Nouvelles de Chrétienté 77 - Dici

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Nouvelles de Chrétienté 77 - Dici

Nouvelles de ChrétientéAnalyses sur la vie de l’EgliseN° 106 – juillet / août 2007Bimestriel - le numéro 3,50 €La libération de la messe et la situation de l’Eglise aujourd’hui


Chartres-Montmartre 2007Nouvelles de Chrétienté Nº 106Juillet - août 20074 500 pèlerins assistèrent à la messe célébrée parM. l’abbé Pfluger devant la cathédrale de Chartres.Ils étaient plus nombreux encore que l’an passé au départdu pèlerinage.Samedi, temps sec et aucun risque de coup de soleil. Lechapitre enfant de Belgique marche d’un bon pas.Samedi soir, des enfants jouèrent à la veillée la vie desaint. Jean Bosco. Un spectacle magnifique qui captivapetits et grands.O Crux, Ave,Spes unicaMgr Tissier de Mallerais à la messe dudimanche de Pentecôte, sous la pluie.Les scouts à larescousse. Lesdéparts des bivouacsfurent souventdifficiles. Lesvéhicules s’enlisaientdans lesterrains détrempéspar une pluiecontinuelle.6 000 pèlerins à l’arrivée, héroïques jusqu’au bout pour assister àla messe sous une pluie battante. Que les sacrifices et prières despèlerins obtiennent beaucoup de prêtres pour l’Eglise.Crédit photos : J.-P. Huguet


•FraternitéSacerdotale St-Pie XMaison généraleNouvelles de ChrétientéAprès le Motu propio…EditorialDirecteur de la publicationAbbé Arnaud SélégnyRédacteurAbbé Alain LoransAbonnementFrance : 20 – Etranger : 24 de soutien : 40 €Prix au numéro : 3,50 €France : chèque à l’ordre de :Association CIVIROMASuisse : CCP 60-29015-3,IBAN : CH12 0900 0000 6002 9015 3BIC : POFICHBEPriesterbruderschaft St. Pius X.Schwandegg — 6313 MenzingenAdresse postaleDICI-Presse-Civiroma33 rue GalandeF – 75005 PARISAprès le Motu proprio Summorum Pontificum qui rétablitdans ses droits la messe tridentine, rappelant clairementqu’elle n’a jamais été abrogée, il faudra s’assurer queles faits suivent le droit. Autrement dit que le 14 septembre2007, en la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix, datede l’entrée en application du Motu proprio, les évêques et les curés de paroissene rendent pas inapplicables de facto les mesures prises par Benoît XVI.Après le Motu proprio qui établit une stricte égalité entre le missel de saintPie V et celui de Paul VI, oubliant l’avertissement des cardinaux Ottaviani etBacci, dès 1969, selon lequel le Nouvel Ordo Missae « s’éloigne de façon impressionnante,dans l’ensemble comme dans le détail de la théologie catholique de la Sainte Messe,telle qu’elle a été formulée à la XXIIe session du Concile de Trente », il faudra plus quejamais rappeler la doctrine traditionnelle. Car il est impossible de ne pas voirdans le concile Vatican II, dont est issue la messe moderne, une rupture par rapportà la Tradition bimillénaire. Car il n’est pas possible de considérer la libertéreligieuse, la collégialité et l’œcuménisme, tels qu’ils ont été promus par VaticanII, comme des développements homogènes de « ce qui a été cru par tous,toujours et partout ».Après le Motu proprio… le combat de la foi continue !ImprimeurPlano-PrintD- 84069 SCHIERLINGCPPAP : 0310 G 86874SOMMAIREChartres-Montmartre 2007 .....................................................................................................................2Si la messe est rendue, on le doit à Mgr Lefebvre !....................................................................................4S.E. Mgr Bernard FellayLa libération de la messe et la situation de l’Eglise aujourd’hui ..............................................................6S.E. Mgr Bernard FellayLa messe de toujours requiert la doctrine traditionnelle .......................................................................14Entretien avec M. l’abbé Christian BouchacourtQuand deux et deux ne font plus quatre ................................................................................................17S.E. Mgr Richard WilliamsonLes tribulations d’un missionnaire en Lituanie .....................................................................................21Abbé Joseph PersieCouverture : Messe à l’église Saint-Pie X à Marseille - Crédit photo : Gilles de Gryse


Nouvelles de Chrétienté Nº 106Juillet - août 2007•Si la messe est rendue, on le doità Mgr Lefebvre !En ce mois de juin, Mgr Bernard Fellay célébrait ses 25 ans desacerdoce. Au cours d’une messe dans son Valais natal, le Supérieurgénéral de la Fraternité Saint-Pie X a prononcé un sermon dontvoici quelques extraits où il dit sa reconnaissance au fondateurd’Ecône, Mgr Marcel Lefebvre.n ces jours il nous faut prier,tout comme nous avons priéspécialement pendant le mois d’octobredernier, pour vraiment obtenirdu Ciel cette force, ce courageau pape afin qu’il redonne la Messeà l’Eglise. Il semble, d’après cequ’on nous dit, que c’est bien sonintention et qu’il ne veut pas plier.Mais on nous dit en même tempsque les pressions sont terribles.C’est le mot qui est utilisé.Si cette Messe est rendue, disonslefranchement, c’est à Mgr Lefebvrequ’on le doit. Il y a quelquesannées, l’archevêque de Ravenne,à l’occasion de la Fête Dieu, a déclaréà tout son clergé réuni : « Siaujourd’hui, dans l’Eglise, on ditencore que la Messe est un sacrifice,on le doit à Mgr Lefebvre ».On peut dire de la même manièreaujourd’hui : « Si la Messeest rendue, on le doit à Mgr Lefebvre», à sa ténacité, et égalementà tous ceux qui ont tenu, à toutesces belles figures qui ont passé letémoin, à tous ces prêtres courageux.Et nous, il nous faut prendreexemple dans ce courage et le demanderpour nous afin de continuerle combat.Si la Messe est redonnée, mesbien chers frères, c’est un bien pourl’Eglise, mais ce n’est pas fini. Toutesles erreurs du Concile qui sontrépandues partout, sont l’objet del’étape suivante. Le combat n’estpas terminé, loin de là ! Et tant queles autorités veulent nous forcer àaccepter ce poison qui est venu parle Concile, il faut continuer à dire« non ». Il ne faut pas lâcher. C’estune question de vie ou de mort !Cette Messe, c’est une bataille gagnée,ce n’est pas encore la fin dela guerre.Bien évidemment, dans ce combat,notre regard se tourne vers laSainte Vierge. S’il faut dire mercipour la fidélité conservée, commefidèles, mais encore plus commeprêtres, c’est à la Sainte Viergequ’il faut adresser ses remerciements.C’est là une grâce toute particulièrepour notre époque profondémenttroublée. Le démon areçu le pouvoir de se déchaîner etde cribler les hommes d’Eglise. Il aeu ce pouvoir de jeter une forme debrouillard sur la grâce surnaturelle,dans l’Eglise aujourd’hui. Et l’antidote,c’est la Sainte Vierge ! Le BonDieu a voulu donner à cette époqueun pouvoir tout spécial à la SainteVierge. Dans cette période de l’histoiredu salut, la Sainte Vierge joueun rôle particulier. On le voit à Fatimaoù la Sainte Vierge n’hésitepas à dire que Dieu a mis entre sesmains la paix des nations.Nous savons aussi que le BonDieu donne au monde cette dévotionau Cœur Immaculé de Marie,comme dernier - ce sont les motsutilisés -, dernier moyen de salutoffert au monde. Et les papes aucours du XX e siècle, diront en parlantdu chapelet qu’il y a dans cetteprière une grâce particulière, que le


•Si la messe est rendue, on le doit à Mgr Lefebvre !chapelet est le moyen de résoudretous les problèmes. Ce sont les papesqui diront aux familles : « Priezle chapelet ». Dans cette dévotion àla Sainte Vierge qui unit les mystèresde la vie de Notre Seigneur avecsa sainte Mère, il y a des grâces toutesparticulières pour rester fidèles,rester catholiques aujourd’hui.Et cette fidélité, elle aussi, nous ladevons encore une fois à Mgr Lefebvre.Le district de Suisse célèbre le jubiléde Mgr Fellay à EcôneCe 27 juin, Ecône était peut-être leseul coin de Suisse à jouir du soleil.Le reste du pays était sous la pluie.A 17 h 30 Mgr Fellay célébrait unemesse solennelle, assisté par les abbésBernard Caron et André Maret.Les abbés Caron et Daniel Maret(maintenant prieur à Lisbonne), l’assistaientlors de sa première messesolennelle, il y a 25 ans.Après la Messe, un repas campagnardsous la tente, rassembla outrele clergé et les fidèles valaisans, desfidèles venus de loin, par exempledu Japon.M. l’abbé Pellouchoud nous présentaun diaporama retraçant non seulementles 25 ans de sacerdoce,mais les grandes étapes de la vie deMgr Fellay grâce aux archives photographiquesaimablement prêtéespar M. Fellay.Devant la statue de saint Pie X, Mgr Fellay etses parents.En ce jour, remercions Dieu, remercionsla Sainte Vierge pour cetteprotection, pour tous ces bienfaits,pour cette bonté et cette miséricorde,et continuons à demander. Demandonspour les prêtres la grâcede la sainteté. Dieu le veut ! Dansl’Ecriture Sainte, ce que Dieu exigedu prêtre, c’est la sainteté ! Et ilveut qu’on lui demande cette saintetépour le prêtre. Aussi, mes bienchers frères, j’ose vous confier cetteprière pour notre sanctification,en ce jour de fête, afin que chaquejour, comme le dit saint Pierre, notresalut soit plus assuré. Et le vôtre.Ainsi soit-il.Un fidèle de la Jaun (canton de Fribourg) etdeux de ses enfants interprètent quelques jodelsdans le savoureux patois de leur vallée.Mgr Fellay ouvre ses cadeaux. Ici uncalice. Le district de Suisse lui a offertun chemin de croix en bois d’oliviersculpté par des artistes de TerreSainte.


