Actes du colloque AMCP 2009 - Crid

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une nécessité. La question des femmes est crucialeà ce niveau : plusieurs des OMD les concernent directement(égalité entre les sexes et renforcement deleur pouvoir, santé maternelle, etc.). On insiste certesaujourd’hui sur le fait que si l’on veut réduire la pauvreté,les politiques de population et de santé doiventaussi s’adresser aux femmes et à leurs besoins, sanspour autant s’en donner les moyens.Bien qu’ils ne soient pas explicitement revendiqués,les OMD correspondent à des droits. Pour les populationsconcernées, la notion de droit — droit à la santé,droit à la terre, etc. — relève encore du domaine del’impensé par les autorités.De fait, les OMD sont plutôt un pis-aller onusien.Ils ont en tout cas le mérite d’exister, et permettentde se réunir pour discuter. Il faut donc continuer às’engager pour leur réalisation, même si le retardpris laisse penser que tous les OMD ne pourront êtreatteints. Surtout, il faut exiger des chefs d’État qu’ilsrendent des comptes et répondent des actions qu’ilsont menées en direction des populations. Même dansles pays les plus pauvres, la démocratie doit êtrereconnue comme un droit fondamental, notammentpour lutter contre la pauvreté.2. Tour de table : la démocratie, un élémentfondamental pour lutter contre la pauvreté ?Claire Hédon souligne que les OMD sont muets sur ladémocratie, et se demande si celle-ci constitue un élémentfondamental dans la lutte contre la pauvreté.Pour Jean-Pierre Elong MBassi, il faut avant de répondreà cette question faire un pas en arrière et s’interrogersur la notion même de démocratie. Forceest de constater que les pays du Nord se contententgénéralement, de la part des pays du Sud, d’unedémocratie formelle, basée sur le principe de lareprésentation, sans s’inquiéter de la participationréelle des populations aux décisions engageant leuravenir. À cet égard, sans doute est-il salutaire quela notion même de démocratie n’ait pas été mentionnéedans les OMD — et on peut supposer que c’estvolontaire — : on ne se serait préoccupé que de sonaspect formel. C’est aux organisations regroupant lasociété civile qu’il revient de jouer ce rôle de chiensde garde, en appuyant leurs homologues africains pourveiller ensemble à la participation des populations àla définition de leur futur.Fatou Sow considère que le fait que les OMD aientlaissé de côté la question de l’environnement politiqueest un problème crucial en Afrique. La lutte contre lapauvreté a pour nécessaire corollaire le développementde la démocratie. Un chef d’État élu démocratiquementpeut être à même de refuser la privation desressources naturelles nationales, pour les affecter audéveloppement du pays. Or, le pouvoir est encore tropsouvent usurpé et monopolisé par des élites, souventsoutenues par des groupes d’intérêt internationaux, quise dispensent de rendre des comptes aux populations.L’actualité récente montre que dans des pays parmiles plus pauvres pourtant très riches en ressourcesminières, comme la Guinée, le Gabon ou le Niger, laconfiscation du pouvoir par des groupes reste uneréalité. Tant qu’un fonctionnement démocratique réeln’aura pas été mis sur pied en Afrique, la réalisationdes OMD sera compromise, comme celle de touteentreprise ambitieuse.16

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