Le document en pdf - Interfédé

interfede.be

Le document en pdf - Interfédé

›››Au sens restreint, l’activation signifieune activation des allocations visantà augmenter l’efficacité des dépensespubliques (activer les dépenses).Mais au sens large, elle rend compted’un phénomène d’activation desindividus pour les impliquer et lesresponsabiliser davantage (activerla société).Les effets de ces politiques sontaujourd’hui bien connus et largementcommentés par les analystes despolitiques sociales : créant des statutsintermédiaires entre emploi, assistanceet chômage, elles ont contribuéau maintien d’emplois précairesrapidement apparus comme un étatpermanent plutôt que comme uneétape vers la réinsertion. Confusionentre assurance sociale et assistancesociale, précarité maintenue et fragilisationdes publics les plus vulnérables,réflexes sécuritaires, individualisationet contractualisationcroissantes, ciblage des populationsà risques, figurent parmi quelquesuns des effets les plus courammentrelevés et critiqués.De petits pasen petits pas…On pourra certes conclure queles mesures d’activation n’ont pascomplètement bouleversé nos politiquessociales (particulièrement lespolitiques de santé et les systèmesde pensions). En effet, les évolutionsles plus radicales se sont opéréesnon pas à partir du noyau assurantielcentral du système mais endirection des personnes les plusdémunies, les plus vulnérables ouencore les plus périphériques aurégime commun. Mais à force depetits pas, ces mesures adresséesà un public spécifique ont contribuéà un “nouveau régime de protection”- pour paraphraser RobertCastel - différent du précédent,davantage particulariste et incitatif,appuyé par des mesures de discriminationspositives, des prestationsciblées, des formules d’interventionsdécentralisées, décloisonnées ettransversales.Au fond, il y aurait désormais, derrièrela notion d’activation, cette idée qu’ilappartiendrait à tout un chacun de“faire en sorte que” ou de “mettre deschoses en place” face à la menace durisque ou face au destin. Nous serionsen quelque sorte tous responsablesface au chômage, face à la maladie,face à l’échec scolaire et aux aléasde la vie car il nous appartiendraitde gérer notre propre parcours devie. Aussi, tout échec peut-il êtreentendu comme un échec potentielde l’individu. “Vous êtes au chômage?Vous n’avez donc pas suffisammenttravaillé votre employabilité!”, “Voussubissez un échec scolaire? Vousn’avez pas suffisamment appris àapprendre!”, etc. Toute une nouvelleintention de gouverner nos conduiteset comportements se déclinerait là,dans le sillon des métamorphosesactuelles des politiques sociales. •Didier VRANCKENProfesseur à l’Université de LiègePrésident de l’Institut des SciencesHumaines et SocialesDirecteur du Centre de Rechercheet d’Intervention Sociologiques(CRIS)Pour en savoir plusASTIER I., 2007, Les nouvellesrègles du social, Paris, PressesUniversitaires de France, coll. Lelien social.http://www.scienceshumaines.comCASTEL R., 2003, L’Insécuritésociale, qu’est-ce qu’être protégé?Paris, Le Seuil, coll. La Républiquedes idées.http://1libertaire.free.frROSANVALLON P., 1998,La nouvelle question sociale,Paris, Seuil, coll. Points.VRANCKEN D., 2002, Le crépusculedu social, Bruxelles, Labor,coll. Quartier libre.http://www.altereduc.beVRANCKEN D. et MACQUET C.,2006, Le travail sur Soi. Vers unepsychologisation de la société?,Paris, Belin, coll. Perspectivessociologiques.Un dossier de la Revue Nouvelled’octobre 2007 (N°10) est consacréau travail sur soihttp://www.revuenouvelle.be14


›››TB : “Evaluer le rôle et les actions duFOREm est difficile. Nous soutenonsavant tout FOREm Conseil dansses politiques d’insertion face auxreprésentants des employeurs quipriorisent les entreprises.”“Le DIISP et le PAC sont des politiquescontradictoires qui interviennentsur un même champ. Elles n’ontpas été concertées. Je me demandesi le FOREm peut développer enmême temps ces deux politiques.Pour une même personne, va-t-ilprivilégier la politique de contrôleou celle d’émancipation? Je ne suispas convaincu de l’efficacité de sesactions dans un tel contexte. LeDIISP risque d’être instrumentalisépar les demandeurs d’emploi endevenant un bouclier de protectionpour eux contre l’exclusion duchômage. Avec pour conséquenceune dévalorisation des opérateursdu secteur de la préformation et dela formation”.Et le JOBPASS?Fabienne TINANT : “FGTB et CSCont globalement la même attitude,parce que nous nous sommesconcentrés sur les mêmes aspects.La transmission des données doitse faire dans le respect de la vieprivée; il faut que la personne surlaquelle on donne des informationssoit concernée car c’est quelquechose qui lui appartient. C’est sonchoix. Il faut vraiment qu’elle puisses’approprier cet aspect-là. Bien sûr,il est important que les opérateurspuissent disposer d’informations,mais ce qui me semble vraimentimportant, c’est que le bénéficiairepuisse savoir quelles sont les informationsqui sont véhiculées à sonsujet. Il faudra voir comment ça seconcrétise vraiment”.TB : “Si le job Pass permet unmeilleur suivi, c’est une bonne chose.Mais il faut être attentif à la façon dele mettre en place! Peut-on reprocherau FOREm de tenter d’assurerun meilleur suivi des personnesavec, bien sur, leur consentement?Non de toute évidence. Par contre,je m’inquiète que ces bases dedonnées soient en cours de réalisationsans possibilité de modificationou même de consultation. Ainsi, il estinadmissible que les organisationssyndicales se voient refusées l’accèsà ces données sur base de mandatdes personnes concernées. Je penseque la méthode administrative etles pratiques mises en place par leFOREm sont inadéquates. Il devrait yavoir une transmission automatiquedes informations transmises par leFOREm à l’ONEm et aux organismesde paiement des allocations dechômage. Je crains fort qu’avecl’orange bleue on n’aille pas dansce sens-là, mais qu’au contraire, oncherchera à interdire l’accompagnementet la défense par les syndicatsdes personnes vues par l’ONEmdans le PAC.”16


