RACISME ET FASCISME - Archives du MRAP

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RACISME ET FASCISME - Archives du MRAP

N° 200 - MAI 19610,75 NFRACISME ET FASCISMEsont les fruits amersdu conflit algérienUN mois presque jour pour jour après le putsch manqué d'Alger, les négociationsdébutent le 20 mai, à Ev ian, entre les représentants du gouvernement françaiset ceux du G.P.R.A.La fin du drame est-elle proche? Même tempéré de craintes légitimes - aprèstant d'atermoiements, d'ajournements et d'équivoques - l'espoir, une fois encore, renaît.Cette paix si difficile à atteindre, lesrécents événements sant venus en confirmerl'urgence. Et confirmer, du même coup,combien nous avons raison, depuis que durele conflit a lgérien, de souligner la menacequ'il fait peser sur les libertés, favorisantà la fais le fascisme et le racisme qui,à leur tour, contribuent à prolonger la guerre.NOUS vivans à l'époque de la décolonisation.Une époque où les peuplesmaintenus' par la contrainte enétat d'infériorité, accèdent à la dignité, àl'égalité dans l


211 avril. - Ouverture du procès d'AldolfEichmann à Jérusalem.12-4. - Une grande date dans l'histoirede l'humanité: pour la première foisun homme, le pilote soviétique YouriGagarine échappe à l'attraction terrcstre,et fait le tour du globe dansun satellite.13-4. - Ouverture à Moscou des bureauxde la revue littéraire en langue yiddisch« Soviet Heimland », dont le numéro 1sortira au début de juin.• L'Assemblée générale des NationsUnies adopte par 95 voix contre 1 (portugal)une ;résolution recommandantdes « mesures individuelles et collectives» pour mettre fin à « l'apartheid "en Afrique du Sud.16-4. - Des fascistes manifestent à Londrcsdevant la salle où se tient la manifestationcommémorative de l'insurrectiondu Ghetto de Varsovie.22-4. - A Alger, à 1 heure du matin, lesparachutistes du l e< R.E.P. occupent lesbâtiments officiels. Les généraux Challe,Zeller, Jouhaud, Salan (encore àMadrid) annoncent qu'ils ont pris lepouvoir.23-4. - Plusieurs attentats au plastic àParis. L'insurrection étend son contrôleen Algérie, où M. Joxe et le généralOlie, représentants du gouvernement,se sont rendus pour 24 heures.Premièrcs manifcstations des soldats ducontingcnt contrc les factieux.• En France, les antifascistes se mobilisent.A 20 heures, le Président de laRépublique affirme à la Télévision que« tous les moyens » seront employéscontre les généraux rebelles.24-4. - Après une nuit d'alerte, où lapopulation parisienne s'est mobiliséepour faire échec à d'éventuels débarquementsde parachutistes, les forcesdémocratiques continuent à affirmerleur volonté de barrer la route auxfactieux. A 17 heurcs, 12 millions dctravaillcurs font grève.• A Alger, les généraux rebelles proclament:« Nous sommes décidés àaller jusqu'au bout. » Mais ils se heurtentde plus en plus à l'opposition ducontingent. Ordre est donné de Parisaux troupes loyales d'user de leurs armessi nécessaire pour briser la rébellion.Alger est investi. A miuuit, lesgénéraux factieux et leurs partisanss'enfuient. Le putsch a échoué.25-4. - Arrivée au camp militaire deBitche (Moselle), d'une brigade de parachutistesde la Bundeswehr, venantremplacer les troupes blindées qui s'yentraînaient depuis deux semaines.26-5. - L'ex-général Maurice C'halle,transféré à Paris, est inculpé et écrouéà la Santé. Interdiction d'un meetingantifasciste à Pierrefitte.21-5. - La Sierra Leone, colonie britanniqued'Afrique occidentale accède àl'indépendancc. Le nouvel Etat, d'unesuperficie de 72.324 km2, compte2.400.000 habitants, dont 4.000 Européenset 50.000 Créoles. Le fer et lediamant en sont les principles ressources,ainsi que le café et le cacao. Lacapitale, Freetown, a 70.000 habItants.28-5. - Dissolution à Algcr du 1" R.E.P.,qui avait quitté la veille son cantonnementde Zeralda après avoir brûlé lesarchives et fait sauter les munitions.On annonce que plusieurs milliersd'armes prises par les ({ activistes )pendant l'insurrection restent introuvables.29-5. - L'état-major des facticux en métropolcest arrêté. On cite les nomsdu général Jacques Faure, du colonelVaudrey, et de deux aides de camp deM. Triboulet, ministre des anciens combattants: les capitaines Philippe desaint-Rémy et Varo.• Les généraux Allard et de Beaufort,précédcmment arrêtés, sont libérés.1" mai. - Perquisitions spectaculaires il,Alger, mais sans grands résultats :l'O.A.S. diffuse des tracts et multiplieles attentats.• Messe à N.D. des Victoires à lamémoire de Pétain. Dans l'assistance:Xavicr Vallat, Isorni, Jean Borotra.3-5. -- Bilan de la répression du complot:220 officiers et 200 f one tionnairesont été relevés de leurs fonctions. AOran, 115 C.R.S. ont été arrêtés. 27conseillers généraux et 12 maires d'Algériesont suspendus. Les ,journaux« L'Echo d'Alger » et ({ Dernière Heure» sont interdits. Le conseil de l'ordredes avocats d'Alger est dissous.342 arrestations ont été opérées en métropole,et 300 en Algérie. L'O.A.S. continueà se manifester avec une insolencecroissante.• A Paris, les pouvoirs publics necroient pas devoir interdire une manifestationà laquelle doivent participerXavier Vallat, Bardèche, de Sérigny.4-5. - Le capitaine Varo, arrêté avecl'état-major du complot en France, estlibéré. Libération de plusieurs dizaines« d'activistes » gardés à vue depuisquelques jours.6-5. - .Le général Zeller se constitue prisonnier.Les généraux Jouhaud et Salann 'ont toujours pas été retrouvés.On estime que 1.000 activistes se cachenten Algérie.10-5. - Des tracts appelant la populationà « reprendre la lutte contre le judaïsme» sont répandus à Mayence, enAllemagne de l'Ouest.• Les attentats au plastic continuenten Algérie et en France.U.S.A.qUE SE• Violences racistesen AlabamaDes Noirs amp.Tlcams appartenant à unmouvement de lutte contre le racisme,({ les Pèlerins de la Li.berté )) ont entreprisde combattre la segrégation dans les autocarsqui dess·ervent les grandes ligne,;entre les Etats. Partis de Washington le5 mai, ils sont arrivés 10 jours plus tard,en Alabama, où ils se sont séparés endeux groupes.L'autocar où


l'Histoire et les hommes en AlgérieLES problèmes humains qui se p osent aujourd'hui à l'homm,e politique(frança'is ou algérien) sou cieux de liquider six années d'uneterrible guerre ne datent pas de 1954. Le conflit a simplementporté au paroxysme une tension qu e les différentes groupes sociaux engendraientdepuis longtemps et qu i n'échappe pas à l'observateur attentif.ARABES ET BERBERESComment se présente en 19.14 la situationdes différentes communautés algériennes? Les statistiques démographiquesdénombrent deux groupes : les« non-musulmans » qui sont 984.000 etles musulmans 8-400.000. Ces chiffresdoivent être éclairés de différentes remarques: 1° Dans le groupe des nonmusulmans,est comptée une importantefraction d'israélites ; mais la statistiquene les distingue pas des « européens » ;2° Dans le groupe musulman, ne sont pascompris tous ceux qui ont émigré enFrance, soit 27.1.000 hommes environ.L'importance des israélites peut êtreévaluée à 140.000 personnes envi ron.Ainsi, la population algérienne est constituéede trois groupes : un groupe« arabe» (ou musulman) de 8.700.000environ ; un groupe européen de 840.000,et un groupe d'israélites de 140.000 personnes.Une telle répartition est le résultatd'une longue histoire dont le début seperd dans la nuit des temps mais qui estsingulièrement instructive. Sans entrerdans le débat des origines des populationsalgériennes, disons que les Latinsont romanisé un fonds libyco-punique.Faut-il conclure de là que les « Romains» ont submergé les populations indigènes? C'est peu vraisemblable ; parcontre, il est probable qu'une partie decelles-ci ont parfaitement assimilé la« romanité ». Mais la masse était-elleromaine ? Objectivement, nous n'en savonsrien. Mais rien n'empêche de penserque cette « romanité » coexistaitavec le vieux fonds antérieur. La dislocationde l'Empire romain et les deuxséries d'invasions arabes du VIle et duXIe siècle constituent le fait majeur de- ces « siècles obscurs ».On a décrit la faiblesse numérique desenvahisseurs ; dans ce cas comme pourRome, la fusion entre le fonds local etles nouveaux venus semble complète. Lesdifférences les plus remarquables et lesplus apparentes demeurent dans les langues: les îlots berbérophones se trouventtrès résistants dans les régions d'accèsdifficile (Kabvlie, Aurès) et il sera d'usa-M. André NOUSCHI est avecMM. Yves Lacoste et André Prenant,l'auteur d'un livre qui vientde paraître aux Editions Sociales,sous le titre « L'Algérie, Passé etPrésent », qui étudie le cadre etles étapes de la constitution del'Algérie actuelle. Nous le remercionsd'avoir bien voulu écrire pour« Droit et Liberté » l'article quenous publions ici.ge courant d'opposer les Berbères et lesArabes, sans voir que ces berbérophonespeuvent être métissés d'Arabes etvice-versa.La conquête turque ne modifie pas sérieusementce brassage : les Turcs neconstituent qu'une minorité d'administrateursou de soldats ; et leur passage,sur le plan humain, se signale par l'apparitiond'un nouveau type humain, assezpeu nombreux _ : les Koulouglis ouKourouglis qui sont issus de mariagesentre Turcs et indigènes ; leurs manièresne les distinguent pas des autres groupesethniques qui peuplent l'Algérie jusqu'en1830.LES JUIFSDe ces groupes, l'un des plus vivacesest composé d'israélites ; en effet, lesdocuments attestent leur présence depuisl'antiquité la plus lointaine. Ils font partievraisemblablement du premier fondsindigène antérieur à la conquête romaine; et bien des éléments de la re1ij:!"ionpunique ressemblent à la religion hé··braïque de l'Orient ancien.Nous retrouvons ces juifs aux deuxpremiers siècles après I.e. et ils constituentdes colonies particulièrement importantes: leur présence facilite la diffusiondu christianisme dans les paysafricains. La conquête arabe ne semblepas avoir aggravé leur condition : «gensdu livre », ils bénéficient de la tolérancedes autorités pendant tout le MoyenAge.A oartir du XVI" siècle, les anciennescolonies juives reçoivent les juifsexpulsés d'Espagne qui débarquent directementsur les côtes africaines, oubien encore arrivent en Algérie après undétour par l'Italie. Sous les Turcs, lesisraélites vivent dans des quartiers réservéset sont assujettis à certaines règlesplus ou moins vexatoires. L'administrationdétourne parfois contre euxla colère populaire ; et l'on assiste àces journées qui ensanglantent Alger àla fin du XVIIIe siècle. Cependant, ilsjouent leur partie dans l'Algérie turque:surtout groupés dans les villes, ils ontun rôle important dans la vie économiqueet financière du pays ; ils servent en particulierd'intermédiaires entre le pouvoirturc et les puissances étrangères ( j uifsfrancs) .due à partir de 194~ ; en second lieu,elle renforce leur position économiqueet améliore pour un certain nombre lasituation sociale.La conquête française apporte aux israélitesalgériens un certain nombred'avantages : en premier lieu, à partird'octobre 1870, la citoyenneté française(Décret Cremieux) que le gouvernementde Vichy supprime, mais qui leur est renparAndré NOUSCHIMaître de Conférencesà l'Université de TunisLES EUROPEENSlLe dernier élément ethnique est le~roupe français: c'est