Prix des monuments historiques 2016

denkmalpflege

Edition spéciale du Service des monuments historiques du canton de Berne et du Magazine Umbauen+Renovieren, Archithema Verlag

ÉDITION SPÉCIALE DU SERVICE DES MONUMENTS HISTORIQUES DU

CANTON DE BERNE ET DU MAGAZINE UMBAUEN+RENOVIEREN, ARCHITHEMA VERLAG

WWW.BE.CH/DENKMALPFLEGE ET WWW.UMBAUEN-UND-RENOVIEREN.CH

Prix des monuments historiques

SERVICE DES MONUMENTS HISTORIQUES DU CANTON DE BERNE 2016

Récompensé

Du privilège de vivre dans

un monument historique

Une maison jumelée à Bienne restaurée

avec pragmatisme

Prix spécial

RESTAURATION D’UN

ANCIEN BÂTIMENT

ARTISANAL À BERTHOUD


Une construction

ancienne esthétique et

2

de qualité

1

1 Vue de loin, cette

maison jumelée à la rue

des Alpes à Bienne a

l’air d’une imposante

villa. C’est seulement

aux deux entrées et à la

cloison dans le jardin

que se reconnaît la division

en deux moitiés

indépendantes.

2 L’aménagement intérieur,

de grande qualité

dans les deux parties,

a été maintenu pour

l’essentiel. Il donne un

charme particulier aux

escaliers et aux pièces

de séjour.

C’est une maison jumelée dans le quartier des vignes de Bienne. Les propriétaires

ont restauré leur intérieur avec beaucoup de soin, et amélioré

l’équipement en ménageant la substance. Ils ont restauré conjointement la

façade et créé pour cela une gamme de couleurs et de matériaux. Le Prix

des monuments historiques est décerné aux maîtres de l’ouvrage pour leur

approche pragmatique axée sur la substance bâtie ancienne.

textes: Elisabeth Schneeberger, photos: Stefan Weber, rédaction: Silvia Steidinger

2


3

« Nous avons élaboré une gamme de teintes et

de matériaux en nous fondant sur les résultats de

l’analyse des couleurs. » Sven Harttig

4

5

3 Deux petits fourneaux

du type «poêlearmoire»,

fabriqués à

Bienne en 1905 et plus

tard montés à Brienz,

sont revenus à leur lieu

d’origine, grâce notamment

à l’intervention

personnelle d’un

poêlier.

4 Au début, les Harttig

étaient indécis quant au

maintien ou non de la

couleur naturelle sombre

des boiseries, des

plafonds à caissons et

des portes. Ils ont finalement

décidé de vernir

une partie et de laisser

aux éléments structurants

leur aspect de

bois naturel.

5 La frise au pochoir

découverte dans le porche

d’entrée a été reproduite

sur les parois

de la nouvelle cuisine

et des toilettes.

5


« Il y a encore deux ou trois choses que l’on pourrait

faire, mais il faut se poser la question de la proportionnalité

et de la perte de substance. » Sven Harttig

Le vignoble dominant la ville de Bienne

vers 1890. À gauche, la villa Jägerstein.

Il n’y a pas encore de constructions sur le

coteau (Mémoire régionale, Annemarie

Geissbühler-Lanz, Bienne).

R

egula et Kuno Cajacob se rappellent

leur première visite: «Pour nous, le

coup de foudre est venu quand nous

avons vu les détails de l’intérieur. Nous

avons été enchantés par les anciennes fenêtres,

le poêle à catelles, le sentiment de l’espace …

Les vendeurs ont remarqué que cette architecture

nous plaisait et que nous allions la conserver.

C’est peut-être pour cela que nous avons

été choisis comme acquéreurs.»

Vue de loin, cette maison de 1903 est une

villa cossue. Puis les deux entrées et la clôture

dans le jardin font comprendre qu’il s’agit de deux

moitiés de maison indépendantes. Les architectes

Bösiger & Daxelhoffer ont conçu une disposition

dissymétrique pour tenir compte du versant

orienté au sud-est. La loggia et l’avant-corps

incurvé captent un maximum de soleil pour chacune

des parties.

