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ÉDITOPIERRE LAURENT, SECRÉTAIRE NATIONAL DU PCF, RESPONSABLE NATIONAL DU PROJETL’EFFET PAPILLONÉvoquant sa venue à la fête del’Humanité 2013, le chanteurFéfé (que je conseille au passageà toutes les oreilles avides d’unsavant mélange des rythmes) lui arendu hommage en déclarant qu’elle« illustre superbement un engagementpolitique et social s’opérant enosmose avec la culture, l’ouvertureà l’autre, la joie d’être ensemble ». Etil ajoutait, la Fête de l’Humanité« invalide le slogan “Tous pourris”,que brandissent des forces démagogiquespour s’accaparer le pouvoir ».Voilà pointé l’essentiel : l’engagementpolitique, social et culturel,qu’il nous revient de faire vivre toujoursplus fort si nous voulonsqu’émerge de la crise le meilleur etnon les monstres qu’elle recèle aussi.Oui, l’engagement, comme cheminde l’émancipation.L’historien américain ImmanuelWallerstein s’entretenant, dans uneHumanité de l’été, de possibles scénariospost-capitalistes, et estimantà 50-50 les chances du pire commedu meilleur, citait parmi les impondérablessusceptibles de bousculertout processus de bifurcation « l’actionde chacun qui peut, comme uneffet papillon, changer l’ensembledu processus. »Je crois pour ma part qu’il nousrevient de considérer cet « effetpapillon » de l’action humainecomme bien plus qu’un impondérable,mais comme la clé de toutetransformation sociale. Les tenantsdu système capitaliste dominantl’ont compris depuis longtemps.C’est pourquoi la capacité à changerl’ordre du monde est sans cessedéniée à l’immense majorité desdominés. Elle l’est en jouant surdeux tableaux.D’une part, la confiscation et la miseà l’écart des lieux de pouvoir. Celapeut être caricatural comme dansles grandes entreprises où les créateursde richesses que sont les salariéssont dépossédés de tout pouvoirde décision, mais aussi plussophistiqué comme dans les électionsoù la présidentialisation de toutle débat politique ainsi que desmodes de scrutin sur mesure marginalisentle pluralisme réel de lasociété.D’autre part, un colossal effort idéologiqued’adhésion à leurs« remèdes » capitalistes. Soit enexpliquant que tout ira mieuxdemain si on les écoute (« la repriseest là », dixit François Hollande), soiten affirmant que tout bouleversementfondamental reste inaccessibleou pire nous plongerait dans l’inconnuet le danger. Ainsi, alors quela crise du système délégitime l’ordrecapitaliste et ouvre la possibilitéde changements importants, la division,le sentiment d’impuissance, lapeur du changement restent lesatouts maîtres de ceux qui veulentque rien ne change.Plus que jamais en temps de crise,les progrès de l’émancipationhumaine passent donc par la réappropriationpopulaire et la démocratisationde l’espace politique. « LeFront national prospère dans ledésert des idées politiques », rappelaitrécemment le philosopheBernard Stiegler. Rien n’est plusimportant, dans cette situation oùle gouvernement PS-EELV renvoiel’image de l’impossibilité du changement,que de construire en toutesoccasions des espaces de politiquequi permettent la confrontation libreet instruite de solutions nouvelles,l’expérimentation et la coopérationde toutes les actions humaines alternatives.Là où l’action gouvernementaledésarme les citoyens en prônantle ralliement aux thèses patronales,à nous de remettre en mouvementle rassemblement des forces socialesdu changement. Toutes les bataillescompteront, singulièrement celledes élections municipales surlaquelle se penche à sa manière cenuméro.La commune est un terrain d’appropriationset d’expérimentations politiquesmajeures pour le mouvementouvrier et progressiste français.Beaucoup de conquêtes politiquesy ont été inventées et construites,notamment en matière de servicespublics, d’égalité des droits, d’innovationsurbaines, de culture, dedémocratie et de participation populaire.Les communes françaisesconstituent un réseau de proximitépolitique unique, un puissant réseaude résistances et de constructionsnouvelles face aux logiques libérales.Les élus communistes jouent partoutoù ils sont présents un rôleessentiel sans lequel la physionomiedes rapports de forces actuels etpotentiels serait bouleversée. Voilàpourquoi la commune est dans lecollimateur et la marginalisation denos élus un objectif poursuivi là plusque partout ailleurs. En défendantet en cherchant à développer encoretoutes ces positions, nous ne défendonspas une boutique, nous cherchonsà protéger et à rendre plussolide encore un des points d’appui,un des leviers indispensables à laconstruction d’un engagementpopulaire durable et solide pour lesfuturs rapports de forces. n3SEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


4POÉSIESL’élégie est un poème dont la forme libre et lyriquetrouve sa source dans le deuil. À travers sesvers étranglés, Olivier Barbarant donne à ceprocédé littéraire une actualité éclatante. C’estdans l’humeur contrariée d’un café aixois que lepoète confine ses premières impressions. À traversune vingtaine de poèmes, OlivierBarbarant se met à table avec des morts dont ilscande pudiquement l’absence. Il assemble dessituations et des pensées qui dévoilent unchamp de ruines. La disparition d’être aimésinonde le présent d’un goût de cendres. Seschants de la douleur s’entrechoquent mais évitentsoigneusement les détours plaintifs.Barbarant trouve en effet le ton et les motsjustes pour manifester l’angoisse dont on peutêtre saisi face à l’effectivité de la mort. Qu’ils’agisse du trépas de ses parents, d’un compagnonemporté par le sida ou de son blâme précoce.« Je fus à vingt ans condamné à mort »confie-t-il dans l’Annonciation. De la porteSaint-Martin au cinéma le Champollion, Parisest un théâtre d’ombres où viennent se logerses souvenirs. Un frère non désiré, le spectaclede la maladie… Un nuancier de sentiments luipermet d’exprimer subtilement cette part detragique contenue dans le réel. Le huis closfamilial est aussi une scène politique où il faitbon s’aventurer. Si chacun brigue sa vérité, lesarguments s’y aiguisent. En dictant à sa nostalgieune couleur et un phrasé, le poète en dévoileles figures et la mobilité.Olivier Barbarantest un poète français né en 1966. Il a vécu sonenfance et son adolescence dans l’Aube puisen région parisienne. Ancien de l’ENS deSaint-Cloud, il devient agrégé de LettresModernes puis docteur ès lettres à l'universitéParis-Diderot en présentant une thèseconsacrée à Louis Aragon. Il dirigea en outre lapublication de l’œuvre poétique d’Aragon dansla collection de La Pléiade.Il enseigne le français, la littérature et laculture générale au lycée puis il devientprofesseur de chaire supérieure au lycéeLakanal de Sceaux.En février 2012, il est nommé inspecteurgénéral de l’éducation nationale dans legroupe "Lettres".Olivier Barbarant a publié plusieurs ouvrages,notamment de poésie, dont un a reçu le prixTristan-Tzara, un autre le prix Mallarmé.Olivier BarbarantNICOLAS DUTENTTous ces murs faits pour le soleil tachés de pluie se font sinistresCe pays d’ocre et de cyprès ne supporte guère l’hiverJe suis assis Aux Deux Garçons comme il y a quinze ans peut-êtreAvait surgi au petit matin une fanfare de fifresC’était alors le jour des Rameaux et maintenant c’est à NoëlLe cours Mirabeau sous l’averse est peuplé d’étranges chaletsEt du décor d’étoiles bleues en toute ville interchangeableN’étaient les accents des parlers et la peau marbrée des platanesJe pourrais me croire chez moi tant les nuits froides sont pareillesEn train d’attendre mes enfants descendant d’un même manègeUn crépuscule criblé d’or cogne aux vitres de la terrasseÀ la table exacte où jadis nous dînions après les spectaclesVoilà c’est à n’y pas croire plus d’un quart de siècle déjàMon père alors avait à peu près l’âge que j’ai désormaisÀ cette époque mes seize ans servaient de mascotte à la troupeQui parlait très tard des chanteuses et des beautés de l’OpéraOn traversait sans y penser les clairs juillets de l’existenceÀ quoi bon d’ailleurs revenir à de telles banalitésTout été se prend pour l’Eden et la jeunesse pour la viePeut-être faut-il s’en réjouir et laisser aller l’inconscienceOn reconnaît la transparence à ce qu’elle fut inaperçuePar les ruelles des vieux quartiers passaient des corps miraculeuxDans des lacis de pierre et d’ombre il fallait les suivre de prèsJusqu’à leur porte et puis compter le temps d’arrêtPour que la face retournée se fende en deux sur un sourireL’éclair déjà porteur des promesses d’aprèsÀ ma table des Deux Garçons ne s’attablent que des regretsJ’ai vu ce jour mon père ou tout du moins ce qu’il en resteJ’ai pour tout vis-à-vis le spectacle de sa détresseJe suis assis dans mon passé chaque flaque m’est un refletEt le propre de la mémoire est qu’à chaque pas l’on s’y blesseOlivier Barbarant,Elégies étranglées, Champ VallonLA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


REGARDLaëtitia Badaut Haussmann, And again and again and again, 2012 - Vidéo HD, 5 min 35 sProduction Dirty Business of Dreams, Soutien à la création de la Mairie de Paris,StudioLab Ménagerie de Verre, et Pavillon Neuflize OBC5Quel travail ? !Manières de faire, manières de voirCette exposition collective présentée au Centrephotographique d’Île-de-France propose sur différentssupports une très riche vision de la place del’homme à l’heure actuelle, portant un constat surl’ère industrielle du siècle dernier.Ainsi, sont visibles des œuvres d’artistes de nationalitésdiverses, tels que Allan Sekula, photographeaméricain, travaillant sur le fameux adage du précédentprésident de la République française « travaillerplus pour gagner plus », ou encore comme leFrançais, Antoine Nessi qui met en valeur la qualitéplastique d’objets faisant référence à la productionindustrielle dans le seul but d’être associés à unemachine pour la rendre plus performante.D’un autre côté, le travail de l’artiste LaëtitiaBadaut Hassmann se présente en partie sous formed'une vidéo de 5,35 minutes pour laquelle elle ademandé au danseur et chorégraphe Noé Soulierde répéter de façon consécutive, et ce durant plusieursheures, une pirouette, afin de la rendre laplus parfaite possible. Ce geste, l’un des rudimentsde la danse, devient alors au fil des minutes etgrâce à la rotation constante de la caméra autourde l’artiste, ainsi qu'aux bruits d’essoufflements etde glissements dus à la transpiration au contact dusol, un mouvement décomposé, retravaillé, sortantle corps de sa capacité de répétition, de sa créationde mouvements reproductibles, justement. De lamême façon que l’artiste Gary Hill va questionner lelangage ou que le comédien Charlie Chaplin vadémontrer l’aliénation de l’homme face à lamachine, Olivia Gay questionne la place du mediumdans l’art et place l’homme comme étranger à sapropre création, à la mécanisation de son corps endehors de toute temporalité fixe.AURÉLIE JACQUETSEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


LE DOSSIERCOMMUN(ism)E ET MUNICIPALESLes élections municipales seront le premier retour aux urnes depuis l’arrivée aupouvoir du PS. Ce dossier s’inscrit dans une série de numéros consacrés à ceséchéances : projet pour nos communes et leurs habitants, démocratie, décentralisationet enfin habiter la ville. Nous n’avons pas cherché à être exhaustifs ouà présenter un programme clé en main, mais nous espérons offrir des pistes deréflexion à tous les communistes qui s’engageront dans ces batailles.ÉDITOPOURSUIVRE LA LIGNE ROUGE DE MARSILLARGUES6PAR CAROLINE BARDOT ET GUILLAUMEQUASHIE-VAUCLIN*Marsillargues, 13 juin 1937, électioncomplémentaire : la liste communistemenée par FernandBrémond arrive en tête et la petite citéviticole devient la première municipalitécommuniste de l’Hérault. Aussitôt,le paysage change : le profil des élusd’abord, les courtiers cèdent la place auxouvriers agricoles (dont le maire), vigneronset autres cantonniers. Les employéscommunaux sont augmentés de 15% eton paie au tarif syndical – chose uniquedans le département – les chômeursemployés sur les chantiers communaux.Sur le front de l’enfance, la petite municipalitédécide l’octroi d’un tablier neufpour tous les enfants scolarisés et envoiesoixante écoliers en colonies. Pendantles vendanges, la cantine scolaire tourneà plein pour tous les enfants de vendangeurs,quels que soient leur village derésidence ou leur nationalité. Autre nouveautébudgétaire : subventions municipalesaux syndicats ouvriers et auComité d’aide à l’Espagne républicaine.Sur le plan démocratique, l’ambition estfixée : ne laisser « aucune occasion pourmaintenir le contact avec le peuple quiles a élus » et, à cette fin, mettre en placetoutes les structures nécessaires à l’investissementdémocratique.C’est un parfum de tout cela qui montelorsque résonne l’expression souvent utiliséede « communisme municipal »…Et pourtant, sans parler du côté sépia,quelque chose sonne faux dans cesquelques mots : quelque chose commeun sentiment de toute-puissance, decontrôle absolu des communistes surcertains territoires dénommés « bastions» ou « ceinture rouge », quelquechose comme du « crétinisme municipal» (selon la douce terminologie dutemps), un air de fantasme de « socialismedans une seule commune »… Oril est probable que le « communismemunicipal » ainsi entendu n’a jamaisexisté, même si la bourgeoisie en eutlongtemps la gorge serrée d’effroi.Décidément non, cette expression ne faitsens ni pour hier ni pour aujourd’hui.Reste tout de même, et ce n’est pas peu,une puissante singularité communiste,d’hier à aujourd’hui. Une singularité assuméeet revendiquée. Une singularité del’action communiste qui nous pousse àtoujours faire vivre et se développer nosidées et notre manière de faire de la politiqueautrement. De l’attention cardinaleà offrir effectivement le meilleur à touteset tous, à la priorité accordée à la mobilisationcitoyenne et démocratique, enpassant par la mise en responsabilité deprofils sociaux variés, comprenant ceux,si massivement majoritaires dans lapopulation, destinés par la classe dominanteaux tâches subalternes.Une ligne rouge en quelque sorte qu’onpourrait peut-être résumer en reprenantles termes jadis employés par PaulThibaud dans la revue Esprit : la singularitécommuniste à l’échelle municipalecomme un indissociable « mélange deréalisations et de revendications ».À ce stade, lecteur, tu bougonnes sansdoute : « point à la ligne et fin de l’histoire? Le projet municipal communistedu XXI e siècle comme duplication remâchéede celui des années 1930 ? »Notre tâche est tout autre en effet et l’histoirene nous offre d’autres choix que d’innoverencore et toujours, immergés dansune société en mouvement. Notre apportrévolutionnaire ne saurait se cantonner àla gestion de patrimoine acquis sous peinede se nier et de se vider de sa substance !Nous visons une gestion résolument politique,de combat, pour faire de l’humaind’abord une réalité dans nos villes et villages.Des élus de terrain et de combatseront plus que jamais nécessaires àl’heure où les marges de manœuvre budgétairesmunicipales sont chaque jourplus faibles : taxe professionnelle démantelée,dotations de l’État gelées (4,5 milliardssur 2014 et 2015) ; à l’heure où lepouvoir des communes est toujours plusamenuisé et où les citoyens sont toujoursplus éloignés des centres de décision. Cesmesures « austéritaires » sont un véritablecoup de massue de l’État contre lescollectivités et un très mauvais signaldonné aux territoires et à leurs populations.Innover encore et toujours, car combiende conquêtes pionnières d’hier ontdepuis été (presque) généralisées –notamment du fait de luttes auxquellesnous avons pris une grande part ? Audelàdes conquêtes à défendre, nousavons de vieux terrains à labourer detoute nouvelle façon et même des terrainsneufs immenses à défricher et àconquérir.Le contexte est hostile mais le dossiermontre des communistes à pied d’œuvre,déployant toute leur énergie et touteleur imagination – en lien étroit avec lapopulation – pour penser et mettre enœuvre une action municipale forte et originaleau plein service des habitants, hissantla commune tout à la fois au rangde rempart et de point d’appui. Des communistesdéterminés partout à êtreutiles. C’est aussi cela poursuivre la lignerouge de Marsillargues …n*Caroline Bardot est membre du comité exécutifnational du PCF, rédactrice en chefadjointe de La Revue du projet, elle a assuré lacoordination de ce dossier avec GuillaumeQuashie-Vauclin, rédacteur en chef.LA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


LE DOSSIERCOMMUN(ism)E ET MUNICIPALESSUITE DE LAPAGE 9 >élus changent, les problèmes de fondsubsistent. L’élaboration des solutionscollectives est la seule valable pour assurerune continuité des services publicsquels que soient les aléas des échéancesélectorales.La question de l’environnement, de lamanière dont sont traités les déchets,leurs lieux de traitement, les méthodesemployées, l’élan citoyen à déclencheret à amplifier est un peu dans ces années,un aspect de la cristallisation du devenirdu communisme communal : faireconfiance à l’intelligence des personnes,à leur capacité de se saisir de problématiquescomplexes si le temps nécessaireleur est donné ainsi que les éléments deréflexion complets constituent la base,l’originalité du communisme municipalsi l’on conserve ce label… Comprendreles nouvelles donnes du monde réel, avecdes efforts à produire certes, mais avectoute l’ouverture dans l’appropriationcitoyenne qui en découle : de l’usine detraitement des déchets, au développementdes AMAP, une chaîne de responsabilitéspartagées se construit.Le partage démocratique durable est lasignature du communisme communal.C’est aussi, un signe perceptible par tousde la nécessaire humilité d’une personnepolitique : un maire passe, une usine detraitement des ordures ménagères malpensée reste. n*Catherine Peyge est maire (PCF) deBobigny (Seine-saint-Denis).10LE COMMUNISME MUNICIPAL ?Les consciences grandissent dans le débat contradictoire, sourcede réponses humaines et porteuses d'avenir pour la communautécommunale.PAR MICHEL VAXÈS*Vouloir qualifier le communisme territorialementest de mon point devue un non-sens. Le figer dans unespace serait le réduire à un état. Or pourmoi le communisme est simultanémentle mouvement de transformation de l’ordreexistant et le sens de cette transformation,l’horizon vers lequel cette évolutiondoit nous conduire : uneconception des rapports humains débarrasséede la domination des uns par lesautres, des unes par les uns, l’horizond’une société dans lequel ces rapportssont de mieux en mieux marqués par lepartage, la réduction des inégalités, lasolidarité, le respect mutuel, la transparence,la fraternité. Le combat pourgagner les consciences à ces valeurs etfaire en sorte qu’elles inspirent chacunde nos actes, chacun de nos projets, doits’exprimer sur tous les terrains et en touttemps. Celui de la commune en est unparmi bien d’autres, l’entreprise, les lieuxde formation, de santé, de culture, lafamille… le sont tout autant.FAIRE PARTAGER DES VALEURSAjoutons que le combat pour faire partagerces valeurs ne saurait s’alimenterà la source exclusive de l’action politiqueinstitutionnelle, (même si « la politique »bien comprise – administration de lacité – est la plus englobante) ce combatdoit se décliner aussi dans le mouvementassociatif, syndical, familial, culturel, ycompris cultuel pour celles et ceux quise réclament d’une foi religieuse. Aucunde ces domaines n’échappe à l’analyseet aux choix politiques. Lorsqu’on ambitionned’être l’une de ces voix, si petitesoit-elle, dans le chant général qui portel’objectif de la transformation du mondevers plus d’humanité, il faut la faireentendre partout à l’endroit où l’on setrouve. La commune est l’un de ces lieux.Pour un communiste, accepter d’assumerune responsabilité citoyenne dansquelque domaine que ce soit c’est s’engagerà faire vivre dans ses actes, dans lesprojets qu’il soutient, les décisions qu’ilprend, les valeurs auxquelles il a choiside se référer. Ainsi celles et ceux qui partagentces valeurs pourront débattre réfléchirensemble et décider ensemble deleur traduction concrète dans l’aménagementde la ville et l’organisation de lavie dans la ville. Nourris d'une expériencede 42 ans de mandat municipal dont troismandats de maire entre 1989 et 2005 etde trois mandats de député et d'une pratiqued'échanges hebdomadaires avec lesecrétaire de la section du PCF de la ville,j’ai vu se multiplier les exemples d’élaborationcommune des politiquespubliques municipales.CONFRONTATION DES POINTS DE VUE DESHABITANTSLes communistes élus ou militants del'organisation ne vont pas aux débatssans réflexion préalable et sans projet,ils y vont avec des propositions mais ilsveillent toujours à organiser sur toutesles thématiques la confrontation despoints de vue des habitants jusqu'àl'émergence de projets partagés par unemajorité. La souveraineté populaire estseule garante de la cohésion sociale, dela force des mobilisations nécessaires àl'obtention des moyens nécessaires à laconcrétisation de leurs projets à la vérificationen continu de l'adéquation dece qui est décidé avec ce qui est attendu,de sa conformité aux exigences du vivreensemble et aux valeurs qu'ils portentau bénéfice de la collectivité tout entière.Le vivre ensemble exige le partage enCe dialogue ne sauraitconsister à rechercher un consensusmou fait d'opportunisme et dedémagogie débouchant sur uncatalogue de promesses préparant“un rendez-vous électoral.”conscience de la conviction communede ce qui est le mieux pour tous et nonl'alignement partisan voire caporaliséd'une foule de supporters d'abord soucieuxde faire gagner leur camp. Le seulcamp qui vaille ne peut pas être un camppartisan, il est bien plus fondamentalementle camp très concret des projets,du contenu d'une politique d'aménagementet de requalification de l'espaceurbain, de développement des solidaritésentre tous.De ce débat surgiront des contradictionsmais c'est précisément dans ces contradictionsque grandissent les conscienceset que peuvent triompher les réponsesles plus généreuses, les plus humainesles seules porteuses d'avenir pour lacommunauté communale et au-delàpour l'humanité tout entière.Ce dialogue ne saurait consister à recher-LA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


cher un consensus mou fait d'opportunismeet de démagogie débouchant surun catalogue de promesses préparant unrendez-vous électoral.Si l'essentiel, nos valeurs d'humanité, nesont pas le ferment des projets élaborésen commun nous ne pourrons pas exercersans nous renier les responsabilitéspour lesquelles il nous a été demandé denous engager. C'est évidemment le verdictdes urnes qui en décidera mais nousne pouvons pas être de ceux qui, promettentpour être promus et qui une foispromus, oublient leurs promesses. Nousne promettons rien sauf de ne ménageraucun effort pour faire aboutir ce qu'ensemblenous aurons convenu.Cela implique que nous allions à la rencontrede tous les citoyens sans préjugésen étant du mieux que nous le pouvonsnous-mêmes c’est-à-dire pétris etporteurs des valeurs qui ont conduit ànotre engagement de communistes. n*Michel Vaxès est maire honoraire (PCF) dePort-de-Bouc et député honoraire desBouches-du-Rhône.LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE, UNE VALEUR FONDAMENTALE« Liberté, égalité, fraternité… solidarité » :les quatre valeurs républicaines de Vaulx-en-VelinSi du discours de Jean Jaurès dans l’Armée Nouvelle de novembre1910, la postérité a surtout retenu que « … beaucoup d’internationalismeramène à la patrie », le paragraphe précédent,rappelant l’impérieuse nécessité « d’arracher les patriesaux castes de militarisme et aux bandes de la finance par ledéveloppement indéfini de la démocratie et de la paix », illustreremarquablement qu'à Vaulx-en-Velin, la solidarité internationaleest l’un des engagements les plus forts pour « réconcilierles peuples par l’universelle justice sociale ».Vaulx-en-Velin, c’est toute l’histoire du monde recueillie dansune petite ville. Et si notre commune assume avec tant deconviction sa politique sur les solidarités, elle le doit principalementà ses habitants venus d’ici et de là-bas, transportantavec eux d’autres regards, d’autres paroles, d’autres pensées.Vaulx-en-Velin a pleine conscience que son propre sort est liéà celui de l’humanité et que l’on ne peut construire son bonheursur la souffrance de l’humanité. Ainsi, notre équipe municipalea une responsabilité majeure : transmettre cette histoirenée avec le « Bloc ouvrier et paysan » en 1929 – qui ad'ailleurs ajouté au triptyque républicain la valeur de « solidarité» sur le fronton de l’Hôtel de ville – puis poursuivie, parexemple, avec les grandes grèves ouvrières de 1935 ou les activitésde résistance des FTP MOI.Je tenais à rappeler ces faits car le logiciel néolibéral qu’onnous impose depuis 40 ans pousse de plus en plus de gens àtourner le dos à l’intérêt commun. Et face à ce violent systèmequi désagrège le vivre-ensemble, il est de notre devoir, à nous,élus vaudais, de transmettre cet héritage et de nous rappeler,à chaque décision politique que nous prenons, qu’une sociétéhumaine ne peut exister sans solidarité entre ses membres.La solidarité internationale contribue à nous ouvrir à l’altéritéet à fuir cette « culture de l’égoïsme », car il est impossible dedévelopper les solidarités ici sans les développer là-bas.Pavoiser le fronton de l’Hôtel de ville avec le drapeau de laPalestine, malgré l’interdiction du préfet, participer à la valorisationdes cultures indigènes au Nicaragua ou renforcer notrereconnaissance du génocide arménien, sont des élémentsmajeurs de notre politique municipale qui portent et transmettent,humblement, les valeurs de l’internationalisme et deceux qui s’élevèrent contre la barbarie. En effet, lorsque noustraversons, avec les travailleurs palestiniens, le Mur de la honteà Bethléem qui emprisonne et humilie des centaines de milliersd’innocents, comment ne pas être fiers d'assumer notrefiliation avec Rosa Luxemburg ? C'est elle qui, le 4 août 1914,s'insurgeant contre les « fauteurs de guerre et les appétitsimpérialistes du profit », alertait déjà chacun d’entre nous :« Je crois qu’il est impossible de se taire devant ça ».Ne pas se taire devant les injustices, en témoignant des crimesde ce monde, et développer des actions, entre « citoyens dece monde », voilà sans aucun doute la façon la plus concisepour illustrer notre engagement international. Certaines collectivitéslocales voient le monde comme un immense terrainde jeu pour assouvir des désirs d'exotisme, voire, pire, de néocolonialisme; d'autres n’y voient que compétitivité et compétitiondans l'unique but d'être plus fortes que les voisines. Cesdeux visions sont les deux faces d'une même idéologie quenous devons combattre en tentant de répondre concrètementà l'appel de Jaurès : « La transformation fondamentale qu’ils’agit de réaliser, la Révolution qu’il faut accomplir, c’est queles hommes passent de l’état de concurrence brutale et deconflit à l’état de coopération ».Permettre à des élèves de notre lycée des métiers de se former– au Nicaragua avec la communauté indienne – en réhabilitantun musée d'art précolombien renforce leurs compétencesmais aussi leur prise de conscience d’être des citoyenscritiques de notre humanité. Participer à la construction d’unparc de loisirs sur une terre palestinienne confisquée par l’occupantisraélien et voir les familles, malgré les menaces descolons et des militaires israéliens, profiter de cet espace deconvivialité nous démontrent ce que peut être la force d’unelutte pour la liberté. Cette fraternité, née d’envies communes,a renforcé, en nous tous, le sentiment d’appartenir à la mêmecommunauté de destin et notre volonté de nous mobiliser collectivement,voire politiquement, pour défendre ce que nouspensons être juste.Je laisserai alors le dernier mot à Rosa Luxemburg, à l'aubede la Grande Guerre et de la négation absolue de toute humanité: « Tâche donc de demeurer un être humain, c’est vraimentlà l’essentiel ». nBernard Genin est maire (PCF) de Vaulx-en-Velin (Rhône), conseillercommunautaire du Grand Lyon.SEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET11> SUITEPAGE 12