Par rapport au Contrat CréditInsertion, on passe à l’opérationnalisation.Qu’en penser?FT : “Je n’attends pas que dans unlaps de temps aussi court il y enaient beaucoup qui soient signés.Ce n’est pas la quantité qui compte.A la commission du dispositif, nouspensons qu’il ne faut pas négligerl’information par rapport à la formation;formation - information - sensibilisation.Le Contrat Crédit Insertion,il faut savoir quand le faire signer. Etcomme nous sommes en contactavec des personnes fragilisées, il nefaut pas se tromper. Parce que cettedurée de 2 ans peut avoir des effetspervers; par exemple, à quel momentdoit-on donc faire signer ce contratCrédit Insertion? Donc pour moi, leDIISP est bien plus que le contratCrédit Insertion. Ce n’est pas unexercice facile car chaque opérateura un métier difficile. Pour mener àbien ces objectifs et ces actions,l’opérateur doit être solide.”TB : “Globalement, je suis étonné desretours que me font nos accompagnateurssyndicaux. Les chômeursse disent heureux qu’on s’intéresseà eux, que pour la première foisdepuis longtemps, on les écoute.C’est fort interpellant car cela révèleà quel point les chômeurs de longuedurée vivent un profond sentimentd’exclusion…”.Le job tonic n’opère-t-il pas unchangement important dans lecadre du DIISP?TB : “Le JOB tonic part d’une excellenteinitiative en évitant l’enlisementdans le stage d’attente. Une étudecommanditée par le FOREm met enévidence que celui-ci donne clairementla priorité aux demandeursd’emploi les plus proches d’uneembauche rapide, tout comme enGrande Bretagne, au Danemarkou en France. En cas de repriseéconomique, je crains que les DEIles plus précarisés visés par leDIISP ne soient oubliés. Je ne senspas une réelle volonté politiquede les intégrer; un peu comme sion cherchait à réduire les actions,par exemple, des EFT et OISP, àde l’occupationnel. Ce n’est pasencourageant pour votre secteur!C’est très interpellant; tout se passecomme si notre système économiqueécartait définitivement 3 à 5% de samain d’œuvre disponible!”.MB : “Le DIISP est une politiquede la Région wallonne qui s'inscritdans une logique volontariste etde prévention. Mais il évolue, lesjeunes de moins de 25 ans sont souscontrainte dans le Job tonic. C’estun changement significatif. En soi,c’est bien de prendre en charge cespublics le plus rapidement possible.Il y a urgence. Tenter d’interveniraprès l’enlisement dans le chômageest totalement inadéquat selon laCSC; or, malheureusement, c’est cequ’on fait habituellement!”. •Propos recueilliset sélectionnés parJean Luc VRANCKENAdministrateur de l’Interfédé17


en Wallonie et de structurer l’accompagnementdes demandeursd’emploi, dans le but de les amenerle plus rapidement possible vers unemploi durable et de qualité.Le Ministre Tarabella a répondu qu’ilétait convaincu de l’importance durôle joué par le secteur de l’insertionsocioprofessionnelle et qu’il était bienconscient du fait que l’enveloppebudgétaire actuellement disponibleétait insuffisante. Il s’est engagédevant l’assemblée à faire de sonmieux pour convaincre ses collèguesministres et obtenir un élargissementde l’enveloppe. Sur ce point,il est à noter que depuis lors, leMinistre a tenu sa parole, car lorsde sa réunion du 09 novembre, leGouvernement wallon a décidéd’élargir l’enveloppe budgétaire desEFT/OISP “en vue principalementd’augmenter le nombre de placesen formation pré qualifiante etd’assurer un financement pérenneau secteur” - voir communiqué duGW du 9/11/2007 - et le Ministrea écrit à chaque EFT/OISP pourannoncer personnellement labonne nouvelle.Les travailleurs du secteur ontégalement demandé au Ministre dese positionner sur quelques autresproblèmes liés au nouveau systèmede financement, qui sera d’applicationà partir de 2008 : le principal étantle fait que les taux horaires prévus(10 € ou 12 €€ par heure, selon letype de formation) ne prennent pasen compte la structure du personnelet son ancienneté (ce qui incitera àremplacer les “vieux” travailleurs pardes “jeunes”, moins coûteux); et lefait que l’on part déjà perdant dansle nouveau système, puisque lestaux horaires ont été établis sur basedes coûts moyens de 2004, ignoranttotalement les indexations qui ont eulieu entre 2004 et 2008.Le Ministre a répondu qu’il n’étaitpas actuellement envisageable derevoir les taux horaires, vu le contextebudgétaire - la priorité étant d’arriverà financer tout le monde en 2008 auxtaux convenus, qui seront indexésannuellement … mais seulement àpartir de 2009. L’Interfédé a dès lorssignalé que la question de la revalorisationdes taux horaires, notammenten fonction de la structure dupersonnel, figurerait en bonne placedans le mémorandum et cahier desrevendications du secteur pour lesélections régionales et communautairesdu printemps 2009.2 e ENJEU :Le Dispositif Intégréd’Insertion SocioProfessionnelle (DIISP) :Le Dispositif Intégré d’Insertion SocioProfessionnelle (DIISP) a pour objectifde cadrer le champ et les acteursde l’insertion socioprofessionnelleLe dispositif, piloté par le FOREm,s’est progressivement mis en placedepuis la fin 2005 et est entré danssa phase opérationnelle en septembre2006. La mise en œuvre impliquetoute une série d’obligations pourles demandeurs d’emploi et pour lesopérateurs de formation et d’insertion.Les EFT et les OISP sont en premièreligne pour participer à cette mise enœuvre et pour constater les difficultésqui en découlent; notamment à causede la confusion qui règne entre leDIISP wallon et le dispositif fédérald’activation des demandeurs d’emploi(le PAC, ou Plan d’Accompagnementdes Chômeurs).Pour les EFT et les OISP, les beauxprincipes du départ (faire travaillerensemble tous les opérateurs deformation et d’insertion, afin depermettre aux demandeurs d’emploide s’insérer dans notre société via unemploi dit durable et de qualité) sontmis en péril par une mise en œuvre quivire de plus en plus vers le contrôledu demandeur d’emploi et des opérateursqui les accompagnent.Un important travail de réflexion etde partage d’expériences concrètessur le terrain a été mené en plateformessous régionales des EFT/OISPdepuis plusieurs mois. Ce travail amis en évidence la distance qui secreuse entre l’esprit du décret DIISPet la manière dont le dispositif semet en place. Lors de l’AssembléeSectorielle, les 400 travailleurs dusecteur présents le matin ont prolongéle travail déjà effectué, en participant àsix ateliers consacrés aux principalesthématiques du DIISP :1 Les cinq fédérations sont : ACFI : Action Coordonnéede Formation et d’Insertion - AID :Actions Intégrées de Développement - ALEAP :Association Libre d’Entreprises d’ApprentissageProfessionnel - CAIPS : Concertation desAteliers d’Insertion Professionnelle et Sociale- LEEW : Lire et Écrire Wallonie›››19


