LES NOUVELLES TRAJECTOIRES

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De manière transversale un certain nombre de phénomènes sont décrits comme affectant

l’ensemble des catégories d’emplois : il s’agit notamment de l’exigence de réactivité

immédiate et du fait de devoir exécuter différentes tâches de front. De manière générale, des

dispositifs de contrôle encadrent de manière de plus en plus importante les conditions de

travail des employés, concernant à la fois ce qu’il faut faire, la manière dont cela doit être fait

et les raisons pour lesquelles il faut le faire. Ainsi la différenciation des effets du numérique

sur l’autonomie des travailleurs est à nuancer en termes de conditions de travail et

d’exécution des tâches.

Toutefois, l’autonomie peut être définie autrement, comme un certain rapport aux outils

numériques. C’est à partir de cette définition que certains défendent l’idée que le numérique

ne favorise pas l’autonomie de la même façon pour tous les travailleurs. Ce rapport aux outils

recouvre deux capacités différentes mais complémentaires :

-! la capacité à adopter des outils numériques nouveaux et à s’en servir dans le cadre

d’une activité donnée ;

-! la capacité à s’adapter aux nouvelles formes de travail et d’activité qu’entraînent les

outils numériques (notamment l’augmentation des transitions, la multiplicité des

tâches à effectuer…)

C’est alors la maîtrise de ces deux capacités qui différencierait les travailleurs qualifiés et les

travailleurs non qualifiés, bien que d’autres critères soient aussi à prendre en compte

(sociabilités, lieu de résidence…).

L’autonomisation dans le travail est-elle synonyme d’émancipation ? !

L’autonomisation au travail semble entretenir un lien de causalité nécessaire avec

l’émancipation du travailleur. La recherche d’autonomie s’inscrit tout d’abord dans un

mouvement plus large de mise en cause du fordisme et du taylorisme, qui a alimenté la

deuxième moitié du 20è siècle. Le numérique, tout d’abord en tant que secteur, participe de

ce mouvement, à la fois pour des raisons idéologiques, qui trouvent leurs origines dans le

contexte d’apparition d’Internet et des premières entreprises numériques, mais également

pour des raisons qui tiennent à la manière de travailler particulière, fondée sur la

contribution, le partage d’information et la créativité, qu’il permet et promeut. Outre le

modèle économique particulier sur lequel elles reposent, l’attractivité des startups tient

particulièrement au mode de travail qu’elles sont réputées mettre en œuvre, fondé sur la

créativité et la réactivité. Au-delà de ces modèles particuliers, ce sont, pour certains, les outils

numériques eux-mêmes qui rendent possible des modes de travail plus créatifs, plus

collaboratifs et plus créatifs. Ils permettent notamment d’augmenter la mobilité des

individus. Ils s’intègrent parfaitement comme pouvant consister une réponse à la demande

de sens qui émane d’un certain nombre de travailleurs, notamment parmi les populations les

plus jeunes. C’est ce qui sert de fondement aux politiques de “management libéré” qui ont

cours dans certaines entreprises.

Deux facteurs sont tout d’abord désignés, qui vont renforcer l’idée que l’autonomie au travail

va être de plus en plus synonyme d’émancipation :

-! dans le cadre de la répartition internationale du travail et de tensions concurrentielles

importantes, il est nécessaire pour toute entreprise, et notamment française, de faire

de sa capacité de créativité et d’innovation son levier majeur de compétitivité. C’est

pourquoi l’exigence d’innovation a tendance à se diffuser largement, au-delà des

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