Nouvelles de Chrétienté Nº 106Juillet - août 2007La libération de la messeet la situation de l’Eglise aujourd’huiLa dernière des conférences de Nouvelles de Chrétienté pour l’année 2006-2007, a eu lieu à La Mutualité,à Paris, le 6 juin. Un mois avant la publication du Motu proprio Summorum Pontificum, Mgr BernardFellay répondait à nos questions sur la libération de la messe dans le contexte de la crise actuellede l’Eglise.•Monseigneur, bien que le Motu proprioqui doit donner une certaine libertéà la messe tridentine, se fasse attendre,pensez-vous, à la lumière des déclarationsrécentes du cardinal CastrillónHoyos aux évêques d’Amérique du Sud,que cette liberté correspondra à ce quevous attendez comme premier préalabledans le cadre de vos discussions avec Rome? Le second préalable étant le retraitdu décret d’excommunication qui devraalors être suivi des discussions doctrinales.En un mot, ce Motu proprio pourrait-ilêtre, selon vous, le début de lapremière étape ?Je ferai une distinction. Je penseque du côté de Rome, sans pourautant que ce soit une intentionunique, il y a la volonté de répondreà notre demande. Mais Romene le dira jamais ainsi, d’ailleursils ne le pourraient pas. D’un autrepoint de vue, il faut reconnaîtreque le pape lui-même aime l’anciennemesse et qu’il a dit depuislongtemps qu’il estimait injuste deprétendre qu’elle était supprimée.Depuis 1982, on peut affirmer quele cardinal Ratzinger considèrequ’il n’y a pas d’argument - ni canonique,ni théologique – en faveurde l’abolition de l’ancienne messe.C’est, chez lui, une conviction personnelleque l’ancienne messe n’ajamais été abrogée. C’est d’ailleursune des choses qui ont été dites parle cardinal Castrillón Hoyos officiellement,au nom de Rome, auxévêques du Brésil mais aussi de toutel’Amérique Latine : « Le rite tridentinn’a jamais été aboli ». C’esttrès intéressant d’entendre cela àpropos d’un rite que l’on a prétenduinterdit. Et pour cette raison,on a persécuté tous ceux qui l’ontcélébré pendant 40 ans. Or, tout àcoup Rome nous annonce qu’il n’ajamais été aboli.On ne peut dès lors présenter legeste du pape comme un geste degénérosité spontanée. C’est unebonté que le pape actuel offrirait àl’Eglise de redonner la messe. Oui,certainement, il y a une bonté, maisil y a aussi une œuvre de justice. Sila messe n’a jamais été abolie, le direest un simple acte de justice. Etil faut que cette justice soit rendueà la messe.Alors, est-ce que cela correspondà notre préalable ? Tout dépend desrestrictions qui auront pu être misesdans le texte. Si l’ouverture surl’ancienne messe est telle que l’onpeut parler d’une véritable liberté,d’une réelle réintroduction dela messe tridentine dans l’Eglise,alors peut-être ce préalable serat-ilrempli. Mais si l’on met dansla main des évêques le pouvoir derefermer la porte qui vient d’êtreouverte par Rome, alors dans cecas le préalable ne sera pas rempli.Il faut qu’il y ait une vraie libertéeffective. Puisque la liberté est reconnuede droit, il ne faudra pasque dans les faits on aille contre ledroit.Est-ce que vous pensez que les évêquespourront neutraliser le Motu proprio ?Ici un argument juste pourra êtreutilisé de manière tordue. L’argumentjuste se trouve dans l’exhortationpost-synodale sur l’Eucharistie,au n° 39. Il y est affirmé quele garant de la liturgie dans le diocèsec’est l’évêque. Ce qui est toutà fait normal. C’est une évidenceque d’affirmer ce pouvoir de l’évêquesur le bon ordre de la liturgiedans son diocèse. Mais maintenantsi l’on utilise cet argument pour direque le garant de l’unité liturgiquepourra estimer que l’anciennemesse est un danger pour l’unitéliturgique du diocèse, là bien sûrcela n’ira pas. Je crois qu’il y auraquelque part dans le Motu propriol’affirmation de ce pouvoir des évêques.Il faudra alors voir commentles choses sont appliquées.J’ai cru aussi comprendre quepour empêcher cela, le Motu proprioenvisagera la possibilité d’unrecours au pape, mais je ne saispas comment ce sera formulé. Cequi changera c’est que jusqu’ici lamesse est interdite et l’évêque peutl’autoriser, avec le Motu proprio lamesse est permise et l’évêque peutl’interdire. Mais on rajouterait quesi l’évêque voulait lancer une interdiction,on pourrait recourir auprèsde Rome. En tout cas, serait affirméela volonté pontificale d’uneouverture à la messe traditionnelle,d’une manière assez ferme.L’après Motu proprio seratrès intéressantDans plusieurs interventions, ici mêmeà Saint-Nicolas à Paris et dans ladernière « Lettre aux amis et bienfaiteurs», vous avez affirmé qu’il pourraity avoir à l’occasion de ce Motu proprioune poussée de la base de la part des fidèleset des prêtres. Qu’entendez vous parlà ?


•La libération de la messe et la situation de l’EgliseD’une part, je constate qu’il y aune attente dans l’Eglise et un mécontentementà propos de la nouvelleliturgie. Bien sûr, ceux qui détiennentle pouvoir affirment quetout va bien, mais il suffit de voirles églises vides. Si elles sont vides,c’est tout de même une sanctiondu peuple chrétien qui ne va plus àl’église parce qu’il n’y est plus nourri,parce qu’il a été scandalisé. Lesâmes grandissent aujourd’hui dansl’indifférence religieuse, mais il yen a quand même un certain nombrequi ne sont pas contents de cettesituation et qui attendent de voirquelque chose de plus beau dansl’Eglise. Les sondages montrentune proportion d’environ 70 % enfaveur de l’ancienne messe. Un peupartout le chrétien moyen n’a pasd’objection contre l’ancienne messe.Ce n’est évidemment pas ungrand enthousiasme, mais une attente.D’autre part, il y a aussi tousces mouvements, ces abbayes - etpas seulement chez nous - qui attendentet qui, s’ils ont entre lesmains un texte officiel leur permettantd’avoir l’ancienne messe,vont sans aucun doute vouloir l’utiliser.Alors il risquera d’y avoir uneconfrontation entre les évêques etRome. Comment va se passer cetteconfrontation ? Je pense que l’aprèsMotu proprio sera beaucoup plusintéressant que l’avant Motu proprio.C’est très net qu’il y a un murd’opposition énorme, et je penseque c’est cela aussi qui retarde cettepermission de célébrer l’anciennemesse. Je pense que le pape apeur. Il y a quelques années, c’étaitencore sous Jean-Paul II, le cardinalCastrillón me disait : « Nous nepouvons pas donner la liberté de lamesse, parce que nous perdrionsle contrôle ». Et aussi : « Nous nepouvons pas donner la liberté dela messe, parce que le pape craintde briser l’Eglise, de la couper endeux ». Cela montre bien qu’il y aun enjeu énorme, et on ne peut pascroire que tous ceux qui jusqu’àaujourd’hui pensaient être les vainqueurs,vont renoncer si facilementet abandonner le combat. Il fautdonc s’attendre à une lutte pour affirmerles droits de ce qui aura étédonné. Encore une fois, je ne saispas ce qui sera donné, ni quellesseront les restrictions, les limites,mais c’est sûr que l’on n’en a pas finiavec le combat. On ne peut pasespérer un retour paisible de l’anciennemesse.Les évêques ne manifesterontpeut-être pas trop leur opposition.Je ne sais pas jusqu’à quel point ilsoseront apparaître désobéissants,car ce n’est jamais très bien vu.Mais on peut s’attendre à des oppositionspassives, par derrière. Vouspouvez assister aussi à des conférencesépiscopales entières refusantle Motu proprio. Et malgrécette réaction choquante, on peuts’attendre à ce que les fidèles trouventtout à fait normale la réintroductionde la messe ancienne, mêmes’ils n’ont pas eu de contact trèsétroit avec elle, et qu’ainsi peutêtreils veuillent demander ce quedes évêques prétendraient encoreêtre interdit. Mais je ne crois pasà un raz-de-marée, ce sera un longtravail. Cependant si des chanceségales sont données aux deux rites,ce sera suffisant pour que l’un desdeux gagne, et il n’est pas difficilede deviner lequel… Les autoritésecclésiastiques le savent bien, d’oùleur opposition même à une simpleouverture. A Rome, on nousdit : « Dans une génération il n’yaura plus de nouvelle messe ». Moije pense plutôt deux générations,mais vous voyez qu’il y a des optimistesmême à Rome.On ne peut pas vous demander quidit cela à Rome ?Non !Quelle sera la réaction desprêtres dans les diocèses ?Vous nous avez parlé des évêques quipourraient être opposés, des fidèles quiseraient favorables - au moins une petitepartie d’entre eux -, à cette réintroductionde l’ancienne messe. Et les prêtres? Pensez-vous que les prêtres sontintéressés ?Il y a un intérêt, et même un intérêtassez grand, de la part de la jeunegénération. Le problème c’est quesouvent, pour eux, il n’y a pas deproblème. L’ancienne messe, ils nela connaissent pas. Et ce qu’on neconnaît pas, comment pourrait-onle désirer ? Ils ne connaissent quela nouvelle messe, mais je ne pensepas que la majorité d’entre eux soitvraiment enthousiasmée par cettenouvelle messe, parce qu’elle est videet qu’elle est plate. Si on arrive àleur faire connaître l’ancienne messe,ce serait déjà un grand pas defait. Bien sûr, cela ne veut pas direque tous acquiesceront du premiercoup. Il faudrait que cette ouverturesoit soutenue par l’autorité. Il nesuffit pas de dire : vous pouvez direl’ancienne messe, il faut aller plusloin et dire : on doit.Il y a quelques années déjà, vers1986, à l’époque de cette fameusecommission établie par Jean-PaulII pour savoir si l’ancienne messeavait été abolie ou non, l’idée a couruque l’on puisse imposer la célébrationde la messe tridentine unefois par mois dans les paroisses. Ily avait déjà cette idée de faire revenirla messe. Mais tout dépend dela conviction du pape, de son couragedans la volonté d’un retour del’ancienne messe. Toutefois je croisqu’à cause de l’opposition actuelle


Nouvelles de Chrétienté Nº 106Juillet - août 2007il est plus prudent de commencerpar une simple ouverture, par lasuite on pourra peu à peu renforcerles positions acquises.Si vous lisez le texte du cardinalCastrillón, il affirme tout juste -mais c’est déjà pas mal - une égalitédes rites. L’un est extraordinaire, etl’autre, la messe nouvelle, est considérécomme le mode ordinaire.Dans cette distinction, le mode extraordinaireest un peu amoindri,comme mis de côté. On le sort duplacard pour certaines occasions, eton s’acharne à affirmer : « Ce n’estpas du tout un retour en arrière, cen’est pas une mise en cause de la réformeliturgique », toutes les précautionsoratoires sont prises pourdésamorcer l’argument qui diraitque le pape actuel est en train demettre à l’écart la nouvelle messe.Le veut-il vraiment ? Je ne sais pas.Je constate bien une volonté de fairerevenir l’ancienne messe. J’ai lesentiment qu’il y a plus que cela,mais est-ce qu’il osera jamais le dire? Je n’en sais rien !Conférence de Mgr Fellay à la Mutualité, une vue de l’assistancePour revenir aux prêtres et àleur intérêt pour la messe traditionnelle,ici en France la FraternitéSaint-Pie X a réalisé un film quiapprend à célébrer l’ancienne messeet l’a proposé aux prêtres. Nousavons reçu 700 demandes. En Allemagne,on n’a pas encore couverttous les prêtres et l’on a reçu 1 600demandes pour un pays où les évêquesaffirment avec force que personnen’est intéressé par l’anciennemesse… Aux Etats-Unis aussi, celadépasse le millier. Et pourtant il ya beaucoup de crainte. Le régimede terreur est encore en place dansles séminaires. Gare aux séminaristesqui montrent une tendancetraditionnelle ! Dans certains séminairescela va jusqu’à la récitationdu chapelet. Des séminaristesme l’ont dit personnellement, ils nepouvaient pas réciter le chapelet enpublic, ils devaient le faire de manièretrès discrète, sinon ils étaientmis dehors. Cela se passait en Europe,mais il y a d’autres exempleshors de l’Europe qui sont du mêmegenre.•Il y a un intérêt chez un certainnombre de prêtres, et je pense qu’ily en a même beaucoup plus, mais àcause de cette pression d’en haut,celle des évêques, de l’administration,des prêtres plus âgés…, ilsn’osent pas montrer le bout du nez.Il faut faire une différence entreles prêtres qui ont dû rompre avecl’ancienne messe et d’une certainemanière tourner la page. Pourla plupart d’entre eux, cela leur acoûté tellement qu’ils n’ont plusla force de revenir. Il y a ceux quiont trouvé dans la nouvelle messeune sorte de libération, ceux-là jen’en parle pas. Tandis que chez lesjeunes prêtres, cette relation à cettemesse tridentine n’existe pas. Ilssont beaucoup plus ouverts. C’estla même chose vis-à-vis du Concile.Si nous nous permettons des remarquessur Vatican II avec desprêtres contemporains du Concile,c’est beaucoup plus difficile qu’avecles jeunes prêtres qui n’ont pas cetattachement et sont plus ouverts àla discussion.Il y a donc un espoir, je suis persuadéque si l’on fait une vraieouverture en direction de l’anciennemesse, on lui donne la chancede gagner ; mais il faut être patientet ne pas penser que c’est pour demain.C’est un pas dans la bonnedirection.Vous dites dans une de vos déclarationsrécentes que la messe n’est qu’un effetet qu’elle n’est pas la cause de la crisequi secoue l’Eglise aujourd’hui. Est-ceque vous pouvez préciser cette affirmation?En fait, je crois que l’on peut direles deux, cause et effet. D’une manièreprochaine, la messe a été l’instrumentde la réforme de l’espritcatholique et de la vie catholique ;la transmission de ce nouvel esprits’est faite par la messe. Dans cesens-là, on peut et on doit dire quela messe est la cause, une des causesmajeures de l’état actuel de l’Eglise.Mais d’un autre côté, elle est plutôtl’effet que la cause, car elle estl’outil d’une mise en application deprincipes, or ce sont ces principesqui sont dangereux et auxquels ilfaut s’attaquer. Si on laisse les principescontinuer à agir, tôt ou tardles effets de ces principes se reproduirontinéluctablement. Si vousavez un arbre sauvage, vous coupezl’une ou l’autre branche parce qu’ellesne vous semblent pas porter de


