Nouvelles de Chrétienté 77 - Dici

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Nouvelles de Chrétienté 77 - Dici

•La conversion des musulmansLa conversion desmusulmans en EuropeConférence de Nouvelles de ChrétientéConférence donnée à Paris, le 8 mars 2006, par M. l’abbé Patrice Laroche, professeur au séminaire deZaitzkofen, en Allemagne, et auteur d’une thèse de doctorat sur « L’évangélisation des musulmans en France »Strasbourg 2001.La prise de Grenade en 1492marqua la fin de la domination musulmanesur l’Espagne avec la chutede son dernier bastion. Près dehuit siècles s’étaient écoulés depuisl’invasion de ce pays par les Mauresen 711 : la Reconquista était achevée.Aujourd’hui, cinq siècles après, nousassistons à un mouvement inverse :tandis que le nombre des chrétiensdu Moyen Orient diminue sans cessedepuis près d’un siècle, en raisonde la condition qui leur est faite dansles pays où l’islam est majoritaire,l’Europe est aux prises avec un graveproblème d’immigration musulmane.En France, les experts évaluent àsix millions la population musulmane,soit 10 de la population totalede l’hexagone. Une moitié d’entreeux environ possède la nationalitéfrançaise et il n’est pas exclu que lareligion musulmane ne devienne lareligion la plus pratiquée en Franceau cours du XXI e siècle. De plus depuisl’an 2000, le nombre des musulmansdans le monde a dépassé celuides catholiques et, vers 2050, dépasseraprobablement celui des chrétiens.Voyons donc comment au coursde l´histoire s’est posée cette questionet comment l’Eglise a cherché ày répondre. Nous verrons aussi commenton devrait tenter de relever ledéfi providentiel de l’évangélisationde ces musulmans arrivés pacifiquementchez nous et qui jouissent enEurope de la liberté de devenir chré-tiens, une liberté inconnue en paysd’islam.Dans ces pays, les missionnairesdoivent se borner à baptiser les mourants,soigner les malades, instruireles enfants dans un esprit de stricteneutralité religieuse, leur inculquerdes idées morales supérieures à cellesqu’ils ont, travailler au développementde la civilisation matérielle,en attendant l’heure marquée parDieu pour une oeuvre plus élevée 1 .Certes, il y eut toujours des conversionsde musulmans. Ce sont généralementdes conversions individuellesqui restent plus ou moins secrètes.Mais le phénomène est connu.En fait, l’apostolat direct auprèsdes musulmans ne s’est révélé possibleque sous un régime politique quileur accordait la liberté d’embrasserla foi chrétienne. Cela ne fut lecas qu’en Palestine et en Syrie durantles deux siècles d’existence duRoyaume latin de Jérusalem (1099-1291), en Afrique à l’époque de la présencefrançaise pendant la périodecoloniale (1830-1960) et de nouveauau Levant durant le Mandat français(1918-1943). En pratique, il fallaitauparavant que l’éducation et laculture françaises, dispensées le plussouvent par les ordres religieux et lesmissionnaires présents dans ces ré-1 - Vicaire apostolique, puis archevêquede Dakar de 1947 à 1962, Mgr MarcelLefebvre a connu les difficultés qu’il y aà convertir un musulman. Voir l’ouvrageintitulé, L’Eglise infiltrée par le modernisme,Eguelshardt, Fideliter, 1993, p.119-120.gions, apaisent les préventions despopulations musulmanes et que letémoignage de la charité les disposeà accepter le message chrétien. Lachose était en bonne voie, puisquece sont des milliers, puis des millionsd’entre eux qui ont choisi pourdivers motifs, politiques, économiquesou familiaux de venir vivre enFrance après la décolonisation, preuvequ’ils appréciaient la culture françaiseet auraient été en mesure d’appréciersa dimension chrétienne.C’est précisément à ce momentqu’eut lieu dans l’Eglise un événementcapital, le Concile Vatican II(11 octobre 1962 - 8 décembre 1965)qui se voulut pastoral et attentif àreconnaître les « signes des temps ».Sous son impulsion, l’Eglise aurait purecevoir un nouveau souffle missionnaire.Pourtant, à en juger les résultats,il n’en fut rien. Une nouvelle appréciationthéologique des religions,inspirée par Karl Rahner, a profondémentinflué sur l’action missionnairede l’Eglise qui a alors mis l’accentsur le dialogue et l’appréciationpositive des autres religions, attitudequi a été adoptée par la plupartdes islamologues catholiques.On est donc passé d’une attitudehostile envers l’islam, qui avait prévalujusqu’au XIX e siècle, à une estimeexagérée qui s’est avérée avoirun effet paralysant sur la mission del’Eglise. Alors qu’il est impossible detravailler en terre d’Islam à l’évangélisationdirecte des musulmans et3


Nouvelles de Chrétienté Nº 98Mars - avril 2006•que tout travail missionnaire esten quelque sorte impensable lorsqueles relations entre chrétienset musulmans ne sont faites qued’hostilités et de guerres, il s’offraità l’Eglise en Occident une occasioninespérée d’évangéliser lespopulations provenant de pays musulmans.Plutôt que de tenter quoique ce soit, le clergé catholiques’est employé à leur offrir des lieuxde culte. Egalement, alors qu’unecertaine propagande était faite surle passage de chrétiens à l’islam, unlourd silence pesait sur les conversionsde musulmans au christianisme,sans doute pour ne pas projeterd’ombre sur le dialogue interreligieuxque l’on cherchait à mettreen place. Nous verrons qu’un changementa eu lieu dans les dernièresannées du XX e siècle. La venueen nombre toujours plus grand decatéchumènes issus de l’islam, désirantêtre reçus dans l’Eglise catholique,a amené la Conférenceépiscopale française et ses organesà aborder officiellement le sujet.4Le sort des chrétiens sousl’occupation maureQue devenait l’Eglise et la chrétientédans les régions conquisespar l’islam ? Une fois le paysconquis, les chrétiens, du momentqu’ils étaient soumis et payaientl’impôt, n’étaient pas molestés,mais cette situation pénible de citoyensde seconde zone poussa uncertain nombre d’entre eux à abjurerle christianisme pour obtenirdes avantages, quitte à revenirà la foi chrétienne en cas de changementde circonstances : ainsi enAfrique, d’après Ibn Khaldoun, lesBerbères apostasièrent douze foisen soixante-dix ans.Pour juger à sa vraie valeur cettetolérance souvent chantée sur tousles tons, il ne faut pas oublier quechaque chrétien était un tributaireet que, seule, la conversion pouvaitle libérer de cette condition. Riend’étonnant donc si, tantôt sous lapression de la force et pour se libérerdes impôts, tantôt par l’effetdes alliances matrimoniales oul’ambition d’une ascension sociale -sans oublier le grand relâchementde la morale et d’autres éléments -,il y eut de nombreuses apostasies.En Espagne, cela donna naissanceà une classe sociale nouvelle, celledes mudalies (chrétiens arabisés),face à celle des « mozarabes » (musta’rib), c’est-à-dire ceux qui restaientfidèles à la religion catholique.Les premiers s’incorporèrentà la vie et à la structure socialesmusulmanes, tandis que les autresconservaient une organisation sociale,administrative et religieusepropre.Un phénomène constant estl’émigration des chrétiens versles territoires libres ou reconquispar les armes chrétiennes. Dansles premières décennies qui suivirentla conquête de leur pays parles Arabes, Rome accueillit quantitéde Syriens. Leur influence etleur nombre durent être considérables,puisque plusieurs d’entreeux, tels Serge I er (687-701) etConstantin I er (708-715), furentélevés à la papauté. En Espagnependant longtemps, les mozarabesconstituèrent la majorité de la population,mais leur nombre diminuaitsans cesse.De même en Afrique du Nord.Quand les Arabes s’avancèrent deplus en plus vers le nord, beaucoupde familles passèrent laMéditerranée pour les fuir et s’enallèrent en Italie, en Gaule, jusqu’aufond de la Germanie. A ceuxqui demeuraient, les vainqueurspermirent tout d’abord de continuerà pratiquer leur culte, sous réservede payer une taxe en échangede cette faveur. Ce régime durapeu de temps. Vers 717, le khalifeOmar II retira ce privilège auxchrétiens ; il fallut embrasser l’islamou quitter le pays. Dès lors,les apostasies, déjà fréquentes dansla période précédente, se multiplièrent,tandis que les sanctuaireschrétiens se transformaient enmosquées. L’Eglise d’Afrique, jadissi florissante, fut bientôt réduite àrien. Ça et là, pourtant, dans lesvilles et dans les tribus, subsistèrentquelques communautés chrétiennes,humbles témoins du passé.Tolérées par les musulmans, maisvivant d’une existence toujoursprécaire, elles prolongèrent l’agoniede cette glorieuse Eglise.La ReconquêteLa reconquête fut opérée dans leSud de la France et en Espagne où,occupés par leurs luttes contre lesFrancs et leurs discordes internes,les Arabes négligèrent le royaumechrétien des Asturies. Cela permitd’étendre les frontières vers le sud,repeuplant les régions ainsi libéréesavec l’aide des mozarabes quiavaient fui la zone musulmane etcelle des moines qui parsemèrentde monastères les régions nouvellementreconquises. Le caractère religieuxde la lutte fut puissammentrenforcé par la dévotion à l’apôtresaint Jacques. A partir du IX ème s.,la nouvelle de la découverte de sontombeau à Compostelle frappa lesesprits et fit de ce lieu un centre depèlerinage international. Le cultede saint Jacques fut un des élémentsles plus importants de la spiritualitéde la Reconquête : l’apôtredevint rapidement le patron del’Espagne et le combattant célestecontre les Maures. La première étapede la Reconquête s’achève par lalibération de Tolède (1085) par lestroupes d’Alphonse VI.Dans la période suivante, grâceà l’aide des Clunisiens, dontun grand nombre devinrent évêques,les papes poursuivirent laréforme de l’Eglise et l’unificationliturgique. Leur interventionfut également décisive pour renforcerle pouvoir politique de laCastille en vue de la Reconquête.Le Saint-Siège exhorta les seigneursfrançais, en particulier deProvence et de Languedoc, à se-


•courir les chrétiens d’Espagne. Lesommet de cette politique pontificalefut la victoire de las Navas deTolosa (1212), nouveau point de départpour l’achèvement rapide de laReconquête du pays, à l’exceptiondu royaume de Grenade.• Pierre le Vénérable, abbéde Cluny (1092-1156)C’est ici qu’il faut dire un motde Pierre le Vénérable, qui, entreprenanten 1141 une tournée d’inspectiondans les monastères bénédictinsd’Espagne dépendant deson abbaye, se rendit compte queles succès militaires de la reconquêtechrétienne déjà bien avancée necontribuaient en rien à la conversionde la population musulmanesoumise. Il fallait employer à cettefin des moyens spirituels. Maispour convaincre les sectateurs deMahomet il était nécessaire deconnaître leurs croyances et leurmentalité afin de pouvoir aborderavec eux les questions religieuses.Cette préoccupation est à l’originede la première traduction latinedu Coran. Malgré quelques inexactitudes,cette traduction, achevéeen 1143, rendait assez fidèlementla substance du texte et servit debase à beaucoup de travaux postérieursainsi qu’à toutes les traductionsdu Coran en langue vulgairejusqu’au XVII e siècle. La préfaceobserve que le monde latin ignorel’Islam : on s’en désintéresse, on nepense pas à réfuter l’erreur et encoremoins à convertir ceux qu’elleatteint. On les repousse par les armes,mais on ne leur oppose pas assezla force de la vérité. Il faut doncsusciter une croisade d’un nouveaugenre.Pierre le Vénérable avait envoyéà saint Bernard une notice surle mahométisme et la traductionqu’il avait fait faire du Coran, espérantque celui-ci en ferait une réfutation.Voyant que ses demandesréitérées restaient sans réponse etque l’abbé de Clairvaux n’entreprenaitrien, il se mit lui-même à la tâche.Il entreprit donc une réfutationdu Coran, Adversus nefandamsectam Saracenorum (contre la sectenéfaste des Sarrasins), traité qui selonle plan indiqué devait contenircinq livres, mais dont les deux premiersseulement sont actuellementconnus.Après avoir exposé le but deson livre et émis le vœu qu’il soittraduit en arabe afin de contribuer,dans le présent ou dans l’avenir,à conduire vers Dieu ceux quela grâce aura touchés, Pierre leVénérable s’adresse directementaux musulmans. Il comprend leurétonnement de le voir leur écrireet les prévient qu’il entreprendcontre eux une croisade pacifique.Il écrit par amour et veut leur fairedu bien : il aime les sarrasins parcequ’il est chrétien, bien qu’eux nele soient pas ; il les aime parce qu’ilest homme et qu’eux le sont aussi.Il ne prend pas contre eux les armes,mais leur souhaite le salut etles y invite : Ad salutem vos invito.Son ouvrage, où il cherche à capterla bienveillance des arabes, estun exemple admirable de la délicatesseà laquelle conduit la charitéchrétienne en même temps que duzèle et de la prudence qui doiventaccompagner toute oeuvre missionnaire.• Saint Raymond de PeñafortDans le contexte de laReconquête se situe aussi l’œuvrede saint Raymond de Peñafort (1177-1275) bien connu comme canoniste.Entré à 45 ans chez les dominicains,La conversion des musulmansil en fut élu en 1238 maître général,charge dont il démissionna au boutde deux ans, pour se consacrer complètementau travail missionnaireparmi les juifs et les musulmansd’Espagne et d’Afrique du Nord.Encouragé par le nouveau maîtregénéral, Humbert de Romans, il fixacinq objectifs à l’œuvre des dominicainsen Espagne : le soin spiritueldes chrétiens, la réconciliationdes renégats, la défense du christianismecontre les calomnies, le soindes chrétiens captifs (des musulmans),et le bon exemple pour édifierles musulmans.Après avoir encouragé saintPierre Nolasque et le roi JacquesI er d’Aragon à fonder l’ordre deNotre-Dame de la Merci pourle rachat des captifs, il établit enEspagne et en Afrique du Nord desstudia arabica, centres d’études arabespour la formation des missionnairesauprès des mahométans,pour en étudier la langue, la mentalitéet la religion, afin de pouvoiraller leur prêcher Jésus-Christ. Aucours du XIII ème s. de tels centresfurent fondés à Tunis, Barcelone etValence.Au temps des Croisades et desEtats latins du Moyen OrientLes Francs s’établissenten OrientVenant d’un pays où une seulereligion était pratiquée par l’ensemblede la population, les Juifs exceptés,les Francs se trouvent plongésdans un Orient multiconfessionnel,avec des confessions chrétiennesdifférentes et des gens qui nesont pas chrétiens. Ils s’adaptent àla situation et laissent ces infidèles« qui adorent Mahomet » pratiquerleur culte à condition d’être discretspour l’appel public à la prière, ce quiest une marque de leur souverainetésur eux. Mais nulle trace de persécutionsreligieuses des chrétiensenvers les musulmans. On se toléraitmutuellement, sans doute par


