Rimonim Ba Pardes

tpierre2

Alain SEBBAN

Des grenades dans le verger

*

Fruits de la pratique et de la sagesse du Judaïsme

*

Rabbin Zabulon SEBBAN

***

Textes rassemblés et transcrits par Alain SEBBAN


© Editions du Palio, 2014

Maquette et montage infographique : www.ateliercortical.com


REMERCIEMENTS

Merci,

A ma fille Judith, qui, conquise par les écrits et la mémoire de son grand-père m’a convaincu de

réaliser ce livre et à son époux, Laurent, pour sa participation aux essais de typographie.

A mon ami, Itshak Melki, le ministre officiant de ma communauté de Lunéville, pour les heures

passées à m’aider, toujours avec conviction et joie, à vérifier scrupuleusement ma transcription

d’une très grande partie de l’ouvrage et du glossaire.

A Pierre Lurçat, avocat et écrivain en Israël, pour sa foi en cet ouvrage et son soutien au tout début

de la révision de mon travail. Il m’a aidé par sa relecture à affiner ma transcription.

A Albert Bensoussan, d’avoir bien voulu préfacer les écrits de mon père. Il a été un ami fidèle de

notre famille. Mes frères et sœurs et moi-même avons partagé avec lui une grande partie de notre

jeunesse. Ses conseils et relectures m’ont été précieux.

A Etienne Gotschaux, qui a bien voulu m’apporter ses conseils avisés, et qui a assuré l’édition de

ce livre.

A Rosette, mon épouse.

A mon frère Fernand de m’avoir tant soutenu et encouragé.

A Jérémie, mon neveu, pour sa participation à la réalisation du CD.

A mon fils Dan et à son épouse Mirit qui, d’Ashkelon, m’ont relu et corrigé maintes fois, ainsi que

pour leurs encouragements et leurs suggestions.

A mon fils Ygal et à son épouse Sandra pour leur participation.

A mes sœurs et frères, Jacqueline, Robert, Jean et Rébecca, pour leur soutien respectif.

A chacun de mes petits-enfants, Réouven, Einav, Yaël, Shaked et Ada, de leur enthousiasme.

A ma mère, de m’avoir soutenu avec tendresse dans ce projet.

A mon père de nous avoir laissé ces pages de témoignage en sa foi et en notre héritage.

Alain Sebban


PREFACE

En explorant, l’autre jour, le quartier de Bakah, à Jérusalem, qu’on appelle aussi « German

Colony », j’ai traversé une petite rue, sur le chemin d’Emek Refaïm : Rehov Zevoulone. Et ce mot

a résonné en moi de fort étrange façon.

C’est la rue de Zabulon, qui n’est pas pour moi seulement l’un des douze fils – le dixième – de

Jacob, l’une des douze tribus à qui fut promise la Terre – Eretz - car ce nom de rue me rappelle

avant tout notre ami d’autrefois, le rabbin Zabulon Sebban, au prénom si insolite – ou exotique –

que son épouse, Odette Rachel, l’appelait plutôt Léon. Elle disait Léon Zabulon. C’est vrai qu’en

français Zabulon était si rare que cela faisait curieux, et pourtant que de westerns voyait-on, en ces

temps lointains d’Alger-la-Blanche, où le cow-boy s’appelait justement Zebulone. Mon père était

ami de son père, qui tenait un commerce rue du Chêne, transversale de la rue de Chartres, dite

aussi rue du docteur Charles-Aboulker. Il avait donc connu le petit Zabulon qui, prodige vocal,

chantait déjà à l’âge de onze ans à la synagogue. Ainsi que mon père l’évoquait pour moi : on le

hissait sur une chaise à la tevah, dans la grande synagogue d’Alger – le Grand Temple, disait-on –

au cœur de la Casbah ; et là, sous la haute coupole réfléchissante sa voix mélodieuse, d’un timbre

aigu, infiniment doux et délicat – jamais forcé, jamais braillé comme le font parfois les chantres en

tournant la tête vers la galerie supérieure où sont leurs admiratrices – il déroulait les te’amim de la

paracha. Car l’enfant, par quelque don surnaturel, savait déjà et chantait toute la Torah. Peut-être

l’avait-il reçue, par infusion miraculeuse, de son pieux géniteur.

Image primordiale de mon père, image ultime de rabbi Zabulon : Nous sommes en 1980, il

vient voir son vieil ami qui a déjà quatre-vingt-dix ans – mon père – dans l’appartement parisien

de la rue de l’Estrapade. Il ne sait pas qu’il mourra trois ans plus tard, en 1983. Il s’assoit sur une

chaise, maman lui apporte un petit café. Il a gardé sur la tête son chapeau – un feutre gris, un

Mossant, comme en vendaient les chapeliers d’Alger. Et voilà que, pour le plaisir, pour réjouir

les oreilles de mes géniteurs, et les miennes – car je suis venu par hasard ce jour-là, monté de ma

lointaine Bretagne et de mon vaste exil – il entonne le « Keter Yitenou Lekha ». Et je sais que nul

autre n’avait le velours suffisant pour articuler ce « yechalechou », pour le choyer, le chuchoter,

avec ce « ou » qu’il allait chercher tout au fond de sa gorge pour le faire monter, par lents degrés

vocaliques, jusqu’aux lèvres, et là, son chapeau tremblotait sur sa tête, car la vocalise agitait tout

son corps. Tout comme nous, l’on tremblait et frissonnait sous la caresse de sa voix. Aujourd’hui,

cher rav Zevoulone trop tôt disparu, c’est moi qui te tisse cette couronne que les anges, convoqués

par ta voix, tressaient au Très-Haut, proclamant trois fois (yechalechou) ta sainteté (qeddoucha).

Quatre ans avant sa mort, rav Zevoulone avait entrepris de rédiger un ouvrage de transmission

religieuse, et deux jours avant d’être rappelé à Dieu, il l’a confié à son fils Alain – le troisième de la


lignée – qui était resté près de lui à Lunéville où le père l’avait marié : ce fut d’ailleurs le premier

mariage célébré dans cette synagogue de Lunéville où le rabbin d’Alger, après l’exode, venait d’être

affecté. Aujourd’hui cet ouvrage existe, dense, documenté, passionnant, plein de foi, de ferveur

et où l’on entend, ou réentend, pour ceux qui comme moi l’ont connu, cette voix inimitable de

douceur et de spiritualité. Son titre justifie mon lyrisme et ravive ce pieux souvenir : RIMONIM

BA-PARDES - « Des grenades dans le verger », le paradis des fruits aux 613 grains.

Cet ouvrage, précédé d’une émouvante introduction d’Alain Sebban, est une mitzvah du fils au

père, et du père à l’ensemble du kahal, et du judaïsme séfarade au judaïsme universel. Dispersant

tous ces grains de grenade, répandant, une dernière fois mais définitivement, la voix éclairante,

savante, judicieuse et dévoilante.

L’ouvrage est assorti d’un CD rassemblant 26 chants de rav Zevoulone, dont le fameux Keter

qu’il nous chanta, peu avant sa disparition, chez mes parents qui, tout comme moi, pleuraient

et tremblaient de bonheur en entendant cette voix céleste, ce message divin sorti de la gorge du

prodigieux rabbin.

Si nous nous penchons sur cet ouvrage qui est une pieuse et fervente exégèse ou méditation sur

l’essence du judaïsme, nous voyons d’abord ce constat emprunté au poète juif de Leipzig, Henri

Heine :

« Des Nations ont surgi et se sont évanouies, des États ont fleuri et se sont déchus, des

révolutions ont fait rage à travers la terre. Mais eux, les Juifs, restaient plongés dans l’étude de leur

Livre, inconscients de la ruée sauvage du temps au-dessus de leur tête. »

Belle vision qui fait des Juifs le peuple du Livre, insouciant des avatars de l’Histoire, de la « ruée

sauvage » des barbares et des catastrophes, et pour cela même promis à une descendance que les

autres civilisations n’ont pas connue.

De tous les livres du TaNaKh, rabbi Zabulon, en poète et chanteur talentueux, privilégie les

Psaumes, et nous propose cette profession de foi :

« Au-dessus de la couche de David, selon la tradition rabbinique, était suspendue une harpe.

La brise de minuit en frôlant les cordes, faisait une musique telle que le Poète-Roi était obligé de

se lever et, jusqu’à ce que l’aube fît rougeoyer le ciel à l’orient, il unissait des mots aux accords de

l’instrument. La poésie de cette tradition est condensée dans le dicton qui affirme que le livre des

Psaumes renferme toute la musique du cœur de l’homme vibrant sous la main de son Créateur.

Là se trouvent rassemblés l’explosion lyrique de sa tendresse, le gémissement de son repentir, le

pathétique de sa douleur, le triomphe de sa victoire, le désespoir de sa défaite, la fermeté de sa

confiance, l’extase de son espérance. Les Psaumes expriment, en paroles exquises, l’affinité que

chaque cœur profondément humain aspire à se découvrir avec un Dieu suprême, immanent et

aimant, qui soit pour lui un protecteur, un gardien et un ami. Ils traduisent, en mots, la passion

spirituelle du génie le plus élevé, ils donnent également voix aux désirs inarticulés et humbles du

plus illettré des paysans, avec la beauté née de la vérité et de la simplicité. Seuls les Psaumes n’ont

connu les limites ni du temps, ni d’un pays, ni d’une forme ou d’une foi quelconque. En eux les


foules vastes de l’humanité souffrante ont trouvé l’expression la plus profonde de leurs espoirs et

de leurs craintes. »

Et ici je revois mon père, qui fut son ami, sur la véranda de notre appartement à Alger, assis sur

une chaise et se soulageant de la chaleur avec un éventail qu’il brassait au rythme de la musique de

sa voix déroulant, pour toute la journée, l’ineffable poésie des Tehilim. Mon père était un homme

dont la piété était, en quelque sorte, génétique, car par son père il descendait des fameux sofrim de

Debdou, au Maroc, ceux qui consacraient leur vie à écrire la Torah. De même rabbi Zabulon avait

hérité la piété et la foi de son père, c’était, génétiquement, un ‘hakham.

Parmi tous ses prônes ou drash, il en est un particulièrement émouvant, celui consacré à son

épouse Odette Rachel née Cherqui, pour qui il récitait chaque vendredi soir le fameux éloge de

Echet ‘haïl : « Le Judaïsme, y lit-on, considère la femme comme l’égale de l’homme, son associée

partageant avec lui ses peines et ses joies ». Belle image du couple que Rachel et Zabulon ont donnée

à leurs enfants, sur qui retombait le bonheur de cet amour, et offerte à leurs amis et connaissances.

On ne s’étonnera pas que l’épouse ait ici aidé son mari à rédiger ces notes et réflexions. Elle y a pris

une part essentielle, elle qui, par ailleurs, avait fait des études d’institutrice – qui était à l’époque,

en Algérie, la vocation privilégiée des jeunes filles juives.

Rabbi Zabulon, très souvent, s’efface derrière ses citations, manifestant en cela une très grande

humilité. Chercheur d’or, il nous livre ici ses pépites, ses diamants ou ses perles, les incomparables

richesses de la Torah et du judaïsme. En cela, il a, toute sa vie, porté très haut sa vocation de rabbin,

qui est celle de conduire son assemblée – le Kahal – vers la lumière. Et avec la même modestie du

savant, il ne manque jamais de citer ses sources. De ce fait, cet ouvrage est un éloquent et splendide

florilège de la pensée juive.

Un dernier mot : Alain Sebban, en recueillant et publiant les écrits (ketouvim) de son regretté

père (Zikhrono librakha), a conscience d’accomplir une mitzvah. Eh bien ! Cette publication est

une grande et belle mitzvah, et qui appelle sur lui et les siens, depuis l’au-delà, la bénédiction du

Très-Haut par l’intermédiaire de son père qui a, fort justement, écrit : « Chaque mitzvah qu’un

Juif accomplit crée une lumière qui éclaire son âme et le monde autour de lui. Cette lumière est la

source de la vie et du bonheur. »

Albert Bensoussan

Universitaire et Ecrivain


En mémoire de mon père


-


1






Des grenades dans le verger


2


3


4


*

Glossaire ................................................................................................................................................. 287

Biographie .............................................................................................................................................. 293

La vie est un vaste chant ......................................................................................................................... 295

Chants hébraïques .................................................................................................................................. 299

***

5


CHAPITRE I

*

LA CREATION

STABILITE DE LA CREATION

7


CROIRE EN DIEU

La première Mitzvah consiste à croire en Dieu. Comment pénètre-t-elle dans le cœur des humains ?

Etant donné le caractère immuable de cette Mitzvah et l'obligation faite à tout Juif de s'y attacher en

premier lieu, il doit être possible d'y parvenir.

Elle dépend essentiellement de nous.

Dans cette hypothèse, quelle est la voie pour y parvenir ? Et quel est son contenu ? Le raisonnement

et l'intellect constituent-ils des moyens valables ? Dans ce cas, un homme dont les moyens intellectuels

sont faibles parviendrait-il à cette connaissance ?

Quand l'homme réfléchit et approfondit " la création " de Dieu avec tout ce qu'elle comporte de sublime

et d'extraordinaire, il s'aperçoit que les connaissances sont infinies ; il aboutit à la conclusion logique

qui consiste à glorifier et à louer l'Eternel. Le désir de connaître en découle nécessairement,

Comme dit David « TSAM’A NAPHCHI LELOHIM » - « Mon âme a soif de la

connaissance de Dieu »

L'homme en présence de l'œuvre du Créateur s'aperçoit qu'il est insignifiant.

Aimer Dieu engendre la connaissance de Dieu et tant que la connaissance de Dieu n'est pas enracinée

dans le cœur du Juif, il n'existe aucune possibilité de parvenir à la "Croyance parfaite».

Apparemment, l'amour de Dieu doit précéder toute attitude philosophique et rationnelle.

C'est le premier pas qui facilitera par la suite la "connaissance".

Un enseignement précieux et d'une grande importance nous est donné par l'étude du "Sefer Hahinoukh"

relatif aux deux méthodes de Maïmonide, concernant "la croyance" et "la connaissance". Selon le

Sefer Hah’inoukh, le chemin le plus simple qui conduit à la pratique de la Mitzvah, « Je suis l 'Eternel

ton Dieu », réside dans la foi.

Celle-ci n'a nullement besoin pour être valable, d'une base rationnelle, car, pour le croyant,

La Divinité est la Vérité même, et n'a pas besoin d'une vérité supplémentaire qu'on va glaner dans la

raison. L'essentiel est que la foi soit enracinée dans le cœur de l'homme, qu'elle ne soit pas remise en

question, ni sujette à des défaillances.

Toutefois, il serait souhaitable que cette foi soit complétée par un apport intellectuel et une

connaissance rationnelle. Cet apport doit intervenir par la suite, et non précéder la foi.

La croyance entraînera dans ce cas la connaissance.

Rav Saadia Gaon penche également vers cette solution et dit :

« Qu'l ne faut en aucune façon compter uniquement sur l'étude de la science pour parvenir à la foi,

mais au contraire, accepter a priori les bases de la foi telles qu'elles sont tracées dans la Torah et les

Prophéties, et à partir de ces bases, on comprendra la vérité. »

« Celui qui choisit le chemin de la science pour atteindre la foi peut commettre des erreurs, et en fin

de compte, il se trouve privé de Religion tout le temps que la science ne lui fournit pas des explications

satisfaisantes. »

Cela nous conduit tout naturellement à faire la comparaison avec le problème de la relativité de la

science et des rapports entre savants.

8


APPELLATION DU NOM DIVIN

Parmi les diverses appellations données à la Divinité on distingue « ELOHIM – JHWH », où se

retrouveraient selon la tradition Juive, les formes combinées du Passé, du Présent et du Futur, du verbe

ÊTRE et que nous traduisons par « ETERNEL ».

Il nous est du reste interdit de prononcer Le Nom Sacré.

Il est substitué dans la lecture et la récitation des prières par celui d'ADONAÏ qui signifie « Mon

Seigneur ».

Le Nom de « CHADDAÏ », qui paraît contenir l'idée de mesure, désignerait Dieu en tant

qu'ordonnateur de l'Univers et celui de « TSEBAOT », le désignerait en tant que chef des armées

célestes.

La première version de la Genèse est placée sous l'invocation du Nom de Dieu « ELOHIM », la

seconde sous celle de « l’ETERNEL DIEU ».

Pourquoi cette double dénomination ? La question est résolue par la parabole suivante :

Un roi voulant remplir d'eau une coupe de cristal, ne sait comment faire.

« Si je la remplis d'eau chaude, se dit-il, elle éclatera ; si c'est avec de l'eau froide, elle se fendillera. »

Que fait-il ? Il remplit sa coupe d'un liquide tiède, mélange de chaud et de froid.

C'est de la même manière que Dieu procéda à la création du monde :

« Comment faire, se dit-il ? Si je crée le monde avec le seul génie de la bonté, c'est le péché qui prendra

le dessous ; Si je le place sous l'influence de la rigoureuse justice, il ne pourra guère y résister ; Je

vais donc le mettre sous les auspices de la bonté alliée à la justice, et cette alliance sera indiquée par

la juxtaposition de mes deux Noms, DIEU et ETERNEL, qui en assurera la stabilité. »

(Béréchit Rabba XI)

*

LES TREIZE ATTRIBUTS DE DIEU

Quand Moïse monta au ciel, il trouva Dieu occupé à écrire la Formule des Treize Attributs suivants :

« ETERNEL, ETERNEL DIEU clément, miséricordieux, long à la colère, plein de grâce et d'équité,

Qui conserve la grâce jusqu'à la millième génération ; Qui supporte la faute, la rébellion et le péché

et innocente, Il n'innocentera pas ; Il se souvient de la faute des pères sur les fils, sur les petits-fils,

jusqu'à la troisième et jusqu'à la quatrième génération. »

(Exode 34, 6.7)

Moïse s'empressa d'en prendre connaissance, mais arrivé à l'Attribut de la Longanimité qui semble

exprimer la terminaison plurielle – YM de cet Attribut... – « Les visages »

« Oui, lui répond Le Seigneur, Ma longanimité est double, en effet, s'exerçant au profit des méchants

non moins que des justes. »

« A quoi bon, objecta Moïse, à l'égard des méchants qui en sont indignes ? »

« Eh bien, il arrivera un jour que tu invoqueras toi-même le bénéfice de ce double Attribut. »

Effectivement quand Israël, cédant aux suggestions des explorateurs de la Terre Sainte, refusa de

marcher, Moïse intercéda de nouveau pour le peuple rebelle.

9


Toutefois, n'osant pas réclamer une amnistie pleine et entière, il réclame en faveur des coupables

l'application de la longanimité.

« Ne m'as-tu pas demandé naguère d'en réserver le bénéfice aux seuls Justes ? »

« C'est vrai, répond le fidèle pasteur, mais puisque Tu as jugé à propos d'en étendre l'effet aux impies,

que ce soit Ta pensée et non la mienne qui l'emporte Ô Seigneur. »

(Com. T. Sanhédrin. CXI, AB)

CRAINTE DE DIEU

Le fil qui réunit les différentes vertus de l'Être humain, comme autant de perles, c'est la crainte de

Dieu. Quand les fermoirs de cette crainte se relâchent, les perles roulent dans tous les sens et sont

perdues une à une.

« Crains Dieu autant que tu crains les hommes. » disait Yohanan ben Zakaï.

« Quoi, pas plus ? » demandent ses disciples surpris !

« Si seulement vous le redoutiez autant ! « répondit le Sage, mourant.

« La crainte de Dieu est pure : elle subsiste à jamais. »

Qu’a voulu dire David par ces mots ?

Ceci dit le Midrach : Un homme a beau accumuler les connaissances, s'il n'a point la crainte de Dieu,

il n'a rien. La crainte de Dieu préserve tout.

C'est ce qu'illustre la parabole suivante. Un homme se vante à un ami :

« Voici le bilan de ma récolte cette année", lui dit-il," mille boisseaux de froment de mon champ,

cinquante hectolitres d'huile de mes oliviers, et cinquante autres de vin de mon vignoble. »

Et l'ami de répondre « Possèdes-tu un grenier et des récipients pour enfermer tout cela ? Sinon toutes

ces richesses seront perdues ou volées ! »

Ainsi en est-il de l'homme qui amasse les connaissances. S'il a la crainte de Dieu et du péché, son

savoir aura toute sa valeur ; autrement il n'en aura aucune.

NOUS AVONS PERDU NOTRE DIEU

Nous avons perdu " l'Idée " qui peut maintenir la cohésion entre les hommes qui les comble et les

exalte. Nous sommes des déracinés, nous avons perdu le sens de la vie.

Les deux guerres et leurs conséquences ne suffisent pas à expliquer l'agitation continuelle dont font

preuve les hommes de notre époque ; ni leur état d'insatisfaction et la nostalgie persistante qui les

tourmentent.

Tout ce en quoi nous avons cru pendant des siècles, tout ce qui fut le centre immuable autour duquel

s'ordonnait, dans la sécurité et dans la sérénité, notre vie entière, tout cela s'est mis à chanceler.

La seule thérapeutique efficace consisterait à redonner un sens à la vie, à restituer à notre culture,

"l'Idée" qui l'a nourrie pendant des siècles, et qui lui imprimera sa direction.

La flamme sacrée, ce feu qui pourrait tout envahir et exalter les hommes, ne brûle plus en eux.

Il faut donner à notre éthique, une âme nouvelle qui pourrait recouvrer sa signification profonde et

redeviendrait le régulateur naturel des relations humaines.

10


CROIRE EN DIEU ?


Réponse de l'Eternel à Job sur la création du monde (Job XXXVIII 1 à 39)

« Qui donc prétend obscurcir la vérité, par des paroles curieuses ?

Où étais- tu quand je fondais la terre ?

Dis-le donc, toi qui parais si fier de ton intelligence !

Qui en a arrêté les dimensions, le sais-tu ?

Qui en a tracé les contours ?

Sur quoi reposent ses piédestaux, qui en ont posé la pierre angulaire ?

As-tu jamais commandé au matin, connais-tu la résidence de l'aurore ?

As-tu pénétré jusqu'aux réservoirs de l'océan ?

As-tu sondé les ténèbres de l'abîme ?

Les portes du trépas sont-elles devenues transparentes pour toi ; as-tu aperçu l'entrée du royaume des

ombres ?

Es-tu parvenu à te faire une idée de l'immensité de l'espace, dis-le donc si tu le sais !

Connais-tu la route suivie par la lumière, ou bien l'empire des ténèbres ?

As-tu pensé jusqu'aux trésors de la neige ?

As-tu contemplé ceux de la glace ? »

Le poète poursuit son énumération sur ce ton interrogatif, passant successivement en revue tous les

grands spectacles de la nature des forces physiques et météorologiques.

LA VERITE EST LE SCEAU DE DIEU

La Vérité est plus forte que toute chose.

Toute la terre invoque la vérité et les cieux la bénissent.

Toutes les œuvres chancellent et tremblent, mais il n'est point d'iniquité avec elle.

La Vérité dure ; elle est puissante à jamais, elle vit et triomphe pour toujours.

Elle est la Force et le Royaume, le Pouvoir et la Majesté de tous les temps.

Béni soit le Dieu de la Vérité.

La Vérité est le Sceau de Dieu.

L'EMPREINTE DE DIEU

Un païen dit un jour à Rabbi Akiba :

« Vous affirmez que Dieu a créé le monde, prouvez-le moi donc. »

Rabbi Akiba fit revenir ce sceptique le lendemain et lui demanda :

« Qui donc a confectionné ce beau vêtement que vous portez ? »

« Un tailleur » répondit le païen.

« Prouvez-le moi donc. »

« Comment vous le prouver ? Ne savez-vous donc pas vous-même que c'est un tailleur ? »

« Et vous-même, répliqua Rabbi Akiba, ne savez-vous donc pas de la même manière que Dieu créa

le monde ? »

Et s'adressant à ses disciples, Rabbi Akiba précisa sa pensée :

« De même que toute maison suppose un architecte, tout vêtement un tailleur, toute porte un menuisier,

de même le monde porte en lui-même tout naturellement, la preuve de l'existence de Dieu. »

11


DIEU EST INVISIBLE

Un empereur romain demanda un jour à Rabbi Josué de voir son Dieu.

« Cela est impossible » répondit Rabbi Josué.

Mais devant l'insistance de l'empereur, le Rabbi le fit sortir dans la rue... c'était en plein été, et lui dit :

« Regarde le soleil »

« Je ne peux" répondit l'empereur,

"Si tu ne peux fixer le soleil qui n'est qu'un des serviteurs du Saint béni-soit-Il, comment pourrais-tu

regarder l'ETERNEL ? »

DIEU EST PARTOUT A LA FOIS

Un païen dit un jour à Rabban Gamliel :

" Vous admettez que Dieu réside en tout endroit où dix personnes se réunissent pour prier, il faut donc

que vous ayez beaucoup de dieux pour qu'il y en ait un partout à la fois ! "

Pour toute réponse, Rabban Gamliel appela le serviteur du païen et le réprimande.

« Pourquoi donc fais-tu des reproches à cet homme ? » demanda le païen,

« Parce qu'il a laissé la lumière du soleil pénétrer dans mon appartement. »

« Mais les rayons du soleil entrent partout ; qui peut les retenir ? »

"Eh bien conclut Rabban Gamliel, le soleil n'est pourtant qu'une infime partie de l'œuvre Divine, et

ses rayons pénètrent partout à la fois et éclairent le monde entier. »

« Combien plus Dieu Lui-même, peut-Il être présent à la fois en tout lieu. »

L'HOMME APPARTIENT A DIEU

« Donne à Dieu ce qui est à Lui, car toi et tout ce que tu as, vous êtes à Lui. »

C’est ainsi que David a dit : « Tout vient à Toi, et ce que nous T'offrons provient de Ta main. »

(Avoth III, 8)

PORTE OUVERTE

Le seul péché c'est de ne pas reconnaître Dieu, c'est à dire L'UNITE.

Dieu n'est pas un tyran arbitraire qui élirait et qui rejetterait selon son bon plaisir mais Il est une Porte

ouverte prête à accueillir chacun ;

Et l'homme est, lui, le seuil de la Porte.

Il n'y a qu'un seul péché, c'est le refus de passer par la Porte et il n'y a qu'un seul châtiment, c'est la

malédiction de rester devant la Porte et la récompense se trouve toute entière dans le bonheur d'habiter

au-dedans.

Dieu ne punit pas mais c'est l'homme qui s'inflige à lui-même sa punition.

Dieu ne rétribue pas mais c'est l'homme qui se donne son propre salaire.

La Porte reste ouverte aussi large que les mondes.

Il ne dépend que de toi de passer par la Porte. Si tu ne le fais pas, personne ne t'en blâmera.

Rester au dehors c'est la punition.

Si tu entres par la Porte, personne ne t'en récompensera.

Être au-dedans c'est la seule récompense.

Le châtiment et la récompense sont les conséquences inévitables de ton comportement.

Ta conduite porte en elle-même ses conséquences ; elles naissent avec elle et tu ne saurais les fuir.

Il n'y a qu'un péché

Ne pas vouloir de Dieu

Telle est la Vérité

Que je répands.

Il n'y a qu'un devoir

Reconnaître Dieu

Et proclamer son Nom

Dans la Clarté.

12


INTERPRETATION DES ACTES DE DIEU

Qui que tu sois, si pur, si vertueux, si immaculé que tu te prétendes, tu ne peux assigner le Tout-

Puissant devant le tribunal de ta misérable raison pour Lui demander compte de Ses œuvres.

Le Créateur, qui a fait sortir du néant toutes les merveilles de l'univers, ne peut être cité à comparaître

devant un chétif mortel pour lui dire le pourquoi de ce qu'Il fait.

Sois sûr que tout ce que Dieu fait est souverainement équitable ; sois convaincu que ce que Dieu laisse

arriver, a pour but ton bonheur ; sois persuadé que tes larmes sont une source de bien, que ta félicité

naîtra de tes maux.

Tu ne peux comprendre comment ?

C'est que tu n'es pas Dieu et ta conscience est bien limitée.

Devant l'omniscience divine, tes connaissances, si vastes qu'elles soient, sont : ignorance.

N'accuse donc pas Dieu ; ne Le gronde pas, ne blâme pas Ses œuvres.

Adore-Le, bénis-Le dans l'affliction comme dans la joie .;

Proclame bien haut la grande doctrine Israélite : Dieu doit être loué, soit qu'Il nous offre, soit qu'Il nous

ravisse ce que nous appelons bonheur, car lorsqu'Il nous l'enlève et lorsqu'Il nous le donne, c'est pour

notre bien qu'Il agit.

Lamartine dit, dans un de ses entretiens littéraires que « Si, par un cataclysme quelconque, tous les

livres de toutes les littératures devaient disparaître de la terre, et qu'il ne restât au monde que le seul

livre de Job, ce livre suffirait pour consoler l'humanité. »

« Si on lit dans l'Autre monde, s'est écrié le poète, c'est Job qu'on y lit. »

Ces enthousiastes paroles d'un des plus grands penseurs et écrivains du siècle dernier, nous disent assez

l'importance du grandiose drame religieux qui a, le premier, soulevé et on peut dire, merveilleusement

résolu la grande question du Juste malheureux et du Méchant heureux, ou plutôt du Mal et du Bien.

En effet, ce magnifique ouvrage nous prêche, d'un côté, la commisération, la pitié pour les souffrances

de tous les humains ; d'un autre côté, ce livre prêche aux malheureux la résignation au nom de la justice

et de la bonté divine, qui ne seront jamais, qui ne peuvent jamais, être en défaut.

Le faible mortel, à l'intelligence bornée, ne peut jamais s'enhardir à vouloir interpréter les actes de

Dieu, à expliquer les événements du monde, à mettre en question la suprême justice, l'infinie bonté du

Très-Haut.


BENEDICTION DES COHANIM

Notre Dieu et Dieu de nos pères, Bénis-nous de la bénédiction

Qui est formulée trois fois dans la Torah,

Qui est écrite par Moïse Ton serviteur,

Qui est prononcée par Aaron et ses fils les Prêtres,

Ton peuple saint, en ces termes :

« Que l'Eternel te bénisse et te protège »

« Que l'Eternel t'éclaire de Sa Sainte Lumière et te rende La Grâce »

« Que l’Eternel dirige son regard vers toi et t'accorde la paix. »

13


ERIGER UN SANCTUAIRE

Un roi avait une fille unique…

Quand vint le temps de lui donner un mari, il choisit parmi les princes de la cour, celui qui lui parut le

plus méritant et le plus digne.

Et le mariage fut célébré.

Au moment où le prince prenait congé pour emmener sa femme sur ses terres, le roi lui dit :

« Mon fils, il m'est très pénible de me séparer de ma fille unique : pourtant je ne peux te demander de

partir sans elle ; aussi te demanderai-je une faveur : Où que vous alliez tous deux, réservez-moi une

petite place ; ainsi pourrai-je être avec vous. »

De même Dieu dit aux enfants d'Israël :

« Je vous ai donné ma précieuse Torah. Me séparer d'elle Me peine, mais Je ne peux vous dire de ne

pas la garder. Aussi vous demanderai-Je de M'ériger un sanctuaire afin que Je sois présent parmi

vous. »

Ainsi qu'il est écrit : « Qu'ils M'érigent un sanctuaire afin que Je puisse être présent parmi eux. »

Avant le mariage, un fiancé rend visite à la maison de son beau-père.

Après le mariage, c'est le beau-père qui rend visite à la maison de son gendre.

Avant le don de la Torah, il est écrit : « Et Moïse monta vers l'Eternel. »

Après le don de la Torah, Dieu dit :

« Qu'ils M'érigent un sanctuaire afin que Je sois présent parmi eux. »

14


CHAPITRE II

*

LA TORAH

15


LA PAROLE DE L'ETERNEL

La Parole de l'Eternel se distingue par deux qualités, véritables agents de la transmission de sa pensée,

la clarté et la précision, les discours directs de l'Eternel sont des modèles de la perfection du langage.

D’Adam à Noé, c'est la généralité s'adressant moins à l'individu qu'au genre humain.

L'ère historique s'ouvre avec Abraham.

La Parole Divine passe du général au particulier, à la trace personnifiée dans le père des croyants.

Ce n'est pas arbitrairement que l'Eternel choisit Abraham pour Chef d'une nation d'élite. Celui-ci a su

conquérir ce privilège par de nobles épreuves.

« Si Je l'ai distingué, c'est pour qu'il prescrive à ses fils et à sa maison après lui, d'observer la voie de

l'Eternel, en pratiquant la vertu et la justice. »

LA TORAH PROFONDE

« Nul n'a jamais achevé de l'étudier et nul ne saura jamais en épuiser tous les mystères car sa sagesse

est plus riche que n'importe quelle mer et sa parole plus profonde que tout abîme. »

« Tout cela je l'ai expérimenté avec sagacité. »

« Je disais : Je voudrais me rendre maître de la sagesse ! Mais elle s'est tenue loin de moi, ce qui

existe est si loin et si infiniment profond ! Qui pourrait y atteindre ? "

(L’Ecclésiaste VII 23,24)

LOI ECRITE ET LOI ORALE

La réalisation la plus importante de Rabbi Juda Hanassi, et pour laquelle il est justement célèbre, est

son édition de la Michna.

Au Mont Sinaï, Dieu nous a donné La Torah ; elle se compose de deux parties :

La Loi Ecrite (connue sous le nom de TaNaKh, initiales de la Torah, Néviim et Ketouvim,

C’est à dire les cinq livres de la Torah, les Prophètes et les Agiographes.

Et la Loi Orale, l'explication de la Torah donnée oralement à Moïse,

De même que les Lois d'Israël.

Cette Loi Orale nous a été transmise verbalement, comme son nom l'indique, de génération en

génération, de Moïse à Josué, de Josué aux soixante-dix Anciens, des Anciens aux Prophètes, des

Prophètes aux Hommes de la Grande Assemblée et de ces derniers aux plus grands érudits de chaque

génération.

Toutes ces Lois, traditions et coutumes, furent apprises par cœur et retenues.

Il n'était pas permis de les consigner par écrit.

Rabbi Juda Le Prince, toutefois pensa, qu'en raison des difficultés nées de l'Exil que subissait et

aurait encore à subir la nation Juive durant des siècles jusqu'à l'avènement du Messie, qu'il y avait

grand risque que beaucoup de ces Lois sacrées fussent oubliées ou accidentellement modifiées. Il

décida donc de les réunir et de les consigner par écrit, afin qu'elles fussent enregistrées de façon

permanente dans ce qu'on appela la "Michna" (mot qui signifie : « apprendre par répétition »).

C'était, certes, une tâche colossale... mais Rabbi Juda Le Prince réussit dans son entreprise.

16


Non seulement il réunit les Lois de la Loi Orale, mais aussi il les disposa dans un certain ordre en six

volumes, ou "Sédarim", qu'on connait sous le nom abrégé de "Chass".

L'ordre du "Chass" est le suivant :

1) ZERAÏM : Lois relatives à l'agriculture, et commandements concernant la terre.

2) MOËDE : Lois du CHABBAT, des fêtes et des jeûnes.

3) NACHIM : Lois se référant à la vie familiale, au mariage, etc…

4) NEZIKIN : Lois relatives aux dommages faits à autrui, aux compensations, aux affaires et à tout ce

qui a trait à l'argent, etc…

5) KODACHIM : Lois concernant les sacrifices.

6) TAHAROTH : Lois se référant à la pureté et à l'impureté.

La Michna est rédigée en hébreu.

Les rabbins des périodes plus récentes qui la discutèrent et la répandirent, ne furent plus désignés par

le titre de Tanaïm (comme ceux qui les avaient précédés), mais par celui d'Amoraïm.

Les volumes où sont contenus leurs débats savants, sont appelés la Guémara, mot araméen qui signifie

"achèvement" ou "explication". Le Talmud Babylonien est rédigé en araméen.

Environ trois siècles de discussions rabbiniques séparent l'époque de la Michna de celle de la rédaction

de la Guémara.

Michna et Guémara forment le Talmud.

D'en avoir rendu possible l'existence, Rabbi Juda a droit à toute notre reconnaissance.

La Michna fut achevée vers 220 après le début de la date Grégorienne.

Le Talmud de Jérusalem fut achevé vers 350, le Talmud de Babylone vers 500.

Dans un sens plus général et par opposition à la Aggada qui constitue l'ensemble des traditions

légendaires, la Halakha représente l'ensemble des traditions juridiques issues des commentaires sur les

textes juridiques de la Torah.

Seule la Halakha a force de Loi, et ce, à la suite d'une décision juridique prise à la majorité des voix

interprétées par les rabbins du Talmud.

La Aggada est laissée à la libre appréciation de chacun.

Tel est le texte d’Isaïe XII, 14 : « J'ai multiplié les formes de la vision et j'ai donné une grande

puissance au langage imagé des Prophètes. »

Que signifie Aggada ? Principales citations de notre ouvrage.

Par opposition à la Halakha, la Aggada est dans le Talmud de Babylone, comme celui de Jérusalem,

la littérature talmudique d'un ensemble d'interprétations homilétiques des passages bibliques et

traditions non juridiques n'ayant pas force de Loi.

La fantaisie s'y joue librement dans tous les domaines du savoir et de la spéculation religieuse, morale

et philosophique.

Le livre « EIN YA’ACOV » met en exergue les traditions légendaires ; résultat d'une science séculaire,

folklore, tout ce qui pourrait imprégner l'esprit d'un individu de celui plus profond de la Torah.

La Halakha est comparée au pain.

La Aggada à l'eau, plus nécessaire que le pain.

C'est ainsi qu'elle est assimilée à un vin généreux, qui réchauffe et réconforte, mise au même rang que

la Torah et la charité, et qui réconforte. (Talmud H’aguiga XIV a)

Deux rabbins arrivèrent ensemble au même endroit pour y prêcher ; l'un prit pour sujet un point épineux

de la Halakha tandis que l'autre parla de la Aggada.

17


Qu'arriva-t-il ? Le public déserta la chaire du Halakhiste, pour se presser autour de celle qu'occupait le

Aggadiste. Pour consoler son malheureux collègue, ce dernier leur récita la parabole suivante :

« Deux marchands arrivèrent ensemble dans une ville ; l'un était un simple mercier, l'autre ne vendait

que des bijoux et des diamants. Chez lequel des deux le public affluait-il ? Chez le marchand d'aiguilles

ou chez le grand joaillier ? Eh bien, c'est moi qui suis le pauvre mercier, et toi, le marchand de perles

et de brillants. » (Talmud Sotah XL A)

Cette anecdote traduit l’esprit ombrageux des sages de la Halakha, qui ne pourrait être calmé que par

l'esprit de soumission des représentants de la Aggada.

OBSERVATION DE LA TORAH

« Quiconque observe la Torah, alors même qu'il est pauvre, finira par l'observer, alors même qu'il

sera riche. Quiconque abolit la Torah alors même qu'il est riche finira par l'abolir alors qu'il sera

pauvre. »

(Pirkei Avoth)

UNE GOUTTE DE L'OCEAN QU'EST LE TALMUD

Le Talmud est l'œuvre qui incorpore les Lois civiles et canoniques du peuple juif, formant une sorte

de supplément du Pentateuque. Un supplément auquel il a fallu mille ans de la vie d'une nation pour

être produit.

Ce n'est pas seulement un traité pesant, mais ses éléments en appellent à l'imagination et aux

sentiments, à tout ce qu'il y a de plus noble et de plus pur.

« A travers les galets de la Loi qui jonchent les sentiers du Talmud, croissent les fleurs bleues de la

fiction, paraboles, récits, mythes et légendes. »

(Aggada)

Ses éléments sont pris au ciel et à la terre, mais surtout et avec le plus d'amour empruntés au cœur

humain et aux écritures, chaque verset et chaque mot de celles-ci devenant autant de clous d'or

auxquels pendent les somptueuses tapisseries des commentateurs.

La Loi fondamentale de toute l'économie humaine et sociale du Talmud est :

L'absolue égalité des Hommes.

Il y est souligné que l'être humain a été créé UN, afin que personne ne puisse dire à quelque autre :

« Je suis issu d'une lignée supérieure ou plus ancienne. »

Dans une discussion, qui s'éleva entre les Maîtres, quant au passage le plus important dans toute la

Bible, quelqu'un désigna le verset :

« Et tu aimeras ton Prochain comme toi-même. »

Un autre l'a contredit et choisit le passage où il est dit :

« Ceci est le livre des générations de l'être humain, (Genèse 5,1), non pas blanc, ni noir, ni grand, ni

petit, mais l'Homme. »

« La Loi promulguée sur le Mont Sinaï " dirent les Maîtres, bien qu'expressément adressée à un seul

peuple, appartient à toute l'Humanité. »

Elle n'a pas été donnée sur le territoire d'un quelconque roi, ni dans une ville ou dans un endroit habité,

Elle a été donnée sur la grande route de Dieu Lui-même, au désert, non dans les ténèbres ou le silence

de la nuit, mais en plein jour, parmi le tonnerre et les éclairs.

Et pourquoi sur Le Mont Sinaï ?

Parce que c'est la plus basse des montagnes... afin de témoigner que l'Esprit de Dieu se pose seulement

sur ceux qui sont humbles et qui s'abaissent par leur propre erreur.

18


Les Ecritures disent : « Vous marcherez dans les voies du Seigneur. » « Mais le Seigneur est une

flamme dévorante ; comment les hommes peuvent-ils marcher dans Ses voies ? »

Et les rabbins de répondre : « En étant semblable à Lui, miséricordieux, aimant et patient. »

Remarquons comment, à la première page du Pentateuque, Dieu vêtit qui était nu, Adam et Eve ;

tandis qu'à la dernière page, il ensevelit le mort, Moïse.

Il guérit le malade, libère le captif, fait le bien à Ses ennemis et Se montre miséricordieux tant pour les

vivants que pour les morts.

Le titre le plus élevé et le plus magnifié que donnaient nos Maîtres dans leurs élans poétiques sur Dieu

Lui-même, était celui de "Pédagogue de l'homme".

Les rapports de l'Homme avec Dieu, ils ne pouvaient les exprimer de façon plus saisissante que par les

mots les plus familiers que l'on rencontre d'un bout du Talmud à l'autre.

« Je n'ai réussi à vous présenter qu'une simple goutte du vaste océan qu'est le Talmud. Cet océan

étrange, sauvage, mystérieux, avec ses Léviathans et ses épaves de nefs dorées, avec ses cloches

englouties qui lancent leurs sons de rêve de temps à autre, tandis que le pêcheur se penche sur son

aviron, qu'il prend son départ et qu'il écoute, et que , peut-être, d'aventure les larmes lui en viendront

aux yeux. »

(Emmanuel Deutsch - 1868)

LES COMMANDEMENTS NOACHIDES

Les sept Lois de Noé qui s'étendent à l'humanité entière, ont été bien entendu prescrites avant la

révélation du Sinaï.

Elles sont déduites par nos Sages, du verset :

« Et ordonna l'Eternel Dieu à l'homme, en disant, de tous les arbres du Jardin tu peux manger. »

(Genèse 16)

Et ordonna : L'ordre d'établir des tribunaux

L'Eternel : La prohibition du blasphème de Dieu

DIEU : La prohibition de l'idolâtrie

A l'Homme : La prohibition de l'homicide

En disant : La prohibition de l'inceste

De tous les arbres du Jardin : La prohibition du larcin

Tu peux manger : La prohibition de manger de la chair de l'animal vivant.

(Berechit Rabba XVI, 9 - Sanhédrin 6a)

Rabbi Yehouda Halevi estime qu'il s'agit là d'un signe des Lois Noachides (KouzariIIIS-2) basé sur

les versets bibliques précités.

19


DE JERUSALEM VIENDRA LA PAROLE DE DIEU


“ KI MITSION TETSE TORAH OUDVAR HACHEM MIROUCHALAYIM ”

« Car de Sion, viendra La Loi et de Jérusalem La Parole du Seigneur. » (Isaïe II, 3)

Le but dont il est question, c'est qu'un jour viendra où, sur un point du globe terrestre, brillera la lumière

de Dieu. Ce sera Jérusalem.

Tous se rendront compte qu'au-dessus de Sion apparaîtra la Gloire Divine.

« Tes fils viendront de loin et tes filles seront élevées à tes côtés.

A la tête de ceux qui reviendront vers Dieu se trouveront les fils et les filles d'Israël. »

Rien d'étonnant à cela si l'on songe à leur ignorance de la Parole de Dieu dont ils n'ont qu'une très

faible connaissance, ce qui est la cause de leur éloignement.

D'où notre devoir permanent d'étudier et d'approfondir la Torah.

Mentionnons le symbolisme de ce verset du Cantique des Cantiques, regrettant que « Ma vigne à

moi, je ne l'avais pas gardée » ; c'est à dire que nous croyons découvrir dans d'autres philosophies ce

qui est dit dans la Torah.

On pourrait espérer voir diminuer l'ignorance qui caractérise notre génération.

Nous avons encore beaucoup de chemin à faire pour que de Sion vienne la Loi.

Qui sont ceux-là qui volent comme un nuage, comme des colombes vers leur gîte ?

Curieuse image que celle du nuage et de la colombe ; le nuage disparaît en général en se dissipant ;

On a cru également qu'Israël après tant de persécutions subies au cours des siècles disparaîtrait à

jamais. La colombe connaît son nid ; elle y revient toujours, quel que soit son éloignement.

Il en est de même pour Israël ; il n'a jamais désespéré de revenir sur la terre ancestrale même s'il se

trouvait dispersé aux quatre coins de la terre.

C'est en nous-mêmes que nous trouverons le guide, Paix et Justice, Torah, Mitzvoth, avènement

messianique.

LES GARANTS DE LA TORAH

Avant que Dieu ne confiât la Torah à Israël, Il lui dit :

« Donnez-Moi des garants pour la fidèle observance des Lois. »

« Nos Patriarches répondent pour nous », s'écrièrent les Israélites.

« Je les récuse dit Le Seigneur, car ils ont pêché. »

« Nos Prophètes en ce cas, répondront pour nous. »

« Je ne puis accepter leur garantie, car bien souvent, ils ont méconnu Ma Parole. »

« Eh bien ! reprirent les Israélites, ce sont Nos Enfants qui répondront pour nous ! »

« Ceux-ci, dit l'Eternel, Je les agrée bien volontiers ; c'est de leur bouche que sortira la vérité et Je

confie la Torah à la pureté de leur âme. »

LE DON DE LA TORAH

Un profond Midrach nous conte que Dieu, voulant donner sa Loi à Israël, avait choisi à dessein un

endroit désert, abandonné, sur lequel aucun homme n'avait de droits.

De telle sorte que parmi les peuples de la terre, nul être ne pût évincer un autre de la vérité contenue

dans la Loi.

La Loi étant destinée au bonheur de tous les hommes, elle devait être ouverte à tous, librement et

largement. Ainsi, le Sinaï devint lieu de la Manifestation Divine.

20


Certains s'étonnent peut-être de l'esprit universaliste de cette légende.

L'universalisme des prophètes est bien connu mais on doute de celui des Rabbins, surtout des Rabbins

du Talmud, on doute de celui du judaïsme du Moyen-Âge et des temps modernes, ou on cherche à

l'expliquer par un simple souci d'opportunisme.

Inutile d'aller chercher ailleurs, dans l'enseignement de nos Docteurs, la preuve de l'universalisme.

Inutile d'appeler ce qu'ils infèrent de l'unité de Dieu et de l'Unité de Création, c'est à dire l'unité du

genre humain.

Inutile de rappeler qu'Adam, père unique de tous les hommes, nous enseigne de ne dire à personne :

« Je suis plus grand que toi, mon père était plus grand que le tien. »

Nous avons un père commun qui est grand, c'est Dieu.

Nous avons un père commun qui fut faible : Adam : Inutile tout cela.

Le Juif est ainsi lié à sa Torah, à travers les temps, l'exclusivisme ne s'ensuit pas nécessairement et il

convient d'examiner maintenant le caractère de cette Torah.

Le grand Rabbin Weill l'a fort nettement défini en disant :

« Il est vrai que la Torah n'est ni une théologie ni une physiologie, ni une cosmologie, ni une

philosophie au sens étymologique du terme, ni une éthique, ni même un code à proprement parler.

Elle est tout cela en puissance et elle est plus que cela. Elle est une école de vie bonne, mettant en

branle toutes les facultés humaines, au cerveau et au cœur, à la volonté, au sens et à la conscience

pour le choix entre le bien et le mal. »

Or cette définition, qui est une conclusion et qui fait songer à un large universalisme, n'est pas issue

seulement d'un esprit moderne, nourri de culture hellénistique autant que de culture hébraïque ; elle

s'appuie sur la tradition elle-même, sur celle des rabbins aussi bien que sur celle des Prophètes.

Selon cette tradition, le grand Rabbin Julien Weill écrit :

« Le grand dessein de la Torah est de former un peuple-type qui organisera une société de justice, de

pureté, d'égalité, ferment de l'humanité future lorsqu'elle connaîtra ou reconnaîtra Dieu par Israël, si

celui-ci est fidèle au pacte conclu au Sinaï. »

Et, plus loin :

« Il y a, dit un Midrach profond, de la sagesse chez les nations, il n'y a qu'une Torah. »

Cet enseignement reste constant. Il est la raison d'être de l'idée du Messie, de quelque façon qu'on la

considère, de l'éternelle espérance du Judaïsme.

Dans notre Doctrine, l'élection d'Israël, exclusivisme pourrait-on croire, ne va pas sans la mission

humaine et sociale d'Israël, et cela c'est de l'universalisme pur.

Nous ne possédons la Torah en particulier que pour la donner.

Les liens qui nous unissent particulièrement à la Charge Divine ne représentent pas une pensée égoïste,

mais au contraire nous font souvenir que ce privilège nous oblige à nous donner sans cesse.

L'INTERPRETATION DE LA TORAH

« Les Paroles des Sages, ressemblent à des aiguillons, à des clous solidement plantés.

(L’Ecclésiaste XII, 11)

Qu'est-ce à dire ? De même que l'aiguillon dirige les pas des bœufs dans le sillon à creuser et, grâce à

cette direction qu'il leur imprime, devient un instrument de culture, d'abondance et de vie, de même la

Torah est un principe vital pour ceux qui se laissent diriger par elle.

Mais alors, l'aiguillon étant un engin mobile, faut-il en conclure à la mobilité, c'est à dire à l'instabilité

de la Torah ?

Non, puisqu'elle est immédiatement après, comparée à un clou, lequel au contraire, représente la fixité.

21


Mais de cette nouvelle comparaison ne pourrait-on pas induire à la stérilité de la Torah qui, comme le

clou, serait inféconde et improductive ?

Pas davantage puisqu'on a le soin d'ajouter l'épithète de "plantés" (Nétou’im) ce qui signifie qu'elle est

douée des propriétés reproductrices de la plante.

(Talmud H’aguiga III, 2 - Midrach Rabba VI)

Remarquons bien que cette mobilité et cette plantation des clous sont une allusion des plus

transparentes à la méthode de l'interprétation traditionnelle qui, loin de s'en tenir à la lettre brute, la

tourne et la retourne, la fouille dans tous les sens, la plante et la cultive, pour en tirer tout ce qu'elle

contient ou qu'elle est susceptible de produire.

Nouveau témoignage en faveur de la profondeur d'une exégèse qui s'appuie tout à la fois sur les faits

de la nature, sur la puissance du sentiment national et sur le fond inépuisable de la langue révélée.

COMPREHENSION DE LA TORAH

Malheur à ceux qui ne se doutent ni ne se soucient de la profondeur des récits de la Torah, qui la lisent

superficiellement comme le premier venu, comme un recueil d'anecdotes et de contes.

Dans leur ignorance, ils sont capables de remarquer que chaque fait, chaque terme des livres saints,

l'emporte en valeur sur les perles et sur les pierres précieuses.

Et cette ignorance est encore aggravée par leur coupable audace : ils se permettent de critiquer,

d'improuver les récits qui sont au-dessus de leur portée ;

Qu'ils sachent enfin qu'il n'y a rien d'inutile ni d'insignifiant dans l'Ecriture.

Qu'ils s'en rapportent à l'opinion du plus Sage des hommes, du Roi Salomon, qui s'est prononcé làdessus

de la façon la moins équivoque.

(Proverbes)

« Mes Paroles, dit Le Seigneur, sont comme le feu et comme le marteau qui fait voler le rocher en

éclats. »

(Jérémie XXIII, 29)

C'est que, pareille au marteau qui, en frappant sur la pierre dure, en fait jaillir une foule d'étincelles, la

Parole de Dieu dégage des étincelles de toutes les langues humaines

Quelle profondeur et quelle énergie dans cette figure exprimant l'universalisme de la Parole de Dieu

ayant son écho, dans toutes les langues et dans les différents langages de l'humanité !

(Talmud Chabbat LXXXVIII B)

LA LOI DU SINAÏ

La Loi du Sinaï est, non pas la Loi d'un temps qui un jour peut être dépassée par une autre, mais celle

de tous les temps, qui indique la voie à tous les peuples.

C'est qu'elle affirme d'une part, cette foi vivante en Un Dieu Un et Unique, invisible pour notre œil

humain et inimaginable sous aucune forme, mais tout-puissant dans les manifestations de la

Providence ; d'autre part, elle établit l'unité des hommes et poursuit la fraternité humaine, but suprême

auquel aspire l'évolution sociale.

L'homme lui-même, créé à l'image de Dieu, s'il est conscient de sa vraie vocation, est appelé à se

rapprocher de plus en plus de son Divin Créateur.

22


Il doit poursuivre, telle est sa tâche suprême, l'œuvre du perfectionnement moral.

La Bible l'exprime par une parole remarquable "VEHITKADICHTEM" :

« Vous devez vous sanctifier pour devenir saints car Je suis l'Eternel votre Dieu. »

(Lévitique 11,41)

La personnalité morale de l'être humain a trouvé dans ce texte biblique son expression sublime :

Nullement soumis à une domination fatale quelconque, dont rien que la pensée déjà pourrait paralyser

son énergie morale, l'homme est complètement libre d'évoluer à son gré :


« HAH’AYIM VEHAMAVETH NATATTI LEFANEKHA, HABERAKHA VEHAKELALAH, OUBAH’ARTA

BAH’AYIM »

« J'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction mais tu choisiras la vie. »

(Deutéronome 30,19)

SIGNIFICATION DES "NOUNE" RENVERSES : « NOUNE HAFEKHA »

Que l'on constate dans la Paracha de « BEHA’ALOTKHA »

(Les Nombres, Ch. 10, verset 34-36)

Il s'agit d'un mystère rationnel.

D'après une antique tradition, ces « Noune » sont renversés avant, et après, les deux versets relatifs à

la sortie de la Torah et à la rentrée de l'Arche Sainte.

« ‘ALEHEM » - « Au-dessus d’eux »

« VA’ANAN HACHEM ‘ALEHEM »

« Tandis que la nuée divine planait au-dessus d’eux » (Verset 34, Chapitre 10)

« VAYEHI BINSOA’ HAARONE »

« Or, lorsque l’Arche partait » (Verset 35)

Le fait est mentionné dans le Talmud mais sans être motivé (CHABBAT).

Tandis que le Zohar en fait l'objet d'une interprétation des plus ingénieuses.

Ces « Noune » renversés, dit-on, nous présentent l'image de l'amour de Dieu pour Israël, alors même

qu'il se montre rebelle et impie.

Oui, même quand les péchés du peuple de Dieu semblent chasser l'Arche Sainte loin de Sa Résidence,

Elle ne cesse de tourner Sa face vers lui, jusqu'à la distance de trois journées.

Telle est la signification du premier « NOUNE » renversé.

Puis, lorsque l'Arche Sainte revient au sein d'Israël, il se passe un fait semblable et l'Arche Sainte

tourne sa face vers lui jusqu'au moment où Elle est disposée dans l'endroit qui Lui est assigné.

C'est alors seulement après la récitation de ces mots (verset 36) :


« CHOUVAH HACHEM RIVEVOTH ALPHEY YISRAEL »

« Retourne ô Seigneur au sein des milliers et des myriades d'Israël. »

C'est ce que nous indique le second « NOUNE » renversé.

(Zohar Beha’alotkha)

23


LA TORAH N'A PAS ETE DONNEE AUX ANGES

Rabbi Josué raconte que lorsque Moïse monta au ciel pour recevoir la Torah, les Anges tout émus,

demandèrent au Seigneur : « Que vient faire ce mortel parmi nous ? »

Et Dieu leur répondit : « C'est pour chercher La Loi qui sera La gloire d'Israël. »

« Comment, s'écrièrent-ils, ce bijou que tu caches précieusement depuis 974 générations avant la

création du monde, Tu songerais à T'en dessaisir pour le lui remettre ? »

« Qu'est donc le fils d'Adam pour que Tu daignes Te soucier de lui ? »

Et le Seigneur dit à Moïse : « Défends ta cause toi-même. »

Moïse commença en ces termes :

« Souverain du monde, qu'est-il dit dans la Torah dont Tu veux me faire hommage ? »

« Je suis l'Eternel ton DIEU qui t'ai tiré de l'esclavage d'Egypte. »

Et s'adressant aux Anges : « Dites, avez-vous gémi sous le joug des Pharaons ? Non vraiment, la Torah

n'est pas pour vous ! »

« Et qu'y a-t-il encore dans cette Loi ?" »

« Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face. »

« Êtes-vous parmi des peuples qui adorent des idoles ? »

« Souviens-toi de sanctifier le jour du Chabbat. »

« Vous - autres travaillez-vous pour avoir besoin de repos ? »

« Tu ne prononceras pas le nom de l'Eternel à l'appui du mensonge. »

« Vous occupez-vous de commerce, et l'intérêt peut-il obscurcir votre conscience ? »

« Honore ton père et ta mère. »

« Avez-vous des parents ? »

« Tu ne voleras pas. Tu ne tueras pas. Tu ne connaîtras rien de ce qui appartient à ton prochain. »

« Connaissez-vous donc la jalousie et les autres passions humaines ? »

« Non vraiment, la Torah n'est pas pour vous. »

Aussitôt les Anges firent entendre des actions de grâce et dirent :

« Ô Eternel, notre Maître, comme Ton Nom sera adoré sur toute la terre. »

(Aggada Talmud Chabbat 88a)

L'HEREDITE ET LA TORAH

On sait l'importance de l'hérédité dans la transmission des caractères physiques, mentaux et spirituels.

Et cette importance est d'autant plus grande quand un trait est transmis sans interruption et intensifié à

travers plusieurs générations, quand il fait partie de l'essence de l'individu, de sa nature même.

Le déracinement donne un effet néfaste. Il est également clair que lorsqu'un homme - c'est le cas de

tout ce qui vit - désire modifier un trait de caractère profondément enraciné en lui, de très grands efforts

sont nécessaires.

Et il y a grand risque, le bouleversement produit étant considérable, qu'il en résulte, non un progrès,

mais bien une régression.

Nous pensons particulièrement aux Juifs - hommes ou femmes - qui, appartenant à l'une des nations

les plus anciennes de la terre, avec derrière eux une histoire de plus de trente-cinq siècles, se trouvent

naturellement attachés au peuple juif par toutes les fibres de leur vie et de leur âme.

Ainsi telles sectes, tels groupes qui ont essayé de s'écarter du véritable mode de vie judaïque, de la

Torah et des Mitzvoth, n'ont pu survivre comme l'histoire l'a amplement démontré.

Ces groupes dissidents se sont déracinés eux-mêmes de leur terre naturelle et, loin de construire et

d'édifier, ils sont devenus les pires ennemis du peuple juif, ses persécuteurs les plus acharnés.

Si nous réfléchissons à cela, nous apprendrons à chérir la connaissance grande et sacrée, qui nous a été

transmise de génération en génération depuis la révélation au Mont Sinaï jusqu'à ce jour.

24


D'accepter inconditionnellement cette Révélation Sacrée ne signifie pas qu'il n'y a aucune place pour

la compréhension rationnelle, intellectuelle.

Dans les limites qui sont les nôtres, beaucoup peut être compris par nous, car l'Eternel, dans Son infinie

bonté, nous a donné la possibilité de pénétrer certains aspects de Ses Commandements.

Agissant ainsi nous atteindrons à la paix de l'esprit et d'une vie harmonieuse et heureuse, non seulement

spirituellement mais aussi physiquement.

CONTINUITE DE L'OBSERVANCE DE LA TORAH

Rabbi Israël de Rizhine racontait l'histoire d'un village éloigné des grands centres et des voies de

communication, mais qui possédait tous les services propres à satisfaire les besoins de la vie courante ;

bain public, pompe à incendie, hôpital, tribunal, etc…

On y trouvait des tailleurs, des maçons et des cordonniers.

Il manquait cependant un horloger. Quand une montre ne donnait plus l'heure exacte, il arrivait que

son propriétaire la reléguât au fond du tiroir.

D'autres au contraire, remontaient chaque jour leur montre, même lorsqu'ils savaient qu'elle avançait

ou retardait.

Un jour, le bruit court qu'un horloger venait de s'installer au village. On se rua chez lui, avec les montres

en panne. Mais seules étaient réparables celles qui avaient fonctionné sans interruption.

Les montres abandonnées étaient définitivement hors d'usage.

ENSEIGNEMENT CONSTANT DE LA TORAH

« OUVTORATHO YEHGUE YOMAM VALAÏLA »

« Et sur Ses Enseignements, revient le jour durant et la nuit. »

(Psaume1)

De Rabba :

« Qu'on étudie la Loi et qu'on la médite ensuite, même s'il ne nous reste rien de ce que nous avons

appris. »

(Talmud Sanhédrin 11 B)

LA TORAH EST LA VIE D'ISRAËL

Les Romains publièrent un jour, un édit décrétant que les Juifs ne devraient plus s'adonner à l'étude de

la Torah.

Cependant Rabbi Akiba était d'un zèle inépuisable pour répandre l'amour et la connaissance de la

Torah parmi toutes les communautés juives.

Un jour, son ami Pappus le rencontre et lui parle ainsi :

« Akiba, n'as-tu pas peur ? Tu dois certainement savoir que tes agissements attireront sur toi un

danger mortel. »

« Un instant », riposta Akiba, « laisse-moi te raconter une histoire... »

Un renard se promenait au bord d'un ruisseau, dans les eaux claires, duquel des poissons s'ébattaient,

allant dans un sens et dans l'autre.

Et le renard dit aux poissons : « Pourquoi courez-vous ainsi ? »

Et les poissons répondirent : « Nous courons parce que nous craignons les filets des pêcheurs. »

25


Alors le renard leur dit : « Venez donc sur la terre ferme, vivre en paix avec moi, comme jadis nos

pères vécurent en paix avec les vôtres. »

Mais les poissons ripostèrent :

« Ce n'est certainement pas le plus intelligent des animaux qui nous parle de la sorte. L'eau est notre

élément naturel ; si nous ne sommes pas en sécurité, combien moins nous serons en sûreté sur la terre

ferme, où nous mourrons sans aucun doute. »

« Et il en est de même pour nous Juifs », continua Akiba ;

« La Torah est notre vie et l'essence même de nos jours, nous pouvons, en aimant et en étudiant la

Torah, être en grand péril du fait de nos ennemis, mais si nous y renoncions, nous disparaîtrions

rapidement et nous n'existerions plus du tout. »

(Talmud Berakhot LXI 6)

LA LOI D'ISRAËL ET LA LOI DU MONDE PROFANE

Israël et le monde ont chacun sa loi et ses juges.

Qu'est-ce qui les différencie les uns des autres ?

C'est la parabole suivante qui nous le dit : qu’un médecin, visitant l'un de ses clients dit à sa femme :

« Vous pouvez lui donner à manger tout ce qu'il voudra. »

Allant voir ensuite un autre malade, il recommande à son entourage de « ne pas lui donner tel ou tel

aliment. » Pourquoi, lui demandent ceux qui ont eu connaissance de ces deux ordonnances opposées,

pourquoi vous êtes-vous montré si tolérant envers le premier patient, si restrictif envers le dernier ?

« Vous voulez le savoir, eh bien voici le motif de cette différence du régime ; le premier malade est

condamné, et toutes les précautions du monde ne pourront le sauver, le second guérira, pourvu qu'on

lui fasse suivre le régime que je lui prescris. »

Il n'en est pas autrement de la législation sacrée comparée à la législation profane.

Celle-ci, impuissante à sauver ses clients, leur permet tout, celle-là au contraire, possesseur du vrai

remède, fait à ses adhérents des prescriptions aussi nombreuses que sévères.

(Midrach Hazitah)

ACCESSION A LA TORAH : Texte du Deutéronome 30-11-16

Cette Torah que Je t'impose aujourd'hui n'est pas trop pénible pour toi.

Elle n'est pas dans le ciel pour que tu dises :

« Qui montera pour nous au ciel, qui ira nous la chercher pour que nous puissions l'observer ? »

Elle n'est pas non plus au-delà des océans pour que tu dises :

« Qui traversera pour nous l'océan, ira nous la chercher et nous la faire entendre pour que nous

puissions l'observer ? »

Non, cette Torah est tout près de toi ; elle est dans ta bouche et dans ton cœur, tu n'as plus qu'à

l'observer.

FIDELITE A LA RELIGION

« L'histoire de la religion juive est le récit magnifique des recherches d'une communauté mondiale,

fidèle en dépit des tentations et se refusant à transiger avec sa conscience. »

(J.B. Agus)

26


CRAINTE DE DIEU

« Sans Torah, point de bonnes mœurs ; et sans bonnes mœurs, pas de Torah.

Sans sagesse, pas de crainte de Dieu, et sans crainte de Dieu, pas de sagesse.

Sans science, pas d'intelligence, et sans intelligence, pas de science.

Sans pain, pas de possibilité d'étudier la Torah, et sans étudier la Torah, pas de pain. »

(Avoth 3,21)

LA BIBLE

« De siècle en siècle et jusqu'à ce jour même, à travers les régions les plus admirables de la

civilisation, la Bible domine l'existence. Sa vision de la vie pétrit les états et les sociétés.

Les Psaumes sont plus populaires, en tous pays, que les poèmes des propres poètes de ce peuple.

Auprès de ce seul Livre, aux éditions infinies, toutes les autres littératures apparaissent légères comme

l'air. »

(Israël Zangwill 1895)

L'EPOPEE DE LA BIBLE

A part toutes les questions d'importance religieuse et historique, la Bible est l'épopée du monde.

Elle déroule un vaste panorama où les siècles se déplacent devant nous en un long cortège d'imagerie

solennelle, à partir de la création du monde.

Sur ce fond magnifique, nous voyons les hommes se pavaner et jouer leur petit rôle sur la scène de

l'histoire.

Nous les voyons pris à la poussière.

Nous voyons l'élévation et la chute des empires ;

Nous voyons les grandes cités tantôt comme des ruches bruissantes et tantôt silencieuses, désolées,

pareilles au repère de bêtes féroces.

Toute la fièvre de la vie est là, et ses espoirs et ses joies et ses souffrances et ses péchés et son affection.

LANGAGE DE LA BIBLE

« Lorsque je vois quelque chose de grand ou de vraiment émouvant, mon esprit passe toujours au

langage de l'Ancien Testament. C’est ce langage du cœur humain, ce langage de l'esprit et de l'âme

exprimant les plus purs sentiments humains et les émotions humaines, avec une universalité qui

charme toutes les races et toutes les époques. »

(Général J.C. Smits 1927)

LE LIVRE DES LIVRES

« Des Nations ont surgi et se sont évanouies, des Etats ont fleuri et se sont déchus, des révolutions ont

fait rage à travers la terre.

Mais eux, les Juifs, restaient plongés dans l'étude de leur Livre, inconscients de la ruée sauvage du

temps au-dessus de leur tête. »

(H. Heine 1830)

27


Mahomet surnomma les Juifs « Le peuple du Livre », un nom qui, dans les pays orientaux, est resté

de leur temps jusqu'à nos jours et qui est d'une signification profonde.

Ce Livre est pour les Juifs dans leur pays.

A l'intérieur de ses frontières bien closes, ils vivent et mènent leur existence, ils jouissent de leur

citoyenneté inaliénable.

Ainsi nul ne peut les en déloger.

Absorbés dans la lecture de leur Livre Sacré, ils n'ont guère pris garde aux changements apportés au

monde réel qui les entoure.

28


CHAPITRE III

*

LA FOI

29


COMPREHENSION DE LA FOI, SOUS DIVERS ASPECTS

Rabbi Simlaï enseignait :

« 13 préceptes furent dictés à Moïse : 365 préceptes "négatifs" selon le nombre des jours de l'année

solaire et 248 préceptes "positifs" selon le nombre des membres de l'homme. »

Par la suite, le Roi David les a réduits à 11 :

« Eternel, dit-il, qui peut demeurer dans la tente, qui peut séjourner sur la montagne de Ta Sainteté ?