le plus récent,car son installation remonte au mieuxà 18.10. En fait, jusqu'en 18.10, le nombred'Européens oscille autour de 100.000personnes : les Français ne sont pas toujoursles plus nombreux parmi eux. Les"Espagnols, les Italiens, les Anglo-Mal-Nous avons reçu de Constantine, une longue lettre signée d' « UN GROU­PE DE PATRIOTES ALGERIENS JUIFS ».A l'heure où s'ouvre la négociatio ns d'Eviai1 et où les Algériens d'originesdiverses s'interrogent sur l'aveni r, nous croyons devoir verser au dossierce témoignage comme nous l'avons dé jà fait pour d'autres traitant de cesimportantes questions.Sans doute cette lettre, dont nous publions ici de larges extraits ne reflètet-ellepas l'état d'ësprit unanime des juifs algériens. On ne peut en tout caslui dénier le mérite, essentiel à nos yeux, d'exprimer clairement, sincèrement,une volonté résolue de paix, de compréhension et de fraternité.... A Constantine, la population 1uweest aussi nombreuse que l'élément européen.Or, c'est une tradition dans cetteville, les ultras colonialistes se sont toujoursefforcés de dresser les uns contreles autres, Juifs et Musulmans. DepuiSnovembre 1954, les colonialistes françaisont toujours voulu faire des Juifs de Constantineune masse de manœuvre pour lesutiliser contre notre Mouvement de libérationnationale. A Oran et Alger, c'estvers la minorüé européenne qu'ils ont portétous leurs efforts pour lui faire jouerce rôle.Or, à Constantine, depuis l'annonce desnégociations d'Evian, un sérieux malaiserègne parmi la population juive. Il estsoigneusement alimenté pal' certaines forceshostiles à la négoczation. Les dirigeantsfrglzçais contribueni à le nourrir.Sinon comment expliquer qu'ils trouventutile de s'entretenir avec M. NahoumGoldmann du sort des Juifs algériens ?Les dirigeants français veulent-ils multiplier ({ les interlocuteurs » pour semer laconfusion autonr de la négociation ?De leur côté, des diriqeants sionistesfont une mauva!se besogne en se prêtantconsciemment I)U inconsciemment il toutesces manœuvres autour de la négociation.Nous disons consciemment, car -- cen'est un secret pour personne - parmiles ultras figurent :les Juifs. Ils ne sontpas nombreux, mais nous ne pouvons pastaire le silence autour de leur néfaste activitéparce qu'ils sont juifs et que leurscoreligionnaires sont victimes du racisme.Or, ces .Juifs ultras ont aussi leurs relations dan ç des milieux sionistes qui sontplus soucieux de recruter des émigrantsvers Israël que d'œuvrer pour la paiX enAlgérie. Ces milieux sèment un vent depanique parmi ies Juifs de Constantine.Mensongèrement, ils prétendent que « leuravenir dl1.ns èe pays est définitivementcompromis » et que « s'ils veulent échapperà un mauvais sort, ils n'ont plus qu'àémigrer en Israël ». Pour donner une ('onsistanceà leur propagande, ils spéculentsur le sac de la synagogue d'Alger en décembre,pu encore sur le naufrage du Pisces.Ils dénaturent les faits et taisent laréalité.Outre que le F.L.N. a condamné le pillagede là synagogue d'Alger, il est bonde dire que pas un seul Juif demeurant àla Cas ban n'a souffert des manifestatwnsde décembre. A Constantine, des militantsF .L.N. sont allés auprès de leurs amisjuifs pour les rassurer, lors des manifestationsde décembre. Pourtant certainsultras juifs s'évertuaient, à cette époque,dans les rues du quartier israélite, à entretenirun climat de méfiance. Ces ultrasne cachaient même pas leurs intentions dese dresser contre les manifestations desAlgériens. Quand on sait qu'à Constantine,Juifs et Musulmans vivent dans les mêmesrues, ou dans des rues avoisinantes, onpouvait beaucoup redouter de l'activiténéfaste de ces ultras.Cependant les Musulmans ont encorefait preuve d'une grande clairvouance politique.Et pas 'tn seul Juif de Constantinen'a eu à souffrir des manifestations dedécembre. Alors pourquoi certains s'acharnent-ilsà entretenir ce climat de méfiance? Certes, nous savons que d'autres dlrj..geants sionistes, surtout en France, et plusprécisément les membres du Cercle BernardLazare se prononcent pour la négociationet dénoncent la propagande de divisionentre Juifs et Musulmans. Nous apprécions-leurs démarches, bien que parailleurs, nous n'approuvions pas les idéessionistes. Cependant, nous constatons quel'activitt' \!n faveur de la négociation dessionistes du Cercle Bernard Lazare netouche pas du tout les Juifs de Constantine.Ces derniers, dans leur majorité, restentplus réceptifs à la propagande desautres responsables sionistes qui apportentleur eau au moulin des colonialistesdont nul n'ignore, par ailleurs, les ~entimentsantisémites. Or, l'avenir des Juifsalgériens n'est pas du tout compromis parl'ouverture iUls négociations, ni par la reconnaissancede l'indépendance de l'Algérie.Au contraire, la réussite de la négociation,et la libération de l'Alpérie dujoug colonial, paralyseront d'abord et mettrontun terme ensuite à l'activité nocivede toutes les grenouilles racistes qui onttoujours nagé à l'aise dans la mare de laconfusion.Le Gouvernement Provisoire de la RépubliqueAlgérienne, toutes les organisationsnationales algériennes, nationalisteset communistes algériens, ont toujours reconnuaux Juifs de ce pays, leur qualitéd'Algériens. Tout en les encourageant àrevenir à la nationalité algérienne, et enleur montrant la fragilité du décret Crémieux(décret adopté pour diviser les ALgériens)aboli à deux reprises, la révolutionalgérienne leur laisse malgré tout,comme aux Européens, le choix de la nationalitéfrançaise. Une avant-garde deJuifs est depuis longtemps retournée d lanationalité algérienne. Sous diverses formes,elle partiCipe au combat du peuplealgérien. Et cette avant-garde dénie à M.Goldmann ou à tout autre, le droit deparler en son nom. Cette avant-garde n'apas besoin de garanties. Elle se considèrecomme algérienne et toute sa confiance,tout son soutien vont, depuis sa naissance,au Gouvernement Provisoire de la RépubliqueAlgérienne. Cette avant-garde estsuffisamment éclairée sur les relationsharmonieuses qui ont existé avant 1830 entreJuifs et Musulmans. Elle connaît suffisammentle passé historique commun desAlgériens, juifs et musulmans. Elle a lisséavec ses frpres musulmans, dans le combatcontre le colonialisme, des liens quisont indestructibles.C'est pourquoi cette avant-garde qui asouffert dans sa chair' durant le régime dePétain, qui souffre aujourd'hui dans lalutte anticolonialiste, adresse un appel solennelà ses frères juifs :Ne vous laissez pas abuser par des mensonges! Vous regagnerez la confiance dupeuple algérien si vous savez abandonnerles préjugés racistes dont vous avez vousmêmesété victimes. Vous regagnerez laconfiance du peuple algérien si vous nedressez pas un mur artificiel entre vouset vos frères mllsulmans. Regardez nosfrères juifs du sud-algérien, qui partagentles mêmes soucis, les mêmes luttes, lamême vie que leurs frères musulmans !Eux ne craignent pas l'avenir parce qu'ilssont restés unis avec leur peuple. Leursliens avec les M~lsulmans sont solides. Retaisaffluent en si gros bataillons quecela pose des problèmes multi pies auxautorités administratives, car ces étrangerstirent tout .le bénéfice d'une entreprisequi coûte cher aux contribuablesfrançais. Bien des facteurs favoi'isentcette émigration qui prend après 1870des proportions_ impressionnantes. En effet,de plus en plus, ces immigrantsréussissent là où le Français échoue ;et l'on risque fort de voir l'Algérie clominéeethniquement par eux.Aussi en 1889, le gouvernement françaisdécide que dorénavant les fi lsd'étrangers nés en Algérie seront déclarésfrançais à moins qu'à leur majoritéils ne veuillent reCOUV\'er leu\- nationalitéd'origine. Du même coup, ces Espagnolset ces Italiens qui constituaient7.1 % des Européens en 1881 ne formentplus en 1901 que .1:~ % ; et la proportionira en diminuant. Au dernier recense-(Suite page 11.)gardez combien sont estimés ceux d'entrevousqui ont enrichi le patrimoine culturelalgérien ! Le chanteur et musicienconstantinois Raymond n'est-il pas cher aucœur des Musulmans? Ils l'aiment parcequ'il a contribué à conserver et enrichirle folklore algérien que les èolonialistesont voulu étouffer.Notre appe! s'adresse aussi à certainshommes politiques, religieux et sociauxjuifs qui, depuis 1954, ont été très attentistes:Votre ,attitude équivoque, vous l'expliquezpar votre crainte de ne pas déplaire'iUX Européens, ou encore pour éviter auxJuifs d'être l'objet des méfaits des ultras.Une telle attitude ne se justifie pas. Pource qui est des Européens, si des incompréhensionsse manifestent, ont peut lesdissiper avec l'ame de toute la révotutionalgérienne qui n'a jamais été dirigée con·tre eux, mais contre le colonialisme.Quant aux ultras colonialistes, peut-ondouter un seul instant, si par malheur ilsdevaient sortir victorieux, qu'ils ne reviendraientpas à leurs vieilles campa~;nesantIsémites qûi battaient leur plein dutemps des Moriilaud, Régis, etc... Les ultrascolonialistes seront toujours racis ~esaussi bien envers les Juifs qu'envers lesMusulmans. Donc, votre silence prolongépeut être interprétp comme une approbat;O'1 de la propagnnde alarmiste et néfastede certains milieux sionistes. Car, soyonssérieux, ce n'est pas en Israël que setrouve l'avenir des Juifs algériens. Outrequ'une telle 'émigration contribuerait àenvenimer les relations, déjà mauvaises,entre Israël et les pays arabes, elle tourneraitle dos aux intérêts des Juifs algériens.Car il n'est pas facile d'abandonner unpays où l'on a ses morts, son emploi, sesbiens parfois, ses habitudes, où l'on a passéune bonne partiE' de sa jc!unesse, etavec lequel on possède tant de liensculturels et linguistiques. Et puis on saitque les Juifs nord-africains sont l'objetparfois d'une discrimination en Israël. Cen'est pas nous qui le disons. C'est M.Narboni qui nous le révèle dans son interventionfaite au Congrès Sioniste Mondial.Comment ne pas comprendre aprèstout cela que l'intérêt aes Juifs algériensest de demeurer dans ce pays, de lutterpour sa libération.Le malaise actuel qui touche les Juifsde Constantine ne se justifie pas. Tous lesresponsables juifs d'organisations socialesou religieuses doivent le combattre afind'empêcher toutes les provocations du colonialismede réussir.Au moment où la négociation va ç'ouvrir,l'avenir des Juifs algériens dans leurpays, l'Algérie, est entre leurs mains. S'ilsfont preuve de vigilance, de clairvoyancepolitique, s'ils agissent pour peser de toutleur poidS sur les négociateurs français,alors la négociation peut réussir. Le che·min de la paix, de la réconciliation entretous les Algériens, Juifs, Musulmans etEuropéens, passe par la négociation avecle seul G .P.R.A. Le chemin de la paiX passe1J.ar l'abandon de la part des dirigeantsfrançais de leur politique de division dupeuple et du territoire algériens. Le cheminde la paix passe par une négociationqui ouvrira la voie pour la constructiond'une République Algérienne démocratiquepleinement souveraine. C'est à la réussited'une telle négociation, qui contribueraà créer des conditions favorablespour des relations fécondes entre l'AlgeTieet la France, sur un pied d'égalité, quenous convions les Juifs d'œuvrer aux côtésde tous les Ilutres Algériens.Un groupe de patriotesalgériens juifs.


