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Revue Dräger n°11 : Résilience

La force invisible qui nous permet de résister aux situations extrêmes

La force invisible qui nous permet de résister aux situations extrêmes

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Revue Dräger 11 2 ème numéro 2015 Résilience

Revue Dräger 11

La technologie pour la vie 2015

Incertitude

La gestion des risques

réduit les erreurs p. 20

Balles réelles

Les bancs d’essais testent

les véhicules blindés p. 26

Assistants

Les anticorps ciblent

les drogues p. 34

Résilience

La force invisible qui nous permet de

résister aux situations extrêmes


Sommaire 11

6

FORCE PSYCHIQUE

Dans la vie, nous sommes tous

confrontés à des situations qui

nous montrent nos limites – des

limites qui se font sentir à

retardement. La résilience est la

capacité à affronter des situations

difficiles et à se reconstruire.

PHOTOS : PICTURE ALLIANCE/DPA, BMW AG, PATRICK OHLIGSCHLÄGER. COUVERTURE : PICFOUR

Env. 300 millions

d’années, c’est l’époque à laquelle remonte l’origine du

grisou dans les mines – détails à partir de la page 44.

14

PROTECTION EXTERNE

Brillance et protection à la fois.

La Lufthansa Technik utilise plusieurs

dizaines de peintures pour protéger

les avions contre la corrosion à plus de

10 000 mètres d’altitude. C’est du

travail manuel car il en va de la sécurité

des passagers. Les personnels

doivent se protéger contre les solvants.

26

SÉCURITÉ INTÉRIEURE

Les véhicules blindés sont des

forteresses roulantes protégeant les

passagers de dangers divers, de

gaz toxiques aux salves de balles. Les

bancs d’essais allemands testent les

concepts selon des critères très stricts

et pour différents types de dangers.

2 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


4

Hommes d’action à Aalborg

et Potsdam

Un médecin danois et un concepteur

media allemand : ils nous

touchent, chacun à leur manière.

6

Surmonter les crises

Le stress, les problèmes et les soucis :

nous sommes tous confrontés à

des situations difficiles un jour ou

l’autre. Certains les maîtrisent mieux

que d’autres, certains de façon

innée, d’autres grâce à un apprentissage.

14

Scintillants dans la troposphère

Les avions doivent être résistants

au sol et dans les airs. C’est

pourquoi on leur passe jusqu’à

25 couches de peinture.

20

Peur, craintes, risques

Nous avons peur de l’inconnu. La

gestion des risques rend l’inattendu

prévisible rationnellement pour

que la peur ne prenne pas le dessus.

26

P-A-N !

Les bancs d’essais, c’est du

sérieux car on y teste la résistance des

blindages de différents véhicules.

30

Sauvetage en rouge et blanc

Les sapeurs-pompiers de Hambourg

interviennent env. 700 fois par jour

pour éteindre des incendies en rouge

et sauver des vies, en blanc. Une

journée dans la ville de Hambourg.

34

Détecteurs sensibles

Les héros des tests de salive, ce sont

les anticorps, qui réagissent aux

drogues de façon sensible et sélective.

40

Un tas de cendre

Tous les enquêteurs lisent dans

la cendre et les résidus comme dans

un roman policier.

44

Coups de grisou souterrains

Les mineurs ne doivent pas

prendre garde aux dragons mais

aux gaz toxiques.

50

Renifleurs sensibles

Petits mais performants : les

capteurs électrochimiques mesurent

le gaz pour sauver des vies.

56

De l’air frais

Une légère ventilation aspire l’air

ambiant pour le purifier. Nous vous

présentons le fonctionnement de

ce dispositif et les équipements avec

l esquels il fonctionne.

MENTIONS LÉGALES

ÉDITEUR :

Drägerwerk AG & Co. KGaA,

Communication entrepreneuriale

ADRESSE DE LA RÉDACTION :

Moislinger Allee 53–55,

23558 Lübeck, Allemagne

E-mail : draegerreview@draeger.com

RÉDACTION EN CHEF :

Björn Wölke,

Tél. +49 451 882-2009, Fax +49 451 882-7-2009

CONSEILS RÉDACTIONNELS :

Nils Schiffhauer

DIRECTION ARTISTIQUE, AGENCEMENT,

RÉDACTION-PHOTO ET COORDINATION :

Redaktion 4 GmbH

TRADUCTION :

Lektornet GmbH

IMPRESSION :

Lehmann Offsetdruck GmbH

ISSN : 1869-7275

RÉFÉRENCE : 90 70 398

Les articles dans la r evue Dräger

vous informent sur les produits et des

possibilités d’application en général.

Ils n’ont pas pour obje t de garantir

certaines propriétés des produits ou

leur aptitude pour une utilisation

concrète. Il est demandé à t ous les

spécialistes d’appliquer exclusivement

les connaissances acq uises

dans le cadre de formations ainsi que leurs expériences

pratiques. Les opinions, avis e t propos des per sonnes

citées nommément e t des auteurs externes, exprimés

dans les textes, ne cor respondent pas nécessairement à

l’opinion de Dräger werk AG & Co. K GaA. Il s’agit uniquement

de l’avis des per sonnes concernées. Tous les

produits, cités dans la présente revue, ne sont pas disponibles

dans le monde entier. Les configurations d’équipements

peuvent varier en fonction des pays. Sous réserve

de modification des produits. Votre représentant Dräger

compétent vous f ournira les inf ormations actuelles.

© Drägerwerk AG & Co. KGaA, 2015. Tous droits réservés.

La publication ne doit êtr e restituée, mémorisée

dans un système de données ou être cédée sous quelque

forme que ce soit, ni électr oniquement, ni mécaniquement,

par photocopies, reproductions ou autres, entièrement

ou en par tie, sans l’aut orisation préalable de

Drägerwerk AG & Co. KGaA.

Dräger Safety AG & Co. K GaA, Lübeck/Allemagne,

fabrique les produits suivants : masques à filtre unique

(modèle Dräger X-plore 4740/6570) et les masq ues

à filtre double (modèle Dräger X-plore 3500/5500 ;

page 19), système d’air frais ESS II (page 26 et suivantes),

Tubes Dräger (page 32), Dr ugTest 5000 (page 34 et suivantes),

Multi-PID 2 (page 40 e t suivantes), les capteurs

(électrochimiques) (page 50 e t suivantes) et X-plore

8000 (page 56).

www.draeger.com

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

3


EXPÉRIENCES

NOUVELLES DU MONDE

Des gens

qui nous

touchent

PHOTOS : UFFE WENG, NILS SCHIFFHAUER

Lars Kjaersgaard,

médecin chef au CHU

d’Aalborg/Danemark

« Tout n’est pas toujours bon pour

le patient. Il y a bien entendu

les statistiques, les algorithmes et

la science. Si on veut trouver la

thérapie intensive adaptée, le contact

avec les patients est décisif. Je

m’adresse donc aux 60 infirmières

de mon service d’égal à égal. Je

passe une heure par jour avec les

patients, les infirmières toute la

journée. Un exemple : lorsque je

prescris un masque respiratoire,

c’est souvent ressenti comme désagré

able. Le patient transpire et

certains souffrent même de claustrophobie.

L’infirmière doit veiller

à ce que le patient comprenne vraiment

l’importance de ce traite -

ment. Pendant mes études, je n’ai

pas appris à instaurer ce climat

de confiance. Lorsque nous avons

eu besoin de nouveaux appareils

respiratoires, le personnel soignant a

été consulté également. Certes, les

fonctions techniques doivent être prises

en compte mais les infirmières ont

souligné l’importance d’une formation

intensive pour l’utilisation des respirateurs.

Chaque fois que j’arrive au chevet

d’un patient, je le salue, même s’il

est sous sédation car, parfois, les patients

s’en rendent compte. Et il n’y

a rien de plus humiliant qu’un médecin

qui commence un traitement sans

saluer son patient. »

4 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


Mario Schuster, concepteur

média, Art-EFX,

Potsdam/Allemagne

« Oui, mes quatre enfants connaissent

mon métier. Quand nous sortons,

ils me demandent souvent si c’est moi

qui ai fait ça et il m’arrive de leur

dire : oui, ce dessin est de moi. Je con -

çois des façades, des transformateurs

et des intérieurs. J’ai découvert

ma passion pour les tags grâce à un

éducateur dans un club pour jeunes. Je

suis originaire de Kleinmachnow près

de Potsdam où j’ai pu taguer légalement.

Je n’ai pas vraiment de source d’inspiration

mais les œuvres de Gerhard

Richter me fascinent. Je voulais faire

des études mais j’ai préféré taguer professionnellement.

Au départ, je travaillais

sept jours sur sept. Maintenant,

je suis directeur artistique adjoint chez

Art-EFX, où je suis entre autre responsable

pour le Land de Schleswig-

Holstein. Connaissez-vous la ville de

Süderbrarup ? J’y ai décoré les transformateurs

pour un fournisseur d’énergie.

Quand on travaille jusqu’à dix heures

par jour, on ne voit pas beaucoup le paysage.

Je tague en me conformant

à un modèle sur une feuille de format

A4. Et si un client veut admirer son

chat sur un pan de mur entier, pas de

problème ! Je mets mon masque,

prends des bombes aérosols et c’est

parti. Le client est content, tout

comme mes enfants quand je passe

par là avec eux. »


Professionnellement résilient ?

Trois personnes sont mortes dans un carambolage sur

l’A31 en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Il y a eu de

nombreux blessés. Les sauveteurs ont bloqué l’accès

à ceux qui n’auraient peut-être pas supporté cette

horreur et, pour finir, ils ont eux-mêmes eu besoin de

beaucoup d’énergie pour surmonter ce qu’ils ont vécu.

L’énergie de

Stress au travail, problèmes privés ou soucis : chacun de nous est

confronté à une situation de fort stress à un moment ou à un autre.

Les personnes résilientes GÈRENT MIEUX LES CRISES. Certaines

sont plus solides de nature, d’autres peuvent apprendre à le devenir,

que ce soit au niveau individuel, de l’entreprise ou de la métropole.

Texte : Isabell Spilker

6 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


LA FORCE PSYCHIQUE

L’ACCENT SUR

ceux

PHOTO : DDP IMAGES

qui résistent

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

7


L’ACCENT SUR

LA FORCE PSYCHIQUE

L

Les sauveteurs reçoivent l’appel d’urgence à 9h33. Les heures

qui vont suivre vont les confronter à leurs limites. À Winnenden,

petite commune du Bade-Wurtemberg, un écolier abat 15 personnes

au mois de mars 2009 avant de se donner la mort. Martin

Luitjens est présent ce jour-là. Cet urgentiste s’est occupé des

survivants et des sauveteurs en prêtant une oreille attentive à

leurs problèmes. Le soir, celui qui aide les autres sent ses forces

diminuer pour lutter contre des événements traumatisants.

Les sauveteurs qui tentent de sauver des enfants,

des policiers dont les collègues sont tués en service

travaillent tous dans des situations inhumaines. Une

fois le calme revenu, ils ressentent le contrecoup du

stress. Ceux qui ne disposent pas des mécanismes

appelés « résilience » par les psychologues, auront

bien du mal à gérer leur vie quotidienne. « Ceux qui

rentrent chez eux après une telle journée ne sont pas

immédiatement en mesure de surmonter ces événements

», dit Luitjens, qui travaille également comme

« coach de résilience ». « On est perturbé car le mental

a besoin de temps. » Certains se ressaisissent en

quelques jours, d’autres ont besoin de plusieurs mois, voire plusieurs

années ou toute une vie.

Résistant aux perturbations

Résilience est synonyme de résistance mentale. Ce concept peut

être appliqué aux systèmes, organisations, infrastructures, matériaux

et sociétés. Il décrit la résistance aux perturbations et la

capacité à prendre des mesures pour empêcher le pire de se

produire ou pour réduire les effets du stress.

Cela fonctionne aussi dans les hôpitaux et les systèmes complexes.

Un exemple : les conséquences du changement climatique

sur les villes ont été étudiées ces dernières années. Il s’agit

de savoir comment les villes pourront affronter des conditions

météorologiques extrêmes pour revenir le plus rapidement possible

à la normale. La capacité d’apprentissage est une dimen-

8 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


Le bruit était assourdissant, le spectacle effroyable :

Le 3 juin 1998, le TGV « Wilhelm Conrad Röntgen » déraille près

d’Eschede, à proximité de la commune de Celle. Cet accident

ferroviaire a été l’une des pires catastrophes en Allemagne et les

sauveteurs ont été suivis psychologiquement. 700 des quelque

2 000 secouristes ont bénéficié trois ans durant de soutien psychologique

et 100 d’entre eux ont souffert de problèmes à long

terme avec des troubles mentaux et des troubles du sommeil

La résilience

peut protéger le

psychisme,

comme un système

immunitaire

sion importante pour la robustesse et l’aptitude à surmonter les

difficultés. Un système résilient est en mesure d’apprendre et

de s’adapter à de nouvelles conditions. « Pour les hommes, la

résilience désigne les mécanismes qui permettent de ressortir

renforcé de situations stressantes et traumatisantes », explique

Michèle Wessa, professeur de psychologie clinique et de neuropsychologie

à l’Université Gutenberg de Mayence. Depuis l’été

2014, cette université accueille le premier centre de recherche

sur la résilience qui se penche sur les bases moléculaires, l’expérimentation

animale et la neuroscience de la résistance. Ces

résultats vont permettre de mettre au point de nouvelles méthodes

de prévention.

L’intérêt pour des concepts efficaces augmente. La constitution

psychique de l’homme est un thème d’actualité.Malgré l’aisance

matérielle et les efforts physiques réduits (par rapport à des

PHOTO : DPA/SÜDDEUTSCHE ZEITUNG PHOTO

époques révolues), de nombreuses personnes sont sous pression

sur le plan professionnel et privé. Nous pensons souvent que

ceux qui ne peuvent pas suivre le rythme sont des « loosers ». Des

études sur la santé mentale de personnels des professions médicales

montrent par exemple qu’au moins 20 pour cent des médecins

souffrent de burnout. Le stress lié à la vie professionnelle

est un des plus grands défis de notre temps. La résilience est ici

un aspect complémentaire qui peut nous protéger – comme de

la corne sous les pieds.

« Ce qui ne me tue pas me rend plus fort »

Mais comment naît ce mécanisme protecteur ? Les systèmes

peuvent être renforcés, mais l’homme ? La résilience peut protéger

notre psychisme et éviter qu’on ne tombe malade après des

événements négatifs intenses. Et, tout comme

le système immunitaire, elle diffère en fonction

des individus. Mais elle peut être amélio-

ENVELOPPE DURE

L’American Psychological

rée. Pourquoi certains sont-ils plus résilients

Association a mis au

que d’autres ? Est-ce un fait génétique, une point un plan d’action

aptitude acquise durant l’enfance ou se développe-t-elle

à l’âge adulte ? La résilience peut-

résilience accrue :

en 10 points pour une

elle augmenter à tous les niveaux ? La formule

pourrait être très simple. Un enfant foncièrement

optimiste n’est pas chouchouté par ses

1. Efforcez-vous de vous

faire des amis.

