MAGAZINE PEEL #10

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Utopie pragmatique

QUARTIER

LIBRE !

Selon le Larousse, avoir quartier libre, c’est « être

autorisé à sortir de la caserne et par extension,

être autorisé à sortir ou à faire ce qu’on veut ».

Et selon le Petit Littré, quand un militaire est de

quartier, c’est qu’il occupe une fonction de trois

mois en trois mois, cycliquement. Il ne s’agit pas,

ici, de faire une petite leçon de vocabulaire, mais

bien de démontrer, d’emblée, que le projet

Quartier Libre, qui a vu le jour le 30 octobre

dernier à Reims, porte vraiment bien son nom.

Beaucoup de médias relaient le portrait de ce

projet que personne n’a vu arriver. Et pourtant,

il n’y a qu’en s’y déplaçant, et en discutant avec

les résidents, que l’essence profonde de Quartier

Libre s’extrait.

À l’initiative de cette équation, il y a Arnaud Bassery,

et l’association Velours, qui, au détour d’une

évolution fructueuse durant les années 2015 et

2016, ont décidé de réunir, comme une grande

friche artistique, des talents divers, entrepreneurs

et créateurs de tous horizons, dans un lieu (a)vide

qui ne demandait qu’à revivre. Ne serait-ce

que quelques mois. Trois, pour être précis.

Le Petit Littré avait raison. Trois mois d’expérimentation,

en direct et sans filet, pour que cette petite

fourmilière grouillante d’idées neuves s’agite et

s’émancipe. Derrière les murs colorés et les vitres

décorées des anciens locaux de Plurial Novilia,

étage après étage, il y a des dizaines de résidents

qui y ont fait leur nid en un temps record, pour y

travailler dans des conditions extra-ordinaires.

Car si leurs installations sont éphémères, leurs

entreprises prévues à Quartier Libre visent la pérennité.

Un peu comme un tremplin sur lequel on

passe vite et qui nous envoie super loin. Espace de

coworking, boutique select-store, ateliers ouverts,

salon de gaming, bar, jardin partagé, skate park,

ce laboratoire de créativité est en constante effervescence.

Dès le matin, parfois jusque tard le soir,

et le week-end aussi pour y accueillir le public,

car le maître mot de cet espace est l’ouverture.

L’ouverture sur le monde, sur l’avenir, sur autrui.

L’ouverture d’esprit.

Et, outre l’originalité et la convivialité de ce lieu

ouvert, la particularité de Quartier Libre est de

nous faire renouer avec les fantasmes de l’enfance.

Comme une immense cabane autorisée, où il est

possible de s’installer et d’écrire sur les murs, où

les idées du voisin ne sont pas une rivalité mais

une complémentarité, où les premiers arrivés font

le café pour les suivants qui, eux aussi y ont pensé,

amènent les croissants. Ça parait presque naïf,

et pourtant : quand on y réfléchit bien, aujourd’hui,

dans notre petit monde qui tourne sur lui-même

dans une immense galaxie, il ne nous reste plus

que ça, ce partage dénué d’autre mobile que luimême.

Le partage comme fin en soi.

La maison est grande. Ils ont déjà bien poussé

les murs. Mais ne vous fiez pas à leur image de

façade. Pour comprendre Quartier Libre, il faut

creuser un peu, inviter à soi la réflexion. Ils ne pouvaient

pas envoyer de bristol à tout Reims, mais

les portes sont ouvertes jusqu’au 31 janvier.

À bon entendeur.

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