6Le procès d'Adolf EICHMANN10.000 PARISIENSou Mémoriol du Mortyr Juif" D EV ANT le Martyr juif inconnu,incline ton respect, tapiété pour tous les martyrs,chemine en pensée avec euxle long de leur voie douloureuse, ellete conduira au plus haut sommet deJ ustice et de Vérité. ))Une jeune femme s'est arrêtée lelong du mur et, la tête levée, a luattenti vement cette inscription sur lavaste façade du Mémorial ; puis, unpeu bousculée par le flot de la foule,qui continuait à avancer, elle l'a notéesur un petit carnet, avant dereprendre sa marche.Sans doute était-ce la première foisqu'elle venait là, et son geste témoignaitde sa ferveur. Sans douteétaient-ils nombreux dans son cas,parmi ces milliers d'hommes et defemmes, de tous âges, de toutes conditionsqui, en ce dimanche matin,étaient venus, justement, manifesterleur piété, leur fidélité au nom de laJustice et de la Vérité. Le procèsd'Eichmann les avait amenés à réfléchirsur les crimes nazis, sur l'impunitédont jouissent encore tant debourreaux, sur les tentatives qui semultiplient, de faire renaître cetteabominable idéologie déjà responsablede tant de massacres. Et ils avaientdécidé d'être présents, de payer deleur personne, poussés par le souvenir,par la colère.L'appel - lancé sur l'initiative duM.R.A.P., par plus de cent personnalités- les conviait pour dix heures.Mais bien avant, dès neuf heur es, lesgroupes commençaient à s'agglomérerface à la Seine, à· l'entrée de la rueGeoffroy-l' Asnier.A l'heure prévue, le cortège S'f>.­branla.En tête les porteurs de gerbes, enrubannéesde tricolore, avançaientlentement.Puis venaient deux rescapés descamps de la mort, avec, sur des panneaux,l'appel de la manifestation :« PARIS SE SOUVIENT ET DEMAN­DE JUSTICE... ))Puis les drapeaux des Organisationsd'Anciens Combattants, des Amicalesdes camps, les bannières des Sociétés.Ils se rangèrent devant le bâtiment,aux côtés des personnalités. Et, aprèsquelques instants de vide, la foulesoudain déboucha entre les grilles, envahitle parvis dans un silence impressionnant.Marche lente et digne, solennelle.Visages graves, tendus. On osait àpeine sourire à un ami qui passait,dans cette atmosphère où tout appelaitau recueillement, aussi bien lecaractère des lieux que cet étrangedéferlement muet d'une foule résolue.Il y avait plus de force peut-êtredans ce silence, dans cette méditationcollective que dans des cris ou dansdes gestes. Et des discours n 'auraientpas pu dire ce que tous ressentaient- à la fois souvenirs personnels etvolonté commune.Contournant l'énorme colonne oùsont gravés pour l'éternité les nomsdes camps de la mort, les manifestantspassaient devant le groupe despersonnalités.Nous avons donné dans notre derniernuméro la liste des signatairesde l'appel: parlementaires et magistrats,écrivains et universitaires, syndicalisteset avocats, dirigeants d 'organisationsdiverses.Sur le parvis du Mémorial, nousavons reconnu, autour de Pierre Parafet de Oharles Palant, vice-présidentet secrétaire général du M.R.A.P., Mme Suzanne Collette-.Kahn,secrétaire générale de la FédérationInternationale des Droits de l'Homme,le conseiller Robert Attuly, M. MarcelPaul, ancien ministre, le peintre ManéI{atz, le professeur Jankélévitch , l'abbéGlasberg, le rabbin Zaoui, MaîtresBlumel. Lederman, Schapira, Sarotte,Dymcnstajn, Imcrglik, MM. PaulBaudoin et Wcill-Cur iel, conseillersmuniCipaux de Paris, l'historien J o­seph Billig et l'écrivain Jacques Nantet,M. SChertock, secrétaire généraldu Mémorial, le Dr Ginsbourg, l'artisteRenée Lebas, le roi des GitansS.A. Vaida Voivod III, les membresdu Bureau National du M.R.A.P., etles représentants de multiples associationsd'anciens combattants, de résistantset de déportés.De nombreux messages d'excuses etde sympathie étaient parvenus auM.R.A.P ., émanant, entre autres duPrésident Lyon-Caen, ab~ent de Paris,de MM. les Ambassadeurs d'Israël,de Pologne, du Danemark, du Ghana;de MM. André Maurois, de l'AcadémieFrançaise; du pasteur Charles Westphal,président de la Fédération Protestantede France; de MM. A . .Davoust,A. Diligent et R. Toma5ini,députés, E. Claparède et Maroselli, sénateurs;Guy Desson, ancien député;Raymond Bossus, A. GilIot, R. Barbet,conseillers généraux de la Seine;des écrivains André Spire et GabrielTimmory, du metteur en scène LéonideMoguy. .Deux heures durant, la foule poursuivitsa marche: deux heures qUlcompteront dans l'histoire des luttesantiracistes, deux heures où s'exprimentla conscience et la vigilance deshommes de notre temps.NOS CLICHES, DE HAUT EN BASLe cortige va s'ébranlerL'arrivée des drapeaux sur le parvis.Parmi les personnalités " Mme ColetteKahn, Pierre Paraf, M' André BlumelParmi les personnalités " le professeurJankélévitch, l'abbé Glasberg, AlfredGrant, Marcel Paul, Jacques Nantet,André Weill·Curiel.Penda~t deux heures,l'immense foule ...UN MOIS APRES •••UN des plus grands procès de l' histoire contemporaine s'est ouvertle 11 avril 1961 à Jérusalem, dans une salle spécialement aménagéeà cet effet, en présence de plus de 300 journal istes venusdu monde entier et d'un public qui joue des coudes pour pouvoir y pénétrer.C'est le procès d'Adolf Eichmann, ancien Obersturmbann-führer S.S.


Xavier VALLAT subit ...LA pudeur est décidément cequi manque le plus auxcollabos. Loin de se repentir,pleins de nostalgie pour le bontemps de Vichy et du nazisme, ilss'agitent, on les retrouve dans tousles, complots antirépublicains·Avides de reprendre du service, les pluscompromis d'entre eux écrivent des articleset des livres pour se justifier, renouvelant,par le :nensonge et la haine, leurentreprise de perversion des esprits surlaquelle se fondent leurs menées, aujourd'huicomme hier.C'est cela qu'ils osent nommer de lalittérature, et l'une de leurs officines s'intitulepompeusement l'Union des IntellectuelsIndépendants.Sous son égide, ils organisaient, le:mercredi 3 mai, à 18 heures, une « réunionlittéraire » à l'Hôtel Lutetia.Etaient annoncés les plus beaux fleuronsde la « culture » vichyste: XavierVallat, ex- « commissaire aux questionsjuives » dont les œuvres comprennententre autres, le « statut des juifs », unprojet de Constitution pétainiste et leséditoriaux quotidiens prononcés sur lesondes de Radio-Paris allemand; MauriceBardèche, condamné naguère pour apologiedu nazisme; Henry Coston, spécialistedes publications antijuives avant,pendant et après l'ocupation; Alain deSérigny, représentant les factieux . d 'Alger;ainsi que divers collaborateurs(dans les deux sens du mot) de « Rivarol», d' « Aspects de la France », etde « Défense de l'Occident »: BernardFay, Saint-Paulien, Edith Delamare, sansoublier l'avocat de Pétain, Jacques Isorni,Henri Massis, de l'Académie Française,et Georges Bonnet ...LA PROTESTATION DU M.R.A.P.Aussitôt informé de cette manifestationscandaleuse, qui devait avoir lieuquelques jours à peine après le putschd'Alger, le M.R.A.P. lançait l'appel suivant,que plusieurs journaux allaient reproduire:« Un certain nombre de fascistes etvichystes notoires, tels Xavier VALLAT,Maurice BARDECHE, Alain de SERIGNY,Henry COSTON, Bernard FAY, etc ... ,compromis dans tous les complots contrela République et liés étroitement auxfactieux d'Alger, invitent leurs partisansà une manifestation publique le mercredi3 mai, à 18 heures, à l'Hôtel Lutétia.« Même présenté comme une réunionIittél'aire, ce rassemblement constitue undéfi à tous ceux qui se sont dressés, cesderniers jours, contre la subversion fasciste,et souhaitent qu'il soit mis finradicalement à l'agitation des élémentsantirépublieains et racistes.« Le Mouvement contre le Racisme,l'Antisémitisme et pour la Paix (M.R.A.P.) demande instamment aux pouvoirs'pUblics l'interdiction de cette impudentemanifestation. ))Parallèlement, le M.R.A.P. intervenaitauprès du Préfet de Police et du Ministrede l'Intérieur, tandis qu'il alertaitles conseillers municipaux de Paris, dontplusieurs, notamment MM. Bossus, Weil­Curiel, Bourdet et Auburtin, ainsi quele groupe M.R.P., firent des démarchespressantes à la Préfecture.Dans le courant de la journée du 3mai, les protestations se multiplièrent,venant de nombreuses associations. Citons,entre autres: le Comité de Liaisonde la Résistance, le Comité d'Action dela Résistance, la F .N.D.I.R.P., l'Uniondes Etudiants Communistes, l'A.N.A.C.R., l'U.J.R.E., etc ...LE DERNIER MOT ...Cependant, les pouvoirs publics ne crurentpas devoir prononcer la mesure d'interdictionqui s'imposait.A 18 heures, les dirigeants du M.R.A.P. et les délégués de diverses organisations,accompagnés de nombreux militants,la plupart des jeunes, se présentèrentdonc devant l'Hôtel Lutétia.On apprit alors que la Préfecture avait« conseillé » aux organisateurs de reporterleur réunion à une date ultérieure,pour éviter tout incident. Devonsnousen conclure que si Xavier Vallatet ses acolytes n'avaient pas renoncé,par suite de la protestation résolue desantifascistes, la réunion aurait pu avoirlieu? Il faut bien constater qu'on n'agitpas de la même façon en ce qui concerneles réunions antifascistes dont plusieurs,dans cette période, et depuis, ont été purementet simplement interdites ...Les organisateurs ne se présentèrentmême pas à l'Hôtel Lutétia pour informerleurs amis. Ceux-ci, parmi lesquelsse trouvait Scapini, ancien ministre dePétain, se retirèrent en ordre disperséaussitôt arrivés.Les antiracistes, les républicains avaienteu le dernier mot. Cette nouvelle expériencefera-t-elle comprendre aux hommesde Vichy et à tous leurs semblablesqu'il est temps pour eux de se faireoublier?... une nouvelle défajte7Un PROJET de lOI ANTIRACISTE. . (SUITE DE LA PACE 1)l'essentiel de l'un des deux textes élaboréspar le M.R.AP., sous la haute autorité duPrésident Lyon-Caen. Le Conseil d'Etat, quia établi la rédaction soumise aux deux As­-semblées, n'a, semble-t-il, que modifié quelquesformules et l'ordre des paragraphes.Ce texte punit d'un emprisonnement de2 mois à 2 ans, et d'une amende de30.000 NF, ou de l'une de ces deux peinesseulement, « tout fonctionnaire de l'autoritépubl'ique ou citoyen chargé d'un ministèrede service public qui, en raison del'appartenance ou de la non-appartenanceraciale ou confessionnelle d'une person·ne, lui aura sciemment refusé le bénéficed'un droit auquel elle pourrait prétendre ».Il prévoit également le cas des discriminationsde même noture qui seraientpratiquées, soit par une personne « amenéepar sa profession ou ses fonctions à fournirdes prestations de biens ou de services »,soit par un employeur à l'égard de son personnel(1 .000 à 10.000 NF d'amende, etde 2 mois à un an d'emprisonnement).D~ns ces derniers cas, le Tribunal peutordonner que 10 condamnation soit inséréedans la presse ou affichée, soit sur les lieuxoù le délit a été commis, soit au domiciledu condamné.UNE APPROBATION UNANIMEC'est au mois de mars 1959 que leM.R.A.P. adressait les deux projets de loisélaborés par ses soins à tous les groupesparlementaires, ainsi qu'au Président duConseil, au Garde des Sceaux et au Ministrede l'Intérieur.Comme nous l'avons indiqué à l'époque,il reçut de nombreuses réponses favorables.Les groupes socialiste, M .R.P., U.N.R.,exprimaient à notre Mouvement leur accordcomplet avec les principes contenusdans ces textes, et leur intention de lesprendre en considération. Le groupe communiste,quant à lui, décidait de les déposersur le Bureou de l'Assemblée Nationale,et en informait le M.R.AP. par unelettre du 13 avril.Les deux propositions de loi~ ainsi déposées,signées par MM. Robert Ballanger,Waldeck Rochet, Fernand Grenier, PierreVillon et Paul Cermolacce, étaient distribuéesaux députés sous les numéros 37 et38. Elles furent aussitôt soumises à laCommission des lois constitutionnelles, dele Législation et de l'Administration généralede République, qui désigna un rapporteur: M. Pierre Pasquini.A nouveau, les différents groupes del'Assemblée générale firent alors part ànotre Mouvement de leur intention de soutenirces textes ; de même, les différentsgroupes du Sénat.D'autre part, les problèmes posés par larépression légale du racisme firent l'objetd'importantes études présentées aux JournéesNationales du M.R.AP., en 1959 parle Bâtonnier René-William Thorp, et en1960 par le Bâtonnier Sala.DES VOIES DIFFERENTESToutefois, sur le plan parlementaire, ladiscussion tardait à venir, tant en Com·mission qu'en séance plénière. Le 29 octa·bre, M . Pasquini écrivait au président Lyon­Caen:~~SiègeF 45..-=. -............ ....,,~-------~« Mon rapport est prêt depuis des mois, (q ui, selon la Constitution, décide en derjetiens à ce que vous le sachiez, et c'est nier ressort de cet ordre du jour) crut del'ordredu jour de nos réunions qui, seul, voir emprunter d'autres voies.ne m'a pas permis de le passer. »Comme nous en avons informé nos lec-Une démarche fut faite, ou nom du teurs, un proiet de loi fut déposé par leM.R.AP. par le Président Lyon-Caen, au- Garde des Sceaux et le Président du Conu:hetAI~urnéena 1 eracismei ti s m ea paixeu.ISo DE•les beaux sièges de votre confort------leinerN' 180 (284)31 MARS 195950 FRANCSLe M.R.A.P. soumet au Parlement deux propositions de loien vue :;~sneef~f~~~ contre le racisme et l'antisémitisme. Pri-o('('up" di"pl1i ~ lon ~ lf'ml)~ rie lï nsu(fj~unce de Dotre armature Jép:islative dans la Julie 1 q' ..saire. ('ont~e le ra~isntf' f"1 ranlisémililmle. le M . ~.A.P .• ,u.i compte "lus jeun juristes dam/ 1~:8se i~: ~a~I:I~o~~c~~;t'ours de 1 a n d,P tnt!"r h· ~exlf' ~le df'uX ovanf.proJelè, deitmea l'un, par la réforme du décret. loi Marchandeau. ~~:~:~r:('r;~Sd:f~;~::'~n!