2. Voyez les crises

parents. Il doit affronter des crises. Une fois

comme des obstacles

adulte, il est psychiquement plus résistant et surmontables.

affronte les difficultés avec une grande force 3. Acceptez les changements

comme partie

intérieure.

Stephen Joseph étudie ce phénomène. intégrante de la vie.

Ce chercheur anglais coordonne la formation

4. Efforcez-vous

d’atteindre vos objectifs.

psychothérapeutique et psychologique pratique

à la School of Education de l’Université 6. Cherchez des

5. Décidez d’agir.

de Nottingham. Jusqu’en 2013, il était professeur

de psychologie et directeur du Center for « vous recentrer ».

possibilités pour

Trauma, Resilience and Growth : « De nombreuses

aptitudes de l’âge adulte ont déjà été

7. Ayez une image

positive de vous-même.

8. Voyez les choses

objectivement.

9. Soyez optimiste.

10. Prenez soin

de vous.

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

9


L’ACCENT SUR

LA FORCE PSYCHIQUE

« La résilience

des secouristes

dépend aussi

de la culture au

sein de

l’organisation »

acquises enfant. Nous devons apprendre à gérer les

situations difficiles. Ceux qui sont confrontés à l’adversité

et à des catastrophes font preuve de plus de

résilience s’ils ont tiré les enseignements de leurs

expériences antérieures. » Ils voient ce qu’il y a de

positif dans une crise, fidèles au « Crépuscule des

Dieux » de Nietzsche : « Ce qui ne me tue pas me

rend plus fort. » Stephen Joseph a emprunté le titre

du livre de Nietzsche (« What doesn’t kill us ») et parle de gens

que les coups du sort ont rendus plus forts. « La croissance posttraumatique

requiert de se fixer de nouvelles priorités et de déterminer

ce qui est vraiment important. » Mais ceux qui n’ont

pas fait d’expériences positives pour surmonter des crises antérieures

seront d’autant plus vulnérables.

C’est ce que prouve une étude à laquelle Joseph a participé

en 1987 après le naufrage d’un ferry dans le port belge de

Zeebrugge, qui a fait 193 victimes. Les survivants, qui ont dû surmonter

d’autres crises durant les trois années après l’accident

(comme une maladie ou la perte d’un proche), étaient plus vulnérables

que le groupe témoin.

Être froid et dur comme le fer

ne rend pas plus résilient

L’étude a aussi mis en évidence ce qui suit : les personnes, incapables

d’extérioriser leurs émotions et celles n’ayant que peu

d’amis se sentaient encore plus mal. Le coach de résilience Luitjens

soutient lui aussi ce résultat : « Le soutien sociétal est un

facteur décisif. La résilience a beaucoup à voir avec l’environnement

personnel, par exemple chez les secouristes. Leur niveau

de résilience dépend aussi de la culture au sein de l’organisation.

» Ne peut-on pas discuter après une intervention et se dire

que tout ne s’est pas passé comme il faudrait ? « Les structures

relayant le mythe de l’invulnérabilité compliquent la façon d’aborder

les situations traumatisantes. Dans un tel environnement,

rares sont ceux qui osent avouer une prétendue faiblesse. » A

son avis, les ressources sociales, c’est à dire le soutien au sein

du groupe, sont des facteurs décisifs pour une résilience accrue.

La chercheuse Michèle Wessa va encore plus loin : « La cohésion

n’est pas aussi forte qu’on le pense. Ces caractéristiques

(optimisme, soutien social et expériences antérieures) ont certes

une influence décisive mais elles ne suffisent pas à prédire la

résilience d’une personne dans une situation donnée. » La résilience

résulte probablement de la combinaison de différents

facteurs et mécanismes. « Si seules certaines caractéristiques

rendaient résilients, ces personnes seraient résilientes tout au

long de leur vie. Mais ce n’est pas le cas. Un exemple : de nombreux

secouristes travaillent toute leur vie sans rencontrer de

problèmes notoires et soudain, quelque chose leur fait perdre

pied. Il faut donc plutôt renforcer durablement les ressources

qui peuvent s’épuiser. »

Partie intégrante de nombreuses formations

Le service d’urgence du Centre allemand de résilience essaie

d’être présent au moment crucial. Il ne s’adresse pas aux individus

confrontés à une crise, et qui ont besoin de résilience immédiatement

mais à des personnes et institutions stressées, avant

Se jeter à l’eau

dans l’espoir

de trouver des

survivants

et ne repêcher

que des

cadavres :

le naufrage du

Costa Concordia

au large des

côtes italiennes

a demandé

une grande force

mentale

aux plongeurs

10 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


Interview

Appareils

résistants

Il y a cinq ans, Dräger a inauguré

un service pour tester les appareils

médicaux dans la pratique afin

de les rendre plus résistants aux

influences environnementales.

Dirk Zumtobel dirige le service en

charge de la fiabilité des produits.

Monsieur Zumtobel,

l’assurance-qualité va de soi.

Que faites-vous de plus ?

Zumtobel : Les standards habituels

appliqués aux tests fonctionnels

d’assurance- qualité ne suffisaient

plus. Nous testons la stabilité

des systèmes pendant un laps de

temps plus long dans des « conditions

cliniques ». Des composants

sans défaut ne garantissent pas un

système parfait. Nous travaillons à ce

que nos composants soient sans

défaut et fonctionnent parfaitement

au sein du système global.

Avez-vous construit

un petit hôpital ?

Zumtobel : Oui, presque. Dans notre

laboratoire, nous sommes techniquement

en mesure de simuler des situations

quotidiennes. Nous y soumettons à une

situation de stress jusqu’à 25 appareils

ou plus, d’un certain type dans différentes

conditions. Nous consignons les résultats

et les analysons statistiquement, ce qui

permet de tirer des conclusions sur la

robustesse et fiabilité de nos systèmes.

A quelles conditions vos appareils

sont-ils exposés ?

Zumtobel : Autant qu’on peut en

prévoir : des patients en surcharge

pondérale, des prématurés (sous

respiration artificielle), des désinfections

régulières (avec différents

détergents et diverses méthodes),

des fluctuations de température

et de pression (pour l’alimentation en

gaz), des pannes de courant etc.

Quel a été le résultat

le plus important ?

Zumtobel : Après les essais avec

les prototypes, nous avons été surpris

du nombre de résultats effectivement

consignés. Les utilisateurs ne

remarquent pas toujours tout.

Nous avons déterminé les endroits

où l’architecture du système est

« limite », comme pour un système

d’exploitation informatique qui

peut bugger pendant l’utilisation.

L’appareil est d’abord rendu

résilient vis-à-vis de lui-même.

Quelles sont les influences

dont il faut le protéger ?

Zumtobel : Le plus grand défi pour

la technologie, ce sont les utilisateurs.

Tant qu’ils se conforment au mode

d’emploi, tout se passe bien. Mais il

y a les « abus prévisibles ». Nous

demandons donc régulièrement à des

personnes avec des connaissances

cliniques et techniques d’utiliser spontanément

nos nouveaux appareils. Nous

confrontons également les dispositifs à

d’autres situations inattendues :

l’utilisation d’accessoires inadaptés,

une interruption soudaine, un mauvais

nettoyage, etc. Cela nous permet

d’obtenir des informations supplémentaires

pour rendre nos appareils

encore plus résistants.

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

11

PHOTO : PICTURE ALLIANCE/DPA


L’ACCENT SUR

LA FORCE PSYCHIQUE

que la rupture ne se produise, afin de pouvoir réagir à temps :

avec une gestion du stress, des techniques de relaxation et un

réseau social qui apporte un réel soutien.

Souvent, les mesures favorisant la résilience font partie intégrante

de la formation des pompiers, policiers et pilotes. Il est important

de reconnaître ce qui suit : « Résilient ou non,

ça n’existe pas ! Chacun dispose d’un certain degré

de résilience, suffisant pour relever les défis mais parfois,

ces défis sont au-delà de nos forces », explique

Martin Luitjens, qui a mis trois jours avant de retrouver

son équilibre après la tragédie de Winnenden. « Je

connais les processus nécessaires et je sais ce qu’il

faut faire pour s’en remettre. » Luitjens est paré pour

ces éventualités mais il sait aussi que ceux qui ont été

résilients à un certain moment face à un problème

ne le seront pas forcément plus tard. Ce n’est pas

prévisible mais on peut s’armer de son mieux.

LITTÉRATURE ET LIENS UTILES (EN ANGLAIS)

Stephen Joseph : « What does’nt kill us ».

288 pages, Jackson/TN, USA, Basic Books, 2013

Karen Reivich, Andrew Shatte : « The Resilience Factor:

7 Keys to Finding Your Inner Strength and Overcoming Life’s Hurdles ».

352 pages, Harmony Publishers, New York, 2013

American Psychological

Association :

www.apa.org/helpcenter/road-resilience.aspx

Resilence Training Institute

(Succursales dans de nombreuses villes des États-Unis) :

www.resiliencetraininginstitute.com

« Résilient

ou non,

ça n’existe pas ! »

12 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


Même si le travail requiert une certaine robustesse :

l’image du pompier intrépide a changé ces dernières

années. De nos jours, les secouristes peuvent

avouer que des interventions de plusieurs heures,

comme un grand incendie, les perturbent

VOTRE PSYCHISME EST-IL RÉSISTANT ?

Nous réagissons tous différemment à des événements stressants.

C’est dû surtout à notre résistance psychique individuelle,

la résilience. Ce test vous permet de déterminer votre degré de

résilience. Voilà comment ça fonctionne : cochez les cases qui

vous correspondent le plus. Ensuite, additionnez les points.

Vous trouverez l’évaluation ci-dessous.

1. Je fais tout pour mettre mes plans en œuvre.

1 2 3 4 5 6 7

2. Normalement, je réussis à tout faire.

1 2 3 4 5 6 7

3. Je ne me laisse

pas facilement perturber.

1 2 3 4 5 6 7

4. Je m’apprécie.

1 2 3 4 5 6 7

5. Je peux faire plusieurs choses en même temps.

1 2 3 4 5 6 7

6. Je suis résolu(e).

1 2 3 4 5 6 7

7. Je prends les choses comme elles viennent.

1 2 3 4 5 6 7

8. Je m’intéresse à beaucoup de choses.

1 2 3 4 5 6 7

9. Normalement, je peux aborder

une situation sous plusieurs angles.

1 2 3 4 5 6 7

10. Je parviens à me forcer à faire des choses

que je n’ai pas envie de faire.

1 2 3 4 5 6 7

11. Quand je suis confronté(e) à une situation difficile,

je parviens en général à m’en sortir.

1 2 3 4 5 6 7

12. J’ai suffisamment d’énergie

pour faire tout ce que j’ai à faire.

1 2 3 4 5 6 7

13. Je peux accepter que

certaines personnes ne m’apprécient pas.

1 2 3 4 5 6 7

Basé sur : Karena Leppert et autres, Magazine de « Diagnostic

clinique et d’évaluation », 2008, p. 226–243, avec autorisation.

ÉVALUATION

Jusqu’à 58 points : Votre résilience

n’est pas très prononcée mais cela

ne signifie pas que vous êtes sans

défense face aux problèmes de la vie

quotidienne. Vous aurez cependant

davantage besoin de soutien psychologique

que d’autres personnes

confrontées aux mêmes problèmes.

De 59 à 82 points : Vous avez une

résistance au-dessus de la moyenne.

Normalement, vous savez gérer

même les situations difficiles et vous

retrouvez votre équilibre après un

certain temps.

83 points et plus : Vous ne vous

laissez pas perturber facilement. Vous

réagissez de façon flexible aux coups

du sort et pour trouver une stratégie

adaptée à la situation. Si vous ne

pouvez rien faire dans une situation

difficile, vous parvenez le plus

souvent à l’accepter.

PHOTO : ULLSTEIN BILD – CARO/MARIUS SCHWARZ

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

13


AÉRONAUTIQUE

INDUSTRIE

Étincelant

dans la

Les avions doivent être très résistants à 10 000 mètres d’altitude mais

pas uniquement : chez LUFTHANSA TECHNIK, on connaît les ingrédients

pour éviter que les peintures se décolorent ou s’écaillent.

Texte : Olaf Krohn Photos : Patrick Ohligschläger

troposphère

A

Antonio Borrego a un air intrépide quand il se prépare

pour aller travailler. La combinaison blanche jetable n’a

pas de détails à la mode et ses mains sont gantées. Le bonnet

à revers, recouvrant ses oreilles, fait penser à un casque

de moto rétro. Il est difficile de reconnaître la bouche et

le nez derrière le masque. Les yeux de Bor rego pétillent

de malice et ne sont pas pr otégés quand il saisit le pist o-

let contenant une peinture spéciale, qu’il pulvérise avec

beaucoup de soin sur une pièce mét allique suspendue au

plafond au moyen de c haînes. « Il s’agit d’une partie du

châssis d’un British Aerospace 146 », explique Borrego. Une

fois sorti de l’atelier de peinture et après avoir enlevé son

FOTO: BLIND

14

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


INDUSTRIE

AÉRONAUTIQUE

Épuisant :

Antonio Borrego porte

un masque respiratoire

dans un atelier de

peinture de la Lufthansa

Technik pour peindre

une pièce de carlingue

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

15


AÉRONAUTIQUE

INDUSTRIE

masque respiratoire, la sueur perle sur son front. « C’est

fatigant de travailler avec un masque. Un cycle complet

dure entre 15 et 45 minutes. » Selon la peintur e, il faut

appliquer trois à sept couches.

La polyvalence dans les airs

La peinture pulvérisée est maintenant par tout : ongles,

meubles, chauffages et voitures. Les avions sont ici la catégorie

reine. Afin que les avions soient impeccables, des procédés

longs et coûteux sont nécessaires car la peinture d’un

avion doit être résistante : « Les températures en vol à 10 000

mètres d’altitude et les temps au sol dans les déser ts (par

ex. Dubaï ou Phénix/Arizona) peuvent varier de plus de 120

degrés Celsius », dit Maik e Timm. « Les peintures doivent

être flexibles car les ailes vibr ent. Elles doivent résister au

soleil, à la pluie, à la neige, à la cendr e volcanique et aux

produits chimiques de dégivrage. » Une peinture pour l’aéronautique

doit donc être polyvalente.

