LES NOUVELLES TRAJECTOIRES

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Anticiper devient plus difficile,

au plan individuel comme au plan collectif

Nous entrons dans une ère d’incertitudes, sans commune mesure avec ce que

nous avons connu auparavant. Les rythmes de travail et de circulation de l’information

s’accélèrent, les cycles d’innovation se raccourcissent, les ruptures se durcissent sur les plans

technologique, épistémique, cognitif, culturel : c’est pourquoi nos projections sont plus

fragiles. Leur pertinence est davantage sujette à caution et limitée dans le temps. Qui aurait

pu prévoir, il y a encore 5 ans, la vitesse de diffusion du smartphone, quand cette technologie

était encore balbutiante ? A titre d’exemple, l’âge moyen des entreprises cotées aujourd’hui

au NASDAQ est de 25 ans, celui des GAFA est de 22 ans tandis que celui des entreprises du

CAC 40 est de 104 ans.

De la même manière, il n’est plus possible de concevoir sa trajectoire professionnelle

individuelle de façon linéaire. La prospective n’a plus pour objet les mutations qui vont

affecter la génération suivante : c’est à l’échelle d’une carrière que les paradigmes se

transforment. C’est donc également au niveau individuel que se cristallisent ces mutations et

leurs effets. Ainsi, dans beaucoup d’entreprises, être performant impose de

contribuer à sa propre obsolescence, c’est-à-dire participer à définir des manières de

produire radicalement différentes, qui entraînent potentiellement la destruction de son

propre emploi.

Par conséquent, nous ne pouvons pas nous contenter d’observer les ruptures

actuelles à l’aune des enseignements que nous avons tirés des précédentes, et

des réponses qui leur ont été apportées.

Les nombreuses auditions que nous avons effectuées nous ont amenés à désarticuler des

diagnostics et des théories très divers. Peu d’autres sujets, notamment parmi ceux abordés

par le Conseil, ont fait l’objet d’une telle variété d’analyses, que ce soit en termes de

diagnostic, d’échelle de compréhension des phénomènes, de projections chiffrées, de

constructions politiques, de dispositifs à mettre en place. Encore moins que pour d’autres

objets de réflexion il n’a été possible de séparer abstraitement les dispositifs techniques,

juridiques ou économiques proposés et les visions de la société qu’ils supposent. Ce sont

également des grilles de lecture différentes qu’il a fallu appréhender : au-delà des problèmes

auxquels nous sommes confrontés, ce sont les cadres qui les déterminent - la croissance, le

salariat, la séparation du travail et du non-travail, la compétitivité, l’intérêt commun,

l’innovation, la transition écologique - qui sont à interroger. Loin de constituer un simple

enjeu théorique, c’est l’ensemble des modalités de régulation et d’appréhension, par les

pouvoirs publics mais également par les institutions privées, qui dépendent de ces grilles de

lecture et des cadres de définition qui les supportent.

A cet égard, le présent rapport s’est fixé la difficile tâche de ne pas ajouter une nouvelle

projection, une nouvelle grille de lecture, aux nombreuses qui sont disponibles. Nous nous

sommes tout d’abord efforcés de restituer le plus fidèlement possible ce qui a été dit, en

cartographiant plusieurs des controverses qui structurent le débat.

Nous nous sommes ensuite attachés à ne pas immédiatement tenter de résoudre l’incertitude

en adoptant une vision englobante et un ensemble de choix définitifs. L’incertitude et la

complexité ne constituent pas une menace : il ne s’agit pas de “lutter contre” mais de mettre

en place des formes résilientes de gestion de l’incertitude et des outils nécessaires pour vivre

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