Détails anciens et éléments nouveaux

Les nouveaux propriétaires de la moitié ouest

ont emménagé en 2001. «N’étant pas du métier,

nous avons demandé conseil pour l’entretien à

des maîtres d’état et au Service des monuments

historiques». Cela a permis par exemple de

maintenir en usage une partie des anciens stores

à rouleaux. Beaucoup de fenêtres sont d’origine,

et elles ont été délicatement rénovées. Pour la

porte d’entrée, les propriétaires ont reçu une

grille provenant des dépôts des Monuments historiques.

C’est la cuisine qui a été le plus transformée.

«Nous voulions un aménagement moderne.

Je suis fascinée par l’opposition entre

ancien et moderne», dit Regula Cajacob. La

fenêtre de la cuisine a été agrandie en porte

donnant directement sur le jardin. C’est une

petite atteinte à la substance ancienne, mais un

grand profit pour la qualité de l’habitat. Le conseiller

des Monuments historiques est du même

avis: «Il doit être possible de s’installer de manière

à se sentir à l’aise.» Les Cajacob ont demandé

de pouvoir participer à la recherche des

acquéreurs de l’autre moitié de la maison. Ils

voulaient trouver des personnes capables de

s’enthousiasmer pour un intérieur ancien conservé,

mais nécessitant un entretien.

Procéder avec pragmatisme

Avec Sven et Nina Harttig, cela a été encore

une fois le coup de foudre. Ils sont devenus les

nouveaux voisins. Sven Harttig, architecte,

6

6 Les nouveaux sols en

granito de la cuisine et

de la salle de bains

pourraient tout aussi

bien avoir été posés en

1903. L’aménagement

moderne des salles

d’eau s’harmonise parfaitement

avec le reste

de la maison.

7 La conception des

combles a complètement

changé. Confortablement

aménagé,

cet espace est devenu

maintenant un havre

de paix.

Du vignoble au quartier de villas

Au début du XX e siècle, sur un versant offrant une vue magnifique,

le vignoble fait place à un quartier de villas. Texte: Ursula Maurer

L

ongtemps, elle a été seule sur sa hauteur.

Elle, c’est la villa Jägerstein, aux

allures de château, qu’a fait construire

pour lui en 1863 Alexander Köhli,

architecte et grand amateur de chasse. Comme

le montrent les photos anciennes, le versant

au-dessus du faubourg du Lac était entièrement

planté de vignes, avec des murs de terrasse.

C’est en 1896 seulement qu’est apparue une

deuxième maison, à l’ouest du Jägerstein. Puis

quatre autres dans les environs immédiats

jusqu’à la fin du siècle. Toutes ces maisons se

rattachent à l’historicisme, avec leurs éléments

de décor empruntés à la Renaissance, au baroque

et au classicisme.

Entre 1900 et la Grande Guerre, les constructions

s’étendent vers l’ouest et vers le haut,

le long des petits chemins de vignes. Les maîtres

d’ouvrage sont le plus souvent des bourgeois

aisés qui recherchent une belle vue: des

industriels, un professeur du Technicum, un

pharmacien, un négociant. Il y a aussi des architectes

et des entrepreneurs qui bâtissent des

maisons pour leur compte puis les vendent. Les

villas Heimatstil sont particulièrement appréciées,

avec des décors parfois inspirés de maisons

de campagne baroques, ou une touche contemporaine.

À partir de 1904, la ville améliore le chemin

qui traverse ce quartier en rapide expansion.

En 1908, les habitants obtiennent le changement

de nom: ce ne sera plus le «chemin du

Jägerstein», mais la «rue des Alpes», au grand

déplaisir du Heimatschutz, qui constate avec

regret «que le sens de la qualité (…) a dû céder

devant une certaine folie des grandeurs». La

même année encore, en contrebas de la route,

commence la construction du gymnase, édifice

monumental fait pour en imposer.

Après la Première Guerre mondiale, les constructions

se multiplient: d’abord surtout dans

le Heimatstil, puis dès 1930 de plus en plus

dans l’esprit de l’architecture moderne. Les

célèbres architectes Salvisberg & Brechbühl y

ont eux aussi laissé leur signature: une grande

villa construite en 1936 à côté du pont sous le

Jägerstein.

Plan de la ville de

Bienne et de ses

environs en 1902, par

le Bureau municipal

du cadastre (Vögeli).

