Vous reprendrez bien un peu d’algorithmes ?

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4 | 24 - 30 JANVIER 2017

FRANCE

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Autoentrepreuneurs : une clarification du statut nécessaire

Malgré le succès du régime auprès des actifs, 33% des autoentrepreuneurs cessent leur activité dans les trois ans.

Des autoentrepreneurs travaillant pour la plateforme de livraison Deliveroo.

Rémi, 29 ans, arpente

tous les soirs la capitale

pour Deliveroo,

une boîte qui propose

la livraison de

plats de restaurants à domicile.

Dans 20 minutes, le jeune homme

a résumé son expérience : il travaille

un peu plus de 4 heures par soir et

2 heures le week-end, et effectue

8 ou 9 courses pour lesquelles il

touche à peu près 970 euros brut

en tout par mois. À côté, il a monté

une entreprise d'impression textile

qui lui rapporte 1 200 euros par

mois.

Pour entrer chez Deliveroo,

Rémi a dû s’enregistrer comme

autoentrepreneur. « C’est obligatoire.

C’est l’ubérisation du travail.

Officiellement, je ne suis pas salarié

de Deliveroo, je leur facture un service

», déclare t-il. Cette ubérisation

a un coût : ses outils de travail, vélo

et smartphone sont à sa charge, il ne

cotise pas à une assurance et choisit

de ne pas déclarer ses revenus. S’il

lui arrive un accident, ce sera « pour

sa pomme », il assume. « Au début,

c’est bien, tu es content, tu gagnes de

l’argent. Au bout de trois mois, tu

commences à être fatigué mentalement

par le fait de jongler entre deux

boulots », confie-t-il, ajoutant qu'il

lui faudra « arrêter très bientôt » son

activité avec la plateforme.

Deliveroo et Rémi n'ont pas une

relation d'employeur-employé,

mais de plateforme-collaborateur.

Autrement dit, la plateforme permet

uniquement une mise en relation

client-restaurateur-livreur ; elle

dédouane au passage l'employeur

(ou plutôt, son gérant) de certains

devoirs, et lui permet de décider

unilatéralement des conditions

d'embauche, de l'attribution des

courses, des primes éventuelles. En

cas d'accident d'un de ses coursiers,

elle enverra un autre collaborateur

récupérer la course.

Ces règles du jeu sont posées dès

le départ. Pour être rentables, les

plateformes ont des coûts très bas

pour les clients, et sans la manne

que représente une main-d’œuvre

peu coûteuse et peu contraignante,

peut-être n'existeraient-elles simplement

pas. Cette fragile équation

résume sans doute à elle seule l’un

des problèmes les plus importants

rencontrés par ceux qui souscrivent

au statut du RSI.

Une simplification nécessaire

Cela n'empêche pas de faire rêver

les actifs, en particulier les jeunes.

Le nombre d’autoentrepreneurs

frôle aujourd'hui le million en

France et de nombreuses success

stories existent. Elles évoquent les

mêmes avantages : pouvoir gérer

soi-même sa carrière, cumuler les

activités, ne pas répondre à une

hiérarchie ou profiter de la simplicité

du régime. En octobre dernier,

un sondage mené par Opinionway

pour l'Observatoire de l'Autoentrepreneuriat

indiquait que 62% des

18-34 ans aimeraient monter leur

propre entreprise ou se mettre à

leur compte.

En mai 2016, les statistiques de

ERIC FEFERBERG/AFP/Getty Images

«Il est impossible

de pousser

le travail

indépendant sans

une couverture

sociale. »

Pierre Danon,

ancien patron de Numericable

l'INSEE montraient pourtant que

les réussites d'autoentrepreuneurs

étaient plutôt signées par les seniors

et ceux qui ont déjà eu une première

expérience d'emploi : un peu

moins de 45% des moins de 30 ans

ne déclarent aucun chiffre d'affaires

dans les deux ans suivant l'immatriculation

de leur entreprise, contre

29% chez les seniors. De plus, 62%

des inscrits en tant qu'autoentrepreuneurs

démarrent une activité

quelques mois plus tard et seuls

30% sont encore actifs au bout de

trois ans.

En 2017, le régime du RSI

change. Le projet de loi de financement

de la Sécurité Sociale prévoit

une série de mesures pour

améliorer la protection sociale des

autoentrepreuneurs, tel que le relèvement

du plafond du chiffre d'affaires,

à 33 100 euros contre 32 900

en 2016, un allongement du délai

de l'ouverture d'un compte bancaire

dédié à l'entreprise, une structure

unique de pilotage pour gérer

les cotisations avec l'URSSAF.

Des ajustements correspondant

à la demande des autoentrepreuneurs.

Mais encore insuffisants

d'après les experts. « Le système de

couverture sociale du Régime social

des indépendants (RSI) ne fonctionne

pas. Or, il est impossible de

pousser le travail indépendant sans

une couverture », explique Pierre

Danon, ancien patron de Numericable.