C'est celui qui chemine avec sincérité, qui pratique la justice et professe la vérité en son cœur ; celui

dont la langue ne calomnie pas, qui ne fait pas de tort à son semblable, qui ne fait pas de honte à son

ami ; qui écarte le méprisable à ses yeux et qui honore ceux qui craignent le Seigneur ; qui, ayant juré,

même à son détriment, ne se rétracte pas ; qui ne prête pas son argent à usure et qui ne se laisse pas

corrompre en créant un dommage à un innocent. Qui agit de la sorte ne chancellera jamais.»

(Psaume XV)

Après lui le Prophète Isaïe les a réduits à 6 en ces termes :

« Qui de nous peut demeurer auprès du feu dévorant et de la flamme qui ne s'éteint jamais ?

C’est celui qui chemine avec équité ; qui ne prononce que des paroles sincères ; qui a horreur du gain

illicite ; qui repousse avec indignation le présent corrupteur ; qui ferme l'oreille au conseil sanguinaire

et ferme les yeux pour ne point voir le mal. »

(Isaïe XXX, III)

Plus tard Micha les a réduits à 3 :« Le Seigneur, dit-il, t'a enseigné ce qu'Il te demande et ce qui fait

ton bonheur : la pratique de la justice, l’amour de la charité et la conduite pudique vers ton Créateur. »

(Micha VI, 8)

Mais le prophète Habacouc les a réduits à 1 seul en disant : « Le Juste vivra par sa Foi. »

(H’abacouc 11, 4)

« Celui qui a du pain et qui s'interroge sur ce qu'il mangera demain manque de confiance en DIEU. »

FOI

« Fais Sa volonté comme ta volonté

Afin qu'Il fasse ta volonté comme Sa volonté.

Annule ta volonté devant Sa volonté

Afin qu'Il annule la volonté des autres

Devant ta volonté. »

(Avoth II 5)

30


LA VOLONTE

« Des torrents d'eau jaillissent de mes yeux pour n'avoir pas gardé la Torah. » (Psaume 119)

« Ne soyez pas comme les serviteurs qui servent leur maître pour recevoir une récompense. » (Avoth

Nous recevons le bien de Dieu. Refuserions-nous le mal qu'Il nous donne ?

LA VOLONTE AU SERVICE DE DIEU

« Sois rigoureux comme le léopard, rapide comme l'aigle, agile comme le cerf, courageux comme le

lion pour accomplir la volonté de Dieu. » (Avoth V, 21)

La Torah nous demande d'aimer L'Eternel « de toute notre âme » c'est à dire « au prix même de notre

vie ». A quoi bon ajouter dans ce même verset « et au prix de tous les biens » ?

C'est qu'il y a des gens qui aiment leur argent plus que leur vie.

DEUX CADEAUX DONT LA MEZOUZA

Rabbi Yehouda Hanassi était lié d'amitié avec l'empereur romain Antonin qui appréciait sa science

et sa vertu. L'Empereur adressa un jour à Rabbi Yehouda une perle fine en gage de son amitié en lui

faisant savoir qu'il désirait également en retour un souvenir de sa part.

Rabbi Yehouda écrivit une mézouza et la lui envoya.

En voyant ce singulier cadeau, l'Empereur se mit en colère. « C'est un parchemin, dit-il, qu'il ose

m'envoyer en retour du riche présent que je lui ai adressé. »

Rabbi Yehouda, ayant appris l'étonnement de son ami, lui fait dire :

« Vous m'avez certes envoyé une perle d'une très grande valeur, mais celle-ci m'oblige à une foule de

précautions, pour que je ne l'égare pas.

Cette mézouza au contraire, sur laquelle se trouve inscrite la croyance fondamentale du Judaïsme,

l'Unité de Dieu et la manière de Le servir, c'est elle qui vous empêchera de vous égarer sur les chemins

de ce monde.

Elle vous gardera toute votre vie, vous maintiendra sur le chemin de la vérité et vous procurera de la

sorte un droit aux récompenses du monde futur. "

« Quant à moi, dit l’Eternel, voici quel est Mon pacte avec eux : Mon inspiration qui repose sur

toi… »

« OUDVARAÏ ACHER SAMTI BEFIKHA »

« Et les paroles que J'ai mises dans ta bouche »

Elles ne doivent point s’écarter de ta bouche, ni de la bouche de tes enfants, ni de celles des enfants

de tes enfants, depuis à présent jusqu’à jamais. » (Isaïe LIX, 21)

31


BIENHEUREUX CEUX QUI CROIENT

Max L. NARGOLIS – 1904

- Je crois en Dieu L'Unique et Le Saint, Le Créateur et Le Mainteneur du Monde.

- Je crois que l'homme possède un pouvoir divin grâce auquel il peut subjuguer ses mauvais instincts

et ses passions, tendre à se rapprocher de plus en plus de la perfection de Dieu et communier avec

Lui dans la prière.

- Je crois que l'homme est assujetti à La Loi de Dieu et doit répondre devant Celui qui sonde le cœur

humain et Le Juge Suprême de toutes ses pensées ainsi que de tous ses actes.

- Je crois que celui qui confesse ses péchés, se détourne de ses voies mauvaises et se repent

sincèrement, se voit accorder avec amour le pardon de son Père Céleste.

- Je crois que les pieux qui obéissent à La Loi de Dieu et qui accomplissent Sa Volonté avec un cœur

parfait et ceux qui se repentent sincèrement, tous ceux-là participent en tant qu'âmes immortelles à la

vie éternelle de Dieu.

- Je crois qu'Israël a été choisi par Dieu comme Son serviteur, oint pour proclamer SA VERITE aux

familles de l'humanité ; et quoique méprisé et rejeté par les hommes, pour persister comme son

TEMOIN jusqu'à ce qu'advienne pour lui, le royaume de paix et de perfection morale et la connaissance

accomplie de Dieu c'est à dire la véritable communauté des enfants du Dieu Vivant.

PERSEVERANCE DANS LA FOI

La légende ne se borne pas à expliquer le passé, elle n'est pas moins jalouse de jeter quelque lumière

sur l'avenir, par l'interprétation qu'elle nous donne de l'expression finale :

« Je serai L'Eternel, leur Dieu » appliquée à l'avènement obscur et non moins légendaire de Gog et

Magog.

Qu'est-ce que Gog et Magog ?

C'est encore la tradition qui nous le fera comprendre dans ces considérations historiques.

Pharaon disait d'Esaü :

« Ce n'était qu'un sot, lui qui attendait la mort de son père pour tuer Jacob, puisque Jacob n'avait pas

attendu cette mort pour produire sa nombreuse lignée. Eh bien, moi, je vais frapper celle-ci dans son

germe. »

A son tour Hamane disait de Pharaon :

« C'était un sot que ce roi qui tuait les mâles, mais conservait les filles, ce qui était conserver les

générations futures. Moi, je ferai mieux : j'exterminerai tout homme et femme, enfant et vieillard. »

Mais à la fin du temps surgira Gog et Magog qui dira :

32


« Tous mes prédécesseurs n'étaient que des sots. Ils s'en prenaient au peuple de Dieu, à ses protégés ;

Moi, plus avisé, je vais m'en prendre à ce protecteur lui-même, j'attaquerai le Dieu d'Israël et alors,

Lui renversé, Ses clients tomberont d'eux-mêmes. » (Midrach Esther)

Qu'est-ce à dire ?

N'est-ce pas une allusion des plus transparentes à l'athéisme, au naturalisme, à tous ces systèmes

prétendus scientifiques qui, de nos jours, tendent à faire pénétrer la sape et la mine dans le socle sacré

de la religion, répétant avec l'orgueilleux Nabuchodonosor :

« J'escaladerai les hauteurs nuageuses et je ressemblerai à l'Être Suprême. » (Isaïe XIV, 14)

Il est évident que ce qui, dans les siècles précédents, n'était qu'une rébellion sans écho, est devenu une

sorte de révolution scientifique, tendant à détrôner Dieu au profit de la nature.

Ainsi, Gog et Magog représente l'athéisme systématique, sérieux, froid sans passion ni violence et

d'autant plus dangereux. C'est donc contre cette éventualité, devenue une réalité redoutable, que notre

légende tend à nous rassurer.

« Persévérez dans votre foi, semble-t-elle nous dire.

Ne cessez de vous incliner devant l'autorité de la Révélation écrite et orale ;

Proclamez partout et toujours le principe immortel du monothéisme et cela suffira pour vous

soustraire à ces tentations impies. »

Il nous semble que l'on peut, que l'on doit, avoir confiance pleine et entière dans cette légende qui se

distingue par sa clarté non moins que par sa véracité.

Les méditations de la Parole de Dieu occupent une place immense dans la tradition, invoquée et citée

à l'envi par le Talmud, la Michna et la Kabbale.

LE CHEMA’ « L’ECOUTE »

Celui qui récite la profession de foi que constitue Le Chema’ doit le faire de manière à ce que ses

oreilles entendent ce que ses lèvres prononcent. (Berakhot 15)

L'Eternel n'a fait demeurer Sa Sainte présence au milieu des enfants d'Israël que le jour où ils

fournirent un travail (service, prière). (Avoth Derabi Nathan 12)

La Torah dit en effet : « Ils me construiront un sanctuaire ; alors Je demeurerai au milieu d'eux. »

« VE- ‘ASSOU LI MIKDACH VE-CHAKHANTI BETOKHAM »

33


YGDAL « QU’IL SOIT MAGNIFIE »

« I - IL Est, et le temps ne limite pas Son existence.

2 - IL Est unique, Son unité est sans pareille, incompréhensible, infinie.

3 - IL n'a point la forme d'un corps, et rien n'approche de Sa Sainteté.

Récit chanté les veilles de Chabbat et Fêtes

Ecrit par Daniel Ben Yehouda (XIVème siècle)

4 - IL a précédé toutes les créatures, IL Est le premier et n'a jamais commencé.

5 - IL Est le maître du monde et toute créature proclame Sa Grandeur et Sa Royauté.

6 - IL a donné le don de la prophétie à Ses élus qu'Il a revêtus de gloire.

7- Jamais il n'y eut, en Israël, un prophète comme Moïse qui ait, comme lui, contemplé La Divinité en face.

8 - La Loi de la Vérité, Dieu l'a donnée à Son peuple par l'entremise de Son prophète, le fidèle de Sa Maison.

9 - Cette Loi, Dieu ne la changera jamais, elle est immuable pour l'Eternité.

10 - IL regarde et connaît nos plus secrètes pensées, et à la naissance de chaque événement, IL en voit

déjà la fin.

11 - IL récompense les Justes, selon les œuvres ; IL punit le méchant selon sa méchanceté.

12 - IL enverra, à la fin des jours, notre Messie pour délivrer ceux qui, inébranlables, attendent la rédemption.

13 - Dans Sa grande bonté, IL fera revivre les morts. Loué soit à jamais Son Nom Glorieux. »

Ce sont là les 13 Articles de Foi, qui sont la base de la Loi Divine selon MAÏMONIDE.

FORCE MORALE

Voyez et admirez l'amour de Dieu pour Son peuple : partout où il est exilé, La Majesté Divine

(CHEKHINA) le suit et le soutient par Sa présence.

« Prisonnier et esclave en Egypte, il a la CHEKHINA pour compagne et il en est de même à Elam en

Perse, à Babel, à Edom, tout cela est confirmé par des textes formels. » (Talmud Meguila XXXIX)

Qu'est-ce à dire ? Que le Judaïsme n'a pas à redouter la dispersion et ses périls, car il a en lui une force

morale capable de maintenir son UNITE, de braver les obstacles et les distances.

Quelle est cette force morale ? C'est la foi d'Israël, sa conviction, sa certitude de l'assistance divine,

corroborée par l'unité des croyances et la communauté des aspirations. C'était aussi la plus puissante

consolation à offrir aux victimes de l'intolérance et du fanatisme religieux.

Quelle pensée encourageante et réconfortante que celle de vivre partout sous l'œil de la Providence ;

de la sentir toujours présente, toujours prête à nous soutenir dans nos épreuves, et dans

l'accomplissement de notre tâche !

34


UNE HISTOIRE VRAIE

Un Juif très attaché au Judaïsme mais non pratiquant avait une fille mariée.

Celle-ci était devenue très religieuse et avait un ménage « Kacher ».

Pour convaincre son père de la validité de ses nouvelles convictions, elle lui dit :

« Tu comprends, toi, tu es tellement Juif, le milieu de ton enfance était tellement fort que même si tu

manges du " Trefa ", tu restes juif, tandis que moi, si je n'apprends pas à mes enfants à manger

"Kacher", comment resteront ils Juifs ? »

Après cet argument, le père admit que sa fille avait de bonnes raisons d'être pieuse.

LES PSAUMES « POESIE – MUSIQUE »

B. PROTHERBO (1903)

Rédacteur en chef "Psalms in human life" 117

Au-dessus de la couche de David, selon la tradition rabbinique, était suspendue une harpe. La brise de

minuit en frôlant les cordes, faisait une musique telle que le poète-Roi était obligé de se lever et, jusqu'à

ce que l'aube fit rougeoyer le ciel à l'orient, il unissait des mots aux accords de l'instrument.

La poésie de cette tradition est condensée dans le dicton qui affirme que le livre des Psaumes renferme

toute la musique du cœur de l'homme vibrant sous la main de son Créateur. Là se trouvent rassemblés

l'explosion lyrique de sa tendresse, le gémissement de son repentir, le pathétique de sa douleur, le

triomphe de sa victoire, le désespoir de sa défaite, la fermeté de sa confiance, l'extase de son espérance.

Les Psaumes expriment, en paroles exquises, l'affinité que chaque cœur profondément humain aspire

à se découvrir avec un Dieu suprême, immanent et aimant, qui soit pour lui un protecteur, un gardien

et un ami. Ils traduisent en mots, la passion spirituelle du génie le plus élevé, ils donnent également

voix aux désirs inarticulés et humbles du plus illettré des paysans, avec la beauté née de la vérité et de

la simplicité. Seuls les Psaumes n'ont connu les limites ni du temps, ni d'un pays, ni d'une forme ou

d'une foi quelconque. En eux les foules vastes de l'humanité souffrante ont trouvé l'expression la plus

profonde de leurs espoirs et de leurs craintes.

PSAUME 16

-

« CHOMRENI EL KI - H’ASSITI BAKH »

« Protège-moi, ô Dieu car je m'abrite en Toi. »

« Je dis à L'Eternel :

Tu es mon Maître, mon bonheur n'est pas en dehors de Toi.

Aux saints qui sont sur la terre, aux nobles (cœurs) sont toutes mes aspirations.

Ceux qui multiplient leurs peines, courant après d'autre (biens), je ne prendrai aucune part à leurs

libations (mêlées) de sang, je ne place pas leurs noms sur mes lèvres. L'Eternel est le partage de mon

sort, mon calice ; c'est Toi qui consolides mon lot.

Un héritage m'est échu en des lieux de délices ; oui, mon patrimoine me plaît tout à fait.

Je bénis L'Eternel, qui a été mon guide ; même de nuit, mes reins m'en avertissent.

Je fixe constamment mes regards sur L'Eternel ; s'Il est à ma droite, je ne chancellerai pas.

C'est pourquoi mon cœur se réjouit, mon âme jubile, mon corps même se repose en sécurité.

Car Tu n'abandonnes pas mon âme au Chéôl, Tu ne laisseras pas Ton fidèle serviteur voir l'abîme.

Tu me feras connaître le chemin de la vie, la plénitude des joies (qu'on goûte) à Ta présence, les délices

éternels à Ta droite. »

35


PSAUME 91

Je dis à L'Eternel :

-

« MAH’SSIY OUMTSOUDATIY ELOHAÏ EVTAH’ - BO »

« Tu es mon refuge, ma citadelle, mon Dieu En qui je me confie ! »

« Celui qui demeure sous la sauvegarde du Très-Haut, est abrité à l'ombre du Tout-Puissant.

Car c'est Lui qui te préserve du piège de l'oiseleur, de la peste meurtrière. Il te recouvre de Ses (vastes)

pennes, sous Ses ailes tu trouves un refuge ; Sa fidélité est un bouclier et une cuirasse.

Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole de jour, ni la peste qui chemine dans

l'obscurité, ni l'épidémie qui ravage à midi.

Qu'il en tombe mille à ton côté et dix mille à ta droite, toi (le mal) ne t'atteindra pas.

Tu le verras seulement de tes yeux, tu seras témoin du châtiment des méchants. »

C'est que tu as dit : "L'Eternel est mon refuge ! "

« Dans le Très-Haut tu as placé ton abri.

Aucun mal ne te surviendra, nul fléau n'approchera de ta tente ; car à ses anges il a donné ordre de

te protéger en toutes tes voies. Sur leurs bras ils te porteront pour que ton pied ne bute contre une

pierre. Sur le chacal et la vipère tu marcheras, tu piétineras le lionceau et le serpent.

Car (dit le Seigneur) :

" Il s'attache à Moi, Je veux le sauver, Je veux le grandir parce qu'il connaît Mon Nom.

Il m'appelle, et Je lui réponds ; Je suis avec lui dans la détresse, Je le délivre et Je l'honore.

De longs jours Je veux le rassasier, et Je lui ferai jouir de Mon Salut. " »

LE TSADIK

Toutes les voix du monde crient à cause de quelque manque, de quelque défaut ; et même toutes les

joies ont leur origine en un défaut : L'homme manquait de quelque chose, et vient de le trouver.

Mais le Tsadik vit une vie en laquelle rien ne manque, rien ne fait défaut, car le monde tout entier n'a

pas prise sur lui. La vie du Tsadik est une bonne vie, faite de pain et d'eau ;

Mais en ce pain et cette eau, il sent tous les bienfaits.

36


L'EPREUVE DU JUSTE

Quand le potier veut se rendre compte de la solidité de ses œuvres, comment s'y prend-il ?

Est-ce qu'il fait son expérience sur une poterie de mauvaise qualité ?

Non, car il sait bien qu'un seul coup un peu fortement appliqué la briserait en morceaux.

Ses essais portent de préférence sur ses vases les plus solides, offrant une force de résistance sérieuse.

Eh bien c'est dans le même esprit, que Dieu fait peser l'épreuve sur les Justes, sur les caractères

fortement trempés, et non sur les faibles. (Berechit Rabba LV)

L'Eternel, n'éprouve pas les méchants, car ils ne peuvent supporter Ses épreuves ; par contre Il les fait

subir aux Justes et aux Pieux qui eux, peuvent montrer leur force et leur foi à cette occasion. (Berechit

Rabba 2)

ACCEPTER L'IMPREVU

Nahoum ben Gamzou – « Le Tob »

Il fut chargé de porter un cadeau à l'empereur pour apaiser la colère de ce dernier.

En cours de route l'hôtelier remplaça dans ses sacs, l'or par de la terre.

L'empereur constata que le sac était rempli de poussière.

« Les Juifs se moquent de moi. »

Nahoum fût condamné à mort, et balbutia :

« GAM ZOU LETOV » « Ceci est pour le bien »

Alors apparut Elie sous la forme d'un membre de la suite impériale. Il dit :

« Peut-être cette poussière fait-elle partie de celle dont se servait leur patriarche Abraham ; chaque

fois qu'il en jetait à ses ennemis, elle se transformait en épées et, quand il leur jetait de la paille, elle

se changeait en flèches. »

Or, à cette époque, une certaine province se montrant impossible à conquérir, ils essayèrent d'employer

contre elle, un jour, de la poussière du sac de Nahoum, et ils la soumirent.

L'empereur remplit les sacs de Nahoum avec des trésors.

Quand il revint dans la même hôtellerie, les hôteliers lui dirent :

« Qu'as-tu fait à l'empereur pour avoir été entouré de tant de respect ?»

« J'ai reçu simplement ce que j'apportais d'ici. » répondit-il.

Eux aussi, là-dessus, se mirent à apporter de la poussière à l'empereur.

Mais, quand on l'eut essayée, elle ne fût changée ni en épées ni en flèches…

On les exécuta.

LE HASSIDISME

Le Hassidisme s'est essentiellement exprimé dans de petites histoires et de courtes maximes, parce

qu'il se voulait essentiellement populaire et aussi parce qu'il considérait que le Judaïsme devait être

vécu.

37


L'histoire hassidique n'est pas en général un Mah’al, une parabole, un apologue.

Elle est une "tranche de vie" quotidienne, un moment d'une existence, mais d'une existence

constamment sanctifiée. Par bien des côtés, elle est la fille de la AGGADA talmudique.

Dans la banalité d'une situation, dans la familiarité d'une formule ou d'une question, dans un

quelconque "fait divers" jaillit ainsi l'étincelle Divine, éclate la profonde leçon religieuse, morale ou

métaphysique.

Mieux que bien des doctes développements, ces histoires souvent très "prosaïques", illustrent et

éclairent de façon parfois fulgurante, quelques-uns des plus hauts enseignements du judaïsme.

Et que d'humanité dans leur expression, que de sagesse et de résonance dans leur concision, quel

délicieux humour aussi dans certaines de leurs répliques ou de leurs images !

Quel brûlant amour de Dieu et des hommes a inspiré ces hommes, qui nous restent si proches, et que

nous voyons littéralement vivre devant nous.

Il n'y a pas à s'y tromper, ces textes appartiennent indubitablement à notre patrimoine commun.

Leur ton, leur accent, leur contenu sont authentiquement juifs. Les négliger, ce serait nous appauvrir,

ils nous concernent mieux directement.

C'est à nous aussi qu'ils sont adressés.

LA LUMIERE

Quand Dieu dit aux enfants d'Israël de construire le sanctuaire, il leur dit aussi d'y allumer une lumière

perpétuelle (Ner Tamid).

A ce propos, nos Sages nous relatent que Dieu dit aux Juifs :

« Ma lumière est en vos mains, et votre lumière est dans les Miennes. »

Quelle lumière de Dieu tenons-nous dans nos mains ? C'est celle de toute Mitzvah, ainsi qu'il est écrit

« Une Mitzvah est une lampe et la Torah une lumière. » (Prov. 6, 23)

Quelle est notre lumière qui est dans les mains de Dieu ? C'est notre âme, notre vie même, ainsi qu'il

est écrit : « L'âme de l'homme est une lampe de l'Eternel. » (Prov. 20, 27)

Chaque Mitzvah qu'un Juif accomplit crée une lumière qui éclaire son âme et le monde autour de lui.

Cette lumière est la source de la vie et du bonheur.

Ne dites-pas :

« Je n'ai pas envie de manger du porc, je ne veux pas me vêtir de « cha’atnéze » (tissu où sont mêlés

la laine et le lin), car cela pourrait avoir un effet sur mon état de santé. »

Dites plutôt : « J'aimerais bien manger du porc et revêtir un vêtement de « cha’atnéze », mais je ne

le fais pas car Le Créateur nous a demandé de nous en abstenir. » (Sifra)

38


LE BON ET LE MAUVAIS INSTINCT

Pourquoi une Mitzvah est-elle comparée à une lampe ?

Parce que quand un homme est sur le point d'accomplir une Mitzvah (ce qui signifie souvent un effort

spécial ou une dépense d'argent comme dans la Tsedakah, par exemple) le mauvais penchant essaie

d'intervenir et dit :

« Pourquoi dépenser ton argent pour une Mitzvah ? Pourquoi le donner aux étrangers ? Mieux vaut

le garder pour toi ou pour tes enfants ! »

Alors le Bon Instinct fait entendre sa voix :

« N'écoute pas ce mauvais conseil, car une Mitzvah est comme une lampe. Quand tu allumes une lampe

avec la flamme d'une autre, celle-ci en devient-elle plus petite ? Tu peux allumer beaucoup de lampes

à la même flamme sans réduire sa lumière. »

« En même temps, sans aucune perte, combien tu peux multiplier celle-ci ! Il en est de même avec la

Mitzvah ; quelle que soit la somme que tu dépenses pour elle, cela ne te coûtera rien en définitive car

Dieu te le revaudra sûrement, et te donnera bien davantage. »

Le Maggid de Mezeritch disait :

« Maintenant en exil, l'Esprit Saint vient sur nous plus facilement qu'à l'époque du Temple.

Un roi fût chassé de son royaume et forcé de mener une vie errante ; quand, au cours de ses

pérégrinations, il arrivait dans la maison des pauvres où on lui donnait le gîte et une maigre

nourriture, mais on le regardait comme un roi, alors son cœur s'épanouissait et il bavardait avec ses

hôtes aussi intimement qu'il le faisait dans son palais, avec ceux qui étaient les plus proches de lui. »

« Maintenant qu'Il est en exil, Dieu agit de même. »

LA VERITE DE LA LOI ET CELLE DE DIEU

On raconte d'un rabbin d'autrefois, qu'il fut un jour tellement triste que Dieu vint le visiter.

Dieu lui dit :

« Que veux-tu ? ... Le bonheur pour ce monde ci ?»

Il répondit :

« Non. Réserve-le à d'autres. »

« Le bonheur pour le monde à venir ?»

« Non, Réserve-le à tous ! »

« Que veux-tu donc ? »

Et le rabbin répondit : « Je veux Toi, Dieu. »

Dieu lui dit : « Ecoute, aie un peu de patience et si tu le veux tu auras plus. » (Tit’annag al Hachem)

Le rabbin répondit alors : « Je ne veux pas plus ; je veux Toi. »

On raconte aussi que ce jour, comme au jour où La Loi fût donnée au monde, le monde était plus beau,

plus noble plus vrai. Mais au fond, cette histoire n'est-elle pas l'histoire vraie de notre peuple ?

Sommes-nous encore, ou déjà, ces hommes à qui l'on se prépare à demander de dire, dans la parole de

la Loi la parole de Dieu, et dans celle de Dieu la vérité de La Loi ?

Voici donc venir le temps où il faut se souvenir que si la patience fait la vertu d'un peuple, c'est

le courage qui fait celle des personnes. C'est en tout cas ainsi que se définit l'âme d'une tradition.

39


DOCTRINE : « JE SUIS JUIF ... »

Edmond FLEG

- Pour moi, qui ai si longtemps cherché la preuve de l'existence de Dieu, je l'ai trouvée dans

l'existence d'Israël.

Je suis Juif, parce que, né d’Israël, et l’ayant perdu, je l’ai senti revivre en moi, plus vivant que moimême.

- Je suis Juif, parce que, né d'Israël, et l'ayant retrouvé, je veux qu'il vive après moi, plus

vivant qu'en moi-même.

- Je suis Juif, parce que la Foi d'Israël réclame, de mon cœur, toutes les abnégations.

- Je suis Juif, parce qu'en tous lieux où pleure une souffrance, le Juif pleure.

- Je suis Juif, parce qu'en tous temps où crie une désespérance, le Juif espère.

- Je suis Juif, parce que la promesse d'Israël est la promesse universelle.

- Je suis Juif, parce que, pour Israël, l'homme n'est pas créé : Les hommes le créent.

- Je suis Juif, parce qu'au-dessus des nations et d'Israël, Israël place l'homme et son unité.

- Je suis Juif, parce qu'au-dessus de l'homme, image de la Divine Unité, Israël place L’Unité Divine

et Sa divinité.

LEKH LEKHA « VA POUR TOI »

Bernard Wolf

Si, à notre époque, la piété relative est considérée tout proportion gardée comme méritoire, elle ne peut

en aucun cas être considérée comme une solution définitive. C'est dans ce sens que la Sidra Lekh-

Lekha nous enseigne, à travers Abraham, que pour maintenir notre patrimoine religieux, notre

croyance, il faut, quand le besoin se fait sentir, avoir le courage de quitter un milieu très souvent, trop

souvent indifférent et hostile, dans lequel l'épanouissement de notre foi serait constamment freiné.

Dieu dit à Abraham : « Va-t’en », ou plutôt, « Va pour toi », quitte ton pays, ton lieu de

naissance et même le foyer de tes parents, pour aller vers le pays que je te montrerai. » Quel plus bel

exemple pouvait donner Abraham à ses contemporains que de briser ses liens avec eux sachant que

s'il restait avec eux, il subirait fatalement leur pouvoir d'attraction.

Pour préserver sa belle croyance, il rompit donc, toutes ses attaches, pour aller vivre un "judaïsme"

plus authentique c'est à dire plus conforme à sa vocation.

Comme la Torah parle toujours pour nous un langage actuel, nous devons comprendre ce que la

conduite de notre ancêtre veut nous enseigner, à nous : l'angoisse de notre patriarche, mais surtout son

espoir. Son angoisse, car quel déchirement pour un homme dont la situation matérielle est bien assise,

qui vit dans une famille unie, dans un foyer aisé, entouré de la considération de ses concitoyens, de

s'entendre dire : " Pars pour toi, pour ton bien " !

40


Comment est-il possible qu'il soit pour "mon bien" de tout abandonner, tout ce qui faisait mon bonheur

jusqu'à aujourd'hui ?

C'est que précisément, Abraham ne pouvait se contenter de cette réussite uniquement matérielle. Il

ressentait l'accomplissement de cet appel en lui, ce besoin supérieur qui est spirituel qui était en lui et

qui seul pouvait le satisfaire pleinement.

Son espoir : en s'arrachant justement à tout ce qui l'enchaînait, à tout ce qui l'empêchait de voir audessus

de ce niveau terre à terre, il savait qu'il allait commencer une nouvelle page de l'humanité. Il a

détruit les idoles de son père, il a rompu avec le passé. N'avons- nous pas souvent, nous aussi en nousmêmes,

ce besoin de renouveau, cet appel vers quelque chose de plus élevé que ce qui fait la routine

de notre existence ?

Mais avons-nous le courage d'Abraham, d'abandonner notre quiétude pour nous renouveler, d'écouter

cet appel de Dieu que nous entendons tous, plus ou moins fréquemment, pour jeter bas tout ce que

nous tissons autour de nous d'habitudes, de commodités, pour nous mettre enfin à vivre de telle façon

que notre existence ait un sens dans l'histoire ?

LES INCONDITIONNELS

En tant que Juifs pratiquants nous sommes des « Inconditionnels » vis à vis de Dieu depuis le jour où

nos ancêtres, au pied du Sinaï, il y a trente-cinq siècles déjà, ont aliéné partiellement leur liberté en

proclamant :

-

« KOL ACHER - DIBER HACHEM NA’ASSEH »

« Tout ce que Dieu a dit, nous le ferons. » (Exode 19, 8)

Nous obtempérerons et comprendrons (ou ne comprendrons pas, mais peu importe) ;

Ils sont devenus des inconditionnels, eux et tous leurs descendants.

Ils nous ont entraînés dans cette inconditionnalité où, à notre tour, consciemment, de génération en

génération, nous nous « rengageons » vis-à-vis de Dieu ;

En effet, dans ce message, l'homme ne peut poser des conditions ; il ne peut discuter, contester,

rechigner. Il ne peut que se soumettre « sans conditions » ou se démettre.

Mais ce qui est vrai de Dieu ne l'est pas du tout des hommes.

Là, toute aliénation de liberté est prohibée, comme contraire à la volonté de Dieu.

« Lorsqu'il arrivera, nous dit la Torah, qu'un homme dise :

"J'aime mon maître et je ne veux pas de la liberté », on l'approchera du montant de la porte de sa

maison et on percera son oreille avec un poinçon. » (Exode 21,5 et 6)

Pourquoi juste l'oreille ? Pourquoi juste sur le montant de sa porte ?

Nos Sages répondent : « Cet homme a entendu proclamer au Sinaï : « Les enfants d'Israël sont à

monservice et non au service d'autres hommes » et il a été aliéner sa liberté. Que son oreille, qui a

oublié ce qu'elle a entendu, soit marquée d'un signe d'infamie ! Cet homme a été témoin des miracles

41


que J'ai opérés en Egypte en vue de rendre la liberté aux enfants d'Israël, du miracle surtout que J'ai

accompli en passant par-dessus mes maisons juives, dont les montants étaient marqués du sang de

l'agneau pascal. Et voici que, néanmoins, il fait fi de cette liberté que moi-même Je lui ai fait restituer.

Eh bien que ces montants soient les témoins de sa trahison ! » (Kidouchim 22 B)

Ce texte ne nous enseigne-t-il pas aussi clairement que possible que si, effectivement, il faut être

inconditionnel devant « La Voix de Dieu », il est interdit de l'être devant un homme, aussi providentiel

soit-il !

CREATION DU NEANT

Le Maguid de Mezeritch disait :

« La Création du ciel et de la terre, c'est le développement du quelque chose à partir du Néant, la

descente de l'en-haut vers l'en-bas. »

Mais les Tsadikim qui se libèrent du corporel et ne font que penser à Dieu, ceux-là voient, comprennent,

imaginent l'univers tel qu'il était, à l'état de néant, avant la création.

Ils transforment à nouveau ce quelque chose en Néant.

Et c'est le plus miraculeux : commencer par le stade le plus bas, comme dit le Talmud :

« Plus haut que le premier miracle, est le dernier miracle. »

Un jour l'esprit du Baal-Chem était tellement oppressé qu'il lui sembla qu'il n'aurait pas part au monde

futur. Alors il se dit : « Si j'aime Dieu quel besoin ai-je d'un monde futur ? »

Les disciples du Baal-Chem avaient entendu parler d'un homme qui avait une grande réputation de

savoir. Certains d'entre eux désiraient aller auprès de lui, pour apprendre ce qu'il avait à enseigner.

Le Baal-Chem leur permit d'y aller, mais ils lui demandèrent d'abord : « Et comment saurons-nous si

c'est un vrai Tsadik ? » Il répondit : « Demandez-lui de vous conseiller un moyen pour écarter les

pensées profanes durant vos prières et vos études. S'il vous donne un tel conseil, alors vous saurez

qu'on ne peut pas faire grand cas de lui, car voici la façon de servir des hommes jusqu'à l'heure même

de leur mort : lutter constamment contre l'extérieur et constamment l'élever et l'adapter à la nature du

Nom Divin. »

42


LES PORTES DE LA RAISON

Sans rien dire à son maître, un disciple de R. Barukh, s'adonnait à la recherche de la nature de Dieu

et ses réflexions, de plus en plus approfondies, l'avaient conduit au doute.

Quand R. Barukh remarqua que le jeune homme ne venait plus chez lui comme il en avait l'habitude,

il alla lui-même lui rendre visite, entra à l'improviste dans sa chambre, et lui dit : « Je sais ce qui est

caché dans ton cœur. Tu as passé par les cinquante portes de la raison. Tu as commencé par une

question et tu y as réfléchi et tu as recherché une réponse, et la première porte s'est ouverte... sur une

autre question ! Et de nouveau, tu l'as scrutée, tu as trouvé la solution, ouvert la seconde porte... sur

une nouvelle question. Et ainsi de suite, de plus en plus profondément, jusqu'à ce que tu aies forcé la

cinquantième porte. Alors tu t'es trouvé en face d'une question dont personne jamais n'a trouvé la

réponse car, sinon il n'y aurait plus de liberté de choix.

Mais, si tu oses aller plus avant, tu vas sombrer dans l'abîme. »

« Alors je dois faire demi-tour jusqu'à mon point de départ », s'écria le disciple !

« Si tu reviens, tu ne feras pas demi-tour, tu te tiendras au-delà de la cinquantième porte, tu te tiendras

dans la foi. » (C. H.)

43


CHAPITRE IV

*

LE DESTIN

45


DESTIN - MISSION

En quoi diffèrent « Mission » et « Destin » ?

Destin signifie existence imposée.

Mission existence volontaire.

L'homme lui- même choisit et trace sa voie dans la vie.

Un destin est subi dans une vie dénuée de finalité.

Une mission a un sens et un but.

Communauté de destin signifie impossibilité de se révolter, tragédie d'une impuissance tout comme

pour le prophète Jonas, il y avait impossibilité de fuir devant le Dieu des Hébreux.

« L'Eternel précipite un vent puissant sur la mer... et le bateau faillit se briser. » (Jonas, 1, 4)

Mission commune signifie aspiration-dessein libre, décision de se consacrer à un idéal, désir et

nostalgie.

Au lieu de chercher vraiment à échapper au destin qui le poursuivait, Jonas finit par choisir la haute

mission que lui proposait Dieu.

LIBERTE DE CHOISIR

« Tout est prévu, pourtant on a la liberté de choisir ; le monde est jugé par la grâce, et pourtant tout

est selon la somme des œuvres. » (Avoth 3, 19)

« Dieu leur donna tout, mais Il ne les laissa pas maîtres d'en jouir. » (L’Ecclésiaste III, 11)

TOUT CE QUE DIEU FAIT EST BIEN

Quelles que soient les apparences, tout ce que Dieu fait a nécessairement une conséquence favorable.

Rav Houna dit, au nom de Rav qui l'a dit au nom de Rabbi Meir et la même sentence est rapportée

également au nom de Rabbi Akiba : « L'homme doit s'habituer à penser que ce que Dieu fait est bien

fait. » A preuve l'histoire suivante arrivée à Rabbi Akiba : Il se trouvait en voyage et, arrivé dans une

ville, il y demande l'hospitalité. Personne ne le reçoit. Il se dit : « Tout ce que Dieu fait est bien. » Il

alla passer la nuit dans les champs. Il avait avec lui une bougie pour l'éclairer, un âne et un coq pour

l'éveiller.

Le vent se mit à souffler et éteignit la bougie. Un chat arriva et dévora le coq. Survient ensuite un lion

qui dévora l'âne. Rabbi Akiba se dit : « Tout ce que Dieu fait est bien. » Cette nuit-là une bande armée

attaqua cette ville, et amena en captivité tous ses habitants. Rabbi Akiba dit : « N'avais-je pas raison

de dire que tout ce que Dieu fait est bien ? »

46


Commentaire de Rachi :

En effet, si la bougie avait brillé, si l'âne avait brait, ou si le coq avait chanté, les brigands l'auraient

aperçu et l'auraient également enlevé. (Talmud Babli traité Berakhot, 60 B)

L'APPEL DES GENERATIONS

Il est souvent question dans les enseignements traditionnels, du Livre d'Adam, où se trouveraient

inscrites toutes les générations humaines, depuis le commencement jusqu'à la fin du monde, avec leurs

chefs temporels et spirituels.

Ce livre, Dieu en aurait fait cadeau au père de l'humanité, déroulant devant lui l'histoire générale et

particulière, lui signalant en lettres majuscules les noms des grands hommes, des chefs d'Etat, des

princes, des grands, de tous ceux qui sont appelés à un titre quelconque, politique, social ou religieux,

à exercer une certaine influence sur leurs contemporains.

(Voir Sepher HAYACHAR - Sepher Toldot Adam - Talmud Sanhédrin XXXIX b)

Dibri Hayamime Havak De Shemouel fils d'Isaac---Midrach Rabba)

Le lecteur superficiel ne verra peut-être dans cette légende que la proclamation du fatalisme historique,

d'un ordre immuable présidant au développement du genre humain, véritable négation du libre-arbitre.

Cette conclusion est bien loin cependant de la conception du Livre d'Adam.

Nous ne voulons pas dire qu'il ne touche pas, par certains côtés, à la grave question de la prescience

divine dans ses rapports avec la liberté humaine si divinement discutée par la théologie comme par la

philosophie. Ces deux notions sont également vraies, également affirmées par la révélation bien que

nous échappe la solution de beaucoup d'autres problèmes de la métaphysique, tels que l'union du corps

et de l'âme, le rapport de l'infini avec le fini, de l'éternité avec le temps. Ce qui est incontestable, c'est

que la légende du Livre d'Adam est parfaitement conforme à la doctrine biblique appelant Dieu Celui

qui fait l'appel des générations. (Isaïe XII, 4) Si Dieu ne pouvait pas juger l'avenir, autant que l'homme

se fait fort de juger le passé, où serait la supériorité de l'Eternel sur le mortel ? Il cesserait d'être le

Maître du temps, ce serait le temps au contraire, qui Le dominerait en limitant Sa Puissance. Et puis,

il y a autre chose à considérer dans ce Livre d'Adam : Il est l'éclatante affirmation de l'ordre

humanitaire ; il proclame la solidarité des générations, la liaison des faits. Fatalisme pour fatalisme,

nous nous croyons en droit de préférer celui qui se manifeste par une intelligence toujours en éveil à

celui qui nous est représenté par le Destin aux yeux bandés et frappant à l'aveugle.

Dès qu'il faut choisir entre la providence et le hasard, le choix, ce nous semble, ne saurait être douteux :

mieux vaut le Livre d'Adam.

47


LES CONSTELLATIONS

--


« VAYOTSE OTO HAH’OUTSAH VAYOMER HABETH-NA HACHAMAY’MAH OUSSPHOR HAKOKHAVIM

IM-TOUKHAL LISSPOR OTAM VAYOMER LO KO IYIEH ZARE’KHA »

« Dieu fit sortir Abraham au dehors et dit : ’’ Regarde le ciel et compte les étoiles : peux-tu en

supputer le nombre ? Ainsi, reprit-IL, sera ta descendance. ’’ » (Genèse XV, 5)

Rav estime que les constellations n'exercent aucune influence sur les destinées d'Israël.

En effet, Rav Yehouda, au nom de Rav, dit :

« D'où savons-nous que les constellations n'exercent aucune influence sur Israël ? »

Parce qu'il est dit : « Et Dieu le fit sortir dehors, en pleine lumière du jour. »

Abraham avait dit au Seigneur :

« Maître de l'univers, la science des astres m'a appris que je n'étais pas digne d'avoir un fils. »

Et Dieu dit : « Sors de tes rêveries astrologiques, car les constellations n'exercent aucune influence

sur les destinées d'Israël ».

« EIN MAZAL LEISRAEL » « Israël n’est pas dépendant du bon sort »

(Talmud Chabbat, 156 a)

Rabbi Juda a dit, au nom de R. Samuel (Moed Katan 18 a), chaque jour une voix céleste annonce :

« La fille d'Untel doit être (donnée en mariage) à Untel ; Tel champ doit appartenir à Untel. »

Quarante jours avant la conception d'un enfant, une voix céleste proclame :

« Que la fille d'Untel soit unie à Untel, que tel champ soit à Untel, telle maison à Untel, la femme

d'Untel à Untel. »

RECONNAITRE LE BON ET LE MAUVAIS CHEMIN

« C'était pendant une nuit profonde qu'un voyageur, errant au milieu des ténèbres, se sentit exposé à

mille dangers, aux ronces, aux précipices, aux bêtes fauves et aux brigands.

Après beaucoup d'efforts il parvint à allumer une torche qui le préserva des fondrières.

Mais il n'a pas encore échappé aux bêtes et aux brigands.

Ce n'est qu'au point du jour qu'il cesse de redouter ce péril.

Mais il lui manque encore quelque chose ; il ne sait pas la route qu'il doit suivre.

48


Enfin il arrive à un poteau indicateur et alors, mais alors seulement, il est libre de toute occupation.

Or les écueils et les précipices, ce sont les obstacles de toute nature qui nous attendent sur le chemin

de la vie, nous n'en sommes complètement délivrés qu'au moment de découvrir le poteau indicateur,

c'est-à-dire la claire notion, puisée dans la Loi de Dieu du bon comme du mauvais chemin. »

L'Eternel avait béni Abraham en toutes choses.


« VAAVAREKHA VAAGADELAH CHEMEKHA VEHEYEH BERAKHA »

« Je te bénirai, Je rendrai Ton nom glorieux et Tu seras une source de bénédiction. »

Rabbi Chim’one Bar Yohaï dit :

(Talmud Sotah XXI, 1)

(Genèse XII, 2)

« Abraham, notre père, avait une pierre précieuse suspendue à son cou ; tout malade qui le regard

était guéri aussitôt. Au moment où le Patriarche quitta ce monde, Dieu la suspendit à la roue du solei

(Baba Batra, 16 B)

LES IMPULSIONS

Deux « impulsions » '« YIESSER » coexistent dans l'homme :

L'une « bonne » « HATOV » et l'autre « mauvaise » « HARA’ »

Dieu a créé l'impulsion mauvaise et a créé la Torah, son antidote.

On estime que ce texte vise la bonne impulsion et la mauvaise.

Mais demande-t-on : « La mauvaise impulsion est-elle aussi très bonne ?»

Voici la réponse : « Sans cette impulsion, nul ne pourrait bâtir une maison, épouser une femme,

engendrer des enfants ou diriger des affaires humaines. »

La tendance considérée, quoique susceptible d'entraîner vers le mal, est donc un attribut essentiel de

l'homme et en fait, elle lui donne la possibilité de devenir un être moral, car sans elle, on pourrait mal

faire, donc l'action bonne, elle aussi, n'aurait pas de sens.

Même la mauvaise impulsion peut être employée au service de Dieu et devenir un moyen de manifester

l'amour qu'on éprouve pour Lui.

Si elle est appelée mauvaise, et si l'homme dut constamment être mis en garde contre sa séduction,

c'est parce qu'elle l'entraîne à mal agir. L'impulsion mauvaise ne désire pas ce qui est interdit.

Les insensés sont gouvernés par leur cœur (leur impulsion mauvaise) mais les justes gouvernent

leurs cœurs.

49


Comment un homme peut-il se garder éloigné de l'impulsion mauvaise placée en lui puisque sa

naissance même en fut l'œuvre ?

Il faut cependant la combattre et la surmonter. Par quel moyen ?

En l'affrontant avec un esprit discipliné par des pensées sérieuses (Torah, Prière) sinon qu'il réfléchisse

à ce que sera le jour de la mort ... c'est comme si l'on disait : « En ce monde je n'ai rien acquis.»

Ce que l'homme peut acquérir et ce qu'il doit s'évertuer à accumuler c'est un trésor d'activités

méritoires. Cela garde sa valeur même après la mort.

A la naissance le Créateur peut décréter que tel homme sera fort, sage ou insensé, riche ou pauvre,

mais il n'est pas question de savoir si ce sera un juste ou un méchant.

LA COURONNE ROYALE

- « VAYIGDAL HAYELED VATEVIEHOU LEVAT - PAR’HO »

« Et l'enfant grandit, et elle le présenta à la fille de Pharaon. » (Exode, 2, 10)

Yokheved fut la nourrice de Moïse pendant vingt-quatre mois ; pourtant il est dit ici :

« Et l'enfant grandit… »

Mais cela veut dire que Moïse grandit, et se développa d'une manière extraordinaire.

C'était un si bel enfant que la fille du Pharaon l'aimait comme le sien propre ; elle ne consentait pas

qu'on l'emmenât hors du palais royal et même qu'il s'éloignât d'elle.

Quiconque voyait Moïse se prenait à l'aimer.

Et Pharaon ne faisait pas exception à la règle ; il avait pour lui une affection qui augmentait de jour

en jour, et il aimait jouer avec lui. Il laissa même une fois l'enfant lui ôter sa couronne de la tête et la

poser sur la sienne. Quand les magiciens virent ce geste, ils dirent au Pharaon :

« C'est là un mauvais présage ; nous craignons que ce soit le garçon au sujet duquel nous avons prévu,

votre majesté, celui qui vous privera un jour de la couronne royale. »

Il y en eut qui allèrent jusqu'à inciter le roi à mettre à mort l'enfant sur le champ.

Certains d'entre eux conseillèrent même de le brûler vif.

Parmi les conseillers de Pharaon, était un homme nommé Jethro. Il dit :

« Oh ce n'est qu'un enfant, il ne sait pas ce qu'il fait. Avant de lui faire du mal, mettez-le à l'épreuve.

Qu'on place devant lui deux bols, l'un contenant une pépite d'or, l'autre du charbon incandescent ; s'il

tend la main vers celui-ci, cela voudra dire qu'il ne savait pas ce qu'il faisait ; dans ce cas il faudra

50


tend la main vers celui-ci, cela voudra dire qu'il ne savait pas ce qu'il faisait ; dans ce cas il faudra

l'épargner. Si au contraire, c'est l'or qui l'attire, ce sera le signe que son geste, en mettant la couronne,

était délibéré ; alors il faudra le mettre à mort. »

Pharaon consentit à l'expérience. Les deux bols furent placés devant Moïse. Il avança la main vers la

pépite d'or. A ce moment précis, l'Ange Gabriel qui veillait, poussa prestement la petite main vers le

charbon incandescent. L'enfant saisit celui-ci et le mit dans sa bouche.

C'est pourquoi, à partir de ce jour, et durant toute sa vie, il parla avec difficulté.

A tous les présents, il devint évident que l'enfant ne pouvait encore raisonner. Il fut épargné.

(Midrach)

51


CHAPITRE V

*

L’HOMME

53


CREATION DE L'HOMME

Lorsque le Seigneur eut décidé de créer l'homme, tous les anges entourèrent le trône céleste.

Les uns approuvèrent les desseins du Maître Souverain, les autres en déplorant l'exécution.

Tout d'abord la PITIE s'avançant humblement, parla en ces termes :

« Ô Seigneur ! J'inspirerai à cette nouvelle créature la divine compassion et elle sera, parmi toutes

tes œuvres, la plus belle image de toi-même ! Il faut créer l'homme.»

Mais l'ange de la PAIX poussa un profond soupir et dit :

« Dans le monde que Tu as appelé à l'existence, règnent l'harmonie et la concorde, et l'homme y

apportera le trouble et la guerre. »

« Ne crains rien, ma sœur, interrompit vivement la JUSTICE, je saurai venger le droit outragé, et,

grâce à la Loi qui protège l'innocent en châtiant le coupable, le bonheur régnera sur terre. »

« Ô mon père, s'écria la VERITE en pleurant, renonce à ton projet, car l'homme sera le roi de

mensonge et mon cruel ennemi. »

Tout à coup, une voix se fit entendre qui dit :

« Quitte tes soucis, Ô VERITE ma fille, car tu seras la compagne de l'homme. »

Et tous les anges de s'écrier :

« Quoi Seigneur ! Tu veux priver le ciel de Ton bijou le plus précieux, du plus beau fleuron de Ta

couronne ! »

Mais a voix divine continue :

« Tour à tour, la VERITE montera au ciel et descendra sur la terre et c'est elle qui sera leur trait

d'union. »

Et l'homme fut créé.

(Rabbot, 8 a)

54


PSAUME 8 - L'HOMME

--

« HACHEM ADONENOU MAH-ADI’R CHIMKHA BEKHOL - HAARETS »

« Eternel, notre Seigneur ! Que Ton nom est glorieux par toute la terre ! »

« Car Tu as répandu Ta majesté sur les cieux.

Par la bouche des enfants et des nourrissons Tu as fondé Ta puissance.

En dépit de Tes détracteurs, Tu réduis à l'impuissance, ennemis et adversaires rancuniers.

Lorsque je contemple Tes cieux, œuvre de Ta main, la lune et les étoiles que Tu as formées...

Qu'est donc l'homme, que Tu penses à lui ?

Le fils d'Adam, que Tu le protèges ?

Pourtant Tu l'as fait presque l'égal des êtres divins ; Tu l'as couronné de gloire et de magnificence !

Tu lui as donné l'empire sur les œuvres de Tes mains, et mis tout à ses pieds : brebis et taureaux, tous

ensemble, et aussi les bêtes des champs, oiseaux du ciel et poissons de la mer, ce qui parcourt les

routes des océans.

Eternel, notre Seigneur ! Que Ton nom est glorieux par toute la terre ! »

55


LE CORPS ET L'ÂME

Il n'existe pas dans la personne humaine une barrière étanche entre l'esprit et le corps.

Les choses de l'âme ont un écho dans le physique de l'individu. Il peut même se produire, et cela arrive

en effet très souvent, qu'on se suggère une maladie.

D'où peut provenir un désordre physique aussi répandu ?

D'une manière générale, on peut dire que cela provient en partie du fait que l'homme moderne ne sait

plus comment faire face aux difficultés, aux soucis et aux misères de l'existence.

Par surcroît, il existe un type humain qui est soucieux de nature. Il lui faut des soucis.

Et, si par bonheur il n'a à se soucier de rien, il s'invente des soucis.

C'est le pessimiste de tempérament.

Une telle personne interprète toute chose dans le sens du mal. Elle vit dans la terreur, perd tout appétit,

ne mange ni ne dort et finit par se rendre réellement malade.

De tout cela il résulte que, si l'on veut jouir de la santé physique, il faut veiller à la santé morale.

Du reste, autant l'état de santé psychique se répercute sur celui du corps, autant s'effectue le mouvement

inverse.

L'homme est avant tout de nature spirituelle.

C'est par cette vertu qu'il se distingue des autres créatures vivantes.

Le corps ne joue, dans la circonstance, que le rôle de contenant et d'outil au service de l'esprit, car une

âme privée de corps est inconcevable sur terre.

La fusion de l'âme et du corps revêt une grande importance pour le Juif. Car toute notre vie s'appuie

sur le concept de l'unité de ces deux principes.

Un Juif croyant qu'anime la foi a confiance en Dieu.

Il sait que Dieu est bon et Tout-Puissant.

Par conséquent, il est de bonne humeur, joyeux, optimiste.

Son esprit ne s'effondre pas sous la pression des circonstances. Par conséquent il jouit aussi d'une

parfaite santé physique.

56


Le Pentateuque ne parle pas de deux décisions.

L'une concernant La Création de l'homme, l'autre Sa création à Son image, mais d'une seule.

Dieu dit : « Faisons l'homme à Notre image, à Notre ressemblance. »

Y-a- t-il contradiction entre le libre arbitre et le fait que Dieu sait tout d'avance ?

Un exemple : un père qui prend soin de l'éducation de son fils, après l'avoir mené jusqu'à un certain

point, le laisse décider de son orientation future de ses études et de sa profession.

Dans de nombreux cas, il saura d'avance quel sera le choix de l'enfant, même si ce dernier s'agite

encore dans des débats sans fin. Cette prescience détruit-elle le libre arbitre du jeune ?

Pour Dieu il n'y a ni espace ni temps, c'est pourquoi le futur ne lui est pas moins connu que le passé

ou le présent.

Et il est impossible de déduire de cette constatation une réponse quelconque à la question de savoir si

Dieu entend Se servir de Son Pouvoir pour contraindre Ses créatures.

A cette question, IL a répondu négativement lorsqu'Il a décidé de créer l'homme à Son image.

Terminons ces pensées par un exemple historique qui nous rappelle le jour de Kippour.

L'après-midi nous lisons le récit de Jonas

Quand Dieu envoya Jonas à Ninive, Il savait que les habitants de cette ville se repentiraient.

Il savait cependant également que ce repentir ne pourrait être que le fruit d'un sérieux avertissement ;

c'est pourquoi Il envoya son émissaire.

Le repentir fut le résultat d'une décision libre des habitants de Ninive ; au même titre qu'ils avaient

précédemment fait le mal de leur libre choix.

Sous une forme concise simple et claire, Rabbi Akiba a résumé ces deux données en disant :

" Tout est prévu, mais la liberté est donnée. "

Et le monde est jugé avec amour et suivant l'importance de l'acte de l'individu ou de la communauté.

57


DERACINER LE MAL

Il nous a été souvent posé la question suivante :

« Pourquoi l'homme n'a-t-il pas été créé parfaitement bon, incapable de commettre des fautes et des

péchés et de se mal conduire ? »

Combien l'humanité eût-elle été heureuse si tous les hommes avaient été bons et que l'ordre eut régné

dans le monde !

N'est-ce pas là une aspiration universelle ?

Nous savons que le judaïsme ne croit pas à un péché originel transmissible de génération en génération.

Il appartient à chacun en son temps de faire triompher par des luttes quotidiennes son bon penchant

sur son mauvais instinct, de combattre le mal sous tous ses aspects, de s'en abstenir soi-même et de

s'opposer à celui que font les autres.

Du fait qu'il nous est enjoint d'être « une nation de prêtres et un peuple saint » nous avons pour tâche

de déraciner le mal.

Mais le but est une chose et la voie pour y parvenir en est une autre.

Si les hommes avaient été créés uniquement avec le bon penchant, ils n'auraient pas eu de libre arbitre

et auraient fait automatiquement tout ce que le Créateur leur impose.

Du moment que Dieu décida de créer l'homme on comprendrait mal qu'il le crée sans libre arbitre.

Si l'homme devait être une marionnette entre Ses mains, pourquoi en aurait-IL besoin ?

Si Dieu a voulu ajouter aux forces de la nature et autres créatures, des hommes ressemblant à Son

image, il fallait nécessairement qu'ils fussent des êtres capables de décision.

RECONNAÎTRE SES ERREURS

Eran LAOR

Les hommes sont toujours tentés d'attribuer aux autres la responsabilité de leurs propres malheurs, d'en

rejeter la faute sur les gouvernements et les institutions.

Il y eut d'abord les mauvais esprits et les sorcières ; puis les Juifs, les Francs-maçons, le capitalisme,

le communisme furent tour à tour rendus responsables des maux de ce monde.

Mais tout cela n'est qu'une manière de se tromper soi-même, de s'aveugler pour n'avoir pas besoin de

reconnaître ses propres erreurs et ses propres infirmités.

Aussi longtemps que chaque individu ne commencera pas par se transformer, le changement des

conditions extérieures n'apportera aucun soulagement.

Que dites-vous ? Il n'y a pas moyen de changer l'homme ?

Il est possible que vous ayez raison. Soit, on ne peut le changer.

On ne peut que mettre en valeur ce qui est caché en lui. Mais cela revient à une transformation.

58


Et vous dites encore :

« Il n'est pas possible de changer l'homme, il n'est possible que de modifier les conditions

extérieures. »

A vrai dire, seul l'homme qui s'est transformé peut changer ces conditions.

« Ne vit en homme véritable que celui qui s'intériorise. »

En chaque individu reposent des valeurs, mais il est impossible de les saisir du dehors, de les éveiller

en lui de l'extérieur ; on ne peut le faire qu'en contraignant cet homme à travailler sur lui-même, à

s'enfoncer dans ses propres profondeurs.

Il y a au tréfonds de chaque homme, une force qui est capable de l'entraîner à la renaissance de tout

son être. Il y a au tréfonds de chaque être, le Ciel. En chacun couve une étincelle divine, et quiconque

est en mesure de ranimer cette flamme au dedans de ses semblables, en éprouvera mille joies.

Mais cette étincelle habite non pas la raison, mais le cœur.

« De qui avance d'un pouce vers Dieu, Dieu S'approche d'une coudée. »

La religion exige de l'homme qu'il descende en lui- même.

Qu'est-ce que prier, sous sa forme idéale, sinon se recueillir en son for intérieur ?

Prier n'est pas sortir de soi pour aller à Dieu, mais bien plutôt descendre en soi-même pour l'y

rencontrer.

C'est d'un tel recueillement que l'homme sort fortifié.

Par le fait de sa répétition constante, la prière engendre encore un autre miracle.

Nombreux sont ceux qui ont fait l'expérience d'une phrase souvent répétée et qu'ils n'ont enregistrée

que mécaniquement à la lecture ou à l'audition.

Et soudain voici qu'à telle occasion donnée cette phrase bondit dans leur mémoire pour apparaître dans

une toute nouvelle clarté.

Brusquement, le sens véritable en est saisi, il est « vécu ».

Cette phrase qu'ils n'avaient fait qu'entendre devient subitement une réalité vivante, il y bat du sang

qui vient de leur sang.

La phrase devient « leur », elle est créée à nouveau.

Par là leur est faite la grâce qui les élève jusqu'au niveau de l'action créatrice de Dieu.

On ne s'approprie qu'une vérité vécue.

Certes, on peut lire quelque chose, le comprendre ; mais n'est saisi en son fond, même lu ou compris,

que ce qui a pris vie en nous.

Derrière chacune des paroles que nous prononçons se cache toute une plénitude de pensées, de

sentiments, de valeurs subconscientes, plénitude que la parole ne suffit jamais à exprimer

complètement.

A cet égard, les kabbalistes, qui ont prétendu que chaque parole de la Bible renfermait un sens caché,

ont peut-être eu raison.

59


EVITER LA MELANCOLIE

L'homme morose, abattu, qui se laisse facilement déprimer, cet homme-là, est ce qu'il est par égoïsme.

Il est si délectable de s'apitoyer sur nous-mêmes, de s'abandonner à la "luxure de la lamentation" et

d'entonner un chant plaintif d'auto-commisération sur un ton mineur...

Mais l'étape suivante nous entraîne à livrer notre âme au démon.

Et je suis sûr qu'il est peu de pensées plus méchantes que celle-ci :

« Dieu m'a fait avec un cœur mélancolique. »

Schamaï a dit : « Soyez toujours joyeux. »

Rabbi Ichmael est mort en martyr, au deuxième siècle de l'ère nouvelle.

Pensez-vous que lorsqu'il souffrait la torture il s'est plaint et a dit : « Si j'avais su comment ma vie

devait finir, j'aurais pleuré mes jours au lieu de faire joyeusement mon devoir ? »

Servez le Seigneur avec satisfaction, et la satisfaction laissera sur vous son hâle de résignation,

de contentement, de paix.

FERMETE AU SERVICE DU SEIGNEUR

« Soyez fermes, et que vos cœurs soient forts, vous qui êtes dans l'attente du Seigneur. » (Psaume 31, 25)

« Je glorifierai celui qui me glorifie. » (Samuel, 11, 30)

LA PLACE DE L'HOMME

Moïse Maïmonide - 1190

Les hommes pensent fréquemment que les choses mauvaises sont, dans le monde, plus nombreuses

que les bonnes.

Ils disent que le bien ne se rencontre qu'exceptionnellement, tandis que les mauvaises choses sont

abondantes et durables.

L'origine de cette erreur doit être décelée dans le fait que les hommes jugent l'univers entier selon leur

examen d'une seule personne. S'il lui advient quelque chose de contraire à ce qu'il attend, il en conclut

que l'univers entier est mauvais.

Or, toute l'humanité qui existe actuellement, ne forme qu'une partie de l'univers permanent.

Il est d'une grande utilité que l'homme connaisse la place qu'il occupe.

De nombreux maux, auxquels les personnes sont exposées, sont dus à des défauts existant dans une

personne même.

Nous cherchons à être sauvés de nos propres fautes

Nous souffrons de maux que nous nous infligeons nous-mêmes et nous les attribuons à Dieu qui est

loin d'être la cause. Ainsi que le Roi Salomon l'expliquait : « La sottise de l'homme pervertit ses voies,

et son cœur s'en irrite contre le Seigneur.

60


SACERDOCE

« Ce peuple a été choisi pour être un sacerdoce constitué pour vivre dans le monde et en même temps

séparé du monde. »

L'AMOUR DU PROCHAIN

Aux Juifs pieux qui n'entendent n'avoir aucun rapport avec leurs voisins juifs non-pratiquants,

« l'huile » apporte ce message :

« Soyez humbles, jouez le rôle adoucissant du lubrifiant sans faire de différence entre le fer qui se

rouille et l'or délicatement ciselé.

Répandez-vous partout : Soyez amicaux avec tous vos semblables ; attirez, entraînez vos

coreligionnaires vers une meilleure compréhension de leur foi avec les puissantes cordes de l'amour. »

Mais ceci n'est que la moitié du message.

Certains parmi nous, voyant combien nos frères se sont écartés du judaïsme essayent, croyant bien

faire, de « descendre jusqu'à leur niveau », faisant place au non-compris dans notre foi et dans sa

pratique, « la coupant sur mesure » afin de la rendre d'un abord plus aisé et plus séduisant.

De ce point de vue, nous pouvons tirer une leçon de l'huile qui, elle, est rebelle au mélange.

Notre but devrait être d'attirer les autres juifs vers la Torah, et non d'arranger la Torah de sorte

qu'elle soit conforme à leurs croyances.

Une telle attitude (amicaux envers tous, et cependant fermes dans notre foi et dans sa pratique) nous

permettra d'accomplir adéquatement notre véritable mission sur cette terre, et partant, de mériter

d'accéder à un niveau spirituel plus élevé - exactement comme l'huile qui surnage au-dessus des autres

liquides.

LA PERFECTION ET LE MAL

Le malheur qui se produit, la catastrophe en perspective, constituent autant d'invitations à l'homme de

travailler à perfectionner l'œuvre de la création.

Pourquoi le monde n'a-t-il pas été créé parfait ?

Vraisemblablement parce qu'une création parfaite et entièrement achevée n'aurait réservé aucun rôle à

l'être créé à l'image de Dieu.

Qu'eût-Il dit et qu'eût-Il pu faire dans un univers impeccable ?

L'existence du mal n'est qu'une autre expression du dynamisme de la création.

Est appelé "mal" tout ce qui est imparfait.

Un corps imparfait, malsain, est un corps mauvais ; une terre dépourvue d'eau, une mauvaise terre ; un

sol privé du degré de sécheresse nécessaire, est également un mauvais sol.

Il en va de même de tous les éléments. Au monde créé imparfait, le mal est inhérent.

La mission de celui qui fut créé à l'image divine consiste à collaborer avec le Créateur pour compléter

la Création.

61


Il est dur de voir des hommes souffrir de graves affections, il est défendu de rester, inactif, à les

regarder. Les maladies existent ; à l'homme de les combattre, de les étudier, de leur découvrir des

remèdes et d'en détruire les agents. Nous voyons des affamés ; la pitié qui touche nos cœurs n'est pas

une réponse. S'il y a pénurie, à l'homme de féconder les déserts, d'assécher les marais, de veiller à une

distribution correcte et équitable de la nourriture.

L'existence de l'homme était inconcevable dans un monde parfait, car sa liberté eut été dépourvue

d'objet. Sa place dans un monde qui a besoin d'être corrigé s'explique d'elle-même car il s'agit d'une

mission élevée et digne, pour qui a été créé à l'image de Dieu.

Quand survient le malheur, rappelons-nous que ce qui paraît mauvais ne l'est pas toujours, et s'il l'est

réellement, sachons que c'est nous seuls qui sommes responsables du mal.

Réfléchissons et scrutons nos actes pour savoir s'il s'agit d'une punition ou d'une épreuve, pour nous

élever et nous purifier.

Ayons toujours présent à l'esprit le lien qui unit l'individu et la collectivité, et qui fait participer le

premier, au bonheur ou au malheur de la seconde, par le simple fait qu'il en est en partie intégrante.

Prions et espérons que l'humanité n'exclue pas à nouveau l'Eternel de son sein et ne L'amène pas ainsi

à Se cacher.

Pour le croyant, un fait est certain :

C'est à l'homme qu'il importe essentiellement de déraciner le mal, à l'homme, à l'humanité, à moi

comme à toi, nous devons tous nous acquitter de cette mission, de cette haute mission en pleine

conscience de notre responsabilité.

Œuvrons tous ensemble, et chacun en particulier, pour amener la création à son point d'achèvement.

Nous mériterons ainsi de voir le mal déraciné entièrement, et de vivre dans un monde arrivé à sa

plénitude.

L'INTUITION ET LA SCIENCE

EREN LAOR, « De la simplicité de Dieu »

Il en va des idées tout autrement que des êtres vivants.

Ces derniers sont d'autant plus simples qu'ils sont au bas de l'échelle, d'autant plus compliqués qu'ils

sont évolués.

Au contraire, plus le niveau auquel se situe une idée est bas, plus l'idée est compliquée.

C'est en s'élevant qu'une idée se simplifie.

C'est au prix d'un effort considérable que l'homme acquiert les connaissances les plus élémentaires de

la vie. Les vérités essentielles s'offrent à lui sans peine comme un fruit mûr.

« Tout ce que j'ai voulu et recherché

Echappe à mes mains ;

Mais persiste et dure,

Ce que m'apporte le hasard. »

L'esprit créateur n'a aucune peine à comprendre l'intuition, pour la simple raison que ce qui est création

authentique apparaît toujours intuitivement.

62


L'esprit qui ne crée pas, celui qui approche son sujet par l'extérieur au nom du raisonnement pur, qui

cherche à se l'approprier de cette manière-là, ne peut comprendre le rôle que joue l'intuition ; il sera de

même tenté, la plupart du temps, d'en nier purement l'existence.

Voici la différence qui sépare l'homme qui pense par intuition de celui qui pense « scientifiquement »

L'homme qui pense par intuition saisit d'emblée quel rapport lie la fin d'une démarche de son esprit à

son commencement ; au contraire, l'homme qui pense « scientifiquement » se voit dans la nécessité de

sonder pas à pas tout le chemin à parcourir, depuis le point de départ jusqu'au terme et, là seulement,

il peut prétendre en saisir le résultat.

Le « scientifique » n'acquiert ses connaissances qu'à la sueur de son front.

L'homme d'intuition par contre dispose, sans aucune fatigue, de la somme de ce qu'il a pu vivre,

connaître, ressentir au tréfonds de l'être, avec toute la diversité des caractères individuels, la longue

théorie de ses ancêtres.

COMPREHENSION DE L'HOMME

Comme on demandait au Rav. I. Kook pourquoi il témoignait ouvertement tant d'amitié à des Juifs

non-pratiquants, profanateurs du Chabbat, il répondit :

« Je préfère pêcher par amour gratuit plutôt que par haine gratuite. »

RAPPROCHEMENT ENTRE LES HOMMES

Lorsque Akabya, fils de Mahalel, fut sur son lit de mort, son fils lui demanda :

« Père recommande-moi à tes amis. »

« Non mon fils », répliqua le père, « mais tes actes te rapprocheront des hommes, et ce sont tes actes

qui t'éloigneront d'eux. »

Malheur à ceux qui appellent le mal « bien »et le bien « mal »

« Qui font des ténèbres la lumière, et de la lumière des ténèbres ; qui font l'amer « doux » et le doux

« amer ».

