celle que subissent les jeunes ou celle qu’ ils commettent,c’est révéler des vérités crues, par exemple quel’école démocratique se cherche, que l’école de masse faitsaillir les inégalités, et que la violence des uns est le résultatd’une violence larvée bien plus cruelle, celle qui consiste àenfoncer dans l’échec des enfants à qui l’on demande desavoir ce qu’ils sont venus apprendre.Une des violences les plus insidieuses consiste à empêcherl’expression, à réduire au silence.La pratique du racket, ou du viol est toujours conjuguéeavec celle d’une terreur de la parole, une interdiction del’expression de la souffrance. Par ailleurs, on pourra reconnaîtreque, bien que le langage soit le moyen le plus élaboréde l’accès au symbolique et donc de la culture, l’expressiondes jeunes dans la société est trop souvent confisquéeet disqualifiée. La diversification des moyens d’expression,notamment ceux qui relèvent de l’expression ducorps et les langages visuels, est essentielle pour donner àtous une chance de mieux maîtriser leur violence.D’autre part, filles et garçons n’ont pas le même rapport aulangage ce qui joue un rôle dans le passage ou non à l’actede violence.- La commande de ce rapport à l’INSERM a égalementson importance. Braquer le projecteur sur les souffrancessubies par les jeunes pour qu’elles soient révéléesdans toute leur vérité et leur ampleur, est absolument nécessairedans un exercice de clairvoyance collective pour préparerles actions à mettre en place.A cet égard, l’étude épidémiologique menée par MarieChoquet, qui insiste sur le tabou que constitue en France laviolence subie par les jeunes, est très significative.Les chiffres et les données sont éloquents : les statistiques dedécès des 15-24 ans sont formelles : les jeunes sont d’aborddes victimes.Violence routière et violence sur soi sont les premièrescauses de décès. Lorsqu’un adolescent meurt, il s’agit pour38% d’un accident de la circulation, dans 15% des casd’un suicide et dans 1% des cas d’un homicide.La mortalité est moins élevée chez les filles. Les zonesrurales et les petites villes sont surtout concernées, ce quibouscule les idées reçues.Les différences entre filles et garçons sont également prisesen compte. Les garçons sont à la fois auteurs et victimes deviolences physiques. Les filles font des tentatives de suicideet sont victimes de violences sexuelles. Si les violences diminuentavec l’âge, c’est au collège que les conduites violentessont les plus fréquentes.Ces différentes données permettent d’anticiper pour enrayerles conduites violentes. Un certain nombre de critères sontidentifiables, parmi lesquels la qualité des relations familialeset la qualité de la vie scolaire apparaissent les plusimportants.25


Toutefois ce qui ressort le plus fortement est le triptyqueindissociable : violences agies, violences subies, violencesur soi. " La violence est bien un clignotant de la souffrance" et la violence contre les autres ou contre soi-mêmeest une violence contre sa propre peau ou celle des institutions.Pour ce qui concerne les jeunes dits en difficulté, ilssont plus concernés que les autres par la violence. Ilssont plus victimes que les autres. Ainsi, 26% des jeunesen insertion et 48% des jeunes suivis par la protection judiciairede la jeunesse (PJJ) ont subi des violences physiques.Parmi les filles suivies par la PJJ, 55% ont subi des violencessexuelles. D’autre part, ils sont davantage concernés par lesuicide. Enfin, ils se disent plus violents que d’autres.Les propositions pour une préventionglobaleElles ont deux mérites essentiels : d’abord, les chercheursont su quitter le terrain de la théorie et de leur disciplinescientifique pour proposer des solutions très concrètes ;d’autre part, elles mettent en évidence la nécessaire globalitédes politiques à adopter.Certaines des propositions sont déjà mises en place par legouvernement mais elles doivent être consolidées. D’autrespourraient opportunément être mises en œuvre en tenantcompte, dans chaque site en contrat de ville, des besoinslocaux.L’organisation collective de l’éducation : famille, école etsociété rassemblées.Cette responsabilité partagée peut être mise en œuvredans des projets éducatifs locaux auxquels travaillent lesparents, les enseignants, les acteurs sociaux et les élus.La mise en place, pour les enfants comme pour les adultes,des conditions d’une culture du respect mutuel, de l’écouteet du dialogue.Cette culture ne va pas de soi mais se construit. Les conseilsd’élèves comme les conseils de la vie lycéenne, mais aussiles lieux de débats collectifs ou les groupes de parolesd’adultes- éducateurs permettent de résorber les souffranceset de prévenir les violences.La valorisation de l’acte éducatif et des compétences desenfants.Les adultes en charge d’éducation doivent être renforcés,aidés et valorisés. Les enfants doivent être rassurés sur leurscompétences et discerner clairement la réussite toujours possible.ConclusionOn retiendra pour conclure que s’il existe bien une fabricationde la violence, il s’agit de la regarder en face pour éviterd’en reproduire ad nauseum les mécanismes. D’autrepart, il n’y ni fatalité ni hasard, et l’action collective est lemeilleur rempart à une spirale qui va de la souffrance à laviolence.Il convient de s’appuyer sur le foisonnement d’initiatives etsur les multiples partenariats déjà mis en place. En effet, lesdynamiques créées par les contrats locaux de sécurité, lescomités d’environnement social des établissements scolaires,les contrats éducatifs locaux, les conseils communauxde prévention, les comités d’éducation à la santé, les missionslocales, doivent être encouragées. Elles sont tout aussiimportantes que les décisions nationales et leur coordinationest sans doute la clé d’une meilleure prévention dessouffrances et des violences des jeunes.On peut mettre en évidence que, si ces propositions nécessitentdes moyens supplémentaires, elles relèvent surtoutd’un changement de mentalité qui s’articule autour detrois idées principales :26


