Janvier-Février

sgaytorrente

YHWPl

52% de renouvelable d’ici 2030 : le Maroc vise encore plus haut

Janvier-Février 2016

6 #

World Efficiency : 13 solutions

pour un développement propre

AREI : 300 GW de renouvelables

pour sortir l’Afrique de l’obscurité

SEYNI NAFO

« Nous sommes très bons pour

négocier un accord, mais dans

le suivi, nous nous relâchons »


EDITORIAL

Par Thierno Bocar TALL,

PDG de La Société Africaine de Biocarburants

et des Énergies Renouvelables (SABER)

Maintenant, la balle

est dans le camp

des Africains

L’Afrique n’a pas obtenu tout ce qu’elle aurait voulu dans le cadre de

la COP 21, mais elle a remporté de grandes victoires concernant les

objectifs de limitation du réchauffement, les garanties de financements

ou la reconnaissance de ses besoins spécifiques en matière d’adaptation

aux changements climatiques.

Toutefois, si cette conférence a permis un accord politique planétaire

qui peut, globalement, satisfaire l’Afrique, le plus difficile pour nous

reste à faire : il nous faut maintenant réunir toutes les conditions pour

développer nous-mêmes notre propre secteur énergétique. Cela signifie

renforcer nos compétences, gagner en compétitivité et adopter des

standards de gestion et de gouvernance irréprochables. Les capitaux

sont disponibles et les technologies sont mûres, maintenant l’essentiel

dépend de nous.

Dans ce numéro d’Energies Africaines, Seyni Nafo, le président du

groupe des négociateurs africains, nous avertit : « Nous sommes très bons

pour négocier un accord, mais dans le suivi, nous nous relâchons, ce qui est

paradoxal car le plus gros travail commence maintenant. (…) Si nous ne

nous préparons pas, si nous ne proposons pas des contenus, des soumissions

qui soient de très haute qualité, ce ne seront pas les pays développés qui

viendront nous dire : voici comment renforcer vos capacités ».

C’est précisément ce pourquoi se bat la SABER, qui a été pionnière

en Afrique dans le secteur des énergies renouvelables. C’est pourquoi

également notre institution a contribué aussi activement au lancement

de ce magazine dont la vocation est de porter la parole de tous les acteurs

africains du secteur.

Une gigantesque opportunité se présente à nous. Cette fois, donnons-nous

les moyens de la saisir pleinement et d’en tirer le plus grand

profit pour notre continent et pour ses populations. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 3


SOMMAIRE

Energies Africaines

Numéro 06

Janvier-Février 2016

Editeur

ENERGIES AFRICAINES

est édité par :

Media Management & Participations Ltd

Opérateur

Médiamania Sàrl

Rue du Lémam 6

1201 Genève

Suisse

www.mediamania.pro

Fax : +41 22 301 96 10

Tél : +41 22 301 96 11

Directeur de la publication

Dominique FLAUX

Rédaction

Rédactrice en chef :

Gwladys JOHNSON

Avec Agence Ecofin

redaction@agenceecofin.com

Publicité

Benjamin FLAUX

bf@agenceecofin.com

Tél : +41 22 301 96 11

Création

Jérémie FLAUX

Relecture et corrections

Xavier MICHEL

Nils COUTURIER

Impression

Rotimpres,Aiguaviva, Espagne.

© Reproduction interdite sans

l’accord écrit de l’éditeur

PROJETS ET

RÉALISATIONS

7 M-Kopa lève 19 millions $ et

poursuit son expansion

9 Générale du Solaire et

Arborescence Capital

visent 300 MW de solaire

au Cameroun

11 La BAD et la Chine à la

rescousse du secteur

énergétique sud-africain

13 Le Kenya cherche des

partenaires pour développer

ses centrales géothermiques

15 Une étude de l’université

de Twente diagnostique

l’inefficacité du secteur

africain des EnR

DOSSIER : LA COP 21

ET SES CONSÉQUENCES

24 COP 21 : le sursaut salutaire

en faveur du climat

30 Seyni Nafo : « Nous avons

écrit une nouvelle page de

l’histoire du monde avec

l’Afrique aux premières

loges »

35 L’IAA, là où commence

la prise en main par

l’Afrique de ses problèmes

climatiques

36 La communauté

internationale casse la

tirelire pour le financement

du climat

38 L’Afrique, le cordonnier mal

chaussé de l’énergie

40 L’AREI, 500 milliards de

dollars et 300 GW de

renouvelables pour sortir

l’Afrique de l’obscurité

43 Fabrice Le Saché : « COP 21

a sanctuarisé le rôle du

marché carbone dans

l’atteinte des objectifs

climatiques »

46 La Galerie by World

Efficiency : 500 solutions

pour un développement

propre

4 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


POLITIQUES PUBLIQUES

16 Le Maroc met la barre

encore plus haut en matière

d’énergies renouvelables

20 Le déficit énergétique place

l’économie zambienne au

bord du gouffre

51 Libéria : 150 000 personnes

auront accès à l’énergie

avec l’appui de la Banque

mondiale

53 Le Nigeria veut développer

13 GW de centrales solaires

off-grid

55 Zimbabwe : la ZESA n’a tenu

que deux semaines sans

pratiquer de délestages

56 AFD : « Par exemple, si un

entrepreneur veut un crédit

pour changer sa chaudière,

la banque peut lui proposer

les crédits Sunref »

TECHNOLOGIES

58 Grand Renaissance : en cas

d’échec des négociations,

l’Egypte pourrait faire appel

au Conseil de sécurité

61 Le Masdar Institute

développe un dispositif qui

vise à doubler l’efficacité des

panneaux solaires

INTERNATIONAL

63 Un réchauffement à

moins de 2°C requiert

12 100 milliards $ et 12,5 TW

d’énergies vertes d’ici 2040

64 La Chine, championne

mondiale du

développement des

énergies renouvelables

LEADER DU MOIS

66 Tony Elumelu encourage

le Congrès des Etats-Unis à

considérer l’adoption de la

loi Electrify Africa

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 5


PROJETS ET REALISATIONS

Guinée-Conakry : les travaux

de construction de la centrale

hydroélectrique de Souapiti

sont lancés

Le secteur de l’énergie a capté

40% des financements de start-up

africaines en 2015

Selon un récent rapport publié par Disrupt Africa,

une plateforme d’informations spécialisée sur

les start-up africaines, ces dernières ont mobilisé

un total de 185,7 millions $ de financement en

2015. 125 entreprises sont concernées par ces

financements, ce qui a eu un effet de dilution sur

la moyenne par entreprise. Par secteur, c’est celui

de l’énergie qui a raflé la plus grosse mise, captant

39,7% des investissements. Une performance

tirée par les 19 millions $ de l’entreprise kényane

M-Kopa, qui offre des services de consommation

d’énergie solaire à la demande. De même qu’Off

Grid Electric, basée en Tanzanie, qui a mobilisé

près de 25 millions $.

Le rapport indique aussi qu’avec 24,5%, les entreprises

de technologie financière ont occupé le deuxième

rang de mobilisation de ces financements.

Avec 45 entreprises et 36% des capitaux captés,

l’Afrique du Sud se taille la part du lion, suivie du

Nigeria (24%) et du Kenya (14,4%). Les autres

pays bénéficiaires ont été l’Égypte, la Tanzanie et

le Ghana. y

Le président guinéen Alpha Condé a procédé,

ce 22 décembre, au lancement des travaux de

construction de la centrale hydroélectrique de

Souapiti. L’infrastructure, d’une capacité de

515 MW et composée de cinq turbines, sera

implantée sur le fleuve Konkouré, situé dans la

préfecture de Dubréka. Elle sera construite par la

compagnie chinoise CWE et les travaux dureront

58 mois, soit environ cinq ans. Son coût de réalisation

est estimé à 1,5 milliard $, montant mobilisé

grâce au concours de l’Exim Bank de Chine, de

la Banque mondiale, du Fonds arabe d’Abu Dhabi

et de la Banque africaine de développement.

La mise en service de ce barrage portera la capacité

énergétique du pays à 830 MW. Selon un

responsable du Département de l’énergie, 525 MW

devraient, à ce stade de développement, être suffisants

pour électrifier l’ensemble du pays avec un

réseau de transport électrique adéquat. y

Djibouti : l’Allemand Green Enesys

annonce une centrale solaire

de 300 MW

La société allemande Green Enesys annonce la

mise en place d’une centrale solaire de 300 MW

à Djibouti. L’infrastructure sera située dans la

plaine du Grand Bara, au sud du pays. D’un coût

d’environ 360 millions d’euros, cette centrale sera

construite en six phases de 50 MW de capacité

chacune. Elle créera 150 à 200 emplois directs et

indirects lors de sa construction et 60 emplois à

temps plein lors de son exploitation. Le développement

de cette centrale est un pas de plus vers

l’atteinte de l’objectif national qui consiste à faire

de Djibouti le premier pays africain à utiliser

100% d’énergies renouvelables. Pour y parvenir,

il envisage de s’appuyer, entre autres, sur son

potentiel géothermique qui est estimé à 1000 MW.

65% de la consommation actuelle du pays, qui

s’élève seulement à 120 MW, sont produits par des

centrales hydroélectriques. y

6 x ENERGIES AFRICAINES

Janvier-Février 2016 4 N°6


PROJETS ET RÉALISATIONS

M-Kopa lève 19 millions $ et

poursuit son expansion

Le fournisseur de solutions solaires M-Kopa a achevé

un tour de table qui lui a permis de mobiliser

19 millions $ pour étendre son marché et diversifier

ses offres.

Menée par la Generation Investment

Management, la levée de fonds 19 millions

$ permettra à M-Kopa d’atteindre

son prochain objectif qui est

d’électrifier un million de ménages

africains d’ici 2017. « Nous démontrons

que le solaire peut transformer la vie des

populations non connectées aux réseaux

électriques, être une solution pour les

problèmes de la planète, et générer

du profit pour les investisseurs qui s’y

intéressent. En trois ans, nous avons déjà

atteint 25 000 ménages répartis dans

3 pays, et ceci n’est qu’un début. » a déclaré

Jesse Moore, le PDG et co-fondateur

de M-Kopa.

« Avec 1,3 milliard de personnes

qui n’ont pas accès à l’électricité, le

modèle innovant de M-Kopa prouve

que les solutions solaires peuvent

être rendues accessibles, créant ainsi

un énorme marché. En plus de la

rentabilité financière à long terme, ce

modèle représentent une solution aussi

bien pour les ménages à faible revenu

que pour l’environnement. » a déclaré

Colin le Duc, associé à Generation

Investment Management.

Diversifier les produits

Le développeur de solutions solaires

propose également de nouveaux

produits à sa clientèle. Les ménages

qui ont achevé le paiement de leurs

kits de systèmes solaires domestiques

peuvent désormais se procurer des

lampes supplémentaires, des foyers

améliorés, des smartphones ou encore

des tanks à eau.

Barack Obama avait visité M-Kopa lors de son dernier passage à Nairobi, l’été 2015.

Ce développement entre dans la

volonté de la compagnie d’améliorer

progressivement et de façon continue

la vie de ses clients. « Il est bon que

les clients qui ont prouvé leur solvabilité

puissent avoir accès à d’autres produits

qui leur permettront de faire un pas de

plus vers de meilleures conditions de

vie. », a déclaré Jesse Moore, directeur

exécutif et co-fondateur de M-Kopa.

Les nouveaux produits se paieront

de manière échelonnée et via mobile

comme les kits de systèmes solaires

domestiques. Les modalités de paiement

varieront selon la valeur des

produits choisis. Les foyers améliorés

sont les articles les plus populaires auprès

des clients.

Ces derniers apprécient aussi particulièrement

les smartphones qui

étaient jusque-là hors de leur portée.

« La plupart des ménages clients de notre

entreprise ont un revenu quotidien de

moins de 200 shillings kényans (environ

1,95 $). Il leur est donc très difficile

d’économiser ou d’accéder aux prêts

pour s’acheter des biens d’équipement

tels que les foyers. Mais avec une bonne

cote de solvabilité à M-Kopa, ils ont

accès à ces produits. », déclare-t-il en

expliquant les modalités de paiement

utilisées. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 7


PROJETS ET REALISATIONS

Le Sénégalais Senergy installera une centrale

photovoltaïque de 29,5 MW à Méouane

Senergy PV SA, une jeune société sénégalaise au capital de 10 millions

FCFA, construira une centrale solaire photovoltaïque dans la

commune de Méouane, au Sénégal. L’infrastructure, d’une capacité

de 29,5 MW, coûtera 27 milliards FCFA (environ 44,8 millions $).

L’énergie produite sera acheminée vers le réseau électrique national

et les premiers kilowattheures devraient être générés en 2017. « Le

fonctionnement normal de la centrale permettra de mieux satisfaire les

besoins en énergie en forte croissance. Le Sénégal, qui dépend à 53%

des combustibles fossiles pour la satisfaction de ses besoins, voit sa

demande d’électricité s’accroître de 6,2% par an », a déclaré Mathieu

Peller, le directeur général de Senergy. La Senelec, la société nationale

en charge de la fourniture de l’électricité, a augmenté sa capacité

de production de 26% au cours des trois dernières années. y

Angola : le deuxième barrage électrique de

Cambambe entrera en service en juin 2016

Le barrage de Cambambe pourra fournir au réseau électrique angolais

960 MW d’énergie dès juin 2016. C’est ce qu’a annoncé João

Baptista Borges, le ministre angolais de l’Energie et de l’Eau. D’une

capacité initiale de 180 MW, l’infrastructure située dans la province

de Cuanza Norte fait l’objet d’une surélévation qui lui permettra de

produire 80 MW supplémentaires. En outre, une deuxième centrale

de Cambambe de 700 MW de capacité est en construction. La facture

de l’ensemble des travaux s’élève à 734 millions $. Une ligne de

transmission en cours de construction permettra l’acheminement de

l’énergie générée vers les villes de Luanda, Gabela et Benguela.

Le ministre a également annoncé que la centrale de Lauca de

2060 MW, qui est actuellement en cours d’installation dans la province

de Cuanza, est achevée à 65%. Ses premières turbines devraient

commencer leur production d’ici la moitié de l’année 2017. Le pays

envisage de faire passer sa capacité électrique à 5 GW d’ici 2020. y

En Algérie, l’unité de

production de panneaux

solaires Aurès Solaire

sera fonctionnelle

en février

Aurès Solaire, une unité privée

de production de panneaux

solaires, entrera d’ici à février

dans sa phase d’activité selon

Hocine Nouacer, son PDG.

D’une capacité annuelle de

30 MW, constituée par 125 000

panneaux photovoltaïques

pouvant alimenter environ

30 000 ménages, elle est située

à Batna, dans la zone d’activité

de la commune d’Ain Yagout.

La construction de cette usine

entre dans le cadre d’un projet

de 10 millions $ démarré en

2013. L’infrastructure produira

des anneaux solaires à cellules

biface qui seront commercialisés

aussi bien en Algérie que

sur le marché international. Elle

emploiera dans une première

phase 50 employés directs qui

interviendront pour la plupart

dans l’ingénierie, le montage

et l’entretien des panneaux.

Des installations de production

robotisées sont actuellement

mises en place, ce qui accélérera

l’accroissement de la capacité de

production, qui devrait bientôt

atteindre les 300 000 panneaux

par an. y

8 x ENERGIES AFRICAINES

Janvier-Février 2016 4 N°6


PROJETS ET RÉALISATIONS

Générale du Solaire et

Arborescence Capital visent

300 MW de solaire

au Cameroun

Le Cameroun lance un programme de centrales

solaires dans cinq régions, pour une puissance

totale de 300 MW. La première étape passera par la

région de l’Adamaoua.

Le ministre camerounais de l’Energie,

Basile Atangana Kouna, et des

responsables de la société française

Générale du solaire et du fonds d’investissement

Arborescence Capital,

ont signé, le 6 janvier 2016 à Yaoundé,

un protocole d’accord portant sur le

financement, la construction et l’exploitation

de centrales solaires dans

les régions de l’Adamaoua, du Nord,

de l’Extrême-Nord, du Centre et du

Sud-Ouest, pour une puissance globale

de 300 MW.

Première étape

La première centrale photovoltaïque

de ce programme d’investissements

sera construite dans la région

de l’Adamaoua, dans le septentrion

camerounais, partie du pays dans

laquelle le niveau d’insolation est le

plus élevé (5,8 kWh/m 2 /jour, contre

4 kWh/m 2 /jour seulement pour la

partie Sud, selon le régulateur du

secteur de l’électricité). D’une capacité

de production de 20 MW, cette

infrastructure énergétique coûtera 18

milliards FCFA et créera 50 emplois

directs. L’infrastructure annoncée

« permettra de produire 32 GWh d’électricité

par an sans la moindre émission

de CO 2 , correspondant à la consommation

de plus de 100 000 foyers camerounais.

Sa production sera parfaitement

complémentaire de celle du barrage de

Lagdo, qui assure aujourd’hui l’essentiel

de la fourniture électrique de la région.

Le pic de production solaire coïncide

en effet précisément avec les périodes de

faible disponibilité de la ressource hydroélectrique

», apprend-on dans un

communiqué officiel.

Avec Eneo

A en croire nos sources, Générale

du Solaire et Arborescence Capital

devraient démarrer les travaux de

construction, qui dureront six mois

après la signature du contrat de vente

de l’électricité avec Eneo, le concessionnaire

du service public de l’électricité

au Cameroun, qui a affirmé

l’année dernière son intérêt pour le

solaire.

L’infrastructure annoncée

« permettra de produire 32 GWh

d’électricité par an sans la moindre

émission de CO 2 , correspondant

à la consommation de plus de

100 000 foyers camerounais ».

Pour rappel, ce projet, le tout premier

de cette envergure dans le pays

en matière de solaire, est l’une des

retombées concrètes du Forum Ema

Invest, dont la 9 ème édition a été organisée

à Genève, en Suisse, au mois

d’octobre 2013. Le Cameroun en

était l’hôte d’honneur. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 9


PROJETS ET REALISATIONS

Kenya : SkyPower distribuera 2 millions de

kits solaires à travers le pays

Le gouvernement kényan a conclu avec le développeur de

solutions solaires SkyPower un partenariat de distribution

de 2 millions de solutions solaires domestiques. Ces équipements

seront distribués à des ménages, des écoles et des

centres de santé situés dans les zones non électrifiées du

pays. « Le Kenya est très fier de travailler avec SkyPower et

ses partenaires afin d’assurer une distribution ponctuelle et

efficace de ces 2 millions de kits solaires, une première mondiale

», a déclaré Uhuru Kenyatta, le président kényan.

Chaque kit contient un panneau solaire, des lampes LEF,

des chargeurs USB ainsi qu’une radio solaire conçue pour

fonctionner dans des conditions extrêmes, le tout pourvu

d’une solide garantie. SkyPower collaborera dans ce cadre

avec l’ONG Plan International afin de mettre en place un

système qui leur permettra de s’assurer que les systèmes

énergétiques parviennent effectivement aux bénéficiaires désignés.

La distribution se fera par le biais des écoles de base

des communautés sélectionnées.

Ce programme, l’un des plus importants au monde, entre

dans le cadre de l’accord conclu entre le Kenya et SkyPower

relatif à la mise en place et à l’exploitation de 2000 MW de

centrales solaires à travers le pays. y

Sénégal : Nadji.Bi lance sa deuxième

génération de mini-kits solaires

La société panafricaine Nadji.Bi Group, installée au Sénégal,

a lancé une deuxième génération de mini-kits solaires

dénommée Nadji.BI ZEbu v.1 F. « Avec ce produit et grâce à

notre pôle R&D local, nous entendons continuer à impacter

positivement l’économie panafricaine en créant un maximum

d’emplois et de valeur ajoutée locale, en plus du bien-être et

des économies que nos produits apportent à leurs utilisateurs

», a déclaré Ismaël Mohamadou Djida, le président du

groupe, lors du lancement.

Cette nouvelle génération de kits comprend un panneau

solaire, une batterie, des lampes et des prises pour charger

les téléphones ainsi que les petits appareils électroménagers.

Ses nouveaux composants lui permettent de diviser le temps

de charge des téléphones portables par quatre. Elle donne

en outre une autonomie d’éclairage de 9 h à trois ampoules,

15 heures à deux ampoules et 28 h à une ampoule unique.

Le kit est également doté d’une garantie d’un an. Les différentes

pièces qui la composent sont disponibles en détails

chez les distributeurs, ce qui permet aux utilisateurs de les

remplacer en cas de besoin. y

Burkina Faso : la BID alloue

12 millions $ à l’électrification

de 41 localités rurales

Le projet d’électrification rurale décentralisée

par système photovoltaïque du

Burkina Faso a reçu un financement de

12 millions $ de la Banque islamique de

développement (BID). Ces fonds permettront

au pays de donner accès à l’électricité

à 41 localités situées dans six régions.

La mise en œuvre du projet comprendra

l’installation d’infrastructures hybrides

générant de l’énergie grâce au solaire et

au diesel, ainsi que la mise en place de

réseaux électriques basse et moyenne tension

pour l’acheminement de l’électricité

produite. Les capacités du personnel du

Fonds de développement de l’électrification

(FDE) seront également renforcées.

Le Burkina Faso a un taux d’électrification

d’environ 20%. Il compte faire passer

ce chiffre à 70% d’ici 2025. y

10 x ENERGIES AFRICAINES

Janvier-Février 2016 4 N°6


PROJETS ET RÉALISATIONS

La BAD et la Chine à la

rescousse du secteur

énergétique sud-africain

Un milliard de dollars de la Banque africaine de

développement et 690 millions de dollars de la

Banque industrielle et commerciale de Chine :

l’Afrique du Sud frappe à toutes les portes pour

tenter de combler son déficit énergétique qui

pénalise l’économie.

La Banque africaine de développement

(BAD) a octroyé 1,125 milliard

$ pour le développement du

secteur énergétique sud-africain. Ce

montant sera mis à la disposition du

pays sous forme d’un prêt d’entreprise

de premier rang, d’une valeur

de 375 millions $, auquel s’ajoutera

un prêt syndiqué de 750 millions $.

Le prêt d’entreprise sera financé par

le guichet “secteur privé” de la BAD.

La banque compte s’associer aux

banques commerciales opérant sur

le continent pour la mobilisation des

fonds du prêt syndiqué.