La villa Jägerstein est

visible dans le tiers

supérieur droit; en

dessous, le Jägersteinweg

(future rue

des Alpes), avec les

maisons construites

à partir de 1896 (Archives

de la Direction

des travaux publics

de la ville de Bienne).

6

7


9

a commencé la restauration en 2014, en procédant

de manière pragmatique: rafraîchir un

aménagement de qualité et n’intervenir que là

où il y a des raisons techniques impératives de

le faire, ou si pour un gain de confort appréciable,

la perte de substance est minime.

Les propriétaires se rappellent la passionnante

élaboration d’une gamme de teintes et de

matériaux sur la base des résultats de l’analyse

des couleurs. Fallait-il laisser l’aspect naturel

des éléments en bois foncé ? Ils ont décidé d’en

vernir une partie; les éléments structurants ont

conservé leur aspect de bois naturel. Pour remplacer

les anciens poêles disparus, deux petits

poêles à catelles de l’époque de la construction

et de fabrication biennoise, trouvés dans le dépôt

des Monuments historiques, ont été une excellente

solution. L’aménagement des salles d’eau

est neuf, mais en harmonie avec la maison. La

cuisine, comme dans l’autre moitié de la maison,

dispose d’une sortie vers le jardin. Un artifice

ingénieux a permis de créer un passage vers

la salle à manger: les propriétaires ont démonté

les portes et le fond de l’armoire, qui a la hauteur

de la pièce, et refait le revêtement intérieur.

C’est pendant la restauration que les Harttig

ont décidé d’aménager les combles. Comme

un agrandissement de la lucarne existante aurait

nui aux proportions de la maison, ils ont fait

installer une fenêtre de toit. L’idée a fait l’objet

d’une discussion approfondie entre Sven Harttig

et le conseiller des Monuments historiques.

Les deux interlocuteurs sont d’accord: «Dans

un projet de construction, c’est normal d’avoir

des discussions de ce genre.» Du coup, la conception

de l’espace des combles a complètement

changé. Les propriétaires apprécient maintenant

cette impression paisible qui s’en dégage.

C’est un refuge contre l’agitation de la vie

professionnelle et familiale.

Une question de proportionnalité

Sur la question de l’énergie également, Monsieur

Harttig a soigneusement étudié la maison

et décidé des mesures d’amélioration à prendre

avec le conseiller des Monuments historiques.

Il a isolé la toiture, mais laissé le rez-de-chaussée

et l’étage tels quels, y compris les fenêtres.

Pour les propriétaires des deux parties,

l’esthétique des fenêtres originales contribue

au caractère et au charme de la maison. «Il y a

encore deux ou trois choses que l’on pourrait

faire, mais il faut se poser la question de la proportionnalité

et de la perte de substance.»

10

8

« N’étant pas du métier, nous avons

demandé conseil pour l’entretien à des

maîtres d’état et au Service

des monuments historiques. »

Kuno Cajacob

8 Les grandes fenêtres

de la loggia laissent

généreusement entrer

la lumière du soleil. Les

fenêtres et les contrefenêtres

sont d’origine,

et d’une esthétique très

agréable.

9 C’est le détail qui

révèle la qualité: une

partie des anciens

stores à rouleau, soigneusement

entretenus,

sont encore en usage.

10 La fenêtre de la

cuisine a été transformée

en porte-fenêtre

donnant sur le jardin.

La cuisine offre un contraste

intéressant entre

ancien et moderne.

8


11 12

La maison ne soutient pas la comparaison

avec les normes énergétiques actuelles, mais

on ne peut pas tout avoir», ajoute Sven Harttig.

Pour les propriétaires des deux parties, c’est

un enrichissement que d’habiter dans un monument

historique. Les Harttig se disent fascinés

par l’esthétique et la qualité de la construction;

leurs voisins apprécient le sentiment de

bien-être, la perception de l’histoire de la maison,

les diverses facettes de son architecture.

«La maison a un atout en chaque saison: la chaleur

des poêles à catelles en hiver, les variations

d’incidence de la lumière à l’entre-saison et le

jardin en été.»

