Lire le Fenêtres sur cours n°375 (Spécial Université d ... - SNUipp

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12 eUNIVERSITÉd’automnedu SNUipp« L’école n’est pasqu’une machine quidistribue des titres :elle transmet dessavoirs ou accompagnela construction d’uneculture »développer des formes d’autocontrôle; ils ont souvent apprisà lire, écrire et compter avantmême que de le faire à l’école ;ils ont reçu en cadeaux des livres,des abonnements à des magazineset des jouets pédagogiques(des jeux qui permettentd’apprendre à reconnaître desfigures géométriques aux imagiersqui apportent un vocabulairetrès important) ; ils ontfréquenté des bibliothèques, desmusées, des théâtres, des sallesde concert, etc. La liste des compétenceset des dispositions quipréparent une scolarité harmonieuseest loin d’être exhaustive.Quand les enfants d’enseignantsarrivent à l’école, celle-ci ne faitque prolonger leur expériencefamiliale. Tandis que, dans lemême temps, d’autres enfantsdécouvrent la culture et lesmanières de faire scolaires aumoment où ils entrent à l’école.L’écart est déjà creusé entre lesenfants avant même leur entréeà l’école.La massification etl’augmentation du nombrede bacheliers n’empêchepas une forme dedéclassement social. MarieDuru-Bellat parled’inflation scolaire. Est-elleinévitable ?D’une certaine façon, on pourraitdire qu’elle est parfaitement inévitable,puisqu'elle est le simpleeffet d’une augmentation de ladurée de scolarisation et de lamultiplication de propriétaires detitres qui étaient longtemps restéstrès rares, et donc très distinctifs.Je pense néanmoins qu’ilfaut se méfier des raisonnementspar trop économistes. Ceux-cimêlent la valeur relative desdiplômes sur un marché de l’emploi,qui effectivement a logiquementtendance à diminuer au furet à mesure que le nombre dediplômes augmente (le baccalauréatvalait très « cher » sur lemarché des opportunités professionnellesà l’époque où il y avait100 000 bacheliers) ; et la valeurformative de l’école qui, elle, n’apas la même relativité. Allerjusqu’au baccalauréat et mêmeaccéder à l’enseignement supérieur,c’est avoir la possibilitéd’accéder et de comprendre destextes littéraires, scientifiques ouphilosophiques, des œuvresd’art, des discours politiques, desraisonnements, des argumentations,des rhétoriques, etc., et dese défendre face à toutes les tentativesde manipulation symbolique.Cette valeur formative del’expérience scolaire ne se dévaluepas, elle est au final la promessed’un gain de démocratie,d’émancipation, de liberté politique,de possibilité de réflexionet de mise en question.L’école peut apparaîtrecomme un lieu decristallisation desinégalités sociales etpourtant c’est aussi un lieude socialisation. Celle-cin’est-elle pas l’enjeuprincipal ?C’est exactement cela. À forced’articuler les formations scolairesaux réalités économiques,et notamment au marché del’emploi, on a commencé à parlerde la prétendue inutilité de certainesformations (en lettres,sciences humaines et sociales)en soulignant le fait qu’elles nedébouchaient pas sur desemplois précis. Ainsi, NicolasSarkozy avait annoncé lors de sapremière campagne électoraleque l’État n’avait pas pour missionde financer des études économiquementnon rentables (ilcitait alors l’étude des languesanciennes). Et lorsque les sociologuessoulignent les effets perversde l’inflation des diplômes,ils participent, sans toujours enêtre conscients, à cette interprétationde l’école à partir des rendementsprofessionnels etéconomiques des diplômes. Maisl’école n’est pas qu’une machinequi distribue des titres (à lamanière d’une banque symbolique): elle transmet des savoirsou accompagne la constructiond’une culture, elle donne desmoyens de déchiffrer le mondeet de s’émanciper. Elle donneaccès au passé (à travers l’étudedes langues anciennes notamment,l’histoire, la littérature,etc.), à la diversité des cultures(par l’anthropologie, la géogra-qDémocratisation en panneet inflation scolaireAujourd’hui près de 70 % des jeunes d’une classe d’âge accèdentau niveau du bac, contre 5 % en 1950. 40 % des élèves sortentavec un diplôme Bac +2 contre 15 % il y a vingt ans. Mais, MarieDuru-Bellat* montre que la massification n’est pas forcément une« démocratisation ». Certes, il y a un accès plus grand au niveaubac mais tout le monde ne fait pas le même bac. Près de la moitiédes enfants de cadres (et d’enseignants...) sont en section Scontre 20 % des enfants d’ouvriers non qualifiés. La massificationengendrerait ainsi la dévalorisation des diplômes, d’où le titre dulivre. Le phénomène est renforcé par un décalage important entrela qualification des jeunes et les emplois. Ces derniers n’ont pasvu les qualifications requises pour les occuper augmenter alorsque la qualification des personnes qui postulent ne cessentd’augmenter. Ainsi, aujourd’hui on trouve des facteurs avec leniveau Bac ou Bac +2 alors que le concours de recrutement estouvert au niveau V, c’est à dire aux titulaires d’un Brevet desCollèges, d’un CAP ou d’un BEP.*« L’inflation scolaire. Les désillusions de la méritocratie », Seuil, 2006© EMMANUELLE MARCHADOUR97GRANDINTER-VIEW

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