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municipalités ; les autres sont officiers dela Garde nationale ; tous ont prêté le sermentcivique ; ils forment dans beaucoupde villes le huitième, le septième, lesixième de la population : « ce sont desamis de plus que vous acquerrez à uneconstitution qui voudrait rendre tous leshommes heureux ». Cette inclusion ressembleà ce que Siéyès appelle l'hospitalité,une inclusion dans la cité par son inscriptionsociale et politique locale. « Ou ilfaut renoncer à croire aux progrès de l'esprithumain, ou il faut espérer qu'il deviendratrès aisé à un étranger connu de sefaire adopter dans une commune française.Cette adoption prouvera le domicile.Elle remplacera les lettres de naturalisation,et vaudra mieux qu'elles. Une foisadopté dans une commune on sera citoyenfrançais, et si l'on veut établir domiciledans une autre cité, la nouvelle adoptionne sera qu'une simple formalité ».En fait le décret Target passe dans laConstitution de 1791 additionné du sermentcivique qui permet de déclarer l’amour deslois et leur respect. L’article 4 du titre II dela Constitution du 3 septembre 1791 permetau pouvoir législatif d’accorder égalementdes naturalisations exceptionnelles :il « pourra pour des considérations importantes,donner à un étranger un acte deNaturalisation, sans autre condition que defixer son domicile en France et d’y prêter leserment civique ». Moins d’un an plus tard,le 24 août 1792, Marie-Joseph Chénier, seprésente à la barre de l’Assemblée, à la têtede plusieurs citoyens de Paris, pour proposer« l’adoption de tous ceux qui dans lesdiverses contrées du monde, ont mûri laraison humaine et préparé les voies de laliberté. »Le 26 août 1792, on invente une citoyennetéd'honneur et l’on déclare déférer letitre de citoyen français au docteurJoseph Priestley, à Thomas Payne,à Jérémie Bentham, à WilliamWilberforce, à Thomas Clarkson, àJacques Mackintosh, à David Williams, àN. Gorani, à Anacharsis Cloots, à CorneillePauw, à Joachim-Henry Campe, à N.Pestalozzi, à Georges Washington, à JeanHamilton, à N. Madison, à H. Klopstock, età Thadée Kosciuszko.L’acte ne prendra effet que si ceshommes viennent prendre domicile effectifdans le pays qui les a faits citoyens. Cefut le cas pour deux d’entre eux, ThomasPayne et Anacharsis Cloots, qui sont d’ailleursélus membres de la Convention.Enfin, en 1793, la Constitution est trèsouverte aux étrangers puisqu’elledéclare dans son article 4 « Tout hommené et domicilié en France, âgé de vingt etun ans accomplis; Tout étranger âgé devingt et un ans accomplis, qui, domiciliéen France depuis une année - Y vit deson travail - Ou acquiert une propriété -Ou épouse une Française - Ou adopte unenfant - Ou nourrit un vieillard ; - Toutétranger enfin, qui sera jugé par le Corpslégislatif avoir bien mérité de l'humanité- Est admis à l'exercice des Droits decitoyen français. » Cependant dans lecontexte de guerre les étrangers vontdevenirs suspects et devront faire lapreuve de leur patriotisme sinon ils serontsoit exilés soit emprisonnés. On renonceégalement à choisir des représentants etdes fonctionnaires dans l’universalité dugenre humain et se met en place la nécessitéd’être un « national » pour prétendreà ces fonctions.•C'est, semble-t-il, la percée électorale duFront national et la dissémination de sesidées dans le paysage politique qui a motivévotre vaste entreprise de thèse. La rééditionde l'ouvrage* qui en est issu s'inscrit dans uncontexte non moins lourd de Front nationalfort et en voie de banalisation, de débat surl'identité nationale organisé par un anciensocialiste, de "croisade" (Cl. Guéant), deministres condamnés pour propos racistes, detraque des sans-papiers, de xénophobie ordinaire,etc. On le sait, vous êtes partisane, à lasuite de Nicole Loraux notamment, d'un usagede l'anachronisme en histoire. Aussi, face à ceprésent où la question de l'étranger est siomniprésente, on aimerait savoir ce que,selon vous, ce détour par la Révolution françaisepermet d'envisager. Autrement dit, pourparaphraser votre postface (et NicoleLoraux), de quelles questions (et de nouvellesmanières de les envisager) ce passé nousleste-t-il ?S. W. : Ce passé nous permet d’envisagerla citoyenneté et le patriotisme commerapport immédiat à la loi que l’on souhaitese donner. De ce fait c’est en faisantde la politique qu’on devient citoyen, enformulant et en élaborant les lois que l’onpense souhaitables, justes, nécessaires.On est loin d’une réduction de la citoyennetéau droit de vote et de la confiscationde la sphère d’élaboration des lois pardes professionnels de la politique. Enfinsavoir que les étrangers ont spontanémentjoué un rôle dans la Révolution de1789-1790, qu’ils ont été conviés à lafabrique de la loi, à la fédération de 1790,permet de penser la Révolution françaisenon comme événement particulier nouéà un lieu, mais comme événement de laraison qui donne naissance à un peuplepolitique et qui à ce titre est un événementsingulier à valeur d'universel.De ce fait la conception de la citoyennetérévolutionnaire n’est pas culturaliste dutout. C’est l’usage de la raison qui fait lecitoyen et la culture n’est pas un obstacle.La liberté de conscience, liberté d’opinionmême religieuse, la culture comme règnedes opinions libres, conduit au respect desreligions différentes pourvu qu’ellesacceptent de reconnaître les principes dela déclaration des droits et donc la libertéreligieuse et la possible articulation decroyances religieuses et de pratiques politiquesrévolutionnaires. Des religieux quirefusent cette articulation se comportentcomme des étrangers politiques et sontrejetés hors de la cité. Ainsi le 30 mai 1790les électeurs du Morbihan désignent–ils àla vindicte populaire les nobles et les prêtresqui divisent la communauté :« Malheur à ces perturbateurs, à ceslâches transfuges de la cause commune,qui ne voyant que l’erreur au delà de leursopinions individuelles attisant partout lefeu de la discorde avilissent la religionqu’ils professent et déshonorent le caractèreauguste dont ils furent revêtus. »Ainsi la Révolution française permet derenouer avec l’imaginaire d’une égalisationdes citoyens qu’ils soient d’originefrançaise ou étrangère même en dehorsde l’espace européen, l’imaginaire d’unecitoyenneté sans nationalité, un imaginaireoù les écarts culturels sont descaractéristiques des individus libres, libresmême à l’égard de leur chefs spirituels sices derniers ne respectent pas les principesde cette liberté. Cela permettrait decesser de culpabiliser des individus aunom de leur inadéquation identitaire ousubjective. Le combat pour cette libertépourrait redevenir celui d’une politisation,non celui d’une inculcation de valeursdites nationales. Ces dernières sont mobiliséesaujourd’hui non pour inventer lesmodes d’inclusion citoyens mais des frontièresqui auraient dû rester labiles. Carc’est dans la porosité des situations que laliberté démocratique ou républicaine peutdevenir un objet d’adhésion de la raisonsensible de chacun, et non dans l’épreuvede passage. Adhérer par force à unelangue, à des manières d’agir, à des discours,c’est fabriquer des citoyens tartuffeet finalement redoubler la xénophobie quis’installe comme effet de ce faux semblantinstitué. nENTRETIEN RÉALISÉ PARGUILLAUME QUASHIE-VAUCLIN* L'impossible citoyen. L'étranger dans le discoursde la Révolution française, AlbinMichel.35MAI 2011- LA REVUE DU PROJET