Non pas pour faire «plus beau que jamais»

L’aménagement du jardin est typique de

l’époque et du quartier: des surfaces de gravier,

des plates-bandes et sur le versant des terrasses

à murets de calcaire. Pour leur clôture, les

Cajacob ont réutilisé d’anciennes grilles en fer

forgé. Tout a été remis en état, simplement. Non

pas pour faire «plus beau que jamais», mais

pour l’usage quotidien.

En 2014, les propriétaires des deux moitiés

ont entrepris conjointement la restauration des

façades et de la toiture. Pour cela, ils ont d’abord

élaboré une gamme de couleurs et de matériaux.

Ici aussi, le pragmatisme avant tout: ce

programme servira de guide pour de futurs travaux

d’entretien. Sur l’ancien coteau de vignes

de Bienne, la maison présente maintenant son

étonnante association de couleurs. «Pour nous

et pour nos enfants, c’est une chance d’habiter

ici», conclut Nina Harttig. La réciproque n’est

pas moins vraie: une maison jumelée a trouvé

ses propriétaires idéaux.

11 «En hiver, le poêle

est pour nous comme

une personne à part

entière dans la maison.

Quand on allume le

feu, il faut s’y prendre

délicatement.» (Kuno

Cajacob)

12 Le sol en granito de

la loggia présente une

frise de bordure contenant

des petites pierres

à reflets dorés. Lors

de la restauration, il a

suffi de le nettoyer.

13 + 14 Un jardin typique

de l’époque de la

construction, avec des

surfaces de gravier, des

plates-bandes et des

terrasses à murets en

calcaire.

« La maison a un atout en chaque

saison: la chaleur des poêles

à catelles en hiver, les variations

d’incidence de la lumière à

l’entre-saison et le jardin en été. »

Kuno Cajacob

13 14

Nina et Sven Harttig avec leurs enfants (à gauche), Regula et Kuno Cajacob.

Façade sud

Rez-de-chaussée

WC

cuisine

entrée

WC

cuisine

entrée

manger habiter

manger habiter

0 5

NEUF

LOGEMENT HARTTIG

LOGEMENT CAJACOB

N

Adresses

Planification et exécution

(Rue des Alpes 35 et façades)

Harttig Architekten GmbH

Rue des Prés 90, 2503 Biel-Bienne

T 032 365 60 30

www.harttig-architekten.ch

Conseiller Monuments historiques

Rolf Weber

Service des monuments historiques du

canton de Berne

Münstergasse 32, 3011 Berne

T 031 633 40 30

www.be.ch/denkmalpflege

Analyse des couleurs

Hans-Jörg Gerber

Ringstrasse 6, 2560 Nidau

T 032 331 26 21

restaurierungen@bluewin.ch

Peinture et plâtrerie

Carmelo Aliberto

Zohngasse 45, 2562 Port

T 032 365 18 38, www.aliberto.ch

Roman Stalder GmbH

Brünnmatten 20, 2563 Ipsach

T 032 331 97 40, www.malerei-stalder.ch

Fenêtres

Rosa Fenster GmbH

Meisenweg 10, 3292 Busswil

T 032 387 05 50, www.rosafenster.ch

Menuiserie

(Rue des Alpes 33), Martin Jegge

Rue Haute 4 et 10, 2502 Biel-Bienne

T 032 323 49 58

www.jegge-antiquitaeten.ch

(Rue des Alpes 35), Hurni + Sohn AG

Riederenstrasse 10, 3206 Ferenbalm

T 031 754 50 50

www.hurni-schreinerei.ch

Planchers

Brodbeck AG

Rue Centrale 27, CP, 2501 Biel-Bienne

T 032 329 32 00, www.brodbeck-ag.ch

Poêles

Benjamin Zweifel

Hinterstädtli 31, 4537 Wiedlisbach

T 079 565 19 83, www.zweifelofenbau.ch

Daniel Enz-Rubin

Scheunenberg 71, 3251 Wengi b. Bern

T 032 389 50 63

Serrurerie

Schweres – Urs Himmelreich

Constructions métalliques et de meubles

Schloss Reichenbach, 3052 Zollikofen

T 031 911 96 00, www.schweres.ch

10

11


Construire et habiter dans un environnement

historique: plaisir, entrave ou un peu des deux?