Nouvelles de Chrétienté Nº 98Mars - avril 2006•nécessité. Les musulmans ne pouvaientse rebeller contre les chrétiensqui avaient eux-mêmes besoindes musulmans.Les seigneurs francs, quiavaient transféré dans le Royaumede Jérusalem la coutume de Franceselon laquelle le seigneur devaitsa protection aux habitants, traitaientplus humainement leurs sujetsque les seigneurs orientaux. Lasituation des agriculteurs musulmansscandalisait, pour ainsi dire,un voyageur musulman qui écrit :« Les conditions qui leur sont faitessont l’abandon de la moitié dela récolte au moment de la moissonet le paiement d’une taxe. Les chrétiensn’en demandent pas davantage,sauf cependant un léger impôtsur les arbres fruitiers, mais les musulmanssont maîtres de leurs habitationset s’administrent comme ilsl’entendent. C’est là la condition,dans tout le territoire de la Syrie,de toutes bourgades habitées parles musulmans. La plupart sont tentéspar le démon en comparant leurétat à celui de leurs coreligionnairesdans les cantons gouvernés parles musulmans, et qui est tout lecontraire de la sécurité et du bienêtre.Un des malheurs qui affligentles musulmans, c’est que sous leurpropre gouvernement, ils ont toujoursà se plaindre des injustices deleurs chefs, tandis qu’ils n’ont qu’àse louer de la conduite de leurs ennemisen la justice desquels on peutse fier ».C’est encore assez vraiaujourd’hui, en vérité. Il y avait,dans un journal allemand, une enquêtepubliée il y a deux semainessur les pays les plus corrompusdu monde. Il y apparaissait qu’ungrand nombre des pays où la corruptionest la plus répandue étaientgouvernés par des musulmans. Laquestion est de savoir si les musulmansqui sont chez nous sonttentés de devenir chrétiens, « tentéspar le diable », comme disait cevoyageur musulman.Les conversions au christianisme,dans le Royaume de Jérusalem,6ont été tout d’abord accidentelles.Nous avons à ce sujet deux témoignagesbien connus. Le premierest une réponse d’Innocent III àl’Archevêque de Tyr en 1198 : « Tuas voulu nous consulter à proposdes infidèles convertis à la foi :ceux d’entre eux qui étaient mariésavant leur conversion à des degrésde consanguinité permis parla Loi ancienne ou par leurs traditions,mais interdits par les canons,doivent-ils se séparer ? A ta demande,il faut répondre que le mariagecontracté ainsi avant la conversionne doit pas être rompu aprèsle baptême. En effet, interrogé parles Juifs qui lui demandaient s’il estpermis de renvoyer sa femme pourune raison quelconque, Notre-Seigneur a répondu : « Que l’hommene sépare pas ce que Dieu auni », signifiant par là qu’il y a unvrai mariage entre eux ».Le second témoignage est uneréponse du même pape à l’évêquede Tibériade en 1202 : « Nous nousréjouissons dans le Seigneur… qu’ilait inspiré aux cœurs de nombreuxpaïens de venir à la foi chrétienne». La question concerne les polygamesqui se convertissent. La réponsedu pape est que la polygamieest interdite et qu’un musulmanpolygame qui se convertit doit gardersa première épouse. S’il l’a répudiée,il n’a pas le droit tant qu’ellevit, d’en avoir une autre, à moinsque celle-ci refuse de cohabiter pacifiquementavec lui, ou que, quoiqu’eny consentant, elle l’entraîneau péché mortel. En ce derniercas, celui qui s’est converti peut faireusage de la faculté donnée parl’apôtre Paul, connu sous le nom deprivilège paulin (1 Co 7, 15).Il faut arriver au XIIIe sièclepour qu’on voie réellement des institutionstrès discrètes, parce quesemble-t-il les seigneurs francs lessupportaient mal, destinées à prêcherl’évangile aux sujets musulmans.Notons ici que le bréviaireromain, à la date du 25 août, dit desaint Louis qu’il racheta en Orientun grand nombre de chrétiens àla servitude des barbares, convertitde nombreux infidèles à la foidu Christ et rebâtit à ses frais plusieursvilles chrétiennes lors de sonséjour de cinq années en Palestineet au Liban.Missionnaires chezles musulmansQuels ont été les missionnairesen pays musulman, au Royaume latinde Jérusalem, dont les noms noussont restés ? Il faut mentionner quesaint Thomas d’Aquin a écritvers 1264 la Summa contra Gentilespour fournir à ces missionnairestravaillant chez les non-chrétiensqui ne reconnaissent pas l’autoritédes saintes Ecritures, un manuelde doctrine catholique. On ne traitepas en effet avec les musulmanscomme avec les hérétiques : ceuxcireconnaissent la valeur des saintsEvangiles qui peuvent donc êtreutilisés pour leur montrer la faussetéde leur doctrine ; ceux-là ne lesadmettant pas, on est contraint dechercher à les convaincre de leurserreurs par la seule raison naturelle.S’il s’agit de vérités sur Dieu quela raison peut atteindre, commeson existence et certains de ses attributs,on procède par voie de raisonsdémonstratives capables deconvaincre l’adversaire. Mais pource qui est des mystères de la foi quine peuvent être prouvés il faut fairetomber les objections des infidèlespuisque la raison naturelle ne peutaller contre les vérités de foi. Onpourra alors chercher à éclairer cesvérités à l’aide d’arguments de vraisemblance,ou arguments probables,qui manifestent la beauté dela foi chrétienne mais qui ne peuventsuffire pour convaincre les adversaires.Aussi il est important dene pas laisser croire que nous adhéronsaux vérités de foi à cause deces raisons de convenance car celane ferait que confirmer les adversairesdans leur erreur 2Une difficulté supplémentairepour réfuter les erreurs des musul-- Contra Gentiles, I, c.2 et 9.


•mans était que leur doctrine étaitde fait très peu connue. Et cela n’apas beaucoup changé. Le maîtregénéral des Dominicains n’exagéraitpeut-être pas beaucoup lorsqu’ilécrivait : « Il n’y a que peu de personnes qui au sujet de Mahomet et desSarrasins en savent plus long que ceci :ce sont des infidèles, qui ne croient pas auChrist et qui adorent Mahomet commeleur dieu ce qui, du reste, est faux ».Saint Thomas lui-même n’avaitde la religion musulmane, dont ildésignait les adeptes sous le nomde « Gentiles » comme les païens,qu’une connaissance assez imparfaite.Mais il avait conscience dece désavantage : il était beaucoupplus facile aux premiers Docteursde l’Eglise, dit-il 3 , de réfuter les erreursdes païens qu’ils pouvaientconnaître avec précision car ellesétaient celles de leurs compatrioteset qu’ils étaient parfois euxmêmesdes païens convertis. SaintThomas, lorsqu’il écrivit le ContraGentiles, ne connaissait l’islam qu’àtravers les philosophes arabes etune traduction du Coran qu’il eutsans doute l’occasion de consulter.Quelques années plus tard leDocteur commun écrivit le De rationibus fidei contra Saracenos, Graecoset Armenos. De toutes ses œuvres,c’est celle qui possède l’intentionmissionnairela plus affi r -mée. Intitulée aussi Ad cantoremAntiochenum, c’est une réponse àcertaines objections des musulmanscontre la foi chrétienne tellesqu’elles sont rapportées par un- Contra Gentiles, I, c.2 in fine.dominicain, chantre au couventdes frères prêcheurs à Antioche.La lecture de cet ouvrage montreque les objections des musulmansà l’égard de la foi chrétiennesont restées aujourd’hui ce qu’ellesétaient alors : « Les sarrasins, d’aprèsce que tu m’as dit, tournent en dérisionle fait que nous appelions le Christ Filsde Dieu alors que Dieu n’a pas d’épouse. Ils nous considèrent comme des fousparce que nous croyons qu’il y a troisPersonnes en Dieu, en considérant quenous croyons bel et bien en trois dieux.Ils tournent en dérision le fait aussi que« nous affirmons que le Christ, le Fils deDieu, fut crucifié pour le salut du genrehumain » pour eux quelqu’un d’autre aété mis en croix à la place de Jésus ....Ils insultent les chrétiens parce que tousles jours « ils mangent leur Dieu surl’autel, et que le corps du Christ, fûtilgrand comme une montagne, serait déjà consommé ».Parmi les missionnaires de cetteépoque je vous citerai :• Guillaume de Tripoli (1220-1297)Né au Liban, ce missionnaired’ascendance croisée était entréau couvent dominicain d’Acre.Il affirme avoir baptisé plus de milleSarrasins. Vivant sous la dominationchrétienne et libérés de lapression sociale et des menaces quefait peser la loi islamique sur ceuxqu’elle considère comme des renégats,leur conversion était facilitée.Dans un traité achevé en 1273, intituléTractatus de statu Saracenorumet de Mahomete pseudopropheta et eorum lege et fide, Guillaume a exposésa méthode : la prédication de laParole de Dieu dans toute sa simplicité,sans arguments philosophiquesni recours aux armes. Il lui attribuele succès extraordinaire qu’ila rencontré auprès des populationsislamisées lors de la conquête arabe.• Saint François d’AssiseSaint François d’Assise lui-mêmes’est occupé de l’islam et au chapitreXVI de sa règle il parle desfrères qui partiront en pays musulmanset il leur donne ces conseils :La conversion des musulmans« Tous ceux des frères qui, par inspirationdivine, voudront aller chezles Sarrasins et les autres infidèlespourront y aller avec la permissionde leur ministre et serviteur. Etque le ministre accorde cette permissionet ne la refuse pas, s’il lesjuge aptes à partir, car il sera tenud’en rendre compte au Seigneur s’ilagit imprudemment, en cela commeen autres choses.Les frères qui partent ont deuxfaçons de se conduire parmi les infidèles.La première est de ne pasdiscuter, mais d’être ‘soumis à toutecréature humaine à cause deDieu’ (1 P 2, 13) et de s’affirmerchrétien. La seconde, c’est, lorsqu’illeur semblera agréable à Dieu,d’annoncer sa parole, afin que lespaïens croient au Dieu tout-puissant,Père, Fils et Saint-Esprit,qu’ils reçoivent le baptême et deviennentchrétiens, car ‘celui quine renaît dans l’eau et dans l’Espritsaint, ne peut entrer dans le royaumede Dieu’ (Jn 3, 4).Ces pensées et toutes autresagréables à Dieu, ils peuventles prêcher aux infidèles, car,dit le Seigneur dans l’Evangile :‘Quiconque me confessera devantles hommes, je le confesserai aussidevant mon Père qui est aux cieux,et quiconque rougira de moi et dema parole, le Fils de l’Homme rougiraaussi de lui quand il viendradans sa majesté avec son Père et lessaints Anges’ (Mt 19, 32 ; Lc 9, 26).Que tous les frères se souviennentpartout qu’ils se sont donnéstotalement à Notre-SeigneurJésus-Christ. Pour son amour ilsdoivent s’exposer à tous les ennemisvisibles et invisibles, car, dit leSeigneur : ‘Celui qui aura perdu sonâme pour moi la sauvera pour la vieéternelle’ ».Pour saint François, l’annoncede l’Evangile vient en second,car il faut d’abord se faire accepterdes infidèles en tant que chrétiens,mais elle n’est pas secondaire, elleen est la cause finale. Les modernesinterprètent cette attitude desaint François comme le dialogue7


