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L’HEBDO XXX 2013


C M Y KFr. 5.90 N o 31 Semaine du 31 juillet 2013DANSETango sousla chapellede Lorette.DOSSIER JULIEN BURRI PHOTOS ELENA CATSICAS4|SOMMAIREN o 3131 JUILLET 20133 ÉDITORIAL Alain Jeannet6 PROJECTEURS9 PLONK & REPLONK32 REVUE DE BLOGS43 TALENTS (FORMATION, EMPLOI)53 COURRIER66 NE PARTONS PAS FÂCHÉS Isabelle Falconnier66 POINT FINAL Luc DebrainePresseFAUT-ILL’AIDER?2 e pilierCOMMENT FAIRELES BONS CHOIXJacqueline BissetUN DÉSIR BRÛLANTDE CINÉMA10 34 54www.hebdo.chDÉBAT Faut-ilaider la presse?Deuxième pilierCOMMENTOPTIMISERVOS RENTES• Rachats, immobilier, retraitdu capital: nos conseilsFEUILLETON Le bel étéde Plonk & ReplonkFribourgGUIDE ÉTÉ 2013 4/6Secret, coquin& insoliteFr. 5.90N o 31 Semaine du 31 juillet 2013Deuxième pilierComment optimiservos rentes. p. 34Plonk & Replonk p. 9Presse p. 10WAZEM - PLONK & REPLONKCouverturerégionalewww.hebdo.chDEUXIÈME PILIER Commentoptimiser vos rentesDÉBAT Faut-il aiderla presse?GUIDEFribourgÉTÉ 2013 4/6Secret, coquin & insolite• TRAIN Voyagez en Gruyère en dégustant des sushis• CHÂTEAU Pique-niquer au champagne dans un parc•«LA TABLE» Une adresse qui ne va pas rester secrèteGuide été 2013Fribourg p. 45ELENA CATSICAS - NICOLASBOHNY - OFFICE TOURISMEMOLÉSON - DR10 I ACTUELSPRESSE Faut-il l’aider?14 Financer la presse autrement.16 Quand le Parti socialiste ne convaincque lui-même.17 Le miroir digital aux alouettes.18 EMPLOI Les cantons formerontdes apprentis étrangers.19 SANTÉ DU TRAVAIL Fragilité des managers:la nécessité de sortir du déni.22 AUTOMOBILISME La F1 tourne commeune horloge (de luxe).25 MODE Le skateboard, nouveau sac à main.26 IMMORTALITÉ Une armée d’androïdespour remplacer l’humanité.28 AFFAIRES À SUIVRE Suisse, monde,économie, société et culture.34 I MIEUX COMPRENDRE2 e PILIER Comment faire les bons choix.39 La prévoyance surobligatoire: une aubainepour les indépendants à revenu élevé.40 DÉBATS & POLÉMIQUES Déferlantede béton sur le Tessin. Par Mario Botta.42 OPINION Intégration: Suisse-Europe,année zéro. Par Pierre Dessemontet.44 FINANCE Les six livresanglophones qu’il faut lire (3/6):«Winner Take All».SÉRIED’ÉTÉ54 I PASSIONSFESTIVAL Jacqueline Bisset, un désirbrûlant de cinéma.57 Locarno 2013: des invités de prestige etune très attendue «Expérience Blocher».58 PORTRAIT La Plage de Nyon, à livre ouvert.60 PHOTOGRAPHIE L’art monte en altitude.63 LIVRE «Chaque époque choisitses chefs-d’œuvre.»64 AGENDA Les choix de «L’Hebdo».Guide 2013Secret, insolite& coquinFribourgQuatrième voletde notre série estivaleconsacrée àla Suisse romande.La semaine prochaine:Jura.GUIDE 2013 4/6FRIBOURGSECRET,INSOLITE& COQUIN• Les incontournables• Les pépites méconnues• Nos adresses secrètesInternet www.hebdo.ch | E-mail hebdo@ringier.ch | Courrier Case postale 6682, 1002 Lausanne |Tél. 021 331 76 00 | Fax 021 331 76 01 | Renseignements abonnements 0848 48 48 02LA SEMAINE PROCHAINEJURA15 août Neuchâtelwww.hebdo.ch«L’HEBDO»AVEC VOUSEN VACANCESAvec le «packnumérique», lesabonnés de «L’Hebdo»peuvent retrouver noséditions complètessur iPad, internet(en e-paper), iPhone,Android ou webmobile.Pour activer votrecompte, munissezvousde votre numérod’abonné etrendez-vous surwww.hebdo.ch,rubrique «Abo».Vous n’êtes pasabonné? Découvreznos offres numériquesuniquement pour 1 anou 1 mois à l’essaisur www.hebdo.ch,rubrique «Abo».Pour plusd’informations:0848 48 48 02PHOTOS CHARLY RAPPO ARKIVE.CH|WAZEM|DIDIER BAVEREL WIREIMAGEL’HEBDO 31 JUILLET 2013


6∑PROJECTEURSVICTOR TONELLI REUTERSVIEILLISSEMENT. «Physiquement, c’est quandmême pas drôle, on manque d’énergie, y a desdouleurs. En même temps, on peut lutter contre ça.C’est la phrase d’Eluard: le dur désir de durer.»La comédienne Bernadette Lafont, décédée le 25 juillet à l’âge de 74 ans, dans LibérationENMARGEREUTERSSAMANTHA GEIMER,À L’OMBRE DE POLANSKIElle disait qu’elle en avait marrequ’on la médiatise depuistrente-six ans en lui accolantl’étiquette de «victime dePolanski». Samantha Geimer, quiaccusait le cinéaste de l’avoirviolée à l’âge de 13 ans (sa plainteavait poussé ce dernier à quitterles Etats-Unis et à lui verser undemi-million de dollars), seraconte dans un livre à paraître enAustralie le 17 septembre. Pourillustrer cette autobiographie, TheGirl, sous-titré: «Une vie dansl’ombre de Roman Polanski», ellea choisi un portrait d’elle pris en1977 par… Roman Polanski.√JBPORTMAN RÉALISATRICEL’actrice américano-israélienneNatalie Portman (Star Wars, BlackSwan) va ajouter son nom à la listedes actrices devenues réalisatricesen portant à l’écran le romanautobiographique de l’IsraélienAmos Oz, Une histoire d’amour et deténèbres (écoulé à 1 milliond’exemplaires dans le monde ettraduit en 28 langues). Portman,32 ans, s’était fait la main sur deuxcourts métrages (l’un d’eux faisaitpartie du film collectif New York, Ilove you). Elle signera le scénario dece long métrage et y jouera le rôlede la mère d’Amos Oz, ce dernier luiayant donné son blanc-seing.Tournage prévu pour 2014.√JBLes dommages collatéraux de la criseLe marasme économique inspire les chercheurs européens: les étudesloufoques concernant ses effets sur l’homme abondent.GASPILLAGE. Vous pensiezque la crise économique avaitvidé les caisses de tous les institutsde recherche européens?Détrompez-vous. Les scientifiquesrivalisent d’originalitépour dépenser les crédits dontils disposent. Résultat: la publicationd’études plutôt loufoques,même en période estivale.Vous serez par exempleravi d’apprendre que lemarasme économique actuelinfluence sérieusement lalibido des Italiens. Selon unrapport publié par la Sociétéitalienne d’urologie et l’Associationdes gynécologues hospitaliers,plus de 16 millions deTransalpins ont une sexualitédéfaillante: dysfonctionnementd’érection et éjaculation précocepour ces messieurs, anorgasmieet vaginisme pour cesdemoiselles. Face à ce que lesspécialistes considèrentcomme une «véritable pandémie»,le Ministère de la santévient de créer un service«Urgences couples».DÉBANDADE Plus de 16 millions d’Italiens connaîtraient une sexualité défaillanteen raison de la mauvaise santé économique européenne.Au Royaume-Uni, pas de problèmesexuel documenté par dedoctes chercheurs. En revanche,l’Office national de statistiquesanglais affirme que les bébésnés entre 2007 et 2010, soit audébut de la crise, resteront enbonne santé moins longtempsque ceux qui ont vu le jour entre2003 et 2006. Les garçonspourront par exemple espéreratteindre l’âge de 55 ans sansmaladie ou handicap, soit troisans de moins que leurs aînés.Selon Chris White, le chercheurresponsable de l’étude, «undéclin économique peut avoirun effet sur la santé mentaledes individus».Conclusion: si vous êtes né auRoyaume-Uni de parents italiensentre 2007 et 2010, vous avezvraiment du souci à vous faire!√SÉVERINE SAAS ET KEVIN GERTSCHDécideurs politiques sur Twitter Trois quartsdes leaders des pays membres des Nations Unies sont actifs sur le réseau.TECHNOLOGIE. Une étudeintitulée Twiplomacy s’est intéresséeaux leaders politiquesayant un compte Twitter. Réaliséepar la firme américaine decommunication Burson-Marsteller,elle montre que 77% desdirigeants des pays membresdes Nations Unies sont sur lesite de microblogging et l’utilisentnotamment pour communiqueravec leurs pairs.Cependant, seul un tiers de cesmembres de gouvernementtwittent eux-mêmes. BarackObama reste le plus suivi desleaders mondiaux, avec 33 millionsde followers, une relationunilatérale toutefois, puisque@Barack-Obama n’a établi descontacts qu’avec quatre autresdirigeants.En Europe, le ministre desAffaires étrangères suédoisCarl Bildt est le plus connecté,suivant 44 de ses confrères.Quant à la Suisse, elle reste à latraîne. Alain Berset est le seulmembre du Conseil fédéral àavoir un compte Twitter. Legouvernement communiquetoutefois dans les quatre languesnationales au travers ducompte officiel du porte-paroledu Conseil fédéral, AndréSimonazzi.√SBSHUTTERSTOCKL’HEBDO 31 JUILLET 2013


100 000Le nombre de morts depuis le débutdu conflit en Syrie, il y a vingt-huitmois. Dont 36 661 civils, 18 072 rebelles, 25 407 soldatsgouvernementaux, 17 311 miliciens loyalistes ou encore169 combattants du Hezbollah.√PROJECTEURS∑7PUBLICITÉFUSION OMNICOM-PUBLICIS,UN GÉANT EST NÉLe groupe américain Omnicom,numéro deux mondial de la publicité,et son rival français Publicis, actuelnuméro trois, vont fusionner pourcréer, à terme, le nouveau numéroun mondial du secteur, devant l’actuelchef de file, le britannique WPP.Détenu à 50/50 et baptisé PublicisOmnicom Group, ce nouveau groupeaffichera un chiffre d’affaires cumuléde 17,7 milliards d’euros (quelque22 milliards de francs) et une valeuren Bourse de 26,5 milliards(32,6 milliards). Les deux groupes,qui restent cotés dans leur paysd’origine, espèrent finaliser leur uniond’ici à la fin de l’année, au plus tarden 2014.√SYGDesign suisse récompensé La coupe à fruitsdu studio saint-gallois Mizko a été récompensée par un prix Red Dot.SAVOIR-FAIRE. Décernés enAllemagne, les prix Red Dotsont une référence très convoitéedans le domaine du design.Chaque année, des centainesde créations en provenance dumonde entier sont récompenséespar un jury spécialisé, puisexposées dans lemusée Red Dot àEssen, dans laRuhr. La vaguedu studio Mizko àBuchs (SG) vient degagner le prix de la catégorieUstensiles de table etdécoration dans la sectionProduct Design. Conçue pourManor, cette coupe en métalexpansé a séduit le jury par,a-t-il dit, «son fort attrait esthétiqueobtenu par une méthodede production simple». La technique,peu coûteuse, consiste àcouper le métal selon des lignesDRparallèles puis à l’expanser. Lesfiligranes donnent une impressionde simplicité et de légèretéintemporelles, a poursuivi lejury de l’édition 2013. En ajoutant:«D’un point de vue holistique,ce produit est typiquementsuisse.»√LUC DEBRAINEEN FILIGRANESLa coupe à fruits«La vague» du studiosuisse Mizko.31 JUILLET 2013 L’HEBDO


LE BEL ÉTÉDEPLONK&REPLONK∑9Retrouvez chaque semaine l’actualitéavec un point de vue de 1000 m d’altitude31 JUILLET 2013 L’HEBDO


JOURNAUX Le nombre de titres publiésa fondu de moitié depuis 1939, maisen comparaison internationale, la Suisseplurilinguistique reste un éden de diversité.


ACTUELS∑1118 Apprentis étrangers19 Patrons22 Formule 125 Mode26 Immortalité28 Affaires à suivreLa presseFAUT-IL L’AIDER?DÉBAT. Le Parti socialiste s’inquiète de la qualité des journaux et voit dans le processusde concentration en cours une menace pour la diversité et la démocratie.Notre dossier.SYLVIE GARDEL ET CHANTAL TAUXEest un thème que les journalistesabordent avecC’peine. Par pudeur plutôt que parautocensure. La presse écrite esten crise, le modèle économique,qui a longtemps offert desrémunérations confortables auxéditeurs, s’est érodé sous lesassauts successifs des radios etdes télévisions, puis des titresgratuits, enfin des sites internet,qui ont réduit sa part du gâteaupublicitaire.L’impitoyable équation desrédactions depuis une décennieest la suivante: moins de publicité,moins de pages rédactionnelles,moins de journalistes.S’agit-il d’une crise structurelle,comme en connaissent maintsautres secteurs économiques, oud’un mal plus profond?Le PS penche pour le seconddiagnostic et s’en inquiète: ladiversité de la presse est en danger,il est urgent d’instaurer desaides directes aux journaux. Il aproposé la semaine dernière sesrecettes (lire l’article de MichelGuillaume en page 16).31 JUILLET 2013 L’HEBDOCar si le quatrième pouvoir esten danger, c’est grave: la presseest le chien de garde de la démocratie.Sans les enquêtes et lescritiques des journalistes, lespoliticiens perdent leur aura etleur crédibilité, et les citoyensles moyens de se forger leur opinion.Plus que les entreprises,qui ne voient dans la pressequ’un débouché pour leur communication,les politiciens ont àcœur de disposer d’un systèmemédiatique efficient, nourrissantet reflétant la diversitéconfédérale, qu’il s’agisse d’intérêtsou de points de vue antagonistes.Dans ce débat, les journalistessont coincés entre leurs éditeursallergiques à toute interventionétatique, leur propre méfianceinstinctive contre l’Etat et lesordres venus d’en haut et leurréalité quotidienne: la fonte desmoyens à disposition pour réaliserdu bon travail.En trois questions, L’Hebdoéclaire les enjeux du débat:LA DIVERSITÉ DE LA PRESSEEST-ELLE EN DANGER?C’est ce que prétend le Partisocialiste, se basant notammentsur des études du professeurKurt Imhof de l’UniversitéSOMMAIRE¬HISTOIRE ¬De 1981 à nos jours, naissances,fusions et disparitions de journaux en Suisse. p. 12 et 13¬SOLUTIONS ¬D’autres idées pour aider la presse. p. 14¬CHIFFRES ¬Nombre de titres et tirages des journauxde 1939 à nos jours. p. 15¬POLITIQUE ¬Les autres partis ne partagentni le constat ni les solutions du PS. p. 16¬RÉFLEXION ¬L’analyse de Jacques Piletsur le pari numérique du groupe allemand Springer. p. 17de Zurich qui soulignaient «uneperte de qualité des médias dueà la culture du tout gratuit».Des conclusions qui ont faithurler d’indignation la profession:des titres comme LaLiberté ou L’Hebdo n’étaientpas pris en compte dansl’échantillon scruté sous l’anglede la qualité.Directeur d’Impressum, le syndicatdes journalistes, UrsThalmann abonde pourtantdans le sens du PS: «Nous partageonsdepuis longtemps leconstat selon lequel la concentrationdes médias due auxpertes publicitaires et au reculdes tirages a conduit à uneréduction de la pluralité descontenus, même si le nombrede titres ne se réduit que trèslentement. On assisteaujourd’hui à une uniformisationde l’information de la partdes grands groupes qui copient,rediffusent, voire traduisentune même nouvelle pour lapublier dans leurs différentssupports. Cette uniformisationde la presse détruit non seulementla diversité, mais desACTUELS


12∑PRESSENaissances, fusions et disparitions dans la presse suisse1981- Création de L’Hebdo.1987- Création de laSonntagszeitung.1991- Création du NouveauQuotidien.- Fusion de laGazette de Lausanneet du Journal de Genève.1994- Disparition de La Suisse.1997- Création du magazineBon à Savoir.1998- Création du Temps,né de la fusion entrele Nouveau Quotidienet le Journal de Genève.1999- Lancement de dimanche.chpar le groupe Ringierqui disparaît quatre ansplus tard.2001- Rachat du journalLa Côte par le magnatde la presse françaisePhilippe Hersant.2002- Création de la NZZam Sonntag.- Hersant rachète L’Expressde Neuchâtel et L’Impartialde La Chaux-de-Fonds.2003- Tamedia entre au capitalde 20 Minuten, détenu parle groupe norvégien Schibsted,et deviendra actionnairemajoritaire en 2005.2005- Lancement du Matin Bleu(Edipresse), qui disparaîtraen 2009.1981 1987 1991 1994 1997 1998 1999 2001 2002 2003 2005ACTUELSemplois de journalistes auprofit de traducteurs.»Les éditeurs ne partagent pasce catastrophisme, indiqueDaniel Hammer, secrétairegénéral de Médias suisses, leurorganisation faîtière: «Que letravail des journalistes et deséditeurs soit devenu plus difficile,que la branche soit souspression, ce sont des évidences.Pour autant, il n’est pas moinsbon. La Suisse reste l’un despays qui comptent le plus dejournaux par habitant et,chaque jour, plus de 90% denos concitoyens lisent un journal,un record.» (Voir notretableau.)Une chose est sûre, la diversitédes opinions ne dépend passeulement du nombre d’éditeurset de chaînes de radio/TV,mais de la capacité des rédactionset des journalistes àexprimer cette diversité, de leurindépendance d’esprit et deleur courage éditorial.On peut aussi formuler uneobjection de taille à l’alarmismerose: pour un pays de 8 millionsd’habitants, la diversité capitalistiquedes groupes de presseest relativement grande. EnSuisse alémanique, on trouve, enplus de Ringier (éditeur deL’Hebdo) et de Tamedia, legroupe NZZ (et ses titres régionaux),le groupe AZ Medien,Springer, le groupe Südostschweizaux Grisons… sansoublier Blocher, actionnaire dela Basler Zeitung et de la Weltwoche.La situation est plus problématiqueen Suisse romande où,depuis le rachat d’Edipresse,Tamedia domine (mais la positionprépondérante d’Edipresseétait déjà critiquée auparavant).Cela dit, pour une région demoins de 2 millions d’habitants,la situation est loin d’être aussidramatique que ce que l’on peutobserver dans maints pays européens,notamment en France:outre Tamedia, il y a La Libertéde Fribourg, le groupe des titresrégionaux d’Hersant (Le Nouvelliste,etc.). Et Ringier publie lesmagazines les plus importants.LA PRESSE N’A-T-ELLE PLUSLES MOYENS DE JOUERSON RÔLE AU SERVICEDE LA DÉMOCRATIE?«La presse assume quotidiennementson rôle au service de ladémocratie, rétorque DanielHammer. Nous avons unepresse libre, indépendante dupouvoir, qui permet auxcitoyens de se forger une opinionpropre et de s’associer audébat démocratique. Le systèmeactuel ne se contente pasd’être “compatible avec ladémocratie”, il est l’expressionmême de notre démocratie.»Urs Thalmann note une évolution:«La liberté de la pressen’est pas menacée par l’Etat oula répression policière, elle subitune claire érosion sous le poidsde l’économie. Certains groupesde presse, quasi monopolistiqueset cotés en Bourse, s’attachentexclusivement à générerdes revenus pour leursactionnaires, la qualité journalistiqueétant reléguée ausecond plan. Dans la Constitutionsuisse, la garantie de laliberté de la presse est uniquementconsidérée sous l’angledes pressions étatiques, ce quiest aujourd’hui clairementinsuffisant. Il faut élaborer despropositions concrètes qui placentl’éthique journalistique aucentre des préoccupations. Caraucun autre secteur économiquen’est aussi important à lapérennité de la démocratie.»Il est incontestable que les journauxet les magazines payantssont plus minces et ont vu lataille de leurs rédactions diminuer.Mais le PS confond quantitéet qualité. Il y a certes moinsd’articles imprimés, mais ilssont de meilleure facture. Laconcurrence entre supportsmédiatiques pousse à l’excellence.Les attentes du lecteur sesont aussi modifiées: naguère, ilprisait l’exhaustivité aujourd’huiil privilégie l’originalité, la surprise,la quête de sens, la fonctionde filtre du journaliste etbâille devant la redondance, ledéjà lu ou vu ailleurs.A la suite du professeur Imhof,le PS bâtit sa démonstration surun axiome plus que contestable:la presse gratuite n’auraitaucune vertu. Il est vrai qu’ellene suffit pas, et de loin, à informeret à animer le débat démocratique.Mais elle est appréciéed’un nombre considérable delecteurs et donne l’habitude auxjeunes de se plonger quotidiennementdans un journal.Avec la création de 20 minuteset le développement du Net,Tamedia en Suisse romandeemploie plus de journalistesqu’il y a dix ans, avait déclaréPietro Supino, président duconseil d’administration.La presse conserve doncquelques moyens de jouer sonrôle au service de la démocratie,mais plus tout à fait comme parle passé. Les rubriques politiquesont vu leurs effectifsstag ner ou régresser, alors queL’HEBDO 31 JUILLET 2013


14∑PRESSEACTUELSREVUE XXI Le trimestriel a trouvé sa rentabilité sans publicité et grâce à ses lecteurs.FINANCER LA PRESSEAUTREMENTSOLUTIONS. Les aides étatiques ne sont pas les seules possibilitésde soutenir le journalisme. Inventaire en Suisse et à l’étranger.LUC DEBRAINEPAR GOOGLELe premier moteur de recherche,qui est aussi la première régiepublicitaire au monde, dit queles journaux profitent du référencementde leurs articles. Lapresse européenne parle aucontraire de captation de valeuret d’injure faite au droit d’auteur.Les éditeurs veulent faire payerGoogle – et les autres agrégateurs– pour la reprise de leurscontenus. Grâce à la Lex Google,approuvée par le Bundestag, lesgroupes de presse allemandspeuvent réclamer dès le 1er aoûtdes droits d’auteur sur lesextraits d’articles publiés enligne par le géant américain. Enretour, celui-ci menace de neplus du tout référencer cesmêmes articles, ce qui seraitpréjudiciable à l’audience desjournaux sur l’internet. La loiallemande pourrait être remiseen question.Evitant l’exemple allemand, laFrance a conclu un marché avecGoogle. L’entreprise finance unfonds d’innovation qui soutiendradès la fin 2013 la mue numériquedes journaux et magazines.Mais la dotation de cefonds est faible (60 millionsd’euros sur trois ans), surtoutlorsqu’il est mis en relation avecle chiffre d’affaires de Google(50 milliards de dollars en2012).Les éditeurs belges francophones,qui ont longtempsbataillé avec le moteur derecherche, ont conclu avec lui unpartenariat commercial fin 2012.Google s’est engagé à augmenterla fréquentation de leurs sitesd’information en ligne et àmieux monétiser leurs contenus.Trois pays, trois modèles différentsde partenariats avecGoogle… Ces scénarios au caspar cas, chacun âprement discuté,font le jeu de l’américain.Ce qui n’empêchera pas les éditeurssuisses et italiens de bientôtlui demander des comptes.PAR LES MURS PAYANTSAux Etats-Unis, les éditeursl’appellent désormais le «péchéoriginel». A la suite d’un accordfondateur entre Yahoo et Reutersen 1993, la presse s’est décidéeà mettre gratuitement enligne ses articles. La gratuité,c’était l’assurance de plus d’audience,donc plus de publicité,plus de revenus, plus de valeurboursière. Or, la publicité est peuvenue, de surcroît à bas prix. Sibien que la presse en ligne s’estrefaite à l’idée de l’accès payantà ses contenus, même si entretempsune génération s’est trèsbien accoutumée à une autreidée: l’information à l’œil. Heureusement,l’argument selonlequel le journalisme de qualitéa une valeur, et que cette valeura un prix, a été compris.Des journaux comme le NewYork Times, qui a réintroduit un«mur payant» en 2011, tirentdésormais plus de revenus enligne que par l’encre d’imprimerie.Ce nouveau type de contratentre les journaux et leurs lecteurspeut prendre l’aspect d’uncercle vertueux qui encourage, ànouveau, l’abonnement surpapier.A quelques exceptions près, lesgrands titres de presse ont élevéce fameux mur, le construisentactuellement (le puissant Bild enAllemagne) ou s’apprêtent à lefaire. Avec des stratégiesdiverses, dont celle du freemium:une offre libre d’accès et uneoffre haut de gamme payante.La Suisse n’échappe pas à la tendance.Le Temps a son paywalldepuis 2011, L’Hebdo depuis2012, le Blick l’aura cet automne.PAR LE MÉCÉNATActeur essentiel du débatdémocratique, le journalisme dequalité doit absolument subsister.C’est le raisonnement desphilanthropes et mécènes quifinancent depuis 2008 le sited’investigation Pro Publica.Avec ses 35 limiers, celui-ciforme désormais la plus grandeéquipe de journalisme d’investigationaux Etats-Unis. ProPublica a obtenu en 2010 unprix Pulitzer pour un article surles conséquences de la tempêteKatrina en Louisiane. Le site àbut non lucratif est aussi soutenupar ses lecteurs. Le financementparticipatif du journalismeest également uneexpérience tentée par des sitesd’enquête comme Spot Us. Ou,dans le photojournalisme, pardes plateformes internationalescomme Emphas.is.L’HEBDO 31 JUILLET 2013


PRESSE∑15PAR LES LECTEURSL’exemple de publications auxcontenus de qualité mais sanspublicité aucune commence àfaire école. Le succès en Francede la revue XXI ou de sites d’investigationcomme Mediapartmontre qu’une aventure depresse peut être viable avec lesseuls revenus de son lectorat.Reste la question de la taille critique.XXI vend 60 000 exemplairespar numéro et Mediapartcompte 75 000 abonnés dans unpays de 66 millions d’habitants.La Suisse en compte près de dixfois moins, ce qui pose la questionde la validité d’un tel modèleéconomique dans le pays, a fortiorien Suisse romande.PAR L’ABSENCE DEPUBLICITÉ À LA TV PUBLIQUEL’absence de publicité à la BBC,sauf sur ses canaux internationaux,fait le jeu des autres médiasen Grande-Bretagne, en particulierlorsque les annonceurs sefont plus rares. C’est égalementle cas sur le site d’information enligne de la même BBC, sur sonpropre territoire (à l’étranger, lesite accueille des annonces). Ilserait inconvenant, pour une telleréférence culturelle, qui vit de laredevance publique, de voir sesprogrammes hachés menus parde la publicité. Cela n’empêche legroupe étatique de produireparmi les meilleurs contenus aumonde, de les revendre à bonprix et de tirer de ce commerceune bonne part de ses revenus.L’enjeu de la publicité sur leschaînes de télévision publiqueset sur leurs sites en ligne mérited’être reconsidéré, à l’heure desdifficultés économiques de lapresse. L’exemple britannique,mais aussi celui de France Télévisions,qui a supprimé la publicitéen 2009, prend un singulier reliefdans une période où même lespartis politiques cherchent denouveaux financements pour lapresse. √31 JUILLET 2013 L’HEBDOL’ÉROSION S’EST ACCÉLÉRÉE DEPUIS LES ANNÉES 2000¬ÉVOLUTION DU NOMBRE DE TITRES DE JOURNAUX ET DES TIRAGES DEPUIS 1939450Nombre de titres406400350300250200150100%90%80%70%60%50%40%30%20%10%0%Nombre de titres Tirage moyen journalier Tirage global19391943195019551960196519681971197319741976197719781979198019811982198319841985198619871988198919901991199219931994199519961997199819992000200120022003200420052006200720082009201020112012¬DISTRIBUTION DE L’IMPRESSION PUBLICITAIRE DANS LES MÉDIASPresse quotidienne, presse régionalehebdomadaire et dominicalePresse publique, financière et économiquePresse spécialiséePresse professionnelleTélévisionRadioCinéma4,5Tirage en millionsTélétexteInternetOut-of-Home (affichage, écrans)Publicité numérique2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 YTD 2013 Juin 2013Sources: Media Focus, juin 2013. Médias Suisses, janvier 2013Maximum en 19954 261 970Maximum en 19863 450 940En 20123 429 401En 20121 893 185SUISSE En dix ans, les recettes publicitaires de la presse écrite ont, en Suisse, fondu de 1 milliard de francs, soit d’un tiers.L’arrivée des gratuits, la crise financière et l’émergence du numérique ont modifié les comportements des annonceurs.1894,03,53,02,52,01,51,0SOURCES: MEDIA FOCUS, JUIN 2013. MÉDIAS SUISSES, JANVIER 2013ACTUELS