Sven Harttig est un architecte qui attache plus d’importance à l’esthétique

et à la qualité de la substance bâtie qu’au luxe. Pour lui et sa famille,

habiter une maison ancienne est un enrichissement.

PRIX SPÉCIAL 2016

Confort d’un

bâtiment artisanal

Sven Harttig

Comment conseillez-vous un maître

d’ouvrage qui possède une maison ancienne

et veut la rénover ou la transformer?

Cela dépend des personnes. L’architecte a assurément

un rôle de médiateur entre le maître

de l’ouvrage, le bâtiment et le Service des monuments

historiques. Certaines personnes apprécient

la substance bâtie historique et sont

prêtes à élargir leur horizon en se disant que

plus il y a d’avis compétents, mieux c’est.

D’autres ont au contraire des appréhensions

précisément à cause de cette composante historique,

ou alors elles considèrent plutôt l’aspect

financier. Le rôle de l’architecte est de voir où

il faut aller chercher les gens et jusqu’où il est

possible d’aller. Le projet de rénovation doit

donc être taillé sur mesure et ne pas négliger

la dimension financière. Il faut des solutions

pragmatiques pour une transformation

d’ampleur raisonnable.

Comment se déroule votre collaboration

avec le Service des monuments historiques?

Avec le Service des monuments historiques, les

discussions sont parfois animées, mais elles sont

aussi précieuses. Il est souvent utile, pour un architecte,

d’avoir un contradicteur! En la personne

du conseiller des Monuments historiques, j’ai

découvert un interlocuteur coopératif, qui sait

parfaitement que, dans un cas extrême, un maître

d’ouvrage peut rejeter toutes les propositions

de conservation qui lui sont faites. En revanche,

la subvention pour l’assainissement de constructions

anciennes est toujours bienvenue et peut

avoir une influence sur l’évolution d’un projet.

« Apprendre à connaître

et à comprendre

les qualités des maisons

anciennes a influencé

ma manière de

voir l’architecture. »

On entend souvent dire: «Monuments historiques,

ça va coûter cher.» Qu’en pensezvous?

D’une manière générale, un assainissement est

relativement coûteux. Maison ancienne ou construction

neuve, dans un cas comme dans

l’autre, si l’on choisit des matériaux et des entreprises

de qualité, il faut mettre le prix. Reconstituer

dans les règles de l’art des éléments

bâtis anciens peut être coûteux, mais cela produit

aussi une valeur ajoutée. Généralement,

les frais supplémentaires qu’occasionne la restauration

des éléments anciens sont plus ou

moins couverts par les subventions. Il est intéressant

de noter que les constructions assez récentes,

des années 1960 et 1970, sont souvent

plus difficiles à assainir que les maisons plus

anciennes, dont les jointures sont bien lisibles

et les conduites apparentes. Ce sont en fait des

constructions «mécaniques», ce qui rend leur

restauration plus facile.

Qui sont les gens attirés par des maisons

anciennes?

Ce sont des gens qui savent apprécier la valeur

d’un bâtiment historique et de sa substance et

sont prêts à payer pour cela. On préfère des logements

dans les bâtiments anciens alors que

l’équipement n’est pas celui des appartements

modernes. Souvent même, on trouverait un logement

neuf pour le même prix. Je crois que

l’atmosphère y est pour beaucoup et que c’est

cela qui amène les gens à préférer habiter un

logement ancien, quitte à faire des sacrifices

en termes de confort.

Et pour vous, quel est l’attrait?

J’ai l’impression que dans les maisons anciennes

les gens ont spontanément une sensation

de bien-être. On pourrait disserter longtemps

sur le pourquoi … Cela a probablement

à voir avec notre expérience de la perception.

Les maisons anciennes suscitent des images

qui nous sont familières et nous suggèrent des

associations d’idées. Mon travail avec des bâtiments

anciens a aussi transformé ma conception

de la construction. Apprendre à connaître

et à comprendre les qualités des maisons

anciennes a influencé ma manière de voir

l’architecture.

Qu’est-ce que cela signifie, pours vous et

votre famille, d’habiter dans un bâtiment

historique?

C’est un enrichissement! Nous nous demandons

quelle valeur nos enfants accorderont à la

maison dans vingt ans. Dans tous les cas, nous

essayons de leur enseigner le respect que mérite

un bâtiment comme celui-ci. Par moments,

assis sur le canapé, nous sommes frappés par

un détail que nous n’avions pas encore remarqué.