~n:I~~~e":;~?al~~ la propagande ('1 des menêf'.& racistes. l' autre â 8an('tionner pénalemf"nt cer-L,. ('ommenlalrt- qUi suit en mon!rf'ra Ioule J'importance!près du Garde des Sceaux, en vue d'obtenirque des dispositions soient prises pourhâter l'adoption d'une législation antiraciste.Au lieu de favoriser l'inscription despropositions déposées à l'ordre du jour de1Les gouvernements de la. III' Républiqueavaient cherché à créer unbarrage contre les activités raclstes,com~re~ant _ 9ue _celle~l, génér':lt~l-Il y a plu~ de deux ans ...QI;II auraient pu, dans ces QUinze derruèresannées, justifier J'applicationdes nouvelles dispositions légales. eUet~t e:xtrémement rare, pour ne pas~u:-e l~existante; on aurait quelqueseil, le 7 novembre 1959, tendant à « donnerdélégation au Sénat de la Communautépour statuer en matière de répression desdiscriminations rac'iales et religieuses et desprovocations à la haine raciale ou religieuse».l'Assemblée Nationale, le gouvernement Ce projet, adopté en Commission, n'apas été discuté par l'Assemblée Nationale: il n'aurait d'ailleurs pas pu être appliqué,le Sénat de la Communauté oyant,entre temps, cessé d'exister.A la fin de l'année 1960, M. RobertBollanger, signataire des propositions delois, effectuait plusieurs démarches dontil a informé le M.R.A.P., auprès' de laCommission compétente, ainsi que duGarde des Sceaux. Celui-ci fit savoir, le 19jonvier 1961, qu'un projet de loi, en coursd'élaboration, serait déposé prochainementsur le bureau du Parlement.POURUNE ADOPTION RAPIDEC'est ainsi qu'après de regrettables retards,l'Assemblée Nationale et le Sénatdoivent être saisis d'une projet de loi sanctionnantles discriminations raciales.En nous fél icitant de ce résultat, rappelonsque l'autre texte élaboré par le M .R.A .P., et qui n'est pas moins important,mérite, lui aussi, un rapide examen. Il concernela provocation à la haine raciale, et~ermettrait, s'il était adopté, une répressionefficace de la propagande raciste etantisémite sous toutes ses formes.Le projet de loi du 7 novembre, cité plushaut, soulignait d'ailleurs, en reprenant lestermes du texte élaboré par le M.R.AP., lebesoin urgent d'une législation dans cedomaine.Avec tous les antiracistes, nous souhaitonsque le projet déjà mis au point serarapidement discuté et adopté par le Parlement.Nous émettons le vœu en outreque toutes mesures soient pris:s pour l'a~doption également, du second texte, sur laprovocation à la haine.(Si, comme nous l'espérons, le projet deloi dépos2 par le Garde des Sceoux estdistr~bué d'ici là aux parlementaires, nouspublIerons dans notre prochain numéro uncommentaire jurid'ique sur ce texte.i


8I:U- vu - ENTENDUUn grandIiIm qUit8moignecontrele nazismeet Dourl'humanil8PARCE que, les camps de concentrationnazis ont été le paroxysme d'unrégime de haine et de terreur, lesrécits des survivants sont plus qu'un témoignage: ils sont un avertissement. Et quandle temps aura décanté ces œuvres issuesde la Souffrance, le film que vient de réaliserArmand Gatt'i : ft L'Enclos », compterasans doute parmi les documents lesplus bouleversants.C'est une tragédie à trois personnages,deux hommes et le camp, l'illustrationd'un moment de la q vie » du camp où,aux souffrances physiques qu'il inflige auxte haeftlings », s'ajoutent les souffrancesmorales. Sur ce fond réaliste, Armand Gattia décrit le drame de ces deux hommescondamnés à. s'entretuer. Et m'entretenantavec lui, j'ai retrouvé cette solidarité duclimat émotionnel qui nous a fait évoquerles mêmes souvenirs.Anna LANGFUSlmvtéa& ~ q rUxCWs tR~ftMme Anna Langfus, dont nous avonsprésenté, il y a quelque temps le beau livre.. Le Sel et le Soufre» vient de se vairattribuer le Prix Charles Veillon 1 pour leromon français.Nous sommes heureux que cet écrivainde talent, dont l'œuvre est une dénonciationparticulièrement émouvante des crimesnazis, sait ainsi honorée.Qu'elle trouve ici nos sincères félicitations.Une scène de « L'Enclos »« Les G.M.R. m'ont arrêté dans le maquisF.T.P.F. du Plateau de Millevaches,et après les prisons de Tulle et de Limoges,ce fut le camp volant de Lindermann... »Nous oublions le film pour retourner àtravers l'identité des impressions, donsl'univers concentrationnaire. « Je crois,commente Gatti, que nous avons vécu l'expériencecapitale du siècle. Une vie dansun autre monde dont l'éclairage direct singeaitle monde réel et mettait à nu ses"IL'IEINICILOS"contrad'ictions, détruisant la vie physiquemais aussi les moteurs affectifs de la vie. »Ce sont là des souvenirs qui nous poursuiventet je sais qu'en les racontant onparvient à se dél ivrer de leur obsédantepoursuite.« On m'a souvent demandé commentj'ai eu l'idée de ce film. Comme un exorcisme! J'ai écrit une pièce, « l'Enfantrat », où je montrais les gens « après »,et revivant la chose. J'ai écrit un romaninachevé « Bas relief pour un décapité »,où après 49 versions j'ai compris que c'étaitun prétexte pour revenir chaque nuit,comme à un rendez-vous, retrouver lescamps. Mais 'il est difficile de traduire pardes phrases cette intensité du cauchemar,et, il y a huit ans, j'ai pensé, que l'imageserait , plus fidèle pour une entrée directedans l'univers des camps. De là est né lefilm. C'était une aventure où la fidélité aupassé devena'it un défi à l'avenir. »C'est ainsi que le journoliste ArmandGatti est devenu cinéaste. Craignant d'êtretrahi, il fit non seulement le scénario etles dialogues, mais aussi la mise en scèneet le découpage. Grâce à la compréhensionde Mme Ulrych qui accepto d'en assumerla production, le film a vu le jour:« Nous l'ovons tourné à LJubljana, enYougoslavie, avec des acteurs inconnus, etdes figurants qui sont à 80 % d'anciensdéportés et qui, devant les cameras, retrou·voient leurs attitudes des camps. Pour lesrôles de S.S., nous avons eu plus de difficultéscar personne ne pouvait se mettredans la peau des 5.5 ... »Une entretienavec le réalisateur ~Armand GATTIpar R. ff/GfLSONCar Armand Gatti a vou lu montrer nonseulement l'aspect visible des camps, maisl'aspect intérieur de, l'homme dans lescamps, le mécanisme de la déshumanisationet la résistance au crime moral :JULLIARD ____________ __« Avant de tuer, les nazis cherchaient àtuer la dignité de leurs victimes, En face deKarl, antifasciste allemand 'interné depuisonze ans, qui reste un combattant, surgitDavid, un juif récemment déporté, avec lesréflexes de l'innocence et le camportementEdita MORRISLES FLEURSD/HIROSHIM4Hiroshima•qUinze ans,apresUn vo,. 9,00 Nf~ ____________ JULLIARDdu monde normal. Mais la prise de consciencede David est la victoire de la dignitésur ce système de dégradation et demort. »Dans ce monde kafkeen des camps, lalutte est toujours possible, qui mène à lavictoire. C'est la leçon de ce film, c'estl'expérience que Gatti rapporte dans unsujet, où sur la matière brute de l'antisémitismeen action - ce camp, ce ..' personnage» central dont le but était entreautres, la solution finale de la questionjuive - le combat était le seul espoir desurvie.A l'heure où se tient le procès d'Eichmann,ce film était nécessaire, qui feraréfléchir les hommes, et les avertira surles dangers toujours présents. Ce film étaiturgent, et l'on regrettera, sa grande voleurartistique étant unanime'ment reconnue partous ceux qui l'ont déjà visionné, qu'onn'ait pas cru devoir le retenir pour la sélectionfrançaise officielle au Festival deCannes.Souhaiton qu'il 50rte bientôt sur lesécrans.RacismeERS les années 1930 , un personnage diaboliquedressait sa maigre carrure entre les pages desVromans policiers : le sinistre Docteltr Fu-Manchu,chef d'une société secrète, se proposait de détruirel'Occident pour étendre sa domination sur leglobe entier. Pendant les décades suivantes, son inventeur,Sax Rohmer nous livrait à intervalles réguliersle récit des luttes qui opposaient son hérosmaléfique à l'inspeçteur Sir Nayland Smith, véritableincarnation cie la défense de la civilisation. Cettetransposition à peine voilée du fameux « péril jaune»de nos aïeux peut paraître puérile ; elle n'empêchaitpas les romans de se vendre ; l'exotisme introduisaitun zeste supplémentaire dans le couple classique« policier-assassin », clépaysait le lecteur et lui fournissaitun élément d'intérêt supplémentaire. D'ailleursle mythe du « Chinois mystérieux» fleurissaitdans tous les . romans policiers qui introduisaient dansle dédale de .leurs épisodes un ou plusieurs représentantsde la « race jaune ».On fit un tel abus de ee procédé que le DetectionClltb de Londres, avec à sa tête porothy Sayers, clécidad'écrire un ouvrage collectif d'où serait banni toutchinois mystérieux. Si l'Amiral Flottant comporteun personnage extrême-oriental, celui-ci tient le rôlede cuisinier de bord et ne présente plus aucun mystère.Les exemples ne manquent pas, d'auteurs qui s'inspirentdes préjugés courants de leur époque pourchoisir leurs protagonistes dans tel ou tel milieuracial ou social. Ainsi Maurice Leblanc mettait enscène dans ses romans cie l'époque de la guerre de 14,un noir appelé « Y-a-bon ». Malgré son rôle sympathiquecelui-ci apparaissait sous les traits d'unfrère inférieur du blanc, (Le triangle d'or.)Les assassins des premiers livres du genre se recrutaienten général clans la pègre. Par la suite ilsdépassèent ce milieu primaire pour se mélanger auxsphères élevées. Il n'était pas rare de voir imputerle mauvais rôle à un riche israélite, à un intellectueldistingué ou à un savant. Ainsi clans le Train bleu,un auteur aussi avisé Qu'Agatha Christie n'échappaitpas aux préjugés. Valentin Williams chargeait l'AllemandGrundt, plus connu sous le nom de Pied-bot,et romande toutes sortes de méfaits et les israélites se montraiententre les pages de certains romans d'EdgarWallace. Mais ce genre de racisme, si racisme il yavait, demeurait toujours secondaire. En un certainsens, on ne peut porter de graves accusations contrele roman policier à son époque classique. Il demeuraitavant tout un jeu de l'esprit, sorte cie partie d'échecs,qui se déroulait entre deux partenaires : le lecteurs'efforçant de résoudre un problème et l'auteur entremêlantles fils pour brouiller les pistes. Le racismeétait très rare et ne constituait jamais le centre d'intérêtdu livre. Un manichéisme latent corrigeait lesparFereydoun HOVEYDAexcès : les bons et les mauvais se situaient dans toute~les classes et toutes les races. Les quelques tracesde racisme se compensaient même par la création ciedétectives super-intelligents tels que le fameux CharlieChan cie Erie der Biggers, policier chinois quis'imposait à tous avec tout le poids de sa cultureancestrale.La situation n'est plus tout à fait la même avecles romans policiers modernes, notamment ceux qualifiésde « noirs ». Il ne s'agit plus cie poser desproblèmes, mais d'intéresser le lecteur à une poursuite(entre gangsters, policiers et détectives privés)qui les promène dans le décor réaliste des grandesvilles. L'astuce y fait souvent place à la violence etla dialectique au sadisme. Comme dans tout genre,le meilleur et le pire s'y cotoient.Dans les meilleures œuvres, le milieu décrit prenclle pas sur le reste. L'évocation clu monde réel s'accompagnecles problèmes actuels y compris le racisme.En général les auteurs choisissent à cet égard uneattitude positive. Il n'est pas rare gue leurs récitsdéveloppent en filigrane un véritable réquisitoire contrele racisme. Je citerai par exemple le K .K.K., depolicierPaul E. Walsh, et La reine des pommes, de ChesterHimes, parmi les plus récents. Mais, il faut le souligner,les idées, ici, sont en action. L'antiracisme surgitde la description ,du cadre et de la narration desévénements sans que les auteurs interviennent pourtirer une morale quelconque, ou pour prendre parti.On pourrait citer beaucoup de titres qui touchentde près ou de loin aux problèmes raciaux : Spaghettipar les racines, cie Ei!lI1eg-an, Un linceul n'a pas depoche, de Horace Mc Coy, Coups bas à Cuba, deFuller, etc. Un roman comme Péché mortel, de BenAm,es Williams rappelle même par certains côtés lenazIsme.Je retiendrai deux exemples récents pour illustrermon propos. Ainsi De burnous et d'épée, de EdwarclS.-Aaron nous concluit dans un hypothétique émiratarabe où le pétrole et les rivalités allument de tragiquesluttes. Le portrait du jeune émir dévoyé pourraitapparaître à beaucoup comme empreint de mépriset de préjugés. Dans Lame, de Louis Malley,nous voyons un Porto-Ricain à New York, embar­Qué dans une aventure criminelle, en butte souvent àl'intolérance raciale.Il est téméraire de porter un jugement de valeursur un genre qui possède les faveurs du public. nest toutefois certain que ce n'est pas le racisme oul'antiracisme qui attire le lecteur du roman policier.Les conséquences du roman policier sur le plan duproblème racial, apparaissent souvent très secondairespar rapport à cI'autres implications du genre.D'~utre part, les préjugés des au~~urs, ne renvoientilspas vers nous nos propres prejuges, cQ1J1me parun jeu de miroirs ?Le plus souvent le roman policier ne fait que mettreen scène un indiviclu appartenant à un mileuun israélite un émigré italien, un Chinois. Il ne metpas en cau;e tous les israélites, tous les émig~és. tousles Chinois. La question se pose alors de savOIr lequelde l'auteur ou du lecteur cultive davantage le préjugé! Quoi qu'il en soit les meilleurs livres policie.rsiuttent contre les préjugés de quelque ordre qU'Ilssoient. Et pour conclure je dirai que dans cette massecie livr('~ . tout se passe comme dans d'autres genres :il yale meilleur et le pire.


