'9;.zine de l'amitié entre les peuples - Archives du MRAP

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'9;.zine de l'amitié entre les peuples


UN MAR/ABEParcourez un quotidien ouun magazine, ouvrez la radioou la télé : le racisme està l'ordre du jour.Une mode? Non. Chacunsent bien que se jouent là leprésent et l'avenir de notresociété. Saura-t-elle s'assumerdans la plénitude de sadiversité ? Saura-t-elle trouversa juste place dans la familledu vaste monde et entrerde plain-pied dans lemillénaire nouveau ?C'est au milieu de ces interrogations,de ces mutations,que Différences change.Pourquoi ? Pour vous fournirdes données, des analyses,des ouvertures qui ne setrouvent pas ailleurs. Desclefs pour mieux comprendreet se comprendre. Etplus encore, peut-être: despistes pour agir.Le MRAP, qui a créé cemensuel voici bientôt sixans, et qui éditait par ailleurspour ses adhérentsDroit et Liberté, a décidé deles réunir. En ces temps dedifficultés pour la presseécrite, inutile d'insister surles impératifs financiers.Mais une seule publicationpeut-elle en remplacerdeux ? Dans ce cas précis, lepoids dans l'actualité desévénements dont nous traitons,l'intérêt que l'opiniony porte, nous conduisent àpenser qu'un tel mariage estpossible et qu'il peut êtreheureux.C'est ainsi que, d'un coup,Différences double le nombrede ses lecteurs. Pour répondreaux besoins de tous,il faudra aux deux rédactionsjointes des efforts, del'invention et, sans doute,des tâtonnements. Mais ilfaudra également vos critiques,vos suggestions. Lecteurs,écrivez! Aidez et défendezDifférences. 01>ifférencesJANVIER....1W:::lt­e.,) les enjeux de 1992 ...:::lo:EDIRECTEUR DE LA PUBLICATIONAlbert LévyREDACTIONRédacteur en chefRené FrançoisSecrétariat de rédactionmaquettes:Véronique MortaigneIconographieJoss DrayADMINISTRA TlON/GESTIONKhaled DebbahPHOTO COUVERTURENoël MonnierONT PARTICIPE A CE NUMERO:Robert Pac, Rabha Attaf, Chérifa Benabdessadok,Yves Thoraval, Laure Lasfargues,Gérard Coulon, Germaine Dupont,Marcel Durand, Françoise Dasques,Souad Belhaddad, Louis Mouscron


III 1UNE ET UNEDeux manifestations antiracistesen une semaine, c'estsans doute trop. Et bonnombre des dizaines de milliersde participants n'ont pascompris en quoi les manifestationsdu 29 novembre et du5 décembre pouvaient biens'opposer. D'autant que denombreuses organisations appelaientaux deux protestations.De longues et difficiles négociationsont pourtant eu lieu,rien n'y a fait. Le pourquoi etle comment ont été largementtartinés dans la presseet chacun désormais sait quela proximité des élections etle poids électoral des jeunesissus de l'immigration ontsuscité bien des appétits dansles partis politiques.On ne refusera pas ici auxpartis le droit de s'intéresserà l'antiracisme - voire à enfaire un élément de leur activité.On regrettera simplementque cet intérêt conduiseà diviser les forces. Dans unmoment où des Français sontsensibles aux thèses xénophobes,il y a sans doutemieux à faire.ETRANGE DILEMMELe 29 novembre à Paris, la première des deuxL'appel lancé dans Le Mondepour la manifestation du 29novembre ressemblait ainsiplus à un bottin de groupe àl'Assemblée nationale qu'àun large appel à la mobilisation.Au point que plusieursassociations et organisationsont préféré s'abstenir. Ensomme, le refus du fait accompli.Au bilan, une manifestationfragmentée, pas aussi puissantequ'on pouvait l'espéreret certaines associations anti-racistes qui apparaissentcomme otages d'une batailleélectorale encore à venir.Le 5 décembre, ceux du 29manquaient à l'appel, commesi chacun avait choisi « sa »manifestation. Dommage.Nombreux ont été les mouvementsqui, comme le MRAP,avaient tenu à être présents àchaque fois. Mais il ne faudraitpas que l'état d'espritqui présidait à la préparationde ces actions perdure. Souspeine d'indifférence. 0PEU DEFRANÇAISAU CONGRESFaut-il construire 30 loge- ciaux à la place du foyer. Lements sociaux et expulser 140 BAS (Bureau d'aide socialetravailleurs immigrés, ou -sic), gérant, décide la fermaintenirces locataires et ne meture du foyer avec depas construire de loge- vagues propositions de relo- La communauté juive dements ? Tel est l'étrange di- gement. Des primes (autour France a boudé les élections delemme auquel mène l'affaire de 1 000 F) sont proposées ses représentants au 31 e Condufoyer Bisson dans le 20· aux locataires durant l'été grès sioniste qui a eu lieu enarrondissement à Paris. pour les inciter à partir. décembre à Jérusalem. SeulsMauritaniens, Sénégalais et «L'incitation» n'en reste pas 2 070 des juifs français ont prisMaliens habitent depuis plu- là: les salles communes sont part au vote. Pourtant plusieursannées ce foyer, d'ail- démunies de leur matériel sieurs ministres israéliens seleurs rénové en 1978 sur des puis fermées, une journée sont relayés à Paris pour tenfondspublics, et paient régu- portes-ouvertes prévu mi-dé- ter de faire augmenter le nomlièrementleurs loyers: cembre est interdite, l'eau bre d'inscrits qui a plafonné à1 616 F la chambre de 8 m 2 des fuites non réparées se 35 000.(un lit) et 3 450 F la chambre répand, des sources de gaz Il semblerait, d'après Tride25 m 2 (trois lits). Le bâti- sont coupées. Le 25 no- bune juive, que les jeunesment se trouve à quelques vembre, le tribunal adminis- «mettent (de plus en plus) leurmètres à l'extérieur de la tratif de Paris a tranché en idéalisme au service d'autreszone en cours de rénovation faveur du BAS. Le Comité causes ». Ce journal note égaconfiéeà la Régie immobi- de défense des locataires et lement les nombreuses anomalièrede la Ville de Paris. un très large collectif local, lies qui ont marqué le scrutin :Mais, le Logement français, où agit le MRAP, ont une dans cinq bureaux, le nombreune société anonyme dépen- position et une seule: ils de votants était anormalementdant des HLM, actuel proprié- réclament la réhabilitation du élevé et en Guadeloupe, sur 50taire des murs, décide de f 0 y ers ans a u c une votants, 50 bulletins allèrent______________________ -L-=co~n~s~t~ru=i~re~3~0~10~g~e~m~en=t=s~so~-__ ~ex~p~u=l=si=o~n=.~D=_ ____________ L_a-u~p~a-r-ti-H--e-ro-u-t_h_(~!~)._D____ ~EPURATIONJean-Marie Kohler est chercheurà l'ORSTOM (Institutfrançais des recherches scientifiquespour le développementen coopération). Ilvient d'être rappelé enFrance ces jours-ci, après dixans de mission en Nouvelle­Calédonie.Menacé de mort à plusieursreprises, son bateau coulé àla bombe, le scientifique,dont les travaux font autorité,a eu le tort de ne pas êtrehostile aux Canaques et de nepas trouver systématiquementniaises les thèses desindépendantistes.Collaborateur de Témoignagechrétien, Jean­Marie Kohler avait sorti enmai dernier une étude montrantsans complaisance lesinégalités coloniales àl'œuvre dans le Territoire.A ce chercheur politiquementnon engagé, la directionde l'Orstom reproche deDifférences .:..- n° 74 - Janvier 1988s'opposer « à la politiquefrançaise dans le Territoire[en mélangeant] l'engagementpolitique et sa qualité de chercheur». C'est, crûment affirmée,une sanction politique.Et qui applaudit cette décisionde bannir un scientifique? Toute « l'abominablemaffia qui ruine l'avenirmême des intérêts françaisdans l'île, ainsi que celui dequantité de petites gens qui s'ysont installés depuis plusieursdécennies », affirme Jean­Marie Kohler, en montrantdu doigt la mouvance duRPCR et du Front calédonien.Le récent procès de Nouméaoù les meurtriers de dix militantscanaques ont étéacquittés avait consacré lalégitime défense préméditée~1'0rstom vient de recréer unevérité scientifique coloniale.C'est grand , la civilisation! 0_DEMENCE VERBALEAU QUOTIDIENLe Quotidien de Parisoublie parfois l'art de ladentelle. Il rejoint lescrocheteurs du mensongegrossier, du lourd à digérer,du pas très propre, desmémoires très très courtes.C'est le cas d'un billet parudans l'édition du5 novembre, intitulé Mescousins.L'auteur n'y va pas de mainmorte.Les femmesétrangères y sont assimiléesà des « femmes-matrices(entrées) chez nous commedes reines termites pour ypondre et pondre encore »,tandis que «l'épicier ducoin» a tant de frères «qu'ilspatrouillent (sic) par groupesdans le voisinage ».Christian Charrière s'inquiètepour ... son fils: «Le pauvre,s'exclame-t-il! dans dix ans, ilsera comme un immigrédans son propre pays. » Lepropos explicite de ce pèrede famille charitableconcemait l'émission lesDossiers de l'écran, intituléeLes beurs partent auxFrançais. Mais la psychoseanti-immigrés nourrie dehaine et de vagues vaguesà-l'âme,para11' bien ètre levrai message. Une termitièreça s'écrase, n'est-ce pas? Età coups de bottes, c'est plusefficace. A bon entendeursalut!Mais le représentant de laLigue des Etats arabes àParis, M. Essid, ne l'entendpas de cette oreille. Aprèsavoir attiré «l'attention desresponsables du Quotidiensur la démence verbale deleur collaborateur », sanssuccès (car C. Charrière n'enest pas à sa premièrerécidive), la Ligue entendprendre « toutes lesdispositions pour que cetteaffaire ait les suites judiciairesqu'elle exige ». 0VOTE A AMIENSPlus de 1 000 inscrits, 729 votants àAmiens ce dimanche 19 décembre. Paspour une de ces « partielles» quijalonnent l'année politique. Ce sontles immigrés qui élisaient quatrereprésentants associés au conseilmunicipal. Seize candidats étaient enlice, Ahmed Nouri (Maroc), AhmedLamamra (Algérie), Sarleye Bathily(Sénégal) et Armando Lopes(Portugal) représentent donc lescommunautés étrangères.Ce vote - une première en France dansune ville de cette importance - est desimple justice. Ce qui n'a pas empêchéle Front national de manifester contrele maire communiste sur le thème « leparti de l'étranger est devenu le parti 'des étrangers ».Aù-dede cette anecdote, l'importantest qu'un pas consistant a été faitpour faire de ces communautés descitoyens responsables. La quatrevingtièmeproposition du programmede 1987 (droit de vote local) ne futjamais appliquée à Amiens, elle entredans la vie.Il


IlDU COUPON A L'AVIONHarold est Namibien, réfugié qui a fuit l'apartheid. Il a failli être expulsé pour un ticket de busà la veille d'une soutenance de thèse. Un enchaÎnement infernal aujourd'hui réglé.Harold Ramsay Urib estétudiant, résidant enFrance, boursier dugouvernement français. Unjeudi du mois de novembre, ilprend un bus pour se rendre àla fac. Le lendemain, il doitsoutenir sa maîtrise. Contrôledes billets par un policier _accompagné de deux agents dela RATP. Le coupon n'est pastout à fait en règle. Un numéroa été barré, un autre, celui dela carte de Harold, inscrit.Litige, contrôle de police: letitre de séjour de Harold n'estpas tout à fait en règle.Quelques heures plus tard,aux environs de 19 h dans leslocaux d'un commissariat de laSeine-Saint-Denis, Harold serend à l'évidence: il va êtreexpulsé à Johannesbourg,Militant de la SWAPO, leMouvement de libération de la ~Namibie, il risque, au choix, la ~prison ou la potence. L'étu- ..;diant explique la gravité de lasituation aux deux inspecteursqui prennent en main son dossier.Ceux-ci sont catégoriques.La décision est sans africains. Ainsi va la vie pourpar des militaires blancs sud­appel. Mais que s'est-il donc les 480 lycéens de Petruspassé?Kaneb Secondary School àUis. Un dimanche matin, unUn revolvergroupe d'élèves, dont Harold,reviennent d'une sortie sporpourun sandwichtive dûment accompagnés par1977 : la Namibie est, de fait, leurs maître-militaires. Le carune colonie sud-africaine. Le s'arrête ... Les enfants descensouvenirde Soweto est là, frais dent casser la croûte.dans les mémoires et dans la La ration est d'un sandwichvie quotidienne des lycéens par personne, mais l'unnamibiens. En vertu de la poli- d'entre eux en prend deux.tique de bantoustanisation, Aussitôt, le maître brandit unHarold, lycéen, 17 ans alors, revolver menaçant sur l'enfantn'a pas le droit de fréquenter trop gourmand. C'est le choc.le lycée de la ville où habite sa Les élèves jettent dans un gestefamille. Il est affecté dans la collectif spontané, leurs sandrégiondont il est originaire. wiches sur le militaire. Le len­C'est comme si, en France. on demain, c'est la grève généraleenvoyait tous les Bretons en au lycée.Bretagne et les Beaucerons à Exclusion tout aussi généraleChartres.des 480 fauteurs de troubles.En vertu d'un autre méca- Puis, l'administration du lycéenisme de l'apartheid, les ensei- décide la réintégration indivignantscivils ont été remplacés duelle. Objectif: repérer lesHarold Ramsay Urib : Pour lui tout finira bienmeneurs. De jeunes enfantssont menacés, frappés. Dixgarçons et deux jeunes fillessont effectivement exclus dulycée, mais aussi de tous leslycées et écoles du pays, interditsde travailler, interdits decirculer hors du lieu de résidencede leurs parents, durantcinq ans!Harold refuse le bannissement.n adhère à la Swapo etrejoint la capitale, Windhoeckpuis, clandestinement, le Botswanaet la Zambie. Là, il passeun test d'admission à l'Institutdes Nations-unie pour laNamibie où il reste deux ans.Muni d'un passeport del'ONU assuré d'une boursefrançaise, il débarque à Vichyen 1982.1987. Paris, capitale des droitsde l'homme. Dans les locauxde la police, Harold ne comprendplus rien. On l'expulsethèse: toutes ces annéesd'efforts pour rien? Les inspecteurs,eux, comprennent,mais vous savez, lui disent-ils :.« Il y a 7 millions d'étrangersen France, et on ne peut pasaccueillir tous les malheureuxdu monde! »Harold Uri ne s'attendait pasà un tel retournement de situation.Les histoires de papiers,c'est le cauchemar depuis unbon moment. Depuis 1983,date à laquelle il est venu s'installerdans la région parisienne,on ne délivre à Haroldque des récépissés de courtedurée, à cause des délais detransfert de son dossier administratifet parce qu'il lui fallaitattendre de passer samaîtrise (prévue pour le lendemainde son arrestation) pourobtenir une inscription enDEA, condition indispensableau renouvellement de son permisde séjour. Le lundi, il seserait présenté à la préfecture,mais la loi Pasqua a frappé lejeudi.Liberté ...au nom de la solidaritéAujourd'hui, Harold est heureux.Tout d'abord, il a passésa maîtrise avec mention trèsbien (1), s'est inscrit en DEA.n a ainsi pu obtenir une cartede séjour d'un an. Sa boursea été renouvelée par le ministèredes Affaires étrangères.Un retournement de situationdû aux efforts des militants duMRAP, et notamment à sonavocat, Me Didier Seban, auxamis, professeurs, fonctionnaires,étudiants et syndicatsde l'université de Villetaneusesans lesquels il n'aurait étéqu'un expulsé de plus ...Et un prisonnier de plus àJohannesburg. 0CHER/FA(1) Dont le thème est: La Namibie,colonie d'apartheid perspective d'indépendance.A tout éditeur bon enten­la veille de sa soutenance de deur, salut !I~==~~--~~--------~--~----------------------------------~TOUR D'IVOIREEtre étudiant étranger en France,c'est déjà faire partiedu « bon lot »,et pourtant. ..La France est l'un despays développés quiconsacre le plus faiblepourcentage de son PIB àl'enseignement supérieur.Dans la grande misère desfacs françaises, les étudiantsd'origine étrangère, et singulièrementles beurs, se sententen déstabilisation chronique.Si le nombre d'étudiantsd'origine ouvrière estévaluée à environ 6 p.100,celui des étudiants provenantdes familles maghrébines immigréesne dépasse pas le1 p. 100.Malik, étudiant à l'universitéd'Aix-en-Provence, prépareune thèse de doctorat sous ladirection du Pr BrunoEtienne. Non-boursier,Malik travaille comme surveillantd'internat trois jourspar semaine pour vivre etpouvoir étudier. «Pournous, explique-t-il, les conditionsd'études ont toujours étédégradées. Les filles font desménages, l'un vend des bonbonsl'autre des primeurs.Nos parents n'ont aucunmoyen de nous aider. » Sesamis et lui animent une associationd'étudiants algérienssur Aix-Marseille (1). «Ladénomination "algérien"n'évoque pas pour nous unenationalité juridique, la plupartd'entre nous sont français,mais un lien sentimentalo-culturelavec le pays d'originede nos parents. Cetattachement est renforcé parun racisme ordinaire, un rejetquotidien. »A l'instar de ses amis parisiensqui viennent de créer àleur tour une Association desétudiants algériens issus del'immigration (2), Malik entendrester lié à la communautéalgérienne vivant enFrance. « Notre communautéest menacée et quand celaDifférences - n° 74 - Janvier 1988devient une question de vie oude mort, nous ne pouvonsconsidérer l'université commeune tour d'ivoire qui nousprotégerait de la violence. »Aziz, étudiant parisien esttout aussi catégorique.« L'immigration, affirme-t-il,n'est pas saucisonnable. Nousne pouvons être le wagonprésentable que quelquesbons contrôleurs de cette sociétéauront sélectionné. Noussommes la continuité naturellede nos parents. »des · agents de service au seindu mouvement. Les étudiantsissus de l'immigration ne sontpas représentés dans lesstructures supérieures. »L'Association, à vocationculturelle, aura pour but l'entraide,la solidarité, maisaussi la recherche, la publicationd'articles et d'études.«Nous désirons témoigner,précise Aziz, sur notre vécu etnotre devenir. »Hakima et Malika poursui-« L'immigration n'est passaucissonnable.Nous ne pouvons êtrele wagon présentableque quelques bonscontrôleurs de cette sociétéauront sélectionné »Par rapport à la créationd'une association d'étudiantsbeurs, Aziz s'explique:« Nous appartenons à des milieuxpopulaires, et la sélectionpar l'argent, on la traîneà nos pieds comme un bouletmême lorsque l'enceinte del'université nous est ouverte.Nous rencontrons, en plusd'autres difficultés liées à lasituation culturelle et intellectuellede nos parents. Cheznous, on ne discute pas desrésultats des contrôles, del'orientation scolaire, il n'y apas de livres, de disques, il n'ya pas d' habitude du débat. »Le mouvement étudiant dedécembre 1986 a été déterminantpour les étudiantsétrangers. «Nous noussommes rendu compte aprèscoup que nous étions un peuvent toutes les deux desétudes de langues étrangèresappliquées. L'une fait dubaby-sitting, l'autre assureune animation une fois parsemaine et donne des coursparticuliers. Elles se sententbien dans l'association. « Onest passé par les mêmes expérienceset les mêmes galères. »On comprend mieux,semble-t-il, dans un cadre dece type, les problèmes desfilles. Celles, nombreuses,dont les parents n'acceptentpas qu'elles soient sortiesaprès 20 h.Ailleurs, il est sûrement plushumiliant d'avouer cette réalitédifficile, souvent douloureuseque vivent les jeunesfilles d'origine algérienne.Dans l'Association, la mixitéest geree d'une autre manière,dans une complicitéliée à la connaissancecommune et directe des traditions.« Même si, affirmentMalika et Hakima, nous voulonséviter le repli sur soi touten ne nous coupant pas de nosorigines. »« Et puis, ajoute Hakima, onse file des tuyaux pour lespetits boulots. »Par le caractère complètementminoritaire de leurréussite scolaire, les étudiantsd'origine algériennevivent paradoxalement unesorte de complexe par rapportà leur communauté.Comme si cette réussite trahissaitune rupture avec celleci.Aussi l'Association tient àcombattre ce complexe et àinciter les jeunes à s'accrocherà leurs études, notammentpar des cours desoutien scolaire.Pour Aziz, s'intégrer signifieaussi ne pas avoir honte deprendre la nationalité française,reconnaître la réalitéde la délinquance sans sesentir tout d'un coup antiarabe.« Nous n'avons pas àtomber dans le racisme inverséen nous taisant surtoutes ces questions. »Particulièrement démunis surle plan matériel, ces jeunesdésirent faire de leur différenceune donnée positive. Al'Association, on se prête deslivres, des journaux parceque les cinq francs du quotidienfont souvent défaut àl'un ou à l'autre. On démarcheensemble pour le logementou pour un petit job.On se serre les coudes avantle versement du premierterme de la bourse qui n'estversé qu'en janvier. On seretrouve très souvent au restaurantuniversitaire, économiesobligent. - Dans cecontexte, la dispense de paiementde frais d'inscriptionpour les enfants d'ouvriersproposé récemment parl'UNEF paraît tout à faitlégitime à ces étudiantsdécidés. DCHER/FA BENAOBESSAOOK(1) AGEAAM, cité universitaire, LesGazelles, 13100 Aix-en-Provence.(2) AEAII, 115, boulevard Saint­Michel, 75005 Paris.•