Ce sont des moments de joie. Pour nous,

habiter dans une maison classée monument historique

n’est pas une contrainte, au contraire.

Si l’on ne partage pas cette manière de voir, il

faut faire un autre choix d’habitat.

Interview: Elisabeth Schneeberger

1 Au bord de l’ancienne route de Berne,

un bâtiment qui attire immédiatement le

regard. Il abritait autrefois des bureaux

et des entrepôts.

Le Prix spécial de la commission des Monuments historiques

récompense l’engagement personnel d’une propriétaire en faveur

d’un ancien bâtiment artisanal à Berthoud.

texte: Isabella Meili-Rigert, Hermann Häberli, photos: Verena Menz, rédaction: Silvia Steidinger

12

13


D

ébut 2014, Maya Manz, artiste sur verre,

achète la maison à la Bernstrasse 9

pour y aménager deux appartements

et un atelier avec local de vente. Les

lieux ne sont pas très avenants: des murs délabrés,

une brèche dans une façade et une

bâche au-dessus de l’aile d’entrée pour remédier

à la perméabilité du toit. Construite en

1860 par Robert Roller Junior pour abriter un

entrepôt et des bureaux de la toilerie des frères

Fankhauser, cette maison à colombages, modeste

mais bien proportionnée, a été utilisée

comme imprimerie durant plusieurs dizaines

d’années, et finalement vendue à un investisseur

en 2006. La démolition d’abord envisagée

a pu être évitée. L’investisseur a alors chargé

les architectes Hunziker et associés, à

Oftringen, d’élaborer un projet d’immeuble locatif

neuf. Ce projet ne nécessitait que la démolition

de la remise pour faire place à la rampe

du garage souterrain. La maison ancienne,

digne de protection, a été détachée comme

parcelle isolée et revendue.

Une restauration axée sur l’état historique

Un coup de chance pour la nouvelle propriétaire,

qui planifie elle-même l’assainissement et la

transformation en collaboration avec les Monuments

historiques, mandate un maître d’œuvre

expérimenté et met la main à la pâte, passant

d’innombrables heures sur le chantier. Les phases

de transformation sont conservées comme

des témoignages historiques, remises en état et

restaurées, sauf là où l’utilisation moderne impose

des contraintes. La même conception a guidé

la réparation des façades à colombages, qui

ont été repeintes avec les couleurs du début du

XX e siècle. L’axe d’entrée a retrouvé une toiture

de tôle, et les cheminées des couvertures

conformes à l’état ancien. Quant aux fenêtres,

elles ont été remplacées par de nouvelles, plus

appropriées par leur style et leur matériau. La

répartition des pièces s’est faite de manière à

pouvoir maintenir en fonction le deuxième escalier

intérieur.

Une patine maintenue

Le rez-de-chaussée, qui a servi au commerce

d’étoffes puis à la production d’imprimés, était

conservé dans son état d’origine. La propriétaire

y a fait installer une salle de bains, une

cuisine et un petit magasin qui est relié à

l’atelier en sous-sol par une descente d’escalier,

et maintenant accessible aussi depuis la rue.

Les couleurs des boiseries ont été légèrement

éclaircies. Le ponçage manuel des anciens planchers

a permis de conserver la patine laissée

par des années d’utilisation artisanale. À l’étage,

là où à l’origine se trouvait l’entrepôt et où un

logement avait été aménagé dans les années

1950 déjà, la propriétaire s’est contentée de

changer l’emplacement de la cuisine et de rafraîchir

les surfaces. Deux chambres isolées thermiquement

ont été créées dans les combles, qui

pour le reste ont été laissés froids. Elles servent

de chambres d’amis pour l’appartement du haut.

2

L’immeuble moderne voisin a été achevé entretemps,

mais c’est la maison ancienne qui attire

à nouveau les regards.

Reconnaissance de la qualité

d’une restauration

Transformer un monument historique, ce peut

être aussi simple que ça, et aussi convaincant.