LU- vu - ENTENDU9lA PYRAMIDE HUMAINEAvec « La Pyramide Humaine », Roucha voulu tenter une expérience qui aumoins, dans le domaine choisi, à savoircelui de la jeunesse, est disons-le de suite,très concluante.Dans un dernier numéro de « Droit etLiberté » le réalisateur nous expliquaitlui·même le sens de son film :« J'ai voulu faire un film montrant quelspouvaient être les rapports entre les jeunesAfricains et les jeunes Européens... AAbidjan, je me suis très rapidement aperçuqu'il n'y avait aucun rapport entre lesélèves des deux communautés en dehorsde la classe.« J'ai réuni une dizaine d'élèves africainset européens et nous avons établi, d'accordavec eux, un scénario fictif, danslequel nous supposions qu'une jeune Européenne,Nadine, venait d'arriver etn'avait pas les complexes des anciens. Etl'histoire s'est précisée au fur et à mesure... »Cette expérience audacieuse au coursde laquelle Jean Rouch a placé des jeunesgens dans une situation inéxistantedans la réalité, et où il leur a fait consciemmentjouer le rôle qu'ils ne tenaientpas dans la société mais qu'ils aura:entdû avoir dans une société saine, cette expérienceest un psychodrame.Et le but du psychodrame est de faIreprendre conscience aux gens de leurs complexespour les en débarrasser.Rouch a réussi : la réaction en chaînetant espérée démarre, et les jeunes genspassent bientôt du stade de l'indifférenceà ceux de l'intérêt et de la sympathie, dépassantpar là même l'ignorance, pour arriverà la compréhension.Ce film admirable fait pleinement comprendrequ'une des causes du racisme, estune « masse de préjugés stupides, surtoutun manque complet d'éducation ».Mais Jean Rouch n'entend pas propo·ser de solutions au prOblème du racisme.« La fin du racisme, c'est quand ne seposent plus de problèmes entre gens decouleur différente. Pour cela, il faut queles gens se connaissent, s'apprécient et serespectent. L'antiracisme est avant tautune question de dignité. »$~"'~""""~""""~~~~~~~Cinéma et fraternitéUNE nouvelle fois, le cinéma montre qu'il a compris le rôle éminent qu' il esten nlesure de jouer dans la lutte contre les préjugés. Relevant la bannièrede l'antiracisme pour la mener dans des combats où les Resnois, les Brooks,les Conrad Wolf et d'autres les avaient précédés, Jean Rouch, John Cassavetsct G'illo Pontecorvo ont décidé de crier leur message à la face de l'humanité.« La Pyra mide humaine » et la de.struction des préjugés raciaux ou sein de lajeunesse, « Shadows » et les réactions d'une famille de noïrs au contact avecla réalité extérieure, (f' Ka po» et sa « vision étrange des camps de la mort " , quipassent au même moment sur les écrans parisiens, prouvent l'intérêt suscité aujourd'hu'ipar la cause que nous défendons, à laquelle ces films apportent unecontribution de première importance.Nous ne doutons pa S! que ces exemples seront suivis, et qu'ainsi de nouveauxcoups seront portés au racisme, cancer social de notre temps.DESCRIPTION D'UN COMBATAlors que « La Pyramide humaine »prend toute sa valeur dans sa spontanéitéle film de Chris Marker « Descriptiond'un combat » (qui passe au même programme)est au contraire un travail soigné,fignolé, selon une méthode éprouvée, etdont les remarquables images témoignentde la maîtrise incontestable de son réalisateur.Ce documentaire est le premier filmprOfondément réaliste, jamais tournésur Israël. Chris Marker nous montre unpays comme les autres, ni mieux ni plusmal, avec ses prOblèmes qui sont ceuxde beaucoup d'autres pays.La routine journalière y est suggéréepar le marchand de Tel Aviv et les livreursde Haïffa, par les murs trois foissaints de Jérusalem et les buildingsd'Eilath, par les jeunes qui avancent avecune allure fière et par les vieux qui SBsouviennent.Chris Marker nous montre que dans cepays situé à la croisée de deux âges et aucontact de trois civilisations, il existequand même une minorité raciale, lesArabes aux conditions de vie misérables,problème aigu qu'Israël se devrait de résoudreéquitablement.Il nous fait voi :-- cette jeunesse qui monte,qui fait la gloire de ce pays rebâti surdes ruines de :'>.000 ans, mais aussi lesrisques d'un certain nationalisme.Chris Marker a vu vivre, vraiment vi­Vre Israel, et EOn film constitue un témoignageprécieux, un témoignage de qualité.SHADOWSLa critique internationàle a accueilliavec intérêt cet exercice de style et dehaute voltige qu'est « Shadows » de l'espOiraméricain John Cassavets.« Shadows », ce n'est pas une histoire,mais une suite d'incidents venant perturberla vie d'une famille de noirs américainsliés par le problèmE' racial.Le scénario tourne autour d'Hugh, chanteurde cabaret incompris faisant vivre safamille, de son frère Ben, et de sa sœurCélia.Si Hugh est on ne peut plus noir, BenlSt presque blanc et en profite pour essayerd'échapper à la discrimination raciale.Leur sœur Célia est blanche et sembleconvaincue que les prOblèmes raciaux nela concernent pas.Leurs différences de pigmentations vontentrainer la confusion. Une série de conflitsvont éclater, les uns entre Hugh etle monde extérieur, les autres au sein mêmede la famille.Ce film tourné avec peu de moyens eten décors naturels est plus que joué : ilest vécu.La spontanéité et la franchise de l'œuvreliant les styles d'Elia Kazan et deJ ean-Luc Godard, en font une réalisationattachante qui laisse espérer de beauxjours pour le jeune cinéma américain.KAPO« Kapo » est un de ces films qui faitfrémir parce qu'il rappelle aux hommesquelque chose qu'ils voudraient oublier etne plus jamais revoir : les camps de concentration,les crimes de la barbarie nazie.Ce thème tragique qui a tant fait coulerd'encre a produit des témoignages comme« Nuit et Brouillard » et des films romancéscomme « Etoiles» de Conrad Wolf.Le metteur en scène italien Gillo Pontecorvoa voulu que « Kapo » soit les deux àla fois. Et il a l'éussi...TémOIgnage, il l'est, quand il nous conduitdans ce monde tragique et inhumainqu'est l'univers concentrationnaire ; témoignageil le reste quand il nous fait vibreraux accents de la déchéance d'une fillettejuive de 14 ans qui, pour vivre, acceptede se donner aux S.S. et de devenir kapo.Mais au dernier tiers du film, de témoignage« Kapo » devient simplement unfilm ,un très bon film.On assiste à la prise de conscience delà fillette qui tombe amoureuse d'un pri·sonnier soviétique et qui l'aide dans satentative d'échapper .aux bourreaux.Cette page d'amour, qui ne sert qu'àréhabiliter la jeune Juive, ne nuit en rienà cette œuvre qui a su allier le réalismeet la fiction. L'interprétation solide deSusan Stmsberg (la petite Juive), d'EmmanuelleRiva, et de Laurent Terzieff,ajoute encore à la grandeur de « Kapo »et lui donne un pOUVOir d'emprise sur lespectateur, qui ne cesse pas même lorsqu'apparaîtle mot « fin ».M. S.Dictionnaires et · germes d'antisémitismeUN de nos amis, M. Louis Zweig,vient de nous communiquer les découvertesqu'il a faites en consultantun dictionnaire français-allemand etallemand· français.« Ayant à compléter des demandes d'indenmisationdes spoliations et autres forfaitshitlériens, précise-t.il, j'ai décidél'acquisition d'un dictionnaire récent,donnant l'état actuel de la langue deGœthe ». Il s'est donc procuré l'ou·vrage de Rotteck et ,Kister, revu et misà jour par Joseph Denis, professeur aulycée Janson·de-Sailly, directeur adjointde l'Office National des Universités, qu'asorti ces temps derniers la maison Gar·nier Frères (édition fin mai 1960).« Jugez alors de ma désagréable surprise,poursuit-il, à la lecture, un an àpeine après les remous autour du PetitLarousse 1960, des mots se rapportantaux principales victimes du nazisme. »Voici, en effet, quelques-unes des définitionsextraites de ce dictionnaire.JUDE : juif ; (familier) youpin . Fig.juif, usurier.JUDELN : 1. trafiquer à la juive ...Ayant d'autre part cherché le .motTRAFIQUER dans l'autre partie du dictionnaire,notre correspondant a trouvéces définitions.VITRIFICATIONde parquetsAPPARTEMENTSBUREAUX -PROPRIETESMAGASINSPOSE DE PARQUETSRABOTAGEPEINTURE- REVETEMENTS DE SOLS -Travaux exécutés par spécialistesDéplacement en Seine, Seine-et-OiseSans ma joration de prixDevis gratuit sans engagementBEMART158, rue des Pyrénées - PARI SMEN 18-73TRAFlQUER : ... 2. (en mauv. part)einen Schimpflichen Handel treiben (selivrer à un commerce honteux, ignominieux),shachern (qui vient de sChader,marché usuraire, juiverie).On imagine avec inquiétude ce quepeut donner pour quelqu'un qui ne connaîtpas les deux langues, l'utilisationde ces différents mots. Et ce qui est certain,c'est que dans l'esprit du lycéenpris dans ce réseau de définitions, l'idéede « juif » sera liée inévitablement àcelle d' « usurier », de « trafiquant »...Mais poursuivons: 'JUDEN·DEUSTCH : argot des juifs.Et au mot AR GOT, ces trois traduc·tions: Gaunersprache (langage des filous),Diebsprache (langage des voleurs,larrons), .Kauderwelsch (baragouin inintelligible).JUDENSCHAFT : juiverie, populationjuive.JUDAISER : ... es mit den Juden halte,"(prendre le parti des juifs - avecune nuance de blâme, d'ironie).Quant au mot JUIVERIE, au sens figuré,les auteurs du -dictïonnaire lui ontdécouvert au moins trois synonymes allemands:Judenwucher (usure, accaparement,agiotage, tripotage juifS), JU­DENKNIFF (finasserie, ruse, stratagème,artifice juifs), J udenstreïch (coup, tour,trait de juif) ...« J'ai eu la curiorité, nous indique encoreM, Louis Zweig, de faire unecomparaison avec les dictionnaires semblables,relativement moins récents, d'autreséditeurs, tant français qu'allemands,et ai pu constater qu'en général, lestermes et définitions antisémitiques diffamatoiresont été éliminés ou au moinsétiquetés (( péjoratifs li et remplacés ouentourés par d'autres correspondant davantageà la réalité, comme Judenhetze,persécution des juifs » (1).Et poursuivant fort judicieusement soI'!analyse, il ajoute:=::;::::::=::;:;:;=;:::::;:;:;:;:;:;:;:::::;:;::::=::::;:;:;:;:;:;:;:::;:;:;:;:;:;:;:;:;:;:;:;:;:;:;:;:::::;:::SERVI .. PRIX(LIBRESERVICE )4 boulevard Denain, PARISMétro : Gare du NordCHEMISERIE - BONNETERIELINGERIE -BAS, etc.Hommes - Femmes - EnfantsLE MOIS DE LA CHEMISEPRIX CHOCOUVERT TOUS LES J OURSsans interruption de 9 h. à 19 h.« Un examen un peut attentif révèleque l'ouvrage en question abonde engrosses lacunes, lapsus, coquilles. Lesauteurs et le réviseur ont-ils voulu paravance s'en racheter en donnant la listecomplète des termes censés d'usage courant,même vulgaires ou injurieux?Pourtant si les vocables de youpin (équivalent« familier » de J ude), youtre,déicide, Mauschel (=youpin), Mauschelei,mauscheln (2), s'y trouvent effectivement,l'on y chercherait en vain , ceux, parexemple, le boche, génocide (3), racisme,raciste... qui y seraient cependant bienà leur place, vu le contexte. Prudence etsélectivité extrêmes, cette fois, par rapportaux autres lexiques de même importance.Au mot l>EUTSCH, l'on dit simplement:allemand, germanique. teutonique...Pas question donc, comme aucas où l'on aurait suivi avec applicationl'esprit et le zèle manifestés au mo;;Jude, d'un incongru libellé à l'avenant,quelque chose dans ce genre: ,.. (fami·lier) boche; (en mauv. part) barbare,prussien, doryphore, nazi ; (argot) fridolin,frisou, sc hl euh ; (figuré) homme obtuset brutal. .. De même DEUTSCHELN,tout au contraire de jüdeln, y signifie(( être fier d'être Allemand ; affecter desmameres d'Allemands li. Et l'on n 'agarde d'y omettre deutschcnfeindlich ,deutschenhass (hostile, hostilité aux Allemands).»Ayant poussé un peu plus loin sa cu-' (1) A signaler toutefois le dictionnaireBrockhaus, qui ne comportait pas dansses éditions d'après guerre les termes deyoupin et youtre, et qui les a introduitsdans l'édition de 1960, revue par un certainDr Paul Benoît. Cette dernière éditions'est même enrichie d'un nouveaudérivé : YOUTRERIE : pop. Knauserei(mesquinerie, ladrerie, avarice).(2) Mauschel, Mauschelei, Mauscheln :termes triviaux dérivés de Moses, Mosche(Moïse) mais évoquant malignement,de par leur graphie même, les noms deMaus (souris), Maüschen ou Maüslein(souriceau, raton), ainsi que tout le groupedes composés, verbes et locutions s'yrattachant.(3) Précisons que le Petit Larousse, quia apporté quelques corrections à sonédition de 1960 à la suite de la dénonciationdont certaines définitions firent ,l'objet, continue à illustrer le mot déicidepar cet exemple: « les juifs déicides )),reprenant ainsi une odieuse calomnie,dont Jules Isaac, ainsi que d'éminentschrétiens ont montré l'absurdité.Par contre, au mot, génocide, il n'estdonné aucun exemple, il n'est fait aucuneréférence aux massacres hitlériensqui sont à l'origine de la création de cemot.riosité et ses recherches, notre correspondanta constaté que la présentation dece dictionnaire avec sa mention « Nouvelleédition entièrement refondue li parueen 1960, n'est que l'exacte reproduction(y compris les coquilles) d'une éditionparue en 1940, à la seule différenceprèS d'un mince supplément technique.Une sorte de stratagème (Judenkniff), ensomme, bien que la maison Garnier nesoit pas jUive ! ... Et en tout cas, une fidélitéà toute épreuve.« Il faut espérer, conclut notre correspondant,que la maison Garnier Frères,compte finalement tenu des persistantes,semble-t-il, circonstances nouvelles et dela manifeste évolution du monde contemporain,aura à cœur de faire procéderà la révision sérieuse et approfondie,incontestablement nécessaire, de ce dictionnaire,aussi bien dans l'intérêt desétudes germaniques que dans celui de lasimple vérité et de la justice. »Nous l'espérons vivement, nous aussi.ZOLA(Suite de la page 12)La foule jette des fleurs rouges sur lafosse, aux cris de : « Germinal ! Germinal! Vive Zola ! ». Il est bientemps !Trois ans plus tard, Dreyfus est réhabilité,réintégré dans l'armée. La gloirede Zola s'affirme. Bientôt, il n'aura presqueplus Que des admirateurs. Le 6 juin1908, les cendres de celui Que ses compatriotestraitaient naguère de crapule,de mauvais Français, d'étranger et devidangeur, sont transférées au Panthéon,aux sons de La Marseillaise, de la MarcheFunèbre et du Chant du Départ. Lecercueil est placé dans le même caveauque celui d'un autre géant des lettres,Qui dut, lui aussi, s'exiler pour demeurerfidèle à ses idées : Victor Hugo. Lesdiscours se succèdent. Clémenceau résumel'opinion générale en déclarant :« On a trouvé très peu d'hommes pourrésister aux foufes, pour oser, quand onexige un oui, lever la tête et dire non ».Le temps a passé sur cet enthousiasmeet sur cette colère. Aujourd'hui, Zolaest moins l'homme de l'affaire DreyfusQue l'homme de l'Assommoir et de Germinal.JI disparaît derrière son œuvre.C'est la plus grande chance qU'Un écrivainpuisse rêvec -Henri TROYAT,de l'Académie Française.