(Isaïe 6, - 20-21)

63


AIMER LES HOMMES


« VEAHAVTA LERE’EKHA KAMOKHA »

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Lévitique XIX, 18)

Rabbi Akiba disait au sujet de ce verset : « C'est un principe essentiel de la Torah. »

Hillel en faisait l'une des deux bases du Judaïsme, en déclarant à ce non-Juif qui avait voulu connaître

toute la Loi, debout sur un pied :

« Tout le reste n'est que commentaire, va apprendre. »

Le Christianisme a assis son influence sur le monde occidental, en prenant à son compte exclusif, ce

sublime commandement, comme si l'éthique juive ordonnait le contraire.

Aujourd'hui encore, cette phrase, dans la bouche de chaque être civilisé, sert à caractériser une doctrine

de bonté et de charité ; si bien qu'on ne s'aperçoit même plus, à force de répéter ce verset, de ce qu'il a

d'insolite.

D'abord, l'on voudrait apporter des précisions à la définition « d'aimer » et à celle de « prochain ».

Puis, ce « comme toi-même » rattaché en queue ne correspond pas à une idée très claire.

Cette dernière difficulté a suscité de nombreuses explications.

L'une d'entre elles fait de ce mot une proposition indépendante elliptique :

« Tu aimeras ton prochain : Il est comme toi-même. »

Voilà une notion féconde. Dans notre conduite vis-à-vis de nos semblables, nous ne devons jamais

oublier qu'ils sont comme nous-mêmes. C'est-à-dire comme nous, ils ont des défauts et des qualités.

Et que si ces défauts et ces qualités sont différents des nôtres, ce n'est pas à nous de décider que tels

ou tels défauts sont inexcusables, telles ou telles qualités indispensables.

Tout au plus pour notre propre correction, avons-nous la possibilité de juger que nos propres défauts

sont inexcusables, et indispensables les qualités dont nous manquons.

Mais exclure de notre "affection" un individu, sous prétexte que nous ne pouvons pas lui pardonner

ses tares, ou que nous exigeons de lui certains mérites bien désignés, c'est inadmissible. Entre les bons

et les mauvais côtés de chacun, il existe une balance. Mais ce n'est pas à nous de dire dans quel sens

elle penche.

C'est du reste le sens de la fin du verset :

« Moi l'Eternel » sorte de signature irrécusable dont le Tout-Puissant légalise les arrêts dont IL se

réserve à Lui-seul le contrôle.

Chaque être humain auquel nous connaissons même une seule qualité a droit à l'application de la "Loi

d'affection" ; car peut-être, ce seul mérite l'emporte-t-il aux yeux de Dieu, sur tout ce que nous avons

à lui reprocher.

En quoi "l'affection" doit-elle consister ?

D'abord dans un effort de compréhension grâce auquel nous ne condamnerons personne avant d'avoir

été dans la même situation "que lui".

64


Ensuite, dans une large indulgence pour tout ce qui n'est pas grave.

« Ne t'érige pas en accusateur public. »

Troisièmement, dans des remarques bienveillantes qu'on ne peut se permettre que lorsqu'elles sont

sûrement efficaces.

« Ne cesse pas de réprimander ton semblable, mais ne te rends pas responsable à son égard d'une

faute. »

« Mieux vaut qu'ils agissent par ignorance que par désobéissance consciente. »

Puis dans l'attitude toujours calme et digne de celui qui, aux moments de désaccord, sait aussi bien

retenir sa colère que se contraindre aux témoignages extérieurs de la politesse.

En effet, il y a des limites, non pas à l'affection, qui doit toujours subsister pareille à elle-même,

brûlante dans notre cœur, même sous les insultes ou dans le feu d'un procès, mais il y a des limites à

L'INACTION en face des défauts des autres. Lorsqu'on pense que les entreprises d'un homme, ou les

idées qu'il répand, sont extrêmement néfastes à un autre homme ou à la société, nous avons le devoir

de l'empêcher d'agir, mais par des moyens loyaux et légaux.

En tout cas, dans une réunion de personnes animées d'un même idéal, et qui ne diffèrent entre eux que

sur des moyens à employer pour l'atteindre, aucune exception n'existe à la « Loi d'affection ».

Et il est exécrable de voir combien de gens, osent trahir la pureté de leurs propres intentions en

condamnant sans réfléchir ceux qui, sur des points de détail, se conduisent autrement qu'eux.

En refusant de s'asseoir à la même table que "leurs adversaires", de leur serrer la main, de leur parler,

ils commettent eux-mêmes le plus grave péché ; ils déclarent une juste guerre.

Qu'ils sachent donc quelle responsabilité leur incombe, qu'ils pensent à leurs propres travers, non à

ceux des autres ; qu'ils se rappellent qu'il vaut mieux toujours blanchir un coupable, en cas de doute,

que charger un innocent, car Dieu est Maître de la vraie Justice.

LE VERBE

« Tantôt mes paroles entrent en mon auditeur comme un lourd silence, reposent en lui et n'agissent

que plus tard comme certains médicaments ;

Tantôt mes paroles commencent par n'avoir aucun effet sur lui mais, lorsqu'il les rapporte à un tiers,

alors elles réagissent sur lui-même, entrent profondément en son cœur et œuvrent de façon parfaite.

Lorsque je commence à parler à quelqu'un c'est de lui que je veux entendre le mot suprême. »

(Rabbi Nahman de Bratslav)

Dialogue dans la nuit

DIEU ET L'HOMME

Aron Zeih

L'étoile dit au cyprès :

« Qu'as-tu donc fils de la nuit ? Si tu veux quelque chose demande. »

Le cyprès répondit :

« Répands sur ma tête l'huile de ta lumière ;

Tout le jour j'ai attendu

Le moment de régner est venu ;

Que ta clarté m'inonde

Alors je régnerai, moi, le cyprès

Sur toute l'étendue de la nuit

Entre Dieu et l'homme. »

65


LA PERFIDIE ET LA BENEDICTION DE BALAAM

Que faut-il entendre par le verset :

« Les blessures faites par un ami prouvent sa fidélité,

Mais qui nous hait multiplie les embrassades. »

(Proverbes XXVII, 6-14)

Que la malédiction d'Alya de Chilo contre Israël valait mieux que la bénédiction du perfide Balaam.

Alya maudit Israël en le comparant au roseau, ainsi qu'il est écrit :

"L'Eternel frappera Israël et il en sera de lui comme du roseau qui est agité dans les eaux. "

(Rois, XIV- 15)

Entendez :

« Ce roseau qui grandit dans l'eau, dont la tige change d'écorce et qui pousse de nombreuses racines,

tous les vents du monde ont beau souffler sur lui, ils n'arrivent qu’à le plier sans l'arracher de sa place,

en sorte que lorsqu'ils s'apaisent, le roseau n'a pas bougé. »

Le perfide Balaam, par contre, en bénissant Israël et en le comparant au cèdre (XXIV 6), laissait à

entendre que, bien que tous les vents du monde fussent incapables de l'ébranler, il suffisait que vienne

le vent du sud pour le déraciner et le jeter à terre.

(Talmud Tamit, 20 A)

En dépit de ces réserves, l'élévation et la sincérité d'accent des paroles de Balaam ont valu, à certaines

d'entre elles, de figurer au début de notre rituel de prières.

-

« MA - TOVOU OHALEKHA YA’ACOV MICHKENOTEKHA I SRAËL"

« Quelles sont belles tes tentes ô Jacob, tes demeures ô Israël. »

(Les Nombres, XXIV- 5)

DENOMINATION DE L'HOMME

La Bible connaît trois expressions différentes pour désigner l'homme :

– – « ADAM - GUEVER - ICH »

Le mot ADAM de Adama (terre) évoque l'origine matérielle de l'homme ;

Le mot ICH, c'est l'homme dans sa perfection, une personnalité ;

La mutation d'ADAM en ICH requiert une lutte permanente, c'est pourquoi l'homme est appelé

GUEVER, de Guibor (fort).

"Mais qui est fort ? Celui qui dompte ses penchants naturels. " (Avoth IV)

66


FAIBLESSE HUMAINE par Baruch Spinoza - 1674

« Un homme qui désire aider les autres, par ses conseils ou par son action, s'abstiendra de

s'appesantir sur les fautes des hommes et ne parlera que sobrement des faiblesses humaines.

Mais il parlera abondamment des vertus et du pouvoir de l'homme, ainsi que des moyens qu'il a de se

perfectionner, de sorte que les hommes puissent se répondre joyeusement, pour autant qu'il dépende

d'eux, de vivre selon les commandements de la raison. »

L'EGOÏSME

Hillel a dit : ...

« Si je ne suis pas pour moi-même, qui le sera ?

Et si je ne suis que pour moi-même, que suis-je ?

Et si ce n'est pas maintenant, quand ? »

(Pirkei Avoth I, 14)

Commentaire :

Ne dites surtout pas « Moi », moi je ne trébucherai jamais...

Le grand Prêtre a servi dans la grande prêtrise pendant 80 ans, mais ensuite, il a mal tourné.

(Talmud Berakhot, 29 a)

Je ne suis pas digne d'être un homme si j'agis en égoïste.

67


CROYANCE EN L'HOMME

Saül Tchernikhowsky

Poète de langue hébraïque né en Ukraine en 1875

Ris, si tu peux rire des rêves ;

Je crois en l'homme, je crois en toi

Mon âme a faim de liberté

Au veau d'or je ne l'ai point vendue ;

Je crois en l'homme, et en la force de son esprit

Il brisera toute chance, montera toute hauteur,

Au pauvre, il donne le pain, et à l'âme l'espace.

Ris si tu peux rire ; en l'amitié je crois

Je crois que je trouverai un cœur

Dont l'espoir soit aussi mon espoir

Qui sente avec mon cœur la joie et la douleur.

Et en l'avenir aussi je crois ;

Je crois au jour, si lointain qu'il soit

Et si longtemps qu'il tarde

Au jour porteur de paix, où pour toute nation

Toute nation sera bénédiction.

Alors un chant nouveau montera aux lèvres du poète

Et sur ma tombe, on cueillera des fleurs.

CONDUITE MORALE DE L'INDIVIDU

« Je prends à témoin les cieux et la terre et j'affirme que l'esprit saint peut habiter n'importe quel

humain "Juif" ou « Non-Juif », homme ou femme, esclave ou servante ; cela dépend uniquement de la

conduite morale de l'individu. »

(Talmud Yalkout sur Juges, 4)

68


CHAPITRE VI

*

LA FEMME

69


DEVOIRS DE L’HOMME ENVERS SA FEMME

« Prends garde de n'être pas en cause qu'une femme pleure, car Dieu compte ses larmes.

Israël fut libéré d'Egypte en considération des vertus de ses femmes. »

« Quiconque épouse une femme vertueuse, c'est comme s'il avait accompli tous les préceptes de la

Loi. »

(Talmud)

LA FEMME DANS LE JUDAISME

Le texte des paraboles bien connu et perpétuellement repris (Proverbes XXX, 1), fait l'éloge de la

femme vertueuse ; la femme est comparée aux perles mais c'est un peu trop une perle au service de

son époux.

Un autre texte :

« Elle ouvre sa bouche avec sagesse et la Loi de la charité est sur sa langue. »

Dans cette phrase, la femme n'est plus seulement un être au service de l'homme mais elle est, comme

l'homme, au service de Dieu.

Une phrase en exergue du Talmud (Baba Kamma) :

« L'écriture place les hommes et les femmes sur le même plan en face de toutes les lois de la Torah. »

Pendant des siècles l'homme a dominé la femme pour être en retour sournoisement dupé et mené par

elle. Il semble que le jeu ait assez duré.

Mais il ne faut pas non plus que la femme, pour se venger de ses pères, veuille jouer le jeu inverse et

faire de ses fils des êtres veules qui seront à leur tour dominés et ne pourront jouer leur rôle d'hommes.

La femme, émergeant de son infériorité, ne doit pas tomber dans une autre forme d'infériorité qui est

celle de la revendication égoïste.

L'évolution de la femme doit être un épanouissement.

Cette évolution ne saurait être séparée de l'intention fondamentale du rôle de la femme, de sa valeur,

de son pouvoir, de son génie propre.

Sur le pouvoir de la femme, il y a un texte (Genèse Rabba, 17-7) qui raconte l'histoire du pieux israélite

qui épousa une femme pieuse et vertueuse.

Par suite des circonstances, ils sont amenés à divorcer.

Ils se remarient, la femme épouse un scélérat et le mari, également, une femme de mauvaise vie.

Et, dans la suite des événements, la femme a fait de son scélérat de mari, un homme de Bien.

Mais le mari s'est laissé entraîner par sa femme de mauvaise vie et est devenu lui-même un scélérat.

« Tout dépend de la femme » conclut le texte.

Et dans certaines versions, le commentateur ajoute... «Hélas ».

70


Ceci a peut-être des fondements psychologiques. Il se peut que l'aptitude psychologique de la femme

manie plus facilement les réalités psychologiques de son partenaire. Et par voie de conséquence, manie

plus aisément le partenaire lui-même.

La femme doit se servir de ce pouvoir, qui lui est imparti, en tant qu'éducatrice, en tant que mère, mais

non face à l'homme ; ou, pour mieux dire, elle ne doit pas se servir de ce pouvoir en face de l'homme

pour ses fins à elle, mais seulement pour promouvoir le dialogue pour l'empêcher de s'égarer.

Il faut préciser cependant que tout ce que nous avons dit ne se rapporte pas seulement à la femme ;

époux et épouse doivent le comprendre ensemble et le vivre ensemble.


HANNAH

Quand Haïm entra pour faire la Havdala, Hannah était en train de dire sa prière « Dieu

d’Abraham ... » ; lorsqu’il l’aperçut, une vive émotion lui serra le cœur.

« Non Hannah, dit-il en l’attirant dans ses bras, je ne veux pas que tu sois mon marche–pied… je me

pencherai vers toi, je te lèverai et t’assoirai à côté de moi ; ensemble nous serons assis dans le même

fauteuil, comme maintenant. Il fait si bon d’être ensemble ! Entends-tu Hannah, il faut que tu t’assoies

avec moi dans le même fauteuil. Le Seigneur sera bien forcé de l’accorder. »

(J.J. Pertetz Bonichi – « Le silencieux »)

L'UNITE DU COUPLE SOUS L'EGIDE DE DIEU

Le Nom de Dieu, unissant le couple, devait lui insuffler un amour d'une essence supérieure, susceptible

de le protéger en toute circonstance.

Leur union, exempte de toute passion destructive, devait être un acte d'amour pur dans l'amour de

l'idéal suprême, une ferveur qui rejoint celle de l'au-delà (voir Nahmanide sur Genèse. 1,9).

Ceci aurait permis d'échapper aux sentiments de la finitude humaine et épargné les conflits de toute

nature.

Désirant s'affranchir de la tutelle spirituelle divine, le premier couple humain s'asservit à la matière.

La volupté prend la place du sentiment originel. Dès lors, tout en tendant l'un vers l'autre, l'homme et

la femme n'arrivent pas facilement à s'accorder.

L'amour sublime qui rejoint l'amour du créateur, est celui du premier couple monothéiste appelé à

réparer la faute d'Adam et d'Eve.

L'élan pur, irrésistible, fait d'Abraham et de Sarah, le symbole de l'amour soumis à la volonté divine.

Confiants et sûrs de leurs sentiments, ils servent l'idéal commun dans la sérénité et la paix intérieure.

Ils font preuve tous les deux d'une franchise illimitée dans leurs relations, d'une confiance réciproque

qui ne peut être déçue.

C'est dans cette perspective que le Prophète nous rappelle qu'un unique passé propose un unique avenir

et projettera devant nous l'exemple de nos ancêtres :

« Portez les yeux sur le rocher d'où vous fûtes taillés, sur les puits de carrière d'où vous fûtes extraits.

Considérez Abraham votre père, Sarah qui vous a enfantés, lui seul, Je l'ai béni et multiplié. »

(Isaïe II, 1-2)

Abraham attache une importance capitale au choix de l'épouse dont dépend non seulement le bonheur

du foyer, mais aussi l'avenir de l'idéal.

La bénédiction divine se répandra sur les tentes d'Abraham et d'Isaac, grâce à Sarah et Rébecca.

71


Tel est aussi l'avis du commentateur des Proverbes Haméiri : « La femme vertueuse » dépasse, selon

lui, par son dévouement et sa générosité l'homme et contribue au maintien de la paix et de la prospérité.

La tendresse émouvante d'Ezéchiel nous impressionne profondément : son épouse est désignée comme

« délices de ses yeux. »

(Ezéchiel XXIV, 16)

Si l'image de l'épouse vertueuse des Proverbes de Salomon retrace surtout le sentiment de respect,

l'image symbolique de l'épouse du Cantique des Cantiques relève de l'amour ferveur, l'une complétant

l'autre.

La Sulamite, en tant que symbole de l'assemblée d'Israël, serait inconcevable si la notion d'un amour

total était bannie du judaïsme.

Le Rav Kook ne sous-estime pas l'importance du Cantique en tant que double témoignage de l'amour

conjugal et du pur amour spirituel.

« Pour juger, dit-il, de la valeur morale du Cantique, il faut savoir s'élever à des hauteurs spirituelles

difficiles à atteindre. L'amour pur qui supprime les frontières matérielles entre le fini et l'infini, n'est

certes pas à la portée de tout le monde. »

Le Rav Kook fait le point des sentiments : spirituel, national et personnel du grand Maître.

La profondeur de l'amour conjugal n'enlève rien à sa grandeur spirituelle, elle permet au contraire de

mieux saisir certaines nuances du sentiment intégral.

Celui qui sait aimer, ne frustre personne, se donne avec transport à son idéal.

Les Prophètes se servent tous de l'image allégorique du mariage pour présenter l'Alliance en Dieu avec

Israël.

Osée traduit l'amour divin pour son peuple, par des paroles d'ineffable tendresse qui révèlent le

véritable sens de l'amour conjugal :

« Alors, je t'épouserai pour l'éternité ; Tu seras mon épouse par la droiture et la justice, par la

tendresse et la bienveillance, mon épouse en toute loyauté ; et alors tu connaîtras L'Eternel. »

(Osée II, 21-22)

C'est grâce à la connaissance de l'amour divin que l'amour humain atteindra sa plénitude.

L'épouse, fidèle aux valeurs supérieures, ne ravit pas l'âme à celui qu'elle aime, mais la rend plus

substantielle.

« La fidélité à la femme choisie et sanctifiée, permettra de réaliser la destinée humaine. »

(Malachie II, 13-16)

Le jour où l'amour conjugal épuré, redeviendra tel que Dieu l'avait conçu, s'ouvrira l'avènement

messianique.

Engendrés dans la pureté d'un amour authentique, qui rejoint celui du Créateur, les hommes seront

libérés de tous conflits et de tout esprit de révolte. Une entente parfaite unira les générations qui

s'affrontent, afin que se réalise le dernier message du dernier Prophète...

« Or, je vous enverrai Elie, le Prophète, avant qu'arrive le jour de L'Eternel, jour grand et redoutable.

Lui, ramènera le cœur des parents à leurs enfants, et le cœur des enfants à leurs parents. »

(Malachie III, 23-24)

L'UNION DE DEUX ÊTRES

« Qui a trouvé une femme a trouvé le bonheur et obtenu une faveur de l'Eternel. » (Proverbes XVIII, 22)

Il convient d'ajouter l'affirmation de L’Ecclésiaste :

« Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, tous les jours de l'existence éphémère qu'on t'accorde

sous le soleil... Car c'est là ta part dans la vie. »

72


LOI SUR L'HERITAGE LEGAL DE LA FEMME

L'affaire de l'héritage de Tsélofhad, mort sans héritier masculin, est pour une deuxième fois traduite

devant Moïse.

Cette fois-ci, ce seront les représentants de la famille qui plaideront la cause de leur tribu afin d'éviter

une dévolution de propriété d'une tribu à l'autre que pourrait occasionner le mariage des héritiers.

Moïse prend en considération cet argument, et, pour sauvegarder le principe de l'inaliénable de la

possession tribale, il restreint la liberté du choix matrimonial à la tribu de Manassé.

L'incident en question nous renseigne mieux que n'importe quelle dissertation sur la position légale de

la femme.

Il en ressort qu'elle n'était pas lésée en matière d'héritage et qu'elle jouissait d'une liberté totale dans le

choix matrimonial.

Le Législateur ne se contente pas, en l’occurrence, de statuer sur un cas particulier, mais généralement

la règle est établie à cette occasion, pour l'avenir, sur l'ordre de succession tel qu'il doit être observé.

Nos Sages estiment que les filles de Tsélofhad avaient réalisé, mieux que Moïse, le sens du

dénombrement où elles figuraient parmi les descendants de la tribu de Manassé ; leur œil vit donc ce

que l'œil de Moïse n'avait pas vu.

Ce chapitre sur Rachi aurait dû être écrit au nom de Moïse mais tel était le mérite des filles de

Tsélophad qu'il fut écrit en leur nom : « Les filles de Tsélophad ont raison. »

Leur demande est justifiée.

Heureux l'homme dont les paroles rencontrent l’acquiescement de L'Eternel.

Abravanel considère qu'en disant que « Les filles de Tsélophad ont raison », Dieu fait comprendre à

Moïse qu'il était superflu de plaider leur cause, car leur droit d'hérédité avait déjà été prévu.

Il fait également souligner leur courage civique.

Elles réclament des droits d'héritage pour la femme à qui les autres peuples refusaient de telles

prérogatives.

LE DIVORCE (par Maïmonide Yad Hazaka Ichout 1,1)

Le Talmud ne considère le divorce que comme une tolérance de la part de la Loi de Moïse, qui a voulu

ménager, en certains cas, cette ressource à la faiblesse humaine ; cela ressort des difficultés et des

formalités infinies dont il a entouré l'acte de divorce, ainsi que cette parole de réprobation de Rabbi

El’azar. (Talmud Sanhédrin, 22 a)

« L'autel verse des larmes dit-il, sur la conduite de celui qui répudie sa première femme. »

(Talmud Yebamoth, 62 b)

73


L’AMOUR ET LE RESPECT

C’est en accord avec les plans divins que doit se faire le choix de l’épouse.

L’amour et le respect seuls doivent en décider.

S’il n’y a pas amour conjugal authentique, le caractère de la descendance s’en ressentira :

« Quiconque épouse une femme pour sa fortune aura des enfants qui lui feront honte. » (Sotah, 70 a)

« Quiconque aime sa femme comme lui-même, l’honore plus que lui-même, dirige ses enfants dans le

droit chemin, les marie tôt à l’heure qui leur convient.... »

C’est à un tel homme que s’applique le verset :

« Tu sauras alors que ta tente est en paix. » (Job v.24 - Yebamoth, 62 b)

LA FEMME ET LA PRIERE

Selon la Michna (Berakhot 3, 3) les femmes sont tenues de prier.

Le Talmud, cependant (Berakhot 20), se demande :

« La prière n'est-elle pas un commandement qui dépend du temps ? » (Chezemane Grama)

En effet, les prières se récitent à des heures fixes.

Rachi précise : « Lorsque nos sages ont fixé la prière, ils l'ont instituée également pour les femmes. »

Pour Maïmonide la prière trouve sa source dans la Torah, et par conséquent, les femmes sont tenues

de prier.

En pratique, sans avoir à prier à certaines heures comme les hommes, ou à participer aux trois offices

de la journée, la femme doit cependant consacrer chaque jour un moment à la prière.

Les femmes prenaient également une part active au culte dans le Temple.

Un étage leur était réservé (Ezrath Nachim) et, à l'instar des hommes, elles pouvaient apporter un

sacrifice au Temple.

La lecture de la Torah est une obligation pour la femme.

En principe, rien n'interdit à une femme de "monter à la Torah" le Chabbat.

Les rabbins ont cependant souligné qu'il n'était point convenable qu'une femme participe à la lecture

de la Torah, ceci afin d'éviter la dissipation.

Néanmoins, à toutes les époques, des femmes ont pris part au service du culte.

Dès la sortie d'Egypte, nous constatons qu'une femme, Myriam, à la tête d'un groupe de femmes,

adresse des louanges à Dieu.

« Myriam la prophétesse, sœur d'Aaron, prit en main un tambourin et toutes les femmes la suivirent

avec des tambourins et des instruments de danse. »

Et Myriam leur fit répéter : « Chantez l'Eternel, IL est Souverainement Grand. »

« En tout », dit le Talmud (Meguila 14) il y eut six prophétesses : Sarah, Myriam, Déborah, Hannah,

Avigail et Esther. »

Le livre des Juges nous fournit l'exemple de Déborah qui a occupé la position la plus élevée dans la

hiérarchie sociale de son temps.

74


Elle était Juge et Chef militaire. C'est elle qui a organisé l'attaque contre Sisséra.

Elle avait toutes les qualités requises pour être un grand dirigeant.

Le rôle de Déborah semble être particulièrement important. C'est elle qui contribue, dans une très

large mesure, à l'unification des tribus et au développement de la conscience nationale.

Elle combat l'anarchie et l'insoumission, exalte le dévouement et le courage.

Des reproches, adressés aux tribus indifférentes, émane une sagesse supérieure, une ironie fine et

subtile qui dissimule l'amertume qui s'en dégage : « Parmi les familles de Ruben, grands sont les

soucis de la pensée. »

Ce qui veut dire que, pour avoir le concours de cette tribu, il aurait fallu lui fournir les preuves tangibles

d'une victoire éclatante, car, en proie à de graves préoccupations sur l'issue de la lutte, Ruben n'ose

pas y prendre part.

Après l'éloge des tribus courageuses vient le blâme pour celles qui préféreraient la paix provisoire et

incertaine à la sécurité nationale.

Epouse du Chef de l’armée, elle le fait mander plutôt en sa qualité de Prophétesse que de Juge, car

comme Juge, son autorité sur Balak n'eût sans doute pas été « suffisante ».

Elle lui dit :

« L'Eternel, Dieu d'ISRAËL, a donc ordonné que tu ailles déployer une armée sur le mont Thabor. »

Le chant de Déborah a été admis dans le rituel.

Des femmes prenaient part à la guerre : C'est une femme, Yaël, qui tue Sisséra.

Quand éclata le grand conflit entre David et son fils Absalon, Yoab s'adressa à une femme pour

rétablir la paix entre eux. (Samuel II, XIV)

On peut également citer Hannah, la mère de Samuel et Esther, la nièce de Mardochée, qui institua

le jeûne.

LE CANTIQUE DES CANTIQUES « CHIR HACHIRIM »

Si l'image de l'épouse vertueuse des Proverbes de Salomon retrace surtout le sentiment de respect,

l'image symbolique de l'épouse du Cantique des Cantiques relève de l'amour-ferveur, l'un complétant

l'autre.

La Sulamite en tant que symbole de l'assemblée d'ISRAËL serait inconcevable si la notion d'amour

totale était bannie du Judaïsme.

Le Cantique des Cantiques est dépourvu de tout comportement luxurieux. Il est la plus haute

expression d'un amour intègre où l'impétuosité et la fidélité se complètent et s'harmonisent.

L'épouse du Cantique des Cantiques ne connaît pas la révolte de la chair contre l'esprit, ni celle de

l'esprit contre la chair.

Elle aime et se sent aimée ; sûre de la fidélité réciproque, elle ne redoute pas la fragilité et l'inconstance

des sentiments humains.

« Je me sens forte comme un mur qui défendra une ville. »

75


Les prophètes se servent tous de l'image allégorique du mariage pour présenter l'alliance en Dieu avec

ISRAËL.

Osée traduit l'amour divin pour son peuple par des paroles d'ineffable tendresse qui révèlent le véritable

sens de l'amour conjugal :

« Alors, je t'épouserai pour l'éternité ; tu seras mon épouse par la droiture et la justice, par la tendresse

et la bienveillance ; mon épouse en toute loyauté, et alors tu connaîtras l'Eternel. »

(Osée11, 21-22)


SARAH

Sarah est la première femme dont parle l'Ecriture (l'incident d'Eve ne rentrant pas dans la même

catégorie de considérations).

C'est qu'elle est la compagne fidèle du père du monothéisme, celle qui le guide et le soutient dans sa

dure lutte supérieure.

Elle n'hésite pas à sacrifier sa vie privée afin de faciliter la propagation de la suprême vérité et de

procurer à Abraham un héritier digne de lui et de sa mission.

Ce n’est pas l’échec personnel qui lui dicte le renvoi d’Agar, c’est plutôt la certitude de s’être trompée

sur la valeur morale de sa servante.

Elle ne pourra pas élever l’enfant d’une mère récalcitrante, avide de pouvoir terrestre, car le fils lui

ressemblera trop...

« Quand elle (Agar) vit qu’elle avait conçu, sa maîtresse devint l’objet de son dédain. »

Sarah dit à Abraham : « Mon injure est la tienne. »

Elle fera cependant encore un ultime effort et tolèrera Agar jusqu’au moment où la menace d’une

influence néfaste deviendra grave :

« Sarah vit le fils d’Agar l’Egyptienne (il n’est pas nommé Ismaël mais fils d’Agar l’Egyptienne, pour

souligner de qui il tenait) se livrer à des railleries. »

Elle dit à Abraham :

« Renvoie cette esclave et son fils, car le fils de cette esclave n’héritera point avec mon fils Isaac. »

En soulignant à deux reprises sa qualité d’esclave, Sarah veut dire que l’enfant suit l’exemple de sa

mère qui possède tous les traits de caractère d’une esclave, et que jamais il ne pourra poursuivre la

voie de son père, afin de participer avec Isaac à l’épanouissement du monothéisme.

Hésitant devant l’exigence de sa femme, et même mortifié par sa décision de chasser le fils, Abraham

révèle à la fois un trait humain, très compréhensible, ainsi qu’une certaine faiblesse.

Le père physique prend le dessus sur le père spirituel.

Il voudrait voir avant tout en Ismaël un successeur de ses idées, mais ne peut, malgré ses défauts,

s’empêcher d’aimer en lui la chair de sa chair.

C’est à cause de cet aveuglement paternel que la prophétie lui sera communiquée alors par Sarah :

« La chose déplut fort à Abraham, à cause de son fils. »

Mais Dieu dit à Abraham :

« Ne sois pas mécontent au sujet de cet enfant et de ton esclave ; pour tout ce que Sarah te dit, obéis

à sa voix car c’est la postérité d’Isaac qui portera ton nom. »

76


Dieu lui fait comprendre qu’il ne s’agit pas là d’un attendrissement paternel mais de l’avenir de

l’humanité : « Car c’est la postérité d’Isaac qui portera ton nom. »

Les autres l’auront vite oublié et il n’en restera pas trace.

Sarah, seule, s’en est aperçue : « Pour tout ce que Sarah te dit, obéis à sa voix. »

En comparant la place que l’Ecriture réserve à Sarah et aux autres femmes, Rabbi Yossé dit que la

mort de Sarah n’est pas racontée dans l’Ecriture de la même façon que la mort des autres femmes.

Pour elle, la Torah indique le nombre d’années vécues, alors qu’elle omet ce point partout ailleurs.

De plus, de tels récits ne forment nulle part de sections séparées de la Torah.

A la question : « Quelle est la raison de l’exception que la Loi fait en faveur de Sarah ? »

Le Zohar répond :

« Sarah était arrivée à ce degré de sainteté qui correspond à la région céleste d’où émanent les jours

et les années qui constituent la vie d’un homme. »

« La vie de Sarah fut... » (Genèse XXIII, I)

Baal-Hatourim fait observer que le mot

« VAYIHYOU » représente la valeur numérique de 37 ;

c’est pour souligner que la seule époque pendant laquelle Sarah ait joui de la vie, est l’espace de temps

entre la naissance d’Isaac et le jour où Abraham voulut l’offrir en holocauste.

Rabbi Siméon dit : « Lorsque Abraham apporta Sarah dans la caverne pour l’y enterrer, Adam et

Eve, qui s’y trouvaient, se levèrent et s’opposèrent à cet ensevelissement, en disant à Abraham : nous

sommes déjà couverts de honte pour avoir transgressé Le Commandement du Saint-béni-soit-Il, et

pour avoir causé tant de mal dans le monde, et vous venez encore augmenter notre honte par le

contraste qu’il y aura entre vos bonnes œuvres et nos crimes. »

Abraham leur répondit : « Je prends l’engagement de réparer devant l’Eternel le mal que vous avez

fait de manière que vous n’ayez plus jamais de honte. » (Zohar Hayetsira)

Abraham a pu renouveler cet engagement même après la mort de Sarah, car il savait, qu’en commun,

ils avaient tous les deux formé un fils capable d’accomplir et de transmettre cet engagement.


RACHEL

La mort de Rachel, ainsi que son enterrement, devaient avoir un sens caché par rapport à l'avenir du

peuple.

Le verset « C'est le monument du tombeau de Rachel, qui subsiste encore aujourd'hui », est interprété

par Rabbi Yehouda : « Jusqu'au jour où la Chekhina se rendra en exil avec ISRAËL. »

(Berakhot Rabba, 82 - Baba Batra, 73)

Le Zohar cite le passage du prophète Jérémie (XXXI, 15-17) :

« Une voix se fit entendre à Ramah... C'est Rachel qui pleure ses enfants, qui ne veut pas se laisser

consoler de ses fils perdus ! Or, dit Le Seigneur, que ta voix cesse de gémir et tes yeux de pleurer, car

il y aura une compensation à tes efforts, dit l'homme, ils reviendront du pays de l'ennemi. »

Oui, il y a de l'espoir pour ton avenir, dit Le Seigneur, « Tes enfants rentreront dans leur pays. »

77


Voici la promesse que L'Eternel a faite à ISRAËL :

Lorsqu'ils reviendront de l'exil, Il s'arrêtera et pleurera sur le tombeau de Rachel, comme elle avait

pleuré pendant toute la durée de l'exil. C'est pourquoi le verset dit :

« Avec de douces larmes, ils reviendront, et de touchantes supplications. » (Jérémie XXXI, 16)

C'est à cette époque que Rachel se réjouira avec ISRAËL et la Chekhina. (Zohar Vaychlah)

« Rachel fut enterrée dans la part de Benjamin (Sifri cité par Rambam) qui devait unir l'Occident à

l'Orient, la rigueur avec la clémence. »

C'est seulement de Rachel que la Bible indique la mort et l'enterrement, mais non pas de Léa, bien

que toutes les quatre mères (c'est à dire Sara, Rebecca, Rachel et Léa) soient l'image du mystère

suprême. (Zohar)

78


CHAPITRE VII

*

LA SAGESSE

79


LA SAGESSE DU ROI SALOMON

S. Z. Kahana – « Légende »

La grande salle qui se trouve sur le Mont Sion, attenante à celle qui contient le tombeau de David, est

composée de deux parties inégales :

La première utilise un tiers de la surface totale et l’autre les deux tiers.

Cette coupure de la salle remonte à l’époque où le Roi Salomon se fit construire une salle d’audience

dans laquelle il recevait les souverains étrangers et leurs ambassadeurs.

Lorsque Salomon voulut construire le Temple ainsi que le Palais Royal, il demande au roi Hiram de

Tyr de lui envoyer un architecte connaissant les différentes branches de la construction mais aussi le

travail de l’or, de l’argent.

Hiram envoya un homme dont la mère était originaire de la tribu de Dan mais dont le père était de

Tyr. Cet architecte fit part au Roi Salomon de ses projets et lui soumit les plans.

Salomon se fit tout expliquer et fit souvent des contre-propositions. Ainsi lorsque l’architecte lui

montra le plan de la salle d’audience, il tira un trait séparant ainsi cette salle en deux.

« Que signifie ce trait ? » demanda le Roi.

« Ce trait, répondit l’architecte, sépare la salle en deux parties. Lorsque le Roi y pénètre d’un côté, le

souverain ou l’ambassadeur qu’il reçoit, entre de l’autre côté. Chaque fois que le Roi fait un pas vers

son hôte, celui-ci avance également d’un pas à sa rencontre. Chaque pas de l’hôte est suivi d’un pas

du Roi et c’est ainsi que les deux personnes se rencontrent au milieu de la salle pour se saluer. »

Alors, le Roi Salomon prit le crayon de la main de l’architecte et traça une ligne sur le plan de façon

à partager la salle en deux parties inégales : un tiers de la surface d’un côté, deux tiers de l’autre.

Devant l’étonnement de l’architecte, le Roi déclara :

« Lorsqu’un souverain ou un ambassadeur d’un autre peuple fait un pas vers moi, j’avance de mon

côté de deux pas à sa rencontre pour lui montrer mon affection et pour imiter un tant soit peu l’Eternel

dans Son comportement vis-à-vis de l’homme. »

Dieu a dit en effet :

« Si l’homme ouvre pour moi une ouverture aussi petite que le chas d’une aiguille, Je suis prêt de mon

côté à lui ouvrir le monde entier. »

Et c’est ainsi que fut construite la salle d’audience du Roi Salomon qui devint de la sorte le symbole

de l’hospitalité et de la magnanimité de ce sage souverain, renommé par sa politique étrangère pleine

d’affection pour tous les peuples.

Une telle manière de se conduire lui apporta, ainsi qu’à son Etat, l’amitié de beaucoup de nations ainsi

qu’il est dit :

« Tous les rois de la terre vinrent rendre visite à Salomon ; à son époque régna la paix dans le pays

et chacun en Israël vécut en toute quiétude sous sa vigne et sous son figuier.

80


LE ROI SALOMON

Salomon s'éveilla et vit que c'était un songe.

De retour à Jérusalem, il se présenta devant l'Arche d'alliance du Seigneur, offrit des holocaustes et

donna un festin à tous ses serviteurs.

En ces temps-là, deux femmes de mauvaise vie vinrent se présenter devant le Roi.

Et l'une de ces femmes dit :

« Ecoute-moi Seigneur ! Moi et cette femme, nous habitons la même maison ; j'y ai donné naissance à

un enfant, étant avec elle. Trois jours après ma délivrance, cette femme a également accouché ; or,

nous vivons ensemble, nul étranger n'habite avec nous la maison, nous deux seules y demeurons.

Pendant la nuit, l'enfant de cette femme est mort, parce qu'elle s'était couchée sur lui. Mais elle s'est

levée au milieu de la nuit, a enlevé mon fils d'auprès de moi, tandis que la servante était endormir ;

l'a couché sur son sein, et son fils qui était mort, elle l'a déposé entre mes bras.

Comme je me disposais, le matin, à allaiter mon enfant, voici, il était mort ! Je l’examinais

attentivement quand il fit grand jour, et ce n'était pas là le fils que j'avais enfanté. »

« Non pas ! « dit l'autre femme, « mon fils est vivant, et c'est le tien qui est mort ! »

« Point du tout, reprit la première, c'est le tien qui est mort ! Celui qui vit est le mien ! »

C'est ainsi qu'elles discutaient devant le Roi.

Le Roi dit alors : »L'une dit : cet enfant qui vit est le mien. L'autre : non, c'est le tien qui est mort, celui

qui vit est le mien ! »

Le Roi ajouta : « Apportez-moi un glaive » ; et l'on présenta un glaive au Roi.

Et le Roi dit : « Coupez en deux parts l'enfant vivant, et donnez-en une moitié à l'une de ces femmes,

une moitié à l'autre. »

La mère de l'enfant vivant, dont les entrailles étaient émues de pitié pour son fils, s'écria, parlant au

Roi :

« De grâce, Seigneur ! Qu'on lui donne l'enfant vivant, qu'on ne le fasse pas mourir ! »

Mais l'autre disait : « Ni toi, ni moi ne l'aurons : coupez ! »

Le Roi reprit alors la parole et dit :

« Donnez-lui l'enfant vivant et gardez-vous de le faire mourir : celle-ci est sa mère. »

Tout ISRAËL eut connaissance du jugement que le Roi avait rendu, et ils furent saisis de respect pour

le Roi; car ils comprirent qu'une sagesse divine l'inspirait dans l'exercice de la justice.

Le Roi Salomon régna donc sur tout ISRAËL.

(Rois III, 15 – IV, 1)

81


SAGESSE DE RABBI YEHOUDA « AU NOM DE RAV »

Celui qui dispose d’argent et le prête sans témoin, pêche contre le précepte suivant :

« Et devant l’aveugle tu ne mettras pas d’obstacle. » (Lévitique XIX, 14)

Resh Lakich ajoute :

« Il s’attire même la malédiction » (quand le débiteur niera), ainsi qu’il est dit dans le Psaume 19 :

« Qu’elles deviennent muettes, les lèvres menteuses qui parlent contre le juste arrogamment avec

orgueil et mépris. »

« Trois sortes d’individus crieront vers Dieu sans être écoutés :

- Celui qui prête de l’argent et le prête sans témoin

- Celui qui, de son vivant, donne ses biens à ses enfants

- Et celui qui se laisse dominer par sa femme. » (Baba Metsia, 75 B)

« Considérez tous les hommes comme des bandits et soyez méfiants envers eux ; mais ne les honorez

cependant pas moins que si vous aviez affaire à Rabban Gamliel en personne. »

« L’homme doit chercher à se procurer un bon ami. » (Avoth 2, 13)

« Pour acquérir la sagesse, l’homme doit consacrer beaucoup de temps à l’étude et peu au

commerce. » (Talmud Nida 69)

Un jour que je me promenais, je pris un raccourci à travers champs ;

Une fillette m’interpella :

« Rabbi, c’est un champ ! Vous ne devez pas passer par là ! »

« Mais je vois un sentier qui le traverse. »

« C’est vrai », répliqua-t-elle, c’est maintenant devenu un sentier ; mais ce sont des bandits comme

vous qui l’ont tracé. »

Ce fut là une leçon dont je me suis toujours souvenu.

« La journée est courte, le travail immense, les ouvriers sont paresseux, le salaire est considérable et

le patron presse. » (Avoth 2, 20)

« Prends l’habitude d’achever toute bonne chose que tu as entreprise, que ton "oui " soit oui et ton

"non " soit non. »

82


LE BIEN

« Si tu as fait à ton prochain peu de mal, que ce soit beaucoup à tes yeux ;

Et si tu lui as fait beaucoup de bien, que ce soit à tes yeux peu de chose.

Au contraire, si ton prochain t'a rendu un petit service,

Considère ce service comme très important ;

Et s'il t'a fait beaucoup de mal, dis en toi-même que c'est peu de chose. »

(Avoth, Rabbi Nathan)

LE PERSÉCUTÉ

« Sois celui qu'on maudit et non celui qui maudit,

Sois d'entre les persécutés et non d'entre les persécuteurs. »

(Avoth)

« Vois les écritures : il n'est point d'oiseau plus persécuté que la colombe ;

C'est pourtant elle que Dieu a choisie pour être offerte sur son autel.

Le taureau est attaqué par le lion, le mouton par le loup et la chèvre par le tigre.

Et Dieu dit :

Apportez-Moi en sacrifice, non de ceux qui persécutent, mais de ceux qui sont persécutés. »

« Les écritures ordonnent que l'esclave hébreu qui aime sa servitude aura l'oreille percée. »

« Pourquoi ? Parce que c'est l'oreille qui entendit proclamer au Sinaï : Ils sont mes serviteurs, ils ne

seront pas vendus en esclavage.

Et si cet homme rejette volontairement sa précieuse liberté : Percez cette oreille. »

(Dictons du Talmud)

LA VOIE JUSTE

Rabbi Yehouda le Prince a dit :

« Quelle est la voie juste qu'un homme doit choisir pour lui-même ?

Celle qu'il sent être en soi honorable pour celui qui la suit, laquelle lui vaut aussi le respect de ses

semblables.

Réfléchis à trois choses et tu ne succomberas pas à la puissance du péché :

Connais ce qui est au-dessus de toi, un œil qui voit, une oreille qui entend, et un livre où tous tes actes

sont inscrits. »

(Avoth)

83


CONSCIENCE

« Il est des peuples comme des individus. Leur existence même dépend de la conscience morale, force

invisible mais INVINCIBLE qui gouverne les nations. »

(Pr. Henri Baruk)

Paroles de Jérémie (IX 23,24) :

« Que le Sage ne se justifie point de sa sagesse ; que le Fort ne se glorifie point de sa force et que le

Riche ne se glorifie point de ses richesses.

Mais que celui qui se glorifie, se glorifie de ce qu'il a de l'intelligence et de ce qu'il Me connaît ;

Car c'est Moi qui Suis le Seigneur qui fait miséricorde, droit et justice sur la terre parce que Je prends

plaisir en ces choses-là », dit le Seigneur.

CERTITUDE

« Une petite certitude vaut mieux qu'un grand peut-être. »

« Plutôt être un serviteur parmi les nobles qu'un chef parmi les vulgaires ; car une partie des honneurs

des premiers rejaillira sur toi, tandis qu'il faudrait partager le mépris où sont tenus tes méprisables

partisans. »

« On abat le cèdre fier, mais on ne touche pas à l'arbrisseau nain. »

« Le feu s'élève et s'éteint, l'eau coule et descend. »

« Si tu dresses la tête au-dessus de celle de ton voisin, ou de ton frère, à cause de la beauté ou des riches

que tu as, tu alimenteras la vie haineuse et le mendiant que tu méprises pourra triompher de toi. »

« Mieux vaut "assez" en liberté, que "trop" à la table d'un autre. »

« Aime tes enfants d'un amour partial. »

« Souvent l'espoir que tu mets en celui qui semble promettre le plus est erroné ;

Et toute la joie peut te venir de celui que tu as tenu à l'arrière-plan. »

TRANSFORMER LA QUERELLE

C'est un signe d'une bonne ascendance que d'être le premier à interrompre une querelle.

« Le plus grand des héros est celui qui transforme un ennemi en ami. »

REPRIMER LA COLERE

« Quiconque réprime sa colère, ses péchés lui seront pardonnés. »

« Quiconque ne persécute pas ceux qui le persécutent, quiconque reçoit une offense en silence,

quiconque fait le bien par amour, quiconque accueille avec sérénité ses souffrances, ceux-là sont les

amis de Dieu. »

84


LE DIALOGUE

« Il y a sept marques auxquelles l'on distingue un ignorant d'un sage :

Le sage ne parle pas devant celui qui l'emporte sur lui en sagesse et n'interrompt pas le discours de

son camarade. Il réfléchit auparavant (Job 32, 11) et ne se hâte pas de répondre, il pose des questions

sur la matière en discussion et répond à la question posée ; au sujet de ce qu'il n'a pas compris, il

dit : "je ne comprends pas " et il reconnaît la vérité. » (Avoth)

L'AMITIE

« Que tes amis soient nombreux mais ne dis ton mystère qu'à un seul entre mille.

L'huile, les parfums réjouissent le cœur, et les conseils d'un ami sont doux pour l'aimé. » (Prov. 27, 9)

HONORER LE PROCHAIN

« Que l'honneur de votre prochain soit aussi cher que le vôtre. » (Avoth 2, 10)

« Il en est quatre qui n'entrèrent pas au paradis :

Le moqueur, le menteur, l'hypocrite et le calomniateur. »

DUREE DE LA SAGESSE

« Celui pour qui la crainte du péché vient avant la sagesse, sa sagesse sera durable ;

Mais celui en qui la sagesse vient avant la crainte du péché, sa sagesse ne durera pas. »

« Ce n'est guère un signe de modestie que de médire de ses forces et de la noblesse de son âme.

Ce n'est point la modestie mais cécité d'esprit.

Bien au contraire, chaque homme doit se dire que son âme est très noble et qu'il peut être un homme p

« Celui dont la sagesse dépasse les œuvres, à quoi ressemble-t-il ?

A un arbre dont les branches sont nombreuses mais dont les racines sont rares et faibles ;

Le vent arrive, l'arrache et le renverse à terre.

Mais celui dont les œuvres dépassent la sagesse, à quoi ressemble-t-il ?

A un arbre dont les branches sont rares, mais dont les racines sont nombreuses et fortes ;

Ainsi quand tous les vents de la terre soufflent contre lui, il n'est pas déraciné. » (Avoth)

85


BERURIA « RESIGNATION »

G. de Porto Riche – « Poème »

(L’amour 1891 – Le Passé 1897 – Le vieil homme 1911)

Le soleil se couchait sur Sion, la montagne

C’était Chabbat, ce jour Beruria, compagne

Du doux Rabbi Méir absent en ce moment,

Devant deux corps glacés pleurant amèrement

Dieu qui d’un coup de vent emporte l’anémone

Et qui brise la branche où la main se cramponne,

Venait de lui ravir ses enfants adorés.

Deux jumeaux de dix ans, deux fronts purs et sacrés

Et sanglotant, criant, riant, mère en démence

Elle ébranlait les murs de sa douleur immense

Baignant de mille pleurs leur cadavre crispé.

Soudain elle se tut, le cœur saisi, frappé

D’une horrible pensée : et le pire !

Lorsqu’il va revenir souriant et prospère,

Aux lugubres sanglots qu’il entendra du seuil

S’il allait deviner que sur son sort en deuil

L’ange noir de la mort vient de ployer son aile

Et que de ses deux enfants dans la nuit éternelle

Se sont endormis, froids et sans lui dire adieu,

Tandis qu’il enseignait la parole de Dieu

Au peuple rassemblé sur la Montagne Sainte.

Alors Beruria, dans une longue étreinte,

Pressant leur tête blonde et leur parlant tout bas

Sur le lit nuptial où jadis dans ses bras,

Ils gazouillaient, petits, leur chanson matinale,

Sur la couche qui vit leur aube virginale,

Déposa les deux fils arrachés à son flanc

Et sur leur front de marbre, étendit un drap blanc

Puis, du cruel retour, priant, attendit l’heure.

Le soir, Rabbi Méir rentra dans sa demeure

La mère, sans pâlir, l’âme prête au combat

Présente à son époux la coupe de la fin du Chabbat

Il embrasse sa femme, un instant la contemple

Et demanda ses fils : « Ils doivent être au Temple »

Répond Beruria – « Non, femme, ils n’y sont pas »

« Es-tu certain Rabbi ? » « J’en reviens » -

« En ce cas répond-elle

Chez quelque pauvre, ils sont sans doute. »

« Dieu bénira leurs jours ; leur âme est aussi belle

Que pudique est ton front » fit Rabbi Méir tout joyeux.

Beruria sur lui n’osant lever les yeux,

86


Prépara le repas sans parler : sa tendresse

Reculait de pitié devant cette allégresse.

Lorsqu’il eût récité les grâces, doucement

L’épouse hasarda ces mots : « En ce moment,

Méir, un noir chagrin m’accable et me torture,

J’ai besoin d’un conseil : toi, forte créature

Toi l’homme de raison, Rabbi, donne-le-moi. »

« Parle » - « Voici, dit-elle étouffant son émoi

Un inconnu, jadis, entre mes mains candides

Remit, dépôt sacré, deux diamants splendides,

Et partit, confiant. Dix ans se sont passés

Et les deux diamants, admirés, caressés,

Ont jeté dans mon cœur leur rayon pur et tendre

Je pensais que jamais je n’aurais à les rendre,

Et les croyais à moi, dans un naïf amour !

Mais, hélas ! L’inconnu, tout à coup de retour,

Réclame ses Joyaux, et j’hésite mon Maître ;

Ces diamants chéris faut-il les lui remettre ? »

« Rends-les ! Rends-les ! » cria le Rabbi stupéfié

On ne doit pas ravir le dépôt confié. »

La courageuse mère lui dit « Regarde »

Découvrant ses fils morts, diamants à sa garde,

« Regarde sur ce lit, mon époux bien-aimé !

J’ai rendu le dépôt que Dieu m’a réclamé. »

87


JUGEMENT DU PROCHAIN

« Soyez circonspects dans vos jugements. » (Avoth 1, 1)

« Ne jugez pas votre prochain trop vite, pour ensuite condamner, ni même le critiquer.

Vous n'avez sûrement pas tous les éléments d'appréciation.

Il ne faut rejeter personne de prime abord ; il faut accorder à tout un chacun un préjugé favorable.

De la même façon que vous ne voulez pas que l'on touche à votre honneur, soyez attentif à ne pas

attenter à celui de votre prochain. "

« Si vous voyez qu'on s'attaque à l'honneur de votre prochain, soyez prêt à prendre sa défense comme

si on s'attaquait à votre propre honneur.

Si, par contre, on honore votre prochain, soyez-en heureux comme si vous étiez honoré vous-même. »

(Avoth)

« Ce que tu n'aimes pas pour toi-même, ne le fais pas à ton semblable.

C'est là toute la Loi ; le reste n'est que commentaire. » (Hillel)

« Celui qui fait rougir son prochain en public, même si par ailleurs il observe la Torah et pratique de

bonnes œuvres, n'a pas part au monde futur. » (Avoth 3, 11)

« Il vaut mieux se laisser brûler dans une fournaise ardente plutôt que de faire rougir publiquement

son prochain », ajoute le Talmud (Berakhot, 43B), car le faire rougir équivaut à verser son sang. »

EVITER LE MEPRIS

« Ne méprise aucun homme et ne chicane aucune chose ; car il n'est pas d'homme qui n'ait pas son

heure ; et il n'est point de chose qui n'ait pas sa place. »

Voyez le cas de Jephté, rejeté par ses concitoyens ; il a mal tourné et pourtant, dans leur détresse ils

se sont adressés à lui et en ont fait leur chef.

Nous ne sommes en rien de ce monde d'aujourd'hui.

Et c'est pourquoi le monde ne peut nous supporter.

Ne prononce jamais de paroles vides ; n'entre en lutte avec personne ; ne fais pas confiance aux

hommes dont les lèvres sont moqueuses.

Ne chicane pas avec les méchants.

Ne te complais pas à une trop bonne opinion de toi-même et prête l'oreille au reproche.

88


LA COMMUNICATION

Chaque homme peut faire l'expérience du désert et de la montagne, du buisson et de la Pisgua

(réception de l’enseignement de la Loi).

C'est l'œuvre !

Mais cette expérience est vaine s'il n'y a pas de Sinaï, c'est à dire si elle n'est pas communiquée aux

autres, car la seule transmission assure sa pérennité.

C'est le message.

L'OPINION DE SOI-MÊME

« N'aie pas une vile opinion de toi-même et ne désespère auprès de la perfection.

Heureux l'homme dont les jours sont passés en revue sans reproches devant le Roi des Rois ;

Aucun d'eux n'étant rejeté à cause du péché qui y aurait été commis. »

(Zohar)

« La modestie de l'esprit est l'auréole du sage ; l'impudence est le symbole du sot. »

(Joseph Kimni 1172)

Comportement juif :

« A mon frère, j'ai le droit et le devoir de faire part de mes griefs parce qu'il est mon frère.

Mais je n'ai pas le droit d'en faire part à autrui, parce qu'alors je fais du mal à tout le peuple. »

(Albert Cohen)

Un temps pour tout :

Dieu fait toutes choses belles en son temps et il est un temps pour tout. »

« La mort et la vie sont au pouvoir de la langue. » (Prov. 18, 21)

« Qu'en chaque instant tes parures soient immaculées. » (Eccl. IX 8)

« La sagesse de l'homme illumine son visage. » (Eccl. 8, 1)

« J'habite au sein de mon peuple. » (Rois II, IV- 3)

89


LA VRAIE SAGESSE

Certainement l'argent a sa veine et l'or un lien d'où l'on extrait pour l'affiner.

Le fer se tire de la poussière et la mine fendue rend de l'airain.

L'homme va jusqu'aux limites des ténèbres et il sonde tout jusqu'à l'extrémité :

La pierre, l'obscurité, et même l'ombre de la mort.

Il creuse un canal loin d'un lieu habité.

Il met sa main aux rochers et il renverse les ruisseaux aux travers des rochers fendus et son œil voit

tout ce qu'il y a de précieux.

Il dompte le cours des rivières et il tire à la lumière ce qui est caché.

Mais la sagesse, où se trouve-t-elle et où est le lieu de l'intelligence ?

Le mortel n'en connaît pas la valeur et on ne la trouve pas dans la terre des vivants.

L'abîme dit, et la mer dit : « Elle n'est pas en moi. »

« Elle ne se donne point pour de l'or fin et elle ne s'achète point au poids de l'argent. »

D'où vient donc la sagesse ? Et où est le lieu de l'intelligence ?

Le gouffre et la mort disent : « Nos oreilles ont entendu parler d'elle. »

Mais c'est Dieu qui en connaît le chemin et qui sait où elle est. Puis Il dit à l'homme :

« Voilà, la crainte du Seigneur, est la sagesse ; et se détourner du mal, c'est l'intelligence. »

EXTRAIT DE L'ECCLESIASTE

Les cycles anciens sont à jamais renouvelés, et ce n'est point un paradoxe que quiconque veut avancer

ne saurait s'accrocher d'assez près au passé :

« Ce qui a été, c'est ce qui sera. »

Si nous réalisons cela, nous pourrons éviter un bon nombre de désillusions, des misères et des insanités

qui accompagnent toujours les affres d'une nouvelle naissance.

Attelez-vous joyeusement à la roue du monde ;

Vous pouvez vous épargner quelques désagréments si, auparavant, vous glissez le livre de l’Ecclésiaste

sous votre bras.

ADOUCIR LE LANGAGE

Samuel Ibn Nagela était un savant rabbinique réputé, un poète et un homme d'état.

Il devint vizir du roi berbère de Grenade en 1027. Près du palais vivait un marchand d'épices musulman

qui aperçut le ministre Juif en compagnie du souverain et se mit à l'accabler de reproches et de

malédictions.

Le roi, indigné par une telle conduite, ordonna à Samuel de punir ce fanatique en lui coupant la langue.

Toutefois, le vizir juif le traita généreusement et fit convertir ses malédictions en bénédictions. Lorsque

le roi vit de nouveau le marchand d'épices, il fut étonné de ce que Samuel n'avait pas exécuté ses

ordres. Le ministre répondit : « Je lui ai arraché sa méchante langue et je l'ai remplacée par une

bonne. »

90


LE VERBE

« Une heureuse réplique est un sujet de joie ; un mot dit à propos est un trésor. »

(Prov. XV, 13)

« Une réponse douce apaise la colère ; une parole aigre ne fait que surexciter. »

(Prov. V, 1)

« Les expressions de querelleur sont comme des coups de marteau pénétrant jusqu'au plus profond du

corps. »

(Prov. V, 8)

« Ceux qui savent faire de justes remontrances en seront récompensés par leur propre satisfaction

comme par la bénédiction divine. »

(Prov. V, 25)

« Du vif argent dont on aurait fait un couvercle pour le foyer, voilà ce que sont des lèvres enflammées

interprètes d'un mauvais cœur. »

(Jérémie V, 32)

LA RECOMPENSE

Un roi avait un beau jardin.

Il fit venir un certain nombre de jardiniers et leur ordonna de prendre soin du jardin royal ;

Leur promettant de les récompenser à la fin de la journée.

Quand vint le soir, le roi fit paraître devant lui les jardiniers et demanda à chacun d'eux de quel arbre

il s'était occupé.

Le premier décrivit l'arbre dont il avait pris soin :

« C'est un poivrier » dit le roi « ta récompense sera d'un souverain or. »

Le second fit comme le premier et le roi lui dit :

« C’est un alisier, ta récompense sera d'un demi - souverain d'or. »

Le troisième s'étant occupé d'un olivier, la récompense se monta à deux cents souverains d'or.

Alors les jardiniers demandèrent au roi :

« Pourquoi votre majesté ne nous-a-t-elle pas dit la récompense que comportait chacun des arbres en

particulier ? Nous aurions pu ainsi choisir et gagner davantage. »

« Si je vous l'avais dit à l'avance, répondit le sage roi, vous vous seriez précipités tous sur les autres

arbres et les buissons. »

De la même façon Dieu ne nous a pas révélé la récompense de chaque Mitzvah, et ce, afin que nous

observions tous les commandements avec le même amour.

91


DE DIEU ET DES HOMMES

Rabbi (Rabbi Yéhouda Hanassi) enseigne :

« Quel est le chemin droit que tout homme doit choisir ? Celui qui procure satisfaction à Dieu mais

aussi aux hommes. (Avoth 2, 1)

Rabbi Hanina Ben Dossa enseigne :

« Si les hommes sont satisfaits de vous, Dieu l'est également ; mais si les hommes ne le sont pas, Dieu

ne l'est pas non plus. » (Avoth 3,13)

Rabbi Chemouel Ben Nahman enseigne :

« Nous trouvons mention dans les trois parties de la Bible (la Torah, les Prophètes et les Hagiographes)

de l'obligation qui est faite à chacun de nous de faire tout notre devoir envers les hommes tout comme

envers Dieu et envers le peuple d'Israël. »

(Nombres 32,22)

Dans les Prophètes, il est dit :

« Dieu est témoin, le peuple d'Israël est témoin que nous avons tenu notre engagement. »

(Josué 22,22)

Dans les hagiographes il est dit :

« Trouvez faveur et satisfaction aux yeux de Dieu et des hommes. »

(T. Chekalim, 3)

92


CHAPITRE VIII

*

LE CULTE

93


LA DOCTRINE

Le Judaïsme, c’est d’abord un système de connaissances et ensuite une méthode de comportement

éthique et d’expression liturgique.

LE LOULAB « POUR LA FETE DE SOUCCOTH »

Selon la Kabbale et selon le Midrach, le cèdre, qui a des fruits et du parfum, symbolise le vrai Juste,

celui qui a étudié et qui pratique la doctrine.

Le palmier, qui a des fruits, mais pas de parfum, représente celui qui étudie et ne pratique pas.

Le myrte, qui a des parfums et n’a pas de fruit, est comparé à qui pratique et n’étudie pas.

Le saule, qui n’a aucun parfum ni fruit, est comparée à celui qui ne pratique pas et n’étudie pas.

Mais les quatre doivent faire partie du bouquet (le loulab) dans la Communauté.

Cèdre et palmier sont comparés à Israël.

Le Psalmiste dit :



« TSADIK KATAMAR YIPHRAH’ KEEREZ BALEBANONE YISGUEH »

« Le Juste fleurira comme le palmier, il s’épanouira comme le cèdre. »

(Psaumes XCII, 12)

Que signifie cette double comparaison ?

La voici :

- De même que le palmier et le cèdre sont lisses, n’offrant ni nœuds ni saillies, de même le Juste est

exempt de tout sentiment mauvais et tortueux.

- De même, encore, que le palmier et le cèdre projettent leur ombre au loin, de même les Justes ne

jouissent du fruit de leurs œuvres que dans un lointain avenir.

- De même, aussi, que le palmier et le cèdre tendent tout droit vers le Ciel, de même le cœur du

Juste s’élève directement vers le Seigneur.

- De même, enfin, que le palmier et le cèdre sont susceptibles d’une certaine sensibilité, de même

les Justes éprouvent une passion, une passion unique, celle de Dieu.

Ces deux comparaisons se complètent l’une l’autre, le palmier et le cèdre ayant chacun leurs qualités

propres.

Le palmier ne renouvelle pas son tronc, ne saurait se reproduire dans sa postérité, voilà pourquoi le

Juste est comparé au cèdre qui possède cette faculté de rénovation.

Le cèdre ne porte pas de fruits, le Juste ne peut réaliser que sa propre perfectibilité et non celle d’autrui.

On le compare donc au palmier, qui donne de beaux fruits.

La tradition généralise la comparaison en l’appliquant à l’ensemble d’Israël de la manière suivante :

94


« De même que le palmier est utile dans ses moindres parties, nous livre ses dattes comme aliment,

ses branches pour le service du culte (pendant la fête de Souccoth), ses ligaments pour en faire des

cordes, de même Israël n’offre rien d’inutile dans sa complexité, se partageant en différentes classes

qui s’adonnent soit à l’étude de l’Ecriture, soit à celle de la Michna ou du Talmud ou enfin de

l’Aggada.

Enfin, de même que l’ascension du palmier, comme du cèdre, est des plus périlleuses, de telle sorte

que la moindre inattention peut se traduire en chute mortelle, de même ceux qui prétendent monter

sur la tête d’Israël, ne le tentent jamais impunément. »

(Berakhot Rabba, Deut. XLI)

(Bamidbar Rabba, Deut. III)

LA PRIERE « TEPHILAH »

Il y a des moments où il faut réciter de longues prières.

A d’autres moments, il faut savoir les raccourcir.

Ce fut le cas au moment où les enfants d’Israël se trouvèrent devant la mer rouge, poursuivis par les

Egyptiens.

(Chemoth Rabba 2, 1)

On demanda une fois à Rabbi Pinhas pourquoi, quand il priait, il restait silencieux et immobile,

paraissant ainsi manquer de la ferveur qui secouait les autres Tsadikim, de la tête aux pieds...

« Mes frères, répondit-il, prier signifie s’élever vers Dieu, c’est-à-dire se libérer de toute substance,

comme si l’âme quittait le corps. Nos sages disent qu’il y a une mort aussi difficile que la traction

d’une corde à travers l’anneau d’un mât et il y a une mort aussi aisée que le retrait d’un cheveu sur

du lait ; et cette mort est appelée : la mort dans le baiser. »

C’est cette mort qui a été accordée à ma prière. »

PROCHE ET LOINTAIN

Un disciple demanda au BAAL-CHEM :

« Comment se fait-il que si on s’élève vers Dieu, et si on sait qu’on s’approche de Lui, il arrive parfois

qu’on ait le sentiment d’un éloignement et d’une rupture ? »

Le BAAL-CHEM expliqua :

« Quand un père veut apprendre à son fils à marcher, il se tient devant lui et tend ses deux bras de

chaque côté de l’enfant pour que celui-ci ne tombe pas, et qu’il aille vers son père entre ses deux bras.

Mais au moment où l’enfant est près du père, le père recule un peu en arrière et lui tend les bras de

plus loin. Et il recommence ainsi jusqu’à ce que l’enfant sache marcher. »

95


LE MERITE DU FIDELE

Rav Josué Ben Lévy dit :

« On doit aller de grand matin à la synagogue afin qu’on ait le bonheur d’être compté parmi les dix

premiers assistants, car en ce cas on a pour soi le mérite de cent personnes venant après. »

« Est-ce à dire qu’on accapare leur mérite ?

Non, on en a autant qu’eux tous réunis. »

(Talmud Jérusalem, traité Berakhot)

Rav Tanhouna Ben Hamina dit :

On doit avoir une place fixe dans la synagogue pour faire la prière, car il n’est pas dit :

Lorsque DAVID fut arrivé au sommet où il se prosterna,

Mais bien : « Où il se prosternait habituellement. »

(Talmud Jérusalem, traité Berakhot)

Rav Josué Ben Lévy dit :

« Jamais je n’ai récité le “Birkat-Hamazone” en présence d’un Cohen (afin de lui laisser l’honneur)

et je n’ai pas non plus permis à un simple Israélite de le dire à ma place (afin de tenir mon rang de

Lévite). »

(Talmud Jérusalem, traité Berakhot)

LE CHABBAT ET LA REVELATION DU SINAÏ

« Tu descendis sur la montagne de SINAÏ pour parler avec ceux du haut des cieux et leur ordonna des

préceptes salutaires et des lois de vérité, des ordonnances et des prescriptions bonnes ; et leur

enseigna Ton Saint CHABBAT et Tu leur prescrivais des Commandements, des Ordonnances et une

Loi par l'entremise de Moïse Ton serviteur. »

(Nehemie IX, 13, 14)

Si ISRAËL observait deux Shabbatot

- « AKH ETH - CHABBETOTAÏ TICHMOROU »

« Mais observez Mes Chabbat. » (Exode XXXI, 13)

C'est à cette parole de l'Ecriture que fait allusion celle de nos docteurs nous déclarant que, si ISRAËL

observait deux Chabbat, il serait aussitôt sauvé.

Sa malheureuse dispersion, la Galouth, se prolonge parce qu'ISRAËL est profondément déraciné.

L'observation parfaite de deux Chabbat aurait pour effet de le rattacher comme il doit être, à sa racine,

et il trouverait le salut.

(Méguilat Setharim sect. Tissa)

(Meir Haïm Luzzato)

96


CHABBAT

Hadrien : « Pourquoi vos mets du Chabbat ont-ils un arôme particulier ? »

Rabbi Yehouda :

« C’est que nous leur ajoutons des aromates pour les assaisonner. Ces aromates sont : le Chabbat. »

« Ne pourrais-je en profiter moi - aussi ? »

« Ils n'ont de l'effet que pour ceux qui observent cette sainte journée de repos. »

(T. Chabbat, 119 a)

LA SIGNIFICATION DU CHABBAT

Le travail sans répit supprime toute possibilité de prendre conscience de ses actes et d’examiner leur

valeur. Il enlève à l’homme, écrasé par les tâches communes, le loisir et le désir de réfléchir.