Un bâtiment sobre mais avec du caractère,

ayant perdu presque tout son terrain, a connu

ainsi une revitalisation éclatante qui semblait

s’imposer d’elle-même. La maison restaurée affirme

sa présence surprenante dans la rue. Une

petite place aménagée dans le goût méditerranéen

sert à des usages très différents selon la situation,

y compris au stationnement d’une voiture.

On y accède par deux fenêtres transformées

en portes. L’aménagement extérieur est vivant

mais discret. L’intérieur est soigné et l’on y voit

un mobilier léger sur un plancher marqué par

le poids des presses et les traces d’encre. Dans

les nombreuses réparations approfondies et les

traitements appliqués avec délicatesse, on se réjouit

des teintes chaudes et de la qualité des surfaces,

mais aussi de choses plus inattendues, tel

ce vernis de sol peu courant, que la propriétaire

a appliqué elle-même. Cette maison récemment

encore menacée de démolition est à nouveau

prête, avec son histoire et ses histoires, à accueillir

la génération actuelle et celles qui lui

succèderont. Le Prix spécial récompense le travail

d’équipe d’une restauration réalisée avec

ménagement et sensibilité, ainsi que

l’engagement personnel de la propriétaire.

2 Les machines ont disparu, l’espace est devenu

habitable. Il a suffi ici de rafraîchir les surfaces.

3 L’escalier et le garde-corps à l’étage ont

seulement reçu une nouvelle couche de vernis.

3

4 Les anciens bureaux sont devenus une cuisine et

une chambre à manger, formant une unité fonctionnelle.

L’armoire peut être ouverte depuis les deux côtés.

5 L’atelier au sous-sol est accessible par l’ancien escalier,

qui mène directement au petit local de vente au rez-dechaussée,

séparé de la partie habitable.

4 5

Commission d’experts pour la protection du patrimoine

Prix spécial 2016

En 2016, la Commission d’experts pour la protection

du patrimoine décerne pour la troisième

fois son Prix spécial. Si le Prix des monuments

historiques est destiné à récompenser le soin

apporté à un bâtiment ancien affecté à un

usage courant, le Prix spécial honore une restauration

exemplaire ou une mesure de rénovation

peu commune.

Contrairement au Prix des monuments historiques

qui est décerné pour un monument historique

affecté à un usage ordinaire, le Prix spécial

récompense la restauration soigneuse d’un

bâtiment ancien hors du commun, avec toutes

les mesures que cela implique, le choix d’une solution

remarquable ou l’action personnelle particulièrement

méritoire du maître de l’ouvrage.

Tous les types de constructions entrent en considération:

églises, châteaux, auberges, maisons

d’habitation, villas, bâtiments artisanaux et même

colonnes météorologiques et barrages. Le Prix

des monuments historiques et le Prix spécial ont

tous deux pour but de faire connaître à un large

public le travail du Service des monuments historiques

et de favoriser les échanges avec les partenaires.

La Commission d’experts pour la protection

du patrimoine, en tant que jury externe,

Adresses

Direction des travaux

Hausflüsterer

Dieter Ballmer und Maya Manz

Obstgartenstrasse 10, 3400 Berthoud

T 034 423 37 54

Conseiller Monuments historiques

Isabella Meili-Rigert, Service des monuments

historiques du canton de Berne

Münstergasse 32, 3011 Berne

T 031 633 40 30, www.be.ch/denkmalpflege

Peinture

Intérieur: Antonio Zizzari

Steinhofstrasse 41A, 3400 Berthoud

T 034 422 06 24

Extérieur: Pascal Singeisen

Burgergasse 48, 3400 Berthoud

T 034 423 00 34, www.singeisen.ch

Charpenterie

Kühni AG

Emmentalstrasse 102, 3435 Ramsei

T 034 460 68 68, www.kuehni-ag.ch

désigne le lauréat du Prix spécial, apportant

ainsi, ce qui est important, un regard extérieur.

Les éléments décisifs sont d’une part les critères

généralement reconnus, comme la qualité de la

restauration, et d’autre part le choix de solutions

particulièrement novatrices ou durables.

Le Prix des monuments historiques et le

Prix spécial donnent aussi une idée de la richesse

culturelle du canton de Berne, du Jura à

l’Oberland, et du travail accompli dans la conservation

du patrimoine, notamment par les propriétaires,

les architectes et les maîtres d’état,

en collaboration avec les services spécialisés.