LE DOSSIECOMMUN(ism)E ET MUNICIPALESL12PRENDRE LE POUVOIR SUR LA FINANCECOMMENCE PAR LA COMMUNELes 36 000 communes – originalité française – sont un atout considérablepour notre pays. Enjeu premier pour l’intervention démocratiqueet la citoyenneté et, indissociablement, formidable levier socialet économique…PAR DOMINIQUE ADENOT*Quelle que soit l’orientation desconseils municipaux et des maires,la commune reste, malgré toutes lesrestrictions, un espace où les citoyens sereconnaissent, où ils peuvent s’approprierdes projets, où ils peuvent – ou doiventpouvoir – s’exprimer et contrôler lamise en œuvre des décisions prises. Cetteconstante se confirme, que l’on soit dansles grandes agglomérations, le secteurpériurbain ou le milieu rural. Ce potentielcitoyen d’énergie et de créativité, estgarant de projets communs répondantaux besoins humains et écologiques, desolutions d’intérêt général, de richesseproductive et de coopération.LA COMMUNE, UN LEVIER ANTI-CRISEDans les projets publics décidés au seindes collectivités territoriales (20 % del’activité économique du pays), les communeset les intercommunalités constituéesreprésentent une part substantielle,et cette activité échappe souvent danssa mise en œuvre à la sphère financière,aux exigences féroces de rentabilité àl’origine de la crise aiguë du système.C’est pourquoi cet atout est si utileaujourd’hui aux dynamiques d’émancipation: on ne peut ignorer ce potentieldémocratique et humain, la force qu’ilcontient de justice sociale, de réponseaux besoins, d’activité économiqueréelle. C’est un formidable levier anticrise,anti-austérité. Prendre le pouvoirsur la finance commence par la commune.Cela passe par un combatacharné, dans l’opposition et dans lesmajorités, pour faire émerger à cetteéchelle de nouveaux droits citoyens d’interventionet de décision sur les affairespubliques, qu’elles soient locales ounationales.METTRE EN ÉCHEC L’ACTE III DE LADÉCENTRALISATIONUn bras de fer est engagé. Car « en face »,la décision a été prise de passer à lavitesse supérieure dans le sens opposé,avec une réforme institutionnelle d’unegrande importance et dont la ciblenuméro un est précisément la commune,dans le but de la vider de ses capacitésd’initiative et d’action, d’en faire un« sous-arrondissement » d’échelonssupérieurs. Cette réforme vise à organiserla compétitivité sur le territoire etporte en elle une austérité renforcée àtous les niveaux institutionnels. Pourcela, il est prévu de créer et de mettre aucœur de la République des vastes entités– grandes intercommunalités imposéeset métropoles – aux pouvoirs stratégiquesimportants, retirés auxcommunes notamment (comme l’habitat,la maîtrise des sols…), dessaisissantles citoyens, réduisant encore davantagela souveraineté populaire. En perspective,une centralisation, un autoritarismerenforcé, l’injustice sociale et territoriale.Pour sortir victorieux de ce bras de fer, ilest plus que jamais nécessaire de porterhaut et fort avec les populations le débatet l’action sur leurs besoins réels, lesréponses et les moyens à apporter. Celasuppose une bataille pour que soient“Exiger une véritablepéréquation nationale, seulegarante de l’égalité entre lescommunes. La taxation des actifsfinanciers est plus que jamaisd’actualité pour alimenter cettepéréquation.”reconnus par la République les moyensfinanciers nécessaires, les recettespérennes indispensables pour les communes,leur autonomie financière garantiepar l’État et l’activité économique.Les dotations de l’État doivent ainsi cesserd’être la variable d’ajustement del’austérité dans le droit fil de la stratégiede Lisbonne. Le gel, puis la réductionimportante annoncée pour les troisannées à venir contredisent l’efficacitésociale de l’intervention publique localeau service des citoyens et ne font qu’enfoncerun peu plus le pays dans la crise.Les communes font pleinement partiede la République qui est décentralisée.Et elles ne sont nullement responsablesdu creusement du déficit. Les dotationsde l’État doivent être à la hauteur de l’impulsionnécessaire pour les villes et les“La suppression dela taxe professionnelle n’a étécompensée que partiellement pourles communes et a conduit à unesituation où le pouvoir des taux del’impôt des ménages est passé de50 % à 73 %, celui des entreprisesreculant d’autant.”villages, favoriser leur vitalité, leur coordinationet leur coopération, refuser ladésertification et garantir partout l’égalitéd’accès aux droits. Exiger ce rôle del’État est un combat à mener absolumentaujourd’hui, à l’heure d’une réforme territorialequi le conteste de front en instituantcomme locomotive du développementla compétitivité entre lesterritoires. Il est indispensable à ce proposde dénoncer la tendance à faire dela péréquation horizontale la norme(autrement dit les collectivités payentpour d’autres collectivités) et d’exigerune véritable péréquation nationale,seule garante de l’égalité entre les communes.La taxation des actifs financiersest plus que jamais d’actualité pour alimentercette péréquation.RÉFORMER LA FISCALITÉ LOCALEUne réforme ambitieuse de la fiscalitétant locale que nationale est donc indispensablepour davantage de justice etd’efficacité. L’impôt sur le revenu, quellequ’en soit l’origine, doit en être le cœuravec une réelle progressivité. Nous proposonsdans ce sens de modifier l’impositionlocale sur les ménages qui est marquéedu sceau de l’injustice puisque lestaxes locales prennent très insuffisammenten compte leurs revenus. Nous proposonsun remaniement vers plus deprogressivité, de justice et d’efficacité, etl’utilisation réelle des habitations.Il faut également rétablir un impôt économiquedynamique en rompant avecune politique qui déresponsabilise lesentreprises, les exonère de leur contributionau développement de la commune(dont elles bénéficient) et qui a conduità un desserrement, voire une dislocationdu lien de l’économie réelle avec sonimplantation sur le territoire. La suppressionde la taxe professionnelle n’a été com-LA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


pensée que partiellement pour les communeset a conduit à une situation où lepouvoir des taux de l’impôt des ménagesest passé de 50 % à 73 %, celui des entreprisesreculant d’autant. En rompant aveccette politique, il ne s’agit pas seulementd’augmenter les moyens financiers descommunes, il s’agit aussi et surtout deredonner toute sa place à la maîtrisesociale de l’activité économique à l’échellede la commune et de la coopération intercommunale.Nous proposons dans cesens d’élargir l’assiette d’imposition decet impôt économique avec une taxe auxtaux modulables, en fonction de l’emploiet du développement solidaire et écologiquedu territoire communal et intercommunal.UN PÔLE FINANCIER PUBLICEnfin, ne lâchons rien sur une mesureurgente et décisive, la création d’un pôlefinancier public, doté d’une réelle capacitéd’investissement, dégagé des critèresde rentabilité immédiate avec des prêtsà taux faibles et de longue durée pour lescommunes. Il s'agit de mettre en réseaudes établissements financiers publics etsemi-publics dans lesquels l'État intervient,afin d'atteindre une complémentaritéde leurs rôles qui soit efficace, cohérente,dans l'intérêt général et sous uncontrôle démocratique et citoyen. Cepôle fonctionnerait de manière décentralisée.Son pilotage se ferait sur le plannational comme dans chaque région,avec une représentativité large desacteurs sociaux, économiques, politiqueset associatifs qui définiraient les orientationsnationales et les axes d'interventionlocaux. Le pôle financier jouerait unrôle moteur pour attirer d'autres financementsde la part des banques coopératives,mutualistes comme des banquesprivées.Ce serait un effet de levier indispensabledevant être conforté par une loi bancaireconfiant une mission d'intérêtgénéral aux banques en contrepartie deleur pouvoir de création monétaire, etles incitant à accompagner les financementsdu pôle public.La bataille pour les moyens financiers àla disposition des communes est avanttoutes choses une question de démocratie: il s’agit de permettre à l’interventioncitoyenne de répondre à l’intérêt général,aux besoins humains et écologiques… n*Dominique Adenot est maire (PCF) deChampigny-sur-Marne (Val-de-Marne). Il estprésident de l’Association nationale des éluscommunistes et républicains (ANECR).LES TRANSFORMATIONS SOCIOLOGIQUES DES ÉLUS MUNICIPAUXCOMMUNISTES DE LA BANLIEUE PARISIENNE13Les évolutions de la composition sociale des édiles municipaux communistestémoignent de plusieurs ruptures liées aux transformationssociologiques et aux orientations stratégiques du Parti, mais aussiaux évolutions démographiques des communes, aux rapports deforces partisans et aux évolutions du mode de scrutin.PAR SAMIR HADJ BELGACEM*La sociologie des élus municipaux n’aque rarement fait l’objet d’enquêtesnationales. Ce sont le plus souventdes études réalisées à l’échelle d’une villeou d’un département qui s’avèrent êtreles principales sources pour recomposerune image des propriétés sociales etdes situations socioprofessionnelles desélus municipaux. Je tenterais donc dedégager quelques tendances sur les basesde données parcellaires et localisées,concernant les municipalités communistesde la proche banlieue parisienne.DE LA PROMOTION DES OUVRIERSQUALIFIÉS…L’entre-deux-guerres est le moment oùles premiers élus communistes font leurentrée dans les exécutifs municipaux.Entre 1919 et 1940, les élus communistesreprésentent 21 % des personnes ayantexercé un mandat municipal. Parmi lesconseillers municipaux communistes,plus de 60 % sont des migrants en provenancedes régions françaises, près de25 % sont nés à Paris et seulement 3,3 %sont des natifs de leur commune. Lesélections de 1935 vont marquer un tournanten amenant à la tête de plusieursmunicipalités des maires communistes(26 pour la Seine-banlieue et 29 en Seineet-Oise).Les élus communistes de cettepériode sont principalement des ouvriersqualifiés, se recrutant dans les grandssecteurs industriels des bassins d’emploide la région parisienne (la métallurgie,l’automobile, la sidérurgie, les sociétésde chemins de fer, d’électricité et degaz). L’artisanat, le commerce fournissentégalement quelques élus dans cespremiers moments du communismemunicipal « où le conseil municipalvibrait au même rythme que les entreprisesde la ville ». Des femmes sont égalementcandidates et élues durant cettepériode alors qu’elles ne deviendront éligiblesqu’à partir de 1944. Cette volontédu PCF de promouvoir le vote et la représentationdes femmes souvent couturièresou ménagères constitue un faitnotable. Les syndicalistes et organisationsde masse alimentent aussi les listeset les conseils municipaux à l’image desclubs sportifs municipaux, des mouvementsen direction de l’enfance (Vaillantset Vaillantes), des femmes (Comité mondialdes femmes contre la guerre et le fascismeou l’Union des jeunes filles deFrance).…AUX EMPLOYÉS ET CADRES DUSECTEUR PUBLICAu sortir de la seconde guerre mondiale,le PCF va connaître un succès militantsans précédent, auréolé par son rôledans la Résistance. Les maires communistesvont être placés à la tête de 50municipalités de la Seine-banlieue, surles 80, aux élections provisoires de 1945.Parmi les conseillers municipaux de1945 à 1965, une part belle est faite auxanciens résistants et combattants, prisonniersà côté des élus d’avant-guerrequi sont reconduits. Leurs caractéristiquessociales et biographiques fontque les postes d’élus municipaux vontà des « militants maintenus à l’écart deslogiques de promotion de l’appareil ».Ces derniers toujours majoritairementouvriers appartiennent souvent auxréseaux associatifs (harmonie municipale,clubs de sports, amicale, etc.) quiSEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET> SUITEPAGE 14


LE DOSSIERCOMMUN(ism)E ET MUNICIPALESSUITE DE LAPAGE 13 >14composent le milieu partisan local. Lecumul des mandats tend à se généraliserau cours de la période. Un premierrenouvellement sociologique des exécutifsmunicipaux s’opère dès 1965 etva s’accentuer au cours des décenniessuivantes. Il est marqué par le recul progressifdes ouvriers qualifiés au profitdes employés, des professions intermédiaires(de la santé) et intellectuelles(enseignants) mais aussi de l’encadrementouvrier (maîtrise, technicien,ingénieur) et cadres administratifs dupublic. La désindustrialisation a affectél’emploi ouvrier traditionnel mais égalementle réseau syndical. À la fin desannées 1980, « la principale composantede l’union locale CGT n’est plusle syndicat de la métallurgie mais celuides employés communaux ».DES TRANSFORMATIONS SOCIOLOGIQUESLes années 1980 mettent à jour un reculélectoral important sur le plan national.L’Union de la gauche, qui avait permisau PCF de compter jusqu’à 52maires en banlieue parisienne en 1977,commence à jouer au profit de l’alliésocialiste. Par ailleurs, l’introduction,en 1983, d’une dose de proportionnelleau scrutin majoritaire de liste permetde faire exister une opposition, qui avaiteu jusque-là peu voix au chapitre. Lamodification des équilibres partisansse confirme avec la montée de l’abstentionchez les classes populaires, età droite, la percée du Front National.Cette perte de la « centralité ouvrière »au profit des classes moyennes peut secomprendre par les réorientations stratégiquesdu Parti en lien avec ses transformationssociologiques depuis la findes années 1960 mais aussi par larecomposition des classes populairesà l’échelle locale.La population des municipalités communistess’est modifiée à partir de lafin des années 1970 avec l’arrivée defamilles étrangères et françaises pluspauvres, logées dans les grands ensembleset le départ des franges de populationsles mieux établies. Le PCF s’estprogressivement coupé du bas de lahiérarchie ouvrière composée par lestravailleurs immigrés et leurs famillesqu’il n’a pas su considérer comme unepossible base électorale. Alors qu’il avaitréussi, pendant l’entre-deux-guerres,à s’appuyer sur les migrants en provenancedes régions françaises et des payseuropéens (Espagne, Italie, Pologne), ilsemble avoir échoué avec les ouvriersémigrés des anciennes colonies africaines.Les nouvelles catégories populaires,aux conditions de vie dégradées,subissant plus fortement le chômageet les discriminations ne sont que marginalementreprésentées par le PCF,d’autant qu’elles sont faiblement mobiliséessur le plan électoral.Les nouvelles générations de militantsqui accèdent aux responsabilités municipalesn’appartiennent plus aux classespopulaires mais aux couches moyennessalariées. L’expérience ouvrière et syndicalen’est plus l’apanage des nouveauxélus et cadres locaux qui s’engagent plusprécocement dans des carrières de permanentset tendent à constituer une« génération ouvriériste » sans avoir été« ouvriers ». Les élus municipaux communistesvieillissent avec un âge moyenqui s’élève et l’apparition plus fréquentede « retraités ». La durée des mandatss’est allongée également. Les maires etles adjoints enchaînent souvent plusieursmandats alors que la rotation est plusforte pour les seuls conseillers municipaux.Au cours des années 1990-2000,les listes dirigées par le PCF ne passentplus directement au premier tour et desvilles emblématiques sont perdues. Leslogiques partisanes qui président à lasélection du personnel municipal rendentles critères de représentation socialeplus délicats à respecter. La promotionde militants de milieux populaires apparaîts’être durablement grippée. n*Samir Hadj Belgacem est sociologue. Il estattaché d’enseignement et de recherche àl’École normale supérieure.LA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


LE LOGEMENT POUR RÉSISTER À LA CRISESaint-Pierre-des-Corps, ville cheminote de 15 000 habitants, située dans la banlieue de Tours, en Indreet-Loire,dans son combat pour une vie plus digne a misé en particulier sur une politique de logement,maintenant les populations en centre ville et mettant en œuvre la transition énergétique.PAR MARIE-FRANCE BEAUFILS*En 1920, Robespierre Hénault, lemaire avec ses 22 conseillers, décidede suivre la majorité du congrès deTours créant le Parti communiste français.Il décide de présenter deux femmes,élues aux municipales de 1925, électionannulée par le préfet. En 1941, il est arrêtépar la police de Vichy avec des Tsiganeset d'autres communistes et fut enferméau camp de la Morellerie en Indre-et-Loire. Jean Bonnin, élu en 1947, œuvrapour que les habitants soient relogés enurgence, après le bombardement desdeux tiers de la ville, élabora le premierplan d'urbanisme et créa le centremédico-social Pierre-Rouquès. JacquesVigier, militant pour la paix fit plusieursmois de prison pour avoir organisé lalutte contre la guerre d'Algérie. Élu maireen 1971, il continua l'action pour le logementsocial avec la construction du quartierde La Rabaterie et développa encoreplus les zones d'activités économiques.Les orientations de ces maires communistesont toujours porté cette mêmeempreinte. Celle de protéger les populationsdes politiques successives derégression sociale menées par les différentsgouvernements.Depuis 1983, en tant que maire de cetteville, avec les élus de la majorité degauche, nous avons été tenus de répondreà une situation qui, après les annéessoixante-dix, s'est dégradée socialementde façon importante. Nous avons misésur le développement économique quipeut s'appuyer sur des infrastructuresindustrielles et commerciales importantes: maintenance et fabrication dematériel ferroviaire, gare TGV, sites pétrolierset gaziers, grandes surfaces et multiplesPME. La moitié de la superficie dela ville est consacrée à l'activité économiqueet offre plus de 11 000 emplois.De nouvelles entreprises ont été crééesautour de l'activité ferroviaire. Desgrandes sociétés de services, d'assurances,d'informatique y ont installé leuractivité. Le logement reste une préoccupationmajeure, pour permettre auxsalariés de vivre à proximité de leurslieux de travail.UNE ACTION EXEMPLAIRESUR LE LOGEMENTNous avons œuvré pour que Val-de-Loirehabitat lance un grand chantier de rénovationde 14 M€ sur cinq tours et 433appartements du quartier de l’Aubrière,pour atteindre le label bâtiment basseconsommation (BBC) et optimiser l'attraitde ces logements. Les travaux commenceronten octobre 2013. La divisionpar trois des charges de chauffage compenserala légère augmentation du loyer.Pour cela nous avons aidé à l'obtentiondes subventions de l'Agence nationalepour le renouvellement urbain (ANRU),du Fonds européens de développementrégionale (FEDER), de l'agglomérationTour(s)plus, du conseil régional Centre,de la Caisse des dépôts et consignationsce qui laissera un solde pour l'organismeHLM de 1 127 000 euros sur un coût totalde 14 millions.“La baisse de la dépensepublique ne peut que ralentircette nécessaire transitionénergétique.”Ce projet a obtenu le premier prix nationald'EDF dans le cadre du concoursd'architecture « Bas Carbone » en 2010.Les tours qui datent des années soixantedix,époque où les questions d'économied'énergie n'étaient pas à l'ordre dujour, seront isolées thermiquement parl'extérieur, avec de nouvelles menuiseriesau vitrage adapté et une ventilationmécanique moderne. Des extensionsextérieures sont également prévues pardes loggias d'une douzaine de mètrescarrés aux baies vitrées coulissantes quiapporteront un confort supplémentaire,et offriront ainsi un véritable jardin d'hiver.L'action portera également sur l'environnementproche. À la place desvastes parcs de stationnement qui serontlégèrement déplacés, mais maintenusen nombre, des espaces de circulationpour les piétons et une aire de jeux pourles enfants seront aménagés. Au lieu derepousser les populations les plusmodestes à 30 ou 40 kilomètres de l'agglomération,nous avons opté pourqu'elles puissent vivre au cœur de la villeavec l'ensemble des services publicsaccessibles. C'est une façon de réduireaussi le coût des déplacements pour tousles membres de la famille.LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE :UNE RÉALITÉAvec la majorité municipale nous avonspréféré la mise en œuvre concrète de latransition énergétique plutôt que degrands discours ou de grandes opérationsmédiatiques qui la plupart dutemps sont inefficaces. C'est ainsi quenous avons équipé une école maternelled'une chaudière biomasse, que nousavons utilisé la géothermie pour le chauffageet la réfrigération de salles de réunion(La Médaille), que nous utilisonsles « eaux grises » à Pôle Emploi, que nousinstallons un puits canadien à la haltegarderieet que notre chaufferie centralefonctionne avec la cogénération pour lechauffage des grands ensembles.Cette volonté municipale se heurte biensouvent aux freins financiers. La réductiondes moyens aux collectivités locales,4,5 milliards à l'horizon 2015, ne peutqu'entamer les projets d'investissementdes communes. La baisse de la dépensepublique ne peut que ralentir cettenécessaire transition énergétique.L'énergie ne peut être une marchandisecomme les autres et doit être à 100 %publique. L'intérêt général doit conduirenos politiques et le droit à l'énergie doitêtre exclu de toutes ces logiques financièresnon remises en causeaujourd'hui. n*Marie-France Beaufils est sénatrice-maire(PCF) de Saint Pierre-des-Corps (Indre-et-Loir).Réagissez à ce dossiercontactez-nous !revue@pcf.fr15SEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


LE DOSSIERCOMMUN(ism)E ET MUNICIPALES16LE COMBAT CONTRE LES EXPULSIONS LOCATIVES,UN EXEMPLE À VENISSIEUXDepuis 1990, la ville de Vénissieux prend chaque année des arrêtésinterdisant sur sa commune les expulsions locatives, les coupuresd’eau et d’énergie et les saisies mobilières. Devant le tribunaladministratif, la maire assure elle-même une partie de ladéfense en développant des axes différents chaque année enfonction de l’actualité et de la situation des habitants. Cet acten’a rien d’une formalité : c’est un acte de résistance, une bataillepour la dignité humaine. Aujourd’hui, 8,6 millions de personnesvivent au-dessous du seuil de pauvreté et, parmi eux, 50 % disposentde moins de 780 euros par mois. De plus en plus de personnessont privées des droits les plus fondamentaux et vitaux :se loger, se nourrir, se chauffer et se soigner. Alors que la Francetraverse une crise du logement qui touche un Français sur six,on continue d’expulser des familles en grande précarité.Vénissieux, ville populaire qui compte plus de 50 % de logementssociaux, est particulièrement touchée. Selon une étudede 2012, 32 % de la population vivait en 2009, au-dessous duseuil de pauvreté. L’an dernier, 12 000 personnes ont sollicitéles services sociaux de la ville, toutes demandes confondues,soit 20 % de plus par rapport à l’année précédente. Noussommes, comme de nombreuses villes, confrontés à la paupérisationde la société. Nous côtoyons au quotidien la détressehumaine, celle qui conduit des Vénissians dans un véritablecercle vicieux de la précarité, un désespoir qui peut mener àl’irréparable. Le 25 avril 2013, alors que le tribunal venait decasser ses arrêtés, une Vénissiane septuagénaire, lors de sonexpulsion s’est pendue dans son appartement. Une situationinsupportable qui ne cesse d’interpeller les pouvoirs publics,de dénoncer des pratiques indignes et inhumaines qui nerèglent rien, et qui ne font que rajouter de la misère à la misère.Prendre des arrêtés contre les expulsions locatives, c’est doncun acte responsable des maires qui n’acceptent pas que leursadministrés, sous pression, puissent mettre leur vie ou cellede leurs voisins en danger. La pauvreté, l’exclusion ne sont pasune fatalité. L’État doit répondre à l’urgence sociale. Il doitassurer toutes ses missions régaliennes, la sûreté de l’emploi,du logement, l’accès aux soins, et à l’éducation ; des droits inscritsdans notre Constitution. Alors que nous traversons unegrave crise du logement, l’État ne cesse de se désengager dulogement social : baisse de l’aide à la pierre et des APL, racketsur le 1 % logement réduit aujourd’hui à 0,45 %. La loi SRUmodifiée a fait passer l’obligation de construction de logementssociaux de 20 à 25 %, sans toutefois prévoir de sanctionspour le tiers des maires qui ne respectent pas leurs obligations.Aujourd’hui, la loi de Droit au logement opposable(DALO) n’est toujours pas appliquée : 20 000 ménages reconnusprioritaires n’ont toujours pas reçu de propositions delogement. Pire, certains ont mêmes été expulsés !Seule la création d’un véritable pôle public du logement permettrade répondre à cet enjeu de société, de garantir à chacunle droit à un toit. nLE LOGEMENT AUTREMENT60 ans de persévérance et d’acharnement dans la gestion d’unesociété HLM ont permis que les valeurs de justice, de solidarité nerestent pas lettre morte et que l’État joue son rôle de garant de lasolidarité nationale.PAR MAURICE OUZOULIAS*La crise du logement que nous vivonsdepuis plusieurs années malgré lesdifférents gouvernements qui se sontsuccédé doit nous interpeller sur le rôledes communistes et ce que nous pouvonsproposer d’innovant dans ledomaine du logement et en particulierdu logement social ou plutôt public. Lelogement ne peut être une marchandisesoumise aux règles de la concurrencedite libre et non faussée dont on mesureles conséquences désastreuses enEurope. Aux États-Unis par exemple, c’estl’application de ce principe au secteurdu logement qui, avec la crise des subprimes,a mis 6 millions de gens sur lepavé. La réponse à des besoins humainset universels comme le logement, lasanté, l’éducation passe obligatoirementpar l’intervention de l’État qui doit êtrele garant de la solidarité nationale.Chacun peut comprendre, à moins d’êtresourd et aveugle aux besoins humains etau développement harmonieux d’unesociété moderne et solidaire, que se logerest le point de départ dans une vie, del’épanouissement des êtres humains.Quand il existe, dans un pays dit riche etmoderne, 3,6 millions de personnes quine sont pas ou très mal logés, plus de 5millions en situation de fragilité à courtou moyen terme dans leur logement, 1,2million de ménages en attente d’un logementsocial, 3,8 millions de ménages ensituation de précarité énergétique, nousne pouvons que lancer un cri d’alarme,de colère, de révolte face aux inégalitésqui s’accroissent d’année en année.GESTION DU QUOTIDIEN ET ACTION POURLE CHANGEMENTSur le court terme, que ce soit commecitoyen ou acteur/décideur, notammentau sein des conseils d’administrationd’organismes HLM, les élus communistessont les seuls à lier gestion du quotidienet action pour le changement. Enmobilisant les demandeurs de logements,les mal logés, les sans droits, tousceux qui peinent à boucler leur fin demois, pour vivre dignement, nous contribuonsà faire évoluer les consciences, àréfléchir sur la société que nous voulons,à prendre en main son destin. En accompagnantles organisations de locataires,les associations de défense des consommateurs,en les faisant participer à tousles niveaux de décisions, en prenant encompte leurs revendications, les éluscommunistes jouent pleinement leurrôle, ce qui est loin d’être le cas des autresLA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


formations politiques. En étant à l’écoutedes locataires dans les quartiers populaires,en accompagnant les familles endifficulté, en privilégiant le dialogue pourmaintenir les familles dans leur logement,nous préférons les solutionshumaines au diktat de l’argent roi. Enagissant sur le local et le national par despropositions de loi de nos parlementairespour un véritable service public du logement,nous démontrons notre cohérencesans démagogie et sans crainte de bousculerles idées reçues.“Une autre voie estpossible à condition de prendrel’argent là où il est, etparticulièrement en inversantles priorités à savoir quele logement public soit plus aidéque le logement privé, que l’onmette fin aux aides auxinvestisseurs privés.”QuandDans la gestion des organismes HLMnous pouvons apparaître parfois encontradiction avec nos idéaux, notammentlorsqu’il s’agit d’augmenter lesloyers qui sont déjà trop élevés.Comme dans les collectivités locales,nous gérons notamment du patrimoinelocatif social dans un cadre législatif etréglementaire que nous combattons etc’est bien ce qui fait toute la différence.Mais en agissant parallèlement pourobtenir des aides de l’État, de meilleuresconditions d’emprunts, une plus grandesolvabilisation des aides personnelles aulogement, nous faisons la démonstrationqu’une autre voie est possible àcondition de prendre l’argent là où il est,et particulièrement en inversant les prioritésà savoir que le logement public soitplus aidé que le logement privé, que l’onmette fin aux aides aux investisseurs privés.Dans la société d’HLM dont j’assurela présidence et qui gère 9 400 logementsen région parisienne et dont nous fêtonscette année les 60 années d’existencenous sommes fiers de nos réalisations,des choix politiques que nous avons toujoursdéfendus. Pendant 60 ans, nousavons été au service du logement socialde qualité et abordable. 60 ans de luttepour que le droit au logement soit respecté.60 ans de persévérance, je diraismême d’acharnement pour que lesvaleurs de justice, de solidarité ne restentpas lettre morte et que l’État joueson rôle de garant de la solidarité nationale.Ce qui n’est malheureusement pasle cas pour d’autres organismes qui sesont couchés devant la loi du marché enmettant en avant la rentabilité financièreau détriment du bien social.“il existe, dansun pays dit riche et moderne, 3,6millions de personnes qui ne sontpas ou très mal logés nous nepouvons que lancer un crid’alarme.”En 1977, nous avons manifesté contre laréforme de M. Barre dont l’objectif étaitde supprimer progressivement l’aide àla pierre au profit de l’aide à la personnepour favoriser l’augmentation des loyers.Plus près de nous, en 2003, nous avonsexprimé notre désaccord sur la réformede M. Borloo qui modifiait le gouvernementdes sociétés HLM pour donner lapossibilité au 1 % logement dirigé par leMEDEF, de prendre le pouvoir au seindes SAHLM. Enfin, très récemment, en2009, nous avons manifesté contre la loiBoutin qui avait comme objectif de fairedu logement social uniquement le logementdes plus pauvres, en chassant lesfamilles qui contribuaient à l’équilibresocial des quartiers HLM, mettant ainsien cause la mixité dans le parc HLM avectoutes les dérives que cela peut entraîner.Aujourd’hui, la lutte n’est pas terminée.Les aides au logement restent insuffisantes.Les demandeurs de logementsocial n’ont jamais été aussi nombreux.La crise du logement nécessite desmesures à la hauteur des enjeux. Si nousnous félicitons d’avoir obtenu pour 2014,la TVA à 5 %, nous regrettons la poursuitedes aides au logement spéculatif commele « DUFLOT » qui va coûter plus d’1,5milliard à l’État sans véritable contrepartiesociale. Dans la continuité de notreengagement pour l’humain d’abord,nous avons défini dans notre projet d’entreprise2013-2018, quatre axes stratégiquesfondés sur la défense du logementsocial, la production d’un habitat de qualitéet diversifié, le développement de laqualité du service rendu aux habitats, lavalorisation des ressources humaines.Nous avons la conviction que les organismesHLM peuvent, quel que soit leurstatut, public ou privé, contribuer à lamission sociale que les pouvoirs publicspeuvent et doivent leur confier à conditionque ces missions soient définiesdans l’intérêt des familles, de la Nation. n*Maurice Ouzoulias est conseiller général(PCF) du Val de Marne et président de lasociété HLM IDF Habitat.17SEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