SOUFFRANCESET VIOLENCESÀ L’ADOLESCENCELES AUTEURS :Patrick BAUDRY : Professeur de sociologie à l’université Michel de Montaigne Bordeaux 3. Il est l’auteur de :Le Corps Extrême (1991), La Pornographie et ses images (1997), et La Place des morts (1999).Catherine BLAYA : Coordinatrice des projets européens à l’Observatoire européen de la violence scolaire. Ellea publié Femmes et dictatures : être chilienne sous Pinochet (2000).Marie CHOQUET : Directeur de la recherche à l’INSERM, Responsable de l’équipe " Santé de l’adolescent ".Elle a dirigé de vastes enquêtes épidémiologiques publiées entre autres dans " Attentes et comportements desadolescents ", avec S. Ledoux (1998).Eric DEBARBIEUX : Professeur de sciences de l’éducation, Université Bordeaux 2, Directeur de l’Observatoireeuropéen de la violence scolaire. Ses livres principaux sont : La violence en milieu scolaire.1 Etat des lieux(1996) - La violence en milieu scolaire.2 Le désordre des choses (1999).Xavier POMMEREAU : Psychiatre, responsable de l’unité médico-psychologique de l’adolescent au CentreAbadie, CHU de Bordeaux. Il a écrit : L’adolescent suicidaire (1996), et Quand l’adolescent va mal (1997).Le rapport est édité chez ESF sous le titre" Souffrances et violences à l’adolescence.Qu’en penser ? Que faire ? "139 F28


Ces textes présentent la synthèse d’un rapport remis au ministre délégué à laville en novembre 2000.Il a été commandé à l’INSERM par Claude BARTOLONE, pour renverser lalogique habituelle qui met plus souvent en lumière la violence des jeunes queleurs souffrances." Séparer de façon artificielle la souffrance, qui relèverait du monde médical,de la violence, qui relèverait de la justice, est un traquenard idéologique "." Le vieux passé de la violence des jeunes " sert surtout à entretenir la dénégationd’une responsabilité collective du monde adulte.Ce rapport apporte un éclairage nouveau sur la question et nous conduit àremettre en question nos pratiques éducatives et préventives. D’abord, il lie violenceset souffrances des jeunes grâce à des approches différenciées : sociologique,psychopathologique, éducative et épidémiologique. L’analyse trèsnuancée met en évidence que " faire mal et avoir mal " sont indissociables etque les " microviolences " répétées génèrent progressivement des carrières devictimes et des carrières délinquantes." Les chercheurs ont su conjuguer exigence scientifique et rudesse de la propositionpratique, soucieux d’efficacité et conscients de leur responsabilité à fairepartager leur savoir. "Parents, enseignants, éducateurs, magistrats, chefs de projets, élus, soignantsou policiers y trouveront les clarifications et les propositions nécessaires à leurtâche éducative.Les auteurs :Patrick Baudry, Catherine Blaya, Marie Choquet, Eric Debarbieux,Xavier Pommereau.Ce rapport est édité chez ESF sous le titre “ Souffrances et violences à l’adolescence.Qu’en penser ? Que faire ? “Prix : 139 FService de presse du ministère délégué à la VilleLionel BordeauxTél. : 01 40 56 61 36MINISTÈREDÉLÉGUÉA LA VILLEDirectrice de la publicationClaude BrévanRéalisation : P. THEREAUImprimé en France : AFTER PRESSDépôt légal : Novembre 2000Délégation interministérielle à la ville194, avenue du Président Wilson93217 Saint-Denis la Plaine CEDEXTél. : 01 49 17 46 46Site Internet : www.ville.gouv.fr

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