JUILLET

maturescence

Essentiel%20Juillet%2016

EFFETS ÉCONOMIQUES DES

MIGRATIONS EN EUROPE

JUILLET 2016


MIGRATIONS DANS L’OCDE : TENDANCES PASSÉES

Chaque année, environ 4 millions de personnes migrent de façon plus ou

moins durable vers l’OCDE. 35 % correspondent à des regroupements

familiaux.

Le niveau de formation moyen (et de productivité) des migrants actifs a

progressé sensiblement depuis 30 ans. La proportion de migrants ayant une

formation supérieure est désormais en moyenne proche de celle des natifs

des pays d’accueil (de l’ordre du tiers).

Dans l’OCDE, le secteur économique qui a connu, sur 2011-2014, la plus forte

progression des employés immigrés en valeur relative est le secteur informatique

(+ 24 %, versus + 15 % pour le bâtiment) (source OCDE).

Les flux de réfugiés ne représentent que 5 % des flux de migrants. Très

volatils d’une année à l’autre. Habituellement « Sud-Sud ». Pour l’Europe,

crise des Balkans 1990’s + crise syrienne depuis 2014-2015.

NB : travailleurs détachés (diff. travailleurs migrants): 229 000 en France en 2014, soit

moins de 1 % de la population active.

2


INTENSITÉ DES FLUX MIGRATOIRES AVANT LA CRISE

SYRIENNE

1,8

1,6

1,4

1,2

1,0

0,8

0,6

0,4

0,2

0,0

Flux migratoires pérennes en Europe (2013) (en % de la population totale)

3

Source : OCDE


FACTEURS DE MIGRATION ÉCONOMIQUE

Un facteur dominant est l’écart anticipé de revenu futur entre le pays

d’origine et le pays de destination (Hatton et Williamson, 2002).

Un écart de revenu courant ne suffit pas : si les personnes anticipent une amélioration

significative de leur bien-être dans leur pays, ils n’émigrent pas beaucoup (Mansoor et

Quillin, 2007).

La propension à émigrer dépend du degré de richesse du pays d’origine selon

une courbe en U inversé (ou en cloche).

Les personnes des pays les plus pauvres émigrent peu vers les pays développés (forte

contrainte financière). Les facteurs culturels (ex-colonies) jouent aussi.

Avec la convergence future des niveaux de vie entre l’OCDE et les pays

émergents, le nombre d’immigrants dans l’OCDE devrait chuter à l’avenir.

L’Europe pourrait progressivement devenir une zone d’émigration nette. Si

c’est le cas, sa croissance en sera affectée (Westmore, 2014).

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EFFET DE L’IMMIGRATION SUR L’ÉQUILIBRE OFFRE /

DEMANDE GLOBALE

L’immigration a deux effets macroéconomiques principaux pour le pays d’accueil :

Elle augmente la demande de biens et services à court terme (car les

migrants consomment).

Elle augmente l’offre de travail plus ou moins rapidement (car les migrants

travaillent).

Ces mécanismes ont des effets sur les finances publiques. Les migrants… :

… bénéficient souvent d’aides diverses quand ils arrivent -> plus de dépenses

publiques à court terme ;

… payent des impôts et cotisations sociales quand ils occupent un emploi ->

plus de recettes publiques à moyen-long terme.

-> La vitesse de montée en charge de l’emploi des migrants est un paramètre crucial.

5


EFFETS AGRÉGÉS DE L’IMMIGRATION SUR LE MARCHÉ

DU TRAVAIL (1/3)

La littérature suggère de façon robuste que l’effet des migrations sur les

salaires et le chômage dans les pays d’accueil est a priori faible à long terme

(Longhi et al., 2005 ; Docquier et al., 2014).

Expérience de Mariel (1980) : port de Cuba d’où l’émigration avait été rendue possible

par F. Castro pendant quelques semaines. D’avril à septembre 1980, 125 000 Cubains

quittent l’île (cf. www.cuban-exile.com) dont la moitié pour Miami où la population

active gonfle de 7 %. Le taux de chômage passe de 5 % à 7,1 % en un seul mois. Mais un

an après, l’évolution du chômage à Miami n’est pas plus défavorable qu’à Atlanta, Los

Angeles ou Houston : le choc a été absorbé. Cf. travaux de David Card.

L’écart de chômage et de salaires entre travailleurs immigrés et natifs peut

durer + ou – longtemps (env. 10 ans dans les cas favorables).

Des différences vraiment pérennes peuvent exister mais ce n’est pas le cas le plus

répandu dans l’OCDE.

6


EFFETS AGRÉGÉS DE L’IMMIGRATION SUR LE MARCHÉ

DU TRAVAIL (2/3)

7


EFFETS AGRÉGÉS DE L’IMMIGRATION SUR LE MARCHÉ

DU TRAVAIL (3/3)

La durée de la période pendant laquelle un flux migratoire peut alimenter le

chômage augmente entre autres avec … :

… des salaires minimaux relativement élevés, des protections élevées de

l’emploi et un taux de remplacement élevé du régime d’assurance-chômage.

Plus la protection de l’emploi est élevée, plus les salaires sont rigides, plus les barrières à

l’entrée sont importantes, moins les immigrés s’intègrent rapidement sur le marché du

travail (Angrist and Kugler, 2003).

… des politiques anticoncurrentielles sur les marchés des biens et services

(Jean et Jimenez, 2007). Des réglementations excessives sur ces marchés

constituent des barrières à l’entrée qui rident la capacité des migrants à créer

leurs entreprises.

8


EFFET NET DE L’IMMIGRATION SUR LES FINANCES

PUBLIQUES (1/2)

En moyenne dans l’OCDE, l’effet net agrégé de l’immigration sur le solde

public est plutôt faible : env. + 0,35 % du PIB -> les immigrés rapportent plus

d’argent qu’ils n’en coûtent, en moyenne. Mais différences importantes entre

pays.