Maike Timm travaille comme ingénieur pour la Lufthansa

Technik depuis 1998 et dirige maintenant l’atelier de

peinture. Elle est plus précisément Manager Operations Aircraft

Painting Services. Environ 40 hommes

sont sous ses or dres dans les halls étendus

de l’atelier de la Luf thansa. Antonio Borrego

en fait partie, tout comme son jeune collègue

Jan Kleineidam. « Je voulais de venir

mécanicien aéronautique et la peinture me

semblait moins passionnante. » Entretemps,

Kleineidam a choisi de s’y consacrer entièrement

: « Maintenant je sais que ce travail est

passionnant et exigeant. » Les f abricants de

peintures de la Lufthansa Technik proposent

une gamme variée de produits. Les peintures

ne se distinguent pas seulement par leurs couleurs

mais aussi par leur s compositions et

leurs domaines d’application. « La connaissance

des matériaux est essentielle dans no tre domaine »,

dit Maike Timm. « Nous utilisons entre 30 et 50 systèmes de

peinture différents. »

Les aménagements

de la

cabine

reçoivent

jusqu’à 25

couches de

peinture

Coupure

électrique :

quand Paul

Spalek pulvérise

une protection

anticorrosion, les

autres travaux

doivent cesser

et le courant doit

être coupé

16 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


RYTHME DE

MAINTENANCE

Pour le contrôle D, un

avion est retiré de

la circu lation pendant

jusqu’à 4 semaines.

L’avion est contrôlé et

entretenu méticuleusement

car dans les airs, il

n’y a ni autoroute, ni

service de dépannage.

Fabricants et autorités

de surveillance fixent

les intervalles de maintenance

pour les avions.

La Lufthansa Technik

fait la différence entre

maintenance (jusqu’au

contrôle C) et la

révision (contrôle D).

Sous cette couche, d’autres qualités sont requises, comme

par ex. la protection anticorrosion ou d’autres propriétés

spécifiques. Le châssis est ainsi revêtu d’une peinture thermique

qui se colore durablement dès que des composants

surchauffent pour que les techniciens puissent reconnaître

des vices éventuels. Parfois, la peinture témoigne des préférences

personnelles et sert de signe distinctif : l’atelier de la

Lufthansa à Hambourg s’entend comme secteur VIP pour les

réaménagements sur mesure d’avions de ligne en jets privés

exclusifs. « Parfois, nous revêtons certains meubles en cabine

de 25 couches de vernis », dit Jan Kleineidam.

Ces vernis contiennent des solvants, nécessaires pour

le traitement et la formation d’un film. Ils sont souvent

toxiques et cancérigènes. C’est pourquoi Jan Kleineidam et

ses collègues veillent toujours à la peinture et à la protection

Contrôle au

sol : effectué

avant chaque vol,

également par le

pilote lui-même, qui

dure jusqu’à

60 minutes

Contrôlé de

service : effectué

hebdomadairement.

On ajoute par ex.

des consommables,

jusqu’à 55 heures

de travail

Contrôle

C : tous les 15

à 18 mois – jusqu’à

5 000 heures de travail

et plusieurs jours

d’immobilisation

Ramp-

Check :

effectué chaque

jour – jusqu’à

35 heures de

travail

Contrôle

A* : toutes les

350 à 750 heures

de vol – jusqu’à

260 heures de

travail

Contrôle D :

tous les cinq à six ans,

au plus tard après 25 millions

de kilomètres. L’avion

est entièrement démonté ; env.

25000 heures de travail et

* Contrôle B : complé. jusqu’à quatre semaines

ment au contrôle A ; d’immobilisation

uniquement pour des

types d’avions particuliers

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

17


AÉRONAUTIQUE

INDUSTRIE

respiratoire adaptée. « En principe, nous travaillons avec des

masques filtrants, contrairement aux pompiers, qui portent

des masques isolants », précise Maike Timm. Les peintres

doivent insérer différents filtres dans leurs masques respiratoires

en fonction des peintures utilisées. La Luf thansa

achète ces équipements de sécurité notamment chez Dräger.

Chaque gramme compte !

Le travail manuel prévaut car les composants, utilisés dans

l’atelier de peinture, sont de dimensions, formes et matériaux

très variés. « La peinture doit être assez épaisse pour

remplir son objectif et la couche aussi fine que possible. Dans

l’aéronautique, chaque gramme compte », dit Maike Timm.

Dans l’idéal, la peinture d’un Airbus A340 pèse 300 kilos. Ne

pas appliquer trop de peinture, avec 100 ou 300 kilos supplémentaires,

est donc une question de doigté.

Maike Timm a rendez-vous avec Paul Spalek à 11 heures.

Ce dernier travaille dans le hall des g ros avions de ligne.

L’ingénieur consulte sa montr e. Le bus par t dans trois

minutes. La maison mère de la Lufthansa Technik à Hambourg

mesure l’équivalent d’env. 1 000 terrains de football.

Pour que les 7 500 ingénieurs ne perdent pas de temps en

déplacements inutiles, une ligne de bus r elie toutes les dix

minutes l’entrée de l’usine aux hangar s, halls et bureaux

importants.

Ceux qui découvrent cette vaste zone près de l’aéroport

de Fuhlsbüttel et le terrain d’Airbus au Sud de l’Elbe à F inkenwerder

se rendent compte que la ville de Hambourg, avec

l’Elbe, les conteneurs et les bateaux de croisière s’est également

solidement établie comme site numéro un de l’aéronautique

en Allemagne. La Lufthansa Technik entretient plus

de 50 sites différents dans le monde entier. Avec 26 000 collaborateurs

et 700 clients, elle est le leader dans ce domaine.

Après trois arrêts, Maike Timm descend du bus et se rend

en hâte dans le grand hall. Paul Spalek se tient devant les ailes

gigantesques d’un Airbus de la Lufthansa avant le contrôle D

(voir page 17). Le peintre appose une petite couche de peinture

et une protection anticorrosion d’un vert brillant, appelée

Travail manuel :

les pièces, peintes

dans un atelier de

peinture, sont toutes

différentes ; il est

donc difficile d’automatiser

ces tâches

« traitement au Dinol ». Le travail est effectué sur deux postes.

« Dans ce hall, on trav aille aussi la nuit », raconte Spalek .

« Quand nous peignons l’avion, il doit être exempt de courant. »

En d’autres mots : les techniciens doivent avoir fini leur travail.

Outre des peintures high-tech et une protection anticorrosion,

les spécialistes apposent aussi sur les carlingues des

films autocollants et des messages spéciaux. Le plus célèbre

exemple récent est un Boeing 747, qui a ramené l’équipe

allemande de football, championne du monde, apr ès la

grande finale à Rio l’année dernière. Pour éviter les confusions,

l’avion portait la mention « Avion des vainqueurs » en

lettres géantes. Afin de pouvoir appliquer rapidement les

films après la finale, six mécaniciens s’étaient rendus au Brésil.

Ils avaient aussi prévu une alternative : si l’équipe allemande

avait perdu, l’avion aurait porté l’inscription « Merci

les gars ! » L’inscription sur l’avion nommé « Potsdam » ne

sera retirée qu’après les championnats d’Europe de 2016.

18 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


26 000 collaborateurs,

700 clients :

Lufthansa

Technik est

le leader

mondial

Consignes de

sécurité :

il y a de nombreuses

consignes de

sécurité dans les

avions. Les films

sont apposés dans

l’atelier de peinture

(en haut). Précision

dans le travail sur

différentes parties de

l’appareil (à gauche)

Efficace pour un air frais

Dans les petits ateliers de peinture de la Lufthansa Technik, on utilise les

demi-masques Dräger. Une ventilation garantit l’évacuation des gaz et vapeurs

tout en amenant de l’air frais. Dans les grands halls, où les ouvriers appliquent

la protection anticorrosion directement sur la carlingue et les ailes des avions, on

utilise des masques intégraux. Pour les demi-masques et masques intégraux,

on distingue les filtres uniques et filtres doubles. Pour le masque à filtre unique

(modèle Dräger X-plore 6570 ou X-plore 4740), le filtre se trouve au milieu

du visage. Pour le masque à filtre double (modèle Dräger X-plore 3500 ou X-plore 5500),

le filtre se situe sur les joues. Cette variante permet à l’utilisateur de mieux voir

les surfaces à traiter. Il existe aussi des appareils à cartouches filtrantes (voir page 56).

En fonction des peintures utilisées et des substances toxiques, on insère différents

filtres dans le dispositif avant de commencer à peindre. Dräger propose également d’autres

masques et filtres pour d’autres domaines d’application et substances toxiques.

En principe, on distingue les protections respiratoires filtrantes ou légères. Il existe

aussi une protection respiratoire isolante, par exemple pour les pompiers.

Masques

respiratoires :

en haut, le Dräger

X-plore 5500, en

bas l’X-plore 6570

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

19


Là où des hommes sont impliqués,

il y a toujours un RISQUE RÉSIDUEL.

Rares sont ceux qui en sont conscients

dans la vie quotidienne, dans le

cas contraire on ne ferait plus rien.

Texte : Regina Naumann

Les intrépides

ILLUSTRATIONS : HONG LI/GETTY IMAGES


RISQUES

GESTION

IIl n’y a pas de vie sans r isque. Tous

les êtres vivants ont développé une stratégie

pour affronter un avenir incertain.

Les plantes se protègent avec des épines

ou des toxines pour ne pas être mangées.

Les écureuils emmagasinent des noix

pour survivre pendant les hivers rigou-

reux. Depuis des temps immémoriaux,

les hommes cherchent à minimiser la

portée des événements inopportuns.

Mais prendre des risques peut être

un vrai plaisir. Le suspense, ne pas savoir

précisément ce qui nous attend, est un

moteur puissant qui nous pousse à dépasser

nos limites, à inventer ou à f aire des

découvertes. Les découvreurs ne sont pas

seulement des Christophe Colomb ou

Albert Einstein mais tous ceux qui font

un grand pas dans la vie. U n mariage


Les données

heuristiques

aident à

surmonter les

22 incertitudes


RISQUES

GESTION

peut représenter un risque et il en v a

de même pour un nouvel em ploi ou un

déménagement. Nombre d’entre nous ne

sont pas conscients des r isques de la vie

quotidienne : par exemple en voiture ou

en traversant une route à une heure de

pointe, ce qui peut mal se terminer.

Les règles d’or au quotidien

La notion de « gestion des r isques » est

souvent associée à la per ception, au

calcul et à la suppr ession de r isques

au sein d’organisations et de systèmes,

avec des plans d’urgence e t des checklists.

Mais tout commence bien plus tôt.

Dès la naissance, nous disposons tous du

bagage nécessaire pour affronter les dangers

et incertitudes de la vie quotidienne.

L’aversion des enfants en bas âge pour les

aliments amers est un réflexe salvateur

car de nombreuses substances amères

sont toxiques. « Au q uotidien, les heuristiques

nous aident à é viter des situations

critiques », explique le professeur

Gerd Gigerenzer, directeur de l’Institut

Max Planck, organisme de r echerche

en éducation à Berlin, qui étudie comment

nous prenons des décisions face aux

situations critiques. « Les systèmes heuristiques

sont des règles simples qui nous

protègent des dangers dans des situations

incertaines, par ex. ne pas traver ser la

route quand une voiture approche. »

Ces règles doivent être apprises par

l’imitation, les instr uctions et l’expérience.

Plus nous avons d’expér ience,

moins nous avons besoin d’informations

dans des situations critiques. Cela nous

permet de nous fier à notre instinct. En

janvier 2009, les pilotes du vol US-Airways

1549 n’ont eu que trois minutes pour un

atterrissage forcé sur la rivière Hudson,

à Manhattan, car des oies avaient endommagé

les turbines. Ils se sont f iés à leur

expérience et à une règle simple : si on

voit apparaître le point, ver s lequel on

veut se diriger, sur la vitr e du cockpit,

c’est bon.

Il y a des risques qui nous mettent tous

d’accord. Quand un crash d’un avion, un

tsunami ou une épidémie de grippe tuent

de nombreuses personnes, nous sommes

tous sous le c hoc. La peur est immanente

à l’homme depuis son origine. « Il

n’y a pas que la peur de mourir mais aussi

la peur que de nombreuses personnes

meurent en même temps », explique Gigerenzer.

« Autrefois, les hommes vivaient

en petits groupes et quand de nombreux

individus mouraient subitement, cela

représentait un r isque élevé pour les

chances de survie. » C’est ce qui explique

pourquoi certains risques, dont les effets

se font sentir uniquement à long terme,

ne sont pas ressentis comme une véritable

menace : un carambolage de masse sur

l’autoroute nous perturbe davantage que

plusieurs milliers de morts sur les routes

chaque année.

Une perception différente

des risques

Les risques objectifs pouvant être calculés

sur la base de données st atistiques

au moyen du calcul des pr obabilités, ne

GESTION INTÉGRA-

TIVE DES RISQUES

POUR LES RISQUES

GLOBAUX

Deepwater Horizon,

Fukushima ou la crise

financière, ces événements

sont autant de

correspondent pas aux

risques ressentis. Nombreux

sont ceux q ui

catastrophes aux conséquences

globales. Depuis

2011, l’Eidgenössische

pensent que voler est

Technische Hochschule

risqué. Il n’en va pas

(ETH) de Zurich mène des

de même pour un trajet

en voiture. Et pour-

si complexes qu’elles

recherches sur des risques

tant, la route tue plus peuvent même influer sur

de gens par individu et la politique, les sciences et

l’économie. Les modèles

par kilomètre. Quand

tiennent compte des

nous montons à bord

risques technologiques,

d’un taxi à l’aéroport économiques et écologiques

ainsi que des fac-

pour prendre l’avion,

c’est la partie la plus teurs politiques et sociaux.

sûre du voy age qui www.riskcenter.ethz.ch

nous attend.

Pour l’évaluation subjective, le fait

d’être concernés ou de faire confiance

aux responsables ou aux institutions

joue un rôle crucial. En général, un

risque est jugé moins dangereux quand

on le prend volontairement et qu’il se

laisse prétendument contrôler. Un alpiniste

estime que le risque pour la santé

est maîtrisable mais il a peut-êtr e

davantage peur des pesticides dans

son alimentation, sur lesquels il n’a

pas d’influence. Les sociétés évaluent

également les risques différemment.

« Les Américains pensent par exemple

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

23


GESTION

RISQUES

qu’il est totalement irresponsable de

décorer son sapin avec de vraies bougies

mais ils ne pensent pas qu’il soit

risqué de laisser des enfants jouer avec

des armes à feu », cite à titre d’exemple

le professeur Gigerenzer.

L’Institut fédéral d’évaluation des

risques à Berlin (BfR) effectue des sondages

et des études sur la per ception

et l’évaluation de r isques sanitaires

qui témoignent souvent d’un décalage

entre amateurs et experts. En général,

contrairement aux experts, les consommateurs

estiment que les résidus de pesticides

dans l’alimentation représentent

un risque élevé. Les statistiques et

le calcul des probabilités sont des outils

mathématiques pour prévoir les événements

inopportuns. Il faut tout d’abord

identifier un risque. L’Institut Robert

Koch de Berlin collecte par exemple des

données sur toutes les maladies infectieuses

et établit des cartes numériques

permettant de suivre rapidement la propagation

d’une épidémie. La gestion des

risques d’une épidémie de g rippe est

plutôt banale : se laver les mains, por -

ter des gants, isoler les malades e t être

vigilant.