Les prêts financeront l’exécution

du Programme d’expansion de capacité

(CEP) implémenté par l’Eskom,

la société publique en charge

de l’électricité. Le CEP s’étendra sur

la période 2015-2020. Il permettra

la maintenance et la réhabilitation de

centrales électriques d’une capacité

totale de 8000 MW et la construction

de nouvelles centrales d’une capacité

globale de 10 986 MW.

Un réseau de transport de l’électricité

d’une longueur de 9756 km sera

également mis en place. Il transportera

aussi bien l’énergie produite par

l’Eskom que celle générée par les producteurs

indépendants.

Depuis 2008, la Banque africaine

de développement a octroyé environ

2,725 milliards $ au secteur énergétique

sud-africain.

La banque chinoise ICBC

10 milliards de rands, soit plus de

690 millions $, tel est le montant que

la Banque industrielle et commerciale

de Chine (ICBC) mobilisera

pour soutenir le secteur énergétique

sud-africain. L’octroi de ce financement

qui entre dans le cadre d’une

coopération avec la Standard Bank,

permettra de soutenir la mise en place

de nouvelles centrales électriques sur

les cinq prochaines années. Les deux

institutions financières, confiantes

dans la croissance économique que

connaîtra le pays durant les prochaines

années, notamment dans

le secteur énergétique, désirent y

participer.

Le secteur énergétique ne sera

pas le seul à bénéficier de l’appui

de ces banques sur le continent.

Ces dernières envisagent en effet

de soutenir la mise en place d’une

centaine d’infrastructures dans

les domaines de l’énergie, du

transport, des télécommunications

et de l’industrie. « Dans la banque de

détail, nous travaillons ensemble afin

Depuis 2008, la Banque africaine

de développement a octroyé

environ 2,725 milliards $ au secteur

énergétique sud-africain.

d’introduire de nouvelles solutions pour

faciliter les transactions entre l’Afrique

du Sud et la Chine. Les paiements entre

personnes et entre entreprises seront

traités par des équipes spécialisées, ce

qui permettra d’accroître leur facilité et

de réduire leur coût », a déclaré Sim

Tshabalala, le directeur exécutif de la

Standard Bank Group. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 11


PROJETS ET REALISATIONS

L’Ethiopie pourrait produire jusqu’à 10 GW d’énergie géothermique

Le potentiel de l’Ethiopie en matière d’énergie

géothermique s’élève à 10 GW. C’est ce que révèle

une étude menée par la Geological Survey of

Ethiopia (GSE) sur une superficie de 150 000 km 2

dans la vallée du rift. Cette étude vient doubler

le potentiel géothermique du pays, qui avait été

estimé à 5000 MW. La GSE a annoncé qu’elle

collaborerait avec la société publique en charge

de l’électricité pour identifier les potentiels sites

d’installation des centrales géothermiques. Cette

identification permettra aux différents investisseurs

qui ont déjà exprimé leur intérêt pour le

secteur de faire leur entrée sur le marché.

La découverte de ce nouveau potentiel vient

s’ajouter aux 45 GW que le pays peut produire

avec ses ressources hydrauliques et à son fort taux

d’ensoleillement. Le pays compte bien exploiter

ces potentiels afin de mettre en œuvre sa stratégie

de développement durable. L’Ethiopie, qui envisage

d’atteindre un bilan carbone neutre d’ici 2025

en misant sur les énergies renouvelables, a, entre

autres, décidé de s’appuyer sur l’expérience japonaise

pour y arriver. y

La Suède et le Royaume-Uni

allouent 110 millions $

à l’électrification rurale

en Tanzanie

La Suède et le Royaume-Uni ont levé

110 millions $ pour soutenir l’électrification

des communautés rurales de la

Tanzanie. La Suède apportera, par le

biais de son agence internationale pour le

développement, 66 millions $, tandis que

le Département britannique de développement

international fournira 44 millions $.

Ces fonds participeront à l’électrification

des zones rurales à travers la mise à disposition

de mini-réseaux électriques et de

solutions solaires autonomes. Le financement

sera mis à la disposition du Fonds

tanzanien d’énergie rurale (REF) sur une

période de cinq ans.

La Tanzanie a actuellement un taux

d’électrification rurale de 21%. Le pays,

qui enregistre un déficit énergétique de

1000 MW, a pour ambition de porter sa

capacité énergétique, de 1400 MW présentement,

à 10 000 MW d’ici 2025. y

Cameroun : un prêt chinois

de 182 milliards FCFA pour construire

un barrage de 75 MW à Warak

L’International and Commercial Bank of China (ICBC) vient

d’accorder un prêt d’un montant de 182 milliards FCFA au

gouvernement camerounais afin de financer le projet de

construction d’un barrage hydroélectrique d’une capacité

de production de 75 MW sur le fleuve Bini, à Warak, situé

dans la région de l’Adamaoua, dans la partie septentrionale

du pays, a-t-on appris de sources officielles. Selon les détails

communiqués par le Ministère de l’énergie, en plus du

barrage lui-même, ce projet intègre également la construction

de lignes d’évacuation d’énergie (70 km en 225 kV) et

d’électrification rurale (30 kV), ainsi que la réhabilitation et

la construction de voies d’accès au site.

Les travaux seront réalisés par la société chinoise Sinohydro,

avec laquelle le gouvernement camerounais a signé un

mémorandum d’entente (MoU). La mise en service de cette

infrastructure énergétique, précise le gouvernement, est

prévue pour « le quatrième trimestre 2018 ». y

12 x ENERGIES AFRICAINES

Janvier-Février 2016 4 N°6


PROJETS ET RÉALISATIONS

Le Kenya cherche des

partenaires pour développer

ses centrales géothermiques

Le Kenya veut accroître sa capacité de production

énergétique via la construction de centrales

géothermiques. L’objectif est de mobiliser plus de

8 milliards de dollars. 76 MILLIONS $

DEMANDÉS À LA

BEI POUR 70 MW

Le Kenya Electricity Generating

(KenGen) désire établir des partenariats

pour construire de nouvelles

centrales géothermiques. Pour y parvenir,

la compagnie prospecte du côté

des USA, de la Chine, du Japon et de

l’Inde, mais elle est également disposée

à collaborer avec tous les pays ou

organisations désireuses d’établir un

partenariat technique ou financier. Au

nombre des infrastructures à mettre

en place, une centrale de 180 MW

dont le coût de réalisation s’élève à

650 millions $.

50% de la demande nationale

La société envisage de construire

assez de centrales pour satisfaire au

moins la moitié de la demande énergétique

nationale. Cet objectif, qui

devrait se réaliser d’ici 2025, nécessitera

environ 8,1 milliards $. Pour

cela, elle a mis en place un nouvel instrument

financier. « Nous pourrions

prendre jusqu’à 49% de participations

dans ces centrales. Si cette nouvelle

formule marche, nous l’appliquerons

aux futurs projets », a révélé John

Mudany, directeur financier à la

KenGen. La société envisage également

de s’associer avec la Geothermal

Developement Co, la compagnie nationale

en charge de l’exploitation des

ressources géothermales.

Un cadre pour les PPP

Le Kenya a procédé à une libéralisation

du secteur énergétique qui

permet de construire la majorité des

centrales par le biais d’un partenariat

Le Kenya

Electricity

Generating

(KenGen) désire

établir des

partenariats

pour construire

de nouvelles

centrales

géothermiques.

privé-public (PPP). Dans les contrats

de ce type, les développeurs privés

conçoivent, développent et exploitent

les centrales électriques. L’énergie

générée par les infrastructures est

ensuite cédée à l’Etat à un coût

prédéterminé. y

SUPPLÉMENTAIRES

À OLKARIA

Le Kenya a sollicité auprès de la

Banque européenne d’investissement,

un financement de 76

millions $ pour le forage d’un

puits supplémentaire sur le site

géothermique d’Olkaria. La

nouvelle installation devrait avoir

une capacité de production de

70 MW.

Le financement servira à l’installation

d’une nouvelle turbine,

d’un collecteur de vapeur et d’infrastructures

d’interconnexion.

L’ensemble de ces travaux devrait

permettre une réduction du coût

de l’énergie produite dans la centrale

géothermique. La réduction

du coût de l’énergie est l’un des

principaux objectifs du gouvernement

qui entend faire du Kenya

un pays industrialisé. En confirmant

la réception de la demande,

la BEI a déclaré qu’une étude sur

l’impact environnemental était

en cours et qu’elle rendrait une

décision après la réception de ses

résultats. En cas d’un avis favorable,

ce nouveau puits porterait

la capacité de la centrale d’Olkaria

à 210 MW. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 13


PROJETS ET REALISATIONS

Meridiam et le Fonds

souverain sénégalais

investiront 41,1 millions € dans

une centrale solaire

La société d’investissement spécialisée

dans les fonds d’infrastructures publiques

Meridiam et le Fonds souverain sénégalais

des investissements stratégiques (Fonsis)

ont signé, le 14 janvier, une convention

de partenariat portant sur la construction

d’une centrale solaire pour un investissement

de 27 milliards FCFA (41,1 millions

d’euros). La centrale, qui sera implantée

dans la localité de Méouane, dans la région

de Thiès, aura une capacité de production

de 30 MW. L’électricité produite sera vendue

à la Société Nationale d’Electricité du

Sénégal (Senelec) à 65 francs le kilowatt/

heure.

« Le projet consiste à construire et opérer

une centrale électrique solaire de 30 mégawatts

pour un coût global incluant le

raccordement au réseau de la Senelec », a

détaillé le directeur général du Fonsis lors

de la cérémonie de signature de la convention

de partenariat. Présent à la cérémonie,

le Premier ministre sénégalais, Mahammed

Boun Abdallah Dionne (photo), a précisé

que le financement du projet a déjà été

bouclé. « Le financement bancaire nécessaire,

d’un montant de 22 milliards FCFA,

a été mobilisé auprès de Proparco, et le reliquat

a été apporté par les actionnaires », a-til

assuré, indiquant que ce projet « apportera

une contribution au renforcement du mix

énergétique et à la réduction de la pollution,

en ligne avec les conclusions de la Cop 21 ».

Les travaux de construction de la centrale

solaire devraient durer dix mois. y

Rwanda : Ignite Power électrifiera 250 000

ménages grâce au solaire

L’entreprise mauricienne Ignite Power Ltd a signé avec le

Rwanda un contrat relatif à l’électrification de 250 000 ménages

ruraux grâce à des dispositifs solaires. Ce processus

d’accès à l’électricité, qui s’étendra sur cinq ans, coûtera plus

de 50 millions $. Son financement sera entièrement assuré

par Ignite. « La distribution de ces kits solaires permettra

au Rwanda de dépasser les limites imposées par son réseau

électrique en ayant recours aux solutions off-grid pour apporter

plus rapidement une énergie moins chère à ses citoyens. Nous

sommes par conséquent fiers de participer à cet effort d’électrification

à grande échelle », a déclaré Yariv Cohen (photo), le

directeur d’Ignite Power. Les ménages qui bénéficieront de

ces solutions solaires pourront les payer sur une échéance de

deux ans.

Ce contrat permettra, selon Germaine Kamayirese, la ministre

rwandaise de l’Energie, de faire passer la part des

solutions off-grid dans le mix énergétique du 1% actuel à 10%

d’ici 2018. Le projet entre dans le cadre de la stratégie nationale

qui envisage d’atteindre un taux d’électrification de 70%

d’ici 2018. 22% de cette population seront touchés grâce aux

solutions énergétiques hors réseau. Cela implique qu’environ

530 000 ménages devront être équipés de ce type de dispositifs

d’ici là. y

14 x ENERGIES AFRICAINES

Janvier-Février 2016 4 N°6


PROJETS ET RÉALISATIONS

Une étude de l’université

de Twente diagnostique

l’inefficacité du secteur

africain des EnR

Etudiant et chercheur à l’université de Twente,

aux Pays-Bas, Eugene Ikejemba et Peter Schuur

ont réalisé une étude sur le secteur africain des

énergies renouvelables. Le constat est sévère.

« De nombreux projets solaires

échouent en Afrique, parce que la plupart

du temps, les gens pensent qu’il

suffit de trouver un terrain libre et d’y

implémenter le projet. Plus important,

très peu pensent au management du

projet après sa mise en place. » C’est

en ces mots qu’Eugene Ikejemba résume

l’étude qu’il a réalisée avec Peter

Schuur sur le manque d’efficacité

des projets solaires en Afrique en général,

et au Nigeria et au Ghana en

particulier.

Des facteurs ignorés

Les deux chercheurs ont établi que

les projets d’énergie solaire ne sont pas

assez efficaces parce que les entités devant

les mettre en place ne déterminent

pas avec précision certains facteurs.

Le nombre de personnes à atteindre,

l’adéquation de l’emplacement des

sites par rapport aux cibles ou encore

l’acheminement de l’énergie produite

vers ces personnes, sont quelques éléments

dont l’imprécision contribue au

manque d’efficacité des projets.

Cette étude a été motivée par l’incapacité

du Nigeria et du Ghana

à fournir une énergie abordable et

fiable à leurs populations en dépit de

leur croissance économique, de leur

Le nombre de personnes à atteindre, l’adéquation de l’emplacement des sites par rapport

aux cibles ou encore l’acheminement de l’énergie produite vers ces personnes, sont quelques

éléments dont l’imprécision contribue au manque d’efficacité des projets.

potentiel en énergie solaire et des projets

initiés dans le secteur.

Les solutions de proximité

Les auteurs suggèrent aux autorités

de tenir compte des facteurs démographiques

et géographiques lors de

la réalisation des projets de centrales

solaires. Ils proposent en outre aux

différentes organisations de privilégier

les solutions de proximité telles

que l’installation des panneaux solaires

sur les toits des constructions à

électrifier. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 15


POLITIQUES PUBLIQUES

Le Maroc met

la barre encore

plus haut en

matière d’énergies

renouvelables

Le Maroc, qui s’était déjà distingué par une

politique énergétique audacieuse, a encore relevé

ses objectifs en visant un mix énergétique à 52% de

renouvelable d’ici 2030.

Le royaume chérifien, qui accueillera

la COP 22 l’an prochain, multiplie

les performances dans le secteur des

énergies renouvelables. Il vise désormais

10 000 MW de renouvelables

supplémentaires entre 2016 et 2030.

C’est ce qu’a annoncé Abdelkader

Amara, le ministre de l’Energie, des

Mines et de l’Eau lors de la 4 ème conférence

Inde-Afrique sur les hydrocarbures.

« Pour atteindre cet objectif, le

Maroc aura à développer, entre 2016

et 2030, une capacité additionnelle

de production d’électricité de sources

renouvelables de plus de 10 000 MW

réparties entre le solaire 4500 MW,

l’éolien 4200 MW et l’hydroélectricité

1300 MW », a-t-il déclaré.

L’énergie éolienne la moins chère

du monde

L’annonce a été faite par

Abderrahim El Hafidi, le secrétaire

général du Ministère marocain de

l’énergie, lors de la conférence internationale

sur l’énergie renouvelable

d’Abu Dhabi : une énergie très compétitive

sera fournie par le parc éolien

de 850 MW de capacité qui sera mis

en place par Nareva. Elle coûtera entre

30 $ et 25 $ le mégawattheure, soit

moins de 30 centimes de dollars que

la moyenne. Au Maroc, le prix moyen

de l’énergie produite avec les techniques

traditionnelles est de 90 centimes

le kilowattheure. « Maintenant,

nous avons des projets éoliens moins

chers que le charbon. C’est fantastique

que nous puissions avoir confiance dans

l’énergie renouvelable pour l’avenir

de notre énergie et l’avenir de la

planète », se réjouissait M. El Hafidi.

Adnan Amin, le directeur exécutif de

l’Agence internationale de l’énergie

renouvelable, a déclaré, pour sa part,

qu’il s’agissait d’un changement remarquable

dans le coût des énergies

renouvelables.

Cette baisse du prix de l’énergie est

la dernière d’une série de réductions

de coûts de l’énergie renouvelable

par le royaume chérifien. En 2015,

Acwa Power avait réussi à ramener

à 58,40 $ le prix de l’énergie solaire

produite dans l’un de ses parcs.

Une usine de fabrication de pales

d’éoliennes à Tanger

Le groupe allemand Siemens implantera

une usine de construction

de pales d’éoliennes à Tanger.

L’infrastructure aura une capacité

annuelle de 600 pales et emploiera

16 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


POLITIQUES PUBLIQUES

A terme, le projet solaire Noor devrait réunir plusieurs centrales solaires d’une capacité d’environ 2000 MW.

670 travailleurs locaux. Sa construction

débutera en mars 2016 et elle

devrait démarrer sa production en

février 2017. La construction de

cette usine est l’une des clauses d’un

contrat remporté par Siemens au

sein d’un consortium formé avec le

Marocain Nareva et l’Italien Enel.

L’ensemble a obtenu la réalisation

de cinq centrales éoliennes d’une

capacité totale de 850 MW et d’un

coût de 1,2 milliard d’euros. Les

centrales seront localisées à Midelt,

Tiskrad, Tanger, Jbel Lahdid et

Boujdour. Elles auront chacune une

capacité comprise entre 100 MW et

300 MW. La production de l’usine

de Tanger fournira ces centrales,

mais sera également exportée vers

l’Allemagne, la Suède, l’Italie et

l’Afrique du Sud.

Selon Omar Chraïbi le directeur

du Centre régional d’investissement

(CRI) de Tanger Tétouan, la mise en

place de cette usine est importante

« non seulement en termes de volume

d’investissement et de création d’emplois,

mais aussi en termes d’acquisition de

savoir-faire dans le domaine des énergies

renouvelables ».

400 MW de centrales solaires

L’Agence marocaine de l’énergie solaire

(Masen) a lancé un appel d’offres

relatif à la mise en place de la première

phase du projet solaire de Noor

Midelt. Cette première étape permettra

le développement d’une ou de plusieurs

centrales solaires d’une capacité

totale de 400 MW. Le site identifié

pour abriter ce complexe est la ville de

Ouarzazate, située aux portes du désert

marocain. La technologie utilisée

sera mixte et combinera le CSP (solaire

thermodynamique à concentration)

et le PV (solaire photovoltaïque).

...

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 17


POLITIQUES PUBLIQUES

Une énergie

très compétitive

sera fournie

par le parc

éolien de 850

MW de capacité

qui sera mis

en place par

Nareva. Elle

coûtera entre

30 $ et 25 $

le MW/h.

...

TAQA MOROCCO IMPLANTERA UNE CENTRALE

ÉOLIENNE DE 140 MW À TANGER

Taqa Morocco, développeur privé

d’énergie, installera dans la ville de

Tanger une centrale éolienne d’une

capacité de 140 MW. Le parc, qui

se situera aux alentours de la zone

franche de Melloussa, devrait produire

60 MW d’électricité au début

de cette année.

L’infrastructure aura un coût total

d’environ 152 millions $ dont 30%

seront fournis sur fonds propres

par la Taqa. Les 70% restants

seront levés auprès des établissements

bancaires.

L’entreprise procède actuellement

à la levée des fonds nécessaires

La réception des offres des entreprises

désireuses de prendre part à

cet appel d’offres international est

ouverte jusqu’au 1 er février 2016. Les

développeurs de projets solaires seront

sélectionnés lors d’un processus en

plusieurs étapes ayant pour objets

la conception, le financement, la

construction, l’exploitation et la

maintenance des centrales. La Masen

espère que la mobilisation des fonds

pourra s’achever en 2017, afin que les

travaux de construction démarrent à

la fin de la même année.

A terme, le projet solaire Noor devrait

réunir plusieurs centrales solaires

d’une capacité d’environ 2000 MW.

Il entre dans le cadre de la politique

énergétique marocaine qui ambitionne

de produire environ 52% de

son électricité à partir du renouvelable

d’ici 2030. Le royaume chérifien

compte atteindre cet objectif grâce à

la construction de centrales solaires,

éoliennes et hydrauliques dans un

schéma de producteurs indépendants

d’énergie.

Dans cette optique, il a mis en

place un système réglementaire spécialement

consacré aux énergies renouvelables.

A la fin de l’année 2015,

le Parlement marocain a adopté la

Loi 58-15 qui vient compléter les

textes régissant le secteur. Modifiant

et complétant la Loi 13-09, elle fixe

avec précision la capacité des centrales

qui pourront être connectées aux réseaux

haute tension ou basse tension.

pour la réalisation du projet. Elle

attend également les autorisations

administratives requises pour

démarrer la phase de construction.

La Taqa détiendra 60% des parts

du parc.

Ses différents partenaires, les

entités qui ont signé avec elle

des contrats d’achat d’électricité,

posséderont les 40% restants.

Cette centrale est le premier projet

d’énergie renouvelable que met en

place au Maroc la société, qui réalise

environ 40% de la production

énergétique nationale. y

Elle limite à 20% de l’énergie produite

annuellement, la quantité que

les producteurs indépendants pourront

céder hors du réseau électrique

national. Les termes exacts de cette

cession seront précisés ultérieurement

par un autre texte. y

18 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


La chronique quotidienne

de l’électrification africaine,

avec une priorité aux

énergies renouvelables

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POLITIQUES PUBLIQUES

Le déficit énergétique place

l’économie zambienne au

bord du gouffre

La Zambie, qui

dépend à 95%

de ses barrages

hydroélectriques,

connaît actuellement

une sévère crise

énergétique en raison

de la diminution des

réserves d’eau. Toute

l’économie zambienne

retient son souffle.

Les réserves d’eau du barrage hydroélectrique

de Kariba ont atteint

un niveau dangereusement bas, selon

Dora Siliya, la ministre zambienne

de l’Energie. « La situation est désastreuse.

Nous prions pour que le niveau

de l’eau ne baisse pas plus, à défaut

de quoi, nous serions dans l’obligation

d’arrêter totalement le fonctionnement

du barrage », a-t-elle déclaré à l’agence

Bloomberg.

Cette situation est due à la baisse

de la pluviosité en Zambie et au

Zimbabwe, les deux pays qui se partagent

le barrage. Le 28 décembre dernier,

le réservoir du barrage était rempli

à 14% contre 51% à la même époque,

une année plus tôt. Cette situation a

déjà provoqué une réduction de moitié

de la production d’électricité.

Le déficit énergétique s’est traduit

par des délestages pouvant s’étendre à

quatorze heures par jour.