~'0LA VIE DU M~ R. A. P.Les antiracistes -dansla bataille républicaineDES que fut connu le coup de forced'Alger, le M.R.AP. et ses militantsse lancèrent, avec tous les démocratesdons la bataille antifasciste.Nous publions en page 4 l'appel lancépar le Bureau National, et que de nombreuxjournaux portèrent à la connaissancedu public. Les organismes dirigeants duMouvement siégèrent à peu près en permanencependant ces journées d'alerte, etgardèrent un contact étroit avec les militants.Dons le même temps, les comités locauxprenaient l'initiative de réunir les antiracistes,et se joignaient à l'action commune.A Paris, le M.R.A.P. était représentédons les différents comités antifascistesd'arrondissement, qui se sont constitués, notammentdons le neuvième, le dixième, lequatorzième et le dix-huitième.De même, dons la banlieue parisienne,où nos omis furent particulièrement actifs,à Colombes, Champigny, Montreuil, Bagnolet.Pour la province, signalons plus spécialementquelques cos significatifs :A Saint-Quentin, a eu lieu une grondemanifestation rassemblant plus de 5.000personnes sur la place André-Bondez.L'appel avait été lancé par les organisationssuivantes : C.G.T., C.F.T.C., C.G.T.­F.O., F.E.N., Parti Communiste, S.F.I.O.,Parti Rarical, Ligue des Droits de l'Homme,M.R.A.P., U.F.F.F., U.J .R.F. et ComitéGénéral de « La Fraternelle ».A Lyon, le M.R.AP. également fut oucœur de la bataille. Il se trouvait parmiles organisations (plus de vingt) appelantou grand meeting du 24 avril, qui rassemblaplus de 7.000 personnes à la Boursedu Travail. Il était également signataire,avec divers outres groupements, d'un tractmis en circulation par le Cercle Tocqueville.Le 23, narre ami Picard, président duComité Lyonnais du M.R.AP., participaità la délégO!ion qui se rendit auprès duPréfet pour lui foire part des manifestationsprévue~ et demander que les pouvoirs publicsne s'y opposent pas.A Toulouse, le M.R.AP., adhérent duComité de Défense des Libertés, appela sesmilitants et sympathisants, à 'Se mobiliser,en même temps qu'il annonçait l'ajournementde la conférence sur Eichmann prévuepour le 26 avriLNos omis étaient présents ou grand rassemblementantifascistes qui eut lieu sur 10place du Capitole..'••Ce ne sont là que des exemples: partoutoù eXistent des comités du M.R.AP., ilsétaient présents dons la lutte, à Rouen, àClermont-Ferrand, à Lille, à Nancy, etc ...Il fout insister aussi sur l'activité desjeunes antiracistes du Club Amitié. Présentsen grand nombre le dimanche 23 ou Mémorialdu Martyr Juif, aussi bien pour laAutresOutre les manifestations de Montreuil etde Lille, diverses outres réunions et meetingsont eu 1 ieu ou sont en préparationsur le thème du procès Eichmann.A Paris, notre ami M" Armand Dymenstajn,membre du Bureau National, a prisla parole ou nom du M.R.AP., le 25 avrilou meeting organisé par l'Amicale des AnciensDéportés Juifs.....A Clermont-Ferrand, une manifestationse prépare pour le mardi 23 moi, où l'orateursera Roger Maria, membre du ConseilNational du M.R.AP.A Toulouse, ouro lieu le jeudi 1erJUin, une sOiree cinématographique, oucours de laquelle M' Jean Schapira, membredu Bureau National, prendra la parole., .••A Rouen, le mercredi ïjuin, Me JeanSchapira prendra également la parole oucours d'une soirée cinématographique.DANS LES SOCIETESDe nombreuses sociétés mutualistes JUIvesont pris l'initiative d'organiser des conférencessur l'affaire Eichmann.Ces conférences ont été faites par diversmembres du Bureau National et du'Conseil National du M.R.AP. : M' ArmandDymenstajn, à la Société (f ' Aide Fraternelle" ; Raph Feigelson aux Société {{ Kaluczin", " Censtochow » et « Amis Israélitesde Fronce » ; Edouard, à la Société« TOf!1achov » ; M. Philip, à la Société.. Grodzick » ; Roger Maria, à la Société.. Amis Israélites de Fronce» ; J.J. Recht,à la Société « Wloslaweèk » ; Charles Hutman,à la Société « Lodz » ; Mme Benhoïem,à la Société « Nowo-Radomsk ».Plusieurs de ces conférences ont eu lieuou Mémorial du Martyr Juif Inconnu.vente de notre journal que dons le serviced'ordre, ils éditèrent et diffusèrent un tractappelant les jeunes antiracistes à l'action.Ils restèrent en permanence en con.tactavec le M.R.A.P., ainsi qu'avec diversesorganisations de jeunesse.• •Le dévouement des anti racistes a étéou diapason de l'impressionnante mobil i­sation des démocrates qui s'est réaliséesons délai dons tout le pays et qui a permisde foire échec aux comploteurs fascistes.Meetings et réunions sur l'affaire EichmannDans la grandI'! salie de la Société Industrielle,pleine à craquer, s'est déroulée.le mercredi 17 mai, à Lille, une puissan·te manifestation antiraciste organisée parle Gomité du N0rd de notre Mouvement.Cette soirée, consacrée à une conférencede M' Jean Schapira, membre du Bureau National du M.R.A.P., était présidétpar M' Diligent, avocat au Barreau dE'Lille, cléputé du Nord.A la tribune, :waient pris place, aux côtés des dirigeants locaux du M.R.A.P., denombreuses personnalités: MM. René Potigny,Nathalis Dumez et Mme Martha.Desrumeaux, anciens dirigeants de la Résistance; MM. Pierre Hachin, présidentdes Gheminots Anciens Combattants·A. MONTREUILOn ne peut que se félicitër de l'activitéet de l'esprit d'union dont fait preuve leComité de Vigilance Antiraciste de Mon·treuil. Il en a fait une nouvelle fois ladémonstration, le 2 mai, en organisant, aucinéma « Normandy », à propos de l'affaireEichmann, une t.rès belle soirée àlaquelle prenaic!lt part à la fois leM.R.A.P. et la L.I.C.A. et qui réunit plusde 700 personnes.Mme Berthe THIRIARD, secrétaire gé·nérale de l'U.N.A.D.I.F., qui présidait,prononça une brève allocution d'ouvertu·re, puis donna la parole successivementà M. HERMAN, président du Comité deVigilance, à M. LIPA, qui intervint aupour faire échec aux entreprises d'excitationà la haine.Après une émouvante conclusion deMme Thiriard, la soirée se termina parla projection de « Mein Kampf )J.Les centaines de Montreuilloisqui, au coude à coude, ont participéà cette manifestation s'étonneront, ans doute du compte rendu qu'endorme « Le Droit de Vivre », organede la L.I.C.A. A défaut d'une approbationde l'esprit unitaire quipréSidait à cette soirée, la plus élé·mentaire objectivité voulait qu'aumoins 1'071 cite le M.R.A.P. et sonorateur.La tribune du meetingg de Montreuil pendant l'intervention de Roger Marianom de la L.I.C.A. et à notre ami RogerMARIA, membre du Conseil National duM.R.A.P.Tous les orateurs montrèrent qu'Eich·mann n'est pas le seul coupable et quebien de ses complices, ehcore impuniS,continuent leurs menées pernicieuses.Sous les applaudissement tous soulignè·rent la nécessité .d'une vigilance active.Chaleureusement approuvé, Roger Maria,au nom du M.R.A.P. appela avec 1or·ce à l'union des antiracistes de toutestendances et de toutes appartenances,/ •reunlonsAU CLUB AMITIEVoici le programme du Club Amitié, leClub des jeunes antiracistes :3 MAI : Un peuple prend son oven'ir enmain : Cuba, conférence de Roger Maria.10 MAI : Impressions du Mali, par M.Lucas, du Centre d'Entraînement aux Méthodesd'Education Active.17 MAI : « La Pyramide Humaine » et« Description d'un Combat » : soirée ouCinéma d'Essai Caumartin.24 MAI : Le Festival de Cannes, compterendu d'André Cervoni, critique cinématographique.31 MAI: Commentoire sur le jozz (avecillustrations sonores).7 JUIN: Débot sur la Pyramide Humaine,avec Jean Rouch et plusieurs interprètesdu film.COMMEMORATIONSDE L'INSURRECTIONDU GHETTO DE VARSOVIEA Paris, le 19 ovril, ou théâtre de l'Al'hambra,plus de 3.000 personnes ont participéà 10 gronde soirée commémorotiveorganisé pour le 18' anniversoire de l'insurrectiondu Ghetto de Varsovie.Sous la présidence- de Pierre Paraf, vice-présidentdu M.R.AP., ont pris tour àtour la parole : MM. Jean-Maurice Hermann,ou nom de la F.N.D.I.R.P.; Wiechecki,représentant l'ambassadeur de Pologne; Fernand Grenier, ancien ministre,député de la Seine; Alfred Grant, ou nomdu Comité d'Organisation.Une partie artistique a terminé la soirée.1 .. .••A Lille, notre rédacteur en chef, AlbertLévy, a fait une conférence sur l'insurrectiondu Ghetto de Varsovie, le 27 avril,salle Industrielle.A LILLEGeorges Auvergnat, membre du BureauNational. du S.N.I. et Raymond Allard, se·crétaire départemental; Joseph Flamand,doyen de l'Union des Résistants belges enFrance ; Christian Amouzou, représentantla Fédération des Etudiants d'Afrique Noi·re ; M' Desusart, MM. Arnoux, LéonJacquet, le Dr Simonot, ainsi que JulienAubart, trésorier du M.R.A.P.Mme Martinache, député du Nord et M.Ernest Guaillar, doyen français du campde Neuengamme, absents de Lille, s'étaientexcusés.Après une brève introduction, notre amiHaddad, secrétairE; du comité du M.R.A.P.,confia la préSidence à M' Diligent. Celuici,en termes chaleureux, dénonça le ra·cisme latent ou actif qui persiste paradoxalementdans notre pays et conclut àla nécessité de la tolérance de la frater·nité.Puis ce fut la conférence de M' Schapira,retraçant la carrière criminelle d'Eich·mann, et montrant le danger que repré·sentent aujourd'hui encore les activités deses anciens complices, qu'ils soient placésà des postes dirigeants ou se regoupentdans l'internationale néo·nazie.Soulignant que toutes les formes du ra·cisme sont liées, quelles qu'en soient lesvictimes, il termina par un vibrant appelà la vigilance et à l'action.Sa péroraison fut saluée par des ap·plaudissements enthousiastes et prolongés.Puis, le pUblic assista avec émotion àla projection de « Nuit et Brouillard ».* * •Signalons en outre qu'avant la réunion,Me Sch2pira avait été interviewé par laradio de Lille. Le lendemain, les jour·naux lillois « Nord Matin », « La Voixdu Nord » et « Nord Eclair» ont publiéde larges comptes rendus de la conférence.•* •Cette manifestation particulièrementréussie, témoigne de l'infuence croissantede notre Mouvement dans le Nord, et luipermettra de se développer encore.Nous tenons à remercier et à féliciLernos amis du comité' lillois : M. et MmeKherhervé, MM. Haddad, Benveniste,Scharfmann, Simonot, et tous ceux qui,avec eux, ont été les artisans de ce succès.La voix de la France a dit NON !