Outre la couverture sociale réclamée

par les indépendants ayant

recours à ce régime, le statut luimême

mériterait d'être clarifié.

Les dispositifs fiscaux et législatifs

encadrant les autoentrepreneurs

n'ont cessé d'être modifiés depuis

2012. Le 13 mars 2015, Nicolas

Sarkozy, qui avait lancé la mesure,

évoquait avoir un « caillou dans la

chaussure » au sujet du « problème

de concurrence déloyale entre l’autoentrepreneur,

qui n’a pas d’obligation,

et l’artisan ».

Pour François Hurel, le président

de l'Union des Auto-Entrepreneurs

(UAE), le régime doit

encore être modifié : « Une évolution

d'autant plus nécessaire que

l'économie collaborative et numérique

fait de plus en plus appel aux

travailleurs indépendants ».

Daniel Trévise

Quand le froid révèle les limites de la production énergétique

Depuis la semaine dernière,

une vague de

froid « exceptionnelle »

réveille la question de

la dépendance de la France vis-àvis

du nucléaire. La France est le

seul pays au monde dont plus de

75% de la production électrique est

assurée par l’industrie nucléaire.

Avec son parc de réacteurs de plus

en plus vétuste, la question de la

pérennité du système fait de nouveau

débat.

La ministre de l’Environnement,

de l’Énergie et de la Mer

Ségolène Royal a rassuré la population

en annonçant qu’il n’y

aurait pas de coupure d’électricité,

malgré une vague de froid

de forte intensité et l’arrêt de plusieurs

réacteurs. Suite à la réunion

gouvernementale sur le

grand froid, la ministre a déclaré :

« Malgré l’indisponibilité de six

réacteurs nucléaires, il n’y aura

pas de coupure d’électricité […]

Aujourd’hui, avec les très bonnes

conditions météorologiques, les

énergies renouvelables, l’éolien et

le solaire, vont produire l’équivalent

de huit réacteurs nucléaires,

soit huit gigawatts ». Elle a salué

au passage l’efficacité du « nouveau

système énergétique français

de la loi de transition énergétique »

qui permet de résister aux imprévus,

notamment en cas de vagues

de froid.

Pourtant en prévision du

froid, l’Autorité de sûreté

nucléaire (ASN) a approuvé le

12 janvier dernier, un report de

deux semaines de l’arrêt prévu

pour le réacteur n°2 de la centrale

nucléaire du Tricastin. De

plus, dans une décision rendue

publique le 17 janvier, l’ASN a

également autorisé EDF à reporter

l’arrêt du réacteur n°1 de Civaux,

normalement prévu pour le 18 et

le redémarrage rapide du réacteur

n°2. Selon l’agence, le fonctionnement

d’au moins un réacteur de la

centrale de Civaux jusqu’à la fin

du mois de février permettrait de

réduire les risques d’une panne

électrique. En effet, la direction

générale de l’énergie et du climat

s’était inquiétée « des risques pour

la sécurité de l’alimentation électrique

de la zone Nord-Ouest en cas

de vague de froid intense », quelque

temps auparavant.

Selon Stéphane Lhomme,

directeur de l’association Observatoire

du nucléaire, EDF aurait

subi des pressions venant d’ASN :

« Voyant venir la vague de froid,

EDF a fait tout son possible pour

faire redémarrer ses réacteurs le

plus vite possible ». L’Observatoire

du nucléaire avait par ailleurs

déposé un recours contre

le redémarrage autorisé de trois

réacteurs, moyennant quelques

« mesures conservatoires », ce qui

a alerté l’Observatoire qui craint

que ces « mesures conservatoires »

«Les énergies

renouvelables,

l’éolien et le

solaire, peuvent

produire

l’équivalent de

huit réacteurs

nucléaires. »

Ségolène Royal

La fermeture de la centrale de Fessenheim fait toujours débat, la dépendance de la

France au nucléaire repousse sans cesse la date de sa fermeture.

ne deviennent « des mesures d’exploitation

à part entière ».

Tout n’est donc pas si beau

dans le jardin de la transition

énergétique. L’année dernière a

notamment était marquée par les

défauts constatés sur les réacteurs

nucléaires, d’où un nombre de fermetures

supérieur à la moyenne en

fin d’année. Avec un parc de centrales

vieillissant, dont la durée de

vie ne cesse d’être allongée, l’installation

de nouvelles sources de

production est plus qu’une nécessité.

Si on prend les centrales thermiques

(classiques et nucléaires),

elles totalisent plus de 82% de la

production nationale d’électricité.

Il reste 18% de production,

dont 11% proviennent de barrages

hydrauliques (dont la construction

prochaine n’est pas programmée

et rencontre de toute façon

une vive opposition) et un timide

6% de l’électricité produite par les

énergies renouvelables assujetties à

la météo. Avec une progression de

5% des énergies renouvelables en

2016, l’objectif politique de 2023

reste difficile à atteindre.

Ivo Paulovic

LOIC VENANCE/AFP/Getty Images

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