Nouvelle R

jburri
  • No tags were found...

Journal pour journalistes à l’occasion du Jubilé de la Réforme

Nouvelle

Journal pour journalistes à l’occasion

du Jubilé de la Réforme

R

Novembre 2016

500 ans après Luther, que

reste-t-il de ses thèses?

RELIGION «Lorsque l’on demande à un catholique comment

il définit son identité religieuse, la réponse est en général

assez claire. Les protestants ont plus de mal à se positionner»,

note le pasteur Simon Weber, de l’Eglise évangélique

SUISSE Pour Martin Luther, le pardon ne s’achète pas auprès

de l’Eglise, seule la foi sauve. Une remise en cause des autorités

ecclésiales qui a tellement marqué notre culture qu’elle

Société

Les réformés, une espèce en

voie de disparition? PAGE 7

réformée vaudoise. Amener les croyants à prendre position

sur la pertinence pour notre temps des revendications du

réformateur est l’un des objectifs visés par les manifestations

liées au Jubilé. PAGE 3

Vous avez un problème avec l’autorité!

n’est plus perçue aujourd’hui comme un héritage de la Réforme.

Cette possibilité de contrer le pouvoir est sans doute à la base

tant de l’Etat fédéral que de l’individualisme. PAGES 8 ET 10

Genève

Neuchâtel

Sur notre site

Le canton n’assume pas son Etre minoritaire, un difficile

héritage PAGE 15 apprentissage PAGE 13

Réagissez!

Vos commentaires et

vos questions

CC(by) Ansgar Walk CC(by-sa) Zeke ©FEPS

Partagez!

Faites connaître

Nouvelle R

TC

www.NouvelleR.ch

Joël Burri

Protestinfo

L’édito

Vous n’allez pas au culte?

Vos lecteurs oui!

«Ça n’intéresse que toi tes

bondieuseries!», m’a dit

une fois un collègue à qui je

parlais d’un sujet. Lorsqu’il

s’agit de hiérarchiser l’info,

la religion, surtout si l’on

parle des réformés, passe

bien après la météo, les

faits-divers, la politique ou la

culture. Pourtant les Suisses

– nos lecteurs – participent

chaque année à davantage de

cérémonies religieuses qu’ils

ne vont au cinéma.

Spécialisés dans le traitement

de l’actualité réformée,

les journalistes de «La Vie

protestante – Genève», «La

Vie protestante – Neuchâtel,

Berne, Jura», «Bonne

nouvelle» (VD), et de

Protestinfo se sont unis pour

partager avec vous, chères

consœurs, chers confrères,

cette conviction qui nous

anime: les «bondieuseries»

intéressent les lecteurs! Pour

cela, nous nous sommes

livrés à un exercice: proposer

une publication où chaque

article est lié au protestantisme.

Librement inspiré d’un

gratuit, notre journal pour les

journalistes tentera de faire

réfléchir, en 20 minutes, à la

pertinence rédactionnelle de

la Réforme.

Notre publication est émaillée

de quelques informations

de base. Ça tombe bien,

puisque débutent les manifestations

du Jubilé de la

Réforme, vous risquez, vous

aussi, de devoir écrire sur le

sujet.


2 OPINIONS - RESEAUX

Michel Kocher

Directeur

Médias-pro

Opinion

Le monde a besoin d’une

nouvelle réforme, qui

dépasse l’horizon du

protestantisme. En gardant

la mémoire des mutations

du XVI e , le protestantisme

mesure l’échelle des changements

à venir.

La tradition protestante

a contribué à ce que le

monde moderne a généré

de plus lumineux, des droits

de l’homme à la liberté

religieuse, en passant par le

développement des sciences,

de l’économie libérale et

d’une attention aux plus

faibles. Mais son bilan a aussi

des zones d’ombres. La cité

éthique et spirituelle, rêvée

par Calvin n’est pas advenue.

Le monde est menacé par un

capitalisme irresponsable,

des tensions religieuses

inquiétantes et un individua-

Gilles Bourquin

Journaliste

à La Vie

protestante

Opinion

Le protestantisme est si

bien adapté à notre culture

moderne qu’il risque de

s’y confondre. Ce risque

de dilution appelle les

protestants à redéfinir leur

identité.

Les Réformateurs du XVI e

siècle placent l’individu

devant Dieu avant de le placer

dans l’Eglise. Selon la

chrétienté du Moyen Âge,

on entre en communion

avec Dieu exclusivement au

travers de l’Eglise universelle,

qui détient les clés du

Royaume. Pour les fondateurs

du protestantisme,

la clé du contact avec Dieu

n’est plus l’Eglise, mais la foi

individuelle. Cette relation

La nouvelle R, un agenda qui

dépasse le protestantisme

lisme aussi coûteux que fragilisant.

Autant dire que si la

Réforme fut un changement

de paradigme majeur, de nouveaux

changements doivent

être entrepris, pas moins décisifs

que ne le fut le passage

du Moyen-Age à la Renaissance.

Et pour le coup, toutes

les familles spirituelles,

politiques et

sociales sont

concernées.

La nouvelle

réforme a

devant elle

un agenda

qui dépasse

le protestantisme.

Ce n’est pas étonnant:

aucune tradition religieuse,

éthique ou politique n’a le

monopole des bonnes questions

ou des bonnes réponses.

Toutes sont placées devant le

défi de poser des gestes pour

la vie. La vie d’aujourd’hui

autant et peut-être plus celle,

«Le monde est menacé

par un capitalisme irresponsable,

des tensions

religieuses inquiétantes et

un individualisme aussi

coûteux que fragilisant»

L’irrémédiable effacement

des protestants

personnelle à Dieu traduit

l’esprit humaniste de la

Renaissance qui se prolonge

via le Siècle des Lumières

jusqu’à nos jours. L’individu

est érigé en instance suprême

de vérité, triomphant des institutions

et de leurs autorités

sacrées. La Réforme restitue

ainsi aux peuples laïcs et aux

Eglises nationales le pouvoir

confisqué par la hiérarchie

romaine.

Ce caractère éminemment

moderne de la foi protestante

marque la fin d’un monde

et ouvre une approche très

libre de la foi. On en perçoit

aujourd’hui les limites. Poussée

à l’extrême, cette visée

réduit l’Eglise à néant. Seule

compte la foi des individus

qui n’est plus régulée par aucun

repère. L’individualisme

règne et les communautés

à venir, de nos enfants. D’où

tirer la force et l’inspiration

de poser ces nouveaux gestes,

simples, vrais, courageux,

parfois dérangeants ou

seulement nouveaux, qui

transforment le monde et

les relations? Que ce soit

dans l’espace laïc, dans les

traditions catholiques ou

protestantes,

des auteurs

invitent leurs

lecteurs à

se libérer

des carcans

religieux ou

matérialistes

pour puiser à

la source de

l’Evangile. Dans les gestes

déconcertants et lumineux

d’un Jésus que les Eglises ne

peuvent contenir dans leurs

rites ou leurs théologies, mais

qu’elles doivent suivre, sans

calculs ni récupération.

Le protestantisme est

dépassé par cet agenda. Pourdisparaissent.

La foi éclairée

finit par s’identifier à l’esprit

moderne. La marginalisation

des institutions religieuses

que nous observons en est

la conséquence prévisible.

Après avoir effacé l’Eglise

devant l’individu, le protestantisme

s’efface lui-même

devant la sécularisation du

monde.

Ce risque de dilution suscite

au sein du protestantisme

des ripostes

identitaires

à intervalles

réguliers.

Un premier

correctif apparaît

dès la

Réforme. La

Bible, et peu

après la doctrine, sont érigées

en repères inaliénables de

la foi. A partir des Lumières

« Seule compte la foi des

individus qui n’est plus

régulée par aucun repère.

L’individualisme règne et

les communautés

disparaissent »

quoi ? Sa source, l’Evangile,

est plus vaste et riche que les

réponses qu’il peut articuler.

Elle le conduit ailleurs, hors

de ses sécurités. Il en va de

même pour le catholicisme,

porté par un pape qui place

l’Evangile avant le souci du

maintien de l’apparat et de

l’appareil d’une chrétienté

à l’emprise vacillante. Il ne

m’appartient pas de parler

au nom des autres religions,

de l’islam au bouddhisme, en

passant par le judaïsme. Toutefois,

sans grand risque de

me tromper, je peux imaginer

que l’agenda de la nouvelle R

les concerne autant qu’il les

dépasse; leurs sources étant

aussi plus riches que leurs

potentielles réponses. Avec

la Réforme dans son ADN,

le protestantisme auquel

j’appartiens est averti. Il doit

s’attendre à des changements

dont l’échelle est à la mesure

de ce qui s’est passé il y a 500

ans.

et surtout au XIXe siècle,

ces repères centraux seront

assouplis par la critique historique

et l’interprétation des

Ecritures. A la même époque,

une riposte autrement plus

autoritaire produit une

scission au sein du protestantisme.

Les milieux dits «évangéliques»

se démarquent des

réformés traditionnels en

rejetant certains aspects de

la modernité. Aujourd’hui,

répartis entre

diverses

tendances

plus ou moins

libérales ou

fondamentalistes,

les protestants

n’ont

pas terminé

leur crise de maturité. Le

protestantisme a besoin d’un

nouveau souffle fédérateur.

Réseaux sociaux

Facebook

Protestantisme libéral Groupe

public francophone de près de

1500 membres fondé par Claude-

Arthur Danloy, pasteur en Belgique,

dans un objectif de renouveau

de la pensée critique. Parmi

les membres, il y a de nombreux

représentants romands des médias,

des Eglises, des Universités,

intéressés par un questionnement

libre et des réponses multiples.

Twitter

@sekfeps Le compte de la Fédération

des Eglises protestantes de

Suisse (FEPS) s’est mis à l’R de la

Réforme et rapporte les actions au

fur et à mesure. Malheureusement

pour les Romands, les tweets ne

sont, à quelques exceptions près,

qu’en allemand.

Instagram

LUTHER PLAYMOBIL Aussi

présent sur Facebook sous le nom

Adventures of Playmobil Luther,

cette page place le mini Luther

(un collector édité à 34’000

exemplaires en 2015 et écoulés

en 72 heures et réédité depuis)

dans diverses situations. Ludique

et potentiellement impliquant,

le projet manque néanmoins de

suivi.

Apps

©FEPS

R500-Photo L’heure étant aux

applis photos, en voici une qui

permet un bon geste. Car une fois

inscrit, chaque photo prise avec

l’application «R-500-Photo» s’inscrit

dans un chablon «R» et provoque

une demande: voulez-vous

l’offrir? Si oui, la photo apparaît

sur le site R500 et est comptabilisée.

Toutes les 1000 photos,

la FEPS verse 2000 francs à l’une

des organisations humanitaires,

prélevés sur un montant réservé

à cet effet.


ACTU

3

Le camion de la Réforme en

EUROPE Le camion de la

Réforme sillonne l’Europe

pour faire découvrir le

rayonnement d’un mouvement

entamé il y a 500 ans.