Un système d’alerte sophistiqué

Les risques en milieu hospitalier sont

plus complexes. Des standards minimum

sont entrés en vigueur en janvier

2014 pour la mise en œuvre de vastes systèmes

d’alerte qui permettront d’appliquer

les prescriptions de la loi de 20 13

sur les droits des patients. Le Dr Mar ia

Ines Cartes, responsable de la gestion

stratégique des risques et de la sécuri-

Gérer les risques avec succès –

avec la norme DIN EN 80001-1

L’évolution rapide des technologies modernes entraîne des risques :

les réseaux IT des hôpitaux détiennent par exemple la documentation de

différents diagnostics et traitements, des archives et servent au

transfert de photos et de données médicales. La grande variété des

dispositifs médicaux, standards et configurations utilisés augmente

la propension aux risques des réseaux IT médicaux.

La norme DIN EN 80001 1, un corpus de règles, définit trois

objectifs principaux dont il faut tenir compte pour l’intégration de dispositifs

médicaux dans un réseau IT existant :

• Sécurité (sécurité des patients)

• Sécurité des données et des systèmes (protection

des données médicales)

• Efficacité des déploiements (disponibilité)

Afin de mettre en œuvre la gestion des risques de façon adéquate,

l’ensemble des employés et unités organisationnelles des hôpitaux doit

collaborer sur le plan interprofessionnel. « Il en résulte forcément un

nouveau secteur d’activité, celui du Medical IT Network Risk Manager »,

souligne Jutta Antwi-Schultze-Lebenstedt de l’Académie Dräger.

L’organisation propose différents modules ainsi que des formations dans

les trois grands pays germanophones, notamment sur la sécurité

la sécurité IT ou pour apprendre à gérer les risques (selon la norme

DIN EN 80001 1) ainsi que le cours agréé par la CCI du « Medical

IT Network Risk Management ».

té des patients au C HU de Hanovre a

mis en place un sy stème d’alerte pour

les risques, erreurs et incident évités de

justesse. On met l’accent sur les erreurs

découvertes juste à temps avant qu’un

incident n’ait pu se produire. Les erreurs

sont traitées de façon anonyme, volontaire

et sans aucune sanction. C’est possible

uniquement quand on peut parler

ouvertement des circonstances qui ont

conduit à éviter de justesse un incident

ou une erreur. Cette analyse implacable

joue un rôle crucial pour supprimer des

tâches à risques. « Les salariés sont sensibilisés

à traiter et, si possible, à éliminer

les risques récurrents aussi rapidement

que possible », dit le Dr Car tes. Il

a ainsi été possible d’amélior er le stockage

des médicaments, de r édiger des

check-lists très strictes pour les opérations

ou de trouver des solutions créatives

pour identifier les patients ne parlant

pas l’allemand.

Même s’il y a toujours de nouveaux

risques dans les hôpitaux, un système

d’alerte garantit une sécur ité accrue.

« Je préfère donc parler d’une culture

de la sécurité et non d’une culture des

erreurs », conclut le Dr Cartes.

24 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


Les systèmes

d’alerte peuvent

minimiser

les risques

ILLUSTRATIONS : HONG LI/GETTY IMAGES


VÉHICULES

SÉCURITÉ

Forteresses

roulantes

Dans un monde plein de dangers, les VÉHICULES BLINDÉS doivent offrir

une protection maximale qui, en Allemagne, est testée sur des bancs d’essais.

Viennent s’y ajouter différents mécanismes de protection qui vont jusqu’à

l’alimentation indépendante en air pour protéger de la fumée ou des gaz irritants.

Texte : Peter Thomas

Pare-balles : voilà à quoi ressemble un véhicule qui

a passé les tests avec succès. Les experts des bancs

d’essais tirent jusqu’à 300 fois sur le véhicule blindé

26 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


L

Le bruit des balles est presque imperceptible

derrière les vitres de la cabine.

Là où le point rouge du laser brillait sur

le métal scintillant, une minuscule fleur

noire ouvre ses corolles menaçantes sur

la tôle acérée. C’est la trace laissée par

un projectile sur la car rosserie déchiquetée.

C’est ainsi que les experts des

bancs d’essais allemands testent en laboratoire

si un matériau ou une construction

répond aux exigences de résistance

aux balles.

Les véhicules civils sont soumis à

des tests très stricts. Il s’agit de limousines

ou de 4 x 4 blindés grâce au montage

de matériaux spéciaux résistant

surtout aux tirs de balles. « Ces véhicules

sont répartis en dix catégories différentes

(VR1 à VR 10), dont le degré de

protection est défini dans la directive

BRV 2009 (Bullet Resistant Vehicles) »,

explique Peter Häußler, spécialiste en

technique de sécurité des bancs d’essais

d’Ulm, dans la région de Tübingen. Il

existe encore deux autres instituts effectuant

ce type de tests en Allemagne,

situés à Mellrichstadt près de Fulda et

à Munich.

Rien d’étonnant que la compétence

balistique soit concentrée dans le Sud

de l’Allemagne car c’est surtout ici que

sont construites les limousines de lux e

et les 4 x 4 qui sont habituellement transformés

en véhicules blindés. Outr e les

marques de luxe allemandes, des entreprises

étrangères font également partie

des clients. Les testeurs tirent plusieurs

centaines de balles sur un véhicule pour

tester la sécurité. Après des essais de plusieurs

jours, des impacts de balles par -

sèment le capot, les f lancs, le toit et

l’arrière du véhicule. Le par e-brise est

parcouru de fissures ressemblant à une

toile d’araignée laiteuse. Mais l’im portant,

ce n’est pas l’esthétique. Ce qui

compte, c’est de savoir si des éclats, voire

des balles ont pénétré dans le véhicule.

Toujours de nouveaux risques

Les tirs de balles restent le risque majeur

contre lequel les passagers des véhicules

blindés doivent êtr e protégés. Il faut

ici respecter la règle suivante : plus la

classe de résistance est élevée, plus la

sécurité des passagers l’est également.

Les clients, exposés à des r isques relativement

réduits, comme des attaques

à main ar mée, choisissent plutôt des

modèles avec un blindage léger (de la

classe VR4). Les véhicules à par tir de la

classe VR7 sont adaptés aux risques plus

élevés (y compris des attentats terroristes).

Mais ils doivent aussi protéger des

gaz, vapeurs et aérosols toxiques, qu’aucun

blindage n’arrête.

C’est pourquoi, dans leurs véhicules

blindés, tous les fabricants proposent

PHOTOS : BMW AG

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

27


VÉHICULES

SÉCURITÉ

Système

d’aération

autonome

pour

sortir de

la zone de

danger

l’Emergency Supply System (ESS), mis

au point par Dräger et lancé sur le marché

en 2004 pour une alimentation d’air

frais indépendante de l’air ambiant pour

le chauffeur et les passagers. En 2011, la

société a présenté l’ESS II, offrant une

sécurité accrue contre d’éventuelles

défaillances.

Le réservoir d’air frais, intég ré au

sein du véhicule, comprimé à 300 bars

conformément à la nor me DIN EN

12021, est suffisant pour pouvoir sortir

de la zone de danger. « En cas de danger,

ce système est déclenché par le conducteur

en appuyant simplement sur un bouton

», explique André Huschke, directeur

de la gestion-produits Engineered Solutions

de Dräger. « Cette impulsion ouvre

la soupape d’arrêt du réservoir d’air frais,

comme pour déclencher un airbag. »

Ensuite, l’air circule dans un réducteur

de pression. Un système de mesure intégré

conduit l’air dans des tuyaux qui alimentent

l’habitacle en air frais (à une

surpression relative de quelques Pascals).

Cela évite que des gaz t oxiques

pénètrent dans le véhicule lor sque portières

et fenêtres sont fermées.

Le marché des véhicules blindés

est dominé par les pr incipaux fabricants

automobiles. Viennent s’y ajouter

quelques PME, spécialisées dans le montage

de dispositifs de sécurité. Ce secteur

se caractérise par un degré élevé de travail

manuel et d’individualisation. C’est

également le cas de l’Audi A8 L Security,

présenté l’année dernière, fabriqué

en 450 heures de travail à Neckarsulm

et équipé sur demande du Dräger ESS II.

Cette limousine, mesurant 5,27 mètres

de long, à transmission intégrale, répond

aux prescriptions de la classe de r ésistance

VR7. Le blindage répond même par

endroit aux classes de r ésistance VR9 et

VR10. Le véhicule, qui a également passé

les tests de résistance aux explosifs (directive

ERV 2010), est considéré comme le

plus léger de sa catégorie.

Légèreté et protection spéciale, comment

est-ce possible ? Lorsque cette technologie

a été mise au point dans les

années 1930, les ingénieurs avaient opté

pour des plaques blindées massives. A

l’époque, on construisait des véhicules

civils pour des chefs d’État et de grands

industriels. Les véhicules étaient même

munis de fenêtres rabattables en acier,

notamment pour l’empereur japonais

Hirohito, système sombre mais sûr. Par

la suite, on a utilisé des couc hes protectrices

spéciales, intégrées au véhicule. De

Effets et causes : les tirs de balles sur le

pare-brise (à gauche) font partie des tests. Une

installation de tir (à droite) garantit la précision

PHOTOS : DAIMLER AG (2), PETER THOMAS

28 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


nos jours, on emploie des métaux et des

matériaux en céramique, des tissus spéciaux,

des films et composés de fibres de

verre.

Focus sur les points faibles

Dans le cas de l’Audi A8 L Security, la protection

est obtenue grâce à de l’acier de

blindage en aramide et en alliages ultrarésistants

d’aluminium. De l’extérieur,

le véhicule blindé ne dif fère guère des

autres. Cette discrétion caractérise tous

les véhicules des grands fabricants automobiles

car passer r elativement inaperçu

contribue également à la sécur i-

té des passagers. Les testeurs des bancs

d’essais n’omettent aucun détail, aussi

minime soit-il. Les experts commencent

par étudier le véhicule. Leur s observations

permettent de fixer un catalogue

de points d’impact. Les techniciens pratiquent

un « Reverse Engineering » pour

ensuite contrôler leurs conclusions avec

des méthodes radicales.

Pour les tests de plusieur s jours, ils

commencent par apposer des autocollants

sur les points d’im pact prévisionnels,

avant même de tirer la première balle sur

le véhicule. Les autocollants se retrouvent

en grand nombre sur les soudures et à

différents niveaux de la str ucture de la

carrosserie car ces zones sont considérées

comme points d’attaque potentiels.

Mais les portières, capots, planchers et

toits portent également des autocollants.

Les experts tirent jusqu’à 300 fois sur

le véhicule blindé, notamment selon le

modèle de tir comme le « tr iangle 120 »

(trois impacts sous forme de triangle isocèle

avec des côtés de 120 mm de long)

et « Multihit » (tr ois impacts sous forme

de triangle dont les trous sont séparés de

trois fois, mais pas plus de q uatre fois la

distance correspondant au calibre).

Sur les bancs d’essais d’Ulm, les collaborateurs

ne portent pas d’armes. Ils

travaillent avec des équipements de précision,

équipés d’un sy stème laser et

commandés à distance. Afin de positionner

l’objet du test de façon optimale, les

véhicules mesurant jusqu’à six mètres

de long, pesant jusqu’à cinq tonnes, sont

placés sur un pont t ournant. Un pont

tournant de cette dimension est unique

en Allemagne. Quand on a besoin d’un

site particulièrement haut ou bas, par

exemple pour tester un toit, on utilise un

robot. Les résultats de tous les tirs sont

ensuite consignés, évalués et marqués

avec des autocollants verts (« la balle

ne traverse pas ») et rouges (« la balle

a traversé »). Si aucune balle e t aucun

éclat n’ont réussi à perforer le blindage,

le fabricant se voit décerner le certificat

tant convoité.

Outre les véhicules blindés civils

(jusqu’à la classe de r ésistance VR10),

il existe des classes de sécur ité supérieures,

capables de résister à des tirs

de projectiles développant une éner -

gie nettement plus élevée. Les normes

pour ces blindages sont du r essort de

la technologie militaire mais l’armée

n’est pas la seule à profiter de ces techniques.

Le président américain Barack

Obama se déplace par ex emple dans

une limousine pesant huit tonnes et les

portières blindées ont une épaisseur de

20 centimètres.

Sécurité et tradition :

Dräger propose l’alimentation

en air frais ESS depuis 2004 et,

depuis 2011, nous proposons

la deuxième génération pour les

coffres des véhicules blindés

Quand le danger est imminent

Le système d’air frais ESS II produit une pression de

quelques Pascals supérieure à l’air ambiant pour protéger

les passagers des gaz, vapeurs et aérosols.

Les gaz sont des substances présentes dans l’air sous forme gazeuse à pression atmosphérique

normale et à température ambiante. En principe, ils emplissent entièrement et

régulièrement la pièce, sauf s’ils sont plus lourds que l’air. Ils s’accumulent alors à hauteur du

sol, comme les gaz lacrymogènes ou les gaz neurotoxiques comme le sarin et le tabun.

Les vapeurs sont produites par le passage d’une substance liquide en phase gazeuse.

Au quotidien, les mélanges de la phase gazeuse d’une substance et de l’aérosol en

phase liquide sont désignés par le terme de vapeur. Contrairement à la plupart des gaz,

les vapeurs, comme le gaz chlorhydrique et le phosgène, sont visibles.

Les aérosols forment le plus grand groupe des substances volatiles transportées

par l’air, comme des poussières (microparticules de substances solides), le brouillard

(gouttes) et la fumée (le plus souvent des particules de substances solides et

liquides alliées à des gaz de combustion engendrées par des processus d’oxydation)

comme l’anthrax ou des toxines mortelles comme la ricine.

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


INCENDIE

CASERNE DE POMPIERS

Sauvetage

en rouge et blanc

Les risques ont changé, pas le nombre d’interventions.

Les POMPIERS de la ville libre et hanséatique de Hambourg interviennent

env. 700 fois par jour pour éteindre des incendies et sauver des vies.

Texte et photos : Peter Thomas

30 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


Changement

de poste par tous

les temps :

peu après 6 heures, la

3 ème équipe prend la

relève dans la caserne

des pompiers de

Hambourg-Barmbek

(à gauche). Parmi

eux (en haut), les

pompiers Micha

Zöllner (à gauche) et

Clemens Wegner

M

Masques respiratoires, agents

d’extinction et autres équipements, sans

oublier les tronçonneuses : Clemens

Wegner et Micha Zöllner analysent en

détail tout l’équipement du véhicule

des pompiers de Hambourg (HLF).

Ensuite, ils contrôlent le véhicule.

L’apprenti-pompier Wegner et le pompier

Zöllner sont aujourd’hui en charge

du HLF2 de la caserne de la 23 ème

caserne de pompiers (FuRW 23) du

quartier de Barmbek. Quand ils

partent pour un incendie, ils prépa rent

les masques respiratoires, tou jours

accrochés derrière les sièges de la

cabine pendant le trajet.