LE DOSSIERCOMMUN(ism)E ET MUNICIPALESConcrètement, cela passe à la fois par le soutien aux associationssportives et à leurs nombreuses sections – plus d’un habitantsur dix est licencié d’un club – qui permettent au plusgrand nombre de découvrir et pratiquer une véritable diversitéde disciplines, des plus traditionnelles aux plus innovantes,comme par exemple celles liées aux arts du cirque.LE SPORT DANS L’ACTION MUNICIPALE« Promouvoir le sport pour tous et accompagner chacun vers le haut niveau »,telle est l’action de la ville de Bagneux dans le domaine sportif.Cette volonté de mixité sociale et générationnelle croise uneautre réflexion sur la mixité d’usages. La nouvelle piscine quiouvrira ses portes à l’automne illustrera de belle manière cettenouvelle logique sportive en proposant non plus un simplearrangement de lignes d’eau, mais différents espaces de vieet de pratique : wifi, point de rencontre, zumba, aquagym, etc.18Dans cette démarche d’approche pluridisciplinaire, les habitantset leurs associations peuvent compter sur la qualité deséquipements mis à leur disposition par la ville. Cette annéeencore, une toute nouvelle halle multi-sports a été inauguréeen mars et la piscine est en cours de rénovation-extension.Dans une ville de moins de 40 000 habitants, ces deux équipementscomplètent une offre déjà riche de six gymnases,cinq stades, une plaine des jeux, un dojo, un complexe tennistique,un parc pour rollers sans oublier plusieurs parcs de loisirset terrains de pétanque implantés au cœur des quartiers.Pour chacun de ces équipements, une réflexion a été menéeen lien avec les pratiquants… et leurs pratiques ! Certainshoraires ont ainsi été étirés – plus tôt le matin, plus tard lesoir – pour permettre à tous de profiter des espaces disponibles: actifs, scolaires, enfants des centres de loisirs, retraités,personnes handicapées… À chacun sa vie et sa pratique !Plus largement, l’ensemble de la commune est considéré commeun laboratoire où toutes les expérimentations sont permiseset où l’on est invité à innover. Les encadrants sont même officiellementinvités à « prendre des risques », mesurés, bien sûr.Et l’école municipale des sports leur propose aussi bien desinitiations aux sports traditionnels qu’aux nouvelles disciplines.Cette politique volontaire d’ouverture au plus grand nombrede pratiques et de pratiquants a aussi permis de repérer etd’accompagner plusieurs jeunes sportifs balnéolais vers unhaut niveau de compétition. Sans en citer une ou un seul nominativement,le constat s’impose par exemple dans les domainesdu rugby, du football ou de la boxe mais aussi dans ceux durugby à sept ou du futsal. nMarie-Hélène Amiable est maire (PCF) de Bagneux (Hauts-de-Seine).POUR UNE RÉAPPROPRIATION SOCIALE DE L'EAULe mouvement d’une remunicipalisationde la gestion de l’eau,sous forme de régie, de syndicatde production ou de sociétépublique locale pourra-t-il s’accentuer?PAR HERVÉ BRAMY ET ARNAUD LOZZI*Le terme de nombreuses délégationsde service public (DSP) dans ledomaine de l’eau pour les toutes prochainesannées, place l’enjeu de sa gestionpublique et citoyenne parmi lesthèmes en débat pour l’élaboration desprogrammes municipaux. L'eau est uneressource vitale. Sans eau pas de vie ! Or,l’eau douce est une rareté sur notre planète.Elle ne représente que 3 % desréserves d’eau mondiales. Un dixième estaccessible à l’humanité pour satisfaire sesbesoins hydriques : domestique, agricoleet productif. Il convient donc de préserversa potabilité et son accessibilité enquantité, à un prix accessible, pour touset partout. Rendre effectif le droit à l’eau,reconnu en 2010, par l’assemblée généralede l’ONU est un combat des communistes.FAIRE VIVRE LE DROIT À L’EAULe droit à l’eau se heurte à des difficultésréelles d’application à travers le monde.Les conflits régionaux autour de l’appropriationde l’eau en Asie et au Moyen-Orient, les problèmes d’accès à une eaupotable de qualité et l’absence de systèmesd’assainissement dans les pays endéveloppement provoquent de gravesmaladies et des millions de morts chaqueannée. Toutefois, le poids grandissant desactions de coopération de services publicspermises par la loi Oudin (loi du 9 février2005, relative à la coopération internationaledes collectivités territoriales et desagences de l'eau dans les domaines del'alimentation en eau et de l'assainissement),permettant aux communes deconsacrer 1 % de leur budget eau à la coopérationdécentralisée, peut contribuer àbousculer progressivement l’ordre deschoses. En Europe, il nous reste à faire inscriredurablement ce droit dans la législationde l’Union européenne.CHANGER LE SYSTÈME DE FINANCEMENTSi la quasi-intégralité des foyers dansnotre pays a accès à l’eau du robinet, lapréservation de sa qualité face aux pollutionsagricoles, industrielles et urbainesnécessite des investissements et desmoyens techniques importants. Ils représententun coût élevé de traitement, queseul le consommateur supporte, en vertudu principe actuel selon lequel l’eau payel’eau. Ainsi, un constat s’impose : le prixde l’eau varie du simple au triple selonles territoires. La facture de l’eau peutpeser lourdement sur le budget d’unefamille modeste ; or elle ne devrait pasdépasser 3 %, selon les recommandationsde l’OCDE. Nous devons donc agirpar exemple pour que la solidarité nationaleprenne en charge les coûts engendréspar les enjeux environnementaux.LA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


Depuis la Révolution, l’eau est une compétencecommunale et elle doit le rester.Toutefois, les communes ont, dans leurimmense majorité, délégué la réalisationde ce service public à trois grandsgroupes : Véolia, GDF-Suez, la SAUR(Société d’aménagement urbain et rural).Ces derniers maîtrisent les savoirs et lestechniques de l’eau, et gèrent l’accès àl’eau de 71 % des usagers. Cette positiondominatrice leur permet d’imposer destarifs élevés, qui sont à la source des profitsqu’ils ont engrangés. La multiplicationdes normes environnementales européennesa certes pour but de reconquérirla qualité écologique du milieu mais elleest aussi le fruit des pressions des industrielsde l’eau leur permettant la conquête“La facture de l’eau peutpeser lourdement sur le budgetd’une famille modeste ; or elle nedevrait pas dépasser 3 %, selonles recommandationsde l’OCDE”de nouveaux marchés, de débouchés pourla recherche privée, ainsi que la maîtrisede technologies complexes. Enfin les politiquesd’austérité freinent l’investissementdes collectivités.munir d’une nouvelle forme de dépendancevis-à-vis des grands groupes pourles opérations d’entretien des réseauxou des équipements qui resteront nécessaires,la création d’une filière de formationaux métiers de l’eau en servicepublic est déterminante.UN SERVICE PUBLIC NATIONAL« DÉCENTRALISÉ » DE L’EAULe parti communiste milite pour un servicepublic national « décentralisé » permettantde maintenir, à l’échelle locale,la compétence eau.Il aurait en charge :1. de sortir de la marchandisation de l’eaupar une implication financière de l’Étatet des grands groupes à l’échelle du pays.Cette solidarité financière permettraitd’examiner la question légitime du financementdes premiers m 3 gratuits. La miseen œuvre, par une péréquation d’un tarifunique « modulé » de l’eau sur tout leterritoire national.2. Une démocratisation des débats sur lagestion de l’eau qui associeraient, élus,citoyens et consommateurs sur tout le processus,du prélèvement au rejet dans lanature. La lutte contre les gâchis de l’eau.3. La constitution d’une filière de formationinitiale et professionnelle en secteurpublic sur l’eau pour créer un corps de fonctionnairespour l’État et les collectivités.4. Un développement de la recherchepublique sur l’eau, qui permettrait de s’assurerde la maîtrise publique des brevets.5. La mise en œuvre effective du droit àl’eau pour tous.Dans ce contexte l’appropriation socialedes grands groupes de l’eau sera posée. n*Hervé Bramy est responsable du secteurÉcologie du Conseil national du PCF.Arnaud Lozzi est membre de la commissionÉcologie du PCF.19L’EAU EST UN BIEN COMMUN DEL’HUMANITÉMalgré ces freins, il est possible deretourner en gestion publique à conditionde préparer bien en amont ce processus.La connaissance du service, lecontrôle du délégataire, le dialoguesocial avec les salariés concernés, laparticipation des usagers sont les clésd’un retour en gestion publiqueréussi. Aujourd’hui, trois outils sontà la disposition des collectivités territoriales: la régie, le syndicat de productionet/ou de distribution, lasociété publique locale (SPL). Ces troisformes de retour en gestion publiqueont des avantages et inconvénientsqui doivent être regardés en fonctionde chaque situation locale.Nous soutenons le retour aupublic de l’eau dès lors queles conditions humaines,financières et techniquessont réunies afin de permettreun service de qualitéà un coût réduit parrapport à la délégation deservice public. Afin de se pré-SEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


LE DOSSIERCOMMUN(ism)E ET MUNICIPALESL’EAU, UN BIEN COMMUN20Tarnos, cinquième ville des Landes avec 12 000 habitants estanimée par un maire communiste depuis 1920. La municipalitétente, selon la belle formule de Jacques Derrida, d'être àla fois « fidèle » et « infidèle » à ce lourd héritage du communismemunicipal. Le défi consiste bien à démontrer, au quotidien,la singularité et l’effet de l'action des élus communistes.Cela se traduit par une certaine « fidélité » à l'esprit du passéet une « infidélité » par l'exploration de nouvelles voies (participationdes habitants-usagers, développement de l'économiesociale et solidaire…). Le sujet de l'eau a révélé parfois,chez les élus communistes eux-mêmes, quelques « distorsions» entre le discours théorique et la pratique.Puisqu'il m'est suggéré de témoigner, au regard de mon expérience,je ne peux échapper à l'énonciation de quelques grandsprincipes. Oui, l'eau est un bien commun de l'humanité, qui nedoit pas être considérée comme une « marchandise ». Oui,tout être humain doit y avoir accès, en quantité et en qualitésuffisante, sur l'ensemble de la planète. Oui, l'argent générépar l'eau doit rester à l'eau. Oui, j'ai la conviction que la gestionpublique est le mode le plus performant et le plus approprié,qui doit aussi associer les usagers.Siégeant au sein de trois syndicats intercommunaux dont chacuntraite d'une des étapes du cycle de l'eau, et dont le statutde chacun diffère, voilà les enseignements que je retire.LA PRODUCTION D’EAU POTABLEPour la production d'eau potable (Syndicat mixte de l'usine dela Nive Bayonne-Anglet-Biarritz), c'est un contrat de délégationde service public auprès de la Lyonnaise des Eaux, qui prévaut.Lors de la reconduction de ce contrat, j'ai souvent été leseul élu à défendre le passage en régie. De nombreux prétextesm'ont été opposés : le délégataire bénéficie d'une grande expertise; passer en gestion directe conduit à assumer de lourdesresponsabilités ; on peut exercer sur le délégataire un contrôleefficace… La bataille doit continuer car souvenons-nous quequelques centimes au mètre cube sont de profit très large quandon multiplie par le nombre d’usagers.LA DISTRIBUTIONPour la distribution, je suis président d'un syndicat intercommunald’adduction, qui alimente plus de 13 500 abonnés surquatre communes. Ce syndicat s'occupe du réseau de canalisationsenterré et de réservoirs, pratiquement jusqu'au robinet.À quelques années de la fin du contrat de délégation passéauprès de la Lyonnaise des Eaux, j'ai proposé de « professionnaliser» ce syndicat, en procédant au recrutement d'une ingénieureterritoriale afin d'avoir une expertise technique et financière.Après une étude comparative sur les différents modesde gestion, nous avons décidé le passage en régie. Alors quele délégataire nous a imposé des négociations, notammentpour le rachat de tous les compteurs individuels, un compromisa pu être trouvé, et c'est ainsi que le 1 er janvier 2011, le syndicata géré directement ses affaires. Pour cela, il s’est dotéde nouveaux moyens humains et matériels, et a décidé immédiatementune baisse de 17 % du prix au mètre cube.C'était un beau défi,qui est en passe d'êtrecouronné de succèspuisque les élus syndicauxont décidé en2013 d'une nouvellebaisse de prix de 6 %,et la mise en placed'un tarif social pourles usagers bénéficiantde la CMU complémentaire.Cette baisse globaledu prix ne peut êtredissociée de la qualitédu service car il fautmaintenir des margespour investir dans lerenouvellement desréseaux.Parmi les actions initiées par ce syndicat, il faut égalementsignaler la volonté d'associer les associations d’usagers auxdécisions et à l’organisation de manifestations régulières visantà sensibiliser les usagers aux problématiques de l'eau, et notammentles enfants et leurs enseignants qui sont toujours disponiblespour ces opérations.L’ASSAINISSEMENTPour l'assainissement, la ville de Tarnos a été l'une des premièresdes Landes à transférer cette compétence auprès duSyndicat des communes des Landes (SYDEC) en 2000. Uneétude a été initiée par le conseil général vers 1995 mettant enévidence un prix plus élevé pour les usagers d'une délégation.C'est pourquoi le département a pris la décision, soutenue parles conseillers généraux communistes, de doter le syndicatd'électrification de la compétence « Eau et Assainissement ».Les grands « fermiers » du privé ne sont pas restés inactifspuisqu'ils ont intenté de nombreuses procédures contentieuses.Le choix de Tarnos a été décisif car il a permis au SYDEC d'élargir,au fur et à mesure des années, son audience, au point dedevenir l'outil public de gestion publique à l'échelle départementale.Toutes les dimensions de l'eau, technique, économique, humainesont passionnantes. Du local au global, les élus communistesdoivent intervenir en faveur de la création d'un grand servicepublic national. Cela passera sans doute par des étapes intermédiairesmais il s'agit d'un combat essentiel contre la logiquedu profit des grands groupes privés.Des coopérations internationales sont également indispensablespour élargir l'accès de l'eau dans le monde. Un enjeu toujoursmajeur : « C'est en se jetant dans la mer que le fleuveest fidèle à la source ». (Jean Jaurès) nJean-Marc Lespade est maire (PCF) de Tarnos (Landes).LA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


DES POLITIQUES TARIFAIRES AU SERVICE DE L’INTÉRÊT GÉNÉRALFace à la montée de la précarité, à l’aggravation des inégalités,les enjeux sociaux seront sans nul doute au cœur despréoccupations des citoyens en mars 2014. Ce sont les politiquessociales qui sont de plus en plus interrogées. La communedevient souvent le dernier rempart face à la défaillancede la solidarité nationale, au sentiment d’abandon despolitiques publiques et des institutions (CAF, CPAM, caissede retraites, pôle emploi...). L’exigence de réponses publiques,de services publics, d’accès aux droits, d’équité, d’égalité estde plus en plus criante quand les conditions de vie se dégradentà ce point. La commune devient alors ce lieu d’attentesmais aussi d’inventions et d’innovations qui donne sens auxpolitiques de solidarité. C’est au contenu et à ce sens, queles élus communistes et républicains de Stains se sont attaquésdans cette ville populaire, riche de la diversité de sapopulation mais aussi marquée par une aggravation trèsnette des inégalités. Ces derniers mois ont été l’occasion delancer un nouveau chantier et de revisiter entièrement lapolitique tarifaire conduite en direction des familles. Deuxobjectifs nous ont guidés : celui de mieux garantir l’équitéd’accès et de supprimer les effets de seuils des politiquesconduites par tranches de revenus qui pénalisent au boutdu compte nombre de familles, celui de baisser très sensiblementle coût de la prestation payé par tous les usagers.Le deuxième en donnant de la cohérence et de la lisibilité àl’ensemble de la politique de prestations municipales pourtous les services de la ville, en mettant l’usager au cœur duservice public et en simplifiant les modalités administratives.L’objectif était aussi d’affirmer l’ambition d’une politiquesociale et de tarification comme garante de l’égalité au servicede l’intérêt général et de la défense de droits et de l’épanouissementdes enfants, des familles, des jeunes.Plusieurs mois de réflexion et de choix politiques ont permisde mettre en place un nouveau système de tarification individuelfondé sur la prise en compte de la situation de ressourcesde chaque famille de Stains, du taux d’effort qu’ilconsent pour chaque prestation.Ainsi 66 % des familles ont vu leur tarif de restauration scolaireréduire dès le 1 er septembre dernier et la mise en placede forfait introduisant une gratuité pour un certain nombrede repas et de journées de centre de loisirs. Un accord avecla CAF est intervenu permettant également de récupérer àterme les bons CAF non utilisés par les familles précaires diminuantainsi la facture des centres de loisirs pour ces familles.Un nouveau système de calcul simplifié permet aussi à 8 800familles allocataires de la CAF sur la ville de voir leursdémarches allégées pour toutes les prestations. L’ensemblede ce dispositif refondé totalement s’étendra dès le 1 er janvier2014 à toutes les prestations municipales permettant ainsiune cohérence et une lisibilité réelle à la fois de ce qui relèvede l’usager dans une clarté des tarifs, et de la mise en valeurdes choix et des orientations municipales en matière de politiquesociale. Ce chantier s’est aussi construit avec les famillespuisqu’il a fait l’objet d’une enquête qualitative, de rencontres,d’ateliers pour valider les choix nécessaires et pour correspondreaux attentes de la population. Nous avons ainsirenforcé la participation de la ville à l’accès au service publicpour tous les habitants, gage d’égalité et de justice socialeface aux inégalités. C’est avant tout un choix politique qui, s’ila nécessité évidemment un effort financier en 2012, a permisde réinterroger nos politiques, nos pratiques, nos choixen matière de quotient familial. Mais n’est-ce pas ce qui estrendu nécessaire pour prendre en compte les évolutionssociales et sociétales de nos territoires et faire des communes,ces lieux de résistance, d’innovation, et d’égalité, de dignité,et de promotion du service public territorial ? nKarina Kellner est adjointe (PCF) au maire, chargée de la solidaritéet de l’accès aux droits, à Stains (Seine-Saint-Denis).21LE DROIT AUX VACANCES POUR TOUS ET TOUTES !À La Courneuve, tout le monde ne part pas en vacances, loins’en faut. Plus d’un tiers des Français ne prendront pas devacances cet été. Salariés, chômeurs, retraités, tous disent que« partir en vacances est devenu un luxe ». La question du pouvoird’achat est la question n° 1 à La Courneuve, puisque lerevenu fiscal moyen par habitant, est de 14 069 euros, le plusbas d’Île-de-France. Plus de 70 ans après le Front populaire, lesvacances ne sont toujours pas une réalité. Pourtant, plus queles congés payés, les vacances devraient être un droit ! Alors,la municipalité multiplie les initiatives pour faire vivre le droitaux vacances et aux loisirs. C’est la raison d’être du « Dimancheà la campagne » que nous organisons tous les ans. Canoë-kayak,accro-branche, théâtre, musique et bien d’autres activités dedétente. 4 000 Courneuviens participent à cette initiative. Lesfamilles se précipitent vers les bus de la municipalité qui lesconduisent à la campagne et beaucoup nous disent qu’ils n’aurontpas d’autres occasions de l’été de s’éloigner du quotidien.C’est aussi pour cela que nous organisons « La Courneuveplage » cinq semaines en été : préparez la crème solaire, lesmaillots de bain et rendez-vous en plein centre-ville ! En bas dechez soi, dépaysement, détente, rencontres, solidarité, finalementc’est ça aussi les vacances. La très forte affluence n’estjamais démentie. Depuis des années, les services municipaux,petite enfance, enfance, jeunesse, sport, éducation mais aussiseniors, et tout ce qui relève des politiques publiques de solidaritéparticipent aussi à la mise en place de séjours dépaysants.Des « colos » qui apprennent la vie en commun, maisaussi des séjours famille en partenariat avec des associations.Pour ainsi dire, tout jeune Courneuvien aura connu un momentde vacances dans sa jeunesse. Une généralisation telle quebeaucoup oublient qu’en d’autres endroits, en d’autres lieux,ce n’est pas forcément le cas. Et d’ailleurs, malgré la réductionforte des moyens aux collectivités par l’État, à La Courneuve,nous avons décidé de maintenir nos efforts pour que les enfantspuissent profiter pleinement du droit aux vacances pour tous,mais jusqu’à quand ? nCorinne Cadays-Delhome est adjointe (PCF) au maire de LaCourneuve (Seine-Saint-Denis) en charge des droits de l’enfant.SEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


LE DOSSIERCOMMUN(ism)E ET MUNICIPALESRALENTIR POUR ACCÉLÉRER LA RÉVOLUTIONLa slow attitude (mouvement lent) n’est pas un mouvement nouveau. Il se développe depuis la fin desannées quatre-vingt sur plusieurs thématiques villes lentes, slow food, avec un point commun à chaquefois la recherche d’une meilleure qualité de vie.22PAR PATRICE LECLERC*Il ne s’agit pas d’une idée « naturellement» communiste, mais d’une idéeà regarder de près tant elle peut nousinterpeller sur nos pratiques politiquesen direction des milieux populaires, enplus de la question de la qualité de la vie.Il existe un réseau international des villesdu bien vivre réunissant des communesde plusieurs pays à partir d’un mouvementvenu d’Italie. Cette attitude prochedes mouvements de la décroissance économiquen’est pas forcément ralliée pardes villes progressistes. La ville de Grigny,animée par René Balme, maire Front degauche côtoie la ville de Segonzac, premièrecommune à avoir adhéré à lacharte citaslow dirigée par une maireUDI.LA CHARTE CITASLOWLa liste des engagements de la charte peutlaisser facilement penser qu’il s’agit là plusd’affichage politique, de communicationque d’une réelle transformation de la vie :multiplication des zones piétonnières,mise en valeur du patrimoine urbain historiqueen évitant la construction de nouveauxbâtiments, création de placespubliques où l’on peut s’asseoir et converserpaisiblement, développement du sensde l’hospitalité chez les commerçants,règlements visant à limiter le bruit, développementde la solidarité intergénérationnelle,développement des productionslocales, domestiques, artisanales etdes basses technologies, préservation etdéveloppement des coutumes locales etproduits régionaux, développement descommerces de proximité, systèmesd’échanges locaux, priorité aux transportsen commun et autres transports non polluants.À la lecture de cette liste de nombreuseséquipes municipales pourraientcomme Monsieur Jourdain « faire de laville lente sans le savoir ».Ceci dit, chaque point comporte en luimêmedes possibilités de résistancesconcrètes et locales au stress, aux pressionssur les êtres humains causées parune augmentation de la productivitéécrasant l’humain et les rapports. Fouserait celui ou celle qui dédaigneraitces espaces d’action, de réinventiond’une certaine qualité de la vie plaçantl’humain au centre de toutes les préoccupations.Ce qui m’intéresse danscette slow attitude, c’est la méthodequ’elle permet pour (re-)tisser des liensavec les couches populaires, travaillerla politisation de masse. Certes, il y a lecontenu. Le « certes » est de trop carcompose l’essentiel, mais là n’est pasl’objet de l’article. J’en resterai au comment.ENVOYER DES SIGNES RELATIONNELSNous voulons faire avec les gens, nousavons appris que la démocratie est autantun moyen qu’une fin et nous sommessouvent déçus du peu de répondant à« nos efforts » pour associer les gens. Biendes facteurs agissent pour expliquer la« non participation » malgré nos bonnesintentions. Peut-être faut-il aussi réfléchirà nos rythmes, à la vitesse de nos rapportsavec les gens, à la qualité de nos relations.Peut-être que la rapidité del’actualité, ce tourbillon journalier d’in-Ce qui m’intéresse danscette slow attitude, c’est la méthodequ’elle permet pour (re-)tisserdes liens avec les couchespopulaires, travailler la“politisation de masse.”formations et de nouvelles, la quantité deréunions ou actions que nous voulonsengager dans un minimum de temps pour« être à la hauteur des attaques », répondreaux besoins, favoriser l’interventioncitoyenne, peut-être que la course devitesse dans laquelle nous nous engageonsen compétiteurs dé sa vantagés parl’idéologie dominante crée de la distanceavec les gens. N’avons-nous pas remarquécombien la stratégie de NicolasSarkozy de création d’un événement parjour, brouillait tout, empêchait la mobilisationet développait un sentiment d’impuissance? Notre formation politique,notre courant de pensée communiste,s’est construit et développé dans unepériode (fin XIX e et XX e siècle) où l’idéeétait largement partagée que nous avancionsvers la sécurité, « le progrès ». Lemonde progressait. Cette perception d’unavenir radieux aidait à la mobilisation surdes possibles perçus comme… possibles.Elle favorisait l’appel à l’innovation, à laprise de risque individuelle et collective,à l’investissement sur un projet commundu mieux vivre ensemble. Le développementde la précarité, d’une insécuritésociale, d’une peur de l’avenir engage lescitoyens sur des logiques conservatoires,de protection (d’où le retour à la famille,à l’identité personnelle…). C’est quandon se sent en sécurité que l’on apprécied’être confronté à des choix, que l’on sesent capable de contrôler les incertitudeset donc en capacité d’initiative. En situationd’insécurité on ne veut prendreaucun risque. Les couches populaires neveulent donc pas prendre de risque,même si c’est elles qui ont le moins à perdre.Le relationnel personnel devientimportant, parfois plus important que « lecontenu », « le projet », non personnalisable.Il faut donc envoyer des signes relationnelsavec nos interlocuteurs, prendrele temps de la connaissance, de la reconnaissancemutuelle pour permettre letemps de la dignité retrouvée par la reconnaissancedes personnes, de l’investissementdans l’appropriation des enjeux.Nos enfants sont déjà en train dedécoupler le plus et le mieux, dans leurrapport au travail, leur vie familiale,leur rapport au monde et de façonencore insuffisante dans leur rapport àla consommation. Il faut savoir, enrévolutionnaire, « écouter l’herbe quipousse » (Karl Marx). n*Patrice Leclerc est conseiller général (PCF)et conseiller municipal de Gennevilliers(Hauts-de-Seine).Réagissez à ce dossiercontactez-nous !revue@pcf.frLA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


DE LA DÉFENSE DE L'EMPLOIAU SOUTIEN À L'INNOVATIONEn situant l'emploi, l'insertion des jeunes et la lutte contre lechômage aux premiers rangs des préoccupations municipales,l'enquête réalisée auprès des maires de 164 villes de plus de30 000 habitants et très récemment rendue publique parl'Observatoire national de l'action sociale décentralisée (ODAS),confirme le poids de la crise sur le quotidien des collectivitésterritoriales et de leurs habitants. La récession qu'installentles politiques d'austérité, européenne et nationale, avec lesquellesil faut rompre, nourrit la hausse du chômage, les faillitesd'entreprises, le creusement des inégalités entre les territoireset entre nos concitoyens, fragilise le service public etles collectivités, pèse intolérablement sur leurs moyens d'action.La suppression de la taxe professionnelle imposée parla droite en 2010 et maintenue depuis, les ponctions opéréessur les dotations de l'État aux communes (4,5 milliards d'eurosjusqu'en 2015), par l'actuel gouvernement, pour m'en tenirà ces seules mesures, additionnent leurs effets.Au total et partout sur le terrain, les chiffres sont constammentaccablants. Ainsi, le taux de chômage de la région Nord-Pas-de-Calais est passé en un an de 12,8 % à 14 % ; celui del'arrondissement valenciennois où dominent les activités deproduction industrielle automobile et ferroviaire, a bondi à16,8 %. On recense dans le Nord-Pas-de-Calais plus de 75 000jeunes demandeurs d'emploi de moins de 25 ans !Situer les réalités, c'est situer les enjeux. Le premier étantde refuser la prétendue « fatalité » d’orientations dictéespour l’essentiel, par le MEDEF et les marchés. À l'échelle dela communauté d'agglomération de La Porte du Hainaut (39communes et 150 000 habitants) que je préside, nous avonsmené en 2011 et 2012 la bataille de Sevelnord (2 400 salariés),filiale de PSA productrice de véhicules utilitaires, untemps menacée de disparition. Avec les salariés et leurs syndicats,avec les élus du bassin valenciennois dans leur diversitéet avec la population, nous avons été à l’initiative pourconstruire autour d'un comité de vigilance et d'action, unrassemblement porteur d'une double exigence : maintien dusite et des emplois. Aujourd'hui, PSA investit sur place enfaveur de la production de son futur nouvel utilitaire. Nousrestons très attentifs à l'aboutissement de ce dossier.Les stratégies d’entreprises ne peuvent être l’exclusivité deleurs actionnaires et dirigeants. Nous savons d’expérienceavec la sidérurgie que, quand celles-ci sont erronées, ellesinfluencent lourdement salariés, populations et territoires.Nous ne pouvons accepter, nous les élus, d’être relégués aurang de financeurs des conséquences de la casse, Samu socialou environnemental. Il est temps qu’élus locaux et représentantsdes salariés aient voix au chapitre dans la constructiondes projets économiques.Nous soutenons sans réserve la tradition industrielle de notrebassin que contribuerait à favoriser, c’est important de lesouligner, la réalisation du canal Seine-Nord pour lequel sontattendus les financements décisifs de l’État et de l’Europe.L'industrie, c'est la vie. Produire, innover, développer et transférerla recherche, associer les moyens du secteur public àl'initiative privée… Nous sommes en permanence dans ceschoix quand nous créons des hôtels d’entreprises comme àEscaudain et Denain ou un premier village régional d’artisansà Saint-Amand-les-Eaux ; de même quand nous accompagnonsl'implantation à Saint-Amand du leader pharmaceutiquemondial GSK, pour un investissement de 600 millionsd'euros et la création de plus de 600 emplois ; ou lorsquenous instaurons une aide financière à l'installation de trèspetites entreprises (TPE) : 140 dossiers réalisés et 420 emploisen quatre ans ; ou le soutien de l'innovation, au travers duprojet de déconstruction ferroviaire porté par un groupementd'entreprises, Nord Ferro, au nombre desquelles Alstomet Hiolle Industries. Mais l’État a une responsabilité à prendred’urgence auprès de la SNCF qui organise la délocalisationde cette activité en Europe de l’Est alors que nous disposonsici, des hommes et des technologies indispensables.La région Nord-Pas-de-Calais affiche l'ambition de figurerdans les cinq ans, dans les dix régions d'Europe où se développentl'industrie de l'image et la création numérique. Noussommes partie prenante de cet objectif en portant, avecl'université de Valenciennes à notre côté, le projet de reconversiondu site minier d'Arenberg, classé UNESCO depuis2012, en lieu de recherche et de formation à l'image, tout enélargissant l'activité de tournage cinématographique pérenniséesur place depuis bientôt 20 ans, et en veillant à la valorisationtouristique de ce patrimoine minier d’exception.Au sein de l'Agence de développement économique, structurede mise en réseau des entreprises que nous avons crééeavec une centaine d'entre elles, est née l'idée d'organiser unSalon professionnel des savoir-faire affirmant le Made inHainaut. La première édition vient de se tenir, rassemblanten deux jours, les 30 et 31 mai, 120 exposants essentiellementindustriels, et plus de 2 000 visiteurs, cadres et chefsd’entreprise. Face à la conjoncture difficile, c'était une façond’élargir notre champ d’action en dépassant des formes pluscourantes de soutien institutionnel à l'économie auxquellesnous consacrons 12 millions d'euros par an. C’était aussi lemoyen de rompre avec les tendances au repli sur soi qu'alimentela crise du système. Les valeurs qui nous mobilisentcomme élus de terrain sont connues. L'expérience montreque loin de faire obstacle à la convergence des énergies etdes compétences, elles permettent au contraire cette additionde moyens humains et financiers indispensables au développementdu territoire et au bien-être de ses habitants. nAlain Bocquet est député du Nord et président (PCF) de la communautéd'agglomération de La Porte du Hainaut.23SEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