(SUITE DE LA PAGE UNE)chefs indignes voulaient, comme en certainchant révolutionnaire de nos enfances,« assassiner la République ».Au passif de la situation à laquelleles antiracistes doivent faire face il nousfaut inscrire le réarmement de l'Allemagne,la persistance d'une tension internationalequi, si elle n'aboutit pas au pire,ne peut que favoriser les desseins deceux que les Alliés, aujourd'hui divisés,tenaient pour leurs communs ennemis.Au passif aussi, la difficulté de s'uniren un rassemblement loyal pour des finsprécises : la défense des libertés et dela paix, de l'égalité des peuples, selon latradition même du génie français.Mais au regard de ce lourd bilan, s'estaffirmé l'admirable réveil de la consciencepopulaire, de ces hommes et deces femmes prêts à donner leur chair etleur cœur à une république souvent ingrate,mais dont la chute entraîneraitimmédiatement la honte et le malheur.A l'actif de notre cause, la lucidité de nosjeunes soldats qui refusent de s'écarterdu chemin où leur intérêt, la légalité, lamorale se confondent.Le peuple de France mesure plus exactementque sa sécurité ne peut être assuréeque par une constante vigilance,qu'il ne s'agit point de lancer les siensen de périlleuses aventures, mais d'êtrematériellement et moralement supérieurà ceux qui projettent de mauvais coupscontre lui.CE rassemblement que le péril commandeet oui se heurte encore àdes difficultés sur d'autres terrains,s'accomplit bien plus aisément surle nôtre.Contre le racisme les esprits jusqu'alorsles moins avertis, les cœurs naguèreles plus indifférents réagissent avec vig-ueuret promptitude. Des religions quil'avaient nourri de leur dogme l'ont énergiquementflétri. Le livre, le théâtre, lapresse, la radio, la télévision concrétisentses méfaits. Il ne s'agit plus delointaines et froides théories, mais deblessures qui saignent au flanc de l'homme.L'humiliation d'un noir d'Afrique duSud, fa brimade d'un travailleur nordafricain,toute persécution, toute discriminationdont peut être victime, un noir,un jaune, demain le blanc d'une minorité,conceme désormais tous les hommes.Le procès Eichmann - nos amis duM.R.AY· l'ont justement souligné - nedoit pas être un roman policier au dénouementréussi, où le commissaire Maigreta supérieurement joué son rôle, maisla percée d'une affreux abcès qui a empoisonnéles peuples.Malgré le déroulement du film atroceauquel donne lieu chacune de ses séances,malgré ses lenteurs procédurières,ce procès étale devant qui les ignoraientou qui les avaient oubliées les cruautésdu nazisme. Il dénonce leurs responsableset leurs complices qu'il importe demettre partout, sans qu'aucun délai deprescription puisse jamais être opposé,hors d'état de nuire. Il éclaire aussi lespérils et l'immoralité de toute obéissancepassive aux ordres cont~aires à l'humanité.C'EST ce que nous pensions en cedimanche d'avril où, sur l'initiativedu M.RA.P., à l'appel desplus hautes autorités politiques, intellectueIesfran~aises, des dirigeants de multiplesorganisations, des milliers de Parisiensdéfilaient silencieusement autourdu Mémorial du Martyr Juif Inconnu.Ils associaient à sa mémoire celle detous les martyrs du racisme, de tous lesrésistants qui ont pris sa défense.. Devant des périls qui allaient heureusementêtre écartés, mais qui demeurent,le peuple de Pari~, comme devaient lefaire le lendemain des millions de travailleursde France, témoignait sa fidélité,sa vigilance.Sa réponse montait des bords de laSeine toute proche, de ses îles, de sesponts qui racontent tant de siècles deg-Ioire, des pavés de ses rues où des volontairesétrangers couraient s'engageren 1014 et en 1939 pour le pays de laRévolution, de ses maisons où les raflesde la Gestapo venaient arracher leurproie, vers les villes et les campagnesdu monde.La voix de la France disait : les affreusessurprises du passé ne sont pluspossibles. La conscien~e de l'univers appuyéesur des dizaines de millions d'hommeset de femmes ne permettra plus denouveaux Hitler, de nouveaux Eichmann.C'est à elle qu'appartient l'avenir.PierrePARAF.


.A propos du film«( .fa !f_lj/tamide fiumaine)) Ouatre lycéens débattent du racisme11Pour réaliser « La ~yra m ide Humaine » , Jean Ra uch a rassemblé d evant unmicro e t une camé ra des lycéens blancs et noirs d' Abidjan e t, ayant fixé avec euxles gra ndes lignes du scé naria, les a laissés pInier et agir ave c le ma x imum delibe rté.Que peuvent penser des lycéens parisiens d u fi lm ainsi obtenu, et surtout duracisme, qui en est le sujet ?Pour le savoir « DROIT ET -LI BERTE » a ré uni, lui a ussi, des ieunes gens autourd'un magnétophane. Elè ves de phi losophie, ils étaient de ux noi rs et deux bla ncs :Gilberl', Max, Georges et Gé rard. Vaic i ce qu'ils ont dit :DROIT ET LIBERTE. - Vous avez vu« La Pyramide Humaine ». Pensez-vousque les problèmes posés par ce film correspondentà une réalité en France même? Et, l'expérience dont il rend comptepeut-elle vous aider à combattre le racismedans les situations concrètes oùvous le rencontrez?MAX. - Je trouve ce film intéressamet généreux. Il montre certainement cequi se passe réellement en Afrique, ilfait apparaître l'absurdité du racisme., Pourtant, il aurait gagné à dépasser cestade, en donnant les véritables raisons,économiques ou autres, qui font que le~parents sont racistes, et inculquent cesidées à leurs enfants.GILBERT. - Pour ma part, je considèrequ'il fallait poser le prOblème commeça, en toute simplicité, étant donnéque beaucoup de personnes ne le connaissentpas du tout. Il faut que les gensqui ignorent l'existence du racisme, ouqui sont racistes sans le savoir, soientamenés à se révolter devant cette attitudeabsurde et inhumaine. Il était justede prendre les choses sur ce plan ...GEORGES. - A mon avis, il y a surtoutun racisme théorique, du moins dansle milieu où nous vivons. Par exemple,dans ma classe, en philo 2, le racismese pose surtout sur le plan des idées, etles' attitudes sont liées aux positions politiques.D'un côté, il y a la gauche. Lestypes de gauche, là vraiment, ils ne sontpas racistes. Tandis que ce sont les typesde droite qui sont plutôt racistes.On ne peut pas dire qu'il y a un racismeagreSSif, en ce sens, par exemple,que nous ne sommes pas insultés. Il y ades rapports très amicaux entre les blancset les noirs, mais il y a des préjugés, inculquéspar les parents. Ainsi, quand onparle de civilisations.A mon avis, il ne faut pas classer lescivilisations. D'abord, c'est très difficilede définir le mot civilisation, on peutparler de technique plus ou moins évoluée,mais on ne peut pas dire qu'unecivilisation soit plus ou moins évoluée. Ily a des civilisations différentes, mais iln 'y a pas de civilisations supérieures àd·autres.GILBERT. - Georges vient de direqU'Il n'ex1ste pas en fait de racismeagreSSif. Je pense qu'il se trompe: peutêtrepas dans le sens « noir et blanc »,mais en tout cas, du point de vue del'antisémitisme.Dans ma classe, il y a un groupe de« Jeune Nation », qui est vraiment antisémite.Un jour, en interclasse, un garçonde ce groupe s'approche de moi etme dit: « Viens, on va se battre. » Jelui dis: « Moi, je ne me bats pas ... ELpuis d'abord pourquoi'?.. » Il me répond:« Il y a une raison! »... Je luidis: « Dis-le franchement et on verra ... »Alors il m'a traité de dégonflé, biensûr.D'ailleurs, j'ai bien fait de ne pas mebattre avec lui, étant donné que, quandil a enlevé ses gants, un camarade m'aL'Histoire(SUITE DE LA PAGE Slment de 19.14, on ne compait plus que60.000 étrang-ers sur les 984.000 « nonmusulman~», soit donc à peine 6 %des Européens.DE PLUS EN PLUS DIFFICILE ...Cette installation des Européens abouleversé toute la vie antérieure et c'estelle qui pose les problèmes les plus réels.En effet, ceux-ci ont en mains, g-râce àla conquête, le monopole de la citoyenneté: du même coup, ils possèdent uninstrument de pression efficace sur leg-ouvernement français, car ils contrôlentles Assemblées municipales, départementaleset les délégations alg-ériennes. Lesparlementaires qu'ils envoient à laChambre ou au Sénat sont d'abord· etavant tout leurs porte-parole. Et cetteomniprésence tend de plus en plus à reieterdans l'ombre les AIg-ériens d'ori­~ine.Comme ils sont citoyens français, lasollicitude du pouvoir leur accorde lesconcessions de terres (1) : celles-ci sonttoujours de premier choix. De plus, ilsbénéficient larg-ement des prêts, des créditsà faible taux d'intérêt, pour leurscommerces, leurs ateliers industriels ouleurs propriétés : ils ne tardent pas àposséder ainsi l'essentiel des richesses del'Alg-érie.Simultanément les Alg-ériens d'orig-inevoient leur situation péricliter : la long-uepériode de g-uerre et d'expéditions militairesqui dure de r8:w à 1871 affaiblitleur potentiel économique et humain ;les séquestres, les contributions de g-uerre,les refoulements qui leur sont imposésréduisent encore leurs capacités.'L'entrée de l'AIg-érie dans le circuit écoracontéqu'il avait du plomb dedans.Pour en arriver là, je crois qu'il fautêtre assez mauvais, avoir un caractèreassez bas, oui, et agressif. Ce groupe de« nationalistes », dans ma classe, chercheabsolument la bagarre. Je crois que c'estun certain complexe, ils essaient de manifesterune force physique. J'ai dit àl'un deux: « Tu n'as absolument riendans la tête », et il m'a répondu, trèscontent de lui: « Oui, mais j'en ai là,dans les poings. »Il y a eu plusieurs bagarres à la sortiedu lycée. On a essayé de les raisonner.Le professeur de philosophie a fait certainsexposés en classe, et tous les élèvesont pris part à la discussion, violenteDe g. à dr., en haut: Max, Georgesen bas : Gérard, GilbertparfOis. Le prOfesseur a calmé la classe,bien sûr, mais ça n'a absolument riendonné.GERARD. - D'après mon expériencepersonnelle, il me semble aussi que leracisme se pose surtout sur le plan desidées, en rapport avec les orientationspolitiques. Pour ma part, je n'ai jamaiseu à me plaindre personnellement de scènesdéplaisantes.D . . L. - Avez-vous des rapports amicauxavec les élèves blancs?GERARD. - Oui, très nombreux. Passpécialement dans ma classe. J'ai plutôtdes amis dans d'autres classes du lycée.Mais il ne serait pas exclu que j'aie desamis dans ma propre classe. C'est unequestion de sympathie personnelle, uniquement.MAX. - II est beaucoup plus difficilede « raisonner » les « antijuifs » que leset les hommesnomique international place en mauvaiseposture l'économie traditionnelle qui sctl'ouve concurrenc ~ e par l'économie capitaliste.En un mot, la situation cl'équilibrerelatif ~Iui existait en 18.10 est LQtalementrompue au profit des lIoU\-eauxvenus d'Europe.Sans doute, ce contact entrc Européenset AIg-ériens a fait naître une« classe » nouvelle de petits employésd'orig-ine alg-érienne qui n'est pas bourg-eoisemais n'est pas non plus ouvrière,et un nouveau type de bourg-cois alg-érien,d'allure occidentale : formé dansles écoles et les universités françaises.ce médecin ou cet avocat a été le premierà revendiquer la citoyenneté française: les lois de février 1919 et l'ordonnancede 1944 lui ont donné partiel ..lement satisfaction ; mais la masse desAIg-ériens ig-nore ces privilèg-es que réduisentles manipulations électorales del'administration française ; en bref, toutesles conditions sont réunies pour quela situation devienne de plus en plusdi fficile et se transforme en lutte armée.L'AVENIR?Sans préjug-er du détail politique quiaceompag-nera l'inclépendance cie l'AIg-érie,nous pouvons d'ores et déjà souleverun certain nombre cie problèmes : cetteAIg-érie de demain aura un besoin simultanéde caclres et de capitaux. Or, lesEuropéens, chauffés à blanc par une proll