Des mesures de secours trop

tardives

Selon Mme Siliya, le gouvernement

zambien est prêt à faire face

à un éventuel arrêt total du barrage

électrique de Kariba. Une centrale

thermique de secours de 250 MW et

une centrale à charbon de 300 MW

seront mises en service respectivement

en mars et en juin 2016. Une

centrale flottante, ancrée au large

du Mozambique, fournira environ

200 MW. « L’impératif pour nous

est de nous assurer que, même en cas

d’arrêt du barrage, nous puissions

continuer à avoir de l’électricité. Que

Dieu nous garde d’avoir à en arriver

là, parce que le niveau de l’eau est en

dessous du minimum recommandé »,

espère la ministre.

Un millier d’emplois menacés dans

le secteur minier

En Zambie, la First Quantum

Minerals Ltd, premier investisseur

étranger dans le secteur minier, a annoncé

au gouvernement qu’elle envisageait

de licencier environ 1090 employés.

Ces suppressions de postes

sont dues au déficit énergétique qui

empêche la société de fonctionner

normalement.

360 de ces postes seront supprimés

dans la mine de cuivre de Sentinelle,

située à Kalumbila. Le site, qui peut

produire jusqu’à 300 000 tonnes de

20 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


POLITIQUES PUBLIQUES

« L’impératif pour nous est de nous assurer que, même en cas d’arrêt du barrage, nous puissions continuer à avoir de l’électricité. Que Dieu

nous garde d’avoir à en arriver là. »

métal par an, ne fonctionne qu’à la

moitié de ses capacités de production

parce qu’elle ne reçoit que 70 MW

d’électricité sur les 150 MW prévus.

Le reste de l’énergie aurait dû

être acheminé grâce à une ligne de

transmission qui n’a toujours pas été

mise en service. « Nous demandons

l’Union des mineurs de la Zambie au

média ZNBC.

En août dernier, la First Quantum

avait prévenu qu’elle supprimerait

1500 emplois après que la Zesco, le

fournisseur national d’électricité aurait

rationné la quantité d’énergie

qu’elle lui fournissait. Cette annonce

de diminuer sa consommation de

30% afin d’éviter un arrêt total de ses

activités.

Selon les prévisions du gouvernement,

cette situation de pénurie

devrait prendre fin au cours de ce

trimestre. Toute une batterie d’initiatives

a été lancée. En espérant qu’elle

soit mise en place à temps.

Le site, qui peut produire jusqu’à

300 000 tonnes de métal par

an, ne fonctionne qu’à la moitié

de ses capacités de production

parce qu’elle ne reçoit que 70 MW

d’électricité sur les 150 MW prévus.

au gouvernement de vite mettre en

service la ligne qui acheminera l’énergie

de Lusaka jusqu’à Kalumbila. Nous

pouvons éviter les pertes d’emplois qui

ont été annoncées », a déclaré Joseph

Chewe, le secrétaire général de

a été suivie de la régularisation de

la situation au cours de la semaine

même.

En août dernier, le secteur minier

qui absorbe 50% de la consommation

énergétique nationale a été tenu

1 GW de centrales solaires

Ce début d’année 2016, des investisseurs

britanniques et américains ont

manifesté, séparément, le désir d’installer

des centrales solaires d’une capacité

totale de 1000 MW. La requête

s’est faite auprès de la Commission

nationale de la conservation de l’héritage

(NHCC). Richard Mbewe, le

cadre de la NHCC qui a révélé l’information,

n’a pas dévoilé l’identité

des différents investisseurs.

Les Américains envisagent, avec

leurs partenaires basés en Zambie, de

construire une centrale de 700 MW

à Kasiya. « Les promoteurs du projet

sont des Américains qui possèdent

déjà une centrale solaire à Limpopo en

...

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 21


POLITIQUES PUBLIQUES

L’utilisation de ces lampes permettra au pays d’économiser environ 200 MW d’énergie.

...

Afrique du Sud. Ils désirent produire

700 MW de solaire, ce qui est possible

grâce au fort taux d’ensoleillement de

Livingstone », a déclaré M. Mbewe.

Les investisseurs britanniques, quant

à eux, désirent construire une centrale

de 300 MW à Mukuni.

Les sites devant abriter les deux

centrales ont déjà été identifiés.

« Nous sommes très excités à la NHCC

à propos de ces projets qui permettront

de réduire la quantité d’eau détournée

de la Zambezi River pour la production

électrique », a-t-il conclu.

La construction de ces centrales

pourrait jouer un rôle décisif dans la

résolution de la crise énergétique à laquelle

fait face le pays depuis des mois.

Le deuxième producteur de cuivre

du continent a en effet un déficit

énergétique de plus de 1000 MW qui

handicape grandement son secteur minier

et, par conséquent, son économie.

Cap sur l’efficacité énergétique

La Zesco a annoncé avoir distribué

480 000 lampes économiques

sur 1 million prévu. Les provinces du

Nord-Ouest, du Centre et de Lusaka

ont été les principaux bénéficiaires

de cette opération. Henry Kapata,

le porte-parole de la société a révélé

qu’elle envisageait de se procurer

650 000 lampes supplémentaires

qui seront mises à la disposition des

populations.

L’utilisation de ces lampes permettra

au pays d’économiser environ

200 MW d’énergie. Une performance

en vertu de laquelle la Zesco envisage

d’instaurer l’utilisation exclusive de

telles lampes.

En plus de réduire la facture d’énergie

de leurs propriétaires, elles ont

UN DÉLESTAGE QUASI NATIONAL

aussi l’avantage d’avoir une durée de

vie de trois à cinq ans, soit six fois

plus que les lampes ordinaires.

Cette économie d’énergie est la

bienvenue dans le pays qui enregistre

actuellement un déficit énergétique

d’environ 1000 MW, en raison de la

baisse du niveau de l’eau alimentant

les barrages. La Zambie dépend en

effet, à 95%, de ses centrales hydroélectriques

pour la satisfaction de ses

besoins énergétiques. y

La sous-station de Leopards Hill, située à Lusaka, est à la base du blackout

quasi national qu’a connu la Zambie le 22 décembre dernier. C’est ce

qu’a révélé Bessie Banda la porte-parole de la Zesco, la compagnie zambienne

en charge de la fourniture d’électricité. Les causes de cette panne

technique sont pour le moment inconnues.

Ce jour-là, tout le pays, à l’exception des provinces du Sud et de l’Ouest, a

été plongé dans le noir. Le délestage a perturbé l’ensemble des services du

pays, notamment les réseaux de télécommunication. L’industrie du plus

grand producteur de cuivre du continent n’a pu fonctionner durant ces

cinq heures de délestages que grâce au Congo, qui lui a fourni un supplément

d’énergie.

Un autre délestage sur presque tout le territoire zambien s’était déjà produit

deux semaines plus tôt, cette fois à cause d’une panne technique au niveau

de la fourniture d’électricité qui n’avait été rétablie que le lendemain. y

22 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

COP 21 : le sursaut

salutaire en faveur

du climat

Du 30 novembre au 11 décembre 2015, s’est tenue

à Paris la 21 ème édition de la Conférence de Paris

qui a abouti à un accord historique sur le climat.

Au bout de deux semaines de négociations

ardues, les pays se sont en effet entendus pour

réduire le réchauffement climatique par rapport à

l’ère préindustrielle, non pas des 2 °C initialement

annoncés, mais de 1,5 °C. Retour sur ces assises où

s’est écrite une page d’histoire.

Une participation massive et un

engagement réel

La COP 21 est sans aucun doute la

conférence sur le climat qui a mobilisé

le plus de chefs d’Etats. Annoncés le

24 novembre pour être 147, ils étaient

finalement pas moins de 150 dirigeants

présents à l’ouverture de la

conférence, déterminés à tout mettre

en œuvre pour l’obtention d’un accord

satisfaisant. « Jamais un enjeu international

n’a été aussi élevé que celui

de la COP 21. Le plus grand danger, ce

n’est pas que notre but soit trop élevé et

que nous le manquions. C’est qu’il soit

trop bas et que nous l’atteignions », a déclaré

François Hollande, le président

français, ouvrant le bal des vibrantes

déclarations des dirigeants présents.

« Aujourd’hui à Paris, nous devons tenir

les promesses que nous avions faites

à Copenhague », a affirmé une Angela

Merkel plus pragmatique que jamais.

« Les Etats-Unis reconnaissent leur rôle

dans la genèse du problème et assument

leur responsabilité pour le régler. Nous

avons prouvé qu’il n’y a plus de conflits

entre croissance économique forte et

protection de l’environnement », a déclaré

pour sa part le président des

Etats-Unis, Barack Obama, rassurant

sur les questions de la responsabilité

et du financement. « C’est maintenant

ou jamais ! Nous sommes au bord d’un

suicide », a averti le Pape François. Et

à Ban Ki Moon, le secrétaire général

de l’ONU, de surenchérir : « Vous ne

pouvez pas vous permettre d’être indécis,

de prendre des demi-mesures. » Habitué

aux dérobades diplomatiques, le dirigeant

a poursuivi en indiquant à l’assemblée

: « L’histoire vous interpelle, je

vous exhorte à répondre avec courage et

vision » Une exhortation bien à propos,

compte tenu des réticences déjà

affichées, en ce premier jour, par des

pays tels que l’Inde dont le premier

ministre, estimant qu’il ne fallait pas

exiger la fin de l’utilisation des énergies

fossiles a déclaré : « La justice climatique

demande qu’on laisse suffisamment

de place pour la croissance des pays

en développement. »

Après avoir conféré aux négociations

tout le poids politique nécessaire,

la majorité des chefs d’Etats s’est

retirée, laissant place aux négociateurs

pour la finalisation de projet d’accord

qui devait durer une semaine.

Une Afrique forte, unie et confiante

La COP 21 a connu la participation

d’un continent africain uni et

exigeant. Rassemblés derrière leurs

quelques centaines de négociateurs

et d’experts, les pays de l’Union afri-

24 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


RUBRIQUE

caine étaient très précis quant à leurs

attentes. « L’Afrique n’est pas venue à

Paris pour demander de l’argent ou de

l’aide, mais pour susciter l’engagement

de toutes les parties concernées vis-àvis

des besoins de l’Afrique en matière

d’adaptation climatique », a déclaré

Boni Yayi, le président béninois.

Ils voulaient, pour commencer, une

limitation non pas à 2 °C mais à au

moins 1,5 °C. « Si l’on dit une limitation

de l’augmentation des températures

à deux degrés au niveau mondial,

ça veut dire trois degrés pour l’Afrique,

d’où la raison d’avoir une limitation

de 1,5 degré voire même le plus

bas possible », a déclaré Seyni Nafo,

le porte-parole du groupe Afrique.

Cette exigence se justifiait par le fait

qu’en raison de certains facteurs dont

sa situation géographique, le continent

enregistre 50% de réchauffement

de plus que le niveau global. Le

continent désirait également que les

principes de responsabilité et de différenciation

soient établis et éclaircis.

Cela impliquait au niveau des pays

industrialisés la fourniture d’efforts

plus importants pour la lutte contre

le réchauffement, dont ils sont historiquement

responsables. Les pays

pauvres et ceux en développement

devaient quant à eux bénéficier d’une

plus grande souplesse pour faire face

au défi de développement qui sont les

leurs. Le financement a été une autre

préoccupation majeure des pays africains

qui ont d’emblée affirmé qu’ils

ne souscriraient à l’accord que si les

mesures étaient prises pour l’obtention

d’un plan de financement viable

et équitable.

En se rendant à la COP 21,

l’Afrique avait déjà un début de solution

à son problème qui passait

en grande partie par une fourniture

suffisante en énergie propre. « Nous

avons estimé qu’un fond sur l’électrification

du continent géré par les

Africain doit sortir de cette COP 21.

Cela nous permettra la réussite de

cette transition énergétique. Avec les

transferts de technologie, avec l’apport

financier, nous pourrons, en cinq ans,

réduire totalement le gap de l’électricité

en Afrique », a déclaré Macky Sall,

le président sénégalais. Les 54 pays

ont dans ce cadre lancé l’Initiative

africaine pour les énergies renouvelables

dont l’objectif est de mettre

en place 300 GW d’énergies renouvelables

d’ici 2030 sur l’ensemble du

continent. Elle a, en outre, prévu un

programme exclusivement consacré

à l’adaptation aux nouvelles conditions

climatiques. ...

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 25


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

L’accord sur le climat a littéralement sonné le glas des énergies polluantes. Les jours suivant la conclusion de l’accord, les actifs des énergies

fossiles ont vu leurs valeurs chuter tandis que ceux des énergies renouvelables ont connu une belle envolée.

...

Cette attitude d’un continent réaliste

et déterminé a commencé à porter

ses fruits dès les premiers jours des

négociations. Les pays développés ont

en effet mobilisé 10 milliards d’euros

de financements publics pour soutenir

l’Initiative africaine sur les énergies

renouvelables. Ce montant pourra

permettre l’installation de 10 GW

de centrales électriques et, par conséquent,

l’atteinte des objectifs fixés par

l’initiative pour les cinq premières années

de sa mise en œuvre. La France

s’est en outre engagée à mettre à disposition

2 milliards € pour la lutte

« Pendant longtemps, l’Arabie

saoudite n’a pas été en première

ligne dans ces négociations, mais,

là, ils bloquent à peu près sur tous

les sujets », a déclaré quelques

jours plus tard Pascal Canfin

en qualité d’expert du World

Resources Institute.

contre le réchauffement sur le climat.

La Banque mondiale, quant à elle, a

révélé un plan ambitieux de 16 milliards

$ pour la mise en place des stratégies

climatiques sur le continent.

De longues et éreintantes

négociations

Après le départ des différents chefs

d’Etats, les centaines de négociateurs

ont entamé les discussions devant

aboutir à la proposition qui devait

être finalisée par les ministres durant

la deuxième semaine des négociations.

« Nous disposons d’une nouvelle

base de négociations acceptée par tous. Il

s’agit d’écrire la suite », a déclaré la négociatrice

française Laurence Tubiana

à la fin de la première semaine de négociation.

Mais en vérité, cette proposition

faisait l’unanimité parce qu’elle

n’éclaircissait encore aucun des points

sensibles tels que le caractère contraignant

ou non de l’accord, les ambitions

climatiques qu’il contiendrait,

les diverses responsabilités et bien sûr

la délicate question du financement.

C’est avec un texte contenant une

centaine d’options (points de mésentente)

à lever que les ministres

ont rejoint les négociations le lundi

7 décembre. Conscient de l’importance

de la tâche à abattre, Laurent

Fabius le président de la conférence

avait conseillé aux négociateurs d’ac-

26 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

une nuit longue, mais il y a toujours un

ou deux sujets très difficiles sur lesquels

nous travaillons », avait expliqué John

Kerry, le secrétaire d’Etat américain.

« La nuit a été rude. Chaque pays s’est

retranché derrière ses positions », a reporté

Matthieu Orphelin, porte-parole

de la fondation Nicolas Hulot.

La différenciation des responsabilités

et les différents mécanismes de réduction

étaient les points de résistance

qu’il restait encore régler. Mais

et équilibré, selon lui. « Le temps est

venu de nous concentrer, non plus sur les

lignes rouges, mais sur les lignes vertes

d’un compromis universel. Cet accord

est le meilleur équilibre possible, à la

fois puissant et délicat, qui permettra

à chaque délégation de rentrer chez soi

la tête haute et avec des acquis importants

», a-t-il déclaré exhortant l’ensemble

des participations à y adhérer.

Quelques heures après cette présentation,

l’accord était adopté par

« Je ne vois pas d’objection dans la salle, je déclare l’accord de Paris pour le climat adopté », a déclaré Laurent Fabius.

célérer les débats. « Notre temps est très

limité », avait-il déclaré. Suivant son

conseil, les négociateurs se sont résolus

à aborder les questions épineuses,

butant par la même occasion sur les

premières résistances. « Pendant longtemps,

l’Arabie saoudite n’a pas été en

première ligne dans ces négociations,

mais, là, ils bloquent à peu près sur tous

les sujets », a déclaré quelques jours plus

tard Pascal Canfin en qualité d’expert

du World Resources Institute, à propos

du comportement de ce pays, et

des producteurs du pétrole en général

qui se montraient de moins en

moins conciliants. Cette attitude des

producteurs de pétrole n’était qu’un

signe précurseur de la radicalisation

des positions des pays, qui s’est généralisée

à mesure que l’échéance de

l’adoption, fixée au 11, se rapprochait

et que la durée des nuits des négociateurs

se raccourcissait.

C’est donc un Laurent Fabius fatigué

et stressé qui a annoncé que

l’accord ne serait pas conclu avant le

samedi. « Nous avons fait beaucoup

de progrès. Des progrès faits cette nuit,

Laurent Fabius, le maître de cérémonies

tenait à rassurer : « Les choses vont

dans le bon sens. Nous sommes presque

au bout du chemin », affirmait-il, promettant

: « A l’issue des consultations

que je vais avoir, je serai en mesure,

demain matin 9 heures, de présenter

à l’ensemble des parties un texte qui,

j’en suis sûr sera approuvé et sera un

grand pas en avant pour l’ensemble de

l’humanité. »

Le ministre français des Affaires

étrangères a donc alterné les rencontres

avec les différentes délégations,

à l’issue desquelles il a soumis

le samedi un accord juste, durable,

dynamique, contraignant, ambitieux

consensus par les 195 pays représentés.

« Je ne vois pas d’objection dans la

salle, je déclare l’accord de Paris pour

le climat adopté », a déclaré Laurent

Fabius, très ému. S’en sont suivis de

longues minutes d’ovations et de félicitations

mutuelles. « C’est énorme :

presque tous les pays du monde viennent

juste de signer l’accord de Paris sur le

changement climatique », a déclaré sur

Twitter Barack Obama, le président

américain. « Pour la première fois,

tous les pays du monde se sont engagés

à réduire les émissions de gaz à effet de

serre, à renforcer la résilience commune

et à joindre la cause commune de lutte

contre le réchauffement. Ce qui était

...

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 27


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

« Avec les transferts de technologie, avec l’apport financier, nous pourrons, en cinq ans, réduire totalement le gap de l’électricité en Afrique »,

a déclaré Macky Sall, le président sénégalais.

...

autrefois impensable est devenu irrépressible

», s’est félicité Ban Ki Moon,

le secrétaire général de l’ONU.

Le contenu de l’accord

En substance, les 195 pays se sont

engagés à limiter le réchauffement

climatique nettement en dessous de

2 °C et à poursuivre les efforts pour

atteindre une limitation à 1,5 °C. Le

pic mondial d’émission de gaz à effet

de serre devra être atteint le plus

rapidement possible et devra par la

suite décroître « de façon à parvenir à

un équilibre entre les émissions anthropiques

par les sources et les absorptions

anthropiques par les puits de gaz à effet

de serre au cours de la seconde moitié

du siècle ».

Le texte prévoit en outre que cet

objectif sera atteint « conformément

à l’équité et au principe des responsabilités

communes mais différenciées, et

des capacités respectives, eu égard aux

contextes nationaux différents ». Il fait

obligation aux pays développés d’apporter

les ressources financières publiques

et privées afin de soutenir les

mesures d’atténuation et d’adaptation

des pays en voie de développement.

Ils devront également fournir des « informations

à caractère indicatif » sur

la quantité et la nature des financements

disponibles, afin de permettre

la prédictibilité, la transparence et la

cohérence des financements publics.

Les pays en développement peuvent

en outre participer volontairement à

l’effort de financement du climat.

L’accord de Paris prévoit la fixation

d’un nouvel objectif financier applicable

à partir de 2025. Ce dernier qui

devra être supérieur au plancher de

100 milliards $ annuels que les pays

développés ont décidé de mettre à disposition

des pays en voie de développement

à partir de 2020. Il devrait en

outre « viser à parvenir à un équilibre

entre l’adaptation et l’atténuation, en

tenant compte des stratégies impulsées

par les pays, et des priorités et besoins des

pays en développement, notamment de

ceux qui sont particulièrement vulnérables

». Ce mécanisme financier sera

doté de procédures d’approbations

simplifiées qui permettront un accès

effectif aux ressources financières.

L’adaptation, qui jusque-là était reléguée

au rang d’enjeu local, a obtenu

la consécration d’un objectif global

incluant le renforcement des capacités

d’adaptation, de la résilience et de réduction

de la vulnérabilité. Si l’accord

reconnaît les pertes et dommages subis

à cause des effets du changement

climatique, il précise cependant que

ces préjudices ne peuvent donner lieu

ni servir de fondement à aucune responsabilité,

ni indemnisation.

En déclarant que l’accord de Paris

était « un tournant qui relègue les énergies

fossiles du mauvais côté de l’histoire

», Greenpeace ne pensait pas

si bien dire. L’accord sur le climat a

littéralement sonné le glas des énergies

polluantes. Les jours suivant la

conclusion de l’accord, les actifs des

énergies fossiles ont vu leurs valeurs

chuter tandis que ceux des énergies

renouvelables ont connu une belle

envolée. Un mouvement qui, selon

les experts, devrait se généraliser dans

les prochains mois.

Il revient donc aux différents Etats,

surtout les plus vulnérables, de se

pencher avec autant d’application

que lors des négociations sur les dif-

28 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

férentes mesures de mise en œuvre de

l’accord. Ces dernières devraient être

en grande partie définies et adoptées

lors de la COP 22 qui se tiendra en

2016 au Maroc.

Un engagement du secteur privé

bien au-delà des espérances

Parallèlement à la tenue des négociations,

on a assisté à une mobilisation

sans précédent et inespérée

des investisseurs du monde entier

en faveur du climat. 27 milliardaires

dont Bill Gates, Mark Zuckerberg,

Richard Branson, Jack Ma ou encore

Ratan Tata se sont regroupés

au sein d’une initiative dénommée

Breaktrough Energy. Ensemble, ils se

sont engagés à « investir dans les entreprises

émergentes qui ont le potentiel

de créer un avenir énergétique à émission

de carbone quasi nulle apportant

une énergie fiable et abordable à tout

un chacun », déterminés à appuyer les

investissements publics trop bas pour

eux pour relever les défis climatiques

auxquels ils sont confrontés.

L’initiative RE100, quant à elle,

regroupe 53 entreprises réunissant

1% de la consommation industrielle

mondiale en matière d’énergie. Les

adhérents à cette initiative, parmi lesquels

comptent Coca Cola, BMW,

Goldman Sachs ou encore Walmart,

se sont engagés à satisfaire leurs besoins

énergétiques à partir des énergies

renouvelables. Ils sont secondés

par environ 700 entreprises, des dizaines

d’institutions financières, des

collectivités locales et des pays qui

se sont engagés à mener des actions

concrètes en faveur des énergies renouvelables

et de l’efficacité énergétique

au sein de leurs organisations.