LE VOTE NE COMPTE PLUS POUR DU BEUR ...Le vote des Beurs, on en cause partout. Et d'abord pour qu'il existe, car beaucoup de Françaisd'origine maghrébine n'utilisent pas ce droit.sont pas votants pour autant.C'est la raison pour laquellediverses organisations (Franceplus, SOS-Racisme, RebeusCiviques .. .) s'évertuent à sensibiliserce potentiel à la questiondu vote. Rien de moinsévident que cette démarche.« Lesjeunes s'inscrivent difficilement,dit un responsable deFrance Plus, longtemps, leurréaction a été pourquoi voterpuis pOlir qui voter? » Cet argumentn'est pas sans poids.Malik Chiban, animateur deRebeus Civiques qui s'est crééen réaction au 17 % du Frontnational dans la banlieue nord,abonde aussi en ce sens maismesure désormais l'enjeu :•« On est contre le vote parprincipe parce que nous, les rebeus,on se sent pas réprésentésdans notre sensibilité racialeet sociale. Mais par arithmétique,on est pour, parceque c'est un moyen de contrerl'extrême droite et d'interpellerla classe politique. C'est unappel au vote corporatiste donton sait les limites. »Cependant, la mobilisation estdifficile à opérer. Méfiantsquant à être utilisés plus queservis, ceux de la communautéd'origine maghrébine ne se reconnaissentmajoritairementdans aucun parti ni organisation.En banlieue parisienne,SOS-Racisme ne suscite pastout le désir qu'Harlem souhaiterait.Trop branché, trop« zarbi» politiquement et« trop rattaché cl Israël, ditKarim, et tout rebeu se sentproche des Palestiniens. J'saispas pourquoi, mais c'estcomme ça. »France Plus interpelle davantage.Mais l'information circulemal entre Beurs de différentesbanlieues. Beaucoupignorent les démarches qu'organisel'association.pris l'enjeu: le PC, lourd deson passé de « videur d'immigrés»à Vitry, multiplie désormaisles interventions en aéroportpour empêcher les expulsions- non plus en bulldozer(sic) - mais en Boeing.Le RPR joue la carte Hannoun,même si les propositionsantiracistes de ce médecin luisemblent trop novatrices. LePS joue à cache-cache avecSOS, mais chut! il paraît qu'ilne faut pas le dire, que ce sontdes ragots de journalistes ...Bref, tous tentent de tirer unbout de la couverture de leurcôté. Plus la drague entre partiset associations (un RPR quizieute vers France plus aprèsavoir laissé tomber SOS, dontil n'apprécie pas les liens avecle PS ... ).L'échéance électorale de 88, son contexte, ont précipité le mouvement : les beurs s'intéressentaux élections et les candidats s'arrachent les beurs ... Oil en est la communauté?Côté public, la méfiance est lamême pour la droite commepour la gauche. Parfois, trèsexplicitement: « C'est souventune classe de Beurs intel/os quise servent de la cause pour semettre en avant, décrète Fariden haussant les épaules. La politique,on sait comment çafonctionne ... Alors, si on veuten faire, faut pas en avoirhonte. Pas besoin de cinochepour ça ! »Indéniable défiance donc faceà l'établissement politique!Elections correspond encoresouvent à piège à c ...Les raisons de cette réticenceplus que marquée s'expliquentbien selon Benjamin Stora,maître de conférences à ParisVIII et spécialiste de l'immigration.C'est en premier lieul' héritage de la tendancelourde de l'histoire. La mémoirede la communautémaghrébine est d'ordre colonialet s'est transmise aux générationssuivantes. C'est depuispeu que le vote pour lesBeurs tente de se débarrasserd'un tabou encombrant: celuidu « Je vote, je trahis ». Briserce concept tabou, implicitementassocié à l'image duHarki, n'a pas été une démarchefacile.D'autre part, la classe politiquen'a jamais été sensibiliséeà cette génération née sur le solfrançais, mais en rapport avecune histoire différente. Le fameux« nos ancêtres, les Gaulois»se double, chez lesBeurs, des échos passés duFLN ou/et d'une Kabylie encoretourmentée. Et lorsque laclasse politique s'est un peu réveilléesur le sujet, cela n'a jamaisété pour le prendre à brasle corps mais plutôt pour jouersur des tactiques électorales.Face à leur passé et à ce retardpolitique, les Beurs ont cultivéleur différence. La question del'intégration n'avait pas encorepriorité tant la revendicationpremière et plus que légitimeDifférences - n" 74 - Janvier 1988était, avant tout, d'exister.« Et, conclut Benjamin Stora,lorsque les Beurs ont été conscientsque cette différence lespoussait dans le ghetto dont ilstentaient de se libérer, il y a euprocessus vers l'intégration. »Un élément essentiel tient lieude maillon à ce raisonnement.C'est celui, révélé en 83, del'effondrement du mythe duretour. Les générations passéesont vécu en France constammentfixées sur l'idée du retourau pays. Les enfants, malgrébeaucoup de volontarismesouvent, n'ont pas structuréleur vie française sur ce projet.Certains ont essayé, peu y sontparvenus. Nés ici, bercés d'ailleurs,ils sont définitivement dedouble culture et pas questiond'en vivre une au détriment del'autre.Pour qui voter ? ..La question du vote, en vuedes prochaines élections, accélèresans doute celle de l'intégration.Mais, si l'intégrationsignifie entrer avec ses particularitésdans le jeu de la sociétéfrançaise, un constat douloureuxa été fait pour les Beursde la vivre comme un réel combat: pas de place dans cettesociété pour des Français différents.Et de découvrir que, sommetoute, ce ne sont pas tant lesbeurs qui ne s'intègrent pasque la France qui ne sait, neveut leur admettre la placeque, de toute façon, ils occupent.Intégration, problèmefrançais ... « Je ne me pensepas beur cl longueur de j ournée,dit Karim. Mais il y a toujoursquelqu 'un pour me lerappel/er. »Revendiquer paradoxalementun droit considérécomme acquis : « Je ne voteraipas, explique Akim avec undétachement feint, je ne feraipas ce plaisir aux Français quis'imaginent me faire une faveur.De toute façon, j'ai unecarte d'identité française. Ilspeuvent pas me mettre dehors.Il faudra bien qu'ils fassentavec. »Si l'appel au vote est actuellementla fixation de beaucoupde porte-parole, c'est sansdoute que cela apparaîtcomme le moyen de prendreplace dans le champ de la politiquefrançaise et d'y avoirpoids. Vu la structure de l'appareilpolitique français, il estdifficile d'y envisager une interpellationimportante horsdes partis. « L'idéal serait derentrer massivement dans unparti pour éviter la manipulation», dit Kaissa Titous qui sedéfend d'être elle-même inscritedans un parti.L'idéal... Mais « rentrer massivement»signifierait uneunion unanime des Beurs. Or,qui a dit que tous les Beurs seressemblent et s'assemblent?Il n'y a pas d'union, parcequ'il n'y a pas d'idéologiecommune. Il y a une condition,une oppression communes,mais mobiliser autourd'une question ethnique nes'avère pas petite affaire. C'estimplicitement la tentative deRebeus Civiques dont le sloganchoc est « Si tu ne votes pas,tu vote Le .. . ».S'unir contreIl semble que ce soit, pourl'instant, la mobilisation laplus aisée : s'unir contre le FN.L'argument, qui se tient, estcependant plus vécu commeélément affectif que politique.Sans nul doute, les responsablesdes diverses organisationsinvitant au vote sont plus queconscients de cet élément puisquele mot d'ordre est « votezpour vous ». La porte est doncgrande ouverte ... Les Beurscassent ainsi le mythe, déjàfragile de l'union de la gauche.Non, il n'est pas donné qu'ilsvoteront forcément à gauche,qu'ils soutiendront le gouvernementqui les a, comme tantd'autres jeunes, insatisfaits. Etil n'est pas dit davantage quela droite, si libérale qu'elletente de se faire, les récupéreront.Les résultats seront sansdoute aussi complexes à analyserque la situation elle-même.Et c'est sans doute par là quecommencera la réelle intégration,« des Beurs dans tous lespartis, de droite comme degauche, dit Karim, ça prouveraqu'on est vraiment intégrés.L'Islam new-waveSur cette question de l'intégration,beaucoup de débats, maisun point commun à une majoritéde Beurs et on ne peut plusclair : « On estfrançais cl partentière, mais on est musulman.»Le journaliste Farid Aïchounepousse davantage l'analyse :« Il nous faut vivre un islamfrançais new-wave, qui soitl'expression de notre vie enFrance et qui se plie aux lois dela République. En contrepartie,la France doit assurer lemaintien de cette pratique.C'est l'Etat laïque. »Dans les banlieues, l'écho estidentique: « Ma réalité civique,c'est ici, sans ambiguïté.Ma réalité affective est multipliée.Je suis d'une culture musulmane,mais l'Islam, pourmoi, doit s'adapter cl la République.Et on n'a pas cl me demanderde choisir entre unemère et une épouse! », déclareMalik avec clarté.Le temps ne doit plus être à larevendication des différences,mais à leur statut quotidien,indéniable. Et Fàrid Aïchounede dire avec une évidence à laquellenulle risposte n'est possible:«Je dis bien joyeuxNoël cl ma concierge. J'voispas pourquoi je pourrais pasfêter l'Aid cl mes propres parents.Et si j'ai envie de mangeravec mes doigts, ça regardema vie privée ». La démocratie,c'est ça aussi.•SOUÂO BELHAOOAOIl


1TENSIONCHEZ LES MEDECINSQuand un médecin - député du Front National -montre les malades du doigt, la profession se révolte.Tout d'un coup, on en aeu ras-le-bol de Bachelotet de Le Pen aussi. Latension a beaucoup monté ausein du corps médical, alors ons'est exprimé publiquement »,explique le Dr Silberstein, présidentde SIDA'venture, associationdont l'objectif est dedéfendre une optique humaniteet anti-ségrégationniste dela médecine.Tout a pris réellement formeavec la publication, mioctobre,dans Le Monde,d'une pétition signée par cinqcents médecins, parmi lesquelsles professeurs Minkowski etEscande. Cet appel aux médecinss'intitulait «SIDA 'venture,le Dr Bachelot n'était pasIl notre confrère! ». Ils y dénonçaientles discours, les acteset les propositions du toubibdu Front national à proposdu SIDA, et affirmaient:« Les propos du Dr Bachelotne sont que contre-véritéssciemment édictées et démagogiefascisante. »S'interrogeantsur le concept de sidaique, créépar le député-médecin, ils écrivaient: « Le but de cet néologismen'est-il pas de réveillerdes démons de sinistre mémoire?». Ils opposaient enfinun refus catégorique à la thérapeutiquebachelotienne quiconsiste à ouvrir des sidatoriums,soulignant la gravitémorale d'une logique d'exclusion,dont la conclusion logiquedébouche sous une formeou sous une autre, sur « l'éliminationde la société ».Le propos est clair et Bachelot,qui semble l'avoir reçucinq sur cinq, porte plainte endiffamation. Sept des médecinssignataires sont inculpés.On retrouve dans le ciblage dela plainte la même logique quiconsiste à isoler une minoritépour mieux la combattre.Vice de formeCertes, les sept médecins parisiensont organisé une conférencede presse destinée à rendrepublic le refus d'une partiedu corps médical de laissermanipuler le discours scientifiquepar des mains peu expertesen déontologie. Mais 230médecins avaient signé l'appel.Alors, vice de forme? La justicetranchera dans le courantdu mois de janvier ou de février.Le procès de ces médecinsest un enjeu de taille pourtous ceux qui restent attachésà la défense des droits del'homme. D'éminents spécialistesdu SIDA, tels le professeurRosenbaum, iront au procèstémoigner de la bêtise et dudanger des thèses de Bachelotet montrer la nature descontre-vérités assenés à uneopinion inquiète. Cinq centnouvelles signatures ont d'ailleursété enregistrées dans lecourant du mois de novembre.Au-dede cet événementlui-même et de la question duSIDA, SIDA'venture « entend1construire un réseau de vigilanceet agir pour que le discoursmédical ne soit plus utiliséà des fins racistes ou ségrégationnistes.« Le SIDA fait peur, maiscertaines idées sont encore plusterrifiantes », cette formule duministre de la Santé, MichèleBarzach, arrivait fort à propos.En plus de statistiquesimaginaires, de thèses complètementfantaisistes comme latransmission du SIDA par lesmoustiques, l'idée de barrièresanitaire, Bachelot propose de« trouver une astuce pour surveillerles gens sans qu'ils le sachent». Si Bachelot se vanted'avoir été reçu en Israël etd'avoir soutenu cet Etat dans« l'affaire de Sabra et Chatila», il conseille néanmoins à«ceux qui sont israélites»comme aux tatoués, par exemple,de se méfier ...Des mots, toujours beaucoupde mots qui disent enclair-obscur bien plus que leuracception première. Pourtant,certains vont plus loin dans lerepérage des cibles. Un tracparvenu au siège de SIDA'ventureassimilait les signatairesde l'appel à la marche du 29novembre à des collaborateursde l'occupation étrangère. Unautre défendait, ces dernièressemaines, l'idée de la transmissiondu SIDA par les petitesjuives qui passent leurs vacancesen Israël... 0Chérifa 8(1) SIDA'venture, cabinet médical dela Grange-aux-Belles, 39, rue de laGrance-aux-Belles, 75010 Paris.(2) Libération, 13 février 1987.ENSEMBLELes animateurs de SIDA'ventureont pris contact avec divers organismeset associations susceptiblesde soutenir leur cause, audede toute étiquette politique etidéologique. « Le MRAP, nous adit le Dr Silberstein, nous a apportéLA HONTEAprès les Basques - forcémentetarras, les Italiensobligatoirementbrigadistes,voici venu le tour des Iraniens- évidemment terroristes.Dix-sept d'entre eux,opposants au régime de Khomeinyse sont vu offrir uncharter pour nulle part. Enurgence absolue.C'est la Loi de 86 qui serévèle ainsi pour ce qu'elleest: une loi discrétionnairequi permet à peu près n'importequoi, n'importe quand.Avec l'urgence absolue, lesMoudjahiddines iraniens n'avaientaucune chance. Invoquer« des actions militantesqui portent atteinte à l'ordrepublic» suffit, même sidouze au moins des expulsésétaient couverts par le statutde réfugié, beaucoup n'étantmême pas des militants.«Nous estimons que laFrance n'est plus un paysd'accueil où nous pouvonsvivre en sécurité.» Centtrente-deux réfugiés iraniensen ont appelé en ces termes àl'ONU et au Haut commissa-Iraniens:expulsésauGabonriat aux réfugiés. Ils se déclarentprêts à quitter le territoirefrançais pour ne pasdevenir «des otages qu'onpourrait utiliser en monnaied'échange ». En pourboireou en acompte titrait LeCANDIDE SUBVERSIFMonde. Le HCR a d'ailleursrappelé à l'ordre le gouvernementfrançais, le renvoyantaux conventions internationalessignées par laFrance.Devant la Commission desdroits de l'homme (1),Claude Malhuret a dû faireface à de nombreuses protestations.Sa réponse tint enquelques phrases où il sedéclarait inquiet, mais secontentait de pointer le doigten direction du ministère del'intérieur .Un « j'y peux rien» que Libérationrésumait d'un titre:«Le hussard et la mijaurée» : l'image nette de lapénible impression laisséepar ces protestations toutesformelles devant les débordementsde Charles Pasqua.Les réfugiés politiques persécutésdans leur pays doiventle savoir: la France n'est plusla terre d'asile, le pays deslibertés qUi fit rêver auxquatre coins du monde. LesFrançais ne peuvent plus l'ignorer,eux non plus. « Noussommes des otages, quoi qu'ilarrive, ou que l'on soit, laFrance reste moralement responsablede notre vie. » L'amertumede ce réfugié iranienest la nôtre.D(1) Réunie à l'occasion du39' Anniversaire de la Déclarationuniverselle des droits de l'homme !DEVANT­DERRIEREIl n'est pas un numéro de cejournal qui sorte sans rappelerbavures et crimes racistes.Ce premier Différencesde 1988 ne fera pasexception.C'est, à Castres, le meurtred'un père de famille algérienpar deux jeunes militaires, le17 novembre. Les deux assassinsétaient ivres et coutumiersd'agressions racistes.L'un d'entre eux avait tiré surdes Maghrébins en juin dernieret devait être jugé quelquesjours plus tard. Il étaiten liberté provisoire ...C'est le meurtre, à Montreuil,d'un jeune prévenuqui venait de sauter du carpour s'enfuir. MohammedKhier n'a pas eu une chance :une balle dans le dos. C'estplus efficace que le rattraperet plus sûr que tirer dans lesjambes.C'est une bombe à Rouen, oùseule la chance a permisqu'un colis piégé déposé dansun café d'immigrés ne fassepas plus de victimes. En juin,non loin de là, un flingageraciste avait fait un blessé ettrois mois plus tard un commerçantalgérien avait été tuéfroidement dans son épicerie.Attentats anti-arabes revendiquéscomme tels.C'est enfin un non-lieu dansl'affaire Bartoli. Un policierqui avait grièvement blesséNourredine Babas d'uneballe « accidentelle ». Le policieraffirmait que la balleétait partie de face dans labagarre. Nourredine Babasniait la bagarre et les expertsconcluaient que la balle étaitentrée dans le dos. Non-lieuont tranché les juges. ()nattend un dessin pourcomprendre. Dune aide concrete, lesdecins Le délire des autorités tur- cinq ans de prison. Il avait cées turcs. Ils sont coupablesadhérents du mouvement'àont étéques sur le problème armé- heureusement saisil'occaSIOn."// d'hostl'll'te' aux turcs et ànombreux à repondre notre ap- 1 l'Islam, de séparatisme, d' of'-pel, » Cette jeunll assciation de nien a-t-il des limites? A de faire la belle avant e 'jmédecins a besoin d'une soUda- voir. jugement. fense aux sentiments religieuxrité financières et morale digne de Michel Caraminot, jeune Voilà que Molière et Voltaire et de propagande armélajustesse de ses idéaux. Ses guide français coupable d'a- rejoignent le camp des sub- nienne ».membres sont disposés à partici- voir dit d'une Eglise armé- versifs: le Bourgeois Gentil- On attend, pourquoi pas, laper à toute initiative proche de leur nienne qu'elle relevait de la homme et Candide sont dé- pro cha i n e in cul pat ionL:=a=ét=iv=it=é= . ================~~c~u=lt=u~re~~ar=rn~é=n=i e_n_n_e~, __Différences - n° 74 - Janvier 1988a~p_r_is __ ~s=o=rrn~a=is=-in_t_e_rd_l_'t_s_d_a_n_s_l_e_s_l~y_-__ d_'_«_i\__ rm __ é_n_ie __ G_r_é_g_o_ir_e __»_. __ ~ III