16∑PRESSEACTUELSQUAND LE PARTI SOCIALISTENE CONVAINC QUE LUI-MÊMEPOLITIQUE. Les socialistes veulent sauver la diversité de lapresse, mais la droite rejette toute intervention étatique.MICHEL GUILLAUMEAu centre comme à droite,aucun parti n’entre enmatière quant à un soutiendirect à la presse tel que proposépar le PS. Le PDC s’entient aux actuelles mesuresd’aide indirecte – rabais tarifairespostaux et TVA à 2,4%.Le PLR et l’UDC ferment laporte. «De manière générale,nous sommes contre tout soutienà une branche économique»,résume le secrétairegénéral du PLR, StefanBrupbacher.Pourtant, le PS n’y est pas alléde main morte. Selon lui, lesmédias privés «sont de moinsen moins à même de fournir àla société un journalisme compatibleavec la démocratie».«A terme, la diversité de lapresse est en danger, comptetenu de l’actuel processus deconcentration qu’on yobserve», résume le conseillernational Jean ChristopheSchwaab (PS/VD). Celui-ci enveut pour preuve «l’inquiétant»exemple bâlois. La cité rhénanen’a plus qu’un quotidien,aux mains du politicien UDCChristoph Blocher. Seul unhebdo pour l’instant parrainépar un riche mécène y offre uneautre voix.Le PS ne trouve pas d’allié pourpartager son alarmisme. Leconseiller aux Etats vaudoisvert Luc Recordon se montrenuancé. Il estime que lesmédias jouent toujours leurrôle dans le débat démocratique,mais reconnaît qu’il y aun problème: «Il est indéniableBERNE Foison de titres disponibles au Centre des médias, à Berne.que la diversité de la presseécrite se réduit.» Cette diversitéest devenue très fragile:«Des quotidiens comme LeTemps ou Le Courrier font faceà de grosses difficultés financières.»En dehors de la gauche, le«constat scientifique» du PSest rejeté. «Nous gardons enSuisse une densité de presseextraordinaire», note leconseiller d’Etat vaudois libéral-radicalPascal Broulis.Critique du mainstream. Leconseiller national Filippo Leutenegger(PLR/ZH) préfère parlerdes médias en général, etnon pas seulement de la presseécrite. «A l’heure de l’internet,les médias évoluent etdeviennent même plus démocratiques.Il y a certes moins depresse écrite payante, maisdans l’ensemble plus de médias.Je trouve cela très réjouissant.»Conclusion: c’est aux acteursconcernés de résoudre leur crisestructurelle en faisant preuved’innovation.A droite, les parlementaires seplaignent d’un autre phénomène:«Tant que la presse se faitl’écho des opinions les pluspointues, la diversité de lapresse n’est pas en danger. Maisje déplore l’émergence d’un journalismemainstream, souvent degauche, qui rend les médias trèsmonotones», regrette le ZougoisGerhard Pfister, l’un des poidslourds du PDC. «C’est plussimple de suivre le courant qued’entreprendre de délicatesrecherches qui pourraient donnerraison à un politicien zurichoisde droite», ricane mêmeFilippo Leutenegger.La Suisse ne passera donc pasde sitôt d’une aide indirecte àun soutien direct, qui supposeraitune intervention de l’Etat.«Qui dit subvention dit but àatteindre, et contrôle au bout ducompte. Il faut éviter que l’EtatLUKAS LEHMANNne prenne la mainmise sur lapresse», souligne Pascal Broulis.Lors de l’annonce desmesures d’économie de Tamediaen Suisse romande, celui-cia rencontré à trois reprises leprésident du conseil d’administration,Pietro Supino. «Je l’aisensibilisé à la nécessité dequalité, de pluralité et d’indépendancede la presse en Suisseromande. Mais jamais il n’a étéquestion d’une aide étatique.»«C’est justement lorsque l’Etatintervient trop que l’on met endanger la diversité des médias»,renchérit le conseiller nationalGregor Rutz (UDC/ZH). Il enveut pour preuve la loi «beaucouptrop dirigiste» sur la radioet la télévision. «Elle assure à laSSR une situation de quasimonopoleen empêchant lesprivés de lui livrer une véritableconcurrence.»Rapport de l’Ofcom.A peinelancé, le débat sur l’aide à lapresse semble avorté. Outre lesvisions très idéologiques du PS,rares sont les propositionsconcrètes qui émergent. La plusintéressante vient du vert LucRecordon, qui a déposé un postulatvisant à soutenir les nouveauxmédias de l’internet, deJournal21 à LesObservateurs.chen passant par la Tageswoche àBâle. «Je fonde de vrais espoirssur ces nouveaux acteurs pourenrichir le paysage médiatique.On pourrait créer une commissionindépendante chargée deles aider.»Dans l’immédiat, on en resteradonc aux mesures indirectes. Ledébat ne rebondira qu’en 2014,voire en 2015 seulement. A cethorizon, l’Office fédéral de lacommunication (Ofcom) a reçule mandat de présenter un rapportesquissant des pistes pourépauler la presse dans sa mutationtechnologique.√Lire aussi le blog de Jacques Neyrinck «Un coupd’épée dans l’eau» sur www.hebdo.chL’HEBDO 31 JUILLET 2013


PRESSE∑17LA CHRONIQUE DE JACQUES PILETLE MIROIR DIGITALAUX ALOUETTESLe géant de la presse, Springer Verlag, taille dans sachair. Son manager, l’ex-journaliste Mathias Döpfner,vend plusieurs journaux régionaux et magazines à sonconcurrent Funke. Vu l’importance du groupe, c’est toutela scène des médias qui tremble.Tout avait commencé dans les ruines de Berlin, en 1947,avec Axel Springer qui lança plusieurs titres, dont le Bild,aux tirages fabuleux. Farouchement anticommuniste,ce Citizen Kane allemand n’hésitait pas à jeter ses journauxdans la bagarre politique. Porteur d’une vision, etmême plus: d’une mission. Détestable ou admirable,mais ambitieuse.Son successeur, du haut de ses deux mètres, fort de laconfiance que lui voue la veuve du fondateur, n’a qu’unbut: un profit maximum et rapide. Ses 14 000 collaborateursadmirent et craignent cet anticonformiste, cebrillant décideur. Concentrations ici, licenciements là,économies partout. Ses cadres sont allés récemment encourse d’études aux Etats-Unis: en classe économique,logés dans des deux-étoiles.Döpfner ne croit plus ni au papier ni au journalisme. Ilgarde certes Bild Zeitung et Die Welt, mais il largue lereste. De beaux restes d’ailleurs. Les titres vendus ontun chiffre d’affaires de 500 millions d’euros et dégagent95 millions de profit. Un résultat à faire rêver tout entrepreneur.Mais l’espoir d’un pactole tout-digital est plusfort que tout. Avec en prime le bond des actions dont leboss possède une jolie part, c’était tentant.Son projet: devenir le numéro un duLes raisons d’espérerde meilleurs médias,les grands de l’éditionn’en donnent guèreaujourd’hui.Net, avec des sites d’annonces, de commerce,de divertissement, de rechercheoù l’on trouve à peu près tout, sauf debons articles, ou alors piqués aux vraisjournaux.Le papier est-il donc condamné et lemétier avec lui? La question est à côtéde la plaque. Le journalisme de qualitéreste indispensable dans une société démocratique: qu’ilparvienne au lecteur par un canal ou un autre est de peud’importance. Nous jonglons tous entre les écrans et lespages.Le vrai fossé est ailleurs: entre le payant et tout le reste.Rappel du rédacteur en chef du magazine Cicero, ChristophSchwennicke: «Heinrich Heine envoyait sesarticles de Paris par voiture postale aux journaux allemands…Le moyen de transport n’a rien à voir avec lateneur du journalisme, de qualité ou de poubelle.»Bien sûr, il est plus difficile de payer les journalistes dansles nouveaux modèles qu’aux temps, hier florissants,encore rémunérateurs aujourd’hui, des pages d’annoncesimprimées. Mais pas impossible. Les internautesvaquent beaucoup dans les magasins de l’informationsans rien acheter mais lorsqu’ils tombent enfin sur cequi fait la différence, ils sortent leur carte de crédit. Etbeaucoup s’abonnent à la version papier si celle-ci leurapporte un plaisir pratique et esthétique qui les accroche.Le géant allemand court après un rêve: gagner beaucoupd’argent sans journalistes, en brassant sur le Net untohu-bohu d’offres commerciales, de nouvelles recyclées,de gadgets divers. Ce miroir digital aux alouettesest fragile. Car il arrive un moment où trop, c’est trop.Où le kaléidoscope du foutoir clinquant pousse à fuir.A retrouver le vrai, le bon journalisme.Que Springer choisisse, dans son éblouissement cupide,de se saborder, peu nous chaut. Döpfner fait penser àces banquiers qui ne juraient que par les spéculationsde haut vol, juteuses un jour, catastrophiques un autre.Or le business du Net est aussi volatil. Les géantspeuvent également s’y casser la figure, harcelés par desstart-up plus inventives qui n’ont pas toutes envie de sefaire racheter.Les raisons d’espérer de meilleurs médias, les grands del’édition n’en donnent guère aujourd’hui. Ce sont plutôtles petits, les inventeurs, les gens deconviction, les entrepreneurs quivoient plus loin que le bout de leurnez boursicoteur. Ce sont les infatigablesaussi. Pensons à l’admirableéquipe du Courrier qui maintientenvers et contre tout un quotidiend’opinion en Suisse romande. Unegauche qui agit et réfléchit. A la différencedes Diafoirus du Parti socialiste penchés sur lapresse: ils ne proposent que du prêchi-prêcha, des cascadesde taxes et de subventions étatiques, recettesdignes des médecins de Molière.Il faudra plus de clairvoyance, d’intelligence et de ténacitéaux journalistes, aux éditeurs qui croient encore àleur métier… et aux lecteurs eux-mêmes pour que vivela grande agora du débat démocratique.√www.hebdo.ch31 JUILLET 2013 L’HEBDORéagissez à cette chronique et faites connaître votre point de vue sur le site de L’Hebdo.ACTUELS


18∑ EMPLOILES CANTONS FORMERONTDES APPRENTIS ÉTRANGERSSOUTIEN. Les services du conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann planchentsur un projet pilote. Cent places d’apprentissage seront destinées à de jeunes Européensdans les cantons de Neuchâtel, Fribourg et Berne.ACTUELSKEVIN GERTSCHls seront cent, Européens,I âgés de 18 à 25 ans. Ils viendronten Suisse pour y faire unapprentissage en entreprise.Une formation qu’ils commencerontpar un cours de langueintensif de deux mois.La prochaine venue de cesjeunes s’inscrit dans un programmedu Secrétariat d’Etatà la formation, à la rechercheet à l’innovation (Sefri),comme le confirme à L’Hebdosa chargée de communication,Tiziana Fantini. «Nous mettonssur pied un projet pilotedont une première versiondevrait être soumise à JohannSchneider-Ammann fin août.C’est tout ce que nous pouvonsdire pour le moment.»Stratégie win-win. D’aprèsnos informations, trois cantonsferont office de laboratoiresdans un premiertemps: Neuchâtel, Fribourget Berne. «Nous avons immédiatementmanifesté notreintérêt lorsque la Confédérationnous a interpellés auprintemps dernier, expliqueBeat Vonlanthen, conseillerd’Etat fribourgeois chargé del’Economie. Cette initiativepermettra non seulementd’offrir un soutien aux payseuropéens minés par le chômagedes jeunes, mais surtoutde combler en partie ledéficit d’apprentis dans certainssecteurs.»PÉNURIE La Suisse manque d’apprentis dans certains secteurs, comme la construction.Pour la troisième année consécutive,en Suisse, l’offre enplaces d’apprentissage serévèle plus importante que lademande. Et plus particulièrementdans des secteurscomme la construction, l’hôtellerie,la mécanique ouencore l’agriculture. Desdomaines vers lesquels lesjeunes appelés européensdevraient être dirigés.«NOUS AVONS IMMÉDIATEMENTMANIFESTÉ NOTRE INTÉRÊTLORSQUE LA CONFÉDÉRATIONNOUS A INTERPELLÉS.»Beat Vonlanthen, conseiller d’Etat fribourgeois«Le fait que des places restentinoccupées menace la pérennitéde certaines PME locales.En participant au programmedu Sefri, nous en soulageronsun certain nombre, tout enapportant notre aide à certainsEtats de l’UE. Une stratégiewin-win, en quelque sorte»,avance Monika Maire-Hefti,conseillère d’Etat neuchâteloisechargée du Départementde l’éducation.Exemple allemand. Quelsseront alors les pays cibles duSecrétariat d’Etat à la formation,à la recherche et à l’innovation?Si la Confédération serefuse encore àdévoiler lesdétails, MonikaMaire-Heftipense cependantque serontlogiquementconcernés lesEtats du sud de l’Europe, où letaux de chômage des moins de25 ans atteint des sommets:plus de 55% en Grèce et enEspagne, plus de 42% au Portugal.La Suisse suit ainsil’exemple de l’Allemagne quiDAVID PRÊTRE STRATESannonçait, en mai dernier, sonintention de donner chaqueannée une formation professionnelleou des postes de travailà 5000 jeunesHispaniques, pour palier lemanque en main-d’œuvre qualifiéede ce pays.Reste aussi à définir quiaccueillera qui, et comment.«Pour l’heure, nous attendonsla marche à suivre de la part duSefri, relève Beat Vonlanthen.Nous ne savons pas encorecombien de jeunes le canton deFribourg prendra en charge, nide quelle manière la questionde l’hébergement sera réglée.»Alors que certains évoquent lelancement du programme pourseptembre prochain, le Sefripréfère mentionner 2014comme échéance.«C’est une bonne chose que leDépartement fédéral de l’économiecommence enfin àempoigner ce dossier», analyseJosiane Aubert, conseillèrenationale vaudoise (PS) quiavait appelé à la mise en placed’un tel système dans noscolonnes en juin dernier. Soncollègue de parti, le ZurichoisAndreas Gross, avait d’ailleursposé une question allant dansle même sens au Conseil fédéralau début de l’été. Et JosianeAubert de conclure: «La Suissene peut pas aller chercher de lamain-d’œuvre à l’étranger quequand cela l’arrange. Il est naturelqu’elle assume aussi sa partde formation professionnelle àl’échelle européenne.»√L’HEBDO 31 JUILLET 2013


ENTREPRISE∑19CARSTEN SCHLOTER Le CEO de Swisscom s’est donné la mort à son domicile. Son décès pose la question des pressions que subissent les patrons.CHRISTIAN HARTNANN REUTERSFRAGILITÉ DES MANAGERS:LA NÉCESSITÉ DE SORTIR DU DÉNISANTÉ AU TRAVAIL. Le mal-être des patrons est bien plus répandu qu’on ne lepense, y compris en Suisse. Après la disparition de Carsten Schloter, des spécialistesdes ressources humaines appellent à plus de vigilance.SERGE MAILLARDLa Suisse est encore sous lechoc de la disparition, lasemaine derrière, du dirigeantcharismatique de Swisscom,Carsten Schloter, qui a mis fin àses jours à son domicile. Si rienne prouve pour l’heure que sondécès ait quelque lien que ce soitavec sa charge importante detravail, la disparition de ce grandpatron pose la question de la fragilitédes managers, dont le malêtreest très souvent silencieux.«A la base, le rôle d’entrepreneurest plutôt bon pour la santé, carle sentiment de diriger soimêmeson destin est positif, rappelleRico Baldegger, directeurde la Haute Ecole de gestion(HEG) de Fribourg. Mais,31 JUILLET 2013 L’HEBDOlorsqu’il y a une perte de contrôle,alors la situation devient rapidementextrêmement négative.»Un chiffre laisse entrevoir l’étenduede l’épuisement professionneldes CEO: dans une étuderécente de la Harvard MedicalSchool, pas moins de 96% desleaders interrogés disaient ressentirune forme de burn-out,dont un tiers de manière trèssévère. L’omerta règne pourtantau sommet de la pyramide professionnelle.En Suisse, aucunestatistique officielle ne s’intéressepour l’heure au phénomène.Seul le Japon dispose dechiffres officiels: «Dans ce pays,on dénombre huit suicides dedirigeants de PME par jour, souligneOlivier Torrès, le directeurde l’Observatoire Amarok sur lasanté des dirigeants, à Montpellier.En France, selon nos estimations,un ou deux patrons commettentl’irréparable chaquejour.»Congés sabbatiques en série.Une partie de ce tabou devraitnéanmoins être abordée enSuisse d’ici au début de l’annéeprochaine. La HEG Fribourg a eneffet inauguré en mars dernierson propre observatoire, filialehelvétique de l’Amarok, dontune étude sur le sujet est en préparation:«Nous avons déjà priscontact avec une centaine d’entrepreneurs»,précise Rico Baldegger.Une initiative tout simplementsalutaire, estime leprofesseur: «Depuis vingt ans,l’ouverture des marchés interna-tionaux a fait croître le poids quipèse sur les épaules des managers.Ceux-ci se retrouvent sousdes pressions multiples, coincésentre les actionnaires, lesemployés, les clients et, de plusen plus, le monde financier. Lerisque de crise cardiaque, parexemple, touche des patrons deplus en plus jeunes, et pas seulementceux de 100 kilos quifument…»En Suisse, la prise de consciencearrive plus tardivementque dans le monde anglo-saxon,où des cas spectaculaires deburn-out ont éclaté ces dernièresannées, comme celui du directeurdu groupe Lloyds en 2011.Mais de plus en plus de CEOassument le fait de prendre descongés sabbatiques pour seACTUELS


20∑ENTREPRISEACTUELSressourcer, comme PierinVincenz, à la Raiffeisen, qui s’accordeune pause de deux moisaprès treize ans d’activité dans labanque, ou Joe Hogan, ex-patrond’ABB, qui a démissionné et seconsacre à sa famille. «Cesexemples l’illustrent bien: il nes’agit pas uniquement d’unequestion de santé, mais d’unéquilibre à trouver entre vie privéeet vie professionnelle»,estime Alain Salamin, consultanten ressources humaines etprofesseur à HEC Lausanne.«Mon départ pour me consacrerà ma vie de famille avait été ressenticomme un coup de tonnerredans un ciel bleu, se souvientGérard Botteron, présidentde la direction du groupe pharmaceutiqueGalenica jusqu’en1990. Je suis parti une année enCalifornie, j’ai enfin eu du temps.Et j’ai fini par m’épanouir. Cen’est pas bon de toujours toutfaire dans l’urgence. Aujourd’hui,la société dans son ensemble serend compte qu’il y a davantagede pression sur les patrons etadmet mieux ce genre d’initiative.»La surcharge de travail reste lefacteur de stress le plus fort,rappelle Olivier Torrès: dormirmoins pour travailler plus, lenez dans le guidon, jusqu’àtomber dans la «spirale des 3D:dépression, divorce, dépôt debilan»… «Le paradoxe despatrons de grosses structures,c’est qu’ils peuvent éprouver unsentiment de solitude malgréleur équipe nombreuse.» Difficilede sortir de cette autarcie,ajoute Alain Salamin: «UnCEO épuisé ne peut que trèsdifficilement s’en ouvrir à sescollaborateurs ou à sa famille.La seule porte de salut est souventà l’extérieur de l’entreprise,avec son médecin ou uncoach, par exemple.»«Pas le temps d’être malades.»Un patron peut-il vraiment,aujourd’hui, assumer ses fragili-CHRISTIAN WANNER, cofondateuret directeur de LeShop jusqu’en septembre«Le CEO est exposé à la solitude»Après seize ans de bons et loyaux services, le cofondateur de laplateforme de vente en ligne LeShop, filiale de Migros depuis 2006,a décidé de changer de cap. Une pause pour se consacrer à sa famille,avant de se réorienter vers une nouvelle aventure entrepreneuriale:«J’ai décidé en toute conscience d’arrêter le job de CEO à un momentoù tout va bien dans l’entreprise. Cela pourrait être vu comme unefragilité par ceux qui estiment que cela ne se fait pas d’avoir un troudans son CV. Mais j’ai l’impression que les mentalités changent:notre génération est peut-être plus consciente de la nécessité del’équilibre de vie, du besoin de se ressourcer à certains moments.»Au mot «fragilité», Christian Wanner préfère celui de «doute». «C’estle lot de tout CEO. Et le doute génère de l’anxiété. De par sa fonction,le directeur général est exposé à la solitude, il occupe une position àl’intersection des employés d’une part, de l’actionnariat et du conseild’administration d’autre part. A la fin, on est seul à trancher. Quandtout le monde s’est renvoyé la balle, celle-ci finit sur notre table.»Face à cette pression, l’entrepreneur se réserve des espaces deréflexion, durant lesquels il se concentre sur une seule idée. «Maisla meilleure manière de répartir la charge, c’est de s’entourer de genscompétents et loyaux avec qui l’on a envie de partir en bataille. Il fautaussi savoir quelle culture d’entreprise on veut insuffler. L’humourreste une des armes fatales contre l’anxiété.»Un autre soutien, il l’a trouvé au sein du réseau de jeunes dirigeants«Young Presidents’ Organization», qui rassemble de jeunes chefsd’entreprise dans le monde entier, avec une dizaine de rencontrespar année. «Nous pouvons partager nos expériences, nos rêves, maisaussi nos angoisses. L’idée est de s’entraider, dans un rapport deconfidentialité, et non de faire des affaires. Nous prenons du reculensemble. Cela permet d’éloigner le risque de la tour d’ivoire.»√SMLESHOPtés? «Certains me disent qu’ilsn’ont tout simplement pas letemps d’être malades… Le diagnosticrisque ensuite d’êtreencore plus sévère. Mais vousseriez surpris de voir le nombrede dirigeants qui fréquentent nosconférences. Une fois la boîte dePandore ouverte, ils n’hésitentplus à parler», assure Olivier Torrès.L’universitaire n’a pas fondéson observatoire sur des motifspurement académiques: «C’estaussi un appel aux patrons à libérerleur parole face à l’hérésieanthropologique du dirigeantinvincible. Il faut agir!»L’affaiblissement de cetteculture d’entreprise qui vise à«sélectionner» brutalement lesdirigeants les plus endurants àl’interne, c’est également l’évolutionqu’observe Alain Salamin.«Cette logique est maintenantmise à mal, puisque même ceuxqui ont été triés pendant desannées selon la loi du plus fortpeuvent craquer. Le modèle traditionnelmontre de plus en plusses limites.» Pour le consultant,le nouveau modèle d’entreprisese rapproche de celui de Google,qui offre un jour par semaine àtous les employés pour travaillersur des projets qui leur tiennentà cœur. «Pour un leader, lanotion d’authenticité, d’être vraiavec ses forces et ses limites, estdevenue beaucoup plus importante.»Sur la scène politique, où la pressionest au moins aussi intensequ’en entreprise, les élus qui ontassumé leurs failles, comme leNeuchâtelois Yvan Perrin ou laZurichoise Nathalie Rickli, ne sesont pas vus ostracisés par lesélecteurs, bien au contraire.«Est-ce que vous préférez unmalade qui s’ignore ou un convalescentqui se soigne? demandeAlain Salamin. Aujourd’hui,davantage de rentes AI sontreversées en Suisse pour desmaladies psychiques que physiques.Les dirigeants ne sontplus épargnés.»√LARGEUR.COML’HEBDO 31 JUILLET 2013


ENTREPRISE∑21JEAN-CLAUDE BIVER, président de Hublot«C’est la dysharmonie qui fragilise»A la présidence de l’horloger Hublot (dont il a transmis la directionopérationnelle il y a deux ans), le Luxembourgeois d’origine restefidèle à son image: celle d’un manager fonceur. «Mon énergie vientde mon caractère passionné, pour le travail ou la vie en général. Jepourrais imaginer de ne plus travailler chez Hublot, mais ce seraitpour faire autre chose: me consacrer à la production de vin ou defromage.»Paradoxalement, des fragilités peuvent aussi résulter de ce trait decaractère. «Je suis émotif. J’ai la faiblesse de ma force. On ne peutpas être passionné sans émotion. Des soucis à la maison ou undivorce dans la famille, ça me pèse et peut me déséquilibrer. Autantl’équilibre affectif me permet de me surpasser, autant le déséquilibreaffectif va me surpasser. L’harmonie est une nécessité. C’est ladysharmonie qui fragilise.»Pour passer du temps en famille, le CEO a adopté un mode vieplutôt original: «Mon credo, c’est de toujours travailler quand lesautres dorment. Comme cela, ils n’ont pas l’impression que je suisabsent. En me levant à 3 heures, cela me permet de me consacrer àmes occupations professionnelles sans que la famille le ressente.Et à 18 heures je suis à la maison. J’ai ainsi du temps pour eux!» Uncôté patron Superman qui nécessite une forte capacité physiquepour tenir le coup: «Cela demande une hygiène de vie saine: pas decigarette, pas d’alcool, faire attention à son alimentation. Il fautrenoncer à certains plaisirs.»Un entraînement qui, selon Jean-Claude Biver, ne diffère guère decelui de l’artiste ou du sportif d’élite: «Nous sommes soumis auxmêmes règles: un chanteur de rock ou un athlète change égalementde ville chaque soir, mène une vie trépidante. Le plus délicat est deparvenir à gérer l’équilibre entre l’affect et le personnel.»√ SMFREDERIC ARANDA KEYSTONE|CAMERA PRESSCLAUDE BÉGLÉ, consultant, ancien présidentdu conseil d’administration de La Poste«Je me ressource dans la contemplation»Une carrière de manager chez Nestlé et Deutsche Post le mène en2008 à la tête du deuxième plus grand employeur du pays, avec43 000 employés. Mais, deux ans plus tard, Claude Béglé démissionnede son poste dans la tourmente, à la suite de divergencesstratégiques. Il ne s’est pas arrêté pour autant – et mène au mêmerythme («en tout cas seize heures de travail par jour») sa nouvellesociété active dans les affaires publiques. Il estime qu’un «manageren Europe a le droit de montrer quelques faiblesses, au contrairedes Etats-Unis et de l’Asie».Pour tenir ce rythme de vie frénétique, le manager de 63 ans seressource dans la prière et la méditation, une pratique développéelors de séjours en Asie: «Je réserve tous les dimanches soirquelques heures pour me recueillir et prendre de la distance –depuis trente-cinq ans, je n’ai jamais manqué une semaine.J’analyse ce qui s’est passé et tente de comprendre les erreursque j’ai pu commettre afin de les accepter.» Le consultant tientun journal dans lequel il veut, chaque jour, relater un épisodemarquant ou cocasse – comme un lever de soleil majestueux ouce vélo qu’il aperçoit flotter dans une rivière près des Diableretsquelques heures avant l’interview.Il estime avoir pu concilier avec satisfaction ses vies professionnelleet familiale en privilégiant le «quality time» à la quantité: «La vieest faite de choix – on manque toujours quelque chose. Mais lorsqueje rentre du travail, je suis épanoui et j’ai des choses à partager. Onapporte davantage avec une énergie positive qu’en accumulant lesheures de présence.» Ses voyages tête à tête avec l’un de ses sixenfants incluent le Transsibérien, le Hoggar et le Kilimandjaro.Des occasions, dit-il, de «refaire le monde avec eux».√DAVID SARAGAMICHAEL BUHOLZER REUTERS1ER AOÛT 2013 L’HEBDO


22∑AUTOMOBILISMELA F1 TOURNE COMMEUNE HORLOGE (DE LUXE)ALLIANCE. Rolex est le nouveau chronométreur officiel de la catégorie reine du sportmotorisé. Un engagement stratégique pour la marque. Mais aussi risqué: la F1 n’a plusla même audience qu’autrefois et son image environnementale est mauvaise.ACTUELSLUC DEBRAINE SILVERSTONEe vous quitte un instant,«J il faut que j’aille saluer lafamille royale!» Jackie Stewartôte sa casquette en tartan etsalue le prince Michael de Kent,président du Royal AutomobileClub. Puis le triple champion dumonde de F1 nous rejoint pourpoursuivre la visite du paddockdu circuit de Silverstone, où sedéroule en cette fin du mois dejuin le GP de Grande-Bretagne.Pas meilleur poisson-pilote quel’Ecossais pour tout savoir surles invraisemblables structuresd’accueil des écuries de F1. Lenombre d’employés du teamRed Bull (650), les contre-performancesde McLaren, lespneus fragiles de Pirelli, letalent de Fernando Alonso ou lafortune de Bernie Ecclestone.(«Personne n’a autant gagnéd’argent que lui dans toute l’histoiredu sport!») Jackie Stewartest en formule 1 depuis 1965: ilen a récolté tous les honneurs,s’est battu pour la sécurité despilotes, a possédé sa propreécurie et participé au développementéconomique de ladiscipline en amenant desconstructeurs automobiles, desbanques ou des mécènes à s’yintéresser.Sir Jackie a récemment joué unrôle décisif dans l’arrivée deRolex en F1. Depuis le début dela saison 2013, le numéro unmondial de l’horlogerie de luxea le titre de chronométreur officielet de montre officielle de la«LA FORMULE 1EST SUIVIE PARTOUTES LESCLASSES SOCIALES.»Jackie Stewart, champion du mondeen 1969, 1971 et 1973discipline numéro un du sportautomobile. Il remplace respectivementle géant coréen LG etla marque Hublot en affichantsa célèbre couronne sur despoints stratégiques des circuits.Il occupe aussi une place dechoix dans le paddock club, legrand salon d’accueil des VIPsur chaque Grand Prix.Le contrat porterait sur unevingtaine de millions de francspar année, même si Rolex necommunique aucun prix. BernieEcclestone, argentier multimilliardairede la F1, récemmentmis en examen enAllemagne pour corruption, neparle pas non plus de chiffres.Interrogé alors qu’il déguste unROLEXriz au safran dans le paddockclub de Silverstone, BernieEcclestone note qu’il s’agitd’une «alliance naturelle, longtempsattendue, entre unemarque prestigieuse et unecompétition sportive d’empriseglobale. Et c’est une alliance quiva durer.» Coup d’œil sur lamontre de Bernie Ecclestone,une petite Rolex en or. Quid?«En fait, elle est très ancienne!»LA MONTRE VOLÉEIl en va de même pour les premièresRolex de Jackie Stewart.L’ex-pilote est sous contrat avecla marque genevoise depuis1968. C’est son manager d’alors,Mark McCormack, qui l’avaitencouragé à suivre l’exemple dugolfeur Arnold Palmer et àdevenir ambassadeur de la maisonhorlogère. Ce qui tombaitbien: le champion venait àl’époque de s’installer non loinde Genève, à Begnins (il revendraplus tard sa maison à PhilCollins). La marque le fascinait:après avoir failli gagner les 500Miles d’Indianapolis en 1966, ils’était acheté une Rolex chez unhorloger de la ville américaine.La montre a depuis lors disparu,volée lors d’un trajet Paris-Genève en avion. «Je la regretted’autant plus que le patrond’écurie pour lequel je courais àIndianapolis avait fait rajouterun diamant sur le cadran!»,ajoute-t-il, en accentuant sonaccent écossais.A l’époque, Rolex n’en était pasà sa première incursion dans lesport automobile. La marquesoutenait pendant l’entredeux-guerresles tentatives derecord de vitesse sur terre deMalcolm Campbell. Le piloteétait équipé d’un modèle Oystercapable de résister auxvibrations d’un bolide lancé parexemple à 445 km/h en mars1935 sur la plage de Daytona,en Floride. Au début desannées 60, Rolex a associé sonnom au circuit édifié au mêmeendroit et conçu une montrepour les courses d’endurance,baptisée comme de juste Daytona.Plus récemment, la couronnes’est montrée sur le circuitdes 24 Heures du Mans, oudes concours de voituresanciennes à Goodwood (GB),Monterey et Pebble Beach(Californie).Même avec un ambassadeurplénipotentiaire comme JackieStewart, la marque ne s’étaitjusqu’ici jamais décidée à s’investiren F1. La catégorie n’intéressaitpas à l’excès AndréHeiniger, le dirigeant d’alors,pas plus qu’elle n’a fasciné sonfils et successeur, Patrick Heiniger.En tout cas moins queles autres sports soutenus delongue date par Rolex, commele golf, le tennis, la voile oul’équitation. Il a fallu attendre2013, quarante-cinq ans aprèsl’accord conclu par JackieStewart, pour que l’horlogerchronomètre les courses de F1.La fonction est symbolique:sur les circuits, le chronométrageest une affaire menée auL’HEBDO 31 JUILLET 2013