Nouvelles de Chrétienté Nº 98Mars - avril 2006•dont on parle aujourd’hui. Mais ledialogue, c’est-à-dire connaître lesmusulmans et vivre avec eux, n’estpas une fin pour saint François, c’estun moyen. Et c’est ici l’un des handicapsde l’Eglise aujourd’hui c’estqu’elle ne veut plus convertir et neprêche que le dialogue.• Raymond Lulle (1235-1316)Du côté franciscain, il faut citerle bienheureux Raymond Lulle,tertiaire franciscain, qui fut appeléle plus grand missionnaire duMoyen Age auprès des musulmans,non en raison de ses succès numériques,mais de ses conceptionspar lesquelles il dépassa tous sescontemporains. Ses ouvrages dénotentune profonde connaissance del’islam et font que certains veulentvoir en lui un précurseur du dialogueoecuménique.A son instigation, le Concile deVienne en 1312 décréta l’érection dechaires de langues arabe, grecque,hébraïque et chaldéenne à Paris,Bologne, Oxford et Salamanque.Mais cette décision, quoique renouveléepar le Concile de Bâle en1434, n’eut pas de succès notable.L’échec définitif des croisades, ainsique la partition du monde en deuxblocs ennemis, les royaumes chrétienset l’empire turc, rendirent8l’apostolat auprès des musulmanstrès difficile. Les contacts existantsfurent par la force des choses desrelations guerrières qui firent obstacledurant plusieurs siècles à touttravail de conversion. La divisionde la Chrétienté et les guerres quirésultèrent de la Réforme protestantefirent que l’élan missionnairese ralentit. Lorsqu’il reprit, lors dela fondation des Jésuites, il s’orientavers les nouvelles contrées d’Amériqueet d’Extrême Orient où lesconquêtes missionnaires s’avérèrentplus aisées et fructueuses.En passant très vite le cours del’histoire : après les croisades, lesconversions des musulmans n’ontplus été possibles. Il y a eu sans douteles comptoirs chrétiens que lessultans ont autorisés en Afrique duNord et sur les côtes de la Turquie.C’étaient des quartiers réservésaux chrétiens où ils avaient leurcommerce, une église. Mais cesquartiers étaient fermés le soir etlors de la prière du vendredi aucunchrétien n’avaient le droit d’en sortir.Les musulmans ne pouvaient seconvertir. En pays musulman, si leschrétiens sont parfois tolérés, lesconversions sont impossibles.Ce qu’il était possible de faire,c’était de racheter les captifs.La situation des chrétiens dansl’Empire turcLe rachat des captifsL’échec de Charles Quint devantAlger en 1541 fut en grandepartie la cause de la réputationd’invincibilité des corsaires barbaresques.Les puissances chrétiennesleur abandonnèrent l’empirede la méditerranée 4 , où ils purentcontinuer leurs brigandages, prenanten course les navires chrétienset venant enrichir des résultats deleur piraterie les villes de Barbarie(nom donné à l’Afrique du Nord)4 - Sur les mers du Levant, seules lesbannières de la Sérénissime Républiquede Venise et de la France étaient autoriséesà flotter.et peuplant d’esclaves leurs bagnes.Un certain nombre de ces corsairesétaient des renégats qui avaientacheté leur liberté en reniant la foichrétienne et en se faisant musulmans.Depuis l’Antiquité, les captifsde guerre étaient vendus commeesclaves et l’Empire romain luimêmeabandonnait ses soldats faitsprisonniers. De bonne heure, desordres religieux furent fondés dansle but de racheter ceux qui avaientété pris par les musulmans. Dansla captivité, les chrétiens se trouvaientempêchés de suivre leur religionet, sans cesse harcelés pourrenier leur foi, ils étaient en granddanger d’apostasie, dans la mesureoù le reniement leur assurait généralementune vie meilleure. C’estpourquoi, parallèlement aux croisades,cette oeuvre de rachat descaptifs vit le jour.Les tentatives d’évasion étaienttrès cruellement réprimées et furentrelativement rares. A ce sujetle témoignage de saint Vincent dePaul est particulièrement intéressant.Au mois de juillet 1605, commeil s’en retournait par mer deMarseille à Narbonne, le navire oùil était fut attaqué par des corsairesde Tunis. Il fut fait prisonnieret vendu avec ses compagnons d’infortunecomme esclave à Tunis.« Les marchands vinrent nous inspectercomme on fait pour l’achatd’un cheval ou d’un bœuf, nous faisantouvrir la bouche pour voir nosdents, palpant nos côtes, sondantnos plaies et nous faisant marcher,trotter et courir, puis tenir des fardeaux,et puis lutter pour voir laforce d’un chacun, et mille autressortes de brutalités. Je fus vendu àun pêcheur, qui fut contraint de sedéfaire bientôt de moi », - il avait lemal de mer. Le pêcheur le vendit àun vieillard, médecin, homme forthumain : là il devait entretenir lefeu de dix ou douze fourneaux. Lemédecin le laissa à son neveu, quile revendit bientôt après la mortde son oncle. Un renégat de Niceen Savoie l’acheta. « L’une des troisfemmes qu’il avait était grecque


•chrétienne, mais schismatique ; uneautre était turque, qui servit d’instrumentà la miséricorde de Dieupour retirer son mari de l’apostasie,le remettre au giron de l’Egliseet me délivrer de mon esclavage.Curieuse qu’elle était de savoirnotre façon de vivre, elle me venaitvoir tous les jours aux champs où jefossoyais, et un jour elle me commandade chanter louanges à monDieu. Le ressouvenir du Quomodocantabimus in terra aliena des enfantsd’Israël captifs en Babylone me fitcommencer, avec la larme à l’œil,le psaume Super flumina Babylonis,et puis le Salve Regina, et plusieursautres choses, en quoi elle prenaittant de plaisir, que c’était merveille.Elle ne manqua point de dire à sonmari, le soir, qu’il avait eu tort dequitter sa religion, qu’elle estimaitextrêmement bonne, pour le récitque je lui avais fait de notre Dieu etles louanges que j’avais chantées ensa présence ; en quoi, disait-elle, elleavait eu un si divin plaisir, qu’ellene croyait point que le paradis deses pères et celui qu’elle espérait unjour fût si glorieux, ni accompagnéde tant de joie, que le plaisir qu’elleavait pendant que je louais monDieu. Son mari me dit, dès le lendemain,qu’il ne tenait qu’à unecommodité que nous ne nous sauvassionsen France, mais qu’il ydonnerait tel remède dans peu detemps, que Dieu y serait loué. Cepeu de jours furent dix mois qu’ilm’entretint dans ces vaines, mais àla fin exécutées espérances, au boutdesquels nous nous sauvâmes avecun petit esquif, et nous nous rendîmes,le 28 juin, à Aigues-Mortes ».Cette lettre pittoresque nousfait mieux comprendre pourquoisaint Vincent de Paul n’oublia jamaisla contrée où il avait gémicomme esclave près de deux ans.Au milieu de toutes les entreprisesqu’il mena pour soulager l’humanitésouffrante, il songea égalementà secourir de toutes ses forces lesmalheureux chrétiens captifs envoyantà Alger quelques-uns de sesprêtres pour les consoler, partagerleur sort et intervenir en leur faveur.Mais ils ne devaient pas chercherà atteindre les musulmans etles renégats, car cela aurait renduimpossible toute présence auprèsdes chrétiens esclaves :« Vous avez un autre écueil àéviter parmi les Turcs et les renégats: au nom de Notre Seigneurn’ayez aucun contact avec ces genslà; ne vous exposez point aux dangersqui en peuvent arriver, parceque, en vous exposant, comme j’aidit, vous exposeriez tout et feriezgrand tord aux pauvres chrétiensesclaves, en tant qu’ils ne seraientplus assistés et vous fermeriez laporte pour l’avenir à la liberté quenous avons de rendre quelques servicesà Dieu en Alger et ailleurs.Voyez le mal que vous feriezpour un petit bien apparent. Il estplus facile et plus important d’empêcherque plusieurs esclaves sepervertissent que de convertir unseul renégat. Un médecin qui préservedu mal, a plus de mérite quecelui qui le guérit. Vous n’êtes pointchargés des âmes des Turcs ni desrenégats et votre mission ne s’étendpoint sur eux mais sur les pauvreschrétiens captifs ».Aujourd’hui la situation est différente,et elle a été bien différentelorsque la France et les Françaisont été en Algérie. Cependant àcette époque c’est le gouvernementfrançais lui-même qui a interditaux premiers évêques d’Afrique duNord de travailler à la conversiondes musulmans.La conquête de l’Afrique du NordEn 1827, les souverains européensrassemblés à Aix-la-Chapelledemandèrent au roi de France,Charles X, de mettre un terme auxattaques des navires, aux massacreset aux enlèvements incessants perpétréspar les pirates musulmans.« Nettoyer la Méditerranée » fut lavéritable raison de l’interventionfrançaise et de la conquête de l’Algérie.Une des conséquences envisagéesdans le rapport présenté parLa conversion des musulmansle Duc de Clermont-Tonnerre avantl’expédition d’Alger était aussi de« civiliser les Arabes et de les rendrechrétiens ». Mais la Révolutionde juillet 1830 renversa Charles Xet lui substitua un souverain moinsbien disposé à l’égard de l’Eglise.• Les premiers évêquesd’Afrique du NordLe 10 août 1838, Grégoire XVIrelevait à Alger l’ancien siège épiscopal,dont le premier évêque,Mgr Dupuch, consacra l’Algérie àMarie et se lança dans des oeuvrescharitables envers les musulmans,ainsi que dans des constructionsindispensables. Sa cathédrale étaitune ancienne mosquée. Dans lechœur il avait conservé en arabe unéloge à Marie tiré du Coran : « Dieut’a choisie, il t’a exemptée de toutesouillure, il t’a élue parmi toutesles femmes » (III, 39) pour montrerque nous vénérions égalementla Sainte Vierge. Avec un clergé assezrestreint Mgr Dupuch s’occupad’une population de 60 000 soldatset de 25 000 colons mais quand ilvoulut s’intéresser aux indigènes ilse heurta à l’administration française.« L’exercice de la religion musulmanerestera libre » avait déclaréle Général de Bourmont au nomdu roi Charles X et de la France,le 5 juillet 1830. Les gouvernementsqui suivirent interprétèrent cet articledans le sens le plus strict, forçantles arabes à rester dans l’Islampar des barrières légales ou para-légales.Aux premiers évêques d’Algerqui s’élevèrent contre ces mesures,les autorités civiles répondirentimperturbables : « Evitez tout prosélytisme,de peur d’exciter le fanatismeet de provoquer des représailles.» Ainsi, si la France aconquis les corps, elle a empêchél’Evangile de conquérir les âmes etla patrie les cœurs.Mgr Pavy, le successeur deMgr Dupuch, éleva sur les hauteursd’Alger un sanctuaire dédié àNotre-Dame d’Afrique. Au fond del’abside, au-dessus de l’autel, il fitgraver cette inscription : « Notre-Dame d’Afrique, priez pour nouset pour les musulmans ». Le 31 mai


Nouvelles de Chrétienté Nº 98Mars - avril 2006•1858, il fonda une archiconfrériede prières qui déborda bientôt surla Métropole et compta en quelquesannées 80 000 adhérents. Ilavait composé et faisait réciter unePrière à NotreDame d’Afrique pour laconversion des musulmans :O Cœur saint et immaculé deMarie, si plein de miséricorde,soyez touché de l’aveuglement desMusulmans.Vous, la Mère de Dieu fait homme, obtenezleur la connaissancede notre sainte religion, la grâce del’embrasser et de la pratiquer fidèlement,afin que, par votre puissanteintercession, nous soyons tousréunis dans la même foi, la même espérance et le même amour devotre divin Fils, NotreSeigneurJésus-Christ, qui a été crucifié etqui est mort pour le salut de tousles hommes, et qui, ressuscité pleinde gloire, règne en l’unité du Pèreet du SaintEsprit, dans les sièclesdes siècles. Ainsi soitil.O NotreDame d’Afrique, priezpour nous et pour les Musulmans.Dès qu’il obtint de l’empereurNapoléon III le principe dela liberté d’action pour les missionnaires,le nouvel archevêque,Mgr Lavigerie, fonda en 1868 laSociété des missionnaires d’Afrique(Pères Blancs) et les Sœursmissionnaires de Notre-Damed’Afrique. Son but : inaugurer unepolitique de collaboration avecles indigènes par le moyen des orphelinats,des écoles, de l’assistancemédicale et des hôpitaux, de lacharité sous toutes ses formes afinde disposer les âmes par une « prédicationdiscrète, préparée par unegrande diffusion des bienfaits de lacharité chrétienne ».Mgr Lavigerie avait maintenul’Association de prières qu’avaitfondée Mgr Pavy. Son successeurMgr Leynaud, quatrième évêqued’Alger, essaiera de la réactiver ences termes : « On ne prie plus, oul’on prie d’une manière trop vague,pour la conversion des infidèles…L’Association de prières elle-même,10qu’est-elle devenue, dans notrechère Basilique de Notre-Dame d’Afrique ? Où sont sesquatre-vingt mille membres ?Hélas ! Cette Association deprières a cessé d’être agissante».• Le bienheureuxCharles de FoucauldSon souhait le plus ardentétait que « tout le pays fûtcouvert de religieux, religieuses etde bons chrétiens restant dans lemonde, pour prendre contact avectous ces pauvres musulmans, pourles rapprocher doucement, pour lesinstruire, les civiliser, et enfin enfaire des chrétiens ». Aussi déplorait-ill’indifférence des chrétiensde France à l’égard des musulmansd’Afrique du Nord :« Priez aussi pour tous les musulmansde notre empire nordouestafricain, maintenant si vaste.L’heure présente est grave pourleurs âmes comme pour la France.Depuis quatre-vingts ans qu’Algerest à nous, on s’est si peu occupédu salut des âmes des musulmans,qu’on peut dire qu’on ne s’en est pasoccupé. Si les chrétiens de Francene comprennent pas qu’il est deleur devoir d’évangéliser leurs colonies,c’est une faute dont ils rendrontcompte, et ce sera la perted’une foule d’âmes qui auraient puêtre sauvées ».Et de lancer cet avertissementprophétique : « Si la France n’administrepas mieux les indigènes desa colonie qu’elle ne l’a fait, elle laperdra, et ce sera un recul de cespeuples vers la barbarie, avec perted’espoir de christianisation pourlongtemps ».Charles de Foucauld étaitconscient que le travail qu’il avaitentrepris serait de longue haleine :« Il semble qu’avec les musulmans, écrivait-ilà un ami, la voie soit de les civiliser d’abord, de les instruire d’abord,d’en faire des gens semblables à nous ; ceci fait, leur conversion sera chose presque faite elle aussi, car l’islamisme neNotre-Dame d’Afriquetient pas devant l’instruction ; l’histoireet la philosophie en font justice sans discussion : il tombe comme la nuit devantle jour. L’œuvre à faire ici, comme avectous les musulmans, est donc une oeuvred’élévation morale : les élever moralement et intellectuellement par tous lesmoyens ; se rapprocher d’eux, prendrecontact avec eux, lier amitié avec eux ;faire tomber, par les relations journalières et amicales, leurs préventions contrenous, par la conversation et l’exemple denotre vie, modifier leurs idées ; procurerl’instruction proprement dite ; faire enfin l’éducation entière de ces âmes : leurenseigner, au moyen d’écoles et de collèges, ce qui s’apprend dans les écoles et lescollèges ; leur enseigner par un contactjournalier, étroit ce qu’on apprend dansla famille ; se faire leur famille… Ce résultat obtenu, leurs idées seront infinimentmodifiées, leurs mœurs amélioréespar là même, et le passage à l’Evangile sefera facilement ».C’est ce qui pourrait se faireaujourd’hui en France. Mais nousne sommes pas aidés par un gouvernementqui ne fait pas aimer laFrance à ces gens qui sont venus pacifiquementchez nous. L’éducationqu’ils reçoivent ne leur fait pasaimer la France, ne leur fait pasaimer l’Europe.Un autre obstacle, c’est quel’Eglise ne se préoccupe pas de celaou du moins pendant très longtempsne s’en est pas préoccupé.Cependant depuis quelques annéesles évêques de France s’intéressentau travail auprès des musulmans,mais surtout par le dialogue pourle dialogue.