IDUN COUP POUR RIEN?« La France n'est pas raciste, mais il y a des racistes en France. » Telle est la conclusion deMichel Hannoun, député RPR de l'Isère, chargé d'un rapport sur la question par le Premier ministre.Critiqué à gauche comme à droite, le rapport Hannoun a pourtant le mérite d'exister. Etde souligner que certains politiciens font parfois du racisme « leur fond de commerce ».Michel Hannoun, député RPR de l'IsèreLa tolémnce est une valeuren hausse. Tel est le constantde M. Michel Hannoun, députéRPR de l'Isère, dans leRapport sur le racisme et lesdiscriminations en France qu'ila remis en décembre au Premierministre.Ce rapport cependant montrebien le paradoxe de la situationactuelle. « Prise dans son ensemble,la société française estsans doute plus ouverte et tolérantequ'elle n'a jamais été,explique-t-il. Mais on assistepartout, depuis une dizained'années, à une montée dessentiments de rejet, cristallisésautour de la question de l'immigration,particulièrementmaghrébine» ; un racisme quiprogresse en creux et qui n'enest pas pour autant anodin.Passageau discours« La France n'est pas raciste,mais il y a des racistes enFrance» poursuit le rapporteur.Pour ce dernier le véritabledanger réside moins dans lepassage à l'acte que dans le« passage au discours ».« Les racistes ne sont pastellement plus nombreuxqu 'hier, mais ils sont sans nuldoute plus racistes ». D'où lerisque le plus grave, selon M.Hannoun, non pas de racistesdéclarés mais la« la possibilitéde contagion vers des gens réceptifs». Autrement dit desracistes potentiels, définis dansle rapport comme des racistesmous. C'est justement sur cesderniers que l'effort doit seporter.Les mesures, au nombre decinquante-trois, proposées parle rapporteur relèvent de troisgrands thèmes : agir sur lesmentalités, mieux lutter contrela discrimination dont sont victimesles immigrés ou les étrangerset « relever le défi de l'intégration».Faisant sienne l'analysed'Albert Memmi (cf. Le racisme,ed. Gallimard), MichelHannoun constate qu'effectivement«l'antiracisme n'estpas naturel ». C'est une attitudequi s'apprend. « La.luttecontre le racisme, précisait AlbertMemmi, exige une pédagogiecontinue de l'enfance àla mort. » D'où un premiervolet de propositions concernantle développement de l'enseignementdes droits del'homme à l'école et à l'université.Par ailleurs, un effort particulierde formation doit viserles fonctionnaires.Publicité accrueLe deuxième volet de propositionsconcerne la loi de 1972,réprimant les provocations,diffamations et comportementracistes. Pour le rapporteur, ilfaudrait donner une publicitéaccrue aux décisions de justiceet mieux faire connaître lesprincipales dispositions decette loi. Et ce, par le biaisd'affichage et de diffusion trèslarge d'une plaquette, comprenantaussi un résumé de l'ac-I __________________________________________________ ~tion menée par la France pourlutter, à l'intérieur comme àl'extérieur, contre les comportementsracistes. Le gouvernementaurait pour sa part l'obligationlégislative de présenterdevant le parlement un rapportannuel sur l'application de laloi de 1972.Un délitPar ailleurs, M.Hannoun propose un renforcementde la législation actuelle.« Une des manifestationsles plus fréquentes du racismequotidien, constate-t-il,-est aujourd'hui, l'injure qui,lorsqu'elle n'est pas publique,constitue une simple contraventionde première classe.Afin d'empêcher la banalisationde cette pratique, il conviendraitde renforcer le caractèredissuasif de la sanction enalourdissant la répression del'injure non publique à caractèreraciste. »Ce qui revient enfait à en faire un délit. Viendraits'ajouter à cette mesure:l'aggravation de la peine encouruepour certaines infractionscommises en groupe ; lapossibilité pour les juges deprononcer des incapacités civileset politiques en cas de délitraciste, ainsi que l'autorisationpour les associations de seconstituer partie civile avecl'accord de la victime.En ce qui concerne la luttecontre l'antisémitisme, et notammentcontre ses formessournoises, dont le révisionnisme,M. Hannoun proposed'aider à la diffusion de travauxhistoriques incontestables,ce qui serait « la meilleureréponse à ceux qui prétendentnier le génocide juif »,et de réprimer l'apologie decrime contre l'humanité, ainsique le port public des insignesnazis.Mais on n'aboutira pas àgrand-chose, souligne-t-il, sansintégrer les immigrés. Le députéde l'Isère avance pourcela une série de mesures concernantl'école, « moyen privilégiéd'intégration », et le logement.Il propose aussi, dans le cadred'une «politique ambitieusede l'immigration », lacréation d'une instance représentativequi aurait tout à lafois pour mission de représenterla communauté immigrée,d'être une force de propositionet de jouer, par l'intermédiaired'échelons locaux, un rôle demédiation.Dans ce même cadre, lespréfectures ne sont pas épargnées.Une série de suggestionssont en effet consacrées à l'accueildes étrangers dans les administrations,quitte à rebaptisersymboliquement les servicesdes étrangers en « servicesdes relations intercommunautaires » ...Les sépulturesAutre mesure novatrice, etreprenant sur ce point la propositionde Bruno Etienne,spécialiste de l'Islam, lors deson audition devant la commissionde la nationalité : lacréation d'un conseil représentatifdes institutions musulmanesde France. « Ce conseil'permettra de montrer ce qu'estl'Islam, expliquaitM. Hannoundans une interview (Libérationdu 23/11/87), et quedans ce pays, il ne soit pas exclusivementassimilé à l'intégrisme.Rien d'étonnant doncque la cinquante-troisièmeproposition s'applique aux cimetièresoù il faudrait « prendreen compte les contraintespropres aux sépultures musulmanes(orientation vers laMecque notamment) ».Malgré ses limites et ses imperfections,le rapport Hannoun a au moins le mérited'exister et de faire avancer laréflexion sur une question délicate,pour ne pas dire embarrassantepour certains de sescollègues de la majorité. Parcequ'il serait« trop en avance auregard de la société française».Michel Debré, lors de la réuniondu groupe RPR de l'Assembléenationale, le 15 décembredernier, déclarait notamment: « C'est un rapportsur l'intégration musulmane etpas sur le racisme. » Suivi deprès par Jacques Toubon quiconsidère que ce rapport n'estpas celui du RPR.A l'évidence, certains politicienssupporteraient mal cettepetite phrase - assassine? -de Hannoun : « Ils font du racismeleur fond de commerce». La tolérance est peutêtreune valeur en hausse. Iln'en demeure pas moins que safluctuation varie au gré del'humeur des politiques. DRABHA ATTAFÂlTE~NÂTIYES N° 53€CONOMIQUES~~~~~~~~~~~~~~~~ImDifférences - n° 74 - Janvier 1988


nant aussi un résumé de l'aclBUN COUP POUR RIEN?« La France n'est pas raciste, mais il y a des racistes en France. » Telle est la conclusion deMichel Hannoun, député RPR de l'Isère, chargé d'un rapport sur la question par le Premier ministre.Critiqué à gauche comme à droite, le rapport Hannoun a pourtant le mérite d'exister. Etde souligner que certains politiciens font parfois du racisme « leur fond de commerce ».Michel Hannoun, député RPR de l'IsèreLa tolé"n" cst une valemen hausse. Tel est le constantde M. Michel Hannoun, députéRPR de l'Isère, dans leRapport sur le racisme et lesdiscriminations en France qu'ila remis en décembre au Premierministre.Ce rapport cependant montrebien le paradoxe de la situationactuelle. « Prise dans son ensemble,la société française estsans doute plus ouverte et tolérantequ'elle n'a jamais été,explique-t-il. Mais on assistepartout, depuis une dizained'années, à une montée dessentiments de rejet, cristallisésautour de la question de l'immigration,particulièrementmaghrébine» ; un racisme quiprogresse en creux et qui n'enest pas pour autant anodin.Passageau discours« La France n'est pas raciste,mais il y a des racistes enFrance» poursuit le rapporteur.Pour ce dernier le véritabledanger réside moins dans lepassage à l'acte que dans le« passage au discours ».« Les racistes ne sont pastellement plus nombreuxqu 'hier, mais ils sont sans nuldoute plus racistes ». D'où lerisque le plus grave, selon M.Hannoun, non pas de racistesdéclarés mais la« la possibilitéde contagion vers des gens réceptifs». Autrement dit desracistes potentiels, définis dansle rapport comme des racistesmous. C'est justement sur cesderniers que l'effort doit seporter.Les mesures, au nombre decinquante-trois, proposées parle rapporteur relèvent de troisgrands thèmes : agir sur lesmentalités, mieux lutter contrela discrimination dont sont victimesles immigrés ou les étrangerset« relever le défi de l'intégration».Faisant sienne l'analysed'Albert Memmi (cf. Le racisme,ed. Gallimard), MichelHannoun constate qu'effectivement«l'antiracisme n'estpas naturel ». C'est une attitudequi s'apprend. « La.luttecontre le racisme, précisait AlbertMemmi, exige une pédagogiecontinue de l'enfance àla mort. » D'où un premiervolet de propositions concernantle développement de l'enseignementdes droits del'homme à l'école et à l'université.Par ailleurs, un effort particulierde formation doit viserles fonctionnaires.Publicité accrueLe deuxième volet de propositionsconcerne la loi de 1972,réprimant les provocations,diffamations et comportementracistes. Pour le rapporteur, ilfaudrait donner une publicitéaccrue aux décisions de justiceet mieux faire connaître lesprincipales dispositions decette loi. Et ce, par le biaisd'affichage et de diffusion trèslarge d'une plaquette, compre­I ____________________________________________ --__ ~tion menée par la France pourlutter, à l'intérieur comme àl'extérieur, contre les comportementsracistes. Le gouvernementaurait pour sa part l'obligationlégislative de présenterdevant le parlement un rapportannuel sur l'application de laloi de 1972.Un délitPar ailleurs, M.Hannoun propose un renforcementde la législation actuelle.« Une des manifestationsles plus fréquentes du racismequotidien, constate-t-il,-est aujourd'hui, l'injure qui,lorsqu'elle n'est pas publique,constitue une simple contraventionde première classe.Afin d'empêcher la banalisationde cette pratique, il conviendraitde renforcer le caractèredissuasif de la sanction enalourdissant la répression del'injure non publique à caractèreraciste. »Ce qui revient enfait à en faire un délit. Viendraits'ajouter à cette mesure:l'aggravation de la peine encouruepour certaines infractionscommises en groupe ; lapossibilité pour les juges deprononcer des incapacités civileset politiques en cas de délitraciste, ainsi que l'autorisationpour les associations de seconstituer partie civile avecl'accord de la victime.En ce qui concerne la luttecontre l'antisémitisme, et notammentcontre ses formessournoises, dont le révisionnisme,M. Hannoun proposed'aider à la diffusion de travauxhistoriques incontestables,ce qui serait « la meilleureréponse à ceux qui prétendentnier le génocide juif »,et de réprimer l'apologie decrime contre l'humanité, ainsique le port public des insignesnazis.Mais on n'aboutira pas àgrand-chose, souligne-t-il, sansintégrer les immigrés. Le députéde l'Isère avance pourcela une série de mesures concernantl'école, « moyen privilégiéd'intégration », et le logement.Il propose aussi, dans le cadred'une «politique ambitieusede l'immigration », lacréation d'une instance représentativequi aurait tout à lafois pour mission de représenterla communauté immigrée,d'être une force de propositionet de jouer, par l'intermédiaired'échelons locaux, un rôle demédiation.Dans ce même cadre, lespréfectures ne sont pas épargnées.Une série de suggestionssont en effet consacrées à l'accueildes étrangers dans les administrations,quitte à rebaptisersymboliquement les servicesdes étrangers en « servicesdes relations intercommunautaires » ...Les sépulturesAutre mesure novatrice, etreprenant sur ce point la propositionde Bruno Etienne,spécialiste de l'Islam, lors deson audition devant la commissionde la nationalité : lacréation d'un conseil représentatifdes institutions musulmanesde France. « Ce conseil'permettra de montrer ce qu'estl'Islam, expliquaitM. Hannoundans une interview (Libérationdu 23/11/87), et quedans ce pays, il ne soit pas exclusivementassimilé à l'intégrisme.Rien d'étonnant doncque la cinquante-troisièmeproposition s'applique aux cimetièresoù il faudrait « prendreen compte les contraintespropres aux sépultures musulmanes(orientation vers laMecque notamment) ».Malgré ses limites et ses imperfections,le rapport Hannoun a au moins le mérited'exister et de faire avancer laréflexion sur une question délicate,pour ne pas dire embarrassantepour certains de sescollègues de la majorité. Parcequ'il serait« trop en avance auregard de la société française».Michel Debré, lors de la réuniondu groupe RPR de l'Assembléenationale, le 15 décembredernier, déclarait notamment: « C'est un rapportsur l'intégration musulmane etpas sur le racisme. » Suivi deprès par Jacques Toubon quiconsidère que ce rapport n'estpas celui du RPR.A l'évidence, certains politicienssupporteraient mal cettepetite phrase - assassine? -de Hannoun : « Ils font du racismeleur fond de commerce». La tolérance est peutêtreune valeur en hausse. Iln'en demeure pas moins que safluctuation varie au gré del'humeur des politiques. DRABHA ATTAFÂlTE~NÂTIYES N° 53€CONOMIQUES~~~~~~~~~~~~~~~~mDifférences - n° 74 - Janvier 1988


POUR MEMOIRE_ EQUILIBRE MACABRE.Deux Noirs et deuxBlancs sont pendus à laprison centrale de Pretoria.Depuis le débutde l'année, 135condamnés à mort ontété exécutés en Afriquedu Sud: 86 étaientNoirs, 41 métis et 8Blancs (26 novembre)._ PLAINTE. Une plaintecontre X avec constitutionde partie civile estdéposée au tribunal deCréteil par l'avocat de lafamille de MohammedKhier, tué le25 novembre à Saint­Mandé par un policierauquel il avait échappéaprès une interpellation(27 novembre).L'International Board,la Fédération internationalede rugby, s'estréunie à Agen, patrie deson président l'ineffableAlbert Ferrasse, grandami de l'Afrique duSud, et, par ailleurs,président de la Fédérationfrançaise. L'Afriquedu Sud devait, biensûr, être au centre desdébats. Si elle accueilleune troisième tournée rebelle, elle serairrémédiablement exclue de l'InternationalBoard. Après les Cavaliers néozélandais,cette année ce sont les Barbariansfidjiens qui se sont rendus enAfrique du Sud. Cela dépassait la mesure.On allait voir ce qu'on allaitvoir!Ce qu'on a vu, c'est la radiation à vied'Arthur Jennings, Néo-Zélandais,manager des Barbarians, magnifiquebouc émissaire. «M. Jennings aabusé de la confiance des dirigeantssud-africains. Ceux-ci croyaient entoute bonne foi qu 'A rthur Jenningsétait habilité par la Fédération fidjiennepour organiser une tournée enAfrique du Sud. » Comme hypocrisie,on ne fait pas mieux!Dans un autre domaine sportif,Sam Ramsany, président du Comitéolympique non racial d'Afrique duSud (Sanroc) vient d'adresser à PhilippeChatrier, président de la Fédé-Mais deux étudiants dumême mouvement ontvu leur condamnationramenée de dix à cinqans de travaux forcés(28 novembre)._ INAUGURATION. Inaugurationofficielle àParis de l'Institut dumonde arabe (IMA) engrande pompe et sur unesemaine (30 novembre)._ PRESSIONS. La Commissioninternationaled'experts chargée par legouvernement autrichiende faire la lumièresur l'affaire Waldheimse réunit à Vienne poursa troisième session detravail au moment où lesESSAIMANQUÉ- BLESSES. Sept enfantspalestiniens blessés auLiban au cours de la« guerre des camps » arriventà Paris pour êtresoignés en France dansle cadre d'un accordentre le ministère desAffaires étrangères et leCroissant -Rouge palestinien(1" décembre).- SOUVENIR ... Des documentsirréfutables révèlentque Paul de Man,un professeur de l'universitéaméricaine deYale, qui est considérécomme un des plus brillantsintellectuels de sagénération, a écrit dansun journal antisémite etpro-nazi en Belgiqueration internationale detennis un message exprimantson indignationd'avoir appris que desjoueurs aussi connusque l'Australien PatCash et le FrançaisHenri Leconte avaientparticipé à un tournoien salle à Johannesburg.Ajoutons qu'un autreFrançais Guy Forget,l'Italien Cancellotti, l'Equatorien Gomez,des Américains dont Brad Gilbertont joué également en Afrique duSud. On se doute bien évidemmentque Pretoria a exploité cette cautionapportée par ces joueurs, au momentmême où, à Harare, la Ille Conférencecontre l'apartheid condamnaitle racisme dans le sport en Afrique duSud.Le San roc a donc l'intention de lancerune campagne pour que Leconteet Cash soient sanctionnés par la communautéinternationale. Mais le Sanrocdénonce également la responsabilitéde la Fédération internationale detennis qui continue d'accorder auxtournois sud-africains le statutd'épreuve de Grand Prix attribuant- des points pour le classement desjoueurs.od'Israël vers la France.William , N accache serajugé une nouvelle foisen France.Réfugié en Israël et emprisonnélà-bas pourhold-up, il avait étéadopté par les religieuxet la droite militanteisraélienne qui en avaientfait un « héros juif» ets'étaient opposés avecsuccès à son extraditionpendant trois ans,(2 décembre)._ CHICAGO. EugèneSawyer, le plus anciendes conseillers municipauxnoirs de Chicago,est élu maire de Chicagoen remplacement de HaroldWashington, décédéle 25 novembre(2 décembre)._ HOMMAGE AMALIK.Hommage dans toute laFrance à Malik Oussekine,assassiné il y aun an par la police dePasqua. A Paris, dépôtde fleurs à l'endroit où ilest tombé sous les matraquesdes policiers(4 décembre)._ TORTURE. La Conventioneuropéenne pour laprévention de la tortureest signée par tous lesmembres du Conseil del'Europe à l'exceptionde la Turquie et de l'Irlande(3 décembre)._ VICTIMES OUBLIEES. Leparlement ouest-allemandapprouve une loiqui permettra d'allouerdes indemnités s'élevantau total à 300 millionsde deutsche marks aux« victimes oubliées» dunazisme, tels lesTziganes, les homosexuelset les victimes dutravail forcé et des expériencesmédicales(3 décembre). 0_ CRIMES CONTRE L'HU-Drancy en 1943 et 1944,qui résiderait actuellementen Syrie(4 décembre)._ RETRAIT. Le généralJannie Geldenhuys, chefd'état-major des forcesarmées de Pretoria, annonceque les troupessud-africaines ont commencéleur retrait duSud-Est angolais(S décembre)._ FRATERNITE. Jean-MarieLe Pen annonce la créationd'un «mouvementsocial» qui serait baptisé« Fraternité française», du nom de l'ancienjournal poujadiste(6 décembre)._ SOUVENIR. Une manifestationse déroule à LaCourneuve, sur les lieuxoù, il y a un an, le jeuneanimateur de vingt ans,Abdel Benyaya, étaitabattu à bout portantpar un policier en étatd'ivresse (6 décembre)._ ACCORD. Les trois élusdu Front national del'Assemblée régionalede Haute-Normandieconcluent avecM. Roger Fossé (RPR),président du Conseil, unaccord de gestion qui luipermettra d'être réélu àla présidence en casd'annulation de sonélection de mars 1986par le Conseil d'Etat quidoit examiner un recoursen ce sens déposépar M. Laurent Fabius,député PS de Seine-Maritime(7 décembre)._ ARRETE. La police sudafricainearrête EricMolobi, l'un des dirigeantsdu Front démocratiqueuni (UDF) ,principale organisationan ti-apartheid légale enAfrique du Sud(7 décembre).MANITE. Au nom de l'as- _ NON-LIEU POUR BARBIE?sociation Les fils et les M' Henri Noguères fait_ CONFIRMATION. La pressions s'accroissent pendant la Seconde filles des déportés juifs savoir que la tenue d'unCour de sûreté de l'Etat pour une démission du Gue r rem 0 n dia 1 e de France, son prési- second procès Barbie esttunisienne confirme la président autrichien (1" décembre). dent, M' Serge Klarsfeldcondamnation à mort de (30 novembre). et M' Charles Libman« devenue tout à fait im-probable ». La secondeM. Ali Laaridh et les déposent chez le doyen instruction ouvertepeines de travaux forcés ON S'ENTRAI NE. _ L'avia- EXTRADE. - William Nac- des juges d'instruction contre l'ancien policierinfligés à dix de ses amis tion israélienne simule cac he , 2 7 ans, du tribunal de grande SS après la constitutiondu Mouvement de la pendant une heure des condamné à la prison à instance de Paris une de partie civile des fatendanceislamique raids au-dessus des vie par contumace pour plainte pour crimes milles d'André Lassagne(MTI), arrêtés après camps palestiniens de le meurtre d'un Arabe contre l'humanité visant et de Bruno Larat, arleurcondamnation par Saïda dans le Sud-Liban en avril 1983, à Be- Aloïs Brunner, officer rêtés à Caluire en mêmeIII l __ co_n_t_u_m __ ac_e_. ______________(_I'_'_d_é_ce_m__ b_r_e)_. ___________ s_a_n_ç_o_n __ , __ e_st ___ e_x_tr_a_d_e_' ___ n_a_z_i, __ c_h_e_f_d_u __ c_a_m_p __ d_e _____ te_m_p_s __ q_u_e_J_e_a_n_M __o_u_h_·n_,~Vingt à cinquante morts parmi les manifestants, Ce n'est plus d'incidents qu'il faut parler, mais de révolte. LesPalestiniens des territoires occupés se battent pour leurs droits nationaux. Combien de temps le seul argument de laforce israélienne leur sera-t-il opposé? Combien de civils tués avant que des négociations se nouent?pourrait en effet débouchersur un non-lieu.M' Henri Noguères quireprésente la familleLassagne a révélé qu'undocument a été retrouvé,qui prouveraitque la décision de déporterAndré Lassagneaurait été prise à Paris etnon à Lyon. Au termede la définition descrimes contre l'humanitéactuellement en vigueur,cela suffirait pourdisculper Klaus Barbie(8 décembre)._ DISPARITION. Le secrétairegénéral des Nationsunies, M. Perez deCuellar, ordonne uneenquête sur la disparitionde plus de400 dossiers de criminelsde guerre nazis desarchives de l'organisationinternationale.Un porte-parole de lamission israélienneauprès de l'ONU exprimela « surprise »de son gouvernement devantcette disparition(8 décembre).de guerre et d'outrage àl' humanité » (9 décembre)._ AMERICAINS. Un soldatde Pretoria fait prisonnierpar les combattantsclslOn prise par laChancellerie de réclamer,avant toute nouvellepoursuite de laprocédure, une expertisehistorique, ce quiA la suite des plaintes entraîne une audience- LIVRE BLANC. Le magazineouest-allemand _ CLANDESTINS. Le resdéposéescontre M.Maurice Papon pourprécipitée de la cham-bre d'accusation deStern publie de nou- ponsable d'une usine de sa participation active Bordeaux, convoquéeveaux documents éclai- textile de Fontaine à la déportation des en un délai de quelrantle rôle du président (Isère), Khamphong Si- juifs de Gironde sous ques jours.autrichien Kurt Wal- riphone, est condamné à l'occupation nazie, Le MRAP l'appelledheim pendant la cam- huit mois de prison avec l'instruction, partielle- qu'il s'agit de jugerpagne des Balkans entre sursis pour avoir fait tra- ment annulée, est en- non pas l'Histoire,mai et août 1942. va i II e r pen dan t trée récemment dans mais un homme pourCes . documents appor- 94 heures par semaine une nouvelle phase. A les actes qu'il a comtent d'intéressantes pré- quatre ouvriers thaïlan- cette occasion, le mis. Une telle initiaangolaisaffirme que,parmi les soldats sudafricainsprogressant actuellementà l'intérieurde l'Angola, « certainsaffirment être américains» (10 décembre)._ INTERROGATION. LaLigue des droits del'homme se demandedans un communiqué« A quoi sert le secrétariatd'Etat aux Droits del'homme », et affirme« que le droit d'asile estbafoué» en France(10 décembre)._ DOUBLE LOUIS DELLUC.Le Prix Louis Delluc estattribué à deux films:Soigne ta droite de Jean­Luc Godard et Au revoirles enfants de LouisMalle, auquel le MRAPavait déjà attribué sonPrix de la Fraternité1987 (10 décembre).cisions sur le déroule- dais en situation irrégu- MRAP (Mouvement tive n'est donc pasment d'une opération lière (9 décembre). contre le racisme et justifiée au plan juri- _ DEPART. M. Giorgio« nettoyage» effectuée pour l'amitié entre les dique. Elle ne peut ap~ Almirante abandonne lapar la Wehrmacht peuples), soucieux de paraître que comme direction du Mouvecontredes unités de par- - CONDAMNATION. L'As- voir sanctionnés tous une tentative d'étouf- men t social italientisans dans le massif de semblée générale des les crimes contre l 'hu- fer l'affaire Papon. (MSI), parti néo-fascistela Kozara, en Bosnie Nations unies vote une manité, s'est constitué Le MRAP affirme sa italien, dont il fut leoccidentale, et sur le résolution condamnant partie civile. ferme volonté de s'y fo n da te ure n 1946rôle précis joué par le la politique d'Israël dans Il exprime sa stupeur opposer. (28 novem- (13 décembre).lieutenant Waldheim les territoires occupés, devant la soudaine dé- b) 0 Réalisé par ....~(:8~d:é~c~elD::b:r:e)~. ____________ ~la_2q~u~a~li~fi~a~nt~d~e_'_ < ~cr~i~m~e~s __ ~======================:r:e======::::::::::~ __________ ~R:o:b:e~r~t~P~a:cJIIIDifférences - nU 74 - Janvier 1988


