LES NOUVELLES TRAJECTOIRES

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indépendants, et notamment les travailleurs des plateformes, l’absence de collectif conduit à

l’incapacité de créer un rapport de force avec ceux qui utilisent leur travail. Ce rapport de

force n’amène pas nécessairement à la confrontation mais peut aussi être le support d’un

dialogue régulier et constructif. Il reste indispensable dans la relation de pouvoir,

asymétrique par nature, entre une organisation et un individu. L’impossibilité de s’identifier

à un collectif peut également conduire à remettre en cause l’estime que l’on a de son travail

et à une forme d’isolement : les collectifs de travail sont en effet des lieux essentiels de

sociabilité et de construction de la valeur de son activité.

Le Conseil souligne la nécessité de reconstruire ce collectif, en ne cédant pas au discours qui

fait de chaque individu l’entrepreneur de lui-même. Les effets bénéfiques de la libération de

l’initiative individuelle et de la diversification des formes d’emplois ne peuvent occulter leurs

effets négatifs, et en premier lieu celui de la destruction des protections et des collectifs. Il est

donc nécessaire de soutenir les nouveaux moyens du “faire-ensemble”, à savoir le dialogue

social étendu, la refonte des systèmes de droits sociaux et la constitution de nouveaux types

de communautés agissantes comme supports des nouvelles formes de travail.

Cette reconstruction du collectif se joue à plusieurs échelles : celle des nouveaux travailleurs

indépendants, celle de l’organisation, mais également celle de la société toute entière. A

l’heure où les inégalités se creusent, où le chômage de masse semble s’installer durablement

et où l’autonomie rime parfois avec la précarité, la nécessité du collectif et de la solidarité se

fait d’autant plus sentir. Les réflexions sur les modèles de distribution et de redistribution et

sur la prise en compte des activités socialement utiles bien qu’hors emploi participeront donc

nécessairement de la reconstruction du collectif. En ce sens le travail doit être compris, dans

sa signification la plus globale, comme constitutif de biens communs qui profitent à tous, et

plus généralement du commun, c’est-à-dire de la capacité des membres d’une société à

avancer ensemble.

Repenser la relation entre le travail

et la (re)distribution des richesses

Le lien entre travail et distribution des richesses a toujours guidé l’ensemble des politiques

publiques, tant il a longtemps paru évident que c’est par le travail, et notamment par l’emploi,

que chacun recevait une partie de la production de valeur collective. Ce lien est aujourd’hui

à questionner. En effet le taux d’emploi de la population active a connu une diminution

importante ces vingt dernières années. L’accès aux richesses produites se fait donc par

d’autres canaux (revenus complémentaires ou de remplacement) ou bien ne se fait pas. Audelà

de la question du chômage, c’est également la capacité distributive du travail qui a subi

les conséquences de cette situation : avoir un travail rémunéré aujourd’hui ne garantit pas

que l’on ait un accès suffisant à la valeur produite. Ainsi le phénomène des travailleurs

pauvres a pris une proportion importante dans un certain nombre de pays. C’est d’ailleurs

pourquoi la baisse du taux de chômage que connaissent certains pays n’a pas enrayé la

progression importante des inégalités.

De plus une part importante de la richesse produite par les plateformes numériques,

notamment via la valorisation de l’activité des internautes, fait l’objet d’une distribution qui

déborde peu le cercle des actionnaires : les plateformes créent très peu d’emplois

proportionnellement à leur valorisation financière et elles fragilisent parfois la vie privée des

consommateurs. Ceci se traduit entre autres par une accumulation de richesses entre un

nombre toujours plus restreint de personnes.

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