114 entreprises ayant réalisé un

chiffre global de 932 milliards $ en

2014 se sont engagées au sein de

l’initiative Science Based Targets, à

réduire leurs émissions de gaz à effet

de serre, conformément aux recommandations

faites par les scientifiques.

Dix d’entre elles, à savoir

Coca-Cola Enterprises Inc, Dell Inc,

General Mills Company, Procter &

Gamble, Sony, Thalys, Enel, Kellogg

Company, NRG Energy et Pfizer ont

déjà, dans ce cadre, fourni une proposition

qui a reçu l’approbation de

l’initiative.

Les institutions et entités publiques

n’ont pas été en reste. 36 pays et

26 institutions se sont regroupés au

sein de la Global Géothermal Alliance

(GGA) pour augmenter de 500% la

capacité d’énergie géothermique générée,

et ce d’ici à 2030. Exploitable

dans plus de 90 pays, la géothermie

ne participe actuellement que de

12 GW au mix énergétique mondial.

L’Africa Renewable Energy

Initiative, quant à elle, veut augmenter

la capacité énergétique du continent de

300 GW d’ici 2030. Le Substainable

Energy for All met à la disposition

des pays africains l’apport financier et

technique des pays développés pour la

mise en place de programmes et politiques

qui ont pour but de rendre leur

environnement économique propice à

la mise en œuvre des projets d’énergies

renouvelables.

L’Alliance solaire internationale vise

à soutenir la centaine de pays à travers

le monde ayant le potentiel nécessaire

pour produire de l’énergie solaire. Elle

atteindra son objectif en facilitant la

collaboration entre les pays industrialisés

maîtrisant les technologies

de développement de cette énergie et

disposant des ressources matérielles,

et les pays en voie de développement.

Mission innovation, quant à elle,

réunit une vingtaine de pays industrialisés

qui se sont engagés à doubler

en cinq ans, leur financement climat.

Ces fonds supplémentaires seront

dédiés à la recherche et au développement

des technologies bas carbone

afin de rendre possible leur financement

à grande échelle.

« Deux degrés au niveau mondial, ça veut dire trois degrés pour l’Afrique, d’où la raison

d’avoir une limitation de 1,5 degré voire même le plus bas possible », a déclaré Seyni Nafo.

Autant d’initiatives qui devraient

accélérer le développement des énergies

vertes. Selon une étude effectuée

par Bloomberg New Energy Finance

et Ceres, il faudrait installer environ

12 500 GW de solaire d’éolien, de

géothermique et de biomasse d’ici

2040 pour maintenir le réchauffement

climatique en dessous des 2 °C,

ce qui nécessitera environ 12 100 milliards

d’investissement. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 29


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

Seyni Nafo : « Nous avons

écrit une nouvelle page

de l’histoire du monde

avec l’Afrique aux

premières loges »

A la COP 21, Seyni Nafo était le porte-parole

du groupe des négociateurs africains et le

coordonnateur de la thématique ambition pré-

2020, regroupant les actions de lutte contre le

réchauffement devant être menées avant 2020.

Aujourd’hui, président du groupe des négociateurs

africains (le plus jeune depuis la création du poste),

il nous raconte la COP 21 et ses implications d’un

point de vue purement africain.

n Energies Africaines : Quel était

la composition de la représentation

africaine aux négociations de la

COP 21 ?

Seyni Nafo : La délégation africaine

était composée des 54 représentants

des pays africains appelés points focaux.

Chaque pays a un point focal

qui est généralement un directeur à

l’environnement, un cadre technique,

un secrétaire général d’un ministère

ou même un cadre des affaires étrangères

ou un haut fonctionnaire.

Il y avait ensuite une vingtaine de

coordinateurs thématiques qui était

chargés, chacun à son niveau, de suivre

une question spécifique (agriculture,

foresterie, transfert de technologie, finance),

de développer des positions, de

les proposer au groupe pour une adoption

plénière. Ils devaient également

faire le suivi de cette question. Les

coordonnateurs sont choisis au sein

des 54 ou des équipes nationales, car

chaque représentant est lui-même chef

d’une équipe nationale. Il y avait des

équipes nationales composées de deux

ou trois personnes comme l’équipe

du Mali, mais également d’autres plus

importantes. L’équipe de l’Afrique du

Sud, par exemple, était composée de

54 personnes. Donc en tout et pour

tout on a peut-être 200 ou 300 experts.

Un vivier dans lequel on peut

puiser pour les différentes questions.

Nous avions aussi un porte-parole,

dont le rôle fondamental était d’être

l’interface non seulement avec la

presse, mais également pour tout ce

qui est question de lobbying. Il y a

enfin le président qui se consacre spécifiquement

au suivi des négociations.

n EA : Quels étaient vos objectifs en

vous rendant à cette conférence ?

SN : En se rendant à la COP 21,

l’Afrique avait des objectifs très clairs

relatifs aux cinq points que sont

l’adaptation, l’ambition, la différenciation,

la flexibilité et les finances.

En matière d’adaptation, les chefs

d’Etat ont demandé, premièrement,

la parité entre l’adaptation et la limitation.

L’adaptation qui est la priorité,

l’urgence aujourd’hui pour l’Afrique,

ne devait pas être minimisée dans

l’accord. Deuxièmement, ils ont tenu

à ce que l’on quantifie les besoins des

pays vulnérables et les moyens qui

existent pour leur venir en aide et que

l’on mette en place si nécessaire, un

processus qui permet de mobiliser des

ressources additionnelles. Troisième

point, pour l’adaptation, il fallait lier

30 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

« Nous avons eu de grandes victoires. Le texte prévoit un objectif bien en dessous des 2 °C et tendant vers le 1,5 °C, c’est que nous voulions. »

l’objectif de température à un certain

niveau de réduction des émissions

que l’on déterminerait de manière

scientifique. Il fallait également déterminer

l’impact de cette température

dans les pays.

Sur la question de l’ambition,

l’Afrique voulait une réduction à

1,5 °C et non à 2 °C parce que le

continent connait une augmentation

de température 50% plus élevée

que la moyenne. Un réchauffement

qui dépasse 1,5 °C aurait donc des

conséquences catastrophiques. Nous

voulions que l’on fasse mention de ce

1,5 °C dans le texte, et que soit lancé

un travail d’experts pour comprendre

quelles seront les implications sur

l’Afrique.

Pour la différenciation, nous voulions

que les responsabilités des pays

soient différenciées. Les pays développés

ont la responsabilité historique du

dérèglement climatique donc il leur

est demandé de faire plus d’efforts, de

contribuer financièrement au soutien

des pays vulnérables et d’effectuer des

transferts en matière de compétence

et de technologie vers les pays vulnérables.

Pour les pays en développement,

il fallait que cette différenciation

soit respectée. C’est-à-dire que

les pays développés ne rejettent pas

cette responsabilité sur les pays en

développement.

« Cependant, nous avons une grande

déception dans le domaine du

financement pour l’adaptation. La

proportion attribuée à ce volet dans

le financement est de 16%. »

Le quatrième point est la flexibilité

pour l’Afrique. Nous sommes

les moins responsables. Nous avons

le moins de capacité, nous faisons

face à des défis en matière de lutte

contre la pauvreté et de développement,

mais nous allons payer le plus

lourd tribut. Il faut donc qu’en matière

de réduction d’émission, nous

ayons beaucoup de flexibilité et il est

important qu’en termes de finance-

...

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 31


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

« Et c’est là où malheureusement le bât blesse. Nous sommes très bons pour négocier un accord, mais dans le suivi, nous nous relâchons, ce qui

est paradoxal car le plus gros travail commence maintenant. »

...

ment de la lutte contre le changement

climatique, nous soyons priorisés.

C’est-à-dire qu’on ne mette pas de

contraintes additionnelles alors que le

changement climatique est déjà une

contrainte pour nous, et qu’en termes

d’accès au financement, nous soyons

priorisés au même titre que les petits

états insulaires.

Pour la question du financement,

nous avions deux objectifs. Le premier

est un objectif de transparence.

On a promis 100 milliards de dollars,

mais il n’a pas de méthodologie internationale

qui soit adoptée pour suivre

cette mobilisation. Donc, chaque

pays développé décide de ce qu’il

peut considérer comme financement

climat, ce qui entretient un certain

flou. Les chefs d’Etat africains ont demandé

qu’il y ait des règles de transparence,

des règles de comptabilité

commune. Deuxièmement, tout le

monde sait que les 100 milliards sont

un chiffre politique. Ils n’ont pas été

décidés suite à une évaluation scientifique

des besoins. Nous voulions

donc que cette évaluation soit faite et

que soit mis en place un groupe de

travail qui détermine comment mobiliser

les ressources en adéquation avec

le problème.

n EA : Estimez-vous que ces objectifs

ont été atteints ?

SN : Nous avons eu de grandes victoires.

Le texte prévoit un objectif bien

en dessous des 2 °C et tendant vers le

1,5 °C, c’est ce que nous voulions. Il a

32 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

aussi été demandé au GIEC (Groupe

d’experts intergouvernemental sur

l’évolution du climat) de produire un

rapport spécial sur les implications

d’un réchauffement à 1,5 °C. Le rapport

sera publié en 2018.

La question de la sécurité alimentaire

qui nous tenait à cœur a également

été prise en compte puisque

l’accord déclare reconnaître « la priorité

fondamentale consistant à protéger

la sécurité alimentaire et à venir

à bout de la faim, et la vulnérabilité

particulière des systèmes de production

alimentaire aux effets du changement

climatique ». Cette victoire

a été possible en particulier grâce à

Adamou Chaiffou, le ministre nigérien

de l’Environnement, qui a fait

remarquer, lors d’une rencontre avec

Laurent Fabius, le 11 décembre,

qu’avec le réchauffement climatique,

nous risquons d’être dans une insécurité

alimentaire chronique et

structurelle et que nous ne pouvions

donc pas envisager un accord sur le

climat sans une mention explicite relative

à cette question.

Une autre partie du traité fait part

de « la nécessité de promouvoir l’accès

universel à l’énergie durable dans les

pays en développement, en particulier en

Afrique ». C’est la seule mention dans

tout ce texte où il est fait référence à

une seule région. Généralement on se

contente de dire dans les pays en développement,

ce qui inclut l’Afrique.

C’est une autre de nos victoires qui

a été possible grâce à l’implication de

nombreux ministres africains mais

aussi de Jean-Louis Borloo qui a été

très impliqué. Et cela, c’est le ministre

de l’Enseignement supérieur de la

Guinée, Telliwel Diallo, qui a précisé

que l’accès à l’électricité était une

question urgente qui ne pouvait pas

attendre 2020.

Cependant, nous avons une grande

déception dans le domaine du financement

pour l’adaptation. La proportion

attribuée à ce volet dans le financement

est de 16%. Selon un rapport

de l’OCDE, les pays développés ont

mobilisé 62 milliards sur les 100 milliards

promis en allant à Paris et seulement

8 milliards de dollars étaient

réservés à l’adaptation. En partant à

Paris, on avait pour objectif de multiplier

ce chiffre par deux ou même

par trois. En passant de 16% à 32%,

on arriverait à une multiplication par

trois en termes de valeur absolue. Il

y a eu énormément d’engagements

financiers, mais nous ne sommes pas

arrivés à obtenir cette décision spécifique.

Nous avons obtenu une décision

relative à l’augmentation des

financements. Comme les Etats-Unis

ont décidé de multiplier par deux

leur financement sous forme de dons

pour les pays vulnérables. C’est exactement

ce que nous voulions, mais au

lieu de ne l’avoir que pour les Etats-

Unis et que pour le financement par

dons, nous le voulions de tous les

pays développés et pour tous les instruments

financiers.

A part les ambitions sur l’adaptation,

nous sommes assez satisfaits.

Dans une négociation, il faut être

capable de séquencer ses demandes

sur plusieurs périodes. Il y a des

programmes de travail qui vont être

lancés. A travers les résultats, nous allons

poursuivre les négociations dans

beaucoup de domaines.

n EA : La COP 22 sera consacrée

à la détermination des instruments

de mise en œuvre des décisions de la

COP 21. Quels seront selon vous les

« Si nous ne nous préparons pas,

si nous ne proposons pas des

contenus, des soumissions qui

soient de très haute qualité, ce ne

seront pas les pays développés qui

viendront nous dire : voici comment

renforcer nos capacités. »

meilleurs instruments pour l’Afrique

et que doit-elle faire pour les voir

adoptés ?

SN : Ce qu’il faut mettre dans ces

instruments, c’est d’abord le suivi

et pour y parvenir, il faut mieux se

préparer. Par exemple, il y a un programme

de travail qui doit être adopté

à Marrakech : qu’est-ce que les Etats

peuvent faire pour communiquer des

statistiques plus fiables ? Le renforcement

des capacités. Quel est le programme

pour renforcer les capacités ?

C’est le contenu que l’on doit mettre

dans ces deux instruments de travail.

Si l’Afrique se prépare bien, on aura

un résultat qui sera peut-être satisfaisant.

Mais si nous ne nous préparons

pas, si nous ne proposons pas des

contenus, des soumissions qui soient

de très haute qualité, ce ne seront pas

les pays développés qui viendront

nous dire : voici comment renforcer

nos capacités. La meilleure manière de

rendre tous ces instruments efficaces,

c’est notre propre sérieux. Notre suivi.

Un suivi rapproché pour donner des

contenus techniquement et géographiquement

pertinents car les besoins

ne sont pas les mêmes d’un pays à un

autre. Et c’est là où malheureusement

le bât blesse. Nous sommes très bons

pour négocier un accord, mais dans le

suivi, nous nous relâchons, ce qui est

paradoxal car le plus gros travail commence

maintenant. Il y a 32 décisions

qui ont été adoptées à Paris. Sur les

...

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 33


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

« La meilleure manière de rendre tous ces instruments efficaces, c’est notre propre sérieux. »

...

32, il y a peut-être deux à trois fois

plus de programmes très techniques

qui seront lancés pour régler le problème

sur le terrain. Il s’agit maintenant,

pour nous, de faire des propositions

concrètes pour ces programmes.

n EA : Le continent a-t-il conscience

de ce besoin d’effort soutenu ?

SN : Moi je peux te dire qu’au niveau

de la quinzaine des négociateurs

en chefs que compte l’Afrique, nous

sommes conscients de cette nécessité

de poursuivre les efforts. Nous savons

que la seule manière d’obtenir

des concessions aux négociations est

d’être très efficace dans nos propositions

parce que nous négocions avec

des pays extrêmement bien préparés.

Au cours des quatre dernières années,

nous sommes arrivés à négocier à un

niveau très élevé. Nous sommes dans

des négociations pour avoir des experts

africains additionnels dans de

nombreux domaines (agriculture, foresterie

finances) afin que cela continue.

Nous avons demandé à chacun

des négociateurs de faire une évaluation

des acquis dans son domaine et

d’établir une feuille de route pour les

prochaines années. Nous mettons en

place une équipe avec les économistes

de la BEAC, et de la BCEAO pour réfléchir

à de nouveaux instruments financiers

pour être toujours une force

de proposition parce que ce n’est que

comme cela que nous allons y arriver.

n EA : Un financement de plus de

100 milliards $ sera mis en place d’ici

2020. Que devra faire le continent

pour bénéficier de ces financements ?

SN : Il y a plusieurs choses à faire

au niveau de nos Etats et au niveau

des institutions financières. Avec les

institutions financières, nous devrons

œuvrer pour que les modalités d’accès

soient plus flexibles, les coûts de

transaction plus bas et les procédures

entre différents fonds harmonisées.

En même temps, il faut renforcer

les capacités institutionnelles.

Aujourd’hui en Afrique, il y a des

institutions qui ont les compétences,

les normes et les standards fiduciaires

de niveau international. Mais elles ne

sont pas toujours priorisées. Les Etats

ont de nombreux problèmes de gouvernance.

Donc malheureusement,

on ne pourra pas faire l’économie de

ce travail. Cependant, les Etats sont

logés à différentes enseignes. Les pays

comme le Rwanda ou l’Ethiopie tirent

leurs épingles du jeu. L’Afrique du

sud, c’est un mastodonte qui fait de

la compétition sur la scène internationale

au même titre que beaucoup de

pays développés. Malheureusement,

quand on représente 54 pays, une

grande partie de ces pays a les difficultés

que nous connaissons. D’où

ces initiatives pour accélérer le renforcement

des capacités institutionnelles.

Si ce n’est au niveau de tout

l’Etat, qu’au moins une, deux ou trois

institutions soient renforcées pour

avoir la capacité accès aux ressources,

pour pouvoir les mobiliser, mettre en

œuvre les projets et programmes et

faire un suivi et évaluation qui soit

acceptable en terme de standard des

institutions internationales. Donc

c’est un travail à deux niveaux et les

deux vont de pair. y

34 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

L’IAA, là où commence

la prise en main par

l’Afrique de ses problèmes

climatiques

En matière d’action pour le climat, l’Afrique n’a qu’un rôle marginal

à jouer pour la réduction des gaz à effet de serre, puisqu’elle

n’émet que 2,3% du volume mondial et en absorbe beaucoup

plus. La principale préoccupation du continent face à cette crise

climatique est l’adaptation au réchauffement dont elle ressent

plus rapidement et plus intensément les effets. C’est pour cette

raison qu’elle a également mis en place, l’Initiative africaine pour

l’adaptation pour répondre à ce problème qui lui est spécifique.

Des objectifs clairs pour répondre à

un besoin précis

L’Initiative de l’Afrique pour l’adaptation

a été lancée lors de la COP 21.

Elle a pour objectif d’accélérer de développement

et de coordonner la mise en

œuvre d’actions relatives à l’adaptation

au réchauffement climatique et aux

pertes et dommages subis par le continent

à cause du phénomène. Sa mise

en place répond au besoin ressenti par

les chefs d’Etat de recenser et de coordonner

les diverses actions en faveur de

l’adaptation et de la prise en charge des

pertes et dommages et de fournir aux

organisations le soutien dont elles ont

besoin, notamment sur l’évaluation

des besoins et à l’accès aux ressources

technologiques et financières.

La coordination des actions des

différents gouvernements sera assurée

par l’Unité continentale de

soutien à l’adaptation (UCSA) qui

servira également d’interface avec les

centres régionaux et les partenaires au

développement.

Le coût de l’adaptation au réchauffement

qui se chiffre à des dizaines

de milliards de dollars par

an pour le continent, pourrait atteindre

les 100 milliards, d’ici 2050.

Paradoxalement, elle est très négligée

par les pays en développement.

Pour exemple, ces derniers ne lui

consacrent que 15% des financements

du climat, montant largement

insuffisant dont le continent ne reçoit

qu’une infime partie.

Un rôle d’accompagnateur général

L’IAA atteindra ses objectifs en

agissant sur quatre piliers que sont

l’information climatique, le cadre

institutionnel et politique, les actions

concrètes sur le terrain et la question

du financement.

Sur le plan de l’information climatique,

l’IAA s’assurera que les pays

aient accès à des mécanismes d’observations

adéquates du changement

climatique, tels que les stations météorologiques

et les instruments hydrologiques.

L’initiative envisage de

faciliter la mise en place de 30 000

de ces mécanismes d’observation

d’ici 2030.

Au niveau de la politique globale,

il s’agira de créer ou de renforcer les

cadres institutionnels et politiques à

tous les niveaux, afin de permettre à

tous les pays de posséder d’ici 2020

un plan d’adaptation viable ou un

processus de mise en place de ces

plans.

L’IAA permettra le développement

massif et la coordination des mesures

d’adaptation et de limitations des

pertes et dommages dans les secteurs

importants tels que l’agriculture,

l’eau, l’énergie et la gestion des ressources

naturelles pour ne citer que

celles-là. Pour cela, elle soutiendra

la mise à disposition des ressources

techniques.

Elle œuvra également pour la mobilisation

des ressources et des financements

nécessaires à la mise en œuvre

des différentes actions identifiées. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 35


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

La communauté

internationale casse la

tirelire pour le financement

du climat

Le financement a été l’un des enjeux majeurs

de la réussite de la COP21. Au départ, les pays

vulnérables avaient été clairs : sans un engagement

financier des pays développés responsables de la

situation climatique, il n’y aurait pas d’accord. Leur

appel a été entendu puisque plus d’une vingtaine

de pays et plusieurs institutions financières se sont

engagés financièrement de manière plus précise

et plus importante pour soutenir la lutte contre le

réchauffement climatique.

Les engagements des pays, de

l’Union européenne et des régions

En matière de promesses de financements,

tous les regards étaient braqués

sur les superpuissances comme

les USA et le Royaume-Uni. Mais

c’est la France qui a créé l’effet de surprise

en promettant de tripler son financement

pour l’adaptation, qui atteindra

1 milliard d’euros d’ici 2020,

et de presque doubler, à la même

date, son financement annuel pour

le climat, qui passera de 3 milliards

d’euros à plus de 5 milliards d’euros.

Washington et Londres n’ont pas

non plus déçu les attentes. Le premier

s’est engagé à doubler les investissements

sous forme de dons, les

portant à 800 millions de dollars par

an à partir de 2020. Le second, quant

à lui, a promis d’accroître son financement

pour le climat d’au moins

50%, fournissant ainsi 5,8 milliards

de livres entre 2016 et 2021. La moitié

de cet argent servira au financement

de l’adaptation.

De son côté, l’Allemagne a annoncé

que, d’ici 2020, son financement climatique

aura doublé par rapport à celui

de 2014. L’Espagne fera de même,

portant sa contribution financière à

la lutte contre le réchauffement climatique

à 900 millions d’euros d’ici

2020. La Commission européenne

aussi a participé au mouvement

d’augmentation de 100% du financement

climat. Elle apportera donc,

jusqu’en 2020, 2 milliards d’euros en

moyenne chaque année.

En ce qui concerne le Canada, le pays

prévoit un investissement de 2,65 milliards

de dollars canadiens d’ici 2020,

tandis que l’Italie promet 4 milliards

de dollars sur la même période. Le

Japon a annoncé qu’il débourserait,

d’ici 2020, 1,3 milliard de yens.

Encouragées par l’exemple des

grandes puissances, les autres nations

n’ont pas tardé à leur emboîter le pas.

Ainsi, l’Autriche fournira au moins un

demi-milliard d’euros entre 2015 et

2020, tandis que la Belgique, qui met

déjà 51,6 millions d’euros dans le fonds

vert pour le climat, dégagera chaque

année 50 millions d’euros jusqu’en

2020. Les trois régions ont suivi

l’exemple du pouvoir central, promettant

conjointement 11 millions d’euros.