500 signes en bref

Shopping «R»

©FEPS

SUISSE Des pastilles à la menthe

avec le logo de la Réforme, du

chocolat au lait suisse fair-trade,

des tasses en céramique et encore

des petits blocs-notes avec stylo à

bille intégré. Divers produits avec

le symbole «R» sont en vente sur

le site ref-500.ch.

Source de vie

©Nerthuz/Shutterstock

VAUD Le temple d’Echallens

accueillera tous les deux mois, du

1er novembre 2016 au 31 octobre

2017, des expositions en lien avec

la Réforme sur le thème «Grain de

blé et pain de vie, un Dieu source

de Vie». Des concerts et des spectacles

auront également lieu dans

l’édifice pendant cette période.

tournée

C’est un étrange pèlerin

qui prendra la route

en novembre pour relier

soixante villes d’Europe, en

six mois, et ouvrir le Jubilé

des 500 ans de la Réforme.

De Genève à Wittenberg, le

Le Jubilé, l’occasion de réfléchir à

l’héritage des thèses de Luther

40 THEMES Il n’est pas toujours

facile d’affirmer sa foi. Pour y

réfléchir, les Eglises protestantes

de Suisse proposent

un parcours intérieur à travers

quarante thèmes tirés de la

Réforme.

Si ses thèses formulées en

1517 ne peuvent être reprises

telles quelles dans

la société d’aujourd’hui, le

message de Martin Luther

est plus que jamais d’actualité.

Basé sur la valeur de

la personne et de son jugement

face aux institutions,

la liberté de conscience, le

sens de l’épargne, il met

l’indépendance au premier

plan. «C’est bien sûr très

positif, mais quelles sont

nos références textuelles? Il

faut y revenir pour y trouver

notre inspiration ou pour

les critiquer, sinon le débat

devient stérile», affirme Simon

Weber, responsable du

camion de la Réforme fera

notamment halte dans huit

villes helvétiques labélisées

chacune «Cité européenne

de la Réforme». A

chaque étape,

et pendant 36

heures, les

Eglises

locales

feront revivre

le

passé

et donneront

la

parole à

des personnalités

et des

anonymes.

Et

dans le

poids

lourd, qui

se déploie et peut accueillir

une cinquantaine de personnes,

des expositions et

des petits films mettront

en lumière l’apport de la

Réforme dans chacune des

villes du parcours. Le dé-

secteur recherche et développement

de l’Eglise évangélique

réformée vaudoise.

Un positionnement parfois

difficile

Pour aider les réformés

dans cette démarche, l’Assemblée

des délégués de

la Fédération des Eglises

protestantes de Suisse a

repris en octobre une idée

lancée par l’Eglise protestante

unie de France: faire

réfléchir les croyants autour

de 40 thèmes, un par

semaine. «A quoi faut-il résister

aujourd’hui, au nom

de l’Evangile?», «qu’est-ce

que c’est, être un patron

protestant?», «libre oui,

mais comment?»: la brochure

«Réformé, et alors?»

invite ainsi à la réflexion.

«Lorsque l’on demande à un

catholique comment il définit

son identité religieuse,

la réponse est en général

part est donné à Genève le

3 novembre 2016 en même

temps que l’ouverture du

Jubilé.

Le lendemain, à Lausanne,

les curieux pourront y visionner

un court métrage

mis en boîte par le cinéaste

protestant Lionel Baier.

Le 9 novembre, à Neuchâtel,

c’est tout autour du

camion qu’auront lieu les

festivités: conférences,

balades thématiques sur

les femmes qui ont marqué

le protestantisme, et

aussi des extraits du spectacle

créé par l’aumônerie

de jeunesse avec un huis

clos humoristique sur la vie

paroissiale.

En tout, ce sont cinquantedeux

villes dans douze pays

que ce pèlerin à quatre

roues traversera pour favoriser

les échanges entre la

culture et la spiritualité,

avant de rejoindre sa destination

finale, Wittenberg,

en Allemagne où il se

transformera en exposition

internationale.

(md)

assez claire. Les protestants

ont plus de mal à se positionner,

à formuler leurs

convictions», note Simon

Weber.

Les questions visent à susciter

le débat, que ce soit

en famille, entre amis ou à

l’Eglise. On y retrouve des

enjeux théologiques formulés

de façon impertinente:

«L’Esprit sain, tempête ou

courant d’air?», «Les derniers

seront les premiers?

Sans blague!» A la fin, un

espace reste libre pour la

question qui manque – au

lecteur de la compléter. Le

7 novembre, l’assemblée

des délégués réunie à Berne

discutera des résultats de

cette vaste réflexion. «Ce

qui importe avant tout cependant,

c’est le processus

en lui-même. S’interroger

et mettre des mots sur sa

foi, c’est essentiel», conclut

Simon Weber. (aj)

Dates-clés

des manifestations

du Jubilé

1 NOVEMBRE 2016

Femmes de la Réformation

Exposition à la collégiale

de Neuchâtel.

EN NOVEMBRE 2016

Parcours européen des

cités de la Réforme,

3 nov. à Genève

5 nov. à Lausanne

9 nov. à Neuchâtel

Exposition itinérante du bus

de la Réforme, échange entre

art, culture et spiritualité.

10 MARS 2017

Rencontre des synodes

d’Europe

Divers lieux en ville de Berne.

1 AVRIL 2017

Célébration œcuménique

En collaboration avec la Conférence

des évêques suisses à

Zoug.

20 MAI - 10 SEPT. 2017

Exposition mondiale de la

Réforme

Découverte de la Réforme

sous des facettes connues ou

inattendues à Wittenberg, en

Allemagne.

31 OCTOBRE 2017

Affichage des thèses

En divers lieux, par les Eglises

régionales de Suisse.

3 NOVEMBRE 2017

Festival de la jeunesse

Scène, concert, fête de rue, au

parc des Bastions à Genève.

5 NOVEMBRE 2017

Dimanche de la Réformation

Une même liturgie pour clore

l’année du Jubilé dans les

lieux de cultes régionaux ou

les chefs-lieux cantonaux en

Suisse.

Retrouvez tous les détails de

l’agenda sur:

www.ref-500.ch


4

MONDE

Le pape des protestants est à Genève

et pourtant les médias s’en foutent

GENEVE A portée de main

pour les journalistes romands,

le Conseil œcuménique

est la voix de 500 millions

de croyants. Une

ressource peu utilisée.

Une organisation fédérant

près de 400 Eglises, pour la

plupart issues de la Réforme,

et représentant plus d’un

demi-milliard de chrétiens

pourraient être un véritable

pendant protestant à la parole

romaine! Basé à Genève,

le Conseil œcuménique des

Eglises (COE) qui correspond à

cette description n’a pourtant

été cité qu’une quarantaine de

fois dans les médias romands,

cette année.

«Selon l’institut Media Tenor,

90% des informations religieuses

reprises par les journaux

télévisés européens et

américains ces deux dernières

années concernent la seule

Eglise catholique romaine.

9% seulement le protestantisme»,

constatait le magazine

Réforme, fin 2014. «Notre

enquête montre bien que les

La confession d’Accra,

un accord contre l’injustice

ENGAGEMENT En 2004 à Accra

au Ghana, la Communion

mondiale des Eglises

réformées (CMER) adopte

un texte qui dénonce les

injustices sociales et économiques

à l’échelle planétaire.

Il montre du doigt

l’oppression du système

économique néolibéral qui

fonctionne comme un «empire».

Loin d’en faire seulement

une affaire d’éthique

sociale, les délégations des

Eglises réformées, numériquement

dominées par le

Sud, estiment qu’il s’agit

d’une question qui engage

la foi elle-même. Autrement

dit c’est plus qu’une

option préférentielle pour

les pauvres, c’est au cœur

même du sens de la foi chrétienne

aujourd’hui. Ceux qui

souhaitent obéir à Dieu sont

Rencontre du Comité central du Conseil œcuménique des Eglises en juillet 2014 à Genève.

invités à «faire alliance pour

la justice».

Suivant une tradition qui

remonte à la Confession de

Foi de Barmen, rédigée sous

le nazisme, les réformés

confèrent au texte le statut

(status confessionis) de

Confession de foi (d’Accra),

estimant que les menaces

que fait peser le système

économique sont «une question

de vie ou de mort». Si le

texte n’engage pas formellement

les églises membres, il

n’a pas été contesté depuis

sa rédaction. Il correspond

à la ligne des engagements

des ONG et œuvres d’entraides

d’inspiration réformées.

Il reste au cœur de

l’action de la CMER, dont le

siège a quitté Genève pour

Hanovre en 2014.

(mk)

Eglises protestantes ne jouent

aucun rôle pour les médias, y

compris dans des pays à majorité

protestante», déclarait

Christian Colmer, responsable

des études de Media Tenor.

Invité par Protestinfo, le sociologue

Philippe Gonzalez

constatait en 2015 que 7% des

sujets traités par l’émission

Infrarouge étaient religieux.

Mais en 11 ans, aucune émission

ne s’est intéressée au protestantisme.

Mais pourquoi diable les

médias boudent-ils les protestants?

«Des valeurs protestantes

comme la liberté de

conscience, une Eglise démocratique

ou une lecture libre

des Ecritures, ont trouvé leur

place dans la société, et ne

sont donc plus rapportées à

leur source d’origine», estime

Michel Kocher, directeur de

Médias-pro, partenaire protestant

de RTSreligion. «En

outre, le protestantisme réformé

contemporain nourrit une

certaine méfiance vis-à-vis des

communications de masse.» Il

ajoute qu’économes en rites,

les réformés n’apparaissent

«plus vraiment comme une

religion!»

(jb)

Le chiffre

800 millions

C’est le nombre de protestants sur la planète actuellement.

Selon une étude du Pew Research Center, 2,2 milliards de personnes

sont chrétiennes dont 50% de catholiques, 37% de

protestants et 12% d’orthodoxes.

Quand la liberté religieuse devient un

droit fondamental

NOUVEAU MONDE A partir du XVIIe siècle, les

colonies anglaises destinées à devenir les

Etats-Unis d’Amérique ont accueilli de nombreux

réformés persécutés venant de toute

l’Europe. Cette diversité religieuse participera

à la création du Premier Amendement

de la Constitution des Etats-Unis, ratifié en

1791, qui commence par: «Le Congrès ne

fera aucune loi relative à l’établissement

d’une religion, ou à l’interdiction de son

libre exercice […]» instaurant ainsi la liberté

de culte et la séparation entre les Eglises et

l’Etat. (lv)

LV

L’Eglise

réformée doit

participer au

combat

écologique

Préserver la nature est un

enjeu capital de ce début

de XXI e siècle et notre

relation au monde se

joue notamment à travers

notre rapport à l’environnement,

selon Alain Cauderay,

coordinateur du

Groupe de réflexion sur

l’écologie et la spiritualité

(GRES). Fondé en 2014

à Lausanne, il cherche à

promouvoir une spiritualité

écologique chrétienne.

«La notion de respect de

la nature dépasse l’aspect

purement matériel des

règles et des lois: c’est

une forme de regard sur

le vivant liée à toutes les

grandes questions spirituelles»,

affirme-t-il.