LE DOSSIERCOMMUN(ism)E ET MUNICIPALES24L’EMPLOI : UN ENJEU CENTRAL POUR NOS VILLESLors d’une rencontre avec les chômeurs de ma ville que j’organisechaque année, un jeune urbaniste m’interpelle :« Madame le maire, je vois de très nombreux chantiers, desconstructions de logement dans tous les quartiers, l’arrivéedu tramway et des futurs métros du Grand Paris… et je suisenragé de ne pouvoir mettre mes compétences au service dema ville. Que pouvez-vous faire ? » Cette interpellation m’ad’autant plus marquée que nous étions en train d’élaborer,avec d’autres villes du territoire et l’État, un contrat de développementterritorial (CDT) où la dimension emploi-formationétait à peine effleurée. Avec d’autres collègues élues – noussommes quatre femmes maires communistes concernées ! –nous nous sommes particulièrement mobilisées pour que cetenjeu soit autrement pris en compte. Avec une idée simple :les formidables projets scientifiques, économiques que nousportons sur notre territoire, l’arrivée des gares du Grand ParisExpress(GPE) — trois à Villejuif —, doivent être bénéfiques pournos populations, notamment pour faire reculer les inégalitéssociales et le chômage. Nous nous sommes engagés pour unplan d’action avec des moyens d’ingénierie pour élaborer uneCharte emploi qui va comprendre des objectifs chiffrés et audelàtravailler la carte des formations initiales comme professionnellespour anticiper la formation aux métiers indispensablesà la réalisation de ces grands chantiers. Prenons l’exempledes futurs métros du GPE, on estime que le seul secteur destravaux publics représente 10 000 emplois, 6 000 pour lafilière ferroviaire (matériels roulants – équipements de voies)et au total, ce vaste chantier offre l’occasion de créer 20 000emplois chaque année. Au-delà des outils existants qu’il convientde mobiliser : clauses d’insertion pour les marchés publics,charte emploi avec les entreprises, initiatives multiples pourmettre en relation les différents partenaires, en particulier lasociété du Grand Paris, les forums pour l’emploi… la batailled’un maire pour l’emploi est avant tout une bataille politiqueau sens où nous devons aider à faire grandir cette exigencedans la population et contribuer à rassembler largement autourd’objectifs communs. Nous ne sommes pas un « pôle emploibis ». Nous jouons un rôle facilitateur, de mise en réseau, qu’ilne faut pas négliger.Une bataille politique aussi car les choix d’aménagement etde développement urbain ne sont jamais neutres. Ils peuventou non contribuer à favoriser l’activité économique, l’installationd’entreprises et donc l’emploi. Par exemple, nous portons,avec d’autres acteurs, un projet scientifique et médical d’envergureinternationale dans la lutte contre le cancer. Ce projeta notamment permis la réalisation d’une pépinière quiaccueille des entreprises spécialisées dans les biotechnologieset le chantier de cette pépinière a lui-même généré lacréation d’une dizaine d’emplois. Nous aidons à la mise ensynergie de tous les acteurs scientifiques, hospitaliers, derecherche, qui constituent les atouts de notre ville. Le faitd’être porteur de projets permet également d’attirer des entreprises,voire de modifier leur stratégie. Par exemple, avec leprojet Cancer Campus et la victoire sur le réseau du GrandParis, un grand groupe pharmaceutique qui envisageait departir du territoire, a finalement décidé de rester et d’investir.Cette bataille pour l’emploi est inséparable de la formation despopulations notamment des jeunes et nous travaillons dansle CDT à l’élaboration d’un schéma des services publics et desformations comprenant les filières à développer. Ainsi parexemple, nous accueillerons au sein du projet Cancer Campus,un centre universitaire aux métiers de la santé. nClaudine Cordillot est maire (PCF) de Villejuif (Val-de-Marne),vice-présidente de la communauté d'agglomération du Val-de-Bièvre en charge du contrat de développement territorial (CDT).L’EMPLOI PUBLIC TERRITORIAL AU CŒUR DE LA BATAILLEPOUR LE SERVICE PUBLICParce qu’il constitue un des éléments indispensables au bon fonctionnementdu service public, la CGT Services publics continue de faire del’emploi public un de ses principaux axes de réflexion et d’intervention.PAR BAPTISTE TALBOT*Trop nombreux, donc trop coûteux etpar conséquent responsables pourpartie du creusement de la dettepublique… Voici résumée en quelquesmots la vision des agents territoriaux queportait le pouvoir sarkozyste. Dans sonentreprise de déconstruction de l’actionpublique, la précédente majorité avait eneffet fait de l’emploi public territorial unde ses chevaux de bataille idéologique.Si le gouvernement actuel n’aborde pascette question en des termes aussi frontaux,sa politique en matière d’organisationet de financement des collectivitéslocales continue de placer l’emploipublic territorial parmi les principauxenjeux de la période en matière d’actionpublique.POURQUOI UN EMPLOI PUBLICTERRITORIAL À STATUT ?Le Conseil d’État a rappelé en 2003 lesfinalités de la construction statutaire :« l’essentiel correspond à ce pourquoiun statut de la Fonction publique a étévoulu et construit au fil du temps, c’està-direles principes fondamentaux définisdans les lois statutaires, sur lesquelsil ne peut être question de revenir, destinésà assurer l’égal accès aux emploispublics, à garantir les fonctionnairescontre l’arbitraire et le favoritisme et àdonner à la puissance publique lesmoyens d’assurer ses missions sur toutle territoire dans le respect des règlesd’impartialité et de continuité ».Marquée par les lois Defferre de décentralisationet Le Pors relatives au statutde la Fonction publique, la période 1982-1984 a vu s’opérer un double mouvementde réorganisation de l’interventionpublique et de renforcement des garantiesstatutaires des agents.Avec, certes, des imperfections non négligeables,cette politique a globalementLA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


especté l’équilibre indispensable entregaranties nationales et exercice des missionsdans la proximité : création du statutde la Fonction publique territoriale(FPT) ; transfert des compétences et desressources vers des exécutifs locaux élusau suffrage universel ; mécanismes depéréquation financière en faveur des territoiresen difficulté.C’est parce qu’elle a été conçue et miseen œuvre dans ce cadre que la premièrephase de la décentralisation a été uneavancée en matière de service public etde démocratie. Elle a démontré la pertinenced’une organisation de l’interventionpublique s’appuyant sur une complémentaritéÉtat/collectivités. Elle s’estcaractérisée par le développement dupérimètre d’action et de la qualité du servicepublic, et la croissance de l’emploipublic, appréciés positivement par lapopulation. Réalisant plus de 70 % del’investissement public, les collectivités,leurs services et leurs agents se sont affirméscomme des acteurs déterminantsdu développement économique.Le caractère public et statutaire de l’emploiterritorial constitue bien un puissantvecteur de contrôle démocratique,tant en matière de maîtrise publique desmissions que de conditions d’exercicede ces dernières au bénéfice descitoyens-usagers. A contrario, les expériencesde libéralisation, par exempledans le domaine des télécommunications,ont vu s’opérer un triple mouvementde recul de l’égalité de traitement,de perte de la maîtrise publique des missionset de disparition programmée desgaranties statutaires et du caractèrepublic de l’emploi.UNE CROISSANCE DÉMESURÉE DEL’EMPLOI PUBLIC TERRITORIAL ?La précédente majorité avait fait de lacroissance de l’emploi territorial, présentéecomme démesurée, un de sesprincipaux angles d’attaque. Obnubiléepar son objectif de réduction desdépenses publiques, la nouvelle majorités’inscrit, elle aussi, dans uneapproche comptable de l’emploi public.Quelques chiffres sont donc bienvenuspour remettre les pendules à l’heure.Si l’on considère la période 1985-2011,on s’aperçoit que la croissance globaledes effectifs des trois versants de laFonction publique (+8 %) est inférieureà celles de la population (+15 %) et de lapopulation active (+13 %). Certes, sur lamême période, le pourcentage d’augmentationdu nombre d’agents territoriaux(+50 %) est important et est d’ailleursabondamment utilisé par lesdétracteurs de la FPT.Il doit être largement relativisé. Il s’expliqueen effet pour une part importantepar des transferts de missions et d’agentsde l’État ainsi que par des créations depostes consécutives au désengagementde l’État dans le cadre de la révision généraledes politiques publiques (RGPP).Loin de constituer une aberration, lacroissance des effectifs territoriaux s’inscriten réalité dans une reconfigurationde l’action publique marquée par le reculde l’État et un fort développement desbesoins de service public lié à la croissancedémographique.QUELLES PERSPECTIVES ?La politique et les projets du gouvernementrelatifs aux collectivités locales seplacent dans la continuité des réformesde Sarkozy : baisse des dotations ; compétitivitéconsidérée comme la finalitéprioritaire de l’action publique territoriale(avec notamment la métropolisation); affaiblissement de la démocratielocale et du service public de proximité ;emploi public corseté…Sur ces questions comme sur tant d’autres,seule la rupture avec la logique mortifèrede l’austérité et de la compétitivitépermettra de retrouver la voie du progrèssocial. Cela nécessite en particulierune réforme fiscale fondée sur une nouvellerépartition des richesses et qui permetted’assurer un financement pérenneet solidaire des collectivités locales et deleurs services publics. Les forces partageantcette approche doivent continuerd’œuvrer à faire grandir les mobilisationsconvergentes indispensables pour imposerle changement. n*Baptiste Talbot est secrétaire général de lafédération CGT des Services publics.25DES FORMES NOUVELLES DE DÉMOCRATIECertaines difficultés rencontréesdans la mise en œuvre de ladémocratie participative appellentde nouvelles innovations.PAR HÉLOÏSE NEZ ET JULIEN TALPIN*La démocratie participative s’est généraliséeà tous les échelons territoriauxdepuis une dizaine d’années en France.Les collectivités communistes ont étéparmi les premières à emboîter le pas etont mis en œuvre certaines des expériencesles plus originales, permettant une relativeredistribution du pouvoir. Rapidement,cependant, elles sont rentrées dans le rang,s’alignant sur des pratiques de légitimationdes élus locaux par la participation.Nous analysons les origines de ce désengagement,avant de proposer quelquespistes d’un possible renouveau.LES EXPÉRIENCES DE BUDGETPARTICIPATIFSi le développement de la participationdes habitants date des années 1970, untournant s’opère à la fin des années 1990avec la popularisation de l’expérience dubudget participatif (BP) de Porto Alegreau Brésil. Le BP, qui repose sur la mise endiscussion avec la population de la partieinvestissement du budget, incarne unedes expériences participatives qui va leplus loin en matière de codécision. Relayéspar le mouvement altermondialiste, lesBP apparaissent dans l’hexagone à la findes années 1990, d’abord dans plusieursvilles communistes de la banlieue parisienne(Saint-Denis, Bobigny, LaCourneuve, Morsang-sur-Orge, Limeil-Brevannes) et en province (Aubagne, Pontde-Claix,Vif). La démocratie participativesemble ainsi s’inscrire dans différentestentatives de rénovation du projet communiste,notamment dans les communespopulaires de l’ancienne « banlieuerouge ». Cet investissement importantapparaît à la fois comme la réponse à undéclin électoral patent, un moyen derenouer avec les catégories populaires etle fruit d’initiatives d’élus locaux relativementjeunes, réformateurs et insérés dansdes réseaux proches de l’altermondialisme.Le discours est bien souvent radical,les élus défendant une volonté de «partager le pouvoir » et de « démocratiserla démocratie ». Pourtant, les pratiquess’avèrent souvent décevantes. À quelquesexceptions près, dans des petites villescomme Grigny en Rhône-Alpes ouMorsang-sur-Orge en Essonne, où desSEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET> SUITEPAGE 26


LE DOSSIERCOMMUN(ism)E ET MUNICIPALESSUITE DELA PAGE 25 >formes de codécision sont mises en place,les pratiques participatives communistesne se distinguent pas de celles mises enœuvre par des collectivités d’autres couleurspolitiques. C’est la consultation quirègne, la participation ayant principalementpour objet de rapprocher les élus dela population. Les principales décisionsdans ces collectivités demeurent de l’autoritédes seuls élus. Des mots aux pratiques,il semble donc exister un monde.La majorité des villes pionnières ont d’ailleursabandonné l’expérience du budgetparticipatif ou l’ont laissée en déshérence.Ce désinvestissement des élus communistespeut s’expliquer par les retombéesélectorales limitées offertes par la démocratieparticipative. Peu visible, souventdécevante pour des participants quiattendaient un réel pouvoir de décision,il est rare que la participation se traduisepar une inversion du déclin électoral.Alors que les communistes cherchaientà renouer avec les classes populaires, cesont surtout des classes moyennes, déjàengagées par ailleurs dans le milieu associatif,qui s’investissent. Il faut néanmoinsnoter que les élus communistes,à l’image des membres d’autres partispolitiques, font preuve d’une réelle frilositéà cet égard. S’il est difficile de partagerson pouvoir quand on voit sesmarges de manœuvre se réduire (par lacréation d’institutions intercommunalesou un équilibre budgétaire difficile àtrouver), les communistes doivent sedemander si des pratiques du pouvoirlocal parfois autoritaires et clientélistessont en accord avec leur projet d’émancipationdes classes populaires.DES EXPÉRIENCES DE DÉMOCRATIEDIRECTE ?Il nous semble à l’inverse qu’un investissementsincère dans une conception plusradicale de la démocratie participative,loin de saper les bases de plus en plus fragilesdes quelques bastions qui tiennentencore, permettrait peut-être de sauverce qui peut encore l’être, voire de reconstruireune forme plus ambitieuse de communismemunicipal. Concrètement,quelle forme cela peut-il prendre ? Alorsque figurait dans le programme du Frontde gauche la généralisation des budgetsparticipatifs, les élus communistes aupouvoir pourraient de nouveau s’investirdans l’expérience, en permettantqu’une part significative du budget de leurcollectivité soit décidée collectivementavec la population au terme d’une séried’assemblées publiques. Au-delà du budget,des décisions importantes et structurantesde la municipalité (projets ANRU,grands équipements, etc.) pourraient fairel’objet à la fois d’assemblées citoyennes26LE CENTRE DE SANTÉ, RÉPONSE À LA DÉSERTIFICATION MÉDICALELes questions de santé refont surface. Durant la seconde moitiédu XX e siècle elles se posaient avec moins d’acuité qu’aujourd’huiparce qu’un système de protection sociale solideavait été mis en place à la Libération. Ce système a été victimede coups de boutoir réguliers et aujourd’hui l’accès auxsoins est remis en cause. Ainsi 50 % des dépenses ambulatoiresrestent à la charge des familles. La crise économique,la baisse du pouvoir d’achat, le chômage et les réductions demoyens de l’Assurance maladie ont créé des inégalités socialeset territoriales de santé criantes.LA SANTÉ, UNE QUESTION ÉMERGENTELa santé est devenue selon des sondages récents la secondepréoccupation des Français derrière le chômage et devant lelogement. On peut dire que la santé est à nouveau une questionémergente et elle fera irruption dans la campagne desmunicipales sans aucun doute. D’ailleurs, lors d’un stage destinéaux élus locaux et aux candidats aux municipales, intitulé« Comment conduire une politique territoriale de santé ? »que nous avons organisé en avril, 90 % des stagiaires ont indiquéque leur principale motivation pour venir à ce stage étaitla question de la désertification médicale.En effet à la crise sociale d’accès aux soins (honoraires libresde plus en plus importants, secteur privé à l’hôpital public,déremboursement des médicaments, mutuelles de plus en pluschères et restrictives, fermetures incessantes de services hospitaliersetc.) s’ajoute une crise démographique. Après de longuesannées de réduction du nombre de médecins en formation parun numerus clausus malthusien nous sommes arrivés au momentque nous avions annoncé : le nombre de médecins chute defaçon catastrophique et la pénurie est là. M me Touraine dit : « Ilva falloir comprendre qu’il n’y aura plus de médecins danschaque commune ». Or la première chose que font les citoyensen cas de difficultés, c’est de s’adresser à leurs élus locaux. Lemaire hérite ainsi d’un problème nouveau et explosif.PROMOTION DE LA SANTÉ PUBLIQUEOn pourrait aborder la politique de santé locale autrement : àsavoir en organisant la promotion de la santé publique. En étudiantles besoins des habitants, en demandant des enquêtes,en recensant les problèmes sanitaires qui pourraient être régléspar des mesures de prévention, des mesures environnementales,en réduisant les facteurs de risque. Prévention, promotionde la santé publique, éducation thérapeutique, dépistagesont les maîtres-mots de cette politique. On sait bien que lesdéterminants de la santé sont globaux et loin d’être l’apanagedu système de soins.Mais la question revient par la porte traditionnelle de l’accèsaux soins. La lutte pour le maintien des hôpitaux publics, descentres de Sécurité sociale, de PMI ou de médecine scolaireet la médecine du travail. Et aussi attirer des médecins et d’autresprofessionnels de santé sur la commune. Les centres desanté répondent à cette attente. Ils permettent de faire venirdes professionnels dans un cadre salarié, travaillant en équipe,avec des tarifs complètement remboursés ; la dispense de fraisest assurée par le tiers payant. Le modèle des « maisons desanté » proposé par les pouvoirs publics n’offre pas ces garantieset finalement se contente de donner de l’argent public àdes structures privées gérées selon les intérêts des propriétaires.Les citoyens n’ont alors aucun droit de regard.Au total, deux pistes s’ouvrent aux élus locaux : celle d’unepolitique de promotion de la santé et celle de l’accès aux soinspar le développement de centres de santé. Ces deux démarchescomplémentaires s’imposeront dans les mois qui viennent. Ilserait bon de s’y préparer. nMichel Limousin est médecin au centre de santé de Malakoff. Il estmembre de la commission Protection sociale du Conseil nationaldu PCF.LA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


et de délibérations larges incluant le plusd’avis possible, processus qui gagnerait àêtre conclu par un référendum local. Unedes pistes pour redynamiser la démocratieparticipative est en effet de la coupleravec des expériences de démocratiedirecte pour s’assurer que les discussionssoient suivies d’effet. Au-delà de la participation,il faut créer les conditions politiquesd’une réelle démocratisation dupouvoir local. À cet égard, et alors qu’historiquementle PCF a permis l’entrée enpolitique de la classe ouvrière et continueen partie d’assurer la présence d’élus d’originepopulaire à tous les échelons territoriaux,une plus grande rotation des élites(élues ou au sein du Parti) pourrait aussiassurer une telle démocratisation sociale,en empêchant notamment le cumul desmandats dans le temps (pas plus de deuxmandats consécutifs). Pour que la rotationpermette une démocratisation, ilconvient cependant que le Parti lui-mêmesoit en mesure de renouer avec les catégoriespopulaires, que les militants ensoient issus. Une démocratie participativeradicale, en lien avec les associationset collectifs locaux, peut y contribuer. n*Héloïse Nez est sociologue. Elle est maîtrede conférences à l’université de Tours.Julien Talpin est politiste. Il est chargé derecherche au CNRS.CO-CONSTRUIRE LA VILLE AU TRAVERS D'UN BUDGET PARTICIPATIFLa ville de Grigny s'est investie dans sa démarche de démocratieparticipative à la fin des années 1990 en faisant de ladémocratie participative sans le savoir : mise en place deconseils de quartier ; participation des habitants aux grandsprojets de ville ; co-élaboration de projets urbains, etc. Jusqu’àce que, en partenariat avec les habitants, il soit décidé dejeter les bases d'un budget participatif.Grigny, sans fausse modestie, peut se targuer d'être pionnière,en France, si ce n’est en Europe en matière de démocratieparticipative. Forte d'une expérience de neuf annéesde budget participatif, elle compte plus de 1 000 personnesinvesties dans cette démarche. En 2008, dès le début dumandat, la démarche participative a été placée au cœur dufonctionnement municipal de telle sorte que l'ensemble dufonctionnement des services a été repensé et remodelé pourfaire de la démocratie participative la porte d'entrée du fonctionnementmunicipal. Aujourd'hui, ce sont les habitants quivotent le budget participatif co-élaboré par les Grignerots,chiffré par les services en partenariat avec le groupe de travaildu budget participatif dont les membres sont les rapporteursdes propositions lors de la soirée de mise aux voix.Les élus ne prennent pas part au vote et le budget ainsi votépar les habitants – qui représente 60 % du budget d'investissementde la ville en 2013 – est intégré dans le budgetgénéral de la ville. Après le vote du budget municipal, unesoirée d'analyse critique de l'expérience de l'année écouléeest organisée dans le but d'améliorer sans cesse le processus.La ville de Grigny a été à l'origine, avec le concours duCIDEFE, de la création du Réseau national de la démocratieparticipative. La première initiative prise par ce réseau, lorsde l'assemblée générale d'Allonnes (Sarthe), fut de se donnerles moyens de procéder à la rédaction, de manière participativeà l'échelle du réseau, d'une proposition de loi, portantsur les moyens à mettre en œuvre pour promouvoir etgénéraliser la pratique de la démocratie participative enFrance. Elle sera soumise à tous les groupes parlementaireset ceux qui auront décidé de soutenir l'initiative la déposerontsur le bureau de l'Assemblée nationale nRené Balme est maire (Front de gauche) de Grigny (Rhône).27LE PCF ET LA QUESTION MUNICIPALE :ÉLUS DU PARTI VS « PARTI D’ÉLUS »Tout au long de l’histoire du PCF, l’investissement municipal a étél’enjeu de tensions.PAR PAUL BOULLAND*municipal »,« banlieue rouge » ces expressions,mobilisées en sens oppo-«Communismesés par le Parti communiste lui-même etpar ses adversaires, se sont imposéescomme une évidence pour caractériserl’ancrage et l’action du communisme enFrance. De manière générale, l’action desélus put se développer sans subir uncontrôle politique ou idéologique étroitdu parti. Dès l’entre-deux-guerres, lesnombreuses réalisations (logementssociaux, colonies de vacances, équipementsscolaires et sportifs, etc.) s’appuientautant sur la politique volontaristedes élus communistes que sur leuradaptation aux contraintes gestionnaireset aux nécessaires relations avec des partenairespourtant dénoncés commeadversaires (préfet, ministères, etc.). Demême, les maires communistes prirentplace dans les syndicats intercommunauxou les associations d’élus et participèrentpleinement à la modernisationet à la professionnalisation de l’administrationlocale. Georges Marrane maired’Ivry de 1925 à 1965, en constitue lemeilleur exemple.La relation du PCF à ses édiles fut surtouttravaillée par l’enjeu complexe de leurplace dans le parti. Dès 1920, lors ducongrès de Tours, nombre de socialistesélus en 1919 participèrent à la majoritéen faveur de l’adhésion à la III eInternationale. La Section française del'Internationale communiste (SFIC)gagnait ainsi ses premières municipalités,comme Waziers (Nord) ou Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire) toujourscommunistes en 2013, ainsi que laplupart des mairies socialistes de la régionparisienne. Mais, après la PremièreGuerre mondiale, le rejet des anciennesélites de la SFIO constituait l’une desmatrices essentielles du premier communismeet le modèle bolchevique cristallisaitce sentiment en accordant le primataux ouvriers face aux intellectuelsou aux autres catégories sociales, et envalorisant l’appareil et ses cadres face auxélus. En banlieue, nombre des premiersmaires communistes furent rapidementexclus ou quittèrent le Parti au cours desannées 1920, à l’image d’Henri Sellier,maire de Suresnes, ou d’Émile Cordon,SEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET> SUITEPAGE 28


LE DOSSIER COMMUN(ism)E ET MUNICIPALESSUITE DELA PAGE 27 >maire de Saint-Ouen, et André Morizet,maire de Boulogne-Billancourt, qui tousdeux refusèrent l’interdiction d’appartenanceà la franc-maçonnerie imposéepar le Komintern.L’ENJEU COMPLEXE DE LA PLACE DESÉLUS DANS LE PARTIDans le modèle partisan communiste, lestatut d’élu comportait en effet uneambivalence problématique. Il mettaiten tension la légitimité accordée par leParti et celle conférée par l’élection ouacquise dans l’action municipale. L’idéaldu « maire-militant » s’efforçait de luttercontre l’émergence de notables dotésd’un capital politique personnel et autonome,fondé sur la popularité ou sur lessociabilités concurrentes qu’offraient lesactivités protocolaires et administrativeshors du parti. Le contexte de l’entredeux-guerres,marqué par les revirementset le sectarisme de la ligne du PCFet de l’Internationale, exacerbait cetteméfiance et favorisait en retour l’autonomisationet le départ de certains élus.En 1934, la rupture de Jacques Doriot,entraînant dans son sillage le conseilmunicipal de Saint-Denis et d’autres éluscomme Albert Richard, maire dePierrefitte, fut l’un des points culminantsde ce processus, dans la mesure où il touchaitun dirigeant de premier plan. Unedernière « crise municipale » majeureaffecta le Parti lors de la signature dupacte germano-soviétique auquel s’opposèrentouvertement certains maires,à l’image de Jean-Marie Clamamus(Bobigny), Fernand Dusserre (Orly),Marcel Capron (Alfortville), LéonPiginnier (Malakoff ), Albert Vassart(Maisons-Alfort), etc. Si le statut d’élu nepeut expliquer à lui seul ces processusde rupture, il joua indéniablement unrôle dans le détachement et la prise de28UNE VILLE PROGRESSISTE SUR LA CÔTE FLEURIE !À Dives-sur-mer, petite ville de 6 000 habitants, sur la CôteFleurie, dans le Calvados, l'identité communiste de la ville s'estforgée au fil du temps. Cette Cité millénaire, liée à l'histoire deGuillaume le Conquérant a connu depuis 1953 trois mairescommunistes : André Lenormand, Francis Giffard et moi-même,élu en 2008. L'identité communiste de la ville s'est forgée aufil du temps, en même temps que s'est implantée en 1889 etque s’est développée une usine spécialisée dans le traitementdu cuivre. Cette entreprise qui a compté jusqu'à 2000 salariésa scellé le destin de Dives.Plusieurs dates ont marqué profondément la conscience divaise.1936 : c'est de Dives qu’est parti le mouvement de grève, faisantdire à un historien local que « les moutons de la campagnese sont transformés en lions des conquêtes sociales. »1939-1945 : Dives a été un des bastions de la résistance communistesous l'occupation. Elle en a payé le prix fort en arrestations,déportations, exécutions. 1968 : l'usine de Dives estlongtemps occupée, les salariés voient bon nombre de leursrevendications aboutir. Mais la date fondatrice de cette histoire,c'est 1953, date à laquelle André Lenormand, résistant,déporté, seul député communiste que la Basse Normandie aitjamais connu, emporte les élections municipales à la tête d'uneéquipe d'ouvriers de l'usine, et bat l'ancienne équipe majoritairementcomposée de cadres de l'usine et de notables. Larupture est nette. Après les privations de la guerre, les conditionsde vie et de travail très difficiles, l'équipe municipale van'avoir pour seul objectif que de répondre du mieux possibleaux besoins essentiels de la population (solidarité, école, santé,culture...). Au fil du temps, s'est développé une véritable osmoseentre l'usine, son mouvement ouvrier très puissant et la ville.On passe petit à petit du paternalisme patronal à la « maisondu peuple ». Dans les années 1970-1980, a contrario des villesbalnéaires voisines (Cabourg, Houlgate, Deauville), Divesconstruit du logement social (plus de 40% aujourd'hui) et nebrade pas son foncier aux Ribourel, Mamet et autres promoteursimmobiliers.1986 : la fermeture de l'entreprise provoque un terrible traumatisme.Cependant, la formidable lutte menée par les salariéset la ville de Dives contre la fermeture a permis que legouvernement de gauche de l'époque accorde les moyensd'une réelle reconversion. Une importante zone industrielleest implantée au sud de la ville. Un port de plaisance est creusélà où se trouvait l'usine de cuivre. La ville a continué d'être,pour beaucoup de Divais, le recours. Elle porte toujours lesvaleurs de solidarité, de justice. La proximité des élus avec lapopulation ouvrière reste forte. L'action pour le logementsocial, l'école, la santé, la maîtrise du foncier, la jeunesse, laculture, perdure. La ville a construit une médiathèque, un centremunicipal de soins, des équipements sportifs... Mais dansle même temps, tout change. La population change. La villese tourne davantage vers le tourisme. L'évolution de la politiquenationale vis-à-vis des collectivités et de l'intercommunalitémenace les capacités financières et l'autonomie de lacommune.Pour nous, cet avenir passe par une lutte résolue contre ledépart des jeunes et pour cela, il nous faut maintenir et développerl'emploi et la vocation industrielle de la ville. Poursuivreune politique volontariste de logement social, de mixité et deréserves foncières pour favoriser l'accession des jeunes couplessalariés, la prise en charge des loisirs et des vacances desjeunes par notre service jeunesse, la promotion du tourismesocial. Défendre bec et ongle les services publics… et poursuivreune action résolue au service de l'école publique, de la jeunesse,de la santé, de la solidarité.Mais au delà de ces actions indispensables pour résister etéviter de transformer la ville en lieu de résidences secondaires,la commune peut devenir un formidable atelier d'une nouvellecitoyenneté active. Notre volonté de garder une proximitéforte avec la population ouvrière, l'action originale que nousmenons pour la création artistique, la vie culturelle et associativeen direction des enfants, des familles, la dynamique desoutien, d’attention, de valorisation des initiatives locales, l'attentionque nous portons à la mixité sociale, au bien vivreensemble, et surtout à faire vivre la démocratie dans la citéest ce qui fait, dans le contexte local, notre identité et notremarque de fabrique. Faire œuvre d'éducation populaire, c'estdans ce sens que l'on peut, modestement, dans une petite villecôtière de Basse-Normandie, contribuer à la construction d'unenouvelle société en rupture avec le modèle libéral.Pierre Mouraret est maire (PCF) de Dives-sur-mer (Calvados), viceprésidentdu conseil régional de Basse-Normandie.LA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


