LES NOUVELLES TRAJECTOIRES

ddjs82

23j7C1f

D’un point de vue strictement empirique, certains constats viennent contredire cette

projection : le volume de travailleurs indépendants est plutôt stable depuis les années 1990,

et les récentes statistiques françaises pour l’année 2014 confirment cette tendance. Les efforts

d’observation et d’ajustement doivent davantage se concentrer sur le développement de la

pluriactivité (ou multiactivité), qui consiste à cumuler plusieurs activités professionnelles.

Certains parlent même d’une généralisation du moonlighting, désignant le fait de compléter

son revenu salarial stable par un revenu complémentaire tiré d’un travail indépendant.

La crise du modèle salarial est pour plusieurs le résultat d’une vision obsolète de l’économie.

D’un côté, certains acteurs décrivent la “crise du salariat” comme la conséquence directe de

la fin du capitalisme comme modèle de création de valeur et de croissance (voir souscontroverse

sur les “communs”). D’autres acteurs, sans remettre en cause le modèle

capitaliste, démontrent que la transformation numérique de l’économie rend de fait obsolète

le modèle salarial comme principale forme d’emploi : dès lors que l’on passe d’une fabrication

de produits standardisés de masse sur un marché fixe à la distribution de services issus de

processus de travail en réseau, le salariat à plein temps n’apparaît pas nécessaire.

A l’intersection de ces positions, d’autres considèrent qu’il est davantage pertinent de définir

de nouvelles fondations du système socio-économique, prenant en compte les économies

marchandes et non marchandes situées en dehors du salariat “classique”. Là encore, les

horizons sont multiples. Certains se rapprochent plus de la position “post-salariale”, qui

propose de ne plus placer le salariat comme mode majoritaire d’organisation socioéconomique.

D’autres horizons dessinent plutôt le “néo-salariat”, qui maintiendrait la

structuration socio-économique globale dans le modèle salarial tout en instituant de

nouvelles formes de travail apparentées au salariat, sans les protections qui y sont associées 20 .

Les institutions du travail, telles qu’elles ont été organisées depuis la révolution industrielle,

sont-elles soutenables ?!

De la controverse précédente découle une sous controverse liée à la soutenabilité des

institutions du travail, prises dans leur ensemble. Elles désignent à la fois la sécurité sociale,

le droit du travail, les juridictions du travail, les syndicats, les administrations publiques, les

organismes de gestion des droits, etc. Le constat établi par plusieurs acteurs de

l’institutionnalisation progressive du salariat génère ensuite des positions multiples, parmi

lesquelles :

-! dès lors que le cadre institutionnel assimile l’emploi au travail salarié, le reste des

formes d’emploi est exclu de la régulation classique, si bien que la multiplication des

régimes, statuts, et modes de contractualisation entraîne le détricotage du salariat :

celui-ci perd en attractivité pour les entreprises, qui en utilisant des outils de

flexibilisation, dévalorisent de facto le travail salarié ;

-! les réformes engagées depuis plus de trente ans ont subordonné les institutions

salariales 21 à des logiques de marché, disqualifiant ainsi leur rôle premier, celui

d’assurer la protection collective des droits salariaux. Le développement de logiques

financières autour du salariat et de l’emploi (prévoyance et développement de

l’épargne, notamment privée, pour couvrir certains risques) a contribué à la réduction

de la logique “socialisée” du travail salarié (qui passe davantage par les cotisations, la

20

Pour approfondir la controverse néo-salariat vs. post-salariat :

http://magazine.ouishare.net/fr/2015/10/la-crise-du-salariat-aura-t-elle-lieu/

21 institutions qui organisent le salariat (entreprises, Etat, syndicats, organismes paritaires)

33

More magazines by this user
Similar magazines