Pourtant, elle nous a longtemps

«servi d’esclave»,

selon Alain Cauderay. Le

Moyen-Age l’imaginait

extérieure à l’homme et

à Dieu. «Aujourd’hui, on

réalise que sa préservation

est essentielle à notre

survie. La nature retrouve

sa dimension sacrée».

Pour le coordinateur du

GRES, il faut que l’Eglise

réformée s’empare de cette

question que la Réforme

n’avait pas abordée directement.

«La lutte écologique

ne peut réussir que

si notre regard change»,

conclut-il. (aj)

New York Public Library - Digital collections


ECONOMIE 5

500 signes en bref

Franc fort

SUISSE Le Conseil œcuménique

des Eglises a dû licencier huit

personnes, fin 2015, à cause du

renchérissement du franc suisse.

En 2014, la Communion mondiale

d’Eglises réformées à quitté

Genève pour Hanovre, pour les

mêmes raisons.

Blé au prix juste

ALLEMAGNE Le responsable du

secteur «agriculture» de l’Eglise

protestante, Clemens Dirscherl,

appelle les Eglises à acheter la

nourriture qu’elles utilisent à des

prix justes aux paysans locaux.

Un moyen de soutenir financièrement

les agriculteurs du pays.

Impôt d’Eglise

ITALIE L’Union baptiste italienne

a touché, pour la première fois en

juin 2016, le huit pour mille des

impôts sur le revenu de 2012 des

membres se reconnaissant de sa

communauté. Un montant qui

s’élève à 1’125’000 euros.

Des chercheurs confirment le cliché

du protestant sérieux en affaires

RECHERCHE Existe-t-il des

facteurs religieux dans

l’activité économique? Aujourd’hui

encore, des économistes

mettent en évidence

l’amour des protestants pour

le respect des contrats.

Dans la zone euro, la plupart

des pays touchés par la crise

de la dette sont catholiques,

alors que les pays protestants

sont parvenus à y échapper.

C’est ce constat qui a poussé

Matthias Krapf de la Faculté

des hautes études commerciales

de l’Université de Lausanne

et Adrian Chadi de

l’Institut de droit du travail

et des relations industrielles

dans l’Union européenne

(Université de Trier) à étudier

les relations entre éthique

protestante et économie, un

siècle après Max Weber.

Dans leur étude publiée en

2015, les deux chercheurs en

©Ollyy/Shutterstock.com

Les protestants sont davantages affectés par les nouvelles financières.

économie politique ont travaillé

sur l’Allemagne, pays

où cohabitent les traditions.

Des marqueurs montrent des

différences confessionnelles.

En 2011, lorsqu’ils étaient

interviewés les jours suivants

de mauvaises nouvelles

concernant l’euro, ce sont les

protestants qui étaient le plus

enclins à se dire inquiets. Par

ailleurs, au sein de l’Union

chrétienne-démocrate (CDU),

le parti d’Angela Merkel, les

opposants aux aides défendues

par la chancelière en

faveur de la Grèce étaient...

protestants.

«Nous avons démontré que

les Allemands protestants

continuent d’avoir des valeurs

sociales différentes

des Allemands catholiques.

Les catholiques restent plus

nombreux à considérer la

fraude fiscale comme moralement

justifiable. Elle est souvent

désignée dans les médias

comme une des causes de la

crise de la zone euro», écrivent-ils.

«Pour un protestant,

rompre un contrat est grave,

complète Matthias Krapf.

C’est peut-être pour cela que

le système bancaire s’est pareillement

développé dans les

zones protestantes. Les réglementations

sur les contrats y

sont plus strictes.»

(jb)

L’éthique protestante du travail a engendré

le capitalisme moderne

SOCIOLOGIE Dans son ouvrage L’Ethique protestante

et l’esprit du capitalisme, le père de la

sociologie Max Weber postule que les thèses

des réformateurs ont eu des conséquences

considérables sur le développement du système

économique en Europe et aux Etats-

Unis. En particulier la théorie de la prédestination

de Calvin selon laquelle le salut des

protestants dépend d’une décision de Dieu

et non des actions sur terre, comme c’est le

cas dans le catholicisme. Un signe de cette élection

divine est la réussite économique obtenue

par des actions morales, une vie ascétique

et austère, ce qui a incité les calvinistes

à faire fructifier leurs biens sans en

consommer les bénéfices. (lv)

Le sociologue Max Weber

DR

L’argent avant l’éthique

GENEVE Droits humains et écologie

préoccupent moins les

entreprises que le blanchiment

d’argent, la concurrence ou le respect

de la libre concurrence, c’est

ce qui ressort d’une étude menée

par les ONG Pain pour le prochain

et Action de carême, sur la base de

la communication des 200 plus

grandes entreprises suisses. EconomieSuisse

conteste la méthodologie

utilisée. (jb)

Migros et ses racines protestantes

25 août 1925 - les cinq premiers camions Migros font irruption dans les rues de Zurich.

HERITAGE L’entrepreneur et homme

politique Gottlieb Duttweiler est aussi

le fondateur de Migros. Au commerce,

il joint sa philosophie: «Une profession

de foi publique. Servir dans le

sens le plus croyant du mot, c’est-àdire

en ayant foi dans ce qu’il y a de

bon en l’homme. C’est là aussi une façon

de témoigner sa foi en Dieu», liton

dans la première des quinze thèses

rédigées par Gottlieb Duttweiler,

fondateur de Migros. Ces directives

résonnent aujourd’hui comme un

testament que l’homme, protestant,

voulait au cœur du désormais géant

orange. En 127 ans, Migros est passé

de cinq camions-magasins au rang de

première entreprise de distribution

de Suisse. Le statut de coopérative, le

Pour-cent Migros et la formation pour

tous s’inscrivent dans l’héritage du

fondateur. «L’intérêt général sera placé

plus haut que l’intérêt des coopératives

Migros. On n’abandonnera jamais

l’esprit de concurrence dans le domaine

de la qualité et des prix, des salaires et

des prestations sociales», rappelle la

dixième thèse. En 2014, le patron de

Migros, Herbert Bolliger refusait le salaire

minimum plaidant pour une prise

en compte des différences régionales et

spécificités des branches. Les travailleurs

non qualifiés reçoivent toutefois

4000 francs par mois de l’employeur qui

continue de prôner l’apprentissage et la

formation. (md)


6 SOCIETE

500 signes en bref

La spiritualité protestante incite

à la rencontre de l’autre

Aide sociale

ENTRAIDE Depuis une soixantaine

d’années, les quatre Centres

sociaux protestants romands (GE,

VD, NE, BE-JU) offrent un service

d’aide sociale aux personnes en

difficulté. Issus des Eglises, ils

sont désormais indépendants et

sans orientation religieuse.

Sur les ondes

SUISSE ROMANDE Alors que la

radio catholique Radio Maria est

déjà diffusée numériquement en

Suisse romande, les programmes

évangéliques français Phare FM

et Radio 74 sont désormais disponible

en DAB+, respectivement

à Lausannes et à Genève.

©EPER

Cadeaux utiles

SOUTIEN «Offrez une chèvre à

votre père». L’Entraide protestante

suisse (EPER) propose des cadeaux

fictifs offerts en vrai à des personnes

démunies.

ACTUEL En valorisant une

spiritualité de la relation,

les protestants s’écartent de

la spiritualité moderne qui

devient une technique de

bien-être individuel.

La spiritualité protestante est

le geste par lequel les chrétiens

reçoivent et transmettent un

don qu’ils ne sauraient produire

par eux-mêmes. Elle est

éminemment relationnelle.

Son accord majeur est celui de

la confiance. Pour les protestants,

la spiritualité n’est pas

un bien propre, une qualité

personnelle comme elle tend

à le devenir dans la mentalité

actuelle.

La spiritualité est souvent

perçue aujourd’hui comme

un ensemble de techniques de

sagesse dont l’individu se sert

pour son propre développement,

hors d’une communauté

et sans rapport avec Dieu.

Cette spiritualité sans relation

devient une vertu privée

et laïque. Elle ne correspond

plus entièrement aux valeurs

des protestants. A leurs yeux,

l’homme ne parvient pas à

Le protestantisme, une affaire de partage et de rencontres.

atteindre par lui-même un

degré de spiritualité qui soit

digne de Dieu. Seule la grâce

les y conduit.

Dès ses origines, le protestantisme

a cherché à articuler

l’annonce de la grâce, qui

résulte de l’amour sans condition

que Dieu leur adresse,

et l’exigence de la sainteté.

D’un côté, le pardon divin

les libère de la culpabilité, de

l’autre l’éthique chrétienne

permet la vie sociale. Martin

Luther pensait que l’annonce

de la grâce allait rapprocher

les croyants si intensément

de Dieu que l’Eglise n’aurait

plus à enseigner une éthique

de vie. Il était sans doute trop

optimiste sur ce point.

Complétant les vues de

Luther, Jean Calvin affirma

fortement la valeur de la vie

spirituelle et de l’éthique

chrétienne. Il les associait à

une bénédiction à la fois spirituelle

et matérielle de la société.

A ses yeux, la spiritualité

intime, le culte dominical,

©Monkey Business Images/Shutterstock

la vie sociale et le développement

économique étaient

indissociables.

D’un point de vue protestant,

la spiritualité consiste donc à

recevoir la vie comme un don

de Dieu et à chercher à vivre

comme Dieu le souhaite dans

toutes les situations. Elle ne

se limite pas à la vie religieuse.

La grâce qui fortifie les fidèles,

les encourage et les corrige

parfois, les envoie également

vers le prochain, vers l’Eglise

et vers la société. (gb)

L’œcuménisme, des racines

nommées Réforme

©Gérard Jaton

Importance du dialogue entre croyants.

HISTOIRE Mouvement interconfessionnel,

l’œcuménisme

s’inscrit dans la ligne spirituelle

qui animait les pionniers de la

Réforme. Explication. «Œcuménisme:

mouvement favorable

à la réunion de toutes les Eglises

chrétiennes en une seule». La

définition émane du «Petit Robert».

Récente, cette notion de

dialogue interchrétien trouve

ses fondements dans la Réforme.

«Les initiateurs de la Réforme

n’ont pas voulu fonder une

Eglise nouvelle. Ils n’ont pas

voulu rompre avec Rome. Leur

intention consistait à réformer

l’Eglise traditionnelle, sur la base

de l’Ecriture. Pour eux, l’unité de

l’Eglise était une donnée fondamentale.

La rupture est liée au

refus de Rome d’entrer en matière»,

note Pierre-Henri Molinghen,

pasteur à la retraite.

Au cours des siècles suivants,

ajoute le théologien, «les réformés

continuent de se considérer

comme membres de l’Eglise catholique.

L’ouverture à la catholicité,

à l’ensemble de la réalité

chrétienne demeure importante

pour eux. Ils reconnaissent que

la vraie Eglise est aussi présente

ailleurs que chez eux», conclutil.