Les pompiers de Hambourg (BF) interviennent

env. 700 fois par jour dans la

deuxième plus grande ville allemande,

parfois ce sont même plus de 1 000

interventions. « Il y a de tout, de l’assistance

technique à des incendies »,

dit Zöllner. Les sapeurs-pompiers de la

ville s’occupent non seulement des

incendies mais aussi de missions de

sauvetage. Ils sont donc non seulement

qualifiés comme pompiers mais

aussi comme secouristes ou infirmiers.

Dans le reste de l’Allemagne, une

des conditions requises pour faire

carrière chez les pompiers est d’avoir

suivi une formation technique mais

Clemens Wegner et Micha Zöllner ont

déjà travaillé comme secouristes

avant de devenir pompiers.

Offensive de formation contre

l’évolution démographique

La qualification de nouveaux pompiers

et secouristes joue un rôle important

pour les pompiers de Hambourg, qui

doivent embaucher de nouveaux

éléments pour pouvoir répondre au

nouvel objectif de formation et aux

prescriptions du groupe de travail des

directeurs des pompiers professionnels

en Allemagne (AGBF) après un incendie

critique. De plus, de nombreux collègues

d’un certain âge vont partir à la

retraite ces prochaines années. « Nous

allons être frappés de plein fouet par

l’évolution démographique. A partir

de 2017, nous devrons compenser de

plus en plus de départs à la retraite »,

explique le responsable, Klaus Maurer,

directeur des pompiers de Hambourg.

« Même si nous avons initié les

premières mesures avec une offensive

de formation, un cursus de secouriste

en trois ans permettra également de

rejoindre les rangs des pompiers tandis

que de nombreux infirmiers suivront

une formation de secourisme. »

Le nombre élevé d’interventions

à Hambourg s’explique par leur double

mission : lutter contre les incendies

et sauver des vies. C’est le cas depuis

1946, quand l’administration de la

zone d’occupation britannique avait

chargé les pompiers d’effectuer

les transports d’urgence et médicaux.

Ainsi, le parc de véhicules rouges des

secours a été complété par une flotte

d’ambulances blanches (à l’époque

sans gyrophare et sirène). Mais ces

deux couleurs côte à côte ont été remplacées.

Les ambulances, montées

sur des châssis de voitures particulières,

ont été complétées par des camionnettes

Volkswagen et la couleur rouge

des véhicules de pompiers s’était

déjà imposée pour les transports de

malades. Maintenant, les véhicules

des pompiers et les ambulances de la

BF de Hambourg sont revêtus d’un

film de couleur rouge.

La FuRW 23 dans le quartier de

Barmbek compte parmi les plus

actives. Outre une équipe de pompiers

avec deux véhicules à grandes échelles,

cette caserne accueille aujourd’hui

quatre ambulances (RTW). Barmbek

abrite également le groupe spécial

de sauvetage en altitude. Cette caserne

dispose aussi d’un véhicule de secours

d’urgence (NEF) et d’une ambulance

supplémentaire dans l’hôpital local.

Lundi, 6 heures : prise de poste de la

3 ème compagnie de sapeurs-pompiers.

Pour être sûrs : après chaque

changement de poste, les véhicules

et les équipements des

pompiers et secouristes de Barmbek

sont contrôlés en détail

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

31


INCENDIE

CASERNE DE POMPIERS

Plus de

250 000

interven tions

en douze

mois

Jürgen Toms affecte ses hommes

aux différentes tâches de la journée.

Chaque étiquette colorée sur le

porte-documents du chef d’équipe

correspond à un de ses hommes

et chaque étiquette est affectée à un

véhicule, à une exception près : les

deux pompiers affectés au quatrième

véhicule de secours (RTW K), qui

s’occupent du véhicule avec les équipements.

Les véhicules et équipements,

de la grande échelle en passant par les

outils, sont toujours contrôlés avant

le petit- déjeuner.

Intervention en combinaisons

de protection

Ce matin, quatre chaises restent vides.

Les véhicules de secours A et B sont

partis en intervention. L’alerte retentit

de nouveau entre muesli et petits

pains. Le signal lumineux pour la troisième

ambulance s’allume pour une

urgence médicale. Il y a deux ans, les

pompiers de Hambourg ont atteint

le chiffre de 250 000 interventions en

douze mois. Plus de 85 pour cent des

interventions étaient des missions de

sauvetage. De grands incendies dans

des bâtiments et en mer, autrefois les

missions les plus spectaculaires, sont

beaucoup plus rares. C’est dû entre

autre à l’installation de détecteurs de

fumée dans les appartements et

d’installations performantes d’extinction

de gaz sur les navires.

Les sapeurs-pompiers suivent une

formation dans la caserne de Barmbek.

Ils y sont formés notamment à l’utilisation

de Tubes Dräger pour la mesure

de substances dangereuses. Micha

Zöllner parle de ses expériences de

sauvetage avec un patient potentiellement

atteint du virus Ebola : assistance

dans une combinaison de protection,

communication avec un expert

en maladies tropicales via le centre

d’appel d’urgence, intervention

de l’ambulance, transport dans un

hôpital spécialisé et décontamination

des intervenants. Dans une métropole

comme Hambourg, cela n’a rien

d’exceptionnel. Forte concentration de

population, 30 ports, de grands complexes

industriels et toute la palette de

l’infrastructure des transports rendent

le travail des pompiers de Hambourg

Bien équipé :

le véhicule

dispose de tout

ce dont on a

besoin dans une

métropole

Reconnaître

les dangers :

la formation

de la matinée

a pour thème

l’utilisation des

Tubes Dräger

32 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


aussi exigeant. Outre 2 440 sapeurspompiers

professionnels dans six

casernes (dont deux unités spéciales

pour l’aéroport), 2 500 pompiers volontaires

dans 87 casernes veillent à la

protection contre les incendies dans la

métropole au bord de l’Elbe. Ce fleuve

joue un rôle important pour leur travail,

pas seulement en raison des ports

(du ressort des pompiers professionnels),

de deux bateaux-pompes et du nouveau

tunnel sous l’Elbe. Les deux

casernes des pompiers du tunnel sous

l’Elbe, autrefois du ressort des services

d’urbanisme, sont gérées par des

pompiers professionnels depuis 2001.

Le centre-ville

en état de siège

Parfois, la métropole est elle-même

source de dangers. C’est vrai aussi pour

la violence dont sont victimes les

secouristes, surtout le soir. Selon une

étude actuelle, l’agresseur type est

un homme sous l’influence de l’alcool

ou de drogues, âgé de 20 à 40 ans. Ce

phénomène n’est pas nouveau, comme

le prouve le grand classique « Florian

14 : Achter Alarm (Huitième alarme) » !

Le journaliste Hans Georg Prager a

écrit son livre de reportage, consacré aux

pompiers, au milieu des années 60.

Il y présente ses expériences de pompiersecouriste,

par exemple lors d’interventions

en centre-ville le vendredi soir,

en plein « bal de soir de paie », quand

l’alcool coulait à flots.

Mais les interventions sur les

incendies présentent également des

parallèles. Les incendies spectaculaires

sur des navires de transport de

marchandises en vrac ont cédé la

place à des interventions sur des porteconteneurs

ou des installations portuaires.

Et le grand incendie, qui ravagea

Hambourg quatre jours durant

en 1842, détruisant une grande partie

de la vieille ville historique, est encore

dans toutes les mémoires. Les sapeurspompiers

s’étaient vus octroyer un

statut de sapeurs-pompiers professionnels

le 12 novembre 1872.

SOURCE : POMPIERS DE HAMBOURG, RAPPORT ANNUEL DE 2013 DU MAGISTRAT DE LA VILLE RÜSSELSHEIM, SERVICE DE PROTECTION CONTRE LES INCENDIES

De quoi faire

Que ce soit à Hambourg ou à Rüdesheim, dans le Land de Hesse, les pompiers

allemands ont fort à faire, peu importe la façon dont leur travail est structuré.

HAMBOURG*

1 752 000 HABITANTS

JEUNES

POMPIERS

900

2 500

VOLON-

TAIRES

23

CASERNES DE

PROFESSIONNELS

87 CASERNES DE

VOLONTAIRES

11 500

INTERVENTIONS DE LUTTE

CONTRE LES INCENDIES/AN

21 750 INTERVENTIONS

D’ASSISTANCE TECHNIQUE/AN

19 INTERVENTIONS DE POMPIERS/AN

POUR 1 000 HABITANTS

2 400

PROFES-

SIONNELS***

VOLON-

TAIRES

313

INTERVENTIONS DE LUTTE

CONTRE LES INCENDIES/AN

554 INTERVENTIONS

D’ASSISTANCE TECHNIQUE/AN

14 INTERVENTIONS DES POMPIERS/AN

POUR 1 000 HABITANTS

1

CASERNE DE

POMPIERS

PROFESSIONNELS**

3 CASERNES DE

POMPIERS VOLONTAIRES

JEUNES

POMPIERS

60

198

PROFES-

SIONNELS

38

RÜSSELSHEIM

61 000 HABITANTS

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

* État en 2013 ; ** Rüsselsheim jouit d’un statut spécial et dispose également d’une caserne

de pompiers professionnels. La caserne emploie des pompiers professionnels et volontaires.

*** Secouristes compris.


Héros

Le Drugtest 5000 montre en quelques minutes qui est

sous l’influence de drogues. Sa précision repose sur

des ANTICORPS SPÉCIFIQUES qui s’adaptent aux drogues

comme une clé dans une serrure.

Texte : Dr Hildegard Kaulen

34 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


DÉTECTION DE DROGUES

IMMUNODIAGNOSTIC

PHOTO : HANS-JÜRGEN KOCH

L

La consommation de drogues est une réalité sociale. Nombreux

sont ceux qui ne veulent et ne peuvent pas renoncer à l’élargissement

du champ de conscience, même si la prise de drogues nuit à

la longue à la santé. Selon un rapport récent du gouvernement allemand,

un Allemand sur quatre, âgé entre 18 et 64 ans, a déjà consommé

du cannabis et 319000 Allemands sont dépendants aux drogues

illégales. Les statistiques des accidents de l’Office fédéral des statistiques

sont également claires : en 2013, on a enregistré 3896 accidents

de la route sous l’influence de drogues avec 1913 blessés,

dont 457 blessés graves. Plusieurs dizaines de personnes sont décédées

parce qu’elles-mêmes ou les conducteurs avaient consommé

des drogues avant de prendre le volant.

Lorsque les gendarmes veulent contrôler l’aptitude à la conduite,

tout doit aller vite et le test doit fournir des informations sur la situation

Cannabis sativa

est le nom latin du chanvre.

On voit ici le cliché d’un

examen microscopique de la

tige sous éclairage rasant

actuelle. « La police doit donc mesurer la consommation de drogue du

moment, pas celle du passé », explique Rainer Polzius, responsable du

développement du DrugTest 5000 chez Dräger. « Il ne s’agit pas de

montrer si un conducteur était apte à conduire hier ou la semaine dernière

mais s’il l’est maintenant ! » L’appareil teste la salive et non le sang

ou l’urine. Les drogues, détectables uniquement à court terme dans la

salive, sont présentes bien plus longtemps dans l’urine. Le tétrahydrocannabiol

(THC), principal composant du cannabis, est même détectable

encore des semaines plus tard. En revanche, la salive est facile

à analyser lors d’un contrôle routier. L’échantillon ne peut pas être manipulé

et toute tentative de fraude serait démasquée immédiatement.

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

35


IMMUNODIAGNOSTIC

DÉTECTION DE DROGUES

Les anticorps

sont

les héros

moléculaires

de la

détection de

drogues

DrugTest 5000 de Dräger – des

anticorps spéciaux permettent actuellement

de détecter huit stupéfiants illégaux, dont

le cannabis et les amphétamines, les types

de stupéfiants les plus consommés selon

le rapport mondial sur les drogues en 2014

Le test de salive repose sur une réaction des antigènes d’anticorps,

comme pour un test de grossesse. Les anticorps font partie intégrante

de l’immunodiagnostic en raison leur spécificité élevée. Ce

sont des héros moléculaires car ils permettent à l’organisme de se

défendre contre les agressions extérieures. Ils procèdent de façon

très précise et s’adaptent parfaitement aux agresseurs. Si les anticorps

détectent un antigène spécifique, ils forment un complexe immun.

Cette reconnaissance spécifique est la raison pour laquelle on

qualifie les anticorps de héros, base de l’utilité de cette classe de

molécules. Dans les diagnostics, les anticorps sont utilisés pour détecter

des protéines, hormones, poisons ou agents infectieux. Dans

la médecine, on traite des maladies chroniques inflammatoires et

le cancer au moyen d’anticorps parce qu’ils détectent de manière

infaillible les cellules à traiter. Les vaccins reposent également sur

les principes actifs des anticorps. Dans l’immunisation active, les

anticorps constituent une mémoire immunologique et dans l’immunisation

passive, les médecins interviennent en cas d’urgence avec

des anticorps spécialement adaptés. Le tour de force est la reconnaissance

à coup sûr de l’antigène.

Le DrugTest 5000 fonctionne avec les anticorps spécifiques aux

drogues pour détecter plus d’une demi-douzaine de substances :

amphétamines, opiacés, cocaïne, benzodiazépine, cannabis, méthadone,

produit de substitution de l’héroïne et kétamine, un narcotique

synthétique. Le seul problème qui se pose est de différencier dans

la salive les restes d’un petit pain du pavot de l’héroïne, ce qui est

également très difficile au niveau chimique. Les anticorps spécifiques

aux drogues réagissent à un certain groupe de substances,

permettant de reconnaître plusieurs agents d’une catégorie de drogues.

Le test de salive se compose d’un réservoir (la cassette de

test avec les bandelettes réactives), une cartouche de solvant et

un appareil d’analyse. La cassette de test contient cinq bandelettes

à deux positions pour la détection de drogues. « On pourrait aussi

détecter dix stupéfiants », ajoute Rainer Polzius. « Actuellement,

huit positions sont affectées mais nous recherchons en permanence

s’il est opportun et techniquement possible de détecter de

nouvelles drogues. »

Le principe de la concurrence

Les bandelettes de test se composent d’une membrane poreuse et

le test fonctionne automatiquement. Une fois la salive, la cassette

de test et les cartouches de solvants insérés dans l’appareil d’analyse,

la température est portée à une valeur optimale. La salive est

mélangée à des solvants. Ensuite, les bandelettes de test sont plongées

dans un mélange. Le liquide imprègne la bandelette par effet

capillaire. Commence alors ce qu’on appelle « Lateral Flow Test »

dans le jargon professionnel. Peu après le début du test, l’anticorps

spécifique aux drogues arrive sur la membrane et une petite quantité

de drogue à détecter se dépose au centre de chaque bandelette.