distance. Alors que près de la moitié desmaires communistes de la Seine (12 sur27) rompirent publiquement avec le Partià l’automne 1939, l’écrasante majoritédes conseillers municipaux n’exprimèrentaucun désaccord – ce qui ne présumepas de leur position personnelle –et nombre d’entre eux poursuivirent leuraction durant la guerre.LES ÉVOLUTIONS DE LA LIBÉRATION ÀAUJOURD’HUIAprès la Libération, les tensions n’apparaissentplus aussi ouvertement mais laméfiance restait de mise. En effet, nombred’élus bénéficièrent alors d’une trèsforte reconnaissance pour leur actionrésistante. Le Parti communiste s’étaitfortement appuyé sur leur aura lors desélections, mais la légitimité résistantes’écartait, elle aussi, des critères traditionnelsdu parti, plus encore après l’entréeen Guerre froide et le retour à uneligne « ouvriériste ». Ainsi, les évictionsde Charles Tillon à Aubervilliers ou deRobert Deloche à Joinville-le-Pont,étaient au moins partiellement liées àleur statut d’élu dans la mesure où celuicivalorisait leur rôle dans la Résistanceet offrait un support à leur autonomie.De 1920 à la fin des années 1970, lavolonté de relativiser la place des éluslocaux au sein de l’appareil fut l’une desconstantes de la structuration internedu PCF. Dans les années 1950 et 1960, lecontre-modèle d’un parti dirigé par lesélus était encore largement dénoncé, enparticulier pour critiquer la SFIO. Au seindes directions nationales ou fédéralesdu parti, les titulaires de mandats locauxétaient relativement peu nombreux etn’occupaient pas les positions les pluséminentes. Ainsi, rares sont les dirigeantsqui accédèrent au Comité central aprèsavoir occupé des fonctions de maire. Àl’échelle des parcours individuels, l’investissementmunicipal constituait plusvolontiers une seconde étape de la carrièremilitante. En banlieue parisienne,la nouvelle génération de maires quis’imposa à partir de 1965 était ainsi forméed’anciens cadres fédéraux ou nationaux(Dominique Frelaut à Colombes,Parfait Jans à Levallois, Jacques Laloë àIvry, Marcel Rosette à Vitry, Gaston Viensà Orly, etc.).Au cours des années 1980 et 1990, alorsque l’influence électorale et les effectifsdu Parti communiste s’érodent, l’implantationmunicipale résiste relativementbien. Associé aux transformationssociales qui avaient affecté le corps militantet l’encadrement du Parti depuis lesannées 1970, ce contexte conduisit à unrecentrage des directions fédérales etcentrales sur les élus locaux (maire etadjoints, conseillers généraux et régionaux).En ce sens, l’élection de RobertHue au poste de secrétaire national en1994 traduit une rupture significative quiporta à la tête du Parti un élu local, mairede Montigny-lès-Cormeilles durant dixans avant son entrée au Comité central,conseiller général et régional. Comme lenote Julian Mischi, les processus à l’œuvreau cours des trois dernières décenniesont contribué de fait à bouleverserle modèle partisan communiste, faisantévoluer le PCF « vers un parti d’élus ». n*Paul Boulland est historien. Il est co-directeurdu Maitron, dictionnaire biographiquedu mouvement ouvrier français (1944-1968),CNRS.29RETOUR SUR LE « COMMUNISME MUNICIPAL »Le Parti communiste s’est longtemps distingué par son ancrage municipalqui lui a procuré une légitimité sur la scène politique et unrayonnement auprès des populations et tout particulièrement desclasses populaires. Mais cette participation des élus communistes aujeu institutionnel a aussi suscité de la défiance et des dissidences.PAR EMMANUEL BELLANGERET JULIAN MISCHI*Deux mots sont associés courammentà l’expérience sociale et politiquedes territoires rouges : le « communismemunicipal ». Ce communismemunicipal a assuré au Parti communisteau cours du XX e siècle une représentationparlementaire et un espace de socialisation,de légitimation et de ressourcement.Il relève d’une conceptionexogène, élaborée hors de l’institutionpolitique, et s’inscrit dans la filiation dusocialisme et du réformisme municipalque les dirigeants du PCF ont toujoursrejetée, du moins officiellement.DES CONTRADICTIONSDès les années 1920, la question municipaleinterpelle la direction du PCF quiperçoit les contradictions formelles entrele discours subversif qu’elle veut incarneret la gestion municipale dans un« État bourgeois » qu’elle souhaitedétruire. Le principe du contrôle politiquedu travail municipal est d’autantplus revendiqué par l’appareil politiquequ’il a été contesté dès les années 1920par une dizaine de maires communistesde la banlieue parisienne qui ont préféréou ont été contraints de quitter ce parti.Cette défiance originelle ne s’estompepas dans les décennies suivantes. Jusquedans les années 1970, pèse sur les éluslocaux du PCF, qui sont de plus en plusnombreux, le soupçon du « crétinismemunicipal » dénoncé en 1945 par ÉtienneFajon, alors membre du bureau politique.Cette expression s’inscrit en oppositionavec les règles de bonne conduite attenduesd’un élu local : « le soutien des luttesouvrières », le maintien de « la liaisonpermanente des élus communistes avecles masses », « la lutte contre le pouvoirde tutelle du gouvernement et de ses préfets», le rejet des « vieilles théories réformistes» et la « juste application de lapolitique du Parti ».UN COMPROMIS UTILEL’implication du personnel politiquecommuniste dans les assemblées délibérativeslocales (municipalités, conseilsgénéraux et régionaux, communautésurbaines, communautés d’agglomération,etc.), les groupements d’élus et lesassociations affiliées au PCF (ancienscombattants, mouvements de jeunesse,locataires, parents d’élèves, etc.) dévoiledes militants qui, pour réaliser leur programmepolitique et faire face à l’intensificationde la compétition électorale,ont pris place dans le système de décisionpolitico-administratif local français.Souvent en porte-à-faux, avec les positionsdéfendues par leur parti, ces administrateurslocaux sont aux prises avecdes contraintes de tutelle et de gestionavec lesquelles ils doivent composer.Ainsi, des années 1920 à nos jours, lesSEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET> SUITEPAGE 30


LE DOSSIERCOMMUN(ism)E ET MUNICIPALESSUITE DELA PAGE 29 >30mandataires du Parti communiste ontassuré l’exercice du pouvoir local et laprise en charge des besoins de leursadministrés au prix de compromis qui,en retour, ont donné une assise et unevitrine à l’engagement communiste dontles dirigeants du PCF ne pouvaient sepasser, surtout lorsque leur base militantes’est effritée avant de se décomposerà partir des années 1980-1990.Du côté de l’État, dans des périodes decrispations sociales (la résorption deslotissements défectueux de l’entre-deuxguerres,la Reconstruction, la suppressiondes bidonvilles dans les années1960-1970, la « crise » du logement et desbanlieues tout au long du XX e siècle oula montée de la précarité dans les années1930 et les années 1980), les pouvoirspublics ont fini, eux aussi, par s’accommoderde cette représentation municipalecommuniste, qui assurait un rôlede régulation en s’efforçant de contenirle désordre social de ces territoires populaires.Les élus communistes ont ainsiparticipé, de l’entre-deux-guerres auxannées 2000, aux dispositifs de résorptionde l’habitat insalubre et de rénovationurbaine, de diffusion de l’hygiènesociale et de la santé publique, deconstructions de logements sociaux etde mise en place des dispositifs étatiquesd’aides aux quartiers dits sensibles.LA SINGULARITÉ DE LA GESTIONCOMMUNISTELes mairies communistes ont assumédes politiques qui ont profondémentrestructuré la morphologie de leur cité.L’ampleur des dépenses sociales a singulariséla gestion de ces villes populairesaux prises avec le chômage des années1930 et la désindustrialisation amorcéedès les années 1960. D’autres spécificitéssont à souligner : le modèle social dela colonie de vacances et des structuresd’encadrement de la jeunesse et d’éducationpopulaire, la politique de santéarticulée autour de ses dispensaires, lapolitique foncière qui tend à municipaliserune part considérable du territoirecommunal et la construction de logementssociaux, réalisés par des officespublics ou des sociétés d’économie mixteENJEUX CITOYENS DES POLITIQUES CULTURELLESDE LA COMMUNE JUSQU’À L'ÉTATen nombre bien supérieur à ceux descommunes à l’entre-soi bourgeois.Les mairies communistes se rangentaussi parmi les plus grands employeurslocaux en raison de leurs services publicsplus étendus mais aussi de l’intégrationdes militants. Si les passerelles entre partispolitiques et services municipaux neconstituent en aucun cas l’apanage desvilles rouges, leurs services techniques(atelier et garage) ont été sans contestele foyer d’un activisme politique.Autre spécificité importante à mentionner: les mairies communistes ont été lelieu d’une promotion d’élus issus desclasses populaires. Alors même que lefonctionnement de la vie politique tendà exclure les ouvriers de la gestion desaffaires publiques, les communistes ontencouragé et valorisé l’établissement de« municipalités ouvrières » au nom de lalutte contre l’exploitation capitaliste quise joue aussi sur le terrain communal. n*Emmanuel Bellanger est historien. Il estchargé de recherche au CNRS.Julian Mischi est sociologue. Il est chargé derecherche à l’INRA.Depuis plus de cinquante ans, notre pays raconte fièrementsa belle aventure culturelle, ces multiples histoires qui fontvivre l’exception culturelle au quotidien. Il y a dans ces expériencesune richesse inouïe. La nation est faite ce cette sève,notre peuple cultive un souci de culture et d'arts. L'inventivitédes artistes dans tous les domaines, dont le régime d’assurancechômage garantit des droits sociaux bien légitimes pourtantremis en cause régulièrement est le terreau de cette vitalité…et ces centaines de milliers de professionnels qui agissenten continu, au plus près des citoyens pour que les arts et laculture irriguent les territoires. La décentralisation a favoriséla construction d’un outil culturel dense, diversifié, réellementefficace, avec un apport associatif déterminant. Pourautant sommes-nous au firmament de l'avènement des politiquespubliques des arts et de la culture ? La crise frappe etle constat est terrible partout, tant du côté des populations etdes artistes que des structures, le manque est grand… et lesenjeux d'hier semblent bien petits au regard de tous ceux quiagitent notre monde contemporain.Quels chemins, quelles pistes emprunter ? Plutôt que la dérivelibérale sans lendemain, nous appelons à une vraie révolutionde la pensée pour faire de la culture le moteur d’un nouveauprojet politique. « L’archipel sensible » sorti cet été pendantle festival d’Avignon propose de nous interroger sur le champsouvent rétréci de ce qu’est la culture. Les tenants d’une visionlibérale de la société, eux, sont à pied d’œuvre, leurs réponsesconjuguent toujours culture, arts et produits financiers, maisle pire n’est pas encore à l’œuvre, en tout cas en ce qui concerneles collectivités et l’État : la puissance publique ferait de la culturenon pas un moteur d’humanité mais un vecteur économique,un marché de biens et de produits. La frénésie de laconcurrence entre capitale européenne et la compétitivitéérigée en dogme asséchera tous les financements ! Que fairealors devant une si sinistre prophétie ? Résister, inventer, responsabiliser,anticiper comme le suggère Mireille Delmas-Marty.Car au nom de quoi faudrait-il abandonner nos antiennesémancipatrices !Appelons du nouveau dans nos politiques publiques, sortonsdes schémas anciens et mettons en démocratie ! Donnons dusouffle, interrogeons la politique, débattons des enjeux ! Nevoyons plus les populations comme des cohortes à éduquerou des consommateurs potentiels, favorisons une vision progressistequi reconnaisse les droits culturels pour chaquecitoyen. Les politiques passées les ont chiffrés, catégorisés,soumis aux critères de la démocratisation culturelle, faisonsensemble des politiques avec les gens. Un pari démocratiqueenthousiasmant qui modifie le centre de gravité des politiquespubliques. Soyons conquérants pour tous, la culture est unbien commun qu’il nous faut partager dans une vision transversaleet non pas comme un élément additionnel de l’actionpublique… saisissons nous des questions ensemble et réactivonsnotre espace public en donnant du sens à notre action !un enjeu qui doit nous mobiliser partout et singulièrement ausein de nos communes, espace culturel symbolique et physiquede construction de notre projet politique. nFlorian Salazar-Martin est adjoint (PCF) au maire de Martigues(Bouches-du-Rhône), chargé de la culture.LA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


TRANSPORTS EN COMMUN : LIBERTÉ, ÉGALITÉ, GRATUITÉL’expérience sociale de transport gratuit à Aubagne, une expérience positive à plus d’un titre.PAR DANIEL FONTAINE*Le pays d'Aubagne et de l'Étoile, c'est105 000 habitants, 12 communes àproximité de Marseille, une ville centre: Aubagne, 45 000 habitants. La gratuitédes transports a été mise en placele 15 mai 2009, à l'échelle du territoirede l'agglomération. Ce choix a été effectué,d'abord parce qu'il constitue unsigne fort en matière de politique dedéplacement. Nous avons mis en placeun réseau performant qui porte aussi surles modes doux, le prêt de vélos gratuitsur le territoire, le projet de deux réseauxde transport en site propre pour les prochainesannées, dont le tramwayd'Aubagne qui sera gratuit.LE FINANCEMENTIl s'agit d'une gratuité totale pour les utilisateursdu réseau, elle n'est pas réservéeaux habitants du territoire. Donc iln'y a pas de carte, ni pour les jeunes, nipour les anciens, ni pour les pauvres. Lagratuité est financée intégralement parle versement transport des entreprises,sans aucune augmentation des impôtslocaux. Dans les territoires de plus de10 000 habitants, les collectivités perçoiventune contribution des entreprises deplus de 9 salariés, celle-ci est assise surun pourcentage de la masse salariale :0,6 % pour les collectivités de moins de100 000 habitants, 1,05 % jusqu'à400 000, 1,8 % au-delà. Et quand le réseaucompte des transports en site propre,comme le tramway ou le métro, le tauxde 1,8% s'applique, quel que soit leniveau de population. Ce qui est le caspour notre agglomération. Soit pour l'agglomérationdu pays d'Aubagne : 8,6 millionsd'euros. Notons que des salariésbien transportés, qui arrivent à l'heure,des zones d'activité bien desservies avecmoins de véhicules, c'est bénéfique pourtout le monde.LA VALEUR D'USAGE SE SUBSTITUE À LAVALEUR MARCHANDEEnfin, il y a un bénéfice très concret dontl'évaluation monétaire de l'environnementnaturel et social. Moins de trajetsen voiture, c'est une usure moins rapidedes chaussées, moins de places de stationnementà construire, moins de CO2expulsé dans l'atmosphère. Plus dedéplacements, c'est davantage de gensqui vont au cinéma, dans les commerces.Avec la gratuité, il n'y a pas de centrevilleréservé à quelques-uns, il n'y a pasde communes inaccessibles, on désenclaveles cités populaires, chacun va oùil veut, il est libre. C'est la valeur d'usagequi se substitue à la valeur marchande.“La gratuité est financéeintégralement par le versementtransport des entreprises,sans aucune augmentationdes impôts locaux.”Nous partons du principe suivant : lesrues sont d'accès gratuit, l'école l'estaussi, nous trouvons cela normal et bénéfique.Pourquoi pas les transports ? Nousnous situons dans une démarche denovation du service public, nous nesommes pas en régie, nous avons undélégataire, « Transdev », multinationalenée de la fusion avec Veolia, et nousl'obligeons à faire de la gratuité. Nousintroduisons de la maîtrise publiquedans une délégation de service public.C'est une rupture avec les politiquesd'inspiration libérale qui font de la marchandisationun horizon indépassable.DES RÉSULTATS TRÈS POSITIFSEn un an seulement, on atteint les 100 %de progression de fréquentation, et cellecin'a cessé de se poursuivre, 174 % devoyageurs supplémentaires aujourd'hui.Avec l'augmentation de la fréquentation,le coût de l'investissement public abaissé ; hier, un déplacement coûtait3,93 € ; aujourd'hui, avec la hausse defréquentation, le déplacement revient à2,04 €. Avec le même investissement, ontransporte deux fois plus de passagers.C'est ce que nous appelons de nouveauxcritères de gestion de l'argent public. Uneétude permet d'adosser et de visualiserstatistiquement les modifications que lagratuité a introduites dans la vie quotidienne,il serait trop long de le commenterici. Je ne citerai qu'un chiffre ; l'enquêtedémontre un report modal de35 %, soit chaque jour plus de 5 000voyages en voiture ou moto évités.Contrairement aux idées reçues, la gratuiténe génère pas des dégradations : àAubagne le matériel est respecté et ajoutonsque davantage de monde dans lesbus, c'est aussi plus de sécurité. La gratuitédes transports, c'est aussi une redistributiondu pouvoir d'achat pour lesfamilles, soit près de 600 à 700 euros paran pour une famille de 4 personnes quiprennent deux fois par jour les transports(sur la base des tarifs aubagnais avant lagratuité). C'est également l'économie dela deuxième voiture pour de nombreuxfoyers, soit 5 200 euros d'économie. Lagratuité abolit la loi du marché, elle permetde ne plus faire la distinction entreles riches et les pauvres en attribuant lemême avantage ; la gratuité évite decontrôler et de mettre en évidence la hiérarchiedes positions sociales. En cela,elle n'est pas une gratuité d'accompagnementpour les plus pauvres, elle estla gratuité de l'émancipation.En France, il y a une vingtaine de territoiresqui ont adopté la gratuité des transports,d'autres s'interrogent. La capitalede l'Estonie est en gratuité des transportsdepuis le début de l'année. Nous participonspour l'agglomération à des réunionsqui regroupent des villes européennesqui s'inscrivent ou quirefléchissent à s'inscrire dans cettedémarche.Nous ne disons pas que l'expérienceaubagnaise est applicable dans lesmêmes conditions partout, c'est uneavancée locale sur un champ limité, onpeut néanmoins la lire comme un petitpas dans le mouvement que nous appelons« émancipation ». n*Daniel Fontaine est maire (PCF) d'Aubagne,vice-président du conseil général desBouches-du-Rhône.Réagissez à ce dossiercontactez-nous !revue@pcf.fr31SEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


LE DOSSIERCOMMUN(ism)E ET MUNICIPALES32LA MONNAIE LOCALE, LEVIER DE TRANSFORMATION SOCIALEENTRETIEN AVEC JEAN-PAUL PLA*Revue du Projet : Qu'est-ce que le Sol-Violetteet comment est-il né ?Jean-Paul Pla : Le Sol-Violette est unemonnaie complémentaire et citoyenne,l'un des dispositifs de l'économie socialeet solidaire. L'objectif est de permettreà ses utilisateurs de se réapproprier leséchanges économiques en remettant lamonnaie à sa place : celle d'un moyen etnon d'une fin. L'idée a germé versnovembre 2009 lorsque nous avons organiséà Toulouse un débat sur la possibilitéde créer une telle monnaie. Près de120 personnes ont alors pris part à celuici,signifiant un fort intérêt pour une initiativede ce type. Des collèges decitoyens ont alors été mis en place pourréfléchir à sa mise en œuvre concrète,auxquels ont pris part plus de 150 personnes.Le Sol-Violette a ainsi été lancéle 6 novembre 2011 et a été, depuis, progressivementélargi à un nombre de territoireset de participants croissant. Ceuxcipeuvent être des citoyens, les« solistes », ou des organisations, les« acteurs sol », et de toutes les couchessociales : cela va des associations de chômeursaux entreprises. Récemment, unlycée est ainsi entré dans le réseau et tousles échanges internes s'y règlent désormaisen Sol-Violette. Aujourd'hui, 1 300personnes et 140 entreprises utilisent leSol-Violette.R.D.P. : La finalité d'un tel réseau est-elled'abord pédagogique ou en attendez-vous destransformations plus profondes ?J.-P.P. : L'expérience a une portée pédagogiquemais ne se réduit pas à cela : elleporte une véritable remise en cause dufonctionnement de la monnaie traditionnelle.Il s'agit d'une monnaie fondante,c'est-à-dire qu'elle perd sa valeurau bout de trois mois. Elle n'est donc pascapitalisable, ce qui rend toute spéculationcaduque. Les premiers bilans ontmontré qu'elle circulait à un rythme plusde deux fois supérieur à l'euro, ce quifavorise les échanges et les liens entreses utilisateurs, promouvant de ce faitune autre conception de la richesse, pluséthique que celle portée par les monnaiesclassiques.R.D.P. : Pourquoi avez-vous retenu dans votrecommunication l'appellation de monnaieéthique ?J.-P.P. : Ethique parce que notre monnaiesymbolise un choix, celui de fonctionnerdans des lieux qui respectent les personnes,l'environnement, les salariés,etc. On a fait une charte, qui n'est pasune charte fermée, en vingt-et-un pointspour les entreprises, qui peuvent ainsiavoir un label provisoire. Elle s'inscritainsi dans une démarche visant à progresservers un plus grand respect dessalariés et de l’environnement social etnaturel. Il ne s'agit donc pas d'unedémarche fermée telle qu'une labellisationa posteriori. Pour nous, le changementde société doit se réaliser aussi dansla proximité et l'accompagnement desstructures qui veulent se transformer.Cette monnaie est aussi citoyenne parcequ'elle est gérée dès l'origine par unecommission de pilotage où l'on retrouvaitune majorité de citoyens, mais aussides entreprises, deux banques qui travaillentavec nous et la ville qui n'estqu'une voix parmi d'autres. Et, depuis ledébut 2013, elle est encore pluscitoyenne, car nous avons mis en placedes comités de pilotage par quartier, oùce sont les citoyens qui décident concrètementcomment la monnaie circule.R.D.P. : Et de ce fait, vous constatez des différencesde fonctionnement selon les quartiers ?J.-P.P. : Oui, par exemple, dans le quartierdu Mirail, le comité a tenu une réunionavec les associations locales qui adébouché sur l'organisation d'un villagesolidaire permettant de faire découvrirle fonctionnement à l'ensemble de lapopulation. Ce sont eux qui décident etprennent les initiatives. Ils sont aussi entrain de voir si le Sol-Violette peut passerun autre cap et dépasser la simplefonction de consommation pour promouvoirplus activement des activitésutiles collectivement : des actionscitoyennes dont les instigateurs n'ontrien demandé à personne mais qui augmententle bien-être sur le territoire. Parexemple, certains habitants ont décidéde faire un jardin au pied des immeublesen le finançant de leur poche. Lesfleurs qu'ils ont plantées améliorent lequotidien de tous et ce comité de pilotagea décidé de leur attribuer cent sols,pour acheter des graines ou autre, mêmes'ils n'ont rien demandé, reconnaissantainsi la valeur sociale de leur activité.R.D.P. : Avez-vous rencontré des difficultés oudes oppositions dans la mise en place de ceréseau, et si oui de quelle nature ?J.-P.P. : Il y a eu au départ de nombreuxsceptiques, notamment parce que l'onapprend encore trop souvent à l'écolequ'il est pratiquement impossible d'agirautrement. Beaucoup ont souri, pensantque le projet n'aboutirait pas. Nousn'avons pas eu la majorité lorsque nousavons soumis le projet pour la premièrefois au conseil municipal, maisaujourd'hui on a prouvé que le projetétait largement viable. Après, d'autresconsidéraient que ce type d'initiativeposait problème dans le cadre de l'euro,mais nous sommes dans un cadre légal :la loi permet que les citoyens qui s'organisentpuissent faire circuler une monnaiealternative comme celle-là.R.D.P. : En quoi une telle expérience peut-elles'inscrire finalement dans un projet communisterenouvelé ?J.-P.P. : L'avant-dernier congrès de notreparti avait affirmé qu'il était importantde remettre la main sur l'économie et lamonnaie et d’en être les acteurs, plutôtque de laisser quelques institutionscomme la Banque centrale ou le FMIdécider de l'organisation de la productionet des échanges. Aujourd'hui, le SolViolette participe de cette réappropriationet provoque des débats autour deces thématiques fondamentales. Par ailleurs,plus de 30 territoires, et non desmoindres, comme le Pays Basque, Niort,le conseil général d'Ille-et-Villaine, ontdéveloppé leur propre monnaie et s'inscriventdans cette démarche de réappropriationde l'organisation locale. Noussommes dans un projet profondémentpolitique puisqu'il permet aux habitantsd'un territoire d'avoir la vision de sondéveloppement et met à leur dispositionun outil qui permet de ne pas voir uniquementla monnaie comme un instrumentd'enrichissement pour quelquesuns,mais comme un outil dedéveloppement. Je crois que je suis dansmon rôle, en tant qu’élu communiste,lorsque je porte ce projet, qui a permisla création de 140 entreprises de l'économiesociale et solidaire, notammentdes coopératives dont les salariés sontaussi des acteurs. C'est un projet globalde changement de société où l'humaina sa place et participe à ce changement.n*Jean-Paul Pla est conseiller municipal (PCF)de Toulouse (Haute-Garonne), initiateur duSol-Violette.LA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


FORUM DES LECTEURSRetraites et accroissement de la productivitéLe dossier sur les retraites apporte desrepères d'analyse très pertinent. Il montreque les enjeux fondamentaux sont d'une partla lutte pour accroître la part des richessescréées revenant à ceux qui les créent et d'autrepart la place de l'emploi dans l'intégrationsociale et dans l'acquisition des droits.Sur ces deux aspects, je pense que le dossiersous estime certaines réalités.Concernant la richesse créée, le dossier nes'intéresse qu'à la valeur ajoutée (PIB). Surcette notion, on sait aujourd'hui que la croissancede PIB n'est pas la garantie du développementsocial. Ensuite la productivité ajuste été évoquée par Lucien Sève.Dans les dernières décennies nous avonsassisté à un accroissement de la productivité.Cette productivité relève de deux dimensions.La première, la productivité directe,c'est à dire le temps socialement nécessaireà la fabrication d'un objet ou à la réalisationd'un service. Cet accroissement de productivitéa été largement accaparé par les capitalistes.La deuxième, la productivité concernel'accroissement de la valeur d'usage desobjets et services. Cette deuxième productivitéles capitalistes cherchent généralementà la détruire afin de pousser à laconsommation. Nous pouvons exiger que letemps de travail contraint diminue du fait del'accroissement de ces deux productivitéspar la réduction du temps de travail et par lemaintien de la retraite à 60 ans.Aujourd'hui l'emploi est la principale voiepour acquérir les droits à la retraite voir à lasanté. Cela donne l'illusion que les actifs travaillentpour les non-actifs et permet au patronatd'opposer les actifs aux retraités, lesgens en bonne santé aux malades.Nous devons dépasser cette question par lamise en place d'autres processus d'acquisitiondes droits. Sinon la proposition des réformistesde mettre en place une retraite uniquementpar points risque de paraître lasolution la plus juste socialement. En effetcette proposition affirme que les droits découlentuniquement du travail contraint. Lesautres formes de travail (bénévolats, activitéscitoyennes..) ne donnant lieu à aucuneforme de reconnaissance sociale.Le financement de la retraite :un combat idéologique essentielGRÉGOIRE MUNCKCe qui détermine le « jugement » des citoyens est incontestablement le fait que letrou financier doit être comblé. Nous n'avons pas d'autre choix que de combattresur ce terrain. Les grandes idées ne semblent pas trop porteuses ni même crédibles.Le poids de la crise est l'alibi du « moment ». On ne peut faire l'impasse sur le démontagede cet argutie. Les luttes ont besoin de résultats positifs et si l'on veut changerla réalité il faut d'abord la connaître ... Peut on financer ou pas la retraite à taux pleinà 60 ans ? La réponse est oui mais non pour le Capital. La lutte des classes n'a jamaiscessé mais ce sont les patrons qui la pratiquent de manière intensive. Le combatidéologique est essentiel.LAURENT MICHELAU CŒUR DES ENJEUX DES MUNICIPALESLes Rencontres nationales de l’ANECR qui auront lieu à Gennevilliers, les18, 19 et 20 octobre prochains. Elles seront un moment importantd’échanges en préparation directe des échéances de 2014, municipaleset européennes, et se veulent utiles à l’approfondissement des contenuset à l’engagement de nos candidats.Le secteur Communication en lien avec le secteur Élections prépare desfiches pratiques pour tous les militants et candidats afin de les aider àmener la bataille des municipales.Pourquoi l’agricultureest-elle un enjeu decivilisation ?Xavier Compain et Éric Coquard*Un texte juste et complet qui meréconcilierait presque avec le PCF.C'est en tout cas le texte le plus pertinentque j'aie pu lire. Même bref,il fait un tour complet de la question.Le PCF devrait davantage le populariser.Il pourrait aller plus loin et explorerles pistes entre vie paysanne, productionà échelle humaine et protectionde la nature (eaux et forêts).R. S. SUR MEDIAPARTÀ quelques mois des électionsmunicipales, le n°2 deProgressistes, la nouvelle revuedu PCF, vous proposera undossier sur l’environnementautour des questions dutransport, de l’énergie, dutraitement des déchets, del’eau… Chercheurs, élus,professionnels, militants,syndicalistes nous livreront leursexpériences et leurs propositionsd’avenir...À ne pas manquer.33La Revue du Projet - Tél. : 01 40 40 12 34 - Directeur de publication : Patrice Bessac - Rédacteur en chef : Guillaume Quashie-Vauclin - Secrétariat derédaction : Noëlle Mansoux - Comité de rédaction : Caroline Bardot, Hélène Bidard, Davy Castel, Igor Martinache, Nicolas Dutent, Amar Bellal, MarineRoussillon, Côme Simien, Renaud Boissac, Étienne Chosson, Alain Vermeersch, Corinne Luxembourg, Léo Purguette, Michaël Orand, Pierre Crépel,Florian Gulli, Franck Delorieux, Francis Combes - Direction artistique et illustrations : Frédo Coyère - Mise en page : Sébastien Thomassey - Édité parl’association Paul-Langevin (6, avenue Mathurin-Moreau 75 167 Paris Cedex 19) - Imprimerie Public Imprim (12, rue Pierre-Timbaud BP 553 69 637Vénissieux Cedex) - Dépôt légal : septembre 2013 - N°29 - Numéro de commission paritaire : 1014 G 91533.SEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