Du côté des pays scandinaves, on

notera un effort de la Finlande qui a

annoncé qu’elle orienterait une partie

importante des 500 millions d’euros

supplémentaires, qu’elle compte consacrer,

d’ici 2020, à de nouveaux fonds

d’investissements vers les initiatives

en faveur du changement climatique.

Quant à la Norvège, l’un des bons

élèves de cette région, elle maintiendra

son financement annuel d’environ

400 millions de dollars à la REDD+.

Les Pays-Bas ont promis un financement

de 550 millions d’euros à partir

36 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

Les pays développés ont déclaré vouloir investir 10,1 milliards de dollars dans le Fonds vert pour le climat.

de 2016, tandis que le Luxembourg a

annoncé que sa contribution cumulée

sur la période 2014-2020 atteindrait

365 millions d’euros.

Le Danemark, la Nouvelle-Zélande,

l’Irlande, l’Islande, la Pologne, l’Estonie,

la République tchèque, la Hongrie,

la Slovénie et la Suède ont également

tenu à participer à l’effort collectif,

promettant des soutiens financiers

variant entre 35 millions d’euros et

100 000 euros. Les institutions financières

se sont tenues aux côtés des pays

et des organisations régionales dans

cette quête pour le climat.

Les engagements des banques

de développement

La Banque européenne d’Investissement

(BEI) a annoncé la mise à disposition

de 20 milliards de dollars chaque

année d’ici à 2020, soit 100 milliards

de dollars pour la lutte contre le changement

climatique. Ce montant représente

25% de ses prévisions de prêt

sur la période. Toujours pour appuyer

cet effort, l’institution consacrera, en

outre, 35% de son volume de prêt à

des projets relatifs au climat.

C’est la France qui a créé l’effet de surprise,

en promettant de tripler son financement

pour l’adaptation qui atteindra 1 milliard

d’euros d’ici 2020, et de presque doubler,

à la même date, son financement annuel

pour le climat qui passera de 3 milliards

d’euros à plus de 5 milliards d’euros.

La Banque européenne pour la reconstruction

et le développement a

prévu d’appliquer une augmentation

de 25 à 40% à la part qu’elle consacrait

au climat. Elle injectera en définitive

dans le secteur, 20 milliards au

cours des cinq prochaines années, soit

deux fois plus de fonds qu’au cours

des dix dernières années.

La Banque mondiale a, pour sa

part, promis d’augmenter d’un tiers

son financement du climat. Elle débloquera

donc 16 milliards de dollars

par an pour la cause. Elle mettra aussi

en œuvre une optimisation de son

cofinancement des projets relatifs au

climat, ce qui pourrait constituer une

cagnotte annuelle supplémentaire de

13 milliards.

La Banque asiatique de développement

portera son financement climatique

à 6 milliards de dollars, ce

qui représente une augmentation de

100% par rapport au niveau actuel.

La Banque africaine de développement

triplera ses investissements dans

le climat, atteignant un montant de

5 milliards de dollars.

La Banque interaméricaine de développement

compte, quant à elle,

doubler son financement climatique

d’ici 2020.

Différents fonds sur le climat

ont également tenu à apporter leur

contribution.

La contribution des fonds

multilatéraux sur le climat

Les pays développés ont déclaré

vouloir investir 10,1 milliards de dollars

dans le Fonds vert pour le climat.

Onze pays développés ont promis de

doter le Fonds pour l’environnement

mondial de 248 millions de dollars.

Le fonds d’adaptation, quant à lui,

devrait recevoir 75 millions de l’Allemagne,

de la Suède, de l’Italie, et de la

Wallonie en Belgique. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 37


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

L’Afrique, le cordonnier

mal chaussé de l’énergie

Malgré sa croissance économique continue et son

impressionnant potentiel en matière énergétique,

l’Afrique demeure en proie à une crise énergétique

qui non seulement se prolonge, mais pis, s’aggrave.

Cependant, elle a depuis peu pris conscience de

sa situation et a entamé ce qui est, espérons-le, son

envolée vers un accès universel à l’énergie.

Un secteur énergétique très mal

en point

La croissance économique

constante de l’Afrique au cours des

quinze dernières années s’est paradoxalement

accompagnée d’un déficit

énergétique croissant. Le continent

ne produit en effet que 160 GW

d’électricité (la même quantité que

le Japon), dont 90 GW seulement

dans la partie subsaharienne, dont

la moitié est concentrée dans un

seul pays, l’Afrique du Sud. Au total,

640 millions de personnes, soit 68%

de la population, n’ont pas accès à

l’électricité. Celles qui y ont accès

consommaient 30% de la consommation

de l’Asie du Sud dans les années

2000 et n’en consomment plus

que 24% actuellement. La consommation

d’électricité par habitant et

par an est d’environ 162 KWh, exception

faite de l’Afrique du Sud, et

ceci pour une moyenne mondiale de

7000 KWh, soit 43 fois plus. Cette

situation ne dépend pas du niveau

de développement des différents

pays puisque le Nigeria, la première

puissance du continent, a encore 93

millions d’habitants dans l’obscurité.

L’Angola a un taux d’électrification

de 35%, alors que le Bengladesh,

qui a un revenu moyen par habitant

cinq fois moins élevé, a déjà raccordé

55% de sa population.

Paradoxalement, cette énergie est

aussi la plus chère. Les foyers africains

paient leur électricité jusqu’à 80

à 90 fois plus cher que les habitants

des autres régions. Les personnes qui

n’ont pas accès à l’énergie, quant à

elles, doivent dépenser 20 fois plus

que celles qui sont raccordées au réseau

pour s’approvisionner à partir

de produits énergétiques polluants et

dangereux. Cette situation fait perdre

à l’Afrique subsaharienne 2% à 4%

de son PIB chaque année. La rareté

et l’insuffisance de l’énergie poussent

les entreprises à produire leur propre

énergie, ce qui leur coûte très cher.

Des causes connues et des

solutions à portée de main

La crise énergétique constante que

traverse l’Afrique est en grande partie

due à la mauvaise politique énergétique

mise en œuvre par les gouvernements.

Pour commencer, la part des

investissements consacrée au secteur

énergétique correspond à 0,4% du

PIB global, soit environ 8 milliards,

alors qu’il faudrait 8,5 fois plus d’investissement

pour répondre à la demande.

Dans certains pays, le manque

d’investissement est tel qu’aucune capacité

de production n’a été installée

depuis une cinquantaine d’années,

et que les infrastructures existantes

L’Angola a un taux d’électrification de 35%,

alors que le Bengladesh, qui a un revenu

moyen par habitant cinq fois moins élevé,

a déjà raccordé 55% de sa population.

n’ont pas été entretenues. En outre,

les actions qui sont menées en faveur

de l’énergie sont en proie à des problèmes

de mauvaise gouvernance tels

que la corruption et le favoritisme qui

entravent leur mise en œuvre.

Bien que les problèmes rencontrés

par le secteur énergétique africain

semblent incommensurables, les solutions

existent, parfois d’une simplicité

stupéfiante. Le déficit de financement

par exemple pourrait être

comblé de moitié avec une augmentation

de 1% des impôts prélevés sur

le PIB. Le contrôle des dépenses exagérées

des différentes institutions pu-

38 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

bliques pourrait permettre de dégager

des fonds supplémentaires, l’aide internationale

pourrait être utilisée, et

le reste pourrait être mobilisé sur les

marchés financiers.

Les énergies renouvelables offrent

la possibilité à la région de combler

rapidement son déficit énergétique.

Elles peuvent en effet être rapidement

installées, et surtout loin des réseaux

de transmission, ce qui résout le problème

de l’installation coûteuse de ces

infrastructures de transport. En outre,

les énergies renouvelables ne constituent

plus, depuis longtemps, un frein

au développement économique. Elles

coûtent en effet de moins en moins

cher en raison de l’évolution rapide de

leurs technologies, le solaire et l’éolien

menant la danse dans cette catégorie.

Par ailleurs, l’Afrique est l’une des

régions les plus riches en matière de

ressources renouvelables et gagnerait

à limiter l’utilisation de sources énergétiques

plus polluantes, en raison de

son extrême vulnérabilité aux effets

du réchauffement climatique. Elle

pourrait même, avec quelques efforts,

produire 50% de son énergie à partir

de sources renouvelables d’ici 2030.

Consciente de cela, elle a déjà entamé

son processus d’éveil.

Une prise de conscience

généralisée

Il faut reconnaître que depuis

quelques années, les pays africains

prennent leur défi énergétique à brasle-corps.

A partir des années 2000, la

production d’énergie, dans plus de la

moitié des pays du continent, a augmenté

de 4% et la plupart des pays

prévoient de doubler leurs capacités

dans les cinq prochaines années. Cet

élan est en partie dû à la participation

des producteurs indépendants d’énergie,

qui facilitent grandement les mécanismes

de financement et de mise

en place des infrastructures.

Le continent compte actuellement

environ 130 producteurs indépendants

d’énergie, qui ont investi, de

2010 à 2013, environ 1,2 milliard de

dollars. Ce phénomène s’amplifiera

Le continent ne produit en effet que 160 GW d’électricité (la même quantité que le Japon),

dont 90 GW seulement dans la partie subsaharienne, dont la moitié est concentrée dans un

seul pays, l’Afrique du Sud.

dans les prochaines années, induit par

la libéralisation progressive du secteur

énergétique qui s’opère. Du côté étatique,

le financement effectué dans le

secteur énergétique est également en

hausse. De nombreux projets portés

par des partenaires internationaux

participent également à l’élan de développement

énergétique observé. Le

président américain, Barack Obama

a, par exemple, lancé l’initiative

« Power Africa », qui prévoit d’injecter

7 milliards de dollars dans le secteur

énergétique africain.

L’exploitation des ressources renouvelables

de la région a également

été entamée avec des pays plus déterminés

que jamais. L’Afrique du

Sud, le Maroc, l’Algérie, l’Ethiopie,

le Kenya, le Ghana et le Nigeria,

par exemple, mettent en place d’importantes

centrales solaires, éoliennes,

géothermiques, à biomasse et

hydroélectriques.

A la base, les développeurs de solutions

énergétiques, solaires principalement,

donnent accès à l’électricité

aux populations grâce à des

kits domestiques et communautaires

qu’elles leur permettent d’acquérir

progressivement.

Encore un long chemin

Malgré ces avancées très encourageantes,

les gouvernements doivent

prendre certaines mesures fortes pour

pérenniser et amplifier ce sursaut.

Pour commencer, ils doivent revoir

à la hausse leurs ambitions et leurs

stratégies en matière énergétique. Ils

doivent en effet multiplier leur production

d’énergie non pas par deux,

mais par dix au cours des 25 prochaines

années, et poser les bases

d’une économie bas carbone.

La part du PIB consacrée au secteur

énergétique devra passer à 3% voire

4%. Les Etats devront également créer

des conditions réglementaires et environnementales

propices au développement

du partenariat entre le public et

le privé dans le secteur énergétique.

L’Afrique devra, en outre, tirer

parti de ses faibles émissions de gaz

à effet de serre en prenant pleinement

part au marché de carbone qui

lui permettra de mobiliser les fonds

initiaux pour les différents projets

énergétiques. Il lui faudra également

mettre en place des systèmes

énergétiques efficaces et équitables,

afin d’atteindre un accès universel à

l’énergie, qui, par ricochet, dynamisera

son secteur économique.

Les réformes devront également

être faites au niveau de la gouvernance

du secteur énergétique avec

une gestion plus responsable et axée

sur les résultats. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 39


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

L’AREI, 500 milliards de

dollars et 300 GW de

renouvelables pour sortir

l’Afrique de l’obscurité

Implanter, d’ici 2030, 300 GW de centrales

d’énergies renouvelables en Afrique. Tel est

d’objectif de l’Initiative africaine des énergies

renouvelables (AREI), lancée en décembre 2015

par les 54 pays du continent, rassemblés au sein

de l’Union africaine en association avec plusieurs

institutions financières, dont la Banque africaine

de développement (BAD). Une participation

consistante à l’électrification dans cette région qui

est la seule au monde où le nombre de personnes

n’ayant pas accès à l’électricité pourrait augmenter

au lieu de diminuer.

Un objectif ambitieux

Lors de la 21 ème édition de la

Conférence des parties (COP 21) qui

s’est tenue à Paris, l’Union africaine

a annoncé la création de l’Initiative

africaine des énergies renouvelables.

Le programme, qui sera abrité par la

Banque africaine de développement,

à Abidjan en Côte d’Ivoire, a pour

objectif la mise en place de 10 GW

d’énergies renouvelables d’ici 2020, et

300 GW d’ici 2030.

Il s’agit, dans un premier temps,

d’œuvrer pour le développement

durable, l’amélioration du bien-être

et le développement économique du

continent à travers l’accès universel

à une énergie propre, fiable et accessible

en quantité suffisante. Le second

objectif est de soutenir les pays africains

dans le développement de systèmes

d’énergies renouvelables en les

accompagnant dans la conception et

dans la mise en œuvre de stratégies

de développement à faible émission

de carbone. Cet objectif intègre également

l’amélioration de la sécurité

économique et énergétique.

Les pays du continent, rassemblés

au sein de l’Union africaine, comptent

atteindre ces objectifs avec la collaboration

d’institutions telles que le

NEPAD, la BAD, le groupe des négociateurs

africains sur le changement

climatique, le PNUE et l’Agence internationale

de l’énergie renouvelable

(IRENA) pour ne citer que ceux-là.

Impératif pour le développement

Cette initiative vient principalement

répondre à des problèmes

économiques. Le manque d’accès à

l’énergie fait perdre au continent 4%

de son PIB chaque année. « L’Afrique

est simplement fatiguée d’être dans

l’obscurité », s’est insurgé Akinwumi

Adesina, le président de la BAD lors

du lancement de l’initiative.

En effet, 640 millions d’Africains,

soit 68% de la population actuelle,

n’ont pas accès à l’électricité. Cette

proportion passera aux trois quarts de

la population d’ici 2030, si de nouvelles

installations énergétiques ne

sont pas très rapidement implantées.

Avec sa capacité de production de

160 GW du Caire au Cap, l’Afrique

produit, pour comparaison, la moitié

de l’énergie générée par le Japon

dont les habitants ne représentent ce-

40 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

« L’Afrique est simplement fatiguée d’être dans l’obscurité », s’est insurgé Akinwumi Adesina.

pendant que le dixième de la population

africaine. Seulement 35 GW de

cette capacité sont générés à partir de

sources renouvelables, dans cet environnement

dominé par les énergies

fossiles. En outre, le continent est la

région où l’énergie est la plus chère

au monde (environ 80 fois plus chère

que la moyenne des pays développés).

Le recours aux sources renouvelables

pour la production de ces 300 GW

supplémentaires est un choix à la fois

économique et environnemental. En

effet, le continent a un potentiel impressionnant

en matière de génération

de l’énergie qu’elle soit solaire,

hydraulique, géothermique, éolienne

ou de biomasse. En outre, l’exploitation

de ces ressources devient au fil du

temps moins onéreuse avec le développement

des technologies des énergies

renouvelables. Enfin, ces nouvelles

sources permettent au continent de

faire face au défi environnemental qui

est le sien. Bien qu’elle n’émette que

2,3% des émissions globales et qu’elle

soit l’un des puits de carbone les plus

importants, le continent est le plus

touché en matière de réchauffement

climatique. « L’Afrique souffre plus des

élévations de température que les autres

régions du monde. Les périodes de sécheresse

sont maintenant plus fréquentes et

atteignent une intensité jamais observée

jusqu’à présent », a affirmé le directeur

de la BAD. En effet, les températures

sur le continent ont connu, au cours

des dernières années, des augmentations

deux fois plus importantes

que la moyenne mondiale et le phénomène

est prévu pour perdurer. La

réduction du réchauffement à 1,5 °C

par rapport à l’ère préindustrielle sera

de l’ordre de 2 °C voire 3 °C sur le

continent si les objectifs de l’accord

sur le climat sont tenus.

Heureusement pour les organismes

en charge de la mise en œuvre de

...

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 41


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

...

l’AREI, il n’y a aucun doute quant

au réalisme de cet objectif puisque la

Chine, à elle seule, a installé environ

380 GW de centrales éoliennes et

hydroélectriques.

Grâce à l’impressionnant potentiel

du continent…

L’atteinte des objectifs fixés par

l’AREI passera par l’implantation de

milliers de minicentrales qui seront

installées hors des réseaux électriques

nationaux, levant ainsi l’obstacle de la

mise en place de réseaux nationaux de

transmission qui reviennent assez cher.

Ces centrales fonctionneront grâce à

toutes les sources d’énergie renouvelable

disponibles et accessibles sur le

continent. « Notre soleil doit faire plus

que nourrir nos cultures. Il doit éclairer

nos maisons », a déclaré à ce propos

Akinwumi Adesina, et de poursuivre :

« Nos ressources hydrauliques massives

peuvent servir à autre chose que l’irrigation

de nos champs. Elles doivent

alimenter nos centrales électriques ». Il

a été appuyé par Judi Wakhungu, le

ministre de l’Environnement kényan,

qui a affirmé la complète adhésion

de son pays au programme en ces

termes : « Nous sommes prêts à engager

une production massive d’énergie solaire

et éolienne pour électrifier la totalité

de nos populations ». Les plans stratégiques

nationaux de mise en œuvre de

cette initiative seront mis en place au

cours des cinq prochaines années.

« Le programme qui sera abrité

par la Banque africaine de

développement, à Abidjan, en

Côte d’Ivoire, a pour objectif la

mise en place de 10 GW d’énergies

renouvelables d’ici 2020 et 300 GW

d’ici 2030. »

… et à des investissements massifs

La mise en œuvre de l’AREI coûtera,

au bas mot, 500 milliards de dollars

au cours des quinze prochaines

années, un effort d’investissement

sans précédent qui n’inquiète cependant

pas le président de la BAD :

« Nous ne devons pas avoir de petites

ambitions pour notre continent. Nous

pouvons atteindre cet objectif et même

le dépasser », a-t-il affirmé, confiant.

Son institution s’est déjà engagée

à investir environ 12 milliards de

dollars dans des projets d’énergies

renouvelables au cours des cinq prochaines

années. Elle pourra en outre

obtenir du secteur privé un engagement

de 40 milliards de dollars à 50

milliards de dollars sur la même période.

Cependant, la banque a averti

que l’obtention de ce financement

privé était subordonné à la mise en

place, par les différents pays, d’un

environnement propice à l’investissement,

surtout en matière de cadre

juridique. « Les investisseurs privés

sont toujours intéressés par le marché

africain, mais nous devons, pour y accéder,

mettre en place une politique et

des réglementations correctes », a-t-elle

conseillé. La banque collaborera également

avec les pays africains pour

porter la part de leur PIB consacrée

au secteur énergétique de 0,9% actuellement

à 3,5%.

Cet effort pourrait ajouter 50 milliards

de dollars supplémentaires à

« La banque

collaborera

également

avec les pays

africains pour

porter la part

de leur PIB

consacrée

au secteur

énergétique du

0,9 % actuel

à 3,5%. »

la mobilisation des fonds nécessaires

à la mise en place de cette initiative.

Des réformes fondamentales devront

également être faites dans les

secteurs énergétiques au niveau des

installations et du prix de cession de

l’électricité.

Le directeur de la BAD a en outre

suggéré que les pays occidentaux apportent

leur soutien en vertu de la

responsabilité morale qu’ils ont dans

le réchauffement climatique dont

l’Afrique est l’une des premières victimes.

Le continent compte donc en

grande partie sur les 100 milliards de

dollars promis par les pays développés

pour la lutte contre les effets du réchauffement

climatique.

L’initiative pourrait en outre profiter

des nombreux engagements financiers

faits en faveur du continent par

les pays développés et certaines institutions

financières. Ainsi, la Banque

mondiale a promis 16 milliards de

dollars au continent, tandis que la

France a annoncé la mise à disposition

de 10 milliards de dollars. y

42 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

Fabrice Le Saché :

« COP 21 a sanctuarisé

le rôle du marché carbone

dans l’atteinte des objectifs

climatiques »

Fabrice Le Saché, PDG d’Ecosur Afrique, le leader

africain du marché carbone nous entretient de

sa participation à la COP 21 ainsi que des acquis

obtenus par son secteur.

n Energies Africaines : Vous avez participé

à la COP 21 en tant qu’entreprise

du secteur privé. Qu’y avez-vous

défendu ?

Fabrice Le Saché : Notre objectif

pour la COP 21 était assez simple.

Nous voulions faire reconnaitre le

rôle des marchés carbones dans les

politiques de réduction des émissions

de gaz à effet de serre, mais également

faire reconnaitre le rôle de l’Afrique

dans ces marchés. Ce que nous souhaitons,

c’est que l’action de réduire

l’émission de CO 2 en Afrique soit

rémunérée, pour une raison extrêmement

simple. Si on donne une valeur

économique à la réduction de l’émission

de CO 2 sur le continent africain,

on contribue à stimuler la dissémination

des technologies vertes, basses

carbones qui permettront aux personnes

les utilisant d’avoir une rémunération,

un complément de revenu

qui sera généré par la commercialisation

de crédit carbone.

Nous y sommes parvenus partiellement.

En tant qu’entreprise privée,

leader de la finance carbone en

Afrique, notre but était d’interpeller

les décideurs, c’est-à-dire les Etats.

On y est un peu parvenu parce que

la COP 21 a sanctuarisé après 2020,

le rôle des marchés, des échanges de

réduction d’émission et des échanges

de crédit carbone dans l’atteinte des

objectifs climatiques. C’était extrêmement

important parce que, pour le

moment, on n’avait pas de visibilité

au-delà de cette date sur le système de

marché des crédits carbone.

n EA : Comment cet acquis sera-t-il

mis en œuvre ?

FLS : Concrètement, pour réduire

les émissions, il a été décidé qu’après

2020 le rôle et la place des marchés

seraient essentiels et qu’il fallait que

ses mécanismes soient préservés. Ils

seront donc renforcés pour la période

2020-2030. Cela représente le

premier point. Le 2 ème point, c’est que

les objectifs qui ont été arrêtés, à savoir

limiter le réchauffement à 1,5 degré,

permettent de créer une politique

stricte de plafonnement de l’émission.