•La libération de la messe et la situation de l’Eglisebons fruits, mais vous ne faitespas de greffe nouvelle, vous vouscontentez de couper ces branches…Les branches nouvelles produirontexactement les mêmes fruits amers,parce que la sève reste la même. Sion attaque seulement la nouvellemesse, en disant comme pour lesbranches : « Coupons la nouvellemesse, mais laissons le Concile,laissons les principes établis auConcile continuer à agir », on auratoujours les mêmes fruits amers.La messe, il faut évidemment s’enpréoccuper parce qu’elle a été unecourroie de transmission de l’espritnouveau dans l’Eglise, parcequ’il faut revenir à une courroie quitransmette vraiment l’esprit catholique,et c’est l’ancienne messe quia vraiment cette puissance de grâceet de foi. Mais ce n’est là qu’un élément.Il faut s’attaquer aussi à l’arbre,aux principes. Or jusqu’ici nosrelations avec Rome ont consistéde la part des autorités ecclésiastiquesà esquiver les vrais problèmes,à dire : « Faisons un accord, un accordpratique qui ne regarde pas lefond ». Mais faire ainsi, c’est monterdans un bateau rempli de trous.On va couler. Et nous, nous tenonsà rester à flot !L’importance capitale dela doctrine : le cas des limbesVous disiez lors de votre sermon àVillepreux, en octobre dernier, que lamême main qui pouvait à Rome accorderla liberté de la messe, pouvait égalementrefuser le règne social de Notre-SeigneurJésus-Christ. Pensez-vousque tout en donnant la messe tridentinele pape pourrait garder des distances surcertains points de la doctrine traditionnelle?Oui, tout à fait. Benoît XVIest un mélange. Il y a en lui commeune affection envers ce qui esttraditionnel, et il y a tout autant– et même plus au niveau intellectuel- une vision des choses qui seveut franchement moderne, maisqui ne voudrait pour autant rompreavec le passé. On pourrait direque Benoît XVI ne sera jamais unextrémiste, qu’il n’ira jamais à l’extrême.Et pourtant, je crois qu’il luiplairait de réunir les extrêmes. Etlui-même réalise un peu cette réunion.Sa vie, sa personnalité sontune forme de conciliation des extrêmes.Je pense qu’il a des affectionsdes deux côtés. Laquelle deces deux affections l’emporte enlui ? Je ne le sais pas trop. Cela dépenddes moments.Par exemple, la question des limbes.Les journaux ont dit : « Le papea supprimé les limbes », c’estfaux, mais c’est bien ce qu’il disaitlorsqu’il était cardinal. Il est fauxd’affirmer que le pape a posé undécret supprimant les limbes. Cen’est pas un décret, c’est un textequi provient de la CommissionThéologique Internationale, sousla responsabilité de la Congrégationpour la Doctrine de la foi.Mais cette commission n’a aucunpouvoir magistériel, ce n’est doncpas un enseignement de l’Eglise.C’est une opinion, éventuellementun conseil ou une invitation, ou ceque ces théologiens disent eux-mêmesune « aspiration du peuple deDieu d’aujourd’hui ».Je considère que ce texte sur leslimbes est très instructif en ce qu’ilmontre bien une manière de fairemoderniste. Vous n’y trouverez pasd’affirmation opposée à la doctrinecatholique. Vous ne trouverez pasdans ce texte une hérésie, il n’y ena pas. Vous trouverez la citation detoutes les définitions de l’Eglise surla question, elles sont même affirméescomme des dogmes de la foicatholique. Cependant tout ce documents’ingénie à trouver la petiteporte, le petit trou par lequelon peut échapper à ces définitionsde l’Eglise pour arriver à une thèsenouvelle, celle d’une vision béatifiqueà laquelle parviendraient lesenfants morts sans baptême, bienque l’Eglise ait toujours soutenu lecontraire. Ces théologiens nous disentque la thèse des limbes resteune opinion théologique, ils ne lenient pas, ils l’affirment, mais ils enamoindrissent la portée. Il est vraique les limbes ne sont pas un dogme; il n’y a pas eu de définition surles limbes. Mais la thèse des limbesest très proche du dogme, c’est uneconclusion tirée des dogmes, commecelui de la nécessité du baptêmepour aller au ciel. Ici on vas’employer à essayer de trouver unenouvelle voie. Ainsi cette phrase :« L’affirmation de la foi chrétiennede la nécessité du baptême sacramentelpour le salut ne peut pasêtre vidée de son sens existentielen étant réduite à une affirmationpurement théorique. » On reconnaîtdonc que c’est un dogme de foiqu’il faut le baptême pour être sauvé.Mais on ajoute : « D’autre partil faut respecter la liberté de Dieuquant aux moyens de salut qu’ildonne. En conséquence il faut éviterd’opposer le baptême sacramentel,le baptême de désir et le baptêmede sang comme antithétiques.Ils ne sont que des expressions despolarités créatrices au sein de l’accomplissementde la volonté salvifiqueuniverselle de Dieu enversl’humanité. » C’est vrai, mais on vaaller plus loin, on va tout à coup inventerquelque chose qui ressembleraitau baptême de désir maisqui n’est pas le baptême de désir.Le plus étonnant reste ceci : « Ilfaut clairement reconnaître quel’Eglise n’a pas de connaissancecertaine sur le salut des enfantsmorts sans baptême. » Ils le disent,donc ils reconnaissent qu’ils n’ontpas de certitude sur ce qu’ils affirmentcomme un nouveau moyen desalut, et pourtant un moyen bienmeilleur que celui qui a été enseignépar l’Eglise pendant vingtet-unsiècles. Et un peu plus loin :« Notre conclusion c’est que lesnombreux facteurs que nous avonsconsidérés ci-dessus donnent de sérieusesraisons liturgiques et théologiquesd’espérance que les enfantsmorts sans baptême seront sauvéset jouiront de la vision béatifique.


10Nouvelles de Chrétienté Nº 106Juillet - août 2007Nous soulignons que ce sont desraisons pour une espérance pieuseplutôt que des fondements pourune connaissance assurée ». Telleest leur conclusion !Nous avons là un document quiva passer dans la pratique de l’Eglise,qui va encourager la suppressionpratique des limbes. Ce textequi ne va pas très loin théologiquement,remplit à merveille son rôlequi est d’ébranler la thèse antérieure,en proposant une ouverturesur quelque chose qui n’a jamais étéenseigné par l’Eglise, mais que l’onprésente comme l’opinion commune,si ce n’est comme une certitude…on n’ose pas dire un dogme !C’est vicieux au possible. Et c’estainsi qu’on inocule dans l’Eglisetant d’erreurs, avec une habileté,une finesse…Comment voulez-vous les reprendreces gens-là ? Il faudrait faireje ne sais combien de démonstrationspour prouver qu’ils ontune intention cachée, ou ouverte,qui mène sur des fausses voies. Etpourtant ce document est béni parle pape, car il a donné une approbationde publication. Cela ne veutpas dire nécessairement qu’il approuvece qui est dedans, mais il enapprouve la publication.Cette affaire illustre bien la manièrede faire des modernistes, desesprits faussés par la théologie moderne.Cette conduite, on la trouvaitdéjà au Concile, peut-être qu’ici elleest encore plus habile qu’au concile.Mais le Concile est empli de ces« finesses ». Nous nous sommes opposésà Vatican II où très souventsont énoncées des ambiguïtés, desdéclarations qui pourraient éventuellementêtre comprises de façoncatholique si on les expliquait avecun esprit catholique, mais qui peuventaussi dire tout autre chose. Cesont des « ouvertures »…Qu’est-ce que la traditionvivante ?Le pape, dans son discours à lacurie en décembre 2005, a condamnécette façon de faire qui consisteà profiter des ambiguïtés pour tirerdes conclusions non catholiques. Ila réaffirmé que ce Concile doit êtrerattaché au passé de l’Eglise et qu’ilfaut faire une lecture du Concile àla lumière de la tradition. Le problèmeest qu’il parle alors de traditionvivante. Qu’est-ce que la traditionvivante ? Notre définition de latradition regarde l’objet, le contenu,ce qui est transmis, comme ditsaint Paul : « J’ai transmis ce que j’aireçu. » Quand on dit avoir la foi desapôtres, on considère que les apôtresont transmis ce que Notre Seigneurleur a enseigné et tout cequ’il leur a enseigné. C’est cet objetqui est transmis de générationen génération. Voilà ce que nousappelons la tradition. Ce n’est passeulement la foi, ce sont des pratiques,une discipline, un esprit quel’on appelle l’esprit catholique.La tradition vivante, elle, regardele transmetteur et l’action de transmettre.C’est vrai que quand on dittradition on peut dire les deux : cequi est transmis - c’est la définitiontraditionnelle -, mais aussi celui quitransmet, celui qui fait un acte detradition. Nous ici, nous sommesla tradition en acte, dans ce senslà, nous sommes la tradition vivante.Mais quand on parle de celuiqui transmet, on parle du magistère,donc le magistère vivant, selonBenoît XVI, c’est le pape lui-mêmequi puise dans le passé de l’Egliseet qui transmet sa lecture du passé•de l’Eglise, ce qu’il juge apte pouraujourd’hui. Alors s’il y a une parfaitecorrespondance entre la traditionobjective et l’acte personneldu pape de transmettre, c’est parfait.Mais s’il n’y a pas de correspondance,cela soulève de sérieusesdifficultés.Lorsque le pape, après avoircondamné l’ultra-progressisme, expliquece qu’est cette tradition vivante,le concile à la lumière de latradition vivante, on retrouve toutce à quoi nous sommes opposés, ceà quoi Mgr Lefebvre s’est opposé :la liberté religieuse, l’œcuménisme…toute cette nouvelle relationde l’Eglise au monde. Et BenoîtXVI l’expose comme une chosebonne et nécessaire. C’est là qu’onse pose des questions : d’un côtéun attachement à la tradition et del’autre une volonté d’être moderne.La proposition 80 du Syllabusau XIX e siècle condamne cette affirmation: « Le pape doit se mettreen harmonie avec le monde moderne», doit se mettre à jour. BenoîtXVI affirmera, lui, que le pape doitêtre en harmonie. Mais il opérerades distinctions en reconnaissantque le monde moderne a aussi descôtés noirs et inacceptables, et qu’ilva falloir repréciser. Mais jusqu’oùiront ces précisions de précisions ?Pourquoi ne pas dire les chosessimplement : « Le monde vous hait,et si le monde vous hait, dit NotreSeigneur aux apôtres, c’est parcequ’il m’a haï d’abord ». Ce sera vraijusqu’à la fin du monde. L’esprit dumonde conduit en enfer, les principesdu monde ne sont pas les principesdu Christ. A travers tous lessiècles, quand on voit le monde applaudirl’Eglise, on tremble parcequ’on dit qu’il y a quelque chose quine cadre pas avec l’affirmation deNotre Seigneur que je viens de rappeler.En revanche, quand on voitle monde faire toute sorte de mauvaiscoups et infliger des persécutionsà l’Eglise, on se dit : « C’esten ordre, Jésus-Christ nous l’avaitannoncé ». Cette inimitié déclaréepar Dieu entre la Sainte Vierge