TRAVAIL DE SECTEURSENTRETIEN RÉALISÉ PAR LÉO PURGUETTELE GRAND ENTRETIENLa connaissance n'est pasun objet consommableConseillère régionale en PACA, enseignante à Aix-en-Provence, Anne Mesliand esten charge de l'enseignement supérieur et de la recherche au PCF après avoir étéune dirigeante syndicale nationale dans ce secteur. Elle réagit à l'actualité dumonde universitaire et scientifique et expose la place que les communistes donnentà la connaissance dans leur projet de transformation de la société.34La loi Fioraso a été adoptée en dépit du votecontre des parlementaires communistes et duFront de gauche. En quoi la jugez-vous insatisfaisante?Une loi était attendue par la communautéscientifique et universitaire aprèsdix ans de politiques libérales qui l'ontplongée dans des difficultés très importanteset pas seulement sur le planfinancier. Mais la loi présentée par legouvernement socialiste ne répond niaux urgences budgétaires des universités,notamment celles placées soustutelle des recteurs, ni aux attentesdémocratiques du monde scientifique etuniversitaire en matière de collégialité,d'espace d'indépendance…La loi défendue par Geneviève Fiorason'est pas en rupture avec les textes antérieurs.À certains égards, elle les poursuit.Les parlementaires communistesau Sénat comme à l'Assemblée nationalese sont engagés dans le débat législatifavec la volonté de faire entendre lavoix des universitaires, des chercheurs,des syndicats du secteur, avec des amendementsprécis. Au bout du processus,aucune inflexion n'a été consentiecomme l'a déploré Marie-George Buffet.Je dirais même que des amendementsd'autres groupes – acceptés quant àeux – sont venus aggraver le texte.Les missions de l'université sont de plusen plus soumises au principe de compétitivitéet la production de connaissancecontrainte par les exigences du capitalismefinancier. Cette loi ne le remet pasen cause. Elle ne contient pas non plusd'efforts suffisants pour la démocratisationde l'enseignement supérieur dansune perspective de lutte contre la reproductiondes inégalités sociales.Quant à la démocratie au sein de l'université,après la loi LRU qui avait ététrès critiquée notamment sur ce point,la loi Fioraso revient sur le mode descrutin pour l'élection des conseils sanspour autant rétablir la proportionnelleintégrale. Elle instaure la parité ce qui,en soi, est une bonne chose à conditionde prendre en compte la question lesinégalités professionnelles pour larésoudre. Selon les disciplines, lesfemmes ne représentent qu’entre 15 et20 % des professeurs d’université. Àpeine autant que dans l'armée !La possibilité d'enseigner dans une langueétrangère – dans les faits en anglais – contenuedans la loi a fait couler beaucoup d'encre.Quelle est votre position sur le sujet ?Si certains ont focalisé le débat surcette question dans le but d'en faire unécran de fumée, je dois dire que la levéede boucliers est tout à fait fondée. Sousprétexte « d'attractivité » internationale,la loi autorise les cours en languesétrangères par des enseignants qui nesont pas des professeurs invités locuteursde ces langues mais des enseignantsfrançais. Quelle que soit lanécessité de coopération internationale,il faut absolument permettre à toutesles langues de penser la science, deposer des cadres conceptuels, de produiredes savoirs en leur sein. Unelangue qui ne se confronterait plus à lascience s'appauvrirait considérablement.Cette disposition de la loi encourage lamainmise déjà existante de l'anglais surles publications scientifiques. Elle pourraitaussi devenir un cheval de Troie desorganismes de formation privés nordaméricainsqui, à l'heure de l'ouverturedes négociations sur le marché transatlantique,regardent avec gourmandisece qu'ils considèrent comme le « marché» de la formation.Et les étudiants dans tout ça ? La ministre del'Enseignement supérieur et de la rechercheannonce que sa loi comporte des dispositionsde nature à améliorer leur réussite. Qu'endites-vous ?Les étudiants sont dans une situationtrès tendue. L'UEC a déjà indiqué cequ'on pouvait craindre pour cette rentrée– dans un contexte d'approfondissementde la crise – en termes d'appauvrissement,de difficultés d'accès aux soinsmais aussi à la vie culturelle pour les étudiantscondamnés à trouver un emploialimentaire. De ce point de vue, rien nevient en matière de moyens pour per-LA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


ÉTUDIANTS INSCRITS DANS L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR EN 2010-201135Source : ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherchemettre à tous d'être pleinement étudiants.La perpétuation des injustices,l'échec à cause de la galère sont inacceptables.L'insuffisance des moyens desuniversités elles-mêmes porte une partde responsabilité dans l'échec des étudiantsqui pâtissent de cours aux effec-“Les missionsde l'université sont de plusen plus soumises au principede compétitivité et la productionde connaissance contraintepar les exigences du capitalismefinancier.”tifs surchargés. Le SNESUP chiffre à plusde 5 000 le nombre de postes manquants,c'est dire le chemin à parcourir.Le PCF et l'UEC travaillent ensemble surles questions étudiantes dans le respectde l'indépendance de nos organisationset avec le souci de remplir chacun nosmissions particulières. C'est dans cetesprit qu'avec Hugo Pompougnac,secrétaire national de l'UEC, nous avonsco-animé un atelier à l'université d'étédes Karrellis.Résorber l'échec à l'université peut-il se résumerà une question de moyens ?D'abord, au-delà des lieux communs surl'échec à l'université, il faut rappelerqu'il en sort des personnes de grandtalent, des docteurs, des chercheurs,des médecins… Ensuite, l'échec existe, ilest toujours trop important, on ne sauraitle nier. Sans doute faut-il réfléchir àla question de la qualification dans laformation générale. Les savoirs fondamentauxet technologiques sont beaucouptrop disjoints. Il faut permettre auxétudiants lorsqu'ils s'engagent dans unefilière, d'avoir une vision claire de là oùelle va les mener en termes de métier.Je ne parle pas de professionnalisationtant ce terme a été dévoyé par les libéraux.Il faut précisément des diplômesnationaux qualifiants face à l'offensivedu Medef à l'extérieur, mais aussi à l’intérieurde l'université, qui tente detransformer la notion de qualificationen notion de compétence. Cela conduità une fragmentation des formations, àleur dévalorisation et donc à une déqualificationdes travailleurs. Il faut aucontraire sécuriser les parcours avec unbagage initial garanti en matière desavoirs et de capacités à évoluer dansles savoirs et la connaissance. C'est unrôle essentiel pour l'université.SEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


TRAVAIL DE SECTEURSQuel est votre état d'esprit à l'approche de larentrée universitaire après l'adoption de cetteloi ?Les problèmes budgétaires quoi qu'endise la ministre sont largement devantnous. Les questions d'emploi vont devenirabsolument incontournables. Dansles organismes de recherches publics,plus d'un tiers des effectifs est précaire.La loi va donner lieu à toute une sériede décrets et il y aura des batailles àmener. Les communistes sont prêts àles mener à travers leur engagementsyndical et en tant que tels.À l'université comme ailleurs, il nousfaut démontrer ce qui fait obstacle àune véritable politique de gauche et dechangement. Il nous faut révéler lesliens entre les traités européens et lespolitiques d'austérité à l'œuvre. Il nousfaut dénoncer la recherche effrénée duprofit qui soumet la science et conduit àtourner le dos à la recherche fondamentaledont on sait qu'elle est désintéressée.Il nous faut faire le lien entre la désindustrialisationdu pays et les difficultésde la recherche, publique et privée. Ilnous faut initier des convergences enmontrant par exemple la logique quiunit la volonté de fusion autoritaire desuniversités dans de grands ensembleset celle de mettre en concurrence lesterritoires. Les batailles de résistancesont importantes et les communistes yprennent toute leur place mais nousavons la responsabilité, par ce travailpolitique, idéologique, d'ouvrir des perspectivesde changement et deconquête.L'accélération des avancées scientifiques etleurs implications dans la vie quotidienneposent avec de plus en plus de force la questiondes rapports entre science et société.Quelle est votre approche ?Le développement des connaissances etsurtout leur appropriation collective estincontestablement un des plus grandsdéfis de notre temps. Un défi pourrépondre aux questions qui se posent àl'humanité aux plans environnemental,énergétique, sanitaire, alimentaire,l’insuffisance des moyensdes universités porte une part deresponsabilité dans l’échec desétudiants qui pâtissent de cours “aux effectifs surchargés”démographique… Mais aussi un défidémocratique pour ouvrir une voie versla démocratie réelle. Celle-ci impliqueque les citoyens aient accès à l'ensembledes moyens culturels et intellectuelspour délibérer et évaluer la portéed'une décision. Nous voulons rompreavec la logique actuelle qui est celle des« experts ». Non pas qu'il n'y ait pas36L’OPPRESSION DE CLASSE EST SEXUÉEUn vent nouveau souffle sur le secteur « Droits des femmeset Féminisme » depuis le 36 e congrès.Notre contribution « Le féminisme ne tue pas » en amont dela rédaction de la motion finale a permis de redonner du sensà notre engagement féministe et communiste.Partager que le féminisme conjugué à la lutte des classes estun combat universel qui ouvrira ou pas une transformationradicale de la société, suivant la force que nous saurons luidonner, est un enjeu majeur !Il n’est pas inutile de souligner, une nouvelle fois, que la questionn’est pas de stigmatiser les hommes, de les désignercomme les oppresseurs, les bourreaux, mais de dénoncer unsystème qui asservit chacune et chacun.Les hommes sont eux-mêmes des victimes avec une assignationà des rôles et une place dans la société. Ils sont enfermésdans des stéréotypes de réussite sociale et familiale. Toutécart à cette norme est de fait très mal vécu.Pour les féministes que nous sommes, il ne s’agit pas de remplacerun système de domination par un autre, ni de prendrele pouvoir mais de le partager dans le respect et la dignitéde chacune et de chacun.Nous devons donc, Hommes ET Femmes, nous mobiliser,ensemble, pour changer de regard, pour ne plus reproduireune socialisation différenciée qui cloisonne dès le plus jeuneâge, qui enferme nos identités. Communistes, nous devonsfaire éclater ces cadres pour le mieux vivre ensemble.BRÈVES DE SECTEURLutter pour une société d’émancipation humaine, c’est rejetertoute domination, c’est refuser toute soumission, c’estabolir toute exploitation. C’est ce chemin-là qu’il nous fautprendre ensemble pour faire grandir notre rassemblement,pour faire du Front de gauche un véritable « Front populaire ».C’est ce que nous avons porté avec notre Marche des femmescontre l’austérité et c’est ce que nous allons poursuivre etamplifier à la Fête de l’Humanité.LAURENCE COHENDROITS DES FEMMES ET FÉMINISMESE MOBILISER POUR OBTENIR DESCHANGEMENTSBeaucoup d’activités du Front de gauche média depuis ledébut de l’année, du point de vue législatif, prises de positions,assemblées citoyennes.Après le dépôt par les députés Front de gauche de la propositionde loi « visant au redressement de la presse et de sa distributionau service du pluralisme », trois assemblées pourla populariser, Marseille, Paris au Monde, Vénissieux, à chaquefois plus d’une centaine de personnes, travailleurs du Livreet citoyens. Il s’agit maintenant, avec les syndicats et le réseaucourriel des « Amis du Front de gauche média », d’obtenirson inscription à l’ordre du jour de l’Assemblée.Autre combat, avec les parlementaires Front de gauche, laréforme du CSA, un des engagements d’Hollande. Cetteréforme ne répond pas aux exigences, car si l’on peut se réjouirde la fin de nomination des PDG de l’audiovisuel public parLA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


d'experts mais parce que la logiquedominante repose sur la dénégation descapacités de comprendre des citoyens,là où au contraire, il faut une appropriationcollective, une mise en commun.Les scientifiques revendiquent à justetitre l'indépendance de la recherche etpour le PCF garantir l’indépendanceintellectuelle des travailleurs scientifiquesest un principe fondamental.Dans le même temps les citoyens doiventpouvoir se prononcer sur le développementde la recherche, c'est pourquoinous proposons de créer desforums citoyens de la science, de latechnologie et de la culture. Dotés depouvoir d’enquête, indépendants detout pouvoir politique ou pression économique,ils débattraient publiquementet rapporteraient tous les ans devantl’Assemblée nationale. Bien sûr celasuppose de donner aux chercheurs dutemps et des moyens pour la diffusionde leurs résultats auprès du public etaussi de transformer quelque peu notresystème médiatique !Les tenants du capitalisme mondialisé ont unprojet qui incorpore l'enseignement supérieuret la recherche : ils lui ont donné le nom« d'économie de la connaissance ». Quelleplace les communistes leur donnent-ils dansleur projet de transformation de la société ?La stratégie de Lisbonne vise à instrumentaliserla production de savoirs pourmaximiser les profits – de plus en plusdéconnectés de l'économie réelle. Cetobjectif est, bien entendu, à l'opposé denotre conception du développement dessavoirs, scientifiques mais aussi artistiques,sensibles. La recherche est profondémenthumaine. Elle repose surcette pulsion de connaissance de l'humanitéqui n'est jamais satisfaite de cequ'elle sait. Nous l'affirmons : à l'opposédes logiques de marchandisation, laconnaissance n'est pas un objetconsommable. C'est le contraire : en lapartageant on la multiplie. Elle est foncièrementémancipatrice car en permettantde comprendre le monde, ellepermet de le transformer, d'en inventerun nouveau. Elle participe donc du mouvementde transformation socialeauquel nous fixons une visée révolutionnairede dépassement du capitalisme.Marx considérait que la société communisteest celle où l'on pourra travaillerquatre heures par jour et choisir d'allerpêcher le matin et de faire de la philosophiele soir. Pour les communistes, laconnaissance, sa production, son appropriationont leur place au cœur de la viesociale mais aussi individuelle dans cequ'elle peut avoir de plus intime, aumême titre que les autres plaisirs etoccupations de l'existence. n37le Président de la République, syndicats et téléspectateursen sont absents et le CSA ne devrait pas faire mieux respecterle pluralisme qu’il ne l’a fait. Nous espérons une loi d’ensemblesur l’audiovisuel en 2014, ce qui nous permettrait dedéfendre nos propositions de Conseil supérieur des média,d’élection des PDG de l’audiovisuel public par les conseilsd’administration, de création du Pôle public audiovisuel.Un engagement de Hollande est en passe d’être tenu, l’améliorationde la loi protégeant les sources des journalistes. Onpeut s’en féliciter, mais celle-ci laisse encore la possibilité deperquisition à un juge s’il y a « prévention d’un délit constituantune atteinte grave à la personne », formulation troplarge à notre sens.Le Front de gauche média a apporté son soutien à Acrimedet à Médiapart ; Bercy a refusé à l’Association la défiscalisationdes dons au prétexte qu’elle « ne contribue pas à la productionet à la diffusion d’œuvres de l’esprit » (!), quant àMédiapart la Cour d’appel de Versailles a ordonné de supprimerde son site toute citation des enregistrements concernantl’affaire Bettencourt, un véritable acte de censure mettanten danger la pérennité de ce média.Soutien également à la lutte des salariés de l’ERT (la télévisiongrecque) et aux dirigeants du SNJ et du SNJ-CGT (quiavaient regretté les conditions de divulgation du « mur descons ») dont le site euro-reconquista avait diffusé les nomset téléphones entraînant sur le net de véritables appels aumeurtre !Comme aux Estivales du Front de gauche, le front thématiqueMédia anime des débats à la Fête de L’Humanité.JEAN-FRANÇOIS TÉALDIMÉDIAUNE INITIATIVE À L'AUTOMNELe secteur multiplie les initiatives. Tour d'horizon des rendez-vouspassés et à venir :Université d’été : atelier sur le thème « Quelles actions pourl’économie sociale et solidaire dans les territoires » avec lesdirigeants de l’association Max Havelaar France.Front de gauche Économie sociale et solidaire (ESS) : unebrochure a été rendue publique lors des estivales qui ontaccueilli un atelier sur la vie associative.Préparation d'une initiative pour l’automne 2013 « rencontredu PCF avec les acteurs de l’économie sociale et solidaire» Elle se tiendra un samedi, sous forme d’une matinéed’ateliers et d’un après-midi de restitution – débat en plénière.Quatre ateliers thématiques : l’économie sociale et letravail, la santé, la finance, l’agriculture et l’agroalimentaire.Chacun de ces ateliers a fait l’objet de travaux préparatoiresde co-construction avec des acteurs importants de l’ESS,mutualistes, coopérateurs, salariés de banques coopératives,syndicalistes… et les responsables des secteurs travail, santé,agriculture et économie du Conseil national.Participation à la réunion d’Ap2E sur la proposition de loi« droit de préemption des salariés en cas de cession de leurentreprise ».Rencontres avec les dirigeants de Max Havelaar, Artisansdu monde, Rencontres sociales et les dirigeants des Centresd’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural.SYLVIE MAYERÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRESEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


COMBAT D’ I DÉES«Tu peux tout accomplir dans la vie si tu as le courage de le rêver, l’intelligence d’en faire un projetPar GÉRARD STREIFFLa France réacOn l'aura vue défiler ces derniers mois pour « sauver » l'ordre familial cetteFrance réac qui, d'ordinaire, se montre peu. D'où vient-elle ? Qui la compose? Que pense-t-elle ?38Le réac, on sait que ça existe,c'est un genre installé dans le panorama,un personnage récurrent du théâtre politique,un incontournable de la viepublique. Quelle famille ne possède pasle sien ? Dans chaque quartier, village,lieu de travail, il y a le réac de service. Quin'est pas seulement un droitier ou quiest, dirons-nous, un droitier plus : plusde rigidité, plus d'intolérance, plus depasséisme. Bref, un réac, c'est assezbanal. Mais quand les réacs sortent enmeute, quand ils descendent à plusieurscentaines de milliers d'exemplaires pourarpenter les avenues de Paris comme ilsl'ont fait lors des diverses manifestationscontre le mariage pour tous, là, le spectacleétonne toujours un peu. On se dit :mais qui sont tous ces gens ? Cette Franceréac, d'où sort elle ? Où se cachait-elle ?Et que cherche-t-elle ?Car le réac processionne rarement. Larue, la déambulation collective, cela nefigure pas trop dans ses gènes. On les avus en nombre en 1984, pour la défensede leur école privée, mais cela remonteà trente ans ; or les revoici pour la sauvegardede la famille, en tout cas pourl'image qu'ils s'en font.Leur front, un temps, a pu sembler uni,coordonné et pourtant ces rassemblementsfédèrent plusieurs tribus, auxcaractéristiques proches mais relativementautonomes les unes des autres.Il y a là la France des beaux quartiers,celles des familles cossues et nombreuses(le réac, quand il manifeste, le fait volontiersavec ses enfants) ; ce genre fut untemps assez bien incarné par Philippede Villiers. Cette France, on la situe géographiquement: elle vient d'Auteuil –Neuilly – Passy, de Versailles et des environs.Ce sont très souvent des héritiers,héritiers d'un patrimoine, ou/et d'uneculture, ou/et de mémoires. Les sociologuesPinçon-Charlot ont bien décritcet univers. Oui mais tous les manifestantsne viennent pas de l'Ouest parisien,tous ne sont pas des possédants,loin s'en faut. Et tous les cossus n'étaientpas dans la rue.Il y a là la France de tradition catholique,au sens propre, la tradition et le catholicismeliés, celle qui dépasse assez largementles seuls intégristes, tout un pande la société éduqué dans le respect derituels précis et mobilisé de temps à autre(voir les JMJ, ou lors de la venue du pape).L'Église catholique et ses clercs, ses presbytères,ses paroisses et ses conseils defabrique ont beaucoup donné ces derniersmois dans cette bataille. Questiond'intime conviction, peut-être, d'intérêtsaussi. La famille, le mariage sont lesfonds de commerce d'une institution enperte de vitesse. Ancienne puissancedominante et assoupie, cette Église quise découvre « minoritaire » et s'inquiète,retrouve les vertus de la mobilisation, dela réunion, de la communication, desdéfilés, d'un certain militantisme. L'idéeavancée ici ou là qu'elle pourrait, aprèstout, se recycler dans le mariage catholiquepour tous lui est, pour l'heure,insupportable. Oui mais tous les catholiquesne sont pas dans ces manifestations.Il y a là la France de droite, classique,umpiste ou centriste, celle des inévitablesnotables.Dans la bataille contre le mariage pourtous, elle soutient, elle sent la bonne opérationde déstabilisation de l'adversaire.Oui, mais toute la droite ne s'identifiepas totalement au mouvement et mêmeles chefs se gardent une marge demanœuvre, préservent l'avenir.Il y a là la France d'extrême droite, celledes fanatiques de Civitas, des jeunes gensagenouillés sur le pavé, bras en croix, desgros bras du GUD, des aventuriers identitaires,des fanas du « Printemps français». Ils peuvent encadrer, animer, provoquer,ils ne constituent pas le gros destroupes. Et puis, même Marine Le Pen,un temps, s'est contorsionnée pour direqu'elle était pour tout en n'étant pas totalementpour ni contre d'ailleurs, etc.Bref, il y a là des cossus et des traditionalistes,des umpistes et des FN, des friquéset des fauchés, des « radicaux » etdes placides. Qu'est ce qui les fédère ?Autrement dit, qu'est ce qui caractérisele réac ?LA PEUR DU MOUVEMENTEt comment eux se définissent ? IvanRioufol qui est en quelque sorte leurLA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


éaliste, et la volonté de voir ce projet mené à bien.» Sidney A. Friedman, économiste américainporte-parole dans sa chronique hebdomadairedu Figaro, parle (29/3) d'une« une France silencieuse, décidée àaffronter l'idéologie relativiste du politiquementcorrect », de gens « qui sontvenus de toutes les provinces ne demandantque le respect de leur civilisation,de leur culture, de leur histoire, de leurstraditions, bref de leur mémoire, motdétesté par les valets d'un mondialismetotalitaire où tout deviendrait indifférencié,interchangeable » ou encore d'un« peuple éduqué et respectueux de sonpassé ». Au-delà d'un ton polémique etd'un discours un peu convenu, il y a làquelques éléments d'identification. Lerespect du passé est un leitmotiv. Il nes'agit pas ici d'un simple goût pour lesavoir historique, d'une attention légitimepour des expériences collectivesfortes mais d'une sorte de culte pour latradition, pour une façon d'être cadréeune fois pour toutes, un mode de vieappelé à se répéter à l'identique, uneimagerie héroïque, fantasme d'une « civilisation» avec ses gloires, ses crises, ses(belles) guerres, une culture codée, unacadémisme structurel (par principe, leréac déteste l'art contemporain).Le réac est de droite, foncièrement, c’està-direqu'il partage toutes les valeurs decette famille, ordre, hiérarchie, autorité,anti-égalité (voir l'encadré ci-contre)mais dans cette droite, il a sa singularité.Le réac a peur du mouvement, du changement,du nouveau. Sa peur est quasiexistentielle. Il est fondamentalementanti-révolutionnaire au sens où la révolutioncomme dit le Larousse est un« changement important dans l'ordred'une société ». Tout ici le révulse, rienne lui va dans un tel projet. L'immobilité,la reproduction à l'identique au contrairele tranquillisent ; cela est synonyme pourlui de calme, de repos, d'impassibilité,d'éternité sans doute. Le réac n'est pasdu tout dans la démarche du prince deLampedusa qui, dans Le Guépard, faitdire à son personnage Tancredi, qu'il« faut que tout change pour que rien nechange ». Horreur ! Le réac, tout aucontraire, est dans une sorte de fixation :il faut que rien ne change pour que rienne change !Comme si l'ordre des choses était donnéune fois pour toutes.Riche ou pauvre, il est pareillement attachéà l'existant, à l'état du monde dontl'ordre (le désordre ?) le réconforte, unmécanisme que le philosopheEmmanuel Terray a fort bien décrit dansson essai Penser à droite aux éditionsGalilée. nEMMANUEL TERRAY :« LES FONDAMENTAUX DE DROITE »« Je suis d'une famille de droite classiquerépublicaine. Au fur et à mesureque les années ont passé, il m'a sembléqu'il fallait prendre la mesure dufait que la moitié du monde ne pensepas comme moi ; et qu'on ne pouvaitpas réduire ce fait à la simple défensed'intérêts matériels. D'autant que danscette moitié, beaucoup de gens ont peud'intérêts à défendre. Je voulais comprendrece qui les amenait à défendreun ordre établi qui les traite relativementmal. Ce livre (Penser à droite) estle fruit d'un effort déployé pour comprendrela tribu de la droite. [...] Lesvaleurs de la droite classique et cellesdes tenants du libéralisme économiques'opposent presque terme à terme : lastabilité, l'enracinement, la sécurité etle consensus d'un côté ; la mobilité, lenomadisme, le goût du risque et la compétitionde l'autre. [...] Ceci dit, cettedistinction n'efface pas les fondamentaux: l'ordre, la hiérarchie, l'autorité,la priorité donnée au plus proche surle lointain, restent constantes. L'idéed'égalité est rejetée par toutes les fractionsde la droite – l'inégalité est mêmeconsidérée comme un bienfait, unmoteur de la compétition, donc de lacroissance, de l'innovation. »Entretien avec Mathieu Deslandes deRue89, mars 2012.39SEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


MOUVEMENT RÉEL« Le communisme n'est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelonscommunisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel. Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses actuellementexistantes. » Karl Marx, Friedrich Engels - L'Idéologie allemande.PAR CLAUDE MORILHAT*L’idéologie, un concept fondamentalde la pensée marxisteDans nos démocraties libérales l’acceptation par de très larges fractions desclasses populaires de la domination d’une oligarchie (associant politiques ethommes d’affaires) apparaît comme une dimension politique cruciale.40*CLAUDE MORILHAT est docteur enphilosophie.Au milieu du XVI e siècle l’amide Montaigne, Étienne de La Boétie, dansun bref essai le Discours de la servitudevolontaire, cherche à éclairer le cœur mêmede la réalité politique. À partir de la notionapparemment contradictoire de servitudevolontaire, La Boétie s’efforce de comprendreune réalité énigmatique : la domination,dans toutes les sociétés inégalitaires,du grand nombre par une petite minorité,voire par un seul. Étant donné l’énormeécart numérique entre ceux qui exercentle pouvoir et ceux qui lui sont soumis, laseule invocation du recours à la force s’avèrebien insuffisante. D’après le Discours il n’estpas même nécessaire de combattre le tyran,« il n’est pas besoin de le défaire […] il nefaut pas lui ôter rien, mais ne lui donnerrien ». Il suffirait à ses victimes de ne pasle servir, de ne pas lui prêter leurs forces,en leur absence il n’est rien, de même quele feu s’éteint faute de bois « sans qu’on ymette de l’eau ». Le constat s’impose : lepouvoir ne possède d’autres forces que cellede ses sujets. Pour expliquer le consentementà la servitude le Discours nous proposetrois grandes raisons : l’habitude, l’acceptationde l’existant ; la corruption desmœurs par le pouvoir (les jeux du cirquedans l’Antiquité par ex.) ; le rôle de la religionet d’autres croyances. Mais plus fondamentalement,La Boétie met en questionl’idée simpliste d’un pouvoir isolé face aupeuple. Loin de lui être extérieur, le pouvoirtraverse la société, ainsi voit-on nombredes sujets « sous le grand tyran, tyranneauxeux-mêmes ». Étant donné la structure pyramidaledu pouvoir, une part importante dela population trouve à satisfaire son ambitionou son avarice dans sa complaisanceà l’égard de celui-là.LA NOTION D’IDÉOLOGIEDÉVELOPPÉE PAR MARXPresque cinq siècles après, nos sociétéssont bien différentes de celle où vivait LaBoétie, par ailleurs nous bénéficions dessavoirs développés depuis lors par lessciences sociales, pourtant la question del’assujettissement, du consentement de lamajorité du peuple à sa domination par uneétroite minorité demeure toujours difficileà concevoir. Si dans toutes les sociétés declasses, le rôle de la répression ne sauraitêtre ignoré, dans nos démocraties libéralesc’est l’acceptation par de très larges fractionsdes classes populaires de la dominationd’une oligarchie (associant politiqueset hommes d’affaires) qui apparaît commeune dimension politique cruciale.Au premier abord, la notion d’idéologiedéveloppée par Marx semble offrir l’instrumentconceptuel majeur susceptible d’éclairerl’acceptation de la domination socialeet politique. Mais le concept, chez Marxmême, n’est pas dépourvu d’incertitudes,en raison de sa complexité il a donné lieuselon les auteurs à des développementsunilatéraux souvent fortement divergents.Par ailleurs, avec le passage du mot dansla langue courante, son usage polémiqueau cours des joutes politiques, la portée etla nécessité théorique du concept se sontfortement obscurcies. Enfin, certains héritiersde Marx ont proposé des élaborationsneuves (Gramsci, Althusser), des développementsthéoriques importants ont eu lieuen ce qui concerne la compréhension de laréalité sociale (Bourdieu). C’est donc unconcept enrichi et rectifié qu’il convient demettre en œuvre pour faire face aux exigencespolitiques et théoriques présentes.C’est dans L’idéologie allemande que Marxet Engels élaborent le concept. L’on y trouvequelques-unes des thèses les plus célèbresdu matérialisme historique : « La productiondes idées, des représentations et de laconscience est d’abord directement et intimementmêlée à l’activité et au commercematériel des hommes, elle est le langagede la vie réelle […] La conscience ne peutjamais être autre chose que l’Être conscientet l’Être des hommes est leur processus devie réelle » ; « Les pensées de la classe dominantesont aussi à toutes les époques, lespensées dominantes, autrement dit la classequi est la puissance matérielle dominantede la société est aussi la puissance dominantespirituelle » ; « à partir du momentoù s’opère une division du travail matérielet intellectuel […] la conscience peut vraiments’imaginer qu’elle est autre chose quela conscience de la pratique existante »…Pour le dire fort schématiquement, Marxet Engels voient alors dans l’idéologie unensemble de représentations trompeusesqui reflètent la base économico-sociale dela société. Leurs réflexions appellent aumoins deux remarques : en insistant unilatéralement,de façon polémique, sur le caractèreillusoire des idéologies et leur incon-LA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