LA NEBULEUSE DULa radicalisation du Front national aurait signéson arrêt de mort politique. C'est à voir. Car leFront n'a eu de cesse, depuis ses premierssuccès électoraux, de se structurer en appareilefficace et cohérent. Une tâche rendue délicatepar l'origine très diverse de ses militants, lerejet de l'immigration, base électoralepremière, ne pouvant seul suffire à pérenniserle mouvement, même si le courant d'extrêmedroite a toujours existé en France.Le Front national tente donc depuis plusieursmois de pénétrer plus profondément la sociétéfrançaise, s'appuyant sur des hommes et desrelais associatifs qui lui servent de Cheval deTroie, chacun dans son secteur.Si l'on ajoute à cela que les multiples raisonsde son émergence (crise économique, sociale,culturelle), loin d'être résolues, pourraientbien s'aggraver, cela fait bien des raisons degarder un œil sur la nébuleuse du Frontnational.FRONT NATIONALDifférencesDossier réalisé par Germaine Dupont et Marcel Durand- n° 74 - Janvier 1988Lorsque le Front national naît,en 1972, sa doctrine est quasiinexistante. Ce n'est qu'en1985 qu'il éditera un programme,après un succèsélectoral important en 1984,remporté sur des bases politiquesencore floues.Après les élections européennes,le FN est pris decourt, et Les Français d'abord, écrit à la hâte par Le Pen, nepeut suffire à combler son vide idéologique. Or, il lui fautrassembler autour de son mouvement, d'une part, uneextrême droite hétéroclite dont l'histoire est traversée dequerelles intestines et de combats de chefs et, d'autre partune certaine frange plus modérée de la droite classique,mécontente de l'UDF ou du RPR. Difficile synthèse qui seréalisera cependant grâce à un savant bricolage.C'est la raison d'être du programme de 1985, Pour laFrance, qui associe les analyses de la droite, de l'extrêmedroite et de la nouvelle droite. Cette dernière, plusidéologique que politicienne, servira de liant, notamment àtravers son principal centre de réflexion, le' GRECE.S'il ne partage pas complètement les analyses du GRECE- paganisme, anti-économisme - le Front national a sunéanmoins tirer le plus grand profit de certaines: leracisme différencialiste (1), l'enracinement, l'inégalité,l'euphémisation des propos... "Il n'y a pas de culturedésincarnée, intemporelle et sans racines ", déclarait parexemple Bruno Mégret à l'Assemblée nationale en 1986,thèmes que deux séminaires du GRECE abordaient dès11972.En reprenant dans son programme les positions les plusaudacieuses des principaux clubs politiques de droite qui connurent leur heure de gloire quand la gauche gouvernait,le FN a renforcé ses positions ultralibérales. Il s'est


ainsi attiré la bienveillance de ces clubs qui sont, entreautres, le Cercle Renaissance de Michel de Rostolan et lesclubs Avenir et Liberté que dirige le député apparentéRPR Bernard-Claude Savy. D'importantes passerelles endirection des tendances les plus dures de la droite ont ainsivu le jour.L'université d'été de la nouvelle économie qui se tientchaque été à Aix-en-Provence sous la houlette de l'ALEPS(2) et où se sont retrouvés des représentants de toute ladroite est un bon exemple de ces rencontres clubistes.Il n'est donc pas étonnant que le Club de l'Horloge, créé en1974 par Jean-Yves Le Gallou, Henry de Lesquen et YvanBlot (député RPR), et chantre du libéralisme national (3) aitfourni au Front de nombreux idéologues. Jean-Yves LeGallou illustre la symbiose entre son « club de réflexion» etle mouvement de Jean-Marie Le Pen. Le travail idéologiquedu club consiste essentiellement à organiser desconférences et publier des ouvrages «exhaustifs» surchaque grande question politique, économique ou sociale.Diverses personnalités du monde politique et intellectuelcontribuent à ce travail. La moitié des propositions du Frontnational sont « un simple plagiat du programme préconisé ...par le Club de l'Horloge» (4).Le nœud de la doctrine:la préférenceAutre pilier idéologique, les références à Dieu, la morale,la famille... ne sont que la reprise du discours tenu depuisde nombreuses années par les intégristes. Le rapprochementdu Front et des traditionnalistes date du milieu desannées 70 et ne s'est jamais démenti malgré la situationmatrimoniale de Le Pen.Parlant de celui-ci, Mgr Lefebvre affirme: «C'est unebonne chose que quelqu'un se lève pour défendre lamorale chrétienne (...) Dans une certaine mesure, lecombat du FN rejoint nos préoccupations. » Et c'est un faitque le mouvement de Jean-Marie Le Pen, seul hommepolitique à invoquer Dieu dans ses discours (son parti étantaussi le seul à célébrer une messe lors des fêtesBleu-Blanc-Rouge) est présent partout où le mouvementtraditionnaliste mène sa croisade: Saint-Nicolas-du-Chardonnet,Port-Marly, pèlerinage de Chartres ...L'homme clé de cette alliance est le député européenBernard Antony, alias Romain Marie, chez les intégristes.En se ralliant au FN en 1984, il a amené avec lui lesmouvements qu'il contrôle et notamment ses ComitésChrétienté-Solidarité, sans doute le plus important descourants intégristes. Il a aussi amené dans ses bagages unesolide doctrine: le courant traditionnaliste, qui remonte à laRévolution française, a donné à l'extrême droite françaisesa principale école de pensée: le maurassisme (l'autreétant actuellement représenté par le GRE CE).Il n'est donc pas étonnant que le Front national ait confié àBernard Antony la formation de ses cadres, profitant de soninfluence et de son expérience. On trouve ainsi destraditionnalistes aux principaux postes de formation descadres et militants du FN. En Ile-de-France, l'Institutd'histoire et de politique (IHP), créé dans ce but, est dirigépar George-Paul Wagner, député, avocat de Le Pen, quin'a jamais fait mystère de ses idées maurassiennes.Mais, si du fait de la diversité de ces apports, leprogramme du Front ressemble à un véritable patchwork,l'ensemble reste cependant articulé autour de la notion de« préférence », véritable nœud de la doctrine. C'estl'affirmation d'une logique d'exclusion dont les immigrés neseraient pas les seules victimes: «Gouverner, c'estchoisir» affirme volontiers Le Pen. Devant les congressistesd'Avenir et Liberté, le 21 mars dernier, à Neuilly, ils'est risqué à préciser « Gouverner, c'est discriminer ». Unelogique que l'on retrouve dans tous les actes et discours del'homme politique. D(1) Le racisme différencialiste prône le respect des différences, «àcondition que chacun reste chez soi ». Logique dont l'aboutissement estl'apartheid sud-africain.(2) Association pour la liberté économique et le progrès. Cf. n° 1 de Celsius.(3) Cf. Différences janvier 86, Art. 31, mars-avril 87 et Celsius n° 2.(4) Le Monde du 12.06.85. Article d'Alain Rollat.LES RESEAUX DE PROPAGANDELES TIRELIRES DU FRONTDans tous les partis politiques, le financement reste un tabou etle Front national n'échappe pas à cette règle. Gommebeaucoup, il affirme tirer l'essentiel de ses ressources descotisations, «des quêtes, des souscriptions, des ventesd'objets divers, de l'autofinancement ».Mais il suffit de voir l'importance de sa propagande, de lireNational-hebdo (en déficit, mais sa parution n'est pascompromise et sa pagination augmente) pour se demandersi cela est bien. suffisant.Bien entendu, chaque candidat à une élection doit verser uneparticipation. Pierre Descaves ne proposa-t-il pas 500000 Fenviron pour figurer en position d'éligible sur la listeeuropéenne? Aux cantonales, chaque place de candidataurait valu S 000 F. .. des stages de formation des candidats ontété facturés S 000 F, chèque à l'ordre de la SCIPE, société quel'on retrouve propriétaire du parc où vit Le Pen, sociétécontrôlée elle-même par la famille Le Pen.L'organisation de dîners-débats est une source non négligeablede fonds (1), mais ces mesures ne semblent pas suffireà l'alimentation des caisses du parti. Pour combler le trou, nousnous en tiendrons à quelques hypothèses.D'abord l'affaire Pordéa (2). Le Sunday Times annonçait fin1985 que le député européen Pordéa était «un agentcommuniste» et que les services roumains auraient versé500 000 dollars au FN pour le faire inscrire en 4 e position sur saliste (3). Depuis sept ans, Gustav Pordéa était égalementmooniste et ce qui pourrait n'être qu'un hasard ne l'est plusquand Pierre Geyrac et Michel de Rosfolan, autres députés duFront, sont également proches de la secte ou de sa branchepolitique, GAUSA. Ge dernier (responsable aussi du cercleRenaissance) participe d'ailleurs régulièrement aux réunionsde la WAGL (4). Quant à Pierre Geyrac, il était récemment à unrassemblement anticommuniste à Berlin, accompagné de lafille et du gendre de Le Pen, tous deux élus régionaux duFront (5).Enfin, il reste à signaler les nombreux voyages de Jean-MarieLe Pen aux USA, souvent au moment des échéancesélectorales. Voyages concrétisés par la création toute récented'un cercle des amis de Jean-Marie Le Pen, à Washington.Hasard? n semble que dans son financement, le Front nationalait souvent recours au hasard.Moins hasardeux, l'appel direct aux fonds de pays étrangers.Une lettre publiée par le Canard enchaîné a montré lessollicitations dont le président gabonais avait été l'objet justeavant les européennes. Sollicitations auxquelles il n'avaitjamais répondu. 0(1) Zelig : Retour du Front. Barrault 1985.(2) Jean-François Boyer: L'empire Moon. La Découverte, 1986 p. 363à 370.(3) Un démenti suivra de la direction du FN. Le Sunday Times etLibération sont actuellement en procès avec Pordéa sur cette affaire.(4) World AntiCommunist League, fondée en 1967. Peu à peu repriseen main par des groupes extrémistes, au point que les néo-fascistes duMsi la traite de « ramassis de nazis» La W ACL, où la secte Moon esttrès active dispose de moyens financiers importants.(5) Cf. Celsius, n° 1 p. 23.)Le Front national dispose depuistrois ans d'une bonneimplantation sur le territoirefrançais (1). Dans chaque région,existe un appareil decadres lui permettant d'affirmerplus ou moins bien sonexistence.Cette structuration serrée est\ dirigée d'une main de fer parle secrétaire général, Jean-Pierre Stirbois, assisté dePascal Delmas (ancien du GRECE). Cette pyramide seraitcependant inopérante - à tout le moins insuffisante - sansun certain nombre de relais médiatiques ou associatifs. Enleur sein, semble substituer une liberté d'opinion quisemble tant faire défaut dans le parti.Outre National-Bebdo, son organe d'expression paraissantmaintenant sur 32 pages, le FN dispose du soutien actif dela majeure partie de la presse d'extrême droite. Présent,quotidien distribué uniquement sur abonnement à plus de20 000 exemplaires, s'est engagé derrière Le Pen dans une« bataille de France ». Minute, même après la crise qui l'arécemment secoué, est toujours favorable au «menhir >',tout comme Rivarol et Aspects de la France, hebdomadairesde moindre diffusion. Fin novembre, le Choc dumois, tiré à 100 000 exemplaires, est venu enrichir cettepresse moins maigre qu'on ne le dit parfois.A Paris, les collaborateurs de ces journaux se retrouventDifférences - n° 74 - Janvier 1988encore sur Radio Courtoisie, « la radio libre du pays réel »(95,6 MHz) animée par Jean Ferré, chroniqueur du FigaroMagazine.Bien embarrassé quand Le Pen qualifie de « détail» leschambres à gaz, le journal de Louis Pauwels l'est beaucoupmoins quand il s'agit de faire passer dans l'opinion desthèmes identiques à ceux défendus par le FN.scandaleux dossier publié en 1985: « Serons-nous encoreFrançais dans trente ans?» n'en est qu'un exemple.Résultat d'un savant dosage, le Figaro Magazine comprenddans son équipe rédactionnelle des collaborateurscouvrant la large palette des idées de droite. Jusqu'àl'extrême. Il ne faudrait pas négliger le rôle de certainesrevues spécialisées telles que Troupes d'élite, Hommesde guerre, Militaria ou Raids qui sans être-directementpolitiques ont toutes en commun de glôrifier la chosemilitaire et de proposer un certain modèle de virilité. Ellesrejoignent en cela la vogue des pires films américains telsque Rambo ou Top Gun ... tous très appréciés des critiquescinéma de National-Hebdo.Ces revues, tout comme les maisons d'édition Albatros, LaTable ronde, Avallon ... permettent l'existence d'une véritableculture d'extrême droite qui fait baigner le militant oule sympathisant dans une ambiance à laquelle il est aisé des'abandonner. Grâce à un nombre croissant de librairiesspécialisées, ces diverses publications disposent d'un réelmarché.• ••Le