Lorsque le mélange, composé de la salive et des solvants, imprègne

36 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


La méthylamphétamine

forme

des cristaux rappelant

la glace,

présentés ici sous

un microscope à

lumière polarisée

Petit dictionnaire

des molécules

Le système immunitaire protège les êtres vivants des

substances étrangères ou des virus. Ses principaux

protagonistes contribuent aussi à l’immunodiagnostic.

Antigène = substance reconnue comme

étrangère au système immunitaire et contribuant

à la formation d’anticorps.

Anticorps = protéines, formées par les cellules

B du système immunitaire. Ils reconnaissent

les antigènes et aident à les combattre dans le

cadre de la réponse immunitaire.

Cellule B = cellules immunitaires appartenant aux

globules blancs et formant des anticorps.

Clones de cellules B = un clone de cellule

B est un groupe de cellules B identiques, issu

de la division d’une cellule B.

Épitope = partie de l’antigène, reconnue par

l’anticorps et liée spécifiquement.

PHOTOS : DRÄGERWERK AG & CO. KGAA, DENNIS KUNKEL MICROSCOPY, INC./VISUALS UNLIMITED/CORBIS

Immunodiagnostic = domaine des diagnostics

reconnaissant des substances ou molécules

via la spécificité élevée d’une réaction antigène

d’anticorps. La détection s’effectue au moyen

de marquages sur les anticorps. On utilise en

général des anticorps monoclonaux.

Les anticorps monoclonaux sont formés d’un

seul clone de cellule B. Ils reconnaissent un

seul épitope de l’antigène. Les anticorps monoclonaux

sont tous identiques.

Les anticorps polyclonaux sont formés de

différents clones de cellules B et reconnaissent

différents épitopes de l’antigène. Les anticorps

polyclonaux sont un mélange de différents anticorps.

Principe clé-serrure = principe selon lequel deux

ou plusieurs structures complémentaires ne

remplissent leur fonction biologique que lorsqu’elles

vont parfaitement ensemble. La reconnaissance

d’un antigène par un anticorps suit ce principe.

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

37


IMMUNODIAGNOSTIC

DÉTECTION DE DROGUES

Test rapide

en moins

de dix

minutes

la bandelette, les anticorps des drogues sont séparés de la membrane.

Si la salive contient de la drogue, les molécules s’agglomèrent

à l’anticorps respectif. Ce dernier ne peut plus s’allier à la substance

de comparaison au centre, qui est déjà imprégnée des molécules

de drogue de l’échantillon de salive. S’il n’y a pas de drogues, l’anticorps

adhère aux substances de comparaison au centre, qui n’ont

pas réagi avec les molécules de drogues de la salive. Le principe

du test repose donc sur une réaction de concurrence. Le justificatif

visible s’effectue via un marquage sur les anticorps spécifiques

des drogues. Il s’agit de particules d’or qui reflètent la lumière d’une

certaine longueur d’ondes dès qu’elles sont éclairées. Si l’appareil

d’analyse enregistre un signal lumineux, l’anticorps s’est aggloméré

à la drogue au centre de la bandelette de test. Cela signifie qu’il

n’y a aucune molécule de drogues dans la salive. S’il n’y a pas de signal

lumineux, on peut partir de la présence de drogues. Il y a donc

une relation inverse entre la concentration de drogues dans la salive

et la puissance du signal de l’anticorps aggloméré au centre de la

bandelette de test. Le résultat pour sept drogues est disponible au

bout de cinq minutes, sauf pour le cannabis dont la détection dure

environ trois minutes plus longtemps. Le DrugTest 5000 est un appareil

de test préliminaire permettant de prédire la consommation

en temps réel de drogues avec une probabilité élevée. Les tests suivants

doivent être effectués en laboratoire pour confirmer les résultats

obtenus. Les analyses en laboratoire sont nécessaires en raison

des risques de réactivité croisée ou de contaminations externes.

Tests de drogue sur le lieu de travail

Avec le test de salive, il est possible de contrôler l’aptitude à conduire

et la consommation de drogues sur le lieu de travail ou en prison.

En Allemagne, les tests de drogues sur le lieu de travail sont rares

car ils violent les droits de la personne des salariés. Il existe pourtant

de nombreuses professions à risques, où la consommation de

drogues peut être fatale, par exemple pour les conducteurs de bus,

pilotes, caristes et grutiers ou encore dans des branches comme

l’énergie nucléaire et la (pétro)-chimie. « En Allemagne, les tests

de drogues se font sur la base du volontariat et sont régis par les

conventions collectives », explique Rainer Polzius. « Selon un jugement

des prud’hommes de Hambourg, il est possible d’effectuer des

contrôles en cas de doute si l’activité professionnelle est liée à un

risque élevée et que l’aptitude au travail ne peut pas être constatée

par un autre moyen. » Aux États-Unis, en Australie et dans d’autres

pays européens, la situation est différente. La sécurité prime sur le

droit de la personne. On ne peut effectivement pas voir si quelqu’un

consomme de la drogue car les drogués modernes ne répondent

plus aux clichés classiques.

PHOTO : STAR-MEDIA

Risques des

nouvelles drogues

Le marché des drogues est submergé de nouvelles

substances psychoactives. Les « New Psychoactive Substances

» (NPS) sont des dérivés de médicaments

autorisés, de substances naturelles ou de combinaisons

synthétisées par l’industrie pharmaceutique avant d’être

abandonnées. Aucun de ces produits n’a été testé en

détail. Les effets secondaires, la toxicité et la diffu sion

dans l’organisme se retrouvent peu à peu dans les dossiers

des services d’urgence ou les rapports d’autopsie.

Vendre et posséder de nouvelles drogues, mentionnées

dans la loi sur les stupéfiants, est passible de peines.

C’est le cas pour quelques rares substances, soit parce

qu’on ne connaît pas encore les autres ou que le pro -

cessus prend du temps. Dès que les substances sont

listées dans la loi sur les stupéfiants,

les dealers modifient la composition

chimique pour contourner la loi. C’est

toujours une course contre la montre

où les dealers ont (souvent) une longueur

d’avance. Une ou deux nouvelles

drogues synthétiques arrivent sur le

marché chaque semaine.

38 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


SOURCE : A. VERSTRAETE, « THER DRUG MONIT », VOL. 26, NUMÉRO. 2, AVRIL 2004, 200 ET SUIVANTES ; S. NIEDBALA ET AL., « J ANAL TOXICOL », 2001, 25: 289–303

Durée de détectabilité de drogues

Les stupéfiants ont des durées de détectabilité différentes dans le sang, la

salive et l’urine. Les diagrammes indiquent la durée en heures. Le THC-COOH peut

encore être détecté des semaines après dans l’urine.

Amphétamines

Méthylamphétamines

24

46

20–50

Tétrahydrocannabinol

5

4–16

10

Tétrahydrocannabinol-COOH (acide organique)

36

Cocaïne

12

5–12

Benzodiazépine

Morphine

12–24

20

12–24

48

48

11–54

24–72

48–72

87 (+/-51)

34–87

24 heures 48 heures 72 heures 96 heures

Sang

Salive

Urine

VUE DE LA

CASSETTE DE TEST

Elle contient cinq

bandelettes de test côte

à côte. Les extrémités

libres aspirent le mélange

de salive et de solvants.

Cette image se lit de haut

en bas. Les champs

marron foncé représentent

des anticorps spécifiques

aux drogues. Les lignes bleu

clair symbolisent les

substances de référence

en concurrence avec

les drogues dans la salive et

les anticorps marqués.

1

Flux d’échantillon

LED Détecteur Signal

2 « Négatif »

Test

négatif

Sans drogues dans la

salive, l’anticorps marqué

s’agglomère sur la

substance de référence

au centre. Le signal

symbolise un test de

drogues négatif.

1

2

Flux d’échantillon

LED Détecteur Signal

« Positif »

Test

positif

Des drogues dans la

salive s’agglomèrent sur

l’anticorps marqué au

centre. Le signal manquant

symbolise un test de

drogues positif.

Amphétamines

Méthylamphétamines

Tétrahydrocannabiol

Benzodiazépine

Cocaïne – Opiacés

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

39


INCENDIE

CAUSES

Traces volatiles :

le Dr Dag Leine

cherche des traces

d’accélérateurs

d’incendie avec un

détecteur à

photoionisation

Détectives

dans la cendre

40 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


Un incendie est parfois comme un film policier : qui est

l’auteur, quelle est la cause ? L’enquête ne doit pas

seulement identifier l’incendiaire. Souvent, les résultats

servent à faire progresser la PRÉVENTION DES INCENDIES.

Texte : Regina Naumann Photos : Sibylle Zettler

C

Chaque année, les pompiers éteignent

env. 200 000 incendies en Allemagne.

Une fois le feu éteint, des experts, mandatés

par les assurances et les tribunaux,

essaient de déterminer les causes de l’incendie

à par tir des restes carbonisés.

C’est le travail de Kai Günther, expert à

l’Institut de Kiel de prévention des dommages

et de recherche (IFS). Cet ingénieur

est chargé de déterminer les causes

des incendies et dommages dans le secteur

électrotechnique.

Les restes des différents incendies

qu’il analyse ne sont pas beaux à voir .

Il s’agit souvent d’appareils carbonisés,

qui sentent mauvais et sont méconnaissables,

comme par exemple ce sèchecheveux,

dont on a bien du mal à reconnaître

la forme d’origine. Au début,

Günther ne savait pas encore que ce

sèche-cheveux allait devenir un cas passionnant.

Au départ, cela r essemblait à un

court-circuit. Les pompiers ont été appelés

pour un incendie dans une salle de

bain. La famille avait été réveillée en

pleine nuit par des bruits de crépitement

avant de se précipiter hors de la maison

car les pièces ét aient déjà bien enfumées.

Le lieu de l’incendie a intrigué

Kai Günther car l’incendie s’était propagé

à partir d’un sèche-cheveux. Comment

un court-circuit peut-il survenir si

l’appareil n’était pas branché ? La famille

dormait, personne n’avait utilisé le

sèche-cheveux. L’examen microscopique

a confirmé le court-circuit. On apercevait

nettement les fils carbonisés derrière

l’interrupteur principal. Kai Günther

n’a pas pu tirer ce cas au clair car

les restes de l’appareil étaient détruits.

Il a dû classer l’affaire sans suite e t

l’assurance a chiffré les dommages à

135 000 euros.

Rappel de produit

par le fabricant

L’année suivante, un sèche-cheveux a

de nouveau brûlé. Kai Günther a examiné

les restes carbonisés. Il y avait de

nouveau un court-circuit à quelques

centimètres de la batterie. « Cette fois,

nous avons eu plus de chance », dit l’expert.

« La moitié de l’interrupteur était

intact, ce qui a permis d’analyser les

causes en détail. » La comparaison avec

un appareil neuf a per mis de trouver

la solution. « Avec le boîtier fondu en

Carbonisés :

les restes des

batteries ont

conduit sur la

bonne piste

avec le deuxième

sèche-cheveux

TIRER LES

ENSEIGNEMENTS

DES ERREURS

Les pompiers ne

sont pas seulement

là pour éteindre

le feu : « nous nous

engageons aussi

dans la prévention »,

dit Thorsten Grams,

porte-parole des

pompiers de Hambourg.

En 2013,

ils sont intervenus plus

de 9 000 fois à titre

préventif. Les mesures

préventives reposent

aussi sur les enseignements

tirés des

incendies. Aux États-

Unis, les premiers

extincteurs ont été mis

au point en 1874 pour

avoir de l’eau à disposition

rapidement.

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

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STATISTIQUES DES CAUSES D’INCENDIE

Un tiers des 1 200 dommages, analysés par l’Institut

de prévention des incendies et de recherche de Kiel en

2013, sont dus à l’électricité. Les dommages dus à

la foudre ne sont pas de leur ressort car ils sont facilement

reconnaissables et ne font pas l’objet d’enquêtes.

SOURCE : IFS-SCHADENDATENBANK 2013

33 ÉLECTRICITÉ

23 AUTRES/INCONNUS

16 ERREURS HUMAINES

10 SURCHAUFFE

9 INCENDIES VOLONTAIRES

3 TRAVAUX DANGEREUX

3 FLAMMES OUVERTES

2 EXPLOSION

1 AUTO-INFLAMMATION

0 FOUDRE

Causes d’incendie (en pour cent)

tion respective. L’expert en incendie a

donc pu transmettre plus d’informations

à l’assurance. « Nous avions trouvé de

petits morceaux de matière plastique

qui, sous le microscope, nous ont permis

d’identifier le sigle CE et le fabricant. »

Mais l’affaire n’était pas encore résolue

car le fabricant mettait les analyses en

doute et renvoyait au résultat de l’organisme

de contrôle. L’appareil serait équipé

d’une protection contre la surchauffe,

empêchant tout risque d’incendie.

Kai Günther a donc poussé ses investigations

plus loin. « J’ai acheté un nou-

matière plastique, l’interrupteur était

resté bloqué au moment de l’incendie,

entre la position de mise en et hors

service. » Les conséq uences étaient

fatales : « De pe tites vibrations étaient

suffisantes pour q ue l’interrupteur

glisse en position allumée, par exemple

lorsque le ressort se détendait. »

Et c’est ce q ui s’est produit. Le

sèche-cheveux s’était allumé tout seul,

entre autre parce qu’il était encore branché.

Il s’agissait apparemment d’une

erreur de fabrication car l’interrupteur

coulissant ne restait pas fixé dans la posiveau

sèche-cheveux de cette marque,

muni d’une protection anti-surchauffe

pour éteindre l’appareil automatiquement.

» Mais Günther avait encore un

deuxième sèche-cheveux qu’il avait acheté

pour les analyses précédentes. Sous le

microscope, il s’est rendu compte que

les anciens modèles n’avaient pas de protection

contre la surchauffe. L’incendie

était donc sans conteste dû à l’appar eil

défectueux qui pouvait s’enclencher tout

seul et n’avait pas de protection anti-surchauffe.

Le fabricant a donc rappelé les

anciens modèles et a lancé un nouveau

produit sur le marché avec les améliorations

techniques nécessaires.

Analyses en laboratoire

Un incendie sur tr ois, élucidé à Kiel,

est dû à une déf aillance électrique,

expose le Dr Hans-Her mann Drews,

directeur. Mais un incendie sur dix est

un incendie volontaire. Le Dr Dag est

aussi régulièrement de la partie quand

les pompiers, la police ou les témoins

émettent des soupçons. Ce c himiste

analyse le lieu de l’incendie avec un

détecteur à photoionisation (PID), par

exemple pour détecter des accélérateurs

d’incendie.