sistance ils rendent difficilement compréhensibleleur efficace sociale ; à cette époqueils estiment à partir d’une vision irréalisteque « pour la masse des hommes, c’est-àdirepour le prolétariat, ces représentationsthéoriques n’existent pas, donc pour cettemasse elles n’ont pas non plus besoin d’êtresupprimées et, si celle-ci a jamais euquelques représentations théoriques tellesque la religion, il y a longtemps déjà qu’ellessont détruites par les circonstances ».L’idéologie dominante ne concernerait doncque la bourgeoisie et la petite bourgeoisie,laissant les masses ouvrières miraculeusementindemnes, celles-ci ayant d’embléeen raison de leurs luttes une compréhensionimmédiate de la réalité du capitalisme,une saisie adéquate du mouvement historique.Mais comme le souligne Isabelle Garo, à lasuite des événements de 1848, Marx« renonce à la conviction que le prolétariatest révolutionnaire par définition et clairvoyantpar essence ». Dans ses œuvres ultérieures,il ne cessera de corriger le schématismede ses écrits de jeunesse, de rectifier,d’approfondir sa saisie de la place et du rôledes représentations au sein du tout social,mais le terme idéologie tend à disparaîtredans ses derniers textes. Se pose alors laquestion des rapports entre le conceptd’idéologie et la théorie du fétichisme miseen œuvre dans le Capital. Loin de toute saisiede l’idéologie comme simple reflet dela réalité, la théorie du fétichisme de la marchandiseet plus largement du capital,esquisse une analyse du procès d’engendrementdes représentations idéologiquesà partir du mouvement même des rapportsmarchands généralisés, des rapports deproduction capitalistes.LES APPORTS NOVATEURSDE GRAMSCI ET ALTHUSSERDans le sillage de Marx, Gramsci et Althussersont les deux penseurs les plus novateurss’agissant de l’idéologie.Le premier distingue (nous schématisons),d’une part la domination et d’autre partl’hégémonie exercées par la classe dominantesur les classes dominées. La première,mise en œuvre dans le cadre de l’État, s’appuiesur la coercition quand la seconde sedéploie au sein de la société civile pour obtenirl’adhésion de l’ensemble de la sociétéau pouvoir établi, l’une repose sur la forceet peut requérir l’exercice de la violenceouverte, l’autre se fonde sur le consentement,la participation à des valeurs, à descroyances communes. À l’encontre de l’économismequi affectait alors une large partdes analyses marxistes, Gramsci accordeainsi une importance nouvelle à l’idéologie,plus largement à la culture, dans la totalitésociale, tant en ce qui concerne la conquêtedu pouvoir par une classe et ses alliés qu’ensuitedans l’imposition de celui-là à l’ensemblede la société. Cette même inventivitépolitico-théorique de Gramsci le conduit àla prise en compte de la fonction socialedes intellectuels en insistant sur leur intégrationaux différentes couches sociales,de leur participation au maintien de l’hégémoniede la bourgeoisie ou à l’inverse,pour d’autres, de leur contribution au renversementde cette hégémonie au profitdes classes populaires. Plus, il souligne ladimension matérielle de l’instance idéologique,ainsi dans les Cahiers de prison, ilparle de « l’appareil d’hégémonie politiqueet culturelle des classes dominantes » ; évoquant« cette structure matérielle de l’idéologie», il énumère rapidement certains deses composants : maisons d’édition, journauxpolitiques, bulletins paroissiaux, bibliothèques,écoles, clubs de tous genres, nomsdes rues. Contrairement à une conceptionrudimentaire qui tend à ne voir dans l’idéologie,dans l’univers symbolique, qu’unchamp inconsistant de représentations, decroyances illusoires, la réduisant à une sortede reflet, de voile qui masque la seule réalitévéritable, l’économie, les réflexions desCahiers conduisent à la reconnaissance del’efficace propre des superstructures et del’idéologie quant à la reproduction des formationséconomiques et sociales.Soulignant l’apport de Gramsci, Althussers’est efforcé d’aller plus loin dans l’appréhensionde l’idéologie, d’en éclairer les ressorts.Il propose de compléter la théoriemarxiste de l’État en distinguant au sein del’appareil d’État, d’une part les institutionsqui constituent l’appareil répressif d’État etd’autre part celles qui représentent les appareilsidéologiques d’État (AIE). À l’unicitédu premier s’oppose la pluralité des seconds(AIE, scolaire, familial, religieux, politique,syndical, de l’information, culturel). Partant,Althusser peut écrire : « L’idéologie n’existepas dans le monde des idées” conçu commemonde spirituel”. L’idéologie existe dansdes institutions et dans les pratiques quisont les leurs ». Donc dans les pratiquesmêmes de leurs agents et des individus auxquelss’adressent ces institutions. De plus,le concept d’AIE vient mettre en cause uneconception schématique des rapports entrebase économique et superstructure. Maisla matérialité de l’idéologie ne se réalisepas seulement à travers des institutions.Pour chacun, elle s’incarne (au sens premierdu terme) dans les comportements,les gestes quotidiens associés à sescroyances, à son appréhension de la réalité.Althusser prend l’exemple de la religion(l’individu « va à l’église pour assister à lamesse, s’agenouille, prie, se confesse, faitpénitence… »), il est assez facile de mettreau jour cette inscription corporelle de l’idéologieen d’autres secteurs (pensons parexemple, à l’appareil médiatique et aux ritesplus ou moins individualisés qui règlent lalecture d’un journal ou la vision de la télé,au déroulement des manifestations sportivesou culturelles…). Situées plus largementdans un appareil idéologique, ces pratiquesréglées par des rituels codifiéssocialement ou partiellement liés à la personnalitéde chacun donnent corps à nosidées, à nos croyances. Faute de place, nousne ferons qu’évoquer la thèse cardinaled’Althusser quant au mécanisme idéologique: « Toute idéologie interpelle les individusconcrets en sujets concrets », elle les« constitue », les « transforme » en sujets(libres, moraux, responsables) dans le mouvementmême où elle les assujettit. À chacunl’idéologie assigne une place au seindes rapports sociaux, lui enjoint tel ou telcomportement.L’assujettissement idéologique s’impose àtravers l’ensemble de la réalité sociale, maisil trouve un ressort particulièrement puissantdans les milieux de travail.L’organisation traditionnelle reposait essentiellementsur l’obéissance passive auxordres de la hiérarchie, elle tend aujourd’huià laisser place à la mobilisation des ressourceshumaines qui veut une adhésion,une fidélité, un engagement spontané visà-visdes valeurs et des objectifs de l’entreprise.L’invocation de la crise économique,la lourde menace du chômage favorisentune moindre résistance aux injonctions dumanagement, encouragent les comportementsindividualistes. L’adhésion des classesdominées à l’ordre capitaliste néolibéral,l’hégémonie de ce dernier, se fondent ainsi,conformément au jugement de Gramsci,sur la combinaison du consentement et dela coercition au sein des rapports sociauxde production. n41SEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


HISTOIREPAR LUCA DI MAURO*L’échec d’une révolution exclusiveL’histoire de ces événements de Naples en 1799, bien qu’a priori mineure dansle panorama de l’Europe bouleversée par la Révolution française, a pourtantlaissé des traces durables dans la mémoire historique et politique… et pas seulementen Italie. Surtout, elle nous invite à identifier ce qui conduit une part dupeuple à se retourner contre le processus révolutionnaire.42*LUCA DI MAURO est historien. Il estdoctorant à l’Institut d’histoire de laRévolution française (Paris I).En 1799 l’armée française envahitle Royaume de Naples en chassant ladynastie des Bourbons, dont les membresse réfugient en Sicile. Une République estinstaurée en janvier. L’élite intellectuellede l’Italie méridionale forme le gouvernementde ce nouvel État, tiraillé entre desrapports difficiles avec les « libérateurs »et la menace que fait peser sur son avenirles forces de la réaction. Une arméepaysanne, guidée par le charismatiquecardinal Ruffo, reconquiert le royaume enquelques mois. La monarchie restauréese livre à une répression sanglante quianéantit le front républicain.L’une des « Républiques sœurs », néeavec l’avancée des troupes révolutionnairesfrançaises, n’est pas renverséepar la contre-attaque des monarchiescoalisées contre les idées nouvelles maispar son propre peuple, soulevé au nomde la religion, et capable d’effacer l’Étatcréé par une élite intellectuelle et républicaineà l’aide des baïonnettes françaises.Ce soulèvement populaire contre laRévolution, uni au sort tragique de lamajorité de ceux qui avaient créé laRépublique, victimes après le retour deFerdinand IV de Bourbon de l’une desrépressions les plus dures de l’histoirede Naples, donne à cette histoire un senspluriel, qu’il est possible d’approchergrâce à un « chroniqueur d’exception »,Vincenzo Cuoco, républicain exilé, quiécrit, dans les années qui suivent immédiatementla catastrophe, le Saggio storicosulla Rivoluzione di Napoli, soit unehistoire de la brève République napolitaine,appelé à devenir un classique de lalittérature politique pour les deux sièclesà venir.LE CONCEPT DE « RÉVOLUTION PASSIVE »DE VINCENZO CUOCOLa large diffusion de l’œuvre de l’exilé,les modifications introduites par l’auteurentre la première édition de 1801 et celle,bien plus répandue, de 1806, et surtoutles différentes lectures que l’on a donnéde son récit au fil des XIX e et XX e siècles,ont rendu de plus en plus difficile ladémarche d’identification des intentionsoriginelles de Vincenzo Cuoco, et beaucoupd’interprétations de l’œuvre n’ontpas tenu suffisamment compte de lasituation dans laquelle le livre est né.C’est ainsi que le Saggio storico a étéconsidéré, notamment pendant le XX esiècle, comme le manifeste d’un nationalismerétrograde et traditionaliste, apriori contraire à une Révolution quientend dépasser les coutumes traditionnellesdes Italiens. Si la majorité descommentateurs l’a vu comme unmodéré, critique envers une Révolutionsans bases et étrangère à la majorité dela population, d’autres l’ont considérétout court comme un réactionnaire, hostileenvers tout progressisme et surtoutenvers la France au nom de la traditionet de la religiosité du peuple, en somme,un de Maistre du Mezzogiorno.Le noyau conceptuel de la lecture queCuoco donne des faits de Naples est la« révolution passive », idée indiquantl’extranéité de la grande majorité dupeuple du Royaume de Naples à la révolutionet, par conséquent, l’isolementnon seulement politique mais aussi culturellede la minorité d’intellectuels protagonistesdes conjurations de la dernièredécennie du XVIII e siècle puis dugouvernement de la République. L’actionpolitique de ce groupe, mise à partquelque tentative généreuse commecelle d’Eleonora de Fonseca Pimentel àtravers les pages du MonitoreNapolitano, n’arrive jamais à toucher lavie des masses urbaines dans la capitaleet agricoles dans les provinces faisantpar conséquent de ces dernières uneformidable force de frappe pour la réaction.Cela a alimenté, pendant tout le XIX e siècleet une bonne partie du XX e , uneimage toujours répétée, presque defaçon acritique, concernant les « jacobins» napolitains : ils n’auraient constituéqu’un groupe d’utopistes généreux,pleins de bonnes intentions et de philosophiesmais incapables de lire pragmatiquementla réalité sur laquelle ilsessaient d’agir. Une « aristocratie réelle,de l’intelligence, de l’esprit », pour utiliserles mots de l’historien libéralBenedetto Croce, destinée à expier surl’échafaud son excès d’abstraction et,surtout, sa prétention d’importer uneRévolution « étrangère » dans unenation napolitaine, par essence contraireà toute forme de progrès et violemmentattachée à ses superstitions passéistes.C’est seulement dans la dernière décenniedu XX e siècle, à partir des étudesd’Antonino De Francesco, qu’une nouvelleinterprétation de la pensée deLA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


ment politique : Naples en 1799Cuoco (et, presque automatiquement, dela lecture de l’histoire de la Républiquenapolitaine) voit le jour. À travers ungrand effort de contextualisation historiqueet une reconstruction minutieusede la biographie du personnage, onobtient un tableau complètement renouveléde la situation. Tout d’abord, cesrecherches ont permis de mettre enlumière la participation de Cuoco à l’administrationde la République : cet engagementpersonnel dans la Révolution,auparavant méconnu ou largementsous-évalué, efface l’image du modéréqui observe de l’extérieur et encore pluscelle du réactionnaire qui hait lesFrançais. La polémique contre la GrandeNation doit donc être lue à la lumière desévénements de Naples et de Milan (siègede son exil) entre 1799 et 1801 et liée auxcomportements contingents des représentantsde Paris dans la péninsule, plutôtque d’être interprétée comme uneaversion de principe à l’expansion de laRévolution. Loin d’être une défense de latradition, donc, son analyse de la fortunede la Santa Fede (l’armée paysanne protagonistede la reconquête à la monarchiedu royaume) est faite du point devue de ceux qui n’avaient pas su préveniret endiguer le phénomène.Si cela est vrai, l’idée de plèbes naturellementconservatrices et qui se lèventuniquement pour la défense du trône etde l’autel mérite d’être nuancée (commel’avait d’ailleurs fait la critique marxistetout au long du XX e siècle), à la lumièredes conditions sociales et du système deproduction auxquels les structures politiquesexaminées se rattachent.DE LA « RÉVOLUTION PASSIVE » À LA« RÉVOLUTION MANQUÉE » (A. GRAMSCI)A la fin du XVIII e siècle, le Royaume deNaples est économiquement et socialementl’un des pays les plus en retard dela scène européenne, avec un degré dedéveloppement plus proche de celui dela Pologne que de celui de la France oudes États du Nord de l’Italie. Une capitalehypertrophiée qui attire une énormepartie de la richesse mais produit trèspeu en échange, siège unique depresque tous les tribunaux et, naturellement,de la cour, constitue la destinationfinale de tous les produits et de tous lestalents du royaume, étant donné que lesmeilleurs éléments de la maigre bourgeoisiedes autres régions s’y dirigent encherchant fortune dans l’université oudans le barreau.Dépourvue d’un véritable appareil industriel,la ville de Naples ne produit que desbiens de luxe (donc destinés à resterdans la ville ou à partir directement àl’étranger) et des services. Par conséquent,les masses rurales qui essaimentdans la capitale à partir de campagnestoujours plus pauvres, ne forment pas leprolétariat de la manufacture, maisagrandissent la lazzaria, un sous-prolétariatguenilleux et immense, parfoisprotagoniste d’émeutes sanglantesmais, en général, superstitieux et fidèle àla monarchie.Dans les provinces du royaume, lapériode qui va de 1765 à 1785 voit degrands domaines fonciers passer desmains d’une féodalité paresseuse, gestionnairede ces latifundia depuis dessiècles, à celle d’une bourgeoisie de villagenaissante. Si cela constitue en généralun signe de modernisation des campagnes,il en va tout autrement pour lespaysans. Pour eux, en effet, le passageau nouveau modèle de gestion de laterre, avec des rythmes de travail supérieurset l’abolition des terres communesdes villages, signifie un durcissementabsolu des conditions de vie. Dans cesconditions, un mécontentement paysanse répand largement.La révolution arrive justement au milieude ce processus et les différents acteurssociaux prennent place dans le nouveaupanorama politique : c’est la bourgeoisieprovinciale, à travers ses jeunes générationsparties étudier à Naples, qui s’unità des secteurs de la noblesse pour formerle front républicain. De plus, malgrél’instauration de la République, la loid’abolition de la féodalité n’est promulguéeque très tardivement et ceux qui,dans les campagnes, avaient salué l’événementcomme le début de la redistributiondes terres de ceux qui les possèdentà ceux qui les travaillent quotidiennement,sont amèrement déçus. En outre,quand la loi est introduite (seulementaprès le départ des troupes françaises,quand l’insurrection populaire est à soncomble), elle favorise justement le « coqde village », que le paysan perçoitcomme son exploiteur le plus direct.Si à Naples la confrontation entre révolutionnaireset partisans de l’ancienrégime suit une ligne de fracture définie,il en va autrement dans les campagnes.Là, les nouveaux propriétaires, bien plusrapaces que les précédents, justifientleurs agissements en brandissant lesidées des « intellectuels novateurs »,parfois malgré ces derniers. Il est facilede comprendre, donc, pourquoi lesplèbes rurales (bien plus que la lazzariade la capitale) constituent le nerf decette Vendée méridionale et deviennentle symbole même de la réaction obscurantiste.Le modèle qui permet probablement lemieux de décrire cette situation est celuiqu’Antonio Gramsci propose, dans sesCarnets de prison, pour l’interprétationde tout le processus d’unification nationale(le Risorgimento) dans les régionsmarginales, spécifiquement celles duSud du Pays. Ce processus a été celuid’une « révolution manquée » à causedu refus (ou de l’incapacité) de comprendredes élites politiques méridionalesqu’une révolution radicale et authentiquementpopulaire était possible à laseule condition de la subordonner à uneréforme agraire capable d’ébranlerconcrètement les latifundia en distribuantles terres aux paysans.La prétention de commencer la révolutionpar l’élément purement politique ennégligeant (même, mais non seulement,à cause de la classe de provenance desrévolutionnaires) la question sociale dela propriété de la terre a causé une fractureirréductible entre élite urbaine etmasses rurales, en livrant ces derniersau discours réactionnaire venant de lachaire des prédicateurs. n43SEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


PRODUCTION DE TERRITOIRESLes territoires sont des produits sociaux et le processus de production se poursuit. Du global au local les rapports de l'Homme àson milieu sont déterminants pour l'organisation de l'espace, murs, frontières, coopération, habiter, rapports de domination,urbanité... La compréhension des dynamiques socio-spatiales participe de la constitution d'un savoir populaire émancipateur.Par CAMILLE SCHMOLL*Figures fémininesde la migrationen Europe du SudOn peut aujourd’hui considérer l’Europe du Sud comme l’avant-poste de politiquesmigratoires sexuées qui ne disent pas leur nom.44*CAMILLE SCHMOLL est géographe, elle estmaître de conférences à l’université Paris-Diderot.On observe dans de nombreuxpays européens, une féminisation desflux migratoires. Dans le cas des paysd’Europe du Sud, ce n’est pas tant l’importancedu ratio de femmes, que lesmodalités de leur migration, ainsi queleur rôle dans la société et les marchésdu travail, qui frappent. Les migrantes nesont guère des suivantes, mais bien despionnières, qui émigrent souvent de façonautonome par rapport aux hommes.Certaines d’entre elles sont rejointes parenfants et maris ; d’autres laissent leursenfants aux bons soins de leurs parentsrestés au pays, entretenant ainsi de puissanteschaînes de solidarité transnationale.DIVISION MONDIALE ET SEXUÉE DUMARCHÉ DU TRAVAILEn Espagne et en Italie, en Grèce, auPortugal ou encore à Chypre, la maind’œuvreétrangère féminine constitueune ressource cruciale pour le fonction-nement social et économique du pays.L’importance de l’emploi informel constituebien souvent un facteur de vulnérabilisationet de discrimination pour cesmigrantes sur le marché du travail, mêmes’il génère parfois des occasions. Chaînoncentral d’un marché du travail mondialsegmenté selon le sexe et l’appartenanceethnique, la migration féminine occupeen particulier les secteurs du tourismeet de l’agriculture, des métiers du sexeet du commerce informel. C’est toutefoisles secteurs du soin et du travail domestiquequi représentent la première sourced’emploi des migrantes en Europe du Sud.Ces secteurs se rattachent en Europe duSud aux modèles de protection socialedits « familialistes », fondés sur la faiblessede l’État et le rôle central des solidaritésfamiliales. De plus en plus defamilles font appel à une main-d’œuvreétrangère pour trouver une solution àleurs besoins de travail reproductif. Ces« collaborateurs familiaux » se chargentde l’entretien de l’espace domestique, dusoin aux personnes âgées, mais aussi auxplus jeunes et aux malades. À Chypre parexemple on compte environ 40 000 travailleusesdomestiques étrangères, principalementphilippines, vietnamiennes etsri-lankaises, pour une population de 800000 habitants. En Italie, les collaborateursdomestiques sont officiellement aunombre de 750 000 aujourd’hui.DES POLITIQUES MIGRATOIRES SEXUÉESLes pays d’Europe du Sud constituent unobservatoire efficace de politiques demigrations choisies selon le sexe, quivisent à établir une régulation plus oumoins affichée de la main-d’œuvre fémininesur le marché du travail, cela parfoisaux dépens des travailleurs migrantsmasculins, moins désirables dans le cadred’une économie de services valorisantles stéréotypes féminins attachés au travailreproductif. En Italie, les dernièresopérations de régularisation ont privilégiéexplicitement les travailleurs domestiques,favorisant de facto la régularisationdes femmes.Par ailleurs, la politique migratoire sexuéemenée en Europe du Sud assume de plusen plus l’image d’une politique temporaire,où les droits du migrant sont conditionnésà l’obtention d’un permis de travail,parfois difficilement renouvelable.Ainsi, il existe à Chypre une politiquemigratoire extrêmement restrictive reposantsur des contrats temporaires de travaildomestique très proche de celle dusystème migratoire moyen-oriental. Dansle sud de l’Espagne, le recrutement demigrantes saisonnières circulaires quitravaillent à la cueillette des fraises sefait auprès de femmes, mères de jeunesenfants, directement « à la source », c’està-diredans les villages marocains. Lestravaux sur ce système ont mis en évi-LA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


45dence la vulnérabilité de ces femmes,dont la situation dépend totalement dubon vouloir de leurs employeurs, et dontla présence est conditionnée par la durée(et le respect) du contrat, ce qui constitueun remarquable outil pour disciplinerla main-d’œuvre.FAIBLESSE DES MESURES D’INTÉGRATIONLes femmes constituent donc un pointfocal de la politique d’immigration choisieou sélective de l’Union européenne :vues comme de bonnes travailleuses, auplus près des besoins de la société d’accueil,elles sont souvent privilégiées dansles politiques de migration temporaire etde régularisation. À leur vulnérabilitééconomique correspond une vulnérabilitésociale. Le Sud de l’Europe se composede pays qui, de pays de départ, sontdevenus récemment des lieux d’accueil,ce qui permet en partie de comprendrele manque de préparation total de cesÉtats face aux nouveaux flux migratoires.Mais cela ne suffit pas à expliquer l’absencede mesures d’intégration pour lesétrangers, car celle-ci persiste mêmeaprès plusieurs décennies d’immigration.Dans certains cas, la situation juridiquedes étrangers empire sous certainsaspects : en Italie et en Grèce par exemple,de nombreuses mesures juridiquesdiscriminatoires et xénophobes ont étévotées récemment.Un autre exemple tout à fait intéressantde cette faiblesse des mesures d’intégrationest le cas du logement. Les possibilitésd’aide à l’accès au logement pourles étrangers (primes, logement social,facilités dans l’accès à l’emprunt…) sontextrêmement limitées. Cela a pour effetparadoxal que les cas de ségrégation spatialesont limités, dans la mesure où leseffets de ségrégation liés au logementsocial n’existent pas. Les migrants, eneffet, et en particulier les femmes, cherchentdes logements un peu partout oùils sont disponibles, dans ce que DinaVaiou nomme les « interstices de la ville ».Une autre situation fréquente est le logementchez les employeurs. À Naples, parexemple, les femmes migrantes sont nombreusesdans les quartiers bourgeois del’ouest de la ville, où elles élisent domicilechez les familles aisées.Ce type de situation contribue à renforcerl’invisibilité sociale et spatiale desfemmes. Ceci dit, elles émergent de plusen plus dans l’espace public et se réapproprientles centres-villes, en des siteset moments spécifiques : marchés hebdomadaires,réunions religieuses, appropriationdes parcs le week-end.L’EFFET DE LA CRISE ?Une question importante, qui fait craindreune détérioration de la situation desmigrantes et migrants, reste en suspensaujourd’hui. On peut imaginer aisémentque, du fait de la crise économique et del’augmentation du chômage, de nombreuxmigrants perdent leurs débouchéssur le marché du travail, ce qui contribueraà vulnérabiliser leur situation économiqueet dans de nombreux cas, légalepuisqu’on l’a vu, la possibilité d’obtenirun permis de séjour est de plus en plusconditionnée par la possession d’uncontrat de travail. De fait, certains de cespays sud-européens comme l’Espagnevoient chuter leur présence étrangèrerésidente, et la reprise de l’émigrationdes nationaux. nSEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


SCIENCESLa culture scientifique est un enjeu de société. L’appropriation citoyenne de celle-ci participe de la constructiondu projet communiste. Chaque mois un article éclaire une actualité scientifique et technique. Et nous pensonsavec Rabelais que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».Par JEAN-NOËL AQUA*Auto-organisation :la science du localau globalLe concept d'auto-organisation développé dans la deuxième moitié duXX e siècle en physique et cybernétique est présent dans de nombreuxdomaines. Interpellant les origines d'un état ordonné, il débouche surle concept d'émergence où le tout est plus que la somme de ses parties.Appliqué naïvement en économie, il justifierait le laisser-faire.46*JEAN-NOËL AQUA est physicien. Il estmaître de conférences à l’université Paris VI.Imaginonsque nous disposions un grandnombre de boussoles sur une table, suffisammentéloignées entre elles et de toutmétal. Le lecteur ne sera pas surpris deles voir s'aligner dans la même direction,celle du pôle Nord. Les physiciens ont misen évidence un alignement presque aussiparfait des aimantations atomiques dansun aimant. Similaires en apparence, cesdeux ordres sont pourtant bien différents.Les boussoles pointent inlassablementvers le Nord tandis que l'aimantation del'aimant tourne avec celui-ci. Les boussolessuivent simplement l'ordre venu« d'en haut » par le champ magnétiqueterrestre, qui leur est extérieur. Les aimantationsatomiques génèrent [elles] l'ordreauquel elles obéissent, qui leur est propre: on dit qu'elles s'auto-organisent, leurordre se construit par « le bas ».UN CONCEPT GÉNÉRAL EN PHYSIQUE...Cet exemple d'auto-organisation est lareformulation de notions de thermodynamiqueoù un ordre peut apparaître àbasse température lorsque l'on attendsuffisamment, à l'équilibre. Ainsi, au-dessousde 0°C, l'eau pure gèle en glacequand les molécules d'eau interagissentet s'ordonnent d'elles-mêmes de façonrégulière, formant un cristal. Mais leconcept d'auto-organisation concerneaussi les systèmes qui ne sont pas à l'équilibre.Les flocons de neige que l'on peutobserver transitoirement au-dessous de0°C, ou les petits îlots aux formes fractalesfaits de quelques centaines d'atomesdéposés sur une surface, ne sont pas àl'équilibre mais s'organisent en formesgéométriques, certes uniques, mais résultatsd'interactions entre atomes. Plusloin de l'équilibre, l'auto-organisationconcerne aussi les systèmes en perpétuelchangement. L'exemple historiqueconcerne les cellules de Bénard que l'onpeut observer dans sa casserole danscertaines conditions. Quand on chauffeun liquide par au-dessous, sa températureaugmente à sa base et du fluide froidet dense se retrouve au-dessus d'unecouche chaude et légère, situation instablemécaniquement. Au-delà d'une certainedifférence de température, des rouleauxapparaissent permettant lacirculation du fluide, le dense en hautplongeant, se réchauffant au fond puisremontant, etc. Ces rouleaux s'organisentcomme dans un cristal mais horséquilibre, de structure hexagonale vu d'enhaut. C'est ce que l'on observe sur lachaussée des géants en Irlande où desrouleaux de lave se sont figés en refroidissant.Notons aussi que le champmagnétique terrestre lui-même estaujourd'hui compris comme résultant detels mouvements auto-organisés defluides chargés dans le manteau terrestre,selon l'effet dynamo bien connu descyclistes.… ET AU-DELÀOn définit ainsi l'auto-organisation commela création spontanée d'un ordre globalà partir d'interactions locales, sans agentextérieur ou plan prédéfini. On est alorsfrappé par la généralité du concept. Onle retrouve en chimie avec l'apparitiond'ondes spirales ou zébrées dans desréactions impliquant la diffusion des molécules(modèle de Turing pour la morphogenèsedu vivant) ou dans des réactionschimiques oscillantes. En cybernétiqueet dans les réseaux de neurones. Dans lafabrication de nanomatériaux pour l'électroniqueou des applications biologiques.Dans l'analyse du trafic routier. Dans lesmouvements de nuées d'oiseaux ou bancsde poissons sans oiseau ou poisson pilote.LA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


Dans l'analyse des populations des villes.Les exemples prolifèrent.QUAND L'AUTO-ORGANISATION ÉMERGEL'auto-organisation implique une part dehasard associée à de la complexité, l'apparitiond'un ordre à partir de bruit. Lescellules de Bénard tournent dans un sensou dans l'autre, l'aimantation de l'aimantpointe dans une direction ou son opposée.Pour le comprendre, on fait appel àdes systèmes dits non-linéaires où laréponse à une cause n'est pas proportionnelleà celle-ci : des petites causes peuventavoir de grands effets, et inversement.C'est le cas notamment de systèmesen rétro-action avec une causalité circulaire(A implique B qui implique A…). Ainsi,dans certaines conditions, une toute petitefluctuation peut être suffisante pour fairepasser d'un état désordonné à un étatordonné. Les éléments en interaction donnentalors un tout, individuel et cohérent,qui ne se résume pas à la somme de sesparties. On parle d'émergence, émergenced'un global à partir d'un local, non imposépar une force extérieure ou un programmepré-écrit. L'auto-organisation apparaît ainsicontradictoire avec une description mécanisteet linéaire de la nature.VIVANT ET NON-VIVANT, MÊME COMBATLes organismes vivants sont des figuresprivilégiées d'auto-organisation. La visionmécaniste et réductionniste de la génétique,encore très présente, tente d'expliquerle vivant à partir d'un code génétiquedéterminant précisément nos physiologiesou comportements. Le séquençagedu génome humain étant achevé, nouspourrions ainsi lire à livre ouvert nosfutures maladies ou prédispositions.Affectionnée par les approches essentialistesde l'homme, cette vision se heurtepourtant à la réalité scientifique. Lesrecherches sur l'épigénétique ont montréque l'expression du génome dépend ausside l'environnement et de l'histoire de l'organisme.On se retrouve en fait confrontésà une auto-organisation où de faiblesmodifications de l'environnement d'un systèmecomplexe peuvent faire basculer sonétat ou fonctionnement. Cette compréhensionpermet de dépasser le dilemmeentre l'inné et l'acquis. Entre le gène etson environnement, il y a l'organisme quicontrôle au moins autant l'activité desgènes que ceux-ci contrôlent l'organisme.Elle permet aussi de dépasser une contradictionapparente entre le non-vivant, oùrégnerait un mécanisme déterministe,« industriel », et le vivant évolutif, grâceà une description en termes d'automatescapables d'évolution.ESPRIT ES-TU LÀ ?L'auto-organisation vient contredire unecroyance consciente ou non sur l'origined'un état ordonné, l'associant à une centralisationavec un chef ou un plan initial.Nous avons du mal à imaginer un ordrespontané, préférant le voir comme résultantd'un acte intentionnel venu d'un centrede décision et suivi par une chaînelinéaire : un chef, un président, dicte lapolitique ou la stratégie, le cerveau commandel'organisme, les chromosomescontrôlent la cellule… Les systèmes autoorganisésmontrent au contraire qu'unordre est possible dans la nature en dehorsde toute intervention planificatricehumaine, surnaturelle ou autre. Le fonctionnementdu cerveau lui-même peut êtrevu comme résultant de l'auto-organisationdes neurones sans référence à un planinné ou esprit dans l'esprit (les connexionsentre les milliards de neurones ne pouvantd'ailleurs pas être codées dans lematériel génétique). L'ordre qui en découle,avec un contrôle distribué sur le systèmeentier, s'avère souvent robuste et capabled'adaptation.LA MAIN INVISIBLE DÉVOILÉEL'auto-organisation est aussi invoquée parles économistes pour expliquer le conceptde main invisible attribué à Adam Smith.Francis Heylighen écrit : « Bien que le marchésoit un système hautement chaotiqueet non-linéaire, il atteint habituellementun état approximativement d'équilibredans lequel les demandes fluctuantes etconflictuelles des consommateurs sonttoutes satisfaites. L'échec du communismemontre que le marché est plus efficacepour organiser une économie qu'un systèmecontrôlé et centralisé. C'est commesi une force assurait que les biens sontproduits en bonne quantité et distribuésaux bons endroits. Ce qu'Adam Smith, lepère de l'économie, appelle la main invisiblepeut aujourd'hui simplement s'appelerauto-organisation. » On pourrait objecterque les marchés sont de fait contrôléspar les capitalistes : par l'immense gâchisde la publicité visant à orienter nos choix,par leurs groupes de pression, média ouréseaux visant à imposer les choix « libéraux» et empêcher par exemple l'existencede services publics ou de règles limitantla concurrence et la guerreéconomique… Même quand elles émergentdes revendications populaires. Maismême en l'oubliant, quel sens donner àun marché auto-organisé ? L'auto-organisationdéboucherait sur un état optimal? Un modèle d'auto-organisation avecdes cases mobiles blanches et noires évoluespontanément vers un état ordonnéoù les blanches sont séparées des noires ;si on l'applique à des populations humaines,cet état auto-organisé là n'est certainementpas souhaitable. Sans se poser laquestion de la pertinence des modèleséconomiques et de leur capacité prédictive,le point central reste l'utilisation quel'on fait de la science.ET MARX S'AUTO-ORGANISAPour conclure, revenons sur le communisme.On pourrait remarquer qu'il n'exclutpas par principe le marché. Mais plusgénéralement, si des expériences serevendiquant du communisme ontconstruit des systèmes centralisés entretenantla domination de classe, un retourà Marx peut aider à réfléchir. « La centralisationnationale des moyens de productiondeviendra la base naturelle d'unesociété formée par des associations deproducteurs libres et égaux qui agironten connaissance de cause selon un plancommun et rationnel ». L'interaction deproducteurs décidant en commun du planqu'ils vont suivre… n'est-ce pas précisémentde l'auto-organisation ? Mais à ladifférence de la « main invisible », cetteauto-organisation là n'est pas laissée auhasard… Et en fin de compte aux puissantset à leurs calculs égoïstes. En étantrationalisée, cette auto-organisation-làpermet la conscience des enjeux et parlà même, l'exercice de la critique et l'action.La main invisible ou la main rationnelle,il faut choisir. n47SEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