AUTOMOBILISME∑23DÉPART DU GP DE GRANDE-BRETAGNE Les audiences TV de la F1 sont en baisse. De 600 millions de téléspectateurs en 2008, elles ont chuté à 500 millions en 2012.VALDRIN XHEMAJ KEYSTONEmillième de seconde par destranspondeurs, capteurs etlogiciels ad hoc, loin de l’universd’une montre mécanique.PLATEFORME PLANÉTAIRERolex rejoint les stands de F1d’autres marques de montres31 JUILLET 2013 L’HEBDOsous contrat avec des écuries oudes pilotes. TAG Heuer, enplace depuis des lustres, estentourée par Hublot, qui développedésormais un partenariatserré avec Ferrari. IWC (Mercedes),Richard Mille (Lotus) ouCertina (Sauber) sont égalementprésentes sur les grillesde départ. Mais Rolex a désormaisla plus grande visibilité enF1, au risque de faire de l’ombreaux autres acteurs horlogers dela F1.L’enjeu pour Rolex va bien audelàdes déclarations officiellesde Gian RiccardoMarini, son CEO, et de BernieEcclestone entendues lors dela signature de l’accord, en find’année dernière. Gian RiccardoMarini a parlé de l’espritd’aventure, de l’excellence desmécaniques et du dépasse-ACTUELS


24∑AUTOMOBILISMEACTUELSment des limites qui réunissentRolex et la F1. Certes.Mais il a ajouté que «ces aspirationsont un impact énormeauprès des jeunes générations».Nous voilà au cœur del’affaire. Confrontée à laconcurrence croissanted’Omega, en particulier dansle sport et chez les jeunes amateursde montres de luxe,Rolex se devait de trouver unenouvelle plateforme planétaire.La F1, c’est un demi-milliardde téléspectateurs parannée. Ce sont des GP dans lesnouveaux marchés stratégiquesde l’industrie du luxe,comme la Chine, la Russie,l’Inde, la Malaisie ou le Brésil,avec une audience facilementsituée en dessous des 30 ans,une appartenance à la classemoyenne et une proportioninattendue de spectatrices (unpeu plus de 30%). En d’autrestermes: une clientèle potentiellede rêve pour la marquesuisse.INQUIÉTUDEENVIRONNEMENTALEReste que l’audience télévisuellede la F1 est en baisseconstante depuis des années.Le fait que les chaînes à péage,comme au Japon, en Grande-Bretagne et en France, remplacentde plus en plus les chaînespubliques dans la retransmissiondes GP explique en partiele phénomène. Des questionssont aussi soulevées sur lesdépenses extravagantes desécuries de F1, peu en phaseavec une économie mondialesous tension, voire en dépression.Ou avec la lourdeempreinte carbone de voituresdont la consommationmoyenne est de 65 litres aux100 et les émanations nocivesde 2200 g/km de CO 2. Undimanche de GP, tout comptefait, c’est environ 10 000 tonnesde CO 2rejetées dans l’atmosphère.1600 KM/H Le Bloodhound SSC entend pulvériser le record de vitessesur terre. Objectif: 1000 miles à l’heure. Le projet associe des milliers d’écolesen Grande-Bretagne pour encourager les formations d’ingénieurs.Dès lors n’est-il pas paradoxalque Rolex, attentive à sonimage d’entreprise responsableet à ses bâtiments peu polluants,se soit lancée en F1?Arnaud Boetsch, responsablede la communication de lamarque, répond: «Rolex est trèssoucieuse des questions environnementales,preuve en est le«LES SPORTS MOTORISÉSONT AUJOURD’HUIUNE RESPONSABILITÉ SOCIALE.»Andy Green, pilote du Bloodhound SSCnouveau bâtiment Minergie deson site de Bienne, inauguré enoctobre 2012. De même, elleattache beaucoup d’importanceà la recherche technologique età l’innovation en général.Comme le montrent parexemple depuis 1976 les prixRolex à l’esprit d’entreprise,Rolex ne soutient pas nécessairementdes réussites établiesmais des projets en devenir.A cet égard, la formule 1 est unmonde en pleine évolutiondans lequel les questions environnementalesfont actuellementl’objet d’une attention deplus en plus soutenue. Sousl’impulsion de la Fédérationinternationale de l’automobile,de nombreuses initiativesconcrètes existent en matièrede réglementation,de motorisationet d’ingénierie,qui visentà faire évoluer lasituation actuelledans un sens trèspositif.» Entre autres mesures,dès la saison 2014 les F1 serontpropulsées par de plus petitsmoteurs (1,5 litre de cylindrée),au surcroît hybrides essenceélectrique.MUR DU SONRolex soutient depuis peu leprojet britannique BloodhoundSSC. Cette équipe, déjàdétentrice du record absolu deROLEXvitesse sur terre (1227 km/h,au-delà du mur du son), veutl’an prochain dépasser les1000 miles à l’heure, c’est-àdireles 1600 km/h sur la surfaceplane d’un désert sudafricain.La marque rejoint icila tradition de son engagementpour Malcolm Campbell,dans les années 30.Le monstre Bloodhound auratrois propulseurs: un réacteurRolls-Royce, une fusée et, nousy revoilà, un moteur de F1 quisera chargé d’injecter800 litres de carburant en20 secondes dans la fusée. Peucompatible avec le développementdurable, non?Andy Green, le pilote de laRAF qui détient le recordactuel et sera en 2014 auvolant de Bloodhound, étaitprésent au GP de Silverstonepour défendre l’aventuresupersonique: «Notre projetest beaucoup moins polluantqu’il n’en a l’air. Dans sonensemble, tests compris, il neproduira que 51 tonnes de CO 2.Cela équivaut à parcourir300 000 km avec une voiturede taille moyenne. Ou auxémanations de 4,2 vaches laitièrespendant une année…Ecoutez: notre tentative estsoutenue par le gouvernementbritannique grâce à sa dimensionpédagogique. Nous travaillonsavec des milliersd’étudiants, d’écoles et dehautes écoles dans le pays.Comme ailleurs, nous avonsun manque crucial d’ingénieurs,de mathématiciens, dephysiciens. Il s’agit d’encouragerces vocations si nous voulonsrésoudre les problèmesenvironnementaux du futur.Jamais le gouvernement ou unsponsor comme Rolex n’auraientaccepté de nous soutenirs’il ne s’était agi que derouler à 1600 km/h. Qu’on leveuille ou non, le sport motoriséa aujourd’hui une responsabilitésociale.»√L’HEBDO 31 JUILLET 2013


SOCIÉTÉ∑25LE SKATEBOARD,NOUVEAU SAC À MAINPHÉNOMÈNE. Le skateboard est le nouvel «it» de l’été. Autrefoisutilisée uniquement par les connaisseurs, la planche àroulettes fait un retour vintage et devient un accessoire de mode.VICKY HUGUELETMesdames, rangez vos talonsde 12. Le skateboard est deretour. Plus qu’un moyen de sedéplacer ou de faire du sport, ilsert aujourd’hui d’accessoire.D’après le magazine français Be,«à Los Angeles, le skate, c’est lenouveau sac à main». On leretrouve partout, même dans leluxe: Chanel, la créatrice IsabelMarant, la maison de coutureparisienne Céline ou encore lamarque Sandro ont créé leurspropres planches.Si le côté mode séduit les filles,elles ne sont pas les seules àsuivre l’engouement général. Loïca 20 ans et a commencé de rouleril y a cinq mois, lors d’un voyageaux Etats-Unis: «J’étais à Miami,tout le monde avait un skate làbas.En revenant en Suisse, jepensais que je serais un des seuls.Mais, entre-temps, c’est devenuune mode…»Le phénomène envahit peu à peunos villes. Léane a 13 ans et sepromène au bord du lac de Neuchâtelavec, sous le bras, saplanche bleu fluo. Elle l’a achetéele jour même. A côté d’elle, samaman. «J’en faisais aussi quandj’avais son âge. C’était exactementles mêmes planches!»Ces petits skates en plastiquefluo, techniquement basiques etbon marché, Desmond, employédans le magasin freestyle VSSShop à Neuchâtel, en vend beaucoupdepuis quelque temps. Leprofil des acheteurs? «Ce sontdes filles de 15-20 ans. Je pense31 JUILLET 2013 L’HEBDOEFFET DE MODE Dans les mains de Desmond, le modèle de skate qui a le vent en poupe.qu’elles les achètent parce qu’ilssont courts et faciles à porter.»Mais toutes les filles de cet âge nesont pas enthousiastes à l’idée devoir le skateboard devenir unaccessoire de mode: «C’est n’importequoi, ceux qui portent leurplanche sous le bras! Si on a unskate, il faut savoir se déplacer»,s’indigne Fannie, 15 ans.Pour les amateurs. Les planchesaux couleurs criardes se sont faitune place au-delà des commercesspécialisés. Chez Ochsner Sport,PHOTOS SANDRO CAMPARDOà Lausanne, elles remplissent unbon rayon des engins à roulettes.D’après Paulo, vendeur, «depuisqu’on a ce genre de skates, on enécoule une dizaine par semaine.Les autres ne partent plus.» L’employéretient que ces planchestendance sont des modèles «peuperformants, moins stables quedes skates en bois classiques».«Si l’on veut vraiment apprendrece sport, on ne choisit pas ça. C’estun effet de mode.» Chez Dosenbach,même son de cloche: «Ceuxqui achètent ce type de skateboardssont des jeunes quin’y connaissent pas grandchose.Ils se cassent facilement»,explique Johann,vendeur. «Mais c’est vrai que,comme accessoire, c’estsympa!» ironise-t-il.Un avis que partage ChristopheJaccoud, sociologue dusport. «Ces skates en plastiquesont aux skates habituels ceque Swatch est aux montresde luxe: ça ressemble à unjouet, c’est coloré et pas cher.»D’après lui, une des explicationsde l’utilisation du skateboarddans la mode souligne le fait quecelle-ci, depuis une quarantained’années, «est devenue indissociabledu sport. A l’exemple desvêtements Lacoste dérivés dutennis ou encore de la marqueAdidas qui revient comme produitvintage.»La succursale lausannoise deManor n’échappe pas non plus auphénomène, les petits skatesfluos sont alignés en évidence aurayon sport. Son chef, Laurent,sait que «ça va durer une saisonet point barre».«Les gens se font avoir.» JimZbinden est un ancien skateur àla tête d’un shop associatif et d’unmusée du skate à Genève. Pour cepuriste engagé, «le skate estcertes devenu un accessoire demode, mais les vrais skateurs nel’utilisent pas de cette façon».«Les gens achètent ces planchesflash-fluo-pop-funky-hipster quis’accordent à leurs fausses Ray-Ban parce que c’est fun.» Enrevanche, «ils se font avoir. Cesskateboards sont produits exactementde la même manière quedans les années 70, sauf qu’ilssont maintenant le triple du prix.Certains sont passés de 50 à150 francs!»Jim Zbinden y trouve un pointpositif: «Au bout d’un moment,certains se rendent compte quece n’est pas terrible et vonts’acheter de vrais skates. Ils vonts’intéresser à notre culture.»√ACTUELS


26∑SCIENCEUNE ARMÉE D’ANDROÏDES POURIMMORTALITÉ. Le milliardaire russe Dmitry Itskov veut créer un avatar robotique qude devenir immortel. Il prévoit de mettre cette technologie à disposition de tout unACTUELSCLÉMENT BÜRGEDmitry Itskov ne paie pas demine. Son teint est pâle. Lestraits de son visage sont peumarqués, presque comme ceuxd’un bambin. Le pas hésitant, ilmonte sur la scène du GlobalForum 2045, une conférenceorganisée mi-juin à New York.«Je parle mal, lance-t-il à sonaudience de 800 personnes. Je neferai pas long.» Malgré ses airs desouris grise, le Russe de 32 ans setrouve à la tête d’un des projetsles plus mégalomaniaques duXXI e siècle: il veut percer le secretde la vie éternelle. «L’immortalitén’est plus un fantasme: noussommes à deux doigts d’y parvenir,dit-il, sans même un brin defolie dans la voix. Et c’est pourcela que nous sommes réunis iciaujourd’hui.» Les scientifiques,les hommes d’affaires et les technophilesdans le public applaudissent.La majorité avec enthousiasme,d’autres par politesse.L’homme se trouve derrière ungroupe nommé Initiative 2045.L’objectif de cette organisationlancée en 2012 est clair: rendreles humains immortels grâce à lacréation d’avatars robotiques.«Nous voulons développer desandroïdes, comme dans le filmAvatar, et y télécharger notreesprit, explique de sa voix robotiqueDmitry Itskov. Nousserions alors capables de vivreplusieurs centaines de milliersd’années, voire de devenirimmortels.»Le Russe est aujourd’hui à larecherche d’argent et de soutien:il veut créer plusieurs laboratoiressur la planète pour faireaboutir son projet. Celui-ciMARY ALTAFFER KEYSTONENEW YORK, 15 JUIN Dmitry Itskov se trouve à la tête d’un des projets les plusmégalomaniaques du XXI e siècle: percer le secret de la vie éternelle.s’échelonne en quatre étapes,durant lesquelles différentstypes d’avatars seraient développés.Le premier, prévu pour 2020,serait un robot aux traitshumains commandé à distancepar une personne en chair et enos dont le cerveau serait relié àdes capteurs, comme dans le filmde James Cameron. Les versionssuivantes, prêtes en 2025 et2035, permettraient de grefferson cerveau sur l’androïde. L’organeentier puis, dans un secondtemps, uniquement les donnéesqu’il contient. La dernière étapea pour but de s’affranchir complètementde toute existencematérielle, en remplaçant l’androïdepar un avatar holographique.Il serait disponible en2045.Appui d’éminences scientifiques.Les idées de Dmitry Itskovparaissent folles, dignes dela plus pure science-fiction hollywoodienne.Pourtant, le Russea rallié autour de son projet unesérie de personnalités qui donneune crédibilité jamais vue auparavantà ce genre de projets. Deséminences scientifiques commeMarvin Minsky, un spécialiste enintelligence artificielle du MIT,George Church, un professeur degénétique et pionnier de la génomiqueà Harvard, et José Carmena,un professeur de neuroscienceà l’Université de Berkeley,qui développe des prothèsescontrôlées par le cerveau, ontparticipé à la conférence. D’autresmembres du monde high-tech,comme Ray Kurzweil, le directeurde l’ingénierie de Google,Martine Rothblatt, une pionnièrede l’impression 3D d’organes, etL’HEBDO 31 JUILLET 2013


SCIENCE∑27EMPLACER L’HUMANITÉrvirait de réceptacle à son cerveau. Ce qui lui permettraithacun d’ici à 2045.«DES AFFIRMATIONSEXTRAORDINAIRESNÉCESSITENT DES PREUVESEXTRAORDINAIRES.»Richard WalkerPeter Diamantis, le célèbrehomme d’affaires qui se trouve àl’origine des vols touristiquesdans l’espace, étaient égalementprésents. Absent lors de la conférence,le dalaï-lama soutient officiellementInitiative 2045.La conférence de juin à New Yorkavait pour but d’exposer les avancéesscientifiques qui soutiennentles thèses du groupe. LeJaponais Hiroshi Ishiguro, professeurde robotique à l’Universitéd’Osaka, a présenté desandroïdes qui ressemblentcomme deux gouttes d’eau à desêtres humains. Sir Roger Penrose,un mathématicien de l’Universitéd’Oxford, a expliqué commentil était possible detélécharger la conscience dansun cerveau électronique à l’aidede la physique quantique. KenHayworth, un ancien chercheurde Harvard aujourd’hui à la têted’une fondation qui travaille surla préservation du cerveau, adéveloppé un concept radical: ilcompte se suicider pour préserverson cerveau. «Mon espritserait alors intact, précise-t-il. Etje pourrais simplement attendreque la technologie nécessaireexiste pour le télécharger dansun avatar.» Il s’agissait là de ladeuxième conférence d’Initiative2045 – la première a eu lieu àMoscou en 2012. Le lieu de laprochaine n’est pas encore31 JUILLET 2013 L’HEBDOconnu. Le Russe s’intéressenotamment à Genève. «Plusieursscientifiques suisses nous ontvanté les avantages de la ville,nous sommes en train d’y réfléchir»,dit Dmitry Itskov.Le Russe n’est pas un scientifique,loin de là. En 1999, il a crééun empire médiatique en ligne,New Media Stars, en compagniede Konstantin Rykov, un anciencamarade de classe à la PlekhanovRussian Academy ofEconomics. Ils sontaujourd’hui millionnaires,certains disentmilliardaires.C’est en 2005 quel’homme a décidé de partirà la quête de l’immortalité:«Je regardais monordinateur portable, dans le vide.Et je me suis projeté dans lefutur: j’étais riche, mais je mesentais vide. J’avais besoin dequelque chose de plus profond.Ma vie ne pouvait pas s’arrêterlà.» La réflexion débouchera surla création d’Initiative 2045.Composante spirituelle. Sonprojet d’immortalité contientaussi une composante spirituelle:«Une fois immortels, sous formerobotisée, nous n’aurons plusbesoin de nous soucier de questionsmatérielles. Nous pourronsnous concentrer sur des problèmesplus importants, commechercher à comprendre quelleest notre place dans l’Univers.»Cela permettra aussi d’éradiquerla pauvreté dans le monde,selon lui. Car la création de cesavatars ne se limitera pas à unepoignée d’élus: «L’immortalitésera démocratisée. Si elle nel’était pas, personne n’accepteraitun tel projet. Les gens protesteraientet se révolteraient.» Lesavatars du professeur HiroshiIshiguro coûtent aujourd’hui300 000 dollars. Mais ils ne coûteraientque quelques milliers dedollars s’ils étaient produits ensérie.Dmitry Itskov est-il un douxrêveur ou un pionnier visionnaire?Richard Walker, le représentantde Blue Brain, un ambitieuxprojet de l’EPFL qui chercheà recréer un cerveau synthétique– et qui fascine Dmitry Itskov –,n’y croit pas: «Des affirmationsextraordinaires nécessitent despreuves extraordinaires. Et il neles présente pas. Ici, à Lausanne,nous allons être capables, dansdix ans, de simuler quelquessecondes d’activité cérébrale. EtDmitry Itskov cherche à créer,dans trente ans, des avatars surlesquels implanter notreconscience… Je suis très, trèssceptique.»Absurdité optimiste ou non,le nombre de scientifiques,d’hommes d’affaires et de technophilesqui se penchent surla question de l’immortalitéexplose. «Il y a quelques années,je faisais partie des seules personnesà m’intéresser à ce sujet,se souvient Aubrey de Grey, unchercheur britannique qui travaillesur l’arrêt du vieillissementdes cellules humaines depuis lesannées 90. Aujourd’hui, il y en abien plus. Cet engouement est dûaux récentes avancées technologiques:nous avons désormais lesmoyens de parvenir à l’immortalité.»Ce pionnier de la vie éternelleest convaincu que le premierhomme qui vivra mille ansest déjà né.√HISTOIRELa sciencede l’immortalitéLes scientifiques ont de touttemps cherché à percer le secretde l’immortalité. Les premiersessais datent de 2500 av. J.-C.:un papyrus retrouvé en Egyptecontient une recette pour unecrème qui permet de resterjeune à jamais. En l’an 320, unalchimiste chinois nommé GeHong rédige un traité nomméle Baopuzi, dans lequel il donnela recette d’élixirs magiquesprodiguant la vie éternelle.Au XVI e siècle, Francis Bacon,l’inventeur de la sciencemoderne, publie un livre appeléThe History of Life and Deathor The Prolongation of Life,qui présente des conseilspour devenir immortel. Il prônepar exemple le port de caleçonslongs, ce qui permettraitde vivre plus longtemps.Convaincu que la neige peutconserver un corps, il en fourreune poule, espérant prolongersa vie.En 1914, le biologiste russe ElieMetchnikoff estime que leshumains se font empoisonnerpar leurs bactéries intestinales.Et boit du lait caillé pour enlimiter la quantité dans sonpropre estomac. A la mêmeépoque, le chirurgien francorusseSerge Voronoff implante,lui, des morceaux de testiculesde singes dans le scrotumd’hommes pour augmenter leurespérance de vie et dynamiserleurs performances sexuelles.Il aurait opéré plus de 300 personnesen l’espace de cinq ans.En Autriche, Eugen Steinachréalise des vasectomies pourqu’«au lieu de donner vie à desenfants, les vieillards sedonnent la vie à eux-mêmes».Ces théories ont toutes étéprouvées erronées.√ACTUELS


28∑AFFAIRESÀSUIVREPAR PATRICK VALLÉLIAN ET SOPHIE BADOUXSUISSEPRISON Aucune évasion ne s’était produite aux Etablissementsde la plaine de l’Orbe depuis 1995.Evasion à Bochuz«C’EST DU JAMAIS VUEN SUISSE»▼LES FAITSEvasion spectaculaire jeudi soir 25 juillet à Bochuz. Deuxdétenus jugés dangereux, un Suisse de 52 ans et un Bosniaquede 34 ans, se sont fait la belle à l’aide de deux complices.Ils ont forcé l’enceinte de la prison des Etablissementspénitentiaires de la plaine de l’Orbe et ont tiré plusieurscoups de feu avec des fusils d’assaut afin de maintenir lesgardiens à distance. Personne n’a été blessé. Les deux compliceset les deux détenus ont pris la fuite à bord du secondvéhicule. La dernière évasion de Bochuz remonte à 1995.DOMINIC WAVRE KEYSTONEElections genevoisesVOTER À L A LOUPE▼LES FAITSPour que les noms des 99 candidats MCG et des81 PLR entrent sur la page A4 réglementaire, lesbulletins de vote des élections genevoises auGrand Conseil ont été imprimés dans une policede caractères minuscule jugée illisible.▼LES COMMENTAIRES«La Chancellerie s’est retrouvée devant un cassetête»,estime La Tribune de Genève, qui s’interroge surl’utilité de lancer autant de candidats dans la course.«Et si le MCG tentait de forcer la main de son électorat?»Le panachage sera difficile, vu le peu de place.«Contrairement aux formations politiques qui nepeuvent plus recourir, tout un chacun pourra contesterle matériel de vote dès sa réception», rappelle20 Minutes, à qui l’Avivo, association des retraités, aannoncé sa volonté de faire recours.▼À SUIVREAvec de possibles recours individuels, les électionsdu 6 octobre à Genève s’annoncent mouvementées.√FribourgLE PDC FORCÉ DES’ALLIER À L’UDCACTUELS▼LES COMMENTAIRES«Nous avons fait face à une situation exceptionnelle. Il ne s’agitpas d’une évasion, mais d’une invasion par une bande lourdementarmée, qui a mis en danger nos agents. Des kalachnikovsAK-47, c’est du jamais vu en Suisse», témoigne Béatrice Métrauxdans 24 heures. Pour la conseillère d’Etat, cheffe du Départementde l’intérieur, cette évasion pose en tout cas la question de l’étatde nos prisons. La verte appelle à «dire non» à leur vétusté, àla surpopulation carcérale, au manque de personnel. Elle soumettraprochainement à ses collègues du gouvernement vaudoisune demande de crédit pour renforcer la sécurité. «Nous sommesen train de chiffrer les mesures.» Car, constate Béatrice Métrauxdans La Liberté, si la criminalité a augmenté, «la dangerosité desdétenus aussi».▼À SUIVRESelon les autorités vaudoises, les outils de localisationde Google auraient pu aider les deux prisonniers. Ellesn’excluent pas une éventuelle intervention auprès dugéant américain.√▼LES FAITSLe PDC devrait faire alliance avec le Parti libéralradicalet l’Union démocratique du centre en vuede l’élection de septembre visant à remplacerIsabelle Chassot au Conseil d’Etat. Alliance quivaudra aussi pour les cantonales de 2016, maispas pour les fédérales de 2015.▼LES COMMENTAIRESLe Temps qui voyait – étrangement – le projet d’alliancede toute la droite comme une «fissure» s’estravisé et estime que le candidat du PDC Jean-PierreSiggen reprend des couleurs et a une chance contrele conseiller national socialiste Jean-François Steiert.Fort de ce soutien, le «PDC a désormais l’obligationde gagner», insiste La Liberté.▼À SUIVREL’alliance PDC-UDC à Fribourg fait grincerles dents au niveau fédéral.√L’HEBDO 31 JUILLET 2013


AFFAIRESÀSUIVRE∑29PAR SÉVERINE SAAS ET KEVIN GERTSCHTunisieOPPOSANT ASSASSINÉ▼LES FAITSDes milliers de personnes ont manifesté à travers la Tunisieaprès l’assassinat du député et opposant de gauche MohamedBrahmi, abattu près de la capitale le 25 juillet, jour du 56 e anniversairede la République tunisienne. Montré du doigt, le partiislamiste Ennahda au pouvoir dément toute implication,comme il l’avait fait à la suite de l’assassinat, le 6 février dernier,de Chokri Belaïd, autre figure de la gauche tunisienne.▼LES COMMENTAIRESPour La Presse de Tunisie, ce deuxième assassinat politique viseà fragiliser la transition démocratique: «Les commanditairesnourrissent l’espoir de faire avorter un processus qui est prochede son achèvement et qui, dans le même temps, est livré à desturbulences internationales et un mouvement interne appelantà la révolte…» Même son de cloche du côté de L’EconomisteMaghrébin, pour qui l’assassinat d’un représentant à l’Assembléeconstituante le jour où la République tunisienne fête son56 e anniversaire et en plein mois de ramadan constitue «untriple affront» au peuple. «Le message des commanditaires estclair: (...) la démocratie ne prendra pas racine en Tunisie, l’assassinatpolitique servant de catalyseur à l’anarchie qui ellemêmemènera à la destruction de l’Etat et à la «somalisation»de la Tunisie.» Résigné, l’éditorialiste du quotidien tunisienindépendant Le Temps souligne que la révolution «a changé lesmœurs politiques» et mis sur le devant de la scène des hommeset des femmes dont les méthodes sont «en contradiction avecles règles du dialogue et du compromis».▼À SUIVRELes autorités tunisiennes mettent en cause les salafistes.Elles ont confirmé que la même arme a été utilisée pour tuerMohamed Brahmi et Chokri Belaïd.√BulgarieFRONDE CONTRE«L’OLIGARCHIE»▼LES FAITSVoilà près de cinquante jours que les Bulgares battentquotidiennement le pavé, réclamant la démissiondu gouvernement socialiste, élu en mai. Les manifestantss’insurgent contre «l’oligarchie» au pouvoirdans le pays le plus pauvre de l’Union européenne.Le mouvement de protestation a démarré le 14 juindernier lorsque le sulfureux magnat de la presseDelyan Peevski, réputé pour être l’un des individusles plus corrompus du pays, a été désigné à la têtede l’Agence nationale de sécurité. Si Delyan Peevskia entre-temps refusé le poste, les manifestantsdénoncent les profonds liens qui unissent élitespolitiques et économiques.▼LES COMMENTAIRES«Au cours des vingt-trois ans qui ont suivi la chutede la dictature communiste, un clan essentiellementissu de l’ancienne nomenklatura ou des servicessecrets a phagocyté une grande partie des institutionsdu pays, afin de pouvoir mener à bien ses affaires ausein d’une vaste zone grise entre politique, économieet crime organisé. (…) Si elles se vouent une hainemortelle, les factions qui composent ce milieu formenttoutes ensemble un cercle très fermé, unmodèle oligarchique», explique la Frankfurter AllgemeineZeitung. La manière dont le chef du gouvernementgère cette crise est d’ailleurs vivement critiquée enBulgarie: «En ce moment difficile, PlamenOrecharski ne dit presque rien et ne fait rien. (…) Ily a une crise totale de la confiance envers la classepolitique et les institutions de l’Etat. La grande questionn’est pas s’il y aura des élections anticipées,mais quand», s’insurge le politologue Ivan Krastevdans le quotidien Troud. «Il est difficile de faire lapart de ce mécontentement entre raisons politiqueset raisons sociales, mais une chose est sûre: la contestationne faiblit pas. (…) Les manifestants espèrentdésormais un soutien européen. Les ambassadeursde plusieurs pays, dont l’ambassadeur français enBulgarie, qui est même descendu dans la rue (…),ont apporté leur soutien aux manifestants», notepour sa part Radio France Internationale.MONDEGRÈVE GÉNÉRALE La Tunisie a été paralysée le jour suivant l’assassinatde Mohamed Brahmi, à l’appel de la puissante centrale syndicale UGTT.31 JUILLET 2013 L’HEBDOKEYSTONE▼À SUIVRESelon un récent sondage, plus de 60% de lapopulation soutient le mouvement de protestation.Pour autant, le premier ministre a clairementannoncé qu’il ne comptait nullementdémissionner. √ACTUELS