Choix de femmes…l’adieu à Cendrillon!Il était une fois Gisèle, Yayé, Najma, Carine et tant d’autres, lancées dans une aventure peu ordinaire, loin dessentiers battus. Equipées d’une caisse enregistreuse, d’une truelle ou d’un ordinateur, elles ont décidé de choisir,de se faire plaisir, de créer là où on ne les attend pas…Tous terrainsCollectif des femmes - Louvain-la-NeuveAAu Collectif des femmes,à Louvain-La-Neuve, unvendredi matin : “à laradio, à la télévision, onentend toujours qu’il existe toutessortes de facilités pour la miseà l’emploi des jeunes. Mais vousn’imaginez pas tout ce qu’il fautchipoter…”, s’indigne Gisèle. “Et, aubout du compte, après des milliersde portes à frapper, vous n’y avezpas droit!”. Jeune femme africaine de29 ans, elle rêve d’ouvrir sa boutiquede mode pour habiller la femme avecses propres créations. Elle profitedes soldes et des marchés pour seconfectionner un stock de tissus,boutons et autre matériel de couture.Au lieu de partir en vacances, elles’achète des machines à coudre. Ellesoupire : “à la longue, c’est fatiguantphysiquement, mais surtout moralement…Il faut retrouver la force dedire : je continue…”.Femmeet esprit d’entreprendreFréquenter le Collectif lui a permis des’orienter dans cette énorme nébuleusede lois, de portes à frapper pourmettre son projet en route. Selon elle,le témoignage des autres, qu’il soitpositif ou négatif, aide énormément :“On essaie de ne pas faire les mêmeserreurs, de retenir les pièges à éviter”,se confie-t-elle. Dans cette optique,la formation à la création de Petiteset Moyennes Entreprises 1 , proposeune approche à la fois individuelleet collective : séminaires, échangesd’expériences, rencontres et visiteschez des entrepreneurs, évaluationdes points forts et faibles de sonprojet, élaboration d’un plan financier,coaching personnalisé pendantdeux ans… “On s’est rendu comptequ’il ne suffisait pas de donner dessous”, témoigne Placide, formateuren Gestion et Elaboration de microprojetsau Collectif. “En 1983, l’ONEmdonnait de l’argent pour monter sonentreprise plutôt que d’aller pointer.Résultat : 99% d’échec par manquede suivi!”.1 Formation à la création de Petites et MoyennesEntreprises : http://www.collectifdesfemmes.be›››21


