LES NOUVELLES TRAJECTOIRES

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vases communicants avec l’emploi traditionnel : ce qui est produit par des utilisateurs et

exploité à l’aide d’algorithmes n’est pas fait par des personnes employées, quand c’était

auparavant le cas. En ce sens, la chercheuse Ursula Huws décrit le fait que les technologies

réaménagent la division sociale du travail à tel point qu’elles peuvent être des outils pour

développer du travail non rémunéré 46 . (Controverse 1)

Conscience vs. inconscience de contribuer à la création de valeur. Pour certains,

la distinction entre cette conscience ou cette inconscience peut se matérialiser dans les

situations où l’utilisateur est formellement invité à fournir des informations ou contribuer à

la production de valeur : invitation à désactiver un bloqueur de publicité, évaluer un

restaurant… Une critique est fréquemment opposée à cette position : pour une partie

importante des utilisateurs, la forme de transaction non monétaire qui consiste à utiliser un

service contre des données ou contre la présence d’encarts publicitaires n’est pas

conscientisée. En effet une majorité de personnes ne lit ni ne peut comprendre les nuances

des conditions générales d’utilisation ou ne détecte pas la présence de publicités dans le

référencement des moteurs de recherches, etc 47 . En ce sens, la distinction entre activité

consciente et inconsciente pourrait difficilement être utilisée pour définir le travail des

internautes et devrait davantage amener à clarifier les conditions générales des services

concernés.

Gratuité vs. service payant : si on m’offre un service gratuit, est-ce tout de

même de l’exploitation ? Un grand nombre de services numériques sont gratuits, en tout

ou partie. Une explication de cette tendance repose sur la lecture économique des marchés

dits bifaces où les politiques de prix sont nécessairement asymétriques. Pour maximiser ses

bénéfices, la plateforme fera moins payer la catégorie de clients qui génère le plus

d’externalités : faire payer pour utiliser Facebook risquerait de lui faire perdre des

utilisateurs, et in fine lui faire perdre des clients annonceurs.

Cette situation est fréquemment décrite par l’expression « si c’est gratuit, c’est que vous êtes

le produit ». Or, pour certains la situation n’est pas déséquilibrée puisque l’utilisateur reçoit

en échange de sa contribution (attention, données) des prix inférieurs, une offre plus

personnalisée, etc. Pour autant, une partie des contributeurs considère que la gratuité se

solde nécessairement par une forme d’aliénation sur le long terme, en mettant sur la sphère

marchande les aspects les moins marchands des relations sociales et de l’affect humain.

Certains y voient un risque social sur le long terme puisque nous ne maîtrisons pas

l’utilisation qui est faite des informations qui sont produites « malgré » nous et peuvent être

« retournées » contre nous (utilisations de mégadonnées “big data” de façon discriminatoire

dans l’accès au crédit, à l’immobilier, à la santé, à l’emploi, etc.). Le sociologue Dominique

Cardon invite cependant à garder en tête la singularité d’Internet, qui constitue une

technologie de lecture/écriture plus active que la télévision et les autres médias de masse. Son

essor aurait ainsi permis une démocratisation culturelle et une ouverture de l’expression en

ligne, y compris pour les publics populaires 48 .

46 Ursula Huws, “The making of a cybertariat” - 2003.

47

En juin 2013, la Federal Trade Commission américaine a par exemple édité des lignes directrices

renforcées à l’attention des moteurs de recherche après avoir constaté une baisse de conformité des

dispositifs permettant de distinguer les liens référencés de manière organique et les liens

commerciaux. https://ftc.gov/opa/2013/06/searchengine.shtm

48

“Sous couvert d’une critique économique des plateformes commerciales qui ont donné des artefacts

techniques pour ce nouveau type de participation, se révèle souvent un inconscient aristocratique,

une méfiance pour le petit peuple d’Internet qui s’exprime n’importe comment en cliquant

frénétiquement sur des boutons et en hurlant ses commentaires.(…) La question qu’il faudrait se

poser est de savoir pourquoi ce sont toujours les intérêts commerciaux des marchands qui les

conduisent à inventer des dispositifs de participation à faible coûts cognitif, destinés à accueillir les

propos malhabiles et peu assurés des publics populaires. Inversement, on peut se demander pourquoi

les communautés historiques d’Internet, pensons au monde du logiciel libre, si fières de leur

48

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