~----~,------------_____________ GRECE ________________________ ~ __ ~ ___r'" ,. , ,11' ....... .....""..-:-""-......,),'" 1""" / /~ 1..- / Avenir~T ----... et Liberté, • .1/1////,//// --~....,..­: 't Palais Libêriél ' /i'" ' Front Front: ~_ rntlCh6m/,,,\HP' 'na:,~al ..! i \ \ /: 1 Cercle national '-'--_UNAFD':--// CNM /\ \ Santé /CNlP. 1 _ t _____.,____ \ • /. -, \./\ ' ..... " /L. cère le national '~~_ CAR .//r------ieanne d'Are '~--_ _~/j . ''-''-'- "\ -----11A Paris, on peut ainsi dénombrer plus d'une dizaine de cesofficines qui diffusent les nombreuses revues délaisséespar les NMPP: les œuvres de Jean Mabire, d'Alain deBenoist et Le Pen quand ce n'est pas tout simplement leMythe du XXe siècle, d'A. Rosenberg (idéologue du 3 eReich) ou les Annales d'histoire révisionnistes comme dansla désormais célèbre librairie Ogmios.L'influence électorale du FN n'est pas seulement le produitdes impacts des interventions médiatiques de Le Pen. Elles'appuie aussi sur la constitution d'un réseau d'associationsplus ou moins contrôlées. Chacune cultivant l'une desfacettes d'un électorat varié.Le FN a ainsi depuis longtemps, des liens privilégiés avecles groupes pétainistes, comme avec quelques associationsde rapatriés d'Algérie ou d'anciens combattants. Ces lienstiennent pour une bonne part à l'histoire du courantpolitique que perpétue Le Pen.Autre exemple, par Romain Marie et ses comités Chrétienté-Solidarité,le FN (présent dans la plupart desactivités intégristes) a des contacts avec la FraternitéSaint -Pie-X de Mgr Lefebvre et une activité réelle endirection des jeunes par le relais des Scouts d'Europe ou duMouvement de la jeunesse catholique de France.CONDAMNE POUR RACISME\1111J\\\i\ 1AGRI': -+---~1 111//j 1Pé,t~~~i~tes ___ -;La nébuleusedu Frontnational: unepléiaded'associations,de clubs et degroupesconfessionnels.Aux frontières:la droite classique.Certains thèmes de son programme ont naturellementtrouvé un écho favorable dans des groupes avec lesquels ilest en très bons termes. Citons la FPlp, syndicat d'extrêmedroite dans la police, l'association Légitime Défense ou,dans un tout autre domaine, Laissez les vivre qui combatfarouchement l'avortement et toute forme de contraception.Plus étonnants sont les liens, pourtant bien réels, avec laLigue contre la vivisection dont le look écolo en a trompéplus d'un.Des dîners-débatsavec le gotha parisienle Cercle MontherlantPassé ce stade artisanal, le FN tente de développer desactions sectorielles par le biais d'associations satellites desa création. Le Cercle Montherlant, que préside Jacquesde Ricaumont, chroniqueur du Figaro et ami personnel deLe Pen, se veut ainsi « une structure d'accueil, à la foissouple et sélective (...) sans lien apparent avec le Front ».Ses activités consistent en des dîners-débats où l'onretrouve le gotha parisien. Tel est aussi le but, une classesociale en dessous, du Cercle national Jeanne-d'Arc. Créépar Jean-François Delenda, conseiller régional d'Ile-de-France, « pour remettre à l'honneur les valeurs fondamentalesqui ont fait la France» (2).En direction des deshérités, un Front antichômage proposeun service de placement. Sans doute dans l'espoir des'attacher une clientèle électorale. A l'initiative d'uneLe Front national n 'est pas un courant politique comme responsable de la Drôme, Germaine Burgaz, s'est dévelesautres. n est le parti dont le principal dîrigeant fut loppée dans le sud de la France une Union nationale desplusieurs fois condamné pour des propos racistes. En Français défavorisés pour « aider les citoyens français dansdeux mois, le MRAP a fait sanctionner Le Pen à Nanterre la détresse morale et professionnelle et faire respecter les(pour ses déclarations sur les chambres à gaz) et à Paris droits des nationaux en toute occasion ».(pour incitation à la discrimination raciale).Plus importants sont le Cercle national des femmesn n'y a pas, à notre connaissance, d'autre homme d'Europe que dirige Martine Lehideux, député européen,politique français qui ait été condamné pour délit de et le Cercle national des combattants de Roger Holeindre.racisme. C'est pour cela que le MRAP a lancé une Le premier vise à conquérir un électorat dont le passé acampagne afin que les élus refusent à Jean-Marie Le Pen montré qu'il était globalement hostile aux thèses du Frontles 500 signatures nécessaires à sa candidature aux national (3). Le second s'attache à maintenir les anciens... présidentielles.D combattants dans leur identité passée pour en faire desiii LI========================::::==::::::::::::::===-____~c~om~b~a~tt~a~n:ts~d~u~p~r~é:s~e~n~t.~D~a~n~s~l:a~g~r~a~n:d~e~p~r~o~p:r~ie~·t~é~qu~'i~l~lo~u:e:Jà Bokassa, Roger Holeindre souhaite organiser aussi, sousle patronage de son cercle, des colonies de vacances,voire « une école vraiment libre »,De tout ce réseau, ici très résumé, la principale constructionreste toutefois Entreprise moderne et Liberté, crééeen 1984 pour s'implanter dans les milieux professionnels etpatronaux (4).Ses dirigeants ont cherché à rassembler les socioprofessionnelsfavorables à Le Pen en vue d'agir au seindes chambres de commerce, des chambres de métier, descentres de Sécurité sociale ... tout ce qui pouvait constituerun relais d'opinion au sein du tissu économique. Après troisans d'existence, ce groupe chapeaute un nombre croissantde cercles professionnels: Cercle national Banque, Bâtiment,Santé, Transports routiers et fluviaux,Palais­Liberté (5), etc.Depuis un an, il existe aussi des sections d'entreprise à laRATP (200 adhérents) et à la SNCF. Mais, exceptée la CSLdans certains bastions très circonscrits, l'extrême droite n'ajamais pu disposer de courroies de transmissions syndicales.Des sections d·entreprise.des associations bidons.du noyautagedans les organisations institutionnelsLe parti de Le Pen, on le voit, ne ménage pas ses effortspour injecter son venin à l'ensemble de la société française.Des réseaux existent qui ont la double mission de propagerune idéologie et collecter des fonds. Les moyens de cettepropagande peuvent parfois surprendre, on ne sauraitmalgré tout en conclure avec Anne Tristan que « le Frontorganise très peu» et « que les associations qu'il monte sontbidons ».Si les dîners-débats sont le moyen le plus souvent utiliséspour faire passer le message, c'est qu'ils permettent decréer au mieux cette convivialité qu'Anne Tristan adécouvert dans les quartiers nord de Marseille et qui existeaussi ailleurs ... dans les milieux plus favorisés.Les associations seraient au Front national d'un bien maigresecours en cas de revers électoral grave. Elles auronttoutefois assuré leur mission en diffusant plus largement sesidées au point que beaucoup font déjà du lepénisme sans lesavoir. 0(1) Cf. Article 31 janvier 86. Le FN reconnaît rétrospectivement 2 500adhérents en 1984, et avance le chiffre de 70 000 en 1987.(2) Au comité d'honneur de ce cercle se retrouvent, entre autres, lagénérale de Bénouville, Pierre Chaunu, Jean Raspail, Jacques Soustelle, legénéral Delaunay et Serge Lama.(3) Sondage SOFRES du 16 mars 1986 : 11 % des hommes pour seulement8 % des femmes avaient voté FN aux législatives.(4) Selon Le Figaro, ce cercle est une «nécessité au cas où la publicitépolitique trouverait sa place en 1988 », laissant entendre que cetteassociation avait vocation à collecter des fonds.(5) Ce dernier ne regrouperait que des avocats et des notaires. Mais ytrouver des magistrats du siège ne serait guère surprenant.POUR EN SAVOIR PLUSL'effet Le Pen, Edwy Plenel et 'Alain Rollat. Ed. LaDécouverteRetour du Front, Yves M. Zelig. Ed. BaneauAu Front, Anne Tristan. Ed. Gallimard.Les Affaires de M. Le Pen, Jean Chatain. Ed. MessidorLa Tentation néofasciste en France (1944-196!),Joseph Algazy. Ed. FayardlIrtic1e 31, revue mensuelle, 20 F, BP 423, 75527 Pariscedex IlCelsius, mensuel, 25 F. Montront, BP 284, 75228 Pariscedex 05Différences - n° 74 - Janvier 1988$ans idéologie, unp81'Ûn'estpas ttîable.Le Front s'est ainsiassuré les services d'un ni;)yal1.d'iJJtell~ctuels, idéoJognes pl~ou moÏ1l$ spéCialisés.• Jean-Yves Le GaJ1ou, énarque dipldméde I1nstitutd'étudespolitiques de Paris, . a . exercé d'importantes fonctions auGRECE dont il fIlt J'orateur à divers colloques et sémimlÎres etdirecteur du groupe GRECE Science-po 2.En 1974, il est l'un des fondateurs du Club.de l'Horloge et ensera le secrétaire général jusqu'en juin 8S. Rallié au Frontnational, il appartient ti;)ujours au conseil· d'administration duclub. Nouveau membre du Comité.central du FN, il a assuréavec Bruno Gollnisch la rédaction du programme du parti.Responsable du groupe parlementaire du Front, il assiste LePen dans la rédaction de ses livres. Il rédige avec Gollnischdes fiches, discours, . tribunes librès et des textes de ripostedestinés aux cadres du FN.· • Bl'IUIo Gollniscb. est député du Rhône. Il a rejoint le Front en1984 et fut doyen de la fac de Lyon IlL n a été correspondantau Japon du Cahier indépendant - du CNI. En 1976, . on letrouvait au Cercle Auguste Cochin qui regroupe des fllembresde l'université intégriste de Mrg Lefebvre et des légitimistes(1).• Bl'IUIO Mégret est ingénieur des Ponts et Chaussées,polytechnicien. Ancien responsable RPR, il fonde en novembre1981 les CAR (Comités d'action républicaine) puis laCODAR (Rassemblement des clubs d'opposition). n était aussi,jusqu'en 1981, membre du conseil d'administration du Club del'Horloge. Pour les cantonales de 8S, il fonde les FAR(Fédération pour l'avenir et le renouveau) afin de « couvrirl'espace politique entre le Front national et la droite parlementaire». Aux législatives, il a été élu député FN de l'Isère. Il estle directeur de la campagne présidentielle de Le Pen et aremplacé Olivier .d'Ormesson à la présidence du comité desoutien à la candidature de Le Pen.• Jean-Claude Martinez est professeur agrégé dé droit,député de l'Hérault. Il. s'est rallié au FN en 1988 et est leresponsable de la cellule « idées" du Front. n a pour tâche deconcevoir et concrétiser des « idées originales" pour « attirerl'attention des médias}) ainsi que de concevoir des coupspolitiques destinés à conforter l'image et le message ducandidat Le Pen. Auteur d'ouvrage sur la fiscalité, c'est unfarouche partisan de la suppression de J'impôt sur le reVenu. Al'Assemblée nationale, il s'est fait une spéCialité de critiquerl'Education nationale.• II ne faudrait pas oublier d'autres « spécialistes» dumouvement: François Bache/ot, cardialogue devenu docteures-Sidapour les besoins de la cause, Yann Piat pour lesquestions familiales, Michel de Rostolan pour l'NG ou encorePascal Arrighi dont la rondeur fait parfois merveille auprès deses collègues RPR-UDF ...L'extrême droite est très présente dans la presse et l'éditionavec, notamment, l'écrivain Jean Raspail (Le Camp des Saints)candidat récent à l'Académie française et signature duFig-Mag, Randa (science-fiction) ou Yves de Verdilhac ~ aliasSerge Dalens - auteur pour la jeunesse, dans la collectionSignes de piste. 0(1) Cf. Celsius, octobre 1987.mil


mM u sCOSMOPOLITESQUEsNOUGA. On le disait fini. Armstrong,Donne-moi la main camarade, Toulouse,c'était il y a combien de temps déjà? Et le revoilà en pleine peau (noireet blanche). Nougaro, après un an passédans l'ancien appartement de CharlieMingus à New York, joue du Nougarock.Installé dans le fief de ses premièresamours, Harlem, il fait unechanson de tout et de rien : la statue dela Liberté, la comète Halley, le rythm'nflouze, Al Jarreau, Marrakech. Desjeux de mots qui s'enchaînent, des orchestrationssuperbes, voici le meilleurfrançais de l'année. 0Nougayork, Claude Nougaro, WEA.AFFRONT. C'est l'idole un peu lasciveet très chic du public anglais. Quand ilentonne Wishing weil (Kissing a bandit/Stealingtime/Under a sycomoretree), Terence Trent d'Arby (TT A) faitfrémir la jeunesse. La voix chaude, lelook smart et métissé, TT A a aussi dela suite dans les idées. Après avoir annuléun concert en Autriche, il a expliqué: « Après mûre réflexion, je ne peuxpas, en bonne conscience, admettre quecertains profits occasionnés par ma venuetombent dans les caisses d'un gouvernementdirigé par un conspirateurnazi notoire. Ce serait comme un affrontpour mes amis juifs qui ont perdudes êtres chers pendant l'holocauste,peut-être à cause de l'action de KurtWaldheim, sans parler des millions dejuifs que je ne connais pas. »Et comme la musique est bonne, ça negâche rien au personnage. 0De retourde New York,entre jazz et rock :Nougaro,le meilleur françaisde l'année.DISSONANCES. Cet énergumène jusqu'alorssans visage tant l'atmosphèrede ses albums était enfumée (de cigaretteset d'alcool), en a un depuis l'annéedernière. Le grand public l'a découvertdans Down by Law, le film de Jim Jarmush,aux côtés d'un autre musicienaméricain, John Lurie. Tom Waits,grand déguingandé de l'Amérique paumée,est sorti des boîtes de nuit grâceau cinéma. Les puristes le regretteront.Sa voix rocailleuse venùe du fond dublues, son piano nostalgique arrosé parle whisky malencontreusement bousculé,sa sensibilité de malade urbain : toutest toujours là dans son dernier album,Frank's wild years, très jazzy, très polka,très rumba. C'est du Tom Waits,certes, mais gagné par une mal).ie, cellede la dissonance, à ne pas confondreavec la dissidence. Ça finit par saôuler,mais l'emballage est beau. 0Frank's wild years, Tom Waits. BGM­Ariola.DETAILS. Les vedettes du Top 50, deGoldman à Vanessa Paradis, vont bientôtenregistrer Détails, une chansoncomposée par Adamo après les déclarationsde Jean-Marie Le Pen sur leschambres à gaz.Les droits d'auteur iront à la Licra etSOS Racisme. 0VERONIOUE MOR TA IGNEROCK AROUND. Du pavillon de Parisà l'hippodrome de Pantin et au Zénith,de Parking 2000 aux multiples lieux derock disséminés entre Bagnolet et Montreuil,la Villette se trouve au cœur del'histoire du rock.Présenté à la Maison de la Villette, Histoiresde rockers montre de quelles empreintesle rock a marqué et marque encorele Nord-Est parisien.Introducing the hardline according to,Terence Trent d'Arby, CBS.Sur les marges de Paris, entre ville etI ______________ ~--------~----------------------'banlieue, le rock vagabonde : au détourde sites abandonnés, de friches industriellesou de troquets oubliés, les rockerss'installent, souvent, de façon éphémère.L'équipe de la Maison de la Villette lesa rencontrés et a ainsi pu recueillir les témoignagesde quelque 200 musiciens etamateurs de rock.Les thèmes majeurs se dégageant de cesentretiens ont guidé la conception d'uneexposition qui combine les formes d'expressiontraditionnelles du rock (musicales,graphiques, vestimentaires ... ) et destémoignages inédits de rockers.Histoires de rockers sera ponctuée parune série d'événements: débats, démonstrationsde tatouages, défilés de look rockavec des costumes spécialement créés,performances-surprises par des « tribusrock », telles que Batcave, Psycho, Punkou Gothie! 0Histoires de rockers. Maison de la Villette,jusqu'au 28 février 1988. Rens. etcalendrier sur le Minitel 36.15, code TVRock.MEDITERRANEE. Chaud, chaud,chaud, l'hiver sera chaud à Paris .. . parceque tout plein de musique méditerranéenne.Du 9 au 23 janvier, le Café de laDanse, à la Bastille, ouvrira ses portes del'Orient à l'Occident - ou vice versa ...Un festival de musique réunira les meilleursartistes de douze pays du bassin méditerranéen(essentiellement de la musiqueet du chant traditionnels). La liste? Quelquesnoms qui, peut-être, ne vous diront(encore) rien, mais dont les sonorités évoquerontdéjà les voix langoureuses et souventorientales: Mustapha Skandrani(Algérie), interprète des plus grands classiquesde tradition arabo-andalouse, Reinettel'Oranaise (non, ce n'est pas du raï),témoin rare d'une tradition judéo-arabe,Esin Afsar (Turquie), qui chante de nombreuxpoètes turcs dont, évidemment, lesuperbe Nazim Hikmet. Et puis HusseinEl Masry (Egypte), Saïd El Maghrebi(Maroc), Maria deI Mar Bonnet (Palmade Majorque), Mohammed Bhar (Tunisie),Juliette Greco (France), Irene Papas(Grèce). Côté Italie, à ne pas manquersous aucun prétexte: la troupe napolitainedi Canto di popular.Des ténèbres de l'exil aux scintillementsde la mer, des fleuves et de la terre natale,la Méditerranée se chantera entrenostalgie et émerveillement. Normal: ceprojet s'intitule Orient, Occident, ombreset lumières de la Méditerranée. Du voyagedu côté de la Bastille ... 0S.8.Orient, Occident, ombres et lumières dela Méditerranée, du 9 au 23 janvier auCafé de la Danse.5, passage Louis-Philippe, 75011 Paris.Tél. : 43.57.05.35.Différences - n° 74 - Janvier 1988sPEe TAC L EL'INDIGNE ET l'INAVOUABLE. Jean­Michel Rabeux a écrit Onanismeavec troubles nerveux chez deux petitesfilles à partir d'une observation médicaleparue au début du siècle. Son auteur, DemetriusZambaco, est psychiatre. Trenteans plus tard, il est devenu correspondantde l'Académie des sciences et commandeurde la légion d'honneur. Ses procédésthérapeutiques sont donc reconnus etpratiqués. Et pourtant!« Pourtant, il va loin dans les sévicesqu'iljustifie par le traitement des deux fillettes.Ce qui m'a le plus choqué danscette observation, commente Jean-MichelRabeux, c'est la tranquillité d'esprit deZambaco ». L'onanisme était alors considérécomme une maladie grave, et donc,violemment punie. En définitif Zambacorend les deux petites filles folles. Et lesparents, complaisants, ne sont pas plustraversés par le doute. Car, c'était uncomportement normal de la psychiatrie àl'époque.L'une des deux fillettes, devenueadulte, raconte, comme on expose un casclinique. Elle s'adresse aussi à sa mère,qui a laissé faire et qui a accepté cet ordremoral. « Cette observation laisse surnous des cicatrices pas tout à fait sèches.Ce qui est insupportable, c'est cettefoliede la raison, cette certitude. Il aurait étédérisoire defaire une pièce sur Hitler. J'aiOANSE-THEATREsTHEA TRE IMPOSSIBLE. Le Public,représenté pour la première fois enFrance, est l'avant, dernière pièce de FedericoGarcia Lorca. La mise en scène decette œuvre est de Jorge Lavelli, directeurdu nouveau Théâtre de la Colline qui ouvreses portes ce mois-ci. Priorité à lacréation et la découverte: c'est la volontéde l'ex-TEP (Théâtre de l'Est parisien).Lorca, dramaturge, poète, peintre et musicienest né en 1898. On vient d'ailleursde célébrer le cinquantenaire de sa mort.Il nous a légué deux théâtres. L'un, théâtremarchand et complaisant, « écrit pourse faire respecter» et décrié par ses amisDali et Bunuel. L'autre, le « théâtre impossible», son théâtre surréaliste où ils'insurge contre la médiocrité du quotidienet le grotesque des normes morales.Le Public, c'est l'histoire d'un voyage.Ayant fait irruption dans le bureau d'undirecteur de théâtre, trois amis se livrentà un jeu de la vérité, et font tomberquelques-uns de leurs masques. Danscette pièce, l'interrogation omniprésentedu « théâtre impossible» de Lorca : laquête de la vérité théâtrale face à l'illusion.Il y traite bien sûr de l'existence, dela mort, de la sexualité.choisi une métaphore pour parler de lacoercition de la psychiatrie, de la scienceprise de folie, et des totalitarismes en générai.»Une autre pièce écrite par Jean-MichelRabeux fait l'éloge de la pornographie.« Pour y débusquer des douceurs imprévisibles,des beautés inattendues, des ridiculesaussi ». Le metteur en scènes'amuse et s'interroge et les acteurs aveclui.« Le théâtre est pour moi un pays clandestin.Il dit le secret, l'inavouable. Unepart de nos vies est pornographique. Toutau moins une part de nos rêves. »Dans cette pièce, le corps est tout saufun objet. Le jeu est étrange, pudique, légeret mystérieux. Pour Jean-Michel Rabeux,le théâtre sert à parler du réel et dessentiments.«ReconnaÎtre sa pornographie (onpourrait dire érotisme) c'est s'accepterdans ce qu'on a d'incongru, et l'accepterchez l'autre. C'est-à·dire accepter les différences... la pornographie a d'ailleurstoujours été interdite dans les régimes totalitaires.»C'est beau et déconcertant 0LAURE LASFARGUESOnanisme avec troubles nerveux chezdeux petites filles, de Jean-Michel Rabeuxdu 15 janvier au 6 février 1988. Théâtrenational de Chaillot, Paris.Eloge de la pornographie, jusqu'au 9 janvier,théâtre Gérard Philipe, 93 Saint­Denis.Un dessin de Garcia Lorca.«Combien de temps encorecontinuera-t-on à nous cacher ce Lorcatrangresseur, le plus authentique, le plusuniversel », s'est écrié récemment un critique.0 L. L.Le Public, de Federico Garcia Lorca,Théâtre national de la Colline. Du 7 janvierau 25 février. 5, rue Malte-Brun,75020 Paris.Il


