Lire le Fenêtres sur cours n°375 (Spécial Université d ... - SNUipp

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« Un défi de la vie quotidienne »12 eUNIVERSITÉd’automnedu SNUippQue représente la laïcitéaujourd’hui ?M. m. C’est finalement une manièrede vivre ensemble et de manièrepacifique. En tant que présidentde la Ligue de l’enseignement enfaisant beaucoup d’activités avecles enfants et avec les scolairesc’est une idée que je mets enavant. Sans la laïcité, nous serionsdans une vie de conflictualitépermanente. Grâce au respectmutuel que nous accordons, nouspouvons nous parler et échanger.C’est une acceptation de ce quequi nous différencie dans le respectmutuel.Quelle est l’évolution de lalaïcité au fil de l’histoire ?M. m. La laïcité, principe constitutionnelest devenue une règletrès consensuelle. Même s’il y ades débats et des projets de « toilettage», le principe n’est pasréellement mis en cause. Évidemment,il faut ajouter au tableau,la présence de l’Islam qui revendiqueune visibilité longtempsoccultée. Ce n’est que tardivementque la société française apris conscience du problème.Rappelons nous que loi de 1905a été votée dans une atmosphèreextrêmement tendue et mêmeviolente. Depuis élevée au rangconstitutionnel, la laïcité apparaîtcomme un « totem » irrécusable.La mise en œuvre de la loi a ététrès prudente. Le vote en 1959 dela loi Debré accorde certes dessubventions à l’école privée maisen même temps lui a imposé desprogrammes et les formations demaîtres contrôlés par l’Etat. Denouveaux problèmes sontensuite apparus avec le développementde la religion musulmaneen raison du comportement dejeunes issus de l’émigration qui,à la différence de leurs parents,protestent devant l’inégalité dessituations. La situation n’est plusseulement confessionnelle maisproprement sociale et politique.Michel MiailleMichel Miaille est Président de la Ligue de l’enseignement de l’Heraultet professeur émérite de droit public science politique de l’Université deMontpellier 1. Il est ancien directeur du département de sciencepolitique, directeur du centre de la théorie de l’État et doyen de lafaculté de gestion enseignements en droit public et science politique.Il intervient sur la laïcité principe constituant de la République, mise audéfi de la vie quotidienne. Il prépare un petit livre de la collectionDALLOZ (à 3 euros) sur la Laicïté, à paraître début 2013.Quels sont les défisauxquels elle estconfrontée ?M. m. La laïcité représente la possibilitéd’avoir un rapport pacifiqueavec celui qui est différent.Toutes les sociétés ont rencontréce problème d’intégrer dans leursein des gens différents. Maisaujourd’hui il y a d’autres problèmes.Pendant longtemps l’intimeconviction était organiséepar des institutions, par desclercs, cadrée par des conventionsexpliquant comment ondevait penser. Tout cela a volé enéclats c’est une espèce de bricolagepour reprendre un terme deLevi-strauss qui fait que chacundoit s’arranger avec sescroyances, ses rituels, sesmanières de faire et son vocabulaire.Pour les populations en difficultéce bricolage va êtreincompréhensible. Un exemple,le respect d’un islam en réalitécomplètement fantasmé est, enfait, une manière de défendre uneidentité. On n’est pas très bienpréparé à cette façon dont lesgens assument leur identité. Cesformes d’expressions ont toujoursà voir avec des conflitsmajeurs dans notre société, internationauxmais aussi avec nosconflits hexagonaux. C’est ce quela laïcité doit gérer de la manièrela plus compréhensive et la plusouverte qui soit.Comment appliquer cettecompréhension et cetteouverture dans la classe ?M. m. Il existe souvent une mauvaiseinformation des enseignants de cequ’est la laïcité. On navigue entredes clichés mal compris de la III e« Plus les problèmessont chauds plus il fautgarder la tête froide »République. Le premier conseil estd’être au clair sur ce qui se passedans la société et sur les principesde la laïcité. Plus les problèmessont chauds plus il faut garder latête froide. C’est un thème qui estlié à la violence dans la société eton ne le résoudra pas sans comprendrepourquoi tel ou tel élèvedit telle ou telle chose. Ce n’estqu’après avoir engagé le dialogueque l’on peut comprendre et préciserles limites. Il faut être ferme,rien ne sert de négocier, il y a deschoses sur lesquelles on ne peutpas revenir, l’égalité entre l’hommeet la femme, le respect de l’autreque l’on doit à toute personnequelle que soit son origine, la couleurde sa peau. Fermeté sur lesprincipes et ouvertures dans lamise en œuvre, on est sur labonne voie.Peut-on évoquer une« spiritualité laïque » ?M. m. Certainement car la spiritualiténe se limite pas au cercle desreligions. En ce sens, la laïcitén’est pas une coquille vide. Elleouvre sur des règles et des positions« positives » que sont lesvaleurs de la République. Lemaître ne doit pas céder devantquelque forme que ce soit,d’éventuels refus de cette spiritualitélaïque. Se pose le problèmeaussi des enseignementsqui doivent aborder la questiondes religions. Il faut expliquer auxélèves ce qui différencie un enseignementlaïque fondé sur la Raisonet un enseignementdogmatique. Là encore, il ne fautpas céder pour vouloir être« neutre ». La fermeté laique doits’allier à la sagesse du dialogue,en toutes circonstances.Propos recueilliis par fabienne berthet85ENFANTETSOCIÉTÉ

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