Le plafonnement des émissions

implique une ratification de ces dernières

et donc une contrainte dans les

niveaux d’émission. Cette contrainte

va créer de la valeur du côté des personnes

qui réduisent effectivement

l’émission. Cet objectif de 1,5 degré

devient alors une technique de stimulation

des projets bas carbone.

Par ailleurs, il faut retenir que

la COP 21 est comme une loi.

Maintenant, il y a tous les décrets

d’application, les arrêtés qui lui donneront

force de vie, parce qu’une loi

sans décrets d’application n’est rien.

Il faut maintenant être extrêmement

vigilants car les décrets d’application

vont être pris entre maintenant et

2020. Ce processus débutera lors de

la COP-22, qui se tiendra en Afrique,

dans un pays francophone. Elle sera

déterminante, car elle sera la COP de

la mise en œuvre, de l’exécution.

n EA : Quel sera donc votre objectif

pour cette COP 22 ?

FLS : Notre combat va désormais

s’orienter vers des actions très

concrètes. Notre demande de prix

...

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 43


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

...

« Il faut que le fonds vert contribue à cela en payant aux résultats de la réduction d’émission,

ce qui est différent de financer les projets en amont. »

minimum pour les crédits carbone

africains doit être prise en compte

pour la COP 22, comme notre demande

de rachat d’un nombre minimum

des crédits carbone africains

par la communauté internationale.

Il y a également notre requête d’utilisation

de la langue française dans les

marchés de crédits carbone qui doit

être portée lors de la prochaine conférence,

parce que c’est l’espace francophone

qui a le moins bénéficié de la

finance carbone à ce jour. Le fait que

ces mécanismes ne soient disponibles

qu’en langues étrangères constitue

une barrière à leur appropriation.

Donc c’est une facilité pour accéder

au marché que de permettre que les

textes soient traduits en français et

que les développeurs puissent déposer

leurs projets, s’ils le souhaitent,

en langue française. Nous allons également

demander que le Fonds vert

climatique qui a été établi et qui est

doté maintenant d’un certain nombre

d’engagements financiers, à peu près

6 milliards, ait désormais un lien avec

les marchés carbone africains. Nous

voulons qu’une partie des avoirs de ce

fonds permette de soutenir les projets

africains en achetant leur crédit carbone.

Parce que si vous êtes porteur

de projet en Afrique et que vous êtes

certain que vous pourrez vendre vos

crédits carbones à un organisme international

tel que le fonds vert, vous

allez pouvoir intégrer cette vente dans

le business plan de votre projet. Cela

vous permettra d’avoir un accès facilité

aux investisseurs et aux banques.

Aujourd’hui, l’Afrique que nous

connaissons, l’Afrique qui gagne et

qui innove, n’a pas besoin qu’on l’aide

à construire ses projets, elle sait quels

projets elle veut. Ce dont elle a besoin

c’est qu’on lui paie la juste rémunération

pour la réduction d’émission,

vu qu’elle n’a aucune responsabilité

dans les changements climatiques et

surtout, elle fait des efforts pour aider

la communauté internationale à parvenir

à ses objectifs. Cela lui permettra

également d’avoir une trajectoire

de développement qui ne ressemble

pas à celle des pays développés. Donc

nos clients demandent juste un prix

stable et suffisamment élevé pour

pouvoir investir dans les technologies

propres. Il faut que le fonds vert

contribue à cela en payant aux résultats

de la réduction d’émission, ce qui

est différent de financer les projets en

amont. Ce type de contribution est

d’ailleurs meilleur, parce qu’on ne

prend pas le risque de payer en amont

pour des projets aux performances variables,

on va réellement payer pour

une tonne de CO 2 déjà évitée par un

projet. Et en même temps, on permet

que ces projets se financent.

On trouve étonnant que le fonds

vert fonctionne sans aucune interaction

avec le MDP, alors que le MDP,

c’est finalement un formidable mécanisme

qui mesure la performance

carbone des projets, c’est un mécanisme

universel, onusien, tiers, indépendant,

impartial, logistique, qui a

des registres et qui permet de transformer

les réductions d’émission en

crédit carbone. Ces crédits carbones

devraient être payés par le fonds vert.

Puisque celui-ci veut aider les projets

africains, qu’il paye le crédit carbone

africain et il paiera des résultats.

n EA : Est-ce que les pays africains

se sentent concernés par cette cause

que vous défendez ?

FLS : Nous avons déjà deux

membres du conseil d’administration

du fonds vert qui soutiennent notre

44 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

démarche, que ce soit Tosi Mpanu-

Mpanu ou Paolo Gomez. Tosi est

notamment le chef négociateur de

la RDC, il a des positions éminentes

dans le groupe Afrique. Et nous avons

plus d’une quarantaine d’autorités

morales et de chefs d’entreprise

qui soutiennent notre mouvement.

Effectivement, nous avons engagé,

auprès du groupe Afrique, un important

travail de conviction pour dire

qu’il ne faut pas que le fonds vert

soit le nouveau MDP. Il ne faut pas

que l’Afrique rate le virage du fonds

vert et de la finance carbone dans les

dix prochaines années comme elle l’a

raté dans les dix dernières. Donc, aujourd’hui

il ne faut pas créer un nouvel

MDP, mais plutôt créer les différents

outils et les lier entre eux. Et ça,

c’est un discours qui est en train d’être

entendu car il y a des pays africains

qui ont déjà des portefeuilles MDP et

qui veulent bien qu’ils soient rachetés

par le nouvel outil, en l’occurrence le

fonds vert.

n EA : Comment faire pour que

l’Afrique ait accès à ces nouveaux

financements qui seront mis à

disposition ?

FLS : Aujourd’hui l’accès aux ressources

financières est hautement

stratégique. Or on sait que dans

les décennies à venir, tous les programmes

financiers mondiaux auront

pour but de parvenir à une économie

fournissant une neutralité carbone, à

une économie totalement décarbonée.

Si l’Afrique veut avoir un effet

levier sur cette économie, elle doit

accéder à ces ressources. Or pour y

parvenir, c’est simple, il suffit de

suivre les formes prescrites par ces

institutions. Pour le MDP, il suffisait

de déposer des projets selon la procédure

instaurée. Le fonds vert a des

procédures, pour les suivre il faut les

comprendre. C’est d’ailleurs pour ça

que nous plaidons pour l’utilisation

de plusieurs langues. L’anglais crée

un déséquilibre d’accès aux marchés.

On doit pouvoir utiliser le portugais,

le français, l’arabe et d’autres langues.

Et l’Afrique doit déposer des dossiers

de projets si elle veut bénéficier de

ces financements. Il devrait y avoir

dans chaque pays une équipe chargée

de faire remonter les projets susceptibles

de bénéficier de financements

du fonds vert, du MDP, de la banque

mondiale, même de la BAD.

Les Africains devraient se constituer

en fonds pour commercialiser leurs

crédits carbone. Toute institution

désirant les acheter pourrait donc en

bénéficier par le biais de ce véhicule.

C’est d’ailleurs ce que nous faisons

déjà nous, avec plus de 40 projets

dans 17 pays. Ce que nous souhaitons

faire, c’est rassembler les Etats et

institutions africaines, pour créer un

véhicule qui soit sur le terrain et qui

offre des solutions correspondant aux

réalités africaines, comme la possibilité

de prépayer des crédits carbone.

n EA : Aujourd’hui, nous assistons

à une multiplication des marchés carbone.

Cela constitue-t-il un atout ou

un obstacle pour les crédits carbone

africains ?

FLS : Si comme l’Afrique, chaque

puissance crée son propre écosystème

de crédit carbone, c’est vrai

qu’il y a un risque lié à la complexité.

D’abord, il y a très peu de systèmes

qui sont créés qui acceptent les importations

de crédits carbones africains.

L’Union européenne l’accepte,

mais nous connaissons le problème

de l’Union européenne, qui est que la

plupart des industriels ont déjà utilisé

leur quota d’importation. Si nous

observons les systèmes qui sont en

train d’être créés, nous pouvons dire

que c’est une bonne chose car ils permettront

d’aspirer le surplus disponible

sur le marché. Des pays comme

l’Inde et le Brésil, dont les systèmes

sont nouveaux, vont passer d’un pôle

de création de crédit carbone, à un

« Il faut maintenant être

extrêmement vigilants car les

décrets d’application vont être

pris entre maintenant et 2020.

Ce processus débutera lors de la

COP 22, qui se tiendra en Afrique,

dans un pays francophone. Elle

sera déterminante, car elle sera

la COP de la mise en œuvre,

de l’exécution. »

pôle de commande de crédit carbone.

Ils passent du statut de fournisseur

à celui d’acheteur. Ils vont absorber

les crédits carbones créés dans leur

propre système et ainsi diminuer la

concurrence sur le marché mondial.

Mieux, les nouveaux systèmes dans

les pays émergents s’ouvriront à terme

à l’import de crédits carbones africains.

Même si, pour le moment, ces

systèmes achètent leurs propres crédits

carbones. Il faudra que l’Afrique

négocie lors de la COP 22 pour que

ses partenaires ouvrent leurs systèmes

aux crédits carbones africains. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 45


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

La Galerie by World

Efficiency : 500 solutions

pour un développement

propre

Si les scientifiques s’accordent à voir dans le réchauffement

climatique un défi majeur pour la planète, ils sont les premiers

aussi à reconnaître que le problème n’est pas sans issue. Mieux,

des centaines d’entités s’attellent à démontrer, avec des résultats

éloquents, qu’il est possible de mieux vivre tout en préservant notre

planète. Plusieurs de ces organisations ont exposé leurs solutions

lors de la Cop 21 dans le cadre de nombreux événements dont

la galerie by Word Efficiency.

500 solutions, 13 000 acteurs

présents

L’exposition, qui s’est déroulée

du 2 au 9 décembre en marge de la

COP 21, a connu la participation

de 200 organisations issues de toutes

les régions du monde. Elle a permis

de présenter environ 500 solutions

au réchauffement climatique dans

tous les domaines. Le bâtiment, les

transports, l’agroalimentaire, l’aménagement

urbain, la production

énergétique et industrielle, la lutte

contre l’érosion, ainsi que les solutions

managériales telles que le type

d’organisation, de financement ou de

marketing sont quelques-uns des secteurs

pour lesquels les solutions ont

été développées. Des plus inattendues

aux plus évidentes et simples à mettre

en place, ces solutions ont attiré plus

de 13 000 acteurs politiques et économiques.

La Galerie a également été

le lieu d’organisation de 90 conférences

et débats qui ont permis aux

participants d’échanger sur les enjeux

climatiques. Voici quelques-unes des

solutions relatives à l’énergie qui ont

été présentées dans cette galerie. y

46 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

Les solutions hydroélectriques

Comme dans la plupart des domaines, les solutions présentées

à la galerie pour le secteur hydroélectrique ont

pour but d’étendre l’utilisation de cette technologie et de

la rendre plus efficace.

Ainsi, EcoCinetic met au point, depuis 2011, des hydroliennes

au fil de l’eau à axe vertical adaptées aux zones

fluviales et estuaires. Ces petites turbines hydrauliques

occupent peu d’espace, ne modifient pas le profil des

cours d’eau et la conception modulaire dont elles font

l’objet les rendent facilement installables dans les petites

étendues d’eau.

HydroQuest a poussé la performance un peu

plus loin en développant des hydroliennes fluviales

à double axe vertical et à flux transversal.

La société s’est récemment lancée, en collaboration

avec la Construction mécanique de

Normandie (CMN) dans la fabrication d’hydroliennes

marines dont la première ferme devrait

être installée d’ici 2017.

L’équipe d’EEL Energy peaufine le développement

d’un nouveau type d’hydrolienne

s’inspirant des ondulations des anguilles dans

l’eau. Doté d’une membrane ondulante, le

système qui fonctionne grâce à un mécanisme

de biomimétisme récupère l’énergie grâce

à la déformation de sa membrane en latex.

Un convertisseur intégré à l’outil transforme

l’énergie générée tout au long de la membrane.

Le prototype, qui a déjà subi les essais peut

également fonctionner près des côtes. Le

déploiement industriel de cette hydrolienne

devrait débuter en fin 2016.

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 47


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

L’énergie solaire à l’honneur

La société Exosun a mis au point des trackers solaires.

Ces dispositifs mobiles permettent aux panneaux

solaires de suivre la trajectoire du soleil au cours de la

journée. Se déclinant en trakers à un axe ou à deux axes,

ils contribuent à une amélioration sensible du rendement

des installations photovoltaïques (jusqu’à 30% de

performances supplémentaires). L’entreprise qui est déjà

présente aux Etats-Unis et en Afrique propose également

des services d’ingénierie pour l’entretien des centrales

solaires.

De son côté, Heliosite propose depuis 2013 de porter le

rendement des panneaux solaires à 40% grâce à sa solution

de tracking à deux axes qui tourne sur un axe horizontal

et un axe vertical. L’ancrage du dispositif se fait

plus rapidement parce qu’il s’effectue sur des haubans et

non grâce à une fondation en béton.

Helio Pur Technologies a développé une solution qui

repose sur la technologie de purification bio-solaire

pour un traitement énergétiquement plus efficace des

eaux usées. En effet, elle intensifie en système clos des

phénomènes naturels tels que la pénétration des rayons

solaires, l’oxydation des composés organiques ou encore

le transfert des substances nocives sans que les étapes

d’évaporation ou de concentration ne soient nécessaires.

Le système utilise comme réactif le CO 2 , de l’eau et la

biomasse algale. Elle permet d’obtenir à la fin de l’eau

utilisable, de l’oxygène ainsi que du carbone qui est récupéré

pour un autre cycle.

Helioclim a conçu un dispositif de climatisation fonctionnant

avec le solaire. Réversible, le système fonctionne

grâce à une machine absorbant de l’eau et de

l’ammoniac combinée avec un dispositif interne de stockage

de l’énergie. Le tout est alimenté par des capteurs

solaires thermiques à concentration. Ce dispositif peut

être utilisé aussi bien pour l’obtention de températures

basses (climatisation, rafraîchissement, utilisation frigorifique

jusqu’à -60°C) que pour les températures élevées

(chauffage et eaux chaude sanitaire).

Colas a mis au point le premier revêtement routier photovoltaïque

au monde. Constituées de cellules photovoltaïques

enrobées dans un système multicouche de faible

épaisseur, ces dalles supportent le poids de tous les types

de véhicules. Dénommé Wattway, le système se pose

directement sur les chaussés préexistantes, sans que de

lourds travaux civils supplémentaires soient nécessaires.

Sunna design met à disposition des solutions solaires

et intelligentes d’éclairage autonome associées à un

système innovant de stockages par des batteries particulièrement

résistantes aux températures extrêmes.

48 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


DOSSIER : LA COP 21 ET SES CONSÉQUENCES

Les solutions éoliennes

Nénuphar Wind a développé des éoliennes contrarotatives

(dotées de deux hélices multipales qui tournent

à vitesses égales, mais en sens opposés) pouvant bénéficier

du vent quelle que soit la direction dans laquelle

il souffle. Elles sont en outre flottantes, ce qui permet

de réduire les coûts d’investissement. Ces éoliennes ont

une production supérieure de 20% à celle des éoliennes

traditionnelles.

Ideol met à la disposition du public la Damping Pool,

une plateforme carrée destinée à accueillir les éoliens

flottants. Dotés d’une sorte de piscine intérieure, elles

offrent une bonne stabilité face à la houle et ont une

grande capacité d’accueil, ce qui permet de réduire le

coût de mise en place des parcs flottants.

Des solutions plus généralisées

Enerbee a inventé une solution de microgénération

d’énergie pouvant ainsi remplacer les piles, qui génère

de l’énergie en utilisant les mouvements. Fonctionnant

grâce aux principes du magnétisme et de la piézoélectricité

(propriété de polarisation électrique sous l’action

d’une contrainte mécanique ou inversement), le

dispositif miniature peut utiliser les mouvements lents

ou rapides d’une amplitude inférieure ou égale à 1 cm,

même s’il est séparé de la source du mouvement par

une cloison. Elle alimente les objets sans fil connectés

tels que les montres, les commandes, les thermostats,

les variateurs de lumière ou encore les détecteurs de

mouvements. L’une de ses premières applications est un

variateur de lumière qui utilise l’énergie produite par la

main de l’utilisateur pour produire l’énergie nécessaire à

son fonctionnement.

Echy a mis en place un système d’éclairage naturel par

fibre optique qui, de jour, capte la lumière naturelle

de l’extérieur pour éclairer l’intérieur. Le captage de la

lumière se fait grâce à des panneaux placés sur des trackers.

Elle est ensuite conduite à l’intérieur des bâtiments

grâce à la fibre optique.

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 49


POLITIQUES PUBLIQUES

La Banque mondiale octroie un

prêt de 95 millions $ au réseau de

transport électrique rwandais

Tanzanie : le gouvernement envisage

de céder 49% de la Tanesco aux

investisseurs privés

Le gouvernement tanzanien vendra, au cours de

cette année, 49% de ses parts dans la Compagnie

Tanzanienne de Fourniture d’Energie (Tanesco).

C’est ce qu’a révélé Sospeter Muhongo, le ministre

de l’Energie et des Mines, au média The EastAfrican.

Les recettes de cette cession seront réinvesties

dans trois unités séparées qui se chargeront

de la production, du transport et de la distribution

de l’électricité. Cette décision fait partie d’une

série de mesures ayant pour but de porter la capacité

électrique du pays, qui s’élève actuellement

à 1400 MW, à 10 000 MW d’ici 2025. Pour cela,

le gouvernement investira 1,2 milliard $ dans la

Tanesco sur cette durée.

Sous la pression du secteur privé, qui a déclaré

que le déficit énergétique entravait ses activités,

le 3ème plus grand producteur africain d’or a

décidé d’ouvrir son secteur de production énergétique

au privé. « Nous invitons tous les investisseurs

locaux capables de générer entre 100 MW

et 5000 MW ou plus à se manifester », a déclaré

M. Muhongo. La réforme stratégique et la feuille

de route de l’industrie tanzanienne de fourniture

d’électricité prévoient qu’une part importante des

investissements soit assurée par le secteur privé.

Le gouvernement espère que cette libéralisation

permettra de combler le déficit énergétique, qui

est actuellement de 1000 MW. y

Le Rwanda a obtenu auprès de la Banque mondiale

un prêt de 95 millions $ qui lui permettra de

relier 72 000 ménages supplémentaires au réseau

électrique national. Le financement servira en

outre à réhabiliter le réseau électrique de 15 kV

desservant la ville de Kigali, et d’améliorer les

différents services opérationnels de la compagnie

nationale d’électricité. Les experts estiment que

le réseau électrique du pays devrait connaître une

refonte complète pour faire face à la demande

croissante engendrée par un développement

économique accéléré. « Un accès accru à l’approvisionnement

électrique fiable permet non seulement

une réduction des coûts et une amélioration de la

rentabilité des entreprises, mais devient également

essentiel afin de permettre la mise en place de nouvelles

entreprises du secteur privé, ce qui stimulera

la croissance du pays et réduira son taux de pauvreté

», a déclaré Thomas O’Brien, le représentant

résident de la Banque mondiale.

Le pays s’est fixé pour objectif d’atteindre un

taux d’électrification de 70% d’ici à 2018, ce qui

nécessitera de porter sa capacité énergétique de

161 MW actuellement à 563 MW. y

50 x ENERGIES AFRICAINES

Janvier-Février 2016 4 N°6


POLITIQUES PUBLIQUES

Libéria : 150 000 personnes

auront accès à l’énergie

avec l’appui de la Banque

mondiale

La Banque mondiale a accordé au Libéria un

financement de 27 millions $, qui permettra à

150 000 personnes d’avoir accès à l’électricité. Cet

objectif sera atteint grâce au projet libérien d’accès

à l’énergie renouvelable (LIRENAP).

Dans le cadre de la mise en œuvre

de ce projet, une minicentrale hydroélectrique

pouvant alimenter environ

50 000 personnes sera construite. Les

ménages, mais également les entreprises

et les institutions publiques,

seront reliés au barrage électrique qui

sera situé dans le comté de Lofa, grâce

à un réseau de transmission qui sera

mis en place.

Dobraja, la responsable de la Banque

mondiale pour le Libéria.

Cap sur les EnR

Au-delà de ce programme, le gouvernement

compte bien poursuivre

son développement grâce aux énergies

renouvelables, et privilégier le

solaire pour alimenter les établissements

publics se trouvant en milieu

34 sites pour des minicentrales

hydroélectriques

Le pays dispose d’un important potentiel

dans le domaine de l’hydroélectricité.

Le Ministère libérien des

terres, des mines et de l’énergie a annoncé,

dans son rapport annuel, la sélection

de 34 sites pouvant éventuellement

accueillir des minicentrales

hydroélectriques. Ces emplacements

se répartissent entre les huit comtés

que sont Grand Gedeh, Grand Kru,

Lofa, Maryland, Nimba, River cess,

River Gee et Sinoe. Les travaux qui

Le solaire off-grid

100 000 autres personnes bénéficieront

de solutions solaires autonomes.

Le LIRENAP sera exécuté

par l’Agence libérienne en charge des

communautés rurales et de l’énergie

renouvelable, en collaboration avec

le Ministère des terres, des mines et

de l’énergie. Ce projet représente l’un

des points essentiels de la politique

de reconstruction nationale mise au

point après l’épidémie d’Ebola. Le

comté de Lofa avait en effet été l’un

des plus touchés. « Ce projet s’inscrit

dans la stratégie nationale de développement

qui envisage une augmentation

de l’accès à une électricité moins chère

et renouvelable, élément essentiel au développement

économique et à la réduction

de la pauvreté », a affirmé Inguna

Le Libéria a une capacité électrique

installée de 23 MW d’énergie, et

seulement 9,8% de sa population a

accès à l’électricité.

rural. Selon le CIA World Factbook,

le Libéria a une capacité électrique

installée de 23 MW d’énergie, et seulement

9,8% de sa population a accès

à l’électricité.

ont permis l’identification de ces

zones ont été financés par la Norvège,

dans le cadre d’un programme de

renforcement des capacités du secteur

énergétique libérien, dont l’un

des objectifs est de faciliter l’accès

des populations rurales à une énergie

fiable, produite à partir de sources

renouvelables. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 51


POLITIQUES PUBLIQUES

Le secteur énergétique égyptien

représente une opportunité

d’investissement de 6 milliards $

Le secteur énergétique égyptien représente une

opportunité d’investissement de 6 milliards de

dollars d’ici 2018. C’est du moins ce que pense la

banque d’investissement EFG Hermès.