14

15


Sonderdruck der Denkmalpflege des Kantons Bern

und der Zeitschrift UMBAUEN+RENOVIEREN, Archithema Verlag

www.be.ch/denkmalpflege und www.archithema.ch

Service des monuments historiques

du canton de Berne

Prix des monuments historiques 2016

Le Service des monuments historiques décerne un prix pour récompenser un maître

d’ouvrage qui, en collaboration avec le Service cantonal, a restauré avec soin un bâtiment

historique affecté à un usage courant et lui a donné un nouveau développement.

Il entend ainsi attirer l’attention sur de nombreux bâtiments peu spectaculaires au premier

abord, mais caractéristiques et intéressants d’un point de vue architectural, historique

ou technique, et tout autant déterminants pour l’identité de nos villages et de

nos villes que les maisons de maître et les églises qui souvent les relèguent dans l’ombre.

Cette distinction honore autant le respect de la substance ancienne que le choix de solutions

novatrices. Les critères déterminants sont notamment la qualité de la restauration,

le soin apporté à l’exécution et la durabilité écologique des mesures prises. La

préservation de la valeur est plus importante que son accroissement. Un budget adéquat

doit permettre de maintenir, d’améliorer ou de créer une qualité d’habitation.

Erziehungsdirektion des Kantons Bern

Amt für Kultur/Denkmalpflege

Direction de l’instruction publique du canton de Berne

Office de la culture/Service des monuments historiques

www.be.ch/denkmalpflege

Le Service des monuments historiques du canton de Berne adresse

ses vifs remerciements à Regula et Kuno Cajacob, à Nina et Sven

Harttig, à Stefan Weber et Verena Menz, photographes, et à Silvia

Steidinger, journaliste.

Le magazine suisse de la modernisation,

Umbauen+Renovieren, paraît 6 fois par an. Il

propose des reportages accessibles dans les domaines

«Transformations et remise en état»,

«Préservation de la valeur et rénovation» et

«Réaffectation et équipement». Il permet en

outre d’acquérir des connaissances pratiques

sur des sujets tels que les extensions de bâtiment,

la technique du bâtiment, la biologie de

la construction et les questions d’aménagement,

depuis la conception des plans à la pose de la

dernière couche de peinture.

www.umbauen-und-renovieren.ch

www.archithema.ch

Ausgezeichnet

Umnutzung und Restaurierung des Schulhauses

Mauss in Mühleberg, Kanton Bern

Prix des monuments

historiques 2010

Changement

d’affectation et

restauration de l’école

Mauss à Mühleberg

Prix des monuments

historiques 2011

Restauration des façades

d’une maison d’habitation

à Hünibach près de

Thoune

Prix des monuments

historiques 2012

Restauration intérieure,

maison en rangées à

Wabern

Mentions légales

Éditeur: Archithema Verlag AG

Rieterstrasse 35

8002 Zurich, T 044 204 18 18

www.archithema.ch

Service des monuments historiques du canton

de Berne, Münstergasse 32, 3011 Berne

T 031 633 40 30 www.be.ch/denkmalpflege

Directeur de la publication: Emil M. Bisig

emil.bisig@archithema.ch

Rédactrice en chef: Britta Limper

britta.limper@archithema.ch

Rédactrice: Silvia Steidinger

silvia.steidinger@archithema.ch

Graphisme: Evelyn Acker, Lars Hellman

evelyn.acker@archithema.ch

lars.hellman@archithema.ch

Traitement d’image: Thomas Ulrich

thomas.ulrich@archithema.ch

Impression: AVD Goldach

Sulzstrasse 12, 9403 Goldach

Prix des monuments

historiques 2013

Prix des monuments

historiques 2014

Prix des monuments

historiques 2015

© 2016 Archithema Verlag AG

Toute reproduction, même d’extraits, est

soumise à l’autorisation de la maison d’édition,

de la rédaction et du Service des monuments

historiques du canton de Berne.

Restauration de la partie

d’habitation d’une ferme

à Cortébert

Restauration douce d’une

maison des années 50

à Muri près de Berne

Engagement exceptionnel

et nouvelles affectations

pour un moulin à Muri

près de Berne

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