SONDAGESPar NINA LÉGERL'austériténe fait plus recetteL'austérité est-elle la solution ? Les Français sont de plus enplus nombreux à se poser la question. Comparons deux sondagesde l'institut CSA. L'un date de février, l'autre d'avril. Onobserve que la réduction des déficits budgétaires en diminuantles dépenses publiques fait de moins en moins recette : en deuxmois, on passe de 63 à 46 % de Français qui considèrent quecette solution serait la plus efficace… Une majorité pense-t-elledonc que l'austérité n'est pas la solution ? N'allons pas si vite.Si, effectivement, la relance de la croissance par de nouvellesdépenses publiques semble la meilleure protection contre lacrise pour 21 % des Français (16 % en février), nombreux sontceux qui prônent une stabilisation des dépenses.Mais l'idée d'une politique de relance fait son chemin. Notonsque cette évolution dépasse les clivages politiques. En effet,on note une progression du soutien à des politiques de relancechez les sympathisants de toutes les formations politiques àl'exception des sympathisants… socialistes ! Ils sont les seulsà être au contraire de moins en moins nombreux à soutenirles politiques de relance et sont aussi les plus nombreux à plébisciterune stabilisation des dépenses publiques. n48D'après deux sondagesde l’Institut CSA :Les Français et les déficitspublics pour Atlantico,février 2013 etLes Français, le chômage, lesdéficits publics et la compétitivitééconomique, pour BFM Business,avril 2013.LA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


STATISTIQUESPar MICHAËL ORANDLa fracture numérique seréduit mais reste importanteL’usage d’Internet par les Français est aujourd’hui massif :lorsqu’on les interroge sur leurs usages, les trois quarts d’entreeux déclarent avoir utilisé Internet durant les trois moisprécédant l’enquête, et 60 % d’entre eux déclarent l’avoirutilisé tous les jours ou presque. Ce taux d’utilisation placeles Français parmi les plus gros utilisateurs européens. Parailleurs, cet usage est actuellement dans une phase de développementrapide : entre 2007, où le taux d’utilisation étaitde 56 %, et 2012 ce sont en effet 20 % de Français en plusqui utilisent Internet régulièrement.Alors que leur place médiatique est très importante, lesréseaux sociaux restent un usage relativement minoritaired’Internet, puisque seuls 30 % des internautes déclarentavoir utilisé Internet pour s’y connecter (graphique 1). Lecourriel reste l’usage principal du réseau, avec deux tiers desinternautes concernés, suivi de la consultation des comptesbancaires, qui concerne la moitié des internautes.GRAPHIQUE 1 - LES UTILISATIONS D’INTERNETEN 2012 ET 2007 (EN %)autant : moins les non-utilisateurs d’Internet seront nombreux,plus ils seront de fait exclus.Ces non-utilisateurs, justement, qui sont-ils ? Comme onpeut l’imaginer aisément, la fracture numérique est avanttout générationnelle : alors que plus de 90 % des Françaisnés après 1970 sont des utilisateurs réguliers d’Internet,c’est le cas de moins d’un tiers des Français nés entre 1930et 1949, et de moins de 10 % des Français nés avant 1930 !Plus rassurant, alors que la fracture numérique, en 2007,était aussi socialement marquée, les écarts liés à la catégoriesocioprofessionnelle se réduisent très sensiblement en2012 (graphique 2). Les cadres et professions libérales restentceux parmi lesquels les internautes réguliers sont lesplus fréquents, et les ouvriers ceux parmi lesquels ils sont lemoins fréquents. Mais l’écart entre ces deux catégories quiétait de près de 45 % en 2007 (97 % pour les cadres contre53 % pour les ouvriers) s’est réduit à 15 % en 2012 (99 %pour les cadres contre 84 % pour les ouvriers).GRAPHIQUE 2 - TAUX D’INTERNAUTES SELON LA CATÉGORIESOCIOPROFESSIONNELLE EN 2007 ET 2012 (EN %)49Source : INSEE, enquête TIC 2012-2007Lecture : en 2012, 66,6 % des internautes déclarent avoir utilisé Internet pourenvoyer et recevoir des e-mails, contre 45,2 % en 2007.Entre 2007 et 2012, la hiérarchie des usages d’Internet resterelativement la même, mais on constate tout de même quecertaines activités prennent une place de plus en plus importante.C’est en particulier le cas des ventes aux enchères,dont l’usage a plus que triplé en cinq ans, passant de 6 % à25 % des internautes.Cependant, à l’heure où les usages d’Internet se multiplient,et où la tendance est plutôt à le rendre indispensable, ce sontévidemment aux 25 % de Français n’y accédant pas avecrégularité qu’il convient de s’intéresser. Depuis 2007, la fracturenumérique s’est sensiblement réduite, puisqu’on estpassé de 44 % à 25 % seulement de non-utilisateurs réguliersd’Internet, mais cela ne doit pas nous rassurer pourSource : INSEE, enquête TIC 2012-2007Lecture : en 2012, 99,1 % des cadres et professions libérales étaient utilisateursréguliers d’internet contre 96,9 % en 2007Enfin, en guise de conclusion, il convient de relativiserencore une fois l’importance d’Internet dans la vie quotidiennedes Français, dont le reflet médiatique est parfoistrompeur. En matière de temps passé devant l’écran, l’ordinateurreste en effet loin derrière la télévision : alors qu’ilspassent environ trois heures en moyenne par jour devantcette dernière, les Français ne passent que trois quartsd’heure par jour devant leur ordinateur, tablette ou smartphone.D’ailleurs, il semble que du point de vue du tempspassé, l’influence de la catégorie sociale sur les usages restetrès importante : c’est en effet chez les ouvriers qu’on continueà regarder le plus la télévision et à utiliser le moins unordinateur.SEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


ne résoudrait rien. Et c'est l'éternelretour au statu quo, au scepticisme,et à la stagnation quant à ces questions.Nombreux sont les journalistes,et mêmes sociologues et « analystes »de l'extrême-droite, qui s'interrogentsur le bien-fondé des procédurescontradictoires de dissolution des groupusculesd'extrême-droite lancées parle gouvernement dès le 11 juin. DansLe Monde, ce jour-là, on peut lire que« la dissolution de ces groupes d'extrêmedroite doit répondre à des critèresparfois difficiles à définir et neconstitue pas une solution à long terme[...] Autre écueil : la création d'un nouveaugroupe ». D'autres encorearguent du fait que la dissolution n'empêcherapas la poursuite de la violencede la part des individus ayant appartenuà ces groupes : « la dissolutionne change pas les idées et les engagementsde ces membres », lit-on dansL'Express, qui titre le 7 juin « Mort deClément : dissoudre les groupusculesd'extrême droite, fausse bonne idée ?»et cite le sociologue Sylvain Crépon àce propos : « ces groupuscules réémergenttoujours sous une nouvelleforme ». Si Erwan Lecoeur la considèrecomme « un outillage politiqueet juridique important », lui mêmepense « qu'interdire ces groupes nechange pas fondamentalement leschoses ». Le politologue Jean-YvesCamus lui est tout bonnement catégorique: « Quant à savoir si les interdictionsrésoudraient le problème,non ». Le journaliste de l'Expressrésume bien l'état d'esprit dans lequellui-même est impliqué : « Pour l'heure,Matignon préfère prendre son tempset laisser l'émotion retomber ». « Lasimple dissolution ne peut suffire àrégler le problème » a déclaré sur I-Télé Najat Vallaud-Belkacem. Peut-oncependant se dispenser de la dissolutionau point de la nommer « faussebonne idée »? Rien n'est moins sûr.Ce qui semble certain, c'est, en toutcas, le retour de la banalisation et ledéni de l'urgence d'une telle mesure.En effet, certains média, ne se sontpas privés de pousser le vice jusqu'àtransformer Clément Méric en coupable.Sans compter les occurrencesnombreuses d'une supposée provocationde Clément Méric, RTL transformel'auteur du meurtre en victime.Sur les images de la caméra de la RATPprétendument analysées comme tellespar la police « on voit notamment, pendantune bagarre générale, le jeunemilitant d'extrême gauche se précipiterdans le dos d'Esteban Morillo [...]pour lui assener un coup [...]. Cesimages montrent un Clément Méricprovocateur et confortent la thèse dujuge sur une mort accidentelle à lasuite de coups donnés ». Le mêmejour, Le Point titre que « Clément Méricvoulait vraiment en découdre » etrécolte des témoignages concernantla « haine » de Clément Méric contrela personne d'Esteban Morillo : « lesvraies raisons de la bagarre qui aabouti, jeudi 6 juin au soir, à la mortde Clément Méric sont en train des'éclaircir ». De la même façon, le 7juin, Serge Ayoub, leader desJeunesses nationalistes révolutionnaires,était invité sur I-télé pour qualifierClément Méric d'agresseur etl'acte des auteurs de l'agression de« légitime défense ». Dans la mêmeveine s’inscrivent les réactions à l’arrestationet la condamnation à deuxmois de prison ferme d’un militantanti-mariage homosexuel à la suite dela manifestation du 16 juin. En effet,le 27 juin, Valeurs Actuelles reprendles expressions des défenseurs de« Nicolas, prisonnier politique » etparle de « répression » en notant que« la disproportion frappe, notammentavec les Femen ou les militants d’extrêmegauche, souvent authentiquementviolents ceux-ci », tandis que LeFigaro magazine raconte de manièrelarmoyante « la vie en prison deNicolas, l’anti-mariage gay ».UN DÉTACHEMENT DU POLITIQUE DE LAPOLITIQUEEn bref, tout le monde s'accorde à direque l'assassinat est politique. Toutefois,les quelques aspects que nous avonscru pouvoir dégager du traitementmédiatique du meurtre, à savoir :- le brusque mais éphémère réveil desmédia sur cette affaire en particulier,lorsqu’une force politique comme leParti communiste français ne cessedepuis longtemps de mettre en gardecontre la multiplication des agressionsde la part des groupuscules d'extrêmedroite fondées sur des critères d'appartenancepolitique et racial ;- la comparaison douteuse de groupesd'extrême droite dont les pratiques etles discours sont fondamentalementdifférents de ceux de militants progressisteset antifascistes ;- le recul que constitue le doute quantà la dissolution des groupuscules d'extrêmedroite ;- la transformation de Clément Méricen agresseur, ce qui n'est pas sans lienavec le véritable amalgame pointé plushaut. Tous ces aspects montrent l'absenced'une analyse de fond illustréepar un détachement du politique dela politique. De sorte que rares sontles analyses qui mettent en cause lapolitique menée qui rend possible unterreau favorable à ce genre de tragédie.La banalisation des propos duFN se perpétue, Marine Le Pen étantplacée sur le même plan que les autrespoliticiens. Le Monde du 7 juin 2013,au milieu du recensement des réactionschoquées d'hommes politiquesde droite comme de gauche, cite sespropos à ce sujet : « s'il est démontréque ces groupements donnent des instructionsde violence à leurs membres,alors la mesure peut être envisagée ».Mais un mois après la mort de ClémentMéric, les idées d’extrême droite ontplus que jamais besoin d’être combattues,afin qu’elles n’aient pas encoreà démontrer qu’elles sont capables detuer. nErratum : La précédente rubrique Revuedes média « Le combat contre lemariage pour tous, porte d’entrée du“Printemps français“ » était de CarolineHaine et non d’ Anthony Maranghi commenous l’avions indiqué.51SEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


compromis et à une certaine normalisation dans lesmanières d’administrer, les communistes agissent aussiparfois comme aiguillons lorsqu’ils ne dirigent pas directementl’exécutif. C’est le cas à Roubaix, bastion du socialismemunicipal analysé par Rémi Lefèbvre. Cette contradictionentre vélléités d’administrer autrement etbanalisation traverse également la gestion de l’emploimunicipal, comme le suggère Emilie Biland à travers l’étudedu cas d’une commune bretonne de 15 000 habitantsdepuis les années 1970. Elle met en évidence le passaged’un encadrement personnalisé et protecteur des agentsmunicipaux vers une gestion de leur recrutement et del’encadrement qui traverse l’ensemble de la fonctionpublique, notamment territoriale. Parmi les autres contradictionsanalysées par les contributeurs, on peut égalementévoquer, en matière de « peuplement », c’est-à-direde politiques visant à maîtriser la composition sociale despopulations occupant différentes parties de la ville, ledilemme entre la promotion de l’habitat ouvrier et la revalorisationdu territoire urbain passant par l’attraction decatégories mieux dotées. C’est ce qu’illustre Violaine Girardà travers le cas de la municipalité de Pierre-Bénite dans levoisinage immédiat de Lyon. A contrario, le peuplementpeut aussi influer fortement sur les politiques et prises deposition de la section et des élus locaux, comme le montrede son côté Françoise de Barros en comparant lesmanières très contrastées dont les communistes ont traitéla guerre d’Algérie à Roubaix, Nanterre et Champigny aumoment de cette dernière, selon qu’ils étaient ou non inclusdans la majorité municipale, mais aussi suivant la présenceplus ou moins grande de migrants algériens parmileurs habitants. Autre rapport complexe à l’indépendance,celui du Parti communiste calédonien dont le rôle moteurdans la remise en cause des rapports coloniaux est analysépar Benoît Trépied durant les décennies 1920, 1930 et1940. David Gouard analyse pour sa part les transformationsdu sens de l’affiliation communiste pour les habitantsd’Ivry-sur-Seine, emblème s’il en est de la banlieuerouge et dirigée sans discontinuer – exception faite évidemmentde la Seconde Guerre mondiale – par le PCFdepuis 1925, tandis que Jean-Luc Deshayes montre les difficultésrencontrées par les communistes de Longwy, villesymbolique, elle, du bassin sidérurgique lorrain, face à ladésindustrialisation de la région, oscillant notamment entreactions « offensives » et « défensives » à côté des acteursassociatifs locaux. Rédigé par des chercheurs, cet ouvragen’est cependant pas réservé à ces derniers. Ses auteurs évitentle jargon de leurs disciplines respectives et pointentsuffisamment d’enjeux qui concernent le PCF tout en endépassant son seul cas, pour encourager son appropriationpar les militants et les publics intéressés. Ils n’échappentcependant pas à la contradiction qu’ils pointent entrel’échelon local et le discours général : il leur est difficile derendre compte de dynamiques globales tout en restantattentif à la diversité des contextes locaux. Cela rend leursanalyses et les généralisations qu’ils en tirent sujettes à discussion.Espérons donc que cet ouvrage alimentera lesdébats au sein des cellules et des sections. Autrement dit,au niveau...local ! nPour aller plus loin…• Frédéric Sawicki, Les réseaux du Parti Socialiste,Paris, Belin, 1997• Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki, La société dessocialistes, édition du Croquant, 2006• Julian Mischi, Servir la classe ouvrière, PressesUniversitaires de Rennes, 2009• Bernard Pudal, Un monde défait, éditions duCroquant, 2009• Benoît Trépied, Une mairie dans la France coloniale.Koné, Nouvelle-Calédonie, Paris, Karthala, 201053L’histoire contemporaine toujourssous influenceDelga-Le Temps des Cerises,2012ANNIE LACROIX-RIZPAR SÉVERINE CHARRETRéédition refondée et enrichie de l’essaiparu en 2004, cet ouvrage d’AnnieLacroix-Riz dénonce les difficultésauxquelles est confrontée l’histoirecontemporaine : tendance croissanteaux financements extérieurs au détriment de l’indépendancedes historiens, accès restreint et inégal aux archives (publiquesou privées), mutation idéologique et liquidation de la référenceau marxisme. Autant de points qui sont ensuite développéset illustrés par des exemples principalement pris dansla période des années trente et de l’Occupation et qui sontassortis de 332 notes.Dans le 1 er chapitre, Annie Lacroix-Riz met en évidence laconversion des intellectuels à l’antisoviétisme dans le sillaged’auteurs comme François Furet ou Stéphane Courtois. Lavulgate pointant les « excès » de la Révolution française, établissantune filiation entre Terreur révolutionnaire et bolchevisme,assimilant nazisme et stalinisme autour du conceptde totalitarisme s’est ainsi peu à peu imposée. Les tenantsde ces thèses, qui s’inscrivent dans une offensive idéologiquede défense du capitalisme et du projet européen, sont soutenuspar les institutions officielles (ainsi François Furet, chefde file des cérémonies du bicentenaire de la Révolution française),les média, le monde de l’édition (avec les difficultésd’auteurs comme Eric Hobsbawm pour être traduits). Leursouvrages sont aussi abondamment relayés dans l’enseignementvia les bibliographies des concours ou les programmesdu secondaire. Depuis les années 1980, l’histoire économiqueet sociale, celle des rapports sociaux, de la lutte des classesSEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET


CRITIQUES654a progressivement disparu au profit d’une histoire des représentations.Le 2 e chapitre montre la promiscuité croissante entre histoireet grandes entreprises et en décrit les formes : financementd’ouvrages par des sociétés privées, accès (contrôlé)aux archives d’entreprises, commandes de travaux sur l’histoired’entreprises, remise de prix par des jurys rassemblanthistoriens et patrons… Annie Lacroix-Riz pointe alors lesdérives de cette « Business Story ». Elle souligne avant tout lesdangers d’une histoire « aux ordres des bailleurs de fonds »qui exercent des pressions pour que les ouvrages soientconformes à leurs vœux, en passant notamment sous silencela collaboration économique. Pendant ce temps les rares historienscritiques sont de plus en plus isolés, censurés, discréditéssans qu’il leur soit possible de répliquer.Le 3 e chapitre étudie l’influence des institutions sur l’histoire.Annie Lacroix-Riz y montre que les commissions, financéespar l’État ou l’Union européenne, véhiculent une vision favorableà la construction européenne, qu’elles ont aussidédouané l’Église de sa compromission avec les criminelsde guerre nazis (affaire Touvier) ou atténué la responsabilitéde Vichy dans la persécution des juifs. Sous couvert d’histoire,ces commissions répondent en fait à des impératifspolitiques. Dans l’épilogue, Annie Lacroix-Riz revient sur latentative de réhabilitation de Louis Renault menée par seshéritiers avec la complicité d’historiens.Cet essai a le grand mérite de montrer l’offensive du patronatsur l’histoire et la pression (notamment financière) qu’ilexerce sur les historiens, en lien avec la précarisation de larecherche, et d’en dénoncer les conséquences : l’effacementde l’histoire du mouvement ouvrier et d’une histoire progressiste.À cela, Annie Lacroix-Riz oppose une méthode : lerecours aux archives dont l’accès doit être garanti à tous leshistoriens.Penser lenéocapitalisme,Vie, aliénation, capitalLes prairies ordinaires, 2013.STÉPHANE HABERPAR FLORIAN GULLIL’ouvrage tente d'identifier lesconcepts fondamentaux les plus pertinents pour comprendrele capitalisme contemporain. Pour Stéphane Haber, c'estla catégorie d'« aliénation objective » qui semble la plus intéressante.L'aliénation objective désigne le fait que certainesforces sociales, certaines institutions, l'argent et la techniquenotamment, se détachent franchement du monde social, etse mettent à fonctionner de façon autonome en endommageanttrès souvent (mais pas toujours) le monde de la vie. Cefonctionnement spécifique est un impératif d'expansion,livrant ces « objectivités détachées » à un accroissement sansfin s'opérant bien souvent au détriment de la vie sociale.Cette perspective n'est pas exclusive. Il n'est pas question derenoncer par exemple aux catégories d'exploitation et dedomination. Seulement, il faudrait désormais leur reconnaîtreun rôle subordonné et réserver une priorité méthodologiqueà l'idée d' « aliénation objective ».Allons directement aux implications stratégiques de ce changementde perspective. Si le capitalisme n'est pas en premierlieu exploitation, mais tendance à l'expansion au détrimentde la vie sociale, alors les perspectives politiques se renouvellent.La question de la propriété et de la gestion des moyensde production n'est plus l'alpha et l'oméga du programmepost-capitaliste. Stéphane Haber envisage trois grands typesde transformations à mener de front pour dépasser l'aliénationobjective. Des transformations sociales-démocrates, auniveau macroscopique, de régulation et de redistributionassurés par des États. Des transformations socialistes, auniveau microéconomique, conduisant « à la mise en placede modes alternatifs de production, de répartition et deconsommation ». Enfin, des transformations communistesvisant l'arrêt de la course au profit et à la productivité en aménageantdes espaces soustraits à l'auto-reproduction élargiedu capital (par exemple des espaces de gratuité).Là encore, l'idée communiste fait retour ; mais sans emphaseet concrètement.Sociologie del'homosexualitéLa Découverte, 2013SÉBASTIEN CHAUVIN ETARNAUD LERCHPAR IGOR MARTINACHEDevant la cascade de stupiditéscrasses proférées par les adversairesdu mariage pour tous – mais aussi par certains de ses partisans–, à l'égard de ceux qui dérogent à la norme hétérosexuelledominante, voici un petit ouvrage qui tombe à pic.Sociologues, ses deux auteurs proposent une synthèse desdifférentes recherches en sciences sociales consacrées auxpersonnes et pratiques étiquetées comme homosexuelles.« Étiquetées », puisque cette catégorie n'a de sens que dansles interactions impliquant l'ensemble de la population etparce qu'elle recouvre des réalités très diverses et évolutivesdans le temps et l'espace, de même d'ailleurs que celle d'« homophobes » comme le font remarquer fort à propos lesauteurs. Ces travaux permettent ainsi de dissiper bon nombred'idées reçues courant sur le compte des gays et lesbiennes,comme celle, chère aux spécialistes du marketing,qui voudrait que ces derniers présentent un pouvoir d'achatsupérieur aux hétérosexuels. Plus profondément, ils montrentaussi comment les « homosexuels » viennent, à l'instard'autres populations considérées comme déviantes, interrogerl'évidence des modes de vie et des relations affectivesdominantes et ce faisant agissent comme un révélateur denos sociétés et de leurs transformations. Car s'il est une choseque semblent avoir compris les manifestants anti-mariagepour tous, c’est que loin de se cantonner à une affaire privée,la sexualité représente bien une question éminemmentculturelle, au croisement des rapports de genre, de classe etLA REVUE DU PROJET - SEPTEMBRE 2013


« ethniques », et ainsi profondément politique. Une partiede l'ouvrage est d'ailleurs consacrée aux mouvements politiqueset associatifs qui ont lutté pour défendre les droits deshomosexuels : un combat loin d'être terminé, en Francecomme ailleurs.La révolution des casserolesChronique d’une nouvelleconstitution pour l’IslandeLa Contre Allée, 2012JÉRÔME SKALSKIPAR PATRICK COULONL’auteur, journaliste, reporter àl’Humanité rend compte de la« Révolution des casseroles » enIslande. Suite au déclenchement de lacrise financière internationale à l'automne 2008, l'Islande achoisi de tourner le dos à la « doctrine d’austérité » qui formeactuellement le lieu commun dominant des politiques degestion de l'après crise. Passée du statut de laboratoire de lafinance triomphante (on parla du Tigre nordique !) à celuidu symbole de sa déroute, l'île fut tout d'abord l'objet d’unmouvement de protestations aux conséquences inattendues.La presse internationale s'enflamma. On parla bientôtd'une « Révolution des casseroles » pour décrire les événementsqui s’y déroulèrent et qui aboutirent, en quelquessemaines, à la démission de son gouvernement et à l'anticipationd'élections législatives qui virent arriver au pouvoirune gauche, armée d'ambitions réformatrices radicales sousla pression de la société civile islandaise. Le cœur de cettechronique, de cette enquête journalistique est un aperçusynoptique du processus d’élaboration collectif de laProposition pour une nouvelle constitution pour la Républiqued’Islande. Certes l’obstruction politique des partis de l’oligarchieislandaise a repoussé sa ratification par un référendum.Mais comme le fait malicieusement remarquer l’auteur:« Le peuple islandais est féru du jeu d’échec. Les grandesparties durent longtemps. » Produite par la société civile islandaise,la proposition de nouvelle constitution s’affirme dansson mode d’élaboration, sa forme et son contenu commeune constitution d’un genre inédit. Le lecteur pourra suivrepas à pas le jaillissement de l’idée à partir de la bien nomméeFourmilière (groupe d’organisations issues de la sociétécivile) les premiers travaux, la reprise de l’idée par le gouvernements’associant à la démarche. Une loi est votée, elle définitles conditions et les modalités d’élection d’une assembléede 25 à 31 membres issus de la société civile qui doit seréunir dans le but de réviser la constitution de la République.On y verra aussi, à travers la description du processus, labataille acharnée de l’oligarchie pour mettre en échec cettemobilisation. L’enjeu est décisif surtout quand on voit lesconclusions, les sujétions surgissant de ce bouillonnementparticipatif et citoyen : l’affirmation de la propriété collectivedes ressources naturelles de la nation, l’introduction de l’initiativepopulaire dans l’élaboration de ses lois ainsi que laconstitutionnalisation de droits politiques, sociaux et environnementauxétendus. L’oligarchie a, pour l’instant, réussià mettre en échec l’adoption de cette constitution. Il n’enreste pas moins qu’elle éclaire la capacité citoyenne à intervenirdans la gestion des affaires de la cité.L’oubli de la raisonDelga, 2013JUAN JOSÉ SEBRELIPAR ELIAS DUPARCQuel est ce mystérieux fil rouge entreSchopenhauer, Dostoïevski,Nietzsche, Heidegger, Freud, Lévi-Strauss, et jusqu’à Lacan, Barthes,Deleuze, Foucault, Althusser, Derrida ? L’oubli de la raison.C’est le titre du livre remarquable de Juan José Sebreli, philosopheproche du marxisme et cofondateur du Front delibération homosexuel argentin. Pour lui, la volte-face obscurantistetrouve son origine dans le premier mouvementde contestation de l’idéal des Lumières : le romantisme allemand.Là où les philosophes vantaient le progrès par la raison,les romantiques ont en effet préféré s’envoler dans lesbrumes de la sentimentalité. Pour eux, le moteur des sociétésn’est pas la science ni la démocratie, mais l’art commerepli individualiste et l’âme comme destin mélancolique.Dès lors, il ne s’agit guère de promouvoir ce qui unit leshommes, l’universalité, mais au contraire tout ce qui lessépare : « la nationalité, l’ethnie, la race, la religion, le folklore,les arts populaires, les coutumes, le singulier intransmissiblede chaque communauté ». Et ce projet sera inlassablementapprofondi par toute une brochette de penseurs, avecla complicité active des bourgeoisies, trop heureuses que desartistes et des philosophes travaillent à la mise en sommeilde l’aspiration des peuples à l’égalité. Le texte de Sebreli estun génial « jeu de massacre », d’autant plus salutaire qu’ilssont nombreux ceux qui, tout en se prétendant révolutionnaires,ont repris le flambeau irrationaliste ! L’abordage de lagauche par les nietzschéens et leurs épigones individualisteset libéraux n’est-elle pas l’une des causes de la situation politiqueprésente ? Voilà pourquoi, malgré quelques coquilles,la lecture de L’oubli de la raison est jubilatoire : en ce quel’essai dynamite (pour de vrai, cette fois-ci) l’interminablecortège de ces idoles, à commencer par celle qui revendiquala première, faussement, pareille subversion : Nietzche. Lesadorateurs de l’auteur d’Ainsi parlait Zarathoustra ne seremettront que difficilement de la lecture de Sebreli, surtoutceux qui voudraient concilier cette affiliation avec un engagementprogressiste. Quant à Heidegger, matrice d’une grandepartie de la gauche philosophique du XX e siècle, le voilà dévoilécomme nazi fanatique et comme sordide « lieutenant dunéant ». Inutile d’aborder ici les réserves que chacun pourraformuler à l’encontre de tel ou tel passage : pour les précieuxéclaircissements qu’il apporte, le livre de Sebreli, d’une limpiditéprodigieuse (ce qui, philosophiquement, a du sens),doit être mis entre toutes les mains.55SEPTEMBRE 2013 - LA REVUE DU PROJET

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