Les immigrants contribuent moins aux finances publiques que les natifs, en moyenne.

Montant plus faible de cotisations sociales et d’impôts versés, surtout. L’écart en termes

de dépenses sociales reçues est nettement plus faible.

Allemagne : effet de population immigrée sur solde public négatif : - 1 % du

PIB par an (OCDE, FMI). Âge moyen de l’immigré en Allemagne est

relativement élevé -> retraites.

France : effet de population immigrée sur solde public négatif est de - 0,5 %

du PIB par an. Phénomène lié en partie au niveau d’éducation moyen, donc

de revenu, de la population d’origine immigrée en France.

9


EFFET NET DE L’IMMIGRATION SUR LES FINANCES

PUBLIQUES (2/2)

10


L’ÉPISODE DES RÉFUGIÉS DE LA CRISE SYRIENNE EN 2015

(1/2)

11


L’ÉPISODE DES RÉFUGIÉS DE LA CRISE SYRIENNE EN 2015

(2/2)

1 million de réfugiés en 2015 en Europe. Estimations FMI :

À court terme, effet dépenses publiques : + 0,1 % de PIB en 2015 et 2016 ;

À moyen terme, PIB + 0,25 % en moyenne dans l’UE et + 0,5 % à + 1,1 %

en Allemagne et Suède. Pas énorme. Si intégration lente, diviser par 2.

Spécificités économiques de ce flux massif de réfugiés en Europe :

Niveau de formation réfugiés syriens assez élevé. 21 % ont une éducation

supérieure (vs 23 % pour pop allemande) ;

Pas impossible que seuls les plus fortunés (donc les plus formés) ont pu

fuir (Eakin, 2015). Passeurs de frontière illégaux, nombreuses frontières à

passer ;

Les réfugiés sont allés dans les pays où les marchés du travail fonctionnent

bien (Allemagne, Suède notamment), ce qui peut faciliter leur intégration.

La Suède est connue pour avoir un programme d’intégration efficace : cours de langue

obligatoire, préparation à l’emploi (avec VAE + cours d’histoire de la Suède et sur la société

suédoise). Participation pas obligatoire mais financièrement incitée par une aide.

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EN FRANCE, UNE ÉMIGRATION DES PLUS DIPLÔMÉS

QUI PROGRESSE

Thousands

Emigrant population

%

Main destinations in 2010/11

397.000

Taux d’émigration :

4,2 %

1600

1400

1200

1000

800

600

400

200

0

2000 2010

Highly educated

Low- and medium educated

6

5

4

3

2

1

0

United States

Spain

United Kingdom

Italy

Belgium

Switzerland

Germany

Canada

Portugal

Israel

Thousands

0 40 80 120

Emigration rate of the highly-educated (%)

627.000

Taux d’émigration :

5,5 %

Highly educated

13


CONCLUSION : COMPARAISON ALLEMAGNE / FRANCE

1. La France n’est plus l’une des principales destinations en Europe pour les flux

de migrants. Le niveau de formation moyen de ses immigrés ne semble pas

supérieur à la moyenne. Très peu de réfugiés syriens ont choisi de venir

s’installer chez nous. Un nombre croissant - ni massif ni négligeable - de nos

meilleurs diplômés émigrent.

2. L’Allemagne est aujourd’hui le 2 ème pays d’immigration de l’OCDE. Sa

population immigrée avant la crise syrienne était relativement âgée. L’afflux

de 1 million de migrants constitue un enjeu d’intégration évident. Mais les

effets économiques seront favorables s’il est bien géré et s’il se confirme que

ces migrants ont un niveau de formation moyen relativement bon.

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Sources :

Aiyar, S., B. Barkbu, N. Batini, H. Berger, E. Detragiache, C. Ebeke, H. Lin, L. Kaltani, S. Sosa, A.

Spilimbergo, and P. Topalova. 2015. “Europe’s Refugee Crisis: Economic Effects and Policy

Considerations.” IMF Staff Discussion Note, 2016.

Angrist, Joshua, et Adriana Kugler. 2003. “Protective or Counter-Productive? Labour Market

Institutions and the Effect of Immigration on EU Natives.” Economic Journal 113: 302–31.

Docquier Frédéric, Çağlar Özden, et Giovanni Peri. 2014. “The Labour Market Effects of

Immigration and Emigration in OECD Countries.” Economic Journal 124: 1106–45.

Eakin, Hugh 2015. “The Terrible Flight from the Killing.” New York Review of Books, October

22.

Jean S. et M. Jiménez (2007), « The unemployment impact of immigration in OECD

countries », OECD Economics Department Working Papers, No. 563, OECD Publishing.

Hatton, T.J., et J.G. Williamson (2002), “What Fundamentals Drive World Migration?” NBER

Paper no.9159.

Longhi, Simonetta, Peter Nijkamp, et Jacques Poot. 2005. “A Meta-Analytic Assessment of the

Effects of Immigration on Wages.” Journal of Economic Surveys 19: 451–77.

Mansoor, A. et B. Quillin (2007), “Migration and Remittances: Eastern Europe and the Former

Soviet Union”, World Bank. http://www.nybooks.com/articles/archives/2015/oct/22/terribleflight-killing/.

OECD 2013. “The Fiscal Impact of Immigration in OECD Countries.” In International Migration

Outlook 2013. Paris.

Westmore, B. (2014), “International Migration: The Relationship with Economic and Policy

Factors in the Home and Destination Country”, OECD Economics Department Working Papers,

No. 1140, OECD Publishing.

Contact : Frédéric Gonand (UIMM) - fgonand@uimm.com

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