•La libération de la messe et la situation de l’Egliseet sa descendance - l’Eglise - d’unepart, et Satan et sa descendance del’autre, cette inimitié durera jusqu’àla fin des temps. C’est inutile depenser qu’un jour on arrivera à fairela paix avec le monde. Un chrétienqui vit en chrétien aura forcémentà souffrir. Si un fidèle pensequ’il peut arriver à vivre intégralementsa foi sans avoir à en souffrir,il se trompe. C’est l’Ecriture Sainte,c’est saint Paul qui dit que celuiqui veut vivre pieusement pourNotre Seigneur souffrira persécution.Bien sûr il y a toutes sortes depersécutions, mais il demeure qu’ily aura à souffrir. « Le monde m’ahaï et mes disciples auront à souffrirde ce monde ». Vouloir imaginerune situation en harmonie avecle monde, c’est une illusion. Arriverà une certaine paix avec l’Etat oumême mieux avoir un Etat catholique,c’est un bien, mais les principesdu monde seront toujours opposésà Notre Seigneur. Et l’Egliseaura toujours à lutter.Pour beaucoup et non paspour tousVous avez dit que ce texte sur les limbesrompait avec la tradition de l’Egliseet qu’il n’avait pas de valeur magistérielle.Il y a un autre document, adresséil y a quelques mois aux évêques du mondeentier, qui lui a un caractère officielpuisqu’il s’agit d’une lettre du cardinalArinze, préfet de la Congrégation pourle Culte divin, dans laquelle il rappellequ’on ne doit pas employer au canonde la messe pour la consécration du PrécieuxSang l’expression « pour tous »,mais qu’on doit utiliser, comme dans letexte traditionnel latin, pro multis,« pour beaucoup ». N’avez-vous pas làl’impression qu’il y a quand même un retourà la tradition au plan doctrinal ?Cet événement est intéressant.Il y a d’abord une lettre, en datedu 17 novembre 2006, du cardinalArinze et du secrétaire dela Congrégation pour le Cultedivin à tous les présidents desConférences épiscopales, leur indiquantque la traduction « pourtous » dans la consécration est erronéeet qu’il faut revenir à la traductionfidèle au texte latin quidit pro multis, pour beaucoup. Enfrançais on triche un peu, on dit« pour la multitude », on ne saurajamais si c’est pour beaucoup,ou plus encore… Tandis que lesautres traductions italienne, espagnole,anglaise, allemande sonttrès claires : c’est le salut pour tous,et c’est évidemment en contradictionavec le texte latin. C’est pourquoila lettre du cardinal Arinzeannonce à tous les évêques qu’ilva falloir corriger cela et qu’il faudrarevenir au « pour beaucoup ».Il est donné entre un an et demiet deux ans pour préparer les fidèlesà ce changement. Vous imaginezun peu ! S’il leur faut deux anspour changer le pro multis, combienen faudra-t-il pour la messe !Ce délai est donné en fonction dela parution d’une nouvelle éditiondu missel de Paul VI.Pour ce que nous avons pu savoir,cette correction a été imposéepar le pape pratiquement contretous. Les conférences épiscopalesdans une proportion de 9 sur 10voulaient garder le « pour tous ».Je dis « voulaient », peut-être faudrait-ildire après cette lettre « veulent» encore et toujours garder le« pour tous ». Là encore, il sera intéressantd’observer comment cetteconfrontation va se dérouler.Mais au fond, qu’est-ce que celamontre ? Que cette lettre du cardinalArinze a pour cause un actecourageux du pape qui agit contreles conférences épiscopales et la curieromaine dans sa grande majorité.Il y a quand même un espoir !Jusqu’où pourra-t-il repousser cetteopposition ? Est-ce qu’il réussiraà imposer le « pour beaucoup »catholique ? Je crois vraiment quel’après Motu proprio sera très important,je pense que cela révèlerales cœurs. Il y a peut-être à espérerde ce texte plus que ce que l’onpeut simplement évaluer d’une manièrehumaine. L’Eglise est surnaturelleet les combats qui ont lieudans l’Eglise, ont pour une part unaspect humain, mais ce n’est quela pointe de l’iceberg. Le vrai combatest toujours un combat entreDieu et le diable, et il s’agit de sauverles âmes. Avec ce « pour beaucoup», avec la réintroduction de lamesse traditionnelle, c’est le salutdes âmes qui est en jeu, un enjeuqui n’apparaît pas immédiatement,mais qui est là bien présent. Peutêtrepourrons-nous toucher de plusprès la vraie réalité de ce combaten fonction des réactions des évêques.On verra ! C’est trop tôt pourle dire. Mais il est certain que si lepape pose un acte courageux, c’estune pluie de grâces pour l’Eglise.Pas d’accords pratiques dansl’ambiguïté doctrinaleVous insistez beaucoup sur l’aspect doctrinal,en disant que ce sera une étape sila messe est libérée, et qu’il faudra voirdans quelle mesure elle l’est effectivement.Est-ce que votre insistance sur lesquestions doctrinales ne risque pas dedécourager plus d’un parmi les prêtres etles fidèles où certains se demandent si cen’est pas une manœuvre dilatoire ou mêmesi ce n’est pas une prétention irréalisteque de vouloir convertir Rome ?J’ai envie de répondre : c’est leseul chemin possible ! Les autres,on peut les envisager et les essayer,mais jusqu’ici nous avons l’impressionque ce sont des voies sans issue,des voies qui vont peut-être dans labonne direction, mais qui n’arriventpas au but. Le but, c’est de revoirl’Eglise « sur ses rails », si vousme permettez l’expression. L’Egliseest toujours une, sainte, catholiqueet apostolique, en ce sens là elleest toujours sur ses rails. Mais il ya des hommes d’Eglise et qui, eux,ont franchement déraillé. C’est cequi cause la démolition de l’Egliseen partie, la perte des âmes.11


Nouvelles de Chrétienté Nº 106Juillet - août 2007•On peut essayer de dire que toutva bien, parce que la messe est accordée,parce qu’on nous permetde vivre dans notre coin avec ce àquoi nous sommes attachés, commedans un microcosme… mais onvoit bien que la pression extérieureest telle qu’à un moment cela devientinvivable. Ou bien, on se lancedans la partie de slalom que jouela Fraternité Saint-Pierre, c’est àdire qu’on essaie d’éviter ici ou làles obstacles posés par les évêques,mais cela ne permet pas une belleavancée. C’est une course d’obstaclesqui conduit à peu près à rien,parce que chaque fois qu’il y a unbon résultat on court le risque de levoir ôté. Regardez Lyon, regardezles menaces sur Versailles !On voit bien que tant que lesprincipes qui régissent l’Eglise restentles principes nouveaux, passerun accord pratique c’est se soumettreà ces principes nouveaux ;même si on dit qu’on ne les acceptepas ce sont bien eux qui régissentles accords pratiques. Nous enavons un exemple devant les yeux.C’est en 1989, certains prêtres de laFraternité Saint-Pierre sont punispar leur Supérieur général parcequ’ils ont concélébré avec l’évêquedu lieu. Alors l’évêque proteste :comment des prêtres sont-ils punisparce qu’ils ont concélébré avecmoi, ça ne va pas ! Décision de Rome: il est interdit aux supérieursdes sociétés Ecclesia Dei d’interdireà leurs membres la célébration de lanouvelle messe. Quel est le principeau nom duquel on va régler cettecrise interne. Ce n’est pas : il fautabsolument favoriser l’anciennemesse, permettons à ces prêtres derester dans l’ancienne messe. Non !c’est la loi générale de la nouvellemesse. Donc même dans une sociétéqui est censée être là pour favoriserl’ancienne messe, il faut permettrela nouvelle. On introduit làun principe de division, et on peutvoir ce que cela a produit dans laFraternité Saint-Pierre. Ils ne s’enremettent pas, parce que les principessont les principes nouveaux.12Et tant que ce sont ces principesqui régissent tout, faire un accordrevient forcément à se soumettre àces principes. C’est pour cela quenous disons à Rome nous voulonsune discussion doctrinale sur cesprincipes-là. Tant que nous n’arriveronspas à la clarté sur ces pointsfondamentaux, nous ne pouvonspas faire d’accord. On peut arriverà une forme de modus vivendi provisoire.C’est ce que j’ai proposé :retirez le décret d’excommunication,rendez la messe à tout le monde.Cela change la situation. Celane veut pas dire que Rome nous reconnaît,cela veut dire que Romenous donne les coudées franches.Cela ne les engage pas trop, nousnon plus, mais nous pouvons ainsiagir de manière beaucoup plus efficacesur les âmes. Cela crée unenouvelle situation qui permet,après un certain temps, une réévaluationde la situation, et bien sûrnous espérons par là faire revenirla tradition dans l’Eglise. Mais certainementpas en avalant les principesmodernes, certainement pas !Jusqu’à présent Rome n’a pas voulude cette proposition, il faut d’abordl’accord canonique. Je pense quele pape, plus théologique, pourraitêtre ouvert à une telle idée.Toute la question est de savoircomment de la situation où nousnous trouvons, avec la tradition ostracisée,on va pouvoir un jour retrouverla tradition comme le biende l’Eglise. Nous sommes persuadésque l’Eglise est dans une crise,qu’elle va en sortir et qu’unjour tout ira de nouveau bien dansl’Eglise parce que précisément latradition sera de nouveau dansl’Eglise. Comment se fera ce passage? Certains imaginent que dujour au lendemain, comme d’uncoup de baguette magique, par uneintervention spéciale de Dieu toutle monde devient traditionaliste.En une belle nuit tout le monde seconvertit. Selon sa puissance absolue,le Bon Dieu peut tout faire,et Il l’a fait lorsqu’il a commandéà une tempête de s’arrêter et elles’est arrêtée. De la même manière,Dieu pourrait changer tous lescœurs, mais est-ce qu’Il le fera ?Jusqu’ici l’histoire de l’Eglise nousmontre que les moyens qu’Il utilisene sont pas de cette nature. Cela neveut pas dire qu’Il ne les utiliserajamais, mais d’habitude ce n’est pasainsi. C’est lent, cela s’opère parquelques personnes qui vivent dela vie catholique d’une manière extraordinaire,qu’on appelle la sainteté,et qui ainsi rénovent l’Eglise.Ces saints passent par toutes sortesde souffrances. C’est commecela d’habitude que les crises se résolvent.Sans vouloir absolumentécarter la solution extraordinaireque le Bon Dieu peut toujours utiliser,il est tout à fait raisonnableet surnaturellement prudent d’envisagerles choses selon la manièrehabituelle, c’est à dire de manièreprogressive, lente. Il convient degagner les âmes peu à peu, de lesfaire revenir à la foi de toujours, enleur montrant que les thèses progressistesne conduisent à rien, quece sont des illusions qui n’ont rienamené et qui n’ont pas sauvé lesâmes.Sur ce point votre témoignage,à vous tous ici présents, est notreatout. Plus que des arguments,ce sont des faits, et les faits parlentplus forts que les arguments.Vous êtes la preuve que vivre selonl’Evangile, selon la doctrine habituelle,traditionnelle de l’Eglise estaujourd’hui possible. Bien évidemmentcela ne se fait pas sans sacrifice,mais c’est possible. Et cela attirela jeunesse d’aujourd’hui aussi.Pourquoi y a-t-il eu le concile? Qu’est-ce qu’ils ont cherché ?Ils ont cherché à plaire à ce monde.Au lieu de le tirer vers le haut,ils sont descendus avec lui. Par votrevie de tous les jours vous montrezau monde que ce que l’Eglisea toujours fait, a toujours enseignéest toujours valable aujourd’hui etporte des fruits. C’est un argumentmajeur qui les oblige à réfléchir. Et


