Actes du colloque AMCP 2009 - Crid

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evendications qui ont mené à la mise en place de laDécennie mondiale des femmes des Nations Unies etles débats et échanges qui ont eu lieu en ont favorisél’émergence.Mais même à ce niveau, les femmes n’ont pas étéaccompagné comme les « marabouts de l’arachide »(Copans) par tous les appuis techniques, logistiqueset financiers accordés aux cultures d’exportation (arachide,café, cacao, etc.) Leurs productions ont continuéà être considérées comme des activités d’appoint.Dans l’économie prometteuse de l’après-barrage auSénégal, dans les années 1980, dans cette régionessentiellement rizicole, les femmes ont largementservi à combler les carences nutritionnelles existantes.Elles ont été spécialisées dans le maraîchage,cultivant notamment des tomates et des oignons. Endépit d’un démarrage difficile causé par leurs difficultésspécifiques d’accès à la terre, elles ont finipar atteindre une production de tomates justifiant laconstruction d’une usine de transformation dans ledépartement de Podor. Les hommes ont alors reprisà leur compte la production de tomates.En ce qui concerne la production d’oignons, qui elleaussi s’était considérablement développée, les femmesse sont heurtées à l’insuffisance des infrastructuresroutières. Dans l’incapacité de se déplacer pourvendre leur production, elles ont dû la céder à desmarchands venus de Dakar avec des camions, qui ontimposé leur prix.Dans la salle, une participante (Amnesty France, Équipedroits économiques, sociaux et culturels) revient surla difficulté des femmes à hériter. Elle rappelle qu’ilexiste un protocole additif à la Charte africaine desdroits de l’homme et des peuples relatif aux droitsdes femmes. Très émancipateur pour elles, il statuenotamment sur cette question. Qu’en est-il alors desÉtats qui ratifient des traités et ne les appliquentpas, et de l’application de ce droit pour les femmes ?Elle permettrait à de nombreuses femmes de sortirde situations catastrophiques où elles se trouvent, enparticulier en République démocratique du Congo.Fatou Sow rappelle le contexte dans lequel est né ceprotocole. En 1993, après de nombreuses réunionsd’élaboration de la charte, les femmes africainesaffiliés aux mouvements en faveur des droits desfemmes et impliquées dans les consultations sur lacharte, ont exigé d’y voir inclus leurs droits spécifiquesafin qu’elles soient en mesure de lutter contreles discriminations basées sur le sexe.Le Protocole relatif aux droits des femmes a finalementété adopté à Maputo en 2003, et ratifié par un certainnombre d’États. Le problème est actuellementde passer à son application. Certains chefs d’État nesouhaitent manifestement pas le faire, au nom d’idéologiestirées de la Bible ou du Coran.D’autres types d’obstacles sont ceux qu’évoquent aisémentles gouvernements : la faiblesse des budgetsdisponibles pour réaliser des programmes qui amélioreraientle niveau de vie des populations et desfemmes, du fait des programmes d’ajustement structurelset, globalement, les politiques néo-libéralesimposées à l’Afrique qui les obligent à réduire lesdépenses sociales de l’État. Or, dans des sociétés oùle contrôle des femmes - de leur force de travail,de leurs facultés reproductives - occupe une placecentrale dans les idéologies culturelles et religieuses,l’application du protocole ou des droits acquis dansles conventions internationales, s’avère une tâchedifficile. D’où l’importance d’une éducation citoyennepour tous, grâce à laquelle les femmes seraient enmesure de revendiquer leurs droits pour une citoyennetéeffective.19

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