BICharlie Parker, the Bird, à l'écranc sN E M AD'AUJOURD 'HUIBIRO LIVES. Clind Eastwood est entrain de produire et de diriger un filmretraçant la vie du grand saxophonistede jazz noir Charlie Parker, mort en1955 dans le dénuement physique etmatériel. Bird est le surnom qu'on avaitdonné à Charlie Parker et Clint Eastwoodl'a choisi pour titre à son film dontla sortie est prévue pour le milieu del'année.Le rôle de Charlie Parker est tenu parl'acteur noir Forest Whitaker qu'on apu voir récemment dans Platoon et laCouleur de l'argent. Le film se terminesur l'image du graffiti qui s'étale encoreaujourd'hui de temps à autre sur lesmurs de Harlem: « Bird Lives »,symbole de l'immortalité de CharlieParker dans l'âme de la communauténoire des Etats-Unis. 0R.P.UN CRI POUR STEVE. Sir RichardAttenborough, le cinéaste auteur dufameux Gandhi, a présenté, à Londres,son dernier film, Freedom Cry, quiretrace la vie du syndicaliste noir sudafricainSteve Biko, mort assassiné danssa prison par la police raciste dePretoria, le 12 septembre 1977.Ce film est fondé sur l'amitié profondequi unissait Biko et le journaliste libéralblanc Donald Woods. Il a été tourné auZimbabwe qui a participé pour 20 % aufinancement du film. Le film a été vupar les représentants de l'AZAPO,l'organisation noire sud-africaine qui l'aapprouvé. Le rôle de Steve Biko esttenu par l'acteur noir américain DenzelWashington, dont Richard Attenboroughavait apprécié la prestation dansle film Soldier's Story et dont la ressemblanceavec Malcolm X est hallucinante.Il a d'ailleurs tenu le rôle du grandmilitant noir sur les planches, ce qui luiavait valu de recevoir l'Audelco Awardpour sa performance. 0ROBERTPACTROIS CONTINENTS. Sans doute lemeilleur forum pour connaître et reconnaîtreles cinématographies oubliées parles distributeurs européo-américains, leFestival des trois continents de Nantes, refusantcomme par le passé une visiontiers-mondiste du 7 e Art au profit d'unevision purement cinématographique, afait rêver la ville et la région, pour sa neuvièmecuvée, grâce à une rétrospective ducinéma turc, unique en France, et à un panoramade dix ans des studios de Xian enChine populaire.Ajoutons à cela une sélection, plaisirgourmand entre tous, d'une dizaine decomédies musicales indiennes, toutesbruissantes de chants, de danses et... delarmes.La compétition réunissant des œuvresde dix pays, du Viêt-nam à Haïti, du Brésilà la Chine, en passant par la Corée,le Japon et la Turquie était honnête.La Turquie justement! : c'est elle quiétait à l'honneur, une découverte, unbonheur! vingt-cinq fims, de 1935 à nosjours. Cette cinématographie trop méconnue,aux productions variées allant du policierau film sexy en passant par le mélodrame,qui produit une centaine defilms en moyenne chaque année (185 l'andernier !) s'affirme par son originalité :une tradition culturelle très forte, coloréepar son appartenance à une Europequi feint encore de l'ignorer.Depuis vingt ans, une figure dominecette production, celle du grand YilmazGuney, le révolutionnaire assoiffé de justicesociale, encore boycotté par les milieuxofficiels de son pays pour son militantismekurde, mort en exil en France,et présent à Nantes à travers deux chefsd'œuvresignés seul, Espoir (1970) dramede la pauvreté qui rend fou et Elégie(1971) qui met en scène, dans la traditiondes bardes populaires de son pays, deshors-la-loi au grand cœur.Une révélation, le grand art de MetinErksan venu lui-même présenter, sensibleet esthète parfois, plusieurs magnifiquesCinématurc:L'Eté torride,de MetinErksanhistoires de révoltes implacables: Audedes nuits (1960), la Vengeance desserpents (1962), l'Eté torride (1963),drame de la possession de la terre et. .. dela femme. Son Kuyu (le Puits, 1968) abouleversé le public par la violence d'unefemme violée qui ira jusqu'au bout de savengeance dans un climat de banditismed'honneur traditionnel.D'Atif Yilmaz, le troisième Grand turcon a pu déguster le charmant et pleind'humour Qu'elle était belle Istanbul(1966) dans la tradition italienne, sur uneidylle naissante entre un gentleman stamboulioteruiné et une jeune provincialemontée à Istanbul pour devenir actrice,le tout prétexte à de superbes et amoureusesphotographies de ville en hiver.Révolte contre l'injustice, violence desrapports sociaux, et des rapports entrehommes et femmes, humour salvateur desgens écrasés sont des leitmotivs de ce cinématurc divers et pourtant marqué d'unsceau culturel bien reconnaissable. Lejury de Nantes ne s'y est pas trompé encouronnant un film de ce pays, l'Hôtelmère-patrie (Anayurt Oteli, 1987) d'OmerKavur, saluant, en le doublant d'un prixd'interprétation, son acteur principal,Macit Koper. Anayurt Oteli marque eneffet un renouveau dans la productionturque, volontairement, nous expliquaitl'auteur, en réaction avec films anatoliens,paysans et sociaux. Il y décrit, la solituded'un personnage complexe gérantd'un hôtel dans une petite ville anatolienne,que la mélancolie est la vision fugitived'une belle cliente, incarnée parl'étonnante Serra Yilmez, vont mener àla schizophrénie et au meurtre. Couronnécette année par le Grand prix national àIstanbul, ovationné à Valencia, il faut quece film, ainsi que la plupart de ceux dela rétrospective, sortent sur les écransfrançais. 0YVES THORAVALFestival des trois continents, BP 3306!Vantes 4033 cedexMerzag AllouacheDe Roger Hanin à MerzagAllouache, en passant parle cinéma arabe, italien,allemand ...Différences - n° 74 - Janvier 1988Semaine du cinéma de l'immigrationMARIE D'ALGER,ALI DE CLICHYNuance de langage à fa;« absolument: cinéma d'immigration ne veutpas nécessairement dire cinéma sur lesimmigrés. Cette distinction tient à cœurà Abdel Bennour, principal organisateurde cette Semaine du cinéma del'immigration qui s'était déroulée auparavantà Alger et à Lyon (financée parle Fonds d'action sociale et l'Institut dumonde arabe) et pour qui il s'agissaitessentiellement de montrer que, sous lemot immigration, fusionne un mondede création mis en images: « Mieuxconnaître des films peu ou pas vus, decultures spécifiques, éléments indispensablesà l'enrichissement de la culturefrançaise. »Maintenir le motSortir du ghetto par là-même où ontente de le constituer: « l'immigration». Le mot heurte encore. Se référanttellement à l'image de misérabilisme,de militant « mao-t'es-plus-dansl'coupcoco », les organisateurs n'en ontpas moins tenu le pari de maintenir leterme - « nul autre ne conviendrait »,dit Bennour - en en révélant ses aspectsles plus créatifs, les plus riches. Ladémarche est louable ; le programmeétait un large éventail de cinéastesfrançais, arabes, italiens, yougoslaves,allemands... Une vingtaine de courtsmétrages qui ne seront jamais vusailleurs (mesure-t-on assez ce que celasignifie réaliser un film dont on sait qu'ilsera peu vu ? ... ). Des débats se tenaientaprès chaque projection (souventdifficilement).L'information a mal circulé autour dece projet. Moitié culpa des organisateurs,moitié culpa de la presse ellemême(Selon A. Bennou « il y a eu unréel boycott de la part de Libération. Ilparaît que l'immigration, ça ne se vendplus). De longs métrages connus (Blackmie mac, Miss Mona, Tête de turc),moins connus (A contre-jour, Mirianna- délicieux ! - ) ou jamais vus.La semaine s'est ouverte avec Uncoupable, de Roger Hanin, en premièreprojection publique. Roger Hanin estindéniablement un personnage sincèreet de bonne foi que le racisme scandaliseet qui tente de le dire au traversde ses films. Malheureusement, cela nefait pas nécessairement de lui un boncinéaste. L'intrigue autour d'Ali FrançoisCaillou, arrêté lors d'une manifestationet injustement accusé d'avoiragressé un CRS sert davantage à Haninde discours sur la justice qu'à undiscours sur le racisme en tant que tel.Rien de nouveau dans ce scénario quirappelle les vieux Cayatte ou Boisset àl'époque des justiciers cinématographiques.Ça sonne trop souvent faux dansles dialogues comme dans les situationselles-mêmes (la man if, la prison ... ).Le dernier film de Merzag Allouache,en revanche, est sacrément innovateurdans sa forme comme dans son propos.Avec comme personnage Marie d'Algeret Ali de Clichy, on s'attendait à tous leslieux communs : le conflit des cultures,la dure réalité de deux basanés à Paris,etc. Non. Deux amoureux, avant tout.Flash, passion et bohème à deux. Leursorigines respectives n'interviennentqu'en filigranes. C'est entre les scènesd'amour que se tient la nouveauté dudiscours. Elle veut devenir mannequin,lui cosmonaute. Et vlan pour l'imagedes Arabes immigrés ...Tête de cochonDes scènes provos à tous niveaux;Allouache n'épargne personne: lascène des immigrés de retour du boulotdans le métro et plongés dans la lectured'un roman qui n'est autre que L'amant,de Duras, ou celle du protagonisteramenant à sa dulcinée une tête decochon en cadeau hérisseront les cheveuxdes deux côtés de la frontière.C'est précisément parce que tout celaest encore trop fictionnel que lemessage passe. Il n'y a nulle intentionde discours. Il y a seulement regardnouveau d'une réalité qu'il fait bon deregarder au futur.Ouf! Du cinéma d'immigration beau,gratifiant, poétique. Mais attention, pasnaïf, pas naïf du tout. .. 0SOUAO BELHAOOAO Il


IlAGENDAJanvier5Jusqu'au 23, Frederico Garcia Lorca auThéâtre de la Ville. Jacques Nichet meten scène La Savetière prodigieuse avec lecentre dramatique national Languedoc­Roussillon. Rens. : 42.74.22.77.7Jusqu'au 7 février, Le Changeon, deThomas Middleton et William Rowley,traduit et mis en scène par Stuart Seide. Uncpièce du XVII' siècle sur le thème de ladouble nature, de la dualité et de lamétamorphose. Au théâtre de Genevilliers.Rens. : 47.93.26.30 ..12Jusqu'au 30 janvier, la compagnieMacqueron-Djaoui présente Le Jourde la limace, de Richard Crane à l'Espaceacteur, 14 bis rue Sainte Isaure à Paris.L'histoire d'un homme moyen et content.Rens. : 42.62.35.00.13Pour un mois, L'Amante anglaise deMarguerite Duras. Basée sur un faitdivers, un Duras différent mis en scène parCharles Tordjmann et le Théâtre populairede Lorraine. Au Théâtre 71 de Malakoff.Rens. : 46.55.43.45.15Archie Shepp en quintet au NewMorning. A voir et à entendre sanss'en lasser. New Morning.Rens. : 42.46.30.70.15Troisième festival de musiquecontemporaine à Fontenay-sous­Bois, Futurs Musique. Au programme,Transes européennes dirigées par lepercussionniste Pablo Cueco, puis TristanClais et J'Orchestre symphonique du Rhin­Mulhouse. Jusqu'au 28 février.Rens. : 48.75.44.88.1620 h 30 au Théâtre municipal deBoulogne-sur-Mer, l'Orchestrerégional de Picardie joue Strauss etTchaïkovski sous la direction du chefMagloire.22Première du Roi Lear deShakespeare à la maison de laculture de Bourges, une coproduction del'Autre théâtre et du Théâtre du Lierre.Mise en scène de Jean Gillibert. Rens. :48.20.13.84. A partir du 2 février, GérardDesarthe jouera, toujours à Bourges, Jean­Jacques Rousseau, dans une mise en scènede Jean Jourdheuil.FORMATION La Maison de l'étranger,16, rue Antoine Zattara, à Marseille, organisedes sessions de formation sur le droitde lïmmigratiol1 et les pratiques administratives.Elles durent quatre jours à chaque fois ettraitent de toute la législation sur l'entrée enFrance, le travail, le regroupement familial,la naturalisation, le droit d'asile, les expulsions... Les sessions sont destinées à tousceux qui travaillent dans les administrations,associations, collectivités locales, servicessociaux et juridiques ... La première sessiona lieu le 21 janvier. Rens. : 91.95.90.15.B sLOC-NOTE YVES THORAVALTTILAH FAKIR. L'Evénement duAjeudi a accordé son premier prixlittéraire à Atti/an Fakir (ed. Souffles)de Ahmed Zitouni qui n'est pas dutout un inconnu, auteur, entre autres,d'un Aimez-vous Brahim (Belfond1986) qui avait fait grand bruit lors desa parution. Le sous-titre d'Atti/an ...,Les derniers jours d'un apostropheur(il s'agit du camarade Pivot) donne leton féroce et guilleret d'un auteur, pasvraiment français de souche comme ondit, pendant les trois jours précédantune célèbre émission littéraire où ildoit passer : une corrida médiatiqued'une verve époustouflante, dans unpériple kitsch, du 746 e crachat sur lavitrine d'un coiffeur raciste à la rafflemassive de sucres dans un caféinhospitalier ...ARMENIENS. 1000 illustrations, 624pages, pas une de moins, planchescouleurs rehaussées d'or, PatrickDonabédian et J .-M.Thierry n'y sont pasallés de main mortepour restituer unénorme et somptueuxpavé éditorial d'uneérudition sans faille, LesArts arméniens, surquinze siècles, desorigines, lorsquel'Arménie est devenu lepremier Etat à adopterle christianisme jusqu'ànos jours, et cela àtravers tous lesterritoires historiquesarméniens: Cilicie (enTurquie), Arméniesoviétique, Diaspora.C'est Mazenod, l'éditeurde plusieurs sommes surles grandes civilisationsqui l'a édité (je vous ledis tout de suite, j'aiconsulté l'ouvrage enbibliothèque, car il estcher).CAUCASE STORY. Sivous n'allez pas auCaucase dans lesmois qui viennent, cequi est probable, il fautcourir à la Maison des Cultures duMonde car la Géorgie, l'Arménie, leTurkménistan et le Daghestan viennentà elle, pendant tout le mois de janvier,avec leurs « musiciens rares », lesBakhshis du désert de Karakorum, lesdanseurs de Erevan, de Tiflis (Tbilissi)et les Turcs du Daghestan.EHERAN. Il y a tellement peuTd'informations, ces dernièresannées, autres que politico-faits diverssur l'Iran d'aujourd'hui qu'il fautsaluer le dernier volume villesd'Autrement, très joliment agrémentéde photos noir et blanc : Téhéran:au-dessous du volcan.A vec sympathie, non pas pourKhomeiny, mais pour les Iraniens, les10 millions de Téhéranis en particulier.En deux cents pages, des Français etdes Iraniens, spécialistes ou pas, laplupart vivant là-bas, nous disent toutdu vécu de tout un chacun, mais ausside créateurs, sous la féruleinquisitoriale de la révolutionislamique, qui tente de s'insinuerjusque dans la chambre à coucher descitoyens. Avec humour, souventdésespoir, comment tenter de vivrenormalement ?A CCT.L'Agence de coopérationculturelle et technique, la grandeagence des pays francophones duL'art arménien: une très grande richessemonde entier, vient de décerner desprix de son concours littéraire, ouvertà tous, pourvu que l'œuvre soit enfrançais, comme nous le disions icil'an dernier.Pour 1987, c'est un jeune Tunisien,Hafedh Djedidi, qui a vu son romanLe Cimeterre ou le Souffle duVénérable couronné, cependant que lePrix de Poésie allait au MarocainKhereddine Mourad pour le Chantd'Adapa. En plus d'un chèque de15 000 F, les lauréats verront leur.œuvre éditée dans deux jolis livres depoche avec la coopération des éditionsHatier, en une collection qui estcertainement devenue la meilleure et laplus novatrice des littératuresfrancophones du monde entier.FREDKUPFERMAN. C'est lui,journaliste et universitaire, spécialistede la France de Vichy, qui a obtenu leGrand Prix de l'Histoire (Moet­Hennessy) 1987 pour son Laval 1883-1945 (ed. Balland). Le couronnementd'un anti-best-seller de gare!OUVELLE. Le cinéphile seNsouvient peut-être du beau film del'Egyptien Henry Barakat, Le Peché(Al-Haram), (1965), interprété par lasuperbe Faten Hamama, tiré d'unelongue nouvelle bouleversante deYoussef Idris. C'est sous le titre LeTabou qu'elle vient d'être traduite enfrançais, la première œuvre d'Idrisaccessible dans notre langue, de ce« père de la nouvelle égyptienne »,comme on l'appelle sur les bords du Nil,lui qui en a écrit plus de cent, en dehorsde pièces de théâtre souvent osées et dechroniques régulières très suivies dansle prestigieux Al-Ahram.Dans Le Tabou (1958) l'auteur dresseun vigoureux réquisitoire, parcourud'éclairs de révolte, contre la conditioninhumaine faite aux ouvriers agricolessaisonniers par les pachas et autreslatifundiaires du temps de Farouk, unscandale dénoncé par Nasser lui-même(mais les choses ont-elles radicalementchangé depuis ?).Son long récit est celui de la faute d'unefemme, en fait violée par un paysan,d'une de ces saisonnières misérables, deces sans-terre, dont il sait décrire avectendresse, l'humour, la fraternité,l'entraide, la détresse, un hymne àtoute la paysannerie égyptienne qu'il aconnue, lui fils du Delta, né en 1927, àla fois comme médecin et commeancien militant marxiste souventpourchassé par la police !Issu de la génération suivant celle deNaguib Mahfouz, plus connu commeromancier-fleuve du petit peuplecairote, Idris est certainement l'écrivainégyptien actuelle plus susceptible, parsa concision, ses qualitésd'introspection capables de traquerl'angoisse au fond de chacun, sonexploration, souvent jugée osée enOrient, de la sexualité de sespersonnages, de toucher le lecteuroccidental. Ce que démontre, si besoinétait, la (fort bonne) traduction quasiDifférences - n° 74 - Janvier 1988simultanée à la précédente d'un recueilde quatre de ses nouvelles,s'échelonnant entre 1954 et 1969, sousle titre collectif, La Sirène. Fruit d'untravail d'écriture très soigné, cesnouvelles scrutent, avec une certainecruauté mais également avec uneconnivence pleine d'humour, la montéede sentiments paroxystiques quenormalement la vie sociale réfrène,sentiments enfouis au fond de soi etdont il faut, d'une manière ou d'uneautre, qu'ils éclatent, tant ils sontimpossibles à réprimer sans devenirfou.Ainsi de cette jolie paysanne venue auCaire avec son mari concierged'immeuble, qui d'abord éblouie par lagrande ville dont elle a toujours rêvée,découvre qu'elle renferme aussi desloups. Violée par un « Monsieur »(encore la violence faite aux femmes),elle disparaîtra définitivement dans lafoule pour oublier sa honte, mais peutêtreégalement pour succomber à latrouble attirance sensuelle de la villepar excellence. Ailleurs, un jugebourgeois célibataire protégé desduretés de la vie prend une servantedont il fait sa maîtresse : mais toutbascule lorsqu'elle lui vole sa montre,irruption intolérable et obscène de laviolence prolétarienne venue dequartiers dont il ignore même le nom ...Ou bien ce récit court et haletant dunarrateur parlant comme un amoureuxà son père mort, assis â côté de lui envoiture, le long d'une route, avecsoulagement, horrendo referens, dansune société patriarcale! A lire, cesnouvelles-coup de poing !DAvos PINCEAUX. Un Grand prixpublic, ouvert à tous, sansdistinction de nationalité pourvu quele postulant crée en France et soit âgéde moins de 33 ans, le Prix duPortrait P.-L. Weiller a lieu chaqueannée (clôture des inscriptions parécrit le 12 février à l'Institut deFrance). Plusieurs lecteurs deDifférences ont déjà remporté les50 000 F offerts et ont vu leursœuvres exposées. Alors, pourquoi pasvous?Maison des cultures du Monde: 101,bd Raspail, 75006 Paris. Infos :45.44.72.30.Institut de France: 23, quai Conti,Paris 75006.A CCI. Informations: 13, quai André­Citroën, Paris 75015. Tél. : 45.75.62.41.Le Tabuu, de Youssef Idris, traduit del'arabe par F. -M. Douvier, éd. I.­e. Lattès.La Sirène, et autres nouvelles, traduitesde l'arabe par L. Barbulesco etP. Cardinal, éd. Sindbad.23. Danse au théâtre Paul-Eluard deChoisy-le-Roi. Deux troupes:Black-blanc-beur et Actuel force. Spectacleà 20 h 30. Rens. : 48.90.89.79.2 5Pour cinq jours, le collectif TiersMonde de Faches-ThumesniL dansle Nord, nous offre ses Rencontres 88autour d'expos, concerts et autresprojections de films sur les problèmeséconomiques, sociaux et culturels dedifférents pays. Le tout aura lieu au centreculturel des Cinq Bonniers. Rens. :20.95.46.52.27Chanson au Cithéa : Marie-JoséeVilar accompagnée par les Olusiciensde Jacques HigeIin.Cithéa, tél. : 43.57.35.13.29Le Théâtre du Lierre nous offrel'Opéra Nomade à la Maison deJ'étranger de Marseille. Et c'est un très beaucadeau de gestes et de voix. qui a d'ailleursfait l'unanimité de la critique.Rens. : 91.95.90.15.29Pierre Vassiliu a pris de la musique. d'ailleurs plein les oreilles, il esttombé dedans et il aime ça. A 21 h, authéâtre Rutebeuf de Clichy, il fait partagerses émotions. Elles sont fortes.Rens. : 47.39 .28.58.31A la Halle aux grains de Blois,Amédée Bricolo défie la mort. A samanière, celle d'un clown tendre et poète.Rens. : 54.74.20.82.Février8et jusqu'au 12, la chanson aime lesenfants. Un festival de la chanson pourenfants, ça n'est pas forcément bêtifiant.Cinq jours, cinq spectacles différents auThéâtre des Sources, à Fontenay-aux-RosesRens. : 46.60.25.72.9Le Capitaine Fracasse de MarcelMaréchal poursuit sa route et sesaventures ... fracassantes. Sur la scène duthéâtre municipal de Sète, ce sera pour uncoup unique.13Karim Kacel en concert, c'esttoujours bon à prendre! Le prochainrendez-vous est au théâtre Paul-Eluard deChoisy, à 20 h 30. Rens. : 48.90.89.79.0IMPRIMERIEWEIL117, rue des Pyrénées75020 PARIS