30∑AFFAIRESÀSUIVREPAR LINDA BOURGET, YVES GENIER ET SYLVIE GARDELÉCONOMIEKEYSTONEUSA UBS doit payer des centaines de millions de dollars de dédommagementsà Freddie Mac, entité parapublique de refinancement immobilier.UBSENCORE 800 MILLIONS DEPÉNAL ITÉ AUX ÉTATS-UNIS▼LES FAITSColossale, la dernière pénalité infligée à UBS aux Etats-Unis!Le numéro un bancaire helvétique vient d’accepter de payerun dédommagement de 885 millions de dollars (828 millionsde francs) dans le cadre d’un litige hérité de la crise dessubprimes. C’est l’annonce faite le 25 juillet par l’Agencefédérale de financement du logement (FHFA). La FHFA estl’autorité de tutelle de Fannie Mae et Freddie Mac, entitésparapubliques de refinancement immobilier. Elle a portéplainte contre UBS lui reprochant d’avoir vendu des titresliés à des créances hypothécaires pourries à Fannie Mae etFreddie Mac en 2004 et 2005.▼LES COMMENTAIRESPour rappel, dans le litige d’UBS contre les USA autour de lafraude fiscale, la banque s’en était tirée avec une pénalité de780 millions de dollars. Passablement plus élevée, la douloureusedu moment ne mobilise toutefois guère les commentateurssuisses. La presse internationale est plus loquace. Le Wall StreetJournal souligne que la procédure est parmi «les actions [juridiques]les plus complètes entreprises par les régulateursfédéraux en réponse à la crise des hypothèques». UBS est latroisième banque à conclure un accord de ce type (après GECapital et Citigroup) mais «les montants des accords précédentssont restés [inconnus]», souligne pour sa part le Financial Times.Grandes banquesRÉSULTATSEXPLOSIFS▼LES FAITSUBS et Credit Suisse ont réalisé des résultats netsen forte hausse au 2 e trimestre dépassant le milliardde francs.▼LES COMMENTAIRES«Credit Suisse pourra à nouveau verser un dividendeà ses actionnaires», se réjouit Finanz und Wirtschaft,qui rappelle que l’établissement s’était vu reprocherson manque de fonds propres par la BNS il y a justeun an. Le Financial Times lit dans les résultats d’UBSla décision, annoncée fin 2012, de se retirer de labanque d’affaires. «Elle a pris la bonne direction,mais il lui reste encore un long chemin à parcourir»jusqu’au moment où sa nouvelle stratégie déploierapleinement ses effets.▼À SUIVRELes deux banques devront payer encoredes amendes salées pour solder leur passétumultueux.√AppleRECUL DES VENTES▼LES FAITSApple a annoncé une deuxième baisse consécutivede son bénéfice net pour le troisième trimestre(-22% à 6,9 milliards de dollars), après un reculde 18% déjà au trimestre précédent.▼LES COMMENTAIRES«Depuis le début de l’année, les ventes d’iPhone ontsombré de 17% par rapport au précédent trimestreet même de 53% comparées à celles du premiertrimestre», détaille ZDNet. Et il n’y a pas que l’iPhonequi se porte mal, les ventes de Mac, d’iPod et d’iPadreculent aussi. «Le trimestre en cours pourrait êtreencore plus rude», pour les tablettes notamment,avertit Génération NT.ACTUELS▼À SUIVRELe cas d’UBS fait trembler la quinzaine d’autres établissementspris dans des procédures identiques. Certains, commeJP Morgan ou Bank of America, avaient vendu beaucoupplus de titres pourris à Mae et Mac que la banque suisse. Ilscraignent donc des pénalités encore plus lourdes.√▼À SUIVRELe géant à la pomme promet «une fin d’annéebien remplie». Dans le pipeline, on prête à Applela sortie prochaine de l’iPhone 5S et d’un iPhonelight (à prix modéré). La rumeur enfle toujoursplus autour de la montre iWatch.√L’HEBDO 31 JUILLET 2013


AFFAIRESÀSUIVRE∑31PAR VICKY HUGUELET ET STÉPHANE GOBBOTragédie en EspagneCONDUCTEUR DU TRAININCULPÉ▼LES FAITSSeptante-neuf homicides par imprudence. C’est le lourd bilanauquel doit faire face le conducteur du train qui a déraillé mercredipassé près de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne.Francisco José Garzón Amo n’aurait pas freiné à temps: le trainallait à 190 km/h sur un tronçon où la limite est de 80 km/h.Il n’a pas pu passer le virage qui l’attendait et a déraillé. Leconducteur est libre, mais sous contrôle judiciaire.▼LES COMMENTAIRESEl Mundo a reproduit un extrait de la feuille de route du train:celui-ci devait quitter un tronçon sur lequel il pouvait rouler à220 km/h pour en rejoindre un autre, limité à 80 km/h. D’aprèsle quotidien, «le fait surprenant est que cet itinéraire laisse leconducteur décider du moment et de la manière de commencer àdécélérer. C’est-à-dire qu’il devait décider quand freiner pourentrer dans le virage à 80 km/h. Rien ne lui disait comment ni oùle faire.» Aucun avertissement sur les derniers tronçons. Aucunsystème de freinage automatique sur les voies. L’éditorialiste duTemps souligne le danger qu’est l’être humain pour lui-même:«L’homme, sans lui jeter la pierre, est le maillon faible de la chaînesécuritaire. Ainsi s’est engagée une course pour confier à la technologieet à la science toujours plus d’éléments de contrôle de notresécurité, dans une société où l’aversion au risque s’est décupléeces dernières décennies.» Une technologie pas toujours opérationnelle:Euronews se demande s’il y n’y aurait pas eu «unedéfaillance dans le système de freinage».▼À SUIVRESoumis à des règles strictes, Francisco Garzón devra pointerrégulièrement au tribunal, rendre son passeport et nepas conduire de trains. L’enquête devra également déterminersi le train, les voies ou les systèmes de sécurité sonten cause.√Paléo FestivalCARTON PLEIN,COMME D’HABITUDE▼LES FAITSLes années se suivent et se ressemblent. Le PaléoFestival a pour la quinzième fois consécutive affichécomplet, avec un total de 230 000 spectateurs.Les organisateurs ne relèvent aucun incident, etce malgré de fortes chaleurs constatées de jeudià samedi et de violents orages mardi et dimanche.▼LES COMMENTAIRES«Une édition au-dessus de la mêlée», s’enthousiasmeLe Matin, en citant le concert de Neil Youngcomme «le plus mémorable de cette édition». Lequotidien note encore «le charisme incroyable» deNick Cave, tout en faisant des artistes suisses «lesgrands gagnants (…). Après avoir déménagé ducamping à l’ancien Détour, la crème du cru a bénéficiécette année du Club Tent. Plantée sur un boulevardtrès fréquenté, la scène a, du coup, abrité degrands moments. (…) Tout est parfait? Presque. LeDétour n’a pas rempli nos attentes. Daniel Rossellatle reconnaît lui aussi: “Cette scène doit trouverson identité.”» 24 heures salue de son côté «l’avènementd’une deuxième “grande scène”, lesArches», et explique que les points noirs du nouveaulieu (interférences sonores, aménagement, disposition)seront analysés.» Sur l’antenne de RTS Un,on ne s’étonne guère de ce bilan radieux: «Commechaque année, depuis une décennie. Paléo conciliesuccès public et critique. Conclusion, les programmateursont surtout parlé des concerts qui ontmarqué cette semaine. En tête Nick Cave and theBad Seeds, Sigur Rós ou encore Blur, mais surtoutun concert qualifié de mémorable et héroïque parDaniel Rossellat, celui de Neil Young.» Répondantaux questions de La Première, le programmateurJacques Monnier explique que, comme «depuisquelques années le festival fonctionne très bien,on s’est dit qu’on allait aller un peu plus loin dansla programmation, avec des artistes peut-être unpeu moins populaires (…). Je pense à Nick Cave,qui pourrait peut-être attirer 2000 ou 3000 personnesdans un concert à Genève, (…) et qui a jouédevant 30 000 personnes et a séduit le public. Jecrois qu’il y a beaucoup de gens qui ont découvertcet artiste, on est donc très contents.»SOCIÉTÉ&CULTUREENQUÊTE Le conducteur du train Francisco Garzón a admis à avoir roulé trop vite.31 JUILLET 2013 L’HEBDOOSCAR CORAL▼À SUIVRELe 39 e Paléo Festival se déroulera du 22 au 27 juillet2014. Sa programmation sera comme de coutumedévoilée à la mi-avril.√ACTUELS


32∑EN DIRECT DES BLOGSJ'aimeFACEBOOK. Vous aimez «L’Hebdo»? Alors gratifieznotre page de «Like» et prenez connaissance en tempsréel des contributions de nos blogueurs.HEBDO.CH » REVUE DE BLOGS DE LA SEMAINEVoyage, voyage94 x 94mmLA CHRONIQUE DE SÉVERINE SAASC’est si facile, de voyager. A l’ère d’easyJet et autres compagnieslow cost, un clic et quelques centaines de francs suffisent pour seretrouver à l’autre bout du monde. Le voyageur poursuit toujoursun but idéal: découvrir d’autres cultures, contempler la nature,retrouver la liberté. Il en va demême des hommes d’Etat, dont lamission implique qu’ils restentouverts sur le monde.Plutôt surprenant, donc, d’entendrejournalistes et politicienssuisses reprocher à Filippo Lombardi,le président du Conseil desEtats, sa frénésie de déplacementsà l’étranger. Comme le fait remarquerMartine Brunschwig Graf,«nous sommes réputés pournotre savoir-faire, mais pasnécessairement pour notre capacitéà partager. Voyager, c’estaussi partager et se montrercurieux du monde de l’autre, dumonde des autres. (…)»Voyager ne signifie pas toujoursse rendre à l’étranger. A quoi bonconnaître le monde si l’on ignorece qu’il se passe à côté de cheznous? La Suisse recèle ainsi d’innombrablescoins de paradis, propicesà s’aérer les idées. Connaissez-vousle très spectaculairebisse de Wyssa, en Valais? Notrecontributeur Eric Loup a testé labalade pour nous :«Perché audessusdu village de Mund, le début du sentier se fait bucoliqueavant de pénétrer sur le flanc ouest de la vallée du Gredetschtal,de s’engager dans la partie la plus vertigineuse. Pour en signalerle danger, un panneau d’avertissement, avec un ange peint dessus,a d’ailleurs été fixé à cet endroit. La portion risquée franchie,le chemin retrouve de la quiétude jusqu’à son origine, le torrentMundbach. De là, il est possible de grimper jusqu’à l’alpage deStrick, tout en contemplant le Nest horn, en appréciant le paysagesauvage de cette vallée. (…)»Lorsqu’on voyage, il est importantde bien choisir son hôtel. Voilàpourquoi Knut Schwander, responsabledu guide GaultMillau,nous parle régulièrement des«hôtels de collection» qu’il a lachance de visiter. Il nous rapportequ’au Gstaad Palace, on peut regarderRoger Federer jouer sur le courtde ce lieu de légende qui fête cetteannée son centenaire. «Ici, le spectacleest permanent. Quatre desplus grands champions du tennismondial s’entraînent simultanémentà deux pas et les rombièresà chien-chien (de race) boiventleur champagne en regardant lesarrangements de fleurs. (…)»En matière sexuelle, PatrickMorier-Genoud nous fait voyagerà travers le règne animal pournous parler des galipettes desantilopes topi. «Les femelles sebattent entre elles pour copuleravec les mâles qui, eux, attendenttranquillement que les plus déterminéesviennent leur offrir leurcroupe. Cela ne dure que 24 heurespar an, mais durant ces 24 heures-là, les dames topi sont insatiables,s’accouplent à plusieurs reprises, avec plusieurs messieurs,vont même jusqu’à les harceler lorsqu’ils se refusent.» Bonvoyage!√ACTUELS(…) Peut-on vraimentprétendre jouer un rôlesur le plan international sans nousintéresser aux autres au point derefuser de leur rendre visite? Qui peut mieuxle dire que saint Augustin? Le monde est unlivre et ceux qui ne voyagent pas n’en lisentqu’une page…» MARTINE BRUNSCHWIG GRAF(…) Et de redescendreen direction de Mund, faceau Spitzhorli, au Böshorn ou encoreau Fletschhorn, en empruntantle bisse de Stigwasser.» ERIC LOUP(…) Un séjour dans cettemerveilleuse bâtisse àtourelles où le spa est grandiose,les chambres d’un confort douilletet le bar le rendez-vous d’une coterierichissime et fantasque reste un vraispectacle.» KNUT SCHWANDERL’HEBDO 31 JUILLET 2013


EN DIRECT DES BLOGS∑33Blogs» Politique»Une Suisse en mouvementCOMMENTSAUVERL’OBLIGATIONDE SERVIR?Le succès du service civildevrait inciter à repenserl’obligation de servir.JOHAN ROCHELLe 22 septembre prochain,le peuple est appelé à seprononcer sur l’obligationde servir. De manièreintelligente, l’initiativelancée par le Groupementpour une Suisse sans armée(GSsA) n’exige pas lasuppression de l’arméeelle-même, mais l’abrogationdu système de milice.(…) A ce titre, l’initiativepose une question absolumentlégitime: commentpeut-on justifier que tousles citoyens de ce payssoient forcés d’offrir uneannée de leur vie à l’Etat?(…)Le GSsA met le doigt surle point névralgique, sanstoutefois poser la bonnequestion! En effet, il traited’un même coup deuxquestions clés: l’obligationde servir et le servicemilitaire. En l’état, l’initiativeprovoquerait unpassage à un système basésur le volontariat. Personnene pourra être astreint auservice militaire et l’arméesera composée de volontaires.Mais le texte duGSsA ne concerne passeulement l’armée. Ilentraîne avec lui la fin del’idée d’obligation de servirtout court. Si elle devait êtreacceptée, l’initiativesupprimerait la possibilitéd’un service obligatoirepour la communauté. (…)La question est donc malposée car elle impose aux31 JUILLET 2013 L’HEBDOWWW.HEBDO.CHLe débatvous estouvert:participezà la discussionsur le sitede L’Hebdo,réagissezaux opinionset aux billetsde nosblogueurs.Vos commentairespourrontêtre publiésdans uneprochaineédition.√citoyens une faussealternative: le statu quoou l’abrogation de toutesformes d’obligation.Une troisième voie existepourtant. Elle passe par larefonte en profondeurde l’idée de service à lacommunauté. (…)Ceux qui y croient devraientdonc voter non le 22 septembre.Mais pour êtrecohérent, ce non devraits’accompagner d’actionsconcrètes pour réformerl’inacceptable statu quo.√C’est tout notre systèmede défense qu’ilfaut repenser avec unearmée de volontaires,une défense aérienneavec la collaboration despays européens pour laprotection des côtes etdes frontières terrestreshors Europe. C’est pourquoije vais voter oui àl’initiative du GSsA, pourqu’un jour des milliardspuissent être utiliséspour nos vieux, notresanté, nos routes,nos chemins de feret plus pour les guetterpar les fenêtres. √DRASIWBlogs» Economie & Finance»Post Scriptum«MOI, DAVIDLESAR, JE MEMARRE…»Marée noire: Halliburtonplaide coupable dedestruction de preuves. LePDG du groupe de servicespétroliers prend la parole…MICHAEL WYLERHalliburton, la boîte dontje suis el supremo (président,directeur général,etc.), vient de plaidercoupable de destructionde preuves. Et pas den’importe lesquelles: cellesqui concernent notre rôledans la marée noire d’avril2010 dans le golfe duMexique, le pire désastreenvironnemental del’histoire des Etats-Unis.Je vous passe les détails.En gros, c’est nous quiavons construit le coffrageen béton de la plateformeDeepwater Horizon deBritish Petroleum. C’estcelle qui a explosé en tuant11 personnes, a déversédes centaines de millionsde litres de pétrole dans lamer et a pollué 1700 km decôtes. Un record difficileà battre! Or, la qualité dece coffrage était aussidouteuse que nombrede déclarations de monprédécesseur, DickCheney, alors qu’il étaitvice-président desEtats-Unis!Nous le savions. Comment?Avant de poserce coffrage, nous avionsréalisé des simulations parordinateur et connaissionsle risque. Mais il fallaitéconomiser… Nous avonsdonc fait disparaître cessimulations illico presto,écrabouillé tous les disquesdurs et avoué notre grandefaute. Un mea-culpa enbonne et due forme!Résultat des courses? Uneamende de 200 000 dollars(le maximum prévu parla loi) et une contribution«volontaire» de 55 millionsà une Fondation pourl’environnement enéchange de l’assurancede ne pas être poursuivispénalement. Bien joué,non? Pas étonnant queje sois payé 17 millionspar an… Et puisque nousfaisons dans la transparence,j’avoue aussi que sije suis domicilié à Dubaï, cen’est pas que pour le climat:je suis un peu allergiqueaux ponctions fiscales…Blogs» Politique»Suisse-Union européenneSCANDALEUSEPERCEPTIONDES VALEURSLe conseiller fédéralMaurer met les nazis et l’UEdans le même sac.RENÉ JOSTLors de son récent voyageen Chine, le présidentde la ConfédérationMaurer s’est carrémentmis à genoux devantles dirigeants de ce qui estencore et toujours unesanglante dictature. (…)Changement de décor.Le 27 juin 2011, l’UDC aorganisé une réunion nonautorisée au Grütli, où ceparti fascisant a fait signer,sur un sublime parchemin,aux représentants de sespartis cantonaux de Suissecentrale, l’engagementsolennel de créer unenouvelle Confédérationpour le cas où la Suisseadhérerait à l’Unioneuropéenne. (…) A cetteoccasion, le conseillerfédéral Maurer, ministrede la Défense, a tenu undiscours qui montre à quelpoint ce type est dangereux.Pour renforcer larésistance contre l’Unioneuropéenne, il a cité«l’histoire et la force dugénéral Guisan pendantla Seconde Guerremondiale», en s’appuyantsur son rapport du Grütlidu 25 juillet 1940, lorsquele général a lancé sur cesite historique un appelaux officiers supérieursafin qu’ils transmettentau peuple et à l’armée leurvolonté à la résistanceinconditionnelle contreles nazis. Autrement dit,Maurer a mis les Européensd’aujourd’hui dans lemême sac que les nazis. √ACTUELS


2 e pilierImpossible,Comment faireles bons choixpourun employé, de changerde caisse de pension.L’assuré peut néanmoinsfaire des choix qui luipermettront de profiterau mieux de ses avoirs.Explications point par point.MIEUX COMPRENDRETEXTE PIERRE NOVELLOILLUSTRATION WAZEMLes beaux jours reviennent pour lescaisses de pension qui ont profité del’embellie des marchés. Le rapport sur lasituation financière des institutions deprévoyance 2012, publié par la Commissionde haute surveillance de la prévoyanceprofessionnelle (CHS PP), estvenu le confirmer. Le taux de couverture– cette mesure de la solvabilité descaisses – s’est amélioré: 90% des institutionsde prévoyance sans garantieétatique affichaient un taux d’au moins100% à fin 2012. Tandis que seulement4% des caisses de pension ne profitantpas de la protection de l’Etat présentaientun risque élevé.Dès lors, tout va-t-il bien pour le 2 e pilier?Pas encore tout à fait. D’abord parce qu’ilne s’agit que d’un instantané, lié auxrécentes performances des marchésfinanciers. Ensuite parce que ces chiffresne sont que des moyennes, cachant detrès grandes différences entre les caisses.Les institutions de prévoyance bénéficiantde la garantie de l’Etat (auxquellessont en principe affiliés les fonctionnaires)ne sont ainsi que 27% à atteindrele taux de couverture de 100%.L’HEBDO 31 JUILLET 2013


MIEUX COMPRENDRE∑3540 Opinion de Mario Botta42 Opinion de Pierre Dessemontet44 Finance45 Spécial FribourgPROFIL31 JUILLET 2013 L’HEBDOPHOTOGRAPHE AGENCEPIERRENOVELLOJournaliste indépendantet auteurd’ouvrages de vulgarisationéconomique,Pierre Novello vientnotammentde publier Le guidefinancier dupropriétaire(2 e édition) etLe guide de votreprévoyance 2013(e-book), auxEditions PierreNovello. Depuisnovembre 2012,il tient par ailleursle blog L’économieen clair sur le siteweb de L’Hebdo(www.hebdo.ch).MIEUX COMPRENDRE


36∑2 e PILIERMIEUX COMPRENDREDe plus, divers éléments peuventmettre les caisses de pension en difficulté,même si elles sont aujourd’hui àl’équilibre. Des éléments comme les promessesde rentes qui continuent d’êtrefondées sur des garanties d’intérêt relativementélevées (en partie imposées parla LPP), les risques de placement sous laforte pression des engagements existantset de l’extrême faiblesse des tauxd’intérêt. Ou encore la structure d’âge decertaines caisses de pension comptantune forte proportion de rentiers, qui rendles assainissements difficiles en cas desous-couverture.Marge de manœuvre. Si l’on est affilié àl’une des caisses considérées comme àrisque, on peut donc se faire du souci.D’autant que le salarié ne peut pas choisirson institution de prévoyance, ce quiréduit sa marge de manœuvre. Toutefois,l’assuré peut influer de manière significativesur son avoir de 2 e pilier. Notammenten rachetant des lacunes de cotisation,en devenant propriétaireimmobilier, ou en optant pour un retraitde son capital au lieu d’une rente à laveille de sa retraite. Autant de décisionsqui doivent dépendre non seulement del’état de santé de la caisse de pensionmais aussi de la situation personnelle del’assuré, de son revenu imposable, desmoyens dont il disposera à la retraite.Voici les principaux éléments à prendreen compte lors de ces choix essentiels.01Le rachat de prestationsLes rachats de prestations permettentaux personnes qui n’ont pas suffisam-GLOSSAIREPrimauté de prestationsUne caisse de pensionapplique un plan enprimauté de prestationsen fixant a priori un taux derente en fonction du derniersalaire, par exemple 60%,lorsque l’assuré arrivera àl’âge de la retraite.Primauté de cotisationsDans ce type de plan, lesrentes futures des assurésseront déterminéespar l’accumulationdes cotisations etdu rendement des capitaux.Taux de couvertureRapport entre les actifsnets de la caissede pension et lesengagements de laprévoyance, ainsi que lesprovisions techniques,qui couvrent les risques delongévité et d’invalidité.Taux de conversionDans le cadre du 2 e pilier,c’est le taux appliqué àl’avoir de vieillesse accumulépar l’assuré, déterminantsa rente annuelle en casd’invalidité, de décès (pourles survivants) et pour lavieillesse.Prévoyance surobligatoirePrévoyance qui va au-delàde ce qui est prescrit parla LPP et qui peut êtreappliquée au bon vouloirdes caisses de pension,dans certaines limites.3 e pilier lié (3a)Prévoyance individuellefacultative bénéficiantd’importants avantagesfiscaux, mais soumise à defortes contraintes. Elle estlimitée aux assurances vieet aux comptes ou dépôtsde prévoyance.ment cotisé à leur 2 e pilier au cours deleur parcours professionnel de comblerleurs lacunes afin d’éviter que, à laretraite, elles n’aient que des rentes devieillesse très modestes. Ces cotisationsvolontaires sont toujours possibleslorsqu’on entre dans une caisse de pensionet, en principe, chaque année.Ces rachats ne sont évidemment préconisésque si l’institution paraît apteà assumer ses promesses de prestations,comme l’affirme Roland Bron,directeur de VZ VermögenszentrumSuisse romande: «Pour les caisses endéficit, nous recommandons la prudence.Si le taux de couverture s’avèreinférieur à 95%, un rachat n’est enprincipe pas conseillé. Dans cette perspective,le rachat dans certaines caissespubliques qui affichent des taux decouverture très bas est à éviter.» On nepeut toutefois pas se limiter au seulcritère du taux de couverture. Il fautégalement prendre en compte leniveau de la réserve de fluctuation devaleurs, soit ce qui doit servir de coussinen cas de chute des investissementsrisqués. Autrement dit, plus unecaisse prend de risques, plus le taux decouverture doit être élevé.Outre ces indicateurs, il faut aussiconsidérer la structure d’âge de l’institutionde prévoyance. Une caisse quicompte une proportion élevée deretraités, et dont les rentes sont doncfixées jusqu’à leur décès, aura beaucoupde peine à redresser la situationen cas de difficultés.Choisir le bon moment. Si, après examensde ces différents paramètres, lesrachats s’avèrent justifiés, encore fautilchoisir le bon échéancier. La stratégiesera différente selon que la caisseapplique un plan en primauté de prestationsou en primauté de cotisations(voir glossaire ci-contre). En primautéde prestations (qui concerne essentiellementles caisses publiques), la renteest fixée par un taux de pourcentage dudernier salaire, tandis qu’en primautéde cotisations, elle sera calculée parl’accumulation des cotisations et durendement des capitaux. En primautéde prestations, il est en principerecommandé de procéder aux rachatsle plus tôt possible, car ils deviennentde plus en plus chers au fil du temps,contrairement à ce qui se passe dansles caisses en primauté de cotisations.En effet, dans ces dernières, le montantracheté est crédité sur l’avoir devieillesse: le coût à la charge de l’assuréest donc identique quel que soit l’âgedes rachats.En primauté de cotisations, il peutmême être intéressant de repousser leplus tard possible les rachats, surtoutsi l’institution de prévoyance n’assureque des rendements très faibles. Ilpourrait en effet s’avérer plus judicieuxd’investir ses économies sur d’autresinstruments financiers (par exempledes actions dont le rendement peutêtre plus élevé), et de procéder auxrachats quelques années avant ledépart en retraite. Mais, dans ce cas,pour ceux qui voudraient retirer leurcapital, il faudra impérativement effectuerces rachats au moins trois ansavant cette échéance, sinon, selon unarrêt du Tribunal fédéral, ces fondspourraient être bloqués et ne plus êtredisponibles que sous forme de rentes.Echelonner pour déduire. En termesfiscaux, la stratégie de rachat s’avèreL’HEBDO 31 JUILLET 2013