›››Des études de marchés sont réaliséesen permanence par le Collectif.Une idée peut être bonne maispeu commerciale. D’autres pistesd’orientation peuvent alors s’ajouter,se superposer, s’affiner… Mais selonPlacide, “L’essentiel, c’est de sensibiliserà l’esprit d’entreprise”. Sonpublic, essentiellement féminin d’origineétrangère, s’inscrirait davantagedans cette démarche. Pourquoi lafemme serait-elle plus créative? PourPlacide, la réponse est simple : “Lafemme se prend en charge, elle ne vapas tolérer que ses enfants meurentde faim… Ainsi, elle trouve unealternative comme fonder sa propreentreprise pour s’en sortir…”.A l’APAJ 2 , on crée aussi. Manchesretroussées et plaisir dans lesyeux. “J’ai toujours aimé les travauxmanuels, les peintures décoratives,le trompe-l’oeil…”, partage Kenza,inscrite au module “rénovation légèredu bâtiment et finition décorative”.Depuis 1999, l’APAJ, atelier de formationpar le travail à Bruxelles, a ouvertune porte d’entrée au métier de laconstruction, auparavant réservéexclusivement aux hommes. Nora,embarquée dans cette aventured’une année, témoigne. “Si on doitattendre les hommes… ils te disentdemain, plus tard, je suis fatigué…Faire cette formation, ça changela vie de tous les jours, on peut sedébrouiller seules”. En tout, elles sontun groupe de neuf femmes, entre 28et 41 ans. Beaucoup d’entre ellesn’ont jamais tenu en main ni pinceauni marteau. Sophie était employée debureau, Najma, commis de cuisine,Yayé, femme au foyer.A présent, l’une fait de la gravuresur bois sur un coffre, la secondefinalise un meuble de télévisiontandis que la dernière se réjouitdevant son armoire, “Je l’ai crééepour ma fille, c’est une surprise!”. Ici,chacune réalise son propre projet,de A à Z. Tous comme les hommes,elles élaborent un plan technique,un bordereau, effectuent les achatsde quincaillerie etc. “Ce qui estparticulier dans cet apprentissage,c’est qu’on travaille aussi sur devrais chantiers”, explique fièrementKenza. “On a retapé les bureaux duCPAS de Schaerbeek, la salle deréunion de l’APAJ,… et même nospropres ateliers!”. Les techniquesde faux marbre ou l’imitation pierrede France sont directement misesen application. Soit en atelier, soitsur chantier ou encore en stage :au théâtre de la Monnaie, dans unatelier de menuisier,… “Un plus pourla mise à l’embauche”, selon AnneVerhelst, directrice de l’APAJ. Mêmesi la période d’un mois est estiméetrop courte.La construction :un métier d’homme?!…Aux obstacles du quotidien, lesfemmes répondent par la solidarité.Si la découpe de panneaux est troplourde, elle n’hésitent pas à s’entraiderpour effectuer le travail. “Onest liées, il y a une bonne ententeentre nous”, raconte Yayé, seuleavec plusieurs enfants. “Rien n’estinsurmontable”, renchérit Nejma.Pour cette jeune marocaine, “c’estun vrai défi de montrer aux hommesqu’on est capable de travailler dansla rénovation du bâtiment”. Et elles’empresse d’ajouter : “ Au fond,ce n’est pas vraiment un métierd’homme…”. Est-il encore nécessairede le préciser?Jacques, leur formateur, considèreles femmes “plus soigneuses, plusméticuleuses, plus disciplinées. Avecelles, l’apprentissage a tout sonsens, moins avec les hommes : ellesvont beaucoup plus loin dans leschoses, ont davantage le désir dedécouvrir”. Anne Verhelst ajoute :“Leur motivation est rarement le fruitdu hasard. Leur choix de s’inscriredans ce type de formation est clairementréfléchi, mûri. D’ailleurs, letaux d’abandon est très faible. Ellesont un investissement différent decelui des hommes…Eux, le font souvent parce que c’estun métier d’homme. Point”. Pourl’avenir, Anne souhaite ouvrir unmodule en éco-construction : isolation,enduisage à l’argile… “pour quenotre public soit à la pointe!”Yayé, elle, poursuit un autre rêve,celui d’initier les femmes au métier dela construction dans son pays d’origine,la Guinée : “A toutes ces femmesqui sont à la maison, je voudrais leurdire que l’on peut faire autre chose,même sans étude…”. Surtout, ne passe contenter de subir les choses.Aller voir plus loin. Se laisser le droità l’épanouissement, personnel etprofessionnel. C’est également lemessage de Catherine. Elle débuteune formation au Collectif contre lesViolences Familiales et l’Exclusion(CVFE) 3 à Liège : “découverte desmétiers techniques de l’informatique”.Quand on lui demande : “Pourquoitu ne vas pas nettoyer plutôt que det’inscrire à cette formation?” Elle sehérisse. “Comme si c’était naturel lenettoyage pour une femme! Mais moi,j’ai envie de faire autre chose…”Il y a 30 ans déjà, quelquestravailleuses sociales partaient auQuébec pour tenter de répondre à cebesoin. Le CVFE n’était alors qu’unrefuge pour femmes en détresse…Mais la question d’autonomie financièrese posait déjà. Inspiré de diversprojets d’insertion socioprofessionnelle,le CVFE est devenu aussiorganisme de formation. Depuis 2001,la filière Sofft Explore propose dedécouvrir en 5 mois les métiers techniquesde l’informatique. Aujourd’hui,elles sont 13 femmes à débuter l’expérience.“Ici, on explore pour mieuxs’orienter”, raconte Carine, 33 ans,documentaliste de formation.22


Collectif des femmes - Louvain-la-NeuveL’informatique,un laboratoiredu changement…“On fonctionne comme un véritablelaboratoire”, ajoute Lutgarde, coordinatricede la filière Sofft Explore.“C’est l’occasion de s’essayer, deconfronter sa propre réalité à laréalité professionnelle. On interrogesur le sens de se lancer dans unmétier technique : qu’est-ce que jesuis prête à faire pour travailler?”.L’évaluation de la viabilité du projetest une étape importante. Antonia,formatrice technique, en témoigne.“Parfois, elles idéalisent le métier.Elles veulent faire de l’infographieparce qu’elles ont l’impression quel’on s’amuse plus, que l’on crée cequ’on a envie… Mais c’est un métiertrès stressant, on est toujours entreson client et son patron”.Les séances d’élaboration du projetprofessionnel, d’une part et lesateliers techniques, d’autre part,les confrontent à leurs propresparadoxes : “On tente simplementd’ouvrir les femmes à d’autresreprésentations”, précise Lutgarde,“de leur montrer que le métier del’informatique ne se limite pas àdu secrétariat ou à de la bureautique…Et inversement, les métierstechniques ne sont pas seulementmonter et démonter un ordinateur!”C’est tout un travail de déconstructionde stéréotypes. Qui se fait à partirdes représentations que les femmesentretiennent elles-mêmes.“Par exemple, raconte Lutgarde, pourfaire du hardware, on doit soit-disantêtre en bleu de travail, être doué enmathématiques et accroc à son ordinateur…Or, les femmes, sont étiquetéesplus “sociales”, à l’écoute. Cequ’on oublie, c’est que le technicienhardware est aussi un métier decommunication. L’informaticien doitcomprendre la demande, s’adapterà son client, collaborer…”.Dans ce processus, les témoignagesd’expériences constituentdes moments clés : amener desmodèles féminins, ne pas hésiterà nommer les difficultés et doutespersonnels… “Une femme du mêmeâge que nos stagiaires, d’apparencefluette, et qui explique son travail deprise en charge de tout un réseauinformatique permet l’identification,explique Lutgarde. A partir de là,on peut prendre conscience queles rôles ne sont pas figés, on peuten imaginer une autre définition”.Mais elle précise : “ce n’est pas uncombat”. L’objectif est d’insufflerune possibilité de changement :“montrer que l’on peut avoir uneemprise sur les événements à sonpropre niveau”.La formation ouvre l’éventail despossibles, on est encore dans ladécouverte, on vérifie l’orientation.“Tant qu’on reste dans la formation,c’est rassurant”, souligne-t-elle. Etaprès? Selon Lutgarde, “elles vontêtre de plus en plus confrontées à laréalité, d’autres difficultés vont faireleur apparition”. Que faire quand iln’existe pas de vestiaire pour femmessur le lieu de travail? Commenttrouver sa place dans un universmajoritairement masculin dont lesfonctions n’ont pas toujours deféminin : webmaster, webdéveloppeur,etc?… En réponse à toutesces interrogations, Carine rappelletout simplement : “On n’est pasles mêmes, mais on peut apporterautre chose, une autre sensibilité. Eninformatique, comme dans tous lesdomaines, les hommes et les femmessont complémentaires”… Ouf, c’estvrai… dans cette chasse aux inégalités- ou bien lutte pour l’égalité? -,on l’avait presque oublié! •Stéphanie DevlésaverJournaliste2 APAJ : 146, chaussée de Haecht à 1030Bruxelles3 Sofft Explore : http://www.cvfe.be23