(nb)

Politiciens et pasteurs ne défendent

pas tout à fait le même christianisme

DEMOCRATIE «L’UDC se reconnaît dans le

fondement occidental et chrétien de notre

Etat», peut-on lire dans le programme du

parti. Paradoxalement, si le premier parti

de Suisse est celui qui met le plus en

avant la défense des valeurs chrétiennes,

c’est aussi celui qui est le plus contesté

par les prises de positions des Eglises, en

particulier en ce qui concerne l’accueil

des migrants. Ce à quoi le programme du

parti rétorque: «L’UDC rejette les prises de

position unilatérales et gauchisantes des

fonctionnaires ecclésiastiques.» Eglises

et politiciens ne défendraient-ils pas le

même christianisme?

«La religion civile de l’aumônier militaire,

équilibre entre catholiques et protestants

se délite. La religion ne joue plus son rôle

de plus petit dénominateur commun entre

les citoyens et l’on se retrouve dans une société

avec beaucoup de droits individuels et peut

de valeurs collectives», analyse le sociologue

des religions Philippe Gonzalez.

Ainsi l’identité religieuse redevient un débat

politique. «En 2002, l’UDF Christian Waber a

déposé une interpellation pour savoir si le préambule

de la Constitution fédérale «Au nom

de Dieu Tout-Puissant» est aussi valable pour

les musulmans. Le Conseil fédéral répond que

cette mention «a pour but de rappeler qu’il

existe une puissance supérieure, au-dessus de

l’Etat et de l’être humain. Mais cette puissance

ne doit pas nécessairement être comprise dans

une perspective chrétienne», rappelle Philippe

Gonzalez. La population n’a plus d’engagement

croyant, mais se reconnaît dans l’identité

chrétienne culturelle et exclusiviste défendue

par l’UDF et l’UDC. (jb)


SOCIETE

7

Austérité,

vous avez dit

austérité?

Austère. L’adjectif suit

comme son ombre l’ensemble

des protestants.

Mythe, réalité, qu’en est-il

réellement?

Le cliché a beau être surfait,

l’austérité protestante

n’est pas un mythe. Mais ce

constat doit être nuancé. Les

protestants ont toujours eu

la faculté de se réjouir, de

faire la fête. Leurs manifestations

restent cependant

contenues, confrontés qu’ils

sont à l’exigence de droiture

et de rigueur morale.

Le fait que Luther et Calvin

aient vécu des temps difficiles

explique cette réalité.

L’austérité est plus en lien

avec Calvin, qui a toujours

été d’une santé fragile. Ce

paramètre a sûrement interféré

sur sa façon de vivre les

choses et marqué sa pensée

religieuse. Luther, lui, était

un bon vivant qui narrait

plein d’histoires (cf. son ouvrage

Propos de table).

Dès lors, même si la découverte

de l’Evangile s’avère

pour eux source de libération,

de joie et de bonheur,

elle survient dans des périodes

où priment l’hostilité

de leurs contemporains et la

peste. Compliqué d’être béat

dans ce contexte. (nb/phm)

Les réformés seront-ils bientôt

enterrés par les évangéliques?

JEUNESSE Cultes animés et

importante vie communautaire,

les Eglises évangéliques

ont le vent en poupe,

alors que les Eglises réformées

voient leurs effectifs

fondre.

Les évangéliques et leurs

cultes festifs gagnent du terrain

sur les réformés, leurs

traditions poussiéreuses et

leur théologie intello. Un

mouvement inéluctable? «Je

crois qu’il y a un dynamisme

évangélique. Mais je suis

prudent avant de pousser la

courbe de croissance à l’infini»,

répond Jean-François

Mayer, historien des religions

et fondateur de l’institut

Religioscope. «Même si

dans les églises réformées,

les fidèles sont moins nombreux

au culte le dimanche,

il reste toujours des gens

attachés à cette identité.»

Quant à la croissance rapide

de certaines communautés

évangéliques, l’historien

l’attribue en partie à la circulation

intraévangélique.

Pour le sociologue des religions,

Philippe Gonzalez, il

CC (by-nc) Darin S

La Guinness, liée à l’histoire de l’Irlande, een est un des symboles.

Naissance d’un géant de la presse

La «Méga-Church» de Solid Rock dans l’Ohio aux Etats-Unis draine des milliers de fidèles.

La libération de la gourmandise : cent

livres pour une pinte de Guinness

HYMNE AU HOUBLON Dire

que sans un héritage laissé

par l’archevêque de l’Eglise

anglicane d’Irlande, nous ne

goûterions pas à la Guinness.

Dans la catholique Irlande, la

famille protestante Guinness

s’est distinguée en politique,

FUSION En novembre, les protestants des cantons

de Genève, Vaud, Neuchâtel, Jura et Jura

bernois recevront pour la première fois «Réformés».

Ce journal issu de la fusion de «La Vie

protestante – Genève», «La Vie protestante

– Neuchâtel, Berne, Jura», et de «Bonne nouvelle»

sera tiré à 220’000 exemplaires déclinés

en quatorze éditions différentes. Les réformés

fribourgeois et valaisans pourraient rejoindre

le projet ultérieurement. Validé par les synodes

(organes délibérants) des quatre Eglises

concernées, le projet a soulevé des inquiétudes

notamment dans l’arc jurassien qui craint une

publication trop lémanocentriste. «Je suis sensible

aux questions des identités régionales,

mais aujourd’hui le vrai défi c’est notre identité

de réformés!», a plaidé Xavier Paillard, président

du Conseil exécutif de la Conférence des

Eglises réformées romandes devant le Synode

d’arrondissement jurassien. (jb)

faut aussi noter un mouvement

«d’évangéliques qui

rejoignent les réformés, soit

parce qu’ils sont accidentés

de la vie, divorcés par

exemple, soit parce qu’ils

souffrent de la méfiance

envers les intellectuels qui

subsiste dans certaines communautés

évangéliques.»

Les deux chercheurs s’accordent

à penser qu’à terme

la proportion de réformés

devrait se stabiliser autour

des 5 à 15%.

«Un nouvel équilibre est

à trouver», note Philippe

Gonzalez. «Jusqu’à présent,

les réformés faisaient

un travail de diffusion des

valeurs protestantes dans

la société. Aux réformés la

en finances et en brasserie.

C’est à l’âge de 27 ans qu’Arthur

Guinness reçoit en legs

de son parrain Arthur Price,

archevêque de la Church

of Ireland, 100 livres qu’il

investit en 1755 dans une

brasserie à 17 kilomètres de

CC (by) Joe Shlabotnik

culture, aux évangéliques

la conviction. Ce travail de

fond n’étant plus assuré,

les évangéliques se réapproprient

les paramètres de

l’identité chrétienne de la

nation, alors que les réformés

s’inspirent des Eglises

évangéliques et de leur vie

communautaire.»

(jb)

Dublin. Quatre ans plus tard,

il la déplace à Dublin où il

a signé un bail de 9000 ans

pour un terrain où se brasse

toujours aujourd’hui cette

bière au secret de fabrication

bien gardé.

(sb)

Le chiffre

563

La Bible est intégralement disponible dans 563 langues parlées

par près de 5,1 milliards de personnes. 1334 langues

supplémentaires (parlées par 658 millions de personnes) disposent

du Nouveau Testament. Il reste encore 778 millions

de personnes qui ne disposent pas ou que partiellement des

Ecritures, selon l’Alliance biblique universelle.


8 DECODAGE

Visées et dérives des Solae de Martin Luther

Visées et dérives des cinq Solae de Martin Luther

Quid des Solae

D’origine parfois très anciennes, les cinq Solae

(mot qui signifie seul), sont des expressions

utilisées lors de la Réforme pour définir

la foi protestante en contraste avec la religion

catholique.

Elles soulignent la simplicité, la clarté et la

légèreté des convictions nouvelles. Chacune

affirme à sa façon que le salut provient de

Dieu seul (gb).

Le Moyen-Âge

La piété

contraignante

Le poids des œuvres religieuses

nécessaires pour obtenir le salut :

pénitences, indulgences...

L’importance des traditions,

écrites en

et inaccessibles

latin

aux fidèles

La culpabilité liée au péché,

à l’incapacité d’être saint

et à la crainte de

l’enfer

Les

La Réfor

Solus Ch

Soli D

5So

de Luthe

Les ramifications du protestantisme

...

Eglise romaine

XVI e XVII e XVIII e XIX e XX e XXI e

La Réforme Les Institutions Les Lumières

Réforme luthérienne

Martin Luther

Jean Calvin

Anabaptistes

Réforme calviniste

Baptistes

Puritains

Jean-Frédéric

Osterwald

Mennonites

Piétistes

Méthodistes

Søren

Kierkegaard

Armée du Salut

Albert

Schweitzer

Karl

Barth

Billy

Graham

Courant

libéral

Courant

orthodoxe

Courant

évangélique

Pentecôtistes

Henri VIII

Anglicans

Catholiques

Libéraux

Traditionalistes

Catholicisants

Desmond

Tutu

(gb)


DECODAGE 9

rme

LE PROTESTANTISME MODERNE

conséquences attendues conséquences inattendues

ristus

eo gloria

Sola fide

Le salut reçu

L’Ecriture biblique comme

lae

r

dans la foi seule

Sola scriptura

Sola gratia

Le salut offert

seule base de foi

par la seule grâce de Dieu

La libération en vue

de la CREATIVITE

personnelle

Le recentrage sur

des VALEURS

fondamentales

La relation à Dieu

restaurée par

le PARDON

L’INDIVIDUALISME

L’abandon des

communautés de foi

LE LITTERALISME

Le fondamentalisme

protestant

LA PERTE DE SENS

DE LA VIE

La question du salut n’est

plus d’actualité

Quelques mots pour briller en société

Lexique

Des jérémiades, un colosse

aux pieds d’argiles, un

bouc émissaire, une traversée

du désert ou jeter

la pierre à quelqu’un; de

nombreuses expressions

sont devenues tellement

courantes qu’on en oublie

qu’elles ont une origine biblique.

A contrario, la communauté

des croyants –

comme toute sous-culture

– a une forte tendance à

développer un vocabulaire

qui lui est propre. Dans les

Eglises évangéliques, on

qualifie souvent ce langage

de patois de Canaan,

en référence à la terre que

Dieu promet dans la Genèse.

Voici un petit lexique

pour pouvoir communiquer

avec un protestant

et éviter quelques erreurs.

(jb)

CC(by-sa) Global Panorama

CHARISMES Tous les fidèles n’ont pas le charisme

de George Clooney. Pourtant en Eglise, on n’arrête

pas de se promettre d’agir selon les charismes de

chacun. C’est que les croyants l’utilisent dans son sens

étymologique de cadeau. Les charismes sont les dons

de Dieu. Bref, agir selon les charismes de chacun, c’est

agir selon les compétences spécifiques de chacun. Dans

certaines communautés évangéliques, les charismes désignent plus

spécifiquement les dons du Saint-Esprit identifiés par le pentecôtisme,

tels que le parler en langues (cette capacité de prier dans une langue

que seul Dieu comprend), don de guérison ou don de prophétie.

Reste à savoir si George Clooney serait aussi charismatique s’il portait

des sandales avec des chaussettes.

