Lire le Fenêtres sur cours n°375 (Spécial Université d ... - SNUipp

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« Des gestes ordinaires pourdes situations extraordinaires »12 eUNIVERSITÉd’automnedu SNUippPouvez-vous nous parler dela recherche que vous avezmenée ?F. G. Mon point de départ, au traversde la loi de 2005, est le principede scolarisation ordinairedes élèves en situation de handicap.En mai 2011, le SNUipp avaitlancé une enquête auprès desenseignants des écoles et 63 %avaient souligné la difficulté àscolariser les enfants en situationde handicap. Cette difficultéexprimée est devenue pour moi« une porte d’entrée » dans l’analysedu travail. L’activité de l’enseignantse situe entre ce qu’onlui demande (l’institution, les collègues,lui-même...) et ce que çalui coûte (les élèves, les résistances...).C’est dans cet écart-làque se situe l’activité enseignante,que nous allons regarderselon une méthodologie cliniqueavec des outils comme l’instructionau sosie ou l’auto-confrontation.Comment analyser cetteactivité enseignante ?F. G. L’instruction au sosie faitémerger « les gestes incorporés »(J. Leplat), ces gestes dont on n’apas une conscience directe. Jepropose une situation fictive dutype « Je dois te remplacerdemain matin dans ta classe etpersonne ne doit s’apercevoir quece n’est pas toi. Donne-moi toutesles instructions nécessaires ».Avec l’auto-confrontation, 2enseignants sont filmés dans leurclasse. Ensuite, on visionne et onéchange sur ce que l’on voit : « tufais ça, là mais tu m’as dit quec’était ça que tu voulais faire, alorsquels choix as-tu opérés? pourquoi?» ou « tu me dis que tuconsidères ton élève handicapé« Installer lacontroverse sur desquestions de métier »Frédéric GrimaudFrédéric Grimaud est enseignant en CLIS et membre de l’équipe derecherche ERGAPE (Ergonomie de l’Activité des Professionnels del’Education) d’Aix-Marseille-Université. Il a publié dans la Nouvelle revuede l’adaptation et de la scolarisation n° 57 et dans la revue TFE avec F.Saujat : Des gestes ordinaires dans des situations extraordinaires :approche ergonomique de l’intégration d’élèves en situation dehandicap à l’école primaire.comme les autres, mais là il ne faitpas comme les autres : pourquoicet écart entre ce que tu dis et ceque tu fais ? ». La controverses’installe entre les enseignantssur des questions de métier,autour des mêmes supportsvidéo.Pouvez-vous nous parler decertains résultats produitspar cette recherche ?F. G. Ma recherche a deux objectifs :une visée heuristique, produiredes savoirs sur le métier et participerau développement professionneldes enseignants. Pourma recherche, j’ai choisi deuxclasses : un CE1 difficile en ZUPavec un élève en situation dehandicap intellectuel avectroubles associés, ce qui rajoutede la difficulté à la gestion dugroupe, pour une enseignanteavec trois années d’expérience,et un demi-poste d’AVS ; et unCE1-CM1 avec un élève myopathetrès lourdement appareillé, uneenseignante expérimentée. J’aiconstaté d’abord un fort déficitde la prescription1 (des injonctionsofficielles à la formation) :les enseignants ne savaient pasquoi faire avec ces enfants-là.Certes, beaucoup de termesgénéraux comme socialiser...inclure... mais sans ressourcesopérationnelles pour l’enseignant.Dans la 1ère classe, l’enseignantdoit gérer le groupe entierdifficile. Pour le faire en préservantsa santé, elle a choisi decadrer ses élèves par une tâchescolaire dès leur entrée en classed’une part. D’autre part, ellen’utilise pas uniquement l’AVSpour l’élève en inclusion maisplace à côté de cette dernière 2« Ne pas passer de ladifficulté à lasouffrance »élèves particulièrement agitéspour les maintenir au calme.Dans la 2 e classe, l’enseignante amis en place une forme de tutoratafin de faciliter la participationde son élève en fauteuilroulant aux séances d’EPS. Voici« des gestes ordinaires pour dessituations extraordinaires », quiconstituent des pistes pour l’analysedu travail.Quels sont lesprolongements de cetterecherche ?F. G. Dans un premier temps, la scolarisationd’un élève en situationde handicap a permis de poserune loupe sur le travail enseignant,et pour reprendre l’expressionde René Amigues, de « voirdans une goutte d’eau les propriétésde la rivière ». « Redonner dupouvoir d’agir » (Y. Clot) est unequestion de santé au travail : pasla santé comme absence demaladie, mais comme « la capacitéde l’individu de créer deschoses et des liens entre ceschoses» comme l’avait justementremarqué Canguilhem. La santéau travail, c’est adapter, transformerson milieu pour s’y développer,pour faire « du bon travail ».Et par cette recherche que j’aimenée, ce collectif d’échangesqui s’est créé, ces moments d’expérimentations,les enseignantsont eu l’opportunité de reprendrela main sur leur métier. Et il mesemble qu’un syndicat aurait toutintérêt à développer ses propresoutils d’analyse du travail, pourattaquer de front ces questionsde santé au travail.Propos recueillis par Ginette Bret*Voir article « les prescriptions sontfloues » à www.snuipp.fr/Les-prescriptions-sont-floues13MÉTIER

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