Trans-FormationL’Entreprise d’EntraînementPédagogique (EEP)…ou comment acquérir de la pratiqueen se formant dans le secteur tertiaire?Ce 30 septembre 2007, l’Interfédé a introduit un dossier de candidature dans le cadre de la programmation2007-2013 du FSE. Ce dossier porte sur la formation continuée des travailleurs du secteur.AAfin de répondre auxdéfis de la formation destravailleurs dans le secteuret en cohérence avec lamission de coordination de l’offre deformation confiée à l’IF par la RW, ilcomprend plusieurs volets : une actionde coordination et d’articulation del’offre de formation à destination destravailleurs du secteur, une actionqui vise à soutenir les centres dansle développement d’une politique deformation continuée du personnelqui correspond à leurs besoins et àleur mode d’organisation, et enfin laparticipation à l’organisation d’actionsspécifiques de formation.Dans le dossier introduit, plusieursactions spécifiques de formation ontété citées (par exemple, la formationgénérale des travailleurs qui se matérialiseaujourd’hui dans le programmede formation proposé directement parl’IF). A noter que les actions citées dansce dossier n’épuisent ni les besoins niles pistes qui pourraient être exploréesen matière d’offre de formation.le transfert des connaissances debase, la mise en situation réelle etla formation à projet. Cela fait maintenant15 ans que la Funoc 1 utilise,dans ses formations tertiaires, lapédagogie de l’EEP. Elle a été lapremière en Wallonie à développercette méthodologie. Pour nous enparler, donnons-lui la parole …Actuellement, 2 EEP sont en activitésà la FUNOC.EURO-LIBRIS (euro.libris@funoc.be) est spécialisée dans l’éditionet la commercialisation de bandesdessinées. NET ECLAIR (net.eclair@funoc.be) offre un servicede blanchisserie, nettoyage à sec etlocation de tapis anti-poussière.Un immense jeu de rôleUne Entreprise d’EntraînementPédagogique (EEP) est une entreprisefictive. Elle se veut l’imageidentique d’une PME (sauf la fonctionde production) au sein d’un marchééconomique concurrentiel lui aussifictif. Seule exception par rapportà l’entreprise réelle : elle ne voitcirculer ni argent réel ni marchandiseréelle. Par contre, tous les servicescommerciaux d’une entreprise ysont représentés : secrétariat-accueil,ventes, achats, comptabilité.Dans une EEP, le service secrétariats’occupe du courrier …Le service du personnel s’occupede la gestion du personnel…Parmi ces pistes, nous avons présentéune action de formation portant surla création et l’accompagnementd’Entreprises d’entraînement pédagogique”(EEP). L’EEP est un supportpédagogique utilisé principalementdans les formations tertiaires quiintègre 3 situations d’apprentissages :© EEP - Funoc24


Le service commercial réceptionneles commandes… Le serviceachats s’occupe des différentescommandes pour l’entreprise …Le service comptabilité effectueles paiements …Si les EEP sont fictives, les tâchesdes différents services sont réelles.Les participants, en accomplissantces tâches, apprennent ainsi de façonpratique toutes les fonctions d’uneentreprise commerciale.En effet, les Entreprises d’entraînementvendent des marchandises(fictives) ou proposent des prestationsde services. Elles reçoiventdes demandes, des contrats, descommandes d’autres EEP qui sontà la fois ses clientes et ses fournisseurs.Dans ce contexte, l’apprenant-employécorrespond trèsactivement avec les autres EEP et sefamiliarise avec des matières tellesque la correspondance commerciale,l’informatique, l’apprentissage desdocuments commerciaux (documentsaccompagnant les marchandises,offres, demandes, bons de livraison,factures,…), mais aussi le classement,le téléphone, les langues, etc.Afin de soutenir le dispositif pédagogique,dans chaque pays, unecentrale nationale aide au développementet au bon fonctionnementde ces entreprises fictives. Ainsi laFUNOC adhère à la centrale belgeCOFEP qui est elle-même intégréeà un réseau mondial (EUROPEN) de5000 Entreprises d’Entraînementréparties dans 42 pays.Faire comme si…Pour le stagiaire, la formation se faitsur poste de travail. Les supports de laformation sont des documents réels,identiques à ceux qu’utilisent tous lesjours les véritables entreprises.Ainsi, les stagiaires réalisent lesdifférentes étapes d’une transactioncommerciale, de la commandeau paiement. Ils sont confrontés àdes situations identiques à cellesrencontrées dans les entreprisesréelles, à la grande différence qu’enEEP, ils ont “le droit à l’erreur”. Celapermet aux employés-stagiaires detoucher à toutes les tâches, mêmecelles auxquelles ils n’auraient paseu accès lors de stages en entrepriseréelle par crainte justement de ceserreurs possibles.… pour apprendre© EEP - FunocExpérienceprofessionnelle -Enseignement intégréLa formation en EEP offre auxstagiaires une expérience professionnelle.Elle intègre 3 secteursd’apprentissage indissociables :• Un apprentissage économique etcommercial : disciplines liées aumétier, connaissances et compétencesprofessionnelles• Un apprentissage technologique :utilisation de l’informatique, téléphone,photocopieur, fax, mail,commerce électronique, PCbanking, …• Un apprentissage social : ponctualité,travail individuel maisaussi en équipe, résolution deconflits, autonomie, esprit d’initiative,responsabilisation,… ›››1 La FUNOC (Formation pour l’UNiversitéOuverte de Charleroi) développe, pour desadultes peu scolarisés, un dispositif globalde formation composé des filières suivantes :l’alphabétisation, la remise à niveau, l’émergencede projets et l’orientation métiers.25