EVANGELIQUE Si évangélique a longtemps été synonyme de

protestant, par exemple dans le nom de l’Eglise évangélique réformée

du canton de Vaud, ce mot a aujourd’hui perdu ce sens, et tend plutôt

à désigner toute une frange d’Eglises protestantes influencées par une

théologie qui a vu le jour aux Etats-Unis au milieu du XXe siècle. Les

évangéliques insistent sur la conversion individuelle, une lecture plutôt

littérale de la Bible, la confiance en Dieu et la nécessité de partager sa

foi.

Les croyants se qualifient eux-mêmes d’évangéliques et non d’évangélistes.

Ce second terme désignera soit les auteurs des quatre évangiles

(Mathieu, Marc, Luc, Jean), soit une personne qui est financée par une

Eglise pour pratiquer l’évangélisation (voir ci-contre).

EVANGELISATION «Allez, faites de toutes les nations des

disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit», ordonne

Jésus (en Mathieu 28:19) à ses disciples après sa résurrection. Cet

envoi est lu avec plus ou moins d’emphase suivant les communautés

comme la mission confiée aux chrétiens. L’évangélisation désigne donc

le fait de chercher à convaincre d’autres personnes de s’engager dans la

foi chrétienne. Du prosélytisme, quoi.

LIVRES La Bible n’a pas été écrite d’une traite. Il s’agit d’un recueil

de textes. Chacun de ces textes est appelé livre. La Bible n’est donc

pas un livre, mais une bibliothèque qui compte entre 66 et 73 livres.

Pourquoi ces différences? Parce que les croyants peinent à se mettre

d’accord sur «le canon»: la liste des livres dignes de foi. Par exemple, en

1546, en pleine contre-réforme, l’Eglise catholique a rajouté des textes

au canon. Les livres de la Bible sont souvent regroupés: l’Ancien Testament

représente les textes que juifs et chrétiens ont en commun, dont

font partie par exemple les 5 livres du Pentateuque, ou livre de la loi,

soit la Torah juive. Les évangiles regroupent les 4 récits présentant la

vie et l’enseignement de Jésus.

PROSELYTE N’est pas prosélyte celui que l’on croit! On entend

souvent le mot prosélyte utilisé pour désigner quelqu’un qui cherche à

gagner des fidèles à sa foi. Pourtant ce mot ne désigne pas la personne

qui pratique le prosélytisme, mais bien le nouveau converti.

Découvrez d’autres définitions ou proposez des mots sous

www.NouvelleR.ch


10 SUISSE

Le protestantisme et le fédéralisme,

le lien entre liberté et individu

BERNE Dans le fédéralisme,

les décisions reposent principalement

sur les instances

locales, tout comme dans le

protestantisme. Mais quel

est leur lien?

«Le lien entre le protestantisme

et le fédéralisme est

ce rapport à la liberté individuelle»,

déclare l’historien

Olivier Meuwly. «La culture

catholique est plus axée sur

l’autorité, celle du pape,

alors que dans le fédéralisme

et le protestantisme, l’autorité

va du bas vers le haut»,

poursuit-il. Par contre, il

existe des exceptions. «Le

protestantisme a aussi

accouché de pays centralisés,

par exemple, la Prusse

n’était pas un état fédéral»,

Le chiffre

La Croix-Rouge fondée sur

des valeurs protestantes

HUMANITAIRE Il est aujourd’hui

un des Suisses le

plus reconnu dans le monde.

Marqué par la bataille de

Solferino, Henry Dunant

crée en 1863, sous l’égide de

la Société d’utilité publique

et avec d’autres protestants

genevois, l’acte fondateur de

la Croix-Rouge.

M o i n s

connus

sont

en revanche

46 %

Le serment du Grütli de Jean Renggli (1891) .

Selon les derniers chiffres de l’OFS, près d’un Suisse sur deux

croit en un dieu unique. Plus de 20% de la population dit ne

pas avoir de religion, pourtant seuls 12% des habitants du

pays se déclarent athée.

ses liens avec la société évangélique

dans laquelle il a été

élevé sous l’influence de sa

mère et de sa tante. Henry

Dunant, né en 1828 est un

fils du Réveil des années

1850. Après une expérience

forte vécue dans les Alpes

avec quelques amis, il crée un

groupe de réflexion spirituelle

et fonde l’Union chrétienne

des jeunes gens de Genève.

Il en est un fervent représentant

et signe à Paris en 1855

l’adoption de la Charte et

l’organisation générale des

Unions chrétiennes, connu

aujourd’hui sous le nom de

YMCA. La plus grande aventure

humanitaire de tous les

temps repose donc sur un

terreau composite marqué

par l’esprit évangélique

et la responsabilité morale.

(cs)

Henry Dunant

explique Olivier Meuwly.

Pour l’historien, la tempête

qui a secoué l’Eglise évangélique

réformée vaudoise,

à la suite de la grève de la

faim du pasteur Daniel Fatzer,

entre juin et juillet dernier,

démontre bien que le

pouvoir ecclésiastique protestant

peut être remis en

cause par la base. «Du côté

catholique, par exemple,

on ne remettrait même pas

en question la décision de

l’Eglise», déclare Olivier

Meuwly. De plus, «la multitude

de sectes protestantes

montre justement l’importance

de l’individu. On vit

sa foi comme on l’entend»,

poursuit-il.

«Longtemps, le capitalisme

se contrôlait par la morale

religieuse», explique le Vaudois.

C’est peut-être ce qui

manque à notre société? En

tout cas, la religion peut être

vue comme un garant de la

liberté. Comme l’explique

Olivier Meuwly, «la liberté

individuelle doit avoir des

pare-feu, et la religion pourrait,

aujourd’hui encore,

jouer ce rôle.»

(ej)

La Déclaration de Berne,

une ONG précurseure

© Martin Bichsel

Assemblée générale 2016 dans l’église ouverte Heiliggeist à Berne.

AIDE AU DEVELOPPEMENT

A l’occasion des 400 ans de

la mort de Jean Calvin, en

1964, André Bieler, pasteur

et professeur d’éthique, officier

à l’armée, donne une

conférence dans laquelle il

propose que les états du Nord

réduisent leurs dépenses militaires

et s’engagent à verser

3% de leurs revenus en faveur

du Sud. L’idée de la Déclaration

de Berne (DB) est née.

4 ans plus tard, en 1968, elle

se concrétise avec des signataires

de différents horizons

politiques et confessionnels.

Récoltant en deux ans

près de 10’000 signatures

de personnes s’engageant à

verser entre 1 et 3% de leurs

revenus pour l’aide au développement,

la DB fait date

en Suisse. Elle va contester

la course aux armements,

débattre avec les multinationales,

amorcer le développement

équitable et la création

des Magasins du Monde.

Au croisement de mai 68

et de la foi chrétienne, elle

exprime la recherche d’une

église qui s’engage dans la

société, conteste le système

établi et sort d’une relation

paternaliste avec les pays

en développement. Devenue

une ONG professionnelle,

elle emploie aujourd’hui une

trentaine de personnes réparties

entre Lausanne et Zurich.

Elle s’est rebaptisée, Public

Eye en septembre 2016,

après avoir testé ce nouveau

concept en marge du Forum

économique de Davos. (mk)

Trois questions

à Dick Marty

DR

Ses enquêtes ont éclaboussé

l’administration Bush. En 2005,

le conseiller aux Etats radical révèle

l’affaire des prisons secrètes

et des pratiques de torture de la

CIA sur territoire européen. Le

Tessinois a également révélé

le scandaleux trafic d’organes

durant la guerre du Kosovo.

En quoi le protestantisme a-til

influencé votre engagement

politique?

Je suis né en 1945 au Tessin dans

une famille protestante. J’ai donc

appris l’art d’être minoritaire dans

un canton de 93% de catholiques.

Cette enfance, nourrie par les lectures

de Max Weber et le scoutisme,

a sans doute forgé mon caractère.

J’ai appris à résister à la sournoise

contrainte du conformisme et à ne

pas craindre la solitude des batailles,

quelles qu’elles soient.

Quelle est la place de l’éthique

dans le milieu politique?

Sans un fondement éthique, la

politique n’est que confrontation

d’intérêts, jeu de pouvoirs et de

forces. L’intérêt général n’a jamais

été la somme des intérêts particuliers.

En Suisse comme ailleurs,

on a du mal à redresser la barre.

Vendre des armes aujourd’hui à

l’Arabie Saoudite est proprement

scandaleux. Vendre des avions au

Quatar est impossible si l’on a une

once de responsabilité.

Les raisons économiques prévalent-elles

de plus en plus?

Une politique qui repose sur des

choix éthiques est tout sauf un

désastre. Elle implique la responsabilité

et la transparence des

multinationales, notamment. Dans

les années 70, j’ai tiré la sonnette

d’alarme sur le secret bancaire. On

nous a alors accusés de mettre à

mal la prospérité suisse, d’attaquer

la place financière… Regardez ce

qui se passe aujourd’hui avec le

secret bancaire qui est en train de

voler en éclat. La Suisse devait réagir

avant. Elle aurait ainsi pu s’épargner

un dégât d’image qui continue

de nuire à son économie. (cs)


FRIBOURG - VALAIS 11

500 signes en bref

Des vitraux d’Erni

MARTIGNY Le temple de Martigny

a été orné de douze vitraux

du peintre Hans Erni réalisés sur

mesure, lors de sa rénovation terminée

en 2014. L’amitié entre le

pasteur du lieu, Léonard Gianadda

de la Fondation du même nom et

l’artiste en est à l’origine.

Catéchisme

FRIBOURG Les Eglises protestantes

et catholiques du canton

introduisent progressivement un

enseignement religieux œcuménique

dans les classes d’écoles

enfantines. D’ici cinq ans, tous

les bambins du canton devraient

bénéficier de ces cours.

L’Eglise à l’école

VALAIS Malgré la suppression

des subventions de l’Etat,

l’Eglise réformée évangélique

du Valais poursuit les «fenêtres

catéchétiques», soit des journées

annuelles de présentation

de l’Eglise à l’école. Entièrement

financées par le canton dans le

passé, elles sont dès la rentrée

2016 à la charge des paroisses.

La légitimité du religieux en terre

catholique profite aux réformés

CANTONS CATHOLIQUES

Enseignement religieux à

l’école, présence de l’Eglise

lors des événements officiels,

rites autour de la mort.

En Valais, la tradition catholique

a implanté la religion.

Un contexte prospère pour

les protestants.

«Le Valais est encore très

christianisé par rapport à

d’autres cantons suisses. Par

exemple, l’Eglise participe à

chaque événement officiel»,

explique le pasteur Gilles Cavin,

vice-président du Conseil

synodal de l’Eglise réformée

évangélique valaisanne

(EREV). «Et il y a une présence

des rites, par exemple autour

de la mort, ou encore les rappels

du religieux dans l’espace

public», souligne l’historien

Jean-François Mayer, rédacteur

en chef de Religioscope.

De tradition catholique, le

Valais a modifié sa constitution

en 1974 pour établir une

EREV

Eglise Réformée

Evangélique du Valais

Croix aux environs de la cabane de Tracuit, 3258 m, val d’Anniviers, Valais.

parité avec l’Eglise réformée.