•La conversion des musulmansLes évêques français et l’islamQuelle a été, quelle sera l’attitudede l’Eglise de France à l’égard del’islam ? Les contacts avec les musulmansdemeureront-ils uniquementde l’ordre du dialogue, del’entraide et du témoignage ? Unevéritable évangélisation est-elleréalisée auprès de certains ? Y a-tildes demandes de baptême et desbaptêmes effectifs ?Les évêques français et lesHarkisIl n’est pas inutile de relatercomment le problème commençaà se poser en Métropole. En 1962,fuyant les massacres du FLN oùavaient péri dans d’horribles supplicesplus de 60 000 de leurs compagnonsd’armes, 15 000 musulmansqui avaient servi sous le drapeaufrançais (90 000 avec les familles)sont recueillis par l’armée, réunisdans des camps avant d’être dispersésdans différents départements.« Nous sommes Français, nous prenonsla religion de la France », disentcertains au général Faivre quiaide les survivants à s’installer àDreux. Mais le clergé de Dreux refusede s’occuper des enfants, ne serait-cequ’au patronage. Résultat :très peu sont devenus chrétiens.Pourquoi ce gâchis est-on tenté dedire ? L’expérience du Père Avril,qui fut au cœur de ce drame, nousle fera comprendre.De retour d’Algérie qu’il a dûfuir en 1962, il s’est appliqué àl’évangélisation des musulmansfrançais rapatriés, les Harkis. Sansdoute est-il le premier en Franceà avoir cherché à le faire. En vain,explique-t-il dans son livre La XII eCroisade, a-t-il cherché à intéresserà ce travail l’épiscopat français et leVatican :« Dans mon action en faveur del’évangélisation des Harkis, j’ai reçudes encouragements chaleureuxet substantiels de la part de tous,des plus humbles Français commedes officiels les plus haut placés.Mais de la part de la Hiérarchie,je n’ai subi qu’interdictions etcondamnations. Et la majeure partiede mon temps, devrai-je l’utiliserà justifier les principes de monaction personnelle, mais surtoutà essayer bien en vain de convaincreleurs Excellences et d’entraînertoute l’Eglise de France dans cettemission. J’agite la terrible alternative: ou bien évangéliser et par làintégrer, ou bien islamiser et par làdésintégrer ».Des motifs politiques, secondéspar la théologie en vogue après leConcile, leur ont fait faire la sourdeoreille.Par deux fois, explique le PèreAvril, la Providence a confié à laFrance la mission de l’évangélisationdes masses islamisées. Chaquefois, elle a trahi et subi les conséquencesde sa trahison. La premièrefois en Afrique du Nord où, bienloin d’entreprendre l’évangélisation,elle l’a interdite, tout en favorisantl’islamisation. La deuxièmefois sur son propre territoire, ellea manqué à ce qui était pour ellela grâce du siècle, se mettant en situationd’être réduite par ce qu’ellea refusé de réduire.La hiérarchie catholique et legouvernement français observaientle même statu quo. La position officielle,à l’école de Louis Massignon,peu à peu adoptée par les PèresBlancs et reçue à Rome même avantle Concile, était : enseigner uniquementla loi naturelle aux musulmans,et pour leur conversion, attendrependant des siècles l’heurede Dieu. A cela, le Père Avril répond: vouloir demeurer dans le domainenaturel, c’est fermer la porteà Dieu, car, comme l’enseignele Concile de Trente, l’homme nepeut se maintenir longtemps dansl’observance de la loi naturelle sansla grâce divine.« Les Harkis sont en France, etFrançais. Islamisés par la France,ils étaient considérés comme musulmans,c’est-à-dire membres dela Communauté musulmane. EnFrance et Français, ils sont libérésde cette contrainte, ils sont nouveaux,neufs. A nous de leur proposerla vérité et Celui qui est laVérité, et de prier pour que Dieuet son Eglise leur donnent la foi.Comment procéder ? A Salérans,réaliser un groupe de berbères etd’arabes chrétiens, qui forment unvillage chrétien, qui alimenterontun séminaire spécialisé, et qui devronttout naturellement faire tâched’huile ». Tel est en 1964 leplan du Père Avril pour qui il esturgent de « ramener les riverains dela Méditerranée à leur christianismed’origine ».Mais les évêques français refusentcatégoriquement de s’occuperdes Harkis car cela a une résonancepolitique. L’évêque de Digne préciseau Père Avril qu’il ne faut évangéliserles Harkis sous aucun prétexte.Ils risquent d’apostasier s’ilsretournent dans leur pays et lesEtats musulmans pourraient userde représailles contre les minoritéschrétiennes. C’est l’époque duConcile qui prépare un documentsur l’islam, il ne faut surtout pasrisquer de faire des apostats et dedéplaire aux musulmans… « Alorsil n’y a rien à faire ? » Et l’évêquerencontré à Rome le 28 septembre1964, alors que le matin même a étédiscuté le texte sur l’islam, de répondre: « Mais oui, il faut les aiderà rester de bons musulmans, à pratiquerleurs fêtes, à ne pas devenirathées ».Tandis qu’un « document confidentiel» destiné aux évêques leurfait une défense absolue d’évangéliseret de baptiser les Harkis, lePère Avril voit les premiers fruitsde son apostolat : le 3 juillet 1965, ilbaptise quatre enfants avec l’acceptationouverte et franche de leurfamille.A l’automne 1965, il est toutde même question de nommer lePère Avril « Aumônier national »des Harkis. Ce projet a l’agrémentde Mgr Etchegaray, chargé de cespopulations. Mais les évêques deFrance consultés répondent parla négative, quoique sensibles à lanécessité d’une solution. Au nom11


•tre communautés musulmanes etcommunautés chrétiennes.« Au titre de son expérience desrelations entre religion et Etat, toutcomme en raison de sa pratiquedu fait religieux dans un contextede laïcité, elle [l’Eglise] est sollicitéepour contribuer à résoudre desquestions diverses soulevées parla présence des musulmans et parleurs attitudes envers les pouvoirspublics » ; sa réponse peut « favoriserune plus grande ouverture dela pratique de la laïcité, et susciteraussi, de la part des musulmans,une réflexion sur leur propre situation». L’enjeu en est une reconnaissancede la dimension publique etsociale de la foi et de son rôle dansl’inspiration des valeurs civiquesqui cimentent la nation française,sans chercher, ajoute Mgr Billédans son discours de clôture, « àfaire, face à toute une part de cettesociété, une sainte alliance des religions».Ainsi, pris au piège de la libertéreligieuse et du pluralisme danslequel il s’est jeté avec enthousiasme,voilà que l’épiscopat français,après avoir renié le règne socialde Notre-Seigneur Jésus-Christ ets’être accommodé sans difficultéde la laïcité, en vient presque à sefaire le promoteur d’un « règne socialde l’Islam » !Conversions et demandesde baptêmeIl était jusqu’à présent très difficiled’obtenir des données sur lesconversions de musulmans. Deuxfaits expliquent la chose : la crainted’être accusé de faire du prosélytismeet le souci d’éviter au néophytedes tracasseries inutiles. Si la discrétions’impose toujours, le silencen’est désormais plus de mise, carc’est un fait incontestable en Franceaujourd’hui : il y a des demandesde baptême venant de personnesoriginaires de la tradition islamique.Elles se manifestent partout.C’est pourquoi le Service nationaldu Catéchuménat a publié en octobre1999, sous le titre Catéchumènesvenant de l’islam , deux séries de fichesdestinées à aider les accompagnateursde catéchumènes provenantde l’islam. Elles offrent unensemble d’informations et de repèresafin de mieux comprendreces demandeurs particuliers et lessoutenir dans leur démarche spécifique.La première série expose leséléments essentiels de l’islam en lessituant en regard du christianisme.La deuxième envisage les élémentsfondamentaux du catéchuménat :accueil, discernement, pédagogiede la foi, initiation chrétienne, célébrations,insertion dans une communautéd’Eglise.Les catéchumènes venantde l’IslamIl y a, certes, des Français qui seconvertissent à l’islam. Les raisonsen sont diverses : cela peut être unepremière découverte de la foi enDieu pour un jeune élevé dans unmilieu athée, l’entraînement de camaradesmusulmans, l’attirancede la mystique musulmane, un besoind’une loi précise et ferme faceà une société permissive, la reconversionde militants gauchistes versl’islam considéré comme la religiondu Tiers-monde, l’idéalisation del’aspect plus familial et communautairede l’islam face à un mondetrop individualiste, la conversionforcée dans certains cas de mariagesmixtes, un sentiment de frustrationchez quelqu’un qui s’imagineque l’islam est plus permissifque sa religion d’origine. Ce phénomènede conversion s’expliqueaussi par le fait que les catholiquesn’osent plus parler de Dieu et quel’Eglise est devenue muette. Seloncertains, les convertis à l’islam proviendraientprincipalement de famillesnon pratiquantes depuisplusieurs générations où l’on avaitdepuis longtemps l’habitude « demanger du curé ». Environ 45 000 - Service National du Catéchuménat,Catéchumènes venant de l’Islam, 1999,55p.La conversion des musulmansFrançais de souche seraient ainsi,depuis vingt ans, passés à l’islam.Si certains font beaucoup detapage autour de ces conversions,il serait tout à fait faux de croirequ’il s’agit d’un raz-de-marée car,somme toute, le mouvement dansle sens de l’islam est aujourd’hui àpeine plus fort que celui en senscontraire qui va de l’islam vers lechristianisme, si l’on consulte leschiffres officiels de la Mosquée deParis. Peut-être même est-il en diminution.Il y a en effet un nombreassez notable de baptêmes d’adultesd’origine musulmane : ils sonten progression constante, actuellementau nombre de 350 à 400 chaqueannée, enregistrés par les catéchuménatsdiocésains. Et près de10 % des catéchumènes sont d’originemusulmane .Un prêtre me disait que depuisquelques années, on voit des personnesqui disent : « L’islam, j’arrête.Que faut-il faire pour devenirchrétien ? ». L’impulsion a pu êtredonnée par l’assassinat des moinesde l’Atlas ou la honte de ce qui sepasse en Afghanistan, par exemple.J’ai rencontré à Munich dansle métro un iranien qui m’a dit :« Depuis plusieurs années, je suisdevenu chrétien ». Selon certains,il ne fallait surtout pas parler deces conversions pour ne pas risquerd’être accusé de faire du prosélytisme.Mais aujourd’hui, même dans7 - En effet, pour la seconde annéeconsécutive, le Service National duCatéchuménat a mis au point une fichestatistique et publié l’enquête nationaleréalisée. Les chiffres communiqués fontressortir les éléments suivants. En 1999,il y avait en France officiellement 8 290catéchumènes et il y eut 2 329 baptêmes(on ignore la proportion d’anciens musulmans).A Pâques 2000, les catéchumènesétaient 9 474 et il y eut 2 503 baptêmesdont 9 % provenaient de l’Islam,soit environ 225. Pâques 2001 : 8 945 catéchumèneset 2 363 baptêmes dont 7 % enprovenance de l’Islam, soit environ 165.Les régions d’Ile de France, Provence-Méditerranée, Centre-Est (Lyon), Estet Nord sont celles où l’on enregistre leplus de conversions en provenance del’Islam. Cela correspond aux régions oùla densité de la population musulmaneest la plus forte.13


14Nouvelles de Chrétienté Nº 98Mars - avril 2006l’Eglise moderne, beaucoup sontarrivés à la conclusion qu’il ne fautplus se taire sur ce phénomène, ettout au contraire en parler et informerles catéchuménats diocésains.Ce dont il faut absolument s’abstenir,c’est de citer les noms de personnesconverties… Car les néophytesautant que leurs familles enFrance ou à l’étranger pourraientavoir à en pâtir.Parmi les candidats au baptêmeen France aujourd’hui, il y a souventdes personnes originaires duMaghreb ; il y a aussi des demandesde baptême de la part de personnesoriginaires d’Afrique noire,de Turquie, du Proche-Orient, del’Océan Indien et d’Asie. « Les itinérairesreligieux de ces catéchumèneset le regard qu’ils portentsur l’Islam sont nécessairementmarqués par les rapports qu’ils ontentretenus avec leur communautéd’origine. Pour certains, l’adhésionà la foi chrétienne est l’aboutissementd’une démarche religieusequi a débuté au sein de l’islam. Pourd’autres, il existe un rejet radical del’islam lié souvent à des expériencesfamiliales ou communautairesmalheureuses 8 . Bien des chrétiensvenant de l’islam ne révèlentpas, même aux membres de leur famille,leur adhésion au christianismepour éviter de lourdes tensionsfamiliales. Quoique les conversionsau christianisme soient plus facilementacceptées chez les Africainssub-sahariens que dans les famillesmaghrébines ou turques, la familleéprouve généralement un sentimentde honte et de désarroi si l’unde ses membres se détourne publiquementde l’islam pour adopterune autre religion. Dès le début, ilimporte d’assurer le catéchumèned’une entière discrétion » 9 .L’infinie variété des personneset des situations rendent difficiletout essai de classification rigoureusedes itinéraires de conversions 10 .8 - Ibid., p. 15 (fiche 3 : Leur rapport à lacommunauté musulmane et à la famille).9 - Ibid., p. 29 (fiche 7 : L’accueil et le discernement).10 - Ibid., p. 21 (fiche 5 : Les motivationsrencontrées).Le Père Jean-Marie Gaudeul, nouveausecrétaire du SRI, a écrit il ya quelques années un ouvrage surles catéchumènes d’origine musulmane: Appelés par le Christ, ils viennent de l’islam 11 . Les cheminementsqui conduisent de l’islam au christianismesont multiples, expliquet-il,mais on peut les classer en cinqpistes ou itinéraires sur lesquelsDieu attire généralement ces musulmansqui demandent à devenirchrétiens. Sans donner trop d’importanceà une classification, onpeut mentionner :- ceux que fascine la personnalitéde Jésus, qu’ils commencentà prier, dont ils expérimentent lapuissance et la bonté, et qu’ils finissentpar reconnaître comme leFils de Dieu ;- ceux qui recherchent une communautéselon Dieu, communautéqu’ils trouvent dans l’Eglise ;- ceux qui, après s’être reconnuscomme pécheurs, aspirent à fairel’expérience du pardon gratuit, celui-ciétant interprété diversementpar les musulmans ;- ceux qui demandent surtoutun message cohérent en lui-mêmeet avec la vie, et ont besoin de cer-11 - J.-M. Gaudeul, Appelés par le Christ,ils viennent de l’Islam, Paris, Cerf, 1991,348 p.•titude intellectuelle : instruits dansla polémique, ils ont découvert laBible et la cohérence du messagede l’Evangile les attire ;- ceux qui ont surtout soif derencontrer Dieu, de le prier cœurà cœur, ce qui n’est pas le cas dansl’islam où la prière est un ensemblede rites.En plus de ces motivations, deuxautres causes méritent d’être signalées.La première est la rencontre dechrétiens vivant l’Evangile : « Lesrelations de plus en plus nombreusesqui se nouent entre chrétiens etmusulmans peuvent amener certainsmusulmans à se poser la questionde Dieu autrement et à rechercherce qui anime les croyants deconfession chrétienne. Le désir devivre une vie croyante dans le cadrede la société française peut amenerces musulmans à vouloir suivrela voie de leurs amis chrétiens »dont ils apprécient les « comportementsd’accueil, d’ouverture d’esprit,de partage, de liberté et desérieux » 12 . D’autres fois, le cheminementse fait à l’occasion d’un rêve,ce qui peut paraître déroutantpour des mentalités occidentales.C’est le cas le plus souvent chez lesmusulmans qui cherchent une rela-12 - Catéchumènes venant de l’Islam,p. 22.