2 e PILIER∑37TAUX DE COUVERTURETAUX DES CAISSES DE COUVERTUREDE PENSIONÀ QUAND LA REPRISE DE LA BAISSEDU TAUX DE CONVERSION40332728153SANSGARANTIEÉTATIQUE885144AVECGARANTIEÉTATIQUE16626Moins de 90%De 90 à 99,9%De 100 à 109,9%De 110 à 119,9%120% et plusMoins de 80%De 80 à 89,9%De 90 à 99,9%De 100 à 109,9%De 110 à 119,9%Les taux de couverture varient fortement selon les institutions deETALER prévoyance, mais SES à un RACHATSniveau très inférieur pour les caisses de pensionbénéficiant de la garantie étatique, comme l’a recensé la Commission dehaute surveillance de la prévoyance professionnelle pour la fin de 2012.100 On constate ainsi que, sur les 66 caisses de droit public avec garantie,pas moins de seize affichent un taux de couverture inférieur à 80%.30 100En milliers de francs suisses80Economies fiscalesidentique sous les deux régimes: leprincipe de base est d’éviter des rachatsmassifs 60 en une seule fois, et plutôt deles échelonner sur plusieurs années.Coût netl’avoir de vieillesse, soit par sa mise engage. C’est encore le cas, mais demanière nettement plus restreintedepuis juillet de l’année dernière. EnNon seulement parce que le versementeffet, les preneurs de crédit hypothécairedoivent désormais fournir au40pourrait69 900dépasser le revenu imposable(par exemple si un héritage permet demoins 10% de fonds propres provenantd’une autre source.réaliser un rachat important), mais20surtout parce que 7300 l’impôt 7300 est progressif,7300 7300 En 7300 d’autres termes, si vous voulezc’est-à-dire que12 700les déductions12 700 12fiscales700 12 700acheter12 700un bien de 800 000 francs, il0sont particulièrement avantageusesRachat pour les tranches Rachat de Rachat revenus Rachat lesRachat moins Rachat 80 000 francs avant de pouvoirfaut que vous posiez sur la table auuniquepartielpartielpartielpartielpartielplus hautes. 2013 Par 2013 exemple, 2014 un rachat 2015 de2016 toucher 2017 à votre avoir de 2 e pilier. Le but100 000 francs étalé sur cinq ans à raisonaffiché par la Finma (surveillant desde 20 000 francs par an, pour unmarchés financiers), qui a approuvérevenu TAUX imposable DE CONVERSIONde 150 000 francscette directive édictée par l’Associationpar an, permettrait une économie fiscale7,2 finale nettement plus élevée quesuisse des banquiers, est d’empê-cher les candidats à la propriété auxsi les 100 000 francs étaient rachetés Taux de conversion moyens % modestes de mettre «en dangerd’un 7,1 coup.Hommesleur capital de prévoyance et doncFemmes leur propre rente».027,0Cette restriction s’ajoute à celle del’âge: le retrait ou la mise en gage de6,9l’entier de l’avoir de vieillesse n’estpossible que jusqu’à 50 ans. Au-delà,L’achat6,8immobilierce sera la valeur atteinte par son avoirLe 2 e pilier a longtemps constitué unede vieillesse à cet âge-là, ou la moitiésource de fonds propres pour les assurésqui voulaient accéder à la propriété,plus élevé des deux s’avère détermi-de sa valeur actuelle (le montant le6,7soit par le retrait pur et simple denant).6,62006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 20147,17,27,17,15Source: 31 JUILLET Le guide de 2013 votre prévoyance L’HEBDO7,057,07,057,07,06,956,956,96,96,856,856,86,86,8La baisse continue du taux de conversion, qui tombera à 6,8% pour tout l’anprochain, n’est pas forcément terminée, malgré le rejet par le peuple, en mars 2010,d’un projet du Parlement de réduire une nouvelle fois ce taux à 6,4%. Certainsestiment en effet nécessaire de reprendre le chemin de la baisse en raison duvieillissement démographique – qui allonge mécaniquement la durée de versementdes rentes – mais également de la faiblesse persistante des taux d’intérêt.Placement plus sûr… Si vous disposezde ces fameux 10% de fonds propreshors avoir de vieillesse de 2 e pilier etque votre caisse de pension fait montred’un taux de couverture très déficitaire,vous pourriez en prélever une grandepartie pour l’investir dans une acquisitionimmobilière, dans le but de mettreà l’abri ces fonds de prévoyance.Cette stratégie n’est toutefois pas toujourspossible. Le règlement de lacaisse de pension peut en effet prévoirde limiter le versement anticipé dansle temps et d’en réduire le montant. Amoins que la caisse soit vieillissante,c’est-à-dire que le nombre de rentierscroisse rapidement et qu’elle soit doncde plus en plus fragile à l’avenir. Dansce cas, elle ne peut actuellement pasempêcher ses assurés de prendre latotalité de leur caisse de pension pouracquérir une résidence principale.… sauf en cas de retournement. Dans ladécision, il faut évidemment faireentrer l’évolution du marché immobilier,qui présente aujourd’hui des tauxd’intérêt au plus bas et des prix qui ontatteint des niveaux stratosphériquessur l’arc lémanique, mais égale-INFOGRAPHIES PASCAL ERARDMIEUX COMPRENDRE


38∑2 e PILIERMIEUX COMPRENDRETAUX DE COUVERTUREÉTALER SES RACHATS POUR AUGMENTERLES ÉCONOMIES ETALER FISCALES SES RACHATS10080604020030 10069 900Rachatunique2013Pour maximiser l’impact fiscal des rachats danssa caisse de pension, il faut les étaler surplusieurs années, car l’impôt sur le revenu est7,2progressif. En d’autres termes, ce sont lestranches de revenu les plus élevées qui sont lesplus imposées. On peut 7,1illustrer ce phénomèneavec le simulateur fiscal fourni pourl’administration fédérale 7,0 (www.estv2.admin.ch), en prenant le cas d’une personne mariée,TAUX DE CONVERSION6,96,84037,1327730012 700Rachatpartiel20137,27,1287,15153SANSGARANTIEÉTATIQUE730012 700885Moins de 90 %De 90 % à 99,9 %De 100 % à 109,9 %De 110 % à 119,9 %120 % et plusRachatpartiel2014730012 700Rachatpartiel20157,057,07,057,07,0146,956,95730012 70046,96,9AVECGARANTIEÉTATIQUE266,85730012 7006,856,816Moins de 80 %De 80 % à 89,9 %De 90 % à 99,9 %De 100 % à 109,9 %De 110 % à 119,9 %En milliers de francs suissesEconomies fiscalesCoût netRachatpartiel2016Rachatpartiel2017sans enfants, habitant Lausanne, avec unrevenu imposable de 160 000 francs par an. Sicette personne procédait à un rachat de100 000 francs en une fois, elle économiseraitenviron 30 000 francs Taux d’impôts. de conversion Alors en que % si elleétalait ses rachats sur cinq Hommes ans, elle épargneraitautour de 7300 francs d’impôts Femmes par année,c’est-à-dire 36 500 francs (= Fr. 7300 x 5) surcinq ans. Soit 6500 francs de plus.66,86,8ment sa situation personnelle.Aussi, Albert Gallegos, responsable duconseil patrimonial et prévoyance dela Banque cantonale de Genève, meten garde: «Si vous videz votre caissede pension pour acquérir un bienimmobilier, vous êtes exposé à unretournement de marché. Si, pourvotre malheur, vous êtes victime d’unaccident professionnel ou personnelet que vous êtes obligé de vendre à cemoment-là, vous risquez de perdre ceque vous aviez sorti de votre 2 e pilier.Vous seriez alors doublement pénalisé.»Vous auriez ainsi échangé lerisque de voir vos rentes de vieillesseréduites, contre celui de ne pas enavoir du tout!A noter que la part du 2 e pilier engagéedans un logement peut être rembourséeauprès de sa caisse de pension. Aucontraire des rachats, ces remboursementsne sont toutefois pas déductiblesdes impôts. Il faut par ailleursavoir remboursé l’entier de ce qui a étésorti de la caisse avant de pouvoir procéderà de nouveaux rachats de prestations.03Le retrait du capital au lieude la renteA la fin de leur vie active, les futursretraités peuvent prendre tout ou partiede leur avoir de vieillesse sousforme de capital, selon ce que permetle règlement de la caisse. Dans lerégime obligatoire, les institutions deprévoyance sont contraintes de laisserpartir les nouveaux retraités qui lesouhaitent avec au moins un quart ducapital, le reste étant converti enrentes de vieillesse. Quant à l’avoirsurobligatoire, les caisses de pensionpeuvent n’autoriser aucun retrait.Nombre d’entre elles laissent cependantaux nouveaux retraités la possibilitéde prendre la totalité de leuravoir de vieillesse.Les caisses préfèrent généralementque les assurés prennent leur capital,car cela les dégage du risque dit de longévité,autrement dit que les personnesvivent très longtemps aprèsL’HEBDO 31 JUILLET 2013


2 e PILIER∑39leur départ en retraite. Concrètement,elles n’ont plus à assumer le versementdes rentes aux assurés qui vontdevenir très âgés. Mais, en creux, celaveut dire que ce risque doit être pris encharge par les retraités eux-mêmes.Pour le couvrir, différentes optionss’offrent à eux, à commencer par lasouscription de rentes viagères privées,mais en retrouvant des taux deconversion qui seront au mieux àpeine plus favorables que ceux qu’offraitleur caisse. Ou alors des investissementssur les marchés financiers,mais avec les risques qui leur sont liés,ou encore dans l’immobilier.Question de solidité. Dans ce contexte,l’état de santé de l’institution de prévoyancen’est pas sans effet sur lechoix qui s’offre aux personnes approchantde la retraite. Si l’on prend uniquementles caisses en primauté decotisations, largement majoritaires, lepoint fondamental, c’est le taux deconversion. En effet, plus ce taux estbas, plus la rente sera faible.Lorsqu’il s’agit de couples dont chacundes époux est affilié à une caisse différente,«on se pose souvent la questionde savoir s’il faut prendre la renteou le capital», explique Roland Bron.Dans ce cas, «cela peut faire sens quemadame opte pour les rentes, si sacaisse de pension est en meilleuresanté que celle de son mari, d’autantplus que les femmes ont une espérancede vie plus élevée que leshommes, tandis que son époux prendraitson capital».En lien avec l’AVS. L’heure du départ enretraite peut également être influencéepar l’état de santé de l’institutionde prévoyance. On pourrait imaginerque certaines personnes se pressentpour sortir de la vie active afin debénéficier de taux de conversion favorables,avant qu’ils ne baissent. A cepropos, Fabrice Welsch, responsableprévoyance et conseils financiersauprès de la Banque cantonale vaudoise,explique: «C’est un calcul quidoit être effectué en relation avecl’AVS. Si vous avez un conjoint quiprend également une préretraite, vousallez sans doute hésiter parce que vous31 JUILLET 2013 L’HEBDOLA PRÉVOYANCE SUROBLIGATOIREUne aubaine pour les indépendants à revenu élevéAlors que de nombreux salariés s’inquiètentde l’avenir de leur caisse depension, et par ricochet de leur prévoyancevieillesse, les indépendants n’onten principe pas ce souci. Ils n’ont aucuneobligation de s’affilier à une institutionde prévoyance professionnelle. Ils privilégientsouvent un ou plusieurs produitsde 3 e pilier lié, qui bénéficient égalementd’importants privilèges fiscaux. Concrètement,les cotisations peuvent êtredéduites jusqu’à hauteur de 20% de leurrevenu AVS, mais pour un maximum de33 696 francs par an. Autrement dit, ilspeuvent, à l’instar de toute personneactive, bénéficier de 6739 francs par ande déductions grâce aux produits de3 e pilier lié.Plus avantageux que le 3 e pilier. Mais lesindépendants à haut revenu auraient tortde renoncer au 2 e pilier: les déductionsfiscales maximales du 3 e pilier liés’avèrent comparativement très modestespar rapport à celles qui sont possiblesdans un plan de prévoyance surobligatoire.Si le salaire assuré maximal –autrement dit la base de calcul pour lescotisations et les prestations – dansl’assurance obligatoire n’est que de59 670 francs par an, quel que soit lesalaire effectif, ce plafond peut monterjusqu’à 842 400 francs dans un plansurobligatoire!devrez continuer à payer vos cotisationsAVS. Alors que si votre conjointest plus jeune, vous n’aurez plus à lefaire car c’est lui qui s’en chargera.»On rappellera qu’il suffit que la personneen activité paie plus du doublede la cotisation AVS minimale, soit960 francs par an, pour que sonconjoint sans activité lucrative en soitexonéré. Par ailleurs, note encoreFabrice Welsch, «jusqu’à récemment,les cadres supérieurs partaient entre58 et 60 ans. Mais, aujourd’hui, lesgens ont tendance à rester plus longtempspour ne pas subir une baissetrop marquée de leurs prestationsvieillesse.»√En d’autres termes, un salarié ou unindépendant qui dégagerait un telrevenu, et qui bénéficierait d’un plande 2 e pilier aussi généreux, pourraitverser des cotisations annuelles allantjusqu’à 168 400 francs, soit 20% de sonrevenu. Entièrement déductibles deson revenu imposable! Le 2 e pilier surobligatoireconstitue donc une véritableaubaine pour tout indépendant à hautrevenu, lui permettant d’engranger unmaximum d’économies fiscales.L’indépendant pourrait encore profiterde la possibilité de procéder à desrachats sur la base du salaire assurémaximal, donc jusqu’à 842 400 francs.Fiscalement, il serait alors gagnant surtous les tableaux: il profiterait immédiatementd’une forte réduction d’impôtpar sa cotisation annuelle, quipourrait être accrue en cas de rachat.Alors qu’il n’y a aucune possibilité derachat dans le 3 e pilier lié.Enfin, cerise sur le gâteau, l’indépendantpourrait aussi déduire de sonrevenu soumis à l’AVS la moitié de lacotisation qu’il verse au titre du 2 e pilier.C’est d’autant plus intéressant quel’AVS est sans doute l’assurance socialela plus redistributive. Tout montant quidépasse 84 240 francs n’est pas constitutifde prestations pour l’assuré. Toutedéduction constitue donc un purbénéfice.√PNÀ CONSULTER¬Le ¬ guide de votre prévoyance 2013(e-book), Pierre Novello, juin 2013,Genève, ou la version papier 2012,Ed. Pierre Novello¬La ¬ prévoyance professionnelle suissedepuis ses origines, Meinrad Pittet etClaude Chuard, Ed. Slatkine, 2013,Genève¬Une ¬ cure de jouvence pour laprévoyance vieillesse – Propositionsde réforme du deuxième pilier, JérômeCosandey et Aloïs Bischofberger, AvenirSuisse et Ed. du Tricorne, 2013, Genève¬Site ¬ internet de l’Office fédéraldes assurances sociales:www.bsv.admin.chMIEUX COMPRENDRE


40∑DÉBATS & POLÉMIQUEL’architecte tessinois Mario Botta dresse un constat amer face à la dislocation duterritoire qui touche son canton et dénonce les impulsions de la spéculation générantun désastre territorial.MIEUX COMPRENDREUrbanismeDéferlante de béton sur le TessinMARIO BOTTAAl’instar d’autres réalités géographiquesde la vieille Europe, les zonesurbanisées du Tessin ont subi ces dernièresdécennies de lourdes transformationsde la trame paysagère en raison dela transition rapide d’une économie postagricoleà une réalité nouvelle que nouspouvons définir comme post-tertiaire.Ces nouveaux paramètres de l’espace devie mettent en évidence tous les déséquilibresconstatés sur un territoire où l’impactde nouveaux habitats urbains n’estpas parvenu à créer un tissu bâti capablede rivaliser avec l’extraordinaire qualitédu paysage existant.Les équilibres dictés par les systèmessocioéconomiques du siècle dernier, envigueur jusque dans les années 60, ontété bouleversés avec une brutalité jamaisvue, dans la seconde moitié du XX e siècle,par de nouveaux habitats qui ont essaiméhors de toute mesure, tandis que s’étoffaientde nouvelles infrastructures detransport – chemin de fer, autoroute et,désormais, AlpTransit – qui ont tracé denouveaux axes de traversée nord-sud lelong du Tessin.Par ailleurs, de nouveaux modèles de vieet de comportement complètement différentsde ceux de naguère ont été dictéspar la «révolution électronique» et la globalisation,ce qui a conduit le pays à desmodèles d’utilisation du territoire inédits.C’est surtout autour des quatre zonesurbaines de Locarno, Bellinzone, Luganoet Mendrisio qu’une urbanisation agressivea trouvé un terreau fertile, bien audelàdu développement naturel des villes,mettant en relief les aspects les plusnégatifs de la déferlante spéculative. Lesplans d’urbanisation des récentesimplantations créées au sein des frontièrescantonales ont vu le jour indépendammentd’une réalité externe plus vastede laquelle il n’est plus possible de s’abstraire:la contiguïté géographique de l’airemétropolitaine gravitant autour de Milan(quelque 8 millions d’habitants dans unrayon de 50 à 70 kilomètres).Il tombe sous le sens que, au-delà desfrontières nationales et de la diversitédes systèmes politiques, cette immenseconurbation qui effleure le Tessin aunord doit être considérée, bongré mal gré, comme la référencede la nouvelle situationurbanistique: le long des axesqui mènent au cœur de l’Europe,la poussée migratoire deshommes et des services conditionnetoujours plus l’aménagementdu territoire. Lesimages de satellite montrentbien comment les régions préalpinesprennent aujourd’huidéjà la forme d’un véritablemarcottage de l’aire périphériquemétropolitaine.Dans ce contexte nouveau,apparu à un rythme exponentielces dernières années, lesplans de développementapprouvés par le canton duTessin ont été sans cessedébordés par la complexité etla rapidité des nouvelles transformationsen cours, sans lamoindre possibilité d’agir facePROFILà la dislocation du territoire et à la barbariestupide d’une activité de constructionabandonnée aux impulsions de la spéculation:un authentique désastre territorialqui s’est réalisé – c’est pire! – dans le respectabsolu de toutes les lois et règlementsde construction.MARIO BOTTANé en 1943 auTessin.De 1961 à 1964,il étudie au LiceoArtistico à Milanpuis à l’Institutuniversitaired’architecture deVenise. Il travailledans l’atelier de LeCorbusier en 1965et ouvre sa propreagence à Luganoen 1970. Il a réaliséde nombreusesœuvres en Europe,au Japon ainsiqu’aux Etats-Unis.KARL MATHIS KEYSTONELa politique d’urbanisation n’est peutêtrepas la seule à avoir abdiqué sesdevoirs, c’est la culture moderne toutentière qui sort détruite de l’ivresse de lasociété de consommation et de celle du«progrès technique» sans fin.A l’aube de ce nouveau siècle, nous voicien train de collecter les fragments d’unterritoire urbanisé sans aucun véritableprojet, sans plan, sans objectifs capablesd’au moins suggérer la formation d’unpaysage nouveau: de fait, une réalitépolitico-urbanistique qui a fonctionnéjusqu’ici uniquement pour soutenir lafurie constructrice en cours, par le biaisdes plans d’affectation.Le paysage construit est d’une pauvretéconfondante, sans aucune attention portéeà la promotion d’une meilleure qualitéde vie ou à la mise en valeur dessplendeurs paysagères ou architecturales,pourtant si présentes entre lac etmontagne. C’est un spectacle digne despires banlieues, le miroir impitoyabled’une société qui a oublié les principes etles valeurs de la vie en commun.Si quelqu’un nourrit quelque doute à proposde mes considérations, il peut lesvérifier aisément en jetant un coup d’œilsur les encarts spéciaux que publie régulièrementle quotidien tessinois LaRegione sous le titre «Dalle nuvole» (Vudes nuages), où les villages tessinois sontphotographiés du ciel avec leurs excroissancesde quartiers nouveaux. Le désastreurbanistique qui émerge de ces imagesest sans égal dans le reste de la Suisse. Ladégradation des sites bâtis naît de la fragmentationdes «initiatives planificatrices»livrées à la merci des plans d’affectationscommunaux, qui mettent en relieftoute la faiblesse des organes de gouvernementcantonaux, la passivité des architecteset la complicité tacite des «planifi­L’HEBDO 31 JUILLET 2013


DÉBATS & POLÉMIQUE∑41LUGANO L’aménagement du pôle consacré au tertiaire à Pian Scairolo (à droite) doit être qualifié de pire exemple de planification de tout le pays.BENEDETTO GALLI TI-PRESSEcateurs» bien de chez nous, totalementinadaptés à leur tâche et incapablesd’interpréter dans l’espace les nouvellesexigences de la vie en commun.Dans ce contexte sinistré de l’urbanismeau Tessin, je voudrais signaler en guisede cas emblématiques deux tendancestoujours en cours qui défigurent, chacuneselon sa stratégie propre, l’image de certainesportions de paysage.Le premier exemple est né et s’estimposé dans le très bref espace d’unegénération autour de la bretelle d’entréede l’autoroute de Lugano-Sud, où unevaste plaine s’étendant entre deux collines,le Pian Scairolo, a été submergéepar les infrastructures d’une série d’activitésà caractère régional (supermarchés,magasins, bureaux). La proximité dutissu urbain et l’attrait de la ville deLugano ont créé là, sur plus de 3 kilomètres,un pôle consacré au tertiaire dansune zone qui, jusqu’aux années 70, étaitmajoritairement agricole.31 JUILLET 2013 L’HEBDOEn quelques décennies, plus de500 000 mètres carrés de surfacesutiles ont été construits en l’absence detout projet urbanistique, multipliant lesinterventions avec pour seules limites lesprétendus plans d’affectation que lescommunes limitrophes avaient approuvésdans l’intervalle. Le seul tracé deroute qui traverse cette pagaille deconstructions est un très timide élargissementde l’ancien chemin de dévestitureagricole: aucun espace public n’a étéprévu, aucun arbre n’a été planté pourverdir le béton; les parkings anarchiquessur les espaces privés le long de la routeservent de filtres aux nouvelles implantations,dont les façades sont réduites aurôle de support d’une infinité d’enseignespublicitaires. Un véritable Las Vegas,mais de quatrième catégorie.Il me semble superflu de parler du traficchaotique qui s’engouffre dans cetteplaine située entre les contreforts splendidesdu Monte San Salvatore et de laCollina d’Oro. Sans l’ombre d’un doute, ledéveloppement urbanistique du PianScairolo doit être qualifié de pire exemplede planification de tout le pays.L’autre exemple désastreux que j’entendssignaler (une autre pointe de l’iceberg dela spéculation foncière) se présente sousdes atours apparemment plus élégantsmais tout aussi sournois. En ville deLugano, ces dernières années, on a vubon nombre d’hôtels peu à peu transformésen appartements meublés. Entre lesterrains les mieux situés dans la collineet ceux qui bordent le lac, les nouvellesrecettes de la vague spéculative ontcontribué à modifier l’affectation deslieux, les faisant passer du statut d’accueilhôtelier à celui de résidence. Lescoûts de ces interventions – restructurationsdans certains cas, reconstructionsdans d’autres – ont causé une brutalehausse des prix du marché, parfois dixfois ou plus par rapport aux prix d’il y aquelques années à peine.Bien, direz-vous. La plus-value conféréepar la situation foncière au cœur du tissuurbain est ainsi reconnue et, finalement,c’est la ville elle-même qui en bénéficierapuisqu’elle sera plus luxueuse, plus richeet peut-être aussi plus belle. Mais il restedes regrets: ces nouvelles structures dontla valeur immobilière équivaut à Londres,Saint-Moritz ou Zurich constituent desportions urbaines fantômes. Quand vousvous promenez le soir à Lugano, vous neverrez guère de fenêtres illuminées, vousne trouverez pas beaucoup de signes devie, vous ne trouverez pas d’enfants quijouent devant les porches: vous trouverezune ville muette, par certains aspectsmétaphysique. On est alors effleuré parle doute de vivre comme dans un film deJacques Tati, dans un cadre urbain ouatéet modelé, hélas, uniquement pour desretraités fortunés… quand ils sont là.√TRADUCTION ET ADPTATION GIAN POZZYPARU DANS LA NZZ DU 2 JUILLETMIEUX COMPRENDRE


42∑HEBDO.CH » BLOGS » POLITIQUEL’EXPERTPIERRE DESSEMONTETDocteur en géographie économique, collaborateurscientifique à l’EPFL, fondateuret codirecteur de MicroGIS, il tient le blog«La Suisse à 10 millions d’habitants».La relation entre la Suisse et l’UE est menacée comme jamais depuis 1992: tout sembleindiquer que nous allons vers la rupture d’avec notre principal partenaire. Les acteurspolitiques doivent maintenant prendre leurs responsabilités.IntégrationSuisse-Europe, année zéroPIERRE DESSEMONTETDepuis le vote du 6 décembre 1992,la Suisse et l’Union européenneont une relation très particulière. Unerelation faite de négociations pied àpied sur des sujets techniques et quidans l’ensemble ont abouti, avec l’avald’une majorité de la population et descantons, à une intégration de plus enplus étroite de la Suisse dans le systèmeeuropéen, sur les plans économique,des modèles de formation, dela recherche et du développement, etdans de nombreux domaines ayanttrait à la sécurité. Pour imparfaitequ’elle soit, nul ne peut sérieusementdouter que cette intégration par labande a été et reste globalement bénéfiquepour le pays, qui lui doit lamajeure partie de son éclatante santééconomique.BERNE, 1992 Il y a 20 ans, nombreux étaient ceux qui soutenaient une adhésion de la Suisse à l’Europe. Désormaisplus aucun politicien ne s’engage sur cette voie.LUKAS LEHMANN KEYSTONEMIEUX COMPRENDREMalgré cela, durant les vingt annéesqui nous séparent désormais dudimanche noir, l’opinion s’est progressivementretournée contre l’Unioneuropéenne, contre l’Europe tout court.A tel point que, aujourd’hui, il est certainqu’une votation sur l’adhésion àl’Union ne recueillerait pas plus de20% des voix, et que même la voie prudentedes bilatérales et des votationssectorielles, jusqu’ici couronnée desuccès, est menacée. On pense notammentà l’extension de la libre circulationavec la Croatie, mais aussi auxinitiatives Ecopop et UDC.Que s’est-il passé? Nous ne croyonspas, pour notre part, que les Suissessoient viscéralement antieuropéens.Si l’opinion est désormais aussi opposéeà l’Union, c’est parce qu’elle baignedepuis vingt ans dans un discours deplus en plus unanimement négatifconcernant l’UE. C’est évidemment,depuis vingt ans, le fonds de commercede l’UDC. Mais, depuis quelquesannées, toutes les formations àl’époque favorables à l’adhésion se sontdétournées de ce but. C’est le cas,ouvertement assumé, des directionsdu PLR et du PDC, et à leur suite duConseil fédéral, à un point tel que leprésident de la Confédération assumedésormais plus facilement de se rendreà Pékin qu’à Bruxelles. Et qu’une responsabled’Economiesuisse, un peudésespérée, m’a laissé entendre enaparté qu’elle ne pensait pouvoircompter désormais que sur la gauchepour mener campagne à ce sujet. Uncomble: l’économie sachant bien, elle,ce qu’elle a à gagner de l’intégration àl’Europe.Sauf que, à gauche, justement, çavacille. Entendons-nous bien: il y atoujours eu à gauche une fraction quiconfond la construction européenneavec le projet néolibéral qu’elle lui voitporter et qui, à ce titre, s’oppose à l’ensemble,et on se souviendra que c’estAndreas Gross qui apporta à ChristophBlocher les 1 ou 2% de voix qui lui permirentd’obtenir la double majoritécontre l’EEE en 1992. Mais ce courantétait jusqu’à présent très minoritaire.Or, voilà qu’il ne l’est plus. On a pu s’enconvaincre avec le débat créé au seindu PS suisse par la proposition Wermuth-Nussbaumerde déposer unedemande d’adhésion, propositionimmédiatement combattue parnombre de ténors du parti, notammentgenevois, certains reprenant à leurcompte le discours MCG: vous n’y pen-L’HEBDO 31 JUILLET 2013


BLOG∑43sez pas, pas maintenant, trop de frontaliers,trop de Français, trop d’étrangers,rétablissons les contrôles auxfrontières, réintroduisons les contingents.A Genève l’internationale, leservice de l’emploi susurre désormaisaux employeurs d’appliquer la préférencenationale. Le phénomène n’estpas que genevois. La très fribourgeoisedirection du PSS a des états d’âme. Ettel député vaudois, pourtant très europhile,admet qu’il n’irait plus au combatsur cette question.Aujourd’hui, plus personne ne parlepour l’Europe. Le Nomes chuchote, secause à lui-même, mais il y a longtempsqu’il ne monte plus au combatcontre l’ASIN. Plus aucun politicien nes’engage sur cette voie. Ou alors,comme avec la proposition Wermuth-Nussbaumer, cela sent le coup politiquede période estivale. Le résultat enest que le pays qui a eu le plus à gagnerdu partenariat européen, celui dont lesfinances publiques resplendissent,dont l’économie croît, dont le chômagereste bas et les salaires autrement plusélevés qu’ailleurs, ce pays voit la sourceprincipale de ses bienfaits comme lacause principale de ses malheurs,pense de plus en plus unanimementque son intérêt est de briser le partenariatqui le lie à l’Europe. Et plus personne,dans le monde politique, neveut s’élever pour contrer ce message.Nous allons à la catastrophe, nous yallons gaiement, avec l’assentiment del’ensemble de la classe politique dupays. Désormais, et contrairement à ceque brame l’UDC à tout bout de champ,le politiquement correct, en Suisse,c’est d’être europhobe: tout le mondel’est devenu. On se croirait dans unemauvaise redite de La peste d’AlbertCamus.Il est vrai que, auprès de l’opinionpublique, remonter la pente prendradu temps. Et que les politiques quis’engageront sur ce chemin devrontpeut-être affronter une traversée dudésert d’une ou deux législatures pourleurs positions. Mais enfin, la politique,c’est aussi cela: défendre ce en quoi oncroit même lorsque l’opinion y estmajoritairement opposée, la préparer,tenter de la convaincre, plutôt que derefuser le combat parce qu’on va leperdre ou prendre des coups. Celas’appelle le courage politique. Et le pire,c’est que sur nombre d’autres sujets, lagrande majorité de nos politiciens n’enmanquent pas.On se prend donc à espérer – mais onn’y croit plus guère – qu’ils le mettentau service de notre nécessaire partenariatavec l’Europe qui nous entoure.√EN DIRECT DES BLOGS¬Réagissez ¬à cette opinion surwww.hebdo.ch, «blogs», «politique»,«La Suisse à 10 millions d’habitants».