«Cette égalité de traitement

nous aide. Nous bénéficions

des combats tracés par l’Eglise

catholique», précise Gilles

Cavin. «Par exemple sur la

question de l’enseignement

religieux proposé en classe.

L’Eglise catholique sait que

c’est quelque chose qu’il ne

Carte d’identité

Nombre de ministres:

11,45 EPT de pasteurs

2,7 EPT de diacres

Autres employés:

1 EPT secrétariat, 0,2 EPT présidence

du Conseil synodal, 13 intervenantes

en milieu scolaire

Structures: 10 paroisses

Les budgets sont largement gérés au

niveau des paroisses. Elles bénéficient

d’aides communales.

faut pas perdre, car il n’y aurait

pas de retour en arrière»,

ajoute Jean-François Mayer.

Eglise d’immigrés des cantons

de Genève, Vaud, Berne

ou encore Zurich, l’EREV bien

que minoritaire est en perpétuelle

augmentation. «Le fait

d’être minoritaire renforce

notre identité. L’esprit dans

EERF

Eglise Evangélique

Réformée du canton de

Fribourg

les paroisses est plus familial

que dans certains cantons

protestants», relève Gilles

Cavin, pasteur de la paroisse

de Sierre. «Et financièrement,

les communes sont astreintes

d’assurer les ressources du

côté catholique comme protestant,

donc nous sommes

privilégiés». (lv)

Carte d’identité

Nombre de ministres: 43

37 pasteurs et 6 diacres

Nombre d’employés: env. 120

Budget cantonal: 1,9 Mios

Budget paroissial: 12 Mios

Structures: 16 paroisses, 6 aumôneries

et 2 services cantonaux

La contribution écclésiatique versée

aux paroisses varie entre 8 et

11,5% de l’impôt dû à l’Etat.

LV

Les protestants croissent en

terres fribourgeoises

Fribourg, le paradis des réformés.

CC (by-nc) Morgann

RELIGION ET VIE QUOTIDIENNE «La raison de

l’augmentation des protestants est liée

à l’attraction économique du canton, sa

démographie et le bilinguisme», suppose

Pierre-Philippe Blaser, président du Conseil

synodal (exécutif) de l’Eglise évangélique

réformée du canton de Fribourg. Dans le

canton de Fribourg, qui est situé entre deux

grands cantons protestants, Berne et Vaud,

de nouvelles entreprises s’implantent et les

loyers y sont intéressants. «Malgré la possibilité

administrative de sortir de l’Eglise,

une immense majorité des protestants

reste attachée à l’institution et s’acquitte

consciemment de sa contribution ecclésiastique»,

remarque le président.

Pierre-Philippe Blazer constate pour sa

part que «dans le canton de Fribourg, nous

ne connaissons pas, ou alors très peu, la

vague laïque teintée d’idéologie que nous

voyons parfois à l’œuvre dans d’autres

cantons romands.» Avec les célébrations et

fêtes religieuses catholiques dans l’espace

public: «ici, la religion fait partie de la vie,

elle n’est pas un sujet tabou», confie-t-il.

Le Fribourgeois suppose également que «si

les Eglises bénéficient d’une reconnaissance,

c’est aussi parce qu’elles participent

à la cohésion sociale, à l’accompagnement

des passages cruciaux de la vie, à la reconnaissance

des minorités et de leur intégration.»

(ej)


12 BERNE - JURA

Solide Eglise d’Etat

ORGANISATION Contrée

francophone des Eglises

réformées Berne-Jura-Soleure

(refbejuso), l’arrondissement

jurassien comprend

le canton du Jura, le

jura bernois et le secteur

francophone de la ville de

Bienne. Représentant 7-8%

des membres de refbejuso,

il réunit la minuscule Eglise

réformée du canton du Jura

(6 postes pastoraux) et

l’Eglise réformée bernoise,

la plus grande de Suisse.

Gérant les questions financières

par canton, les deux

Eglises sont réunies sur le

plan ecclésial.

Dans le canton du Jura, les

structures de l’Eglise et

de l’Etat ne sont pas aussi

enchevêtrées que dans le

canton de Berne. Cette indépendance

a été renforcée

lors de la création du nouveau

canton en 1978. Dans

le canton de Berne, l’Etat

finance quasiment la totali-

Une terre fertile pour la

famille évangélique

JURA BERNOIS Le Jura bernois

est particulièrement doté

en Eglises évangéliques.

Ces dernières considèrent

la région comme une terre

fertile pour leur mission.

La vallée de Tavannes avant

tout, ainsi que la partie francophone

du canton de Berne,

comptent une proportion

d’Eglises évangéliques plus

élevée que la moyenne suisse

(9-10% de la population contre

3-4% en moyenne suisse).

Cela représente deux ou trois

assemblées par village. L’arrivée

des anabaptistes ayant

trouvé refuge sur les hauteurs

du Jura bernois dès le XVIe

siècle est sans doute à l’origine

de l’implantation d’autres communautés

évangéliques dans

les vallées jurassiennes à partir

du XIXe siècle.

La coexistence d’un grand

nombre de dénominations

ne dissuade pas le pasteur

té des salaires des ministres

par l’impôt obligatoire, alors

qu’une moitié de ces salaires

est assumée par l’Etat jurassien,

le solde provenant de

l’impôt ecclésiastique.

A partir de 2013, des députés

au Grand Conseil bernois

ont revendiqué une séparation

plus nette des Eglises

et de l’Etat. Après une vaste

consultation, le Grand

Conseil a décidé en septembre

2015 que les pasteurs

ne seraient plus employés

par l’Etat, mais par l’Eglise.

Ce transfert d’employeur ne

délie pas l’Etat de son obligation

de financer les salaires

des ministres, laquelle

remonte à son annexion des

biens ecclésiastiques suite

au passage de Napoléon.

Toutefois, le processus de

désimbrication n’est sans

doute pas terminé et suscite

comme ailleurs la crainte

d’une marginalisation croissante

de l’Eglise. (gb)

de l’Eglise mennonite de Tavannes,

Christian Sollberger,

de parler d’une «famille évangélique

qui évolue vers une

unité de cœur». Les membres

du Centre évangélique de

Tavannes (cet.ch), de l’Eglise

mennonite et de l’Eglise pour

Christ à Malleray, de l’Eglise

baptiste à Court ainsi que de

l’Eglise libre à Reconvilier, et

bien d’autres, se rencontrent

mensuellement lors de soirées

de louange qui rassemblent

entre 400 et 600 personnes.

Bellelay, abbatiale vivante

Le monastère de Bellelay, abbaye de l’ordre

des prémontrés de 1142 à 1797, est un

immense ensemble de bâtiments conventuels

situés dans le Jura bernois et devenu

clinique psychiatrique depuis 1890. En

2014, suite à la célébration du tricentenaire

de l’abbatiale actuelle, le groupe

interconfessionnel qui s’était constitué

pour l’occasion a décidé de poursuivre une

CC(by-nc) Catho Alsace

La musique de louange a la cote dans les milieux évangéliques.

Le président de la section de

Tavannes du Réseau Evangélique

constate que «la nouvelle

génération met beaucoup

moins l’accent sur les étiquettes

dénominationnelles».

Il souligne la croissance des

contacts œcuméniques avec

les réformés et les catholiques,

notamment lors de la Semaine

de prière pour l’unité des chrétiens,

lors de la fête de Chaindon,

ainsi que pour l’accueil

des réfugiés.

(gb)

MEDIAS Les Eglises réformées

Berne - Jura - Soleure

bénéficient d’une bonne couverture

médiatique sur les

radios et télévisions locales.

Dès sa création, la chaîne

de radio biennoise Canal3

a favorisé une collaboration

avec les paroisses dans

le cadre d’un magazine qui

porte aujourd’hui le nom de

Paraboliques. Cette émission

œcuménique d’une douzaine

de minutes traite de thèmes

spirituels, de société et

donne un éclairage sur la vie

des paroisses. Idem du côté

présence qui maintienne l’héritage des

prémontrés. Dans ce magnifique bâtiment,

ce groupe anime des vêpres musicales tous

les premiers dimanches du mois à 17h. Il

travaille au sein de l’association «Abbatiale

vivante» qui regroupe tous ceux qui participent

à l’animation culturelle des lieux

(abbatialebellelay.ch/fr/).

Marc Seiler, pasteur, Grandval

Eglises réformées

Berne -Jura - Soleure

©Roger Meier

Riche palette d’émissions

religieuses sur les ondes

de Radio Jura bernois (RJB)

et Radio Fréquence Jura (RFJ)

où les Eglises bénéficient

d’une chronique ou d’une

courte prédication hebdomadaire.

Les télévisions

régionales TeleBielingue et

Canal Alpha diffusent aussi

des émissions produites en

collaboration avec les Eglises

depuis leur création. Le magazine

Teleglise pour l’une

et Passerelle pour l’autre

donnent également un éclairage

sur des thèmes en relation

avec les préoccupations

des Eglises. (nm)

Carte d’identité

Nombre de ministres: 980

Env. 560 pasteurs et 170 diacres

Nombre d’employés: 2070

Budget 2016: 27,2 Mios

Divisée en 13 arrondissements

Pourcentage de financement

par l’impôt obligatoire

de l’état:

BE: 100%, JU: 50%


NEUCHATEL 13

Evangéliser,

c’est ringard?

Comme la plupart des

Eglises, l’EREN a passé en

mode évangélisation. Un

terme connoté négativement

qui pourrait davantage susciter

la méfiance qu’ouvrir

des portes.

En 2015, le synode de l’EREN

adopte le rapport «Passons

en mode évangélisation». Le

document met en exergue

l’ouverture au monde, à l’Esprit

et à l’autre. Une manière

de renouer le contact avec la

société d’aujourd’hui.

On peut toutefois s’interroger

sur la pertinence de la

terminologie utilisée. Si elle

n’est pas fausse, elle est trop

connotée d’éléments accumulés

au fil des siècles qui lui

enlèvent sa force de conviction

auprès d’une population

que l’Eglise cherche à toucher.

Pour certains théologiens et

ministres, l’activité d’évangélisation

doit être dépourvue

d’une vision de recrutement.

Une fois le message proclamé,

il doit faire son propre

chemin dans la conscience

ou le cœur des auditeurs. Et

c’est à eux qu’appartient une

éventuelle décision, d’acceptation

ou de rejet. Un travail

de longue haleine où l’authenticité

du discours réside

plus dans l’être que dans le

faire. (nb)

Devenir Eglise minoritaire,

un apprentissage délicat

DESTIN Le déclin des réformés

est incontestable. Ce phénomène

n’épargne pas l’EREN.

Une érosion qui, semble-t-il,

n’a pas débouché sur un repli

identitaire. Analyse succinte.

Le nombre de réformés ne

cesse de fondre dans le canton

de Neuchâtel. Ainsi, en moins

d’une décennie, leur effectif

a diminué de 18%. Ils ne sont

désormais qu’un peu plus de

22% de la population, derrière

les catholiques romains.

