FSC 332 p 30 - SNUipp

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Réflexions« Les violences à l'école naissentdu sentiment d'injustice »30On a l'impression que les violences scolairesaugmentent...Non. D'après les chiffes issus de la recherche,elles n'augmentent pas en France dans leur généralité.C'est d'ailleurs le même constat auxUSA qui étudient cette question depuis longtemps.Il n'y a pas non plus de changement denature des violences. Les faits graves sont trèsrares, en dépit de leur aspect spectaculaire. Etil y a un vrai consensus au niveau de la recherchesur le fait que les caractéristiques desviolences à l'école ne renvoient pas à celles dela délinquance des jeunes. A l'école on parled'une multitude de petites violences qui atteignentl'individu de manière répétitive. Les enfantsdécrivent bien ce qu'ils vivent entre eux :les bagarres, les coups, surtout dans les récréations.Ils en sont conscients et ne banalisent pasces situations. Dans le secondaire, les élèvespointent le manque de respect entre eux, les insultessurtout comme synonyme de violence.Pour les enseignants, ce sont les remises encause incessantes, notamment au primaire oùles relations avec les parents sont plus conflictuelles.Voilà les violences dont on parle : despetites violences qui usent et qui font souffrir.Qu'est-ce qui est en jeu dans les situations deviolence ?La socialisation et la sociabilité enfantine : lesenfants expérimentent leur place dans lesgroupes et cherchent fondamentalement la reconnaissancede leurs pairs. Les enseignantsreconnaissent peu les bagarres de cours de récréationcomme des violences — au fondc'est une pratique ancienne — et ils ne lesprennent pas en compte en tant que telles. Cequ'ils considèrent comme de la violence, cesont les contestations de leurs décisions. Lesenseignants ont le sentiment d'une remise encause de leur autorité (les élèves n'obéissentpas) ou de leur statut. Certains parents, notammentceux des classes moyennes ou supérieures,n'hésitent pas en effet à contesterleurs décisions (notes, sanctions) voire leurscompétences pédagogiques. Il est peut-êtresurprenant que cela soit vécu de manièreaussi douloureuse, mais cela a trait aux évo-Cécile CarraMaître de conférences ensociologie, directrice del'équipe de recherches enéducation RECIFES-Université d'ArtoisCESDIP-CNRSauteure de Violences àl'école élémentaire, PUFlutions du métier d'enseignant du primaire.Ce métier connaît de fortes pressions institutionnellesaccompagnées d'injonctions à laréussite des élèves, sans rien pour les y aider.En même temps, les parents se vivent pluscomme des partenaires et ils exercent aussiune pression grandissante car l'avenir de leurenfant passe par la réussite scolaire. Dans untel contexte, toute remarque finit par être ressentiecomme violente.La violencebaissed'autant plusqueles résultatsscolairess'améliorentComment faire face aux violences scolaires ?On voit bien que les réponses ministérielles,répressives, policières, ne peuvent avoir aucuneffet car elles ne répondent pas à la nature decette violence. Celle-ci se construit dans les relationsentre élèves, élèves et enseignants, enseignantset parentset elle varie selonles contextes. Ainsile fait que les violencesà l'école seconcentrent dans leszones de relégationsociale, illustre bienleur corrélation avecles inégalités sociales.Les comparaisons réalisées entre écolescomparables dans la recherche ont aussi montréque les différences de violences étaient dépendantesdu climat de l'école. Les écoles lesplus touchées sont celles où le sentiment d'injusticeest le plus fort, sentiment qui se greffesur les punitions et les résultats scolaires. Celien entre violence et résultats scolaires est aucoeur du problème, les réponses sont à recentrersur la lutte contre l'échec scolaire.Que nous disent les expériences menées danscertaines écoles ?On observe des améliorations dans les écolesqui travaillent en équipe, contribuant à la cohérencedes réponses aux problèmes de comportement(par exemple au niveau du règlementqui fait que chacun est traité de la même manière)et à un recentrage sur les apprentissagesdes élèves. La violence baisse d'autant plus queles résultats scolaires s'améliorent. Et ce, dansune démarche qui ne vise pas d'abord à socialiserles élèves, mais à les inscrire d'embléedans une dynamique d'apprentissage, laquellepermet une socialisation des élèves. Dans unedes écoles qui a été étudiée pendant trois ans,une école Freinet, les élèves participent à l'établissementdu règlement, et à son applicationdans l'objectif partagé de permettre à chacunde bien travailler. Les enseignants fontconfiance aux élèves pour participer à la vie del'école et partagent le principe d'éducabilité. Lasituation de cette école s'est nettement améliorée; cette amélioration repose sur une fortemobilisation d'équipe autour d'un projet pédagogiquepartagé.Propos recueillis par Michèle Frémont

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