Pharaon, l’oppresseur, reconnaissait déjà la vérité de ces principes lorsqu’il ordonnait :

« Qu’on aggrave la corvée de ces horaires, qu’ils y peinent en sorte qu’ils ne prêtent plus l’oreille aux

paroles mensongères. »

L’observance du Chabbat est à la fois un devoir envers Dieu, envers soi-même et envers le prochain.

Le Chabbat juif ne peut être comparé à aucun autre jour de repos profane.

Le repos dominical, ou le repos hebdomadaire, eux-mêmes d’ailleurs issus en droite ligne de

l’institution juive du Chabbat et trouvant en elle leur justification sociale et morale, ne visent qu’à

permettre à la machine humaine de refaire ses forces avant la nouvelle tâche.

Pourquoi s’attacher ainsi à libérer de toute activité à la fois le corps et l’esprit ?

Pour les rendre entièrement disponibles afin qu’ils puissent coopérer à l’aspiration joyeuse d’élévation

spirituelle et morale de tout individu.

C’est en cela que l’aspect positif du Chabbat le transforme profondément à la fois en source de richesse

pour l’homme, et en hommage pour le créateur.

Le rappel de cette vérité ne peut que mettre l’accent sur l’importance de la responsabilité des parents

et des élites religieuses en tant qu’éducateurs.

Cette alliance entre Israël et Dieu n’est pas exclusive.

Le Chabbat n’est pas domaine réservé, et c’est à son sujet que nous voyons pour la première fois se

révéler à notre attention l’universalisme du judaïsme.

Dieu promet les mêmes honneurs et les mêmes joies spirituelles à l’Israélite et au prosélyte converti :

« Car Ma maison sera dénommée Maison de prières pour toutes les nations. »

(Isaïe, 6 - 2,7)

97


L’ARME D’ISRAËL

Même quand les portes du Ciel sont fermées à la prière, elles sont ouvertes aux larmes.

La prière est la seule arme d’ISRAËL, une arme qu’il a héritée de ses pères, une arme éprouvée aux

mille batailles.


LEKHA DODI « ALLONS MON BIEN-AIME »

Hymne récité la veille du Chabbat

Vers la fin du XVIème siècle, sous l’impulsion de l’école de Safed, qu’inspirait le rabbin kabbaliste

Isaac Louria, s’est introduite la coutume de faire précéder l’office du vendredi soir de la « KABBALAT-

CHABBAT » (réception du Chabbat).

On sortait en plein air pour réciter des psaumes d’un cantique, terminé par LEKHA DODI.

« Viens en paix, ô ma fiancée, princesse Chabbat » (1)

Il exista plusieurs de ces cantiques.

Celui de Salomon Alcabets Halevi (vers 1540) ayant été adopté par Isaac Louria, s’est répandu dans

les communautés de tous les rites. Par son souffle poétique et religieux, il méritait cet honneur.

C’est le morceau le plus récent de la liturgie juive.

Viens mon bien-aimé, au-devant de ta fiancée.

Le Chabbat paraît ; allons le recevoir.

Observe et « souviens-toi » ces mots, le Dieu Unique

Nous les fit entendre en une unique parole (2)

Le Seigneur est Un. Un est Son Nom

A Lui honneur, gloire et louange !

Empressons-nous à la rencontre du Chabbat

Il est la source de bénédictions

Consacré dès les temps les plus lointains

But de la création, Il fût la première pensée du Créateur.

Sanctuaire du grand roi, ville royale

Debout, relève-toi de tes ruines

Assez séjourné dans la vallée des pleurs

Tu es l’objet des miséricordes du Dieu Miséricordieux

Assez séjourné dans la vallée des pleurs

Tu es l’objet des miséricordes du Dieu Miséricordieux

Secoue ta poussière, debout !

Revêts tes habits de fête, ô mon peuple

Grâce au fils de Jessie de Bethlehem

Mon âme voit s’approcher d’elle son salut.

Réveille-toi, réveille-toi, ta lumière brille

Lève-toi sois illuminée !

98


Courage, courage, entonne un cantique.

Sur toi, resplendit la gloire du Seigneur.

Pour toi, plus de honte ! Plus d’approche !

Pourquoi te troubler, Pourquoi te tourmenter ?

Chez toi Mon peuple pour ses humbles enfants

Trouvera un asile et des ruines ressuscitera la ville rebâtie.

Ceux qui t’ont dévastée seront foulés aux pieds

Et tous tes adversaires mis en fuite.

Ton Dieu mettra en toi Sa joie

Comme le fiancé dans sa fiancée.

Etends-toi à droite et à gauche

Et glorifie Le Seigneur

Grâce à Celui qu’on nomme comme le fils de Peretz. (3)

Voici venir pour nous la joie et l’allégresse.

Viens en paix, toi qui es la couronne de ton époux (4)

Viens dans le bonheur, la félicité

Au milieu des fidèles du peuple élu

Viens, ma fiancée, viens ma fiancée.

Viens mon bien-aimé, au-devant de ta fiancée

Le Chabbat paraît ; allons le recevoir.

(1) Le Chabbat est féminin en hébreu.

(2) Le Commandement du Chabbat dans le Décalogue de l’Exode, commence par « Souviens-toi »

et par « Observe ». D’après la tradition, les deux verbes ont été prononcés simultanément par

la Divinité.

(3) Le fils de Peretz serait le Messie (Ruth IV, 18).

(4) La coutume de se retourner vers la porte d’entrée pour le chant de cette strophe, rappelle le temps

où la célébration du Chabbat se célébrait en plein air.

99


BERIKH CHEMEH « BENI SOIT SON NOM »

Prière dite à l’ouverture du hekhal le Chabbat

Cette très émouvante prière est écrite, non en hébreu, mais en langue voisine, l’araméen.

En cette langue, également, sont écrits le Talmud (qui se distingue ainsi de la Michna), certains livres,

tel le Zohar, et beaucoup d’autres prières.

Berikh Chemeh est une très ancienne prière.

On la trouve, pour la première fois, dans le Zohar, le livre saint, dont l’auteur est Rabbi Chim’one

Bar Yohaï, et qui contient beaucoup de versets de la Torah.

Ce grand et saint Tana vécut-il y a 1800 ans.

Nous nous souvenons de lui particulièrement à Lag-Baomer, jour anniversaire de sa mort.

Ce jour-là, des milliers de juifs visitent sa tombe, à Méron en Galilée, et y font des prières.

Il est déclaré dans le Zohar :

« Rabbi Chim’one dit : Quand les fidèles, pour y faire la lecture, extraient le rouleau de la Torah, les

portes célestes de la miséricorde sont ouvertes et l’amour de Dieu est prêt à être dispensé. Alors, la

prière suivante doit être dite : Berikh Chemeh. »

Ainsi, nous est-il affirmé que, le moment où nous ouvrons l’Arche et en retirons la Torah pour la

lecture, est très spécial. C’est un temps de miséricorde et d’amour célestes où nos prières sont plus

particulièrement agréées.

La prière commence par ces mots :

« Béni est Le Nom du Maître de l’univers. »

Elle se poursuit ensuite à la seconde personne :

« Bénis sont Ta couronne et Ton siège (de gloire). »

Le moment étant, comme nous l’avons dit, particulièrement favorable, nous continuons :

« Puisse Ta faveur être accordée toujours à Ton peuple et puisses-Tu montrer la puissance

rédemptrice de Ta main droite à Ton peuple dans Ta Maison Sainte. Dispense-nous la bonté de Ta

lumière et accepte nos prières avec miséricorde. »

Quand nous parlons « de la main droite » de Dieu, nous voulons dire la puissance avec laquelle Il nous

protège et nous délivre de nos ennemis.

Quand Dieu permet la destruction du Beth-Hamikdach, il est dit dans « Eikha » (Livre des

lamentations, attribué à Jérémie) : « Il retira Sa main droite. »

Aussi prions-nous pour que Dieu nous manifeste encore une fois la puissance de Sa main droite et

nous sauve en reconstruisant son Saint Temple, le Beth-Hamikdach.

Après cette courte prière pour notre peuple en général, nous poursuivons par une prière personnelle :

« Puisse Ta volonté prolonger notre vie dans le bien et puissé-je compter parmi les Justes afin que me

dispenses Ton amour et que Tu nous protèges, moi et mes proches ainsi que Ton peuple Israël.

Ce n’est pas en l’homme que je mets ma foi, et je ne m’appuie sur personne hormis Dieu.

Je n’ai foi qu’en l’Eternel qui est dans les cieux et qui est le Dieu de Vérité, dont la Torah est vérité

comme le sont Ses prophètes. C’est en Lui que je mets ma foi. »

La prière s’achève par ces mots :

« Que ce soit Ta volonté d’ouvrir mon cœur à la Torah et d’exaucer les désirs de mon cœur et ceux de

Ton peuple Israël pour le bien, pour la vie, et pour la paix. »

100


KETORETH « ENCENS »

L’importance du récit journalier de Ketoreth

Nos Sages du Talmud nous relatent que Dieu dit à Moché Rabbénou, au Mont Sinaï, d’utiliser quatre

sortes d’épices, dans certaines proportions, et dont le mélange donnerait le Ketoreth.

Les lectures de la Torah relatives aux Korbanoth (sacrifices) sont suivies de la lecture de la section

Ketoreth, l’encens (Exode 30, 34,38) ; celle-ci est précédée dans le Siddour par les lignes

d’introduction :

« Tu es Celui, ô Eternel notre Dieu, devant qui nos ancêtres offrirent l’encens des épices au temps où

le Beth-Hamikdach existait, ainsi que Tu le leur as commandé par la bouche de Moché Ton prophète,

et ainsi qu’il est écrit dans la Torah. »

Le Ketoreth était offert deux fois par jour.

L’offrande de Ketoreth, dans le sanctuaire, était l’un des grands mystères du service divin au Beit-

Hamikdach de jadis.

La sainteté et la signification extraordinaire du Ketoreth sont soulignées dans la Torah par le fait que

la peine de Kareth (mort) punissait toute personne composant un mélange identique à usage de parfum

personnel.

Nos sages nous disent que l’offrande de Ketoreth valait l’expiration de « la mauvaise langue »

(Yoma 44 a).

Cette offrande servait de rappel quotidien au peuple, à savoir :

« De même qu’il y a vie et mort dans Ketoreth, aussi y avait-il vie et mort dans le pouvoir de la

langue. » (Prov. 18,21)

Le Midrach Tan Houma (Tetsaveh 14) déclare que le mot hébraïque « KETORETH » forme

un acrostiche des lettres initiales des quatre mots suivants :

- K : Kedouscha (Sainteté)

- T : Taharah (Pureté)

- R : Rahamime (Miséricorde)

- T : Tikvah (Espoir)

Dans le Zohar, nous trouvons beaucoup de passages soulignant l’importance de la récitation

quotidienne de la section de Ketoreth (maintenant qu’il ne peut être offert).

Un de ces passages dit :

« A toute personne qui récite chaque jour la section de Ketoreth avec dévotion, seront épargnées toutes

les sortes de chagrin ou de mal, tout ce jour-là. »

Il est suivi de cette déclaration :

« Si l’homme mortel se rendait compte de combien l’Eternel chérit la section de Ketoreth, Il prendrait

chacune des lettres de celle-ci et la mettrait sur sa tête comme une couronne d’or.

101


Au surplus, la fumée montante du Ketoreth, qui s’élevait en une colonne bien droite, symbolisait le

désir impatient de l’âme de s’élever vers le Ciel, désir qui peut se réaliser seulement à travers

l’observance des commandements divins ; l’homme se tournant vers Dieu. » (Nasso 22, d)


LA HAVDALAH

Prière de clôture du Chabbat

Elle se récite à l'issue du Chabbat, sur une coupe de vin, des épices et une lumière.

« Béni sois-Tu Seigneur, notre Dieu Roi du monde, qui établit une distinction entre le sacré et le

profane, entre la lumière et les ténèbres, entre ISRAËL et les autres peuples, entre le septième jour et

les six jours de travail. »

« Béni sois-Tu Seigneur qui sépare le sacré du profane. »

HAVDALAH veut dire "distinction – séparation ".

La prière de « MOTSSAE – CHABBAT » (fin du Chabbat) nous engage à porter l'esprit du Chabbat dans

notre vie des jours de semaine, et à préserver son caractère sacré dans notre travail quotidien.

Cette prière nous rappelle que Dieu est Celui qui institua l'ordre de la semaine de sept jours

différenciant la nuit du jour, et ISRAËL des autres nations.

Elle nous rappelle qu'il existe une séparation avec une vie non - sainte et que nous appartenons à la

première.

Pourquoi récitons-nous HAVDALAH sur le vin ?

Pour nous, le vin sur lequel nous récitons une action de grâces à chaque fête, est le symbole de la

différence entre la sainteté et la non-sainteté.

La lumière du feu

Nos Sages nous expliquent que lorsque Dieu créa Adam, vers la fin du sixième jour, l'obscurité ne

vint pas cette nuit-là, et Adam ne connut que la clarté du jour jusqu'à la nuit suivante, à la conclusion

du Chabbat.

Quand les ténèbres survinrent enfin, et qu'Adam les vit pour la première fois, il en fût effrayé.

Par un effet de la Divine Providence, il trouva deux fragments de silex, les frotta l'un contre l'autre, et

produisit du feu.

Alors il rendit grâce à Dieu, le Créateur de la lumière du feu.

Voilà pourquoi nous allumons la bougie de la Havdalah.

Les épices

Un troisième compagnon dans notre Havdalah, en plus de la coupe de vin et de la flamme, est constitué

par les épices.

Sur leur parfum nous récitons « Boré miné bessamim » :

« Sois béni, Eternel notre Dieu, roi du monde, créateur des espèces d'épices et de parfums. »

Nos Sages disent qu'au Chabbat nous disposons « d'une âme supplémentaire », d'une âme spéciale du

Chabbat, afin que nous puissions mieux recevoir les bienfaits spirituels du Saint Jour.

En respirant le parfum, notre âme se trouve fortifiée et nous emportons et gardons le parfum du

Chabbat toute la semaine.

102


LE SERMON DE KOL NIDRE

Un célèbre Rabbi, orateur prestigieux, avait l’habitude d’improviser les sermons à l’occasion de toutes

les solennités religieuses.

Il s’est toujours inspiré pour ses sermons de KOL NIDRE, d’une impression momentanée, puisée de

l’atmosphère même qui régnait dans la synagogue au moment où il arrivait pour l’office.

C’est ainsi qu’un soir de KOL NIDRE, il monta en chaire pour faire le sermon le plus court de sa

carrière, mais qui resta à jamais gravé dans la mémoire de ses fidèles qui en tirèrent les conséquences

que visait l’orateur :

« Mes chers coreligionnaires,

au moment où j’entrais tout à l’heure à la Synagogue, j’ai rencontré un Israélite que je n’ai pas vu au

temple depuis une année. Nous nous saluâmes et je m’informais de sa santé. »

Il se déclara satisfait de son sort et ajouta : « Je viens au Temple pour demander à Dieu de m’accorder

une nouvelle année heureuse. »

Je lui ai répondu : « Comment ? Vous n’accordez à Dieu qu’un seul jour par année et vous lui réclamez

365 jours ? »

Le Rabbi s’arrêta là… A ce moment, un homme très ému s’avança vers lui et lui déclara à voix haute :

« Maître, je vous fais la promesse solennelle que j’assisterai désormais à tous les offices de l’année. »

Ainsi prit fin le sermon de KOL NIDRE le plus court mais le plus impressionnant qui fût.


ECHET- HAÏL « LA FEMME VERTUEUSE »

« Abandonnons-nous sans scrupules à la gaieté des veilles du Chabbat où nous avons la coutume de

réciter, de chanter le dernier chapitre (des proverbes xxx 1), en hommage à la femme, à la mère, à

l’épouse vertueuse. »

(Talmud Baba Kana)

1 - Heureux qui a rencontré une femme vaillante. Elle est infiniment plus précieuse que les perles ;

2 - En elle, le cœur de son époux a toute confiance ; aussi des ressources ne lui font-elles pas défaut ;

3 - Tous les jours de sa vie elle travaille à son bonheur ; jamais elle ne lui cause de peine ;

4 - Elle se procure de la laine et du lin et accomplit sa besogne d’une main diligente ;

5 - Pareille aux vaisseaux marchands, elle amène de loin ses provisions ;

6 - Il fait encore nuit qu’elle est déjà debout, distribuant des vivres à sa maison, des rations à ses

servantes ;

7 - Elle jette son dévolu sur un champ et l’acquiert avec le produit de son travail, elle plante un

vignoble ;

8 - Elle ceint de force ses reins et arme ses bras de vigueur ;

9 - Elle s’assure que ses affaires sont propres ; sa lampe ne s’éteint pas la nuit ;

10 - Ses mains saisissent le rouet, ses doigts manient le fuseau ;

11 - Elle ouvre sa main aux pauvres et tend le bras aux nécessiteux ;

12 - Elle ne redoute pas la neige pour sa maison, car tous ses gens sont couverts de riches étoffes ;

13 - Elle se brode des tapis ; lin fin et pourpre forment ses vêtements ;

14 - Son époux est considéré aux portes, quand il siège avec les anciens du pays ;

15 - Elle confectionne des tissus qu’elle vend, et des ceintures qu’elle cède aux marchands ;

103


16 - Parée de force et de dignité, elle pense en souriant à l’avenir ;

17 - Elle ouvre la bouche avec sagesse, et des leçons empreintes de bonté, sont sur ses lèvres ;

18 - Elle dirige avec vigilance la marche de sa maison, et jamais ne mange le pain de l’oisiveté ;

19 - Ses fils se lèvent pour proclamer heureux son époux, pour faire son éloge ;

20 - Bien des femmes se sont montrées vaillantes. Tu leur es supérieure à toutes.

21- Mensonge que la grâce ! Vanité que la beauté ! La femme qui craint l’Eternel est seule digne de

louanges.

22- Rendez-lui l’hommage pour les fruits de ses mains et qu’aux portes, ses œuvres disent son éloge.

Ces 22 versets nous renvoient aux 22 femmes célèbres de la Bible énumérées dans le « Yalkout Ha

Makhiri ». Ils sont consacrés ici à la description de la femme idéale.

Chaque verset commence par une lettre de l’alphabet, jusqu’aux 22 lettres de celui-ci.

Cet éloge est attribué au Roi Salomon et doit nous orienter vers toute autre interprétation.


HANNAH, LA MERE AU SEPT MARTYRS

PAR EDMOND FLEG

Souviens-toi, Dieu d’amour, de la mère aux sept fils

Qui mourut leurs sept morts pour l’amour de ta gloire :

Ni Rachel, ni Sarah n’ont mérité jadis

Plus que son espérance un lieu dans ta mémoire.

L’un après l’autre, ils repoussaient l’immonde viande

Dont les tourmenteurs grecs voulaient souiller leurs dents,

Et, plutôt que servir les dieux que Zeus commande,

Ils se laissaient scalper près des bassins ardents.

Et leur mère était là, septuplant leur torture

Dans l’âme et dans la chair de sa maternité,

Et sa voix exaltait l’allégresse future

Dont la mort comblerait leurs corps ressuscités.

Tes pieds hachés de leurs chevilles,

Mes fils saignant dans l’eau qui bout

Vers Dieu monteront sans béquilles,

Et l’Azur les tiendra debout !

Tes mains, tes mains qu’ils ont tranchées,

Mes fils saignant dans l’eau qui bout,

Dieu leur tendra Ses mains penchées

D’un bout d’en haut à l’autre bout !

Ta langue que faucha leur lame

Mon fils qui meurt au flot fumant,

Dieu l’entendra parmi les flammes

Conter les chants du firmament ;

Tes yeux crevés à la lumière,

Mon fils qui meurt, au flot fumant

Tes yeux verront l’aube première

Qui dure en Dieu continûment !

Heureux, heureux qui sort du monde

Ayant souffert, pour son péché !

104


Heureux, heureux, car rien du monde

Ne reste à sa chair attaché !

Mes fils dépouillés de la fange

Qui couvre l’âme du péché,

Vous serez vêtus par les anges

Du jour à Dieu même attaché !

C’est ainsi qu’exaltait la mère aux sept supplices,

Changeant sept fois leurs morts en septuples délices,

Et faisant de leurs corps par la mort habitée

Des corps avant la mort déjà ressuscités.

Souviens-t-en, Dieu d’amour que seul l’amour approche !

Lorsqu’il lia son fils aux bûches de la roche,

Abraham ne T’avait bâti qu’un seul autel : elle en a bâti sept pour Toi, Dieu d’ISRAËL !

LA PRIERE DE HANNAH

Hannah était triste ; elle pria Dieu et pleura abondamment.

Elle fit un vœu et dit :

« Ô Eternel SEBAOTH ! Si Tu as pitié de la douleur de ta servante, si Tu veux te souvenir d’elle et lui

accorder un fils, je le consacrerai à l’Eternel pour toute sa vie et jamais un rasoir ne passera sur sa

tête. »

Elle continuait de prier Dieu et Elie l’observait.

Hannah priait mentalement, dans son cœur, ses lèvres remuaient mais elle ne faisait pas entendre sa

voix, de sorte qu’Elie la crut prise de vin.

Mais Hanna dit :

--

« Non, Seigneur, je ne suis qu’une femme au cœur navré, je n’ai bu ni vin ni liqueur forte,

j’ai seulement épanché mon âme devant l’Eternel. »

(Samuel I, 15)

FIXATION DES FÊTES

1 – Le premier jour de PESSAH tombe le premier jour de Nissan

2 – CHAVOUOT, comme le deuxième jour de PESSAH

3 – ROCH HACHANA et SOUCCOTH, comme le troisième jour de PESSAH

4 – SIMHAT – TORAH, comme le quatrième jour de PESSAH

5 – KIPPOUR, comme le cinquième jour de PESSAH

6 – POURIM, comme le sixième jour de PESSAH

7 – PESSAH ne commence jamais ni le lundi, ni le mercredi, ni le vendredi

8 - SHAVOUOT ne commence jamais ni le lundi, ni le jeudi ni le samedi

9 – ROCH HACHANA ne commence jamais ni le dimanche, ni le mercredi, ni le vendredi

10 – POURIM ne tombe jamais le samedi, le lundi ou le mercredi

11 – KIPPOUR ne tombe jamais le dimanche, le mardi ou le vendredi.

Les jours de fête doivent être consacrés pour moitié à Dieu, pour moitié à soi.

(Talmud Betsa, 15 B)

105


LE NOUVEL AN DES ARBRES « 15 CHEVAT»

Le fait d’avoir un nouvel an spécial pour les arbres nous rappelle qu’il ne serait pas vain d’essayer

d’apprendre d’eux, ces amis des hommes, quelques choses d’utile.

Ils appartiennent, nous le savons tous, au règne des plantes, et ils sont même en ce monde les plantes

les plus hautes.

La plupart des plantes, telles que l’herbe, les fleurs et celles qu’on récolte, viennent et vont avec les

saisons ; elles apparaissent au printemps, poussent en été, se fanent en automne et meurent en hiver.

Il n’en va pas de même avec les arbres.

Ceux-ci n’arrêtent jamais de pousser aussi longtemps qu’ils vivent.

Quand on regarde un arbre – son tronc, ses branches, ses rameaux et ses feuilles – on pourrait croire

qu’on le voit tout entier…. En fait, ce qu’on n’en voit pas est bien plus important ; nous voulons parler

des racines cachées sous la terre.

C’est la partie de l’arbre qui pousse le plus vite. Les racines sont plus longues que les branches visibles

et plus nombreuses.

Les racines ont deux fonctions très importantes dont dépend toute la vie de l’arbre.

D’abord elles sont pour lui ce que l’ancre est pour le bateau ; c’est grâce à elles que l’arbre tient si

solidement debout. Sans elles, le plus léger vent le renverserait, l’arrachant au sol. Alors il mourrait,

de la même façon qu’un poisson tiré hors de l’eau, son élément naturel.

Ensuite, les racines recueillent l’eau de la terre, élément naturel.

A travers elles cette eau, riche en minéraux, monte jusqu’aux feuilles.

L’arbre avec son corps visible et ses racines invisibles ne nous rappelle-t-il pas un être humain avec

son corps visible et son âme invisible ? Nul doute.

La Torah l’a d’ailleurs dit clairement :


« KI HAADAM ‘ETS HASSADEH » « Car l’homme est semblable à l’arbre des champs »

(Deutéronome XXI, 19)

Rabbi Yohanan a dit :

D’une part, il est écrit :

« C’est du fruit de l’arbre que tu te nourriras, tu ne le détruiras donc pas. »

D’autre part :

« Si c’est un arbre dont tu sais qu’il n’est pas un arbre fruitier, celui-là tu pourras le détruire. »

C’est comme pour un Talmid H’AKHAM, un pieux érudit :

Si c’est un savant qui donne de bons fruits, dont l’enseignement est « Lechem Chamayim », c'est-àdire

noble et pur, attache-toi à lui ; s’il est par contre, un savant qui n’enseigne pas « Lechem

Chamayim », dont les thèses sont douteuses, méfie-toi de lui. (Elie MUNK – Ta’anith 7, a)

Dans l’homme, également, le corps et l’âme doivent aller, pour ainsi dire, la main dans la main.

L’âme, comme les racines de l’arbre, est la partie la plus importante de l’homme.

Elle recueille « l’eau vivifiante » (la Torah est comparée à l’eau), mais a besoin du corps pour

transformer cet élément vital en aliment réel sous forme de Mitzvoth qui ne peuvent être accomplies

que physiquement, au le moyen des membres, du cerveau, du cœur.

Nos sages ont comparé la sagesse d’un homme à la « couronne » d’un arbre, et ses actes aux racines.

Pourquoi la sagesse est-elle « la couronne » et les actes « les racines » ?

Parce que la sagesse, de même que les feuilles, n’est pas permanente ; celles-ci changent de couleur,

elles viennent et vont avec les saisons.

De même, on ne peut trop prendre appui sur la sagesse, tandis qu’on peut compter sur une bonne action

déjà accomplie… elle est substantielle, solide, tout comme les racines.

106


Beaucoup de bonnes actions et un peu de sagesse valent mieux que beaucoup de sagesse et peu de

bonnes actions.

C’est pourquoi on a dit :

« Celui dont la sagesse est plus grande que ses bonnes actions est semblable à un arbre ayant

beaucoup de branches mais peu de racines. Que souffle le vent, et l’arbre sera déraciné et jeté à terre.

Mais celui dont les bonnes actions sont plus importantes que sa sagesse, est semblable à un arbre

pourvu de plus de racines que de branches ; aucun vent ne peut le déraciner ainsi qu’il est écrit. »

(Jérémie XXVII, 8)

« Car il sera comme l’arbre planté près des eaux qui étale ses racines au bord de la rivière, ne sent

point venir la chaleur, mais dont les feuilles seront vertes ; et dans l’année de sècheresse, il n’aura

aucun souci et ne cessera point de donner ses fruits. » (Avoth 3, 17)

Telles sont les assises du Juif, son ancre véritable dans la vie, et la source de sa vitalité et de sa

croissance constante.

Rabbi Yohanan Ben Zakaï a dit :

« Si, au moment où vous plantez un arbre, on vient vous annoncer que le Messie est arrivé, finissez de

planter d’abord et allez saluer le Messie ensuite ! » (Avoth, Rabbi Nathan)

A PROPOS DE TOU BI-CHEVAT

« KI HAADAM ‘ETS ICH »

« Tel l’homme est l’arbre des champs » dit la Torah.

Tout comme les humains, les arbres sont au service de Dieu et de l’homme.

Comme les hommes aussi, ils parlent.

Ce sont les réflexions de quelques-uns d’entre eux, les conseils qu’ils nous donnent où la nature

s’éveille à Tou Bichvat, que nous avons recueillis ci-dessous et que nous livrons à votre méditation.

L’OLIVIER


« Je parle le premier car j’ai été distingué pour le Service divin : c’est moi qui éclairais le Temple de

Jérusalem. C’est moi que l’on a retrouvé à Hanoucca et, depuis ce jour mémorable, dans les maisons

juives, une fois par an, c’est moi qui illumine pendant huit jours.

Je suis différent des autres arbres, voyez : quand le Roi Salomon est mort, tous les autres arbres ont

laissé tomber leur feuillage en signe de deuil. Je n’en ai rien fait. »

On me l’a reproché. Mais je leur ai dit :

« Vous laissez tomber vos feuilles comme des larmes ; vous pleurez et ne produisez plus ; mon deuil à

moi est plus profond que le vôtre. Regardez, mon tronc est creux mais je garde mon feuillage et

continue à produire des fruits.

Faites comme moi, gardez le souvenir du passé dans votre cœur mais ne vous arrêtez jamais de

produire. »

L’ARBRE DE LA CONNAISSANCE


« Je suis pour vous un illustre inconnu. Vous ne savez pas en réalité qui je suis… personne ne le sait !

Ce sont des fantaisistes qui disent que je suis un pommier… qu’en savent-ils ? Si je prends la parole,

c’est parce que je suis tout de même le plus vieux de tous les arbres. C’est de moi que l’on parle dans

107


la Torah et j’ai aussi quelque chose à vous dire… Oh quelque chose de bien simple et pourtant de bien

profond : vous voyez, Dieu n’a pas voulu que l’on indiquât qui je suis parce qu’il se serait trouvé des

hommes qui m’en auraient voulu ! Ils auraient dit que c’est à cause de moi qu’ADAM a été chassé du

Paradis, que tant de malheurs se sont abattus sur l’homme, que sais-je encore ? Or, Dieu ne veut pas

que l’on haïsse qui que ce soit, même pas un arbre ! Combien plus ne veut-Il pas que l’on porte en soi

de la haine, de l’inimitié pour son Prochain. »

LA VIGNE

« Moi, vous me connaissez bien. Non pas que vous appréciez tellement mon produit : le vin.

Non, au contraire. Vous avez fait de mon breuvage un objet de sainteté. Il sanctifie et accompagne les

moments les plus solennels de votre existence. Donc, vous me connaissez.

Vous savez que, seul, je ne peux tenir debout et vivre. Il me faut m’appuyer sur du bois mort, j’ai

besoin d’un tuteur ! Faites de même : prenez appui sur le passé, sur ceux qui ne sont plus là pour vous

aider à tenir debout.

Mais, de plus, voyez aussi que je porte de grosses grappes tout aussi bien que des grains épars… et il

faut le tout pour faire ce bon vin que vous avez si justement distingué. Une communauté

traditionnaliste s’appuie sur le passé, mais elle a besoin de tous – grosses grappes comme petites –

pour égayer le cœur de l’homme et sanctifier son existence. »

LE FIGUIER


« Je n’ai pas la même valeur que la vigne. Je ne suis sur vos tables que le jour de Roch Hachana, tout

au début de l’année religieuse. Mais par contre, je suis fier que l’on ait comparé les paroles de La Torah

à mes fruits. C’est que mes fruits ne mûrissent pas tous à la fois. Certains sont très mûrs quand d’autres

sont encore complètement verts. Il en est de même des Mitzvoth : nous accomplissons certaines d’entre

elles complètement quand d’autres nous les négligeons encore.

Mais croyez-vous que je regrette mes fruits verts et que je ne les reconnais pas comme mes enfants ?

Ils n’ont pas encore le même degré de maturité, mais ce sont mes fruits tout de même ! Ils mûriront

aussi un jour ou l’autre, soyez-en certains ! »

LE NOYER

« Moi, je n’ai en réalité aucun titre à prendre la parole. Je ne suis distingué par aucune fête, aucune

solennité. Au contraire, on a trouvé le moyen d’interdire la consommation de mes fruits entre Roch

Hachana et Yom Kippour…. Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi ! On est même allé jusqu’à dire que

mon nom hébreu « EGOZ » avait la même valeur numérique que le mot « KHET », « péché » !

Mais je ne m’en formalise pas, allez…. Aussi, je veux vous dire également : quand vous avez un tas

de noix et que vous en prenez une seule, tout le tas s’écroule ! Tous nous sommes solidaires les uns

des autres. Si un seul d’entre nous s’éloigne de nous, tous nous en ressentons amèrement la perte. A

nous de nous efforcer de le conserver. »

UN ARBRE QUELCONQUE

Pourquoi 15 fruits de 15 arbres différents à Tou Bi-chevat ?

Parce que tous nous portons – malgré une différence de forme, de saveur, de couleur, de goût –

l’empreinte du « doigt de Dieu. »

Tous les hommes, malgré leurs différences, ne sont-ils pas, eux aussi, créés « à l’image de Dieu » ?

108


LE VERGER JUIF

Nombreuses sont les espèces d’arbres qui poussent en Eretz-Israël.

Cinq d’entre elles jouissent d’une distinction particulière. Elles sont l’orgueil de la Terre Sainte.

C’est par elles que furent vantées les beautés de la Terre Promise.

Les arbres dont nous parlons sont – vous le savez sûrement – les suivants :

La vigne (Guéfène), le figuier (Téénah), le grenadier (Rimone), l’olivier (Zayith) et le dattier

(Tamar).

Tels sont les cinq arbres fruitiers les plus remarquables du « verger juif ».

Par « verger juif » nous entendons l’ensemble des arbres auxquels notre peuple a été comparé, et leur

nombre dépasse certes les cinq déjà mentionnés.

Mais ces cinq arbres fruitiers – appelons-les, pour employer une formule consacrée, « les cinq

grands », ont incontestablement la priorité sur tous les autres.

Tous les cinq produisent des fruits merveilleux, délicieux et nourrissants.

Trois d’entre eux – la vigne, l’olivier et le dattier – nous donnent au surplus trois boissons

remarquables : respectivement le vin, l’huile et le miel.

Le vin et l’huile d’olive jouaient un rôle important dans la célébration de l’office saint au Beth-

Hamikdach. L’offrande de vin (libation) et l’offrande de nourriture (dont l’huile d’olive était un

ingrédient) accompagnaient les sacrifices. L’huile d’olive était aussi employée pour la Ménorah.

A ce jour, nous récitons le Kiddouch, sanctifiant le Chabbat et les fêtes, sur un verre de vin.

A Pessah, lors du Séder, nous en buvons quatre coupes. Nous faisons la Havdalah sur le vin ; d’autres

occasions telles que la Brith-Mila (circoncision), le mariage, etc… sont célébrées également sur une

coupe de vin.

Nous utilisons, de préférence à toute autre, l’huile d’olive pour allumer les lumières de Hanoucca.

Ces cinq arbres sont différents les uns des autres, mais chacun d’eux possède des qualités et des

possibilités d’emploi merveilleuses, dispensant à l’homme nourriture, boisson et lumière. Ils sont pour

lui une bénédiction, tant pour son corps que pour son esprit.

Il n’est donc pas étonnant que la Torah ait comparé le peuple juif à chacun de ces cinq arbres aux

vertus si nombreuses.

En l’honneur du Nouvel An des Arbres, essayons de nous familiariser davantage avec quelques-unes

des qualités de ces cinq « aristocrates » du monde végétal.

LA VIGNE « GUEFENE »

« Le peuple d’Israël est une vigne luxuriante ? » déclare le prophète Osée (10, 1).

La vigne produit des fruits en abondance. Le même prophète dit :

« Comme des raisins dans le désert, j’ai trouvé Israël. » (Osée 9, 10).

Que peut-on souhaiter de plus dans le désert qu’une grappe de raisins rafraîchissants ?

Le prophète Isaïe, au chapitre cinq, assimile son peuple au « Vignoble de Dieu »

« Mon bien-aimé a un vignoble dans un coin très fertile » chante- t–il,

« Il l’a enclos, l’a débarrassé de tous ses cailloux et y a planté la plus belle des vignes.. ».

Ainsi l’Eternel planta-t-iL le peuple juif avec un soin extrême. Qu’on imagine la déception du vigneron

si son vin devient aigre ! Aussi le prophète réprimande-t-il les pécheurs, « les grappes aigres ».

Nos Sages savaient combien délicate et fragile est la vigne, et de combien de soins et de protection elle

a besoin.

La Torah et les Mitzvoth sont comparables à un vignoble délicat qu’il faut enclore et protéger contre

les bêtes errantes. Pourquoi la Torah est-elle comparée au vin ? Parce qu’il est la seule boisson que le

temps rend meilleure.

De même que le vin met la joie dans le cœur de l’homme, ainsi fait la Torah.

De même que le vin ne se conserve pas bien dans des vases d’or et d’argent, mais plutôt dans des

récipients en terre, ainsi la Torah est mieux préservée chez les humbles, non chez les individus

orgueilleux et arrogants.

109


LE FIGUIER

”TEENAH”

Le figuier se distingue par le fait qu’il est le premier arbre à être mentionné par la Torah.

Adam et Eve « cousirent des feuilles de figuier et s’en firent des ceintures. » (Genèse 3, 7).

Selon une opinion de nos sages, « l’arbre de la connaissance » était un figuier…. Et, parce qu’Adam

et Eve péchèrent en mangeant de son fruit défendu, ils voulurent s’amender par l’intermédiaire du

même arbre.

Le figuier est très utile non seulement par ses fruits, mais aussi par ses autres parties.

Quand les douze espions revinrent du pays de Canaan, ils rapportèrent avec eux des échantillons des

figues qui y poussaient, ainsi que des raisins et des grenades.

(Bamidbar XIII, 2)

Les figues fraîches et mûres sont un fruit délicat. Le prophète Osée, cité plus haut, raconte combien

Dieu désirait accepter la dévotion de nos Patriarches : « J’ai vu vos pères comme les premiers fruits

d’un figuier. »

(Osée 9, 10)

LE GRENADIER


« RIMON »

Le peuple juif fut comparé à un « Jardin de grenadiers » (Pardes Rimonim) par le Roi Salomon

(Chir Hachirim 4, 13).

Quand ce dernier parle des « grenadiers en fleurs » (ibid 6, 11), il fait allusion aux érudits en Guémara,

disent nos Sages (Erouvine 21, b). Les grenades sont pleines de graines : c’est le symbole de l’homme

plein de vertus, de même que celui de l’érudit débordant de savoir et de sagesse.

Rabbi Chim’one ben Lakiche, le grand sage qui, d’origine modeste, eut l’occasion d’être en contact

avec les couches les plus humbles du peuple juif, a déclaré :

« Même les pécheurs du peuple juif sont pleins de Mitzvoth et, de ce fait, comparables à une grenade. »

(Erouvine 19, a)

Comme nous l’avons déjà dit, la grenade fut l’un des trois fruits dont les espions rapportèrent des

échantillons de la Terre Promise. De plus, en raison de l’importance symbolique de ce fruit, il a été

utilisé comme motif ornemental sur la robe du Cohen Gadol (Grand Prêtre), motif brodé en bleu,

pourpre et écarlate tout autour du bord – « une cloche dorée et une grenade. » (Exode 28, 33).

L’OLIVIER


« ZAYITH »

L’olivier est toujours vert. Il est toujours frais et vivant d’aspect, aussi bien en saison sèche qu’en

saison de pluie.

De même, le peuple juif est toujours frais et vigoureux.

Le Psalmiste dit :

« Et moi, je suis dans la maison de Dieu, comme un olivier verdoyant » (Psaume 52, 10)

L’homme béni est décrit, entre autres, par le Psalmiste comme celui dont l’épouse est « comme une

vigne féconde dans l’intérieur de Ta maison, Tes fils sont comme des plants d’olivier autour de Ta

table » Psaume 128, 4)

L’homme dont l’épouse a la crainte de Dieu, qui est pleine de vertu, prend soin du foyer et élève ses

enfants, s’occupant de leur éducation, cet homme est sûr d’avoir des enfants « semblables à des plants

d’olivier. »

L’olivier est l’un des arbres fruitiers les plus importants du pays d’Israël ; car il est la source de l’huile

la plus précieuse, la plus pure et la plus fine.

De même que l’olivier est la cause première de la lumière la plus pure, ainsi le peuple d’Israël est-il

« la lumière du monde », « La Torah est Lumière » (Proverbes 6, 23).

L’huile est rebelle au mélange avec d’autres liquides.

110


De même, le peuple juif ne se mélange pas avec les autres nations, préservant ainsi son identité.

L’huile surnage à tout autre liquide qui lui est ajouté, ainsi le peuple juif surnage-t-il en tête de toutes

les nations, leur montrant le chemin ; comme le dit le Prophète Isaïe « et les nations marcheront à Ta

lumière » (60, 3).

LE DATTIER « TAMAR »

« TSADIK KATAMAR YIPHRAH’ » « Le Juste croîtra comme le dattier. »

(Psaume 92, 13)

Le dattier est un arbre imposant ; il est aussi l’un des plus utiles. Son tronc est grand et droit, et sa

grosseur régulière de sa base jusqu’à sa partie la plus élevée. A son sommet pousse une magnifique

couronne de palmes qui ont quelque ressemblance avec les plumes.

La branche de dattier est employée comme loulav.

L’arbre est utile de plus d’une manière :

Avec sa fibre, on confectionne de la corde, ses larges feuilles servent à faire des nattes, des paniers et

des sacs. Un arbre, à lui seul, peut produire de 50 à 250 kilos de fruits chaque année et continue à en

produire pendant une centaine d’années.

L’un des premiers arrêts qu’effectuèrent les enfants d’Israël, après leur sortie d’Egypte, fut à Elime,

où se trouvaient douze sources et Soixante-dix dattiers (Exode 15, 27), symbolisant les douze tribus et

les soixante-dix anciens.

La Prophétesse Déborah s’asseyait sous un dattier (Juges 5, 5).

Quand La Torah parle du « pays où coulent le lait et le miel », c’est du miel du dattier qu’il s’agit.

- HANOUCCA « MAOZ TSOUR »

Moché CATANE

L’hymne universellement connu de Hanoucca - « MAOZ TSOUR YECHOU’ATI » est

une poésie rituelle, d’un type courant au moyen-âge, rappelant les délivrances miraculeuses que

l’Eternel a accordées à Israël : la sortie d’Egypte, le retour de Babylone, la chute d’Hamane à Suse et

la victoire des Asmonéens. Il consacre à chacun de ces épisodes un couplet, qu’il fait précéder d’une

prière pour la restauration du Temple de Jérusalem.

De l’auteur, nous ne savons pas le nom, parce qu’il l’a inscrit dans son poème… en acrostiche :

Morde’haï (Mardochée). Il a vécu au XIème, au XIIème, ou plus probablement encore au milieu du

XIIIème siècle.

Les initiales du nom de l’auteur se terminent avec le cinquième couplet.

Dans le sixième, qui ne figure pas dans tous les rituels, les trois premiers mots Hassof Zeroa

Kodché’kha forment avec leurs initiales le mot H’azak formule d’encouragement qui suit couramment

le nom de l’auteur à l’acrostiche.

Ce couplet a peut-être été supprimé dans certains pays sur l’ordre, ou par peur, de la censure ; car cet

appel à la vengeance divine n’est pas tendre pour les nations persécutrices.

Quant à l’air sur lequel on le chante généralement, c’est une vieille mélodie populaire allemande qui

remonte sans doute au XVème siècle. Les musicologues ont déterminé cette origine avec certitude ;

les mélodies purement juives étaient autrefois très rares.

111


La forme poétique est strictement régulière ; chaque couplet est formé de huit vers de six syllabes

rimant de la manière suivante : ABABBBccB….

Le premier vers rime avec le troisième, le deuxième avec le quatrième, le cinquième, le sixième et le

huitième. Quant au septième, la première moitié du vers rime avec la seconde.

L’auteur s’exprime le plus souvent par métaphores et allusions.

Par exemple, la plupart des noms propres sont remplacés par des appellations symboliques.

Mardochée est nommé dans le texte une fois « Broch », le cyprès (qui protège le « myrte », Hadassa-

Esther), et une fois « Yemini », le descendant de la tribu de Benjamin.

Hamane est désigné une fois par le nom de sa race et de son père « l’Agaguite fils d’Hamdatha » et

une fois sous le terme général de « Oyév », l’ennemi.

Leurs deux noms ne figurent même pas dans le texte.

Il en est de même pour Yevanim, les Ioniens, c'est-à-dire les Grecs, c'est-à-dire les Séleucides ;

‘hachmanim, mis pour les « hachmonaïm », Asmonéens, ou fils d’Asmonéens, nom de famille des

héros Macchabées, Chochanim, les roses, symbolisant les Israélites.

Le poème est émaillé de citations bibliques.

Ainsi, il est écrit : « TIKONE BETH TEPHILATI… » - « Que s’élève ma maison de prière… »

Comme « Bayith », maison, est masculin, il faudrait dire Yikone et non Tikone…

Mais comme on lit dans le Psaume CXLI, 2 :

« TIKONE TEPHILAHTI KETORETH LEFANEKHA »

« Que ma prière s’élève comme un encens devant Toi… »

L’auteur a préféré faire une faute de grammaire plutôt que de modifier la forme de l’Ecriture !

Les derniers mots font appel au retour sur terre des sept bergers (que nous traduisons par Eminences)

du peuple : Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse, Aaron, David.

L’espoir, exprimé par les huit lumières de la fête, c’est qu’aux souvenirs flamboyants du passé d’Israël

vienne s’ajouter une huitième flamme, celle du Messie, que, dans le bonheur, comme dans l’adversité,

nous ne cessons jamais d’attendre…

112


I

Puissant rocher de mon secours,

A bon droit nous Te glorifions.

Que renaisse mon pieux séjour

Pour y offrir nos oblations,

Tu préféras l’immolation.

Alors l’autel antique

Sous mon vibrant cantique

Finira sa restauration.

II

J’étais exténué de peines,

En pleurs se perdaient mes efforts.

On changeait ma vie en géhenne

Sous le règne de la vache Hathor.

Mais le Très-Haut au bras si fort

A émancipé son Trésor.

L’armée du Pharaon

Et toute sa nation

Dans les abîmes trouvèrent la mort.

III

Il m’a conduit en Son parvis,

Mais je n’y fus pas plus tranquille.

Un tyran, pour avoir servi

De faux Dieu, me mit en exil.

J’ai bu un vin mêlé de bile. (1)

Mais, à peine hors de ma ville,

C’est la fin de Babel.

Aussi Zorobabel, Les septante échus, me sauva-t-il. (2)

L’Agaguite fils d’Hammidatha

Voulut abattre le cyprès.

Ce fut l’obstacle où il buta

Et la débâcle de son succès.

Tu mis le Benjamin au sommet

Et tu biffas le nom du Mauvais.

Ses nombreux descendants

Avec tous ses clients (3)

Furent pendus sur le gibet.

IV

113


V

Les Grecs s’unirent contre moi,

Au temps des enfants d’Asmonée,

Perçant les murs de mes beffrois

Et souillant l’huile raffinée.

Mais d’une fiole abandonnée

Un miracle aux « Roses » fut donné.

C’est pourquoi nos grands sages

Ont instauré l’usage

Du chanter gaiement huit journées.

VI

Découvre, Ô Dieu, Ton bras sacré

Et hâte notre délivrance.

Venge le sang des Tiens versé

Par une nation sans conscience.

Car nous trépignons d’impatience

Et le mal règne en permanence.

Repousse le Faux Frère (4)

Aux ombres de l’Enfer,

Et rends-nous nos sept Eminences.

(1) « J’ai bu un vin mêlé de bile »… mon sort a été des plus amers.

(2) « Les septante échus »… A l’issue des 70 ans que le Prophète Jérémie avait fixés pour la durée de

la captivité de Babylone.

(3) « Ses clients »… Au sens ancien, les gens attachés à sa fortune.

(4) « Faux Frère »… Allusion à Esaü-Edom qui servit à désigner Rome, puis la chrétienté.

114


- PESSAH

Le fait que la Haggadah de PESSAH passe sous silence, ou ne fait que des allusions très rares à la

défaite des Egyptiens et leur disparition dans la mer rouge est très significatif.

Nous ne trouvons dans la fête aucune expression qui peut éveiller en nous des sentiments de vengeance,

et qui peut provoquer la joie des Juifs à la vue de la chute des Egyptiens ; les nombreuses Mitzvoth

attachées à la fête sont les symboles de notre propre détresse, de nos souffrances et de notre état

d’opprimés.

Aucun symbole n’a été institué qui puisse évoquer de près ou de loin la souffrance des Egyptiens,

quand nous évoquons les dix plaies d’Egypte.

Nous versons un peu de vin après chaque plaie afin de réduire la joie que cela peut provoquer.

Tout le thème de Pâques tourne autour de

« ACHER GUEALANOU »

C’est donc notre délivrance, œuvre de la Providence que nous célébrons ; nous sommes par conséquent

en parfaite conformité avec le verset du proverbe 24-17 qui signale « qu’il n’est pas permis de se

réjouir à la vue de la défaite de son propre ennemi. »

La Torah veut aussi éduquer le peuple en évoquant sa propre délivrance et en ne faisant aucun cas de

la défaite de l’ennemi.

Cette notion de la joie fait l’objet des textes particuliers en ce qui concerne toutes les fêtes juives.

A propos de SOUCCOTH, la Torah réitère par trois fois la Mitzvah de se réjouir devant la fête :

« Vous vous réjouirez devant l’Eternel votre Dieu. » (Lévitique XXIII, 40)

« Tu te réjouiras dans ta fête. » (Deutéronome XVI, 14)

« Tu seras seulement joyeux. » (Deutéronome XVI, 16)

De même, pour la fête de CHAVOUOTH, il est fait mention une seule fois de la joie de la fête :

« Tu te réjouiras devant l’Eternel ton Dieu. » (Deutéronome XVI, 11)

Mais à PESSAH il n’est nulle part question de la joie, même pas une seule fois. Pourquoi cela ?

« Parce que, dit « Le Yalkout Chim’onei » (Paracha Emor, 23), à l’occasion de PESSAH, des

Egyptiens ont péri. »

A ce sujet, on raconte dans le Talmud (Sanhédrin page 39), qu’au moment de la défaite égyptienne,

les anges, serviteurs de Dieu, voulurent chanter « le Hallel » à la gloire de Dieu.

L’Eternel leur dit : « Mes créatures sont noyées et vous voulez chanter ! »

On permet aux enfants d’enlever la matsa au cours des soirées de PESSAH, (usage du « vol » de

l’afikomène) afin de les tenir éveillés.

(Pessahim, 109)

115


Par quel texte biblique sait-on qu’il faut boire quatre coupes le soir de Pâques ?

C’est conforme, dit Rabbi Yoh’anan au nom de Rabbi ben Hé Hé, aux quatre expressions

« délivrance » employées dans ces versets (Exode VI, 6 et 7) :

« Donc, dis aux enfants d’Israël que Je suis l’Eternel ; Je vous ferai sortir de l’assujettissement

d’Egypte, Je vous sauverai de leur servitude ; Je vous délivrerai ; Je vous prendrai pour être mon

peuple… »

Ces quatre coupes, dit Rabbi Josué ben Lévi (") doivent rappeler les quatre expressions de

délivrance employées dans ces versets (Genèse XL, 11) :

« J’avais la coupe de Pharaon en main : je pressais le raisin dans cette coupe, et je remettais cette

coupe dans sa paume. »

Puis, (ib.13) : « Tu remettras la coupe de Pharaon… »

Rabbi Lévi dit : elles correspondent aux quatre royautés (les quatre rois qui s’élèveront sur la terre).

(Daniel 7, 17)

Selon d’autres sages, elles rappellent les quatre coupes de punitions dont Dieu abreuvera un jour les

païens :

« Ainsi, m’a dit l’Eternel, Dieu d’Israël, prends la coupe du vin de la colère. » (Jérémie XXV, 15)

« Babel est une coupe d’or aux mains de Dieu car il y a une coupe aux mains de Dieu. »

(Psaume LXXV, 9)

« Il fera pleuvoir sur les impies du charbon, du feu, du souffre, et un vent brûlant est la part de leur

coupe. » (Psaume I, 6)

Cette dernière expression dit Rabbi Abin, figure la double coupe, comme celle que l’on boit après le

bain. Par contre, Dieu fera boire un jour à Israël quatre coupes de consolations, selon ces mots :

« Dieu est mon partage et ma coupe. » (Psaume XVI, 5)

« Tu as oint ma tête avec l’huile, ma coupe est abondante. » (Psaume XVIIII, 5)

Enfin, le verset :

« Je lève ma coupe des saluts. » (Psaume XVI, 13) implique une double part.

116


CHAPITRE IX

*

L’ENSEIGNEMENT

117


LE JUDAÏSME ET L’ETUDE

« Sans étude, pas de judaïsme. Le judaïsme s’efface là où l’amour des études a été perdu. »

(Z. Frankel 1851)

Celui qui refuse d’enseigner une décision doctrinale à son disciple, même l’enfant dans le sein de la

mère le maudit, car il est dit : « Accaparer le blé, c’est se faire maudire par le peuple. »

(Proverbes XI, 26)

Le Talmud ajoute :

« Celui qui étudie la Torah sans chercher à faire des disciples ressemble au myrte du désert dont le

parfum ne profite à personne. »

(Talmud Sanhédrin, R. 23)

LES VIEUX MAITRES

« Celui qui apprend des jeunes maîtres est comparable à celui qui mange des raisins verts et boit du

vin sorti du pressoir, mais celui qui apprend des vieux maîtres est comparable à celui qui mange des

raisins mûrs et boit du vin vieux. »

Rabbi Méir disait :

« Ne considère pas le vase mais ce qu’il renferme : il y a des vases neufs remplis de vin vieux et des

vieux vases qui ne contiennent pas même du vin nouveau. »

(Avoth IV, 26-27)

LE CONSEIL DES ANCIENS

« Si le jeune te dit ”Construis” et si le vieux te dit ”Détruis”, suis le conseil des anciens : car souvent

la destruction des anciens est constructive et la construction des jeunes est destruction. »

L’ENSEIGNEMENT A L’ENFANCE

A cinq ans un enfant doit être initié à La Loi Ecrite.

A six ans il doit commencer l’étude de La Loi Orale et à treize ans il doit être capable d’accomplir

tous les commandements de Dieu.

IMPORTANCE DE L’INSTRUCTION

« Le monde ne subsiste que grâce à l’haleine des enfants qui fréquentent les écoles. »

(Talmud Chabbat, 119 B)

INTERRUPTION DE L’ETUDE

« Sous aucun prétexte il n’est permis d’interrompre les études, même s’il s’agissait de la

reconstruction du Temple de Salomon. »

(Talmud Chabbat, 119)

L’ECOLE

« Une ville où il n’y a pas d’école mérite d’être détruite. » (Talmud Chabbat, 119)

118


CONNAISSANCES ET ACTES

« Celui dont les connaissances dépassent les actes ressemble à un arbre ayant beaucoup de branches

et peu de racines ; avec facilité le vent le déracine et le jette à terre.

Par contre, celui dont les actes dépassent les connaissances ressemble à un arbre qui a peu de

branches mais de solides et nombreuses racines ; même si tous les vents se déchaînent contre lui, ils

ne peuvent le renverser. »

(Avoth 3,22)

UNE BELLE PERLE

La fille de l’Empereur, apercevant un jour Rabbi Yehochou’a, la figure toute noire, s’écria :

« Une belle perle dans un écrin si noir »

« Dites-moi, répliqua Rabbi Yehochou’a, votre père dans quoi conserve-t-il le vin ?

Dans des pots de grès – des pots de grès - tout le monde le conserve ainsi ; ce n’est pas digne d’un

Empereur ! Il devrait le conserver dans des récipients en or, ou au moins en argent – mais le vin

tournerait si nous faisons ainsi –

Eh oui, conclut Rabbi Yehochou’a, vous avez saisi la leçon – pourtant, objecta la princesse, je connais

des gens qui sont intelligents et beaux. C’est vrai, mais s’ils étaient laids, ils seraient encore plus

intelligents. »

(Ta’anith 7, a)

CREATION DE LA YECHIVA

La survie du Judaïsme, dans son ensemble, n’a été assurée – miraculeusement- que par un événement

apparemment minime : La création, au lendemain de la destruction du second temple, d’une yechiva

par Rabbi Yoh’anan ben Zakaï.

Rabbi Jérémie dit, au nom de Rabbi Hiya C. Aba :

« Celui qui n’a ni appris, ni enseigné, ni observé, ni pratiqué mais qui, ayant eu la faculté

d’encourager l’étude de La Loi, l’a fait, sera compris parmi ceux qui sont bénis. »

(Talmud Jérusalem, traité Sotah)

Rabbi Aha dit, au nom de Rabbi Tahouma ben Rabbi Hiya :

« Celui qui a appris La Loi, qui l’a enseignée, l’a observée, l’a pratiquée et qui avait aussi le pouvoir

de l’encourager mais ne l’a pas fait, mérite de tomber sous le coup de la malédiction générale. »

(Talmud Jérusalem, traité Sotah)

« Un vrai Sage ne doit pas se contenter d’être une citerne, de posséder et de conserver pour lui les

connaissances acquises, mais il doit devenir une source dont l’eau abreuve également tous ceux qui

ont soif d’apprendre. »

« Je te rends grâce, Ô Seigneur, de m’avoir réservé une place parmi ceux qui résident dans la maison

d’étude et non parmi ceux qui siègent derrière leur comptoir. »

(Avoth de Rabbi Nathan, 21)

119


LES GARDIENS DE LA VILLE

Plusieurs inspecteurs vinrent un jour de Babylone dans une petite ville de la Judée, où ils ne trouvèrent

nulle trace d’instruction.

Très irrités, ils demandent à voir : « Les Gardiens de la ville ».

L’on mit à défiler les soldats devant eux.

« Ce ne sont pas, s’écrièrent-ils les protecteurs de la cité ! Ils en sont plutôt les destructeurs !

Les vrais protecteurs de la cité, ce sont les instituteurs ; car, si Dieu ne protège pas la ville, la

sentinelle veillera en vain. »

(Talmud Yerouch. H’aguiga, 80 B)

IMPARTIALITE

« Le Maître doit se montrer d’une parfaite impartialité envers ses élèves, mais les enfants des pauvres

doivent être traités avec plus de douceur que les enfants des riches. »

(Talmud Ta’anith, 94a)

REFLEXION MIDRACHIQUE

« Jamais personne n’est venu avant moi à la maison d’études ; je n’y ai jamais laissé personne en

partant ; je n’y ai jamais eu de conversation profane et n’ai jamais rapporté un enseignement que je

n’ai reçu de mes Maîtres. »

(Talmud Sotah, 28 a)

LA PASSION DE L’ETUDE

Hillel l’ancien, qui fut pendant quarante ans président du Sanhédrin à Jérusalem, gagnait péniblement

sa vie.

De son maigre salaire il employait la moitié à l’entretien de sa famille, et l’autre moitié à payer le droit

d’entrée à la salle des conférences publiques.

Hillel, n’ayant pu fléchir le portier du Beth-Hamidrach pour qu’il le laissât pénétrer dans la salle sans

payer la redevance habituelle, eut l’idée de grimper sur la terrasse d’où, l’oreille appliquée contre une

petite lucarne, il pouvait suivre la leçon des deux Maîtres si illustres.

C’était un vendredi soir, en plein hiver, et la neige tombait drue et abondante.

Vers le matin Schmaya dit à Abtalion : « Abtalion, mon frère, d’ordinaire il fait tout à fait jour à

cette heure. Il fait bien sombre aujourd’hui, le ciel doit être couvert. »

Portant instinctivement leur regard vers la lucarne, ils distinguaient une figure humaine collée contre

la petite fenêtre.

On monta aussitôt sur le toit, on descendit un corps transi par le froid.

On le débarrassa de la neige qui l’enveloppait comme d’un manteau et l’on reconnut le pauvre Hillel.

De tous les bancs part ce cri : « Allumons du feu car Hillel mérite bien qu’on transgresse à cause de

lui les prescriptions concernant le Chabbat. »

Et Hillel fût rappelé à la vie.

(Talmud Yoma, 35)

« Tel est le chemin de la Loi,

Pain et sel mangeras,

Dans une écuelle ton eau boiras

Et sur la terre tu te coucheras. »

120


LE MERITE DE L’ENSEIGNANT

« Et Abraham emmena les âmes qu’ils avaient faites à Haran. »

Rabbi El’azar ben Chim’one dit :

« Si tous les habitants du monde conjuguaient leurs efforts pour créer une seule petite mouche, ils

seraient incapables de lui donner la vie. »

Comment, dès lors, a-t-on pu dire : « Les âmes qu’ils avaient faites ? »

« Mais il s’agissait là des âmes des idolâtres qu’ils avaient amenés à adorer Dieu.»

Et pourquoi le mot « faites » est-il employé ?

« Pour nous apprendre que quiconque enseigne à un autre à reconnaître Dieu, c’est comme s’IL

l’avait créé. »

« D’autre part, pourquoi est-il dit « Qu’ils avaient faites ? »

Rav Honna déclare :

« Abraham enseignait aux hommes et Sarah aux femmes ;

Abraham les recevait dans sa maison, leur donnait à boire et à manger, leur montrant beaucoup

d’amour et de bonté, et les amenait sous l’aile de la CHEKHINA (La Présence Divine).

Cela pour nous apprendre que celui qui amène un homme dans l’aile de la CHEKHINA est considéré

comme s’il avait créé cet homme. »

(Midrach)

CREATION D’ECOLE

Rabbi Chim’one Ben Chatah, ayant constaté l’insuffisance de l’instruction donnée par les parents

aux enfants (en vertu du précepte biblique « VECHINAN’TAM ») et du manque absolu de

l’instruction donnée aux orphelins, décida la création de l’école Rabbinique.

ELEVES ET PROFESSEURS

« Ne touchez pas à Mes oints (Chroniques 1-16) ce sont les élèves ;

Et ne faites pas de mal à Mes Prophètes, ce sont les instituteurs. »

(Baba Batra, 21)

121


INSTRUCTION DES ENFANTS

Rabbi Yehouda dit au nom de Rav :

« La journée se divise en quatre parties :

Dans la première, Dieu étudie la Torah ;

Dans la seconde, Il juge les hommes ;

Dans la troisième, Il les nourrit ;

Et dans la quatrième, Il est assis et préside à l’instruction des enfants dans les écoles. »

(Talmud Avoda Zara, 3 B)

« Ce que l’on apprend dans l’âge tendre, tient comme des lettres tracées sur le parchemin neuf. »

L’ENSEIGNEMEN TRANSMIS PAR LES ELEVES

Rabbi Hanania disait :

« J’ai appris beaucoup de mes maîtres ;

J’ai appris davantage de mes condisciples ;

Mais j’ai appris plus encore de mes élèves. »

(Talmud Maccoth, 10 a)

122


CHAPITRE X

*

LES PARENTS ET ENFANTS

123


LE MERITE DES PARENTS ET DES ENFANTS

Légende de Rabbi Honi :

Un jour, tandis que Honi Hamahlgal marchait sur une route, il vit un homme.

Honi lui demanda :

« Combien d’années faut-il pour que cet arbre donne des fruits ? »

L’homme répondit :

« Il faudra 70 ans ».

Honi demanda :

« Es-tu si plein de santé que tu espères encore vivre tout ce temps pour manger de son fruit ? »

L’homme répondit :

« J’ai trouvé un monde avec des arbres fruitiers parce que mes ancêtres les avaient plantés pour moi ;

ainsi ferai-je pour mon enfant.»

(Talmud Ta’anit, 23)

CIRCONCISION

Docteur Charles MERZBACH

Nous croyons, dit Maimonide dans son "Guide des égarés", que tous les commandements ont un sens,

mais nous ignorons quelquefois ce sens, ne sachant pas en quoi il est conforme à la sagesse Divine.

Il ajoute, dans le même ordre d'idées :

Cette législation n'est pas une chose vaine, sans but utile, et, s'il vous semble qu'il en est ainsi, pour

certains commandements, la faute en est à votre compréhension."

Certes, il peut paraître quelque peu arbitraire, de vouloir plier aux normes de la raison, ce qui, par sa

nature même, échappe à notre logique et la dépasse, étant du ressort de la foi.

Les embûches sont nombreuses à qui s'avise d'interpréter l'irrationnel, un tel effort se poursuit pourtant

constamment et inlassablement, répondant, semble-t-il, à une exigence de notre vie mentale.

Ces réflexions ne peuvent manquer de surgir à la considération du commandement relatif à la

circoncision rituelle.

Dès lors, n’est-il pas plus judicieux de s'attacher à saisir la portée de cette loi, plus que sa raison

logique, à en comprendre la valeur humaine, plutôt que le fondement de ses motifs ?

Ces derniers, du reste, risquent fort de nous échapper toujours, dans l'impossibilité où nous sommes

d'interroger le Promoteur de la Loi ; nous nous trouvons réduits à des hypothèses dont l'arbitraire est

évident.

Pour nous Juifs, l'importance exceptionnelle de ce commandement est attestée par de nombreux

passages des Ecritures : Commentaires, interprétations, allégories, etc.

Sa valeur, a-t-on dit, égale celle de tous les autres commandements réunis.

Le terme hébraïque « BRITH » - « Alliance », qui désigne souvent la circoncision, possède une

valeur numérique égale à 612, alors que le nombre total des Commandements est de 613.

Abraham, est-il écrit, n’eut droit à la qualification de « parfait », que l’Ecriture lui décerne, qu’après

l’accomplissement de cette Loi Divine et l’exécution de la MILAH sur sa propre personne.

124


L’opération de la MILAH, trouve-t-on encore, a la valeur d’un sacrifice porté sur l’Autel.

Quiconque porte la signature de l’alliance, rapporte un passage allégorique, ne peut tomber en

perdition, s’il la garde de manière convenable.

Ne nous arrêtons pas aux justifications, d’ordre hygiénique, médical, souvent proposées,

expérimentées et confirmées.

La Loi n’envisage pas tant la santé du corps et sa vigueur, que la santé morale et la force de l’esprit.

Et la valeur humaine de la MILAH, à notre sens, se situe principalement sur le plan moral et

psychologique.

Elle équivaut à un sacrifice, et ce, dans la double acception du terme ; consécration-acte d’abnégation.

En effet, l’enfant nouveau-né se trouve consacré à Dieu et à son culte, et cette dédicace s’imprime

jusque dans la sphère des instincts biologiques les plus fondamentaux, à la source même de la vie ; On

prend du sang, qui est le symbole même de la vie, en vue de l’alliance entre Dieu et Israël sur le plan

de l’individu.

D’autre part, l’épreuve est grande pour les parents appelés dans leur respect des injonctions Divines, à

surmonter leur appréhension, à dominer leur pitié toute naturelle.

Leur attachement au judaïsme et l’amour porté à leur progéniture ont toutes les chances de sortir

fortifiés et grandis par cette épreuve.

La fixation affective a un but, d’autant plus important qu’elle a nécessité plus d’efforts et suscité plus

de peines.

Les parents, par ailleurs, peuvent mesurer, de la sorte, le degré de force de l’âme, et de maîtrise de soi

requise pour le culte divin.

Nul n’ignore, du reste, qu’en principe, il appartient au père lui-même de pratiquer la circoncision sur

son fils, s’il a la compétence et l’habileté nécessaires.

La circoncision est le témoignage de la création du monde et de l’homme.

La Tradition Juive affirme qu’Adam est né circoncis.

Quand nous pratiquons donc cette Mitzvah, nous voulons redonner à l’enfant la perfection du premier

homme avant la faute.

Ce rôle d’élévation et de purification s’exprime, entre autres, dans les versets :

« Vous circoncirez votre cœur » « L’Eternel, ton Dieu, circoncira ton cœur, et celui de ta postérité,

pour que tu aimes l’Eternel ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme, et assures ton existence. »

(Pentateuque)

Ces quelques lignes ne tendraient-elles qu’à souligner l’importance et la valeur toute spéciale de ce

Commandement, ceux qui le négligent sont perdus pour la Communauté Juive.

En abandonnant cette pratique, ils dénoncent le contrat quatre fois millénaires, et perdent les caractères

psychiques et peut-être physiologiques spécifiquement Juives.

125


HONORE TES PARENTS : LE CINQUIEME COMMANDEMENT

---

« KABED ETH-ABIKHA VEETH-IMEKHA LEMA’AN YAARI KHOUN YAMEKHA ‘AL HAADAMAH

ACHER-HACHEM ELOHE’KHA NOTENE LAKH »

« Honore ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent sur la terre que L’Eternel ton Dieu

t’accordera. »

(Exode XX, 12)

Celui que nous aimons par-dessus tout, Dieu notre Père, l’Immortel Créateur de notre âme, nous

prescrit d’honorer et d’aimer de l’amour le plus tendre nos parents, auxquels nous devons notre

existence terrestre.

Ainsi Dieu dans sa bonté nous fait un mérite et un devoir des sentiments les plus doux.

Il nous a donné, dans nos parents, la plus sublime image de son amour divin, de sa Providence et de sa

protection.

C’est avec une tendresse presque divine, un dévouement sans borne que nos parents se consacrent à

notre existence, avant que nous sachions apprécier leurs bienfaits, avant même que notre langue puisse

balbutier les noms sacrés de « père » et « mère ».