Le programme de législature

de l’actuel Conseil synodal

n’exprime pas l’espoir d’une

recrudescence des membres

inscrits dans l’EREN. «Le phénomène

de décroissance des

Eglises est trop généralisé à

grande échelle en Occident

pour espérer raisonnablement

une inversion prochaine de

cette tendance», indique-t-il.

Le Conseil synodal estime

cependant que «le premier

souci n’est pas le nombre des

membres, mais la transmission

fidèle de l’Evangile». Dans

cette optique, il se réjouit que

l’EREN n’ait pas cédé à la tentation

de repli. «Les capacités

©Pierre Bohrer

L’âge moyen des fidèles approche, voire dépasse celui de la retraite.

de réactivité et de créativité

ont été manifestes. Il s’agit

de poursuivre, dans ce même

esprit, la compréhension de

ce que signifie être une Eglise

fidèle – et donc vivante – dans

une société où les chrétiens

sont une minorité».

Pasteur à la retraite, Pierre-

Henri Molinghen a siégé

quinze ans au Conseil synodal

de l’EREN. Selon lui, outre

l’aspect sociologique, ce

déclin réformé, dont les prémices

dans le canton de Neuchâtel

remontent à la fin des

années 1970, s’explique aussi

par une incapacité de l’Eglise

à prendre conscience de l’évolution

de la société. Notamment

par le fait que tout le

monde ne se reconnaît plus

nécessairement comme étant

membre d’une communauté

chrétienne.

«Ça demanderait à l’Eglise

de revoir totalement sa prédication,

la manière dont on

transmet le contenu du message

chrétien aux nouvelles

générations. Bref, d’entrer en

contact avec sa communauté

religieuse. On vit sur un acquis,

notion encore présente,

sans voir que celui-ci est en

porte-à-faux. Il est vrai que

c’est très difficile de passer

d’un rang d’Eglise établie et

majoritaire à un statut minoritaire

et en concurrence avec

d’autres mouvements religieux.»

(nb)

Guillaume Farel ou le périple

d’un prophète prédicant

HISTOIRE Pionnier de la Réforme à Neuchâtel

et en Pays romand, Farel était un homme

d’action. Portrait express d’un missionnaire

zélé, davantage tribun que théologien.

Né à Gap et mort à Neuchâtel, Guillaume Farel

(1489-1565) a très vite rompu avec le catholicisme.

Il intègre en 1521 le Groupe de Meaux,

ensemble réformiste réuni autour de l’évêque

Briçonnet. Mais ses convictions religieuses,

proches de Zwingli, l’obligent à émigrer deux

ans plus tard.

«Farel était un prédicateur passionné, courageux

et impulsif», note Pierre-Henri Molinghen,

théologien. «Tout au long de son

parcours, il a connu des difficultés liées à sa

raideur d’esprit et aux résistances tenaces rencontrées.

La violence de son langage et son

impétuosité lui ont partout valu des ennemis.»

Farel se réfugie à Bâle. Il en est chassé par

Erasme en 1524. Il se rend à Montbéliard,

qu’il doit

aussi quitter.

Il trouve asile

à Strasbourg,

chez les réformateurs

Capiton

et Bucer.

A Berne, en

1525, il tente

© Pierre Bohrer

de rallier les baillages francophones du canton.

En 1526, il émigre dans le district d’Aigle.

Son incursion automnale de 1529 dans le comté

de Neuchâtel avorte. Farel revient l’été suivant.

Le 4 novembre, ses méthodes persuadent

les bourgeois d’adhérer à la Réforme. Tout en

poursuivant son activité itinérante – ralliement

des vaudois du Piémont (1532), passage

de Genève à la Réforme (1536) –, il dote l’Eglise

de Neuchâtel de sa nouvelle structure réformée,

dans la ligne théologique de Calvin. (nb)

Le chiffre

- 2245

C’est la diminution du nombre de contributeurs de l’EREN

entre 2007 et 2015. Le nombre a passé de 10’421 à 8’176.

Toutes les tranches d’âge de ce soutien financier ont diminué,

sauf les 75 à 80 ans et les 95 à 100 ans. Les deux tiers des

contributeurs ont plus de 65 ans.

EREN

Eglise Evangélique

Réformée du canton

de Neuchâtel

Carte d’identité

Nombre de ministres: 47

37 pasteurs et 10 diacres

Nombre d’employés: 95

Budget: 7,7 Mios

Structures: 9 paroisses

68% du budget est couvert

par les montants versés par

les protestants se soumettant

à la contribution volontaire.


14 VAUD

500 signes en bref

Septante ans au service de la paix

Cru réformé

LA COTE La région Morges-Aubonne

lance une «cuvée de la

Réforme». Une équipe de pasteurs

et de diacres élaboreront une

cuvée originale en collaboration

avec des vignerons de La Côte. Il

se dégustera dès le mois d’avril

2017. www.cuveedelareforme.ch

C+H Vaud

CANTON Le groupe chrétien de

Vogay s’est émancipé et s’appelle

désormais chrétien-e-s et homosexuel-le-s

Vaud (C+H Vaud). Ce

n’est pas une rupture, mais la possibilité

pour le nouveau groupe de

participer à d’autres mouvements

sans engager toute l’association.

Théologie

REFLEXION Deux groupes de

réflexion théologique ont vu le

jour dans le paysage réformé

vaudois en 2016: le mouvement

«Pertinence: pour un christianisme

libre, critique et démocratique»

et «R3: rassemblement

pour un renouveau réformé». Si

le premier prône une théologie

libérale, le second a une vision

nettement plus évangélique.

Noces d’or

CC (by)Simon Cocks

UNION L’Eglise évangélique

réformée vaudoise, issue de l’unification

de l’Eglise nationale et de

l’Eglise libre en 1966, célèbre ces

50 ans en 2016. A cette occasion,

le théologien Jean-Pierre Bastian

a publié «La fracture religieuse

vaudoise 1847-1966».

Best of Alléluia

CHANT Pour encourager l’assemblée

à chanter pendant les cultes,

l’Eglise réformée vaudoise a sélectionné

cinquante «incontournables»

du recueil de cantiques

«Alléluia» qui en contient 900.

Parmi les tubes choisis: «A toi la

gloire» et «Je louerai l’Eternel».

PAIX La Fondation Caux-

Initiatives et Changement,

basée à Caux au-dessus de

Montreux, célèbre septante

années d’activités dans les

processus de paix et de réconciliation.

Créée au lendemain de la

Deuxième Guerre mondiale

par le pasteur américain

Franck Buchman, la Fondation

du Réarmement moral,

renommée Caux-Initiatives

et Changement en 2001, fête

ses 70 ans d’activité cette

année. Basée à Caux audessus

de Montreux, l’ONG

est discrète en Suisse, mais

bénéficie d’un réseau international.

Cette organisation

qui promeut la responsabilité

individuelle dans les processus

de paix et de réconciliation

a permis à plusieurs

communautés en conflit de

dialoguer en terrain neutre

et loin des projecteurs. Par

Le palace de Caux, au-dessus de Montreux.

exemple, après la Deuxième

Guerre mondiale, la Fondation

a permis à des délégations

allemande et française

de se rencontrer. En 1950,

les maires d’Hiroshima et de

Nagasaki sont également venus

à Caux amorçant ainsi le

L’exception œcuménique

©Gérard Jaton

AUMONERIES Main dans la

main depuis six ans, réformés

et catholiques vaudois

rompent avec la tentation

rampante de la laïcité, grâce

aux «missions exercées en

commun», au sein de quinze

services à la population,

essentiellement des aumôneries.

Dans les coulisses,

les deux Eglises ne comptent

plus les heures passées à

s’ajuster. Un prix à payer

pour gagner en légitimité

et en visibilité, mais aussi

une condition de leur statut

d’Eglise reconnue comme

institution de droit public,

inscrite dans la Constitution

vaudoise et qui leur permet

d’accéder à des subventions.

Pour la période 2015-2019,

elles se partagent avec la

communauté israélite du

Canton de Vaud quelque 61

millions de francs chaque

année. (md)

LES MISSIONS EN COMMUN

Aumônerie éducation spécialisée;

Aumônerie des mineurs placés;

Aumônerie des Gymnases et

écoles professionnelles;

Aumônerie de l’UNIL-EPFL;

Aumônerie des HES;

Aumônerie de Rue;

Aumônerie des Prisons;

Aumônerie des Requérants d’asile;

Aumônerie des EM;

Aumônerie des EMS;

Aumônerie des Hôpitaux;

Aumônerie Eglise et monde du

travail;

Equipe de soutien d’urgence;

Visites de classes, dialogue

œcuménique et interreligieux.

processus de reconstruction

du Japon. Plus récemment,

l’ONG a facilité les discussions

entre Russes et Ukrainiens

ainsi qu’entre Turcs et

Arméniens. Chaque été, la

Fondation organise des rencontres

estivales qui attirent

EERV

Eglise évangélique

réformée du canton

de Vaud

des personnes du monde

entier. Après 70 ans d’activité

au niveau international

essentiellement, Caux-Initiatives

et Changement souhaite

étendre son travail en

Suisse pour faciliter l’intégration

des migrants. (lv)

Partenariats Eglise - Etat

CANTON Qui sera la prochaine?

Depuis la loi sur la

reconnaissance des communautés

religieuses d’intérêt

public en 2007 et l’apparition

de son règlement d’application

en 2014, la réponse se

fait attendre. «Musulmans,

anglicans, évangéliques,

orthodoxes et catholiques

romains pourraient être intéressés»,

liste le théologien et

membre de la Commission

consultative en matière religieuse

Pierre Gisel. Sans rien

dévoiler des secrets d’alcôves,

il avoue que les autorités ont

Carte d’identité

Née en 1966, dès 2003

reconnue comme institution

de droit public:

185 pasteurs et 40 diacres

Budget: 42 Mios

87 paroisses dans 11 régions

Sur 100 fr dépensés par

l’Etat, 1fr82 vont à la culture,

aux sports et loisirs et aux

Eglises.

LV

peur du climat politique actuel.

Et en filigrane apparaît

l’islam. Pierre Gisel maintient

la nécessité d’un débat public

et rappelle au passage la lourdeur

de la procédure pour les

communautés. Il faut notamment

consentir à ce que l’Etat

mette le nez dans ses finances,

reconnaître l’ordre juridique

suisse et vaudois, et être établi

depuis au moins trente ans

sur le territoire. Pierre Gisel le

craint, il faudra bien quelques

années avant que la situation

ne débouche sur une reconnaissance.

(md)


Genève, la «Rome protestante»

soumet ses Eglises au régime sec

REFORME Genève est souvent

désignée comme la

«Rome protestante». Ville

historique de la Réforme,

cité de Calvin, elle est l’un

des lieux clés du monde

protestant. Tour d’horizon.

La cathédrale Saint-Pierre, la

Maison Mallet où se trouve le

Musée international de la Réforme

(MIR), sont les témoins

de l’héritage protestant de

Genève. A une encablure, dans

cette vieille ville au charme

austère, est né la Croix-Rouge

fondée par des protestants,

comme Henry Dunant et qui

a donné à cette ville son aura

humanitaire ainsi que cet

«esprit», cité dans le monde

entier.