44∑FINANCE LES LIVRES QU’IL FAUT AVOIR LUS CET ÉTÉ 3/618 JUILLET 25 JUILLET31 JUILLET8 AOÛT 15 AOÛT 22 AOÛT«Winner Take All»de l’économistezambienne DambisaMoyo sur la quête enressources naturellesde la Chine.«Why Nations Fail»de Daron Acemogluet James Robinson.Troisème volet de notre série avec «Winner Take All». La deuxième puissance économiquemondiale capture les canaux d’approvisionnement les uns après les autres,exerçant une pression sur le marché et sur les autres pays. Qui doivent réagir.ChineLa maîtrise des matières premièresYVES GENIER«Breakout Nations»de Ruchir Sharma.Il était une fois un pays riche en ressourcesnaturelles mais dont le développementéconomique était resté très modeste. Unjour, il proposa à son voisin, un riche paysindustriel, de l’aider à se développer. Encontrepartie, il lui accordait l’accès à sesgisements pétroliers et miniers. Ce pays,c’est la Chine des années 70, concluant avecle Japon l’accord qui initiera son extraordinairedéveloppement, raconte DambisaMoyo, dans Winner Take All.Contrôle des prix. Près de quarante ans plustard, les rôles ont changé. L’Empire du Milieu,devenu «l’usine du monde» et qui a accédéau deuxième rang des grandes économiesmondiales en 2010, joue le rôle du pays développé.Ses besoins en matières premièresexplosent. Ses partenaires pauvres sont lesEtats d’Asie du Sud, d’Afrique et d’Amériquelatine, au développement nettement moinsrapide mais qui regorgent de ressourcesnaturelles. Enchantés de l’intérêt que leurvoue Pékin, ils lui accordent de larges accèsà leurs pétrole, gaz, métaux de toute natureou produits agricoles.La multiplication de ces accords a permis àla Chine d’acquérir un immense pouvoir denégociation en se posant comme l’acquéreurmajoritaire, sinon unique, de richesses naturelles.En étant accueillie parfois à brasouverts. Il en a résulté un monopsone, situationoù un acheteur unique met plusieursvendeurs en concurrence, le contraire duL’AU T EUR«Debtor’s Prison»de Robert Kuttner.HELEN JONESDambisa Moyo est considérée par le World EconomicForum comme l’une des 100 personnes les plusinfluentes au monde. Après des passageschez Goldman Sachs et à la Banque mondiale,elle siège dans plusieurs conseils de multinationales,dont la banque britannique Barclays.monopole, où un vendeur unique est en relationavec plusieurs acheteurs. Dans un cascomme dans l’autre, la conséquence est lamême: l’acteur unique a une totale maîtrisedes prix.La Chine s’y prend de trois manières pourconsolider sa position: par des dons et prêtsà ses partenaires, par des investissementset par le négoce traditionnel. Elle est ainsidevenue le premier partenaire commercialdu Brésil et du Chili, les deux meneurs del’Amérique latine, dépassant les Etats-Unis.«The Alchemists»de Neil Irwin.«The LeaderlessEconomy»de Peter Temin.Graduellement, le pays acquiert la maîtrisede marchés stratégiques pour l’ensemble dela planète. De plus, il maîtrise de vastes ressourcesen eau potable vitales pour certainsde ses voisins, notamment dans le souscontinentindien, du fait de son contrôle surle Tibet, le château d’eau de l’Asie. Cela luiconfère une position de force de moins enmoins contestable par les autres pays.Un pouvoir contournable. Ces dernierssont-ils en danger? Oui, dans la mesure oùils deviennent de plus en plus dépendantsdu bon vouloir de Pékin pour leur propreapprovisionnement en matières premières.Et non, car le pouvoir grandissant de laChine peut être contourné. La stratégiechinoise n’est pas, contrairement à ce qu’elleparaît de l’extérieur, centralisée à l’extrême.Mise en œuvre par une multitude d’acteurspublics et privés, elle est parfois brouillonne.Les traders en matières premières sontainsi réputés pour donner des ordres d’achatet de vente parfois aberrants, voire carrémentà l’envers du bon sens.Mais surtout, les effets de la quête chinoisepour les matières premières peuvent êtreatténués par une baisse de la consommationde ces mêmes matières premières par lesautres pays. Comment? En se mettant d’accord,à l’échelle internationale, sur desmesures d’économie. Et par la généralisationdu recyclage. Notamment d’appareils d’apparencetrès anodine mais remplis de métauxrares, comme les téléphones portables.√«Winner Take All». Penguin, 230 pages.L’HEBDO 31 JUILLET 2013


GUIDE 2013 4/6FRIBOURGSECRET,INSOLITE& COQUIN• Les incontournables• Les pépites méconnues• Nos adresses secrètesDOSSIER JULIEN BURRI PHOTOS ELENA CATSICASA SEMAINE PROCHAINEJURA15 août Neuchâtel


46 SECRET, INSOLITE & COQUINInsoliteRÉTRO KITSCH Elvis et moi, le bar fribourgeois à la gloire du King et auglamour des années 50. Avec ses soirées costumées «gay friendly». www.elvis-et-moi.chDOSSIERRÉALISÉ PARJULIEN BURRIELENA CATSICASTACTILEMacconnens. Avec le parcours du Pied total,on redécouvre la nature pieds nus, tous lessens en éveil.Fréderic Perritaz a fait letour de l’Afrique avecson 4x4. Il a ramené desgraines, des cactus, despierres… Une collectionqui vient enrichir le jardinextraordinaire qu’ilSENTIER Prière de marcher (presque) partout.entretient avec son épouse,Nelly. D’un appétit gargantuesquepour les voyages, ilest aussi très bon raconteurd’histoires. Chez lui, onfoule la terre pieds nus pours’ouvrir aux sensations.«Pieds nus, on est plussensible à ce qui nousentoure.» Saveurs, parfums,couleurs… Sur un hectareet demi, s’épanouissent1200 variétés de plantes.Sarriette aphrodisiaque(pour pied total assuré) ousauge qui rappelle l’odeurdu souk de Marrakech…Côté hébergement, quatorzebivouacs, suspendusdans les arbres, permettentune immersion totale. Lesplus douillets choisirontl’une des deux roulottes.√www.lepiedtotal.chARTISTE Y’aq’A, alias Jimmy,posant dans son jardin,devant une de ses œuvres,fleurie par les bons soinsde son épouse, Marylène.SECRET, INSOLITE & COQUIN|FRIBOURGASTRONOMIEMoléson-Gruyères. Le temps d’une nuit,on peut s’initier avec ses amis à l’observationdes étoiles depuis le sommet du Moléson.Après une ascensionen téléphérique ou,mieux, une belle randonnéede trois heures, vousatteindrez l’observatoiredu Moléson, perché à2002 mètres d’altitude.Après un souper à la cartedans son restaurant, vousapprendrez à observer lesétoiles grâce à un spécialistequi dirigera votre regardet pointera ses télescopes«vers les secrets de la nuit».Puis vous dormirez audortoir, au chaud dans votresac de couchage, tutoyant,dans vos rêves, constellationset étoiles filantes.Cette offre d’initiations’adresse aux groupes (dixpersonnes au minimum).Comptez 80 francs paradultes et 65 par enfant,repas compris.√www.moleson.chOBSERVATOIRE Une vueimprenable, à 2002 mètres.OFFICE DU TOURISME DE MOLÉSONEXPOSITIONSVillorsonnens. Jimmy et Marylène ont aménagéleur maison et leur jardin en lieu d’exposition fantasqueet convivial. Chez Y’aq’A, le métal sculpté prend vie.Un ancien moulindevenu galerie d’artans la cour, une girafe grandeurnature, baptisée Y’aq‘A,Dmascotte des lieux. L’animal demétal a voyagé par hélicoptère pouraller décorer, un temps, la célèbreAuberge aux 4 vents. «Elle s’estenvoyée en l’air, mais n’a pas fait depetits», s’amuse son créateur. Pas dedoute, vous êtes chez Y’aq’a. C’estsous ce nom que se présente l’artiste,alias Jimmy, bûcheron de formationet ferrailleur autodidacte.Pourquoi ce pseudonyme? «Parceque, lorsqu’on a des rêves, y a qu’àles réaliser.» En dix ans, il a organisé30 expositions collectives desculptures dans son jardin. Cafetièregéante, dragon, papillons… Onlui doit aussi un ours éphémèrejouant de l’orgue, sculpté au Canadadans un bloc de 23 mètres carrés deglace. Mais c’est une autre histoire.L’HEBDO 31 JUILLET 2013


SECRET, INSOLITE & COQUIN 47HÔTEL MAGIQUE La fameuse Auberge aux 4 vents, aménagée dans une maison du XVII e , propose, dans sa chambre bleue,une baignoire sur roulettes. On prend son bain en plein air, en surplombant le jardin. www.aux4vents.chGOLF URBAINFribourg. Se promener et découvrir la villetout en jouant, c’est possible, grâce à un golfurbain de 18 trous.Depuis son ouverture,en 2008, le golf urbainde Fribourg a attiré30 000 visiteurs. On doitson existence à l’imaginationde Céline Curty, quil’avait élaboré dans le cadrede l’Ecole suisse de tourismeà Sierre. Pour 9 francs, onloue une canne et une balleà l’office du tourisme de laville (une seule canne suffitpar couple). Ce golf urbainde 18 trous s’étend sur8 kilomètres à travers toutela ville et vous prendra dansles quatre heures. Maisvous n’êtes pas obligés del’effectuer dans sa totalité,SPORTIF Cette saison, le parcours du golfurbain a été légèrement amélioré et enrichi.et rien ne vous empêchede vous arrêter pour mangerun morceau au fameuxGothard, par exemple, ousur la superbe terrasse del’Ange, en Basse-Ville...√www.fribourgtourisme.ch/fr/Hebergement/Offres-phares/Golf-urbainATELIER MAMCOLe visiteur va de surprise en surprise,longeant la rivière de la Glânejusqu’à une spectaculaire cascade.Une sculpture joue La Truite deSchubert, un silo a été transforméen maison, une ancienne télécabineen cabane… A l’époque, Marylène,son épouse, possédait un magasinde prêt-à-porter. Jimmy décoraitses vitrines. C’est là que sa créativités’est éveillée. Depuis, il façonne lemétal, le plie, le soude. En visitantcet ancien moulin à céréales, lecouple décide d’en faire une galeried’art. Sur la façade, le nom prémonitoired’un ancien propriétaire, etune date: «Joseph Jacquat, 1887».De Jacquat à Y’aq’A, il n’y avait qu’unpas. Au rez-de-chaussée sont présentéesdes poyas en métal ajouré,illuminées, signées Y’aq’A, ainsi quedes sculptures de ses amis burkinabés.Sur le sol, il a inséré ces mots,31 JUILLET 2013 L’HEBDOen lettres de métal: «La liberté depenser». La maison faisait aussitable d’hôtes mais, débordé parla demande, le couple préfèreaujourd’hui rester discret sur cetteactivité. En revanche, chaque annéeen juillet 150 personnes viennentmanger des sangliers cuits au feu debois dans le jardin, pendant la Soiréegauloise. Et, les 16 et 17 août, ony célèbre le Festival Y’aq’A, avec unbal géant dans les foins (ambianceannées 60 à 80). Entrée libre.Jimmy aime les rencontresfranches, se dit «à 90% contre l’informatique,qui rend les gens antisociaux».Il n’a pas fini de nousémerveiller et travaille en cemoment sur une sculpture de25 mètres de haut, une girouette surle thème du temps.√www.galerieyaqa.chELENA CATSICASOFFICE TOURISME GRUYÈRETRAIN SUSHIBulle. Voyagez en même temps dansla Gruyère bucolique et dans la traditionculinaire japonaise.Le Train Fondue (quipermet de dégusternotre plat typique tout envoyageant) se métamorphoseà la belle saison enTrain Shusi, le temps dequelques soirées. Départà 19 h 25 de Bulle, dans letrain rétro (son automotriceélectrique de 1922 et sesdeux types de voitures, laSUSHIS L’assortiment servià bord.Moléjon de 1926 et laGrevire de 1932). Unehôtesse en habits traditionnelsjaponais viendra vousfaire une démonstration dela confection des shusis.Puis arrêt à la gare de Montbovon.C’est là que vousprendrez votre repas,confectionné par l’entreprisefribourgeoise ShusiMania. A savoir: une saladejaponaise aux algues, unassortiment de quatorzesushis (nigiri, chu-maki,hoso-maki), une salade defruits et un petit cake au thévert. Le tout accompagnéde saké ou de choya! Il restedes places pour le vendredi6 et le samedi 21 septembre(69 francs paradulte et 39 par enfant).√www.la-gruyere.ch/fr/activites-la-gruyere/trains/train-sushi.htmlSECRET, INSOLITE & COQUIN|FRIBOURG


48 SECRET, INSOLITE & COQUINCoquin imbriqués par le désir. www.hrgigermuseum.comROMANTIQUEVillars-les-Moines. Dans le beau parcdu château de Münchenwiler, on peut piqueniquerau champagne.Sis dans une enclavebernoise, à 3 kilomètresau sud de Morat, le châteaude Villars-les-Moines estouvert au public depuis2002. Cet hôtel-restaurantétait à l’origine, au XI e siècle,une abbaye clunisienne. Lesamoureux peuvent logerdans la tour carrée, qui abriteune suite de trois pièces,avec un poêle suédois et unSM ET SF Les œuvres de Giger, créateur d’Alien, dans son musée à Gruyères: extraterrestres, machines et humainsjacuzzi. Ils ont aussi lapossibilité de savourerun menu spécial. Ou depique-niquer au champagne,où bon leur semble dans lemagnifique parc romantiqueà souhait. Les lieux, quicomptent aussi une chapelle,accueillent des mariages etdes banquets.√www.schlossmuenchenwiler.chSECRET, INSOLITE & COQUIN|FRIBOURGATELIER MAMCO DRCOCKTAILSFribourg. La Plage, c’est l’ambiance bord demer en pleine ville. Rencontres décontractiées.Pour sa troisième édition,Fribourg Plage a reprisses aises en pleine ville. C’estle lieu idéal pour faire desrencontres en écoutantAretha Franklin sous lesparasols et en dégustant unsex on the beach (vodka, jusd’orange, d’ananas, et cassis)ou un verre du vin blancLa Coquine. Sur ces 2500mètres carrés, décorés avecun voilier, des palmiers, onCONVIVIAL Les pieds dans le sable.BUCOLIQUE Vue sur le parcdu château et son bassin.joue à la pétanque ou aubadminton. Fribourg Plage,ce sont aussi 450 placesassises, un dôme avec un bar,une petite restauration (lebien nommé beach burger).Et des concerts (le BigBand du Conservatoire deFribourg s’y produit). Prèsdu terrain de volley, naïadeset hidalgos prennent leurdouche sous le regard descurieux. On jurerait queles 300 tonnes de sableproviennent de la Côted’Azur, elles ont pourtant étéimportées de Payerne! L’anpassé, 40 000 visiteurs ontfoulé cette plage citadine.√www.fribourgplage.chNICOLAS BOHNYDANSEFribourg. Pendant Les milongas de la Lorette, on s’adonne àdu monde en plein air, au cœur de la nuit.Les corps à corps brûlanSous la chapelle de Lorette, aupied d’une falaise, au bout d’unsentier illuminé par des bougies, ona dressé une piste de danse en pleinenature. Elle offre un point de vueinédit sur la Basse-Ville de Fribourg.Tout près paissent les moutons… Laprofesseure de danse Sonja Zwim-L’HEBDO 31 JUILLET 2013


SECRET, INSOLITE & COQUIN 49TOURNEZ MANÈGE! Le Nouveau Monde organise des soirées pour les amoureux, ou ceux qui souhaitent le devenir.Speed dating dans le noir ou soirées Tournez manège. En été, des concerts sur la terrasse. www.nouveaumonde.chMILONGAS Une des soiréesorganisées par l’école de danseTango Fribourg. Nuit magique...Sur la piste éphémère, toutes lesrencontres sont possibles.nse la plus sensuelledu tangopfer a créé ces soirées magiques detango en 2012 avec son partenaireDavid Arnold. On peut y venir seul,ou en couple. Le prix de participationest de 15 francs. Un petit buffet etdes rafraîchissements sont à la dispositiondes danseurs et, parfois,des démonstrations sont organiséesjuste avant la soirée, pour les néophytes.Ces milongas (des bals) sedéroulent en une succession de tandas,à savoir des suites de quatre oucinq morceaux de musique de mêmestyle. La tradition veut qu’on partagetoute une tanda avec le même partenaire.Le tango crée une connexionentre les danseurs, qui doivent êtreà l’écoute l’un de l’autre. Lorsqu’onles regarde, chaque couple est unpeu dans sa bulle, absorbé par undialogue secret. Il y a celui qui mène,et celui qui suit. Le premier proposeun mouvement, le second y répond,en le traduisant dans son propre langagecorporel. «Ce n’est pas toujoursl’homme qui mène, précise SonjaZwimpfer. Et on peut aussi imaginerque deux hommes ou deux femmesdansent ensemble.»Un DJ concocte le menu musicalde ces soirées inoubliables. Ilpuise généralement dans l’âge d’ordu tango argentin, les années 30d’Osvaldo Pugliese, de Carlos diSarli ou de Rodolfo Biagi… LorsqueBuenos Aires comptait, dit-on, 1000orchestres. «Chaque fois qu’on nousinvite à danser, on doit accepter d’allervers l’inconnu», se réjouit SonjaZwimpfer. Cela veut dire qu’on nesait pas ce qui va arriver. L’âge, leniveau social de la personne, plusrien n’entre en ligne de compte.Seule importe la danse. Il faut savoirs’ouvrir à l’expérience, être disponible,se laisser surprendre. Et êtresans attente, pour ressentir ce quise passe, simplement, ce qui passed’un danseur à l’autre. Comme dansla vie.»Le 3 août prochain, on dansera àla Lorette. Mais les soirées des 16et 30 août seront organisées auxArcades, dans la vieille ville. Encas de mauvais temps, le bal a lieuà l’intérieur. Pour les détails, il fauttoujours s’en référer au site internetdes organisateurs.√http://tangofribourg.ch/category/events/LUXEMeyriez. Profitons du Vieux Manoir, seulcinq-étoiles du canton, avant sa fermeture(provisoire, espérons-le) le 27 octobre.AFribourg, c’est le paradisdes amants. Déjà poursa «volière», charmantepetite bâtisse qui permetdes dîners tête à tête. Maissurtout parce que, au VieuxManoir, tout est possible,il suffit de demander: unecroisière romantique sur lelac? Ou, mieux, une nuit surles flots? Un tour en pédalo(rose, bien sûr)? La suite desAnges ou celle de La vie enrose? Un apéritif à deux dansles cuisines, au milieu de lahôtel, fondé par leL’ petit-fils du créateurde la fabrique de chocolatCailler, n’est plus liéaujourd’hui à la célèbremarque suisse. Ses63 chambres, ses suites et sesappartements, rénovés l’anpassé, affichent une élégancesobre et chaleureuse. Deuxsuites possèdent leur jacuzzi,où l’on pourra, sur demande,se faire servir du prosecco ense baignant dans des pétalesde roses. Un couloir permetd’accéder directement del’hôtel aux Bains de Charmey,brigade affairée du chefFranz W. Faeh? Et commentrésister à un repas tête à têtedans la grande salle de67 couverts entièrementéclairée à la chandelle?Bonne nouvelle, le convivialrestaurant La Pinte deMeyriez restera ouvert.La chambre d’hôtes duDiamant de verre et larésidence de la Maisonau bord de l’eau aussi.√www.vieuxmanoir.chBAINS ET SOINSCharmey. L’hôtel Cailler, sobre et classieux,propose un accès privé aux bains de Charmey.Il soigne particulièrement les amoureux.qui proposent des soins pourles couples. Le soir, menuGoût et harmonie au QuatreSaisons, le restaurantgastronomique de l’hôtel.√www.hotel-cailler.chCALME ET VOLUPTÉUne des 21 chambresdu Vieux Manoir.DRSUITE DE RÊVE Champagne et jacuzzi,pour buller à deux.PHILIPPE GIRAUD LES ATELIERS APICIUS31 JUILLET 2013 L’HEBDO


50 SECRET, INSOLITE & COQUINSecretTIBET INCONNU Magnifique collection d’art tibétain dans l’écrin d’une ancienne église chrétienne.Un havre dans une cité de Gruyères très touristique. www.tibetmuseum.chDRCHÂTEAUEstavayer-le-Lac. Frissons garantis dansles anciennes geôles de la cité, où le tempssemble s’être arrêté.Le donjon du château sedécouvre sur demande,pour les groupes (il fauts’adresser à l’office dutourisme). Mais les cachotsabrités dans l’une des toursTOUR D’ANGLE Les secrets bien gardésdu château d’Estavayer.de briques rouges ne sevisitent que de façonexceptionnelle. Une mallevide, des graffitis duXIX e siècle gravés par lesderniers occupants… on nepeut pas dire que les lieuxsoient très avenants. En1806, les geôliers ont faitconstruire des cellules enbois sans ouverture (à partun petit volet pour sustenterles prisonniers). Lecomble de la cruauté, quandon connaît la vue superbequ’offre le château. Onprétendait qu’on ne pouvaitpas s’échapper de cesprisons. Mais, au XIX e ,Vincent Jaquet, dit le Voleuraux mille roses, y seraitparvenu. Peut-être, disentcertains, grâce au concoursde sa geôlière…√www.estavayer-payerne.chSECRET, INSOLITE & COQUIN|FRIBOURGPLAGESCheyres. Dans la Grande Cariçaie, denombreuses petites plages sauvages s’offrentaux baigneurs qui savent les dénicher.La Grande Cariçaie (leplus grand ensemblemarécageux lacustre dupays) offre, sur la rive suddu lac de Neuchâtel, denombreuses plagesintimistes et sauvages. Lefond du lac, sablonneux,descend en pente douce. Laplage Clara en est une. On larejoint en suivant, depuis laplage communale deCheyres, les passerelles debois qui traversent les joncsen marchant en directiond’Yvonand. La réserve vouspermettra, au passage,d’admirer, qui sait, des oiescendrées, des gallinulespoules d’eau ou encore deschevaliers aboyeurs. Aprèsla baignade et la détente,un verre à la buvette LaSarcelle s’impose, au portde Cheyres-Châbles.√www.estavayer-payerne.chBAIGNADE Les rivages sauvages dela Grande Cariçaie.DRJARDINEstévenens. Pierre-André et Patricia Uldry vousaccueillent chez eux, dans le Jardin de la Passion. Parcequ’ils aiment partager leur dada: la culture des plantes.Entrée gratuiteau jardin d’Edenout ici a été planté au coup deT cœur. Sur 2600 m 2 , fleurs,légumes et arbres fruitiers secôtoient harmonieusement. Chaqueannée, le jardin se métamorphose,développe un thème (en 2013, il estchampêtre: tournesols, capucines etpavots dominent). Il y a dix ans,Pierre-André et Patricia Uldry, créateursde ce paradis cultivé, ontdécidé de l’ouvrir au public. Le motqui définit peut-être le mieux leurtravail, c’est la générosité. «L’entréeest gratuite. La vente, je ne me senspas à l’aise avec ce mode de fonctionnement.Je préfère offrir etéchanger», explique Patricia. Infatigables,jour après jour, les propriétairessèment des centaines defleurs, taillent 40 variétés de pommiers,bêchent, repiquent, arrosent,reçoivent les visiteurs, font desL’HEBDO 31 JUILLET 2013


SECRET, INSOLITE & COQUIN 51DÉCOUVERTE Chaque année, entre septembre et octobre, le peintre et sculpteur Hubert Audriazcrée son Parcours des magiciens à la découverte des lieux méconnus des vieux quartiers de Fribourg.FROMAGESMoléson-sur-Gruyères. La fromageried’alpage où déguster le fameux Petit-Moléson au lait cru et assister à sa fabrication.est l’adresse à garderC’ précieusement pourqui veut déguster desfromages fribourgeois etassister à leur fabrication,artisanale. La fromageried’alpage du Moléson et sonrestaurant sont installésdans un chalet en tavillondu XVII e siècle. On ysavoure du vacherind’alpage au lait cru, du lutindu Moléson, ou, commenulle part ailleurs, duPetit-Moléson au lait cru(sa pâte mi-dure, onctueuse,est élaborée à partir du laitdu troupeau de vaches de laferme des Grands Bois). LaDÉMONSTRATION Un savoir-faire ancestral.fabrication des fromages alieu tous les matins à10 heures, jusqu’à finseptembre. Il vaut mieuxréserver. En été, soirées decontes et repas du terroir.√www.fromagerie-alpage.chDRconfitures, testent de nouvellesrecettes de röstis… Tout cela engérant une entreprise de paysagisme,Paysages du Gibloux. Commentfont-ils? Quelques plantesstimulantes s’épanouiraient-ellesdans ces platebandes? Non, ce quiles motive, c’est la passion. Et leplaisir. Patricia vous accueille avecun verre de sirop maison. Elle n’estpas avare de son temps pour vousraconter quelle collection delégumes elle a plantée cette année(son domaine à elle, c’est le potager).Vous vous émerveillez devant lenombre de variétés de pommes deterre (19 au total): rouge desFlandres, belle de Fontenay, fin desiècle, bleu d’Auvergne, etc… Sanscompter les betteraves, dont lesnoms s’égrainent sur de petits écriteaux(Crapaudine, Golden Burpee,Chioggia d’Egypte, Rote Kugel, etc.).31 JUILLET 2013 L’HEBDOAprès un passage dans une petitechambre de verdure en charme,vous vous perdez délicieusement,vous ne savez plus tout à fait oùvous êtes. Sous le soleil écrasant, àl’entrée, vous vous sentiez presqued’humeur maussade. Mais au fur età mesure de la visite, vous êtes revigoréen passant d’une senteur àl’autre: rose, fenouil pastis, moutarde,curry, mélisse de Moldavie...Certains soirs, c’est fête. Des ateliersculinaires sont organisés pour lesmembres du club des Amis du Jardinde la Passion. On y prend l’apéritif(ouvert à tous, sur réservation),en n’oubliant pas d’amener unamuse-bouche (le 23 août). Et, le20 septembre, ce sera la soiréesoupe à la courge. «Frais de participation:un dessert».√www.paysages-du-gibloux.chMASSIFS FLEURISLe Jardin de la Passionse trouve sur les hauteursdu village d’Estévenens,à 870 mètres d’altitude,non loin du muséedu Bouton.ELENA CATSICASRAPHAËL HITZHÔTELEstavayer-le-Lac. Ecole de séminaristes puismaison d’artistes, le château de la Corbièrerenaît aujourd’hui en hôtel de charme.En 2011, Anne Lise etPhilippe Glardon sontdevenus propriétaires duchâteau de la Corbière,construit en 1855. Ils en ontfait un hôtel de quinzechambres, ainsi qu’unrestaurant. Ils ont su créer,en un an, une atmosphèremagique, avec beaucoup decachet, mais qui reste sobreet dépouillée. Le souvenird’une des premièreslocataires du châteauCACHET La chambre dite «de la comtesse».continue d’y planer (dès1870, la comtesse Anne-Marie de Pourtalès-Gorgieravait établi ici sa résidenced’été. Cette femme, réputéed’une grande beauté, étaitune proche de l’empereurNapoléon III). On ne selasse pas d’admirer lepaysage par les fenêtres dela chambre de la tour (on ydort dans un ancien lit àbaldaquin). Une petitechapelle est à découvrirdans le beau parcde cinq hectares.On peut y dîner auxchandelles. Last butnot least, la plageprivée du châteause situe dans laréserve de laGrande Cariçaie.√www.chateaudelacorbiere.chSECRET, INSOLITE & COQUIN|FRIBOURG


52 SECRET, INSOLITE & COQUINSecretART CONTEMPORAIN «Maillart extended», une sculpture de l’Américain RichardSerra, se cache sur le viaduc de Grandfey, l’un des plus grands ponts de Suisse.GÉRALD JORAYLIEU D’HISTOIRELe Bry. Certes, l’île d’Ogoz est bien connue desFribourgeois. Mais quoi de plus mystérieuxpour les touristes et les visiteurs?LÉGENDAIRE Vue sur l’île d’Ogoz et les ruinesde son château.SECRET, INSOLITE & COQUIN|FRIBOURGDeux tours carrées enruine et une petitechapelle blanche s’élèventsur les eaux du lac de laGruyère (un lac artificiel,créé en 1948). On ararement vu décor aussiest l’adresse desC’ amateurs de tartelettes(aux baies des bois,au vin cuit, au chocolat, à ladouble-crème du Vully, ouencore aux noix de pécan etpistaches). Mais le pain aulevain aussi vaut le détour.La miche de pur épeautrepar exemple, avec sa croûteéclatée, saupoudrée defarine. Jérôme Salafa utilisedu levain naturel dans sesénigmatique. Il semblesortir d’un dessin de VictorHugo. La belle chapelle,dédiée à saint Théodule,était déjà mentionnée dansdes textes en 1226. C’est undes plus anciens lieux deculte fribourgeois encoreen fonction. Le château, lui,chargé de défendre ledomaine de Pont-en-Ogoz,comptait à l’origine quatretours. On peut se marier surl’île, et y louer un espacecouvert pour les fêtes et lesanniversaires.√www.ogoz.chDOUCEURSFribourg. A l’Ecureuil, on trouve des pains aulevain et des pâtisseries du terroir si savoureuxqu’on se relèverait la nuit pour en manger.recettes, donnant ce petitgoût acide à des pains quise conservent longtemps.A la différence de laproduction industrielle, lapâte prend son temps pourlever (pendant trois àquatre jours). Le produits’élabore patiemment,chaque bouchée n’en estque plus savoureuse.√Rue de Morat 21.BOULANGERIE Jérôme Salafa et ses fameuses tartelettes.ELENA CATSICASDAVID SAUVIGNET Le chef pose dans le restaurant gastronomique de l’hôtel du Sapin.GASTRONOMIECharmey. «La Table», l’un des restaurants de l’hôtel duSapin, a fait une entrée fracassante au GaultMillau 2013.Une adresse qui ne va pas rester secrète très longtemps....Un seul mot d’ordre:«A table!»éclinaison d’agneau du pays«D aux olives, artichaut poivradefarci au chèvre frais et tomateconfite…» David Sauvignet s’estformé chez Gérard Rabaey, au Pontde Brent. Avant de devenir chef decuisine au Chalet RoyAlp Hôtel &Spa de Villars-sur-Ollon, puis à laRotonde du Beau-Rivage Palace deLausanne. Il vient de Saint-Etienne,pas si loin que ça de la Côte d’Azur.A la Table, on pourrait dire qu’ilmélange le soleil de la Méditerranéeet la crème des produits de laGruyère. On le sent sensible etintroverti. Il n’aime pas jouer, enrober,il est entier. «Je me suis fait toutseul, je travaille comme je le ressens.»N’attendez pas de sa part desanecdotes sur les recettes de sagrand-mère, ou le goût de sonenfance: ce qu’il aimerait, là, tout desuite, c’est retourner en cuisine, pourque vous puissiez juger de son travaildans l’assiette. Il aime avoir lescoudées franches. Au bout de deuxou trois semaines, il se lasse d’unplat, en explore d’autres. La cartevarie fréquemment et surprend.Voilà un chef qui aime le classique,mais à sa façon. «Il faut connaîtreses bases, savoir préparer une blanquettebéarnaise», assène-t-il.«Respecter les bases, sans tricher»,avant de se permettre des explorationsplus personnelles. Sa cuisineest à son image: franche et raffinée,classique et individualiste. On trouverabeaucoup de produits locaux àla Table. Le chef s’approvisionne aumarché de Bulle et auprès de lacueilleuse Anne-Marie Maillard. Lepain au levain, cuit au feu de bois,vient du Four de l’Adde. Ne parlonspas des fromages, ni des vins (l’établissementappartient au ValaisanDominique Giroud, de Giroud Vins).Pour son entrée au GaultMillau en2013, cette très bonne «Table» a étécotée 14 sur 20.√www.hotel-le-sapin.chL’HEBDO 31 JUILLET 2013ELENA CATSICAS