s Lv R Eo ICI ET 0 AILLEURSREGARDS. Les Français, c'est bienconnu, ont un avis sur tout et surchacun. Et pas forcément motivé. Uneattitude qui amuse souvent autant lesétrangers qu'elle les irrite parfois.Yves Daudu, lui, a fait le contraire:éplucher la presse étrangère pour noustendre le miroir du monde. Et ce regardporté sur la France est aussi un clind'œil décapant et salutaire. De juillet1986 à juin 1987, il a dépouillé cinqmille articles de presse de cent cinquantejournaux de soixante pays et eQa retenus deux cent trente. Si le béretbasque et la baguette de pain sonttoujours là, on retrouve aussi au hitparadela révolution française des ...capotes anglaises" Mitterrand, Chirac etles démèlés du cou,ple Le Pen !De quoi nous rendre modestes, cetteFrance vue parfois par le petit bout dela lorgnette. En rire ou en pleurer, ilfaut faire avec cette image. Plus sérieusement,cette année fut aussi celle, parCOLERE. Quelques semaines après laparution de son dernier roman HarlemQuartet dans notre pays, le grandécrivain noir américain James Baldwins'est éteint dans sa retraite de Saint­Paul-de-Vence.Né en 1924 à Harlem, il a débarqué enFrance en 1948 et avait, depuis, partagésa vie entre les deux rives de l'Atlantique.Petit, fragile , écorché vif, cet hommedoux a consacré toute son œuvre à sesfrères noirs exploités, méprisés. Il aparticipé aux luttes des années 60 pourles droits civiques aux Etats-Unis. Ilécrivit ce qu'on peut appeler le premiermanifeste des Noirs américains d'alors:La prochaine fois, le feu en 1962.Malgré son ton parfois menaçant, cetouvrage ne voulait que proposer dessolutions de bon sens à un problème quihypothèque lourdement l'avenir dumonde. .Son œuvre romanesque est toute consacréeà la communauté noire. Elle estpleine de sa violence et de son érotisme,de sa tendresse, de sa passion, de sonhumour, de ses rythmes, de ses gospels,de ses frustrations, de sa révolte et deson admirable dignité dans la cruautéd'un monde qui lui refuse les droits lesplus élémentaires.A Nice, lors de la présentation deHarlem Quartet, il s'écria: « Il n'y aurapas de paix sociale dans le monde, dansmon pays, dans le vôtre non plus, tantqu'on n'arrivera pas à surmonter le rêve,le cauchemar qui s'appelle le racisme.Bon gré, mal gré, le monde dans lequelJames Baldwinnos enfants vont vivre ne sera ni blanc ninoir. Il n'y a que la race humaine quipeut sauver la race humaine, non? Onn'a pas le temps de s'amuser avec desquestions de couleurs. » DROBERT PACBIBLIOGRAPHIEDE JAMES BALDWINChez Gallimard :La prochaine fois, le feu, Personne ne saitmon nom, L'homme qui meurt, Chroniqued'un pays natal, Le coin des Amen.Chez Stock:Chasses de la lumière, Le jour où j'étaisperdu ... , Si Heale street pouvait parler,Meurtres à Atlanta, Harlem Quartet.Chez Calmann Levy :Le racisme en question (avec MargaretMead).Chez Actes Sud :Jimmy's blues (poèmes).Et me voilàclandestin ...Triste anniversaire quecelui de ma libération àmi-peine grâce à mabonne conduite et à mesefforts de réhabilitation.Une volonté née enprison, une aide efficace àla réinsertion m'avaientredonné l'espoir. .. M. le Préfeten a décidé autrement, je seraiexpulsé ou clandestin.Condamné à 26 mois de prison,on m'a remis en liberté conditionnelleau bout de 13 mois enaoût 1986 : contrairement à ceque certains pensent, cettemesure se mérite et se gagne,cela suppose, bien sûr, un séjouren prison irréprochable, cela.suppose surtout que soientconnus et reconnus une volontéde réinsertion et les moyens misen œuvre: cours, examens, participationà la vie collective enprison. Tout ceci est consignédans le rapport remis par l'administrationpénitentiaire au juged'application des peines lors dema sortie. Ce rapport me semblaitassez élogieux et constituaitun encouragement à ce que jevoulais réussir. Une administrationm'a tendu la perche ... uneautre administration a décidé deme casser.Qui pouvait prévoir qu'une loisur les expulsions, votée quelquesmois plus tard (avec effetrétroactif !), allait balayer tousces espoirs? Qui pouvait prévoir,au-dede la loi, plus oumoins appliquée en France,l'obstination de la préfecture duMaine-et-Loire à poursuivre, àtracasser, à traquer deuxhommes, leurs proches, leursfamilles avec un acharnementqui relève du règlement decompte ? ..Je refuse de quitter la France; jene sais pas ou plutôt je ne saisplus où est ma patrie, mais cedont je suis sûr, c'est que, demes 23 ans , j'en ai vécu 21 enFrance; je n'ai pas choisi cetteterre, je n'ai même pas suivi, onm'y a amené ...Pur produit de l'éducation française,dès l'école maternelle, j'aipartagé les jeux des enfants dece pays et à l'école publique, j'aiappris, au fil du temps, mesdroits de citoyen ... Seul, celuid'entrer en prison m'a vraimentété reconnu (je reconnais l'avoirmérité). Le droit de vote?Même pas dans ma ville. .. Ledroit au travail? Pas n'importeoù, en tout cas pas dans lafonction publique. On meconteste actuellement le seuldroit qui me semblait inaliénable:celui de respirer et devivre sur le sol que j'ai toujoursLoufti se cache. Pris en charge par un de ces réseaux quiplanque les expulsables. Sa lettre, nous a-t-il semblé, illustremieux qu'un long discours la dramatique situation de milliersde jeunes issus de l'immigration, à qui l'on refuse toute issue.foulé, sur la terre où j'aimeraismaintenant fixer mes racines.Après m'avoir choisi, aprèsavoir donné son avis favorable,M. le Préfet a le bonheur dedevoir exécuter l'arrêté d'expulsion...Cette expulsion, je larefuse, j'ai dû me résoudre à laclandestinité.Heùreuse'ment entouré, matériellementet psychologiquementpar des personnes qui, commemoi, trouvent la situation invraisemblable,je peux continuer àsurvivre dans mon pays. J'échappeainsi à l'inévitable: en « cavale», seul et traqué, clandestin... tout le chemin parcouru,tous les efforts ne servaientplus à rien, j'étais ànouveau condamné à la délinquance.Mais, qu'on se rassure,je ne troublerai pas plus l'ordrepublic que je ne l'ai fait depuisma sortie de prison (dire que jesuis récidiviste est un mensonge),la solidarité joue au-dede mon problème, beaucoupsont atteints dans leurconscience et veulent défendreune cause.Les Petites Annonces de DifférencesAujourd'hui, quelques-uns sontconcernés. Combien demain?Dix, comme le dit M. le Préfet?ou cent, ou mille? Après l'aideau retour, le système du coup depied au retour s'installe pour lesenfants d'immigrés... avec leurfamille si possible.Soyons réalistes, jeunes beurs,immigrés, Maghrébins, Arabes,(comment doit-on nous appelerexactement?) nous avons étévictimes du déracinement, nousvivons la ségrégation, l'exclusion,les conditions de vie lesmoins décentes, quel avenirpour nous et surtout pour nospetits frères ... une volonté manifestenous interdit tout enracinement: allons-nous attendre silencieusementdans nos ghettosque s'organise la déportation.Pour l'instant, envers et contretout, aussi longtemps quej'échapperai à la recherche de lapolice, je reste et j'observe. Lalutte s'organise avec les militantset tous ceux que l'injusticeinterpelle. 0LOUFTI DJERBIUnlta (ltllhel 15 èl!cembre 1986• - Comment s'llppelle le fleu\le qui tr/lverse Pli"' ?- Question fllCile , c'est le mouvement jjtudl/lnt!.exemple, des mouvements étudiants,des grèves SNCF, du boom du minitel,des attentats meurtriers, des visas auxfrontières, du procès Barbie ou destélés privatisées. Ils sont aussi dans cetterevue de presse.Un travail sérieux qui nous aidera sansdoute à sortir d'un nombrilisme parfoisravageur. Le monde est grand, monsieurDupont, et nous sommes sous sonœil, sans complaisance: « Toujours pasconvaincus de ne pas avoir de pétrole,mais toujours bien trop convaincus d'avoirdes idées. » Décapant vous disaisje.•Les Français à la Une, d'Yves Daudu.Ed. La Découverte.CHINOIS. En dix ans, une ville chinoisea poussé en plein Paris. Un peumystérieuse, tout le monde en parle,sans vraiment savoir qui sont les Asiatiquesqui vivent dans les arrondissementsdu sud de la capitale, d'où ilsviennent et comment ils vivent.Eric Venturi ni et Dominique Vidal ontpris le dragon par les cornes et sont alléschercher des réponses sur le terrain,dans les rues et les quartiers du Chinatownparisien.Des rencontres, des interviews, dubonze au financier en passant parl'ancien ministre de Hô Chi Minh, unesérie de portraits qui tisse un tableau duréel. Loin du fantasme .•Portraits de Chinatown, le ghetto imaginaire,de Eric Venturini. Ed et DominiqueVidal Autrement.AU FRONT. Anne Tristan est journaliste.Elle a choisi de s'immerger durantsix mois dans un quartier de Marseilleoù le Front national est organisé, elle ya adhéré, pris des responsabilités. Ellenous ramène de ce voyage un livre.La vie quotidienne du Front, c'est unmélange de petits riens qui marquent.La gentillesse apparente ou réelle degens comme tout le monde, avec leursblessures et leurs difficultés, mais quiont un jour cristallisé tout cela en hainedes autres. Les étrangers d'abord puistous les autres, ceux qui ne sont pas dela « famille ».Du dérisoire, mais aussi de la haine àl'état pur, contrôlés par des cadres plusinquiétants où se mêlent nostalgiquesnazillons et rescapés de l'Algérie française.Un livre qui dérange aussi en montrantque le Front national a plus ramassé desgens abandonnés de tous que conquisson territoire. La greffe n'a pris àMarseille entre la misère, le racisme etla violence que parce que personne n'arien su proposer à ces gens, victimes dela crise et désespérés de la politique. Sicombattre c'est savoir, lisez ce livre. DAu Front, par Anne Tristan. Ed. Gallimard.A lire et faire lire : Les Tribulationsd'un ouvrier agricole.Témoignage franc sur période1914-1975, ce livre-constat doitêtre considéré comme un document.Ce « quotidien d'un communiste» est un livre d'histoire.Commande (80 F) à Ph.Mioch, rue St-Laurent, 11120Marcorignan. CCP 527 IlMontpellier. (nO 326)Voyager utile pendant les vacancesen organisant une actiondans 1 pays d'Afrique.Téléph.-moi vos projets. Marguerite(1) 30.38.77.18.(nO 327)Foie gras, oie ou canard, magretsfrais ou fumés, cassouletsou confits ... Gourmets,adressez-vous toute l'année àJ. Legrand, 58, rue des Mathurins,75008 Paris. Tél.:42.65.50.46 (n° 328)Plaisirs d'hiver: ski de fond,raquettes, relaxation, sauna à110 m dans le Vercors La Sauvagine26410 Glandage. Tél. :75.21.11.06 (nO 329)Un Beaujolais différent: cultivéen biodynamie. Mention« Nature et Progrès ». Doc. àRené Bosse-Platière, « les Carrières», Lucenay, 69480 Anse.Tél. : 74.67.00.99. (nO 330).A vendre état neuf, prix intéressants,livres sur racisme,droits de l'homme, etc. Listesur demande. Ecrire au journalqui trans. (nO 331)Tarif: 25 T.T.C. la ligne (26 signes ou espaces). Texte et règlement àDifférences: 89, rue Oberkampf, 75011 Paris. Tél. : 48.06.88.33Les membres de la Société des amis de Différences bénéficientd'une insertion gratuite par an (maximum 5 lignes)Accueil et Promotion, assoc.d'éducation populaire, poursuitet développe ses actionsde lutte contre l'analphabétismeet de Solidarité avec lesmigrants. Pour assurer des' formations en soirée, l'équipede St-Denis Cité Floralrecherche des bénévoles.Rens.: (1) 43 .66. 09.00(n° 333)A louer, Paris 13' appart.meublé séjour double - 2chambres - période limitée.Ecrire au journal qui transmettra(n° 332).Différences - n° 74 - Janvier 1988


Espagnoles françaisesPARCOURS DE FEMMESL'émigrationespagnole faitrarement la unedes journaux.Discrète,nombreuse,ancienne, elle alongtemps vécudans les soutes dela sociétéfrançaise.Aujourd'hui, àtravers ces parolesde femmes, c'estde son parcours etde son évolutionqu'il est question.Entre Martha B., Barcelonnaisede 25 ans, venuemener à Paris une carrièrede styliste internationale,et Luisa S., Andalouse,émigrée des années 60 etbonne à tout faire devantl'éternel, peu de similitudes,bien sûr, autorisentau portrait type. Attiréestras los montes par la têteou par l'estomac, c'est-àdirevictimes du franquismeou de la stabilisationéconomique, les Espagnolesfrançaises(150000 environ, à peuprès autant - ce qui estremarquable - que leshommes de la communauté)ont pourtant vu leur arrivée en France niveler leuritinéraire et orienter leur destin, trop souvent vers le servicedomestique qui n'est pas une profession.Francisca, Françoise Merchant, tient à parler français avecmoi puisque nous sommes françaises - et dans la fouléeéclaircit un point de détail: « Voilà 38 ans que je vis enFrance et on me demande encore: quand rentrez-vousdans votre pays ? .. La communauté espagnole comptejusqu'à quatre générations. Nous sommes d'ici, et laisserpenser à mes petits enfants qu'ils sont différents, c'estcomme leur parler de souris à cornes! »Beaucoup de femmes espagnoles sont comme elles, arrivéesen France dans les années 40-50, persécutées pour leurrésistance au franquisme. « A la faveur de la guerre, lesEspagnoles s'étaient ouvertes à la vie économique et sociale... Mais fuyant un pays où il était impossible de respirer,elles perdaient de fait les avantages acquis. L'arrivéeen France les a à peu près généralement orientées versles emplois domestiques, capables de fournir rapidementune situation en règle. »Conjoncturel à l'origine, le phénomèneest devenu tradition lorsque les institutions d'accueil,comme la très célèbre Congrégation de la rue de laPompe, se sont mises en tête de systématiquement placer lesnouvelles venues (ainsi le 16 e est-il devenu « quartier espagnol»).On a même édité, il y a 20 ans, un dictionnaire bilingue àl'usage spécifique des maîtresses de maison employant desdomestiques hispanisants !Francisca Merchant qui, dans les associations (elles sont plusde 400 en France pour la défense des intérêts de la communauté),s'est bougée pour que les choses changent, rappelleles conditions ultra précaires de l'emploi: « On pouvait voirtravailler unefemme de ménage plus de 18 heures d'affilée ...Des filles toutes jeunes que leurs patrons s'appropriaient littéralement.Elles logeaient dans l'~ppartement defamille, devaientse lever en pleine nuit pour cuisiner, ou se soumettreau droit de cuissage. Rarement déclarées, elles se retrouventà l'heure de la vérité avec des retraites hors normes. »'Beaucoup dont le revenu est considéré insuffisant reçoiventun soutien de l'Etat français, mais qui ne les suit pas en Espagne,si elles songent à y retourner.Concours de paëlla : ça fait partie de /a cultureOrganisées, au sein des associations, les femmes espagnolesdéfendent l'une des revendications majeures de la communauté(mais qui les regarde au premier chef, puisqu'à ellessont dévolues toutes les relations extérieures : impôts, enfants,papiers ... ) : le maintien d'une culture espagnole en France,afin que ne s'aggrave pas le décalage déjà creusé avec l'Espagne.A intervalles, elles organisent des manifs bon-enfant,des expositions-concours de travaux manuels, qui récompensentle canevas le plus réaliste, les plus belles dentelles suramidonnées.« Renvoyer les femmes aux ouvrages manuels, c'est un peuvieux jeu, non ? .. L'artisanat, lefolklore, c'est aussi la culture.»Fancisca rappelle ce concours de paëlla organisé chaqueannée en juin et note que la tortilla, autrefois plat péjoratif,est aujourd'hui du dernier chic dans les cocktails mondainsde l'Ambassade d'Espagne.En 1985, le très important Instituto de la Mujer, lié au destinde l'Espagne socialiste, organise à Madrid un séminairesur la santé mentale de la femme espagnole. Spontanémentoubliées, les associations de la communauté en France fontun coup de force et mandatent le Dr Françoise M.-L., ellemêmefille d'exilés, pour représenter « cette région de l'Espagnequ'est l'émigration ». La querida doctora, qui s'occupecorps et âme de la communauté (avec adulation en retour),a longtemps exercé au dispensaire Cervantés, autrefoislieu de rencontre affectif et thérapeutique, aujourd'huifermé pour cause d'abandon par les institutions françaiseset espagnoles qui, seules, pouvaient raisonnablement assurersa survie.Elle rappelle que les femmes migrantes, parce qu'elles travaillenten majorité, souffrent moins de l'enfermement qu'entretiennenten Espagne des structures familiales et socialesencore rigides. « Mais l'isolement social et une mauvaise connaissancede la langue les amènent au repli sur soi qui, la plupartdu temps, est pathogène. A vec toutes les contradictionsque le déracinement suscite ... Des états dépressifs se manifestentpar des fatigues intenses, des douleurs dans le dos,dans le cou ... Sans autre signe de dépression proprement dite.Il est difficile de faire comprendreà une femme qui souffrede douleurs localisées qu'ilfaut en chercher la raison ailleurs:Mais vous ne comprenezpas, me disent-elles, c'estau dos que j'ai mal? »Un nombre impressionnantdes Espagnoles françaises viventseules, non mariées entout cas. On en trouverait probablementla raison dans l'exil,fortement briseur de couples,ou dans une série de rencontresmalchanceuses avec des hommessouvent plus intéressés parla régularité de leurs revenusque par leur charme typique.Abandonnées, trompées, déçues(leit-motiv latin), elles ontlaissé là leurs états d'âme et décidéqu'il était mieux de continuerseules.«Les mauvaises expériencesavec les hommes ont fait notreformation», se plaît à dire FrancÏsca Merchant, dans unsystème qui admet le divorce et non, comme en Espagne, ledroit tacite des hommes à l'adultère. Bien que divorcée, j'aidû longtemps prétendre, en rentrant à Madrid, que j'étaisencore mariée. »La tentation d'établir un parallèle entre les deux pays revientsouvent et visiblement sans crainte des paradoxes. « Lesfemmesémigrées ont acquis par leur indépendance économiqueplus de maturité. Elles ont apris une autre langue, se sontouvertes à d'autres cultures ... Mais on peut aussi dire queles Espagnoles restées en Espagne ont accompagné l'évolutiondu pays, dont on sait l'importance depuis 1975. Ellesoseront se mettre en bikini, alors que les 'Françaises' ne leferont pas. » (Ah ce symbolisme du bikini !)« Changé ?.. Oui, sans doute ... En tout cas plus que leshommes qui vivent totalement entre eux, assure Rosa Ruiz(20 ans), en porte-parole de la deuxième génération. Elles parlentplus facilement ensemble, ont noué des liens avec leurspatronnes, ont appris du mode de vie et des idées des enfants... Mais beaucoup sont encore cristallisées autour desannées 60, en Espagne: look, état d'esprit, relations dansla famille... Comme si leur imaginaire s'était fixé à cemoment-là! »Rosa est arrivée en France toute petite, avec des parents d'origineandalouse, ayant déjà fait le pas d'une première émigrationvers les mines asturiennes. L'été 1986, elle loupe l'oraldu bac (