Dans cette capitale suisse

de la Réforme cependant,

une particularité: l’Etat ne

contribue en rien à l’entretien

du patrimoine religieux.

L’entrée du Musée international de la Réforme.

Genève repense sa laïcité

photo: DR

JURIDIQUE Genève vit toujours

sous le régime de la

loi de 1907. Celle-ci impose

une séparation nette

entre Etat et religion. Elle

supprime notamment le

budget des cultes et l’aide

à l’entretien des temples

et des églises. En 2012,

la nouvelle constitution

genevoise adoptée pose

le principe de laïcité de

la République et canton

de Genève, mais précise

que les autorités entretiennent

des relations

avec les organisations

religieuses. Dès 2013, le

Le canton du bout du lac vit

en effet aujourd’hui encore

sous un régime de séparation

nette entre monde religieux

et pouvoirs publics. En clair et

en résumé, Genève est le seul

canton suisse à ne pas percevoir

d’impôt ecclésiastique, à

ne bénéficier d’aucun soutien

de l’Etat pour l’entretien des

lieux de culte et la gestion du

patrimoine. Quant au MIR, il

est entièrement à la charge de

Groupe de travail sur la

laïcité (GTL) s’attelle à

la mise en application

de cette demande. Fin

2015, le Département

de la sécurité et de

l’économie, présidé par

Pierre Maudet, soumet

un projet de loi au

Grand conseil. Ce texte

fixe la reconnaissance

d’un nombre élargi de

communautés sans

toutefois les financer.

Il a soulevé des oppositions.

De nouveaux

projets de loi, émanant

notamment de la

gauche radicale, revendiquent

une stricte

séparation Eglises/Etat.

Cette longue procédure

pourrait aboutir à un

referendum. (cs)

donateurs privés, comme le

confirme le théologien Olivier

Fatio, principal créateur des

lieux et président du Conseil

de Fondation.

«La charge courante des bâtiments

historiques est devenue

très lourde», explique

Emmanuel Fuchs, président

de l’Eglise protestante de Genève

(EPG), précisant que la

maigre subvention octroyée à

la Fondation des clés de Saint-

EPG

Eglise Protestante

de Genève

Pierre ne couvre même pas les

frais de gardiennage de la cathédrale.

Quant à l’Auditoire

Calvin, prisé par les touristes

du monde entier, il ne peut

demeurer ouvert à la visite de

manière permanente, faute de

gardiens.

Les grandes commémorations

comme celles de la naissance

de Calvin en 2009 ou le

Jubilé de la Réforme en 2016

permettent à chaque fois de

souligner le paradoxe genevois.

Celui d’une ville dont

l’aura, l’esprit ont été forgés

par la Réforme, dans un canton

désinvesti financièrement

de son patrimoine religieux.

«Sans la Réforme, Genève

n’aurait été qu’une bourgade

comme une autre. Cette ville

doit tout à la Réforme. Et l’on

ne peut que constater la peine

qu’elle éprouve à mettre en

avant sa propre histoire»,

conclut Emmanuel Fuchs.

(cs)

Carte d’identité

Nombre de ministres: 48,4 EPT

Nombre d’employés: 66 EPT

Budget: 12,97 Mios

Structures: 7 régions,

29 paroisses, 3 services,

3 «espaces»

Pourcentage de financement

par l’impôt obligatoire de

l’état: zéro

GENEVE15

500 signes en bref

LGBT

PLAINPALAIS @LeLAB est l’incubateur

de nouvelles formes ecclésiales

de l’Eglise protestante de

Genève. Les croyants de 18 à 39

ans peuvent amener leur projet

et sont encadrés par deux jeunes

pasteurs pour les mener à bien. Un

groupe LGBT a ainsi vu le jour.

Stars en peluche

FUSTERIE Après six saisons, l’engouement

ne faiblit pas et la septième

saison est attendue avec

impatience par les 4 à 9 ans.

Deux mercredis par mois, l’Espace

Fusterie accueille les Théopopettes,

un spectacle de marionnettes

qui encourage le dialogue

philosophique et spirituel chez

les enfants. Théo, un petit garçon

et Popette, une fillette, abordent

avec Madame Florence des thématiques

de la vie quotidienne en

interaction avec les bambins.

Déménagement

VIEILLE VILLE L’Eglise centrale

a décidé de déménager son siège

cantonal. Anciennement installée

à la rue du Cloître, à côté de la cathédrale,

l’administration centrale

se trouve désormais à La Jonction.

En louant la Maison Mallet, son

siège historique, l’EPG espère

générer un rendement annuel de

220’000 francs.

La bible de Luther, trésor de la Fondation

Martin Bodmer, s’offre au public

MUSEE La Fondation Martin Bodmer constitue

l’un des fleurons culturels du canton. La

collection réunie entre 1916 et 1971 par Martin

Bodmer, issu d’une famille protestante zurichoise,

vient d’être classée par l’UNESCO au

programme «Mémoire du monde». Riche de

quelque 150’000 manuscrits, livres imprimés,

gravures, pièces archéologiques, elle reflète

3000 ans de civilisation.

Fin lettré, humaniste, Martin Bodmer a occupé

le poste de vice-président de la Croix-

Rouge. Il avait alors acquis sa propriété de

Cologny pour y vivre et y abriter sa collection.

©Pierre-Alain Frey

L’architecte tessinois Mario Botta a réalisé des

travaux en sous-sol et créé des espaces d’exposition

adaptés. Au premier niveau, l’exposition

permanente, où figure notamment la

première Bible en allemand de Luther avec

des gravures couleur de Cranach (1522). Autre

trésor: «Le meilleur exemplaire des Thèses de

Luther», indique Jacques Berchtold, directeur

des lieux. «Martin Bodmer était certes d’un

milieu protestant, mais s’est montré un collectionneur

sur le modèle de Goethe, c’est-àdire

passionné par toutes les formes d’œuvres

en provenance de cultures différentes». (cs)


16 JEUX

Mot mystérieux

Dans la grille ci-contre se trouvent les mots listés ci-dessous. Ils apparaissent horizontalement, verticalement, en diagonale dans le sens de lecture ou en

sens inverse. Tracez-les. Les huit lettres restantes formeront un mot correspondant à l’indice suivant: les journalistes et la Réforme lui doivent beaucoup!

ABDIAS

ACIDULAIT

ACTES

AGGEE

AJUTS

AMOS

ANARCHIE

APOCALYPSE

ARMEUR

BEGU

BIPEES

BONIMENTE

BOUBOU

BRISEFLOTS

CANNA

CANONIQUES

CANTIQUE

CELSIUS

CHRONIQUES

COLOSSIENS

CORINTHIENS

DANIEL

DEUTERONOME

DROITURE

ECCLESIASTE

ELIE

EPHESIENS

ESAIE

ESCALADIEZ

ESDRAS

ESTAU

ESTHER

EVANGILE

EXODE

EZECHIEL

GAINER

GALATES

GENESE

GROS

HABACUC

HEBREUX

HONORER

JACQUES

JEAN

JEREMIE

JOEL

JONAS

JOSUE

JUDE

JUGES

JUIVERIES

LAMENTATIONS

LEUR

LEVITIQUE

LUC

MALACHIE

MARC

MARE

MATH

MATTHIEU

MECS

MICHEE

MOKAS

NAHUM

NEHEMIE

NICKELS

NOMBRES

ONCE

OSCAR

OSEE

PACT

PATROUILLERA

PERCLU

PHILEMON

PHILIPPIENS

PICOULETS

PIEDS

PIERRE

PILE

PROVERBES

PSAUMES

PUBLIA

RASIBUS

REBENIREZ

ROIS

ROMAINS

RONDE

RUTH

SAMUEL

SISE

SOPHONIE

TELES

TELEX

THESSALONICIENS

TIBETS

TIMOTHEE

TIPEX

TUBER

VAINS

VERDICT

ZACHARIE

M A T H H O M I C H E E M A T T H I E U C G E

E R H C A N T I Q U E U C A N O N I Q U E S V

C E E B B C S T U J A C Q U E S A P U B L I A

C L S O A E Z E C H I E L I P S A U M E S D N

L L S N C A P O C A L Y P S E I E R E N I A G

E I A I U P H I L I P P I E N S U X U T U N I

S U L M C A B D I A S B R I S E F L O T S I L

I O O E E S C A L A D I E Z L J E A N D H E E

A R N N A N N A C T E S N I A V S A M U E L J

S T I T E S T H E R U M A L A C H I E S T A U

T A C E S D R A S A T B S T C R H S A K O M D

E P I C O U L E T S E E E P I O O A C M A R E

C C E O R E B E N I R E Z R D M N N R E O I G

H O N R T I P E X B O U B O U A O E D I M S J

R L S I I E I E M U N N N V L I R T T E E N E

O O D N B S L O S S O O S E A N E U H T P L R

N S E T E E N E A R M E U R I S R E A E I V E

I S I H T B G N S E E P I B T E N L R E E J M

Q I P I S U O U L H E B R E U X A C S R R O I

U E R E J J U I V E R I E S L G L E D A R E E

E N O N E I H C R A N A H U M U N I C K E L S

S S I S O P H O N I E A G G E E C S M A R C E

R O S E E L E V I T I Q U E G T O G J O S U E

Sudoku

Dans ces grilles, les chiffres sont remplacés par des lettres. Complétez-les et découvrez un mot correspondant à l’indice

proposé pour chaque casse-tête.

Difficulté:

S Q E N

S

C E N I A

O L S C E I

C S A E

E I L S

N Q E O

I E S

L

Indice: un résumé de la pensée de Luther.

Les solutions des jeux sont sur www.NouvelleR.ch

Difficulté:

E

T

R S A

O N E

S N

E

O

N S R

L

R T O S

L A T I

Indice: C’est l’un des buts de toute religion.

Impressum

(jb)

«Nouvelle R» est une publication destinée

aux journalistes romands parue à

l’occasion du Jubilé des 500 ans de la

Réforme protestante.

Ce journal vous est offert par les rédactions

de Protestinfo, «La Vie protestante

Genève», «La Vie protestante Neuchâtel,-

Berne-Jura» et «Bonne nouvelle» en collaboration

avec Médias-pro, l’Office protestant

de formation, l’Office protestant

d’éditions chrétiennes et la Fondation

Visage protestant

Création de la maquette

et mise en page: Sonia Zanou

Webmaster: Yves Bresson

Ont participé à cette aventure:

Stéphanie Billeter, Pierre Bohrer, Gilles

Bourquin, Nicolas Bringolf, Yves Bresson,

Joël Burri, Tiziana Conti, Marie Destraz,

Aline Jaccottet, Emmanuelle Jacquat,

Gérard Jaton, Michel Kocher, Nicolas

Meyer, Pierre-Henri Molinghen, Marc

Seiler, Chantal Savioz, Laurence Villoz et

Sonia Zanou.

Retours:

Nouvelle R, c/o Protestinfo, Chemin des

Cèdres 5, CH- 1004 Lausanne

021 312 89 54 - info@protestinfo.ch

Imprimé à Bienne par Ediprim SA.

Similar magazines