Qui l’eût cru? les appenzellois desrhodes-extérieures et des rhodes-Intérieures ont renoué le dialogue,rattrapés par leur lointain passé,quand ils ne formaient qu’un seulcanton et entraient dans la confédérationil y a cinq cents ans. Un grandspectacle monté pour l’occasion l’arappelé cette semaine. pour ceuxqui connaissent les gens d’appenzell,cette fête organisée en communsurprend. enormément. on se souvientdu oui de la landsgemeinded’appenzell au suffrage féminin, en1991, quand des femmes de la régionnous confiaient que ce vote leur étaitimposé par une étrangère qui avaitosé faire recours jusqu’au tribunalfédéral. tant d’outrecuidance etd’ingérence laissaient sans voix. D’oùvenait la plaignante? «Des rhodesextérieures,bien sûr!» avaientlâché nos interlocutrices. Mais cettefemme vivaitdepuis vingtcinqans dansle demi-canton,elle venait denous le dire. lesappenzelloises avaient bien ri denotre remarque de néophyte. pourêtre d’ici, il fallait au moins avoirson père enterré dans le demi-canton,mieux encore son grand-père.Il n’y a pas plus étranger, pour unappenzellois des rhodes-Intérieures,catholique et fier de sestraditions, dernier canton à avoiraccepté le droit de vote des femmes,qu’un appenzellois des rhodesextérieuresplus ouvert sur le mondeet l’industrie. aujourd’hui encore,chaque demi-canton vend son tourismeséparément. surla place de hundwil(ar), la fête du 500 e acomme un parfum derévolution.√L’Hebdo 11 juillet 2013COURRIER∑53IMPRESSUMTirage contrôlé45 327 exemplaires (contrôlé REMP 2012).Lectorat 207 000 (MACH Basic 2012-2).ISSN 1013-0691PARUTION: HEBDOMADAIREPONT BESSIÈRES 3, LAUSANNETél. 021 331 76 00 – Fax 021 331 76 01.Courrier Case postale 6682, 1002 Lausanne.E-mail hebdo@ringier.chInternet www.hebdo.chAbonnements Case postale 7289.1002 Lausanne. Tél. 0848 48 48 02 (tarif normal).De 8 h 30 à 11 h 30 et 13 h 30 à 16 h 30.1 an: Fr. 225.– (étudiants: Fr. 115.–),Avec parution iPad L’Hebdo offerte6 mois: Fr. 125.– (TVA incl.).E-mail abos.hebdo@ringier.chRÉDACTIONRédacteur en chef Alain Jeannet.Assistante: Marie-Jane Berchten.Rédacteurs en chef adjointsChristophe Passer (société et culture),Chantal Tauxe (Suisse),Pierre-Yves Muller (édition et médias numériques).Directeur artistique Marc Borboën.Cheffe photo Catherine Wacker.Responsable rubrique économie Linda Bourget.Responsable littérature et projets magazineIsabelle Falconnier.Rédacteurs Catherine Bellini, Julien Burri,Luc Debraine, Mireille Descombes, Kevin GertschStéphane Gobbo, Michel Guillaume,Philippe Le Bé, Sylvie Logean, Eric Loup,Sabine Pirolt, Séverine Saas, Patrick Vallélian.Producteur Forum des 100Bruno Giussani.Berne Case postale 695, 3000 Berne 7.Tél. 031 312 07 34.Bienne Tél. 032 322 35 42 – Fax 032 322 35 44.Correction Valérie Bell (resp.), Anne Aubert, CeliaChauvy, Luce Jaccard, Laurent Rochat, FabienneTrivier.Conception graphique Rampazzo & Associés.Graphisme Mélody Auberson, Florent Collioud,Audrey Delaloye, Fanny Tinner, Pascale Toschini.Photo Patricia Aeberhard, Matthias Rihs.Secrétariat Monique Graber (resp.),Gervaise Bavarel, Sophie Graf, Marlyse Jaeger,Maïka Lietzke, Pascale Singh, Janique Diba.Collaborateurs Peter Bodenmann,Yves Genier (pages Finance), Jean-François Kahn,Patrick Morier-Genoud, Florence Perret,Jacques Pilet, Charles Poncet, Dominique Rosset,Julie Zaugg.Marketing Yvonne Braun (resp.), Liliana Calvo.Digital Tatiana Butovic (resp.)ÉDITIONS RINGIER ROMANDIEPont Bessières 3. 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(Holland), Ringier Kiadó Kft. (Ungarn), NépszabadságZrt. (Ungarn)Ringier Pacific Limited (Hongkong), Ringier China (China), Ringier VietnamCompany Limited (Vietnam), Get Sold Corporation (Philippinen)31 JUILLET 2013 L’HEBDOChroniqued’IsabelleFalconnier:Warlu,le retourL’HebdoN o 28Un articlede L’Hebdovous a faitréagir ?Vousvoulez faireconnaîtrevotre pointde vue ?Exprimezvous√COURRIERCase postale6682,1002LausanneE-MAILcourrier.hebdo@ringier.chMerci de vousen tenir à1500 signesau maximumespacescompris.Toute lettrepeut fairel’objet decoupes,signaléespar (...).66∑ChroniquesDessin KeiKo MoriMotoNe partoNs pas fâchésIsabelle falcoNNIerWarlu, le retour. Unrégal. on adore, les histoires degloire, de chute et de rédemption. avecDominique Warluzel, on est servi cette semaine.Depuis cet hiver, l’avocat genevois avait disparu. Unaccident, une maladie, les rumeurs bruissaient mais nul nesavait vraiment. en fait, un accident vasculaire cérébral survenule 2 janvier à Nassau. la chute, l’événement qui fait dire aux uns«Warlu, c’est fini» et aux autres «Tu verras, il reviendra». Six moistout juste après son involontaire arrêt sur image, reprenant les rênesd’un scénario dont il n’avait pas maîtrisé le pitch de départ, le beaugosse jalousé par ses pairs parce qu’il côtoie les stars de cinéma etaccompagne Rachida Dati à la piscine, le fils de militaire français quipréfère le climat des Bahamas à celui de la rade, le play-boy surdouéet insatiable associé à l’autre avocat médiatique et misanthrope dela place qu’est Marc Bonnant, lechevalier de la Légion d’honneurWarluzel est revenu aux affaires.Le plan comm est impeccable: unentretien-confession mené parson ami Darius Rochebin, princede l’empathie digne, venduquelques heures avant sa diffusiondans Le Matin Dimanche etsuivi d’un second entretien lelendemain avec son ami detrente ans Didier Dana. Le toutalors que s’ouvrent les réservationspour Fratricide, la pièce dethéâtre écrite par DominiqueWarluzel et jouée à Genève dès le1 er octobre.Une scénographie parfaite: le dimanche, version tragédie. Lesyeux mouillés, la leçon de vie, l’âme blessée. Il évoque dans sa viela présence d’un «ange gardien», Béatrice Barton. Devant leurécran, les ménagères de plus et de moins de 50 ans essuient unelarme: c’est trop beau, la veuve éplorée et l’AVC, la productriceadorée des Romands pour leur avoir donné Mon village a du talent,Dîner à la ferme ou Le Mayen 1903 et le prince des avocats blessépar la vie se réconfortant dans les bras l’un de l’autre. Dom et Béa.On est vite romantique, devant sa télévision.Las. Le lundi, rebondissement. A la question «Les amours?»,l’avocat répond: «Ma vie affective n’a pas changé. Elle a toujoursconsisté en une polygamie organisée et assumée. (…) Si ce quim’est arrivé serait synonyme d’un affaiblissement induisant luimêmeun renoncement à la multitude, la réponse est non (rires)!»C’est certain, Dominique Warluzel est de retour.√Point finalpar Catherine BelliniprintempsappenzelloisINÉLÉGANTIndépendamment du faitque les lignes d’IsabelleFalconnier (…) sont inintéressanteset inélégantes,elles offusquent notammentcelles et ceux quisont gravement atteintsdans leur santé.Comme Christophe Passer– actuellement rédacteuren chef adjoint de L’Hebdo– l’a déclaré à DariusRochebin il y a quelquesannées, «Il est très faciled’écrire des choses agressives…».C’est certain,la mé(na)gère de moinsde 50 ans est de retour.√Patricia Micsiz, Saint-Légiertant d’outre­CuidanCelaissait sansvoix.SÉVÈRE(…) Isabelle Falconnier faitune critique assez sévère duretour de Dominique Warluzelaprès un peu plus desix mois d’absence. Pour ellesa résurrection serait parfaitementorchestrée et lebrillant avocat serait à nouveauaux affaires en particulierpour lancer les réservationspour sa pièce dethéâtre Fratricide qui se joueà Genève dès le 1 er octobre!Je suis parmi les ménagèresqui ont été attendriespar son témoignage dirigépar son ami Darius Rochebinà la TV mais, commemédecin, j’ai tout de mêmediagnostiqué une sacréeangoisse frisant la panique,surtout lorsque le journalistea évoqué la possibilitéd’un suicide. La voix deWarluzel a chevroté et sonvisage s’est assombri laissantapparaître un certaineffroi et même de la peur.Pour ma part je ne pensepas que le grand avocat estrevenu avec la même arrogancequ’autrefois. Il m’estapparu très diminué et plutôtdépressif après sonAVC qui lui laisse tout demême son bras gauchedrôlement handicapé (luiqui était gaucher!)Vous me rétorquerez qu’ilne faut pas oublier qu’il futun très bon comédien.Mais pour moi, même s’il ya une certaine part de miseen scène… il a pris un sacrécoup!√Béatrice Deslarzes, médecin,VessyDÉVIANCE?Homophobie, pourquoiles gays agacent-ils?L’Hebdo N o 28CERTITUDE. «Le chrétienne peut être pessimiste.»La réponse (…) ne se trouvepas dans les explicationstarabiscotées des sexologues.S’en tenir là est unemanœuvre d’évitement dela vraie question soulevéepar la «normalisation» del’homosexualité. La contraceptionavait déjà détachéla sexualité de son originebiologique, la procréation.Mais la mise sur le mêmepied des comportementshétérosexuels et homosexuels(jusque dans lemariage!) va beaucoup plusloin: elle délie jusqu’à l’actesexuel de l’altérité quiconstitue le fondementmême de la sexualité à touspoints de vue: anatomique,physiologique, psychologiqueet symbolique. Desimpératifs qui, encorerécemment, permettaientà un dictionnaire de référencede citer l’homosexualitéau rang desperversions, et au DSM(Diagnostic and statisticalmanual of mental disordersla «bible» des psychiatresaméricains) de classercelle-ci au titre des pathologies,à l’instar de l’OMS.Que les termes d’anomalieou de déviance soientaujourd’hui récusés commepolitiquement incorrectschange-t-il la donne aupoint d’ignorer des réalitéshumaines codées génétiquementet inscrites dansune histoire millénaire?√Gérard Eperon, biologiste, LullyLe pape François, lors de son premier voyage, au BrésilDénichez la phrase la plus drôle/brillante/insolite lue ou entendue: à envoyer à courrier.hebdo@ringier.chMIEUX COMPRENDRE


FILMOGRAPHIEPHOTOS: DRLE DÉTECTIVE De Gordon Douglas,avec Frank Sinatra, 1968.BULLITT De Peter Yates,avec Steve McQueen, 1968.LE MAGNIFIQUE De Philippe de Broca,avec Jean-Paul Belmondo, 1973.LES GRANDS FONDS De Peter Yates,avec Nick Nolte, 1977.RICHES ET CÉLÈBRES De GeorgeCukor, avec Candice Bergen, 1981.AU-DESSOUSDU VOLCANDe JohnHuston, avecAlbert Finney,1984.PASSIONSWELCOME TO NEW YORK D’AbelFerrara, avec Gérard Depardieu, 2013.


PASSIONS∑55DÉBUTS HOLLYWOODIENS«Le cinéma américain ne signifiaitrien pour moi, je n’avais pas enviede faire carrière aux Etats-Unis...Mais je suis tombée amoureuse,et je suis restée.»58 Corinne Desarzens60 Photographie63 Chefs-d’œuvre64 AgendaJacquelineBissetUn désir brûlantde cinémaDIDIER BAVEREL WIREIMAGELe Festival de Locarno remet un prix honorifique à lacomédienne anglaise à l’occasion d’une rétrospectiveGeorge Cukor, qui l’a dirigée dans son ultime film.Entretien avec celle qui jouera Anne Sinclair dans leprochain Ferrara.STÉPHANE GOBBOSi Jacqueline Bisset se réjouit de découvrirpour la première fois la PiazzaGrande, c’est plus pour y évoquer le souvenirde George Cukor, à l’occasion de larétrospective intégrale que consacre leFestival de Locarno au cinéaste américain,que pour y recevoir un Lifetime AchievementAward. «Si je suis sensible aux honneurs?Oui, évidemment… Mais quand jeregarde ma vie, je me dis que ce n’est pasfini…» dit-elle d’emblée lorsqu’on la jointà son domicile californien. Entre de francséclats de rire, passant constamment dufrançais à l’anglais, la comédienne britannique,née en 1944 dans le Surrey, passeral’heure suivante à égrener avec passion sessouvenirs de cinéma. A l’autre bout du fil,Jacqueline Bisset est d’une simplicitéconfondante. «J’ai appris une chose en travaillantà mes débuts avec Frank Sinatraou Steve McQueen, dira-t-elle plus tard,les acteurs sont avant tout des gens, et passi différents de vous et moi.»George Cukor vous a dirigée en 1981 dans«Riches et célèbres», son ultime film, sortiun an et demi avant sa mort. Quels souvenirsgardez-vous de ce tournage?J’ai beaucoup de souvenirs, mais ils ne sontpas tous agréables… J’ai rencontré Cukorà la 20th Century Fox au début de ma carrière,alors que je commençais à travailleraux Etats-Unis. On a passé du tempsensemble, car la Fox voulait qu’il filme desessais pour les dossiers du studio. C’estalors que j’ai accepté de faire un testPASSIONS


56∑FESTIVALPASSIONSpour un film précis, sans savoir quec’était interdit, vu que j’étais sous contratavec la Fox. Cukor a alors été très énervé,j’étais une mauvaise fille qui avait acceptéde travailler avec quelqu’un d’autre. Or, jene connaissais rien au système, je suivaissimplement ce que mon agent me disait.Tout cela a très mal fini et j’ai dû quitterLos Angeles avec une sorte de nuage noirau-dessus de ma tête.Des années plus tard, on décide de confierla réalisation de Riches et célèbres à RobertMulligan (Jacqueline Bisset est coproductricedu film, ndlr). Mais, quatre jours aprèsle début du tournage, une grève des acteursbloque tout. Après plusieurs semainesd’attente, Mulligan décide de se retirer duprojet et le studio nous suggère le nom deCukor. Ce qui m’angoisse: est-il toujoursfâché à cause de cette vieille histoire? Il nem’a finalement rien dit. Il adorait le scriptet, même si notre contact ne fut pas idéal,tout s’est très bien passé. Il me trouvaittrès travailleuse et il a été plutôt gentil,même si par moments c’était difficile. Carc’était quelqu’un de très exigeant, quin’avait peur de personne et était très autoritaire.Mais il était toujours au service dufilm. Sur le plateau, il se comportaitcomme un chef d’orchestre, agitait sabaguette en criant: «Plus vite, plus vite!»Il détestait les pauses.Le Festival de Locarno va également projeter«Au-dessous du volcan», que vous aveztourné trois ans plus tard sous la directiond’un autre monstre sacré, John Huston, quivous avait déjà dirigée en 1972 dans «Jugeet hors-la-loi»…C’est vrai mais, à l’époque de Juge et horsla-loi,il était très malade et c’est finalementPaul Newman qui m’a dirigée. Mêmes’il n’était pas non plus en superforme aumoment d’Au-dessous du volcan, c’est làque je l’ai vraiment rencontré. Sur le plateau,c’était quelqu’un qui ne parlait pasbeaucoup, mais qui savait toujours où placerla caméra. La combinaison de Cukor etHuston m’a permis de comprendre beaucoupde choses sur le cinéma. Avant, j’aimaisles gros plans de Bergman ou deCassavetes, j’aimais que la caméra soit trèsproche des acteurs. Je n’avais pas comprisque le corps était aussi important.Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ducinéma? Etait-ce un rêve de petite fille?Quand j’étais enfant, je n’allais pas aucinéma et on n’avait pas la télévision.Mais, vers 15 ans, mes parents, qui se rendaientau cinéma tous les jeudis, ont commencéà m’emmener avec eux. J’ai alorsdécouvert des films français et anglais,jamais américains, puis, quand je suis partieà Londres pour étudier au lycée français,j’ai rencontré un groupe de jeunes quiadoraient le cinéma. J’ai vu ainsi beaucoupde films, j’ai découvert Visconti, Pasolini,Fellini, Antonioni, Truffaut, Chabrol,c’était fantastique et très excitant. Jusquelà,je voulais être danseuse, mais lamanière qu’avait Bergman de filmer lesfemmes me fascinait. Je ne connaissais«IL FAUT QU’UN FILMDÉCLENCHE QUELQUE CHOSE,QUE MON CŒUR ME DISE DEL’ACCEPTER.»Jacqueline Bissetque ma mère, je ne savais rien desfemmes, et tout à coup je découvrais descomportements subversifs. Je ne comprenaispas tout ce que je voyais, mais je trouvaiscela formidable. Et puis il y avaitJeanne Moreau, Simone Signoret, MonicaVitti, de grandes actrices. Je n’étais pastrès sophistiquée, mais l’érotisme etl’amour qui se dévoilaient au cinéma m’attiraient.Tout en faisant des photos demode pour me payer des cours d’art dramatique,j’ai passé des auditions. Le désirde faire partie de ce milieu que je ne comprenaispas brûlait en moi, mais je ne pensaispas y arriver.C’est alors que Richard Lester, RomanPolanski puis Stanley Donen vous offrentde petits rôles, avant que vous ne soyezrévélée en 1968 par «Le détective» et«Bullit», où vous partagez l’affiche avecFrank Sinatra et Steve McQueen. Commentavez-vous vécu votre notoriété naissante?Je ne me considérais pas comme uneactrice. J’étais timide et je n’avais aucuneidée de ce que je pouvais représenter.J’étais également trop occupée parl’homme avec lequel je partageais ma vie.On était comme deux étudiants, on vivaità la plage et on n’avait pas de vie sociale,on n’allait pas aux premières.Dans les années 70, vous devenez, à la sortiedes «Grands fonds», dans lequel vousfaites de la plongée avec un T-shirt blanctrès transparent, un sexe-symbole.«Newsweek» vous qualifie même de «plusbelle actrice de tous les temps». Difficile àgérer?Très difficile! Je ne prenais pas cela ausérieux, mais en même temps c’était là…Pour moi, c’était une aberration, je ne comprenaispas pourquoi on accordait autantd’attention à cela alors que je venais defaire Le magnifique avec Jean-Paul Belmondoet La nuit américaine sous la directionde François Truffaut. Soudain, on nes’intéressait plus qu’au succès énorme desGrands fonds, et ça me dépassait. J’étaischoquée d’être réduite à un T-shirt…Aujourd’hui j’en rigole, mais à l’époquej’étais vraiment très énervée.Certaines actrices se plaignent qu’après50 ans elles trouvent moins de rôles intéressantsque les acteurs. Avez-vous ressenticela?Bien sûr que j’ai de la difficulté à trouverdes rôles, mais je suis prête à bouger si onme propose quelque chose d’intéressant.Là, je viens de faire un film avec GérardDepardieu, Welcome to New York, et unesérie pour la télévision anglaise, Dancingon the Edge. Mais j’aimerais travaillerplus.Dans «Welcome to New York», d’Abel Ferrara,vous interprétez Anne Sinclair face àDepardieu en Dominique Strauss-Kahn.Difficile de jouer une femme réelle, encoreen vie et au cœur d’un fait divers retentissant?J’ai lu énormément de choses sur elle afinde me préparer. Et en ce qui concerne lesévénements narrés dans le film, on ne saitpas vraiment ce qui s’est passé. Il restebeaucoup de questions ouvertes, non? Demon côté, je n’ai vu que l’amour. Ça se voitdans ses photos: Anne Sinclair aimaitvraiment Dominique Strauss-Kahn. Je n’aipas hésité une seconde à accepter le rôle.Vous êtes parfois plus hésitante?Oui, je peux être très difficile. C’est dumoins ce que me dit mon agent… Il y abeaucoup d’acteurs qui disent oui à tout,mais de mon côté il faut qu’un filmdéclenche quelque chose, que mon cœurme dise de l’accepter.√L’HEBDO 31 JUILLET 2013


FESTIVAL∑57LOCARNO 2013Des invités de prestige et une très attendue «Expérience Blocher»Jacqueline Bisset sera donc sur laPiazza Grande locarnaise afin d’yrecevoir une distinction honorifique.Une star parmi d’autres: le festivalaccueillera également Faye Dunaway,Anna Karina, Victoria Abril, ChristopherLee, Werner Herzog ou encore levisionnaire Douglas Trumbull, responsabledes effets spéciaux de 2001,l’odyssée de l’espace, de Blade Runneret de Rencontre du troisième type.Du côté de la compétition internationale, le nouveau directeurartistique de la manifestation, l’Italien Carlo Chatrian, a réussipour sa première édition à mettre sur pied une programmation dehaute tenue, avec la présence, notamment, de Joaquim Pinto, JúlioBressane, Claire Simon, Albert Serra, Kiyoshi Kurosawa, EmmanuelMouret, Pippo Delbono, Hong Sang-soo, ainsi que les SuissesThomas Imbach et Yves Yersin.Quant à la programmation de cette vitrine de prestige qu’est laPiazza Grande, l’équilibre semble réussi entre grosses machinesDISTINCTIONS Anna Karina, Christopher Lee, Faye Dunaway.internationales (2 Guns de BaltasarKormákur, About Time de RichardCurtis, We’re The Millers de RawsonMarshall Thurber), classiques (Fitzcarraldode Werner Herzog, Rich andFamous de George Cukor), découverteset films suisses. Romandsmême, puisque les spectateursdécouvriront en première mondialeLes grandes ondes (à l’ouest) de LionelBaier et le très attendu L’expérienceBlocher, de Jean-Stéphane Bron. Un documentaire qui suscite déjàdes craintes: et si, avec l’empathie qu’on lui connaît, le réalisateurdu Génie helvétique avait réussi à rendre sympathique ChristophBlocher, qui pourrait dès lors récupérer le film à son avantage?Reste que le cinéaste est aussi habile que le politicien, et qu’ilsemble peu probable que le film lui ait échappé. Réponse sur laPiazza Grande le 13 août.√SGPARDO.CHFestival du film de Locarno. Du 7 au 17 août. www.pardo.chPASSIONS


58∑PORTRAITCORINNE DESARZENS À LA PLAGE L’écrivain a remis les clefs du restaurant à une équipe de quatre gérantes. Même le ketchup des hot-dogs est fait maison.MERCEDES RIEDYLa Plage,à livreouvertLa romancière Corinne Desarzens a permis la renaissance du restaurant La Plageà Nyon. Une aventure bouleversante en mémoire à ses deux frères disparus.PASSIONSJULIEN BURRILa buvette de la Plage, à Nyon, rouvre sesportes, métamorphosée en restaurantgrâce à la générosité de l’écrivain CorinneDesarzens. Tout est dit, et rien n’est dit.Parce que cette aventure a été voulue etconduite par l’une des plus grandes romancièressuisses. Alors, évidemment, boire unapéritif ou manger une glace à la Plagerevient un peu à entrer dans un roman. LaPlage, c’est son œuvre la plus ouverte, danslaquelle chaque visiteur est invité à écrirequelques phrases, ou un chapitre.Tartes aux fruits. Pêcheurs professionnels,les frères jumeaux de Corinne Desarzensaimaient la plage des Trois-Jetées à Nyon.Ils possédaient, tout près, une cabane depêcheur. Luc et Frédéric faisaient tout enmiroir. En 1998, Luc s’est suicidé. En 2004,à la même date, Frédéric l’a suivi dans laL’HEBDO 31 JUILLET 2013


PORTRAIT∑59DRTOUJOURS EN MIROIR Des clichés de l’album familial de la romancière.BROCHET Les frères de Corinne Desarzens étaient pêcheurs professionnels.mort. L’histoire des jumeaux et de leurfamille «brillamment équipée pourl’échec» avait donné lieu à un romansuperbe, Poisson-Tambour, en 2005, auxEditions Bernard Campiche. Un roman depapier, cette fois. Les frères s’y appelaientVincent et Frédéric. La première phrasedonnait le ton: «On ne connaît pas sesproches.»La Plage raconte un récit plus gai. C’est unlieu de fête et il n’est pas rare que desinconnus, à l’ombre du grand arbre de laterrasse, rapprochent leurs tables pour separler et trinquer. Les frères avaient manifestél’envie d’ouvrir un restaurant. «Ilssouhaitaient qu’on y trouve deux choses,se souvient Corinne Desarzens, des tartesaux fruits hyperjuteuses et copieusementgarnies – pas les rations de paroissien! – etdes plats cuisinés avec des poissons du lac,très généreux, là encore.» Aujourd’hui, ellea réalisé leur rêve.A cœur ouvert. L’idée germe en 2007:réhabiliter ce bâtiment de 1937, desanciens bains publics devenus un dépôt àl’abandon et une buvette sommaire. Pourcela, Corinne Desarzens crée la Fondationdes Jumeaux. Elle financera les travauxavec l’héritage de ses frères. Les lieuxappartiennent à la ville. Daniel Rossellat,syndic de Nyon, donne son feu vert. Un bailgratuit de vingt ans est octroyé en échangede la réhabilitation des lieux.Depuis octobre 2012, une trentaine de personnesont travaillé sur le chantier. Il afallu partir de zéro; «couler la chape étaitcomme réaliser une opération à cœurouvert.»31 JUILLET 2013 L’HEBDOIl y a eu des larmes aussi. Pierre-Alain Bertola,illustrateur, bédéiste, décorateur, «Le»médiateur qui a facilité toute l’opération,est décédé pendant le chantier.Dîner au fond de la mer. De nombreusesautres personnalités traversent les pages dela Plage. Charlotte Hauser, fille de l’écrivain,a contribué à l’élaboration de la marque graphiquedes lieux. Les architectes du bureauEnvar ont dû ronger leur frein, en butte à lasoif de fantaisie de Corinne Desarzens (lasalle de bain rose pétant a donné lieu àd’âpres discussions). Il y a eu aussi le fellinien«Lion de l’Himalaya», à savoir l’éclairagisteMichele Dalla Favera. Et un spécialistedes pigments et des revêtements de sols,Mauro, un Italo-Tchèque que Corinne Desarzensvient d’accompagner, en moto, dans saRépublique tchèque natale – chez elle, unehistoire en amène d’autres, il faut suivre.Sans oublier bien sûr René Damond, «unseigneur, le play-boy des bacs à sable», quia peint le sol de la salle à manger. «Uneœuvre d’art. Je me mets à plat ventre dessuset je suis heureuse.» Un sol bleu liquide,brillant et profond. Comme ses yeux, à elle.(Les compliments la gênent, elle aimeraitdisparaître.) «Lorsque René travaillait, lacouleur avançait comme une marée. Onbuvait chacun de ses gestes. Regardez, ondirait que c’est de l’eau.»Elle bifurque, véloce comme un poisson,parle de petits crabes bleus, admirés surune plage de Tanzanie. On pourrait penserqu’elle prend la fuite. Non, elle va à l’essentiel.«La vie, c’est fait de petits instants. Iln’y en a pas beaucoup, mais ça nous nourritlongtemps.»Sur le deck, au-dessus de la buvette, unebelle jeune fille fait son apparition. Elleporte une robe du même rose pétant queles toilettes de l’établissement. On diraitqu’elle s’est échappée de leurs murs.L’écrivain ne voulait pas de béton gris, pasde tristesse. «C’est un projet poétique, personnel.Il ne fallait pas le laminer, allerdans le standard. Mais il a fallu se battre.»La rampe d’accès à la Plage, elle l’a recouvertede dessins naïfs, toujours avec sonami d’enfance René Damond. Des lézards,des serpents, des poissons s’y ébattent. Etpuis «un cœur idiot, en bas», qu’elle voulaiteffacer. Trop tard. En entrant ici, on abandonnetoute forme de snobisme.Pendant quelques minutes, le lac ressembleau sol du restaurant. On luidemande de parler encore de ses frères.C’est ici, sur la plage des Trois-Jetées,qu’elle a appris à nager à l’âge de 6 ans.Seule. Ses frères avaient quatre ans demoins qu’elle. Au détour d’une phrase, elleglisse: «La prochaine, c’était moi.» Puisaussitôt s’émerveille: «C’est juste extraordinaired’être là, non? Vous aimez? Vousaimez vraiment?» Oui, vraiment. Elle estrassurée. «Il faut être perméable. Les rencontresarrivent à n’importe qui. Mais certainspréfèrent laisser passer les occasions,ils ont peur d’être abandonnés. Et les occasionsne reviennent pas deux fois.» Dansl’un de ses courriels, le lendemain, ce slogande mai 1968: «Seuls les poissonsmorts descendent le courant.»√Restaurant La Plage,route de Genève, Nyon.Ouverture du 1 er mai au 30 octobre.PASSIONS