•La libération de la messe et la situation de l’EgliseeUne classe de l’école Saint-Pie X à Libreville au Gabon. La Fraternité compte 86 écoleset deux instituts universitaires à travers le monde.ils réfléchissent, ils comparent. J’aiappris que le cardinal Ratzinger, ily a quelques années, avait convoquél’abbé Bisig et l’avait grondéparce qu’il n’en faisait pas assez :« Regardez la Fraternité Saint-PieX, elle a des écoles… ». La FraternitéSaint-Pierre à l’époque ne devaitpas en avoir beaucoup. Ou encorece témoignage d’un évêque dans leSud de la France qui a dit récemmentqu’il voulait une école catholique: « C’est possible, la FraternitéSaint-Pie X en a ». C’est bien celaqui fait réfléchir.Les vocations aussi provoquentune réflexion salutaire. Quand onse trouve dans un diocèse vide etsans vocation, qu’on voit à côté descommunautés jeunes où les vocationsaffluent, cela aide efficacementà réfléchir. Car les faits, encoreune fois, parlent plus fortque les théories et aident parfoisà les réviser. Pour ma part, je pensequ’il faut simplement continuerjusqu’à ce que les autorités romainesveuillent bien réfléchir sérieusement.Elles réfléchissent déjà,mais il faut le faire sérieusementet ne pas se contenter de dire quele Concile est intouchable et que lanouvelle messe est infaillible, commel’a fait le cardinal Castrillón unjour dans une conférence publique.Nous disons : non, voyez les faits !Nous avons une vocationde thermomètreJe crois que faire un accord, c’estpasser à côté du problème, c’estmasquer le vrai problème. D’unecertaine façon c’est ce qu’aimeraitRome, parce que c’est une solutionfacile qui n’oblige pas à réfléchirtrop sur le concile et les problèmesthéologiques énormes qu’il soulève.On ne peut pas simplement direque le Concile est bon, qu’il ne peutêtre que bon… Et après ? Quand onvoit les dégâts, on dit que ces résultatsdésastreux sont dus au seul faitque le concile n’a pas été appliqué !Après 40 ans de réformes conciliaires? C’est un peu facile !Nous avons un peu une vocationde thermomètre, nous indiquonsla température. Nous critiquons,nous attaquons, c’est vrai, et c’estun rôle déplaisant. Mais nous avonsl’impression qu’en face la seule réponseconsiste à casser le thermomètre.Cela ne guérit pas ! On peutdonner l’impression fugace qu’ona supprimé le mal, mais s’attaquerau thermomètre n’est pas une solutionadéquate. C’est à la maladiequ’il faut s’attaquer. C’est ceque j’ai dit au cardinal Castrillón :« Oubliez-nous, oubliez que la Fraternitéexiste et occupez-vous devos problèmes. Résolvez les problèmesdans l’Eglise et vous verrezque la Fraternité n’est plus unproblème ». On aimerait bien lesvoir traiter les vrais problèmes. Jusqu’icion a l’impression qu’on tourneautour du pot, on n’est pas arrivéà l’essence du problème. C’est pourcela que nous paraissons obstinés.Cela les agace, évidemment. Maisce n’est pas pour nous, c’est toutl’avenir de l’Eglise qui est en jeu.On sait bien que l’Eglise est sainteet indéfectible, mais elle a une histoirequi se fait avec des hommes.Nous avons notre rôle, le bon Dieunous a mis aujourd’hui dans l’Egliseet nous avons un rôle à remplirdans la réalisation de l’indéfectibilitéde l’Eglise. Il faut que devantDieu nous puissions répondre franchement: « Oui j’ai fait tout ce queje pouvais pour le bien de l’Eglise,pour mon âme d’abord, mais aussipour le bien de l’Eglise à la placequi m’avait été attribuée ».Aussi un accord pratique pourl’instant, avec les manières d’agir àRome, c’est du suicide. S’il y avaitau Vatican une autorité tout à faitconsciente de la nécessité du retourà la tradition, alors nous pourrionssérieusement réfléchir à un accordpratique, même s’il y avait encoreun grand désordre dans l’Eglise.Tant qu’en haut on n’est pas certainde cette nécessité, tant que d’enhaut nous n’aurons pas de soutiendans la bagarre contre les modernistes,on ne peut pas passer d’accord.Un évêque reprochait un jourà l’abbé Schmidberger : « Oui, vousrentrerez quand tout sera beau etpropre dans l’Eglise ». Et mon prédécesseurà la tête de la Fraternitéde répondre : « Nous sommes prêtsà nettoyer les toilettes, mais donnez-nousles moyens ». On peut direla même chose aujourd’hui. Si onavait les moyens, c’est-à-dire si onavait l’assurance que depuis en hauton bénit la tradition, on la favorise,on la veut efficacement pour le biende l’Eglise, ce serait alors tout autrechose. Il faut une volonté efficace,avec ce qu’on voit aujourd’hui, onpeut se dire que ce n’est pas encorele moment. Il faut être patient.13


Nouvelles de Chrétienté Nº 106Juillet - août 2007•La messe de toujours requiert la doctrinetraditionnelle !Un entretien avec M. l’abbé Christian Bouchacourt, supérieur du District d’Amérique du Sud de laFSSPX, paru dans la revue Iesus Christus.Iesus Christus : Le 7 juillet dernierest enfin paru le Motu Proprio,tant annoncé donnant aux prêtresla liberté de célébrer la messe traditionnelle.Quel est votre sentimentface à la parution de ce document ?Abbé Christian Bouchacourt: On ne peut que se réjouirde voir qu’enfin la messe tridentineretrouve ses droits dans l’Eglised’aujourd’hui. Cependant, en soi,ce document n’était pas nécessaire.Comme le dit le Motu Proprioavec clarté « cette liturgie n’a jamaisété abrogée » (art. 1). Ainsi la FraternitéSacerdotale Saint-Pie X a-elleeu raison de continuer contre ventset marées à célébrer ce rite en employantle missel de 1962.Mais comme de fait, depuis 1969jusqu’à aujourd’hui, les autoritésecclésiastiques ont agi comme si cerite de la messe traditionnelle avaitété abrogé en sanctionnant trèssouvent les prêtres qui voulaientle célébrer, il est très heureux quecette liberté soit reconnue de façonofficielle.Je voudrais souligner que cetteavancée, constitue une victoireposthume de Mgr Lefebvre et deMgr de Castro Mayer qui furentmis au ban de l’Eglise en raison deleur fidélité à ce rite multiséculaire.Sans ces deux évêques, la messede saint Pie V aurait disparu de laface de la terre.On doit cependant regretter larestriction de n’autoriser la célébrationque d’une seule messe tridentineles dimanches et jours de fêtesdans chaque paroisse. (art. 5, § 2)14I C : N’y a-t-il pas une autre restrictionimposée pour la célébrationde la messe pendant les troisJours saints dans l’article 2 ?C.B. : Non, dans le rite traditionnel,les Jeudi, Vendredi et Samedisaints, aucun prêtre ne peutcélébrer la messe en privé. Les prêtresqui assistent aux offices chantéscommunient des mains du célébrant.Dans ce sens, le MotuProprio s’inscrit dans la Traditionliturgique. Ce document n’interditpas d’utiliser le missel de 1962 pourles offices publics de ces trois jourssaints.Des prêtres demandent à laFraternité Saint-Pie X de lesaider à apprendre à dire la messeI C : Des prêtres dans votre districtse sont-ils approchés de laFraternité Sacerdotale Saint-Pie Xpour apprendre à dire cette messeces derniers mois ?C.B. : Oui, un peu partout enAmérique du Sud, des prêtres nousdemandent de les aider à apprendreà dire la messe traditionnelle. Ilfaut noter que tous ces prêtres fontcette démarche en cachette parcrainte de leur évêque. J’espère quegrâce à ce Motu Proprio ils pourrontcélébrer sans crainte et en toute libertécomme le document le demande.Ce sera alors une grandegrâce pour eux et pour l’Eglise.I C : Ces prêtres seront-ils obligésde venir dans vos prieurés pourapprendre à célébrer cette messe desaint Pie V ou avez-vous d’autresaides à leur proposer ?C.B. : Il est évident que le contactdirect avec ces prêtres serait le plusfacile pour les aider à apprendre àcélébrer la messe de saint Pie V.Mais il est tout aussi évident quecela est impossible pour un grandnombre du fait des distances et desimpératifs de l’apostolat.C’est pourquoi, le District deFrance de la Fraternité Saint-PieX a eu l’excellente idée de réaliserun DVD pour aider ces prêtres. Il aété édité en plusieurs langues dontl’espagnol et le portugais. Nous leproposons aux prêtres et aux séminaristesd’Amérique du Sud pourun prix très modéré. Nous y avonsjoint un second CD de photos fixesavec un commentaire sur chacundes gestes que le prêtre doit accomplirpour bien célébrer. Je penseque ce sera un outil très utile pourtous nos confrères qui sont intéresséspar la messe traditionnelle.La messe, le bréviaire etles sacrements traditionnelsproduiront un bien immensedans les âmesI C : Dans sa lettre aux prêtreset aux fidèles, Mgr Fellay a manifestéla satisfaction de la FraternitéSaint-Pie X de voir le droit dela messe de saint Pie V reconnue.Peut-on dire pour autant que lacrise qui secoue l’Eglise depuis desdécennies est en passe d’être résolue?C.B. : Je vous le disais, cette décisionest un pas très positif. Il fautsouligner avec bonheur que c’estnon seulement l’usage du misseltraditionnel qui est autorisé maisaussi celui du Bréviaire et du Ritueldes sacrements de 1962, ce qui produiraun bien immense aux âmes.


•La messe de toujours requiert la doctrine traditionnelletous les évêques d’Amérique latinerassemblés disait que l’utilisationdu missel de 1962 était « une richessequi s’ajoute à celle non moinsprécieuse de la liturgie actuelle ».Il voudrait que ce Motu Proprio soitl’occasion de réconcilier l’Egliseconciliaire avec la Tradition. Pourlui, les temps que nous sommes entrain de vivre ne seraient qu’unecontinuité de la Tradition vivante.C’est une erreur !M. l’abbé Christian Bouchacourt, supérieur du district d’Amérique du Sud de laFraternité Saint-Pie XCependant le chemin reste encorelong pour que se termine cettecrise qui a causé tant de dégâtsdans l’Eglise depuis 50 ans. En effet,comme le souligne le pape danssa lettre aux évêques, notre combata des racines plus profondes que leseul rétablissement de la messe desaint Pie V. Il a aussi des racinesdoctrinales. Si la messe a retrouvéun droit de cité dans l’Eglise ilfaudra que la Tradition intégraleretrouve elle aussi ce même droitde cité. La doctrine alimente etsoutient la prière et la liturgie. En1969, c’est parce que la messe tridentineétait considérée commeincompatible avec la nouvelle théologieconciliaire qu’elle a été changée.Cet écart qui s’est creusé avecles années demeure après son rétablissement.Il faudra maintenantqu’avec la réhabilitation du rite tridentinon revienne à la doctrineconforme à ce rite. Lex orandi, lexcredendi.I C : Pouvez-vous préciser votrepensée ?C.B. : Oui, il faut avoir présent àl’esprit que lors du concile VaticanII (1962-1965), tous les évêques derite latin présents célébraient encorela messe dite de saint Pie V.La réforme que nous connaissonsest arrivée en novembre 1969. Etpourtant, ce sont ces mêmes évêquesqui dans leur immense majoritéont voté les textes qui empoisonnentl’Eglise de l’intérieurcomme ceux sur la liberté religieuse,la collégialité et l’œcuménisme.Il faudra bien que dans un futurproche, ces textes soient étudiés àla lumière de l’enseignement multiséculairede l’Eglise. Il faut reconnaîtreen effet que ces textes et lesréformes qui les ont accompagnésont constitué une véritable ruptureavec ce que l’Eglise enseignait depuisprès de 2000 ans.Le monde doit se convertirau Christ et non l’Eglisese convertir au mondeI C : On lit souvent dans les médiaque la Fraternité SacerdotaleSaint-Pie X veut le rétablissementde la messe en latin. Avec ce motuproprio, la voilà donc comblée !C.B. : Le cardinal CastrillónHoyos, en mai dernier lors de laréunion du C.E.L.A.M. devantDepuis 50 ans l’Eglise a vouluse réconcilier avec l’esprit dumonde. C’est « une liaison adultère» qui a donné des fruits bâtards.Mgr Lefebvre a dénoncé cela enson temps. L’Eglise n’est pas dumonde. Le Christ l’a dit à ses apôtresjuste avant son agonie au Jardindes oliviers. Le monde n’a cesséde combattre le Christ et son Eglisedurant toute l’histoire. Vouloirles réconcilier est non seulementun leurre, mais une faute. Le mondedoit se convertir au Christ etnon l’Eglise se convertir au monde.Avec la nouvelle messe, les nouveauxsacrements, le nouveau catéchisme,le nouveau code de Droitcanonique, on a vu les églises etles séminaires se vider, les sectesproliférer. Chaque jour en Amériquelatine 6 000 à 8 000 catholiquesquittent l’Eglise. C’est un drame.Ce sont les fruits amers que leConcile avec ses principes faux, sadoctrine révolutionnaire et ses réformesa fait germer.Le véritable renouveau de l’Eglisepasse non seulement par une restaurationliturgique mais aussi parune réhabilitation de la doctrinetraditionnelle dans l’Eglise. La FraternitéSacerdotale Saint-Pie X, àsa place, est prête à apporter sonconcours pour aider à une telle restauration.Notre attachement à lamesse traditionnelle n’est pas sentimental,il est doctrinal. C’est-àdirefondé sur l’enseignement desPères et des docteurs de l’Eglise.Sur celui des papes et des saints.L’Eglise n’a pas commencé il y apresque 50 ans avec le concile Va-15