Leur sollicitude pour notre bien-être, les soucis et les chagrins qu’ils éprouvent quand un danger nous

menace, chassent de leurs paupières le sommeil ; ils veillent et arrosent de leurs larmes le berceau de

notre enfance ; anges gardiens que le Seigneur a placés auprès de nous, ils nous protègent et nous

guident dans le sentier de la vie, nous instruisent de leurs conseils et nous nourrissent de leur travail ;

aucun effort, aucun sacrifice, ne les arrête dans leur pieuse mission.

Aucune loi ne peut fixer des limites à notre vénération pour nos parents parce qu’elle ne saurait jamais

être aussi étendue ; ce sentiment doit dominer notre cœur et nos facultés ; il doit se manifester par nos

œuvres, comme la base de toutes les vertus, car l’amour pour nos parents et l’obéissance à leur volonté

sont le signe de notre amour pour Dieu et pour notre prochain et de notre soumission aux lois divines

et humaines.

Mais le plus beau tribut de respect et d’amour que nous puissions payer à nos parents, pendant et après

leur vie, c’est notre fidélité inébranlable à conserver l’héritage divin qu’ils nous ont légué, la croyance

dont ils ont eux-mêmes hérité de leurs pères.

La religion des ancêtres est un bien inaliénable, la négliger, la déserter lâchement, abandonner par

orgueil ou cupidité ce patrimoine sacré arrosé du sang de nos pères, serait appeler le châtiment et la

destruction sur nous, l’affliction et le deuil sur ceux qui nous ont donné le jour, et souiller leur mémoire

et leur tombeau.

Ce serait braver la justice du Tout-Puissant qui punit les enfants ingrats et rebelles et dédaigner la

parole du Seigneur qui nous a dit :

« Honore ton père et ta mère »

L’honneur témoigné en fait doit être la conséquence d’un sentiment cultivé et d’une tendresse réelle.

126


On lit dans le Talmud :

« Un homme qui avait nourri son père de volailles grosses hérita de l’enfer, tandis qu’un autre qui

avait fait travailler son père au moulin, hérita d’un paradis. »

Comment cela put-il se produire ?

Voici pour le premier : son père lui dit : « Mon fils où as-tu trouvé ces volailles ? » « Vieux, réponditil,

mange et tais-toi car les chiens mangent sans parler. »

Quant à l’autre, il était lui-même en train de moudre au moulin lorsqu’arriva un ordre du roi

réquisitionnant les meuniers. Il dit alors à son père : « Prends place ici et j’irai moudre pour le roi de

sorte que s’il y a quelque affront à subir ou des coups à recevoir, il vaut mieux que ce soit moi qui les

subisse. » (Péa 15)

Les exemples des savants réputés pour le respect particulier qu’ils témoignaient à leurs parents sont

innombrables dans le Talmud.

Quant à la façon de mettre en pratique le commandement, le Zohar dira :

« C’est en faisant de bonnes actions que l’homme honore le plus son père et sa mère ainsi qu’il est

écrit : le père du juste tressaille d’allégresse, celui qui a donné la vie au Sage trouvera sa joie en lui. »

L’HERITAGE

« Louons maintenant des hommes illustres, nos pères dans leur génération.

Le Seigneur manifesta en eux une grande gloire et même son omnipotence dès l’origine.

Tels ceux qui assumèrent le gouvernement dans leurs royaumes et furent renommés par leur force,

donnant conseil par leur entendement tels ceux qui apportèrent des nouvelles dans les prophéties :

Conducteurs du peuple par leur conseil et par leur entendement, hommes de savoir pour le peuple ;

Sages furent leurs paroles dans leur enseignement ; tels ceux qui cherchèrent des airs de musique et

qui écrivirent des poèmes : hommes riches de capacité, vivant paisiblement en leurs demeures ;

Tous ceux-là furent honorés dans leur génération et furent une gloire dans leur temps.

Il en est d’autres qui ont laissé derrière eux un nom qui proclame leur louange.

Et il en est quelques-uns qui n’ont pas de monument commémoratif ; qui ont péri comme s’ils n’avaient

pas été, et sont devenus comme s’ils n’étaient pas nés et leurs enfants après eux.

Mais ceux-ci étaient des hommes de miséricorde dont les actes justes n’ont pas été oubliés.

Leur postérité garde toujours un bon héritage, leurs enfants sont au sein des pactes.

Leur descendance se perpétue à jamais et leur gloire ne sera pas effacée.

Leurs corps ensevelis en paix et leur nom vit pour toujours.

Les peuples proclament leur sagesse et la congrégation dira leur louange. »

(L’Ecclésiaste 44, 1-15)

127


LA VALEUR DES HOMMES

« C’est un fait : les enfants constituent un héritage divin ; le fruit des entrailles, voilà ce qu’on a

vraiment gagné.

Telles des flèches dans la main d’un héros, ainsi sont les enfants qu’on a dans la jeunesse.

Heureux l’homme qui en a rempli son carquois. »

(Psaume 1,27)

LE RESPECT DES PARENTS

Parmi les commandements de la première table, parmi ceux qui ont trait aux relations entre l’homme

et son Créateur, figure aussi le cinquième commandement, celui qui, à première vue, n’a rien de

commun avec les Sphères Célestes, et semble n’être qu’un principe très important de la vie sociale, de

la famille.

---

« Honore ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Eternel ton Dieu

t’accordera. »

Ce commandement jette les bases nouvelles de la société qui ne pourrait guère exister sans que les

jeunes ne respectent ceux à qui ils doivent leur vie et leur formation.

Abravanel est d’avis que le commandement relatif aux parents concerne en même temps Dieu qui est

Le Père de l’univers. C’est pourquoi il figure sur la première table.

La récompense est, d’après Abravanel, de deux genres, éternelle et immédiate.

Eternelle, car elle émane du plan divin, immédiate par sa portée pédagogique.

En effet, l’attitude que nous adoptons vis-à-vis de nos parents, sera, pour la plupart, celle que nos

enfants auront à l’égard de nous-mêmes.

Ce respect doit même résister à des provocations de la part des parents et persister malgré les

transgressions commises par ceux qui nous ont donné le jour.

Si un homme voit son père transgresser une prescription de la Torah, qu’il ne lui dise pas : « Mon père,

tu violes la Torah », mais « Mon père, il y a dans la Torah tel et tel verset » en laissant au père le soin

d’en tirer la conclusion.

(Talmud Kidouchine, 32 a)

« Quel que soit le sacrifice que fait un homme pour honorer ses parents, il ne fera jamais la moitié de

ce que l’Eternel lui demande. »

(Yerouchalmi Péa, 1)

« Celui qui maudit son Dieu sera mis à mort,

Celui qui maudit son père et sa mère sera puni de mort,

Craignez chacun votre mère et votre père et observez mes Shabbatoth. »

« Ton père mangea et but

Et pratiqua la justice et le droit

Et cela fut bon. »

(Pentateuque)

(Jérémie 22,15)

128


LE CINQUIEME COMMANDEMENT : DES PARENTS

La Torah nous demande, d’une part d’honorer nos parents (Exode XX, 12), d’autre part de les respecter

(Lévitique XIX ,3).

« Les honorer, c’est leur procurer tout ce dont matériellement ils peuvent avoir besoin, c’est soigner

leur bien-être physique ; les respecter, c’est leur apporter l’adhésion de notre âme et l’affection de

notre cœur. »

(Kidouchine 31, b)

Il est écrit dans la Torah :

- - « ETH - HACHEM ELOHEY’KHA TIYRA »

« Tu respecteras L’Eternel ton Dieu »

- « I’CH IMO VEAVI’V TI’RAOU »

« Vous respecterez chacun votre mère et votre père…

Il est écrit, par ailleurs :

« Honore l’Eternel avec tous tes biens… »

-- « KABED ETH - ABIKHA VEETH - IMEKHA »

« Honore ton père et ta mère »

(Deutéronome VI, 13)

(Lévitique XIX, 3)

(Proverbes 3,9)

(Exode XX, 12)

Ce rapprochement nous montre que la Torah a attaché la même importance au respect et à l’honneur

que nous devons à nos parents qu’à ceux que nous devons à l’Eternel.

Le commandement « Honore ton père et ta mère » est suivi immédiatement de celui de « Tu ne tueras

pas ».

« Si vous n’honorez pas vos parents par tous vos moyens matériels, c’est comme si délibérément vous

raccourcissez les jours de leur vie. »

(Tana Débé Elia’hou, 26)

L’Eternel, connaissant la nature humaine, sait parfaitement que l’homme est porté à honorer sa mère

plus que son père, parce qu’elle le gâte plus que celui-ci.

Aussi a-t-il demandé dans la Torah que l’on « honore son père et sa mère » (Exode 29,12) ; le père

autant que la mère.

Par ailleurs, on a tendance à respecter son père plus que sa mère, parce qu’on le craint plus que sa

mère.

(Lévitique XIX, 3)

La mère autant que le père.

(Kidouchine 31, a)

Lorsque les enfants font de la peine à leurs parents, l’Eternel se retire d’auprès d’eux, car Il ne veut

pas subir, Lui aussi leurs mauvais traitements.

(Kidouchine 30)

129


L’Eternel exige pour nos parents un effort et un respect plus étendus qu’il n’en demande pour Luimême.

Il est dit, en effet : « Honore l’Eternel selon ta fortune. »

(Proverbes 3,9)

Mais le commandement « Honore ton père et ta mère » ne connait, lui, aucune restriction. Il faut

subvenir aux besoins de nos parents d’une manière absolue, dussions-nous aller mendier pour ce faire.

(Pésikta 23)

Il y a trois associés dans la création d’un homme : Le Saint, béni soit-Il, le père et la mère.

Quand on manifeste sa vénération à deux de ces associés – le père et la mère, le troisième - l’Eternel,

se sent honoré Lui aussi.

(Nida 31a)

Jusqu’où doit aller l’honneur que nous devons à nos parents ?

Nous pouvons prendre exemple sur ce non-juif d’Ashkelon à qui on est venu proposer une excellente

affaire, mais qui l’a refusée, simplement parce que son père dormait et que la clé de son coffre se

trouvait sous son oreiller.

(Kidouchine 31, a)

Ce même homme avait une mère qui était devenue anormale avec l’âge et ne se gênait pas de frapper

son fils en public, en présence des notables, avec sa chaussure. Mais jamais cet homme ne lui a dit :

« Assez ! » Au contraire, un jour, elle laissa tomber la chaussure avec laquelle elle le frappait et il la

ramassa et la lui tendit pour qu’elle n’ait pas besoin de se donner ce mal.

(Devarim Rabba I)

Jusqu’où faut-il honorer père et mère ? Au point de ne pas réagir même s’il leur arrivait de prendre

toute votre fortune et de la jeter à la mer.

(Kidouchine 32)

Un jour, la mère de Rabbi Tarfon descendit se promener dans son jardin et sa sandale se déchira.

Son fils vint à sa rencontre et posa ses mains par terre pour lui permettre de rentrer chez elle sans

blesser ses pieds.

Lorsqu’elle rapporta ce fait aux sages, en se plaignant de ce que son fils lui faisait trop d’honneur,

ceux-ci lui répondirent : « Même s’il répète ce geste mille fois, il n’aura pas fait la moitié de ce que la

Torah exige de nous dans ce domaine. »

Rabbi Ze’éra, qui n’avait pas connu ses parents, avait l’habitude de dire :

« Ah, si seulement j’avais eu des parents comme tout le monde, j’aurais pu, en les honorant dignement,

acquérir le monde futur. »

Mais lorsqu’il eut connaissance de la réponse donnée par les sages à la mère de Rabbi Tarfon, il dit :

« Loué soit Dieu qui m’a privé de parents, car jamais je n’aurais pu les honorer comme Rabbi

Tarfon. »

(Yerouchalmi Péa, I, I)

Lorsque Rabbi Joseph entendait les pas de sa mère, il se levait en disant :

« Je me lève devant la présence divine qui s’approche. »

« Chacun doit respecter mère et père. »

En présence de cette obligation, j’aurais pu croire que si mon père me dit :

(Kidouchine 31b)

(Lévitique XIX, 3)

130


« Rends-toi impur » ou « Ne rends pas cet objet trouvé », je suis obligé de lui obéir.

Eh bien, non !

L’obligation de respecter nos parents est suivie immédiatement de ces mots :

« Mais vous devez néanmoins observer Mes Shabbatot, Je suis l’Eternel votre Dieu. »

« Tous, vos parents comme vous-même, êtes avant tout, tenus de M’honorer Moi. »

(Yebamoth, 6a)

LE MYSTERIEUX TESTAMENT

Un vieillard, sentant sa fin prochaine, se fit apporter une plume, du papier et de l’encre, afin de mettre

par écrit ses dernières volontés.

Après sa mort, le testament fut ouvert et, à la surprise de tous, voici ce qu’on y trouva :

« Mes biens n’iront à mon fils que le jour où il fera le fou ! ».

Avec ce papier étrange on se rendit chez Rabbi José. Mais ce dernier eut beau tourner et retourner

l’unique phrase, il n’en put rien tirer qui vaille.

Rabbi José et ses collègues décidèrent alors de soumettre l’affaire à une autorité supérieure, c'est-àdire

à Rabbi Yehoucha’a, fils de Korkha.

Peut-être réussirait-il à résoudre l’énigme.

Chez le Rabbin, la porte de la maison était close.

Ils regardèrent par la fenêtre et ce qu’ils virent les remplit de stupéfaction. Ils n’en pouvaient croire

leurs yeux.

Rabbi Yehoucha’a était à quatre pattes sur le plancher ; sur ses épaules passait un licou que son tout

jeune fils tirait du mieux qu’il pouvait, en criant à tue-tête : Hue ! Hue, dada !

Rabbi José et ses amis reculèrent précipitamment, soucieux de ne point montrer à Rabbi Yehoucha’a

qu’ils l’avaient vu dans une posture dont il eut pu rougir.

Ils attendirent quelques minutes, puis frappèrent à la porte.

Rabbi Yehoucha’a vint lui-même leur ouvrir et les pria d’entrer.

Rabbi José expliqua le but de leur visite, et demanda à son hôte de déchiffrer pour eux le langage

mystérieux du testament qu’ils lui apportaient.

Rabbi Yehouchoua’a le lut, puis se mit à rire. Enfin, il dit :

« Si vous étiez venus quelques instants plus tôt, vous auriez vu quelque chose qui eût pu vous aider à

comprendre ce qui est, en apparence seulement une énigme. J’étais en train de jouer avec mon fils, et,

pour l’amuser, je faisais le fou. Vous savez que tous les parents le font, d’une manière ou d’une autre,

dans le but de divertir leurs petits. La signification du testament est donc claire : ce que le vieillard

voulait dire, c’est qu’il ne désirait pas que son fils fût son héritier avant qu’il ne se mariât, qu’il n’eût

des enfants, et ne fit le fou en jouant avec eux. »

131


CHAPITRE XI

*

HUMILITE – HONNETETE –

RAPPORTS AVEC L’AUTORITE

133


CONTE DE GORDON

TRADUCTION D’EDMOND FLEG

Sur un cheval emporté, semant la colère, un homme passait les rues de la ville.

Avec bruit et courroux, ainsi qu’un vent d’orage, le cheval galopait.

Et l’écume de sa bouche, sur sa bride coulait.

Comme l’écume sur l’eau ;

Et sa crinière, comme un drapeau, flottait sur sa nuque ;

Et son sabot, plus dur que la pierre de Shamir, frappait le pavé, et du pavé vers lui montaient des

étincelles.

Or, un jour, un passant parmi les passants de la rue, dit :

« Qu’il est beau, ce cheval, et qu’il est généreux car il n’écrase point sur lui tous les venants de la

porte. »

Mais le Cavalier lui répondit, monté sur sa monture.

« Enfant, ne sais-tu point, ce mors et cet anneau par où, vers l’obéissance je l’attache et le guide. Sans

eux, sache le bien, il eut foulé la foule et nul n’eut échappé ».

Ainsi parla le Cavalier ; et juste fut sa parole.

Car nombreux sont les méchants, et leur pied violent et leur esprit du mal, fouleraient dans le crime

la face de la terre, et leur insatiable course emporterait le monde, sans la bride des Lois.

PENSEES

« Recherchez le bien de la ville, où je vous ai menés en captivité, et priez l’Eternel en sa faveur, parce

que dans la paix, vous aurez la paix. »

(Jérémie 29, 7)

« Priez pour le salut du royaume, car n’était-ce la crainte qu’il inspire, les hommes s’entredévoreraient.

»

La loi du pays lie les Juifs tout autant que leur propre Loi.

Mon fils, crains le Seigneur et le roi et ne te mêle point avec aux gens remuants.

Méfiez-vous des autorités ; elles ne vous approchent que dans leur intérêt ; elles se montrent amies

quand elles ont besoin de vous, et dans votre détresse vous tournent le dos.

(Avoth III, 2)

134


L’HUMILITE

« La sagesse engendra l’humilité. »

(Ibn Ezra 1167)

« L’homme qui fait de bonnes œuvres court plus de risques de se laisser prendre à s’y glorifier que de

succomber à toute autre mésaventure morale, et leurs effets sur sa conduite, en sont malfaisants à

l’extrême.

Aussi, parmi les vertus les plus nécessaires, est celle qui bannit l’orgueil, c’est l’humilité. »

(Bahya Ibn Paquouda -1040)

L’HONNETETE

Rabbi Pinhas, fils de Yaïr, demeurant dans une ville du sud, hébergea un jour deux voyageurs qui lui

confièrent deux sacs d’orge. Ils oublièrent au départ d’emporter leur orge.

Rabbi Pinhas l’ensemença, fit une abondante récolte qu’il accumula dans sa grange et cela dura sept

ans consécutifs.

Au terme de la septième année, les hôtes revinrent et réclamèrent leurs sacs.

« Venez » leur dit Pinhas, en les conduisant dans sa grange, « prenez vos trésors. »

De la loyauté de cet homme de chair et de sang observe le Midrach, tu peux conclure à fortiori à celle

de Dieu.

Enfin, termine le Midrach, Simon fils de Chattah acheta un âne d’un Ismaélite.

Ses disciples trouvèrent, pendue au cou de la bête, une pierre précieuse d’une grande valeur.

Et ses élèves de répéter aussitôt les paroles des Proverbes (X, 22) :

« La bénédiction de Dieu est celle qui enrichit. »

Mais le maître répondit :

« Que parlez-vous de richesses ? J’ai acheté l’âne, je n’ai pas acheté la pierre ! »

Et il l’a rapportée à l’Ismaélite qui s’écria :

« Loué soit le Dieu de Simon ben Chattah »

(Midrach Rabba – Deutéronome)

« Voler un non-Juif est pire encore que de voler un israélite parce que, en plus de la violation de la

grande Loi morale, il y a là en outre la profanation du nom de Dieu. »

(H’illoul Hachem)

135


LA GRANDEUR

« Le soleil se couchera tout seul sans ton aide, celui qui s’humiliera sera élevé. »


« MANE DEHOU ZA’IR YEH’OURAB »

« … Celui qui s’humiliera sera élevé »

Ou,

« MANE DEHIOURAB HOU ZA’ER »

« … Celui qui s’élève sera humilié »

Puis,

,

‘OKEVATTO »

« COL HACHOEF LEHIT’ALOTH HAGUEDOULAH

« Quiconque court après la grandeur, la grandeur le suit. »

(Zohar)

LA MEDISANCE

« Celui qui dit du mal de son prochain, celui qui écoute le mal que l’on dit de son prochain et celui

qui témoigne faussement contre un autre, méritent d’être livrés aux chiens. »

(Talmud Pessahim, 118)

LES REPROCHES

« Certes, c’est une grande Mitzvah que de reprendre son prochain et de le ramener sur la bonne voie ;

mais je doute qu’il y ait dans cette génération quelqu’un qui puisse faire des reproches à son

prochain. »

« Il ne faut pas oublier que s’il y a une obligation de faire des réprimandes à son prochain, c’est une

Mitzvah également de faire son éloge s’il y a lieu : mais on ne le fait que partiellement en présence de

l’intéressé… on ne dit tout le bien qu’en dehors de sa présence. »

(Berechit Rabba, 34)

L’EQUITE

« Tout est donné contre garantie ; mais un filet est tendu sur tous les êtres humains ; le magasin est

ouvert, le marchand fait crédit, le livre de comptes est ouvert et une main y inscrit des notes. Celui qui

veut emprunter peut le faire mais des encaisseurs parcourent le pays chaque jour et se font payer de

gré ou de force.

Ils ont sur quoi fonder leurs exigences ; le jugement rendu est toujours équitable. »

(Avoth 3, 20)

136


CHAPITRE XII

*

PAIX - JUSTICE - CHARITE

137


LA PAIX

« Le monde repose sur trois piliers :

LA VERITE, LA JUSTICE, LA PAIX.

Aux yeux de Dieu celui-là est haut placé

Qui fait la paix entres les hommes,

Entre mari et femme, entre père et enfants, entre voisins.

Celui qui est miséricordieux à autrui

Se verra octroyer la miséricorde du Ciel. »

PAIX ET BIENS TERRESTRES

« Je donnerai la paix dans le pays » (Lévitique 33,6) ajoute l’Eternel qui a déjà promis la nourriture et

les biens matériels à celui qui obéit.

Car à quoi servent ces bienfaits s’il n’y a pas de Paix !

LE BESOIN DE LA PAIX

« Soyez des disciples d’Aaron : aimez la paix et poursuivez-là. »

(Avoth 1, 12)

La recherche de la paix entre les hommes est la seule Mitzvah qu’il ne faut pas observer seulement

quand elle se présente à nous, mais il nous faut courir après les occasions de l’accomplir.

Pourquoi nos Sages nous citent-ils l’exemple d’Aaron ?

Quand deux personnes s’étaient disputées, nous dit la tradition, Aaron allait chez l’un et lui disait que

l’autre regrettait ce qu’il avait dit ou fait ; puis il allait chez l’autre et en faisait autant.

Ainsi il effaçait la haine du cœur de tous les deux et les réconciliait.

C’est pourquoi, à sa mort, tous les enfants d’Israël le pleurèrent.

Etablissez ou rétablissez en toute occasion la paix avec un homme et son prochain selon les paroles du

psalmiste :

« BAKECH CHALOM VERODPHEHOU »

« Recherche la paix et poursuis-en l’établissement. »

« Pour subsister, le monde a besoin de la paix. »

(Psaume 34, 15)

(Avoth 1, 18)

138


LA BENEDICTION D’AARON

« YAER HACHEM PANAY’V ELEY’KHA VIY’H’OUNEKA »

« Que l’Eternel fasse rayonner sa face sur toi et te soit bienveillant. »

Qui ne connait la bénédiction d’Aaron ?

(Bamidbar Nasso VI, 25)

Des trois formules dont elle se compose, c’est surtout la dernière que nos Aggadistes ont commentée

avec une manifeste prédilection.

Ne promet-elle pas la paix, cet inappréciable bienfait des hommes ?

Or le judaïsme aime la paix.

Serait-il, excessif d’admettre qu’une langue se façonne à l’image de ceux qui la parlent et qu’en ce

sens chaque nation a la langue qu’elle mérite.

L’emploi du mot « CHALOM » - « paix » n’est donc pas fortuit ; il nous révèle dans une certaine

mesure les aspirations secrètes d’Israël, ses goûts, ses sentiments véritables, nous dévoile en quelque

sorte son état d’âme.

Nos Sages ne s’y sont pas mépris ; ils en ont proclamé à l’envi la nécessité sociale, la sainteté.

« Là où il y a la paix, il y a la justice. »

« La paix est au monde ce que le levain est à la pâte ; elle entretient la vie. »

« Le lot des Sages, c’est la paix. »

« Il serait peut-être permis de mentir dans l’intérêt de la paix. »

Le mensonge peut se concevoir lorsqu’il sert la cause de la paix, contribue à la réconciliation de

l’homme avec son semblable, du mari avec sa femme.

“LEHATIL CHALOM BEIN I’CH VEÏCHTO “

“ Il établit la paix entre l’homme et sa femme. ”

Cependant il est des docteurs qui sont d’un avis opposé et se déclarent hostiles à ce que l’on pourrait

dénommer le mensonge pacificateur.

Rav, lisons-nous dans le Midrach Yalkout sur l’Ecclésiaste avait une méchante femme qui prenait

plaisir à contrarier son mari. Quand Rav voulait manger des lentilles, elle lui préparait des pois ; Quand

il voulait des pois, elle lui préparait des lentilles.

Pour mettre fin à ces menues vexations, leur fils usa d’un ingénieux stratagème.

Chaque fois que le bon rabbin désirait des lentilles, il allait dire à sa mère que son père voulait des

pois, et la femme faisait aussitôt des lentilles.

Si le rabbin demandait des pois, le fils rappelait à sa mère que son père réclamait des lentilles et la

brave femme d’empressait de lui accommoder des pois. Surpris d’abord de cet heureux changement,

139


Rav finit par découvrir la ruse de son fils, et comprit qu’il lui devait en réalité les bonnes dispositions

de son acariâtre compagne. Il le désapprouva pourtant d’avoir eu recours au mensonge, bien qu’il l’eût

fait dans l’intérêt de la paix conjugale.

« La paix est comme un vase précieux qui contient toutes les bénédictions. »

La paix, aux yeux du Créateur, n’est pas moins importante que l’existence même de l’univers.

Quelle grande chose que la paix ! Le Nom de Dieu Lui-Même est « Paix » ; car il est dit dans le livre

des Justes (6, 24) Gédéon l’appela « L’Eternel de paix ».

« Israël serait-il idolâtre, mais pacifique, que Satan ne pourrait rien contre lui. »

« Au milieu des fureurs de la guerre, il faut des armistices. »

« Dieu n’a rien créé de plus beau que la paix. »

« Tous nos offices se terminent par un appel à la paix. »

Mais ce n’est pas seulement sur cette planète que la paix doit exercer son bienfaisant empire ;

Son influence doit s’étendre jusqu’aux astres suspendus dans l’espace.

« La paix, l’harmonie sur la terre est si désirable qu’il en faut même dans les sphères célestes. »

Enfin, la paix n’est pas uniquement la récompense des Justes et des Pieux en ce monde, elle le demeure

aussi dans le monde à venir.

« Aux morts, eux-mêmes, on parle de paix. »

« La béatitude divine consiste dans la paix. »

« L’ère Messianique ne s’ouvrira que lorsque la paix règnera parmi les hommes. »

LE PRINCIPE DE JUSTICE

Le Talmud, aussi bien que la Bible, fait de la Justice le principe même de l’existence du monde et

réduit ses trois bases à une seule.

La maxime bien connue « Le monde se maintient grâce à trois choses : La Vérité, Le Jugement et La

paix » (Avoth 1, 18), est commentée par le Traité Ta’anith de la sorte :

« Ces trois choses n’en font en réalité qu’une.

Si le Jugement est exécuté, la Vérité est satisfaite et la Paix en résulte. »

La même conception se retrouve dans le traité Haguigua :

« Sur quoi le monde repose-t-il ? Sur un pilier qui a pour nom JUSTICE (Juste), comme il est dit :

« Le Juste est le fondement du monde. »

(Proverbes X, 25) – (Talmud Haguigua 12, 6)

140


DIVERS ASPECTS DE LA CHARITE

Quand les préposés à la caisse de charité faisaient leur tournée pour ramasser de l’argent, ils

s’efforçaient d’éviter Rabbi El’azar Ben Yéoudah car celui-ci avait l’habitude de leur remettre,

chaque fois, tout ce qu’il avait sur lui.

Un jour, Rabbi El’azar était parti acheter le trousseau de mariage de sa fille.

L’ayant aperçu de loin, les préposés prirent un autre chemin.

Mais Rabbi El’azar les avait vus ; il courut après eux et leur demanda dans quel but ils ramassaient

de l’argent.

Ils hésitèrent à lui répondre, mais le maître les adjura de le faire.

Ils lui dirent qu’ils s’occupaient de réunir l’argent nécessaire pour établir un orphelin et une orpheline

qui devaient se marier.

Rabbi El’azar leur remit la grosse somme qu’il avait sur lui en disant :

« Ils ont priorité sur ma fille. »

La vie entre les hommes n’est possible que si la charité prédomine.

Le Psalmiste a déjà dit :

,

, -

« KI AMARTI, ‘OLAM H’ESSED YIBBANEH, CHAMAYIM TAKHINE EMOUNATEKHA BAHEM »

« Le monde doit être édifié sur l’amour entre les hommes. »

(Psaumes 89, 3)

IL Y A TROIS SORTES DE CHARITE

1) Celle qui a valeur d’or… C’est celle que l’on fait en cachette, sans se faire connaître, sans

faire honte à celui que l’on aide.

Le pauvre qui reçoit l’aumône, rend plus service à celui qui la lui donne, que le

contraire.

(Vaykra Rabba, 34)

2) Celle qui a valeur d’argent… C’est celle que l’on fait parce qu’on est en danger ou malade,

parce que l’on a peur.

3) Celle qui a valeur de cuivre… C’est celle que l’on demande à ses héritiers de faire, quand on

sent qu’on va mourir et qu’on n’emportera rien.

141


IL Y A QUATRE MANIERES DE FAIRE LA CHARITE

(Avoth 5, 13)

1) Il y a celui qui veut donner, mais ne veut pas que d’autres donnent.

Il est jaloux des autres. Il veut seul avoir le mérite de son geste, et seul recevoir remerciements et

éloges ; ou bien encore, il veut que d’autres se déshonorent en n’ayant rien donné.

2) Il y a celui qui veut que d’autres donnent… Mais pas lui.

Il est regardant pour ses biens.

3) Il y a celui qui ne donne pas et ne veut pas non plus que d’autres donnent.

C’est l’homme foncièrement méchant ; pour lui, peu importe la situation des pauvres ; si les autres ne

donnent pas non plus, il croit être absout par là.

4) Le fourbe, ses armes sont mauvaises ; il trame des projets perfides afin de perdre les pauvres par

des paroles de mensonge, et l’indigent qui réclame son droit.

L’homme généreux, lui, ne conçoit que des desseins généreux, et il persévère dans sa noblesse.

(Isaïe 37, 7 et 8)

DONNER DE SA PERSONNE

La charité couvre un domaine bien plus vaste que l’aumône ; cette dernière ne demande qu’une

dépense d’argent, la charité exige que l’on donne de sa personne.

L’aumône se donne aux pauvres : les riches ont besoin eux aussi de notre charité.

Seuls les vivants profitent de notre aumône ; tandis que la charité se manifeste aussi envers les morts.

En accomplissant beaucoup d’actes de charité, on augmente la paix entre les hommes.

Les querelles entre les hommes sont souvent causées par des différences qui existent dans leur niveau

social.

En égalisant un peu ces différences, on comble les fossés ainsi creusés entre eux, et on rétablit les

bonnes relations entre les hommes.

FACON DE DONNER LA CHARITE

« L’essentiel n’est pas de donner, mais de donner avec la délicatesse de sentiment.

Celui qui fait que l’être en peine se réjouit, aura sa part à la vie éternelle.

Il prête au Seigneur, celui qui a pitié du pauvre. »

(Proverbes III, 9)

L’ENSEIGNEMENT DE LA CHARITE

Le Royaume de Dieu, soutenaient les Rabbins, est incompatible avec un état de misère sociale.

Ils ne se contentaient pas de nourrir les pauvres.

Ils disent : « Essaie d’empêcher qu’il tombe si bas en lui enseignant un métier. »

« Emploie toutes les méthodes ; avant de le laisser devenir un objet de charité, ce qui doit le dégrader,

quelque affectueux que soit ton comportement à son égard. »

(Chaar Bat Rabim)

142


INCONSCIENCE DANS LA CHARITE

« La Divine Providence récompense chacun selon ses mérites. »

« Mais l’homme est trop faible et trop limité pour comprendre Ses voies et Sa Justice. »

« Il ne peut voir le mal qui se cache derrière la prétendue droiture de ses voisins, pas plus que la piété

et les mérites d’un pauvre mendiant.

« Il ne peut davantage comprendre le but salutaire des souffrances et des peines en ce bas monde. »

Rabbi Nahoum fit une pause pour reprendre son souffle, puis il poursuivit :

« Permettez que je vous parle de moi : cela vous ouvrira les yeux sur la Justice Divine.

Regardez-moi qui suis plongé dans la souffrance, prêtez l’oreille à ma confession ; et vous ne serez

plus étonné de ce qui m’arrive. »

« Un jour, j’accomplissais un long voyage qui devait me conduire de chez moi à la ville où vivait mon

beau-père.

Comme je savais qu’il n’y avait aucune possibilité de se procurer des vivres en cours de route, je

chargeais au départ sur ma mule toute la nourriture dont j’aurais besoin, et je partis ainsi,

abondamment pourvu ; je voyageais l’esprit tranquille, me laissant aller à des pensées heureuses et

fécondes.

Tout à coup, je levais la tête et je vis, gisant au bord de la route, un mendiant à l’aspect lamentable.

Sa maigreur était impressionnante.

Il tendit sa main osseuse et son regard disait encore plus que sa voix rauque et à peine perceptible :

« Rabbi, s’il vous plait, donnez-moi un morceau de pain. »

L’aspect et la voix de cet homme me firent une impression profonde.

J’allais aussitôt vers le mendiant et lui dis :

« Un instant de patience, mon ami ; je vais décharger mes paquets et te donner de quoi manger. »

Je déchargeais soigneusement mes provisions, je pris un paquet et le défis ; je m’apprêtais à lui donner

une tranche de bon pain et un verre de vin quand, levant la tête, je constatais qu’il était mort.

Je me rendis compte que je venais de perdre des minutes précieuses.

J’essayais de ramener à la vie le malheureux, mais toutes mes tentatives furent vaines.

Torturé par un terrible sentiment de culpabilité, je me laissais tomber sur le cadavre du mendiant, et

pleurais amèrement, m’accusant d’avoir tué, par mon inconscience et ma légèreté un homme dont la

vie était entre mes mains.

Au comble du remords, je lançais contre moi-même cette terrible malédiction :

« Que ces yeux qui ont été témoins d’une telle misère, mais n’ont porté secours qu’avec lenteur, ne

puissent plus rien voir ! Que des mains qui ont perdu un temps si précieux soient mutilées sans pitié !

Que ces pieds qui furent lents à accomplir une action noble, soient frappés d’un mal, et que tout mon

corps devienne la proie des souffrances. »

Mon âme ne put trouver la paix que lorsque l’Eternel eût accepté mes ferventes prières.

Voilà pourquoi vous me voyez dans cet état pitoyable, mais qui est pour moi la vraie félicité.

Ma souffrance est maintenant extérieure et passagère, et les peines éternelles me seront désormais

épargnées, quand mon âme retournera à Dieu, pure, sans tâche et prête à jouir du bonheur éternel. »

(Rabbi N’ahoum I’ch Gamzou)

143


CHARITE ET JUSTICE

La charité faite au pauvre est aussi simplement une justice qu’on lui rend.

Prodiguer la charité chacun selon ses moyens, est un principe positif, qui requiert plus de soin et plus

de diligence dans son accomplissement. Car le fait de le négliger peut aboutir à ôter la vie à quelqu’un,

pour autant que le refus d’une aide donnée à temps, peut entraîner la mort du pauvre qui a besoin d’un

secours immédiat.

Quiconque ferme ses yeux à son devoir et endurcit son cœur à l’égard de son frère miséreux est un

homme sans valeur et doit être considéré comme un idolâtre.

Mais celui qui est toujours empressé dans l’accomplissement de son devoir atteste qu’il appartient à la

descendance d’Abraham que le Seigneur a béni ;

« Car je l’ai connu, afin qu’il puisse commander à ses enfants et à sa maison après lui, qu’ils gardent

la voix du Seigneur, faisant la Tsédakah et la Justice. »

(Genèse)

LA TSEDAKAH

La charité est la base principale d’Israël et le fondement de la Loi de vérité ainsi que le prophète déclara

à Sion :

« BITSEDAKAH TIKONANI » « Par la Tsédakah tu seras établi. »

(Isaïe LIV, 14)

Seule la pratique en apportera la rédemption d’Israël. Sion sera sauvée par la justice et ses pénitents

(ou ses habitants ou ses rapatriés de l’exil) par la vertu.

(Isaïe I, 27)

LE NOMBRE N’EST PAS LA JUSTICE

« Tu ne suivras point la multitude pour faire le mal, et lorsque tu prononceras dans un procès, tu ne

te détourneras point pour suivre le plus grand nombre, jusqu’à pervertir le droit. »

(Exode XXIII, 2)

Ce précepte est toujours de circonstance.

Abandonner la majorité, quand la majorité à tort ; délaisser l’iniquité, eût-elle pour elle la force et le

nombre.

Le nombre n’est pas la justice ni la force.

Pour échapper à la peur du forfait, nos Sages ne prononçaient presque jamais de jugement irréparable.

Ils s’ingéniaient à rendre l’application de la peine capitale pour ainsi dire impossible, afin de donner à

la défense toutes les garanties. Ils accumulaient procédures sur procédures.

Le « maquis » entendu ainsi est désirable. Le criminel était de la sorte rarement condamné à la peine

de mort.

Enfin, s’inspirant de notre verset, ils s’interdisaient d’appliquer la peine capitale, à la majorité d’une

voix, de peur de pervertir la vérité et la justice. Il leur fallait au moins une majorité de deux voix.

Il serait à souhaiter que cette crainte salutaire régnât toujours dans l’enceinte des tribunaux.

144


OBSTINATION DE L’ERREUR JUDICIAIRE

Quand une administration fait une erreur judiciaire, jamais elle ne revient sur son erreur, même si elle

s’est trompée de façon absurde. Elle maintient l’erreur, dussent les hommes en mourir.

Cela, c’est le « NOHEG KEBA-OLAM », comportement selon l’habitude en place.

Rien de semblable pour Dieu.

Lorsqu’il avait dit à Jonas d’écraser NINIVE, et que cette ville s’est améliorée, Dieu est revenu sur sa

décision, alors que Jonas, qui était un homme, n’est pas revenu, car l’homme est plus orgueilleux et

moins compatissant que Dieu.

C’est cet orgueil, ce prestige au-delà de tout, qui est la faiblesse de l’homme ; et c’est ce dévouement

et cette modestie, au service de l’être humain qui est propre à Dieu

Et nous devons imiter Dieu.

TSEDAKAH ET JUSTICE

La charité est supérieure à tous les sacrifices, ainsi que dit Rabbi El’azar, comme il est écrit :

« Faire la Tsédakah et la Justice est plus agréable au Seigneur que les sacrifices. »

(Proverbes XXI, 3)

Quiconque s’apitoie sur le pauvre recevra lui-même la compassion du Seigneur.

Qu’il se garde de dire : « Comment puis-je donner au pauvre et diminuer ainsi mes biens. »

Car l’homme doit savoir qu’il n’est pas le maître de ce qu’il possède, mais qu’il en est seulement le

gardien, afin d’exécuter La volonté du Ciel qui lui confie ces choses.

Quiconque refuse l’aumône au nécessiteux se retire par-là du rayonnement de la CHEKHINA et de la

lumière de La Loi.

Aussi l’homme doit-il être très diligent dans l’octroi approprié de la charité.

(Zohar)

145


L’OPPRESSION

A propos de la lutte contre l’oppression, voilà un point tout à fait capital et d’actualité :

Nous sommes à une époque où les opprimés, ou soi-disant opprimés, se lèvent tous contre leur

oppression.

C’est la libération du Colonialisme, c’est la libération de tous les peuples.

Ils se lèvent tous, les armes à la main contre les gens qui les ont occupés ou dominés.

Nous en savons quelque chose, parmi les peuples opprimés, il n’y en a pas de plus opprimés que le

peuple juif ; mais sa réaction a été différente des autres, et c’est par là qu’il est unique, c’est là le sens

de La Loi Juive.

Lorsqu’il y a eu l’oppression d’Egypte, Moïse a lutté contre l’oppresseur avec courage ; mais il a lutté

sur le plan, on peut dire, de la doctrine, en critiquant les méthodes des oppresseurs et en leur substituant

une loi juste, qui devrait être appliquée par son peuple.

Après la libération, est venue, en ce qui concerne le peuple juif, non la vengeance et les réactions de

compensation, mais le désir, l’effort sur soi-même, pour appliquer des bonnes méthodes.

Après la libération extérieure de l’opprimé, est venue la libération intérieure de ses convoitises, de son

orgueil, afin d’améliorer l’humanité, non par la propagande, mais par l’exemple vécu.

La plupart des révoltés qui se soulèvent contre les oppresseurs emploient les mêmes méthodes que

ceux-ci ; il n’y a pour eux que des droits, il n’y a pas de devoirs.

La caractéristique de la Loi Hébraïque et de la Torah, c’est après avoir reconquis le droit à la liberté et

établi les devoirs de la Torah, que l’on peut se considérer un Juste.

C’est une notion unique et que nous ne retrouvons pas dans l’histoire des autres peuples, chez lesquels

les opprimés se sont soulevés dans des révolutions, pour devenir oppresseurs à leur tour.

LE CHOIX DES JUGES

« Je ne puis assumer, moi seul, votre charge !

Comment supporterais-je seul, vos procès ?

Choisissez parmi vous des hommes sages. »

(Devarim I ,9-12-13)

Les magistrats doivent posséder les sept qualités suivantes, dit Rabbi Bérakia :

« La science, l’intelligence, le bon sens, la probité, la crainte de Dieu, le respect de la vie, la haine du

lucre. »

Mais les posséderait-il toutes les sept, qu’un juge unique devrait encore s’interdire de juger son

semblable.

« Comment puis-je supporter, moi seul vos procès, s’écria Moïse, prenez des hommes sages… »

Il n’est qu’un Juge qui puisse juger seul, observe Resch Lakisch, c’est Dieu.

Parce qu’Il est toute vérité, ou plutôt « Dieu et Vérité » se confondent et signifient une seule et

même chose.

Sur Son Sceau est gravé le mot « EMET » - « Vérité »

146


EMET, Vérité, fait remarquer Rabbi Ruben, se compose de trois lettres de l’alphabet, de l’initiale,

de la médiane et de la finale.

L’aleph, , la première lettre de l’alphabet, signifie que Dieu est Le premier de tous les êtres, qu’IL a

toujours existé.

Le Mem , celle du milieu, indique que Dieu est dans le présent.

Et le Tav, , la dernière de l’alphabet et du mot EMET, nous apprend que Dieu ne cessera jamais

d’exister.

Les trois lettres expriment donc l’image même de Dieu, symbolisant en quelque sorte l’Essence

Divine, figurent ce qui a été, est et sera toujours, c'est-à-dire La Vérité, c'est-à-dire Dieu.

Quel Juge serait assez présomptueux pour juger seul et se substituer à Dieu !

LA JUSTICE PAR LES PRETRES

Les prêtres étaient les enseignants de la Torah. Ils administraient la Justice.

« Si tu es impuissant à prononcer sur un cas judiciaire, sur une question de meurtre ou de droit civil,

ou de blessure corporelle, sur un litige quelconque porté devant les tribunaux, tu te rendras à l’endroit

qu’aura choisi l’Eternel ton Dieu, tu iras trouver les pontifes ; descendants de Lévy ou le juge qui

siègera à cette époque : tu les consulteras, et ils t’éclaireront sur le jugement à prononcer.

Et tu agiras selon leur déclaration. »

(Deutéronome XVII, 8-10)

L’IMPARTIALITE DU JUGE

En dehors de l’impartialité la plus stricte, on exige du Juge une attitude compréhensive et humaine.

Son rôle est d’être juste, mais d’une justice charitable.

L’origine commune de « TSEDEK » - « Justice » et « TSEDAKAH » - « Charité » rend

suffisamment bien la parenté existant entre ces deux notions.

LA JUSTICE DANS L’ADMINISTRATION

Une Aggada illustre le rôle réservé à la justice dans l’administration de l’Etat.

Alexandre de Macédoine était venu voir le roi Katzya (il régnait sur un pays situé au-delà de la

mystérieuse montagne noire), qui étala devant lui les monceaux d’or et d’argent.

Alexandre lui dit :

« Je n’ai pas besoin de ces richesses ; en venant vous voir, je désirais seulement observer vos

coutumes, voir comment vous administrez la justice. »

Pendant qu’ils s’entretenaient ainsi, un homme vient se présenter devant le roi ; cet homme était en

désaccord avec un autre auquel il avait acheté un champ avec le produit de ses économies.

Ayant découvert dans le terrain nouvellement acquis, un tas de monnaies enterrées, il dit :

« J’ai acheté le champ, mais non pas le trésor qui s’y trouve caché. »

Le vendeur de son côté déclarait :

« J’ai vendu le tout, le terrain et ce qu’il contient. »

147


Tandis qu’ils argumentaient ainsi, le roi se tourna vers l’un d’entre eux et lui demanda :

« As-tu un fils ? » - « Oui, répondit-il »

Et toi dit-il à l’autre :

« As-tu une fille ? » - « Oui »

« Eh bien, mariez-les et donnez-leur le trésor. »

Alexandre se mit à rire de cette décision

« Pourquoi riez-vous ? lui demanda le Roi Katzya, n’ai-je pas bien jugé ? Supposez qu’un pareil cas

vous eut été soumis, qu’auriez-vous décidé ? »

« J’aurais fait mettre les deux hommes à mort et confisqué le trésor. »

« Aimez-vous l’or à ce point ? »

Puis le roi Katzya fit un festin pour Alexandre.

On servit de la viande et de la volaille en or et Alexandre s’écria :

« Je ne mange pas d’or »

Le roi répliqua :

« Malheur à vous ! Si vous n’en mangez pas, pourquoi l’aimez-vous avec tant d’ardeur ?

Est-ce que le soleil brille dans votre pays ? »

« Certainement »

« Est-ce que la pluie y tombe ? »

« Naturellement »

« Y-a-t-il du petit bétail ? »

« Bien sûr ! »

« Malheur à vous – car alors si vous vivez, c’est uniquement grâce à ces animaux. »

(Talmud Baba Metsi’a)

UNE BONNE MESURE

Quelques rabbins étaient partis faire la collecte des secours destinés aux étudiants de Yéchiva

pauvres et besogneux.

Ils passèrent par la maison d’un Juif riche nommé Bar Bohin.

Sur le point de frapper à sa porte, ils entendirent, venant de l’intérieur, une voix d’enfant qui

disait : « Père, qu’allons-nous manger aujourd’hui ? »

En réponse, Bar Bohin nomma un légume dont le prix était parmi les plus bas.

« Tu veux dire celui dont on a une mesure ou deux pour une mina ? » demanda encore le fils

(la mina était une pièce de monnaie de peu de valeur).

« Tu chercheras celui de qualité inférieure, on t’en donnera deux mesures pour une mina. »

Les rabbins, qui avaient tout entendu, conclurent que de tels propos ne pouvaient sortir que de

la bouche d’un homme mesquin et avare, et qu’il n’y avait pas grand-chose à espérer de lui.

Ils décidèrent de faire d’abord le tour des autres juifs aisés ;

Ils passeraient chez Bar Bohin en dernier. Ce qu’ils firent.

Quand ils se retrouvèrent à la porte de Bar Bohin, et lui demandèrent s’il voulait venir en aide

à une bonne et digne cause, ils furent surpris de recevoir cette réponse :

« Adressez-vous donc à ma femme ; elle vous donnera une mesure de dinarim (pièces d’or). »

Ils allèrent trouver l’épouse et lui dirent que son mari les envoyait à elle pour une mesure de

« dinarim ».

« Une bonne mesure ou une mesure exacte ? »

« Il ne l’a point précisé. », répondirent les rabbins, de plus en plus surpris.

« Dans ce cas, je vous en donnerai une bonne mesure ; et si mon mari me le reproche, je lui

dirai que je prélèverai cette somme sur ma dot. »

148


Les rabbins revinrent chez Bar Bohin pour le remercier de sa générosité.

Il leur demanda quelle sorte de mesure sa femme leur avait donnée.

Ils le lui dirent, ajoutant que si par hasard il désapprouvait « la bonne mesure », son épouse la

prélèverait sur sa dot.

« Une bonne mesure ? C’est exactement ce que je pensais », dit Bar Bohin.

Puis il demanda aux rabbins pourquoi ils n’avaient pas commencé par lui leur tournée.

Ils lui avouèrent qu’ayant surpris sans le vouloir la conversation qu’il avait eue avec son fils,

ils en avaient conclu qu’ils ne pouvaient pas espérer grand-chose d’un riche qui choisit pour

toute nourriture le légume du prix le plus bas.

« Pour les choses qui me concernent, leur répondit Bar Bohin, rien ne m’interdit de faire

comme bon me semble. Quant à la Tsédakah, ce commandement de Dieu, j’estime que je dois

faire du mieux que je peux. »

EXTRAITS DU MIDRACH

Quand ton frère sera dans le besoin…. Tu l’aideras. Il est écrit :

« Béni soit celui qui ne néglige pas le pauvre ; Dieu le secourra dans l’infortune. »

(Psaumes 41, 2)

Rabbi Yonah mettait en pratique ce qu’il prêchait.

Quand il apprenait qu’un homme, précédemment riche, puis ayant perdu sa fortune, avait honte

d’accepter la charité, il allait le trouver et lui parlait en ces termes :

« J’ai entendu dire que vous attendiez un héritage important, et que bientôt vous redeviendrez un

homme riche. Je serais donc heureux de vous prêter un peu d’argent, sans intérêt bien entendu ;

Redevenu riche, vous me le rembourserez. »

Est-il besoin d’ajouter que Rabbi Yonah avait, dans son for intérieur, déjà décidé que cette somme, il

comptait en faire cadeau et n’en escomptait pas le retour.

Rabbi Hagui a déclaré au nom de Rabbi Yo’hanan :

Le Roi Salomon dit des richesses conservées pour son malheur par celui qui les possède :

« Ces richesses se perdent par quelque évènement fâcheux. »

(L’Ecclésiaste 5, 12-13)

Ce-disant, le Roi Salomon pensait au riche qui refuse de venir en aide au pauvre et qui lui dit :

« Es-tu malade pour ne pas te chercher du travail ? Qu’ont donc tes jambes ? Regarde les muscles

que tu as ! »

Alors Dieu dit :

« Non content de ne pas aider le pauvre en ne lui donnant rien de ce que tu possèdes, tu lui refuses ce

que Moi Je lui ai donné ! »

149


De telles paroles coûtent au riche sa fortune, ainsi que le déclare plus loin le verset :

« Il a engendré un fils, et il ne reste rien entre ses mains, car le père ne conserve pas ses richesses et

n’a rien à donner, même à son propre fils. »

Rabbi Josué enseignait :

« Le pauvre qui accepte la Tsédakah fait plus pour le donateur que ce dernier ne fait pour le pauvre. »

Et ce pour cette raison bien simple : alors que le pauvre ne reçoit qu’un morceau de pain, celui qui

donne est récompensé par Dieu, non seulement tant de fois plus qu’il n’a donné, mais il gagne, de

surcroît, une Mitzvah éternelle.

Rabbi Abin enseignait :

Quand un pauvre est debout à ta porte, Dieu se tient à sa droite, ainsi qu’il est écrit :

- « KI - YAAMOD LYMIN EVYION » - « IL se tient à la droite du pauvre »

(Psaumes 109, 31)

« Si tu viens en aide au pauvre, Celui qui se tient à sa droite te récompensera sûrement ; si tu le

renvoies sans rien lui donner, tu auras affaire à Celui qui Se tient à sa droite. »

Rabbi Tarfon confia une fois à Rabbi Akiba six cents pièces d’argent en vue d’un placement.

Il dit à ce dernier :

« Investis bien cette somme ; ainsi nous en profiterons tous les deux puisque cela nous permettra de

nous livrer à l’étude de la Torah sans nous faire de souci. »

Du temps passa… Puis un jour Rabbi Tarfon rencontra Rabbi Akiba.

Il lui demanda :

« As-tu réussi à faire un bon placement ? Montre-moi donc ce que tu as acheté avec la somme que je

t’ai confiée. »

Alors Rabbi Akiba emmena Rabbi Tarfon au Beth-Hamidrach et, lui montrant les Maîtres besogneux

et les étudiants pauvres, jeunes, moins jeunes et vieux, il dit à son ami :

« Tu peux être tranquille et pour le capital, et pour le profit, ainsi qu’il est écrit :

« Il a donné généreusement aux pauvres ; sa justice durera à jamais. »

(Psaumes 112, 9)

150


TSEDAKAH

PAR LE GRAND RABBIN ALEXANDRE SAFRAN

Le temps juif est un temps de la « Berakha » (Bénédiction).

La journée juive est remplie d’au moins cent Bérakhot, car en tout ce qu’il entreprend, en tout ce qu’il

fait, le Juif vit selon La Torah, voit la présence de son Créateur qui lui dispense les biens dont il se

réjouit, voit la puissance de son Dieu qui lui donne la force d’agir conformément à Sa Volonté, trouve

la grâce du Législateur qui lui apprend à exécuter Ses Commandements, les Mitzvoth.

Comment se fait-il alors que pour l’importante Mitzvah de la Tsedakah, de la bienfaisance, le Juif ne

doit pas prononcer une Berakha, une bénédiction ?

Des Maîtres de la Halakhah, de La Loi, tels que Rachba et Maharam, se sont penchés sur cet apparent

défaut dans le système des lois et dans leurs Techouvot (Responsa) ; ils nous ont proposé des réponses

à cette difficile question.

On ne prononce pas de Berakha sur la Tsedakah, disent-ils, car cet acte nous ne pouvons l’accomplir

qu’en fonction d’un autre qui reçoit notre aide.

Or celui-ci, même si nous ménageons ses susceptibilités : « Heureux celui

qui donne des moyens d’autonomie au pauvre », reçoit néanmoins, dans les profondeurs de son être,

une pénible gêne : Il accepte une ... « Un don fait par un être

comme lui, de chair et de sang ».

« Il ne sied donc pas de prononcer une Berakha » sur une action qui est, certes, bienfaisante, mais

qui provoque aussi chez notre prochain un sentiment pénible :

" "

On ne prononce pas de Berakha sur la Tsédakah, disent encore nos Poskim, nos décisionnaires, car

toute Berakha est liée à une action déterminée dans le temps qui nous est proposé par La Torah ou que

nous choisissons nous-mêmes pour qu’elle puisse être effectuée.

Or, la Tsédakah, nous devons être prêts à l’exercer à n’importe quel moment du jour et de la nuit :

« On fait la charité en tout temps ».

Et encore, toute Berakha suppose une préparation intérieure chez celui qui la prononce : La

« HAKHANA » - « Recueillement » et la « VEHAKAVANA » - « L’intention ».

Or, au moment où l’indigent survient et demande notre aide, et notre cœur nous incite à la lui

accorder, nous devons le faire immédiatement. Il nous est défendu de perdre du temps pour

prononcer une Berakha : « Ouvrir, tu ouvriras ta main à l’indigent »,

« Donner, tu lui donneras » sans hésitation et sans retard car il est fort possible que pendant notre

préparation en vue de la Berakha, nous réduirons dans notre pensée la portée de l’aide que nous nous

sommes proposés initialement.

Dans l’optique de la Halakha, dans la philosophie de la Aggada, l’acte de Tsédakah comporte deux

aspects, implique deux phases complémentaires :

151


D’abord la spontanéité : Il répond à un appel de notre cœur d’aider notre prochain en détresse.

« LO TEAMETS ETH LEBABEKHA » - « Tu n’endurciras pas ton cœur »

Ensuite, la réflexion : Il répond à un commandement formel du Législateur divin qui nous ordonne,

d’une façon catégorique, d’aider notre prochain en détresse : (on oblige légalement

les gens à faire la charité), car notre semblable est fait, comme nous, à l’image de notre Créateur.

Au vrai, le commandement de l’amour de Dieu trouve son application concrète dans des actes

témoignant notre amour à l’égard de notre prochain ?

Lequel de ces deux commandements d’amour est-il plus important, demanda-t-on un jour au Baal

Chem Tov ?

« L’amour du prochain, répondit celui-ci, prime sur l’amour de Dieu, car en aimant notre prochain

nous aimons à la fois le Créateur et la créature qu’Il aime. »

Le verset du troisième livre de Moïse a, en effet, la teneur suivante :

, « VEAHAVTA LERE’AKHA KAMOKHA, ANI HACHEM »

« Aime ton prochain comme toi-même, Je suis l'Eternel. »

(Chapitre XIX, 16)

Quelle richesse d’enseignement découle de la pensée halakhique et haggadique sur la Tsédakah ;

Quelle abondance de considérations de la plus haute importance, d’ordre psychologique, moral et

pratique, qui pourrait être utilisée par la société contemporaine devant faire face à des situations plus

difficiles et plus complexes que jamais.

Le problème de la faim se pose aujourd’hui dans un monde rétréci où les hommes et les nations, les

contrées et les continents se confrontent et s’affrontent plus que jamais dans l’histoire de l’humanité !

La faim dont souffrent les populations des pays qu’on appelle sous-développés, qui forment la grande

majorité de la population du globe, n’est plus à considérer comme réalité qui est acceptée, mais comme

un problème, un grave problème, qui exige des solutions immédiates.

Or, ces solutions doivent être envisagées dans le respect des personnes, des groupes de personnes

qu’elles concernent, et non seulement en fonction de nos intérêts, de nos craintes, de notre compassion,

de nos humeurs, de notre subjectivité.

Elles doivent être envisagées à la lumière d’un facteur stable, objectif, absolu : le commandement de

Dieu, la Mitzvah de la Tsédakah, qui exprime une conception claire de l’homme, de la société, de leurs

rapports entre eux en fonction de leurs rapports avec Dieu.

Placer la Mitzvah de Tsédakah dans son véritable contexte halakhique, signifie comprendre réellement

tout le Judaïsme.

En effet, « La Mitzvah de la Tsédakah englobe toutes les Mitzvoth de La Torah » :


« CHAKOULA TSEDAKAH KENEGUED KOL HAMITZVOTH »

“La Bienfaisance vaut toutes les Mitzvoth”

Elle les anime toutes par son souffle d’amour de Dieu et de l’homme, sans lequel aucune Mitzvah n’a

de valeur authentique, de portée véritable.

152


LOIS DE JUSTICE

Rabbin Elie MUNK

« La voix de LA TORAH », (Exode XXXIV, 7 et Deut. XI, 1)


“ VE-ELEH HAMICHPATIM ACHER TASSIME LIPHNEHEM “

« Et voici les statuts que tu placeras devant eux »

(Exode Michpatim XXI, 1)

Rachi explique :

L’Eternel dit à Moise : Ne t’avise pas de dire :

« Je vais leur enseigner un chapitre, mais Je ne me donnerai pas la peine de leur faire comprendre les

raisons des choses et leurs significations. »

Pourquoi le Décalogue est-il précédé et suivi des « Lois de Justice » ?...

Alors que celles-ci figurent en tête de la législation juive, les lois de l’éthique ne suivent que bien plus

loin, au XIXème chapitre du Lévitique, Sidra Kedochim.

Cet ordre correspond au principe de base qui considère les normes de la justice intégrale comme

constituant les fondements de l’édifice social ; alors que les règles d’amour d’autrui en représentent le

couronnement.

L’idée directrice de la Torah est d’instituer avant tout un régime de justice dont les normes répondent

à la notion d’un droit pur et objectif, n’admettant pas d’accommodement et rejetant toute différence

entre le droit, la morale et la politique d’état.

Tout être humain est en droit d’exiger MICHPAT, c’est-à-dire un traitement juste de la part de son

prochain.

C’est aux Sages d’Israël qu’il appartient de développer les principes de « La Loi écrite »,

conformément aux règles de « La Loi orale ».

La première pose les principes ou encore les valeurs de justice qui correspondent à la volonté pure de

Dieu.

La seconde a pour tâche de fixer les modalités d’application des principes dans la suite des générations.

« Il est, en effet impossible, remarque Joseph Albo, que la Loi Divine prévoie les circonstances de

tous les temps, puisque d’innombrables cas nouveaux se présentent en matière de droit et en d’autres

domaines, au point que nul livre ne pourrait les contenir ;

Aussi, certaines règles hermétiques, dont l’Ecriture fait allusion, furent-elles communiquées à Moïse

au Sinaï, afin que les Sages de chaque génération puissent être en mesure d’en déduire les règles à

observer en présence de nouvelles circonstances. »

(Ikarim III, 23)

Cette même thèse a été développée, mais sous des aspects différents, par d’autres autorités.

L’auteur de MAGUID MICHNE pense que l’Ecriture a formulé intentionnellement ses principes, en

termes généraux, afin de permettre aux Sages d’en fixer les détails selon les circonstances de chaque

époque.

(Hilch. Checkhenim)

153


Le Zohar enfin rapporte les MICHPATIM de notre verset aux jugements des âmes, et il montre

comment dans les divers cas cités successivement ces jugements s’appliquent à elles dans la

perspective de la métempsychose.

Cette loi repose sur la doctrine de la transmigration de l’âme d’un corps dans un autre. L’âme pensante

étant immortelle, elle peut animer successivement des corps différents et subir des châtiments ou des

purifications en de nouvelles incarnations, avant de pouvoir s’unir à nouveau à l’âme divine

universelle.

Le Zohar développe longuement ce « Mystère de la transmigration », en rapport avec

le présent chapitre. Cette corrélation repose sur le fait que bien souvent la justice ne nous parait point

être réalisée sur terre.

Que de fois sommes-nous obligés de constater que le crime demeure impuni, que l’injustice la plus

révoltante continue à régner et que les BONS et les JUSTES restent les victimes innocentes.

C’est à ce problème angoissant que Rabbi Chim’one Bar Yohaï vient apporter sa solution, en

enseignant la doctrine de la transmigration.

Elle est susceptible de nous faire admettre l’existence d’une justice immanente dans la suite des

générations.

La récompense et le châtiment peuvent se rapporter à des incarnations précédentes comme ils peuvent

s’accomplir en des incarnations futures.

Aussi, les sentences de justice contenues dans notre Sidra sont-elles les Jugements « Sidre

Haguilgoulim »

Car la Justice réparatrice est immanquable et nécessaire.

C’est en ce sens qu’on a pu dire que l’Histoire universelle n’est rien d’autre que l’accomplissement de

la Justice universelle.

154


ET SI DES HOMMES SE QUERELLENT

-

« VEKHI YERIVOUN ANACHIM »

(Exode Michpatim XXI, 18 – 20)

La loi orale enseigne que la sanction pour coups et blessures infligée à autrui comporte une quintuple

réparation :

La valeur des organes endommagés,

Réparation qui est indépendante des intentions dont l’inculpé était animé.

Les dommages et intérêts pour les douleurs et pour la honte infligées,

Les Frais de guérison

Les indemnités de chômage

Ces sanctions n’ont pas le caractère de pénalité, mais de réparation pour le double préjudice,

physique et moral, causé à autrui.

Cependant, Maïmonide note dans son Michné Torah :

« Le tort causé à son prochain physiquement, ne ressemble point à celui qui lui est causé

matériellement. Ce dernier est en effet expié après avoir réparé le préjudice. Mais celui qui a blessé

son prochain n’est nullement absout par le versement des cinq réparations.

Quand bien même il aurait offert les meilleurs sacrifices du monde, sa faute ne sera expiée qu’après

avoir demandé et obtenu le pardon de la victime.

Quant à celle-ci, elle ne devra pas, à son tour, se montrer impitoyable, mais le sincère repentir de son

offenseur l’incitera à lui accorder promptement son pardon. »

« H’OVEL OUMEZIK MIPENE H’AVERO »

« Celui qui crée des dégâts des biens de son prochain » - Il le fera guérir.

Rachi cite la traduction d’Onquelos :

« Il paiera les honoraires du médecin. »

Nous apprenons d’ici, conclut le Talmud, que le médecin est autorisé à guérir les malades sans que

l’intervention médicale puisse porter atteinte au principe de la confiance en Dieu.

Mais contrairement à Ibn Ezra et Bahya, qui restreignent l’autorisation à la guérison des maladies

externes, les Tossaphistes l’étendent à toutes les maladies, même à celles « envoyées du ciel » (cf. nos

observations dans Comm. Gen. III, 16).

Pour Maïmonide, l’exercice de l’art médical ne repose pas sur une simple « autorisation », elle est au

contraire une obligation religieuse en détail dans « le traité des vœux »,

« MASSEKHET NEDARIM ».

Itsh’ak et Rama défendent cette thèse en citant de nombreux passages bibliques à l’appui.

Mais Maïmonide soutient que si « l’autorisation est donnée au médecin de faire guérir », il ne faut

pourtant pas perdre de vue que l’homme parfait, qui n’est point sujet à l’action des lois naturelles,

n’aura nul besoin d’avoir recours à la science médicale.

(Lévitique XXVI, 11)

Telle n’est pourtant pas l’opinion de Ch. J. D. Azoulaï et d’autres sommités, qui font valoir que

« Personne, de nos jours, ne doit se fier à un miracle. Le patient, quel qu’il soit, doit faire appel au

médecin, tout en mettant sa confiance en Dieu. »

155


LA CONDAMNATION A MORT

Rabbin Elie MUNK, (Sidra Michpatim)

Nos Sages estiment qu’un Sanhédrin qui fait exécuter un coupable une fois en sept ans (ou, d’après R.

El’azar, une fois en soixante-dix ans) est considéré comme un tribunal meurtrier.

S’ils avaient été membres d’un Sanhédrin, ajoutent R. Tarphon et R. Akiba, il n’y aurait jamais eu

une exécution.

(Michna Maccoth 1, 10)

Ce sont en fait les conditions requises pour l’application de la peine de mort qui nous donneront la

réponse.

Celles-ci sont si nombreuses et si complexes, et le degré de certitude exigé pour la culpabilité est si

élevé, que l’exécution ne peut avoir lieu pratiquement que très rarement.

La doctrine Juive se révèle ainsi comme étant stricte et intransigeante dans les principes, mais elle se

montre d’autant plus humaine et clémente dans leur application vis-à-vis de l’individu.

La Bible nous en donne l’exemple dès la première page, lorsqu’elle décrit la commutation de la

sentence de mort proclamée pour le péché originel en celle de l’expulsion du paradis et de l’exil.

Les Sages d’Israël ont suivi cet exemple en abolissant pratiquement la peine de mort et en lui

substituant les peines de réclusion ou des châtiments d’un autre ordre.

En proclamant néanmoins la peine de mort avec tant de force et pour un nombre de cas aussi important

(dont, entre autres les cas précités, l’adultère, l’inceste, l’idolâtrie, la sorcellerie, la pédérastie, la

bestialité, le blasphème, la violation du Chabbat, la fausse prophétie, etc…), la Torah a pour but de

sensibiliser à l’extrême la conscience morale du peuple.

Elle forme son âme st son esprit en flétrissant les pécheurs et les criminels comme des êtres infâmes

et abjects qui ne méritent autre chose que la mort, quand bien même ce châtiment ne peut leur être

appliqué dans toute sa rigueur pour des motifs purement juridiques.


ŒIL POUR ŒIL

(Exode Michpatim, XXI, 22 – 24)

Le principe de la peine proportionnée au délit répond à la notion de la justice pure et constitue de ce

fait le principe de base de la justice pénale.

Cette règle du talion a été critiquée pour son caractère de matérialité rappelant un niveau de civilisation

primitif et ne pouvant satisfaire une conscience juridique plus évoluée.

Mais cette objection est sans objet dans le cadre du droit mosaïque ; car le mode d’application que la

loi orale a fixé dès les origines pour la loi du talion est la réparation du préjudice sous forme de

dommages-intérêts (cf. Rachi)

156


La Loi écrite a en effet pour vocation de proclamer les principes fondamentaux sans tenir compte des

contingences extérieures, et dans leur pureté originelle.

Et c’est à La Loi orale qu’il appartient de déterminer leur mode d’application en s’inspirant de l’esprit

général de la doctrine Juive qui est stricte et intransigeante dans les principes, mais humaine dans leur

application vis-à-vis des individus.

Un premier exemple qui a la valeur d’une indication de principe nous en est donné dans Genèse II, 17.

La loi de justice qui établit une étroite correspondante entre la nation, la faute et l’importance du

préjudice n’a rien à voir avec la vengeance subjective ; car la répression est exercée par la puissance

publique et non par la victime.

Sous la forme spécifique que lui a donnée le droit mosaïque, la règle du talion représente la certitude

d’une rigueur, qui, pour être absolue, n’en est que plus objective, et qui, en dépit des attaques dont elle

a fait l’objet, n’a pu être dépassée par aucune formule plus solide de justice pénale.

Ses détracteurs l’ont calomniée au profit de toutes sortes de doctrines en réalité régressives.

Le talion est la négation du juridisme empirique ou politique d’une cité ou d’un empire, des économies

de grâce des religions, des équilibres approximatifs des systèmes humains.

Mais il est l’affirmation que tout se pèse, et se paie, en métaphysique comme en psychologie, en morale

comme en sociologie, et dès le présent autant que dans l’avenir, individuellement et collectivement.