•tion personnelle à Dieu et une viede prière qui n’avait pas été trouvéedans l’Islam : « Songes et visionsponctuent très souvent l’itinérairede ces chercheurs de Dieu. Et cettevoie est souvent la seule qui permetteaux aspirations profondesd’émerger malgré les conditionnementspsychologiques d’une éducationviolemment hostile à toute‘apostasie’ » 13 . Dieu peut ainsi prendreen mains de manière sensiblel’itinéraire de conversion et donnepar ce moyen des forces spirituellessupplémentaires pour le poursuivrejusqu’au bout. « Quelles quesoient les explications que l’on tenteraitde donner à ces phénomènes,il importe de prendre en compteles paroles du candidat au baptêmeen ne contestant pas ce type demanifestation. C’est d’ailleurs dansle sérieux et la générosité du catéchumèneque l’on pourra juger dela valeur de sa démarche » 14A juste titre la prudence est recommandée: « Certains musulmanspourraient avoir la curiositéde chercher à savoir comment onagit dans l’Eglise vis à vis des catéchumènesvenant de l’Islam. Destentatives malveillantes ne sont pasà exclure ». D’où les conseils pratiques: « être circonspect et veiller àce que le témoignage donné ne puisseêtre suspecté de prosélytisme oud’irrespect envers la démarche religieusede l’Islam » ; « ne jamais dialoguerau téléphone ou par courrieravec des personnes dont on ignoreles véritables intentions » 15 .L’Eglise doit être missionnaireAssimilation et intégrationEn réalité, le pouvoir d’intégrationet d’assimilation, au sens noble,seule l’Eglise catholique le possède,à condition de vouloir restermissionnaire. Or, depuis le ConcileVatican II et la nouvelle théologie,l’Eglise, complexée dès que le13 - Ibid., p. 23.14 - Ibid., p. 30 (fiche 7 : L’accueil et le discernement).15 - Ibid., p. 30.mot de prosélytisme est prononcé,s’enfonce dans des dialogues quise retournent contre elle et laissele champ libre non seulement àl’islam mais aussi à toutes les secteset à tous les ennemis de Notre-Seigneur Jésus-Christ. « A vrai dire,me confie un musulman converti,je ne comprends pas l’attitudede la France. Fille aînée de l’Eglise,ayant eu dans son histoire desrapports privilégiés avec les Arabeset les musulmans, accueillant denombreux musulmans sur son sol,elle néglige de transmettre son précieuxhéritage spirituel. Beaucoupde chrétiens ne font pas leur devoirde chrétiens. L’Eglise dit auxmusulmans : vous avez des valeurs,nous devons les respecter. Certes,mais ces valeurs ne sont qu’humaines.Quand je vois l’état des musulmansen France, leur révolte, leursrecours à la délinquance, je me disqu’on ne leur apprend pas à ouvrirleur cœur, à aimer, à tendre vers cequi libère vraiment. Lorsqu’il vitdans une société islamique, le musulmanest encadré, orienté par safamille, son clan, ce qui l’empêchede dévier. Mais ici, livré à lui-même,il ne sait pas gérer sa liberté caril en ignore le sens véritable. Alors,il se perd. C’est une raison suffisantepour lui inculquer d’authentiquesvaleurs spirituelles. N’est-cepas le rôle de l’Eglise ? ».Les moyens à employerLa conversion des musulmansAu cours du Synode sur l’EuropeMgr Bernardini, archevêqued’Izmir en Turquie fit une interventionremarquée, où il mettaiten garde contre une fausse appréciationde l’islam et ajoutait : « J’aiune proposition très sérieuse à présenterau Saint-Père, celle de réunirle plus tôt possible, sinon unsynode, du moins un symposiumd’évêques et de personnes engagéesdans la pastorale des émigrés, danslequel je m’occuperai spécialementde la pastorale des musulmans… Ilest toutefois absolument nécessaireque nous soyons unis sur les principes,même s’ils doivent être appliquésde manière différente selonles circonstances de lieu ou de personne.Il n’y a rien de plus négatifque la désunion sur les principes.Je désire conclure par un avertissementque je tire de mon expériencepersonnelle : il ne faut jamais mettreà la disposition des musulmansune église catholique pour leurs célébrationsreligieuses, car ce seraitpour eux le signe le plus certain denotre apostasie » 16 .De leur côté, les évêques italiensont jugé bon de mettre en gardecontre les mariages mixtes avecles musulmans, et de rappeler queles chrétiens ont toujours le devoir,comme le Christ l’a demandé, d’annoncerl’Evangile aux adeptes de lafoi islamique, même si l’on sait quele passage de l’islam au christianismene peut se faire sans grandesdifficultés 17 .Le cardinal Giacomo Biffi, archevêquede Bologne, a élevé à plusieursreprises la voix pour dénoncerdeux menaces qui pèsent surl’identité catholique de l’Italie 18 .« Les « défis » qui déjà nous menacent,écrit-il dans une lettre pastoraleadressée au clergé de sondiocèse, sont principalement aunombre de deux : l’afflux croissantde gens qui viennent chez nous depays lointains et divers ; la diffusiond’une culture non-chrétienne ausein de populations chrétiennes » 19 .Le cardinal Biffi, n’hésite pas à rappeleraux catholiques leurs devoirs :«… avant tout, l’annonce de l’Evan-16 - Initiativkreis katholischer Laienund Priester der Diözese Augsburg e.V.,Informationen aus Kirche und Welt,Augsburg, 11, 1999 ; Page internet duVatican.17 - DT, 3 février 2000, p. 6.18 - Selon le ministre de la Solidarité sociale,Mme Livia Turco, il y avait en l’an2000 dans la péninsule italienne un milliondeux cent quatre-vingts mille musulmans.70 000 d’entre eux seraient des Italiensconvertis à l’islam (cf. La Repubblica, 14.9. 2000).19 - Cardinal Giacomo Biffi, Lettre pastoraledu 12 septembre 2000 intitulée Notepastorale : la Citta de San Petronio nelterzio Milenio. Extraits en français dansAction familiale et scolaire, 153, février2001, p.61-65.15


•sonnaliste moderne, beaucoup plusqu’à partir de la Révélation. Seul ceque le pape Jean-Paul II appelle le« dialogue de vie » a une véritableutilité car il peut être pour les musulmansvivant en France un bonmoyen d’intégration. Ces contactsrompent les barrières, permettentaux musulmans de lier conversationavec des chrétiens et de s’intégrerainsi dans la société d’accueil.Mais un chrétien ne peut en resterlà.Certes, si les musulmans viventparmi nous, un certain dialogueet une connaissance élémentairede l’islam sont nécessaires, maisle dialogue ne peut être qu’une étape.Il s’agit d’ouvrir leur esprit à laRévélation et non de les emprisonnerdans l’islam en leur construisantdes mosquées ; il s’agit de s’instruirede la doctrine musulmane,non pour être dans l’admiration dece que l’Esprit Saint leur aurait faitconnaître de Dieu, mais dans le butde les comprendre et de trouver lesmeilleurs moyens à employer pourtravailler à leur conversion, en prenantpour point de départ les qualitésqu’ils peuvent avoir et les véritésnaturelles auxquelles ils croient.Un musulman converti affirmelui-même : « Il n’y a pas de dialogueet il n’y en aura pas. C’est un leurrecar les musulmans, lorsqu’ils fontbloc, partent du principe qu’ils possèdentla vérité. Le christianisme neles intéresse pas et ils ne sont doncpas prêts à discuter religion. En lefaisant, ils auraient l’impression dese remettre en cause. De plus, leursarguments sont puérils, pauvres,pas convaincants. Pourtant, mêmes’ils ne le savent pas, beaucoup demusulmans attendent la vérité, etc’est à ce niveau des rapports personnelsque les prêtres ont un rôle àjouer. S’ils aiment la vérité, ils doiventla faire partager à tout prix ;cela devrait être le prolongementnaturel de tout chrétien. Et c’estpossible lorsque les musulmans nesont pas soumis à l’emprise de lacommunauté comme en France.Croyez-moi, plus d’un musulmanvivant ici s’interroge sur le christianisme.Leur apprendre à aimerle vrai Dieu, c’est en cela que devraitconsister le dialogue. Hélas !l’Eglise a démissionné, par lassitude,par lâcheté » 20 .Comme on peut le constater,la position adoptée par les évêquesfrançais à l’égard de l’islamen 1998, si elle tient officiellementcompte du phénomène nouveau dela présence musulmane en France,est loin de mériter le « reprochede prosélytisme ». Il n’a pas été uneseule fois question dans le texteCouverture ornée du Corandes évêques français du devoir deprier pour la conversion des musulmans,de la responsabilité qui incombeaux chrétiens de leur faireconnaître - avec prudence - la foi auChrist en saisissant toutes les occasionsqui peuvent se présenter. Ledialogue est le seul but avoué. Seules’y trouve une très brève allusion àla conversion de musulmans, noyéedans une énumération de faits nouveaux: « La présence de musulmansaux préparations et célébrationsd’obsèques, de baptêmes, demariages, comme aussi le catéchuménatet l’accueil au sein des communautéschrétiennes de nouveaux20 - S.-P. Kerboua, l.c., p. 272.La conversion des musulmansbaptisés issus de l’islam, supposentde la part des pasteurs et des communautésune adaptation à cette situationnouvelle » 21 .Raymond Lulle disait : « Quel’Eglise cesse d’être missionnaire,et elle est aussitôt menacée d’affaiblissementinterne. L’oubli de laferveur primitive explique l’essorde l’islam qui a déjà amputé la chrétientéd’une moitié de son étendueet de ses fidèles » 22 .L’histoire montre que dans ledomaine de l’évangélisation desmusulmans très peu a été fait, mêmelà où l’apostolat auprès des musulmanseût été théoriquementpossible. Il y avait trop à faire parailleurs : on a été au plus facile et àce que l’on a cru être le plus pressé.Si le dialogue ne peut remplacerl’annonce, l’évangélisation neconsiste pas uniquement dans l’annoncede l’Evangile. Il y a la prédicationpar l’exemple, il y a aussil’efficacité de la prière, à peu prèsignorée aujourd’hui. Les textes officielssont le plus souvent muets à cesujet et, par conséquent, peu nombreuxsont aujourd’hui ceux quiprient pour la conversion des musulmans,pensent à les convertir ouétudient en vue de ce travail. Il estd’ailleurs assez courant d’entendredire que les adeptes de Mahometsont inconvertissables, ce qui estmanquer de foi en la puissance dela grâce de Dieu 23 . Certes la choseest fort difficile, surtout dans lespays où est en vigueur la loi islamique,car celui qui se convertit risquela peine de mort 24 . Mais les21 - Document des évêques de France surle dialogue avec l’islam, in DC 95, 1998,p. 1031ss.22 - Cité par V. Serverat, Utrum culpa sitin christianis ex ignorantia infidelium, inRSTP 73, 1989, p. 369-396.23 - Joseph Hours, Devant l’islam, inItinéraires II, 1990, p. 254-292 ; L’Egliseface à l’islam, in Action familiale et scolaire,102, août 1992.24 - Interrogé à ce sujet à l’occasion del’audience accordée par Jean-Paul II auPrésident Chatami le 11 mars 1999, l’ambassadeurde la République islamique17