›››Utilisation des languesL’EEP faisant partie d’un réseaumondial, elle offre aussi la possibilitéd’utiliser toute une série delangues étrangères dont notammentle néerlandais, l’anglais, l’allemand,l’espagnol, l’italien,…La pratique des langues se faitde manière passive (traduction decourriers reçus), mais peut aussi sefaire de manière active sous formede courriers envoyés ou d’appelstéléphoniques.Modularité de la pédagogieet public concerné© EEP - FunocL’organisation de l’EEP peut êtreadaptée suivant les objectifs deformation d’un groupe précis destagiaires. En effet, la centrale nationaledes EEP offre différents servicesqui peuvent prendre en chargecertains aspects de l’organisation del’entreprise. Ainsi, si la comptabiliténe fait pas partie des objectifs de laformation, elle peut être confiée à unefiduciaire. Il en va de même pour lesecrétariat social qui peut s’occuperdu calcul des salaires du personnelde l’EEP. Cette souplesse permet detoucher un public varié d’adultes enformation mais aussi d’étudiants del’enseignement supérieur général,technique ou professionnel.Formation de formateursà la création età l’encadrement d’EEPMettre sur pied une EEP ne s’improvisepas et suppose une formation. Celle-cia pour but de permettre d’approcherles dimensions méthodologiques,techniques et logistiques de cettepédagogie afin de l’inscrire au mieuxdans le dispositif pédagogique proposépar une institution donnée. La manièredont la formation des formateurs estconçue permet d’intégrer l’évolutiondes qualifications et des profilsprofessionnels des métiers concernéspar l’EEP qui sera développée. Laformation de formateurs privilégieaussi l’utilisation des nouveaux outilset des démarches pédagogiquesnotamment dans les domaines destechnologies de l’information et dela communication (TIC) en lien avecl’évolution du marché… réel.L’action spécifique de formation deformateurs à la création et à l’encadrementd’EEP vise à permettre dedévelopper ce type de pédagogie nonseulement dans le secteur de l’ISPmais également dans d’autres secteurscomme celui de l’enseignement deplein exercice ou de promotion socialeou de la formation professionnelle(FOREm). Vaste projet. •Pour plus d’informations sur ceconcept pédagogique, contactez :Pascale LafontaineFUNOCTél. : 071/270 630 Fax : 071/270 639e-mail : p.lafontaine@funoc.bePlace à la découverte le 16 mai 2008 à La MarlagneLe 16 mai prochain, l’Interfédé organise une journéede Découverte pédagogique. Une occasion de fairedécouvrir vos pratiques pédagogiques mais ausside découvrir des pratiques pédagogiques originalesdéveloppées dans le secteur de l’ISP ou dansd’autres secteurs de la formation des adultes.Une journée conçue comme un espace d’échanges,de confrontation, de réflexion, d’ouverture et surtoutd’expérimentation pédagogique. Au programme :de l’action, un mélange de ludique et de sérieux.Deux manières de participer (les 2 sont possiblesle même jour) : faire découvrir une pratique pédagogique“originale” (par exemple pédagogie et art,sport, culture …) ou expérimenter une (des) pratique(s)pédagogique(s) avec d’autres professionnels dusecteur.Intéressé-e à partager une pratique pédagogique?Contactez sans tarder Marina Mirkes à l’Interfédé oule représentant de votre fédération à la Commissionpédagogique.26


Programme de formation 2007-2008 de l’Interfédé.Agenda des modules de formationDepuis octobre dernier, plusieurs modules de formation ont démarré : Intervenants psychopédagogiques avec 8participants, Formateurs avec 25 participants, Conflits avec 20 participants et Secteur avec 13 participants.Malheureusement, le nombre de participants inscrits était insuffisant pour organiser le module Directeurs et lemodule Secrétaires. N’en tirons pas trop rapidement la conclusion que ni les directeurs, ni les secrétaires n’ont debesoins en formation. Ce manque de réponse à notre offre peut être le résultat de plusieurs facteurs. Il est doncimportant de prendre le temps de les identifier afin de faire une offre qui corresponde aux besoins identifiés.A l’heure d’écrire ces lignes, les inscriptions arrivent pour l’ensemble des modules. Certains sont d’ores et déjàcomplets ou en passe de l’être.Janvier 200818 janvier : Construire un positionnement collectif(3 jours)Février 200813 février : Règles et sanction ou autorité structurante(3 jours) - Complet15 février : Le statut des personnes étrangères et leuraccès à l’emploi et à la formation (3 jours)21 février : Le statut des stagiaires en regard du droitdu travail et de la sécurité sociale (1 jour)Mars 20084 mars : Respect de la vie privée : du bon usagedu secret professionnel et de devoir de discrétion(2 jours)Avril 200814 avril : Déminons l’extrême droite (4 jours)15 avril : Connaissance du secteur (4 jours)Mai 200829 mai : L’approche par compétences pour concrétiserles filières et les passerelles dans le cadre duDIISP (3 jours)Travailler et se former ensemble, différents…Comme les années précédentes, nous proposons aux centres qui le souhaitent d’organiser un module de formationen interne (avec les travailleurs) sur la problématique de l’Interculturel.3 jours de formation suivis de 2 rencontres de supervision collective pour améliorer le “vivre ensemble”. La formationsera essentiellement construite à partir de l’analyse de ce que l’on qualifie de “chocs culturels”. •27


