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2 Les Capucins à Brest

Ouest-France

Mardi 3 janvier 2017

Les Capucins, un quartier servi sur un plateau

À Brest, cet espace de 16 ha, en cœur de ville, a été cédé par la Marine à la Métropole.

Une occasion unique de remodeler la ville, de surmonter la fracture de sa destruction en 1944.

La haute silhouette des Ateliers, longue nef métallique de 300 m de longueur, domine ce qui est en train de devenir un nouveau quartier du centre-ville de Brest.

Le projet

Petit retour en arrière. Le 15 janvier

2009, exactement. Ce jour-là, d’une

signature, la Marine nationale et la

métropole de Brest mettent fin à

une histoire vieille de près de deux

cents ans. Et lancent une nouvelle

aventure : la Marine lâche les 16 ha

des Capucins, en bord de la rivière

Penfeld, le cœur et les poumons de

sa présence à Brest.

« Un haut lieu de mémoire »

« Vous avez su faire d’un deuil une

chance, se félicite alors Jean-Yves Le

Drian, président du conseil régional,

pas encore ministre de la Défense.

Vous avez su sortir d’une forme de

dépendance. » Cette dépendance,

c’est celle qui liait Brest à la Marine

nationale, à la construction neuve.

Celle-ci abandonnée, tout au moins à

Brest, la puissante Royale n’avait plus

l’utilité de ces terrains stratégiques.

Huit ans plus tard, le plateau des

Capucins a déjà bien changé d’aspect.

Mais la haute silhouette des Ateliers,

longue nef métallique de 300 m

de longueur héritée du XIX e siècle, a

été conservée. Au temps de sa splendeur,

le site était le royaume des tôliers,

soudeurs et formeurs. C’est

là que commençait réellement la

construction d’un navire. Cas rare, le

bâtiment avait survécu aux destructions

de la Libération, en 1944.

Pour François Cuillandre, président

de Brest métropole, il était hors de

question de « détruire ce que les

bombardiers américains – pour la

bonne cause – ou l’occupant allemand

– pour la mauvaise – n’ont

pas détruit ». Au contraire, il fallait

« mettre en valeur ce haut lieu de la

mémoire ouvrière et de notre patrimoine

épargné ».

Une ambition résumée, dans un

autre style, par un ancien de l’Arsenal.

Dans son Abécédaire du parler de

l’arsenal, Gérard Cabon écrit : « Dans

les années 1980, près de 600 salariés

travaillaient sur le site. Demain,

ce sera l’un des hauts lieux de la

culture brestoise. » Il avait vu juste.

Retour aux sources

Symbole de ce pari, la grande médiathèque

François-Mitterrand, qui ouvre

ses portes la semaine prochaine, est

hébergée dans les Ateliers. Comme

le futur cinéma de cinq salles, ou le

Fourneau, centre national des arts de

la rue, qui doit y déménager.

Les lieux conserveront aussi une

trace de la mémoire ouvrière de l’arsenal.

Le marbre, vaste plateforme

d’acier servant à tracer les pièces à

usiner, et aussi, à l’occasion, de tribune

syndicale, y est conservé. Il côtoiera

le tour qui avait servi à usiner

les lignes d’arbres du porte-hélicoptères

Jeanne-d’Arc, un four, une raboteuse…

Mais les Capucins ne se limitent pas

aux Ateliers, malgré leur gigantisme.

Il s’agit bien pour Brest de se doter

d’un nouveau quartier de centre-ville,

avec tout ce qu’on y trouve habituellement

: des logements – 600 sont prévus

; des bureaux ; des commerces ;

une présence étudiante via la cité internationale.

Un village des start-up

doit aussi s’y implanter, sous la férule

du Crédit agricole.

Ce faisant, Brest renoue avec ses

origines. Car les Capucins ne sont

pas un site parmi d’autres, dans la

géographie brestoise. C’est à ses

pieds, au bord de la Penfeld qu’a

poussé le premier Brest, cette ville

dont personne ne connaît l’origine

exacte du nom. Une cité devenue maritime,

née d’une rivière, au III e siècle.

Une rivière longtemps frontière, mur,

barrière, et qui aujourd’hui, demain,

sera un trait d’union…

Olivier PAULY.

Un nouveau quartier, desservi par un téléphérique urbain, avec 600 nouveaux logements, une cité internationale, une grande médiathèque…

Béatrice Le Grand

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