Face à la croissance de la demande, combinée à la

cherté des combustibles utilisés pour la production,

le pays a décidé de produire plus d’énergies

renouvelables. Il compte d’ailleurs faire passer

leur proportion à 20% du mix énergétique d’ici

2020. Pour y arriver, il construira environ 8 GW

de centrales, répartis en 5,5 GW d’énergie éolienne

et 2,5 GW d’énergie solaire.

EFG Hermès prévoit ainsi l’injection de 6 à 7 milliards

de dollars dans le secteur, d’ici 2018. « Nous

sommes optimistes sur les projets énergétiques

égyptiens à court et moyen terme. Mais la réussite

de la première vague de rachat d’électricité asseoira

plus la confiance en ces actifs. La mise en place d’un

cadre réglementaire adapté est le principal challenge

auquel doit faire face le gouvernement pour rendre

son secteur énergétique attrayant sur le marché

mondial de l’investissement », a déclaré Bakr

Abdel-Wahabb, le directeur exécutif de la branche

« capital investissement » de l’EFG Hermès.

Selon le dirigeant, les investisseurs privés ne seront

pas les seuls acteurs de ces investissements.

Les institutions financières internationales et

multilatérales devraient fournir environ 60% des

fonds nécessaires. Pour sa part, l’EFG envisage

la mise en place d’un fonds d’une valeur de 200

millions de dollars, qui sera consacré au financement

des projets solaires et éoliens de l’Egypte et

du Moyen-Orient de manière plus générale. y

Ghana : 98 millions $ par mois pour

venir à bout de la crise énergétique

Au Ghana, le gouvernement estime qu’un décaissement

mensuel de 98 millions $ sera nécessaire

pour venir à bout du délestage : « Nous avons

besoin de 98 millions $, soit environ 100 millions $

par mois, pour produire assez de combustible pour

les centrales thermiques. Cela fait environ 1,18

milliard $ par an. Nous devons donc redoubler nos

efforts pour atteindre ce but car le barrage hydroélectrique

d’Akosombo ne fonctionne aujourd’hui

qu’à 30% de ses capacités », a déclaré John Abdulai

Jinapor, le vice-ministre de l’Energie lors d’une

conférence de presse.

L’officiel a également révélé que le gouvernement

fera tous les efforts nécessaires pour éviter une

hausse du tarif de l’électricité. Pour mobiliser les

98 millions nécessaires, la société nationale en

charge de la distribution de l’électricité a ordonné

un audit des compteurs afin de contraindre les

consommateurs qui contournent le système de

paiement au règlement de leurs factures : « Nous

sommes décidés à percevoir les redevances des

consommateurs et ce, de manière juste et équitable.

Il n’y aura pas d’exception pour un individu, une

entreprise ou même une institution de la République.

Si vous consommez de l’électricité, vous

devez la payer », a martelé M. Jinapor.

Depuis des mois, le pays est en proie à une crise

énergétique due au faible niveau d’eau dans ses

différents barrages. Les coupures d’électricité devenues

fréquentes durent parfois 48 heures, voire

72 heures. y

52 x ENERGIES AFRICAINES

Janvier-Février 2016 4 N°6


POLITIQUES PUBLIQUES

Le Nigeria veut développer

13 GW de centrales

solaires off-grid

Au Nigeria, le gouvernement fédéral s’est fixé pour

objectif de mettre en place 13 000 MW de centrales

solaires hors-réseau. C’est ce qu’a annoncé

Amina Mohammed, la ministre de l’Energie, dans

un document détaillant les faits marquants de la

conférence climatique qui s’est tenue à Paris, ainsi

que les accords qui en ont découlé.

Abordant la contribution de son

pays à l’atteinte de l’objectif de

maintien du réchauffement à moins

de 2°C par rapport à l’ère préindustrielle,

elle a mentionné : « Nous envisageons

en particulier de développer

environ 13 GW d’énergie solaire offgrid,

afin de permettre aux communautés

les plus défavorisées l’accès à

une énergie fiable, moins chère et plus

verte », a-t-elle déclaré. Et de continuer

: « Nous envisageons également

de mettre en place un secteur pétrolier

et gazier moins polluant et plus efficace

énergétiquement. En mettant fin au

torchage du gaz, en l’utilisant à des fins

commerciales (la génération d’énergie

entre autres), nous pourrions faire des

économies allant jusqu’à 7,5 milliards

de dollars. »

Accroître son PIB

Madame Mohammed a également

révélé que, selon les prévisions de la

Banque mondiale, la réduction de

l’empreinte carbone des différentes

activités boostera l’économie nigériane,

lui permettant d’accroître son

PIB de près de 2% supplémentaires. y

ALTEN AFRICA ET LA SFI SIGNENT POUR UNE

CENTRALE SOLAIRE DE 120 MW DANS L’ETAT

DE KOGI

La Société financière internationale (SFI) a signé avec la société espagnole

de projets Alten’s Middle Band Solar One Ltd, un contrat relatif au

codéveloppement d’une centrale solaire photovoltaïque de 120 MW au

Nigeria. Situé à Lokoja, dans l’Etat de Kogi, ce projet permettra d’alimenter

environ 175 000 personnes.

Selon les termes de l’accord, la SFI apportera une part du financement

nécessaire au développement de la centrale, ainsi qu’un support technique

et commercial. La mise en place de la centrale sera assurée par un consortium

constitué par l’Alten Reneweable Energy Developments Africa, la

BV, Green Continent Partners Holding, et Nemoante Ltd.

La clôture du financement du projet devrait intervenir au premier trimestre

de l’année 2016. « A Alten, nous apporterons notre grande expérience

du design, du développement, du financement, de la construction et

de l’exploitation des centrales photovoltaïques. La participation à ce projet

entre dans le cadre de notre stratégie, qui consiste à permettre l’accès à

l’énergie pour les populations des pays en développement », a déclaré Luis

Castellanos, le directeur exécutif d’Alten Africa. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 53


POLITIQUES PUBLIQUES

Algérie : Nourredine Yassaa plaide pour un

développement à petite échelle des énergies

renouvelables

Développer des programmes

d’énergies renouvelables à petite

échelle via l’installation de toits

solaires dans les ménages, les

petites entreprises et les exploitations

agricoles. C’est ce qu’a

suggéré Nourredine Yassaa

(photo) le directeur du Centre de

recherche en énergies renouvelables

(CDER) lors d’une intervention

sur la Chaîne III de la

radio nationale algérienne.

« Il s’agit, en fait, d’opérations

très simples permettant de créer de

petites entreprises d’installation et

de maintenance, avec des impacts

appréciables en matière de création

d’emplois », a-t-il explicité.

M. Yassaa recommande, dans un premier temps, la mise en place

de 100 000 à 1 million de kits solaires, produisant chacun entre 3

et 4 KW d’électricité pour alimenter les entités propriétaires avec

une possibilité de revente du surplus de production pour faciliter le

retour sur investissement.

L’accès au crédit pour la mise en place de telles infrastructures permettra

d’encourager les différents acteurs désireux de faire partie

du programme. La mise à exécution de cette suggestion pourra

booster le taux d’intégration de l’industrie algérienne qui fabrique

ses propres panneaux solaires ainsi que 90% des batteries utilisées

sur son territoire. y

Nigéria : la NERC délivre des licences pour la mise

en place et la distribution de 1650 MW

Huit compagnies pourront mettre en place 1648,5 MW de centrales

électriques au Nigéria, en vertu de licences que vient de délivrer la

Commission nigériane de régulation de l’électricité (NERC). Ces autorisations

incluent également la distribution de l’énergie produite.

Les compagnies qui ont obtenu ces licences sont la Ossiomo

Power & Infrastructure qui installera 55 MW, The Anambra state

Independent Power Generation Company Limited (528 MW), la

Cummins Power Generation Nigeria Limited (3,5 MW), Sinosun

Investment Limited (100 MW), LR-Aaron Power Limited (100 MW),

Lafarge Africa Plc (260 MW), Azikel Power Limited (500 MW) et

Middle Band One Limited (100 MW).

300 MW de cette capacité à installer seront constitués par des centrales

solaires tandis que les 1348 MW restant seront produits par

des centrales à gaz. y

L’Allemagne apporte

18 milliards FCFA aux

énergies renouvelables

du Sénégal

La Coopération financière

allemande a apporté au Sénégal

un concours financier de

18 milliards de francs CFA, soit

environ 30 millions $. Ces fonds

serviront au financement d’un

projet consacré à la promotion

de l’énergie.

Ils permettront de mettre en

place une centrale solaire de 15

MW dans la commune de Diass.

L’énergie produite par cette centrale

alimentera la zone économique

spéciale intégrée (DISEZ)

ainsi que le réseau connecté de

la SENELEC, la société nationale

en charge de la fourniture

d’électricité. Elle devrait entrer

en service en 2017.

Ce financement servira également

à l’installation de systèmes

photovoltaïques hybrides sur les

îles du Saloum et à l’implantation

de centres secondaires de

la SENELEC à Kidira, Goudiry

et Gounass. « Aujourd’hui, dans

la gestion de la crise du secteur

de l’énergie, le Sénégal dispose

des opportunités et des moyens

à la hauteur de ses ambitions,

à l’objectif du mix énergétique

lancé par le président de la

République », a déclaré Marcus

Faschina, le directeur du bureau

de la Coopération financière

allemande lors de la signature

de la convention. y

54 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


POLITIQUES PUBLIQUES

Zimbabwe : la ZESA n’a

tenu que deux semaines

sans pratiquer de

délestages

Fin décembre, les Zimbabwéens ont passé, pour la

première fois depuis des années, deux semaines

sans délestages.

« Pendant la période des fêtes, la

fourniture d’électricité s’est significativement

améliorée. Cela est en partie

dû à la fiabilité de certaines centrales

électriques. En outre, dans le mois de

décembre, la majorité des entreprises

ont pris des congés, diminuant ainsi la

demande en électricité. La Zimbabwe

Electricity Supply Authority (ZESA) a

enfin importé 300 MW d’Afrique du

Sud », a expliqué Fullard Gwasira, le

porte-parole de la ZESA.

Sur ce dernier point, il a insisté sur

le caractère prépayé de l’électricité

importée depuis l’Afrique du Sud :

« Si nous ne percevons pas d’argent,

nous ne serons pas capables d’importer

l’énergie », a-t-il expliqué en insistant

sur l’importance du paiement des

factures par les différents consommateurs.

En outre, ces 300 MW ne

seront exportés par l’Afrique du Sud

que dans la mesure de ses capacités,

ses besoins nationaux étant sa priorité.

Cet apport supplémentaire permettra

au Zimbabwe de préserver la

réserve d’eau du barrage de Kariba

au cours de la nuit, afin de pouvoir

fournir plus d’électricité pendant la

journée.

A la rescousse

M. Gwasira a prévenu que le bout

du tunnel était encore loin en ce qui

concerne la fin des délestages. Dès la

reprise d’activité des entreprises, la demande

augmentera à nouveau, ce qui

induira de nouvelles vagues de délestage.

Il a néanmoins assuré que le gouvernement

continuait ses efforts pour

juguler cette crise. Ainsi, une extension

des capacités de la centrale hydroélectrique

de Kariba, et de la centrale thermique

à charbon de Hwange, est prévue.

Les travaux, qui dureront environ

trois ans et demi, permettront d’ajouter

respectivement 300 MW et 600

MW aux capacités des infrastructures.

En attendant leur achèvement, une

centrale électrique de secours sera installée

à Dema, et fournira 200 MW au

réseau. Elle sera appuyée par la centrale

électrique de Mutare, qui viendra à la

rescousse lors des pics de la demande

électrique, et qui devrait être achevée

d’ici un an et demi.

Au total, le pays envisage de porter

sa capacité de production électrique

à plus de 3000 MW au cours des six

prochaines années. Le coût de l’ensemble

de ces travaux s’élève à plus de

5 milliards $, dont une large part sera

financée par la Chine.

Baisse des réserves d’eau

Le Zimbabwe est en proie, depuis

des années, à un déficit énergétique

aigu. Il produit en effet moins de

Le pays envisage de porter sa capacité de

production électrique à plus de 3000 MW au

cours des six prochaines années. Le coût de

l’ensemble de ces travaux s’élève à plus de

5 milliards $, dont une large part sera financée

par la Chine.

1000 MW, pour une demande de

plus de 2000 MW. Ce déséquilibre

est, en grande partie, dû à la baisse

des réserves d’eau dans les centrales

hydroélectriques, ce qui a entraîné

une diminution drastique de la production.

Selon le porte-parole, cette

diminution de la production s’exacerbera

au cours du mois de janvier, si la

pluviosité ne s’améliore pas. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 55


POLITIQUES PUBLIQUES

AFD : « Par exemple, si un

entrepreneur veut un crédit

pour changer sa chaudière,

la banque peut lui proposer

les crédits Sunref »

Entretien avec Catherine Bonnaud, la directrice de

l’Agence française de développement au Bénin.

n Energies Africaines : Expliqueznous

brièvement ce que c’est que le

Sunref, ce programme dont la mise en

œuvre vient de débuter au Bénin ?

Catherine Bonnaud : Le Sustainable

Use of Natural Resources and Energy

Financing (Sunref) est un instrument

essentiellement consacré au secteur

privé. A travers ce programme, nous

permettrons aux banques d’accompagner

sur les plans techniques et financiers

les entreprises qui ont besoin de

financement et d’accompagnement

technique, et qui intègrent l’efficacité

énergétique et les énergies renouvelables

dans leurs projets.

Par exemple, si un entrepreneur

veut un crédit Orabank pour changer

sa chaudière, la banque peut lui

proposer les crédits Sunref. Mais cela,

après qu’elle ait contacté un expert qui

propose une solution verte à l’entrepreneur.

Ce dernier bénéficie du crédit

à la seule condition qu’il accepte

cette solution. Mais il faut savoir que

le client ne rencontre jamais d’expert,

ni d’agent de Sunref. Tout se passe

entre le client et la banque d’une part,

et Sunref et la banque d’autre part. Le

client de l’AFD, c’est la banque, pas

les pays, ni les PME. En l’occurrence,

c’est Orabank pour le Benin.

n EA : Pourquoi ne pas vous adresser

directement aux entreprises ?

CB : A partir du moment où nous

cherchons à cibler les entreprises,

nous ne pouvons pas, nous, en direct,

travailler avec les entreprises. L’AFD

a une filiale, la Proparco, qui travaille

spécifiquement avec les entreprises,

mais des entreprises de grande taille

qui nécessitent un financement déjà

important. Lorsque nous voulons aider

les entreprises de tailles moyennes

ou grandes, mais pas suffisamment

pour mobiliser notre filiale secteur

privé, nous avons besoin d’un intermédiaire

qui, dans le cas du Sunref,

est la banque. Par conséquent, nous

n’existons pas au niveau des petites

entreprises qui ont besoin de

financement.

n EA : Agissez-vous en quelque

sorte comme un fonds de garantie ?

CB : Non, ce n’est pas un fonds de

garantie. Le programme accompagne

les banques dans la prise de risque,

dans les prêts qu’ils font au privé,

mais sans apporter de garanties. Nous

apportons principalement un appui

technique. Quand une entreprise au

Bénin veut faire un prêt, la banque,

n’ayant pas d’expertise dans le secteur

de l’énergie renouvelable, doit se faire

aider. Mais c’est compliqué de dépêcher

un expert sur fonds propres.

C’est là que nous intervenons pour

l’accompagner au niveau technique.

n EA : Vous êtes également l’un

des principaux partenaires du secteur

énergétique public. Comment jouezvous

ce rôle ?

CB : Au Bénin, nous appuyons la

SBEE, l’entreprise publique de fourniture

électrique, à travers un appui

institutionnel, des prêts et des subventions

octroyés à l’Etat béninois et

rétrocédés à cette société. Ce projet

cofinancé avec la Banque européenne

d’investissement et l’Union européenne,

dans un mixage prêt/don, va

permettre d’améliorer la distribution

de l’énergie électrique dans le département

de l’Atlantique, en installant

des transformateurs, en faisant des

lignes, en aidant à l’accès au compteur.

Cette extension du réseau impli-

56 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


POLITIQUES PUBLIQUES

quera non seulement la mise en place

de nouvelles lignes, mais également

la réhabilitation des lignes déjà existantes

qui causent beaucoup de pertes

en raison de leur état. Elle permettra

d’avoir un réseau plus propre et de limiter

les pertes, tant techniques que

commerciales, de la SBEE. A terme,

le nombre de consommateurs ayant

accès à l’électricité augmentera et la

SBEE réduira ses pertes commerciales

et techniques.

Quand les gens auront accès à

l’énergie et que la société sera mieux

gérée on diminuera, de facto, l’utilisation

de toute source d’énergie plus

polluante, que ce soit le charbon ou

le bois de chauffe, ce qui est une autre

façon d’agir sur le climat.

n EA : Menez-vous également des

actions dans le secteur des énergies

renouvelables ? Et si oui, comment

gérez-vous le manque de cadre

réglementaire ?

CB : Depuis de nombreuses années,

l’agence a mis en place une stratégie

climat. Dans cet engagement, l’AFD

cible l’ensemble des partenaires et

a des partenariats différenciés en

fonction des pays dans lesquels elle

intervient, mais également des partenariats

avec l’ensemble du public.

Nous avons plusieurs schémas et il

revient au gouvernement de prendre

des options.

Pour le hors-réseau, il faut choisir

un modèle parce qu’il s’agit d’une

entité autonome. Le producteur indépendant

d’énergie (IPP) qui intervient

a son propre modèle économique.

Nous pouvons l’aider via les

financements du secteur privé. Nous

pouvons même éventuellement faire

un mixage Proparco-Afd, Proparco

étant la filiale du secteur privé de

l’agence, parce qu’il y a un volet social

non négligeable. Nous apportons de

l’électricité à de petites localités éloignées

du réseau.

Mais il y a également une condition

à cette option. En effet, s’il y a le

réseau qui passe au-dessus du village,

nous n’aiderons pas parce que cette

« Nous permettrons aux banques d’accompagner sur les plans techniques et financiers les

entreprises qui ont besoin de financement et d’accompagnement technique et qui intègrent

l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables dans leurs projets. »

localité pourrait être desservie par le

réseau électrique national. Or, aujourd’hui,

nous n’avons pas une claire

vision des endroits où vont être installées

les minicentrales hors-réseau.

Certaines sont en dessous des lignes,

ou pas loin, ou pas suffisamment loin.

Nous pouvons accompagner les IPP

dont les projets respectent nos standards

techniques parce que nous savons

que cette énergie au coût de sortie

est beaucoup plus chère qui celle

qui est produite par le réseau national.

Si ces centrales sont destinées à être

raccordées au réseau et qu’il se pose

le problème du rachat de l’électricité

par la SBEE, il y a plusieurs façons

d’appuyer le projet. L’Etat peut emprunter

pour construire et signer un

contrat avec un opérateur. Il s’agit là

d’un prêt à l’Etat du Bénin. La seconde

solution est d’accompagner le

privé. Dans ce cas, nous sommes très

pointilleux sur le contrat en ce qui

concerne le mode de financement et

d’opération de l’IPP. Il ne s’agit pas,

en effet, de financer des panneaux et

de s’en aller. Il faut exploiter la centrale,

la maintenir, et revendre son

électricité à la SBEE. A ce niveau, il y

a un problème relatif au prix de rachat

de l’énergie produite par à la SBEE.

Aujourd’hui, il y a un prix arbitraire

de 73 FCFA qui a été proposé mais il

n’est pas encore accepté de tous. D’où

l’importance de la mise en place du

cadre réglementaire.

Nous avons financé, en 2011, la

mise en place de la réglementation,

mais il y a un problème de volonté

politique de mettre en place les cadres

qui conviennent. L’Autorité de régulation

de l’électricité (ARE) a été

créée en 2011, mais elle n’a pas encore

de financement pour fonctionner. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 57


TECHNOLOGIES

Grand Renaissance : en cas

d’échec des négociations,

l’Egypte pourrait faire appel

au Conseil de sécurité

Les pays traversés

par le Nil tentent

toujours de s’accorder

sur les conditions

de faisabilité du

mégabarrage

éthiopien de Grand

Renaissance. L’Egypte

pose ses exigences et

pourrait en appeler au

Conseil de sécurité de

l’Onu.

L’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie

ont achevé en décembre dernier leur

dixième rencontre de négociation relative

à la mise en place du barrage

de Grand Renaissance, alors que l’infrastructure

concernée est à 50% de

sa réalisation. L’Egypte craint que cet

ouvrage gigantesque affecte le cours

des eaux du Nil qui est sa principale

ressource hydraulique. Au cas où un

consensus tarderait à être trouvé, des

solutions sont déjà proposées afin

de lui permettre de sauvegarder ses

intérêts.

Mode de règlement du litige

La première sera l’abandon de la

déclaration de principe signée avec

l’Ethiopie, le pays constructeur du

barrage, et le Soudan qui réaffirme les

droits de l’Egypte sur le fleuve et établit

les règles d’exploitation de cette

ressource commune. Cet accord prévoit

également le mode de règlement

du litige existant entre l’Ethiopie et

l’Egypte à propos de la construction

du barrage. « Le Parlement pourrait

annuler la déclaration de principe.

Dans ce cas, l’Egypte sera en mesure de

retirer sa reconnaissance du barrage,

conformément au droit international

et à sa Constitution », a déclaré

Nader Noureddine, professeur des

ressources en eau à l’Université du

Caire.

Le recours aux Nations Unies

La seconde option envisagée est

l’arrêt des négociations et le recours

aux Nations Unies et au Conseil de

58 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


TECHNOLOGIES

sécurité pour la résolution du problème.

« L’Egypte pourrait en faire un

problème international et demander

aux pays finançant la mise en place du

barrage l’arrêt de ce financement parce

qu’il menace sa sécurité nationale »,

affirme Noureddine, qui soupçonne

l’Ethiopie de faire trainer les négociations

jusqu’à l’achèvement de

l’infrastructure. Et d’expliquer que

le droit international permet aux

pays en amont d’exploiter les eaux

du Nil, mais seulement dans la mesure

où ils ne portent pas préjudice

aux pays situés en aval. L’Ethiopie

aurait dû, à l’en croire, avertir les

autres pays avant de mettre en place

son barrage.

La Cour internationale de justice

La troisième éventualité serait de

poursuivre l’Ethiopie auprès de la

Cour internationale de justice. Cette

option permettra à l’Egypte, selon le

professeur, de disposer d’un moyen

de pression pour obtenir de l’Ethiopie

la signature d’un accord garantissant

la part du Nil revenant à l’Egypte.