18Nouvelles de Chrétienté Nº 98Mars - avril 2006faits prouvent que ce n’est pas impossible,spécialement lorsque lesmusulmans vivent au milieu deschrétiens.Depuis le concile Vatican II, lesnouveaux principes de l’évangélisationse ramènent au dialogue quicherche à découvrir dans les religionsnon chrétiennes les richessesque le Saint-Esprit y aurait déposées.Plus qu’une méthode missionnaireinsistant sur la préparationdes âmes à la prédication évangéliquepar l’éducation et la bienfaisance,ce dialogue consiste à découvrirdans ce que l’autre croit une partiede la parole de Dieu et à s’en émerveiller.Non seulement cette manièrede voir repose sur une fausseconception des religions qui n’estni fondée sur la Sainte Ecriture, niconfirmée par l’histoire, mais elleest impuissante tout spécialementdevant l’islam. Ce dialogue théologiquepratiqué avec les musulmansne peut qu’augmenter leur méprisdes chrétiens et les conforter dansleurs erreurs, car ils y voient soit unpiège, soit un signe de faiblesse.Abaisser la barrière qui séparele musulman du chrétien, fairetomber ses préjugés par l’éducation,les oeuvres de bienfaisance, tel doitêtre le vrai dialogue. Chercher, partous ces moyens et par le respectmanifesté aux musulmans pourleurs personnes, à les faire évoluerdans le sens d’une plus grandeouverture à la civilisation chrétienneest un travail de longue haleine.En somme, il s’agit tout d’abord deles ouvrir aux vraies valeurs, nond’en faire des athées ou des déracinésqui ont le dégoût d’une civilisationeuropéenne reniant sespropres racines et porteuse de la« culture de mort ».• De véritables études coraniquesComme il est nécessaire pourparler à un musulman de connaîtreles objections qui l’empêchentd’Iran déclarait qu’il s’agissait là d’une« affaire interne » à l’Iran (DT, 13 mars1999).de s’approcher du Christ et doncd’étudier sa doctrine, le missionnaireen milieu musulman doitconnaître la doctrine de l’islam.Mais si l’on compte aujourd’hui denombreux chrétiens versés en islamologie,il en est bien peu dontla pensée ne soit pas conditionnéepar l’indifférentisme religieux cautionnépar le dernier Concile 25 .Cet enseignement nouveau a tuél’esprit missionnaire et conduit denombreux islamologues catholiquesà aborder l’étude du Corancomme s’il s’agissait d’un livre révélépar Dieu. Et s’ils ne vont pasjusqu’à adopter cette attitude, ils sefont un devoir par respect pour l’islam,de prendre pour point de départla tradition musulmane ; démarcheanti-scientifique qui faitexpliquer le Coran à partir des traditionsorales, forgées au gré desbesoins de clarification durant lesdeux ou trois premiers siècles quiont suivi sa rédaction, les hadith.De telle sorte que le Coran devientà proprement parler incompréhensibleet que l’on se trouve devantun cercle vicieux. En effet, on expliquele Coran par des hadith, desclarifications apportées pour expliquerle Coran. Il est alors impossiblede découvrir et le véritable sensde ce livre et les conditions réellesdans lesquelles il a été écrit.Il est par conséquent urgentd’appliquer à l’étude du Coran laméthode critique qui permettraitd’élaborer, au sujet de la formationdu livre sacré des musulmanset par conséquent de l’islam, deshypothèses acceptables raisonnablement.Et, indépendamment detoute vue missionnaire, il ne seraque plus profitable à la recherchescientifique de se dégager de la traditionislamique du Coran descendusur Mohammed la nuit de la révélationet dont la connaissance luiaurait été retirée par la suite pourlui être révélée à nouveau selon lesbesoins.Le Coran ne doit pas, pour unmusulman, faire l’objet de rechercheshistoriques ou psychologi-25 - Nostra aetate, 3.•ques, car l’a priori de la révélations’oppose à toute velléité de recherches.Si le musulman a la foi, il enignore le contenu réel tout autantque l’origine de sa religion, la portéehistorique du Coran et les rapportsde celui-ci avec la Bible,Ancien Testament et Evangile.Aider les musulmans à se libérerde leurs convictions gratuites ousans fondement pourrait être le résultatdes études coraniques, maisà condition qu’elles se dégagent elles-mêmesdes préjugés islamiques.• Une politique soucieusedu bien communSi le « dialogue de la vie » ne suffitpas, si le dialogue théologiquemoderne est impossible voire nocif,si la laïcisation éloigne les musulmanset l’islamisation les fanatise,quelle solution pourra être adoptéepour la conversion des musulmans? Le cardinal Lavigerie avaitdonné la réponse, d’autres l’ont répétéeaprès lui : une politique quiévolue entre laïcisation et islamisationest vouée à l’échec et cela aété largement prouvé par l’histoire.La solution, qui aurait été le véritablemoyen d’assimilation des populationsde l’Afrique du Nord etqui sera la clef de l’intégration desmusulmans présents en France eten Europe, c’est de restaurer unesociété qui ne renie ni ses racinesni sa culture chrétienne. Nous ensommes évidemment bien loin 26 ,principalement parce que les hom-26 - Rappelons pour mémoire qu’auSommet européen de Nice (décembre2000), sous présidence française,une charte des droits fondamentaux a étéadoptée. Le projet comportait un préambuledont le deuxième alinéa commençaitpar : « S’inspirant de son héritage culturel,humaniste et religieux, l’Union sefonde… ». Le premier ministre français,Lionel Jospin, a cru devoir téléphoner àRoman Herzog, président de la commissionchargée de la rédaction de la charte,ancien président de l’Allemagne, pour exigerla correction de ce préambule au motifque pour la France, « république laïque »,la référence à un héritage religieux était« inacceptable ». Religieux a été remplacépar spirituel. Mais la spiritualité évoqueune attitude ou une disposition ; ellen’exprime aucun contenu.


•mes d’Eglise ne sont plus principalementinspirés par les donnéesde la Révélation et de la foi et queles politiciens ne sont plus guidéspar la recherche du bien commun.Tous sont conduits par une idéologie: celle des droits de l’homme,soi-disant justifiée théologiquementpar une nouvelle conceptionde la foi et des rapports de l’hommeavec Dieu.Aussi, alors que les conditionsprésentes sont propices à un apostolatfécond, car la possibilité dudialogue missionnaire existe ainsique celle d’acquérir les connaissancespréalables qui peuvent le faciliter,l’indifférence religieuse auniveau tant de l’Etat que de la hiérarchiede l’Eglise fait que ce quiaurait pu être une occasion inespéréed’apostolat est déjà devenu undanger redoutable.Ce fut une grave erreur d’avoirexporté chez les musulmans la laïcité.Le musulman est un être essentiellementreligieux et sensible àtoute forme de piété. Ce qui lui répugneprofondément c’est l’absencede foi. Aux yeux des musulmans,un homme qui ne prie pas est un« kelb », un chien. On comprendalors les plaintes des missionnairesd’Afrique du Nord, alors que la politiquefrançaise prônait le laïcismepour les Français et l’islamisationpour les Berbères. Ecoutons le cride l’archevêque d’Alger dégageantdans une lettre écrite en 1872 la leçonde l’insurrection kabyle :« Chose remarquable, ce ne sontpas les Arabes, c’est-à-dire les musulmansd’origine, qui nous déclarentla guerre sainte, ce sont cettefois les Kabyles ; les Kabyles, ily a six cents ans chrétiens commenous, comme nous issus de l’antiquerace autochtone et des conquérantsromains ; les Kabyles quin’avaient nul fanatisme, lors de notreconquête, et dont tout le mahométismese bornait à réciter la formuledu Prophète. Mais, depuisque nous les avons soumis, il sembleque nous n’avons rien eu de plusà cœur que de les fanatiser… Nousavons fondé en Kabylie, avec l’argentde la France, des écoles musulmanes; on a interdit à nos prêtresla prédication de l’Evangile, à nossœurs l’exercice même de la charité.Eh bien, voici ce fanatisme protégé,fomenté par nous, qui éclatemaintenant au grand jour dansl’incendie de nos villages et le massacrede nos populations. Ce spectacleouvrira-t-il enfin les yeux ?Comprendra-t-on que ce que faitla France depuis près de quaranteans est aussi odieux qu’absurde? Comprendra-t-on qu’il fautnon pas isoler, parquer les Arabesdans le Coran, mais les assimiler etles noyer, si j’ose dire, dans la pacifiqueinvasion de colons vraimentchrétiens, non pas enfin créer un« Royaume arabe », mais une coloniecatholique et française ? ».Même un Etat laïc devrait pouvoirse rendre compte que sa politiqued’immigration laxiste ne sertni le bien commun de la nation nile bien des immigrés, insatisfaits etdéracinés. Si l’idéologie ne l’aveuglait,il ne mènerait pas en parallèleune politique familiale et socialesuicidaire qui ruine les chancesde maîtrise de l’immigration : lamoyenne française de 1,65 enfantpar couple - alors que le simple renouvellementdes générations enexige 2,1 - cache de grandes disparités.Les seules zones où soit atteintle seuil de 2,1 se situent enSeine Saint-Denis et dans les banlieuesde non-droit. Bien qu’il soitinterdit à l’administration d’en publierles chiffres, on peut tenir pourcertaine une moyenne d’enfantschez les foyers français de souche,inférieure à 1,5. Au rythme actueldu différentiel démographique etau rythme prévisible de l’accroissementde l’immigration, s’il n’y a pasregain de vitalité du fond français,le renversement de la balance despopulations, loin de s’étendre sursept siècles comme en Egypte entrecoptes et musulmans, peut interveniravant la fin du XXI e siècle. Al’image d’un organisme malade,La conversion des musulmansfrappé d’anémie et de paralysie etqui a perdu ses défenses immunitaires,la société occidentale moderne,non contente de se laisserdépérir physiquement par l’avortement,la dénatalité, la drogue et ladélinquance généralisée, n’est pluscapable et ne souhaite même plusconserver son identité 27 .Enfin l’Islam à la française quecertains appellent de leur vœu estune gageure. N’est-ce pas avoirl’ambition de « désislamiser » l’islam? Qu’on le veuille ou non, ilexiste une interprétation encoretrès officielle, vivante et actuelle duCoran et de la Charia qui fait del’islam le terreau de mouvementsislamistes et terroristes. Si, pourgagner leurs bonnes grâces, le gouvernementjoue le jeu de l’islamisationen leur construisant mosquéeset centres culturels, il tente un pariqu’il risque bien de perdre commece fut le cas en Afrique du Nord.Faire contrepoids à l’Islam exigetout autre chose que d’évacuerles références religieuses. Il fautprêcher la foi et surtout en vivre,et montrer par l’exemple que les valeursreligieuses authentiques quevéhicule l’islam sont conservées demanière plus sublime dans le christianismevécu. La plupart des musulmansqui se convertissent le doiventau témoignage de foi de leursamis chrétiens, non au dialogue interreligieux.Celui-ci, bien que sevoulant une partie de la missionde l’Eglise, n’a justement pas pourbut de favoriser les conversions.Y contribue-t-il ? oui sans doute,dans la mesure où il fait tomber lesbarrières et fait cesser les animositésentre chrétiens et musulmans.Mais cela, n’importe quel « dialo-27 - Avec un indice de fécondité de 1,25 enfantpar femme entre 15 et 45 ans, en l’Allemagneoù vivent actuellement 75 millionsd’Allemands (81 millions d’habitantsen tout), il n’y aura plus à la fin du siècleque 22 millions d’Allemands de souche.Mais ni l’épiscopat ni aucun parti politiquene propose des mesures et un idéal moralcapable d’enrayer ce suicide collectifde la nation allemande (cf. RegensburgerBistumsblatt, N° 26, 25. 6. 2000, p. 6-7).19


Nouvelles de Chrétienté Nº 98Mars - avril 2006gue » pourrait le faire et point n’estbesoin pour cela que les chrétiensdonnent l’impression de révérer leCoran ou l’islam.Dans l’état actuel des choses entout cas - à moins d’imaginer unenouvelle Pentecôte convertissantau Christ les immigrés musulmansréfugiés chez nous par l’inhumanitédes islamistes, avant qu’ils neconvertissent à leur tour leurs coreligionnairesdans leurs pays d’origine-, un risque énorme se profiletant que nous nous avanceronsdans nos impasses. Il faut donc espérerle meilleur et craindre le pire,car la situation est d’une extrêmegravité.Comme le Père de Foucauldl’écrivait à René Bazin le 1 er juillet1916 : « Sinous n’avonspas su fairedes Françaisde ces peuples,ilsnous chasseront.Leseul moyenqu’ils devi e n n e n tF r a n ç a i sc’est qu’ils deviennent chrétiens.Sinon, avant cinquante ans, nousserons chassés de l’Afrique duNord ». Ces paroles prononcéespar un connaisseur de l’islam et desmusulmans se sont révélées tragiquementprophétiques. Souhaitonsque les suivantes, tout aussi prophétiques,se réalisent elles aussi: « Apprenez bien par cœur quec’est seulement en christianisantles musulmans que vous les civiliserez,que c’est en les civilisant quevous les intégrerez, et que c’est enles intégrant que vous ajouterezd’autres Cyprien et Augustin à vosVincent de Paul et Curé d’Ars » 28 .Concluons donc avec le cardinalBiffi :« Je pense que l’Europe redeviendra chrétienne ou sera musulmane. Cequi me semble sans avenir est la « culture du rien », de la liberté sans limite etsans contenus, qui semble être l’attitudedominante parmi les peuples européens,et sera incapable de soutenir l’assautidéologique de l’islam qui ne manquera pas : seule la redécouverte de « l’événement chrétien » comme moyen uniquepour l’homme de se sauver et donc seulement la résolution de ressusciter l’ancienne âme de l’Europe - pourra offrirune issue différente à cette confrontationinévitable » 29 .En conclusion, je résumerai : ladoctrine musulmane, confirméepar la pratique dans les pays mu-28 - La XII e Croisade, p. 177.29 - Cardinal Giacomo Biffi, Note pastorale(12. 09. 2000).•sulmans, rend quasiment impossiblesous le régime de la charia laconversion d’un musulman : celuiqui prêche la doctrine du Christautant que celui qui se convertitsont passibles de graves peines, jusqu’àla peine de mort. Même quandl’Eglise bénéficie d’une certaine libertédans quelques pays musulmans(Maroc, Tunisie), la doctrinechrétienne ne peut être prêchéequ’aux chrétiens. En revanche, sousdomination chrétienne, les musulmansétaient libres de se convertir,s’ils le désiraient. Ce fut le cas dansle Royaume de Jérusalem. C’est lecas aujourd’hui en Europe, mais nil’Etat avec son laïcisme ni l’Egliseavec le dialogue interreligieux et sanouvelle théologie ne le veulent.On comprend mieux l’invitationde saint Paul à Timothée deprier pour les gouvernants, afinqu’une vie sociale calme et paisibles’instaure dans la piété. Dieuen effet veut que tous les hommessoient sauvés et parviennent à laconnaissance de la vérité, ce qui estrendu fort difficile quand le gouvernements’oppose à la religion catholique.En somme, l’action missionnairedoit faire connaître ladoctrine sociale de l’Eglise sansl’amputer de son fondement qui estla doctrine du Christ-Roi.zSoyez missionnaires !Nouvelles de Chrétienté est lu dans le monde entier. Nouvelles de Chrétienté est reconnu comme une source d’informationssérieuses. Vous en convenez, vous qui le lisez régulièrement, et qui n’accepteriez pas d’en être privés… Depuis 2003, Nouvellesde Chrétienté paraît en anglais, mais nos amis d’Amérique Latine nous supplient de lancer une édition espagnole. Jusqu’ici, cen’est pas possible, faute de fonds. Aidez-nous à être missionnaires !Nous avons besoin de votre aide. Sans subventions extérieures, nos moyens sont ceux que vous nous offrez. Merci de lecomprendre et de nous aider !Nouvelles de Chrétienté, 6 numéros par an : 20 € (soutien 40 €). DICI, 20 numéros par an : 40 € (soutien : 50 €). Les donssont à adresser par courrier à DICI-Presse à Eguelshardt (chèques à l’ordre de Civiroma), ou par PayPal le système de paiementsécurisé en ligne.20