Aucun des systèmes de rechange si souvent proposés n’atteint le même degré de logique de justice et

aussi d’efficacité morale et pédagogique.

Aussi, « le jus talionis » est-il été affirmé par Kant, comme par les fondateurs du droit international,

comme fondement universellement valable de la justice pénale.

FREUD DEVANT LE TSEDEK ET LA SCIENCE DE LA PAIX

Extraits de conférence du Professeur Henri Baruk et commentaire du Rabbin Elie Munk

Il est incontestable que Freud a réintroduit la psychologie dans ma médecine et a modifié

profondément la conception de l’homme qui était admise dans la civilisation occidentale.

Cette conception de ‘homme avait été forgée sur deux emprunts :

- D’une part, un emprunt à la tradition Gréco-Latine, qui mettait le point sur la maîtrise des pensées

sur la logique, ce qui conférait à l’homme le caractère spécifique d’un être raisonnable ;

- D’autre part, un emprunt à la tradition hébraïque, biblique, qui avait apporté les valeurs morales,

l’amour du prochain, la justice.

Ces valeurs morales étaient rapportées à la raison, à la conscience, et l’homme par-là était radicalement

distingué de l’animal, et SA RAISON et SON SENS MORAL étaient conçus comme le propre de

l’âme de l’homme, distincte totalement de celle de l’animal, et considérée comme immortelle.

Cette conception spiritualiste opposant l’âme et le corps était particulièrement développée dans le

Christianisme.

157


Les découvertes de Freud brisèrent cette conception de l’homme :

D’abord Freud ruina le concept de la raison consciente et montra que l’homme n’est pas conduit en

fait par sa raison, mais par son affectivité et ses instincts.

Lorsqu’il invoque sa raison, c’est pour essayer de se justifier vis-à-vis des impératifs sociaux, et dans

cet effort, suivant Freud, l’homme se trouve souvent obligé de REFOULER ses instincts naturels ;

refoulement qui, suivant Freud, aboutit à la fois à la névrose et à l’hypocrisie.

En centrant toute l’humanité sur l’instinct, Freud apparente l’homme à l’animal, et l’homme est alors

en conflit avec ses instincts pour s’adapter aux exigences de la société.

De là, vient le caractère double de l’homme qui veut paraître ce qu’il n’est pas et qui dissimule ses

pulsions réelles en les cachant dans l’inconscient, d’où la nécessité, suivant Freud, d’explorer cet

inconscient au moyen de l’analyse des rêves, des associations d’idées, des actes manqués, etc…

Dans cet effort, l’analyste se trouve dans la position d’un policier qui soupçonne un délinquant qui se

cache, qui par conformisme, dissimule et refoule des désirs sexuels inavouables. Le malade est surtout

considéré comme un libidineux qui se cache.

La thérapeutique vise donc à libérer le malade de ses efforts de contention.

Ce travail de libération touche déjà l’enfance, car les sanctions de l’éducation laissent, suivant Freud,

des traces névrotiques dans l’esprit même du jeune enfant qui présente déjà des désirs et des ébauches

de sexualité dès le tout jeune âge.

Il en résultait que la doctrine freudienne remettait en cause tous les principes de l’éducation, toute la

tradition orale, et aussi la religion que Freud assimile souvent à l’obsession, c’est-à-dire à une série

d’obligations, de pratiques et de rites qui étoufferaient l’homme qui l’empêcheraient de se libérer.

Dans le domaine social et moral, le psychanalyste centre tous les problèmes sur la satisfaction

systématique des désirs. Dans cette optique, le travail de libération, s’il est parfois utile pour soulager

le malade de certaines inhibitions artificielles, peut être dangereux, s’il amène trop le malade à se

replier sur lui-même en vue de son auto-satisfaction.

Cette méconnaissance systématique du point de vue social d’insuffisance d’éducation, asservis à leurs

moindres désirs, aigris et révoltés contre leurs parents, incapable d’altruisme et d’efforts utiles dans la

Société, exaspérés par leurs complexes d’échec, qui deviennent ensuite des révoltés dangereux,

violents, agressifs, destructeurs et désespérés.

Cette évolution pose le problème de la famille, l’éducation était trop sévère et, s’il y avait lieu parfois,

comme Freud y a insisté, d’atténuer la tyrannie paternelle, il n’en reste pas moins vrai que l’excès

contraire, la faiblesse extrême de l’éducation a de graves conséquences et aboutit trop souvent à

l’expression biblique « BEN SORER VEMOREH » - « Un fils dévoyé et rebelle ».

158


COMMENTAIRE DU RABBIN ELIE MUNK

Nos sociétés modernes dans tous les pays de l’occident sont sérieusement menacées par ce danger, et

l’avenir des nouvelles générations est suspendu à ce problème.

Il est d’autre part, évident que la psychanalyse est animée d’un esprit ANTI-FAMILIAL.

Presque toujours, la recherche, la recherche psychanalytique aboutit à mettre en évidence le rôle

traumatisant du père (complexe d’Œdipe) la fixation à la mère, et lorsque le psychanalyste laisse

deviner cette interprétation à son malade, celui-ci devient REVENDICATIF à l’égard de ses proches,

rejette sur eux la responsabilité de sa maladie et se brouille avec eux.

Sur le plan social, la psychanalyse a éliminé les notions de BIEN et de MAL, de JUSTE et d’INJUSTE,

qu’elle considère comme des résidus de la formation religieuse.

Le coupable est en général plus agressif que la victime parce qu’il se sent gêné par le refoulement du

sentiment de culpabilité.

Le refoulement du sentiment de culpabilité est bien plus grave que le refoulement Freudien qui peut

déterminer des névroses, le refoulement de la culpabilité pour ne pas la réparer entraîne l’agressivité,

la haine, le délire de persécution.

Dans ses premières études avec Breuer, Freud avait souligné un fait intéressant :

Celui qui reçoit une humiliation et la garde sur le cœur sans réagir, tombe malade et fait une névrose.

Mais comment peut-il réagir sans tomber malade ?

Freud, dans son livre « Malaise dans la civilisation », envisage la vengeance, mais la vengeance

appelle la vengeance et accumule des maux sans fin.

Le Pentateuque, au chapitre 19 du Lévitique, trouve un meilleur moyen : celui de la franchise.

Si votre prochain vous a humilié ou vous a fait du tort, il ne faut pas craindre de lui reprocher vivement

son attitude, afin de ne pas se venger et afin de pouvoir « Aimer son prochain comme soi-même ».

Freud n’avait pas vu la solution de la franchise.

La confiance commande en partie la guérison.

La psychothérapie de la confiance a souvent des effets miraculeux, et au lieu de chercher à briser les

résistances du malade par des chocs ou par des toxiques, ou par l’hypnose pour lui arracher ses secrets

et le dominer, nous préférons à cette psychothérapie de subordination, la psychothérapie de la

confiance que nous avons désignée sous le nom de « CHATAM » - « Ouverture ».

Méthode dans laquelle le malade vous ouvre spontanément sa personnalité profonde parce qu’il a

l’espoir et la confiance dans l’aide qui lui est apportée.

C’est cette psychothérapie synthétique de réconfort et d’action affective d’homme à homme qui, à

notre avis, représente la psychothérapie de l’avenir et qui, par le rayonnement affectif, peut rétablir

d’un seul coup la personnalité affaissée ; alors que l’analyse objective et froide de cette personnalité

sans foi dans l’avenir et sans la lumière froide d’un scalpel psychologique, risque bien souvent de

laisser l’homme effondré, et est incapable de relever ceux qui sont courbés.

159


CHAPITRE XIII

*

LA RESPONSABILITE

161


LA RESPONSABILITE D’ISRAEL

« Je suis Juif parce que la foi d’Israël n’exige aucune abdication de mon esprit.

Je suis Juif parce que la foi d’Israël réclame à mon âme tous les sacrifices possibles.

Je suis Juif parce que partout où il y a des larmes et de la souffrance, le Juif pleure.

Je suis Juif parce que, à chaque époque où se fait entendre le cri de désespoir, le Juif espère. »

(Edmond FLEG - 1928)

ENGAGEMENT

« Tous les Juifs sont mutuellement comptables entre eux. »

Chaque Israélite tient l’honneur de son peuple en sa main.

Dans un bateau, sur la mer, l’un des membres de l’équipage commença à creuser un trou au fond de

l’embarcation.

Comme on lui en faisait le reproche, il répondit ;

« Mais je ne creuse que sous mon propre siège. »

Ses camarades lui répondirent :

« Oui, mais quand les eaux s’y engouffreront, nous serons tous noyés avec toi. »

Ainsi en est-t-il d’Israël.

Son bien-être ou son malheur est dans les mains de chaque Israélite et les conséquences de ses fautes

retomberont sur la société tout entière.

(Midrach Rabba)

162


SOLIDARITE COLLECTIVE

La punition donnée à Moïse est la conséquence de la colère de Dieu contre Son peuple.

Preuve que si le peuple peut être puni pour le péché d’un seul, le plus grand de ses fils sera puni pour

le péché du peuple.

Moïse le sait bien et chaque fois qu’il fait allusion à son châtiment il déclare d’une façon explicite,

plusieurs fois, que c’est le péché du peuple qui en est la cause.

« Le Seigneur s’irrita contre moi à cause de vous », dit-il.

(Deutéronome 1, 37)

« La colère du Seigneur contre moi se produisit à cause de vous et IL ne m’écouta pas »

(Deutéronome 3, 26)

« Le Seigneur s’irrita contre moi à cause de vous et IL jura que je ne passerai pas le Jourdain »

(Deutéronome 4,21)

La liaison entre le peuple et toutes ses parties composantes est si profonde que cette punition apparaît

comme justifiée.

Moïse en tout cas, la justifie en trois reprises, car dans sa grande humilité, il n’en fait pas le reproche

à ceux qui ont pêché.

Mais en revanche, cette solidarité dans le châtiment est semblablement cimentée dans la récompense.

Un seul Juste sauve tout Israël et que de fois Moïse l’a sauvé de la colère divine !

Non seulement Moïse, chaque parcelle d’Israël sauve Israël, car chaque Israélite représente le peuple

dans son ensemble et le rédime à chaque instant de sa vie.

A responsabilité collective, salut collectif, car le peuple est un.

RESPONSABILITE DE LA COMMUNAUTE

« C’est d’en bas que doit provenir l’élan initial pour mouvoir la puissance d’en haut.

Ainsi pour former le nuage, la vapeur s’élève d’abord de la terre.

Et de même s’élève la fumée du sacrifice créant l’harmonie d’en haut et l’union de tout.

Si la Communauté d’Israël manquait à donner l’élan initial, L’UN d’en haut ne bougerait pas pour

aller vers elle. »

(Zohar)

163


LE BON PRESIDENT

Sentences talmudiques sur « le Président »

« Chaque communauté a le Président qu’elle mérite, chaque Président a la communauté qu’il mérite. »

(Talmud Zera’im, 17 a)

« Une personne ne doit être choisie comme Président que si elle a une caisse de vermine derrière

elle. »

(Talmud Yoma, 22 b)

C‘est-à-dire que s‘il y a quelque chose de déshonorant dans ses ascendants, pour qu’on puisse « le

remettre à sa place » le cas échéant.

La dynastie de Saül n’a pas duré, car il n’y avait pas de vice dans son ascendance tandis que David

était descendant de Ruth la Moabite.

« Il y a trois choses que Dieu proclame Lui-même, parmi celles-là figure un bon Président du peuple. »

(Talmud Yoma, 55 a)

« Un Président qui impose une crainte excessive à sa communauté ne pourra porter ses regards sur

aucun Sage. »

(Talmud Yoma, 17 a)

« Le Saint (Béni Soit-IL) pleure quotidiennement au sujet des Présidents qui s’enorgueillissent outre

mesure sur leur communauté ? »

(Haguigua, 5 B et Pess. 113 B)

« Une communauté ne doit choisir son Président qu’après en avoir longuement délibéré et y avoir

sûrement réfléchi. »

(Berakhot, 55 a)

« Celui qui a été élu Président n’a plus le droit, après sa nomination, de s’occuper à d’autres

activités ? »

(Kiddouchine, 70 a)

« Après sa nomination, le Président s’enrichira.

(Talmud Yoma, 22 b)

« Un Président qui dirige sa communauté dans le calme et la dignité aura le privilège de diriger sa

communauté dans le monde futur. »

164


FIERTE DU PEUPLE JUIF

« Oui, je suis un Juif, et quand les ancêtres du très honorable gentleman étaient des sauvages brutaux

dans une île inconnue, les miens étaient prêtres dans le Temple de Salomon. »

(B. Disraéli)

LE RESPECT

« Quelle que soit la finesse, la noblesse et la capacité de quelqu’un, il ne saurait commander le respect

et se faire apprécier par les autres s’il ne réussit pas à concrétiser ses talents et à communiquer son

message à la société, grâce à une œuvre majestueuse et créatrice. »

(Joseph Bar Soloveici)

COMBATTRE L’ANTISEMITISME

« Avant de pouvoir efficacement combattre l’antisémitisme nous devrons d’abord en débarrasser notre

propre esprit et nous libérer de la mentalité d’esclave qu’il incarne.

C’est seulement lorsque nous nous respecterons nous-mêmes que nous pourrons gagner le respect des

autres, ou plutôt le respect des autres viendra alors de lui-même. »

(Albert Einstein, 1920)

SOUFFRANCE

« L’esprit soutient le corps durant la maladie, mais l’âme blessée, qui la relèvera ? »

(Proverbes 18, 14 – IX 23)

L’Eternel dit à Moïse :

L’INTERVENTION

-

« LEKH – RED » - « Va descends »

(Exode 32)

Que signifie « Va descends » ? L’Eternel veut dire à Moïse :

« Moïse, descends de ta grandeur car Je ne t’ai donné cette grandeur que pour le bien d’Israël.

A présent qu’Israël a péché, pourquoi te la conserverais-Je ? »

Aussitôt Moïse vit ses forces l’abandonner et il se sentit trop faible pour parler.

Mais, dès qu’il entendit Dieu lui dire : « Laisse-moi, je vais les anéantir » (Deut 9,14)

Moïse se dit… « Cela dépend de moi », et il se mit aussitôt résolument à prier, demandant miséricorde

pour Israël.

On pense à un roi humain, courroucé contre son fils et qui serait en train de le battre sévèrement. Un

ami du roi, témoin de cette colère, n’oserait pas venir en aide au fils, mais, dès que le roi aurait dit :

« Si ce n’était pas par égard pour Untel, mon ami ici présent, je te tuerais. »

L’ami se dirait : « La chose dépend de moi »…

Et aussitôt il interviendrait en faveur du fils.

165


ANNONCEZ AU JUSTE QU’IL EST BON…

- « IMEROU TSADIK KI - TOV… » - « Dites au juste qu’il sera heureux »

(Isaïe 3, 10)

Peut-on un seul instant envisager qu’il y a des Justes « bons » et d’autres qui ne le sont pas ?

Bien sûr : Celui qui est bon envers Dieu et envers les hommes est un Juste « bon »

Par contre, qui n’est bon qu’envers Dieu, mais mauvais envers les hommes, est un Juste qui mérite le

qualificatif de « mauvais ».

Et l’on peut faire un raisonnement identique à propos de la suite du texte d’Isaïe (3,11) :

« OY LARACHA’ RA’ » - « Mais hélas ! Le malheur atteindra le méchant »

Y a-t-il donc des méchants qui ne sont pas « mauvais » ?

Pourquoi alors ajouter ici ce qualificatif ?

En réalité, il y a effectivement des mauvais méchants et des bons méchants.

Si quelqu’un est mauvais envers Dieu et envers les hommes, c’est un mauvais méchant.

Mais s’il est mauvais seulement envers Dieu, mais non avec les hommes, c’est un méchant qui ne peut

pas être qualifié de mauvais.

(Kidouchine 40 a)

- .....

« Les chérubins auront leurs ailes étendues vers le haut… et leurs figures tournées l’une vers

l’autre. »

(Exode 25, 20)

Le Talmud demande à ce propos (Baba Batra, 99 a), pourquoi dans la Torah est-il dit :

« Leurs figures seront tournées l’une vers l’autre ».

Tandis que dans les Chroniques (II 3, 13), on précise que « Leurs figures étaient tournées vers

l’intérieur » ?

Et il répond :

« Dans le premier verset il s’agit de la position des chérubins quand les enfants d’Israël accomplissent

la volonté de l’Eternel, dans l’autre quand ils la transgressent. »

Cette réponse énigmatique du Talmud est expliquée par Rabbi Yits’hak El’Hanane Kovno de la

façon suivante :

« Les enfants d’Israël accomplissent la volonté de l’Eternel quand ils se trouvent dans la situation de

deux êtres qui se répondent l’un à l’autre, quand chacun d’eux a son cœur dirigé vers le cœur du

prochain, prend part à sa joie et à ses deuils, l’aide et le soutient quand il est dans le besoin.

Par contre, quand les enfants d’Israël ont leurs regards tournés vers l’intérieur de leur maison, ne se

préoccupent que de leur bien-être, négligent le prochain et lui tournent le dos, alors ils contreviennent

à la volonté de l’Eternel. »

-

« EL - HAKAPORETH IYOU PENEH HAKEROUVIYM »

« Vers le propitiatoire, leurs figures sont dirigées. »

(Exode 25, 20)

Tout un chacun doit s’efforcer de prendre ces chérubins comme modèles : d’une part, tendre ses efforts

vers Dieu et accomplir tous ses devoirs envers Lui, mais d’autre part, il faut aussi se tourner vers son

prochain, participer à ses peines et l’aider.

C’est ainsi seulement que l’on peut se considérer comme ayant fait tout son devoir.

166


- « OUPHNEHEM ICH EL - AH’IV »

« Les figures des chérubins seront disposées face à face. »

(Exode 25, 20)

Les Dix Commandements étaient gravés sur deux Tables, dont l’une comportait les devoirs envers

Dieu, l’autre les devoirs envers le prochain.

Parlant des chérubins qui couvraient l’Arche Sainte contenant ces Tables, la Torah nous précise qu’ils

étaient « face à face », pour nous enseigner que l’on ne peut dissocier dans les Dix Commandements

la face qui porte les devoirs envers le prochain.

C’est ensemble seulement qu’elles constituent les Dix Commandements.

Mais c’est en accomplissant ses devoirs envers Dieu qu’on est à même seulement d’observer

correctement tous les commandements envers le prochain.

La famille Garmo était spécialisée dans la fabrication des pains de proposition, ces pains

confectionnés avec de la fine fleur de farine, que l’on renouvelait chaque semaine dans le Temple de

Jérusalem.

Jamais on ne trouvait de pain de bonne qualité entre les mains des enfants de cette famille pour qu’on

ne puisse pas dire : « Ils se nourrissent de pain de proposition ».

Ceci, afin de mettre en application ce verset :


« VIHYITEM NEKIYIM ME - HACHEM OUMEYISRAEL »

« Vous serez quittes envers Dieu et envers la communauté d’Israël. »

(Nombres 32, 22)

La famille Eutinas, elle, était spécialisée dans la fabrication de l’encens pour Le Temple.

Aussi, jamais une fiancée ne sortait parfumée de leur maison.

Et lorsqu’ils épousaient une femme originaire d’une autre ville, ils stipulaient avec elle, qu’elle ne

devait jamais se parfumer, afin que l’on ne dise pas : « Ils se parfument avec de l’encens ».

Ceci afin d’accomplir ce qui est écrit dans la Torah :

« Vous serez quittes envers Dieu et envers la Communauté d’Israël. »

(Yoma 38, a)

Le receveur des dons du Temple ne doit pas entrer dans le local où est déposé l’argent, vêtu d’un

manteau doublé (on pourrait le soupçonner de cacher de l’argent dans la doublure), ni chaussé de

souliers, afin que l’on ne puisse pas dire, s’il devient riche, qu’il s’est enrichi avec les dons faits au

Temple. Car l’homme doit être en règle avec le Créateur, mais aussi avec les hommes, pour accomplir

ce qui est écrit : « Vous serez quittes envers Dieu et envers la Communauté d’Israël ».

(Talmud de Jérusalem - Chekalim III, 2)

167


CHAPITRE XIV

*

LES FAUTES – LA PENITENCE – LE PARDON

169


LES FAUTES « ISAÏE XL-IX, 10 »

« Ainsi parle l’Eternel : où est l’acte de divorce de votre mère par lequel Je l’aurais répudiée ?

Auxquels de mes créanciers vous ai-Je vendus ?

Ah, ce qui vous a vendus, ce sont vos crimes ; ce sont vos péchés qui ont chassé votre mère !

Pourquoi suis-Je venu et n’ai-Je trouvé personne ?

Dieu n’a pas exilé arbitrairement les enfants d’Israël pour satisfaire l’instinct fratricide des peuples

vainqueurs.

Son décret résulte des œuvres des enfants d’Israël malgré leurs méfaits ;

Dieu n’a cherché qu’à les délivrer, à condition qu’ils se repentent.

Cependant la voix des Prophètes qui les conviaient à la pénitence est restée sans écho.

Les péchés, les iniquités du peuple ont endurci son cœur, et ils n’arrivaient plus à comprendre les

bienfaits de Dieu et Son désir de le délivrer car ce n’est pas le pouvoir qui leur manquait, mais la

conviction qu’ils méritent cette délivrance. »

Rabbi Simon fils d’El’azar dit :

« Je n’ai jamais vu un cerf qui soit gardien, un lion qui soit porteur et un renard boutiquier, cependant

ils sont tous pourvus de pitance. »

Et l’homme qui a été créé pour servir l’Eternel ne mériterait-il pas de pouvoir le nourrir sans peine ?

Mais il a mal agi et aussi porte préjudice à sa subsistance.

Comme il est dit :

« Ce sont vos enfants qui ont dérangé le cours des lois, vos péchés qui vous ont privés des bienfaits. »

(Talmud Kidouchine, 82)

« Aucun péché ne survient à celui qui rend méritante la multitude. »

(Avoth V, 18)

Moïse mérita et fit mériter les multitudes, le mérite des multitudes est suspendu à lui.

(Prophète Malachie)

170


LA CONVOITISE

En parlant du « mauvais œil », désignant le pouvoir qu’excite la convoitise, le Talmud fait allusion à

Joseph.

Rabbi Johanan, célèbre par sa beauté physique, avait l’habitude d’aller s’asseoir aux portes des bains ;

il disait : « Quand les filles d’Israël en sortent, qu’elles me regardent et elles auront des enfants aussi

beaux que moi.

Ses collègues lui dirent : « N’as-tu pas peur du mauvais œil ? »

« Je descends de Joseph » répondit-il, contre qui le mauvais œil ne peut rien, car il est écrit :

-

« BEN PORAT YOSSEF BEN PORAT ALE AYIN »

« Joseph est le rejeton d’un rameau fertile près d’une source »

(Genèse XLIX, 22)

Et Rabbi Abbahou dit :

« Ne lisez pas -

« ALE AYIN » - « Près d’une source »

Mais « OLE AYIN » - « Triomphant du mauvais œil ».

Rabbi José B. Hanina dit :

Voici sur quel texte R. Yohanan se base :

« VEYIDGOU LAROV BEKEREV HAARETS »

« Qu’ils croissent et deviennent une multitude au milieu de la terre. »

(Genèse XLVIII, 16)

C’est-à-dire comme les poissons

« DAGUIM » de la mer, recouverts par les eaux, sur lesquels

le mauvais œil est sans pouvoir ; de même il n’en a aucun sur la postérité de Joseph.

Oui, si vous le voulez, dites que l’œil qui ne désire pas avoir part au bien d’autrui (comme ce fut le cas

pour Joseph), ne saurait subir l’influence du mauvais œil.

(Berakhot, XX a)

Existence qui résiste au mauvais œil.

Existence qui ne suscite pas l’envie, parce qu’existence absolument sans cupidité.

Un texte cité dans le Zohar (en langage araméen) que pourrait balbutier toute personne se sentant

visée de convoitise :


« ANA MIZARHA DE YOSSEF TSADIKA AL TICHLETOU HEYNA BICHA BI »

« Je suis un descendant de Joseph le Juste, ne m’enveloppez pas du mauvais œil. »

171


LA PASSION

« Le péché est tapi à la porte ; il aspire à t’atteindre, mais toi, sache le dominer. »

(Bérechit Rabba IV, 7)

Bahya Ibn Paquouda cite ce verset à l’appui de sa thèse au sujet de la lutte contre la passion.

(Devoirs des cœurs V, 1)

Et il précise :

« Elle (la passion) veut gouverner, mais qu’elle ne t’en impose pas, malgré la foule innombrable de

ses amateurs et la multitude de ses suppôts.

Car l’essence de son artifice, c’est de donner le mensonge pour la vérité.

Sa volonté inébranlable, c’est de faire triompher l’erreur.

Comme elle est proche de ta chute et combien sera-t-elle rapide ta perte si tu suis ta faiblesse. »

LE COEUR

Le cœur est rusé par-dessus toutes choses et il est mauvais, qui peut le connaître ?

« C’est moi, le Seigneur, qui sonde le cœur et qui éprouve les reins pour rendre à chacun selon sa voie

et selon le fruit de ses actions. »

(Jérémie 17, 9 – 10)

« Le cœur et les yeux sont les deux courtiers du péché. »

(Talmud Berakhot X, 1)

LA RESPONSABILITE DANS LE SOCIAL

Un jour la queue du serpent disait à la tête :

« Pourquoi est-ce toujours moi qui obéis, et toi qui commande ? Je veux commander à mon tour. »

« Je le veux bien » répondit la tête.

Et la queue s’empresse de la prendre au mot et de se mettre en mouvement…

Mais qu’arriva-t-il ? A peine a-t-elle fait quelques pas, qu’elle tombe dans un buisson, puis dans un

bourbier, puis dans un brasier.

Quelle est la cause de ces accidents ?

L’outrecuidance de la queue prétendant remplacer la tête.

Même résultat dans le monde social : si les petits suivent les grands, tout va bien.

Si, au contraire, les petits prétendent gouverner les grands, tout va de travers.

(Debarim Rabba)

« La jalousie, le mauvais penchant et la haine occasionnent la perte de l’homme. »

(Avoth 2, 11)

« La joie et la légèreté conduisent l’homme à l’immortalité. »

(Avoth 3, 17)

« Le mauvais penchant, à ses débuts, n’est pas plus fort qu’un fil d’une toile d’araignée ; mais si vous

le laissez-vous dominer, il acquiert l’épaisseur et la résistance d’un câble. »

(T. Berechit Rabba, 22)

172


LE PARDON DIVIN ANNUEL

Une province étant restée en retard du paiement de ses contributions, le roi se décide à aller de sa

personne en opérer le recouvrement.

Arrivé à une distance de dix lieues de la cité récalcitrante, il aperçoit les premiers magistrats de

l’endroit qui viennent lui présenter leurs hommages.

Pour leur donner une marque de sa bienveillance royale, il leur fait abandon du tiers de l’impôt arriéré.

Arrivé ensuite à cinq lieues de distance, il se trouve en présence des principaux notables qui viennent

lui faire les mêmes démonstrations de respect.

Fidèle à son précédent, il les accueille avec la même faveur en leur faisant remise d’un second tiers de

l’impôt.

Il arrive enfin aux portes de la ville et là c’est le peuple tout entier - hommes, femmes, enfants et

vieillards – qui accourt aussitôt au-devant de ce roi et le reçoit par d’unanimes acclamations.

Que fait alors le roi ? Il fait abandon de ce qui reste encore de l’impôt, en disant :

« Passons l’éponge sur le passé, établissons un compte nouveau qui courra à partir d’aujourd’hui. »

Voilà bien ce qui se passe à propos des jours de pénitence et de mortification !

Dans le courant du mois de « Elloul », les chefs religieux de la Communauté se livrent au jeûne, au

repentir, et Dieu leur fait grâce du tiers des méfaits de la Communauté.

Depuis le jour de l’an jusqu’à la veille de Kippour, tous les membres importants de la Communauté

jeûnent, prient et obtiennent encore l’abandon du second tiers de leur dette religieuse et morale.

Vient enfin le jour d’expiation où tout Israël - hommes, femmes et enfants - se livre à l’abstinence.

Alors Dieu proclame le pardon définitif.

« Effaçons le passé, dit-il aux pêcheurs, et préparons le compte de l’avenir. »

(Vaykra Rabba, XXX)

L’ABSOLUTION DES FAUTES

« Vous serez purifiés de tous les péchés que vous avez commis envers l’Eternel » dit le texte de la

Torah. Car Yom-Kippour n’apporte le pardon que pour ces fautes.

Quant à celles commises envers le prochain, il faut d’abord que nous en obtenions l’absolution auprès

de celui envers qui nous avons mal agi.

(Talmud Yoma, 85)

CIRCONSTANCES ATTENUANTES

« Je ne peux en vouloir à personne et encore moins le condamner depuis que le Temple est détruit, car

depuis cet évènement qui nous a tant affligé, aucun de nous n’est dans son état normal et chacun peut

donc bénéficier de circonstances atténuantes s’il est entraîné au péché. »

(Talmud ‘Iroubine, 65)

REPENTIR

« Chaque bonne action devient l’avocat de l’homme qui la fait, chaque péché son accusateur. »

(Zohar)

173


INVITATION AU REPENTIR

« Cherchez le Seigneur, pendant qu’Il se trouve, (présent), invoquez-Le tandis qu’Il est près.

Que le méchant délaisse sa voie, et l’homme injuste ses intentions (péchés).

Qu’il retourne au Seigneur et Il aura pitié de lui.

Qu’il retourne à notre Dieu, car Il pardonne abondamment.

Car Nos pensées ne sont pas vos pensées et Mes voies ne sont pas vos voies, dit le Seigneur.

Mais autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant Mes voies sont élevées au-dessus de vos

voies et Mes pensées au-dessus de vos pensées.

Car, comme la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent plus, mais arrosent la terre et

la font produire et germer de sorte qu’elle donne la semence au semeur et le pain à celui qui mange,

Ainsi sera La parole qui sortira de Ma bouche ;

Elle ne retournera point vers Moi sans effet, mais elle fera ce en quoi J’aurai plaisir et prospèrera

dans les choses par lesquelles Je l’aurai envoyé. »

(Isaïe 55, 11)

LA PENITENCE CONTINUELLE

Rabbi Eliezer enseignait : « Fais pénitence un jour avant ta mort.»

Ses élèves lui demandèrent un peu surpris :

« Mais, est-ce que l’homme connait le jour de sa mort ? »

Et le Maître répondit : « Raison de plus pour faire pénitence tous les jours et de se trouver certainement

en règle avec sa conscience, selon le mot du Sage Roi Salomon : « Que tes vêtements soient toujours

éclatants de blancheur et que l’huile parfumée ne manque jamais sur ta tête. »

(Talmud Traité Sanhédrin, 153 a)

Les principes de la pénitence sont cités dans le Deutéronome IV, 29 et 30 – XXX 2, 9

-

-

« OUVIKACHTEIM MICHAM ETH - HACHEM ELOHEKHA OUMATSATA VETIDRECHENOU BEKHOL-

LEBABEKHA OUVKHOL - NAFCHEKHA »

« C’est alors que tu auras recours à l’Eternel ton Dieu et tu Le retrouveras, si tu cherches de tout

ton cœur et de toute ton âme. »

LES GARDIENS DE LA CITE

Ne dites jamais d’un Juif non-pratiquant qu’il est un « RACHAA » - « Impie ».

La Loi nous l’interdit parce qu’être Juif c’est déjà être le contraire de ce que veut dire « RACHAA ».

Le Juif éloigné des pratiques peut y revenir et c’est la « TÉCHOUVAH » - « Retour ».

La Téchouvah a de multiples vertus : elle fait rentrer au bercail les brebis égarées, opère le grand

rassemblement des esprits et de cœurs, reforge l’unité de notre peuple.

Il ne faut jamais désespérer d’un Juif même quand il se perd dans les méandres de l’assimilation,

délaisse la Communauté.

Son âme reste éternellement juive même si elle perd son éclat.

174


LE MAL ET LE REPENTIR

« L’Eternel récompense une personne non seulement pour les bonnes actions qu’elle fait, mais aussi

pour les mauvaises qu’elle ne fait pas », enseignait Rabbi Chim’one.

Et il basait son enseignement sur le verset :

,-


OUCHMARTEM ETH-H’OUKOTAÏ VEETH-MICHPATAÏ ACHER YA’ASSEY OTAM HAADAM VAH’AÏ

BAHEM, ANI HACHEM

« Et vous observerez mes lois et mes ordonnances parce que l’homme qui les pratique vivra par

elles, Je suis Hachem. »

Verset qui est suivi de nombreux interdits (Lévitique 18, 5).

Ainsi donc la Torah indique qu’il est aussi méritoire et digne de récompense de s’abstenir de faire le

mal que de faire le bien.

(Talmud Maccoth, 3 – Michna 11)

Rabbi Chim’one avait une grande sympathie pour celui qui tâchait de s’amender après des péchés

qu’il avait commis.

Il ne faut pas faire honte à une telle personne, enseignait-il.

De plus, il appuyait son enseignement sur la Torah, Il dit :

« Remarquez que la Torah demande que la bête offerte pour le rachat du péché (HATTATH’) soit

égorgée à la même place où était égorgée au Beit-Hamikdach, la bête offerte en holocauste (OLAH).

De cette façon, personne (le COHEN excepté) ne pouvait savoir que l’offrande était faite pour le

péché, et en conséquence, il n’en résultait aucun embarras pour le pêcheur. »

De même, Rabbi Yohanan enseignait au nom de Rabbi Chim’one Bar Yohaï,

« Pourquoi la prière silencieuse fut-elle instituée (Le Chmoné Esreh), dite silencieusement, puis

répétée à haute voix par l’officiant ?

Afin que celui qui désire confesser ses péchés à Dieu puisse le faire silencieusement, et aussi n’en

avoir point honte. »

(Talmud – Todah, 32 -6)

Pour souligner le fait qu’il n’est jamais trop tard pour faire La Téchouvah (repentance), Rabbi

Chim’one disait :

« Même si un homme a vécu dans le péché toute sa vie, et qu’à la fin il se repente parfaitement, ses

mauvaises actions ne lui seront pas rappelées le jour du Jugement. »

(Talmud Kidouchine, 40 B)

175


SOLLICITATION DU PARDON

« EYN ‘AVONE ‘OMED BIFNE HATECHOUVAH »

« Aucun péché ne résiste à la pénitence. »

(Talmud Avoda Zarah, 7)

Un Prince avait des fils que de mauvaises fréquentations poussèrent au crime et à la dégradation. En

apprenant leur indigne conduite, le père les chassa.

Réduits à la honte et à la misère, les fils s’adressent aux amis de leur père et sollicitent leur intervention

auprès de lui.

Mais ce dernier reste inflexible.

« Ce ne sont plus mes enfants, s’écrit-il ; je les renie, je les déshérite, ce sont les rejetons d’une

prostituée. »

Cependant les amis insistent :

« Vous ne pouvez pas les méconnaître, lui dirent-ils, leur ressemblance avec vous étant trop

frappante »

Voilà bien l’histoire d’Israël tombé dans les bas-fonds de l’idolâtrie.

Dieu déclare qu’Il les renie, qu’Il ne les reconnaît plus pour ses fils.

Alors Israël s’adresse à ses Prophètes, les prie de solliciter Son pardon, et ceux-ci s’empressent de faire

cette démarche.

« Pour qui donc intercédez-vous ? demande Dieu aux Prophètes.

Est-ce en faveur de Mes enfants ? Ce ne sont pas Mes fils, mais les fruits de la prostitution. »

« Vous aurez beau les renier, répliquent les défenseurs d’Israël, leur ressemblance avec Vous est

indéniable. Tous ceux qui les voient la reconnaissent et l’affirment. »

Tel est l’esprit du plaidoyer de Moïse à propos du veau d’or !

« Tu appelles les Israélites non pas Ton peuple, mais le peuple de Moïse.

Eh bien, non, ils sont et ils resteront le peuple de Dieu »

Et Dieu l’approuve, et Il cède aux instances de ce courageux défenseur, et Il les appelle de nouveau

Son peuple.

(Chemoth Rabba XLVI)

176


RESIGNATION DE MOÏSE

Un roi qui avait plusieurs enfants de son épouse se décide à la répudier pour une faute dont elle s’est

rendue coupable envers lui.

« Tu es le Maître, lui dit la reine, dis-moi seulement le nom de celle qui doit me remplacer. »

« C‘est une Telle », répond le roi.

Que fit la reine ?

Elle réunit ses enfants et leur dit :

« Savez-vous que votre père a résolu de me chasser et de me remplacer auprès de vous par une marâtre

dont la haine et la malveillance se substitueront pour vous à ma tendresse maternelle ? »

Les enfants, qui ne comprennent pas où leur mère veut en venir, et qu’elle sollicite implicitement leur

intercession auprès du roi, gardent le silence et s’abstiennent de toute démarche en sa faveur.

Alors la pauvre mère, avant de les quitter pour toujours, a soin de leur recommander de ne jamais

manquer envers leur père aux devoirs de la piété filiale.

Telle est aussi la fin de Moïse et son attitude envers Israël.

Il s’adresse à son peuple et lui dit :

« Savez-vous que vous allez entrer dans la Terre Promise, sans moi, qui suis condamné à mourir ici,

et que Josué va me succéder auprès de vous ? »

Mais, hélas ! Son espoir dans l’intercession et les instances d’Israël auprès de Dieu est cruellement

déçu.

Le peuple ne comprend pas et il ne tente aucun effort en vue de la cassation de l’arrêt de mort prononcé

contre son Pasteur.

Lorsque celui-ci est revenu de son illusion, que fait-il ?

Au lieu de se lamenter et de gémir sur son sort, il recommande de nouveau à son peuple, et dans les

termes les plus puissants, l’amour et la crainte de Dieu.

(Debarim Rabba)

177


EXTRAIT DU MIDRACH KOHELETH

Le Roi Salomon, auteur de L’Ecclésiaste, « KOHELETH » dit :


,

« YECH RA’A H’OLA RAÏTI TAH’AT HACHAMECH, ‘OCHER CHAMOUR LEBE’ALAV LERA’ATO »

« Il est un mal cuisant que j’ai constaté sous le soleil : c’est la richesse amassée pour le malheur de

celui qui la possède. »

(Koheleth 5, 12)

Il vit que tout, sous le soleil, est insensé et inutile, et il conseille l’effort vers la repentance et les bonnes

actions, concluant en ces termes :

--

,--

« SOF DAVAR HAKOL NICHMA’ ETH - HAELOHIM YERAH VEETH - MITZVOTAÏ CHEMOR, KIY - ZEH

KOL - HAADAM »

« En conclusion tout se dévoile : aïe la crainte de Dieu et observe Ses Commandements, car là est

tout l’homme. »

(Koheleth 12, 13)

Les Sages ont conté la parabole suivante :

Un homme de grand savoir était assis à un port où un grand nombre de vaisseaux se préparaient à partir

chacun dans une direction différente ; ils allaient vers toutes les parties du monde.

Des marchands étaient sur le point de s’embarquer, qui sur l’un, qui sur l’autre de ces vaisseaux,

emportant leurs marchandises vers les contrées lointaines.

L’homme dont le savoir était grand jetait un coup d’œil sur ces marchandises, puis disait aux

négociants :

« Celles-ci sont bonnes pour telle ville, celles-là pour telle autre. Veillez à porter vos articles aux

endroits appropriés ; c’est le bon moyen pour vous de gagner beaucoup d’argent. »

Nul doute que ces marchands étaient reconnaissants au Sage pour ses bons conseils.

Ainsi, le Roi Salomon, le plus Sage des hommes, dit :

« J’ai vu toutes les choses que poursuivent les hommes sous le soleil ; Elles ne sont que vanité. Ce

n’est point-là marchandises appropriées à emporter avec soi dans le Monde Futur.

Seules le sont la repentance et les bonnes actions. »

178


LE REPENTIR SELON MAÏMONIDE

En quoi consiste un repentir parfait ?

C’est lorsque disposant de l’objet qui l’avait fait tomber dans le péché et ayant la possibilité de

commettre à nouveau ce péché, le pénitent s’en abstient, non par crainte ni incapacité physique, mais

en raison de son repentir.

Comment entendre cela ?

Supposons qu’un homme soit tombé dans le péché au sujet d’une femme et qu’à quelque temps de là,

se trouvant en tête-à-tête avec elle, animé du même amour, jouissant des mêmes capacités physiques

et dans la ville même où il avait auparavant péché, il s’abstienne de commettre la même faute, on doit

le considérer comme un parfait pénitent.

Si l’on ne se repent qu’une fois devenu vieux et incapable de persévérer dans sa pratique coupable, le

repentir a beau n’être pas de meilleure qualité, il n’en est pas moins utile au pêcheur, qui a droit d’être

considéré comme un pénitent.

Eût-il commis des transgressions tous les jours de sa vie, s’il se repent à l’article de la mort et meurt

pénitent, tous ses péchés sont annulés.

L’Ecriture, en effet, ajoute :

« Avant que ne s’obscurcissent le soleil et la lumière, la lune et les étoiles et que les nuages ne

reviennent après la pluie. »

(L’Ecclésiaste XII, 2)

Or, ce qu’elle décrit ainsi, c’est le jour de la mort.

Il faut donc entendre que si l’on pense à son Créateur, et que l’on se convertisse à Lui avant de mourir,

on obtient Son pardon.

En quoi consiste le simple repentir ?

Dans le fait que le pêcheur abandonne son péché, l’éloigne de sa pensée et décide, selon son cœur, de

n’y plus retomber.

L’Ecriture en effet déclare :

« Que le méchant abandonne sa voie

Et l’homme d’iniquité ses pensées ;

Qu’il retourne au Seigneur qui aura pitié de lui

A notre Dieu, qui ne se lasse pas de pardonner ! »

Il regrettera aussi d’avoir transgressé, comme nous dit le verset :

« Après mon retour (à Dieu) j’ai regretté (ma faute). »

(Isaïe LV, 7)

(Jérémie)

Prenant à témoin Celui qui connaît les secrets des cœurs, il promettra de ne jamais plus retomber dans

le péché dont il s’agit.

L’Ecriture déclare en effet :

« Nous ne dirons plus à l’ouvrage de nos mains : Tu es notre Dieu. »

(Osée XIV, 4)

179


Il devra aussi se confesser verbalement et énoncer les résolutions qu’il a prises en son cœur.

Qui se confesse verbalement sans avoir pris en son cœur la résolution de renoncer à son péché, celuilà

est semblable à un homme qui prendrait un bain de purification en tenant à la main un reptile et

auquel le bain ne serait de nul profit aussi longtemps qu’il n’aurait pas jeté le reptile.

Et c’est bien ce que dit l’Auteur sacré quand Il déclare :

« Celui qui avoue (ses transgressions) et y renonce obtient miséricorde. »

(Proverbes XXVIII, 13)

Le pécheur a l’obligation de spécifier son péché en le désignant avec précision, conformément au

verset : « Je t’en supplie…. ce peuple a péché d’un grand péché ; ils se sont faits des dieux d’or. »

(Exode XXXII, 31)

La conversion à Dieu exige, entre autres choses, que le pénitent soit toujours en train de se lamenter

devant Dieu dans les pleurs et les supplications, qu’il pratique la charité dans toute la mesure de ses

moyens et qu’il s’éloigne considérément de ce qui l’a fait tomber dans son péché.

Le pénitent modifie également son nom comme pour signifier qu’il est devenu un autre homme que

celui qui a commis ces actions pécheresses. Il amende aussi tous ses actes et se comporte suivant la

voie droite. Il abandonne volontairement son lieu de résidence, car l’exil comporte l’expiation de la

faute du fait qu’il oblige le pécheur à s’abaisser et à être humble et mortifié.

C’est une conduite extrêmement louable pour le pénitent que de confesser publiquement ses fautes et

de faire connaître ses péchés à l’assistance, de dévoiler à des tiers les transgressions qu’il a commises

à l’égard de son prochain.

Il leur dit :

« Il est véritable que j’ai péché contre telle personne en me conduisant de telle sorte envers elle ; or

aujourd’hui, voici que je m’en repens et que je le regrette.

Mais un homme qui s’enfle d’orgueil et qui, loin de déclarer son péché, le dissimule, ne saurait rendre

son repentir accompli.

L’Ecriture, en effet, déclare :

,

« MEKHASSE PHECHA’AV LO YATSLIYAH ‘, OUMODE VE’OZEV YEROUH’AM»

« Qui dissimule ses péchés ne réussira point, et qui reconnait et renonce à ses fautes obtient

miséricorde. »

(Proverbes XXVIII, 13)

Malgré le fait que le repentir mêlé de cris est opérant à toute époque de l’année, il y a une efficacité

particulière manifestée dans la période des dix jours de repentance qui séparent le Jour de l’An du Jour

des expiations.

Il est agréé sur le champ, comme le montre le verset qui déclare :


« DIRCHOU HACHEM BEHIMATSEO KERAOUHOU BIYOTO KAROV »

« Cherchez le Seigneur pendant qu’Il est accessible ! Appelez-Le tandis qu’Il est proche. »

(Isaïe LV, 6)

Cette restriction ne s’applique qu’au cas particulier.

S’agissant d’une collectivité, quelle que soit l’époque de l’année où elle manifeste de tout son cœur et

avec des cris son repentir, sa prière est exaucée, comme le prouve le verset qui déclare :

« Car quelle est la nation assez grande pour que ses dieux lui soient proches comme l’est LE Seigneur

notre Dieu toutes les fois que nous L’invoquons ! »

(Deutéronome IV, 7)

Le jour des Expiations est le temps où tous doivent se repentir, les particuliers comme le public.

Ce jour marque, en effet, le terme de la période prévue pour l’absolution et le pardon d’Israël et, pour

cette raison, il est nécessaire que tous se repentent et se confessent au Jour des Expiations.

180


CHAPITRE XV

*

L’UNIVERSALITE DU JUDAÏSME

181


TRADITION JUIVE

Albert Einstein - 1933

« La poursuite de la Connaissance comme une fin en soi, un amour presque fanatique de la justice et

le désir de l’indépendance personnelle, tels sont les traits de la Tradition Juive qui fait que je remercie

mon destin d’avoir fait que je lui appartiens.

Ceux qui se déchainent aujourd’hui contre les idéaux de la raison et de la liberté individuelle, qui

tentent d’établir par la force brutale un esclavage étatique sans âme, ceux-là reconnaissent à juste

titre en nous des adversaires irréductibles.

Mais, tant que nous demeurerons les serviteurs dévoués de la vérité, de la justice et de la liberté, nous

continuerons non seulement à survivre, comme le plus ancien peuple vivant, mais aussi à fournir par

notre travail créateur des fruits qui contribueront à l’embellissement de la race humaine. »

« L’histoire de la religion Juive est le récit magnifique des recherches d’une communauté mondiale,

fidèle en dépit des tentations, et se refusant à transiger avec sa conscience. »

(J.B. Agus – L’évolution de la pensée Juive)

UNITE DU JUDAÏSME

Le Judaïsme exige une unité absolue, calquée sur l’unité du Créateur, unité de la pensée et de l’acte,

de la lettre et de l’esprit.

Toute tentative faite pour contester cette unité ne peut que méconnaître le vrai caractère de la Torah et

lui enlève sa valeur de stimulant. Cela ne signifie pas, au contraire qu’à l’intérieur de la pure Doctrine

Juive, il soit impossible de distinguer divers courants.

Mais ces courants, eux, se trouvent être inhérents à la Loi révélée sur le Sinaï.

Dès l’époque Talmudique, on voit les rabbins discuter entre eux et s’affronter sur divers sujets

juridiques. Mais ces dissensions s’opéraient à l’intérieur du domaine de la Loi sans l’intervention

d’aucune influence étrangère.

Ainsi s’expliquent les discussions entre Hillel et Chamaï, Rab et Chamouel, Abbaye et Rabba.

Il ne fallait, pour trancher entre ces divers avis, pas moins que l’Autorité divine, affirmant, par

exemple, que « l’opinion des uns et des autres représente la parole de Dieu vivant, mais que la

Halakhah (la décision finale) est à fixer d’après l’opinion de Hillel.

La Parole Divine peut, à l’intérieur de La Loi être comprise de telle ou telle façon, mais la décision

sera prise d’après l’avis de la majorité.

Les caractères sont divers, mais, la Torah Orale étant interprétée au moyen de treize principes selon

Rabbi Ychmaël, l’intention doit être de vouloir avec sérénité, dégager le sens de l’enseignement divin,

en vue de découvrir en quoi la Torah aide à résoudre les problèmes de chaque âge.

Les fils de Jacob représentaient douze tempéraments opposés, mais ils s’accordèrent, à la demande de

leur père, à répondre :

182


"HACHEM ELOHEINOU HACHEM EH’AD »

« L’Eternel est notre Dieu, l’Eternel est Un »

La Torah, on le voit, exige de l’individu qu’il accepte de se soumettre, sans restriction, au contenu et

à l’esprit de La Loi.

On a pu comparer, dès lors, la Torah au soleil.

Qui accepte de vivre à la lumière de l’Enseignement divin bénéficie de sa chaleur, mais ses rayons

chauffent également, quoique moins vivement, ceux qui essayent de s’en détourner.

Qui peut échapper d’ailleurs à la lumière du soleil ?

Ainsi, ceux-là même qui refusent de s’intégrer à la tradition d’Israël jouissent, à leurs corps défendant,

des rayons bienfaisants ; mais seulement de certains d’entre eux, dans la mesure où, n’ayant accepté

qu’un des aspects de La Loi, ils en refuseraient les autres.

La Loi d’Israël, sans perdre son dynamisme que les dissensions des Sages entretiennent, peut servir,

en cette époque désaxée, de facteurs de stabilité, de référence stimulante, en affirmant en toute netteté

l’harmonie entre les divers éléments de la Création, en soulignant l’Unité du Créateur et de la Créature,

de la chair, de l’esprit et de l’idée.

Le judaïsme demain…

« Le Judaïsme est une réalité vivante.

Il s’est modifié considérablement au cours de longues périodes de son histoire et n’a pas encore épuisé

toutes ses potentialités. »

(G. Sholem – Les grands courants de la mystique juive)

FACE AU JUDAÏSME

G. Montefiore - 1897

« Nous Juifs, avons une responsabilité plus lourde dans nos croyances et dans notre vie, que peut-être

n’importe quelle communauté religieuse.

Quoi que vous fassiez, ne vous abritez pas sur l’idée « cela ne regarde que moi ».

En effet, cela vous regarde, mais cela me regarde, moi aussi, et cela regarde la communauté.

De même nous ne saurions négliger le monde extérieur, une lumière crue est projetée sur chaque Juif.

C’est une grave responsabilité, celle-ci que d’être Juif, et vous ne pourriez-vous distraire, même si

vous choisissez de l’ignorer.

Ethiquement ou religieusement, nous ne pouvons, nous Juifs, être ce que nous sommes ou agir d’un

cœur léger.

Dix mauvais Juifs peuvent contribuer à notre perte à tous ;

Dix bons Juifs peuvent contribuer à nous sauver.

Pour quel myniane optons-nous ? »

183


L’EXISTENCE D’ISRAËL

« Si Israël en tant que nation demeure capable de poursuivre son existence durant des millénaires, si

ses fils en tant que croyants individuels peuvent survivre à toutes les catastrophes nationales, c’est

parce qu’Israël est porté par la force de l’esprit qui le rend souverainement indépendant des

conditions et des servitudes éternelles valables ordinairement.

Et c’est ce contraste du plan spirituel et du plan naturel qui est la compréhension de la méfiance et de

l’hostilité des nations à l’égard d’Israël. »

(Rabbin Elie Munk)

« Israël aspire à deux choses contradictoires : Il veut être comme tout le monde et être à part. »

(Ernest Renan)

LA LUMIERE D’ISRAËL

« Et tu commanderas aussi aux enfants d’Israël d’apporter de l’huile d’olive, concassée pour l’éclairage.

(Exode Tetsavé XXVII, 20)

« Maître du Monde, s’écrièrent les enfants d’Israël, Toi qui répands la clarté sur toute la terre, Tu nous

ordonnes d’illuminer Ton sanctuaire ! »

L’Univers est plein de Ton rayonnant éclat et Tu nous commandes de monter un candélabre !

Pourquoi éclairerions-nous Celui qui crée La Lumière ? »

« Ce n’est pas pour Moi, répliqua Dieu, que vous allumerez la lampe, mais pour les nations idolâtres

qui vous entourent. »

« Lorsque les lumières brilleront dans Ma demeure, les peuples s’étonneront et demanderont :

En l’honneur de qui, Israël illumine-t-il ?

Vous répondrez : En l’honneur de Celui qui éclaire Tout. »

Pour alimenter les lumières, continue le Midrach, pourquoi aller choisir « l’huile d’olive, fine et

concassée » ? Parce que l’huile d’olive symbolise le peuple d’Israël.

L’olive ne donne son produit qu’après avoir été pilée, écrasée.

Ainsi Israël, lui aussi, on le pile, on l’écrase, et il n’est bon qu’autant qu’on le malmène, il n’est fort

qu’autant qu’on l’opprime.

L’huile d’olive ne se mélange pas aux autres liquides.

Tel encore Israël dispersé aux quatre coins du monde, il résiste partout aux assauts des confesseurs

environnants, ne se laisse point absorber, et agite toujours avec fierté la bannière du monothéisme.

Enfin, l’huile d’olive surnage.

Ainsi Israël, il ne peut rester en bas, il tend à monter toujours ; il ne lui convient pas de croupir dans

les régions basses ; il cherche à s’épanouir sur les hauteurs.

Et, lorsqu’on le voit au fond de l’abîme, perdu à jamais, il reparaît soudain à la surface, plus vigoureux

encore – pareil à l’huile d’olive – il surnage toujours.

184


Il faut ajouter que les antisémites du temps de POURIM, cette engeance est de toutes les époques et

de tous les pays, s’efforçaient déjà de noyer sous des flots de mensonges et de calomnies « Le peuple

Unique, mais dispersé » qui se permettait d’avoir des mœurs plus douces, plus pures, différentes en un

mot des sujets d’Assuerus.

Or, ce peuple singulier « ‘Am Ehad » (un peuple unique) répandu dans toutes les provinces

« Méfouzar Ouméforad » rebondissait sans cesse sous l’outrage de la suspicion.

A peine les « Hamane » se réjouissaient-ils de le voir toucher le fonds du vase d’amertume qu’Israël

en saisissait de nouveau les bords.

Comme l’huile d’olive, les enfants de Jacob ne seraient pas longtemps au-dessous.

Ils ont tendance à s’élever.

C’est leur malheur.

Mais il serait ridicule de leur en faire un reproche.

Allons donc le demander à l’huile d’olive…

L’EXPERIENCE

« Le Juif a subi tant de coups, il a enduré tant d’injustices, il a fait si complètement l’expérience des

misères de l’existence, que la commisération pour le pauvre et pour l’humble est devenue une seconde

nature en lui.

Et dans ses errances douloureuses, il a vu de si près tant d’hommes de toutes les races et de tous les

pays, partout différents et semblables partout, qu’il a compris, qu’il a senti dans la chair de sa chair

que l’homme est un, comme Dieu est UN.

Ainsi se forme une race qui peut avoir les mêmes vices et les mêmes vertus que les autres races, mais

qui est sans aucun doute la plus humaine de toutes les races. »

(Edmond Fleg, 1928)

« Estimez-vous heureux, enfants d’Israël !

Devant qui devez-vous vous purifier, et qui finalement vous purifie ?

C’est votre Père Céleste Lui-même. »

(Yoma 81)

185


POURQUOI J’AIME TANT LES JUIFS

Professeur R. Selam Voize

Ancien déporté (Non-Juif) - Agrégé de l’Université

L’apport révolutionnaire d’Israël à l’humanité fut sans conteste la notion du bien et du mal, le sens

moral.

Chez les Grecs, prédominait le goût de la beauté ; aux dépens de toute autre considération ; la beauté

était une fin en soi, elle excusait tout, justifiait tout. Les Grecs étaient des esthètes.

Mais la beauté est-elle parfaite si elle n’est pas conforme aux canons du vrai et du bien ?

Tout ce qui est beau n’est pas pur, tout ce qui est doux n’est pas bon.

C’est toute la question de l’art pour l’art qui se pose ici, et plus encore la question de l’art de vivre.

Or, pour Israël, la suprême instance, c’est la moralité.

Mais l’esprit du judaïsme et essentiellement synthétique ; Israël a intégré la beauté et la vérité à la

moralité. La beauté n’est parfaite que si elle n’est un scandale ni pour la vérité ni pour la moralité ; le

bien est en soi une splendeur, le bien est rayonnant d’une beauté spirituelle en conformité avec la vérité

éternelle.

L’amour du beau, le goût du vrai, le sens du bien sont des tendances innées à l’homme, dont il faut

nécessairement tenir compte. L’homme ne doit être mutilé dans aucune de ses tendances naturelles.

Et le génie d’Israël, ce fut précisément d’établir une connexion organique entre le vrai, le beau et le

bien ; de les concilier dans cette synthèse ineffable qu’est la sagesse ; la sagesse pouvant se définir une

synthèse, et même une synergie, un renforcement mutuel du vrai, du beau et du bien.

Qu’est-ce à dire, sinon que la sagesse est la suprême harmonisation de la vie, à laquelle Israël a tendu

de tous temps, à travers des vicissitudes innombrables.

La sagesse juive " – « H’ABAD » pourrait se définir comme une intelligence sensible orientée vers

la perfection.

Le – « H’AKHAM », le sage d’Israël, réunit en sa sagesse les trois qualités,

– « H’OKHMA »,

– « BINAH », et - « DA’AT », c’est-à-dire : le don intuitif de la

sagesse, l’intelligence lucide, et la connaissance.

Et la vie, c’est une matière première à œuvrer, une œuvre d’art à réaliser.

La nature humaine n’est pas corrompue, viciée à la base ; elle est frustre, imparfaite, et doit être

dégrossie, orientée, acheminée vers la perfection.

L’on ne saurait donc parler ni de péché originel, ni de rédemption, avec tout l’arbitraire que cette

double notion implique ;

Il s’agit d’un dégagement, dégagement progressif, irrégulier sans doute, mais finalement assuré ;

« ALIYAH » - « Ascension » de l’être humain vers un état final d’humanité parfaite, de « pure

humanité », divine transfiguration de l’homme.

186


Car il est impossible que tant d’élans du cœur, tant d’activités de l’esprit viennent du néant :

« Assurément il y a un avenir, et tout espoir ne sera pas anéanti. »

(Proverbes)

Positivisme religieux, pourrait-on dire ; d’ailleurs tout ce qui s’ébauche ici-bas s’achève sans doute

au-delà. Sans se laisser hanter par l’angoisse des « choses cachées », il faut s’attacher à remplir son

devoir d’état, physique, intellectuel, moral, familial et social.

Tandis que les dualismes opposent la chair et l’esprit, aboutissent ainsi à la glorification d’une sexualité

abjecte ou à un ascétisme dépourvu d’humanité, la sagesse juive, essentiellement réaliste et

synthétique, implique une morale à la mesure de l’être humain, ni ange ni bête :

« Légitimation des besoins de la chair en même temps que des aspirations de l’esprit. »

La Torah apparaît comme une table d’orientation de l’homme vers la perfection, face à l’immensité de

l’horizon matériel et spirituel.

De ces principes de la sagesse juive résultent :

a) Une atmosphère de sérénité et d’optimisme. L’être humain est en constante harmonie

intérieure, se sentant en accord avec lui-même, avec son prochain et avec Dieu.

Le miracle est permanent, puisque le monde subsiste, preuve que le bien l’emporte sur le mal ;

D’ailleurs, « Celui qui ne croit pas aux miracles n’est pas réaliste. » (Ben Gourion)

b) L’ardeur à vivre : le Juif fait tout avec goût, avec cœur, avec âme, avec amour.

c) L’amour du créé : un sentiment de symbiose cosmique ; cette aptitude à percevoir les rapports

lointains et profonds des réalités matérielles et immatérielles, à percevoir la mélodie du monde

qui joue en sourdine dans l’intimité des choses ; ce que l’on pourrait appeler un subréalisme.

d) Le respect de tous les êtres et de toutes les choses ; respect et bonté efficiente, toujours prête à

se manifester spontanément ; une compréhension attendrie pour tous les êtres engagés dans le

drame de vivre (d’où ce goût et cette aptitude si marqués pour la médecine). Et l’amour de la

paix ! La paix, le plus grand des combats, et la plus belle des victoires ; faire la guerre, contraint

et forcé, seulement en vue de la paix, sans un sentiment de rancune ni de haine (ce qui

marquerait un manque d’étape vers la perfection). L’aversion pour le monstrueux, l’horrible et

l’abject : souillures de l’âme. Un humour de bonne humeur, dépourvu de toute ironie corrosive.

C’est que le juste a essentiellement un « LEV TOV » - « cœur bon ».

e) Enfin, le goût de la pureté, physique et morale ; le corps, un temple ; l’âme, un sanctuaire.

Dans les ghettos, au cours des siècles, en dépit de la promiscuité dégradante et du mépris

ambiant, il y a toujours eu, immanquablement, impeccablement, intégralement place pour la

moralité.

Parmi les « sciences humaines », le judaïsme apparait finalement comme la science humaine par

excellence : une science qui tient compte des données psychophysiologiques constituant le propre de

l’homme (corps, âme et esprit en perpétuelles interférences), ainsi que des réalités et des réactions

sociales. Une science de l’homme qui constate les inéluctables conséquences de toute infraction aux

lois profondes de la nature et de a vie, de toute rupture dans l’équilibre de l’univers spirituel, de toute

dérogation aux impératifs de la conscience morale.

Cette science de l’homme, à la différence de la nature, est normative ; partant de l’immatérielle, réalité

du « TSEDEK » - « Justice », ce principe suprême de paix, elle aboutit à une morale, la morale

synthétique du monothéisme hébraïque, qui affirme la primauté de la conscience morale, le sens inné

du bien et du mal, la notion du juste et de l’injuste, et la foi dans le triomphe final de la justice sur

l’arbitraire et l’iniquité.

La justice et la paix sont les deux colonnes du temple immatériel, à l’édification duquel tous les

hommes sont appelés.

187


NOTRE ESPERANCE

Il est quelque part dans le monde une forge. Le forgeron frappe de toutes ses forces sur l’enclume un

fer rouge à blanc. Des passants lui demandent : que fais-tu forgeron ?

« Je forge les fers du cheval du Messie afin qu’ils soient prêts quand il arrivera. »

Il est quelque part dans le monde un métier à tisser. La navette court à travers les fils sur la trame,

surveillée par une femme attentive.

Que faites-vous là ?

« Je prépare le vêtement de parure du Messie pour que rien ne manque quand il viendra. »

Et là-haut, au ciel, il y a sept êtres célestes très occupés, travaillant jour et nuit en silence, recueillant

et classant dans une immense salle, toutes les manifestations d’amour, d’affection, de bonté, de charité,

de fraternité, d’entraide des hommes.

Que faites-vous là ?

« Nous amassons tout cela qui est nécessaire pour créer l’âme du Messie et lui donner vie. Hélas, tous

nos autres collaborateurs ont terminé les préparatifs matériels pour sa venue ! »

Mais nous, nous ne voyons pas encore la fin de notre tâche.

Il y a, à travers le monde, bien trop de guerres, de sang, de larmes, de haine chez les hommes, qui ne

nous permettent pas encore de créer son âme…

LA BIBLE UNIVERSELLE

C’est par centaines de millions que les non-Juifs lisent la Bible et connaissent le récit biblique, à leur

manière sans doute, mais réelle.

Notre civilisation occidentale est fille, à sa façon, de la Bible.

Les religions de nos pays s’affirment issues de la Bible, et l’Orient même, par l’Islam et les harmonies

bibliques du Coran, n’est pas étranger à l’univers de la Genèse, des Psaumes, du Cantique des

Cantiques.

C’est la Bible qui nous propose, si nous savons la lire, une réponse aux grandes questions que se posent

les hommes.

Le jour où les juifs enfin, sauront donner cette réponse aux nations qui, aujourd’hui directement comme

hier obscurément, les interrogent sur le sens de leur livre, les interpellent sur l’être de l’homme, ce jour

sera quelque chose comme la naissance des temps messianiques.

Dans la Bible, ce qui est central, c’est que Dieu Se révèle en l’homme directement d’abord, et ensuite

par les voix des prophètes.

Enfants d’un monde où Dieu est évident à tous, les prophètes ne sont pas des philosophes, ni même

des théologiens ; nulle préoccupation chez eux de démontrer que Dieu existe.

188


Le prophète voit, entend, donne des consignes ; tout le monde sait que ce qu’il dit est fondamental et

fondamentalement vrai ; on acquiesce à sa voix ou l’on s’en détourne, mais nul ne pense à récuser

l’existence de la Révélation.

Le Juif, mêlé à toutes les nations, partage leur destin sans renoncer au sien propre ; Israël refuse de

s’associer aux querelles des nations, quand bien même il en subit, et plus douloureusement que

quiconque, les meurtrissures.

Les Juifs assument leur être propre, alors qu’ils recueillent et revêtent les manières d’être hommes, de

tous les temps et de tous les lieux.


ISMAËL

L’histoire de toutes les époques n’est qu’une variation de certains faits importants pour l’humanité.

Cependant les leçons qui auraient pu être tirées du passé sont à dessein oubliées. Seuls nos Maîtres,

inspirés par la Sagesse Divine Supérieure, en font usage et nous les rappellent sous diverses formes.

Aussi, lisons-nous dans le Zohar, le récit du rôle néfaste que joueront dans l’histoire les descendants

de l’Egyptienne Agar.

Rabbi Hiya dit avoir entendu de la bouche de Rabbi Chim’one, l’exclamation suivante :

« Malheur au jour où naquit Ismaël, car, malgré l’annonce de la naissance d’Isaac, Abraham s’était

déjà attaché, dans l’intervalle, à Ismaël, et ne cessait de prier pour lui, jusqu’à ce que l’Eternel lui

promit… (Genèse XVII, 20) ’’ quant à Ismaël, Je t’ai entendu’’. »

Ensuite, Ismaël fut circoncis et entra ainsi dans l’alliance sacrée avant la venue d’Isaac au monde.

Le Chef Céleste des enfants d’Israël plaida leur cause :

« Ismaël qui se circoncit ne mérite-t-il pas pour cela une récompense ? »

« Aussi, malheur au jour où Ismaël vint au monde, et où il se circoncit ! »

Que fit l’Eternel ? Il exclut Ismaël de l’héritage céleste, en le récompensant ici-bas pour sa

circoncision. Il lui laissa la domination sur la Terre Sainte.

Car le jour arrivera où les enfants d’Ismaël domineront longtemps La Terre Sainte, lorsque celle-ci

sera vide de tout ; de même que la circoncision d’Ismaël est vide et imparfaite.

Leur domination sera de longue durée et empêchera les enfants d’Israël de retourner dans leur pays,

jusqu’au jour où le mérite des enfants d’Ismaël sera épuisé.

Ces derniers feront de grandes guerres dans le monde.

Les enfants d’Edom se ligueront contre eux et leur livreront bataille ; l’une sur mer, l’autre sur terre

et une autre près de Jérusalem.

(Zohar Vaera)

Cette figure universelle coûtera des sacrifices innombrables, comme le décrit le prophète H’abaccouc (III).

Un autre prophète, (Sophonie III, 5), complètera cette vision :

- « VELO- YODE’A A’VVAL BOCHETH »

« Le malfaiteur ne connait pas la honte. »

Je disais : « Si seulement tu me craignais et acceptais une leçon ! »

« Aussi bien, c’est l’arrêt (de Ma volonté) de réunir les peuples, de convoquer les royaumes, afin de

déverser sur eux Mon courroux, tout le feu de Ma colère ; oui, par le feu de Mon indignation, toute la

terre sera dévorée. Mais alors, aussi Je gratifierai les peuples d’un idiome épuré, pour que tous ils

invoquent LE Nom de l’Eternel et l’adorent d’un cœur unanime. » (Sophonie III, 6-9)

189


LE SILENCE DES EGLISES

A. Roy et Alice Eckhart

De même que les Arabes ont, par leur action et par leur attitude à l’égard d’Israël, soulevé des doutes

sérieux quant à la justesse de leur propre cause, de même l’Eglise chrétienne ne se trouve guère dans

une position morale assez forte pour donner à Israël des ordres ou même des conseils.

Au sein de la communauté chrétienne de nos jours on relève un contraste qui saute aux yeux entre le

grand souci manifesté pour les droits des chrétiens (et des arabes) et l’absence frappante de

préoccupation pour les intérêts des juifs et de l’Etat d’Israël.

Nous demandons des privilèges en Terre Sainte, mais sans contrepartie de notre part.

