LES NOUVELLES TRAJECTOIRES

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Mutations dans l’organisation de la production - de l’externalisation de la production...!

La science économique, et notamment la théorie des coûts de transaction de Ronald Coase, a

permis de mieux comprendre la décision d‘internaliser ou d’externaliser une activité : celleci

dépend toujours d’une comparaison entre les coûts d’une transaction organisée à l’intérieur

d’une entreprise (ce qui revient à passer par une organisation hiérarchique) et les coûts d’une

transaction sur le marché. Les coûts de transaction d’une externalisation sont notamment liés

à la recherche de clients ou de fournisseurs, la négociation de contrats, la coordination des

activités, ou encore la gestion de la propriété intellectuelle.

Le salariat a été progressivement identifié comme la réponse optimale à l’organisation du

travail de l’ère industrielle. A la fin du 19ème siècle, il devient indispensable de regrouper la

main d’œuvre dans les usines de manière uniformisée, d’optimiser l’utilisation des machines

et d’encadrer le temps de travail, son organisation et son intensité, tout en offrant -

progressivement - des garanties en matière de droits et de représentation sociale. Cette

internalisation par le salariat était alors plus rentable que le recours aux marchés et au

commerce traditionnels.

Au cours du dernier siècle, les coûts de recours au marché ont largement été réduits par

l’apparition d’institutions et la régulation des échanges 13 . La confiance dans les transactions

a augmenté, rendant l’externalisation de la production moins coûteuse qu’auparavant.

Aussi la division internationale du travail et des processus productifs a été accentuée par de

nombreux mouvements : la mondialisation et la libéralisation du commerce international ; la

floraison d’entreprises de services ; les choix stratégiques d’entreprises qui se concentrent sur

leur cœur de métier et externalisent le reste des fonctions supports ; les réformes de

modernisation et de “new public management” engagées dans les administrations publiques.

Ces mouvements participent de la transformation de l’allocation de la force de travail,

brouillant les frontières de l’entreprise, et proposant une structuration de l’activité en

réseaux, générateurs de nouveaux liens de dépendance économique, tant avec des entreprises

qu’avec des travailleurs. Ces mouvements d’externalisation du travail remettent ainsi en

cause le modèle salarial comme mode de gestion efficace et rentable de la production.

… jusqu’au travail du consommateur!

Ces phénomènes d’externalisation de la production des biens et services se répercutent assez

naturellement sur l’organisation du travail. D’une part le fait de faire appel à des prestataires

externes intensifie le travail intermédié et le recours à des travailleurs individuels,

indépendants. Ce déplacement peut également se répercuter sur le consommateur. La notion

de travail du consommateur, développée par Marie-Anne Dujarrier désigne le fait de rendre

le consommateur final coproducteur du service dont il est le destinataire. Tour à tour, et par

l’intermédiaire de “dispositifs” visibles ou implicites (caisses automatiques, modes d’emplois

pour construire un meuble, impression d’un billet de voyage, etc.), il est sollicité pour réaliser

des tâches auparavant attribuées à une main d’œuvre salariée 14 .

13

Systèmes juridiques, mécanismes de règlement des litiges, codification du commerce, etc. Ceci

renvoie aux théories économiques développées par R. Coase, O. Williamson, D. North, etc.

14

Marie-Anne DUJARRIER, Le travail du consommateur. De McDo à eBay : comment nous

coproduisons ce que nous achetons. La Découverte Poche/Essais, avril 2014 (réédition, première

version : 2008)

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