•A l’appel de MadagascarA l’appel de MadagascarEn 2001…Tout a commencé, un verre à lamain, 21 rue du Cherche-Midi. Encette journée « Portes ouvertes » dedébut 2001 à l’Institut Saint-Pie X,nous nous sommes approchés deM. l’abbé Alain Lorans dont onnous avait dit qu’il avait des liensavec La Réunion. Il se montra immédiatementintéressé par notreprojet de lancer une opération enfaveur de la Tradition à Madagascaret dès le 4 août, fête de SaintDominique, l’abbé Lorans était àTananarive pour célébrer une premièremesse.Cette entrée en matière fut plutôtsportive : l’église de la paroissede la doyenne de la famille (Mémé!) nous avait été promise par lecuré, mais celui-ci, sur interventiondu cardinal archevêque deMadagascar, se récusa au derniermoment, et il nous fallut trouverdans l’immédiat un endroit où direla messe.Nous louâmes en urgence la salledes fêtes d’un collège de la HauteVille, mais dans quel état ! On sesouvient encore aujourd’hui, avecl’émotion de l’ancien combattant quis’en est sorti, de ces travaux d’Herculequi mobilisèrent force balais,serpillières et produits d’entretien,mais ce furent aussi huile de coudeet bras recrutés… dans la famille,dans l’armée et à la criée, le longdu chemin, parmi une escouade dejeunes désoeuvrés du quartier, caril fallut non seulement nettoyer defond en comble et aménager pour leculte la salle elle-même, mais encoreviabiliser son accès !Cependant, nous eûmes notrerécompense : plusieurs dizaines depersonnes vinrent ce samedi aprèsmidi,et visionnèrent après la messeune cassette vidéo que nous avionsmontée pour présenter la Tradition.Le lendemain, dimanche5 août, l’abbé Lorans dit la grand’messe puis administra trois baptêmesd’enfants. Ce fut un début mémorableet prometteur, que nousfêtâmes dignement chez « Mariette», haut lieu de la gastronomiemalgache à Tana !Profitant de son court séjour,l’abbé Lorans alla visiter à Bel Airl’œuvre des Paulins, fondée en 1905par son grand oncle, le Père Josephde Villèle, que poursuivaient admirablementles Sœurs Trinitaires,en faveur des orphelins et des enfantsabandonnés. Le sens de la famille(du Père Joseph) aidant, nousreçûmes de la part des religieusesun accueil rayonnant de sourires.Quelle ne fut pas leur joie de nousfaire visiter tout le domaine, situéen plein Tana, que nous vîmes entretenuavec beaucoup de soins etde dévouement !A notre grande surprise nousapprîmes qu’un prêtre de la Traditionétait passé à Tananarive en février2001, à la demande d’un groupede prières constitué depuis déjàM. l’abbé Ramé à Madagascarplusieurs années. Nous découvrionsplus tard qu’en effet l’abbé de Mérodeétait venu à Madagascar, envoyépar Mgr Bernard Fellay surles instances du groupe « Cénacle ».Ses membres se réunissaient régulièrementdans une salle de l’hôpitalde Befelatanana prêtée par sonaumônier, le Père Henri. Ainsi, il yavait déjà un noyau de fidèles de laTradition à Madagascar, informéset formés par Madame Gabrielle,présidente du groupe, et parmi euxun certain Luc, Paulin de Bel Air,dont nous reparlerons !Premier Noël à MadagascarMais nous voulions célébrer unegrande fête catholique à Madagascar,et l’abbé Lorans put nous accompagnerdès Noël 2002. Pour laveillée nous pûmes disposer, grâceà un membre de la famille, de lasalle de sport du camp militaire enplein centre de Tana. Là encore ilne fallut ménager ni les bras, ni labonne volonté familiale pour offrir21


22Nouvelles de Chrétienté Nº 98Mars - avril 2006Baptême le jour de Noël 2005à la Nativité un cadre convenable !Certes, la crèche fut toute simple :deux bouts de carton peints représentantMarie et Joseph et un petitbaigneur « vazaha » (1) . Cettenuit de Noël avec la petite choralede Quo Vadis Madagascar et lapremière communion d’un enfantde la famille fut particulièrementtouchante. L’émotion fut bien palpablequand, la cérémonie terminée,nous nous embrassions tous ennous souhaitant un joyeux Noël,tandis que l’abbé distribuait deschapelets.Le lendemain, jour de Noël, lamesse eut lieu à la chapelle du collègede la Sainte Famille que nousavions réussi à louer. Les choristesétaient « hors service », mais l’assistancese révélait plus nombreuseavec notamment les membresdu groupe Cénacle et leur « aumônier» le Père Amédée, prêtre malgacheaveugle. Nous sentions bienque quelque chose commençait àbouger. Il y avait également pourla première fois une famille françaiseavec laquelle nous avions priscontact à Paris car le père, militaire,avait été affecté courant 2001à Tananarive. Son épouse devaits’avérer par la suite d’un dévouementtrès actif sur place, en particulierpour les cours de catéchisme.Nous revînmes pour la Noël2003, et cette fois, nous trouvâmessans problèmes des chapellespour nos messes. Ce fut d’abord àla chapelle de Bel Air, très aimablementmise à notre dispositionpar les religieuses pour le IV ième dimanchede l’Avent, 21 décembre,puis à la chapelle de la Sainte Famillepour la veillée, la messe deminuit et la messe du jour de Noël.Outre tout l’équipement liturgiqueet les partitions à nouveau apportésde France, les vaillants membres deQuo Vadis Madagascar transportèrentpour la crèche de volumineuxpersonnages en cire qui ont depuisélu domicile à Tana !Nous voyions alors qu’une communautéprenait forme, avec chaquefois de nouveaux fidèles, renseignésessentiellement par le boucheà oreille ; parmi les nouveaux venus,un jeune prêtre, le Père Vivien,aumônier del’hôpital militaireGirardet Robic,qui avaiteu l’occasionde prendrecontact avecla FraternitéSaint Pie Xen France etqui manifestaun zèle particulier.C’est luiqui nous proposaspontanémentlachapelle de l’hôpital militaire à Pâques2005 quand nous arrivâmesà Tananarive pendant la Semainesainte. Le 24 mars, Jeudi Saint,l’abbé Lorans put y célébrer la messe.Le Vendredi Saint un Cheminde Croix franco– malgache conduitpar les deux prêtres attira une assistancenombreuse aux côtés deSœurs de la Charité en service àl’hôpital. Ce fut pour tous deuxl’occasion de visiter ensemble lesmalades.La messe de Pâques fut célébréeà la chapelle de Bel Air, à nouveau•mise à notre disposition par lesSœurs Trinitaires. Une centaine depersonnes y assistèrent. Les nombreuxenfants hébergés au sein del’œuvre des Paulins eurent droit,sous l’œil attendri des religieuses,à un goûter et l’abbé fut gratifiéd’une chanson chantée à pleinspoumons, dédiée à son grand onclele Père Joseph.Le baptisé et sa famille à la messe du jour de Noël 2005Visiblement la Tradition croissaitet embellissait, mais restaitsans doute encore trop dépendantedes « vahiny » (2) . Aussi l’abbéLorans, lors de la messe dite àla chapelle de la Sainte Famille ledimanche après Pâques, insista-tilsur la nécessité d’une plus grandeprise en charge par les fidèlessur place. Ils devaient pouvoir organisereux – mêmes, sans l’appuide Quo Vadis, la venue et le séjourd’un prêtre, par exemple à l’occasiondu 15 août 2005. L’exhortationporta ses fruits puisque M. l’abbéRamé, directeur de l’école Saint-Ferréol à Marseille, fut accueilli àMadagascar pour la fête de l’Assomption.Luc, jeune avocat et séminaristeà Flavigny depuis le moisd’octobre, joua un rôle décisif dansla pleine réussite de ce séjour.Un autre passage d’un prêtrede la Tradition en 2005 eut lieu àNoël grâce à M. l’abbé Thouvenot,recteur de l’Institut Saint-Pie X. Comme précédemment àPâques, le Père Vivien mit à dispo-


•A l’appel de Madagascarsition la chapelle de l’hôpital militaire,une petite chapelle lumineusetrès agréable où se déroulèrent laveillée et la messe de minuit. Notrechorale montée à la tribune eutle plaisir de bénéficier du concoursdu Chef de la philharmonie de laGendarmerie au clavier, particulièrementpour le Minuit Chrétien.Cette fête de Noël 2005 fut marquéepar un baptême d’adulte, unjeune homme, cousin de Luc, quis’y était préparé depuis plusieursmois. Ainsi le dimanche de Noël ily eut grande affluence à la chapellede la Sainte Famille. Les confessionsavant la grand’messe furentsuivies du baptême d’Etienne enprésence de sa famille. Une bonnecentaine de personnes ont assistéavec ferveur, et émotion chez beaucoup,à la cérémonie puis à la messedu jour de la Nativité.Sans nul doute,à Flavigny, Lucs’associait en cesinstants avec uneparticulière ferveuraux prières decette communauté.Celle-ci s’était enrichiede nombreuxfidèles, au nombredesquels plusieursjeunes gens quimontraient ainsi lesfruits de son apostolatà Madagascar,avant son entrée auséminaire.L’abbé Thouvenot fut très sollicitépar la grande diversité duministère missionnaire, allantd’une confession dans un recoinde l’aéroport d’Ivato à un baptêmed’adulte, puis de la visite desgrands malades dépourvus detout aux heures d’entretien avecces chrétiens de bonne volontéqui ont perdu, à cause du « tsunami» conciliaire, les repères fondamentaux.Et maintenant ?Dans l’immédiat, nous envisageonsun prochain passage courant2006, si possible à l’occasionde la fête de l’Assomption. Maissans aucun doute la situation dela Tradition à Madagascar estaujourd’hui mûre pour une implantationpermanente. La communautémalgache manifeste levif désir d’avoir bientôt « son »prieuré à part entière à Tananarive.Ce pas sera décisif pour lesfidèles présents et à venir, nousen sommes sûrs…Et nous recherchons activementun terrain bien placé !Francis GalloisLa choralePour nous aider, adressez vos dons à :Quo Vadis Madagascar, 14 bis Place JeanJaurès 94270 Le Kremlin Bicêtre ; Tél. :01.42.11.98.36 ; Courriel : quovadismada@wanadoo.frCCP : 2787295 Z ParisLes conférencesdeNouvelles de ChrétientéProchaine conférence deNouvelles de ChrétientéLe démontage duDa Vinci CodePar Dominique Viainet Raphaël JodeauMercredi 10 mai 2006à 20 heuresLuc Rantoandro, le jour de sa prise de soutaneà Flavigny(1) « étranger » et spécialement« français »(2) « invités »Palais de la Mutualité24, rue Saint VictorParis Ve23


Nouvelles de Chrétienté Nº 98Mars - avril 2006•Echos de Patagonieet d’ailleursM. l’abbé Christian Bouchacourt, supérieur du District d’Amérique du Sud,à Radio Courtoisie le 2 mars 2006Entretien réalisé par l’abbé Alain Lorans et Claude Giraud24Abbé Alain Lorans - Monsieurl’abbé, vous êtes passé sanstransition de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris, en Argentine.Il y a combien de temps ?Abbé Christian Bouchacourt- Cela fera trois ans en aoûtprochain. Trois ans que je suis passédans l’hémisphère sud. Voyezvousaujourd’hui vous êtes aux tisons,nous là-bas nous sommes aubalcon.A. L. - Quelle températurefait-il actuellement ?C. B. – Oh ! il fait une chaleurépouvantable. C’est l’été !Claude Giraud - C’est pourcela que vous êtes venu… vous rafraîchir.C. B. – En effet, quand je suisparti il faisait 33° avec 96 % d’humidité,ce qui augmente la températureaux alentours de 41° !A.L. – On est donc obligé de sedoucher pour se rafraîchir ?C.B. – Eh oui…A.L. – Vous retournez danscette fournaise ?C.B. – Dans quinze jours.A. L. – Je sais que vous êtes àParis ces jours-ci, mais on peut direaussi que vous êtes dans toute laFrance. Car l’Argentine est un paysdésargenté, si je puis dire, et vousavez besoin de solliciter les fidèlesà travers la France. Vous êtes chaquedimanche dans un prieuré différent?C.B. – Tout à fait. Depuis unpeu plus de trois semaines que jesuis en France, j’ai pu déjà visiterNantes, Bordeaux, Brest,… la chapelleSainte-Germaine à Paris, enpremier lieu bien sûr – à tout seigneur,tout honneur ! Je visiteraiLyon dimanche prochain, et puisje terminerai dans dix jours parVersailles. J’aurai visité en tout sixprieurés.A.L. – Quel est l’accueil des fidèles? Comment êtes-vous soutenu…très franchement ?C.B. – J’arrive toujours avecmes diapositives pour présenterd’abord le District d’Amériquedu Sud, et je suis étonné de voir àquel point ce sujet peut intéresserles fidèles qui veulent savoir commentnotre congrégation est missionnaire,- si parfois on en doutait.Ils viennent nombreux et ilsen sortent, je crois, enthousiasmésde voir que nos confrères là-bas sedonnent sans compter à un apostolatmerveilleux qui n’est pas faciletous les jours. Mgr Lefebvre disaitqu’en mission il y a deux fois plusd’efforts pour deux fois moins derésultats. Ce n’est pas faux du tout.En France on pêche au filet, là-bason pêche à la ligne, à la mouche.Mais, mon Dieu, c’est un apostolattrès beau et passionnant.Retraite sacerdotale 2005Lujan, le Lourdes argentinC.G. – Pas décourageant pourautant ?C. B. – Non, absolument pas.D’autant que les populations làbassont très réceptives à la foi ca-