L’argument qu’il ne faut pas contrarier les musulmans en raison des dangers éventuels encourus par

les chrétiens vivant parmi eux, rejoint l’attitude adoptée par les nations sous la domination d’Hitler et

caractérisée par la phrase suivante :

« Une position après l’autre fut vendue par les chrétiens pour remettre à plus tard leur résistance

définitive. »

La conduite de nos frères catholiques a été particulièrement malheureuse.

Se taire en face de la lutte d’Israël pour sa juste cause est déjà déplorable ; mais exprimer des

prétentions et des réprimandes à l’adresse des israéliens est pire, particulièrement lorsqu’elles sont

viciées par l’égoïsme et l’hypocrisie.

L’idée que le Saint Siège fut neutre lors du dernier conflit est infirmée par l’opposition du Vatican à

la réunification de Jérusalem.

Aussi longtemps que ce fut la Jordanie qui occupa la vieille ville, permettant aux chrétiens de se rendre

à leurs lieux saints mais l’interdisant aux juifs et arabes d’Israël – et ceci en violation flagrante des

garanties stipulées par les accords d’armistice de 1948 – le Vatican n’éprouva aucun trouble. Il

semblait disposé à excuser la discrimination dans la Ville Sainte.

Mais aujourd’hui où cette discrimination a été abolie par les Israéliens, le Vatican est subitement sorti

de son silence pour rappeler sa demande traditionnelle en faveur d’une internationalisation de la ville

toute entière.

Particulièrement blâmable est la demande qu’Israël abandonne un territoire qu’il a possédé avant le

début des hostilités : le 23 juin 1967, l’observateur permanent du Saint Siège auprès de l’O.N.U. a

distribué une note demandant la formation d’un corpus separatum pour l’ensemble de Jérusalem, sous

régime international.

Cette demande d’une organisation chrétienne visant à l’abandon de son ancien territoire par une nation

soumise à une agression déchaînée (gratuite) n’est pas seulement immorale ; elle constitue aussi –

venant d’une autre communauté religieuse qui est en même temps un Etat séculier – une immixtion

illicite dans les affaires d’une autre nation souveraine.

La demande aurait beaucoup plus de poids, bien que toujours dépourvue de légitimité, si le Vatican

était enfin prêt à accorder sa pleine reconnaissance à l’Etat d’Israël.

Sa carence en cette matière en fait un candidat inapte pour arbitrer ou pour donner des conseils

politiques. Vu les persécutions historiques des juifs par les chrétiens et le caractère représentatif du

Vatican dans le monde, celui-ci aurait dû être parmi les tout premiers à reconnaître et à aider Israël.

190


Si le silence chrétien est le silence du dieu chrétien, il vaudrait mieux qu’il soit mort.

Malheur à Israël s’il avait attendu que le dieu du neutralisme et de « l’amour » apolitique vienne le

délivrer.

Au lieu de cela, Israël refusa de mourir et ainsi – avec plus ou moins de foi, avec des aspirations

« terrestres » et « non-terrestres », avec ses « athées » et ses « croyants » - il fut en état de célébrer le

Dieu vivant de la création et de la justice.

Des chrétiens, ensemble avec d’autres, païens attardés, peuvent bien préférer ne pas être dérangés par

ce Dieu de justice qui manifeste Son existence par des moyens entièrement de ce monde.

Profondément enracinée dans l’idéologie chrétienne est la conception selon laquelle, d’une part et pour

diverses raisons, le peuple considéré comme peuple de Dieu est exclu de son pays et d’autre part, que

le caractère profane de l’Etat d’Israël constitue un désaveu d’exigences divines et rend une

reconnaissance impossible du point de vue doctrinal.

Il se peut que la communauté chrétienne n’ait jamais pu supporter la tension qui aurait consisté à

concilier la doctrine et la politique en cette matière.

Car si elle avait reconnu du point de vue théologique le droit inconditionnel d’Israël à l’existence, elle

se verrait confrontée non seulement avec une crise idéologique mais aussi avec la nécessité morale de

devoir partager publiquement le sort d’Israël en s’opposant à la politique d’extermination arabe.

Que les chrétiens soient capables de surmonter les préjugés théologiques qui les prédisposent à

sympathiser avec les ennemis et détracteurs des juifs, et ils verront la justesse morale aveuglante de la

cause d’Israël et ils seront prêts à la soutenir avec courage.

La tragédie morale est que la seule voie qui nous soit ouverte pour racheter nos crimes historiques

contre Israël est d’assumer aujourd’hui une responsabilité particulière pour les droits et le bien-être

des juifs.

Le refus actuel d’accepter ce devoir reflète bien le désir de la communauté chrétienne de se décharger

elle-même de sa culpabilité pour les longs siècles de son antisémitisme.

Karl Barth disait un jour :

« Pour être élus nous devons, pour le meilleur et le pire, ou être nous-mêmes des juifs, ou être corps

et âme du côté du juif. »

Il semble presque que toute l’histoire de la chrétienté, y compris la réaction des églises à la crise

actuelle au Proche-Orient, soit une tentative faite pour rendre les paroles de Barth aussi inactuelles

que possible.

En tant que chrétiens, nous nous opposons à cette tentative, nous disons à nos frères juifs :

« Nous aussi, nous avons été révoltés par ce nouveau silence. Et nous en avons été fort attristés. Mais

nous n’étions point surpris. Les raisons du silence sont profondément ancrées dans l’âme chrétienne.

C’est pourquoi nous ne pouvons que le déplorer et prier.

191


L’ANTISEMITISME D’APRES SARTRE

La lutte contre l’antisémitisme ne peut, et ne doit donc être que la lutte contre toute forme de mépris

de l’homme.

Sartre disait : « Pas un français ne sera en sécurité tant qu’un juif en France et dans le monde entier

pourra craindre pour sa vie. »

Réciproquement, j’ajouterais « Pas un juif ne sera en sécurité, et n’aura le droit d’être en sécurité, tant

qu’un homme pourra craindre pour sa vie, sa liberté ou sa dignité, tant qu’un homme sera opprimé en

raison de la couleur de sa peau, de sa religion, de son peuple, de sa classe. »

Si le Messianisme a un sens et une valeur, ce ne peut être que cet idéal à la réalisation duquel chacun

de nous se doit de travailler : une humanité enfin unifiée et réconciliée avec elle-même

ANTISEMITISME

Le Midrach se demande pourquoi la Torah nous a ordonné d’effacer le souvenir d’Amalek.

N’y a-t-il pas eu d’autre Amalek par la suite ?

Le Midrach répond : Quand les peuples du monde virent les miracles qui accompagnaient la sortie

d’Egypte, ils pensèrent tous que personne n’oserait plus attaquer le peuple juif.

A ce moment est arrivé Amalek et il a prouvé qu’il était possible d’attaquer le peuple juif.

Les Allemands ont fait la même chose : ils ont prouvé qu’on pouvait essayer d’effacer le nom d’Israël

de façon méthodique et organisée.

Eux, les Allemands le firent, et là est leur culpabilité.

Les enfants d’Israël ne sont pas totalement immunisés contre ce fléau.

192


LA PLACE DU JUDAÏSME DANS LE MONDE CONTEMPORAIN

Jean Halperin

Professeur aux Universités de Zurich et Grenoble

La statistique des populations juives dans le monde est sans commune mesure avec le rôle du Judaïsme

en tant que tel.

Rappelons la parole de Saadia Ha-Gaon selon laquelle :

« Israël est une nation du fait seulement de sa religion, du fait qu’il possède La Torah » ;

Il s’est efforcé de définir ce que nous sommes vis-à-vis de nous-mêmes et vis-à-vis des autres.

Une pérennité historique comme la nôtre, sans exemple aucun dans l’histoire, n’est pas seulement

providentielle, elle constitue un impératif.

Mais, pour nous, cette ancienneté est un titre de gloire à la condition de l’assumer. Le Judaïsme est

éminemment vivant, et pour qu’il puisse tenir sa place dans le monde contemporain, il faut que nous

autres, d’abord, le connaissions. Nous ne devons pas nous tenir quittes du fait que la Bible a été donnée

au monde par notre intermédiaire.

Nous sommes aujourd’hui, plus que nous ne l’avons jamais été, dans le monde des autres.

Comme le disait S.R. Hirsch :

« Nous ne saurions vivre avec le siècle, mais il se trouve que nous vivons dans le siècle. »

D’où notre responsabilité accrue et l’obligation où nous sommes de nous ouvrir au monde dans lequel

nous vivons. A cet égard il serait bon que nous nous voyions parfois comme les autres nous voient.

A titre d’illustration, J. Halperin a analysé la signification profonde d’un texte de Jean Jaurès,

récemment publié, sur « La question religieuse et le socialisme », d’où il ressort que le grand tribun

socialiste s’intéressait passionnément à la Bible et regrettait de ne pas avoir appris l’hébreu ; aussi

bien, la soif de justice chez Jaurès rejoignait la pensée même des prophètes d’Israël.

Un autre exemple est fourni par un important exposé d’André Neher sur le rôle du prophétisme dans

le mouvement et l’économie du XXème siècle, qui vient de paraître dans le volume de l’encyclopédie

française consacré à « L’univers économique et social ».

Ce chapitre témoigne de la parfaite actualité du message du Judaïsme sur le plan des réalités

économiques et sociales d’aujourd’hui.

L’existence de l’Etat d’Israël renforce de façon décisive le rôle du Judaïsme dans le monde.

Encore faut-il que cet Etat s’interdise tout mimétisme et qu’il puisse devenir un modèle de justice et

une démocratie exemplaire.

Ce n’est pas par la force matérielle qu’il sera grand, mais bien par sa valeur morale et spirituelle,

comme le disaient déjà Isaïe (I, 27) et Zacharie (IV, 6) :

La mission d’Israël est

« LEHARBOT CHALOM BAADAM »

« D’instiller la paix entre les hommes »

(Isaïe XIX, 24-25)

D’être, selon l’interprétation de André Neher « Le tiers divin, actif et bénissant ».

La place du Judaïsme dans le monde sera ce que nous voudrons qu’elle soit. Il nous appartient de

réapprendre la solidarité entre nous-mêmes et le monde.

Et, dans sa péroraison, Jean Halperin, après avoir cité les versets 4 et 10 du chapitre X du

Deutéronome, conclut par ces mots :

« Pour être Juif, il ne suffit pas de naître Juif, il faut le devenir chaque jour davantage. »

193


LA FAMINE

Une famine menace encore l’avenir, comme il est dit (Amos 8,11) :

« Des jours viendront, dit l’Eternel, où J’enverrai la famine sur la terre. »

Cette prophétie a été ainsi commentée par le Midrach Rabba :

Cette famine sera d’ordre spirituel.

Les hommes seront à la recherche de Dieu et non à la recherche du pain.

Cette famine correspond à une époque déterminée et chaque époque a la famine qu’elle mérite.

La famine qui s’abat sur la terre place les hommes devant le problème de leur existence et de leur

survie.

Dans un avenir plus ou moins proche se posera avec force la question de la survie spirituelle de

l’homme, en tant que « créé à l’image de Dieu ».

L’homme comprendra que toutes les famines d’ordre matériel ne sont rien en comparaison de la famine

spirituelle, marquée par l’absence de foi.

Il existe une soif spirituelle, mais qui est passagère. Celle-ci est très importante et souhaitable, même

si elle n’arrive que pour un temps déterminé ; elle contribue à l’élévation de l’âme et fait évoluer

l’homme en général. Elle laisse des empreintes profondes dans l’âme et fait apparaître le monde sous

un jour nouveau.

Mais il existe également une soif spirituelle durable, une soif insatiable, qui devient de plus en plus

forte ; celui qui y parvient, en fait son unique préoccupation, le but de sa vie.

Cette soif de l’âme rejaillit sur le corps et tout l’être humain tend vers la connaissance de Dieu et peut

prétendre par conséquent à la sainteté et à la protection de la Providence.

Sans doute, il existe une faim de foi et de Torah ; l’aspiration à la foi au sens général du terme n’est

pas le fait exclusif d’Israël.

En effet, nombreux sont les peuples dont l’âme étouffe par suite de la sécheresse de l’athéisme, mais

la soif de la connaissance de la Torah est particulière à Israël.

Il est question des égarés de la foi. Maintenant foisonnent les perdus de l’athéisme.

Celui-ci a pénétré dans le cœur de nombreux savants et écrivains. Ils ont observé un silence

compréhensible et n’ont pas étalé au grand jour leur opinion. Il était en vérité, très délicat pour eux de

reconnaître leur égarement.

Il est temps que l’âme aspire à la lumière et qu’elle fuit les ombres.

Citons le texte du Talmud de Jérusalem dans Berakhot :

« Si j’avais été sur le mont Sinaï au moment où la TORAH fut donnée à Israël, j’eusse demandé à Dieu

à donner à l’homme deux bouches, l’une pour lire la TORAH, l’autre pour causer de ses affaires

ordinaires. »

Il dit ensuite : « Si, avec cette seule bouche le monde se soutient à peine contre les calomniateurs,

qu’arriverait-il si les hommes en avaient deux ? »

194


SANCTIFICATION DE LA MORALE

Il n’y a que le Judaïsme pour affirmer que le rôle de l’homme est de devenir l’associé de Dieu dans

l’œuvre même de la création, que ce monde ne peut subsister que s’il tend à une fin morale et que cette

fin morale ne peut être obtenue que par l’intermédiaire de l’homme.

C’est ce rôle capital qui fait que l’homme a une valeur infinie.

Tout l’universalisme est là. On comprend pourquoi le Judaïsme est par excellence la religion ouverte.

Il n’est qu’une religion pour sanctifier la morale.

Pour le Judaïsme, et c’est la grande découverte d’Abraham lui-même, il n’y a de définition du divin

qu’à partir de la morale.

Tout ce qui nous a été dit dans les premières pages de la Torah, que Dieu a créé l’homme à Son image,

qu’Il a créé un homme dont dépendent tous les hommes, qui sont par conséquent tous conçus à l’image

de Dieu, ne se trouve là que pour convaincre qu’il y a, en chaque personne humaine, l’image de Dieu.

Autrement dit, que vous soyez ou non adepte du Judaïsme, cela n’a aucune importance, c’est votre

appartenance à la race humaine qui fait votre dignité, car la plus grande grâce qui ait été faite à

l’homme, c’est d’être fabriqué à l’image de Dieu, d’être créateur comme Dieu et de tenir entre ses

mains non seulement son destin mais aussi le destin de l’association avec Dieu.

On peut dire que le Judaïsme n’a pas d’autre but que de proclamer l’universalité de la loi morale.

La révélation pose un problème.

En effet, le choix d’Abraham peut paraître quelque chose de surprenant.

Alors que Dieu a créé Adam, pourquoi choisit-il Abraham ?

Alors que Dieu a créé le genre humain tout entier, pourquoi s’être révélé à un peuple ?

L’élection d’un seul peuple, même s’il s’agit d’une élection de service, n’est-elle pas, dans une certaine

mesure, un acte arbitraire, un acte injuste de la part de Dieu par rapport aux autres peuples de

l’humanité ?

Et c’est sans aucun doute pour répondre à cette question irritante que le Midrach nous enseigne que

dans la caverne de Makhpela, à côté des Patriarches et de leurs épouses, reposaient également Adam

et Eve, voulant marquer ainsi que le choix d’Israël n’a pas brisé l’unité du genre humain, mais tout

simplement élucidé la nature du rôle d’Israël à l’intérieur de l’humanité.

Le Judaïsme est le produit d’une vocation, d’une culture, d’une aspiration religieuse, le Judaïsme n’est

que cela. Et c’est dire par conséquent que le Judaïsme est ouvert.

Ces deux attributs pour le Judaïsme, ce sont la justice et la charité.

Quiconque pratique la justice et la charité a prise sur les décrets de Dieu et est capable de contraindre

Dieu.

C’est Abraham qui se traite lui-même de vermisseau et qui dit pourtant à Dieu :

« Toi qui es le Juge de la Terre, pourrais-Tu ne pas faire Justice ? »

Et ce cri indique ce qu’il faut penser de tous ces bourreaux qui ont envoyé six millions de Juifs aux

fours crématoires et qui pensent pouvoir avoir la conscience tranquille parce qu’ils n’ont fait qu’obéir,

disent-ils, à l’ordre d’un supérieur.

D’outre-tombe Abraham vient leur dire :

« Même si Dieu ne souhaite pas Se placer au-dessus du Juste et de l’Injuste, quand il s’agit de sauver

la vie d’un innocent, on a le devoir de s’opposer, non-pas seulement à un supérieur, mais à la décision

de Dieu Lui-Même. »

Supprimez La Justice, RIEN n’a plus aucun sens.

C’est pourquoi Dieu est à la fois Justice et Charité.

195


L’ILE DE BONHEUR

L’homme qui n’arrive pas à trouver Dieu dans ce monde est condamné à errer éternellement.

Eran Laor

Bien des hommes rêvent d’îles solitaires et lointaines où ils aimeraient pouvoir fuir l’agitation du

monde et la méchanceté de leurs semblables.

Ils ne savent pas que de telles îles sont purement imaginaires.

C’est en eux que règnent l’agitation et la méchanceté et ils les traîneraient avec eux jusqu’aux

extrémités de la terre, jusque dans les astres les plus éloignés.

Alors qu’ils connaissent le moyen de faire naître en eux-mêmes une île de bonheur, ils pourraient s’y

réfugier et y vivre dans la paix au sein de l’agitation terrestre la plus déchainée.

Il existe des époques dont le plaisir n’est que dans l’extravagance et où le cœur ne connaît pas le sourire

lumineux du printemps.

Combien sont rares, en de tels temps, les hommes dont le sérieux sait dissimuler un sourire.

Ces hommes sont de vrais messagers de Dieu, la seule vue de leur visage suffit à réjouir les cœurs.

Oui, ceux qui savent trouver la joie en eux-mêmes et qui la font rayonner autour d’eux, sont grands et

sont forts, ils la dispensent comme sait le faire la nature, comme l’arbre produit ses fruits, comme le

soleil répand sa chaleur.

Au sein du bruit et de l’agitation, dans les cris et dans les rires, les hommes tiraillés entre leurs opinions

et leurs dogmes sont devenus aveugles et sourds à ce qui est authentique et vrai ; ils se trompent sur

eux-mêmes et sur le monde et sont, dès lors, ballottés de ça-et-là au gré de leurs désirs et de leurs

passions, semblables à des épaves perdues en mer.

On peut se demander si les hommes savent encore pour quelle raison ils existent.

Savent-ils ce qu’ils veulent ? Connaissent-ils le but vers lequel ils doivent tendre ?

Non, à vrai dire, ils ignorent tout cela. Et ils se sont laissé aller à leur ignorance dans une défaillance

de leur volonté. Ils se sont laissé tomber et ils éprouvent même une sorte de plaisir à leur propre chute.

Une telle humanité est sans ressort.

Elle ne sait plus ce que signifie une vie authentique. Elle ignore la beauté. Elle ne connaît plus les

sommets, elle a perdu le sens du sublime, de l’ascension vers le trône de Dieu

Elle ne connaît plus que le charivari de ses réjouissances grossières et la hâte d’une vie quotidienne

ennuyeuse.

Et la cause de tout cela est la disparition du sens de la vie intérieure.

Ne te laisse pas éblouir par la beauté de ce monde, par son rire.

Chaque éclat de rire a son revers de larmes. Chaque beauté contient une souffrance secrète.

Ce monde qui s’amuse espère l’heure de sa délivrance avec une douloureuse nostalgie.

Comment se fait-il donc que la foule, qui rêve pourtant d’éternité, dans sa foi à l’immortalité de

« l’âme », puisse constamment se tourner vers les biens éphémères ?

Pourquoi ne parvient-elle pas à saisir ce qui est éternel ?

Tout homme qui ne découvre pas la valeur cachée en lui, donne sa foi à des valeurs qui lui sont

extérieures. Telle est l’attitude de la masse des croyants. Cela seul qui est éphémère est proche de leur

âme, cela seul qui est passager peut être saisi par leur esprit.

Mais l’homme qui a découvert en lui ce qui est valable, ne croit pas aux valeurs en dehors de lui.

Seul il est en mesure de saisir ce qui est éternel.

196


LE BAROMETRE

« La situation de notre Communauté Juive dispersée est un baromètre moral pour le monde politique.

Car quel index plus sûr de la moralité politique et du respect de la justice, pourrait-il exister que

l’attitude des nations à l’égard d’une minorité sans défense.

Le baromètre est bas les temps présents. »

(Albert Einstein - 1927)

UN MÊME PERE

Et toutes les familles de la terre, se béniront par Toi (Genèse).

Maïmonide (Guide des égarés Chapitre III, 29) dit à ce propos :

« En effet nous voyons aujourd’hui la plupart des habitants de la terre (Les Abraham) glorifier d’un

commun accord et se bénir par sa mémoire, tellement, que ceux-là mêmes qui ne sont pas de sa race,

prétendent descendre de lui.

Il n’a plus d’adversaire et personne n’ignore sa grandeur, à l’exception des religions éteintes.

N’avons-nous pas un même Père ?

Un seul Dieu ne nous a-t-Il pas créés ?

Pourquoi donc chacun agit-il perfidement contre son frère, en violant l’alliance de nos pères ? »

PRIERE POUR L’HUMANITE

Nous devons accorder une mention spéciale à l’invocation prononcée par Salomon lors de

l’inauguration du Temple. Elle nous fournit le premier exemple de la formule humanitaire confondant

dans une prière commune toutes les religions et toutes les nationalités.

Après avoir supplié l’Eternel d’accueillir toutes les prières qui, au sein de ce nouveau sanctuaire,

s’élèveront vers le Trône du Ciel, à l’effet de conjurer les fléaux qui viennent si souvent assaillir les

peuples en ces termes :

« Et aussi l’étranger, le non-israélite qui, attiré par Ton renom de grandeur et de puissance, viendra

T’invoquer dans ce Temple, Tu voudras bien l’exaucer, accueillir sa prière, lui accorder sa demande,

afin que toutes les nations de la terre apprennent à l’exemple du peuple de Dieu, à vénérer Ton Nom,

à reconnaître que, dans ce sanctuaire, Il n’est jamais invoqué en vain. »

(Rois 1, VIII, 41-43)

C’est enfin le 8 ème jour de la fête des Tabernacles qu’on offrait 70 jeunes bœufs en faveur des 70

nations. Symbole de la Torah qui a été transmise par Moïse dans 70 langues.

Ainsi nous disent nos Sages : même un païen qui observe la Torah est bien l’égal du Grand Prêtre.

Les Justes de tous les peuples héritent de la félicité future.

197


LE JUDAÏSME EST RELIGION D’AMOUR POUR TOUTES LES CREATURES

Dans les dix Commandements, cette partie la plus sacrée de notre Torah, celle que Dieu Lui-même a

burinée et que Moïse a placée dans l’Arche Sainte, il y a tout en haut de la deuxième table, celle qui

nous enseigne nos devoirs envers le prochain :

« Tu ne tueras pas »

Et ce Commandement est placé là, face au premier, qui nous enseigne l’existence de Dieu, comme

pour nous dire qu’attenter à la vie de l’homme, c’est attenter à Dieu Lui-même.

Feuilletons ensemble nos écritures saintes et nous trouverons des appuis à notre conviction.

Les premières pages de la Torah mettent déjà en parallèle l’atteinte à la souveraineté de Dieu par la

désobéissance d’Adam et d’Eve, avec l’atteinte de la vie d’Abel par Caïn.

C’est avec la dernière énergie qu’elle réprouve cet assassinat :

« Tu es maudit à cause de cette terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère. »

(Genèse 4, 11)

Pourtant Abel n’était pas un Israélite. Mais il était un homme et, comme tel (et non comme Israélite)

créé à l’image de Dieu.

(Genèse 5, 1)

Si vraiment le sang d’un non-Juif avait si peu de valeur, pourquoi donc Abraham a-t-il si âprement

discuté avec l’Eternel pour sauver les habitants de Sodome et Gomorrhe ?

Et Dieu Lui-même pourquoi l’a-t-Il écouté avec tant d’attention et de patience ?

C’étaient pourtant tous des non-Juifs ! Et quels non-Juifs !

Pourquoi Dieu Lui-même est-Il intervenu pour protéger Ismaël chassé par Abraham avec Son

assentiment, quand celui-ci se trouva en danger de mort ?

« Sois sans crainte, Agar, car Dieu a entendu la voix de l’enfant s’élever de l’endroit où il gît. »

(Genèse 21, 17)

Ismaël n’était pas Israélite.

C’est bien parce que suivant une expression de nos Sages :

« Le sang de tout un chacun est aussi rouge que le nôtre »

Car Dieu Lui-même, parlant des Egyptiens (des non-Juifs), en train de se noyer dans la mer rouge,

s’écrie à l’encontre des êtres célestes :

« Quoi ! Mes enfants sont en train de mourir dans les flots et vous, vous voudriez chanter ? »

(Talmud Sanhédrin 39 B)

Pourquoi l’Eternel a-t-Il écouté les habitants de Ninive et les a-t-Il sauvés de la mort, contre l’avis de

son prophète Jonas, quand ils eurent fait pénitence ?

198


C’est que Ninive « comportait plus de 120000 hommes. »

Oui, des hommes et non des Juifs.

(Jonas 4, 11)

On pourrait multiplier ces exemples à l’infini, mais à quoi bon ?

La Torah défend la vie de l’homme, de tout homme, c’est une certitude.

Elle sanctionne, depuis bien plus longtemps que tous les codes modernes, la non-assistance à personne

en danger, en disant :

« Tu n’as pas le droit d’être indifférent au danger que court ton prochain. »

(Lévitique 19, 16)

Or, le non-Juif est « notre prochain », bien plus, il est notre « frère ».

Si nous nous considérons, nous Juifs, selon une expression de la Torah « fils premier né de Dieu »,

(Exode 4, 21)

Ce n’est pas pour jouir de privilèges particuliers, mais plutôt de devoirs supplémentaires ;

Et parmi ces derniers, il y a notre amour plein et entier pour tous nos frères « cadets ».

Car tous les hommes sont des enfants de Dieu et un père aimant ne peut supporter et tolérer la perte

d’aucun d’entre eux ; tous sont égaux devant Sa sollicitude.

Tout comme nous, le non-Juif est jugé par ses actes plutôt que par son adhésion au judaïsme.

« Les Justes, parmi les non-Juifs ont, tout autant que nous, part au monde futur. »

(Sanhédrin Tossefoth I, 3)

Rabbi Méir enseigne :

D’où savons-nous qu’un non-Juif qui observe la Torah est au même niveau que le Grand Prêtre luimême

?

C’est que la Torah nous dit :

« Vous observerez Mes préceptes et Mes lois parce que l’homme qui les observe, obtient par eux la

vie. »

(Lévitique 18, 5)

Dans ce verset il n’est pas parlé des Prêtres, des Lévites, ni même du simple Juif, mais de l’homme.

Tout homme donc peut observer et, par-là, atteindre le degré du Grand Prêtre lui-même.

(Baba Kama, 38 a)

UNIVERSALISME

« Le Judaïsme a libéré une force révolutionnaire de liberté et de justice. »

(J.B Agus)

199


LE PARDON A L’HUMANITE

L’Eternel épargne son verger abandonné.

Un roi avait un verger planté de toutes sortes d’arbres fruitiers.

Il le livre aux soins d’un jardinier en qu’il avait toute confiance.

Mais un jour, le roi visita son jardin et le trouva tout envahi de ronces et de mauvaises herbes.

Irrité, il voulut tout faire saccager, quand il aperçut une rose brillante et odoriférante.

Il la cueillit, en aspira le parfum et se calma.

« Allons, dit-il, en considération de cette unique rose, je vais épargner mon verger. »

Le monde nous offre un spectacle identique.

Lorsque Dieu s’avise de visiter l’humanité, son verger, il le trouve rempli de générations perverses qui

se succèdent et le méconnaissent.

Il a l’intention de tout détruire quand Il aperçoit Israël comme une rose parmi les épines, fidèle à Dieu,

malgré les mauvais traitements qu’il subit de son entourage, et Il pardonne à l’humanité en faveur de

cette belle fleur.

(Chaar Bat Rabim)

VISION D’UNE HUMANITE UNIE

Or, il arrivera aux derniers jours que la montagne de la Maison du Seigneur sera affermie au sommet

des montagnes, et qu’elle sera exaltée par-dessus les coteaux.

Alors, toutes les nations y aborderont. Et grand nombre de peuples iront et diront :

« Venez et montons à la Montagne du Seigneur, à la Maison du Dieu de Jacob, et IL nous instruira de

Ses voies et nous marcherons dans Ses sentiers.


“ KI MITSIYON TETSE TORAH OUDVAR HACHEM MIROUCHALAYÏM “

« Car de Sion sortira La Loi et de Jérusalem La parole du Seigneur. »

« IL exercera le Jugement parmi les nations et Il reprendra beaucoup de peuples ; de leurs épées ils

forgeront des noyaux et de leurs hallebardes, des serpes ; une nation ne lèvera plus l’épée contre

l’autre et ils ne se livreront plus à la guerre. »

(Isaïe 2, 3)

200


PLUS DE VIOLENCE

« Un jour viendra où les peuples de leurs glaives forgeront des socs de charrues et de leurs lances des

serpettes.

Aucune nation ne tirera plus l’épée contre une autre nation et l’on n’apprendra plus l’art de la guerre.

(Isaïe II, 4-11)

Alors, le loup habitera avec les brebis et le tigre reposera avec le chevreau.

Génisses et ours paîtront côte à côte, ensembles s’ébattront leurs petits, et le lion, comme le bœuf, se

nourrira de paille.

Le nourrisson jouera près du nid de la vipère, et l’enfant avancera sa main vers le repaire de l’aspic.

Plus de méfaits, plus de violence sur la sainte Montagne car la Terre sera pleine de la connaissance

de Dieu, comme l’eau abonde dans le lit des mers. »

(Isaïe II, 11-6)

RAPPORTS ENTRE MUSULMANS, JUIFS ET CHRETIENS

Jusque dans les dernières décennies du 19 ème siècle, et mieux encore au début du 20 ème siècle, le statut

des Juifs du Maghreb était celui de AL-AL-DHIMMA, peuple toléré en terre d’Islam pour autant qu’il

se conformât aux conditions et stipulations de la DHIMMA, ensemble de charges économiques et de

pratiques discriminatoires qui, dès les origines de la conquête arabe définirent le statut de l’indigène

non-musulman.

La DHIMMA était applicable aux gens du « Livre des Juifs » et Chrétiens.

Les païens avaient le choix entre l’Islam et la mort.

Les règles qui conditionnèrent l’admission du dhimmi sont au nombre de douze.

Les Six premières, considérées comme les plus importantes, lui font un devoir absolu de ne pas toucher

au CORAN par raillerie ou pour en fausser le texte ;

De ne pas parler du Prophète en termes mensongers ou méprisants ;

De ne pas parler de l’Islam avec irrévérence ;

De ne pas toucher aux femmes musulmanes, fut-ce dans le mariage, qui demeure toujours interdit entre

dhimmis et musulmans (mais non entre musulmans et femmes juives et chrétiennes) ;

De ne rien détourner le Musulman de sa foi et bien entendu, de respecter sa vie et ses biens, de ne rien

faire enfin pour aider les ennemis de l’Islam, ni leurs espions.

Selon AL MAWERDI, six règles sont considérées comme secondaires, c’est-à-dire que leur violation

n’est pas considérée comme devant automatiquement annuler le contrat de DHIMMA.

En vertu de ces dernières règles, les dhimmis seront tenus de porter un vêtement distinctif avec une

ceinture et une pièce d’étoffe jaune pour le juif, bleue pour le chrétien.

201


Ils ne devront jamais bâtir des maisons de prières ou d’habitation plus hautes que celles des

Musulmans.

Ils ne devront jamais se livrer publiquement à l’exercice de leur culte, pour entendre leurs cloches ou

leurs trompettes, leurs prières ou leurs chants.

Ils ne devront jamais boire du vin en public en ce qui concerne les chrétiens, ni de leurs croix, ni de

leurs pourceaux.

Ils devront ensevelir leurs morts discrètement et sans faire entendre ni leurs prières, ni leurs

lamentations.

Enfin, il leur est interdit de posséder des chevaux, animal noble ; ils devront se contenter d’utiliser des

ânes ou, à la rigueur, des mulets.

La violation de ces règles était sévèrement réprimée et pouvait entraîner la peine de mort.

On imagine quelle menace ce statut faisait planer sur la vie des dhimmis, lorsqu’on songe que le mode

de preuve normale en droit musulman prévaut d’une manière absolue sur celui des Juifs, si bien que

tout conflit pouvant se résoudre par l’accusation portée par le musulman contre le juif, selon laquelle

celui-ci aurait blasphémé contre l’Islam et contre son Prophète.

De nos jours encore les juifs tremblent devant cette menace, là où la législation traditionnelle de l’Islam

est encore en vigueur.

En fait, les règles que nous venons de citer ne valaient que par la manière dont elles étaient interprétées,

et appliquées, c’est-à-dire que par la personnalité du Prince.

Que celui-ci fût libéral et clément et tout était parfait, qu’il fût tyrannique et cruel et la condition de

dhimmi devenait celle d’un esclave.

(Charte dite d’OMAR, codifiée au 11 ème siècle dans EL-AWERDI)

202


CHAPITRE XVI

*

LE MESSIANISME

203


ALENOU LECHABEAH

C’est à nous de louer Le Maître de toute chose, de glorifier le Créateur du Commencement, car Il ne

nous a pas faits comme les peuples des (autres) pays et ne nous a pas traités comme (les autres) familles

de la terre.

IL n’a pas rendu notre part égale à la leur, ni notre sort comparable à celui de toute leur multitude.

Et nous nous agenouillons, et nous nous prosternons et rendons grâces devant Le Roi des rois (de tous

les rois), Le Saint, béni Soit-IL, qui déploie les cieux et affermit la terre.

Le Siège de Sa gloire est au Ciel en haut, et Sa puissance réside au plus haut des hauteurs.

C’est LUI notre Dieu, il n’en est point d’autre, en vérité, IL est notre Roi, aucun en dehors de LUI,

ainsi qu’il est écrit dans Sa Torah (Deutéronome 4, 39) :

--

« VEYADA’TA HAYOM VEHACHEVOTA EL - LEVAVEKHA KI HACHEM HOU HAELOHIM BACHAMAYÏM

MIMA’AL VE’AL – HAARETS MITAH’AT EIYN ‘OD »

« Reconnais à présent, et imprime-le dans ton cœur que l’Eternel seul est le Dieu dans le Ciel en

haut et sur la terre en bas, et qu’il n’y en a point d’autres. »

C’est pourquoi nous espérons en Toi, Eternel, notre Dieu, afin de voir bientôt la majesté de Ta

puissance, pour que Tu fasses disparaître de la terre les idoles - et les faux dieux seront anéantis – pour

ordonner le monde par la souveraineté du Tout-Puissant, afin que toute chair invoque Ton Nom et pour

faire tourner vers Toi tous les méchants de la terre.

Tous les habitants du globe reconnaitront et sauront que devant Toi tout genou doit fléchir, par Toi

doit jurer toute langue ; devant Toi, Ô Eternel, notre Dieu.

Ils s’agenouilleront et se prosterneront et rendront hommage à Ton Nom glorieux.

Tous accepteront le joug de Ton règne, et bientôt Tu règneras sur eux pour toujours.

Car la Royauté est à Toi, et à tout jamais Tu règneras avec gloire, comme il est écrit dans Ta Torah :


« HACHEM YIMLOKH LE’OLAM VA’ED »

« L’Eternel règnera à tout jamais. »

(Exode 15, 18)

204


ESPERANCE

Où va l’Humanité ? Quelles sont ses vraies fins ?

Le Messianisme Juif est une notion bien vivante et c’est cette notion qui a été adoptée par des religions

étrangères au Judaïsme, ou par différents penseurs non-Juifs, pour aboutir à une espérance

d’amélioration du sort de l’Humanité à la fin des temps.

Cette espérance, certes, ne saurait remplacer notre espoir en la venue du Messie personnel, mais il était

utile de rappeler que l’espoir Messianique est devenu un rêve commun à tous les hommes.

Par contre les Juifs attendent un Messie personnel, qui vienne effectivement réaliser les promesses

faites aux Prophètes.

Le Messianisme n’est pas pour les Juifs une vague et abstraite notion eschatologique.

Ce n’est pas un point oméga qui se situerait dans un avenir lointain et irréalisable et qui ne

correspondrait qu’à notre exigence rationnelle de trouver une fin dernière à l’Histoire.

Le Juif croit en un Messie qui peut arriver à chaque instant et cela a été souligné par de nombreux

Midrachim de même que par l’explication très approfondie des textes tirés de la Guémara.

La question traitée concernant les conditions de la venue des Temps Messianiques, nous pourrons la

reconnaître dans la position de Rav et de Rabbi Yohanan.

Voici le texte, Rav a dit :

« Tous les délais ont expiré et la chose ne dépend que du repentir et des bonnes actions. »

De telles rencontres se produisent dans les Apologues Talmudiques (Sanhédrin, 97 B et 98 A).

Rabbi Yehouchoua Ben Levy a eu un jour la chance de rencontrer le Prophète Elie.

Le Prophète Elie, comme on le sait, est le précurseur du Messie.

Rabbi Yehouchoua lui pose la seule question intéressante :

« Quand viendra-t-il ? »

Le Prophète Elie ne peut répondre. Il n’est que le serviteur du Messie :

« Va donc interroger le Messie lui-même. »

« Où le trouver ? »

« Il se tient à la porte de Rome. Il est là parmi les Justes qui souffrent, il est là parmi les mendiants,

tous couverts de plaies. »

Rabbi Yehouchoua s’y rend. Il trouve à la porte de Rome, une véritable cour des miracles.

Les corps de ces malheureux sont couverts de pansements. Ils les enlèvent, se soignent et les remettent.

On reconnait parmi eux le Messie sans peine, car il est le seul à ne pas enlever comme les autres, tous

ses pansements à la fois.

Il peut à tout moment être appelé ; la « venue du Messie » peut se produire à tout instant.

Aussi n’enlève-t-il pas ses pansements d’un seul coup, et soigne-t-il ces plaies l’une après l’autre.

Il ne dénude pas la plaie suivante avant d’avoir pansé la précédente.

Il ne faut pas que son arrivée soit retardée de toute la longueur d’un acte médical.

Rabbi Yehochoua Ben Lévy le reconnaît, se précipite vers lui et l’interroge :

« A quand ta venue ? »

« Aujourd’hui même ! »

Rabbi Yehochoua va retrouver le Prophète Elie : Cet « aujourd’hui » n’a-t-il pas été trompeur ?

Mais ce mot ne provenait-il pas du verset ?...

205


- « HAYOM IM BEKOLO TICHMA’OU »

« Si seulement aujourd’hui encore vous écoutiez Sa voix. »

(Psaume 95)

Aujourd’hui à condition que….

Nous avons donc un Messie qui souffre. Mais le salut ne peut se produire par la pure vertu de sa

souffrance.

Toute l’histoire est cependant parcourue ; tous les temps sont accomplis.

Le Messie est prêt à venir aujourd’hui même.

La souffrance de l’humanité ne suffit pas pour le sauver.

C’est la morale, c’est-à-dire l’effort des hommes, maîtres de leurs intentions et de leurs actes, qui

sauvera le monde.

Rabbi Yehochoua ajoute :

« Si Israël retourne à Dieu, il va être délivré. »

Rabbi Eliezer a répondu à Rabbi Yehochouah :

« Comment ? S’ils ne se repentent pas, ils ne seront pas délivrés ? »

Mais Dieu va susciter un roi, un pouvoir politique dont Les lois seront dures comme celles de Hamane

et alors Israël fera pénitence et reviendra à Dieu.

« Retournez à Moi et Je retournerai vers vous. »

« Par la paix et par la douceur vous serez sauvés. » (Isaïe 30,15)

« Si Israël fait pénitence, il sera délivré. »

Car il a été dit :

« Revenez, Ô enfants rebelles, Je guérirai vos égarements. » (Jérémie 3,22)

Le Libérateur d’Israël, Son Saint, parle à celui qui est un objet de mépris pour les hommes, de répulsion

pour les peuples, à l’esclave des puissants.

« Les rois, en le voyant, se lèveront, les grands se prosterneront. »

(Isaïe 49,8)

Promesses sans condition.

Si vous ne croyez pas que « de toute façon » le Messie viendra, vous ne croyez plus en Dieu.

Même si le monde est absolument plongé dans le péché, le Messie viendra, autre thèse d’un de nos

Docteurs du Talmud.

206


LE SENS DE LA VIE

Le monde est aujourd’hui sorti de ses gonds.

Mieux, il est en train de tomber en pièces.

Et l’on voit l’humanité, fiévreusement tenter de recoller les morceaux épars.

Des conférences, des plans, des tentatives à hautes prétentions

Se succèdent les unes aux autres.

Mais tout ce qui est dit, tenté et fait, se rapporte toujours aux structures externes, à l’économique, au

politique, au social,

Aux symptômes de la décadence, non pas à ses causes spirituelles.

Le salut, pourtant, ne peut pas venir des structures.

Il faut restituer à l’existence des hommes, un sens de la vie,

Une idée centrale qui cimente leurs divergences, qui annule leur peur et leur inquiétude.

C’est à partir de l’homme, non des formes de ses activités,

Que le désordre du monde s’évanouira pour faire place à un ordre.

TERRE D’ISRAEL

Rabbi El’azar a dit dans le Talmud Nachim :

« Quiconque demeure sur la terre d’Israël est exempt de péché, car aucun habitant ne dira : je suis

malade. Le peuple qui y demeure reçoit le pardon de ses iniquités. »

(Isaïe 33, 24)

Rabba a dit à Rabbi Achi :

« Nous appliquons ce passage à ceux qui souffrent dans leur corps. »

Rabbi Anan a dit :

« Quiconque est enterré en terre d’Israël, c’est comme s’il était enterré sous l’autel ; car il est écrit

d’une part, « Tu m’élèveras un autel de terre » (Exode 20, 24) et d’autre part, « Il fait l’expiation pour

Sa terre, pour Son peuple. »

(Deutéronome 32, 43)

Oulla allait souvent au pays d’Israël, mais il mourut à l’intérieur.

Lorsqu’il l’apprit, Rabbi El’azar s’exclama :

« Toi, Oulla, tu seras mort sur une terre impure. »

« Mais son cercueil arrive », lui dit-on.

« Il ne recevra pas la même protection que s’il était venu ici en vie. »

(Amos 7, 17)

Nos Rabbis ont enseigné :

« Un homme doit toujours de préférence résider sur la terre d’Israël, même dans une ville à majorité

non-juive. »

207


En effet, vivre sur la terre d’Israël, c’est avoir un Dieu, vivre hors de la terre d’Israël, c’est n’en avoir

point, puisqu’il est dit : « Pour vous donner le pays de Canaan afin d’être pour vous un Dieu »

(Lévitique 25, 38)

Est-ce qu’on peut vraiment dire que ne pas vivre hors de la terre d’Israël, c’est n’avoir pas de Dieu ?

Non. Ce passage signifie plutôt que « Lorsqu’on vit hors de la terre d’Israël, c’est comme si l’on

adorait des dieux étrangers. »

Selon Isaïe LV, 1 – 5 :

« Vous qui avez soif, venez, voici de l’eau.

Pourquoi dépensez-vous de l’argent pour un pain qui ne nourrit point, le fruit de vos peines pour un

aliment qui ne rassasie pas ?

Prêtez-Moi l’oreille et venez à Moi, écoutez et votre âme renaîtra, et Je vous accorderai une alliance

indissoluble, les bienfaits durables promis à David.

Certes, Je l’ai établi comme un témoin pour les nations, comme le guide et le législateur des peuples.

Des nations, à toi inconnues, Tu les convoqueras ; des peuples qui ne Te connaissent pas accourront

à Toi, en l’honneur de l’Eternel ton Dieu, et du Saint d’Israël qui a voulu te rendre illustre. »

UN JOUR AVANT LA MORT

Repens-toi un jour avant la mort.

Il y avait un roi qui invita tous ses serviteurs à un grand banquet mais ne leur en indiqua pas l’heure.

Quelques-uns rentrèrent chez eux, revêtirent leurs plus beaux habits et se postèrent à l’entrée du palais.

D’autres dirent : « Nous avons beaucoup de temps, le roi nous fera prévenir »

Mais le roi les convoqua brusquement ; et ceux qui étaient parés de leurs beaux vêtements furent bien

accueillis, mais les retardataires furent rejetés en disgrâce

SEJOUR DANS LES DEUX MONDES

Il est écrit :

« Je voudrais séjourner dans Ta tente dans les mondes. »

(Psaume 61, 5)

Comment serait-il possible qu’un homme séjourne dans deux mondes à la fois ?

David a voulu dire à L’Eternel :

« Maître de l’Univers, puisses-Tu faire qu’on transmette les paroles de ma bouche en ce monde-ci !

Et Rabbi Yohanan a dit au nom de Rabbi Schien bar Yshaï :

« Transmettre une tradition au nom d’un disciple d’un Sage (qui n’est plus), c’est animer ses lèvres

dans la tombe.

208


LE CORPS ET L’ÂME DANS LE TALMUD

L’empereur Antonin dit à Rabbi Yehouda :

« Le corps ainsi que l’âme, tous les deux peuvent se tirer d’affaire, au jour du jugement dernier. »

Le corps dira :

« C’est l’âme qui a commis tous les péchés dont je me suis rendu coupable car du jour où elle m’a

quittée, je suis couché dans la tombe, inerte comme une pierre. »

Et l‘âme pourra dire à son tour :

« Depuis le jour où je me suis séparée de lui, je voltige dans les airs comme un oiseau, et je ne commets

plus de péchés. »

Le Rabbi répondit à l’empereur Romain :

« Permets-moi de te raconter une fable. Un roi avait un magnifique jardin dans lequel se trouvait un

figuier avec de belles figues premières. Il y plaça deux gardiens pour surveiller l’arbre : un

paralytique et un aveugle.

Le paralytique dit à l’aveugle :

Je vois des figues splendides dans le jardin. Mets-toi sur mes épaules, et moi te guidant, nous pourrons

nous régaler de cet excellent fruit.

Ainsi fut fait et tous deux en mangèrent copieusement.

Au bout de quelques jours, le roi vint en son jardin et voyant que le beau fruit avait disparu, il demanda

aux gardiens : Où sont donc mes figues premières ?

Le paralytique répondit :

Ce n’est sûrement pas moi qui les ai prises, car je ne puis marcher et je n’aurais pu aller jusqu’au

figuier. Et moi pas davantage, protesta l’aveugle, cat je ne vois même pas où se trouve l’arbre.

Que fit le roi ? Il fit placer le paralytique sur les épaules de l’aveugle pour reconstituer la scène du

délit et les confondre tous les deux.

Ainsi agit le Seigneur : Il remet l’âme dans le corps et les juge ensemble. »

Comme il est dit : « Il convoque les cieux d’en haut et la terre pour juger Son peuple. »

Voilà aussi, poursuit le Rabbi, comment Dieu constatera la complicité réciproque de l’âme et du corps.

(Talmud Sanhédrin 91 A et B – Vaykra Rabba Section IV)

La fusion de l’âme et du corps revêt une grande importance pour le Juif, car toute notre vie s’appuie

sur le concept de l’unité de ces deux principes.

Un Juif croyant qu’anime la foi a confiance en Dieu.

Il sait que Dieu est bon et Tout-Puissant.

Par conséquent, il est de bonne humeur, joyeux, optimiste ; son esprit ne s’effondre pas sous la pression

des circonstances.

Il jouit aussi d’une parfaite santé physique.

« Bénis l’Eternel mon âme »

De même que l’Eternel remplit le monde entier de même l’âme remplit tout le corps aussi.

L’Eternel voit mais n’est pas visible, de même l’âme voit mais on ne peut la voir.

L’âme nourrit tout le corps de même que l’Eternel nourrit le monde entier.

L’Eternel est pur, l’âme aussi.

209


L’EXEMPLE

« La mort ne met fin qu’à la vie de celui qui n’agit pas, car celui qui œuvre et qui s’en tire avec

honneur, celui-là ne sera jamais anéanti complètement.

Il restera un exemple pour les générations futures dans les heures les plus pures de leur existence et

restera l’inextinguible étoile des temps passés. »

(Martin Buber)

LA FAMINE

« Si ton frère devient pauvre… » (Lévitique)

Ton frère signifie aussi « ton âme ».

Si tu constates que ton âme est pauvre en Torah et Mitzvoth, tu dois l’aider, ainsi qu’il est écrit :

« L’homme compatissant fait du bien à son âme »

(Proverbes XI, 17)

INTERCESSION DES ENFANTS

Selon la conception des traditions juives les plus authentiques, les âmes des parents défunts sont

rachetées en vertu de la récitation publique du KADDICH par leurs enfants.

A ce sujet, le récit suivant est rapporté en versions différentes.

Un jour Rabbi Akiba arpentait l’espace d’un cimetière.

Il vint à rencontrer un homme dont les épaules étaient lourdement chargées de fagots.

Le Rabbi lui ordonna de s’arrêter et lui demanda s’il était une créature humaine ou un esprit.

L’interpellé répondit :

« Je suis un trépassé et je dois tous les jours apporter moi-même le bois pour m’en ériger un bûcher. »

« Quelles étaient tes occupations durant ton séjour sur la terre » demanda Rabbi Akiba.

« J’étais publicain (à Rome, celui qui recueillait l’impôt) et je favorisais les riches et pressurais les

pauvres et mes œuvres étaient impies « et rusées ».

« N’as-tu pas appris de tes supérieurs s’il existe un remède pour ton salut ? »

Le porteur de bois dit à Rabbi Akiba :

« Ne me retiens pas plus longtemps, afin que je n’attire pas le courroux de mes supérieurs.

Il n’y a aucun remède pour moi, à moins que mon épouse que j’ai laissée enceinte, en mourant ne

donne le jour à un fils qui proclamera devant la Communauté réunie le KADDISH. Mais qui donc le

lui enseignera ? »

Rabbi Akiba se mit en quête du séjour de l’épouse et ne s’accorda pas de repos qu’il ne l’eût trouvée.

210


Il apprit alors que cette femme était incroyante au point qu’elle n’avait pas fait circoncire son fils

nouveau-né.

Rabbi Akiba prit paternellement soin de cet enfant, et au prix de grands efforts lui apprit enfin la

bénédiction après le repas ainsi que le CHEMA’ et la TEPHILAH.

Il put alors réciter le KADDICH et BAREKHOU devant l’assemblée et inviter tous les fidèles à

glorifier le Seigneur.

Dès lors, le père fut délivré de son châtiment.

Il apparut en songe à Rabbi Akiba et lui dit : « Tu m’as délivré de la punition du GUEHINAM. Que

ton âme repose un jour au Paradis. ».

Ce récit montre que le KADDICH a le sens suivant :

La louange publique de Dieu à laquelle le fils invite la Communauté montre que la ligne, dont ce fils

est issu¸ n’est nullement dépourvue de valeurs morales ; quels qu’eussent été les actes du père, sa vie

ne s’est pas achevée sans contribuer au bien et à la propagation de la foi en Dieu sur terre.

C’est pourquoi l’attitude du fils influe sur le jugement relatif à la vie du père, et celui-ci diffèrera du

cas où le verdict se rapporterait aux seuls actes du père.

Les rabbins ont enseigné que, lorsque Rabbi Eliezer tomba malade ses élèves lui rendirent visite.

« Maître, lui dirent-ils, fais-nous connaître les sentiers de la vie afin que nous sachions acquérir la vie

future. »

« Ayez égard, répondit-il à l’honneur de vos compagnons, détournez vos enfants de pensées futiles,

placez-les près des savants et lorsque vous priez, sachez devant QUI vous vous tenez.

C’est ainsi que vous vous acquerrez la vie future. »

LA GRÂCE DE L’ETERNEL (Psaume 103)

Le faible mortel, ses jours sont comme l’herbe ; comme la fleur des champs, ainsi il fleurit.

Dès qu’un souffle passe sur lui, il n’est plus ; la place qu’il occupait ne le reconnait plus.

Mais la Grâce du Seigneur dure d’éternité en éternité en faveur de ceux qui Le craignent ;

Sa bienveillance (s’étend) aux arrière-neveux de ceux qui respectent Son alliance, et se souviennent

de Ses préceptes pour les observer.

L’Eternel a établi Son Trône dans les cieux, et Sa Royauté domine sur toute chose.

Bénissez l’Eternel, vous Ses anges, héros puissants, qui exécutez Ses ordres, attentifs au son de Sa

Parole.

Bénissez l’Eternel, vous, toutes Ses armées, Ses ministres, qui accomplissez Ses Volontés.

Bénissez l’Eternel, vous, toutes Ses créatures, dans tous les lieux où s’étend Son Empire.

-

« BAREKHI NAPHCHI ETH HACHEM »

« Bénis mon âme, l’Eternel ! »

211


LE MONDE FUTUR

« Ce monde au seuil du monde à venir ressemble à un vestibule ; prépare-toi dans le vestibule afin de

pénétrer dans le palais. »

(Avoth IV, 16)

« Ce monde et le monde futur sont comme deux rivales ; fais plaisir à l’une, tu irriteras l’autre. »

(Avoth VII, 16)

Pendant une année de disette, le roi Monobaze de la race des Asmonéens distribua tous ses biens et

ceux de ses ancêtres pour venir en aide aux malheureux.

Ses frères ainsi que tous les membres de sa famille lui en firent d’amers reproches et lui dirent :

« Tes pères ont conservé et augmenté les biens qui leur ont été laissés, et toi, tu les dissipes. »

Mais le roi Monobaze leur répondit :

« Mes pères ont amassé pour ici-bas et moi pour le haut ;

Mes pères ont conservé leur fortune dans un endroit peu sûr, et moi je l’ai cachée dans un endroit où

elle sera à l’abri des voleurs ;

Mes pères ont gardé des biens improductifs, et moi des biens dont on touche les intérêts dans ce monde

et dont le capital vous est réservé dans l’autre ;

Mes pères ont thésaurisé du métal et moi, des âmes ;

Mes pères, en un mot, ont thésaurisé pour ce monde, et moi pour l’autre, ainsi qu’il est dit dans

l’Ecriture Sainte :







« VEALAKH LEPHANEKHA TSIDKEKHA KEVOD HACHEM YEASPEKA »

« Tes œuvres marcheront devant toi, et la Gloire du Seigneur sera ton partage. »

(Talmud Baba Batra 11 a)

PENSEES

D’aucuns nous interrogent sur le monde futur, sur la résurrection des morts et des temps messianiques ;

nous avons glané quelques philosophies, quelques opinions de nos Sages.

Le silence des sources sur les détails a eu pour conséquence que les avis de nos penseurs sont partagés.

Selon l’idée qui se dégage « Le monde futur est le lieu où se rend l’esprit après avoir quitté le corps

lors de la mort. »

Même sans les indications de la Torah nous aurions compris que l’esprit ne ment pas.

L’esprit n’est-il pas en nous la part divine ?

Or, il n’est pas possible que la part divine soit mortelle.

Même le corps ne disparaît pas après la mort, il se décompose et ses différentes parties revêtent d’autres

formes d’existence.

212


L’esprit ne peut pas se décomposer, il se sépare du corps.

L’Image de Dieu qui a été scellée en nous, subsiste, mais n’est plus liée au corps.

Le corps est fixé en son lieu ; l’esprit passe toutes les frontières.

« Je suis à l’occident, disait Yehouda Halévy, mais mon cœur est à l’Orient. »

On ne peut donc pas tirer des conclusions sur la mort de l’esprit à partir de la mort du corps.

L’endroit où les esprits se rencontrent après la mort s’appelle « Le monde futur ».

Dans L’Ecclésiaste est cité le texte suivant :

« C’est là l’endroit où se délectent les esprits qui ont rempli leur mission dans le monde présent. »

Sans nul doute, tous les esprits se réjouiront de se trouver en compagnie de ceux des Justes, des Pieux

et des Parfaits qui les ont précédés.

Eux aussi attendent dans un monde qui n’est que vérité et bonheur ceux qui poursuivent leur œuvre

sur la terre.

Sur la résurrection des morts, nous ne sommes pas non plus renseignés dans le détail ; même sur le

temps où elle doit avoir lieu.

La Bible ne s’exprime pas clairement.

Cependant nous considérons que la résurrection des morts est liée à la venue du Messie.

213


RESURRECTION

La Haphtara que nous lisons « Chabbat Hol-Hamoed » de PESSAH, cristallise les espoirs

messianiques qu’éveille PESSAH, époque propice à notre délivrance autour du récit de la résurrection

des morts par le Prophète Ezéchiel.

Nous apprenons que le Prophète, après avoir été amené dans une vallée couverte d’innombrables

squelettes desséchés, fut chargé de prophétiser à leur encontre.

« Ossements desséchés, écoutez La Parole de Dieu

Ainsi parle Le Seigneur Dieu à ces ossements ».

« Voici que MOI Je vais faire venir en vous un esprit souple et vous vivrez.

Je mettrai sur vous des nerfs, Je ferai croître sur vous de la chair, Je vous envelopperai d’une peau,

Je mettrai en vous l’esprit et vous vivrez ; alors vous saurez que Je suis Le Seigneur. »

Ezéchiel s’exécuta et nous raconte :

« Je prophétisais comme j’en avais reçu l’ordre et, comme je prophétisais, il y eut une rumeur et voilà

un branle-bas : les os se rapprochèrent en s’ajustant l’un à l’autre.

Je regardais et voici qu’il y avait sur eux des nerfs, que la chair s’était développée et qu’une peau

s’étendait par-dessus, mais d’esprit il n’y avait point en eux. »

Il (Dieu) me dit :

« Prophétise à l’adresse de L’Esprit, prophétise fils de l’homme et dis à L’Esprit.

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Viens des quatre vents, Esprit, et souffle dans ces cadavres et ils

vivront. »

« Je prophétisai comme Il me l’avait ordonné et L’Esprit entra en eux ; ils prirent vie et se dressèrent

sur leurs pieds en une armée très nombreuse. »

Comment ne pas voir dans ce texte l’image de la résurrection de notre peuple, résurrection nationale

qui prélude à la Rédemption Messianique ?

Comment la génération qui a vécu Auschwitz ne saurait-elle se reconnaître dans ces ossements

desséchés, puis dans ces squelettes qui prirent corps ?

Pour elle la vision est devenus réalité, lorsqu’elle se métamorphosa sur la Terre Ancestrale, et celle-ci,

désertique hier encore, se voit aujourd’hui recouverte d’un réseau routier et parcourue de canaux.

Il y croît à nouveau une végétation luxuriante, des institutions d’étude et de défense nationale s’y sont

développés, et, face au monde, le peuple a su s’y dresser en une armée nombreuse.

Autant de réalisations « qui sont dans l’ordre des voies de la Providence, car l’annonce de la

résurrection fait d’abord état d’un premier souffle de vie qui a permis le regroupement des os épars »

ainsi que le développement physique.

Puis intervient, dans un temps record, l’appel d’un souffle qui donnera VIE par L’Esprit de la

connaissance de Dieu.

L’enseignement qu’on tire de ces textes est que, dans l’évolution normale de notre histoire, Israël avait

à renaître de ses cendres, et alors que tout espoir semblait perdu, il allait d’abord reprendre corps.

Il reste à compléter cette identification, dans la fidélité à l’Esprit de Dieu qui ne manquera pas de nous

introduire dans la vie réelle de la résurrection.

En d’autre terme après le KES NIGLEH, c’est-à-dire « La vision d’une reconstitution nationale » et

d’un essor économique, il faut aspirer à l’instauration du règne de Dieu « Tu connaîtras que MOI, Je

suis Dieu », d’une connaissance intime (alors que la Torah et les enseignements prophétiques se

réaliseront dans la plénitude de leur spiritualité).

214


C’est là en effet, pour les survivants des fours crématoires, le véritable message pascal de notre texte,

qui se poursuit par l’oracle suivant :

« Fils d’homme, ces ossements c’est toute la Maison d’Israël.

Voici qu’ils disent : Nos os sont desséchés, notre espoir est perdu, c’est la fin pour nous.

Eh bien, prophétise et dis-leur :

Ainsi parle le Seigneur Dieu, voici que Moi Je vais ouvrir vos tombes.

Je vous ferai remonter de vos tombes Ô Mon peuple.

Je mettrai Mon esprit en vous et vous serez vivifiés.

Je vous installerai sur votre sol et vous saurez que c’est Moi le Seigneur,

J’ai parlé et J’ai agi.

Parole de Dieu. »

Lorsqu’on saura par ailleurs que cette résurrection n’est pas une simple vue de l’esprit, mais que cette

prophétie vient se greffer sur un fait réel, puisque le Talmud nous enseigne (Sanhédrin 92 b), que les

ossements étaient ceux des cadavres des enfants d’Ephraïm, la résonance de ce texte rendra une

amplitude particulière.

En effet, sur l’ordre de Dieu, Ezéchiel redonna vie aux squelettes des enfants d’Ephraïm, qui, esclaves

en Egypte, crurent le moment de la délivrance venu ; ils voulurent monter en Terre Promise sans

attendre Le Libérateur Moïse et finirent par être massacrés en cours de route… la leçon qui nous est

donnée prend une double portée :

- d’une part, la rédemption messianique se voit précédée d’une résurrection transfiguratrice

physique et matérielle du peuple vivifié qui renouera sur son sol avec son authenticité historique,

et qui, cette fois-ci, y vivra (en dépit des menaces spéculatives diverses) bien qu’il n’ait pas attendu

le Libérateur pour enclencher le mouvement de la rédemption !

- d’autre part, l’ère messianique, avant de déboucher sur la résurrection effective des morts,

comportera également en préface la réunification de l’ensemble du peuple d’Israël qui retrouvera

L’ISRAËL « Enfoui », par le surgissement résurrectionnel d’Ephraïm, c’est-à-dire le Royaume

des dix Tribus perdues dans sa majorité au cours des vicissitudes de l’histoire.

C’est encore ce que nous annonce la suite du chapitre lorsque Dieu dit en particulier :

« Voici, Je vais prendre Ephraïm, ainsi que les Tribus d’Israël qui lui sont associées et Je les placerai

contre l’arbre de Juda. ; J’en ferai un seul arbre et ils seront dans Ma main.

Je vais retirer les Fils d’Israël d’entre les nations, là où ils étaient allés.

Je les rassemblerai de toutes parts et Je les ramènerai sur leur sol.

J’en ferai un peuple unique dans le Pays, sur les monts d’Israël, et un seul Roi sera leur Roi ;

Ils ne seront plus jamais fractionnés. »

Nous qui avons le bonheur d’être les témoins de la réalisation de la première partie du plan divin, nous

devons aujourd’hui plus que jamais, espérer en la manifestation des étapes ultimes.

Et puisque PESSAH vit notre peuple esclave en Egypte se muer en une unité nationale, et l’introduisit

dans l’alliance qui en en fit à CHAVOUOT le peuple de Dieu, c’est dans « le présent propice », plus

qu’à un autre moment, que nous devons agir en conséquence et œuvrer tout particulièrement pour

introduire et capter le souffle de l’Esprit de Dieu qui caractérisera enfin et prochainement l’ère de toute

la félicitée tant escomptée.

La résurrection, c’est la sanction de toutes les promesses de résurrection et de la restauration nationale.

C’est l’expression la plus complète de la vitalité d’Israël, que la tombe même, c’est-à-dire la

déchéance, la dispersion, est impuissante à détruire.

Aussi est-elle restée populaire au sein du Judaïsme.

215


LA CHARITE SAUVE DE LA MORT

Le fer grise la pierre, le feu fond le fer, l’eau éteint le feu, les nuages absorbent l’eau, une tempête

chasse les nuages, l’homme résiste à la tempête, mais la peur le met hors de lui, le vin dissipe la peur,

le sommeil élimine les effets du vin et la mort balaye tout, même le sommeil.

Mais Salomon le Sage dit : « La charité sauve de la mort. »

MERITE DES ENFANTS

« La vieille doctrine Juive du « Mérite des Pères » a sa contrepartie : l’idée que la vie équitable du

fils vivant influe favorablement sur le sort du père mort.

Cela pourrait être appelé : la doctrine du « Mérite des enfants.

En ce sens, le vif et le mort s’entretiennent.

Le véritable message du mort est sa vertu ; la véritable réponse du vivant est également sa vertu.

Ainsi un pont est jeté au-dessus de l’abîme de la tombe.

Ainsi les cœurs des pères et des enfants battent en un unisson éternel. »

(Abraham 1919)

IMMORTALITE « MORT-NAISSANCE »

On vit un jour deux bateaux qui naviguaient près de la côte.

L’un d’eux s’éloignait du port et l’autre s’y dirigeait.

Tout le monde faisait fête au navire en partance et lui adressait, du rivage, des adieux qui venaient du

cœur, tandis que celui qui arrivait était à peine remarqué.

Un homme sage, qui regardait les deux bateaux dit alors :

« Ne vous réjouissez pas du navire qui est en train de prendre la mer, car vous ne savez pas quelle

destinée l’attend, quelle tempête il peut rencontrer, à quels dangers il peut être exposé.

Réjouissez-vous plutôt du navire qui a atteint le port sain et sauf et qui a ramené ses passagers en

paix. »

Ce sont là les mœurs du monde que, lorsqu’un être humain naît, tous s’en réjouissent ; mais lorsqu’il

meurt, tous s’en affligent.

Il faudrait plutôt agir de façon contraire.

Nul ne saurait dire quelles difficultés attendent l’enfant au cours de son voyage à travers l’humanité.

Sait-on les tribulations et les épreuves qui sont réservées au nouveau-né dans le cours de son

existence ?

C’est bien plutôt le dernier, le jour de la mort, alors que l’homme a accompli sa destinée, sa mission

spirituelle et temporelle, qui a des droits aux exclamations et aux démonstrations joyeuses car il a mené

son voyage à bonne fin et il a quitté ce monde en paix et comblé d’une bonne réputation.

216


LA VIE ETERNELLE

Le moyen le plus sûr d’arriver à la vie éternelle

Rabbi José ben Kisma était malade. Rav Houna, son ami, vint le visiter.

Pendant qu’il était là, le malade devint plus faible et on put facilement prévoir qu’il ne tarderait pas à

rendre l’âme.

Tout à coup, Rav Houna lui dit :

« Ô Maître et ami, peux-tu encore m’entendre ? »

« Oui », répondit Rabbi José.

« Eh bien dis-moi si je puis espérer d’être convié au banquet de la vie éternelle. »

« Mon fils, répliqua le mourant, pour répondre à ta question, j’ai besoin de connaître quelques- unes

de tes actions. »

Voici un de mes actes, dit Rabbi Houna :

« Un jour, on me confia une somme assez importante que je devais distribuer aux aumônes. Sans le

savoir, je donnais plus que je n’avais reçu. Ce ne fut qu’au bout de quelques jours que je m’aperçus

de mon erreur. Mais je ne réclamai pas à la Communauté l’argent que j’avais dépensé.

Il a servi à faire le bien, me suis-je dit, je ne veux plus le recevoir et lui donner une autre destination. »

Ô mon fils, s’écria Rabbi José avec tendresse, si c’est ainsi que tu as agis, je désire que mon sort dans

l’autre vie ressemble à celui qui t’est réservé. »

LA SEPARATION

La disparition d’un être cher n’est pas une malédiction.

C’est un rappel d’un père à l’un de ses enfants.

La vie est une ombre qui passe.

Est-ce l’ombre d’une tour ou d’un arbre ?

Une ombre qui reste pendant quelques temps ?

Non c’est l’ombre d’un oiseau dans son sol : l’oiseau s’en va-t-il, ne subsiste plus ni oiseau, ni ombre.

Lorsque le Juste meurt, c’est la terre qui subit une perte.

Le bijou perdu reste toujours un bijou mais celui qui l’a perdu doit le pleurer.

Passer son existence à acquérir péniblement des biens matériels est un non-sens puisque cette sorte de

possession n’a qu’une valeur transitoire.

Une parabole connue :

« Un renard qui vit une vigne clôturée de tous les côtés, à peine y découvre-t-il un trou, mais insuffisant

pour lui livrer passage ainsi qu’il l’eut désiré, que fait-il ? Il jeûne trois jours. Son amaigrissement lui

permit alors de passer par l’ouverture.

Il fit balance et, naturellement grossit en conséquence.

Quand il voulut sortir de la vigne, impossible de franchir l’étroit office.

Il jeûna donc trois jours jusqu’à ce qu’il eut assez maigri pour pouvoir sortir.

Quand cela fut fait, il s’écria Ô vigne, à quoi m’as-tu servi toi et tes fruits ?

Tout est beau mais qui donc en profite ?

Tel on entre dans ton enclos, tel on en sort. »

Ainsi en est-il du monde.

217


Quand on y entre, chacun serre les poings, comme pour dire : tout est à moi, j’en hériterai en entier.