Formez vous qu’ils disaient !oui, mais…ExpressionQuand on parle de dispositif de formation de travailleurs, deux points de vue peuvent être analysés. D’une part,celui de l’employeur, avec le devoir d’organiser un dispositif accessible (ou à défaut, une obligation de cotiserpour que d’autres s’en chargent) et d’autre part, celui du travailleur qui a le droit de se former, et un droit, ce n’estpas une obligation, c’est une faculté d’agir… Ces deux axes se rencontrent évidemment … mais si on les dissocie,pour l’exercice de cet article, on peut mieux entrevoir les responsabilités et les limites de chacun.LL’organisationde la formationprofessionnelle,c’est un devoir…Dans le cadre de la déclaration deLisbonne, en 2000, l’Union européenneannonçait devoir devenir“l’économie de la connaissance laplus compétitive et la plus dynamiquedu monde, capable d’une croissanceéconomique durable accompagnéed’une amélioration quantitative etqualitative de l’emploi et d’une plusgrande cohésion sociale”. Pourréaliser cet objectif ambitieux, leschefs d’Etat ou de gouvernementont souligné la nécessité d’assurer“non seulement une transformationradicale de l’économie européenne,mais aussi un programme ambitieuxen vue de moderniser les systèmesde sécurité sociale et d’éducation”.En 2002, ils sont allés plus loin encoreen précisant que les systèmes d’éducationet de formation européensdevaient devenir une référence dequalité au niveau mondial d’ici à2010.Selon l’Union européenne, les effortsde formation des entreprises doiventêtre accrus pour atteindre 1,9% dela masse salariale. Les partenairessociaux belges ont confirmé autravers d’accords interprofessionnelssuccessifs que la norme de 1,9% dela masse salariale consacrée à laformation dans les entreprises doit© Carhop, Bruxellesêtre atteinte. Lors de la conférencenationale pour l’emploi en 2003, lespartenaires sociaux ont délimité desnouveaux engagements pour lesefforts de formation, en fonction deslignes directrices suivantes :• à l’horizon 2010, un travailleur surdeux devra suivre une formationou bénéficier d’un apprentissageen cours d’année.28


• les 0,10% de la masse salarialeréservés aux groupes à risquedevront tout particulièrement êtreconsacrés aux travailleurs âgés,aux peu qualifiés, aux handicapéset aux allochtones.• des efforts de formation spécifiquesdevront être consentis parrapport aux fonctions critiques.L’Accord Interprofessionnel dedébut 2007 invite également lespartenaires sociaux à continuerd’investir dans la formation. Lesautorités fédérales et régionalesélaborent aussi des plans d’actiondans lesquels la formation joue unrôle capital pour stimuler l’emploi.… un devoir qui doit éviterles inégalités socialesSi on part du principe que l’organisationde la formation professionnelleest un devoir, on peut aussi se direqu’elle devrait être organisée demanière à ce qu’elle engendre lemoins d’inégalités sociales possibles.A ce titre, la formation professionnelleest un nouvel enjeu social 1 . En effet,les formations qui sont proposées surle marché sont généralement suiviespar des gens qui ont déjà bénéficiéde formations par le passé. Parailleurs, les gens les moins formés,pour autant que des formations soientprévues pour eux, sont peu sujets às’y inscrire.Auparavant, accéder à et accepterun emploi était formateur; aujourd’huiil faut pour intégrer le marché dutravail, être de plus en plus qualifié(quitte à être surqualifié par rapportaux exigences de l’emploi) et sile travailleur n’entretient pas sonemployabilité, son capital humain sedégrade au fil du temps. La formationpeut alors être considérée commeune nouvelle obligation sociale. 2Cependant, cette tendance à laresponsabilisation individuelle estinterpellante au vu des résultats decertaines enquêtes qui concluent à ladiscrimination d’accès à la formationSart-Tilmant 1965-1966en fonction du genre, de l’âge, de lataille des entreprises, des qualifications,des secteurs d’activités, de lanationalité des travailleurs et de lanature de leur contrat de travail.De plus, la formation devient unélément incontournable dans lediscours de certains pour sortir duchômage. Les études 3 concernantles effets de la formation continuedes demandeurs d’emploi concluentque l’impact est bénéfique, au niveauindividuel, sur la probabilité de sortiedu chômage mais que cet impact seréduit à mesure que la population enformation augmente.La formation est un droitpour les travailleurs…D’autre part, du côté du travailleur,se former est un droit. Un droit quien Belgique dispose d’un outil légaltout à fait original, le congé éducationpayé.Les organisations syndicales ontrevendiqué et revendiquent encoreun droit individuel du travailleurà la formation professionnelle ougénérale qu’il choisit. C’est dans cecadre que le congé éducation payéa été conçu. Dès les années 30, lesmouvements ouvriers revendiquentun droit à la formation au travers duconcept de l’école de la secondechance. Il s’agit de favoriser auprèsdes ouvriers, obligés de travaillerdès leur plus jeune âge, la possibilitéd’acquérir un complément deformation intellectuelle, morale et/ou économique.Aujourd’hui, le congé éducationpayé permet aux travailleurs dusecteur privé de s’absenter pouraller en formation sans perte desalaire; formation qu’il aura choisie,et que l’employeur peut éventuellementpostposer mais pas refuser.Ce droit permet aux travailleurs dese former en journée ou en soiréeen bénéficiant d’un quota annueld’heures de congé payées et d’uneprotection contre le licenciement.1 “Quelques pistes pour des positions syndicalesen matière de FP.”, Didier Lebbe, CNE.2 Lettre socio-économique du Conseil Centralde l’Economie,n°128, août 2007.3 CCE, id.›››29