•Echos de PatagonieEglise de Mendoza (Argentine)tholique, car elles sont restées trèscatholiques même si elles ont ététouchées par la crise comme partout.Je suis extrêmement ému etreconnaissant de voir l’intérêt quel’on porte en France à nos missionsmais aussi de constater la grandegénérosité des Français ; parce queje dois bien dire que sans l’aide dela Maison Généralice d’abord, del’Europe et de la France en particulier,nous ne pourrions pas vivreun mois.A.L. – Il y a eu une grave criseen Argentine, une crise économique.Est-ce que le pays s’en estsorti ?C.B. – Cela a eu lieu en 2001,et le pays s’en est sorti. Mais il fautsavoir que cette crise a laminé lesclasses moyennes. Les classes trèsriches s’en sont sorties, les classestrès pauvres sont toujours aussipauvres et les classes moyennesont été laminées. Les fidèles quiviennent chez nous sont issus desclasses moyennes et des classespauvres. Ils sont bien souvent defamilles nombreuses et font toutce qu’ils peuvent pour nous aider.Mais ils peuvent peu et par ailleursnous avons des écoles où ils ne peuventpratiquement pas payer, si cen’est pas du tout. Voilà pourquoi jeviens solliciter la générosité des paroissiensfrançais pendant ce mois.A.L. – J’ai là une question unpeu indiscrète : les auditeurs sontheureux que vous soyez à Paris etaimeraient savoir où l’on peut vousrencontrer. Peut-on les envoyer àVersailles ?C.B. – Oui, bien sûr ! Certainespersonnes m’ont demandé: pourquoi ne passez-vous pasà Saint-Nicolas ? Je dois répondretrès précisément que c’est un accordcommun avec M. l’abbé Beauvais.Quand moi-même j’étais curéde Saint-Nicolas, j’invitais les missionnairesd’un même lieu tous lesdeux ans. Et maintenant nous appliquonsla même règle. Cette annéeje suis allé à Sainte-Germaineet dans les prieurés où je ne suis paspassé l’an dernier. Je terminerai dimanchedans dixjours par Versaillesoù je prêcherai à toutesles messes.A.L. – Vous le savez,nous avons chaqueannée en Franceun pèlerinage à Montmartrequi attire detous les pays d’Europe,et l’on peut diredu monde entier, unefoule de fidèles attachésà la Tradition ;un pèlerinage quicette année spécialementest consacré aux missions. Ily a ceux qui parlent des missions etpuis il y a ceux qui font les missions,voulez-vous nous dire comment celase passe concrètement. Vous rappeliezque la Fraternité est une œuvremissionnaire, elle a été fondée,il est vrai, par un missionnaire, unpère du Saint-Esprit, Mgr Lefebvre.Alors ! pour vous qui marchezsur ses traces, dans ses pas, qu’estceque l’esprit missionnaire ?C.B. – Tout d’abord il faut situerla mission en Amérique du Sudde manière très large. Beaucoup disentet pensent que l’Amérique duSud est restée une région très chrétienne.C’est vrai, mais c’est enpasse de devenir totalement faux,puisque depuis maintenant plus de25 ans tout ce continent est happépar les sectes notamment au Brésil,mais aussi dans les autres pays. Etc’est terrible parce qu’on voit vraimentd’importants pourcentagesde la population qui y adhèrent.C’est effrayant, je vais vous donnerun exemple : à Rio de Janeirose trouve un temple immense danslequel vous mettriez dix cathédralesNotre-Dame de Paris et quicontient des milliers de places.Le dimanche pour le culte, il estplein à craquer. Mais qui se rend àce culte ? Ce sont des catholiques.Ce qui est d’autant plus stupéfiant,c’est qu’ils se rendent à ces cérémonieset en sortant ils vont toucherla statue de la Vierge qui est dansla rue !Eglise de Salta (Argentine)25


Nouvelles de Chrétienté Nº 98Mars - avril 2006Ce sont des catholiques qui ontété complètement désarçonnés parles réformes conciliaires. Le clergéleur a enlevé leurs dévotions simplesqui étaient réelles. Vraimentleur foi est simple mais il ne fautpas la mépriser pour autant, carelle est profonde. On leur a enlevéces pratiques. On leur a donnéune liturgie totalement indigente.Et parfois on a fait appel à despratiques païennes dont ces fidèlesne veulent pas. Alors que se passe-t-il? Eh bien, ils quittent l’Eglisecatholique pour aller dans cessectes qui leur proposent les dévotionsabandonnées, bien sûr dévoyées,mais ils les retrouvent. Lesmormons ont ingénieusement reprisles cantiques mariaux sur desairs connus – Chez nous soyez Reine –, mais avec des paroles invraisemblables.Et tous chantent à tuetête sans se rendre compte qu’ilsperdent la foi. Les statistiques publiéescette année révèlent qu’en1920 on comptait 5 millions de noncatholiques dans toute la populationdu continent sud américain,ils sont aujourd’hui au nombre de60 millions.Pour répondre à votre question :quel est le rôle de la Fraternité SaintPie X ? - Justement c’est d’occuperun vide, parce que l’Eglise conciliairea laissé un vide. Et la naturea horreur du vide. Ainsi quandl’Eglise recule, les sectes avancent.La dernière fois que je suis allé aurestaurant – cela m’arrive –, la patronneest venue me trouver en medisant : Padre, pourriez-vous bénirmon restaurant à la fin de votre repas? Et elle m’a montré une poupéepleine d’épingles qu’on lui avaitposée là.A.L. – On lui avait donc jeté unsort ? Le Vaudou, je suppose ?C.B. – Oui exactement. Biensûr le rôle de la Fraternité Saint PieX et de la Tradition est de continuerce qu’ont fait les missionnairesd’autrefois. Annoncer l’Evangile,baptiser, soigner les âmes et les•Eglise de Bogota (Colombie)sanctifier. Et c’est passionnant, jevous assure. Mgr Lefebvre parlait àl’occasion de son jubilé sacerdotal àParis, des transformations visiblesqui s’opéraient partout où la mes-Pèlerinage de Notre-Dame de Chartres au Sacré-Cœur de MontmartreRenseignements et inscriptions auprès dePèlerinage de Tradition3, 4 et 5 juin 2006« Tous missionnaires »Le dossier spirituel est en vente :- au secrétariat Pèlerinages de Tradition -23, rue Poliveau - 75005 Paris, au prix de 20 € port compris- sur les tables de presse de chaque prieuré- chez Clovis- à la librairie France-Livres - 6, rue du Petit Pont - 75005 ParisGrand pèlerinage de Domezain à Saint-Jacques-de-CompostelleRenseignements et inscriptions auprès de1 er au 30 juillet 2006Pèlerinage de Tradition – 23, rue Poliveau – 75005 Paris - 01.55.43.15.60Courriel : pele.trad@wanadoo.fr - Site : www.laportelatine.org26


•Village Guarani de notre mission au Paraguayse catholique était célébrée. Nousavons, nous prêtres de la FraternitéSaint Pie X, non seulement notrefondateur, mais aussi notre actuelsupérieur général qui nous donnece sens des missions. Je peux vousdire que je vois la Maison Généralicenous aider d’une manière extraordinaire.Elle ne peut pas faireplus parce qu’elle manque de prêtreset du reste… Mais grâce à sonsoutien nous arrivons à ouvrir deschapelles, à organiser des communautés.C’est un long travail mais, monDieu, nous voyons tout doucementles choses croître. Je vais vous endonner un exemple. Nous sommesallés dans une communauté deGuaranis sur la frontière entre leParaguay et le Brésil où aucun prêtren’est passé depuis 80 ans. Toutjuste six mois avant nous, un prêtreétait venu, mais la communautél’a jeté dehors parce qu’il était encivil : « On ne veut pas de vous, onveut les hommes en noir », lui ontilsdit. Les hommes en noir, c’estnous avec notre soutane. C’étaittrès émouvant d’arriver dans un endroitoù il n’y avait pas eu de prêtredepuis des lustres. Dans la casedu cacique – le chef du village –se trouvait une petite vierge, sanspieds, sans nez, qu’ils vénéraient.Dans le cimetière qui n’est pas LePère Lachaise, il y avait la croix jésuitequi ressemble un peu à la croix deLorraine. De qui tenaient-ils cettecroix ? Des jésuites qui sont passésil y a cent ans ! Quand ils nous ontvu arriver, ils nous ont ouvert leursportes en se disant : c’est ce qu’ontfait nos pères. Et je vous assure,c’est bouleversant.C.G. – Et les jésuites, on ne lesvoit plus ?C.B. – Non. C’est malheureuxparce que c’était la cavalerie légèreEchos de Patagoniede l’Eglise. Elle a fait un bien fou…mais ils sont devenus fous.A.L. – Vous parliez des désastresde la liturgie moderne. Y a t-ileu aussi parmi les causes du désastreactuel la théologie de la libération?C. B. – Bien sûr. Cela a fait entrerle ressentiment dans les peuples: l’envie. Les pauvres ont jalouséles riches et les riches qui ontdéserté les églises ont oublié leursdevoirs. Mgr Lefebvre le disait trèsbien dans une de ses lettres : autrefoisle pauvre ne jalousait pas le riche.Il avait son petit lopin, il vivait.Maintenant la théologie dela libération a inoculé la lutte desclasses avec la dialectique. C’est lemarxisme. Certes l’influence de lathéologie de la libération diminue,mais les effets demeurent.Qu’est-ce qui prend le dessusaujourd’hui ? C’est le culte de la race: l’indianité. Avec certains présidentsde la République commeChavez, sont remises à l’honneurtoutes les pratiques païennes. Leprésident de la Républiquedu Pérou aprèsson élection est monté,coiffé de plumes,sur une pyramidepour y prier le soleilde bénir son mandat,et le président de Bolivie,récemment élu,est allé implorer ledieu des Incas, unetorche à la main pourobtenir son assistance…dans ces pays catholiquesà 90 % !M a l h e u r e u s e -ment les évêquessont muets commedes carpes au nom dela liberté religieuse.Depuis Vatican II età la demande de PaulVI, les chefs d’Etatscatholiques ont dûsupprimer de leurconstitution la religioncatholique commereligion d’Etat.C’est ainsi qu’on a vu27


28Nouvelles de Chrétienté Nº 98Mars - avril 2006Padres Martinez, Blanco et Huberun président de la République annoncerl’abdication de l’Eglise, lamort dans l’âme, en présence dunonce qui avait demandé cela aunom du Saint Siège. Ce renonce-ment à l’autorité de la véritécatholique ouvrait la te aux sectes et au paga-porner.Je vous donne unnisme.Cependant les évêquesretrouvent unpeu de vigueur lorsqu’ils’agit de nous condam-exemple éclairant : nous desservonsune chapelle minusculeavec 25 fidèles à Corrientes dans leNord-Est de l’Argentine. Les fidèles,tous contents, ont fait paraîtreà Noël une annonce pour la messede minuit dans le journal local.L’évêque, après l’avoir lue, a fait publierle lendemain un article d’unedemi page dans le journal pournous condamner avec les 25 fidèles.Alors que son diocèse recèle unequantité de sectes devant lesquellesil reste muet ! Les gens se plaignent,ils viennent nous dire : Padre… Mais ils ont peur des évêquesparce que l’évêque a encore de l’influencelà-bas.A.L. – Vous dites Padre, l’espagnolest donc devenu votre secondelangue. Vous rêvez en espagnol ?C.B. – Oh non ! et je prie pouravoir une petite pentecôte personnelle! j’ai un mal de chienet j’ai un accent épouvantable,mais j’ai desconfrères et surtout desfidèles très indulgents.C.G. – Si on voulaitvenir en aide aux missionsd’Amérique duSud ?C.B. – J’ai une secrétaireextraordinaire,ma sœur qui est à Paris.Ainsi vous pouvez envoyertous les courrierset les dons à M. l’abbéChristian Bouchacourt :13, rue de Siam – F-75116Paris. Et si vous souhaitezfaire des dons, vouslibellez vos chèques àl’ordre de : « FSPX - Amérique duSud ». Pour confier des intentionsde messes, vous libellez vos chèquesà l’ordre de : « FSPX – messesAmérique du Sud ».A.L. – Je vois que vousavez sous les yeux une tite publication. Est-cepemeslà-bas, puis nous l’en-votre sœur qui la fait oubien est-ce vous qui lafaites ?Abbé B. – Non,nous la faisons nous-mêvoyonspar Internet et elle estalors imprimée en France.Abbé L. – Comment peut-onla recevoir ? Elle s’intitule ?Abbé B. – Cela s’intitule Echosde Patagonie et d’ailleurs. Il n’y a pasbeaucoup de numéros parce que jene suis pas très doué pour les publications,et je n’ai malheureusementpas vraiment le temps. Aussiil y a un ou deux numéros par an.•Si vous souhaitez les recevoir, vousenvoyez votre demande à la mêmeadresse.Abbé L. – Ainsi on a toutes lesnouvelles d’Amérique du Sud, car ilfaut dire que vous avez un districtimmense. Vous couvrez combiende pays ?Abbé B. – Je commencerai parvous donner la surface. Nous couvrons11.000 km du nord au sud et6.500 km de l’est à l’ouest. Sur cetteétendue, nous sommes 33 prêtres,38 si l’on compte les prêtres du séminaire,- et je dois ajouter, parceque c’est important, que nous sommessix Français. Car la France catholiquea dans son sang les missions,le District de France a plusde cinquante prêtres dans les missionsde par le monde.Nous allons surtout en Argentine,au Chili, en Uruguay, au Paraguay,au Brésil, en RépubliqueDominicaine, en Colombie. Biensûr nous manquons de prêtres, certaineschapelles ne sont desserviesqu’une fois par trimestre, d’autresune fois par mois et se maintiennenthéroïquement sans prêtre àdemeure !Aussi s’il y a des jeunes qui veulentvenir nous aider, comme autrefoison partait aux colonies ; s’ilssouhaitent passer six mois cheznous en mission, qu’ils m’envoientun courrier par Internet à monadresse électronique : fsspx.sudamerica@fibertel.com.ar.Qu’ils sachentqu’en général tout est inversé,l’année commence au mois demars et se termine en décembre.Toutes les bonnes volontés sont lesbienvenues !La mission en République Dominicaine

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