Nouvelles de Chrétienté Nº 106Juillet - août 2007•tican II. Elle a 2 000 ans de Tradition.Ses racines sont profondes eton ne peut pas les occulter.I C : Vouloir tout cela, n’est-cepas un peu utopique ?C.B. : Le monde est toujourspressé et veut des résultats immédiats.Dieu a l’éternité devant Lui.Il a préparé pendant des milliersd’années le peuple élu pour qu’il accueillele Verbe Incarné. De même,après sa sortie d’Egypte, le peuplejuif a erré pendant quarante ans,en faisant des ronds dans le désertavant d’atteindre la Terre Promise.Seuls les fils de ceux qui avaientfui Pharaon y sont entrés. Tous lesautres sont morts avant, y comprisMoïse ! Dieu a peut-être le mêmeplan pour mettre un terme à cettecrise qui semble s’éterniser. Peutêtreveut-il que tous ceux qui ontété les acteurs du dernier concileet de ses réformes aient quittéce monde. Les passions alors vontpouvoir s’estomper et la réflexionnécessaire avoir lieu. Il faut prierpour hâter ces jours de renouveauet faire pénitence.I C : Donc il faudra être patient !Espérez-vous enfin ces jours prochains,la levée de l’excommunicationqui frappe les quatre évêquesque Mgr Lefebvre et Mgr de CastroMayer ont consacrés ?16C.B. : Nous n’avons jamais reconnula validité de ces « excommunications». En sacrant des évêquesen 1988, Mgr Lefebvre n’a pasvoulu constituer une église parallèlecomme le firent les évêques del’Eglise patriotique de Chine en1949 par exemple. Notre fondateura attendu jusqu’à l’âge de 83ans pour poser cet acte car il n’atrouvé aucun évêque pour ordonnerses séminaristes, donner lessacrements et enseigner la doctrinepérenne de l’Eglise. Comme ill’a dit lui-même c’était un « acte desurvie de la Tradition ». La suite luia donné raison. Aussi, demanderla levée du décret d’excommunicationest une question d’honneurfilial. Nous voulons que notre fondateuret les quatre évêques qu’il aconsacrés pour sauver le sacerdocecatholique, la messe et la Traditionsoient lavés de cette condamnationinfâmante qui, bien que nulle, estbrandie par beaucoup d’évêquespour dissuader les fidèles de fréquenternos chapelles et prieurés.Sans une telle mesure, il nous seradifficile d’avoir confiance dans lesbonnes intentions de Rome à notreégard. Espérons donc que cettemesure va suivre le présent MotuProprio. Alors, comme le dit notreSupérieur général, des « discussionsthéologiques » pourraient s’amorcer.L’espérance chrétienne etle message de FatimaI C : Vous avez donc l’espoirqu’un jour la situation se normaliseraentre la Fraternité SacerdotaleSaint-Pie X et Rome ?C.B. : L’espérance catholique quise fonde sur Dieu et sur son aide,est ce qui demeure dans l’âme dubaptisé quand l’espoir humain n’aplus sa place. Nous devons être animéspar une très grande espérancecar l’Eglise catholique est divinepar son origine et par l’assistanceque le Christ, son fondateur, lui apromise jusqu’à la fin des temps.Cette normalisation comme vousl’appelez, demandera du temps.Peut-être beaucoup. Qu’importe,la Fraternité Sacerdotale Saint-PieX ne travaille pas pour elle maispour l’Eglise catholique. Le jouroù la Tradition retrouvera tous sesdroits, le problème de la Fraternitén’existera plus. Ce temps arriverac’est certain. Dieu seul sait quand.I C : Et pour conclure ?Notre-Dame de PontmainC.B. : J’invite tous ceux qui lirontces lignes à profiter de cettelueur d’espérance que nous donnece Motu Proprio, pour lire les encycliquesdes papes qui ont précédéle concile Vatican II comme l’encycliquePascendi Domini Gregis écritepar le pape saint Pie X il y a exactement100 ans. Dans ce documentcomme dans les autres vous trouverezdes réponses aux erreurs quifourmillent dans l’Eglise et les motifspour un retour à la Traditionque demande la Fraternité Saint-Pie X depuis plus de 35 ans.Que Notre Dame de Fatima,dont nous célébrons le 90 e anniversairedes apparitions, soutienneles efforts du Saint Père et qu’ellel’aide à prendre les décisions quis’imposent pour hâter le triomphede son Cœur Immaculé. Commele dit Mgr Fellay dans sa lettre auxfidèles et aux prêtres, la Croisadedu Rosaire lancée par la FraternitéSaint-Pie X après son ChapitreGénéral pour la libéralisation de lamesse traditionnelle a manifestementtouché le Cœur de la ViergeMarie en nous accordant ce MotuProprio. Que notre ardeur à réciternotre chapelet quotidien en soit revigoréepour obtenir maintenant lacomplète restauration de la Traditiondans l’Eglise. Il me revient àl’esprit cette demande de la ViergeMarie lors de son apparition àPontmain en 1870 en France : « Maispriez mes enfants, en peu de temps monFils se laisse toucher ».


•Quand deux et deux ne font plus quatrePascendi 1907-2007Quand deux et deux ne font plus quatreS.E. Mgr Richard WilliamsonOn trouvera ici de larges extraits du sermon de Mgr Richard Williamson lors des ordinations à Ecône, le 29 juin2007. Le Supérieur du séminaire de La Reja, en Argentine, s’appuie sur l’encyclique de saint Pie X contre le modernisme,Pascendi, pour prouver que la crise actuelle de l’Eglise et de la société est principalement due à une « intelligenceen péril de mort ».(…) Cette année-ci est le centièmeanniversaire de cette autregrande lumière donnée par Dieuau XX e siècle et à notre XXIe sièclecommençant, à côté de Fatima,l’encyclique Pascendi promulguéepar saint Pie X en 1907. Et si nousvoulons comprendre pourquoi lacrise est si terrible aujourd’hui, onne peut mieux faire que de revenirà Pascendi et d’étudier Pascendiqui est comme la charte de la FraternitéSaint-Pie X. Mgr Lefebvrea pris ce pape comme patron de laFraternité, sans doute en raison dela grandeur de son pontificat, maisen particulier pour sa défense dela foi. Il a été grand dans le renouveaude la musique de l’Eglise, dansl’Eucharistie pour les enfants, dansla révision du droit canon, mais s’iln’y avait pas la défense de la foi,que seraient ces autres accomplissements,ces autres faits ?Le plan de l’encyclique PascendiQuelques mots sur l’encycliqueelle-même que tous devraientconnaître. Elle n’est pas facile, maisil faut la connaître pour comprendrece qui se passe aujourd’hui. Jevais essayer d’expliquer pourquoi.Avec quelques commentaires etquelques applications. L’encycliqueelle-même se divise en trois grandesparties, outre l’introduction etla conclusion : la doctrine des modernistes,les causes du modernisme,et les remèdes au modernisme.Or les causes conditionnentles faits et se ramènent en quelquesorte à la doctrine, les remèdes seramènent également à la doctrine.Ainsi la doctrine constitue la partiela plus importante de l’encyclique.Cette première grande partieconsacrée à la doctrine des modernistesse subdivise en diverses sections: le philosophe moderniste, leréformateur moderniste, le théologienmoderniste, l’historien moderniste,le critique moderniste, leréformateur moderniste, jusqu’à laconclusion que le modernisme est« l’égout collecteur de toutes les hérésies» de tous les temps. Il n’y apas de pire hérésie, ni plus profonde,ni plus subtile. Et c’est pour celaque l’Eglise se trouve dans cettecrise si difficile à manier, si difficileà comprendre aujourd’hui.De ces diverses sections, c’est lephilosophe moderniste que saintPie X analyse en premier. Et avecraison. Parce que ce sont les erreursen philosophie qui sont à la racinedes erreurs du croyant, du théologien,de l’historien, du critique, duréformateur moderniste.Cette section sur la philosophiese subdivise encore en principes etapplication des principes. Et parceque l’application découle, dérivedes principes, ainsi le noyau de l’encycliquese trouve dans ces deuxparagraphes consacrés aux principes.Ce sont seulement deux paragraphessur les principes du philosophemoderniste, car il y a deuxgrands principes : le phénoménismeagnostique qui est un principenégatif, utilisé pour « déblayerle terrain », et puis l’immanencevitale utilisé pour reconstruire.Mais puisqu’on ne peut pas reconstruiresans avoir déblayé le terrain,le principe négatif qui précède leprincipe positif est encore plus important.Et l’on peut dire que ceque saint Pie X affirme sur le phénoménismeagnostique est commele gland de tout le chêne qui se développedans le reste de l’encyclique.Qui a compris ce principe duphénoménisme agnostique peut facilementcomprendre le reste del’encyclique. Encore faut-il bien lecomprendre !Le phénoménisme agnostique ou la prisondes apparencesEt c’est le problème, mes chersamis, des temps actuels. Depuisdeux cents ans, le phénoménismeagnostique affirme qu’au-dedesphénomènes, de l’autre côté des apparences,je ne peux rien connaître.La chose en elle-même est inconnaissable.Mon intelligence n’atteintpas la réalité des choses. Ellen’atteint que les apparences quime sont livrées par les sens. Et c’estmon intelligence qui organise lesdonnées des sens pour reconstituerl’univers. Autrement dit l’intellect,l’intelligence est sevrée de son objet.Si l’on se reporte à la scolastique,la philosophie de l’Eglise est,pourrait-on dire, la technicisation dubon sens c’est-à-dire qu’elle élèveà l’état technique ce que nous ditle simple bon sens. Cette philosophiescolastique enseigne que l’objetest l’acte même de l’intellection.Sans objet, il n’y a pas d’intellection,autrement dit l’objet en luimêmeest particulièrement important,lui et non pas ses apparences.L’objet intelligible est tellementimportant à l’intelligence que sanscet objet il n’y aurait pas d’acte del’intelligence, l’intelligence n’intelligeraitpas. Voilà le bon sens, voilà lascolastique ! Nous connaissons leschoses, nous savons ce qu’elles sontau-dedes apparences. Les appa-17


Nouvelles de Chrétienté Nº 106Juillet - août 2007•rences nous indiquent et sans noustromper en général - à quelques exceptionsprès comme le cauchemar-, mais les sens nous livrent,nous transmettent le contenu intelligiblequi est l’essence des choses.Nous connaissons l’essence deschoses, nous connaissons la réalité,nous connaissons la vérité objective.La vérité objective dans l’objet,en dehors de notre subjectivité, estlà et nous pouvons la connaître, etla connaissant l’intelligence marcheet fonctionne, à partir de cettesaisie de l’objet.Imaginez un instant ce qu’est lefait de dire que l’intellect n’atteintpas l’objet. C’est nier l’acte de l’intelligence,c’est libérer l’intelligencede l’objet. Voilà ce qu’on a voulu,c’est la liberté, c’est l’ultime liberté.On adore la liberté, on poursuit laliberté, on aime la liberté, et l’ultimeliberté c’est de dire que cettetente au-dessus de ma tête est unetente si seulement moi je consensà ce que ce soit une tente. Si moije veux dire que c’est un éléphant,ce sera un éléphant. Ce sont les apparencesd’une tente, mais moi jereconstitue les données sensiblesde cette tente et je dis que de fait :c’est un éléphant.C’est là qu’on voit la folie de cesystème. Mais précisons que pourque ceux qui le pratiquent ne deviennentpas fous et pour qu’ilspuissent vivre, ils appliquent cesystème de façon sélective. Ainsilorsqu’ils descendent au petit-déjeuner,ils trouvent devant eux unetasse blanche qui contient un liquidenoir, ils choisissent de dire quec’est du café. Parce que s’ils choisissaientde dire autre chose ils risqueraientd’avoir soif. Ils descendentdans le garage et ils allumentle moteur de leur voiture avec la clé.Avec la semblance de clé ils allumentla semblance du moteur pourfaire marcher la semblance d’auto,parce que autrement ils n’arriveraientpas à l’Université pour débiterleurs insanités, dans cette Universitéoù ils sont professeurs biensûr.18C’est l’assassinat du bon sens. Etdepuis deux cents ans, depuis lafin du XVIII e siècle, l’homme veutremplacer la nature et les objets quinous sont donnés par Dieu, par sespropres fantaisies. Et depuis deuxcents ans, comme le dit fameusementbien Marcel De Corte, depuisdeux cents ans l’intelligence s’appliqueà fabriquer, non pas à intelligermais à fabriquer, avec l’aide del’imagination, un autre monde quecelui qui nous est donné par Dieu.Cette folie sélective a gagné presquele monde entier aujourd’hui, etgagne toujours plus de terrain chaquejour. C’est pour cette raisonque, détachée de la réalité, lancéedans la fantaisie ou l’imaginationcréatrice, la crise du monde et del’Eglise empire chaque jour davantage.Et si nous ne voulons pas perdrepied, il faut faire tout ce qu’on peutpour comprendre le phénoménismeagnostique et son applicationtous azimuts dans le monde quinous entoure. La fantaisie préférée,la réalité fantaisiste ou imaginairea pour nom maintenant, depuisl’électronique, réalité virtuelle. Mais,comme dit De Corte, ce n’est pasl’électronique qui se crée elle-même,c’est le désir de l’homme de lafantaisie, son désir de remplacer laréalité réelle par la réalité virtuellequi a créé Internet, la télévisionet tous ces écrans. Une réalité virtuelletechniquement merveilleusemais très distrayante, détournantefficacement de l’essentiel, de toutce qui regarde Dieu.Quand deux et deux ne font plus quatreVoyons une application. Si ceshommes d’Eglise sont détachésde la réalité, mais de façon sélective,alors ils peuvent très bien diredeux et deux font quatre, et en mêmetemps croire que deux et deuxfont cinq. Or, celui qui comprendavec un minimum de bon sens cequ’est l’arithmétique, comprendque si quelqu’un estime que deuxet deux font quatre, mais en mêmetemps qu’ils peuvent faire cinq,le partisan de cette arithmétiquelàest hautement dangereux. Parcequ’à un moment où je n’observe pasbien, où cela m’échappe partiellement,il va glisser de l’un à l’autre,c’est-à-dire de quatre à cinq. Etvoilà pourquoi Pie X dit dans cetteencyclique que lorsqu’on lit unmoderniste, une page est parfaitementcatholique et la page suivanteest parfaitement rationaliste. Ainsiil faut faire extrêmement attentionaux conservateurs dans l’Eglise.Tous ne sont pas pleinement traditionalistes,car ils veulent tous plusou moins mélanger la vérité objectiveabsolue, une et exclusive, dela foi catholique avec la modernité.Et cela n’est pas possible. Dansl’arithmétique je comprends la chose,la chose est claire, malheureusementc’est moins clair dans les chosesde la foi. Mais pour peu qu’onait la foi on comprend très bien quela foi est une vérité aussi une, aussiexclusive de l’erreur, aussi immuableque deux et deux font quatre,et qu’elle est même beaucoup plusimportante.Alors, le motu proprio par exemple,c’est très bien, c’est deux etdeux font quatre. Libérer la Messetridentine, la Messe de toujours,c’est très bon. Et pour beaucoupd’âmes dans l’Eglise officielle onpeut imaginer que cela va les libérer,ce sera le début d’une libérationde ce qui a été pour quelques-unsd’entre eux, depuis des décennies,une prison. Et ce sera de l’oxygènepour eux, ce sera de l’oxygène pourbeaucoup de fidèles. Donc nousaccueillons ceux pour qui deux etdeux font quatre…, mais aussi cinq- et parmi ces gens-là il y en a pourqui, avant, deux et deux faisaientquatre. Nous saluons, nous accueillons,nous sommes contents,plus ils avancent dans deux et deuxfont quatre, plus ils arriveront peutêtreà éliminer totalement deux etdeux font cinq. C’est pour cela qu’ilfaut prier.Mais pour nous qui, par la grâcede Dieu et jamais sans elle, avons lafoi et qui comprenons que la foi està cet égard comme l’arithmétique,nous nous méfions extrêmement