« L’Egypte pourrait considérer comme

« L’Egypte pourrait en faire un problème international et demander aux pays finançant la mise

en place du barrage l’arrêt de ce financement parce qu’il menace sa sécurité nationale. »

un acte hostile le fait que l’Ethiopie ne

l’ait pas avertie de la mise en place de

ce barrage. »

Hossam Moghazi, le ministre égyptien

des Eaux a cependant tenu à rassurer

quant à l’évolution des différents

pourparlers. « Nous ne pourront pas résoudre

en une séance un différend qui

perdure depuis quatre à cinq ans. Nous

avons déjà retenu un certain nombre de

solutions et nous continuerons les débats

très prochainement », a-t-il déclaré. y

ARTELIA REMPLACERA DELTARES POUR L’ÉTUDE D’IMPACT

L’Egypte, l’Ethiopie et le Soudan ont signé un accord

désignant les cabinets devant mener les études de

l’impact du barrage Grand Renaissance sur le Nil. Leur

choix s’est porté sur les Français Artelia et BRL qui devront

déterminer si la construction du barrage réduira

l’accès de l’Egypte aux eaux du fleuve.

Ce nouvel accord intervient après le désistement de

Deltares, la firme allemande qui avait été désignée avec

BRL en avril dernier pour effectuer l’étude. Après avoir

manqué les échéances d’août et de septembre 2015

pour présenter ses résultats, Deltares s’est retiré du

contrat. L’entreprise, qui était chargée de la réalisation

de 30% des études d’impact, estimait en effet que les

conditions imposées par le comité, composé des trois

pays, ne lui permettaient pas de mener une étude indépendante

de bonne qualité.

Artelia, qui remplacera donc Deltares, démarrera ses

travaux en février 2016. Moataz Mousa, le ministre

soudanais des Ressources hydrauliques, de l’Irrigation

et de l’Electricité, a indiqué que les études s’étendront

sur une période pouvant aller jusqu’à quinze mois.

La réalisation de ces études d’impact vient en arbitrage

aux différends entre l’Egypte et l’Ethiopie à propos du

barrage. Le Caire craint en effet que l’érection de ce

barrage, en amont du Nil, ne réduise la part des eaux

du fleuve dont elle dépend pour ses besoins hydriques.

L’Ethiopie, quant à elle, assure que la mise en place de

ce barrage de 6000 MW ne portera pas atteinte aux

pays situés en aval, mais qu’elle servira, au contraire, de

locomotive à l’économie régionale.

Entre-temps, le barrage, dont la construction a démarré

en 2011, est déjà bâti à 50% et les travaux se

poursuivent. Les 4,3 milliards de dollars nécessaires à

sa mise en place ont été mobilisés par le gouvernement

et le peuple éthiopien, ce dernier ayant souscrit à des

« obligations barrage ». Ceci inquiète les analystes sur

les mesures qui pourraient être prises au cas où les

résultats des études révéleraient que le barrage affectera

l’approvisionnement de l’Egypte en eau et en

sédiments. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 59


TECHNOLOGIES

Rwanda : le réseau MTN

propose à ses abonnés

de l’électricité à crédit

Mali : la Solektra Solar Academy formera chaque

année 200 ouvriers qualifiés

La Solektra Solar Academy, fondée par la Solekta International, née

de l’initiative d’Akon Lighting Africa, a été inaugurée le 16 décembre

à Bamako. Dédiée aux technologies solaires, elle formera annuellement

200 ouvriers qualifiés et a ouvert ses portes ce mois de janvier

2016. Dirigée par Patrice Dangang, l’académie administre une

formation théorique et pratique sur des thèmes tels que les systèmes

d’électrification décentralisée en milieu rural ou la sensibilisation

sur la dynamique du marché solaire. Les cours pratiques sont prodigués

grâce à des équipements de simulation de pointe.

La création de cette institution permettra à l’initiative Akon Lighting

Africa de disposer des ressources humaines nécessaires pour

continuer son projet d’électrification de l’Afrique. A ce jour, elle est

déjà présente dans quinze pays africains, principalement situés

dans l’ouest du continent, et entend étendre ce nombre à vingt-cinq

l’année prochaine, tout en faisant son entrée sur le marché asiatique.

« Il faut une main d’œuvre suffisamment nombreuse et qualifiée

pour endiguer la crise énergétique que traverse l’Afrique depuis

plusieurs années », déclarait d’ailleurs à ce propos Samba Bathily,

co-fondateur avec Thione Niang et le chanteur Akon de la société

Solektra. « Les technologies solaires sont aujourd’hui rentables et

peuvent être déployées massivement pour accompagner le développement

économique de toute l’Afrique. Notre continent aura bientôt les

moyens de tirer la croissance mondiale », a déclaré Akon. y

Grâce à « MTN Rahura », le

réseau de télécommunication

MTN permet à ses utilisateurs

d’acheter leur électricité à crédit.

« Cet emprunt à taux bonifié

permettra aux utilisateurs du

service MTN Mobile Money d’obtenir

un crédit pour acheter les

unités d’électricité et de payer leur

dette ultérieurement », explique

Gunter Engling, le directeur

exécutif de MTN Rwanda.

Le service ainsi mis en place

permettra aux clients dont les

forfaits d’électricité s’achèvent

alors qu’ils n’ont pas de liquidité

de préfinancer leur énergie.

Accessible aux utilisateurs réguliers

de MTN depuis au moins

trois mois, ce service procède au

remboursement de la dette dès

que le compte mobile money de

l’emprunteur est crédité.

Ce nouveau service entre dans

la stratégie de diversification

de la compagnie qui, en cinq

ans, a réussi à avoir environ 3,5

millions d’utilisateurs du mobile

money au Rwanda. « Nous

désirons fournir à nos clients un

niveau de service le plus élevé

possible en leur offrant le plus

de confort possible grâce à nos

solutions de paiement mobile », a

déclaré M. Engling. y

60 x ENERGIES AFRICAINES

Janvier-Février 2016 4 N°6


TECHNOLOGIES

Le Masdar Institute

développe un dispositif

qui vise à doubler l’efficacité

des panneaux solaires

Les chercheurs du Masdar Institute of Science and

Technology (Abu Dhabi) développent actuellement

un appareil qui permettrait de doubler l’efficacité

des panneaux solaires.

Selon le Masdar Institute, grâce à

son système, les panneaux solaires

pourront transformer 40% de l’énergie

solaire en électricité au lieu des

15% à 18% actuellement convertis.

Cette performance est possible

grâce aux composants de l’appareil

qui permettent d’exploiter les longueurs

d’ondes invisibles du spectre

lumineux, ce qui était impossible

jusque-là. « Le nouveau dispositif est

une combinaison d’un prisme qui sépare

les différentes longueurs d’ondes de

la lumière du soleil, et d’une lentille qui

concentre la lumière, permettant une

meilleure utilisation de l’énergie du soleil

», explique Carlo Maragliano, le

responsable de l’étude de recherche,

dans une publication parue dans le

Journal of Optics.

« La prochaine étape sera de fabriquer des cellules solaires photovoltaïques adaptées et de

les tester avec notre composant optique. »

Moins cher et donc plus accessible

Les panneaux photovoltaïques traditionnels

utilisent la silicone pour

transformer l’énergie du soleil en

électricité. Mais ils peuvent seulement

utiliser une partie des longueurs

d’ondes du spectre lumineux visible.

Le spectre lumineux invisible et les

longueurs d’ondes bleues et vertes

par exemple, plus courtes, ne sont pas

exploités. Selon les auteurs de la recherche,

le coût relativement bas du

plastique utilisé pour la fabrication de

l’appareil le rend moins cher et donc

plus accessible.

Encore un défi à relever

Cependant, cette matière est la

source du principal défi auquel fait

actuellement face le dispositif. Pour

Zeineb Abdmouleh, une ingénieure

de l’université du Qatar, le type de

plastique utilisé se déforme après

une exposition prolongée au soleil.

D’après ses dires, « les conditions météorologiques

telles que l’humidité et la

poussière peuvent causer une déviation

de la lumière », ce qui pourrait affaiblir

les performances de l’appareil.

Néanmoins, l’équipe de recherche

ne renonce pas pour autant au matériau

qui lui donnera accès à plus de

marchés, notamment dans les pays

en voie de développement. « La prochaine

étape sera de fabriquer des cellules

solaires photovoltaïques adaptées

et de les tester avec notre composant optique

», a confié Maragliano. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 61


INTERNATIONAL

Le développement des énergies renouvelables

boostera l’économie mondiale

Les pays émergents ont

plus investi dans les

énergies renouvelables

que les pays développés

en 2015

Au cours de l’année écoulée, les

pays émergents ont surpassé

les pays développés en matière

d’investissements dans les

énergies renouvelables. C’est ce

que révèle la nouvelle analyse

du Bloomberg New Energy

Finance.

En 2015, les économies émergentes

ont investi 126 milliards

de dollars dans les énergies

renouvelables. Ce montant

représente une augmentation

de 39% par rapport aux investissements

effectués en 2014. La

Chine, avec ses 35 GW de capacité

supplémentaire installée (plus

que les Etats-Unis, la France et

la Grande-Bretagne rassemblés),

arrive en tête de cette course. Le

prochain boom est attendu en

Inde où le gouvernement prévoit

d’installer 175 GW de renouvelables

d’ici 2022.

Cette tendance n’est qu’une

autre manifestation du changement

qui s’opère dans l’économie

mondiale. L’année dernière

a été par exemple la première où

la capacité d’énergies renouvelables

installées a dépassé celle

des énergies fossiles installées. y

Augmenter la part du renouvelable dans le mix énergétique mondial

boostera le PIB mondial et améliorera le niveau de vie global.

C’est ce que révèle une étude effectuée par l’Agence internationale

de l’énergie renouvelable (IRENA). Selon ce rapport, amener la part

des énergies renouvelables à 36% de la production énergétique globale,

augmentera le PIB mondial de 1,1% et l’ensemble des indicateurs

sociaux d’environ 3,7%.

Ces révélations viennent contredire certaines rumeurs, selon lesquelles

un développement accru des énergies renouvelables pourrait

porter atteinte au niveau de vie des populations. « Ces analyses

démontrent que la transition énergétique permettra non seulement de

faire face aux défis climatiques, mais également de stimuler l’économie,

d’améliorer le bien-être des communautés et de développer le

secteur de l’emploi », a déclaré Adnan Amin, le directeur général de

l’IRENA. L’atteinte de l’objectif des 36% portera en effet le nombre

d’emplois fournis par les énergies renouvelables de 9,2 millions

actuellement, à 24 millions d’ici 2030. « La transition énergétique

aura un impact économique, social et environnemental. A présent,

nous avons besoin de développer les technologies liées au renouvelable

pour avoir une énergie fiable à coût abordable. Avec l’accord

de Paris, nous avons déjà un signal politique fort et un engagement

commun. A nous maintenant de mettre en place des stratégies et des

programmes pour attirer l’investissement et renforcer la coopération

internationale nécessaire pour supporter cette transition », a-t-il

exhorté. y

La TCFD révèle l’identité de ses membres

La Task Force on Climate-related Financial Disclosure (TCFD) a

révélé l’identité des 21 membres qui collaboreront avec Michael

Bloomberg, son directeur. La TCFD avait en effet été mise en place,

en décembre dernier, par le Conseil de stabilité financière pour

fournir bénévolement aux entreprises des informations relatives aux

risques climatiques.

Parmi les 21 nouveaux membres de la TCFD, « quatre fantastiques »

ont été choisis comme directeurs adjoints. Il s’agit de Denise Pavarina,

directrice de Bradescon, Graeme Pitkethly, directeur financier

d’Unilever, Christian Thimann, chef de la stratégie à AXA et Yeo

Lian Sim, conseiller spécial à la Bourse de Singapour.

L’équipe aura pour mission de publier des informations financières,

à l’endroit des sociétés, par rapport aux risques financiers,

physiques et transitionnels liés au changement climatique. « Comprendre

l’impact du changement climatique sur les investissements

devient progressivement une priorité pour nos clients. La Task Force

est la prochaine étape dans le processus d’une gestion plus efficace des

risques climatiques et nous sommes ravis d’en faire partie », a déclaré

Jane Ambachtsheer, responsable des investissements à Mercer et

membre de la TCFD. y

62 x ENERGIES AFRICAINES

Janvier-Février 2016 4 N°6


INTERNATIONAL

Un réchauffement à

moins de 2°C requiert

12 100 milliards $ et

12,5 TW d’énergies

vertes d’ici 2040

Selon l’étude « Mapping the gap » réalisée par Bloomberg New

Energy Finance, pour maintenir le réchauffement climatique à

moins de 2 °C, par rapport à l’ère préindustrielle, comme ils s’y

sont engagés, tous les pays du monde devront investir environ

12 100 milliards de dollars dans les énergies vertes d’ici 2040.

Ce montant, qui correspond à une

moyenne d’investissement de 848

milliards par an, permettra la mise en

place de centrales éoliennes, solaires,

géothermiques et à biomasse d’une

capacité globale de 12 500 GW.

Ces investissements augmenteront

graduellement jusqu’en 2025 avant

d’amorcer un mouvement de baisse

mais, dans tous les cas, ils demeureront

supérieurs aux sommes actuellement

investies dans ces énergies.

Baisse des prix

L’atteinte de cet objectif passe également

par des investissements massifs

dans les énergies bas carbone que sont

l’hydroélectricité et, dans une moindre

mesure, le nucléaire. 5874 milliards

devront être injectés dans ces secteurs

sur les 25 prochaines années. Au total,

18 007 milliards $ seront nécessaires

pour le financement des énergies bas

carbone, qu’elles soient anciennes

ou nouvelles. Le rapport prévoit,

dans ce cas, une baisse progressive et

constante du prix de l’énergie qui passera

du 1,74 $ le mégawatt actuel à

1,03 MW d’ici à 2040.

Sinon…

L’étude « Mapping the gap », réalisée

par Bloomberg New Energy

Finance en collaboration avec Ceres,

a également abordé le scénario business

as usual (BaU) qui présente

l’hypothèse où aucune mesure supplémentaire

n’est prise. Dans ce cas,

les investissements dans le solaire,

l’éolien, la géothermie et la biomasse

seront inférieurs de 75% au scénario

de maintenance de la température en

dessous de 2 °C. Ils ne seront alors

que de 6900 milliards d’ici 2040. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 63


INTERNATIONAL

La Chine, championne

mondiale du développement

des énergies renouvelables

Comme dans tout ce qu’elle entreprend, la Chine

bat des records dans le domaine des énergies

renouvelables. Elle a en effet installé, au cours de

l’année 2015, 30,5 GW de centrales éoliennes, soit

une progression de 32% par rapport aux 23 GW mis

en place en 2014.

Les nouvelles installations de

2015 portent le parc éolien chinois à

145 GW, loin devant les autres puissances

: 75 GW pour les Etats-Unis

et 43 GW pour l’Allemagne. Dans

le domaine du solaire, elle a installé

16,5 GW en 2015, contre 12,9 GW

en 2013.

« Aucun pays n’a jamais développé ses

capacités de production à partir d’énergies

renouvelables de façon aussi rapide

que la Chine ces dernières années. La

Chine a ainsi pu satisfaire la croissance

de 20% de la demande d’électricité

observée entre 2011 et 2015 avec

des énergies propres, tout en réduisant

l’usage du charbon, ce qui constitue

une prouesse », a commenté Lauri

Myllyvirta de Greenpeace.

Qu’un début…

Ces inscriptions de records en

matière d’installation de capacités

d’énergies renouvelables devraient

continuer, selon l’Institute for Energy

Economics and Financial Analysis

(IEEFA). « La Chine installera, l’an

prochain, 24 GW d’éolien, 16 GW

d’hydroélectricité, 6 GW de nucléaire

et inscrira un nouveau record pour le

solaire, avec 18 à 20 GW de nouvelles

La consommation de charbon par

la Chine a diminué de 5% au cours

de l’année écoulée. Elle devrait

encore baisser selon les prévisions.

capacités. Avec une demande d’électricité

qui ne devrait croître que de 3 à

4%, ces 65 GW de nouvelles capacités

bas carbone seront plus que suffisantes

pour répondre à la hausse de la demande,

si bien que la consommation

de charbon devrait encore diminuer en

2016 », analyse Tim Buckley, le directeur

des études sur le financement

de l’énergie à l’IEEFA.

L’Inde sur le même chemin

Cette performance de la Chine

reflète une évolution généralisée

de l’engagement des pays dans les

énergies renouvelables. « Alors que

la Chine inscrit de nouveaux records,

l’Inde continue de progresser vers son

objectif d’installer 175 GW de capacités

renouvelables à bas coût d’ici

2022 et d’améliorer l’efficacité de son

réseau électrique », a-t-il précisé. Le

pays a en effet établi un nouveau

plancher en termes de coût de

l’énergie solaire. L’énergie générée

par la centrale de 70 MW, qui sera

installée par le Finlandais Fortum

Finnsurya, sera cédée à 0,064 $ le

kilowattheure. L’Allemagne a satisfait

30% de son besoin énergétique

grâce à des ressources renouvelables,

avec une stabilisation de l’énergie

produite à partir des combustibles

fossiles. Les émissions globales de

CO 2 liées aux énergies fossiles ont,

quant à elles, connu une baisse de

3 à 4%, soit l’équivalent des émissions

de la Pologne, tandis que les

investissements dans les énergies re-

64 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6


INTERNATIONAL

« La Chine installera, l’an prochain, 24 GW d’éolien, 16 GW d’hydroélectricité, 6 GW de nucléaire et inscrira un nouveau record pour le solaire,

avec 18 à 20 GW de nouvelles capacités. »

nouvelables ont augmenté de 4% par

rapport à 2014, s’élevant à 329 milliards

de dollars. Cette tendance devrait

se poursuivre et s’amplifier avec

les répercussions de l’accord de Paris

sur le climat.

En finir avec la dépendance au

charbon

La proportion de l’électricité produite

à base de charbon a diminué

de 4% en 2015 en Chine, selon les

estimations de l’IEEFA. « L’attrait de

la Chine pour le charbon et les niveaux

d’émissions élevés de gaz à effet de serre

s’estompe », a déclaré l’institut. Avec

la baisse des importations de charbon

de la Chine combinée à celle de

l’Inde, « la dernière lueur d’espoir vient

de s’éteindre pour les exportateurs thermiques

», poursuit l’IEEFA.

De façon plus globale, la consommation

de charbon par la Chine a

diminué de 5% au cours de l’année

écoulée. Elle devrait encore baisser selon

les prévisions. Cette baisse consécutive

aux -2,9% observés en 2014

vient confirmer la théorie de l’organisation

qui avait déclaré que le pays

avait atteint son pic de consommation

de charbon en 2013.

Ces événements accroissent les

chances de la Chine d’atteindre son

pic d’émission de gaz à effet de serre en

2020 selon l’agence ; ce qui représente

une avancée significative par rapport

à l’échéance de 2030 annoncée par le

pays en prélude à la COP 21.

L’Administration nationale d’énergie

de la Chine a également révélé

que la croissance de la consommation

d’électricité avait ralenti au

cours de l’année. Elle n’a été que de

0,5%, ce qui représente son niveau le

plus bas depuis 1998. Ce ralentissement

confirme le découplage entre

la consommation énergétique et la

croissance du PIB, qui a été de 7%

en 2015.

Ces améliorations observées dans

l’empire du Milieu ne sont que les

premières manifestations d’un changement

qui devra être plus global.

« Le développement à bas carbone

n’est plus une option, mais une feuille

de route que nous devons mettre en

place. Cela a des implications pour le

« L’Inde continue de progresser

vers son objectif d’installer 175 GW

de capacités renouvelables à bas

coût d’ici 2022. »

secteur énergétique et le charbon comme

les énergies renouvelables les ont déjà

ressenties. Les activités pétrolières et

gazéifères devront probablement aussi

s’adapter », a déclaré Laurent Fabius,

le ministre français des Affaires étrangères

qui a également présidé la conférence

de Paris sur le climat. y

Janvier-Février 2016 4 N°6

ENERGIES AFRICAINES x 65


LEADER DU MOIS

Tony Elumelu encourage

le Congrès des Etats-Unis

à considérer l’adoption de

la loi Electrify Africa

Tony Elumelu (à gauche), à l’hôtel Marriott de Washington, accompagné de Donald Kaberuka, ancien président de la Banque africaine de

développement.

Le 28 janvier, Tony Elumelu, le

président de Heirs Holdings, promoteur

de la Fondation Tony Elumelu et

président du groupe bancaire UBA, a

fait appel au Congrès des Etats-Unis

pour l’adoption de la loi « Électrifier

l’Afrique », soutenant que cette loi apportera

beaucoup de changements en

Afrique. « Quand vous partez d’ici, appelez

vos représentants ainsi que les dirigeants

de la Chambre, et demandez-leur

d’adopter le projet de loi », a exhorté

M. Elumelu à un auditoire rempli.

S’exprimant à l’hôtel Marriott de

Washington DC, lors du sommet

Power Africa, M. Elumelu a loué

les efforts du Président Obama qui

a mobilisé le secteur privé pour investir

43 milliards de dollars dans le

secteur de l’énergie en Afrique, à travers

l’initiative « Power Africa ». Selon

M. Elumelu, l’Afrique doit surmonter

le défi énergétique si elle aspire

à devenir une puissance industrielle

au vingt-et-unième siècle, relevant

que « les coupures d’électricité doivent

être assimilées à des exactions. Le genre

d’exactions qui réveille l’activiste en

chacun de nous ».

Heirs Holding, entreprise d’investissement

privée de Tony Elumelu, a

elle-même promis, à travers la société

Transcorps Power, la somme de 2,5

milliards de dollars pour la fourniture

de 2000 mégawatts d’électricité

dans le cadre de l’initiative « Power

Africa ». Actuellement, Transcorps

Power produit environ 19% des besoins

énergétiques du Nigeria avec le

but d’augmenter la capacité à 25%

dans un futur proche. « L’énergie

touche et a un impact sur la prestation

des soins de santé, la création d’emplois,

l’éducation, l’industrie alimentaire,

la sécurité, la communication et tous

les autres secteurs de l’économie. C’est

inadmissible que 600 millions d’Africains

n’aient pas d’accès à l’énergie au

21 ème siècle », dit M. Elumelu. y

66 x ENERGIES AFRICAINES Janvier-Février 2016 4 N°6

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