« L’appareil aspire l’air avec une

petite pompe et analyse si l’air ambiant

contient des substances organiques volatiles,

comme de l’essence. Cela me fournit

de premiers indices en cas d’incendie

volontaire », explique l’expert. « Mais

des produits volatiles peuvent aussi indiquer

un résultat positif. L’échantillon

PID n’a pas encore valeur de preuve. » La

preuve doit être apportée en laboratoire,

42 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


CAUSES

INCENDIE

Compagnons

permanents :

les indices

ne sont

souvent visibles

que sous

le microscope

Court-circuit :

Kai Günther, expert en

incendie, explique comment

il a tiré au clair l’incendie

du sèche-cheveux

où on enr ichit de minuscules r estes

de cendres sur un suppor t. Ensuite,

un chromatographe en phase gazeuse

sépare les différentes substances avant

de les analyser dans un spectrographe

de masse. « Nous disposons d’env. 50

à 60 substances de comparaison dans

notre banque de données chimique », dit

le Dr Dag Leine. « N ous la complétons

en permanence car les produits combustibles

et leur composition évoluent

en permanence. »

Il est donc difficile et coûteux d’identifier

un produit déterminé, comme

dans le cas d’un détective mandaté par

une assurance, qui a acheté 20 allumefeux

différents dans tous les magasins de

bricolage. Un de ces allume-feux avait

servi à allumer un incendie. Outr e la

créativité et la minutie, il f aut parfois

aussi avoir un peu de chance.

Recherche d’indices microscopiques

En cas d’incendie volontaire, il faut détecter des restes de liquides souvent

facilement inflammables. Les premiers indices sont fournis par un détecteur à

photoionisation (PID). L’appareil aspire l’air ambiant vers une chambre de

mesure avec une pompe. L’air ambiant est analysé à la lumière UV au moyen

d’une lampe à décharge gazeuse à haute énergie. Si l’air contient des substances

ionisables via des rayons UV, un flux de courant est généré dans le

champ électrique de la chambre de mesure. Ce champ est renforcé et sa

concentration est affichée sur l’écran de l’appareil. Le Multi-PID 2 de Dräger

mesure les combinaisons organiques volatiles. Avec sa lampe UV de 10,6 V,

il couvre une plage de mesure de 0 à 2000 ppm (ppm = parts per million, part

par million). L’appareil contient une bibliothèque gazeuse de plusieurs dizaines

de substances. 60 autres peuvent être identifiées et remplacées

dans la bibliothèque. Cet appareil est adapté à différentes

utilisations : analyse de sols, d’eau et de gaz dans

des réservoirs, détection de fuites

et mesures dans des locaux fermés.

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43


L’école

des dra

Mélange explosif :

l’onde de choc d’une

poche de méthane

en feu se propage à

travers une galerie.

C’est un coup de

grisou qui menace

hommes et matériel

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MINES

ESSAI

Autrefois, les coups de grisou étaient considérés

comme l’œuvre de monstres, de dieux ou de démons.

Aujourd’hui, on sait qu’il s’agit de MÉTHANE.

Texte : Silke Umbach

gons

SOURCE : PROTECTION CONTRE LES EXPLOSIONS DANS LES MINES SOUS TERRE, DR JÜRGEN MICHELIS, DÉFLAGRATION DE MÉTHANE, PHOTO PRISE DANS LA MINE EXPÉRMIENTALE TREMONA À DORTMUND, 4 ÈME NIVEAU

P

Pendant des siècles, les savants

s’interrogeaient sur les forces maléfiques

qui régnaient au fond des galeries. On

pensait qu’il s’agissait de dragons protégeant

leurs trésors. Ceux qui les dérangeaient

étaient tués dans de gigantesques

incendies ou par le souffle pestilentiel

de leur haleine. Les sceptiques, souvent

des théologiens, étaient sûrs que des

démons hantaient les galeries et puits de

mines. Georgius Agricola (1494–1555),

le premier minéralogiste allemand, dont

l’ouvrage « De re metallica » a fait référence

pendant deux siècles, cherchait un

compromis. Ces choses étranges dans

le ventre de la terre seraient des êtres

vivants mais non des créatures spirituelles.

Il y voyait lui aussi des forces surnaturelles

et en voulait pour preuve un

attentat meurtrier : « Il y en a un à Annaberg

qui a tué plus de douze mineurs […]

de son haleine. » Là où des mineurs creusaient

des galeries, ils étaient confrontés

à des événements mystérieux et à des

risques mortels incompréhensibles.

Gare au grisou

L’origine du feu des dragons n’a été

découverte qu’en 1667 par Thomas

Shirley. Il s’agit en fait de méthane, un

hydrocarbure simple (CH 4

), formant la

composition dangereuse du grisou. Toutes

les veines de charbon en contiennent

dans des concentrations diverses. Les

veines à forte teneur en grisou requièrent

des mesures de sécurité élevées. Si le

grisou se mêle à l’air frais, il y a un risque

de coup de grisou. Si ce mélange s’enflamme,

les flammes se propagent à travers

les galeries et puits de mines, suivies

ensuite de nuages de fumée dus à l’explosion,

enrichis de monoxyde de carbone

toxique. Ceux qui se trouvent alors enfermés

dans une galerie risquent l’intoxication

et une mort immédiate. Un équipement

de secours, porté par tous les

mineurs, éliminant le monoxyde de carbone

de façon catalytique ou indépendamment

de l’air ambiant, permet maintenant

de s’échapper.

Le méthane mortel s’est formé

en même temps que le charbon dans

les marais et zones humides il y a

env. 300 millions d’années. A l’époque,

d’immenses forêts se sont transformées

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45


ESSAI

MINES

Purifier l’air,

éliminer les sources

d’inflammation –

sinon, il faut fuir

en marécages dans la région de la Ruhr,

formant de la tourbe qui emprisonnait des

bactéries méthanogènes dont le métabolisme

énergétique anaérobe a constitué le

méthane. Puis la région a été envahie par

la mer, qui a recouvert les marais avant

de se retirer à nouveau au bout de cinq

millions d’années. Les veines de tourbe,

asséchée peu à peu, sont passées du stade

de lignite à celui de houille, profondément

enfouie sous les sédiments. C’est

également le cas du méthane, piégé dans

les cavernes et les roches poreuses sous

forme de bulles de gaz ou dans la houille

même, atteignant jusqu’à 30 mètres

cubes par tonne ! Le méthane dort sous

la roche, comme un dragon au repos.

Et c’est là que réside le risque car chaque

molécule de méthane contient une

quantité d’énergie qui peut être libérée

si le gaz entre en contact avec l’oxygène.

Un pourcentage de méthane de 4,4 à

16,5 pour cent dans l’air présente un fort

risque d’explosion s’il s’enflamme.

Le cauchemar des mineurs

Ken Follet, auteur à succès, originaire

du bassin houiller de Cornouaille,

en parle dans son roman « La Chute des

Géants », le premier tome de sa trilogie

consacrée au XX ème siècle. Il y décrit

l’onde de choc massive qui afflue et

reflue tout aussi subitement. Lorsque le

méthane explose, son volume est multiplié

par onze. Après la réaction de l’eau

et du monoxyde de carbone, le nuage

gazeux se retire de façon sensible. La

scène dans le roman de Ken Follett

se déroule peu avant la première guerre

mondiale. A l’époque, des centaines de

Soutien pour les sauveteurs :

les sauveteurs équipés des

nouveaux appareils respiratoires

de Dräger se rendent en hâte

de la Ruhr dans le Nord de la France,

où un coup de grisou a fait plus

de 1 000 victimes dans une mine

de Courrières en 1906

46 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


milliers de mineurs gagnaient leur vie

sous terre. Il fallait creuser de plus

en plus profond pour parvenir aux galeries

qui crépitaient et grésillaient. On

disait : « La montagne respire ! » Les statistiques

de l’époque étaient sans équivoque

: en 1861, il y avait eu 32 coups de

grisou dans la Ruhr, 30 ans plus tard,

ce chiffre était passé à 90. L’accident

que Follett décrit dans une mine de

Cornouaille ne se déroule que quelques

années avant le pire accident minier

Représentation

d’une explosion

minière :

les dangers du

méthane sont craints

depuis des siècles

PHOTOS : COMPAGNIE DES MINES DE COURRIÈRES, MAURITIUS IMAGES/UNITED ARCHIVES

en Europe. En 1906, à Courrières,

dans le Nord de la France, un accident a

coûté la vie à plus de 1 000 mineurs.

Les cartes postales montrent des groupes

de secouristes allemands équipés

d’appareils respiratoires Dräger, tentant

de sauver des mineurs dans les fumées

toxiques après l’explosion. Environ 600

mineurs ont survécu à cette tragédie.

Courrières nous a appris une chose : l’onde

de choc de nombreuses explosions

sous terre présente une source de danger

importante par l’interaction avec le

méthane, facilement inflammable. Il

peut provoquer d’importants dégâts,

qui sont encore renforcés quand un coup

de grisou enflamme de la poussière de

charbon, qui peut s’accumuler n’importe

où dans une mine mal entretenue.

Flammes interdites

Des siècles d’expérience et une recherche

intensive ont permis de réduire systématiquement

les risques de coups de grisou.

Autrefois, on ne reculait pas devant

des actions de sauvetage mortelles, par

exemple en envoyant un « pompier »

dans la galerie, revêtu d’un linge mouillé

et portant un long bâton avec une

bougie. Son rôle consistait à enflammer

le méthane accumulé dans la mine.

William Tonks, expert en méthane,

constate avec un humour typiquement

britannique : « Mis à part la vitesse

de réaction spectaculaire, cette méthode

avait ses avantages. La procédure était

rapide, peu coûteuse et très efficace. Et,

même si on n’en avait pas conscience

alors, très écologique. Mais il est probable

que le pompier ne le voyait pas ainsi. Il

avait ses propres inquiétudes. » On

pourrait encore ajouter : sa carrière était

de courte durée.

Aujourd’hui, les risques sous terre

peuvent être contrôlés de manière plus

sécurisée. Dans les mines, on peut

maintenant voir des girouettes jaunes

avec les résultats des mesures en

temps réel. Elles indiquent la teneur en

méthane dans l’air. Est considéré comme

« pur » un air avec une teneur en CH 4

inférieure à un pour cent, donc nettement

en-dessous du risque d’explosion. Si

la teneur en méthane augmente, l’air

devient impur et il faut réduire la teneur

en méthane au moyen de différentes

techniques d’aération en amenant de l’air

frais grâce à la commande automatique

de la ventilation et à une détection de gaz

active en permanence. Garantir un air

pur est un objectif primordial contre les

coups de grisou. Il faut aussi éloigner

les sources d’inflammation. ! Les coups

de grisou ne se produisent que si une

étincelle ou une flamme les déclenchent.

Si ce n’est pas le cas, il est encore possible

de prendre des mesures lorsque le

méthane est détecté. Les mineurs

ne portent jamais de fibres synthétiques,

qui pourraient se charger statiquement.

Leurs outils de travail sont protégés

contre les étincelles et les arcs électriques.

Une fois traversée la lampisterie,

l’équipement de sauvetage revêtu et la

lampe de mineur allumée, toute forme de

flamme est interdite. La lampe est devenue

depuis longtemps électrique, ce qui

n’était pas toujours le cas. Pendant

des siècles, des flammes ouvertes, sources

de dangers, ont permis aux mineurs

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

47


ESSAI

MINES

Une Technologie

de pointe et la

chimie appliquée

peuvent éviter

des accidents

de s’éclairer. Les premières lampes de

sécurité sont apparues au début du XIX ème

siècle. La lampe à essence était protégée

contre les coups de grisou par un tube en

verre et du fil de fer fin. Un autre avantage

de cette construction s’est vite fait

sentir : elle indique la teneur en gaz dans

l’air ambiant et dans la zone de danger,

la forme de la flamme indique le taux de

concentration en méthane. C’est ainsi

que la lampe de sécurité est devenue un

système personnel de détection de gaz.

On continue à l’utiliser dans de nombreux

pays, en complément des technologies

de capteurs électroniques modernes.

Comment dompter un dragon ?

Malgré une technologie complexe et des

connaissances approfondies en chimie et

en physique, de terribles accidents se

produisent régulièrement dans les mines,

comme par exemple en novembre 2010

en Nouvelle-Zélande. Une explosion de

méthane tue 29 mineurs. Seuls deux d’entre

eux sont sauvés. Les jours suivants, les

sauveteurs arrivés sur place ont observé,

impuissant, à une deuxième, troisième

puis quatrième explosion. Ils ne pouvaient

pas pénétrer dans la mine. Un forage sur

le lieu présumé de l’accident indiquait un

taux de 95 pour cent de méthane dans

l’atmosphère et surtout du monoxyde de

carbone. Tout espoir était perdu.

Les méchants dragons mythiques

se terrent encore au cœur des montagnes.

Seule une technologie de pointe et

une attention accrue permettent de les

maîtriser. Dans le cas présent, les

mineurs avaient éventuellement fait

preuve de négligence.

CLIMAT

Pour protéger

l’atmosphère,

il vaut mieux

recycler le grisou

que de le laisser

s’échapper.

Le méthane est un

gaz à effet de serre

et presque

30

fois plus actif que le

dioxyde de carbone.

UN BŒUF

PRODUIT

CHAQUE JOUR

JUSQU’À

200

LITRES DE

MÉTHANE.

CH4

EST LA

FORMULE DU

MÉTHANE.*

* Il se compose de carbone et d’hydrogène.

Découvert en 1776, on s’est rendu compte en 1772

que le méthane était dû à un processus de décomposition.

Les alchimistes parlent d’ « air des marécages ».

Quand le méthane brûle pour former

du dioxyde de carbone et de l’eau, on

obtient un coup de grisou typique :

CH4 + 2O2 CO2 + 2H2O

Pendant l’explosion,

le gaz augmente onze fois

de volume, formant

ainsi une onde de choc.

48 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


LE MÉTHANE COMPTE

PARMI LES PRINCIPALES

RESSOURCES ÉNERGÉTIQUES :

MOINS D’

LE GAZ NATUREL CONTIENT

ENTRE

85 98

ET

POUR CENT DE MÉTHANE.

JUSQU’À

3 000

MILLIARDS DE TONNES

DE MÉTHANE SONT STOCKÉS

DANS LES FONDS MARINS*

* sous forme d’hydrate de méthane.

Le méthane dans les veines de charbon est connu

sous le nom de grisou.

LE MÉTHANE S’EST FORMÉ

IL Y A ENV.

300

MILLIONS D’ANNÉES

DANS LE NORD-OUEST DE

L’EUROPE À PARTIR DE

FORÊTS, ENFOUIES DANS DES

MARAIS AVANT D’ÊTRE

RECOUVERTES PAR LA MER.

ILLUSTRATIONS : SHUTTERSTOCK, PICFOUR

L’EXPLOITATION

MINIÈRE PEUT À TOUT

MOMENT LIBÉRER

DU GRISOU. ON ESTIME

LE MÉTHANE

LIBÉRÉ RIEN QU’EN

ALLEMAGNE À 1,5

MILLIARD DE MÈTRES

CUBES PAR AN.