60∑PHOTOGRAPHIEL’art monte en altitudePASSIONSPréalpes et Alpes accueillent cet été plusieurs expositions de photographies, instaurantun dialogue fécond entre leur contenu et leur environnement. De Rossinière au valde Bagnes, grand tour d’horizon.L’HEBDO 31 JUILLET 2013


PHOTOGRAPHIE∑61ELLUC DEBRAINEHAUTEUR DE VUEL’installation desphotos de HuguesDubois sur le barragede Mauvoisin, en Valais.Si l’art est une question de hauteur devue, autant pousser la propositionjusqu’au bout. Et aller voir comment desœuvres exposées en altitude, mettons àpartir de 1000 mètres, encouragentd’autres regards, d’autres expériences quecelles exposées en plaine, par exempledans des musées. L’offre ne manque pas,tant le tourisme culturel prend son essor31 JUILLET 2013 L’HEBDOSTUDIO BONNARDOTdans les Alpes. Il permet d’attirer uneautre clientèle estivale en lui proposantune alliance nouvelle entre art et balade.L’exercice consiste souvent à poser dessculptures en pleine nature ou à s’approprierdes lieux patrimoniaux avec desaccrochages d’intérêts divers, sans que ledialogue entre l’œuvre et son environnementfasse l’objet d’une réflexion poussée.Mais la situation évolue dans un sens positif.A preuve les photographies disposéessur le couronnement du barrage de Mauvoisin,dans le val de Bagnes (VS), et dansle village de Rossinière (VD). Un lieu à2000 mètres, l’autre à 1000, mais d’égalintérêt.L’exposition valaisanne, Formes & Façons,se déploie en fait sur deux lieux: le muséedu val de Bagnes, au Châble, et Mauvoisin.Résidente de Verbier, spécialiste en communication,Evelyne Lepage a proposé unebelle idée à Bertrand Deslarzes, le déléguéculturel de la commune de Bagnes. Susciterla rencontre entre la population localeet des étrangers établis sur place. EvelyneLepage est Belge, comme l’est le photographeà qui elle s’est adressée, HuguesDubois. Celui-ci est un spécialiste réputédes objets d’art, comme les œuvres islamiquesqu’il photographie actuellementpour le Louvre.Le duo belge a provoqué une autre rencontre:le patrimoine bagnard et l’artcontemporain, voire les arts premiers.Hugues Dubois a photographié des outilsanciens conservés dans le Musée deBagnes et ses dépendances de Verbier(l’Espace Alpin) et Villette (l’AncienneDemeure). Il les a cadrés en gros plan, avecune précision confondante. Si bien que lescloches, gourdes, bols, louches, rabots oufètchuires (moules à fromage) perdent leurfonction d’objet pour gagner une allure detotems, boucliers, masques et oiseauxcérémoniels. L’objet devient sujet, le localuniversel, le profane sacré. Ces imagesextraordinaires de «formes» sont montréesau Musée de Bagnes.Dialogue du patrimoine et de l’artcontemporain. Plus haut, sur le barrage,disposées sur des supports de 2 m 40 dehauteur, voici les «façons», en l’occurrencela forge musée Oreiller (à Villette) photographiéepar Hugues Dubois. Du XIX e auXX e siècle, les maîtres artisans de la forgeproduisaient des outils et des cloches pourles vaches. Là encore, patrimoine et artconvergent. Les objets et l’atelier de latransformation du fer se transformenteux-mêmes en signes, matières, installationset abstractions, refondant leurspropres définitions. Et modes de perception.Ce dialogue, au sein de la même vallée, dupatrimoine et de l’art contemporain estriche en correspondances. Surtout sur lebarrage, avec la lumière forte, où tel troud’une plaque de fer échange avec un tunnelcreusé dans la roche, le métallurgique avecle minéral, le préindustriel avec l’industriel(la fonction du barrage) et le post-PASSIONS


62∑PHOTOGRAPHIESMARTPHONE Les montagnes manipulées avecune application, par Penelope Umbrico, à Rossinière.LE CIEL EST LA LIMITE Les voûtes baroquesphotographiées par Cyril Porchet, à Rossinière.TRACÉS ET RETRACÉS Les pierriers de Nicolas Crispini,à Rossinière, avec l’ajout de la ligne du dénivelé GPS.PHOTOS LUC DEBRAINE|NICOLAS CRISPINIindustriel (l’intention artistique). Leséchelles jouent elles-mêmes du contraste:les photos sont monumentales lorsqu’onles regarde de près, mais minusculesquand on les appréhende de loin, dans ledécor grandiose de Mauvoisin.Cette conversation silencieuse permet desaisir une qualité diffuse: l’intelligence deslieux. C’est ce qui arrive également àAlt. +1000 dans le Pays-d’Enhaut, à Rossinière.Le thème de la troisième éditionde ce festival consacré à la photographiede montagne est l’altitude (voir L’HebdoN o 22).La douzaine d’expositions installées dansles habitations séculaires, ou en plein air,multiplient les approches conceptuellesde l’altitude. Nicolas Crispini photographieles pierriers sur lesquels il a l’habitudede se promener, et parfois de seperdre, à près de 2000 mètres. Il y ajouteaprès coup le tracé des dénivelés enregistrépar son GPS, superposant une nouvellemontagne à celle enregistrée sur place.Simon Norfolk s’est installé dans la valléede Bamiyan, en Afghanistan, à2500 mètres, pour contempler le cycle dessaisons avec un dispositif toujoursmagique: un même lieu photographié auprintemps, en été, en automne et en hiver.Avec en toile de fond une dernière saisonmenaçante, celle des catastrophes causéespar la violente fonte des neiges. Cyril Porchetmet son objectif à la verticale pourphotographier les voûtes peintes deséglises baroques, ces représentations del’altitude infinie de la divinité. Mais le noiret blanc, la lumière et la perspectivesèment le doute: que voit-on? Un trompel’œil,à coup sûr…Là encore, le tête-à-tête entre les œuvreset leur environnement permet de mieuxcomprendre le thème choisi. Montrer lesaltitudes en altitude, si l’on ose dire, c’estfavoriser la contemplation, celle qui prendson temps et s’imprègne des lieux. Tout lemonde y gagne, les spectateurs comme lesartistes.Cet été, la montagne propose d’autresexpositions excursions. A Rossinière toujours,un parcours mêlant photographieset objets permet de découvrir l’œuvre enbambou de l’architecte colombien SimónVélez. A Verbier, entre les Ruinettes et LaChaux, le festival de musique classiquerevient sur ses 20 ans avec une promenadephotographique. A Champex, au JardinFlore-Alpe, l’exposition de sculptures fêteses 10 ans avec une rétrospective desartistes qui ont participé aux éditions précédentes.Enfin, le village de Morginsprend l’allure d’une galerie d’art grâce à laparticipation d’une vingtaine d’artistes.√www.museedebagnes.ch, www.plus1000.ch,http://learning-from-vernacular.epfl.ch, www.verbier.ch,www.flore-alpe.ch, http://efaexpo.com


LIVRE∑63«Chaque époque choisitses chefs-d’œuvre»Eric Bulliard et Christophe Dutoit se sont attelés à des recherches sur la naissanced’œuvres devenues des «classiques», des incontournables. Les deux journalistes de«La Gruyère» les ont compilées dans un bouquin.VICKY HUGUELETerrière tout chef-d’œuvre se«D trouvent de la sueur et desdoutes.» Dans le livre Naissance d’un classique,les journalistes culturels Eric Bulliardet Christophe Dutoit retracent la genèse dedouze œuvres devenues «classiques». DesMisérables d’Hugo à Apocalypse Now deCoppola en passant par Le penseur deRodin, le livre touche à tous les domainesartistiques. Une sélection effectuée dans lecadre d’une série d’été que les deux rédacteursont créée en 2012 pour leur journal LaGruyère.Parfois fulgurants, souvent difficiles à l’accouchement,les douze classiques choisissont racontés au travers d’anecdotes toujoursétonnantes. Deux exemples.Cyrano: un pied de nez au destin. Le Cyranode Bergerac d’Edmond Rostand était voué àl’échec. Personne ne croyait en cette pièce dethéâtre racontant, en alexandrins, l’histoired’un obscur poète du XVII e siècle. Un conseillerde Rostand lui avait même suggéré de supprimerla tirade des nez qui, d’après lui, allait«faire crouler la pièce sous le ridicule». Heureusement,Rostand ne l’a pas écouté.Cette nuit du 27 décembre 1897, au théâtreparisien de la Porte-Saint-Martin, Cyrano deBergerac entrait dans la légende. Quaranterappels. Assez pour que le régisseur finisse parlaisser le rideau ouvert. Un triomphe qu’EdmondRostand lui-même n’attendait pas.Born to run: la naissance du Boss. 1975. L’annéeoù Bruce Springsteen devint le Boss. Avecl’album Born to Run, il passe d’espoir local àstar mondiale. Une galette qui n’a pas été facileà produire. A l’époque, Bruce Springsteen commenceà peine d’être connu sur la côte Est desEtats-Unis. On se rappelle de cette phrasedésormais légendaire lâchée par le critique JonLandau, qui deviendra son manager: «J’ai vule futur du rock’n’roll et son nom est BruceSpringsteen.» Mais ses deux premiers albumsse vendent mal et son label, Columbia, s’impatiente.Le chanteur sait que ce troisième seradécisif. Trop exigeant, jamais satisfait, ilpousse ses musiciens à bout: c’est lui le Boss.Après dix-neuf mois d’écriture et d’enregistrement,8 titres voient le jour. Trente-neufminutes qui entreront dans l’histoire durock. Un succès immédiat qui, quarante ansaprès, dure toujours: 27 500 spectateurssont allés écouter le Boss au Stade deGenève le 3 juillet dernier!√«Une œuvre, une histoire»«CYRANO DE BERGERAC» Une première, un succès immédiat.31 JUILLET 2013 L’HEBDOAKG-IMAGESPourquoi est-ce que certaines œuvres deviennent des classiques, alors qued’autres disparaissent? Les réponses de trois historiennes de l’art neuchâteloises.Sara Petrucci: «Des œuvres précieuses à une époque peuvent être successivementoubliées parce que le goût change, ou parce qu’elles subissent desdétériorations liées à des intempéries, à des mauvais traitements, à denouvelles expérimentations techniques ratées.» Une œuvre peut «tomberen désuétude si elle ne correspond plus au goût d’une époque ou que les clésutiles à sa lecture sont trop éloignées du spectateur». Sara Petrucci affirmeque «ce qui assure la postérité d’une œuvre c’est sa capacité à raconter deshistoires à travers les siècles. Une histoire qu’elle figure, ou sa propre histoire».Pour Eloïse Weiner, le côté populaire, «dans le bon sens du terme», de cesœuvres classiques joue un grand rôle. «Au Louvre, tout le monde se pressepour voir le portrait de Mona Lisa. La culture se fixe sur certaines œuvres.»Pamella Guerdat, quant à elle, note l’importance du lieu de conservation.«Dans un musée une œuvre perdure. Tandis que dans une collection privée,elle peut être vendue à tout moment, gagner le marché ou n’importe queltype d’habitat. Et peut peut-être disparaître un jour. Le musée assure uneforme de protection.»√PASSIONS


64∑CE QU’EN PENSE√√√DÉCEVANT√√√INTÉRESSANT√√√EXCELLENTPASSIONSLIVRESLes frontalières√ √RÉCIT La JurassienneMousse Boulanger, 86 ans,revient sur son enfance enAjoie, dans le village deBoncourt, entre la Suisseet la France. Une fillettevoit les frontières sefermer lorsque s’annoncela guerre: «Il faut chasserceux qui ne pensent pas lamême chose, qui neparlent pas la mêmelangue, qui ne mangentpas pareil, qui n’ont pas lamême religion, pas lamême couleur de peau, quine sont pas blonds avecdes yeux bleus.» Un récitparfois didactique maisempreint d’une grandetendresse.√JBDe Mousse Boulanger. L’Age d’Homme, 78 p.L’affaire du tarot√√√POLAR Frites, fricadelles,bière, cigarettes et partiesde jambes en l’air,le commissaire Van In estun hédoniste déclaré.Alors que l’actualitédu crime semble au pointmort dans la belle villede Bruges engourdie parle froid, il décide, avecson fidèle complice,l’inspecteur Versavel,de rouvrir un dossier vieuxde vingt ans, l’affaire ditedu tarot. Un colonel,un curé et un échevinavaient été assassinéspar une même personneque l’on n’avait jamaisdémasquée. Aussitôtde nouveaux meurtres ontlieu. Quels vieux démonsle commissaire a-t-ilréveillés?√MDDe Pieter Aspe. Albin Michel, 286 p.EXPOSITION√√√Le fantômede Joan MiróLa Fondation de l’Hermitage à Lausanne présentequelque 80 œuvres de la maturité du grand peintre.Décevant et frustrant.POÉSIE ET LUMIÈRE Pour la plupartd’entre nous, ce sont de sympathiquesretrouvailles. L’occasionde renouer avec un peintreet sculpteur que l’on a aimé, quia accompagné notre entréedans l’art et dans le monde avecson impudence poétique et songeste généreux. Pour les autres,en revanche, pour ceux qui ledécouvrent dans cette exposition,il manquera quelque chosed’essentiel.Alors oui, bien sûr, dans cesquelque 80 œuvres qui proviennentde la Fondation Pilari Joan Miró et qui datent pourl’essentiel des années 60 et 70,le visiteur retrouve les motifschers à l’artiste: les femmes, lesoiseaux, les empreintes demains, les paysages. Il est parailleurs heureusement surprispar la simplicité radicale desgrands tableaux noir et blancaccrochés au sous-sol. Lareconstitution de l’atelier dupeintre à Palma de Majorque nemanque en outre pas d’intérêt.Mais cela ne suffit pas. Car ceMiró-là, celui de la maturité,n’est souvent que l’ombre delui-même. Ses éclaboussures etses silhouettes manquent degrâce, d’élégance et d’ardeur.Son trait s’est empâté et s’estraidi. Inutilement baveuses, sesformes s’égarent dans desdéséquilibres attendus quin’ont plus rien d’aventureux.Sans parler du fait que l’art deMiró cohabite plutôt mal avecle style XIX e de la Fondation del’Hermitage où il semble étouffer.Subtile, pétillante, raffinée,l’Esquisse pour le Terrace PlazaHotel, Cincinnati, présentée aurez-de-chaussée avec d’autrestravaux sur papier, renforcenotre frustration. Cette élégantegouache est d’une toutautre veine. Elle date de1947!√MIREILLE DESCOMBESLausanne. Fondation de l’Hermitage.Jusqu’au 27 octobre, ma-di 10-18 h (je 21 h).JOAN MIRÓ «Sans titre», 1968-1972, huile, acrylique, fusain et craie sur toile.SUCCESSIO MIRO / 2013, PROLITTERIS, ZURICHDISQUESJune & Lula√ √FOLK On vient de les voirà Montreux, on va lesretrouver à Lausanne.De leurs vrais noms Célineet Tressy, les FrançaisesJune & Lula proposent unfolk aux belles harmoniesvocales. Même s’il est plusorchestré que leur SixteenTimes de 2011, ce secondalbum possède toujoursce son vintage, comme sile duo nous venait desannées 60. Estival.√SG«Yellow Leaves». Columbia/Sony Music.En concert le 25 sept. à Lausanne (Les Docks).DUO Céline Bureau et TressyGeffroy se sont rencontrées ausein d’un éphémère groupe rock.Editors√ √ROCK Le quintettede Birmingham se prendsur son quatrième albumpour U2, et s’éloignede la noirceur new wavede ses débuts pour tendrevers le rock épique. Inégal,parfois même énervant(l’insupportable balladeWhat Is This Thing CalledLove), il montre les limitesd’un groupe qui aurait pudevenir énorme mais quiest en train de s’éparpiller,à l’opposé des Américainsde The National, aveclesquels ils partagent ungoût pour l’emphase.√SG«The Weight of Your Love». PIAS/Musikvertrieb. En concert le 15 aoûtà l’Open Air Gampel.L’HEBDO 31 JUILLET 2013SONY MUSIC


RENDEZ-VOUS∑65CINÉMALore√√√DRAME Dévastée parla mort d’Adolf Hitler,l’épouse d’un officier naziabandonne ses cinqenfants. Lore, l’aînée, vaalors tenter de guider sesfrères et sœurs dans uneAllemagne dévastée, et vadevoir, pour survivre, faireconfiance à un jeune Juif.Filmé au plus prèsdes corps et des chairsmeurtries, ce second longmétrage de l’AustralienneCate Shortland estun passionnant objetesthétique en mêmetemps qu’un film radicalsur une jeune fille quipourra enfin penserpar elle-même.√SGDe Cate Shortland. Avec Saskia Rosendahlet Kai Malina. Australie/Allemagne/Grande-Bretagne, 1 h 48.Né quelque part√√COMÉDIE DRAMATIQUE Farid,un jeune beur qui n’ajamais mis les pieds dansson pays d’origine, se voitcontraint de partir réglerune affaire de familleen Algérie, où il varencontrer, pour son plusgrand malheur,un encombrant cousin.Récit initiatique parlantde l’importance de savoird’où l’on vient, ce premierfilm qui se veut drôle etémouvant, mais n’est nil’un ni l’autre, est plombépar l’approximation deson interprète principal,une mise en scènehasardeuse et uneagaçante propensionà laisser les femmeshors-champ.√SGDe Mohamed Hamidi. Avec Tewfik Jallabet Jamel Debbouze. France, 1 h 27.31 JUILLET 2013 L’HEBDOMASQUE Un motif récurrent du cinéma de Brian DePalma, à l’instar du voyeurisme et de la manipulation.DVDPassion√√√THRILLER En découvrantce remake du Crime d’amourd’Alain Corneau (2010),on a l’impression quele Français avait écritson ultime film pour BrianDe Palma. Il faut dire qu’ildisait alors vouloir rendrehommage à Fritz Lang etHitchcock, et que ce dernierest pour son confrèreaméricain «le» cinéasteultime. Il y a dans cePassion, centré autour d’uncrime parfait, tout ce quiobsède De Palma: les jeuxde pouvoir et de miroir,la manipulation, la tensionsexuelle, le voyeurisme ouencore les masques et lesfaux-semblants. Ce filmresté inédit dans les sallessuisses est à la fois désuetdans son esthétique trèsannées 80, et passionnantdans ses recherchesformelles, qui culminentdans un impressionnantsplit screen, motiffondateur, avec le planséquencedu cinéma«depalmien».√SGDe Brian De Palma. Avec Noomi Rapaceet Rachel McAdams. France/Allemagme,2012. Distr. Ascot Elite.Rappel L’Estivale d’Estavayer-le-Lac accueille notamment,jusqu’au 3 août, Crystal Fighters, Garou et Puggy.ASCOT ELITECLASSIQUEPiano à Saint-UrsanneFESTIVAL L’invité spécialAlexei Volodine ouvreles feux avec un récitalBrahms, Schumannet Rachmaninov. Deuxrécitals de Sine Nominesont également à l’afficheainsi qu’une soirée «carteblanche à René Prêtre»,chirurgien mélomane,enrichie d’une création deHelena Winkelman.√DRSaint-Ursanne, Collégiale. Du 2 au 11 août.079 486 77 49 ou www.crescendo-jura.chFestival des HaudèresFESTIVAL Le QuatuorTerpsycordes est trèsprésent pour cette12 e édition musicale aucœur du val d’Hérens. Seul,associé au Sine Nomine ouau pianiste François-XavierPoizat, l’ensemble proposeplusieurs récitals. A noteraussi la présence du duoNurit Stark, violon, etCédric Pescia, piano, ainsique de l’Académie TiborVarga. Concertsquotidiens.√DRLes Haudères, chapelle. Du ve 2 au sa 10.027 283 40 00 ou www.festivalhauderes.chAcadémie Tibor VargaRÉCITAL En préambule auSion Festival, les profs del’Académie d’été proposentun concert de musiquede chambre: cap surdes compositeurs pharesdu XIX e – Mahler, Brahms,Beethoven – portés pardes instruments à cordes,du piano ainsi que la voixdu baryton Marcin Hebela.Manière de lancer le thèmede l’édition 2013: rencontreentre violon et voix.√DRSion, Eglise des Jésuites. Lu 5, 20 h.Sion Festival : du ve 9 au me 21. Rens.027 323 85 20 ou www.sion-festival.chET ENCORECONCERTSMonty AlexanderForte personnalité du jazz,le pianiste parcourt, avec sesmusiciens, la ligne à hautestensions Harlem-KingstonExpress.Verbier, salle des Combins. Ve 2 à 19 h.Erik Truffaz Le trompettisteet son quartette invitent la chanteuseet pianiste bâloise Anna Aaron.Genève, parc de la Grange. Ve 2 à 20 h 30.Entrée libre.FESTIVALLa Plage des Six PompesLe festival international des artsde la rue célèbre son 20 e anniversaireet accueille trente-quatre compagniessuisses et internationales pour un totalde quelque 170 représentations, entrethéâtre, danse, acrobatie, arts forains,mine, marionnettes ou encoreperformances.La Chaux-de-Fonds. Du 4 au 10 août.www.laplage.chCLASSIQUEJordi Savall Autour de Marin Maraiset autres compositeurs d’élégance,un récital intitulé La viole du Roi-Soleil.Rougemont, temple. Di 4 à 17 h 30.Natalie Dessay Accompagnéede la mezzo Stella Grigorian, la sopranopropose un récital de mélodiesromantiques russes et françaises.Verbier, église. Di 4, 20 h.Quatuor Makrokosmos Ufuk,Bahar Dördüncü, François Volpeet Sébastien Cordier interprètentla Sonate pour deux pianoset percussion de Béla Bartók,un chef-d’œuvre, ainsi que des pagesde Brahms et Debussy.Genève, cour de l’Hôtel de Ville.Je 8 à 20 h 30.LES LIVRESQUE VOUS AIMEZ01 Demain j’arrête!Gilles Legardinier, Pocket02 Inferno Dan Brown, Lattès03 La liste de mes enviesGrégoire Delacourt, Le Livre de Poche04 Le gardien de phareCamilla Läckberg, Actes Sud05 L’île des oubliés Victoria Hislop,Le Livre de Poche06 La vérité sur l’affaire Harry QuebertJoël Dicker, L’Age d’Homme,Editions de Fallois07 Cinquante nuances de Grey (Fiftyshades, tome 1) E. L. James, Lattès08 Cinquante nuances plus sombres(Fifty shades, tome 2) E. L. James,Lattès09 Le temps, le tempsMartin Suter, Bourgois10 Erhard Loretan, une viesuspendue Charlie Buffet, GuérinPASSIONS


66∑CHRONIQUESDESSIN KEIKO MORIMOTONE PARTONS PAS FÂCHÉSISABELLE FALCONNIEREn 2011, il a été le premierscandale sexuel de l’èreTwitter: alors que sa femme était en voyaged’affaires, le politicien américain Anthony Weiner,48 ans, se trompe et envoie à ses 45 000 abonnésune photo destinée à un flirt virtuel le montrant torse nu et lesexe en érection dans un slip moulant. Il efface aussitôt la photo,crie au piratage de compte Twitter, mais le mal est fait. Son pseudo– Carlos Danger – provoque un éclat de rire général mais le scandalel’oblige à démissionner du Congrès. Weiner fait amendehonorable, un bébé à sa femme, jure qu’on ne l’y reprendra pluset se lance dans la course à la mairie de New York. Las: il y aquelques jours, alors qu’il est en tête des sondages, un site Internetdiffuse des extraits de conversations osées entretenues enligne, l’été dernier, avec une jeune femme de 22 ans de l’Indiana.Patatras: sa femme a beau venir à sescôtés en conférence de presse assurerqu’elle l’aime et croit en lui, son directeurde campagne démissionne et ils ne sontplus que 43% de New-Yorkais à penserqu’il doit se présenter à la mairie.Je suis à New York et dans les journaux,à la télévision, il n’y en a que pour lui etses efforts démesurés pour faire croireque tout est normal en distribuant desrepas aux écoliers défavorisés alors queles reporters le traquent en ne pensantqu’à la pin-up de l’Indiana. C’est injuste:il n’a rien fait d’illégal ni de très particulier,ne commettant même pas lepéché de chair. Seule l’arrogance deprouver qu’il «en» a une plus grande –mais n’est-ce pas le moteur, voire lefonds de commerce, de tous leshommes de pouvoir? – l’a perdu. Lesélecteurs les plus jeunes le savent bien,puisqu’ils sont les plus nombreux, selonle même sondage, à ne pas lui tenir rigueur de son amour dusexting: à l’heure des smartphones et du pianotage continusur Twitter, Facebook ou WhatsApp, une bêtise est vite arrivée,et personne n’est à l’abri d’une telle humiliation. Vite fait etpas grave. Reste qu’en attendant que cette génération constituela majorité de l’électorat, l’enjeu pour tout politicien qui serespecte est désormais de maîtriser non plus seulement lefaire et le faire-savoir, comme le marketing l’a appris à la politiquedepuis un demi-siècle, mais aussi le faire et le non-fairesavoir.Pas viril pour un sou, hélas.√POINT FINALpar Luc DebraineC’ESTLE BRONXThomas Hirschhorn n’a pas un jobfacile. Qu’il expose son travail auCentre culturel suisse à Paris, et voilàque les parlementaires à Berne taillentdans le budget de Pro Helvetia, en raisondu ton critique de Hirsch hornenvers la même Helvetia. L’artistesuisse n’a pas plus de chance avec leNew York Times, qui vient d’étriller sonactuelle installation du Bronx. Hirschhorna construit l’un de ses «monuments»,comme il les appellemodestement, dans un parc du quartierde New York. C’est un ensemble depavillons de bois aggloméré, de scotchet de plexiglas dédié à la mémoire duphilosophe communiste italien AntonioGramsci, emprisonné sous Mussolini.La construction accueille les écritsde Gramsci, mais aussi une station deradio, un snack-bar, une scène dethéâtre et de musique.Lorsque le journaliste du New YorkTimes a visité le monument, undimanche pourtant,il était mollementfréquenté.Les plus jeunesavaient détournéles ordinateurssur des jeux vidéoÀ TROP USERDU BOISAGGLOMÉRÉ,ON RÉCOLTEDU BOIS VERT.plutôt que sur les écrits de Gramsci.Le quotidien posait la question dusens de ce geste artistique, financé parune riche fondation américaine, dansun coin défavorisé de la grande ville.L’installation de Hirschhorn, qui seradémontée en septembre, intéresserat-elleles habitants du Bronx? S’ensouviendront-ils? Ou ne sera-t-ellepréservée que «dans la mémoire del’art élitaire comme juste une autreœuvre de M. Hirschhorn, un autremonument à son monumentalego»? Et voilà:à trop user du boisaggloméré, on récoltedu bois vert.√L’HEBDO 31 JUILLET 2013


N o 3131 juillet 2013ISSN: 1420-5165Fr. 4.50Cette semaineVIVE LE PRINCEGEORGE!Le premier shootingphoto du royal baby,ses ancêtres les roisGeorge, son thème astral.CARSTEN SCHLOTERSon successeur,Urs Schaeppi, était aussison ami. Il témoigne.FRIBOURGLes plusbeauxvillagesen photosL’ALBUM ROYALVive le princeGeorge!EXCLUSIF Le thème astral du futur roiPALÉO VU D’EN HAUTLes images qui donnent le vertige.ENQUÊTE SUR LE DOPAGEQuel produit pour quel effet? Zoom surla pharmacopée à haut risque des sportifs.FRAÎCHEUR13 balades autour d’un point d’eau.www.i lustre.chCARSTENSCHLOTERSon ami,le nouveaupatron deSwisscom,témoigneAbonnements et informationswww.illustre.chou 0848 48 48 01 (tarif normal)sur l’iPad et l’iPhone


L’HEBDO XXX 2013

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