•Quand deux et deux ne font plus quatrede ces braves hommes d’Eglise. Jedirais pourquoi on peut très biendéclarer qu’ils sont braves, et pourquoinous nous méfions malgrétout de ces braves gens de l’Eglise.En réalité, ils ne savent pas cequ’ils font. Dès qu’ils se sont laisséscontaminer – même dans unemoindre mesure - par l’idée moderne,l’idée maçonnique que la véritéest ouverte et non exclusive, quandnous avons la moindre affaire aveceux, nous devons faire attention.Mais ils occupent la Chaire deMoïse ! Nous croyons que ce sontles hommes de l’Eglise, ainsi votreserviteur cite toujours et le nom dupape dans le canon et celui de l’évêquedu lieu s’il le connaît. Oui, ilsoccupent la Chaire de Moïse, ilsont droit à notre respect, notre affection,notre disponibilité, notrecharité, ils ont aussi des âmes à sauver,tout cela nous les en assurons.Mais en même temps, et nous nele cachons pas, parce que deux etdeux font quatre et pas quatre virgulezéro un (4,01) mais bien quatre(4), nous nous méfions extrêmementde parler avec eux, de traiteravec eux de l’arithmétique essentielle,c’est à dire des questions dela foi.Bien sûr, Mgr Lefebvre a dû sebattre d’abord sur la Messe parceque c’était la première chose à sauver,mais derrière la Messe il y avaitessentiellement un problème defoi. Un problème on ne peut plusgrave de la foi, parce que ce sontles fondements de l’esprit qui sontébranlés. Et voilà encore une complication.Puisque nier une véritéobjective, nier l’exclusivité de la véritépar rapport à l’erreur, ne va pasdirectement contre un dogme de lafoi, on ne peut pas affirmer clairementet nettement qu’ils ont perdula foi. Ils n’ont pas nécessairement,en adhérant à cette folie au niveaude la nature, adhéré à une négationd’une vérité surnaturelle. Et celacomplique beaucoup les choses.Nous ne pouvons pas dire ainsi queces gens-là ont perdu la foi. Dieu lesait. Arrive un moment où, commeun bon protestant, je dis que deuxet deux font exclusivement cinq. Ace moment-là la chose est nette etclaire. Mais la confusion est bienpire que la netteté et la clarté desprotestants, des protestants ancienstyle. Nous avons affaire à des genspartout, non seulement dans l’Eglise,mais partout ailleurs, dont l’espritflotte. Et ils peuvent donc trèsfacilement être sincères, et braves.Dans l’erreur sincèrement !Qu’est-ce que la sincérité ? Lacorrespondance entre l’extérieur etl’intérieur. Mais si l’intérieur flotte,alors l’extérieur peut très bien adhérerà une chose aujourd’hui qui correspondà l’intérieur d’aujourd’hui,mais puisque cet intérieur - détachéqu’il est de l’objet, de la véritéimmuable - est muable, si le lendemainil flotte, l’extérieur flotteavec lui, et il sera tout aussi sincèredemain qu’il l’a été aujourd’hui.Combien sommes-nous à avoir eul’expérience d’un prêtre de paroissequi un jour est complètementd’accord avec moi lorsque je parlede la Tradition, et qui le lendemaindit à un moderniste acharnéêtre complètement d’accord aveclui. Il ne comprend plus le principede non-contradiction. Et commentveut-on raisonner avec ces gens-là ?Comment veut-on traiter des questionsde la foi avec ces gens-là. Onles aime, on leur veut tout le bien dumonde, on veut qu’ils comprennent,même plus, qu’ils se convertissent.Dieu le sait, ils ont peut-être la foi.Mais, Dieu seul peut démêler cetteconfusion-là. Car c’est aujourd’huile chef-d’œuvre de la confusion, etelle augmente tous les jours. Et lemonde devient fou.Une application : il y a deux dangersqui feront de moi ou un sédévacantisteou un libéral. Si je dis :« Ces gens sont sincères, ils sontbraves, donc leur doctrine est bonne», je me trompe, je suis leur doctrine,je me fais libéral. En revanche,si je dis : « Ces gens ont unedoctrine très mauvaise donc ils nesont pas sincères ni braves », je metrompe également, parce qu’ils peuventêtre sincères et braves. Alorscomment voir et que leur doctrineest mauvaise, et qu’ils peuventêtre sincère et braves ? Pour cela ilfaut comprendre le détachementde l’intelligence par rapport à sonobjet. Oui, il faut bien comprendrele fond de Pascendi pour comprendreoù nous en sommes. Et plusils sont sincères et braves, plus ilspeuvent être dangereux. Objectivementparlant. C’est pourquoi ilfaut constamment aujourd’hui distinguerentre ce qui est objectif etsubjectif. Dieu seul sait faire la partdes choses dans chaque cas. Maisnous nous faisons ce que nous pouvons.Objectivement ces Romains,comme le dit Astérix, sont fous.Mais subjectivement ils peuventêtre braves. Et pourtant ils ne sontpas nécessairement braves. Derrièreil y a un noyau dirigeant, trèsmauvais, qui sait pertinemment cequ’il fait. Mais ce n’est pas le cas detous ces Romains.Sachons donc comprendre commentlorsque l’intelligence est détachéede son objet, elle peut raisonnerbien, mais aussi qu’à toutmoment elle peut raisonner faux,sans que celui qui raisonne cessepeut-être d’être sincère et brave.Ainsi nous éviterons de dire ou« leur doctrine est mauvaise doncils sont méchants », ou « ils sontbraves donc leur doctrine est bonne». Car ce sont là deux erreurs ; enfait, leur doctrine est très mauvaise,leur arithmétique est très mauvaise,mais ils peuvent néanmoins- parce qu’ils ne savent pas ce qu’ilsfont - être sincères et braves. Dieule sait. En tout cas, ce que nousnous savons, par la grâce de Dieu,c’est que deux et deux font quatre,que la vérité de la foi catholique estune, immuable, et surtout exclusive,exclusive de toute erreur. Il importesouverainement que nous enrestions là, parce que c’est là ce quiest objectif et nous empêche efficacementde glisser dans le déliresubjectif qui attire tant de monde,et toujours plus. Les hommes sontplongés dans l’erreur, et avec l’erreur,comme dit saint Paul, va lepéché.19


Nouvelles de Chrétienté Nº 106Juillet - août 2007•Autre application : au niveau dela nature, c’est le fonctionnementde l’intelligence naturelle qui glissedans l’erreur et on peut trèsbien dire – car c’est tellement différentde l’ordre surnaturel - qu’ilest concevable que quelqu’un gardela foi tout en adhérant à cetteerreur dans le domaine de la philosophie.Tant que l’Eglise n’a pasdéfini comme elle le fera sûrementquand elle sortira de cette crise, cequ’est cette erreur du phénoménismeagnostique, on n’est pas nécessairementhérétique en suivantce système en philosophie. Doncaujourd’hui, mes chers amis, attentionà la nature, c’est la natureaujourd’hui qui est faussée. (…)La nature elle-même ne changepas, la nature des hommes etdes femmes donnée par Dieu nechange pas. Mais si elle paraîtavoir changé, c’est à cause de toutesles productions imaginativesde l’homme moderne. En théologiemorale nous apprenons que leshommes sont capables d’ébranlerles principes secondaires de la morale,mais pas ses premiers principes.Par exemple, « faites le bien etfuyez le mal », on ne peut le fairesortir d’aucune tête. Mais « il nefaut pas voler », on peut le faire sortirdes têtes, en enseignant aux garçonsdès leur plus jeune âge que volerest bien. Cette falsification de lanature peut aller loin, avec la permissionde Dieu, comme un justechâtiment de ce monde qui ne veutplus de Lui, et qui préfère les fabricationssubjectives de la raison humaineà la la vérité objective donnéepar Dieu.Plusieurs applications pratiquesVoici quelques applications à notrevie de catholiques, si vous levoulez bien. D’abord ce manquede réalisme et ce manque de bonsens nous menacent tous. Peutêtre,Dieu aidant, avons-nous jusqu’icigardé notre bon sens, maisil est menacé. Qu’est-ce qu’est lebon sens ? Le bon sens, c’est quelquechose de naturel et non passurnaturel. Marcel De Corte dira20que c’est le sens des réalités de l’intelligence.Autrement dit, commel’embrayage entre l’intelligence etla réalité. L’intelligence peut trèsbien tourner comme un moteurpeut tourner sans que rien n’arriveaux roues. Entre les roues et le moteur,il y a l’embrayage, de même lebon sens est l’embrayage entre l’intelligence- surnaturelle et naturelle- et la réalité qui nous entoure.(…)Ensuite le subjectivisme : lesubjectivisme nous guette tous.(...) Nous sommes des animaux sociaux,ne nous leurrons pas, noussommes tous en contact, en échangeet en dépendance avec la sociétéqui nous entoure, au bureau, dans larue, dans la paroisse, et surtout dansla vie quotidienne où nous sommesentourés de gens qui se sont laissésavaler par l’imaginaire. (...) Nousvivons dans un monde d’apparences.Il faut garder le sens de la réalité.Si on suit le mouvement desapparences, on va à la rencontre dedéceptions qui pourraient ébranlerla foi. Parce que nous avons cru enun avenir meilleur, et que cet avenirne se présente jamais, et queces monts et merveilles n’arriventjamais…, ainsi on peut remettre enquestion sa foi. Non, ce n’est pas lafoi qui est dans l’erreur. C’est moiqui me suis laissé gagner dans unecertaine mesure par ce subjectivisme.Moi, mes idées, à côté de et audessusde la vérité objective, la réalitéobjective. (...)Méfions-nous également del’autoritarisme. Lorsque l’intelligenceest atteinte par le subjectivismeet détachée de son objetet qu’elle ne fonctionne plus, onse lance dans le volontarisme. (...)C’est la réalité, c’est la vérité quifait l’autorité, et non pas l’autoritéqui fait la vérité. (...) Mgr Lefebvrea recréé l’autorité par la vérité. Jel’ai rarement entendu affirmer, fairevaloir son autorité. Il avait bien sûrune autorité naturelle, mais cetteautorité naturelle lui venait du faitqu’à chaque fois qu’il était consultésur un problème difficile, aprèsavoir écouté, il donnait la solutiondu bon sens. Il était un exemple vivantde bon sens. C’est ainsi qu’il arestauré l’autorité. Et nous-mêmes,chers confrères, notre autorité dépenddans une bonne mesure, nonpas seulement de notre foi, maisaussi de notre bon sens. « Le bonsens ne perd jamais ses droits ! »Et pour finir, l’hypocrisie d’unmonde d’apparences. (...) L’hypocrisieest la grande tentation depuis500 ans, si l’on y pense. Lachrétienté a été présente mille ans,mais à partir de Luther elle décline.A partir de ce moment-là,il faut faire semblant d’être chrétien.Dès lors s’enchaîne une sériede systèmes hypocrites. Ce sera leprotestantisme, le jansénisme, le libéralisme,le communisme, le modernisme,le néo-modernisme…, etmaintenant le danger serait pour letraditionalisme lui-même de devenirhypocrite. Oui, vous mes semblables,mes frères - comme ditBaudelaire -, vous et moi, noussommes tous menacés, guettés parl’hypocrisie, c’est-à-dire la tentationd’établir une religion, une traditiond’apparence plutôt qu’unetradition de substance. Veillons àla réalité, veillons à la substance, etne nous laissons pas gagner par cepauvre monde qui nous entoure.(…)Notre Dame l’a dit aux enfantsde Fatima : « Prier pour les pauvrespécheurs qui tombent en enfer, parce quepersonne ne prie pour eux ». A vous età moi, mes chers amis, Dieu nousa donné la foi. Eh bien ! il nous incombede prier pour des milliardsde pauvres hommes qui sont actuellementdans une confusion extrême.Mais ayons confiance ! NotreDame a le démon sous ses pieds. Etce n’est pas Elle qui se laissera vaincre.Il suffit que nous recourions àElle. Et Elle mettra le démon aussisous nos pieds, pour autant quenous lui restions attachés.


