Actes du colloque AMCP 2009 - Crid

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Actes du colloque AMCP 2009 - Crid

Thierry Viard (ATD Quart Monde) pointe une dimensionessentielle de la lutte contre la misère : la rencontreet l’échange d’expériences vécues entre ceux quiont été concernés et ceux qui le sont encore. De telséchanges ont un effet libérateur vis-à-vis d’un sentimentde honte paralysant, et permettent une prisede conscience essentielle : on peut tirer de la forced’avoir su résister à la misère. Ils contribuent ainsi àla construction de solidarités efficientes. La Journéemondiale du refus de la misère, emblématique de cettedémarche, en constitue un moment clef.Par ailleurs, on évoque l’extrême pauvreté à proposdes pays du Sud, mais elle ne concerne pas qu’eux.L’exclusion sociale existe partout, à des degrés divers,indépendamment du niveau de richesse des pays. Ladiffusion de cette idée auprès des État africains ausein du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, encontribuant à la sensibilisation de tous, favoriseraitla lutte contre l’extrême pauvreté dans les pays duNord et ne réduirait pas la question de la lutte contrel’extrême pauvreté uniquement à une question dedéveloppement.Or, la précarisation de l’emploi est vouée à s’étendretrès largement. Les pays du Nord, qui ne semblent pasen prendre la mesure, doivent s’y préparer, et repenserla défense du travail sur une autre base que celle dusalariat dominant. On ne peut plus aujourd’hui considérerque la pauvreté puisse être contenue pour neconcerner qu’une partie minoritaire de la population,et que les inégalités vont naturellement se réduiredu fait de la diffusion des fruits de la croissance. Onconstate partout que le trickle-down ne marche pas,et que les sociétés sont de plus en plus duale, avecune minorité riche qui côtoie la majorité qui vit dansdes difficultés de plus en plus insupportables. La criseactuelle offre une opportunité d’interroger ce systèmepeu viable pour la grande majorité de la population.Plus que de porter en commun un discours sur la luttecontre la pauvreté et les inégalités, il s’agit bien plutôtde remettre en cause l’idéologie de la compétition etde la lutte stérile de tous contre tous, et à la place, deréinventer ensemble un nouveau rapport aux puissants.La croyance selon laquelle ils sont définitivement lesplus forts a peut-être elle aussi vécu.Jean-Pierre Elong MBassi est d’accord, mais émet deuxréserves. D’une part, pour les pays où la pauvreté estmajoritaire, les discours sur la lutte contre la misèreont un effet limitant et péjoratif. En stigmatisant touteune population, ils entérinent implicitement l’idéeque les gens ne sont pas maîtres de leur destin etdépendent pour le développement de leur pays del’action des pays du Nord, tacitement érigés commemodèles.25

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