Quand on en sort, les mains se sont ouvertes, comme si l’on disait : en ce monde je n’ai rien acquis.

L’homme est apparenté à Dieu parce qu’il est doté d’une âme.

C’est parce qu’il possède cette ressemblance avec Dieu qu’il y a affinité entre son créateur et lui.

Le caractère d’une existence dépend du soin que l’individu consacre à garder son âme pure et sans tâche.

L’Esprit retourne à Dieu qui l’a donné.

« Rendez-le Lui, tel qu’Il vous l’a donné dans sa pureté, rendez-le Lui intact. »

Un roi avait distribué à ses esclaves des vêtements royaux.

Les esclaves sages les plièrent et les rangèrent dans une boîte.

Les esclaves insensés les revêtirent pour faire leur travail.

Le roi fut satisfait des sages et furieux de la conduite des autres.

Il ordonna aux premiers de replacer les vêtements dans son trésor et de s’en aller en paix.

Aux autres, il commanda de remettre les vêtements aux gens préposés au blanchissage, et les fit ensuite

emprisonner.

De même Dieu en ce qui concerne le corps du Juste ; il entrera en paix, il reposera sur Sa couche

quiconque a marché dans Sa Droiture.

Quant à son âme, elle sera placée dans le faisceau des vivants avec l’Eternel notre Dieu.

Pour le corps de l’insensé, il n’y a pas de paix accessible aux méchants.

218


A CEUX QUI N’ONT PAS DE TOMBE

L. Schweitzer

Ah, n’oublions jamais tous ces agonisants

Perdus dans les batailles,

Et ceux qui furent pris, impitoyablement

Ecrasés sous l’amas de pierre et de ferraille,

Quand tonnait le fracas d’affreux bombardements,

Oh ! Pensons aux martyrs qu’emporta le destin

Vers un enfer immonde.

Pensons aux déportés, massacrés au lointain

Par la rage inféconde

De démons, qui déjà se croyaient souverains.

Pensons aux trépassés dans les griffes d’airain

Et qui furent privés du dernier coin de terre

Qu’on doit à l’être humain,

De ce sol consacré d’où monte la prière

En faveur du repos de l’âme des défunts.

Au nom des disparus, dans l’effarant mystère,

Des stèles sont dressées,

Et leur nom anobli s’incrusta dans la pierre

Pour les éternités.

Oui, de tous ces martyrs qui en voulaient que vivre

Gardons le souvenir

Ils sont morts en héros pour que nous soyons libres,

Et leur gloire éternelle éclaire l’avenir.

219


L’UNION AVEC DIEU

(Isaïe LXI, 10 – LXIII, 9)

« Je veux, je veux me réjouir dans le Seigneur, que mon âme se délecte en mon Dieu ! Car Il m’a revêtu

de la livrée du Salut, m’a enveloppé du manteau de la justification. »

Le Midrach aborde ce passage en rattachant l’idée de la résurrection à l’idée de l’union avec Dieu où

s’accomplit le salut de l’humanité, ce qui donne à la résurrection sa signification profonde.

Voici la parabole qui sert de commentaire à notre texte :

« Je veux, je veux me réjouir dans Le Seigneur, que mon âme se délecte en mon Dieu. »

Mais il est aussi écrit :

« Ce jour, Le Seigneur l’a préparé, consacrons-le par notre joie, par notre allégresse. »

(Cantique des Cantiques)

Cela est comparable à une dame dont le mari, les fils et les gendres sont partis outre-mer.

Quand on lui annonça le retour de ses fils, elle dit : « Que mes belles-filles s’en réjouissent. »

Lors du retour de ses gendres : « Que mes filles soient en allégresse. »

A l’arrivée de son époux, elle s’écria : « Voici que la joie est complète ! »

De même, quant aux temps messianiques, les prophètes disent à Jérusalem :

« Voici tes fils qui reviennent de loin »,

Elle leur répond :

« Qu’elles se livrent à l’allégresse, les filles de Juda. »

Et à la nouvelle que « Ses filles sont portées sur les épaules. »

Elle dit : « Que le Mont Sion s’en réjouisse. »

Mais lorsqu’on lui dit : « Voici ton Roi qui arrive. »

(Psaume XLVIII)

(Isaïe XLIX)

(Psaume 16)

(Zaccharie IX)

Elle dit : « Ma joie est à présent complète » et « Je veux, je veux me réjouir dans Le Seigneur. »

(Pessikta Talkout Hamakiri)

220


LE JOUR DU JUGEMENT « LES TROIS AMIS »

Un homme avait trois amis qu’il aimait à un titre inégal.

Un jour, il fut mandé près du roi, pour se justifier d’une terrible accusation qui pesait sur lui.

Il courut chez le premier de ses amis, chez celui dont un seul sourire le rendait heureux et qu’il payait

bien de retour, lui fit part de ce qu’il lui arrivait et le pria d’intervenir auprès du souverain en sa faveur.

Mais l’ami de lui répondre froidement :

« Mille regrets mais je n’ai point qualité pour te rendre le service que tu me demandes. »

Un peu désappointé, il s’adressa au deuxième ami, celui qu’il estimait moins que l’autre, mais qui lui

était encore bien cher.

Celui-ci eut pitié de sa douleur, et en versant des larmes, lui dit :

« Ami, je ne puis t’accompagner que jusqu’à la porte du palais et là… je suis obligé de te laisser. »

Tout à fait découragé, il va enfin chez le troisième ami, celui qu’il avait toujours tant négligé,

s’attendant de sa part à un refus catégorique.

Mais Ô surprise !

Oubliant tous les griefs, l’ami tant de fois méconnu l’assure de son dévouement inaltérable et lui dit :

« Ne crains rien, j’irai avec toi devant le roi, et je plaiderai si bien en ta faveur que les jaloux seront

confondus et que ton innocence sera proclamée. »

Chacun de nous, dans le courant de sa vie terrestre, est entouré de ces trois amis qui sont :

La fortune, la famille et les bonnes œuvres.

Or, au moment où l’homme doit comparaître devant Le Tribunal Suprême,

- La fortune, tant choyée et caressée ici-bas est la première à nous abandonner.

- La famille, qui occupe le second rang de notre affection se contente de nous accompagner jusqu’à

la tombe où elle prend congé définitif.

- Restent les bonnes œuvres que nous avons accomplies sur cette terre, que nous négligeons, que

nous cultivons le moins possible, que nous considérons plutôt comme adversaires que comme

amies.

Seules, cependant la vertu et la pratique du bien, dont nous faisions si peu de cas, nous suivent

partout au fond du tombeau, au seuil de l’éternité, et jusqu’aux pieds du Trône de Gloire, plaidant

notre cause, signalant nos mérites, atténuant nos fautes, emportant notre acquittement et notre

admission à la Gratitude Eternelle.

221


EPREUVES ET ESPERANCES DES JUSTES « TEXTE DE LA SAGESSE »

Tiré du Livre de la Sagesse, il a été écrit par un Juif de culture grecque

(auteur anonyme, vivant à Alexandrie un siècle avant notre ère).

Ce texte est transmis aux Aumôniers Militaires Israélites.

Dieu a créé toutes choses pour la vie

Il ne se réjouit pas de la perdition des vivants

Ce sont les impies qui appellent la mort de leurs vœux

La regardant comme amie, faisant alliance avec elle,

Et ils sont dignes, en effet, de lui appartenir.

Ils disent :

N’épargnons ni la veuve, ni le vieillard,

Ce qui est faible est inutile.

Traquons le Juste puisqu’il nous incommode.

Il nous reproche de violer la loi,

Il blâme notre conduite

Et condamne jusqu’à nos pensées.

Aussi, sa seule vue nous est-elle insupportable.

Infligeons-lui outrages et tourments

Frappons-le à mort.

Mais les âmes des Justes sont dans la main de Dieu

Et le tourment ne les atteindra pas.

Aux yeux des insensés ils ont paru mourir

Leur sortie de ce monde a été estimée affliction

Et leur séparation d’avec nous un anéantissement.

Mais eux, sont en paix.

Et si devant les hommes, ils ont souffert,

Leur espérance est pleine d’immortalité.

Ils seront placés au milieu d’une multitude de biens

Car Dieu les a éprouvés

Et a agréé leurs œuvres.

222


CHAPITRE XVII

*

LES TRANSMISSIONS

223


DISPOSITIONS RELIGIEUSES CONCERNANT LE DEUIL

Samson-Raphaël Hirsh

La Loi de Moïse veut, dans toutes les circonstances qui touchent à sa vie affective, éduquer le fidèle

pour son bien et dans son intérêt, en ce monde ci comme dans le monde futur. Elle impose, à la joie

comme au deuil, une limite afin d’empêcher les passions de s’exprimer de façon excessive.

Nos Sages, dans le même esprit, ont institué des règles précisant comment canaliser l’expression de la

joie aux jours d’allégresse, et, de même, ils ont fixé une législation de deuil, permettant à l’homme de

donner libre cours à ses sentiments d’une part, mais l’invitant par ailleurs, à comprendre la vraie

signification de ce deuil.

Assurément, la perte d’un être cher est la perte la plus pénible qu’un homme puisse éprouver.

Les Sages ont donc su avec équilibre, tact et intelligence, distinguer diverses étapes dans l’évolution

des sentiments de la personne affligée.

A chaque étape, ils ont indiqué une autre conduite à tenir afin que le deuil ne prenne pas une trop

grande importance, tout en le laissant s’exprimer comme il se doit.

En premier lieu, l’affligé ressent, après le décès, une douleur très vive, comparable à celle que l’on

éprouve après une amputation. C’est une douleur intolérable et insurmontable, et l’on ne peut

demander à l’homme de taire alors sa douleur.

C’est la période d’aninout (grand deuil) qui dure jusqu’à l’enterrement du défunt.

A ce moment-là, le seul souci de l’affligé doit être de s’occuper de la sépulture, et il est dispensé

d’observer les autres préceptes de la Loi.

Le second moment est celui où la séparation d’avec le corps est consommée.

A ce moment-là, la douleur de l’affligé le touche moins physiquement que moralement.

C’est l’idée de devoir vivre sans le défunt qui tourmente la personne en deuil.

Commence alors l’avelout (période de sept jours) pendant laquelle l’affligé n’a pas le droit de

travailler, ni de mettre des chaussures en cuir, ni de saluer les gens, ni d’étudier.

Il restera chez lui sept jours assis sur le sol, occupé par son deuil.

Enfin, vient une troisième période, durant laquelle la vie doit recommencer à prendre ses droits ;

cependant, l’homme reste encore troublé par la perte qu’il a subie et son attitude extérieure (il néglige

sa toilette, ne porte pas d’habits frais, ne prend part à aucune activité joyeuse), évoque le deuil dans

lequel il est plongé.

Mais, en même temps, l’affligé reprend ses activités, retrouve le contact avec la société, et c’est là le

pas décisif qui doit le rapprocher de la guérison.

En effet, si l’affligé s’enferme dans son deuil, s’isole, il sera difficilement consolable ; tandis que sous

l’influence de la société – elle-même en permanence sujette aux modifications, et créatrice de force

nouvelle – la personne endeuillée se laissera distraire de sa peine, la douleur se cicatrisera peu à peu.

Le deuil s’effacera et, un an après le décès d’un père ou d’une mère, ou trente jours après le décès d’un

frère ou d’une sœur, d’un mari, d’une femme ou d’un enfant, consolé, l’affligé retrouvera sa place au

sein de la société.

224


LE KADDICH « PRIERE POUR LES MORTS »

Son origine est mystérieuse. Son nom viendrait de l’araméen.

On dit que des Anges l’ont apporté du Ciel sur la Terre et l’ont enseigné aux hommes.

En cette prière, les plus tendres sentiments de l’amour filial et du souvenir humain sont

inextricablement mêlés, car c’est la prière des orphelins.

Lorsque le père ou la mère meurt, les fils survivants doivent le réciter deux fois par jour, matin et soir,

pendant l’année de deuil, ainsi qu’à chaque anniversaire de la mort.

Cette prière a un pouvoir étonnant. En vérité, s’il est quelque lieu assez fort et indissoluble pour

enchaîner la Terre au Ciel, c’est bien elle.

Elle tient les vivants ensembles et forme un pont qui les rattache au royaume mystérieux des morts.

On peut presque dire que cette prière est le gardien du peuple qui seul la prononce : en elle se trouve

la garantie de sa continuité.

Un peuple peut-il disparaître et être annihilé aussi longtemps qu’un enfant se remémore ses parents ?

Parce que cette prière est une résurrection en esprit, de ce qu’il y a de périssable dans l’homme ;

Parce qu’elle ne reconnaît pas la mort, parce qu’elle permet à la branche qui, flétrie en elle, est tombée

de l’arbre de l’humanité, de fleurir et de se développer à nouveau dans le cœur humain, elle possède

le pouvoir de sanctification.

Savoir que, lorsque tu meurs, la terre qui tombe sur ta tête ne te recouvrira pas entièrement ;

Savoir que tu laisses derrière toi ceux qui, où qu’ils puissent se trouver sur la face du globe, qu’ils

soient pauvres ou riches, élèveront cette prière vers ta mémoire ;

Savoir que tu ne leur laisses ni maison, ni domaine, ni champ par quoi ils devront se souvenir de toi et

que, pourtant, ils vénèreront ton souvenir comme leur plus cher héritage.

Quelle certitude plus satisfaisante et plus sanctifiante, pourrais-tu espérer ?

Et telle est la certitude léguée à chacun de nous par le Kaddich.

225


PAROLES PRONONCEES PAR RABBI AKIBA SUR LA TOMBE DE SON FILS

« Mes frères, vous m’avez apporté la consolation par votre présence et l’honneur que vous m’avez fait

– non pas que je sois un Sage – il y a ici des hommes plus Sages que moi – non pas que je sois riche –

il y a ici de plus riches que moi.

Si les gens du sud connaissent Rabbi Akiba, d’où les gens de la Galilée le connaitraient-ils ?

Si, à la rigueur, des gens me connaissent, ce n’est pas le cas des jeunes et des enfants.

Si donc vous êtes venus pour Akiba, il y a tant et tant d’Akiba dans les rues.

Mais je sais que si vous êtes venus exprimer votre peine et votre sympathie, vous l‘avez fait pour faire

une Mitzvah, pour honorer la Torah, oui, je suis consolé.

Rentrez en paix !

(Moed Catane, 21 B)

Rabbi Yehouda nous enseigne :

« Quiconque se lamente sur un mort plus qu’il ne convient verra mourir un (autre) être cher. »

226


LA PRIERE DU MEDECIN

PAR MOÏSE MAÏMONIDE

MEDECIN, PHILOSOPHE ET TALMUDIST

NE A CORDOUE EN 1135

MORT A FOUSTAT EN 1204

« Mon Dieu, remplis mon âme d’amour pour l’art et pour toutes les créatures.

N’admets pas que la soif du gain et la recherche de la gloire m’influencent dans l’exercice de mon art,

car les ennemis de la vérité et de l’amour des hommes pourraient facilement m’abuser et m’éloigner

du noble devoir de faire du bien à Tes enfants.

Soutiens la force de mon cœur pour qu’il soit toujours prêt à servir le pauvre et le riche, l’ami et

l’ennemi, le bon et le mauvais.

Fais que je ne vois que l’homme dans celui qui souffre.

Que mon esprit reste clair près du lit du malade, qu’il ne soit distrait par aucune pensée étrangère,

afin qu’il ait présent tout ce que l’expérience et la science lui ont enseigné, car grandes et sublimes

ont les recherches scientifiques qui ont pour but de conserver la santé et la vie de toutes les créatures.

Mais que mes malades aient confiance en moi et en mon art, qu’ils suivent mes conseils et mes

prescriptions.

Eloigne de leur lit les charlatans, l’armée de parents au mille conseils et les gardes qui savent toujours

tout, car c’est une engeance dangereuse, qui, par vanité, fait échouer les meilleures intentions de l’art

et conduit souvent les créatures à la mort.

Si les ignorants me blâment et me raillent, Fais que l’amour de mon art, comme une cuirasse, me

rende invulnérable, pour que je puisse persévérer dans le vrai, sans égard au prestige, au renom et à

l’âge de mes ennemis.

Prête-moi, mon Dieu, l’indulgence et la patience auprès des malades entêtés et grossiers.

Fais que je sois modéré en tout, mais insatiable dans mon amour de la science.

Eloigne de moi que je sais tout et que je peux tout.

Donne-moi la force, la volonté et l’occasion d’élargir de plus en plus mes connaissances.

Je peux aujourd’hui, découvrir dans mon savoir, des choses que je ne soupçonnais pas hier, car l’art

est grand, mais l’esprit de l’homme pénètre toujours plus avant. »

« Celui qui ne rend pas visite à un malade est considéré comme hâtant la fin de celui-ci. »

(Nedarim, 40)

227


CONSCIENCE DES DEVOIRS DE L’HOMME BAHYA IBN PAQUOUDA

Le Créateur a tiré l’âme du néant, de même que les autres essences spirituelles, et veut la porter et

l’élever au degré de Ses élus, de ceux qu’IL a choisis à cause de leur pureté, et qui contemplent au plus

intime, La Lumière de Gloire.

Mais l’âme est descendue dans le monde et elle y court de grands dangers.

Elle doit opter, ou bien pour la pratique de la religion, ou bien pour les sollicitations de ce bas monde.

Ces dernières ne sont pas toutes dépourvues de justification ; il n’est donc pas facile pour l’âme de

choisir le droit chemin.

Aussi Dieu lui a-t-elle adjoint un bon conseiller : LA RAISON

Mais comme la voix de celle-ci n’arrive pas à se frayer un chemin jusqu’au cœur de tous les hommes,

l’âme peut mener dans ce monde ci une vie de pureté et mériter, dans l’au-delà, la félicité éternelle.

L’homme n’a pas été créé pour son existence en ce monde terrestre, mais pour son existence dans le

monde futur.

Seulement, son passage en ce monde ci est un moyen pour atteindre l’autre monde, son but.

De nombreux propos de nos Sages illustrent cette idée que ce monde constitue un lien et un temps de

préparation, et que le monde futur est celui du repos et de la jouissance de ce qui aura été préparé.

« Le monde ressemble à un vestibule au seuil du monde futur. Aujourd’hui pour les (Mitzvoth)

accomplir, demain pour en recevoir la récompense. »

« Celui qui a peiné la veille du Chabbat mangera le Chabbat. »

(Talmud Avoda Zara, 3a)

« Si l’homme ne fait point ses préparatifs sur la terre ferme, que mangera-t-il en pleine mer ? »

(Midrach sur L’Ecclésiaste VI)

Il est impossible à un être intelligent de croire que le but de la création de l’homme soit sa présence en

ce monde, car qu’est-ce que la vie de l’homme en ce monde ?

Quel est celui qui s’est vraiment réjoui et a connu le repos ici-bas ?

« La durée de notre vie est de soixante- dix ans et tout au plus de quatre-vingts, et tout son éclat n’est

que peine et misère.

(Psaume XC, 10)

Que de maladies, de souffrances, de soucis, de peines, avec pour terme, la mort.

L’âme ne prenant pas souvent plaisir à tous les objets du monde.

Le Midrach dit, à propos de la phrase de L’Ecclésiaste VI, 7 : « L’âme ne peut être satisfaite. »

« Elle fait penser à une précieuse mariée à un rustre : il aura beau lui apporter tous les trésors du

monde, ils seront sans prix à ses yeux ; car elle est « de sang royal. »

Aussi en est-il de l’âme : qu’on lui apporte toutes les puissances du monde, elle n’en fera aucun cas,

car elle est d’une essence supérieure. »

Il s’ensuit que la création de l’homme avait pour fin son existence dans le monde futur.

C’est dans ce but que l’âme lui a été donnée, et c’est par elle que l’homme pourra recevoir sa

récompense en son lieu et en son temps.

Alors, rien en ce monde ne pourra plus inspirer d’aversion à l’âme.

Tout lui paraîtra, au contraire, digne d’être aimé et d’un grand prix.

228


LA MORALE ET L’HYGIENE PHYSIQUE

Rabbin Elie Munk

Dans la Sidra de « TAZRIA » - « Inséminer » (Lévitique chapitre XIII, 2), nous lisons :

-

-


« ADAM KI - IYEH BE’HOR - BESSARO »

« S’il se forme sur la peau d’un homme une tumeur »

Les chapitres suivants sont consacrés à l’exposé d’une vérité qui n’était pas encore apparue jusqu’ici.

C’et le concept de l’unité sous son double aspect :

- d’une part, l’identité de la religion, de la morale et de l’hygiène physique dans la pensée juive ;

- d’autre part, l’unité de l’être humain, dont l’esprit et le corps forment un tout indivisible.

Ces deux axiomes sont la conséquence directe de la doctrine du monothéisme absolu.

Aussi, trouvons-nous couramment, dans la Bible et le Talmud, de nombreuses données médicales liées

étroitement à des prescriptions religieuses et morales.

Ces règles sanitaires sont placées sur le même plan que celles de la morale, de l’amour d’autrui, et du

respect de la justice.

L’interférence des domaines de l’éthique religieuse et de l’hygiène sanitaire correspond à celle du

corps et de l’âme dans l’être humain.

L’homme est un microcosme dont les multiples composantes de nature spirituelle et physique

s’harmonisent en un parfait équilibre, fixé avec une extrême précision.

Cette interdépendance a pour conséquence de faire rechercher les causes de certaines affections

physiques dans le secteur psychologique et vice-versa.

La thérapeutique médicale aura donc pour tâche de tenir compte de ce fait empirique.

Parmi nos auteurs classiques, Maïmonide est celui qui souligne avec le plus d’insistance, que la

meilleure médication est celle qui se base sur les vertus morales et qui, en partant de ce principe, tend

à rétablir l’union harmonieuse, préalables des forces morales et physiques, momentanément rompues.

(Guide III, 27 - Hilkhot - Déot– Iggereth Hamoussar)

« VERAAHOU HACOHEN » - « Il sera présenté à Aaron le Prêtre »

Rachi explique :

« C’est un décret de l’Ecriture qu’une plaie ne peut être déclarée pur ou impure que par la bouche du Cohen. »

C’est également lui, qui au terme de la guérison, déclare la plaie pure (V, 17).

Aucun traitement médical n’intervient ici, c’est le Cohen qui, en tant que premier serviteur de Dieu,

fait office de médecin.

Les mots « EL HACOHEN » ont la même valeur numérique que le mot « ROFE », médecin.

229


D’après « Midrach Rabba et Tanh’ouma », le parfait état de santé est fonction du maintien dans le

corps humain de l’équilibre préétabli des éléments aqueux et des éléments sanguins.

L’histoire juive a connu des époques fastes où le peuple tout entier s’était élevé au niveau de la pureté

intégrale.

Tel fut le cas lors de la promulgation de la Torah au Mont Sinaï, comme il a été noté (dans Exode XIX,

Rabbi Chim’one Bar Yohaï attribue à cette époque l’hommage exprimé dans le Cantique des

Cantiques (Chapitre IV, 7).


« KOULAKH YAPHA RA’YATI OUMOUM EÏN BAKH »

« Tu es toute belle mon amie, et tu es sans défaut. »

Mais le péché ne tarda pas à s’infiltrer au sein de la Communauté et l’on entendit alors l’ordre retentir :

« Qu’on renvoie du camp tout individu lépreux, ou atteint de flux, ou souillé par un cadavre ».

(Nombres V, 2)

Les périodes de grandeurs et de décadences se succédèrent ainsi dans l’histoire de notre peuple, et le

Midrach (Lévitique Rabba, c-18) en donne des exemples précis.

C’est toutefois le prophète Ezéchiel qui, envisageant l’avenir Messianique, annonce que la

purification définitive s’effectuera à la fin des temps par l’Eternel Lui-Même :

« Je vous arroserai d’eaux pures afin que vous deveniez purs ; de toutes vos souillures et de vos

abominations, Je vous purifierai. »

(Ezechiel XXXVI, 2)

230


MITZVOTH ET EQUILIBRE

Jacqueline Dreyfus

Il ne s’agit pas dans cet exposé de ramener nos pratiques religieusement à un rôle purement

pédagogique.

Par ailleurs, je ne pense pas céder uniquement au goût du jour en tentant d’en faire un commentaire

inspiré de Freud.

Cependant il faut bien reconnaître qu’une telle entreprise trouve actuellement une large audience

auprès d’une majorité de gens informés, alors que, il y a quelques années encore, on s’en serait sans

doute détourné avec ironie et quelque inquiétude quant à l’équilibre de son auteur.

Une tentative d’explication de notre mode de vie intégralement juif, à travers les travaux de la

psychologie moderne m’a paru suffisamment enrichissante et profitable pour que je tente de le faire,

et ceci malgré des points de départ on ne peut plus divergents.

En effet, tout l’enseignement de nos pratiques n’est-il pas axé essentiellement sur la volonté :

« Tu dois… tu ne dois pas » à 613 exemplaires…

Tous nos actes quotidiens doivent se dérouler au niveau de la conscience claire, sous l’emprise d’une

discipline à proprement contraignante.

D’autre part, la psychologie nous apprend que la conscience claire n’est que peu de chose au regard

de tout ce qui se trame dans notre inconscient. Ce que nous savons de nous-mêmes, n’est qu’une espèce

de tapisserie dont nous ne voyons que l’envers mais qui se tisse en réalité de l’autre côté, en dehors

précisément de notre conscience claire et à plus forte raison en dehors du règne tellement artificiel de

notre illusoire volonté.

Les manifestations importantes de notre vie y font parfois irruption sans que nous soyons clairement

informés de leurs motifs, des décisions capitales de notre existence comme le choix d’un métier ou

d’un conjoint, ou plus simplement notre ardeur au travail, ou au contraire notre désaffection à la tâche,

ont des motivations profondes que tout le monde en général ignore.

Non seulement notre conscience claire ne nous apprend rien, mais il peut même être dangereux de

vouloir opposer une volonté de bien faire à une force inconsciente plus primitive et plus explosive

qu’elle.

Partant de ces constatations troublantes, la psychologie en est venue à démonter pièce par pièce l’être

humain afin de découvrir à travers des méandres compliqués les articulations de ses conduites, les

couches et les stratifications sur lesquelles repose tout l’édifice.

Ainsi petit à petit nous nous acheminons vers un nouveau point de rencontre entre l’enseignement

psychologique et la sagesse juive, vers une constatation qui va à l’encontre de tout ce que notre âme

poétique aurait aimé entendre :

« … Le penchant du cœur de l’homme est mauvais depuis sa jeunesse. »

(Genèse VIII, 21)

231


Freud de son côté, et tous ses successeurs d’accord avec lui, ont observé que l’enfant dès son plus

jeune âge est habité par tous les instincts :

Instinct alimentaire

Instinct possessif et de puissance

Instinct sexuel enfin.

Il risquerait donc de devenir l’être le plus animalement égoïste, le plus pervers, si une éducation

appropriée ne venait à point nommé tempérer ses démons afin de le rendre supportable à la famille

d’abord, à lui-même et à la Société ensuite.

C’est ici qu’apparaît toute l’ampleur du problème ;

Les forces sont là, redoutables ; les laisser évoluer est impossible, les réprimer est dangereux, car elles

risquent fort de réapparaître plus explosives que jamais.

A une jeune mère qui venait lui demander conseil, Freud répondit :

« Quoi que vous fassiez vous aurez toujours tort. »

Après ces quelques élucidations, nous pouvons à présent tenter d’aborder la notion d’équilibre. On

entend en général par là un état de repos où rien ne se passe puisque toutes les forces s’annulent. Pour

un enfant et pour un adolescent il en va tout autrement ; il n’y a pas de repos où rien ne se passe puisque

toutes les forces s’annulent.

Pour un enfant et pour un adolescent il en va tout autrement ; il n’y a pas de repos ou du moins il ne

devrait pas y en avoir, puisque la jeunesse est précisément l’aube du devenir, où toutes les forces ont

tendance à se manifester afin de se faire connaître par l’intéressé et par son entourage, mais aussi pour

se perfectionner et se parachever.

Il ne s’agit donc pas d’annuler des forces qui toutes peuvent trouver un emploi, mais bien au contraire

de faire un travail plus constructif, en essayant de suggérer cet emploi, de découvrir un exutoire propre

à les rendre supportables, après les avoir reconnues et identifiées.

L’équilibre, infiniment variable selon chaque individu, devient ainsi l’art de permettre à chacun de se

supporter soi-même et d’être supporté par les autres, sans que pour autant soit amputée une partie de

soi-même.

C’est là le but vers lequel tend toute éducation qui se veut complète et réussie.

Si l’on peut parler d’équilibre, encore faut-il savoir que pendant toute la jeunesse, il est et doit être

instable, se faisant et se défaisant au gré des expériences, des réussites et même des échecs ; valable

pour un temps mais non pour tous les âges, traversant des crises infiniment salutaires qui mèneront

progressivement à l’âge adulte.

En effet, être adulte, c’est précisément avoir eu l’occasion de vivre et de surmonter toutes les luttes

sous peine de les voir resurgir, comme une rivière souterraine que personne ne s’attendait à voir jaillir

précisément à cet endroit-là.

Depuis le pessimisme de Freud, la psychologie a fait de grands progrès.

Elle ne se contente plus de l’art de démonter le mécanisme si subtil de l’être humain ; au « pourquoi »

a succédé le « comment », mais la tâche à proprement constructive et préventive en est encore à ses

balbutiements.

232


C’est pour ce faire que nous sommes peut-être en tant que juifs particulièrement bien outillés, si

toutefois, là comme ailleurs, nous savons judicieusement appliquer les enseignements qui nous ont été

légués.

Autrement dit :

. si les travaux de la psychologie ont su mettre à jour avec une parfaite clarté les composantes de l’être

humain,

. si, faisant suite au pessimisme initial de Freud, d’autres ont essayé d’organiser et d’endiguer,

. si maintes fois on a jeté des cris d’alarme, puisqu’une machine puissante a besoin de freins puissants

afin de ne pas démolir tout sur son passage et soi-même pour finir,

alors ladite psychologie n’en a pas pour autant réussi à mettre en pratique un système « parfait »

comme nous avons le bonheur d’en posséder un avec la Torah.

Ainsi de l’instinct alimentaire.

L’enfant éduqué à l’idée que toute consommation n’est possible qu’après un choix préalable, puis un

acte de gratitude envers le Créateur par la « Berakha », parfois un geste physique de lavage des mains,

cet enfant verra s’installer chez lui presque à son insu et progressivement toutes sortes de freins aussi

primitifs que ses instincts eux-mêmes, parce que liés précisément à leur exercice quotidien.

D’autre part, les différents instincts ayant la particularité de s’imbriquer les uns dans les autres, et de

s’influencer réciproquement, on peut en tirer les conclusions suivantes en ce qui concerne les

problèmes éducatifs au moment crucial de l’adolescence.

Il y a en effet de fortes chances pour qu’un enfant dont les instincts auront été dès le départ, non pas

écrasés ou culpabilisés mais éduqués en souplesse par des autorisations conditionnelles, soit une fois

placé devant les problèmes de l’adolescence avec la réactivation de tous les instincts et en particulier

l’angoisse propre à l’instinct sexuel, ait davantage qu’un autre la possibilité de lutter et d’opérer un

choix qui soit conforme à ce que son éducation précédente lui aura permis de prendre l’habitude.

Mais… et c’est là qu’intervient un élément supplémentaire, encore faut-il que l’on ait réussi à lui faire

aimer cette habitude.

En effet, tous les psychologues savent que la valeur des freins est intimement associée à la nature du

lien qui relie le jeune avec la personne qui s’est chargée de les lui inculquer.

Toute discipline imposée, prend la valeur de la personne qui vous la fait connaître.

Entre l’enfant et les pratiques se glissera toujours l’image des parents.

La qualité du lien d’affection qui enrichit la vie familiale ou la tension qui y règne, tôt ou tard, viendront

eux aussi s’associer aux pratiques elles-mêmes.

Ainsi, les plus éloquentes et les plus poétiques de nos Mitzvoth imposées de manière tyrannique

risquent fort de garder pour l’enfant la coloration que son initiateur lui aura donnée. D’autre part, une

Mitzvah indiquée du bout des lèvres, sans conviction et sans chaleur communicative passera

fatalement à côté des heureux effets que l’on aurait pu attendre.

Car enfin, l’éducateur lui-même ne peut fonder son autorité que s’il est à son tour soumis à un système

de valeurs transcendantales et extérieures à sa volonté propre.

De plus, il saura trouver dans ce contexte le détachement et la souplesse nécessaires à qui a le souci

véritable du respect de la personne d’autrui.

Détenteurs d’une vérité ancestrale, pouvions-nous prétendre que nous avions tout compris ?

Et maintenant ne nous reste-t-il rien à apprendre ?...

233


Tout au contraire, notre profil serait grand si nous arrivions à assimiler les notions que la psychologie

a rendues claires.

A ce sujet, Le Maharal de Prague déjà nous enseignait que les sciences profanes sont comparables

aux barreaux d’une échelle qui nous permettent d’accéder au sommet c’est-à-dire à la science de la

Torah.

Vivre en paix avec son corps, « s’accepter soi-même, se faire accepter par les autres, est un

apprentissage nécessaire sans quoi aucune morale n’est possible », nous dit le docteur Bergé.

Il nous faut encore préciser avant de conclure, que le seul fait d’avoir exprimé ces quelques idées

générales comporte un risque certain.

En effet, chaque cas étant différent, il requiert une analyse individuelle ;

S’il est vrai que chacun d’entre nous possède bien un nez, une bouche, deux yeux et deux oreilles,

l’ensemble de ces quatre éléments simples est sujet aux expressions les plus variées.

Il en est de même pour l’ensemble de nos tendances, qui tout en étant fondamentalement les mêmes

sont cependant diversifiées à l’infini.

Enfin, je terminerai cet essai de confrontation entre les données de la psychologie et notre patrimoine

religieux en empruntant ces quelques phrases à un article du docteur Claude Olivenstein « Pourquoi

je suis Juif » et qui dit :

« Le Juif est de tous les mouvements qui marquent. Mais dans chaque mouvement il ne peut suivre

bêtement une ligne, il lui faut intégrer existentiellement son expérience de Juif – Il devient créateur

d’autres valeurs. »

Ces valeurs sont devant nous, elles me semblent à redécouvrir.

Puissions-nous réussir tous ensemble à les rendre claires et accessibles le plus tôt possible, afin de

renouer avec nos traditions les plus anciennes qui ont toujours cherché à développer au maximum les

richesses proprement humaines.

234


LA CAVERNE DE MAKHPELA

GENESE XXIII, 19

Samson-Raphaël Hirsch - 1808-1882

Le nom de la caverne de « MAKHPELA » dérive de la racine « KHAF »,« PE », et « LAMED »

qui évoque l’idée de paire, de double. Il semble qu’il s’agissait de rangée de double cave, de façon que, par ses

dispositions naturelles, elle présentait un emplacement pour les couples qui étaient ainsi unis dans la mort

comme ils l’étaient dans la vie, ainsi d’Adam et d’Eve, d’Abraham et de Sarah, d’Isaac et de Rebecca, de

Jacob et de Léa.

Ils ont trouvé à cet endroit la place de leur dernier repos sur terre.

La première possession que le peuple Juif reçut de sa terre fut une double rangée de tombes que le premier Juif

acheta pour sa femme et ensuite pour lui, pour son fils et son petit-fils et leurs femmes respectives.

Cette notion de valorisation du lien familial par lequel sont unis les cœurs du mari et de la femme, des enfants

et des parents, va être désormais inséparablement liée à la terre juive, formant désormais le trait fondamental du

caractère des Juifs, et qui leur permettra de devenir ce qu’ils sont devenus.

Peut-être que le nom propre de « HEVRONE » qui lui est ensuite ajouté, l’a été pour cette même raison.

Car il signifie en hébreu « union intime ».

C’est le mot le mieux approprié pour désigner précisément cette union intime qui amène l’homme et la femme

juive à développer ensemble cette union du mari et de l’épouse, du père et de la mère...

Des siècles plus tard, lorsque leurs descendants étaient devenus une grande nation, aucune offrande de sacrifice

ne pouvait monter des hauteurs de Moriah à Jérusalem avant que le guetteur du Cohen, du sommet de la Tour

du Temple, n’ait vu les premiers rayons du soleil levant briller sur la tombe des Patriarches et des Matriarches

à Hevrone.

« Le Kibboud av Vaem » (respect aux parents) est la condition préliminaire et la source de l’honneur dû à Dieu.

Seulement après que la place de Makhpéla et ses alentours soient devenus sa propriété permanente, Abraham

y enterra Sarah.

Les Juifs se refusent à créer une quelconque idolâtrie, et ne font pas parade de leurs sentiments.

Ils ne construisent ni église ni mausolée sur leurs tombes, ni ne les embellissent en les entourant de jardins.

D’un côté ils ne connaissent pas de limites dans le temps. Et la place où repose le mort reste sanctifiée pour

toujours. C’est une idée qui leur est étrangère que celle qui consiste, pour des enfants, à honorer la tombe de

leurs parents avec du marbre et des fleurs perpétuelles, alors que la génération suivante va déterrer ces ossements

et, dans une complète indifférence, les empiler d’une manière indescriptible.

Deux remarques doivent être faites ici : on reproche essentiellement aux Juifs leurs dispositions aux affaires ;

acheter, vendre, marchander.

Il est alors remarquable que lorsque les commentateurs de notre Loi ont cherché dans les Ecritures des exemples

pour monter les formes légales du commerce, ils n’ont pu trouver que deux exemples, l’un concernant l’achat

de notre caverne de Makhpéla pour en faire un caveau mortuaire, et l’autre l’achat d’un champ que Jérémie

avait l’ordre d’acheter. Ordre, venu au moment où l’armée babylonienne avait investi le pays, était aux portes

de Jérusalem, alors que la chute de l’Etat était imminente, et dicté, afin d’assurer la confiance dans l’avenir.

Il faut alors remarquer que ces deux exemples de commerce s’appliquent seulement au début et à la fin de

l’existence nationale. La forme légale du mariage juif est aussi mise en rapport avec cet acte d’acquisition du

champ de Hevhrone (caverne de Makhpéla).

Le Juif achète sa femme, ainsi est le reproche fait par les gens sans jugement. Oui, en vérité, il achète sa fiancée,

mais précisément à cause de cela, elle reste pour lui son « lui-même » et il respecte en elle sa plus précieuse et

sa suprême possession.

En vérité, puisse-t-il en être ainsi avec nous, que toutes les unions soient contractées avec en tête l’idée de cette

vente, que nous restons pénétrés de l’esprit du mariage dans le même sens qu’il a présidé à celui d’Abraham

et de Sarah, et qui a laissé sa dernière expression dans l’acquisition de la caverne de Makhpéla.

235


LE PIDIONE « RACHAT DES PREMIERS-NES PAR LE COHEN »

Le 31ème jour après la naissance

Commentaire du Rabbin Elie Munk

--

« KADECH - LI KOL – BEKHOR »

« Consacre-moi tout premier-né »

(Exode XIII, 2)

L’Eternel nous a ordonné d’accomplir une Mitzvah avec les prémices des entrailles afin que nous prenions

conscience du fait que tout LUI appartient et que l’homme ne possède en ce monde que ce qu’IL nous accorde.

L’homme s’en rendra compte en offrant à l’Eternel ces prémices qui sont ses fruits les plus chers et pour lesquels

il a œuvré et consacré ses efforts de longue date.

Pourtant, aussitôt venus au monde, il s’en désiste et les remets au Créateur.

En outre, le Commandement relatif au rachat des premiers-nés, vise à commémorer le miracle de notre

protection lors de la mortalité qui frappa les premiers-nés Egyptiens.

Le Maharal développe cependant l’idée que la progéniture est empreinte d’un caractère de sainteté, à l’instar

de la Sainteté Divine qui émane de la source première de l’existence.

C’est en ce sens que le Prophète Jérémie dira, en parlant du peuple élu :

« Israël est sanctifié à l’Eternel »

Aussi, les premiers-nés possèdent-ils leur caractère particulier par la naissance, caractère qui ne s’attache

pourtant qu’aux premiers-nés de la mère, « prémices de la matrice », et non du père, car il ne se trouve qu’aux

lieux les plus rapprochés de la source de vie.

(Cette consécration du fils aîné n’est point identique au droit juridique d’aînesse qui reconnait la double-part

aux premiers-nés).

Aussi, lorsque vint le moment de proclamer la Loi de consécration des premiers-nés, appartint-il à Moïse de

rappeler au peuple que le fait de la sortie d’Egypte avait mis tous ses membres sur un pied d’égalité à l’égard

du Seigneur.

Ils sont tous appelés au service de Dieu.

Ils sont tous invités, au même titre, à élever leurs enfants en vue d’en faire des fidèles serviteurs de Dieu (versets

14-15) et à être eux-mêmes les témoins de Dieu aux yeux des nations, grâce à l’insigne des Téfilines attachés

au front (verset 16).

Vu sous cet angle, la consécration des premiers-nés apparaît comme le moyen d’assurer l’éducation et la

vocation de l’ensemble de la nation pour ses suprêmes objectifs Messianiques.

La place importante qu’occupe notre Commandement au moment précis de la libération nationale et en tête de

la législation biblique peut paraître étonnante.

Elle semble toutefois pouvoir s’expliquer par la nécessité de mettre au point les rapports nouvellement créés

entre Israël et les nations.

Dès le début de l’acte de libération, Israël avait été qualifié par Dieu de « fils premier-né » (versets IV- 22) et

Moïse avait été chargé de communiquer solennellement cette épithète à Pharaon.

Or, la loi sur la sanctification des premiers-nés donne à la nouvelle dignité d’Israël sa véritable dimension.

En tant que fils premier-né au milieu de la famille des nations, Israël doit désormais assumer la responsabilité

morale qui incombe à l’aîné des frères :

« Être le guide fidèle et dévoué des frères cadets. »

Mais il doit avant tout prendre conscience de la perfection morale dont il devra donner l’exemple à toutes les

nations.

Et cet idéal devra embrasser l’ensemble du peuple.

Il est appelé à former un « GOY KADOCH », « une nation sainte » (Exode XIX, 6).

236


COMMENTAIRE SUR LA SECTION DE - "BAMIDBAR"

ET LE 6EME TRAITE DES PRINCIPES


- « PIRKE AVOTH»

Le 3 mai 1927

Après les lois de pureté et de morale relatées dans le livre de Lévitique, dont la lecture Chabbatique

pour cette année a été terminée la semaine passée, nous ouvrons le quatrième volume du Pentateuque

"Les Nombres".

Comme son nom l'indique, l'objet principal sera l'organisation civique et politique du peuple d'Israël.

Deux ans ont passé depuis la sortie d'Egypte, Moïse ayant terminé l'élaboration des Lois s'occupe avant

tout de constituer une forte armée qui mette son peuple à l'abri de toute attaque.

On est surpris de constater que la méthode employée est rationnelle et faite avec tous les soins

désirables pour éviter toute erreur.

Moïse s'adjoint des Phylarques, ou chefs de tribus, pour l'enregistrement des hommes âgés de vingt

ans et au-delà (Chapitre I, 18).









« Les chefs convoquèrent toute la communauté le premier jour du second mois et les inscrivirent

famille par famille dés après leur descendance paternelle en dénombrant ceux qui avaient vingt ans

et plus, chacun individuellement. »

Moïse connaît ainsi exactement les effectifs des enfants d'Israël et peut en disposer suivant les

circonstances.

Il assigne à l'armée israélite comptant 603550 hommes, un ordre de marche qui ne changera pas durant

les trente-huit années suivantes de pérégrinations dans le désert. Il divise cette armée en douze cohortes

sous la direction d'un chef chargé de veiller à leur bonne marche. Les cohortes forment quatre corps

d'armée de trois divisions chacun, disposés en carrés.

Au centre, se trouve le corps sacerdotal, la tente d'assignation et les Lévites.

Leur admirable disposition extérieure suscita l'admiration du fameux Balaam, appelé par le roi de

Moab pour maudire les Israélites.

A la vue du camp des Hébreux et de leur déploiement dans la plaine, le prophète païen refuse de le

maudire, car il sent instinctivement qu'un peuple présentant un tel ordre, une telle discipline, ne pouvait

faillir à sa destinée.

Et c'est plein d'une ardeur magnifique qu'il s'écrie (Chapitre XXIV, 5) :

-

“ MA - TOVOU OHALEKHA YA’AKOV MICHKENOTEKHA YISARAËL ! ”

"Quelles sont belles tes tentes Ô Jacob ! Tes demeures Ô Israël ! »

237


« Elles se développent comme des vallées verdoyantes, comme des vergers fertiles le long d'un fleuve.

Dieu les a plantés comme des aloès, comme des cèdres au bord des eaux. La sève ruisselle de ses

branches et sa graine est abondamment arrosée. Il met en déroute les peuples qui l'attaquent, brise

leurs os, trempe ses flèches dans leur sang. Il se couche et Se repose comme le lion.

Qui osera Le réveiller ?

Heureux ceux qui Te bénissent, malheur à qui Te maudit ! "

Paroles prophétiques résumant par avance toute la glorieuse histoire de ce peuple génial, forgé par

l'adversité et le malheur.

La forte organisation de l'armée permit aux Israélites de vaincre sans difficulté tous les peuples qu'ils

eurent à combattre.

Ils n'essuyèrent jamais d'échec ; Moïse était autant un législateur avisé qu'un stratège de haute valeur.

Il a été souvent dit que l'exode des Hébreux était plutôt une émigration désordonnée d'un troupeau

d'hommes sans discipline et sans ordre.

Cette assertion est contredite par la description que fait la Sidra de «BAMIDBAR » de la marche

des Hébreux dans la presqu'île du Sinaï.

Il est certain que la sortie d'Egypte a été faite brusquement et qu'elle n'a pas été réglée d'une façon bien

nette et méthodique suivant un plan conçu d'avance.

Il y eut quelque flottement au début, imputable il est vrai à la populace égyptienne Ereb-Rab qui avait

suivi les Hébreux, mais dès que les circonstances le permirent, Moïse après avoir prescrit les

admirables lois (qui vous ont été commentées ces dernières semaines), préconise l'organisation du

peuple au point de vue de la discipline.

Le peuple d'Israël faisait ainsi son apprentissage de nation policée dans le désert, sous la haute direction

du grand conducteur d'hommes qu'était Moïse.

Le grand, le véritable miracle que Moïse a accompli est bien la transformation des tribus mal

disciplinées des Béné-Israël en un peuple fort, doté d'un code législatif qui n'a pu encore être dépassé.

En effet, dans quelle législation trouverez-vous les préceptes suivants que je cite à tout hasard :

"Ne rien retenir par devers soi qui puisse lui porter un préjudice quelconque."

"Ne pas moissonner totalement son champ et y laisser de quoi satisfaire les glaneurs, amplement »,

car dit le texte. "Si tu as oublié une gerbe ne t'en retourne pas pour la prendre ; elle appartient au

pauvre, à l'orphelin et à la veuve."

Dans quelle législation pourriez-vous trouver cette loi si admirable qui supprimait pour ainsi dire la

pauvreté héréditaire.

Je veux parler de la loi du Jubilé dont on vous a expliqué la haute portée morale et sociale il y a quinze

jours.

M'étendre sur toutes les lois morales que contiennent nos livres saints serait dépasser le cadre de ma

petite causerie.

Cependant, à l'occasion des sept semaines qui s'écoulent de Pessah à Chavouot, il ne serait pas sans

intérêt de vous dire quelques mots du « PIRQUEI AVOTH » - « Traité des Principes ».

238


Pour exposer la doctrine du Judaïsme, nous n'avons pas besoin de recourir à des raisonnements

approfondis ; elle est trop claire pour ne pas être comprise immédiatement par tout esprit droit et loyal.

Il y a près de trente siècles qu'elle règne en souveraine sur toutes les doctrines humaines, et qu'elle

enseigne aux mortels les notions du vrai et du bien auxquelles, à peine aujourd'hui, sont parvenus tous

les efforts réunis des grands maîtres de la pensée libre et indépendante.

Il est de coutume chaque samedi, depuis Pessah jusqu'à Chavouot, de lire les Pirquei Avoth ;

Recueil de maximes dites par nos Sages, les rabbins de la Michna.

Qu'il me soit permis de vous en dire quelques mots.

Nos rabbins du Talmud, continuant le rôle des disciples et continuateurs de Moïse, commentèrent la

Loi. Dans le courant de leur vie, ils énoncèrent des maximes célèbres dont les principales sont

consignées dans le Traité des principes. Toutes les hautes pensées, toutes les aspirations nobles, toutes

les vertus sont exaltées par nos rabbins.

L'on est saisi d'admiration pour ces docteurs, pour leur largeur de vue et d'esprit devançant leurs

contemporains au-delà de notre époque même.

Une lecture profitable est bien la lecture de ce Traité de Morale. Je vous en cite quelques passages

pour vous donner une idée de sa haute portée :

"Aime le travail et fuis les honneurs" dit Siméon Ben Chatah

Hillel, son collègue dit : " Dans un endroit où il n'y a pas d'hommes de valeur, tâche de l'être toimême.

»

Il disait aussi : " Si je ne m'occupe pas de moi, qui donc s'en occupera ? "

Autrement dit, il ne faut pas attendre le salut des autres, mais de nous-même, de nos efforts et de notre

propre énergie.

Je vous demande de méditer en particulier cette dernière pensée, elle renferme tous les principes de la

vie : « Si je ne m'occupe pas de moi, qui donc s'en occupera ? »

Il ne faut jamais compter sur personne pour nous venir en aide. On doit se préoccuper de gagner sa

vie, de s'instruire de son propre chef, car il est certain que si l'on ne pense pas à soi-même, à son avenir,

les personnes qui nous veulent du bien se désintéresseront de nous.

Chers frères,

Vous avez pu apprécier par ces quelques mots la tendance de ces hommes qui ont forgé l'âme Juive et

qui lui ont permis de traverser les siècles d'angoisse, de tortures, de malheurs, sans jamais se ternir, se

flétrir et se corrompre.

La ligne de conduite que nous ont assignée Moïse, nos prophètes, nos penseurs, nous a permis de

franchir sans encombres les époques les plus tragiques de notre existence malgré les martyrs et les

calamités que nous avons subis.

Aussi, cultivons notre Loi, pratiquons-la et ne nous laissons pas rebuter par les nombreuses Mitzvoth

à accomplir.

239


Car, comme le dit un autre d'entre de nos Sages,

‘Akaschia :




Rabbi Hanania Ben

"Le Très Saint, Béni soit-Il, voulant grandir le mérite d'Israël lui a donné des lois sévères et des

préceptes nombreux ; ainsi qu'il est dit : "L'Eternel Le désire ainsi dans Sa justice, c'est pourquoi Il a

voulu que La Loi fût grande et majestueuse. "

Chers frères,

En raison des fortes chaleurs qui commencent à se faire sentir, la série des conférences Chabbatiques

est close pour cette année. Elles reprendront à la veille de Roch-Hachana.

Hillel disait :

"Celui qui veut trop de gloire perd celle dont il jouit déjà. Celui qui n'augmente pas ses connaissances

les diminue. Celui qui ne veut rien apprendre, n'est pas digne de vivre et celui qui se sert de la

Couronne comme instrument, tombera. "

Rabbi disait :

"Rappelez-vous trois choses et vous ne pécherez jamais. Sachez qu'il y a au-dessus de vous un œil qui

observe, une oreille qui écoute et un livre où toutes vos actions sont inscrites. "

Hillel disait aussi :

"Ne juge ton Prochain que lorsque tu te seras trouvé dans les mêmes circonstances que lui. "

240


COMMENTAIRE SUR LA SECTION DE


- "KI-TISSA"

Souvenir de Jeunesse, 1928

Je suis désigné ce soir pour vous entretenir de la Sidra de cette semaine.

Je parle pour la première fois en public et j'espère que vous serez indulgents.

C'est demain que nous lirons la Paracha de "KI-TISSA" - « Quand tu feras », relatant l'impôt

religieux, la désignation des artistes devant procéder à la fabrication et à l'ornementation du

Tabernacle. Il est question aussi de la forfaiture du peuple Israélite dans l'adoration du veau d'or, des

sanctions que Moïse prit pour punir les coupables et enfin de l'entretien de L'Eternel avec Moïse et la

description qu'En fait Moïse de la Splendeur Divine.

La Paracha débute par l'impôt dit du Shekel (Chapitre XXX, 15)


“ HE’ACHIR LO – YARBEH VEHADAL LO YAM’IT “

" Le riche n'augmentera rien et le pauvre ne diminuera rien du demi-sicle."

Le riche comme le pauvre devait payer une somme égale, sans égard à la situation de chacun.

Devant Dieu tous les Israélites sont égaux : Il ne veut pas faire de privilégiés, Il recommande à chacun

d'y concourir pour une même somme. Un pauvre n'était donc jamais mis en infériorité avec ses

coreligionnaires plus fortunés.

Dieu en désignant Bethsal-El comme devant procéder à la direction des travaux du Tabernacle, le met

à l'égal de ceux qui sont inspirés de l'esprit divin.

........

“REEH KARATI BECHEM BETSALEL……. ET JE L’AI REMPLI…”

"J'ai invoqué nommément Bethsal-El et Je l'ai rempli de l'esprit divin, de sagesse, d'intelligence et

de savoir pour toutes sortes d'ouvrages."

(Chapitre XXXI, 2)

Comme vous pouvez le remarquer d'après ce passage l'artiste aux yeux des Hébreux était un homme

de valeur et d'inspiration divine. Il est curieux cependant d'observer que c'est dans les choses que les

Israélites respectaient le plus que leurs détracteurs les attaquaient, en prétendant le contraire.

A les en croire, les Hébreux n'étaient que de simples agriculteurs ou pasteurs inaptes à comprendre les

beautés de l'art, incapables d'apprécier ceux qui les cultivent et ne s'intéressant qu'aux choses dont ils

peuvent tirer profit.

241


Il est certain qu'il était interdit aux Israélites de tailler des statues, de reproduire des images sous

quelque forme que ce soit ; mais cela ne veut pas dire qu'ils étaient étrangers aux questions d'art.

Les Israélites étaient au contraire très sensibles aux charmes de la nature et, s'ils ne les représentaient

pas sous forme de tableaux, ils les exaltaient dans de belles poésies.

Les Psaumes du Cantique des Cantiques sont des preuves patentes de leur sensibilité artistique.

« VAYAVO’OU KOL ICH » - « Tous les hommes vinrent »

Et tous ceux dont le cœur fut ému de bonne volonté apportèrent l'offrande de l'Eternel pour l'œuvre du

Tabernacle, pour tout Son service et pour les habits sacrés. Empressement qui, malheureusement, est

suivi de leur défection ; je veux parler du culte du veau d'or.

Moïse était monté sur le mont Sinaï. Les Israélites ne le voyant pas redescendre après quarante jours,

le croyaient mort. Leur âme, qui n'était point encore arrivée au véritable degré de croyance, se laissa

aller aux errements des païens.

Alors, ce peuple perdu dans un désert aride, n'ayant plus de chef, surtout un chef comme Moïse, en

qui leur confiance était absolue, se prit à douter de l'existence de Dieu ; et, se souvenant des idoles des

Egyptiens au milieu desquels ils vécurent 400 ans, ils dirent à Aaron :

"Lève-toi et fais nous un dieu qui marche devant nous."

Voilà le motif de cette création du veau d'or.

Et toute personne sensée ne peut qu'excuser cette masse encore ignorante, fruste et leur accorder de

larges circonstances atténuantes.

Nos détracteurs cependant ont voulu voir dans cette action le symbole du caractère Juif, l'appât de l'or.

C'est une calomnie bien basse et surtout incompréhensible, puisque justement, ils se sont défaits de

tout l'or qu'ils possédaient pour en faire une idole.

Le Midrach raconte aussi que cette faute est imputable aux Egyptiens qui avaient suivi les Hébreux

dans leurs pérégrinations. Ces derniers, ne le voyant pas paraître s'imaginaient, tout simplement, que

Moïse n'était qu'un simple devin qui avait réussi au début et qui échouait dans sa mission.

Moïse en apprenant ce qui se passe, brise de dépit les Tables de la Loi que DIEU lui avait remises,

puis implore le Seigneur en faveur de Son peuple.

Il lui rappelle « Le mérite des patriarches » «ZEKHOUT AVOTH et Dieu revint sur Sa

menace d'extermination.

Le législateur, en faisant intervenir le souvenir des patriarches, a, pour ainsi dire, préludé sur toute

notre liturgie. Nos prières, et entre autres la ‘amida, convergent vers cette idée.

C'est pour nous démontrer quelle importance a pour nous la tradition ; nous connaissons Dieu plus par

tradition que par inspiration.

Notre Dieu c'est Le Dieu qui S'est révélé à Abraham à Isaac et à Jacob.

Pendant leur séjour en Palestine, avant la destruction du 1er Temple, les Israélites péchèrent plusieurs

fois de la même manière.

242


La Haftara correspondant à cette Sidra, relate un de ces égarements.

Les Israélites sous le règne d'Ahab, adorèrent les dieux des Phéniciens .

Elie le Prophète réagissait avec vigueur en ce temps contre les penchants funestes des Hébreux.

“ VAYIGACH ELIYAHOU ” - “ Et Elie se présenta”

Il s'adresse aux Hébreux en ces termes :

"Jusqu'à quand clocherez-vous des deux côtés ? Si l'Eternel est Dieu, allez après Lui, si c'est Baal,

allez après lui."

Il lance un défi aux prêtres de Baal et leur demande de faire consumer par un feu divin un holocauste.

Les prêtres de Baal essayèrent de le faire mais en vain, presque toute la journée se passa sans que le

feu soit prêt.

Elie les raille et leur dit : "Criez à haute voix puisqu'il est dieu ; il doit avoir l'esprit ailleurs ou il est

occupé ou il est peut-être en voyage, peut-être qu'il dort et il se réveillera."

Peine perdue.

Elie alors prépare un holocauste, le fait noyer d'eau, et invoque Dieu :

“VAYEHI BA’ALOTH HAMINH’A ”

“Quand ils ont offert l’oblation de céréales”

"Eternel DIEU d'Abraham d'Isaac et de Jacob, que l'on sache aujourd'hui que Tu es Dieu en Israël.

Réponds-moi afin que ce peuple reconnaisse que c'est Toi l'Eternel qui est Dieu et que c'est Toi qui

ramènes leur cœur."

Et le feu tomba de l'holocauste et consuma le tout.

Les Hébreux à la vue de ce prodige s'écrièrent : " L'Eternel est Dieu - L'Eternel est Dieu."

Il fallait des miracles de ce genre pour convaincre nos ancêtres de la Toute-Puissance de l'Eternel, et

dans le cours de leur existence nationale, il fallait leur en fournir presque régulièrement.

Ce n'est qu'avec la dispersion que les Israélites acquirent la véritable force morale qui les mettait bien

au-dessus de leurs contemporains.

243


Croyez-vous, chers Frères, que l'époque actuelle ne comporte pas aussi son adoration du veau d'or ?

Nous l'appellerons la course vers les jouissances faciles, vers les plaisirs matériels, vers les biens

périssables, l'âpreté au gain, choses qui font très souvent oublier le devoir et qui occasionnent les pires

excès.

Le Grand Législateur connaissait suffisamment le cœur humain ; aussi pour réfréner ce penchant vers

le mal, Il fit une série de Lois qui empêchaient l'homme de commettre des fautes. Parmi ces Lois, est

celle de l'observance de Sa gloire.

Désir bien téméraire mais aussi bien naturel.

Moïse méritait cet honneur insigne de contempler la Splendeur Divine.

Dieu descend dans une nuée, Se montre à Moïse et Se décrit Lui-Même.

Adonaï est L'Être Eternel, Tout-Puissant, Clément, Miséricordieux, Tardif à la colère, Plein de

bienveillance et d'équité. Il conserve Sa faveur à la millième génération, Il supporte la faute, le crime,

la rébellion, mais Il ne les absout point.

Alors Moïse appréciant à ce moment-là la force et la mansuétude de Dieu, Le prie d'être constamment

Le Protecteur des Hébreux.

"Ô Seigneur, je Te prie, si j'ai trouvé grâce devant Tes yeux, marche devant et possède-nous comme

Ton héritage."

*

Je vous ai donné, Chers Frères, un aperçu bien imparfait du contenu de cette Paracha et vous avez pu

remarquer combien elle est intéressante.

Nos ancêtres étudiaient avec ardeur la Bible et le Talmud et ils y trouvaient appui et réconfort.

C'était le viatique de leur séjour terrestre

les embûches de la vie.

qui les aidait à franchir victorieusement toutes

Aussi imitons-les, nous serons heureux et nous mériterons la bénédiction du Très-Haut.

“ BEKHOL MAKOM ” - “ En tout lieu ”

« En tout lieu et en tout moment où tu prononceras Mon Nom, Je viendrai à toi et te bénirai ».

244


COMMENTAIRE SUR LA SECTION DE "EMOR"

Synagogue Jaïs, rue Scipion - Alger le 5 Mai 1928

La Paracha de cette semaine, relate les Lois que doivent observer, envers les morts, les Pontifes et le

grand Prêtre en particulier.

Les Prêtres étant voués au Culte de Dieu ne doivent pas se souiller par le contact d'un cadavre, à moins

qu'il ne s'agisse d'un parent.

Moïse a tenu ainsi à sauvegarder leur dignité et leur caractère sacré. Car les Prêtres étaient non

seulement consacrés à Dieu pour le service du Culte, mais encore ils avaient des tâches multiples et

délicates à accomplir : enseigner la Torah, réprimander le peuple s'il péchait, guérir les maladies

contagieuses.

Les Prêtres, serviteurs de Dieu, ne devaient pas imiter les coutumes des idolâtres, par exemple : se

tonsurer, se raser ou pratiquer des incisions sur leur chair.

Ces Lois que je viens de vous citer, concernent les fils d'Aaron et leurs descendants.

D'autres Lois, plus sévères, concernent le grand-Prêtre qui lui, ne doit même pas se souiller en touchant

le cadavre de son père ou de sa mère.

Il ne doit épouser qu'une jeune fille vierge, il lui est interdit de contracter mariage avec une femme de

mœurs légères, avec une veuve, ou une femme divorcée.

Grâce à ces mesures de conservation, les sacerdoces hébreux sont loin d'être confondus avec les prêtres

des autres religions. Ils avaient pour fonction de conserver le texte des Lois, d'enseigner ces Lois à tout

Israël, de les lui faire aimer, et enfin d'accomplir les cérémonies du Culte.

Qu'on se mette dans l'idée le temps où vivait Moïse ; qu'on réfléchisse un peu aux nombreuses

difficultés qu'il avait à vaincre ; au milieu d'homme ignorants, habitués aux plus grosses superstitions,

il crut nécessaire d'établir l'enseignement par les prêtres qui jouissaient d'ailleurs d'un prestige

considérable auprès du peuple, et qui par la dignité de leur vie et par le caractère sacré de leur mission

étaient qualifiés pour détourner les Hébreux des abominations qu'ils voyaient commettre autour d'eux.

Viennent ensuite les lois concernant les animaux que nous devons offrir comme sacrifice au Très Haut.

Lorsqu'un veau, un agneau, un chevreau, viennent de naître, ils doivent rester 7 jours auprès de leur

mère.

D'après le Midrach, la force de la bête étant comparable à celle de l'homme, la Torah nous a prescrit

de laisser pendant 7 jours le petit auprès de sa mère.

Elle nous apprend par-là que nous devons nous comporter avec les bêtes, de la même façon que nous

nous comportons avec les hommes ; l'enfant reste 7 jours avec sa mère, avant d'être circoncis, ainsi le

veau, l'agneau, le chevreau demeurent pendant une semaine avec leur mère avant de paraître à l'autel.

Nos rabbins se sont demandés, pourquoi parmi tous les animaux, la Torah a choisi le bœuf, le mouton

et la chèvre. C'est disent-ils pour nous rappeler que Dieu est avec les faibles et humbles, et les défend

contre leurs ennemis forts et puissants.

245


Nos ancêtres ont eu des ennemis nombreux et redoutables, ils furent longtemps persécutés, malgré

cela, ils survécurent par l'aide de La Providence.

Mais la Sollicitude Divine s'étend également sur les animaux inoffensifs tels que le bœuf, le mouton

et le chevreau.

D'autre part, le veau nous rappelle le repas qu'Abraham a offert aux anges ; le bélier, le sacrifice

d'Isaac, et enfin le chevreau, le gibier que Jacob a offert à son père.

C'est pour cette raison qu'ils ont été agréés par Dieu et admis à l'honneur d'être offerts en sacrifice au

Temple.

Et c'est parce qu'ils sont constamment exposés aux attaques des bêtes féroces, que Le Très-Haut est

avec eux contre leurs assaillants ainsi qu'il est dit :

"L'Eternel secoure les hommes aussi bien que les bêtes..."

Dans cette section également, l'Eternel nous recommande d'observer le Chabbat, de ne faire aucun

travail et de consacrer la journée du Chabbat à étudier la Torah.

Si pendant les six jours disent nos rabbins, nous n'avons pas de loisirs pour apprendre et enseigner la

Loi à nos enfants, nous devons profiter du jour du Chabbat pour accomplir notre devoir vis-à-vis de

ceux dont nous avons la charge morale et matérielle.

Trop souvent malheureusement nous voyons des enfants indociles et rebelles à la voix de leurs parents

; la faute en est à ces derniers qui se sont montrés faibles envers leur progéniture.

Aussi, nous avons beaucoup d'exemples dans la Bible, de parents qui n'ont pas su corriger leurs enfants.

Nous n'en citerons ici que trois parmi les plus vénérés et les plus respectés.

Ismaël s'est mal conduit à l'égard de son frère Isaac ;

Abraham n'y attache pas d'importance et néglige de le corriger...

A la fin qu'arriva-t-il ? Abraham fut obligé de le chasser du toit paternel.

Isaac avait une grande affection pour Esaü ; Il fermait les yeux au mal qu'il faisait.

Esaü devint criminel, il fit la douleur de son vieux père à la fin de ses jours.

Absalon ne fut jamais réprimandé par David ; ce fut son malheur ;

Il causa de grandes inquiétudes à son père et finit par se révolter contre lui.

Le Talmud s'écrie à son tour :

"Le fils corrompu est pour son père un fléau plus grand qu'une guerre néfaste."

Trois actes font gagner le Ciel, disent nos rabbins, l'un de ces actes est l'éducation religieuse que les

parents donnent à leurs enfants.

Quelle heureuse destinée que celle d'un père qui sait élever ses enfants dans la voix de la morale et de

la sagesse.

Injustice, inhumanité, imprudence, tels sont les signes humiliants qui sont gravés sur le front du père

qui néglige l'éducation de ses enfants.

Au contraire, quelle noblesse, quel bonheur pour le père qui a su, bien remplir sa mission.

246


Après l'observance du Chabbat, Dieu nous recommande de célébrer la fête de Pâques ; et à partir du

deuxième jour de cette fête, il fallait apporter au Pontife une mesure d'orge pour être offerte au

Seigneur.

Les Israélites étaient tenus, comme nous le faisons aujourd'hui, de compter à partir du deuxième jour

de Pâques, 49 jours jusqu'à la fête de Pentecôte.

Beaucoup d'entre nous savent que les sept semaines de l'Omer étaient considérées par nos ancêtres

comme une époque de deuil qui nous rappelle la souffrance de Rabbi Akiba et le massacre des autres

rabbins du temps de l'empereur Hadrien.

C'est aussi pendant l'Omer qu'une épidémie décima les disciples de Rabbi Akiba.

L'épidémie ayant pris fin le 33e jour de l'Omer, c'est pour cela que les Docteurs de la Loi nous ont

défendu de nous réjouir outre mesure pendant cette époque.

*

Mes frères, mes sœurs,

C'est une grande force morale pour nous, que la pratique de ces Lois à l'observance desquelles nos

rabbins ont veillé jalousement, et qui ont contribué à maintenir la cohésion du peuple Hébreu à travers

les siècles.

C'est pour cette raison qu'Israël doit s'attacher à la tradition et ne pas la rompre.

C'est pour cela que nous devons persévérer dans l'étude de La Loi tant écrite qu'orale.

Nous y puiserons la force et le courage nécessaires pour supporter les épreuves de la vie et les

vicissitudes qui peuvent nous assaillir.

Dieu sera avec nous, Il bénira nos efforts et fécondera nos travaux.

247


LES FEMMES DANS LA BIBLE ET LEURS RÔLES

PAR RACHEL ODETTE SEBBAN, MON EPOUSE

A Lunéville, le 18 octobre 1962

Contrairement aux assertions de certains esprits malveillants, qui répètent que la Bible réservait aux

femmes une place inférieure, nous pouvons dire avec preuves à l’appui que le Judaïsme considère la

femme comme l’égale de l’homme, son associée, partageant avec lui ses peines et ses joies.

Voici d’ailleurs quelques