Les tribulations d’un missionnaire en Lituanie•Les tribulations d’un missionnaireen LituanieAbbé Joseph Persieprès que la Lituanie eût étévisitée par nos prêtres, il y ade cela quelques années, nousavons pris la décision de louer en2003 une minuscule maison dansle centre de Kaunas, au milieu desgrands bâtiments de l’Université.Elle servait de prieuré et de chapelle.Au début, l’abbé Eric Jacqminy travailla, remplacé par l’abbéJoseph Verlinden et l’abbé EdmundasNaujokaitis, originaire lui-mêmede Kaunas et ordonné prêtre àZaitzkofen.Pour un nouveau venu il n’étaitpas facile d’accéder à la petite chapellesituée dans la maison même.L’exiguïté des locaux ne favorisaitguère la discrétion. Quand notretroisième confrère, l’abbé WernerBösiger, qui dessert la communautéde Minsk (Biélorussie) était présent,il devait se contenter d’un litdans la modeste bibliothèque.Achat d’une maisonrépondant à nos besoinsLes bâtiments du futur prieuré et de la chapelle, aumoment de l’achatL’abbé Verlinden que j’ai remplacéen septembre 2006, avait réussifinalement à acheter dans la banlieuede Kaunas les murs d’unemaison qui semblait faite pour répondreà nos besoins. Près d’ungrand bois, on avait voulu, après lapériode soviétique, ériger là un restaurantet un petit hôtel. Mais, parmanque de fonds, le bâtiment nefut jamais achevé. Après avoir montéles murs, posé le toit et les fenêtres,les propriétaires avaient laisséle bâtiment à l’abandon, des annéesdurant, et il se détériora tellementque les fenêtres n’étaient plus utilisables.Le bois de la charpenteétait gorgé d’humidité en sorte quel’étanchéité du toit était devenuedéfectueuse. Cependant, l’agencementdes pièces est si bien adaptéà nos besoins que nous avons pu yinstaller non seulement un prieuré,avec une chapelle attenante, maisaussi des chambres pour des retraitants,à aménager à l’étage supérieur.Ainsi, nous ne serons pluscontraints de louer une maison à lacampagne pour les Exercices spirituels.Malheureusement une fois lapropriété achetée, les difficultéscommencèrent, car la bureaucratiede l’ère soviétique continue desévir. L’architecte empocha l’argent,mais ne songea pas à commencerle travail. Il est impossibled’imaginer la désinvolture etles pertes de temps considérablesque les hommes de métierse permettent ici,faute de concurrence.Nous sommes d’autantplus en leur pouvoirqu’ils doivent eux-mêmesse charger d’obtenirle permis de construireauprès des autorités.Il n’est pas possible des’entendre avec ces artisans,dont la main droiteignore tout de ce quefait la main gauche. Lesartisans bien formésvont à l’étranger car ilspeuvent gagner davantage.C’est pourquoi les entreprisesde construction, en Lituanie, cherchentdes ouvriers tant bien quemal.Les travaux ontcommmencé !Après d’interminables va-etvient,ce fut le miracle : les travauxont commencé ! Les fidèles me regardèrenttrès incrédules quand jeleur déclarais que j’aimerais fêterPâques dans la nouvelle chapelle -ce qui n’aurait pas été extraordinairedans des conditions normales ;mais qu’y a-t-il de normal ici ? Je lerépétais si souvent qu’eux-mêmesfinirent par y croire, et les travauxavançaient effectivement. Saint Josepha dû se faire pressant pour yparvenir, il est, lui, capable de tenirles délais…La raison de notre hâte n’étaitpas seulement la hausse continuelledes prix de la construction, nousvoulions surtout ne pas être entravésplus longtemps dans notreapostolat par des circonstances matérielles.Cet apostolat, commencépeu après la dissolution de l’UnionSoviétique, avait d’abord donné degrandes espérances. Très vite, il futsanctifié par de grandes difficultés,des revers et des croix. Cependant,à mon grand étonnement, j’ai entenduun curé qui parlait bien allemand,me dire : « Les prêtres enLituanie ont les yeux fixés sur votreFraternité. Nous attendons quevous apportiez quelque chose, unélan spirituel ». Ce prêtre, totalementisolé, me parla de ses confrèresqui ne s’intéressaient qu’à laboisson, à l’argent, ou à autre chose,mais pas à la théologie. La voixde ce curé est-elle représentativede la population ? On peut en douter.Mais elle révèle un peu la situationdu clergé qui est très mal formé.21


•Les tribulations d’un missionnaire en Lituanietérieur. La Lituanie a l’un des tauxde divorce et de suicide les plusélevés du monde. Souvent l’alcoolcontribue à ces drames. Les avortementssont nombreux, les famillesbrisées, le sens social et l’engagementfont largement défaut,car chacun ne pense qu’à soi. Pourbeaucoup, dans ce pays pourtantcatholique à 80-90 %, l’existencen’a plus de sens. Il existe même unmouvement néo-païen qui tente defaire revivre les vieux cultes ancestraux.La Lituanie fut, en effet, ledernier pays d’Europe à se convertirau christianisme.Jésus miséricordieux etla Mère de la MiséricordePour ce pays, il n’y a d’avenir quesi l’amour de notre Sauveur et desa sainte Mère est de nouveau allumédans les cœurs, ce qui ne peutse faire sans un miracle de la divinemiséricorde. Mais est-ce un hasard,dans ces conditions, si ce peupleterriblement éprouvé a depuislongtemps honoré la Vierge Mariesous le vocable de « Mère de laMiséricorde » ? N’est-ce pas égalementla Providence divine qui avoulu que Sœur Faustine peignît àVilinius sa première icône de Jésusmiséricordieux avec cette mention :« Jésus, j’ai confiance en vous » ?La miséricorde infinie de Dieu etIcône de Jésus miséricordieuxpeintepour la première foisà Vilnius par SœurFaustinela confiance en cette miséricordesont les seuls remèdes qui puissentguérir l’indicible misère spirituelledes Lituaniens et les sauver d’unechute certaine.La Lituanie est un pays consacréà Marie. N’est-ce pas là aussiun motif d’espérer que Dieu luiréserve encore un avenir, même siune purification préalable est peutêtrenécessaire. Il est propre à Dieude faire quelque chose avec ce qui,d’un point de vue humain, laissele moins d’espérance. Ce pays marialn’aura-t-il pas aussi son rôle àjouer dans la conversion de la Russiedont parle la Sainte Vierge à Fatima? Cette heure sonnera-t-ellebientôt ? Nous l’ignorons.Mais puisqu’en dépit des reverset des croix, la Providence ne nousa pas permis d’abandonner ce pays,et nous y a même fait établir unprieuré, nous gardons l’espoir quela toute-puissance de la grâce divinefera aussi son chemin sur cetteterre lituanienne. Dieu fasseque nous soyons ses fidèles instruments!Si l’on considère ce pays dans sonensemble, on se prend vite à l’aimer.Quand on regarde l’essentiel, on semet à réfléchir, car malgré tant demisère spirituelle on trouve en Lituaniedes âmes qui vivent à la suitedu Christ d’une manière qui nousremplit de confusion. Ces âmes nese découvrent que lentement, carce qui est grand devant Dieu ne semanifeste pas avec pompe et éclat,mais est caché, humilié et méprisépar les hommes, surtout en Lituanie.La difficulté de l’apostolat vientde ce que les gens ici n’ont mêmepas une connaissance élémentairede la crise de l’Eglise, et que biensouvent ils ignorent presque toutde la foi. Après des années de persécutionde la part de l’Etat communiste,il leur est difficile de comprendrequ’il y a un problème ausein même de l’Eglise. En généralL’apostolat du livre : notre stand au marchédu livre à Vilniusles prêtres lituaniens ne donnentpas la communion dans la main,seuls quelques franciscains modernistesse permettent de le faire. Ilen est de même pour l’œcuménismeque les fidèles ici ne peuventpas comprendre parce qu’il n’étaitpas encore pratiqué jusqu’à une daterécente. C’est seulement maintenantque le vicaire général du diocèsecommence à construire uncentre interreligieux pour propagerici aussi ce désastre.Il y a quelques jours, une mèrede six enfants s’adressait à nous.Elle était catéchiste catholique etvoulait éduquer ses enfants dansle catholicisme. Mais les prêtresde sa ville ont une attitude tellementmatérialiste que beaucoupde gens passent au protestantisme.Elle pensait, elle aussi, devenirprotestante et était sur le point defaire le pas quand elle a rencontré,à Siauliai, une de nos fidèles quis’occupe du ménage de la chapelle.Celle-ci lui a appris qu’il existe encoredans le catholicisme ce qu’ellecherchait. Sa famille désire quenous fassions le catéchisme et célébrionsla messe. Elle-même veutrassembler d’autres personnes decette ville qui ont le même souci.Voilà une importante intention deprières que nous vous confions.Il y a quelques semaines, nousavons réussi à empêcher, par des23


protestations énergiques, une manifestationd’homosexuels dans lacapitale, Vilnius. Pour les Lituaniens,comme pour les Estoniens etles Lettons, il n’est même pas envisageablede discuter sur ce sujet,ils y sont farouchement opposés.Mais l’Union Européenne essaieplus particulièrement maintenantde démolir ce bastion de l’Europede l’Est ; elle a incité le gouverne-ment à menacer les organisateursde la manifestation contre l’homosexualitéde lourdes amendes et depeines de prison. Ainsi on ne pourrasans doute pas empêcher une« parade », l’année prochaine.Nous comptons avant tout survos prières, car la grâce de Dieunous est encore plus nécessaire quel’argent.Ostra Brama, la Vierge de MiséricordeL’intérieur de notre nouvelle chapelleM. l’abbé Verlinden àSalvan (Suisse) le noviciatdes Oblates, avec notrepremière oblate lituanienne,Sr Marie Magdeleine.Notre chapelle dansl’ancienne synagoguede SiauliaiAutre vue du prieuré dans son écrin de verdureSi vous désirez aider financièrement les prêtres en Lituanie, vous pouvez envoyer vos dons (chèquesfrançais à l’ordre de la Fraternité Saint-Pie X) à la Maison Générale de la Fraternité Saint-Pie XSchwandegg CH – 6313 Menzingen. Merci de préciser : Pour la Lituanie.CCP Suisse : 60-29015-3, - IBAN : CH12 0900 0000 6002 9015 3 - BIC : POFICHBEPriesterbruderschaft St. Pius X.- Schwandegg - 6313 Menzingen (Pour la Lituanie.)

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