1992 : l'immigrationà deux vitesses ?1992 sera une étape décisive pour l'Europe, cela est dit et répété.Des bouleversements se profilent, l'immigration n'y échapperapas. Récemment se tenait à Strasbourg un colloque du Conseil del'Europe: « Osons vivre ensemble » .René Mazenod y représentait le MRAP. Nous publions desextraits de son intervention qui nous semble être une base dedépart pour la réflexion.Si nous nous félicitonsque des immigrés, qui« ont contribué à l'essoréconomique de certains pays européens,deviennent des Européens àpart entière - je pense notammentaux Espagnols, Portugais, Italiensnoussommes inquiets de la mise enplace par bon nombre de pays de laCEE actuelle de législations, deréglementations ou dispositions quisont, pour nous, le signe d'unestratégie d'élimination sélective.On a, en effet, l'impression de setrouver en face d'une nouvelle formeinstitutionnelle d'exclusion et de racismeà l'égard de tout ce qui n'estpas migrant européen, avec commetoile de fond , l'Acte unique européende 1992. Nous sommes d'autantplus inquiets que ces textes semblentdonner raison aux voix haineusesqui clament qu'il y a desétrangers assimilables et d'autresnon assimilables à cause de leurculture et de leur religion ...EGALITE... Sur l'immigration, les législationsdes pays européens sont très disparates.Il nous semble qu'ilconviendrait que le Conseil del'Europe demande à tous les Etatsmembres concernés l'harmonisationpositive de ces législations pourl'égalité des droits et des chancespour tous ceux qui résident enEurope et pas seulement pour ceuxqui sont (ou vont devenir) européens.A notre sens, il conviendrait derecommander aux Etats membresconcernés de créer pour tous lesimmigrés, quelle que soit leur origineethnique, les conditions réelles d'insertionsociale et politique pour quel'égalité des droits soit effective surtous les plans, de façon concrète:droit de vivre en famille, scolarité etformation , emploi, logement, santé,droits sociaux (notamment l'égalitédes prestations sociales et familiales),droits syndicaux, droits d'association,droits politiques (être électeuret éligible à tous les niveaux) .La meilleure façon serait de s'appuyersur une convention européennede l'égalité des droits detous, européens et étrangers noneuropéens.De plus en plus, on parle d'identitéet on parle aussi de droit de vote desimmigrés pour lequel un certainnombre de pays européens ont déjàpris des dispositions.UNE NOUVELLECITOYENNETELes immigrés, de quelque onglneethnique qu'ils soient, font partie dela société où ils vivent parce qu'ilsen assument pleinement lescharges à égalité avec les Européens" d'origine" plus ancienne etqu'en conséquence ils ont le droit,comme toutes les personnes, departiciper aux décisions qui lesconcernent là où ils vivent. Parsimple justice, les étrangers dits" résidents" doivent pouvoir danschaque Etat membre bénéficier desmêmes droits civiques et politiquesque les nationaux, de la mêmecitoyenneté qu'eux.L'immigration est une injustice pourceux qui s'y trouvent contraints etpour les pays qui voient partir leursforces vives. Elle n'est pas le fruit duhasard, elle est le résultat d'undésordre économique international.L'Europe a un rôle important à joueren accélérant la mise en place d'unnouvel ordre économique international.De ce fait, elle viserait lasource même de l'immigration etattaquerait le mal à sa racine.Dans un sens de partage et departenariat, un document de baseserait le bienvenu sur les rapportségalitaires de l'Europe et des paysdu tiers monde en développement,notamment les pays non européensqui sont pourvoyeurs de maind'œuvreimmigrée ... "Au nom du MRAP, René Mazenod afait alors trois propositionsconcrètes, " basées chacune sur larésidence et non la nationalité(toutes origines confondues, Européenset travailleurs immigrés noneuropéens) :• Une Convention européenne del'égalité des droits• Une charte européenne des droitsciviques et politiques• Une charte européenne de lasolidarité avec le tiers monde.D1 Mouvements• FORMATION: leMRAP Grenoble vientd 'achever un stage deformation, encollaboration avec lesMJC, les Francs etFranches camarades,Travail et culture et leSNES. Sur l'Apartheid,néonazisme, Moyen­Orient, Loi de 72. ANantes, le comité local amis sur pied desrencontres. Après lesDOM-TOM en octobre,L'extrême droite endécembre, ce sera enfévrier sur Nationalité etcitoyenneté que lesparticipants seretrouveront. Aveniraussi : USA, sociétéplurielle? (6 avril) et Leracisme ? Lesracismes? le 1 e , juin.• LE PEN dehors. Lavenue du leader du FNà Roubaix a crééquelques vagues. LeMRAP a participé àtoutes les actions contrele meeting de Jean­Marie Le Pen et lapresse locale alargement renducompte de son action.Réponse de Le Pen:des coups de poingscontre de jeunesmanifestants devant lepalais de justice de laville.Plus de 1500personnes ont participéle jour même dumeeting d'extrêmedroite à une marche.organisée par unequinzained 'associations dont leMRAP et syndicats.Le Pen n'a eu que 600spectateurs.• LYON. Le tribunal adécidé de dissoudrel'association Charles­Martel, présidée par unconseiller municipal deVénissieux, ex-RPRpassé au Frontnational : MauriceJouannon.Rayonnantsur la banlieuelyonnaise, le groupeCharles-Marteldénonçait « l'invasionimmigrée » et ladélinquance (forcément« arabe »), proposantaussi l'expulsion de tousles chômeurs immigrés.Le MRAP avait portéplainte, le tribunal lui adonné raison endissolvant cetteassociation raciste.• ACTIFS. Le MRAP­Marseille vit des joursd'intense activité : leFront national fait degros scores dans cetteville et s'y pose enarbitre électoral danschaque consultation. Unarbitrage que certainsvoudraient biens'attacher, même auprix d'une dérive versles thèseslepéniennes ? Autantdire que le travail desantiracistes n'est pasforcément de tout repos.Lors du récent procèsd'Aix où un CRSassassin d'un jeuneimmigré n'avait pris quedu sursis, le MRAP locala ainsi pris /'initiatived'une manifestation de2 500 personnes.Autre type d'action : undébat avec AnneTristan, cette journalisteinfiltrée plusieurs moisdans le FN de Marseille.Résultat: en un an, leMRAP-Marseille adoublé ses effectifs.Des renforts pour lalutte quoi.• A CASTRES, leMRAP fut à /'initiatived'une manifestation à lamémoire de SnoussiBouchiba, un père detrois enfants assassinéfin novembre par deuxparachutiste de la basemilitaire voisine.Deux mille personnesont répondu à cet appel.Les deux militairesmeurtriers ont étéinculpés et le MRAPs'est porté partie civiledans cette affaire.• A SAINT­ETIENNE, le MRAP aprésenté de nombreuxfilms sur le nazisme(dont Welcome inVien na) et a participé àla fête du livre avecPierre Vidal-Naquet.Une pétition estactuellement lancéedans la région contre lacandidature de Le Penaux présidentielles. Ellea déjà recueilli plus decent signatures d'élusou de responsablessyndicaux et politiques.Le comédien JeanDasté s'est associé àcette action.LE MRAP RASSEMBLELa Seine-Saint-Denis est terre d'expérimentation pour lesservices de M. Pandraud dans la chasse aux immigrésdéclenchée par la loi de 1986.Début décembre, la fédération du MRAP avait donc organisé larencontre de quinze associations ou partis pour discuterd'actions communes contre les expulsions et les internementsen centres de rétention.Ces quinze organisations (MRAP, LDH, Amnesty international,PCF, PSU, SOS-Racisme, LCR, FEN, CGT, SGEN, Amicale desAlgériens en Europe ... ) ont dénoncé « la situation d'uneextrême gravité sur le département en ce qui concerne lescommunautés issues de l'immigration. Les expulsions sontdes méthodes arbitraires par lesquelles on fabrique desdésespérés, des clandestins, au lieu de former des citoyens. "Les signataires ont décidé d'élargir leur action, de développerl'information sur les expulsions et d'organiser très vite uneimportante manifestation publique.Au plan national, le MRAP a tenu une conférence de presseavec des jeunes en instance d'expulsion.ODes fruits et légumes suspectsLe MRAP de Marseille vientd'envoyer une lettre à M. Monory,pour protester contreles discriminations dansl'accès aux stages et formation:« Le centre des fruits etlégumes de la Chambre decommerce et d'industrie d'Avignonpropose des stagesde formation interdits auxétrangers non membres de laCEE. Cette condition leurétant imposée, nous ont-ilsdit, par la direction départementaledu Travail.Nous pensons que cettecondition est en contradictionavec l'article 7 de la Loi du 1 erTURQUIE : cc L'ENJEU »Les VI·' Journées cinématographiquesdu Val-de-Marne contrele racisme et pour l'amitié entre lespeuples présentaient cette annéeune dizaine de films turcs du 24novembre au 8 décembre. 12 villes- aux municipalités diverses - et 16salles de cinéma ont accueilli cesfilms après lesquels a lieu chaquefois un débat. Une exposition dephotos, un spectacle de marionnettescontant les aventures deN'Hodja, des rencontres musicales,des repas turcs, voilà de quoi intéresser,rassembler des habitants duVal-de-Marne, des militants, desamateurs de cinéma, des associationsd'immigrés et des scolaires. Letout sous l'égide du conseil général.Pas question pour les organisateurs(comités locaux du MRAP, directeursde salle et de MJC, responsablesculturels municipaux) de s'entenir au folklore, à l'exotisme decarte postale. Mais montrer, à traversune dizaine de films et plus deDifférences - n° 74 - Janvier 1988juillet 1972 qui stipule: « Serontpunis d'un emprisonnementde deux mois à un an etd'une amende de 2 000 F à10 000 F ou de l'une de cesdeux peines seulement( .. .)Toute personne qui aurasoumis une offre d'emploi àune condition fondée sur l'origine,le sexe, la situation defamille, l'appartenance ou lanon-appartenance à uneethnie, une nation, une raceou une religion déterminée. "Nous souhaiterions vivement,avant de porter-cetteaffai re devant les tribunauxavoir votre opinion sur cettequestion. ,,0100 projections, la façon dont desréalisateurs turcs dont deux femmesrendent compte avec beaucoupd'humour et de tendresse souventdes difficultés quotidiennes de cepays multiple.Ces journées - intitulées "L'œilvers ... la Turquie" - avaient pourbut de montrer comment fonctionnela société turque aux yeux de réalisateursturcs; tout en connaissantmieux le pays dont beaucoup d'immigréssont originaires, le public estamené à réfléchir sur la façon dontfonctionne aussi la société française,les réponses qu'elle apporteaux problèmes quotidiens. Avec,bien sûr, le plaisir du spectateurdevant un ton, des images, unrythme, des décors auxquels il estpeu habitués dans la mesure où cesfilms sont peu distribués. Le racismenaît souvent de l'ignorance !oPour tous renseignements: MRAP94, 36, rue Audigeois, 94400 Vitrysur-Seine.G. CoulonCOMMUNIQUES• CONTRE LES EXPULSIONSLe MRAP a fait parvenir àCharles Pasqua un télégrammeexprimant sa « stupéfaction »devant l'expulsion de plusieursdizaines de réfugiés basques.Le MRAP souhaite« l'abandonde cette procédure hâtive etsans contrôle» qui conduit à devéritables rafles.• PALESTINEA l'occasion du 40· anniversairede la décision de l'ONU sur lepartage de la Palestine, leMRAP a publié une déclarationdans laquelle il« il souhaiteardemment que desnégociations puissent enfins'instaurer entre lesreprésentants des deux peupleset que se tienne rapidement uneconférence internationale » surla question du Proche-Orient..NOUMEAAprès le verdic de Nouméa, oùles meurtriers de 10 militantsindépendantistes furentacquittés, le MRAP a dénoncéce verdict reflétant « la situationcoloniale qui persiste enNouvelle-Calédoniecaractérisée par la violencecontre le peuple canaque qu'elleprovienne de la force publiqueou de mercenairescommandités par les privilégiésdu système. »Le MRAP a participé quelquesjours plus tard à la manifestationde solidarité convoquée par leFLNKS devant le ministère de laJustice et était représenté dansla délégation reçue par ledirecteur du cabinet ministériel.• MILITAIRESLa part prise par les militairesdans plusieurs incidents,agressions ou meurtres racistesces derniers mois a conduit leMRAP à réagir publiquement.« Après Carcassonne,Chambéry, Sedan où il y a eu 2morts et plusieurs blessés, c'estaujourd'hui Castres où desparachutistes ont tué dans lanuit du 16 au 17 novembre,Senoussi Bouchiba, jeuneAlgérien de 32 ans.Comme il l'a fait précédemment,le MRAP se constitue partiecivile dans cette affaire etappelle à une manifestationmassive à Castres.1/ intervient par ailleurs auprèsdu ministre de la Défense pourque des mesures exemplairessoient prises pour châtier lesauteurs de ces crimes et pouréviter que de tels actes quiposent le problème des rapportsde l'armée et de la société ne serenouvellent. "• RAPPORT HANNOUNConsulté par Michel Hannounpendant l'élaboration de sonrapport sur le racisme enFrance, le MRAP ne pouvaitqu'être attentif à la sortie despropositions du député del'Isère.« Les 53 propositions formuléesmême si certaines semblentsurtout de caractèresymbolique, peuvent ouvrir lavoie à une action plus efficacecontre les préjugés et lescomportements racistes ainsiqu'à une meilleure insertionsociale des immigrés et de leursfamilles ", a déclaré le MRAPqui demande donc « la mise enœuvre urgente de moyensimportants, l'autre conditionétant que chaque mesureenvisagée soit réalisée enconcertation avec les intéresséset les organisations qui ontvocation à défendre leurs droitset leurs aspirations.Enfin, sur le fond, le MRAPcontinuera de demander" leretrait définitif du projet deréforme du code de lanationalité; l'abrogation desdispositions répressives de la loidu 9 septembre 1986, la levéedes obstacles au regroupementfamilial, la reconnaissance auximmigrés de tous leurs droitssociaux et leur participation auxélections, notamment àl'échelon local. L'extrême-droitequi attise ouvertement leracisme, doit non seulementêtre condamnée, mais privée detout soutien politique, et sesmensonges sur l'immigrationdoivent être clairementdémasqués. "• BRAVO LESANTILLAIS ! Le Penet sa smala n'ontatterri ni en Martiniqueni en Guadeloupe. Lavenue provocatrice dupatron du Front n'estpas passée! Dans uncommuniqué, le MRAPa manifesté sa solidaritéavec les manifestants etremarquait queM. Le Pen récidivepuisqu'il prétend qu'ils'agit de « racisme antifrançais" . Pour lui, leshabitants des DOM nefont pas partie de lacommunauténationale ... Certaineshaines sont décidémentincurables.El


Femmes espagnoles(suite de la p. 31)particulier! Elle donne des cours clandestins et assure dumieux qu'elle peut le soutien moral. »Dès leur sortie de prison, les femmes se trouvaient confrontéesà des problèmes quasi insolubles de recherche d'emploi.Le gouvernement tenait les employeurs obligés de s'informersur nos antécédents. « Oui, on trouvait du travail, mais aucinquième jour on nous renvoyait sans nous payer, puisquecela était interdit ... La police était constamment derrière moipour mon aide aux prisonnières politiques, à leurs familles.Il me venait un dégoût terrible. Que me restait-il en Espagne? La prostitution ou le vol. »Arrivée en France; elle fait une croix sur son passé professionnel(agent de maîtrise dans les télécoms) et rentre au serviced'une famille française. « A vec pour seule crainte la limitede mes forces physiques, après trois ans d'emprisonnement.»Approximativement du même âge, Pilar c., militante antifascistedans sa province d'origine, la Navarre, porta longtempsla tête haute - et rasée - avant son départ en exil(Barcelonne puis la France) avec le groupe constitué de sesparents et de gens du village. A l'arrivée en France, ne voulantpas trop s'éloigner des autres, elle échappe au travail agricole(littéralement, puisqu'elle fuit un propriétaire qui la retientpar un faux contrat) pour entrer dans la domesticité.Que me restait-il en Espagne ?La prostitution ou le volEn 44, affectée au nettoyage d'une caserne occupée par lesAllemands, elle s'ingénie à saper le moral des troupes : « Jedisais aux jeunes soldats marqués par l'absence de leurs mères,de leursfemmes : Mais comment pouvez-vous vivrè loinde votre famille? Rentrez donc chez vous, vous serez tellementmieux? »Contre ses espérances, la fin de la guerre n'amène pas cellede Franco et Pilar entrée de bonne heure dans l'hôtellerie yrestera jusqu'à la retraite ... Toujours contestatrice du mauvaisordre, renvoyant les rogatons aux cuisines (


dorothée bisGAZ DE FRANCE.TOUTENOTRE ENERGIEESTPOUR VOUS.

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