En alphabétisation, ce dispositif estutilisé pour les apprenants travailleursqui vont en formation, et actuellementils n’ont plus droit qu’à maximum120h de congé éducation payé surune année scolaire.© Carhop, BruxellesLe financement de cette mesure sefait de manière collective : toutes lesentreprises cotisent à un fonds quirembourse après coup les entreprisesdes heures de salaire des travailleurspassées en formation.L’esprit de ce dispositif est donc toutà fait original, et porte les travailleursà choisir eux-mêmes de s’inscriredans un projet de formation qui peutêtre éloigné ou non de leur emploiactuel.Le congé éducation payé est unoutil original, typiquement belge,qui reconnaît le droit individuel dutravailleur à la formation et octroiedes moyens pour l’exercice de cedroit. Il est un droit qui permet autravailleur de décrocher un diplômedans un domaine éloigné de saprofession de base, de suivre uneformation pour se spécialiser ou pouraméliorer ses capacités professionnelles,d’accroître tout simplementson bagage dans un domaine quil’intéresse, ou encore d’obtenir unbagage culturel qui l’aide à mieuxexercer son engagement social entant que citoyen ou militant. C’estun acquis du combat du mondeouvrier : l’accès aux droits culturelsdes travailleurs.… un droit en périlUn droit en péril parce que durantl'été 2006, le gouvernement fédéraldécide de restreindre fortementle nombre d’heures annuelles deformation dont peut bénéficier untravailleur. L’explication annoncéeà ce moment était une justificationfinancière. Ce dispositif coûte tropcher.La FGTB et la CSC ont directementformulé leurs objections. Mais legouvernement n’en a pas tenucompte. “Alors que chacun s’accordesur la nécessité pour les travailleursde se former tout au long de la vie, legouvernement belge porte un sérieuxcoup à ce dispositif. C’est incompréhensibleet inacceptable.” 4Mais en y regardant de plus près,les sources d’abus étaient identifiéesdans quelques secteurs qui remplissaientles documents pour le congééducation payé pour des formationsde travailleurs organisées pour l’adaptationà l’outil. Formations qui “sontdirectement liées à l’employabilité etqui relèvent de la responsabilité del’employeur a contrario du dispositifd’émancipation personnelle qu’est lecongé éducation payé” 5 .Et formez vous qu’ilsdisaient dans le secteur?Dans l’exercice de cet article, onvoit que l’objectif est différent pourun travailleur qui désire suivre uneformation qui soit “au service desfinalités du secteur” ou qui soit uncomplément de formation intellectuelle,morale, économique, culturelle“au service de son émancipationpersonnelle”.Pour réagir aux articles du dossierde l’Essor précédent, “formez vousqu’ils disaient…”. Oui, notre secteura besoin d’avoir des travailleurs quisoient formés à se poser des questions,dans une finalité d’être desacteurs professionnels d’émancipation.Par contre, laissons à chacunle choix de se charger de sa propreémancipation.La formation organisée dans lesecteur doit être organisée et elle doitl’être de manière à éviter les inégalitéssociales. Formez-nous à l’exercice denotre métier, mais laissez-nous nousoccuper de notre propre émancipationnous-mêmes… •Catherine Delbar,une travailleuse du secteur4 Communiqué de presse, FGTB, CSC, 7 septembre2006.5 Felipe Van Keirsbilck, dans Politique n°51,octobre 2007.30


2008“20.000 stagiaires comptent sur nous. 20.000 stagiaires comptent sur vous …20.000 personnes que nous refusons d’enfermer dans la catégories des “sans :sans diplôme, sans revenu, sans qualification, sans compétence, sans savoir,sans savoir-être, sans savoir faire, sans lien social, sans emploi, sans logement,sans papier, sans projet…Il n’existe pas d’exclus en soi. C’est la société qui désigne ses exclus…Notre secteur compte 1700 travailleurs qui chaque jour sont au côté des personnes(…) avec lesquelles nous revendiquons le droit d’être porteurs d’une histoire,d’expériences, de capacités, de désirs, d’aspirations 1 .”Pour nous, quel que soit son parcours de vie, sa situation, chaque personne a des compétenceset des connaissances. Chacun sait… et ce savoir est un point d’appui inestimable pour notreaction d’insertion socioprofessionnelle.Notre conviction est forte.En 2008, nous souhaitons la partager dans un réel esprit de partenariat pour qu’elle deviennele fondement commun à nos actions.Le comité de rédaction de l'ESSOR1 Extraits du discours de Dominique Brasseur,Présidente de l’IF, lors de l’assemblée sectorielledu 15 octobre 2007Nous remercions Isabelle, Frédéric, Tonia et Marjorie pour leur collaboration à la prise de vue des photos tout aulong de la journée de l'Assemblée Sectorielle des EFT-OISP.31


Les cinq fédérations membres de l’Interfédération EFT-OISP sont :ACFI - Action Coordonnée de Formation et d'Insertion - www.acfi.be - tél. 02 640 44 07AID - Actions Intégrées de Développement - www.aid-com.be - tél. 02 246 38 61 (62 ou 65)ALEAP - Association Libre d’Entreprises d’Apprentissage Professionnel - www.aleap.be - tél. 081 24 01 90CAIPS - Concertation des Ateliers d’Insertion Professionnelle et Sociale - www.federationcaips.be - tél. 04 337 89 64Lire et Ecrire Wallonie - www.lire-et-ecrire.be - tél. 071 20 15 20Contribution permanente à la revue :FeBISP - Fédération Bruxelloise des organismes d'insertion socioprofessionnelle et d'économie sociale d'insertion - www.febisp.be - tél. 02 537 72 04Le Comité de rédaction :Eric ALBERTUCCIO - Marc CLEPKENS - Catherine Delbar - Véronique KINET - Marjorie LACROIX - Fançois LEDECQ - Tatiana VIAL GRÖSSER -Jean-Luc Vranken - Dan WENDORFSecrétaire de rédaction :Marjorie Lacroix : 064/23 90 56 - essor@interfede.beRédacteur en chef :Dan WendorfOnt contribué à la rédaction des articles :E. Albertuccio, D. Brasseur, C. Delbar, M.-P. Delisse, S. Devlésaver, C. Emonts, V. Kinet, P. LAFONTAINE, M. Mirkes, F. Touzri, D. Vrancken, J.-L. Vrancken,D. Wendorfwww.interfede.beInterfédération des Organismes de Formation et d'Insertion Wallonie-BruxellesACFI-AID-ALEAP-CAIPS-Lire et Ecrire WallonieNuméro d'entreprise : 439.244.011 - n° de compte : 001-3207881-70avec le soutien de la Région Wallonne et du Fonds Social EuropéenL'ESSOR de l'Interfédé : La revue trimestrielle du secteur de l'insertion socioprofessionnelleConception du layout : SCB Communication - Mise en page et production : Kaligram - www.kaligram.beEditeur responsable : Dominique BRASSEUR - rue Marie-Henriette, 19-21 - 5000 Namur - tél. 081 / 74 32 00 - fax 081 / 74 81 24 - secretariat@interfede.beLes données diffusées pourront être reproduites par tout utilisateur qui sera tenu d’en indiquer la source.

More magazines by this user
Similar magazines