POUR CENT,

C’EST LA TENEUR

EN MÉTHANE

DANS LES MINES

DE CHARBON GRÂCE

AUX TECHNIQUES

D’AÉRATION.*

* Il y a un risque

d’explosion pour certains

mélanges d’oxygène

et de méthane. La limite

d’explosibilité

est comprise entre 4,4 et

16,5 pour cent

de masse volumique

dans l’air.

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

49


RÉTROSPECTIVE

CAPTEURS ÉLECTROCHIMIQUES

Renifleurs

Ils sont au cœur de tous les détecteurs

de gaz : les capteurs électrochimiques

reconnaissent les substances dangereuses

et mesurent leur concentration pour donner

l’alerte et SAUVER DES VIES. Ils sont fabriqués

à la main, en très petites dimensions.

Texte : Nils Schiffhauer Photos : Patrick Ohligschläger

I

Ils ressemblent à des confettis dans un f ilm en noir et

blanc mais peuvent sauver des vies. Une perforatrice spéciale

découpe les électrodes pour capteurs de gaz dans des f ilms

ultrafins en matière plastique. Les films en fluorocarbone

PTFE (polytétrafluoéthylène) jouent un rôle décisif car leur

composition microporeuse fait barrage à l’humidité, tout en

laissant passer gaz et vapeurs.

« Les électrodes forment le cœur de nos capteurs électrochimiques

», dit Axel Silz, qui, à Lübeck, dirige la production

de plusieurs centaines de milliers de capteurs de formes et

dimensions différentes (pour des gaz très variés). Ce service

emploie quelques douzaines de salariés. « Il faut compter un

an avant de pouvoir monter les 1 40 variantes quasiment les

yeux fermés », dit Silz, qui a d’abord suivi une formation commerciale.

Il illustre parfaitement la façon dont notre société

reconnaît et encourage les talents pour les employer aux

tâches qui leur conviennent le mieux. Cela se traduit également

par une fluctuation quasiment nulle au sein de ce service.

Il faut disposer d’une longue expér ience pour la production

des capteurs, dont le plus pe tit modèle tiendrait

facilement dans un comprimé d’aspirine. Il se compose de

nombreuses pièces mécaniques et abrite un laboratoire électrochimique

résistant aux influences environnementales. La

50

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


sensibles

société elle-même dispose d’une longue expér ience dans la

fabrication de capteurs de gaz électrochimiques et détient

divers brevets.

Ces « renifleurs » sensibles et fiables sont employés pour

la détection mobile et fixe de gaz, offrant ainsi une protection

contre le monoxyde de carbone, l’oxyde d’azote et d’autres

sources de danger et surtout de gaz explosifs. Les capteurs

électrochimiques fonctionnent sur la base d’un procédé catalytique

basé sur la réactivité du gaz. Ils sont construits sur le

modèle des batteries ou des condensateurs : un voile en nontissé,

imbibé d’un liquide conducteur et d’une infime quantité

d’acide sulfurique, sépare les deux électrodes. La construction

spéciale et la chimie des électrodes et électrolytes entraînent

une réaction chimique avec certains gaz, générant un courant

entre les deux électrodes. Un dispositif électronique en

aval mesure en permanence le courant et analyse les changements

pour donner une alerte acoustique et visuelle.

Ce qui est passionnant en laboratoire doit fonctionner de

façon fiable sur les champs pétrolifères en Alaska et dans les

installations de liquéfaction de gaz sous le soleil de la région

du Golfe, sur une plateforme de forage avec ses vibrations ou

dans l’espace car, à Lübeck, nous fabriquons aussi des capteurs

permettant de détecter l’hydrazine. Ce liquide extrêmement

réactif sert de carburant efficace pour les fusées mais il

est très cancérigène. Ainsi, dans l’aérospatiale, des appareils

de détection de gaz sont indispensables au sol. La N ASA fait

elle aussi confiance aux capteurs Dräger, dont le cœur est formé

par un film en PET blanc perforé de la dimension d’une

feuille DIN A5, stockée à l’abri de la poussière.

De nombreuses

étapes sont nécessaires

avant que les capteurs

offrent la qualité garantie

par Dräger. Ici, une

vue microscopique de la

structure en couches

Des métaux précieux dans toutes les électrodes

L’étape suivante consiste à imprimer le film avec un mélange

spécial, préparé spécialement à ce t effet, contenant des

métaux précieux comme le platine, l’or et le ruthénium. « Ce

mélange », explique Axel Silz, en tenant contre la lumière un

petit gobelet rempli d’un liquide gris-noir, de la consistance

du miel, « ne conserve pas longtemps ses propriétés. La prochaine

charge est ensuite préparée par un laborantin (selon

une recette spéciale), parfaitement adaptée au gaz à détecter.

» Toutes les étapes de production sont documentées. Le

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

51


RÉTROSPECTIVE

CAPTEURS ÉLECTROCHIMIQUES

Tous les

capteurs sont

testés, sans

exception

numéro apposé sur le cap teur permet ensuite de savoir de

quelle charge provient le mélange.

Ce dernier est ensuite appliqué finement avec une spatule

sur le film qui, une fois imprimé, est recouvert d’une multitude

de points. Quand les électr odes sont fabriquées pour

les plus petits capteurs (XXS), il y a plusieur s centaines de

points sur une feuille DIN A5. Les électr odes pour les capteurs

de la technologie de détection fixe sont nettement plus

grandes. Les électrodes ne sont pas toujours rondes et il existe

également des électrodes doubles. Le film est pesé deux fois

pour contrôler si chaque point de l’électrode contient précisément

la quantité souhaitée de mélange. L’étape suivante

consiste à « cuire » les films imprimés pendant plusieurs

heures. Les électrodes sont découpées à la main dans le film

avec le plus grand soin afin que même les plus petites irrégularités

en surface ou des décolorations minimales soient

détectées. « Les é ventuels résidus inutilisables sont jetés

immédiatement dans les déchets recyclés », explique Silz.

Ils contiennent différents métaux précieux et nous recevons

un avoir.

Comment le

capteur renifle

Le principe : l’air atteint l’électrode

de mesure en traversant la membrane

et sa fonction de filtre. Tout comme

la contre-électrode, elle est logée dans

un liquide électriquement conductible

(« électrolyte ») permettant à un flux de

circuler pour l’analyse (« Affichage »).

Filtre et revêtement spécifique pour le

gaz garantissent une réaction des

électrodes à certains gaz, modifiant la

pression entre elles. Ce changement

de pression correspond au degré de

concentration du gaz en question.

Réaction chimique sur la contre-électrode

Membrane poreuse

Contre-électrode

Électrolyte

Écran

Gaz Électrode de mesure Contre-électrode Potentiostat

Réaction chimique sur l’électrode de mesure

CO + H 2 O CO 2 + 2H + + 2e - ½O 2 + 2H + + 2e - H 2 O

52 REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015


Précision :

jusqu’à

140 variantes

de capteurs

sont fabriquées

à Lübeck

Contrôles

rigoureux :

ici, les capteurs

plus grands

pour les appareils

fixes sont testés

séparément

sous une hotte

aspirante avec des

gaz de référence

normalisés

Pendant la fabrication des électrodes, nous préparons en

parallèle les autres composants du capteur de gaz. Pour le

modèle XXS, le capteur est entouré d’un boîtier en matière

plastique de façon à ce que seul le côté recouvert du film

soit en contact avec l’environnement. Indépendamment de

sa position dans l’appareil, la face revêtue est quant à elle

en contact permanent avec les électrolytes. Des films supplémentaires

filtrent parfois l’air ambiant, comme des f iltres

sélectifs qui, en présence de mélanges gazeux, sont étanches

au gaz pour lequel le détecteur n’est pas conçu, tout en détectant

les gaz en question (« sensibilité croisée »).

Molécule CO

Gaz de mesure, pénètre dans

l’électrode de mesure

Molécule CO 2

Produit réactif, s’échappe de

l’électrode de mesure

Molécule H 2O

Composant des électrolytes

H + Ion d’hydrogène

chargé positivement car il

manque un électron

Atome d’oxygène

Molécule d’oxygène

de l’air ambiant

Électron

Des pores comme des rochers

Les contacts en or pour la connexion électrique avec le détecteur

de gaz sont d’abor d pressés dans la forme en matière

plastique. Nous y relions un fil fin en platine de q uelques

micromètres qui protège les contacts avec les électr odes

sous forme de spirale résistant aux vibrations. Avec les électrodes,

on utilise des voiles non-tissés spécialement f ormés.

Cet assemblage est également effectué à la main sous microscope

au moyen de deux pincettes, une opération réclamant

concentration et méditation, agissant jusque sur la respiration

des collaborateurs. « Tout se passe dans une salle

blanche », explique Axel Silz. « Si un seul por e tombe sur le

détecteur dans cet univers microscopique, le film se détend

comme s’il y avait un rocher en-dessous. »

On applique un matériau d’étanchéité pâteux sur le bord

du capteur. Ce matériau évite que l’électrolyte s’échappe

sur le bord du couvercle, muni d’un trou minuscule, pressé

durant l’étape suivante. Ce trou permet de remplir aux deux

REVUE DRÄGER 11 | 2 / 2015

53


RÉTROSPECTIVE

CAPTEURS ÉLECTROCHIMIQUES

Production

exigeant

concentration,

expérience

et habileté

Couleurs

variées : les

capteurs XXS

pour différents

gaz transmettent

les substances

dangereuses à

l’appareil via des

broches en or

tiers le capteur, presque prêt à l’emploi, d’électrolyte. Même

les gouttes de pluie sont plus g randes. Dès que le trou est

refermé, on imprime les données générales (type, utilisation)

et les informations individuelles (numéro de charge). Le capteur

est alors en état de marche – entre douze et 60 mois, en

fonction du modèle et de l’utilisation.

Plusieurs milliers de capteurs par an

Les capteurs sont maintenant soumis à un pr ocessus de

vieillissement (« rétrécissement ») à une tem pérature et

humidité de l’air déf inies entre douze heures et quatre

jours. Ensuite, il est possible de contr ôler si les capteurs

répondent aux spécifications garanties. Plusieurs milliers de

capteurs par an sont ensuite alimentés en gaz d’essai pour

mesurer et documenter la réaction pendant un temps donné.

Les capteurs quittent ensuite la production, pilotée efficacement

via le procédé Kanban. « Nous travaillons comme

dans une usine et la concentration, l’expérience et l’habileté

sont indispensables », résume Silz. La majeure partie des

capteurs est utilisée pour notre propre production de détecteurs

de gaz. Ils sont utilisés pour dif férentes applications,

incluant non seulement la tec hnologie de mesure de gaz

mobile et fixe mais aussi des alcootests et appareils respiratoires.

Un grand plus en matière de sécurité, produit étape

après étape à Lübeck.

Un super

odorat : Axel

Silz dirige la

prod uction des

capteurs électrochimiques.

Il

a aussi les bons

réflexes pour

la qualité haut de

gamme et

l’ambiance au

sein de l’équipe

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PRODUITS

SERVICE

En un coup d’œil

Dräger est partout, même dans ce magazine. Vous trouverez les PRODUITS DRÄGER de ce

numéro ici, dans l’aperçu, dans l’ordre de leur apparition. Chaque produit porte un code

QR spécial que vous pourrez scanner avec votre smartphone ou votre tablette. Ensuite, la

page correspondant au produit s’affiche. Vous avez des questions concernant un produit ?

Alors envoyez-nous un e-mail en indiquant le mot clé à l’adresse draegerreview@draeger.com

Page 4

EVITA INFINITY V500 :

respirateur de réanimation pour

le traitement de patients adultes.

Mot clé : RD11#4

Page 32

Tubes Dräger :

ils permettent de déterminer la

concentration momentanée

d’env. 500 substances différentes.

Mot clé : RD11#32

Page 5

X-plore 3300 :

protection et confort –

ce demi-masque offre les deux.

Mot clé : RD11#5

Page 36

DrugTest 5000 :

test de salive qui détermine avec

une forte probabilité la consommation

de drogue en temps réel.

Mot clé : RD11#36

Page 19

X-plore 5500 :

masque intégral pour l’utilisation dans

des environnements où on a besoin

d’une protection respiratoire élevée.

Mot clé : RD11#19

Page 40

Multi-PID 2 :

appareil de mesure par

photoionisation de composés

organiques très volatiles.

Mot clé : RD11#40

Page 19

X-plore 6570 :

masque respiratoire intégral en

silicone robuste et hypoallergénique.

Mot clé : RD11#19_2

Page 54

Capteur XXS :

le plus petit capteur électrochimique

de Dräger – détecte

différents gaz et vapeurs.

Mot clé : RD11#54

Page 29

ESS II :

système d’air frais, qui

protège les passagers des

fumées ou gaz irritants.

Mot clé : RD11#29

Page 56

X-plore 8000 :

appareil filtrant à ventilation –

purifie l’air ambiant de façon

intelligente et fiable.

Mot clé : RD11#56

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APERÇU X-PLORE 8000

De l’air frais

sous la

cagoule

6

3

4

7

2

5

X-plore 8000 :

l’appareil filtre intelligemment

et fiablement l’air ambiant

pour tous les travaux durs et

exigeants réalisés avec des

casques ouverts et fermés

1

PHOTOS : DRÄGERWERK AG & CO. KGAA

De nombreux clients ont été interrogés

de manière détaillée lors de

la mise au point du nouvel appareil

filtrant à ventilation. L’X-plore

8000 alimente en air ambiant la

personne équipée d’une cagoule ou

d’un masque 1 . Cet air est exempt

de particules dangereuses, de gaz et

de vapeurs. L’air ambiant est aspiré

grâce à un système silencieux 3

(masqué) par une entrée éloignée

du corps 2 pour traverser un

« labyrinthe ». Ainsi, ni les étincelles,

ni une infiltration d’eau subite

ne menacent la sécurité du filtre 4

(sous le couvercle de protection

anti-éclaboussures). Selon le modèle,

il s’agit d’un filtre à particules, à

gaz ou combiné.

L’affichage interne du code

couleur indique à l’appareil le type

de filtre utilisé et compense différentes

résistances initiales lors de

l’affichage de la saturation du

filtre à particules. Une batterie

lithium-ion 5 fournit de l’énergie

pour plusieurs heures. Après

la mise en marche, l’élec tronique

contrôle toutes les fonctions et

signale les éventuels dys fonctionnements.

L’électronique reconnaît

le tuyau raccordé 6 via le code RFID

et le type de protection portée

(casque, visière de protection ou masque)

et règle la valeur de base pour le

débit, qui peut être modifié manuellement.

En outre, le système avertit

par un signal acoustique et visuel lorsque

le filtre arrive à saturation et doit

être remplacé, voire si l’appareil ne

contient pas de filtre. L’appareil

correspond à la classe de protection

IP65. Il est protégé contre la

poussière et les pro jections d’eau et

disponible avec différents systèmes

de transport 7 , par exemple (comme

sur la photo), avec un équipement

de décontamination.

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