------12r 11 1, 11Au cours de l'émiss'ion « Portraits-Souvenirs " , à la Télévision, M. HenriTroyat, de l'Académie Française, a présenté récemment Emile Zola. Il a évoquéde façon extraordinairement vivante ce grand maître de la littérature francaisequi fut aussi un combattant courageux de la justice et de la liberté. .'M. Henri Troyat a bien voulu nous autoriser à reproduire la partie de cetteém'ission consacrée à l'Affaire Dreyfus, bien qu'il s'agisse d'un texte conçu pourêtre dit et non pas publié. Nous lui en exprimons notre vive reconnaissance. Et noussommes certains que nos lecteurs apprécieront la richesse, la densité de cette brillantepage d' histoire, l'admirable mouvement qui l'anime.. L Etcy cl ~ ?es zRoulgon-0aquartermlne, 0 a eprouve,brusquement, une sensationde vide, presque d'écœ urement,En t reprendre une nouvell eœ uvre de l'ampleur des Rougon­Maquart, il n'en a ni le courage nile temps. Cependant, il ne peutrenoncer à la lutte ; il a des forcesà revendre ; il écrit Lourdes, Rome,mais ce ne sont pour lui que deslivres accessoires ; il cherche unsujet de roman qui exc ite son ins.­piration, il n'en trouve pas, s'engourdit et, tout à coup, la vie lu ioffre ce que son imaginat ion luirefuse: l'affaire Dreyfus.IL en entend parler au cours d'un dîner,chez Alphonse Daudet. L'histoire decet officier d'état-major juif, accuséd'avoir vendu des renseignements militairesà l'Allemagne, et qui, jugé, dégradé,déporté à l'Ile du Diable, a toujoursprotesté de son innocence, enflammeZola, qui est, par tempérament, portéà défendre l'individu contre les foules.Il se renseigne et apprend que toutel'accusation tient sur un bordereau d'expéditionde renseignements à l'ambassaded'Allemagne, dont l'écriture ressembleplus ou moins à celle de Dreyfus.Aussitôt, il flaire la machination : il luisemble évident qu'une coalition d'officiersantisémites a accumulé mensongesur mensonge pour protéger le vrai coupable,qui est de leur clan, et désigner àla justice le seul juif de l'état-major.Tour à tour, le romancier Marcel Prévost,l'avocat de Dreyfus, le frère deDreyfus, le vice-président du Sénat, l'historienJoseph Reinach, d'autres encore,apportent à Zola les preuves qui lui manquent.Il se sent dans l'état d'esprit deVoltaire devant Calas. Il est tenté d'agir.D'autant plus qu'il est, pour l'instant,désœuvré. Il dit lui-même : « Si j'avaisété dans un livre, je ne sais ce que .i' O1traisfait... ».Tandis que, sur les boulevarùs, les camelotsvendent des placards reproduisantle fameux bordereau attribué àDreyfus, un banquier, Castro, reconnaîtdans ce fac-similé, l'écriture d'un de sesclients : le commandant d'infanterie Esterhazy.Cet Esterhazy est un personnagehautain, de mœurs peu recommandahIes,qui commandite une maison de passe... La police alertée découvre chez unede ses maîtresses un paquet de lettrescompromettantes. L'affaire rebondit.Le directeur du Figaro offre à Zolales colonnes de son journal. Il y prendimmédiatement la défense de Dreyfus.On l'accuse d'être vendu à l'or juif, commeClémenceau. On cite des chiffres :deux millions. Zola riposte en attaquantl'antisémitisme de Drumont, « qui, ditil,nous ramène de mille ans en arrière». L'atmosphère, en France, devientorageuse. Des amis se brouillent, des famillesse déchirent, on est pour ou contre,on s'injurie, on refuse de se serrerla main ; Millerand et Reinach se battent.Pour contenter tous les genres declientèle, les images d'Epinal illustrentavec une égale conviction l'histoire deDreyfus-le-traître et de Dreyfus-l'innocent.Au Sénat, les anti-dreyfusards hurlent: « Pot-Bouille ! Zola-la-Honte !Zola l'Italien ! ». Assis dans la tribunede la presse, Zola écoute ces vociférationscannibales.Lui l'homme de travail et de solitude,lui, le timide, qui craint la cohue, le bruit,il s'étonne de son propre courage devantune pareille manifestatiol) de haine.« Quand je pense, dit-il, qu'il y a q/œlquesmois Je ne dormais pas parce queie devais faire une lecture PHblique chezMme Viardot 1 ... » De nombreux lecteursdu Fiqaro se désabonnent. Le directeurdu iournal. effrayé, fait machinearrière. Zola continue sa campagne pardes brochures. .Le 10 janvier 1898, Esterhazy comparaîtdevant le Conseil de Guerre. C'estune simple formalité: Les juges sont résolusà le tirer d'affaire. Certes, décidentils.l'écriture d'Esterhazy ressemble àcelle du bordereau sur lequel on a condamnéDreyfus, mais c'est simplementparce que Dreyfus a imité l'écritured'Esterhazy pour le perdre.Esterhazy est acquitté et le lieutenantcolonelPicquart, accusé d'avoir communiquéà des civils des pièces d'un dossiermilitaire, est arrêté et conduit au MontValérien. -Zola écume de colère. Sa femme etJeanne Rozerot le supplient d'être prudent.cie ne pas s'exposer davantage. Ilne les écoute pas. Il a son plan. Tantque les militaires s'occupel'Ont du procès,la vérité sera camouflée. Ce qu'ilfaut, c'est les obliger à amener l'affairedevant des juges civils. Pour cela, il vaécrire une brochure d'une violence telle,que bon gré' mal gré, ces messieurs letraîneront aux Assises. Là, on s'expliqueraenfin clairement !Il se met au travail, la nuit du II au 12janvier 1898 et toute la journée du 12.Le 12 au soir, il apporte à Clémenceau,directeur de l'Aurore, son pamphlet intitulé« Lettre at~ Président de la République». La voix blanche, les mainstremblantes, il commence la lecture dudocumenJ. A la fin, Clémenceau, l'œilbrillant d'une joie féroce, s'écrie :Henri- « Ça va, mais je n'aime pas le titre.Pas assez mordant. Il faut appelerça : « J'accuse » 1. .. »« J'accuse le lietttenant-colonei du Patyde Clam d'avoir été l'ouvrier diaboliquede l'erreur fudiciaire ... J'acct~se legénéral Mercier de s'être rendu complice,tout au moins par faiblesse d'esprit,d'une des plus .qrgndes iniquités du siècle... J'accuse le général Billot d'avoireu entre les mains les preuves certainesde l'innocence de DreyftH et de les avoirétouffées, Pour sauver l'état-major compromis...J'accuse le général B oisdeffreet le général Gonse de s'être renduscomplices du même crime ... J'accuse lestrois experts d'avoir fait des rapportsmensongers et frauduleux ... »DES la publication de J'accus,e dansl'Aurore, trois cent mille exem- .plaires du journal sont arrachésaux camelots.La riposte est d'une violence inouie.Zola est traîné dans la boue par tous lesjournalistes, caricaturistes, pamphlétaires,agitateurs et politiciens ennemis deDreyfus. Des monômes d'étudiants chantentdans les rues, sur l'air des lampions :« A mort Zola 1 ». Des affichettes proclament: « La seule réponse des bonsFrançais à l'Italien Zola, c'est le motde Cambronne »... Drumont écrit :« Pourql~oi l'Allematld, l'Anglais, l'Italien,l'étranger, le métis sont-ils pourparcendit une à une les marches du Palaisde Justice, parmi les cris de haine, lesclameurs de mort, sous t~ne voûte de canneslevées, il fut comme un roi descendantsous une voûte d'épées nues l'escalierde l'Hôtel de Ville, ou cowme Matho,descendant le grand escalier de Carthagedans Salammbô. »Compte tenu de l'exagération lYI'iquede Séverine, il est certain que Zola secomporte, dans cette épreuve, avec lasérénité d'un héros. Cependant, malgrél'évidence de l'erreur judiciai re, l'étatmajorne s'avoue pas vaincu. Les feuillesantisémites publient les noms et lesadresses des jurés pour préparer des représaillesdans le cas où ils acquitteraientZola. Il ne peut faire un pas sans êtresuivi par des policiers. Comme il s'y attendait,il est condamné : à un an deprison. Le public, la rue, chantent victoire: « Vive le fury 1 Vive l'armée 1A mort Zola 1 ». En quittant le Palaisde Justice, il est très pâle. Sa femme seprécipite à son cou. Il l'écarte, regardela masse de ses ennemis et murmure :« Ecoutez 1 on dirait qu'on va lenr jeterde la viande ! ».Jules Renard note dans son iournal :« Zola est condamné ... et moi je déclareque fe StÛS écœttré 1 ... Je fure que Zolaest innocent ... J'acquitte Zola ... Il a trouvésa raison d'être et il doit remercierces pauvres jurés qui lui font cadeattd'une année d'héroïsme. Son livre le plusbeau, c'est son acte. 'On peut dire que. cejour-là, il a enfin trouvé sa voie ! »A l'étranger. tout le monde est pourZola. Tolstoï écrit : « Il y a dans s(>nTROYATde I/Académie FrançaiseDreyfus ? ». Reinach est surnommé« Boule de Juif ». Zola est le « Gênois,fidèle Sttjet d'Umberto, le vidangeur, lesmdel1eur de Nana, Zola-la-Débâcle, ilsignor Emilio Zola ... ». On lui souhaitecie finir clans un accès de coprophagie 1. ..Cependant, des écrivains, des artistes,des savants, des députés se rangent auxcôtés de Zola et réclament la révision duprocès. Parmi eux, outre Jaurès et Clémenceau,on trouve Anatole France,Claude Monet, Eugène Carrière, VictorMargueritte, Octave Mirbeau, Jean Aljabert,Lugé Poë, Marcel Proust, MarcelPrévost, Georges Lecomte.Le lundi 7 février T898, le procès deZola s'ouvre en Cour d'Assises. Il se rendau Palais de Justice avec Clémenceau.Place Dauphine, la foule, massée sur leurpassage, vocifère : « A bas Zola 1 Abas la crapule 1 ». Des voyous fredonnent:« Zola c'est un gros cochon 1« Plus il devient vie~t;t;, plus il devientbête 1« Zola c'est ttn gros cochon 1« Quand on l' attrapera, nm~s le 'flamberons1 »Severine le décrit ainsi à sa sortie dela première audience :« Il était maladroit. Il était myope. Iltenait gauchement son parapluie sousson bras. Il avait les .qestes et l'allurede l'homme d'études. Mais, quand il desacteune idée noble et belle, celle de combattrele chauvinisme et l'antisémitisme». Mark Twain, oubliant tout humour,le compare sérieusement à Jeanned'Arc.Pour lui éviter, sinon le bûcher, dumoins la prison, Clémenceau l'oblige à seréfugier en Angleterre. Il se sépare desa femme, de sa maîtresse et, le cœurgros, part secrètement pour Londres.C'est là qu'il apprendra, coup sur coup,le suicide du colonel Henry, les aveuxd'Esterhazy, la mort du président FélixFaure, hostile _à la révision du procès,l'élection du président Loubet, favorable,lui, à la révision, et, enfin, l'arrêtde la Cour de Cassation qui annule lejugement rendu contre Dreyfus et renvoiel'accusé devant le Conseil de Guerrede Rennes.Tandis que Dreyfus s'embarque àl'Ile du Diable, Zola, lui, s'embarque àDouvres. A Paris, il rencontre enfinl'homme pour qui il a risqué sa liberté,sa carrière et presque sa vie ...Déception : Dreyfus est au physiqueun petit monsieur froid, sec, insignifiant,débordé, semble-t-il par son propre destin.Au moral, c'est un partisan de l'autorité,un revanchard, un militaire à touscrins, bref, il semble qu'à la place de sesjuges, il se serait condamné lui-même !Clémenceau dit de lui qu'il est le plusféroce des anti-dreyfusarcls. Si ceux quiont pris sa défense ne le reconnaissentpas pour un des leurs, il est, de son côté,effrayé par les énergumènes de gauchequi se sont faits ses champions.Le procès de révision a lieu. Esterhazy,sans comparaître, avoue qu'il aécit le bordereau, mais accuse maintenantDreyfus de le lui avoir dicté. Manœuvregrossière ! Cependant, le Conseil deGuerre déclare Dreyfus coupable parcinq voix contre deux, avec circonstancesatténuantes.Jaurès explose : « Vous vous exclnezvous-mêmes de la raison humaine 1 ».« Les jttges ont salivé l' honne~tr del'armée 1 », réplique Maurice Barrès.Le monde entier s'émeut. A Budapest,on casse les vitres du consulat français.A New Yod

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